Sexualité et hijab au Maroc
Sexualité et hijab au Maroc
Classe LT-12
Tesina di Laurea
Laureanda
Relatrice Francesca Mantovani
Anno Accademico 2021 / 2022
Prof. Marika Piva n° matr. 1194237 / LTLLM
1
2
Indice
Introduction p.5
1. Comment est présenté le sexe dans les Sourates du Coran et comment ces
dictames s’appliquent aux expériences sexuelles des femmes marocaines dans
Sexe et mensonge p.9
Conclusion p.37
Riassunto p.39
3
4
Introduction
Cet élaboré a comme thématique principale la vision de la sexualité en Islam, sur la base
d’une comparaison entre les mots du Coran et les témoignages des femmes marocaines
dans le texte de Leïla Slimani, Sexe et mensonges : histoires vraies de la vie sexuelle des
femmes au Maroc, publié en septembre 2021. Le but principal est celui de comprendre
comment et combien les textes sacrés à la base de la religion islamique, influencent la
population musulmane de nos jours. L’étude est focalisée sur l’importance de la religion
dans la société du Maroc, et sur comment la composante religieuse se répand dans la
perception du sexe et de ses différentes formes dans une époque apparemment si
émancipée comme celle dans laquelle on vit. Le point de départ est l’incidence des
dictames coraniques sur le peuple et sur leurs vies quotidiennes, largement contrôlées par
des mœurs et surtout par des lois qui prennent inspiration et base de l’interprétation des
mots des imams.
Dans tous les chapitres, on trouve en parallèle des témoignages des femmes interviewées
par l’écrivaine Leïla Slimani. Les témoignages sont les regards les plus directs pour lire
entre les lignes la société marocaine, pour découvrir les vraies opinions des femmes
marocaines sur leur vie sexuelle et pour comprendre comment elles se rapportent à la
sexualité. Les femmes interviewées citées dans cet élaboré s’appellent Soraya1, Nour,
Faty Badi, F., Mouna2 et Fedwa Misk ; elles sont toutes d’origine marocaine et
actuellement vivent en Maroc. Elles ont différentes occupations, et leurs âges vont de 25
ans à presque 40 ans. À l’intérieur du volume de Slimani on retrouve aussi des
commentaires de imams, politiciens, journalistes et médecins concernant les thématiques
traitées. En plus, dans presque tous les chapitres, il y a des commentaires de l’auteure qui
intègrent les récits.
Le mémoire se divise en trois chapitres qui sont à leur tour distribués en sous-chapitres.
1
Le prénom a été modifié dans le texte de Slimani pour raisons de privacy.
2
Le prénom a été modifié dans le texte de Slimani pour raisons de privacy.
5
Le premier chapitre décrit comment est présentée la thématique du sexe dans le Coran et
les différences par rapport aux expériences sexuelles exposées dans Sexe et mensonges.
Dans ce chapitre, on se concentre principalement sur le Coran. Le premier sous-chapitre
parle du mariage et de comment il est conçu sur la base de mots du livre sacré. C’est ici
qui se lit l’importance du couple pour l’Islam, pensé comme union uniquement entre
homme et femme qui permet de construire une famille, c’est-à-dire de procréer des
descendants auxquels enseigner les bonnes mœurs musulmanes. À propos de procréation,
pour la religion islamique c’est celle-ci le but principal du sexe, et précisément le nikah3
résulte l’unique lien qui devrait donner accès au monde du sexe. En outre, on explique
dans ce sous-chapitre le signifié et l’utilisation de l’hijab pour les femmes, la
considération qu’on a du divorce et le concept de polygamie. Le second sous-chapitre
traite de l’attitude du Coran face à la question sexuelle en manière beaucoup plus
spécifique, notamment on aborde la question de considérer le sexe avec amour et passion
comme un don de Dieu dont on ne doit pas se priver. On touche aussi les thèmes de la
masturbation et du sexe pendant la menstruation. À la fin du chapitre, on se focalise sur
la figure des femmes dans le Coran et la considération sociale qu’elles ont maintenant.
On touche dans ces pages différents points comme la légitimité ou pas de la violence sur
les femmes de la part des maris, la couverture du corps, l’essentialité de la virginité.
Ensuite, dans le second chapitre, on analyse les interdits sexuels islamiques. On se penche
principalement sur deux péchés très graves pour la religion musulmane qui sont le Zina,
c’est-à-dire la fornication, et l’homosexualité. Dans le premier sous-chapitre on traite du
Zina, fondamentalement partant des références qu’on retrouve dans le livre sacre. Puis,
on consacre quelques mots aux punitions prévues dans le Coran et dans le code pénal
marocain, et à la fin on analyse la manière de vivre ce tabou par les Marocains
d’aujourd’hui. En revanche, pour ce qui concerne l’homosexualité, on examine les mots
du Coran et l’éternel retour à l’idée du couple vu uniquement comme union hétérosexuel.
Ici aussi on retrouve une comparaison entre loi et vie réelle, entre perception sociale et
individu.
3
Nikah est le terme qu’on utilise en Islam pour désigner le contrat de mariage qui s’établit entre deux
personnes du sexe opposé qui décident de se marier officiellement selon la tradition musulmane. Même si
nikah signifie littéralement « relation sexuelle », normalement ce substantif exprime le consensus légal qui
donne la possibilité de s’unir dans le lien du mariage.
6
Pour finir, le dernier chapitre expose certaines pratiques et traditions liées à la sexualité
en Islam. Ici, on met l’accent sur les thématiques de la conception de circoncision et de
prostitution dans le monde arabe. Au sujet de la circoncision, l’analyse est centrée sur
l’origine de cette pratique, son importance, les motivations pour la pratiquer, et sur la
diffusion de cette coutume. Par contre, quant à la prostitution, premièrement on explique
son histoire dans le monde islamique, et puis on passe concrètement au Maroc en
décrivant les quartiers actuellement actifs à Casablanca. Le long du sous-chapitre, on
rencontre une comparaison constante entre le témoignage d’une vendeuse du sexe de
Casablanca et les mœurs et la loi, comparaison qui sert à réfléchir sur l’effective influence
sociale et religieuse sur ce que les musulmans considèrent haram4.
4
En arabe حرام, le mot haram indique tout ce qui est interdit, mais pas spécifiquement un péché. La racine
grammaticale de ce mot, hrm ()ح رم, fait référence à ce dont normalement les personnes n’ont pas accès
parce que c’est quelque chose d’intime et privé. En effet, de la même racine découle le mot ( حريمharim;
harem), c’est-à-dire la partie privée d’une maison inaccessible aux hommes.
7
8
Chapitre 1
Comment est présenté le sexe dans les
Sourates du Coran et comment ces
dictames s’appliquent aux expériences
sexuelles des femmes marocaines dans
Sexe et mensonge
La majorité de la population occidentale pense qu’en Islam on s’oppose de manière
absolue à toutes formes de plaisirs sexuels. Mais, en réalité, dans le Coran on rencontre
des références explicites concernant cette thématique. Si tout le livre mentionne le sujet,
ce sont surtout les Sourates III (« La Génisse » / « La Vache ») et IV (« Les Femmes »)
qui y consacrent de très nombreux versets.
Tout d’abord il faut souligner le fait que tout ce qui se passe dans la sphère sexuelle d’un
être humain n’a rien d’honteux, mais doit se dérouler à l’intérieur du saint état du mariage
[nikah] entre un homme et une femme.
1.1 Mariage
« Parmi Ses signes est d’avoir créé pour vous des épouses issues de vous, afin que vous
vous reposiez auprès d’elle, et d’avoir mis entre vous affection et mansuétude. »5
Comme le dit ce verset de la Sourate 30, « les Romains », le mariage dans le Coran est
vu comme l’union entre homme et femme, deux éléments complémentaires dans une
union qui est considérée plus spirituelle que charnelle vu qu’elle est consacrée par Allah.
Dieu a créé la femme pour l’homme, parce qu’elle puisse apporter la sérénité dans le
couple et être un soutien important pour son mari : « C’est Lui qui vous a créés [à partir]
5
Le Coran, traduit de l’arabe par Regis Blanchère, Paris, G.-P. Maisonneuve & Larose éditeurs, 1966, page
431, S30V20-21.
9
d’une personne unique dont Il a tiré son épouse afin que [cette personne] se trouvât en
sécurité auprès d’elle. »6 La figure de la femme est fondamentale pour un homme car elle
est source de bonheur et de force, elle est le point central de la famille, elle a la plus grande
responsabilité envers les enfants. En plus, le mariage a les objectifs les plus purs comme
assurer la famille, garantir la continuité de la race humaine, préserver les bonnes mœurs.
On peut en déduire que le mariage est envisagé comme liaison, basée sur le respect, entre
deux êtres humains de sexe opposé et de la même religion, mais on ne doit pas oublier
aussi qu’on le considère un acte définitif et qui suppose une certitude par rapport à la
décision prise (dans le sens qu’on peut plus revenir en arrière). Il faut spécifier que le
divorce est considéré un acte licite, mais détesté par Dieu, et on doit y recourir seulement
dans des circonstances exceptionnelles. En effet Dieu donne aussi la possibilité de se
réconcilier avec la femme ou l’homme de laquelle ou duquel on a divorcé – mais
seulement après un autre mariage –, justement parce que cela est une occasion pour faire
revivre l’amour et réparer les erreurs effectuées auparavant : « Si l’époux7 répudie son
épouse, elle n’est plus licite pour lui avant qu’elle ne se soit mariée à un époux autre que
lui. Si celui-ci la répudie, nul grief à leur faire à tous deux s’ils reviennent ensemble, s’ils
pensent appliquer les lois d’Allah… »8.
Une autre chose très importante à remarquer dans le mariage est le fait qu’il y a une forme
de respect de la partie de femmes envers le mari consistant à ne pas faire voir leur corps
à des gens qui ne font pas partie de la famille parce que cela est signe de provocation et
d’infidélité. Avec le mariage, on se consigne à l’autre, et donc seulement le conjoint peut
avoir accès au corps de l’autre et en tirer jouissance. Voilà pourquoi en Islam existe le
célèbre hijab, qui trouve sa justification dans le verset 31 de la Sourate, « La Lumière »
du Coran : « qu’elles rabattent leurs voiles sur leurs gorges ! (...) » et aussi « (…) qu’elles
montrent leurs atours à leur époux, (…) ».L’utilisation de l’hijab, qui est basiquement
une couverture pour la tête et les épaules, dérive aussi des interprétations du verset
susmentionné par certains imams : certains entre eux affirment que porter ce voile signifie
que la beauté du visage d’une femme doit être couverte (c’est-à-dire porter le niqab9) ;
d’autres disent que cela signifie seulement qu’une femme ne devrait pas sortir avec du
6
Ivi, page 199, S7V189.
7
Pour ‘Répudiation’ ici on entend l’intervention d’un divorce.
8
Le Coran, cit., pages 63-64, S2V230.
9
Niqab : voile qui couvre le visage de la femme et, dans la plupart de cas, découvre les yeux.
10
maquillage, des bijoux et d’autres objets qui pourraient la faire paraître moins modeste
ou qui pourraient la faire désirer par les hommes. L’’awrah, c’est-à-dire les parties du
corps à cacher de femmes, indique qu’une femme peut laisser seulement son visage et ses
mains découverts.
Au niveau social, il y a donc encore un certain égard pour ce qui concerne l’utilisation de
l’hijab et sa connexion avec le respect envers le mari parce que cela fait partie d’un aspect
intégrant du contrat matrimonial, c’est-à-dire le nikah.
Le nikah10, au délà du fait qu’il se doit baser sur le respect mutuel et l’affection entre les
deux époux, est vivement conseillé car le célibat n’est pas considéré une vertu ; au
contraire Dieu a donné la possibilité aux hommes de trouver une conjointe pour être sans
souci pendant toute leur vie, et donc, à partir de l’idée que cela est un cadeau précieux, il
ne faut pas le gaspiller. À l’inverse d’autres religions, le non-épanouissement sexuel peut
être une motivation valable de divorce parce que l’acte sexuel est un point fondamental
pour le couple et doit être présent pour maintenir le mariage vivant. En considération du
fait que la satisfaction sexuelle du conjoint est si importante, l’Islam pose cent vingt jours
du moment du mariage comme maximum d’abstinence à ne pas dépasser. Allah dit :
« Mariez les célibataires parmi vous, ainsi que ceux de vos esclaves, hommes et femmes,
qui sont honnêtes ! (…) »11. L’homme peut aussi décider d’épouser une femme qui
n’appartient pas à la religion musulmane, mais il y a d’autres limites sur les femmes qu’un
homme peut marier : selon la Sourate 4, versets 26/22 à 28/24, les femmes interdites sont
les mères, les filles, les sœurs, les tantes paternelles et maternelles, les filles des frères et
sœurs, les nourrices qui ont allaitées, les sœurs de lait, la mère des épouses, les belles
filles, les femmes des propres fils, deux sœurs ensemble.
Par ailleurs, comme il est bien connu, selon le Coran la polygamie12 est normale et bien
acceptée : « (…) épousez donc celles des femmes qui vous seront plaisantes, par deux,
par trois, par quatre, [mais] si vous craignez de n’être pas équitables [prenez-en] une seule
ou de concubines ! »13 Premièrement, il faut analyser la valeur sémantique du verset et le
contextualiser ; le verset 2, qui le précède dit : « Donnez leurs biens aux Orphelins ! Ne
10
Voir note 1.
11
Le Coran, cit., page 379, S24V32.
12
Par polygamie on entend un individu qui a plusieurs conjoints.
13
Le Coran, cit., page 104, S4V3.
11
rendez pas le mal pour le bien ! Ne mangez pas leurs biens, à coté de vos biens ! Le faire
est un grand péché ! » et le verset suivant commence par « Si vous craignez de n’être pas
équitables à l’égard des Orphelins… ». Donc, ce qu’on peut déduire c’est qu’on se réfère
ici aux Orphelines, et non pas aux femmes en général. Le mariage est conçu seulement
comme union sacrale monogame entre homme et femme, mais si un homme a le doute de
spolier les Orphelines de leurs biens, dans ce cas-là cela il serait convenable de les
épouser. Par suite, la seconde opposition est aussi cohérente : « si vous craignez de n’être
pas équitables [prenez-en] une seule », c’est-à-dire « si vous avez peur de blesser les
sentiments de l’épouse ou des orphelins, éliez la monogamie ». Ergo, le Coran n’a pas
légiféré sur la polygamie, et pour cela le thème est encore aujourd’hui sujet de débats.
Généralement, les peuples qui pratiquent et suivent la religion musulmane considère les
rapports polygames une injustice envers les femmes et incite les musulmans à abandonner
progressivement cette coutume pour suivre un chemin nettement plus étique.
Malgré cela, la polygamie est inscrite dans le Droit islamique, perpétuant en fait la
mentalité bédouine. Au Maroc, par exemple, il y a une règlementation concernant cette
thématique : avec le code de la famille entré en vigueur en 2004, le tribunal doit donner
l’autorisation au second mariage seulement si la première épouse concorde avec l’idée du
mari, il doit donc s’assurer du fait que le deuxième mariage soit accepté par la première
femme.
L’aspect sexuelle est consacré comme acte de jouissance et de complémentarité entre les
deux sexes. Mais il est surtout représenté comme acte de puissance divine parce qu’il a
l’objectif de procréer : d’un acte si simple et charnel peut descendre une vie.14
« Hommes ! soyez pieux envers votre Seigneur qui vous a créés d’une personne unique
dont, pour elle, Il a créé une épouse et dont Il a fait proliférer en grand nombre des
hommes et des femmes ! »15 : Et aussi « Rappelez-vous, quand vous étiez peu et qu’il
vous a rendus nombreux !... »16 : dans ces versets on trouve un de premiers signaux de la
majesté divine car il a créé des hommes qui représentent sa grandeur à travers la capacité
14
Abdelwahab Bouhdiba, La sexualité en Islam, Paris, Presses Universitaires de France, 1982, page 16.
15
Le Coran, cit., page 104, S4V1.
16
Ivi, page 186, S7V84/86.
12
de poursuivre la race humaine. « C’est de poussière, d’éjaculation, d’eau abjecte que se
forme l’être »17 : « Nous avons certes créé l’Homme d’une masse d’argile. Puis Nous
l’avons fait éjaculation dans un réceptacle solide. Puis Nous avons fait l’éjaculation
adhérence. Nous avons fait l’adhérence massa flasque. Nous avons fait la massa flasque
ossature et Nous avons revenu de chair l’ossature… »18.
Mais, comme on l’a déjà dit, il faut remarquer que tout acte sexuel est permis seulement
à l’intérieur du mariage : l’islam est contre toutes relations hors union maritale. On trouve
cette règle souvent dans le Sacre Coran, par exemple « Que recherchent la continence
ceux qui ne trouvent point [possibilité de] mariage… »19. Le verset le plus explicite à ce
propos est à l’intérieur de Commandements aux Croyants : « N’approchez point la
fornication : c’est une turpitude et quel mauvais chemin ! »20. Les pays d’empreinte
islamique ont transformé ces mots en loi : en Maroc par exemple, ce principe entre dans
les vies de tous citoyens avec l’article 490 du Code pénal.21 Mais cela n’a surement
empêché les gens de coucher en cachette. L’ancienne ministre marocaine du
Développement social, de la Famille et de la Solidarité Nouzha Skalli a commenté de
façon approprié cet article : « la réalité sociale, qu’on peut ignorer, est une totale
contradiction avec cet article : pour appliquer cette loi, il faudrait construire des dizaines
de nouvelles prisons pour contenir des milliers de personnes. »22. Mais d’autre coté, on
rencontre les islamistes, comme le député marocain Abouzaid El Mokri, qui campent sur
leurs positions : « Tout acte sexuel hors mariage est considéré comme un acte de
débauche, un crime. Ces philosophies permissives qui sont nées en Europe ont-elles
amélioré les relations sociales et familiales dans ce continent ? Je ne le pense pas »23.
Cette idée rigoureuse, partagés par la majorité des hommes musulmans, est vouée à
préserver l’éthique, la fidélité et à garantir l’identité génétique de tout individus. Il est
donc impossible de concevoir de rapports sinon entre l’homme et son épouse, dans le
respect des recommandations divines. Exception faite pour le cas de prisonnières de
17
Bouhdiba, La sexualité en Islam, cit., page 17.
18
Le Coran, cit. page 368, S23V12-14.
19
Ivi, page 379, S24V33.
20
Ivi, page 309, S17V32.
21
« Sont punies de l'emprisonnement d'un mois à un an, toutes personnes de sexe différent qui, n'étant pas
unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles ».
22
Leïla Slimani, Sexe et mensonges : histoires vraies de la vie sexuelle des femmes au Maroc, Paris, Les
Arènes, 2021, page 72.
23
Ivi, page 73.
13
guerre et d’esclaves, avec lesquelles le patron peut entretenir de relations sexuelles, même
s’il est marié : « O Prophète ! Nous avons déclaré licites pour toi tes épouses auxquelles
tu as donné leurs douaires, celles des esclaves qu’Allah t’a données par fait de guerre,
(…). Nous savons ce que Nous avons imposé, à l’égard de leurs épouses et de leurs
esclaves. »24
Mais, le vrai emblème et résumé de l’idée islamique sur la sexualité à l’intérieur du Coran,
est représenté par ces mots : « Vos femmes sont un [champ de labour] pour vous. Venez
à votre [champ de] labour, comme vous voulez… »25. Ce verset peut être malentendu, on
le considère comme extrêmement machiste parce qu’il donne la possibilité aux hommes
d’‘exploiter’ sexuellement leurs épouses et il est interprété comme une permission donnée
aux hommes d’utiliser les femmes comme bon leur semble. En réalité il faut
contextualiser les mots écris dans ce verset. Selon les dires d’Ibn Kathir26, certains
musulmans de la Mecque (al Muhajirine), en immigrant à Médine ont épousé des
Médinoises et ils ont commenté le fait que ces dernières refusaient certains
comportements sexuels, notamment celui du positionnement de l’homme par le postérieur
du corps de la femme, sans qu’il y ait un contact visuel entre les deux. Cela était une
ancienne coutume juive qui préconisait que « l’enfant de cette union naitrait atteint de
strabisme ». L’objectif de ce verset serait donc celui de ‘libérer’ certaines mœurs de
certains tabous sexuels et de révèle aux croyants la liberté des couples quant à leur activité
sexuelle. En donnant cette signification aux mots, il n’y a pas une vision dépréciative des
femmes, qui sont activement partie du couple et d’une relation sexuelle. La métaphore
« champ à labourer » fait référence à tout ce qui est productif et fécond, donc les femmes
sont comparées à une source de vie.27 Pour confirmer cela, on peut citer le verset 183/187
de la Sourate nommé « la Génisse » qui dit : « Durant la Nuit du Jeune, Je déclare pour
vous licite de faire galanterie avec vos femmes : elles sont un vêtement pour vous et vous
28
êtes un vêtement pour elles… » Ici, pour « galanterie », qu’on peut traduire comme
24
Le Coran, cit., page 451, S33V49-50.
25
Le Coran, cit., page 62, S2V223.
26
Ibn Kathir est un juriste, traditionniste et historien arabe vécu entre le 1301 apr. J.-C. et le 1373 apr. J.-
C. Il est très célèbre pour son commentaire du Coran, apprécié dans le milieu salafiste.
27
Asma Lamrabet, Vos femmes… « un champ de labour » ? , Dr. Asma Lamrabet, ultimo accesso
12/05/2022, [Link]
28
Le Coran, cit., page 55, S2V183/187.
14
‘rapport’, on désigne tout ce que le couple désire, et donc cela indiquerait qu’Allah a
permis aux amoureux l’ensemble de jeux de l’amour et de caresses.
Pour caresses, on entend aussi la masturbation, mais seulement si cela est faite par le
conjoint, l’autostimulation n’étant pas prévue : « Bienheureux sont les Croyants (…), qui
n’ont de rapports qu’avec leurs épouses ou leurs concubines : [dans ce cas] ils ne sont pas
blâmables, tandis que ce qui convoitent d’autres qu’elles sont les transgresseurs ». 29 C’est
clair que si la masturbation est égoïstiquement visant au plaisir personnel peut être
considérée comme un geste vulgaire. En effet, dans le cas où on est single, certains imams
conseillent de chercher un hobby, car la libido sert basiquement à trouver une femme pour
calmer les instincts. L’Islam demande aux hommes qui ne trouvent pas à se marier « la
continence (…) jusqu’à ce qu’Allah les fasse se suffire, par Sa faveur. »30 Que peut faire
tomber les hommes dans le péché ? Premièrement, le retardement du mariage ; vu que
beaucoup de jeunes n’entreprennent pas le mariage à cause de nombreux obstacles qui se
dressent devant eux, ils restent seuls et n’ont pas la capacité de donner libre cours à leur
sexualité. Et selon les imams plus traditionalistes cela peut surement dépendre d’une
faible volonté de suivre la volonté divine : l’homme pieux possède la patience, il ne se
concentre pas sur les caprices et les désirs frivoles de la vie de tous les jours ; en craignant
Allah, il s’interdit de vivre la passion. En deuxième lieu, l’excitation ou ithara, est
considérée un gros obstacle à la chasteté : quand un homme voit ce qui l’excite, que ce
soit une femme qu’il voit physiquement, ou que ce soit une image, cela produit en lui ce
que les islamistes appellent chabaq, voire la lascivité et le fort désir de coïter. Même si le
plus souvent les péchés portent avec eux un châtiment, à l’intérieur des écrits islamiques
on ne trouve pas une punition précise ni dans vie terraine ni dans l’au-delà pour ce type
de transgressions.
Encore une fois, il y a plusieurs interprétations selon les différentes écoles de pensée
islamistes. Il y a des cas spécifiques ou la masturbation est permise et sert. Dans le cas où
un homme a des pulsions sexuelles irréfrénables qui se rapproche à l’adultère, s’il est
marié, ou au sexe hors mariage, s’il est célibataire : il faut recourir aux moindre de maux,
ou en droit musulman au « akhaffu-dh-dhararayn », c’est-à-dire à la masturbation. Il y a
29
Ivi, page 367, S23V1-7.
30
Ivi, page 379, S24V33.
15
aussi des positions à faveur de la masturbation féminine. Le cheikh Zamzami, célèbre
imam originaire de Tanger, a déclaré dans un entretien accordé à un hebdomadaire
arabophone que les femmes peuvent utiliser tout ce qu’elles préfèrent pour calmer leurs
désirs sexuels, et que cela est totalement légitime. Il affirme de surcroît : « autoriser la
masturbation a pour objectif d’aider les jeunes femmes et hommes à ne pas tomber dans
le péché. Nous vivons une époque où tout pousse les jeunes à avoir des relations sexuelles
hors mariage. La masturbation est donc une solution provisoire pour les jeunes
musulmanes et musulmans, le temps qu’ils puissent se marier. Autoriser la masturbation
a donc un objectif religieux : c’est de faire éviter à notre jeunesse de tomber dans le grand
péché »31.
Alors que pour ce qui ne concerne pas la sphère sexuelle individuelle, mais plutôt celle
du couple, la liberté sexuelle se relie clairement à une certaine discrétion des amoureux ;
en étant l’acte sexuel supervisé par Allah il doit être sans violence et perversion. Et si on
parle de violence, quel sera le premier symbole qui la représente ? Le sang. Une chose
intéressante à savoir sur le sang est que normalement il est considéré par l’Islam comme
un signe d’impureté, s’il s’écoule d’un être humain, mais halal32 et pur si offert en
sacrifice aux divinités.33 Donc, les femmes pendant les règles seront pour le Coran
impures : « [Les Croyants] t’interrogent sur la menstruation. Réponds : C’est un mal.
Tenez-vous à l’écart des femmes, durant la menstruation, et ne vous approchez point
d’elles avant qu’elles ne soient pures. Quand elles se seront purifiées, venez à elles
comme Allah vous a ordonné ! Allah aime ceux qui viennent à résipiscence et ceux qui
se purifient. »34. Cela correspond au fait qu’on ne peut pas avoir de rapports sexuels
pensant les règles parce que le sang est une « souillure ».
Tout ce qui est sale doit donc être nettoyé et purifié. Et à ce regard-là, il faut se rappeler
aussi d’une pratique importante après n’importe quel acte qui se relie à la sexualité :
« (…) si vous avez caressé vos femmes et que vous ne trouviez pas d’eau, recourez à du
bon sable et passez-vous-en sur le visage et sur les mains ! »35. Le bain rituel qu’il faut
faire après un rapport s’appelle ghusl, et dans ce cas-là il ne s’agit pas de la purification
31
Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 150.
32
"Licite" et conforme à la religion islamique, le contraire de haram, c'est-à-dire "interdit".
33
Le Coran, page 170, S6V145.
34
Ivi, page 62, S2V222.
35
Ivi, page 13, S5V6.
16
d’une impureté, car il ne faut pas oublier qu’en l’Islam tout ce qu’est intime n’a pas
d’aspects honteux. Simplement cette habitude est dû à des questions hygiéniques très
compréhensibles.
Dans le Coran, il y a une sourate entièrement consacrée aux femmes, la Sourate quatre ;
elle commence en disant clairement que l’origine de femmes est assimilable à celle des
hommes : « Hommes ! soyez pieux envers votre Seigneur qui vous a créés d’une
personne unique dont, pour elle, Il a créé une épouse et dont Il a fait proliférer en grand
nombre des hommes et des femmes ! »36. Au moment de la création, Dieu n’a pas exprimé
de méprise ni a prévu une position d’infériorité de la figure féminine par rapport à la
figure masculine. Il y a créé deux êtres humains complémentaires pour qu’ils puissent
vivre en sérénité ensemble dans le Paradis que Dieu a conçu pour eux : « (…) O Adam !
habite ce Jardin toi et ton épouse ! Mangez [de ces fruits], en liesse, où vous voudrez,
[mais] n’approchez point de cet Arbre-ci, sans quoi vous serez parmi les Injustes ! »37.
Malgré la croyance que la femme soit un petit diable, ou mieux l’origine du péché
originel38, le Coran explique que « le Démon les fit pécher » 39, tous les deux. Pour ce qui
concerne l’indistinction entre homme et femme, encore plus signifiant est un passage de
la Sourate « Les Factions » : « Les Soumis et Les Soumises [à Allah], les Croyants et les
Croyantes, les Orants et les Orantes, ceux et celles qui sont véridiques, ceux et celles qui
sont constants, ceux et celles qui redoutent [Allah], ceux et celles qui aumônent, ceux et
celles qui jeûnent, les gardiens de leur chasteté et les gardiennes, ceux et celles qui
invoquent beaucoup Allah, pour ceux-là Allah a préparé un pardon et une rétribution
immense. »40 La différence entre les deux sexes est donc imperceptibles au regard divin,
et puisqu’ils sont égaux Allah les traitera de la même manière.
Mais, outre à cette apparente égalité, et aux mots du Prophète de Allah Muhammad qui a
donné la possibilité aux femmes d’hériter et de disposer d’un patrimoine41, il y a beaucoup
36
Ivi, page 104, S4V1.
37
Ivi, page 33, S2V33/35.
38
Avant l’époque de la Révélation, que pour L’islam s’est tenue envers le 610 Av. J-C., croyait que c’est à
travers les femmes que le Diable trouve un chemin vers les hommes et dérange les personnes du parcours
que Dieu a établi en origine.
39
Le Coran, cit., page 33, S2V34/36.
40
Ivi, page 449, S33V35.
41
Ivi, page 105-106, S4V11-14.
17
plus. « Les hommes ont autorité sur les femmes du fait qu’Allah a préféré certains d’entre
vous à certains autres, et du fait que [les hommes] font dépense, sur leurs biens. Les
[femmes] vertueuses font oraison et protègent ce qui doit l’être, du fait de ce qu’Allah
consigne. Celles dont vous craignez l’indocilité, admonestez-les ! reléguez-les dans les
lieux où elles couchent ! frappez-les ! Si elles vous obéissent, ne cherchez plus contre elle
de voie ! Allah est auguste et grand »42 : ce petit paragraphe suffit à introduire une
contradiction par rapport à ce qu’on vient de dire sur l’égalité homme-femme. C’est
évident que ces mots ne rejettent pas le châtiment physique envers les femmes et, en plus,
leur dignité est réduite au vouloir du conjoint qui est responsable de toute action commise
par l’épouse. Cela dénote la volonté du Coran de placer un être prédominant pour faire
régner le contrôle dans le couple.
À partir de cette conception de supériorité de l’homme sur la femme qui s’établit à l’issue
de mots coraniques, il faut revenir sur la coutume de l’hijab.
En couvrant le corps féminin, les hommes sont protégés de la séduction fatale qu’une
femme est capace d’exercer, comme se toucher les chevaux de manière provocante, ou
montrer un évident décolleté qui fait penser à toute autre chose que la pureté. À ce propos-
là, il est intéressant de mentionner une citation de Fethi Benslama, psychanalyste
d’origine tunisienne, tirée de La psychanalyse à l’épreuve de l’Islam : « Du point de vue
de la théologie islamique qui le prescrit, le voile n’est pas un signe. Il est une chose par
laquelle le corps féminin est occulté en partie ou totalement, parce que ce corps a un
pouvoir de charme et de fascination ».
42
Ivi, page 110-111, S4V38/34.
43
Ivi, page 453, S33V59.
18
exhiber leur corps comme la plus efficace des armes de séduction, et pousser les hommes
à quitter le chemin de Dieu. Voilà alors la solution, le voile interdit et occulte, et empêche
les péchés que les hommes pourraient commettre, parce que si on fait référence aux mots
coraniques, nous sommes faits de chair et instincts, et la partie masculine du monde n’a
apparemment aucun contrôle sur elle-même.
De toute façon, le message qui passe par les passages du Coran susmentionnées est celui
de couvrir les éléments qui peuvent provoquer le désir des hommes ou trahir la pudeur de
femmes. Et cela a créé de nombreux débats sur le signifié qu’on donne à un accessoire
apparemment si banal. Les protestations arrivent principalement des femmes, qui veulent
se rebeller parce qu’elles trouvent le voile un signe de faiblesse, de soumission, mais
surtout de machisme. C’est comme si avec cet objecte-là on signait définitivement la
prédominance masculine sur celle féminine. En lisant le livre Sexe et mensonge ; histoires
vraies de la vie sexuelle des femmes au Maroc de Leïla Slimani, on se rend compte de
l’immensité d’idéologies et d’opinions qu’on peut rencontrer par rapport à ce sujet, et tout
ce qui concerne la thématique de la sexualité au Maroc aujourd’hui. Par exemple, après
avoir raconté les agressions sexuelles de Cologne, qui ont eu lieu le 31 décembre 2015,
l’autrice transcrit une citation de la poétesse et journaliste libanaise Joumana Haddad :
« Désolée de vous l’annoncer ainsi, vous les mères, mais si vos fils deviennent des
harceleurs, des violeurs, des violents, des pourris, des mauvais maris, des machos, ce n’est
pas uniquement la faute de la société et de la culture : vous en êtes également
responsables. (…) Au lieu de forcer votre fille à se couvrir, essayez d’expliquer à votre
fils qu’une femme est autre chose qu’un corps. »44. Ce sont de mots très forts, qui
expriment un épuisement cultural envers une pratique et surtout une tradition qui semble
freiner l’évolution de l’émancipation féminine. Quelquefois, le voile devient une
démonstration publique, un objet exhibé pour faire voir à la société qu’on respecte la loi,
qu’on est pure et qu’on est une « fille bien ». C’est comme s’il y avait toujours une
confrontation entre femmes, comme le dit Nour, une trentenaire marocaine célibataire :
« (…) on me demandait sans cesse pourquoi je ne me voilais pas. Il y avait une espèce de
concurrence ou de surenchère pour savoir laquelle des filles était la plus pieuse. »45
44
Slimani, cit., Sexe et mensonges, page 48.
45
Ivi, page 58.
19
Parfois, cet objecte apparemment si insignifiant sert pour se protéger « des animaux »46.
Sur ce plan donc, les femmes effacent totalement l’essence première du voile pour se
concentrer sur l’apparence et donner une bonne impression. Et cela se manifeste partout,
au travail comme à l’université : « à la fac, dans l’amphithéâtre, il y avait quatre femmes
non voilées sur une centaine. Et ce qui me dégoûte, c’est que ces gens ne sont même pas
religieux, c’est juste une mode »47. Ici, la témoin présente une vision pessimiste de la
situation actuelle, puisqu’on se demande si tout ce symbolisme sacre ne s’est pas
transformé en hypocrisie, si les femmes croient encore dans la puissance intime du voile
ou si elles sont simplement effrayées par l’opinion de tous ceux qui les regardent. Dans
le livre on rencontre aussi l’opinion opposée, c’est-à-dire que les femmes n’ont pas besoin
de découvrir la tête pour être fortes et indépendantes, comme le dit Fedwa Misk, :
« Certes, la société marocaine est très divisée. Mais il faut arrêter d’être enfermé dans des
schémas préconçus. (…), je peux vous assurer que certaines filles voilées sont très laïques
et très libres de leur corps ».48
Une autre thématique qui touche d’une façon particulièrement profonde les femmes
musulmanes est celle de la virginité. Comme on l’a déjà dit, les rapports sexuels hors
mariage sont interdits dans l’Islam, tant pour les hommes que pour les femmes.49 Mais
très souvent on considère la perte de la virginité d’une femme comme une honte, et une
motivation valable pour ne pas l’épouser. Même si le prophète Mohammad a marié
plusieurs femmes dont une seule (la mère des croyants ’A’ïcha) était vierge, en droit
musulman exiger que sa future femme soit vierge fait l’objet de maints jugements, aussi
bien en tribunal que dans la vie de tous le jours. Dans une rencontre avec Leila Slimani,
Asmra Lamrabet, médecin et chercheuse en théologie, affirme : « Sur cette question de la
sexualité, le Coran est très silencieux. Par exemple, je n’ai absolument rien trouvé sur la
virginité, même dans les dires du Prophète. Lui-même avait une sexualité plutôt libérée.
L’obsession de la virginité, qui est au cœur de nos sociétés, est d’abord un trait
profondément méditerranéen. Ensuite des interprétations ont été faites par des oulémas
(docteur en sciences juridiques) qui prétendent que c’est la religion qui impose la virginité
avant le mariage. Mais là-dessus, personne n’a jamais su me montrer un texte clair. Ce ne
46
Ivi, cit., page 213
47
Ivi, cit., page 58.
48
Ivi, cit., page 217.
49
Le Coran, cit., page 309, S17V32.
20
sont pas de généralités. »50 Si le Coran consacre la chasteté en général, la société a joué
d’hypocrisie pour interpréter les versets de Coran de manière que l’homme ait le dessus.
La virginité d’un homme, qui selon les mots coraniques serait aussi importante que celle
d’une femme, devient possible alors que celle des femmes reste obligatoire. Et cela pour
différentes raisons.
Deuxièmement, au niveau psychologique et social une raison qui porte à penser que la
virginité féminine est plus significative que celle des hommes, c’est l’acte de la
pénétration. La femme « accueille » dans son corps quelque chose qu’elle ne possède pas
naturellement en brisant une barrière qui défend son intimité, c’est-à-dire l’hymen. C’est
une situation pareille à une course, le premier qui franchit la ligne d’arrivée est le
vainqueur, et dans notre cas il conquiert une « bonne » femme. De plus, il ne faut pas
perdre de vue le rôle principal de la femme dans le mariage : elle est la procréatrice, la
partie du couple qui porte dans le ventre pour 9 mois une nouvelle créature à mettre au
monde. Si elle décide d’avoir des rapports sexuels avant le mariage et reste enceinte, elle
est l’unique responsable et doit prendre en charge la vie du bébé ; le père, quant à lui, peut
refuser de reconnaître l’enfant en le rendant un bâtard. Et l’avortement est interdit, étant
considéré comme un crime : « C’est à cause de ce crime que Nous décrétâmes, pour les
Fils d’Israël, que quiconque tuerait une personne sans que celle-ci ait tué ou scandale sur
la terre, [serait jugé] comme s’il avait tué les Hommes en totalité. Quiconque ferait revivre
[une personne serait jugée] comme s’il avait fait revivre les Hommes en totalité. »51 Et
encore : « qui [te] tourne les dos, s’évertue à semer le scandale sur la terre et détruit récolte
et bétail. Allah n’aime point le scandale. »52. Pour être plus précis, l’avortement d’un
50
Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 154.
51
Le Coran, cit., page 137, S5V32.
52
Ivi, page 58, S2V201.
21
embryon de plus de 120 jours est considéré un meurtre parce que selon Allah la création
de l’âme d’un être humain a lieu à ce moment-là. L’islam a un grand respect envers la vie
des fidèles, elle doit être respectée avec toute la force possible. Comme la majorité
de règles établies par le Coran, ces principes font partie de lois d’états islamiques comme
le Maroc : « le nouveau Code de la famille, promulgué en 2004, permet de déclarer les
enfants nés hors mariage, mais si le père ne les reconnaît pas, les mères doivent choisir
dans une liste de noms, incluant la particule Abd. »53 Né de père inconnu, l’enfant est
publiquement mis au pilori d’une société où la réputation et la honte sont à la base des
rapports interpersonnels, et tout cela, à cause d’une mère qui s’est donné la liberté de
coucher avec quelqu’un qui n’était pas son mari.
« Dans toute la méditerranée, la notion d’honneur se situe entre les jambes des
femmes »54.
53
Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 40.
54
Ivi, page 43.
22
Chapitre 2
Les interdits sexuels
Comme on l’a vu dans le chapitre précèdent, l’Islam présente une vision sacrée de la
sexualité ; elle est l’expression d’amour et puissance divine la plus majestueuse qu’on
puisse rencontrer. Mais, comme dans toutes religions, elle n’est pas anarchiquement
gérée, elle doit suivre des règles précises. Et pour règles on entend obligations et interdits.
L’Islam pose des interdictions bien précises pour ce qui concerne la sphère sexuelle, et
celles-là sont reliées aux péchés capitaux décrits par le Coran : il s’agit d’adultère et
fornication, couramment connus comme Zina, et d’homosexualité. 55
2.1 Le Zina
Le mot Zina peut signifier de manière générale tout acte illicite qui mène à une punition
et autres applications légales. Dans le détail, le mot Zina comprend toutes les actions
haram56 (interdites) reliées à la sphère sexuelle. Certains imams disent que tout geste
impliquant toucher, regarder de manière provocatoire, et même parler peut conduire au
Zina. Cette croyance vient de l’interprétation du versets 30 de la Sourate « La lumière »
qui dit : « Dis aux Croyants qu’ils baissent leurs regards et soient chastes »57. À l’intérieur
du Coran on trouve les péchés qui concernent le Zina dans différents versets,
spécifiquement dans 17:3258, 23:5-659, 25:6860, 60:1261, 4:20/1662 et enfin 24:2. Il importe
de souligner ce dernier verset, parce qu’il est encore considéré comme le plus
représentatif de cette thématique et qu’il contient la punition divine prévue par les
pécheurs. Il dit : « La fornicatrice/az-zâniya et le fornicateur/az-zâniy, flagellez chacun
55
El liwate est le mot arabe pour définir l’homosexualité masculine, et El sihake celui pour indiquer celle
féminine.
56
Voir note 2.
57
Le Coran, cit., page 379, S24V30.
58
« N’approchez point la fornication : c’est une turpitude et quel mauvais chemin », ivi, page 309.
59
« Bienheureux sont les Croyants (…) qui n’ont des rapports qu’avec leurs épouses ou leurs concubines :
[dans ce cas] ils ne sont pas blâmables, tandis que ceux qui convoient d’autres qu’elles sont les
transgresseurs », ivi, page 367.
60
« Qui ne prient point, avec Allah, (…), ceux qui ne forniquent pas. », ivi, page 392.
61
« O Prophète ! quand les Croyantes viennent à toi, te prêtant serment d’allégeance (…), [qu’] elles ne
forniqueront pas », ivi, page 592.
62
« Celui et celle qui, parmi vous, commettent [la Turpitude], sévissez contre eux ! ». Pour « Turpitude »
on entend ici la fornication.
23
d’eux de cent coups de fouet ! Que par égard pour la Religion d’Allah, nulle indulgence
ne vous prenne en leur faveur, si vous vous trouver croire en Allah et au Dernier Jour !
Qu’un groupe de Croyants soit témoin de leur tourment ».
Même si toutes les conduites qui précèdent ou portent au Zina sont déconseillées et mal
vues par Dieu, idéalement la loi islamique (sharia)63 ne comporte pas des punitions, et
donc les personnes qui ont commis ces péchés devront se confronter avec Allah
directement ; au contraire, des punitions s’appliquent dans le cas d’unions sexuelles
concernant la pénétration entre deux individus de sexe opposé appartenant à la religion
islamique. Du point de vue légale, le Zina est vu comme tous les types de relations
sexuelles qui sont considérés adultère et fornication. Plus précisément, pour le droit
Islamique, Zina inclut différentes activités sexuelles qui sont considérées illicites :
adultère, prostitution, viol, sodomie, rapports incestueux et zoophilie. Auparavant, si
quelqu’un commettait Zina, cela était considéré comme délit civil et la punition utilisée
était le tazir, c’est-à-dire une sanction laissée à l’appréciation du juge. Maintenant, les
personnes qui pratiquent quelconque type de Zina sont jugées par le juge qui leur donne
une peine légale qui est toujours fixée, populairement appelée hadd. Les punitions
prévues pour infractions Hadd sont généralement la lapidation. La différence entre les
peines est faite en vertu de l’état civil de la personne accusée ; un homme marié considéré
coupable devrait être lapidé jusqu’à la mort, tandis qu’un homme non marié devrait être
publiquement fouetté avec une cravache. Les autres pratiques charnelles, telles que les
préliminaires, qui n’aboutissent pas à la pénétration, ne sont pas sanctionnées par une
peine légale : le gouverneur ou le juge a le droit de sanctionner par une peine
discrétionnaire ceux qui s’impliquent dans de tels actes illicites.
Du point de vue pénal, actuellement certaines pratiques établies par la Sharia ne sont plus
appliquées et différents pays musulmans ont privilégié un autre type de sanctions, qui ne
prévoient pas des punitions corporelles. Au Maroc, les articles 49064 et 49165 du Code
63
Le mot « sharia » signifie « chemin ». En étant la loi d’Allah par excellence, elle représente le chemin
par lequel toutes les musulmanes doivent être guidés pendant leur vie. La sharia est considérée comme la
base principale sur laquelle les érudits ont interprété et développé ce que à long terme est devenu la loi
islamique moderne.
64
Voir page 8, note 18.
65
« Est puni de l'emprisonnement d'un à deux ans toute personne mariée convaincue d'adultère. La
poursuite n'est exercée que sur plainte du conjoint offensé. Toutefois, lorsque l'un des époux est éloigné du
territoire du Royaume, l'autre époux qui, de notoriété publique, entretient des relations adultères, peut être
poursuivi d'office à la diligence du ministère public ».
24
pénal, qui font partie de la « Section VI : des attentats aux mœurs », prévoient de toute
manière l’emprisonnement pour ceux qui ne respectent pas la loi contre le Zina.
Il y a une partie du peuple marocain, surtout les jeunes, qui rencontrent des difficultés à
vivre dans cette période historique en suivant des règles si strictes. Dans Sexe et
mensonges, on trouve des mots forts de l’autrice sur ce sujet : « J’ai quitté le Maroc il y a
plus de quinze ans. Avec les années et avec la distance, j’ai sans doute oublié à quel point
il était difficile de vivre sans ces libertés qui me sont devenues si naturelles. » Elle
continue avec une comparaison avec la France : « En France on a peut-être du mal à
imaginer la schizophrénie qu’engendre la découverture de sa sexualité pour une jeune
fille dans un pays où l’Islam est religion d’État et où les lois sont extrêmement
conservatrices sur tous ces sujets ».66 En outre, selon les témoignages présentés le long
du texte, ces lois ne sont pas respectées, mais malgré cela « nous refusons absolument de
l’admettre publiquement »67. Et donc, si ces lois sont difficiles à suivre, quelquefois les
citoyens se sentent obligés à faire des concessions, même si contournant les lois : « la
police elle-même, qui est censée faire respecter ces principes, se contente souvent de
régler le problème en acceptant quelques billets »68. Une bonne partie de personnes fait
cela pour se protéger des yeux indiscrets des autres, pour maintenir une certaine
apparence, plus que pour ne pas terminer derrière les barreaux ; au Maroc il y a un concept
auquel autour toutes actions et tous gestes tournent : Hchouma. Littéralement, cela veut
dire « le scandale », ou « la honte ». C’est un terme qui se veut moral, il indique
l’acceptance de la société, la bonne conduite, l’être une personne juste et respectable.
Hchouma représente tous types de tabou qu’on ne peut pas mentionner avec la famille ou
à l’école. Ce manque d’information générale a pour conséquence beaucoup de problèmes
au niveau social parce qu’afin d’éviter des malentendus, les différentes thématiques
devraient être traitées par personnes professionnellement préparées comme les
sexologues ou les médecins. Vu qu’on est en train de parler de sexualité, il faut citer un
exemple présenté à l’intérieur du livre de Leïla Slimani : il s’agit des témoignages de Faty
Badi, une jeune femme qui conduit avec le sexologue Doc Samad une émission de libre
antenne sur Hit Radio ; elle confesse à l’autrice que « les jeunes hommes marocains
66
Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 40.
67
Ivi, page 26.
68
Ivi, page 41.
25
vivent un véritable casse-tête. Ils sont encouragés très tôt à avoir une vie sexuelle mais,
en même temps, personne ne leur explique comment cela se doit passer »69. La mauvaise
éducation sexuelle porte aussi à des problèmes sérieux comme les maladies sexuellement
transmissibles, que comme nous le confirme Faty, sont très communes entre jeunes.
On peut conclure que cette présence presque obsédante du concept de Zina est vécue par
le peuple marocain comme « un combat intérieur très dur, déchirant, entre la volonté de
se libérer de la tyrannie du groupe et la crainte que cette liberté n’entraine l’effondrement
de toutes les structures traditionnelles sur lesquelles leur monde est construit. »70
2.2 Homosexualité
Il est bien connu qu’un autre interdit de toutes religions et spiritualités, est
l’homosexualité. Celle-ci est considérée un péché grave, et pour l’islam, les homosexuels
méritent la peine de mort. L’homosexualité est contemplée comme contre-nature, parce
que, comme l’explique Abdelwahab Boudhiba dans La sexualité en islam, l’Islam a une
vision du couple fondée sur « l’harmonie préétablie et préméditée des sexes », et donc sur
l’union du féminin avec le masculin. Tout ce qui ne rentre pas dans cette alliance d’amour
et jouissance représente « une violation de l’harmonie naturelle et une menace d’anarchie
et de déséquilibre. »71
Selon le Coran, les membres du peuple de Loth72, seraient les premiers parmi le monde à
avoir commis « la turpitude » : « Et Lot, quand il dit à son peuple : Vous livrez vous à
cette turpitude que nul, parmi les mondes, n’a commise avant vous. En vérité, par
concupiscence, vous commettez l’acte de chair avec des hommes et non avec des femmes.
Vraiment vous êtes un peuple impie. (…) Sur eux, Nous fîmes tomber une pluie
[maléfique]. Considère donc quelle fut la fin de Coupables ! » 73 Plus loin dans le texte,
on trouve explicité la terrible fin auquel est destiné le peuple : « Nous allons faire périr
la population de cette cité. La population de cette cité a été injuste. (…) Nous allons faire
69
Ivi, page 89.
70
Ivi, page 24.
71
Abdellah Tourabi, "Saphisme, homosexualité, plaisirs défendus... L'histoire insoupçonnée de l'érotisme
en terre d'Islam", publié par Telquel, 2010, page 40.
72
En arabe لوط, Loth est (…) fils d'Haran et le neveu d'Abraham. La tradition musulmane lui attribue des
révélations divines et une mission d'apostolat. Si les récits coraniques et bibliques sont similaires, cela
affecte la perspective du texte. Ainsi, le départ de Loth pour Sodome n'est plus lié à une querelle mais
devient une mission divine.
73
Le Coran, cit., page 185, S7V80-84.
26
descendre, sur la population de cette cité, un cataclysme du ciel, pour prix de ce qu’ils
ont été pervers. »74 Donc, il n’a pas de doutes : le Coran condamne les personnes/gens
qui ont des rapports charnels avec des personnes du même sexe. Le propos de Dieu est
explicite, l’amour doit rester dans l’hétérosexualité, et ne pas respecter cette norme est
considéré un acte de désobéissance : « accomplirez-vous l’acte charnel avec les mâles de
ce monde et délaisserez-vous vos épouses que vous Seigneur a créés pour vous ? Oui,
vous êtes un peuple transgresseur. »75 Par ailleurs, l’homosexualité est un concept qui
n’étant pas accepté par l’islam, fait partie de tout ce qui concerne « l’autre », et selon la
vision musulmane peut donc avoir deux interprétations ; d’une partie, toutes les
perceptions du monde qui dérivent du Coran et des Sunnas sont considérées comme pures
et justes, mais ce qui reste en dehors représente la déviation et la perdition. D’autre partie,
ce qui ne concerne pas l’Islam adhère au monde occidental. Et donc une personne
musulmane homosexuelle non seulement peut être perçue comme déviée, mais aussi
comme culturellement contaminée. On retrouve un passage à propos de cela dans Sexe et
mensonges : « Aujourd’hui les gens savent ce qu’est l’homosexualité, ils sont au courant
de ce qui se passent autour d’eux. Mais, paradoxalement, j’ai l’impression que ça ne fait
que les rendre plus violent. C’est les autres, autrement dit les Occidentaux, ce n’est pas
nous. C’est bon pour vous mais pas pour nous. »76
En tout cas, le Coran inclut l’homosexualité dans la catégorie des interdits moraux, et en
tant que tel, les jugements des homosexuels sont renvoyés à Dieu.
Mais, comme on a déjà dit avant, le Coran et les lois de pays islamiques sont bien
différents. Même si le Coran ne prescrit pas une peine définie pour punir les homosexuels,
le droit islamique les considère pratiquement comme coupables de Zina ; les actes
homosexuels sont fortement condamnés dans la majorité des pays musulmans, mais
l’homosexualité a été décriminalisée dans certains entre eux, dont l’Albanie, la Turquie,
le Liban (depuis 2014), la Jordanie, l’Irak et la Cisjordanie.77
74
Ivi, page 425, S29V30-34.
75
Le Coran, cit., page 401, S26V165-166.
76
Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 208-209.
77
Islam & droits humains- dossier, L’homosexualité comme délit, [Link], dernier accès 20 Mai
2022, [Link]
tensions/homosexualite/
27
Au sujet du Maroc, le code pénal parle clairement ; l’article 489 dit : « Est puni de
l'emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins
que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique
ou contre nature avec un individu de son sexe. » L’homoérotisme a longtemps existé dans
la littérature et la poésie arabes, comme le montrent les célèbres pamphlets d’Abu Nuwâs
sous le califat abbasside à la fin du 8e siècle.78 Les homosexuels étaient aussi relativement
tolérés dans la société marocaine avant la propagation, au lendemain de la révolution
iranienne de 1979, de l’idéologie islamiste. Après de ce moment-là, les minorités
sexuelles, mais aussi les femmes, ont souffris beaucoup pour le lac de libertés.
Comme le démontre le livre de Slimani, la situation n’est pas changée beaucoup. L’autrice
a dédié un entier chapitre à la question homosexuels au Maroc avec le témoignage de
Mouna, une femme marocaine qui raconte de son rapport avec l’homosexualité en vivant
de lesbienne au Maroc. « Les lesbiennes que je connais ici souffrent, elles sont
malheureuses, même si elles disent assumer de vivre dans le mensonge »79. On peut
déduire donc que généralement cette minorité a un rapport turbulent avec propre
sexualité. Mais il y a non seulement un conflit intérieur, il se répand aussi à la famille.
Mouna raconte comment sa mère a perçu son coming-out : « Elle l’a très mal vécu. Elle
a commencé à prier, elle n’avait jamais prié. Elle disait que c’était Dieu qui l’avait punie.
(…) Elle pense que j’ai un problème qui se règlera par son amour, et aussi par des séances
chez le psychiatre. Elle est persuadée qu’un médecin pourrait me soigner de cette
maladie. »80 Bien que ce soit longtemps que l’homosexualité ait été déclaré comme un
gout sexuel totalement normale et pas une maladie, au Maroc il y a encore beaucoup
d’ignorance sur cette thématique. Cela est témoigné par le continues agressions et
78
« Abū Nuwās, (…) né entre 747 et 762 à Ahvaz (Iran actuel) et décédé vers 815 à Bagdad (Irak), est un
poète de langue arabe du califat abasside. (…). Abû Nuwâs est le plus brillant représentant de ce courant
poétique des viiie-ixe siècles, lancé par Bashâr Ibn Burd, qui a cherché à s'écarter des codes et des thèmes
de la poésie ancienne, d'inspiration bédouine, en mettant en avant une poésie d'amour, bachique et
érotique » :
[Link]
%A2s .
79
Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 208.
80
Ivi, page 207-208.
28
violences dont les homosexuels sont objets, comme dans l’exemple emblématique du cas
de Beni Mellal le 9 mars 2016. 81
Pour terminer, je voudrais citer les mots de Mouna sur la question homosexualité au
Maroc : « Au Maroc, on ne peut pas être homosexuelle et vraiment heureuse ». 82
81
Voir : [Link]
homosexuel-de-beni-mellal/ .
82
Ivi, page 203.
29
30
Chapitre 3
La circoncision en Islam est une pratique adressée aux hommes et c’est une simple
opération chirurgique consistant en découper le prépuce. Contrairement à la plus grande
partie des coutumes musulmanes, on ne rencontre pas son origine à l’intérieur du Coran ;
il n’y a aucune partie dédiée à cette thématique, et donc la pratique en question n’est ni
interdite ni obligatoire. Pour être précis, le Coran affirme que toute créature de Dieu est
parfaite est donc condamne tout changement fait sur elle : « Qu’Allah maudisse [ce
Démon qui] a dit : Certes, je prendrai une partie déterminée de Tes serviteurs ! Je les
égarerai ; je les bernerai de désirs ; je leur donnerai de fendre les oreilles des [bêtes de]
troupeaux ; le lui ordonnerai de changer la création d’Allah. »83 On retrouve quelques
mots sur la circoncision dans les Hadith84 et la Sunnah85, qui sont les autres sources en
dehors du Coran sur lesquelles le droit musulman et les traditions islamiques sont fondées.
Si l’acte de se circoncire est considéré communément un sunnah, c’est-à-dire un
comportement du Prophète qu’est à imiter pour les musulmans, nécessairement lui-même
aura été circoncis. À ce propos-là, dans son analyse, A. Bouhdiba dit : « On dit qu’il a été
circoncis par son grand-père à l’âge de quarante jours. D’autres traditions veulent qu’il
naquît déjà circoncis par les anges dans le sein de sa mère. »86
Pour tout dire, cette pratique était déjà présente dans la société musulmane bien avant de
la révélation du Coran et aussi de la venue du Prophète Muhammad : elle est mentionnée
dès le cinquième siècle avant Jésus Christ par Hérodote, qui en attribue la paternité aux
Egyptiens. La circoncision égyptienne est représentée sur les murs des temples et figure
83
Le Coran, cit., page 123, S4V118-119.
84
Textes à travers lesquelles la Sunnah est expliqué.
85
Selon la tradition des Hadith, la Sunnah est tout ce qui a été approuvé et déclaré par le Prophète
Muhammad.
86
Bouhdiba, La sexualité en Islam, cit., page 215.
31
des jeunes hommes pendant qu’un prêtre effectue la circoncision avec un couteau ovale,
comme dans le cas du tombeau du noble Ankhmahor à Saqqarah.
Figure 1: Bas-relief qui remonte au troisième millénaire illustrant le rituel de la circoncision. Tombeau
d'Ankhmahor, Saqqarah (Égypte).
Après l’avènement de l’Islam, les Arabes ont continué avec cette pratique et l’ont
introduite à la suite de leur conquête au Maghreb à partir des VIIe et VIIIe siècles.
La circoncision est surement une pratique que basiquement a des raisons d’hygiène, mais,
au-delà de cela, plus qu’une pratique traditionnelle elle est considérée une véritable
cérémonie. Les personnes riches en faisaient durer la fête presque une semaine. « C’est
une fête solennelle (…) l’enfant est vêtu de ses plus beaux habits, toujours neufs, toujours
brodés. »87 Traditionnellement, peu après la naissance, c’est le grand-père ou l’oncle qui
pratique l’opération avec des ciseaux effilés ou un rasoir (maintenant, elle se pratique en
anesthésie locale par des médecins). Cela étant, « tout le monde passe féliciter le nouveau
circoncis et offre sucreries, jouets, ou piécettes de monnaie. »88
Aussi dans le cas des femmes, l’excision n’est pas obligatoire. Il n’y a aucun verset du
Coran et aucun Hadith authentique qui suggèrent la mutilation sexuelle féminine. Le
Prophète lui-même explique dans plusieurs Hadith que la jouissance du point de vue
87
Ivi, page 217.
88
Ibid.
32
sexuelle est très importante pour le couple et pour que ni la femme ni l’homme doivent
être privés de partie intime qui leur cause plaisir. Pour excision on n’entend donc pas la
clitoridectomie, qui n’est absolument pas permise, parce que cela serait priver une femme
d’un organe fondamental pour le plaisir. Précisément, l’excision porte sur « l’ablation de
la partie inferieur du capuchon. »89 Du point de vue géographique, la majorité des pays
du Maghreb, tout comme la Turquie et l'Iran, ignorent cette coutume. « Le Soudan (98%),
la Somalie (98%) et l'Egypte (75%) figurent parmi les plus grands pays arabes qui la
pratiquent. Dans ce dernier pays, 97.5% des familles inéduquées imposent la circoncision
à leurs filles, contre 66.2% des familles éduquées. D'autres pays arabes la pratiquent : le
Yémen, les Emirats arabes unis, le Bahrain, Qatar, Oman, certaines régions de l'Arabie,
la Mauritanie. »90
3.2 La prostitution
« Par recherche de ce qu’offre la Via Immédiate, ne forcez pas vos esclaves femmes à la
prostitution, alors qu’elles veulent vivre en muhsana ! Quiconque les force [sera seul
coupable], car Allah [envers ces femmes], eu égard à ce qu’elles ont été forcées, sera
absoluteur et miséricordieux. »91
Du point de vue théorique, en Islam la prostitution est un acte illégal et surtout immoral
qui permet aux personnes d’avoir de rapports sexuels hors mariage, et cela devrait donc
être considéré comme une « route » qui mène à la perdition, et surtout au Zina92.
89
Ivi, page 216.
90
Sami Awad Aldeeb Abu-Sahlieh, « Mutiler au nom de Yahvé ou d'Allah - Légitimation de la circoncision
masculine et féminine », Association contre la mutilation des enfants, 1993, page 4.
91
Le Coran, cit., page 379-380, S24V33.
92
Ivi, page 309, S17V32.
33
Prophète dit : « Je vous avais autorisé la jouissance, mais maintenant Allah l'a interdite
jusqu'au jour dernier ».93
La réalité c’est que la prostitution était bien connue et répandue dans le monde arabe
longtemps avant du début de l’époque islamique, et elle était connue avec le nom bighâ :
« Des femmes spécialisées se tenaient à disposition du public. On les reconnaissait aux
drapeaux qu’elles disposaient sur les portes de leur demeure et qui les désignaient à la
clientèle. Tous ceux qui étaient intéressés pouvaient pénétrer librement. »94 Il y avait des
quartiers entiers dans les villes plus grandes où les prostituées pouvaient pratiquer leur
travail. Elles pouvaient attendre les clients sur l’entrée de leur boutique ou il y avait
directement des maisons de tolérance où les entrées donnaient sur un patio à ciel ouvert
avec des chambres divisées.
Maintenant, « les maisons du vice » n’existent pas officiellement, mais dans les grandes
villes comme Marrakech ou Casablanca il y a différents quartiers que sont reconnus
comme habités par des prostitués. « D’ailleurs même lorsque le quartier réservé se trouve
plus ou moins dissimulé topographiquement dans la ville, cela ne fait que le designer plus
facilement à l’attention des jeunes qui finissent toujours par le découvrir. »95 En effet, on
peut voir la prostituée comme une figure, ou parfois une vraie institution, très importante
pour l’initiation sexuelle des jeunes hommes ; ils se trouvent ainsi beaucoup plus préparés
au niveau sexuel et peuvent avoir plus confiance dans ce que l’Islam reconnaît comme
l’unique lien permettant une vie sexuelle légale, le mariage. « Même les bourgeois, ils
viennent tous les temps nous voir. Les fils de bonne famille, ils ne peuvent pas coucher
avec les bourgeoises de leur âge »96. En effet, le nikah97, qui comporte toujours une dot
en Islam, résulte peu accessible parce que non toutes les familles peuvent se permettre
des donner des chiffres élevées et, outrément, comme on le sait bien, les exigences
sexuelles au niveau strictement biologiques arrivent beaucoup plus avant du nikah.
Cela renvoie à une affirmation faite par une jeune femme de vingt-cinq ans interviewés
par Leïla Slimani : « Les hommes marocains, ils ont le démon entre leurs jambes. Ils
93
Hadith authentique 8:3252, rapporté par Ibn Mâjah.
94
Bouhdiba, La sexualité en Islam, cit., page 230.
95
Ivi, page 237.
96
Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 128.
97
Voir page 5, “Le mariage”.
34
disent toujours que c’est la faute des femmes, mais le problème, il est chez eux. »98 Elle
est travailleuse du sexe à Casablanca, et elle raconte avec son expérience et ses difficultés
faisant un travail si mal vu dans un pays musulman comme le Maroc, et surtout dans une
ville comme Casablanca. Pour ce qui concerne la prostitution, le quartier plus connu pour
la présence de « vendeuses de sexe » pour personnes économiquement aisées s’appelle
Boulevard Mohammed V. Sur l’artère principale, mais aussi dans les rues avoisinantes,
vers Mers Sultan, les cafés sont les théâtres des rendez-vous entre prostituées et clients.
Aussi les quartiers Hay Hassani, Ain Diab, Ancienne Médine et Bousbir sont très
célèbres. Ce dernier en particulier est bien connu parce qu’il a été construit par décision
des autorités coloniales en périphérie de la ville. Le quartier, réservé à la prostitution entre
1924 et 1955, forme un quadrilatère de 160 mètres sur 150 entourés d’un haut mur
aveugle et pour entrer il y avait une seule porte. Le fait qu’il ait été bien séparé et protégé
de la partie centrale de la ville, montre parce qu’il devrait être bien contrôlé et rester
discret par rapport à l’entourage. À l’intérieur du quartier il n’y avait pas seulement les
lieus de rendez-vous sexuels entre clients et prostituées ; il y avait de restaurants où les
visiteurs pouvaient goûter la cuisine typique marocaine, ou entrer dans des très jolies
boutiques où acheter des objets artisanaux, rester dans les allées pour voir des spectacles
de danse du ventre, ou simplement s’arrêter sur une terrasse et écouter la musique
orientale qui résonnait partout. C’était un vrai site touristique, ou les visiteurs pouvaient
goûter le plaisir érotique-exotique de la ville qu’à l’époque était considérée comme « la
porte du Maroc » grâce à son grand port.
Pour ce qui concerne le présent, au Maroc la prostitution est condamnée par la religion,
par les mœurs et elle est évidemment interdite par la loi. Le code pénal du Maroc consacre
la Section VII à l’exploitation sexuelle et à la corruption de la jeunesse. Les peines
d’emprisonnement vont de deux à dix ans et les amendes de 5.000 DH à un million de
dirhams. De l’article 497 à l’article 504, il y a seulement articles qui condamnent de
manière définitive toute forme d’esclavage sexuelle et de prostitution. Malheureusement,
dans un pays où la pauvreté est très répandue comme le Maroc, la majorité de prostituées
sont conduites à ce travail par les conditions économiques insoutenables de leurs familles.
« Comment ma famille vivrait sans moi ? Mon père est mort il y a cinq ans et ma mère
98
Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 130.
35
ne travaille pas. C’est moi qui donne de l’argent à mes frères et sœurs. »99 dit la
protagoniste du chapitre « F. » de « Sexe et mensonges ». Elle affirme qu’il y a beaucoup
des femmes que pour joindre les deux bouts et pour « payer le lait pour ses enfants »100
n’ont d’autres opportunités professionnelles que celle de vendre de prestations sexuelles.
La plupart des femmes se sentent exploitées, sans dignités, et sans aucune possibilité de
remontée sociale.
Dans une société où le sexe est réputé communément comme haram, la première pensée
d’une femme qui pratique ce type de travail est « Qui voudra une fille comme moi ? »101.
99
Ivi, page 129.
100
Ivi, page 127.
101
Ivi, page 130.
36
Conclusion
L’analyse d’un certain nombre de passages du Coran, concernant la sexualité, comparés
aux témoignages de Sexe et Mensonges de Leïla Slimani mène à des considérations de
nature socio-culturale qui méritent une attention particulière. Comme on l’a souligné dans
l’introduction, le sujet traité donne une vision claire de l’impact déterminant des dictames
islamiques sur la société musulmane du Maroc ; mais, en même temps, on voit aussi
comment le sexe, considéré comme un tabou, est au centre de la pensée musulmane.
102
Ivi, page 57-58.
103
Ivi, page 54.
37
La virginité est un moyen pour reconnaître la pureté d’une femme et l’hymen est sa
garantie physique. Il y a des familles qui demandent des certificats de virginité des
épouses qui assurent la « validité » de ces femmes104.
Cette validité est possible seulement pour une fille croyante, bien habillée et surtout qui
n’est pas homosexuelle. L’homosexualité reste aux yeux des Marocains comme une
« turpitude », un choix inacceptable qui n’est encore entré dans la normalité des citoyens.
Comme nous dit Mouna, « au Maroc, on ne peut pas être homosexuel et vraiment
heureuse105 ».
Même dans ces deux exemples, on voit que la sexualité reste une chose publique et
toujours soumise aux yeux de la religion et de la société, une société d’empreinte
patriarcale qui profite des dictames religieux pour légitimer leurs privilèges.
Le choix du recueil de Slimani a été fait pour souligner que, bien qu’avec difficulté, la
bataille des femmes musulmanes pour vivre librement la sexualité ne s’arrête pas, elles
veulent être reconnues « comme des individus à part entière, dont le corps n’appartient à
personne et qui peuvent décider de leur destin et de leur sexualité »106.
104
« Quand mes sœurs se sont mariées, les familles de leurs époux ont réclamé un certificat de virginité
que mon père était très fier de leur tendre. », Slimani, Sexe et mensonges, cit., page 82.
105
Ivi, page 203.
106
Ivi, page 17.
38
Riassunto
Capitolo 1 – Com’è trattato il sesso nelle Sure del Corano e come questi dettami
religiosi si applicano alle esperienze sessuali delle donne marocchine protagoniste di
Sexe et mensonges
1.1
Buona parte della popolazione occidentale è convinta che l’Islam si opponga a ogni forma
di piacere sessuale; tuttavia, in più passaggi del Corano si possono trovare vari riferimenti
che smentiscono tale constatazione, difatti la sfera sessuale di un individuo non è da
considerarsi una parte dell’essere che genera vergogna, purché essa si svolga all’interno
del matrimonio tra un uomo e una donna.
Proprio nella Sura XXX viene analizzato il matrimonio tra uomo e donna, in particolare
si osserva come questi siano elementi complementari uniti sia fisicamente che
spiritualmente. Entrambi sono stati creati da Dio, l’uno in funzione dell’altro, la donna
porterà pace all’uomo mentre quest’ultimo le provvederà sicurezza. La figura della donna
attribuita al matrimonio è inoltre essenziale in quanto porta alla famiglia e dunque alla
continuazione della razza umana. Per ciò che concerne il divorzio, anch’esso è lecito, così
come la riconciliazione dopo di esso, ma solo una volta che ci si è risposati e unicamente
a scopo di riparare errori del passato. Il matrimonio dev’essere fondato su affetto e
rispetto, dev’essere valorizzato e l’atto sessuale ne è parte determinante, tant’è che la
mancanza può essere motivo valido di divorzio, ma non solo a livello di procreazione,
bensì anche per quanto ne concerne il piacere.
Un altro aspetto importante della donna islamica riguarda il suo aspetto fisico, che
secondo la religione dev’essere nascosto e esposto solamente alla propria famiglia e in
caso di matrimonio anche al marito e la rispettiva famiglia. Tale copertura può essere
soggettivamente interpretata tramite l’utilizzo dell’hijab, del niqab o dalla mancanza di
elementi di decoro come gioielli o trucco.
Nel testo viene toccato anche il tema della poligamia. Nel Corano, essa viene accettata e
vista come lecita, difatti l’uomo musulmano ha diritto a sposarsi con più donne, tuttavia
con alcuni limiti, sottolineando che in caso egli non possa emotivamente e
39
economicamente supportare una donna, non dovrebbe sposarla. Nel caso del Marocco,
grazie al codice famigliare del 2004, l’uomo potrà proseguire col secondo matrimonio
solo con l’autorizzazione della prima moglie.
1.2
L’aspetto sessuale è consacrato come atto di godimento, complementarità dei due sessi,
ma soprattutto come atto divino in quanto ha il potere di procreare vita. Ciò viene ben
esplicitato nel Corano, soprattutto descrivendo l’origine dell’uomo. Tutto ciò rimane
lecito però solo all’interno del matrimonio al fine di preservare una certa etica, fedeltà e
a garantire l’identità genetica di tutti gli individui.
Vi sono più scuole di pensiero riguardanti il tema della masturbazione, alcune nella quale
viene addirittura considerata lecita, ma sempre tenendo in considerazione una funzione
maggiore, come evitare la fornicazione o conseguentemente al matrimonio prevenire
l’adulterio.
107
Vedere nota 23.
108
Vedere pag. 12.
40
viene considerata impura e in quel periodo vanno evitati i rapporti sessuali109. L’unico
caso in cui il sangue è puro è quando viene offerto in sacrificio a Dio.
1.3
Nel Corano vi è una Sura interamente dedicata alle donne110, in essa viene esplicato come
Dio non ha mai posto la figura femminile come inferiore all’uomo, bensì come egli abbia
creato due creature tra loro complementari. Nonostante varie credenze vi sono più
passaggi che sottolineano come uomo e donna, affinché professino la religione, sono
uguali agli occhi di Allah.
Allo stesso modo ve ne sono alcune in cui purtroppo una differenza gerarchica c’è,
soprattutto si nota una volontà nello stabilire un essere predominante affinché regni il
controllo nella coppia; come nel caso dell’emblematico versetto 38/34 della Sura 4111,
dove si inneggia l’addomesticazione delle donne di una famiglia da parte del pater
familias o dall’uomo avente più potere all’interno del nucleo.
In quanto al corpo femminile, gli uomini sono esenti dalla seduzione che invece una
donna è capace di esercitare, motivo per cui quest’ultima viene sottoposta ad obblighi
come quello dell’hijab. Tale obbligo diventa oggetto di protesta nel momento in cui una
donna viene esplicitamente sottomessa alla figura dell’uomo e viene punita per la sua
essenza, dunque si ribella. Vi è addirittura un verso112 il quale invita l’uomo a coprire col
velo le donne che lo circondano poiché il corpo femminile è un’arma di seduzione e
potrebbe fuorviare gli uomini dal cammino di Dio.
È dunque notevole come un oggetto tanto banale possa significare così tanto, tant’è che
a volte viene utilizzato come oggetto di dimostrazione pubblica per provare la propria
diligenza e rispetto. Non a caso vi è un dibattito circa le circostanze secondo cui una
ragazza effettivamente indossa il velo: se lo fa perché è religiosa e dunque ci crede,
oppure vuole dare una determinata impressione della sua persona al di là del significato
di questa pratica. Come nel caso di Nour, ragazza marocchina che all’interno della sua
testimonianza nel libro di Slimani racconta che spesso le viene chiesto perché non indossi
109
Vedere nota 33.
110
Le Coran, cit., Les femmes, pag. 103, S4.
111
Ivi, cit., pag.110-111, S4V39/34.
112
Ivi, cit., pag. 453, S33V59
41
il velo. Lei stessa spiega che sembra quasi ci sia una concorrenza tra le donne per
dimostrarsi più devota attraverso l’uso dell’hijab, e quindi per questo una ragazza
perbene113.
Un’altra tematica profonda affrontata è quella della verginità delle ragazze musulmane.
Come precedentemente detto, il coito è un’attività prettamente matrimoniale, ma vi è una
maggiore pressione nei confronti della verginità femminile, infatti se quest’ultima manca,
alla donna viene attribuita vergogna e non la si ritiene degna di matrimonio.
Il Corano non ne parla esplicitamente, ciononostante vi sono dei passaggi in cui però la
libertà sessuale dell’uomo musulmano non è condannata, anzi, si ribadisce come la
verginità di un uomo diventa possibile nel momento in cui quella delle femmine rimane
obbligatoria.
Come precedentemente osservato, l’Islam presenta una visione sacra della sessualità, essa
è espressione d’amore e potere divino, ma come tutte le religioni vi sono sia obblighi che
divieti.
113
Slimani, cit., Sexe et mensonges, pag. 213.
42
2.1
La parola Zina può significare in senso lato tutti gli atti illeciti che comportano una
punizione o sanzione, in senso stretto contiene tutte quelle azioni considerate haram
sessualmente parlando, e quindi fornicazione e preliminari. Anche le condotte
comportamentali che portano allo Zina sono sconsigliate e mal viste da Dio, a livello
legislativo non vi è nessuna pena effettiva, bensì vi sarà un confronto con Allah personale
e diretto. Al contrario si applicano punizioni in caso di sesso penetrativo.
In senso legale lo Zina è visto come tutti i tipi di rapporto sessuale quali adulterio,
prostituzione, sadomaso, rapporti incestuosi e zoofilia. Tali atti in tale contesto verranno
considerati come delitto civile e verrà applicata una sanzione, tazir, a discrezione del
giudice, o nel peggiore dei casi con la lapidazione, hadd. La gravità della pena dipende
dallo stato sociale della persona. I preliminari non prevedono sanzione.
2.2
Essa è percepita come contro natura in quanto quest’ultima può essere determinata dalla
sola unione armoniosa tra uomo e donna. Il Corano condanna esplicitamente l’unione
carnale di due corpi dello stesso sesso, l’amore è solo eterosessuale, tutto il resto è
disobbedienza. Il Corano include l’omosessualità nella categoria dei divieti morali, il
relativo giudizio spetta a Dio.
43
Tuttavia, il Corano e la legge islamica sono diversi, mentre nel primo si prescrive una
pena definitiva per punire gli omosessuali, nella seconda si categorizza l’omosessualità
come pratica all’interno dello Zina. Nel caso del Marocco, la condanna per omosessualità
è esplicitamente dettata nell’articolo 489 del Codice penale e può variare da sanzioni
pecuniarie a una vera e propria reclusione.
Slimani, con la testimonianza di Mouna, osserva come la situazione non sia cambiata
nonostante il tempo, e nota come purtroppo il conflitto in un contesto del genere non è
solamente personale, bensì si estende anche alla famiglia.
3.1
Nell’Islam la circoncisione è una pratica chirurgica indirizzata agli uomini che consiste
nello scoprire il prepuzio. Contrariamente alla maggior parte delle usanze musulmane
questa non trova la sua origine nel Corano; dunque, teoricamente non è né obbligatoria
né proibita. Anzi, il Corano afferma che tutte le creature di Dio sono perfette così come
sono. Si può trovare qualcosa circa il tema nel Hadith e nella Sunnah, ove la circoncisione
viene attribuita al Profeta Maometto e da lì in poi i musulmani non hanno fatto altro che
imitare la pratica. Tale pratica si teorizza risalga addirittura dall’antico Egitto, dunque
prima del Corano. Una volta arrivato l’Islam, i suoi seguaci hanno continuato ad
esercitarla soprattutto in vece di rito cerimoniale.
Nel caso delle femmine non vi è alcun obbligo di modificazione genitale espresso nel
Corano, il Profeta esplicita come non vi sia motivo per cui entrambi i sessi debbano essere
privati di parti che possono portare loro piacere. Esistono però paesi come Soudan, Egitto
ed Etiopia che ignorano questo principio e procedono comunque nel mutilare i genitali
delle proprie cittadine.
3.2
All’epoca del Profeta, in occasione di viaggi coi suoi compagni, egli autorizzò matrimoni
provvisori, stipulati tramite un contratto che durasse il tempo necessario per un rapporto
44
in cui la donna stabiliva la cifra; tutto ciò poiché gli uomini che accompagnavano
Maometto nelle battaglie passavano lunghi tempi lontani dalle proprie mogli. Nonostante
ciò, dopo poco il Profeta specificò che per Allah era proibito, e quindi tolse
l’autorizzazione in modo da prevenire il peccato.
È giusto specificare che la prostituzione esiste sin da prima del debutto dell’Islam ed era
conosciuta col termine bighâ; le sex workers venivano riconosciute dalle tende che queste
ponevano sulla porta della loro abitazione a cui gli interessati potevano accedere.
I bordelli veri e propri non esistevano ancora, ma le grandi città come Marrakech o
Casablanca avevano dei quartieri adibiti alla prostituzione. Tra l’altro, la prostituta veniva
considerata come una figura importante per l’iniziazione della vita sessuale dei giovani,
così che questi ultimi si sarebbero presentati poi più preparati una volta sposati.
Purtroppo, in un paese come il Marocco dove prevale la povertà, la maggior parte delle
prostitute sono costrette a ricorrere a questo tipo di lavoro per le condizioni economiche
insostenibili della famiglia. Ciò non va a togliere che si sentono sfruttate, senza dignità,
senza possibilità di cambiare il proprio status sociale e tutto questo perché vivono in una
società in cui il sesso viene considerato haram.
45
46
Bibliographie
Sources primaires
Le Coran, traduit par Régis Blanchère, Paris, G.P. Maisonneuve & Larose éditeurs, 1966.
Slimani, Leïla, Sexe et mensonges : histoires vraies de la vie sexuelle des femmes au
Maroc, Paris, Les Arènes, 2021.
Sources secondaires
Carboneill, André, Le crime péché de Zina en Droit musulman : entre silence, censure et
oubli. Revue juridique de l’Océan Indien, Association “Droit dans l’Océan Indien”
(LexOI), 2004, [Link]
Sitographie
1- [Link]
labour/
2- [Link]
tensions/homosexualite/
3- [Link]
'Ab%C3%BB_Nuw%C3%A2s
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couple-homosexuel-de-beni-mellal/
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