Le thème de la fatalité est abordé de manière similaire dans les poèmes «
Cage d'oiseau » de Saint-Denys Garneau et Ô tourments d’Alain Grandbois,
deux figures emblématiques de la poésie québécoise. Tous deux partagent
une conception identique de la fatalité, perçue comme une force
incontournable qui gouverne l’existence humaine. Dans « Cage d'oiseau »,
Garneau recourt à une métaphore : le corps humain est décrit comme une «
cage d’os » emprisonnant un oiseau, représentant la mort. Cette image
symbolise la présence inévitable et constante de la mort tout au long de
notre vie. L’écriture de Garneau exprime cette fatalité avec une intensité
bouleversante, comme en témoignent ces vers : « La mort […] ne pourra
s’en aller qu’après avoir tout mangé, Mon cœur, La source du sang, Avec la
vie dedans ». Ce passage met en relief la précarité de notre existence, où la
mort est non seulement inéluctable mais également vorace, prête à anéantir
tout ce qui nous anime, à commencer par notre cœur, symbole de la vie elle-
même. De son côté, dans Ô tourments, Alain Grandbois explore une vision
de la fatalité semblable, bien que moins explicitement liée à la mort. Le
poème présente la condition humaine comme une succession de souffrances
insurmontables et d’un isolement désespérant. À travers des images
évocatrices telles que « la souffrance de la création éphémère » et « la prière
du désert humilié », Grandbois illustre les luttes intérieures et la quête
incessante et vaine de sens par l’homme. La répétition de l’expression « en
vain » dans le texte renforce le caractère inexorable de cette quête stérile,
accentuant l’idée d’une destinée déjà scellée. Bien que leurs approches
stylistiques diffèrent, les deux poètes s’accordent sur une vision commune :
la fatalité est une vérité universelle et inéluctable, un aspect fondamental de
l’existence humaine.