Modélisation des composites endommagés
Modélisation des composites endommagés
c AFM, EDP Sciences 2007 Mécanique
DOI: 10.1051/meca:2006054 & Industries
Abstract – Elastoplastic damage modelling of composite materials. The objective of this work is
to understand and model the mechanical behavior of various types of composites materials (short fibres,
laminates. . . ) by the coupling of a micromechanical model and a damage model. The micromechanical
model makes it possible to determine the elastic characteristics of material starting from the data on
the fibers and the matrix by a homogenization technique. The damage model by the use of the coupling
between isotropic and/or non-linear kinematic hardening with the damage, allows taken into account of
the development of the residual strains and the increase of the pseudo-yield stress during the loading.
Key words: Composites / damage / plasticity / finite element method / SMC / homogeneization
Nomenclature
AF Tenseur de localisation de Ferrari MPa
AMT Tenseur de localisation de Mori et Tanaka MPa
Cf Tenseur de rigidité de la fibre MPa
Cm Tenseur de rigidité de la matrice MPa
di Variable scalaire d’endommagement
εe Tenseur de déformation élastique
εp Tenseur de déformation plastique
EEsh Tenseur d’Eshelby MPa
f Critère de plasticité MPa
λ Multiplicateur plastique
p Déformation plastique cumulée
R Variable d’écrouissage isotrope MPa
R0 Limite élastique MPa
σ Tenseur de contrainte MPa
σ̃ Tenseur de contrainte effective MPa
Vf Taux volumique de fibres
X Variable tensorielle d’écrouissage cinématique MPa
Ydi Taux de restitution d’énergie élastique MPa
Eshelby donne alors, dans le cas où l’inclusion d’où on peut déterminer l’expression générale des tenseurs
plongée dans la matrice joue le rôle d’une inclusion de rigidité et de souplesse du composite en combinant les
indépendamment des autres phases, la loi de localisation équations (1) et (4) par :
de la phase i [2, 4, 5] donnée par l’équation (3).
n
Ccomp = Cm + Vfi (Ci − Cm ) Ai
i=1
(5)
Modèle de Mori-Tanaka [2, 9–11]
n
Scomp = Sm + Vfi (Si − Sm ) Bi
i=1
Cette théorie dite concentrée, permet de prendre en
compte la présence d’un grand nombre d’hétérogénéités, On peut remarquer que si les tenseurs Ai et Bi sont
constituant une amélioration du modèle d’Eshelby. Il égaux au tenseur identité I, nous retrouvons l’expression
existe des interactions locales entre chaque phase. La ma- de la rigidité et de la souplesse respectivement du modèle
trice dans laquelle est plongée l’hétérogénéité (l’inclusion) de Voigt et de Reuss [1].
correspond à un milieu déjà perturbé par la présence des La rigidité homogénéisée du composite est ob-
autres hétérogénéités. tenue en remplaçant le tenseur de localisation Ai
Le tenseur de localisation de Mori et Tanaka (noté dans l’équation (5) par son expression donnée par
AMT ) de la phase i (fibre i) est donné par l’expression l’équation (2) :
suivante :
n
Ce tenseur de localisation est fonction du tenseur de où Vfi est la fraction volumique d’une famille de fibres.
localisation d’Eshelby et noté (AEsh ) : Dans l’étude d’un composite stratifié, Vfi est égal au
taux volumique de fibres de la couche considérée. L’ho-
n mogénéisation micro est réalisée à l’échelle de la couche
AEsh = Vfi AiEsh (3) afin d’obtenir ses caractéristiques mécaniques.
i=1
Remarque : La fibre de carbone possède un comportement
où orthotrope au vu de son mode de fabrication. Son module
−1
de traction sens longitudinal est beaucoup plus élevé que
AiEsh = [I + EEsh Sm (Cf − Cm )] ses modules sens travers. La matrice de rigidité de la fibre
de carbone est alors déterminée en conséquence [11, 13].
et I : matrice identité, Vf : taux volumique de fibre, EEsh : Les tableaux 1 et 2 présentent la comparaison
tenseur d’Eshelby, fonction de la forme et de l’orientation des caractéristiques planes des composites obtenues
du renfort, Cm et Cf : tenseurs de rigidité de la matrice expérimentalement et par le modèle théorique. Les va-
et du renfort. leurs finales données par le modèle ont été obtenues en
L’utilisation du tenseur effectif de Ferrari [12] est plusieurs étapes.
mieux adaptée pour l’analyse des composites à fibres La première donne les caractéristiques mécaniques de
longues, c’est-à-dire pour des taux volumiques de fibres la résine (polyester et époxyde) incluant des porosités
importants (> à 30 %). Son expression fait intervenir le (3,85 % SMC-R ; 1,5 % UD C/E). Le modèle de l’inclusion
terme (1 − Vf ) à la place de Vf dans l’équation (2). équivalente d’Eshelby est utilisé en entrant comme inclu-
Diverses expressions du tenseur de Eshelby en fonction sion les porosités de forme sphérique (rapport de forme
de la forme du renfort (fibres courtes, fibres longues) sont égal à 1) et de rigidité nulle.
données par Mura [13]. La deuxième (pour le SMC-R seulement) donne
(modèle de Mori-Tanaka) les caractéristiques mécaniques
du mélange polyester, porosités et charge minérale (don-
nant les caractéristiques de la matrice) en fonction des
L’homogénéisation taux volumiques et des caractéristiques mécaniques des
constituants.
Cette étape permet de déterminer le comportement Enfin un dernier calcul permet d’obtenir les modules
équivalent du composite en donnant les relations entre les d’élasticité globaux à partir des rigidités de la matrice et
grandeurs locales (micro) et globales (macro). Les expres- des fibres (verre ou carbone), du rapport de forme des
sions des déformations et des contraintes macroscopiques fibres et de la répartition spatiale des fibres (Tab. 3).
sont les moyennes sur le volume V du VER :
n 3.2 Modèle d’endommagement
E = (1 − Vf )εm +
Vfi εi
i=1
(4) Le modèle d’endommagement appliqué est celui intro-
n duit par Kachanov et Rabotnov en 1958, postulant que
= (1 − Vf )σm + Vfi σi
i=1
l’endommagement d’un matériau peut être décrit par ses
F. Lachaud et al. : Mécanique & Industries 7, 403–414 (2006) 407
Tableau 2. Tableau comparatif des caractéristiques mécaniques d’un composite unidirectionnel carbone époxy (T2H/.EH25).
E11 (MPa) E22 (MPa) E33 (MPa) G12 = G13 (MPa) ν12 = ν13 G23 (MPa) ν23
Modèle 139 000 9000 9000 5220 0,33 5550 0,43
Expér. 141 000 8503 – 4810 0,31 – –
±2510 ±152 ±80 ±0,02
Ecart (%) 1,5 5,6 – 8 6,1 – –
effets sur les caractéristiques mécaniques du matériau et Les variables associées à la déformation εe et à l’endom-
notamment les modules d’élasticité affaiblis par une va- magement di sont :
riable scalaire d [13–17].
∂W e
La prise en compte de cet endommagement passe par e
σ(ε , di ) = ∂ε
la connaissance de l’évolution de la variable d au cours du e
(9)
chargement. L’intérêt ici est d’appliquer à l’étude de nos
Ydi (εe , di ) = − ∂W e
deux matériaux, une méthodologie simple de prévision ∂di
de l’endommagement (évolution de la variable d) et
de la rupture (critère d’instabilité : test sur la va-
riable d˙ [15, 16]). Cette notion a été souvent abordée et ap- 3.3 Variables d’endommagement
pliquée aux composites stratifiés par Ladeveze [13,17,18].
On reprend dans notre étude le même formalisme. L’endommagement est décrit par deux variables d1 et
L’évolution de l’endommagement est décrite par d2 à l’échelle du matériau dans le cas du composite à
une approche thermodynamique classique dans le cadre fibres courtes et de deux variables d22 et d12 à l’échelle du
des processus irréversibles. Le potentiel thermodyna- pli unidirectionnel dans le cas du composite stratifié. Ces
mique choisi est la densité volumique d’énergie libre ρϕ variables sont appliquées aux différentes rigidités comme
dépendant des variables internes : il est indiqué dans le tableau 4.
Compte tenu de l’isotropie transverse de la couche uni-
1 directionnelle de carbone/époxy, les variables appliquées
ρϕ = ρϕ(εe , di , T, Vk ) = Cijkl .εeij .εekl (7)
2 aux modules G12 et G13 sont identiques. Dans le cas du
où : composite SMC-R, il a été vérifié que l’endommagement
dans le plan est identique quelle que soit la direction ; les
– εe est le tenseur des déformations élastiques, fibres étant disposées aléatoirement [19]. L’endommage-
– di représente les variables d’endommagement, ment appliqué aux modules de cisaillement G12 et G13 est
– T la température, identique.
– Vk d’autres variables telles que des variables Dans notre cas la variable taux de restitution d’énergie
d’écrouissage, associée Ydi est alors écrite de la manière suivante :
– Cijkl la matrice de rigidité du matériau,
– ρ la densité du matériau. 1 σi2
Ydi = (10)
L’énergie volumique de déformation élastique sous l’hy- 2 Ei0 (1 − di )2
pothèse des contraintes planes généralisées (σ33 = 0), est
où i = (1, 2) pour les composites à fibres courtes et
prise comme potentiel thermodynamique et s’écrit :
i = (12, 22) pour les composites à fibres longues dans
2
σ11 σ2 2ν12 σ11 σ22 σ2 σ2 σ2 le repère du pli. Ei0 représente les modules de traction et
2W e = + 22 − + 12 + 13 23 (8) de cisaillement cités dans le tableau 4.
E11 E22 E11 G12 G13 G23
408 F. Lachaud et al. : Mécanique & Industries 7, 403–414 (2006)
3.4 Couplage endommagement pseudo plasticité – La déformation totale donnée par la somme d’une
déformation élastique et d’une déformation perma-
nente :
La plasticité est utilisée pour retranscrire les ε = εe + εp (12)
déformations résiduelles lors de décharges mécaniques.
Elle est induite par la plasticité de la matrice et les glis- – L’énergie libre ϕ = ϕ(εe , p, α) où p est la variable
sements aux interfaces fibres/matrice, mais aussi par cer- d’écrouissage isotrope, α la variable d’écrouissage
tains blocages de fissures lors des décharges. On parlera cinématique.
F. Lachaud et al. : Mécanique & Industries 7, 403–414 (2006) 409
(a)
le critère d’écoulement [13,14]. Le critère général de plas-
ticité à écrouissage isotrope et cinématique non-linéaire
utilisant un critère anisotrope s’écrit alors à la limite de
l’écoulement :
f = f (σ̃, R, X) = C (σ̃ − X) − R(p) + R0 = 0 (17)
où C(σ̃−X) est le critère définissant la forme de la surface
de charge (Fig. 6) et R0 le seuil initial d’écoulement.
Pour l’étude des composites SMC-R, le critère utilisé
est le critère de Von Mises (C(σ̃ − X) = J2 (σ̃ − X)). Ce-
pendant, lors du développement de l’endommagement, le
critère définissant la surface de charge est modifié. Un
critère anisotrope de type Hill devrait être utilisé.
Dans le cas du composite stratifié, le critère anisotrope
(b) utilisé [13, 18] s’écrit de la manière suivante :
∂R(p)
β(p) = (24)
∂p
λ̇
ε̇p = (25)
1−d
4 Analyse numérique
Fig. 10. Comportement expérimental/numérique : écrouis- Fig. 12. Comparaison du comportement expérimental/numé-
sage cinématique + isotrope ; SMC-R. rique : essai sur stratifié [±65]2S .
Deux stratifications sont utilisées pour les comparai- Cet essai permet de coupler l’endommagement en ci-
sons expérimentales et numériques. La première permet saillement et en traction transverse. La figure 12 montre
de valider l’implantation de la pseudo-plasticité sur un l’évolution des contraintes de cisaillement et transverse
essai à [±45]2S , la deuxième permet de valider le cou- dans les plis à 65◦ . Le modèle est là encore assez proche
plage entre l’endommagement en cisaillement et trans- des résultats expérimentaux et la prédiction de la rupture
verse [±65]2S . La pseudo-plasticité est pour ce matériau est bien restituée.
la pseudo-plasticité à écrouissage isotrope.
Les dimensions de l’éprouvette sont : 150 mm de lon-
gueur, 20 mm de largeur et 2 mm d’épaisseur. Le maillage 4.3 Application au comportement de plaques trouées
est constitué de 60 éléments volumiques composites de
degré 2. Afin de valider les modèles sur des structures plus
complexes, des essais de traction sur éprouvettes trouées
ont été menés. L’endommagement local en bord de trou
Stratifié [±45]2S est complexe et les modèles présentés doivent permettre
de mieux appréhender le comportement en bord de trou
Les déformations résiduelles sont très bien retrans- de structures composites. La rupture numérique n’est pas
crites (Fig. 11), et ceci pour de très grandes déformations. abordée mais est en cours d’étude.
La rupture de l’éprouvette est donnée par l’instabilité de Les dimensions des éprouvettes trouées sont de
l’endommagement et est obtenue pour une valeur de la va- 150 mm de partie utile, 30 mm de largeur, 5 mm
riable d’endommagement égale à 0,5 comme déterminée d’épaisseur pour le composite SMC et 4 mm pour le
par la théorie [13, 15]. La différence de valeur à rupture composite stratifié. La séquence d’empilement du com-
entre l’expérimentation et le modèle vient du fait qu’il posite carbone/époxy est [(90, 45, 0, −45)2]S ; la couche à
existe lors des essais, une réorientation des fibres à 45◦ , 0◦ étant orientée dans le sens de l’effort. Le perçage de
introduisant une contrainte à rupture surestimée. diamètre 5 mm a été réalisé à l’aide d’un foret spécifique.
412 F. Lachaud et al. : Mécanique & Industries 7, 403–414 (2006)
4.3.1 SMC-R
(a) Modèle : pli à 90◦ (b) Modèle : pli à 45◦ (c) Modèle : pli à 0◦
Fig. 16. Superposition de l’endommagement expérimental (RX) et de l’endommagement numérique (module) pour le car-
bone/époxy quasi-isotrope.
[16] F. Lachaud, Délaminage des matériaux composites à [20] F. Lachaud, M. Bizeul, Analyse élastoplastique endom-
fibres de carbone et à matrices organiques : étude mageable des composites à fibres courtes, 13e Journées
numérique et expérimentale, suivi par émission accous- Nationales sur les Composites (JNC-13), Strasbourg,
tique, thèse de l’Université Paul Sabatier, 1997 2003
[17] F. Lachaud, L. Michel, Étude de l’endommagement [21] J.C. Devillers, D. Coutellier, E. Deletombe, D. Delsart,
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