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Crise au Darfour et droits humains en 2004

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Country Summary January 2005

Soudan

Alors que les pourparlers de paix visant à mettre un terme à 21 ans de guerre civile au Sud-Soudan
étaient sur le point d’aboutir, la crise dans la région du Darfour, à l’ouest du pays, s’est intensifiée en
2004. Suite au défi militaire posé par les deux mouvements rebelles du Darfour - l’Armée de libération
du Soudan (SLA/ALS) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) -, le gouvernement a soudanais
a décidé de répondre en armant, formant et déployant des milices ethniques arabes connues sous le nom
de « Janjawid », lesquelles sont également motivées par le pillage des terres. Les forces armées Janjawid et
soudanaises ont poursuivi leur campagne d’épuration ethnique et de déplacement forcé qui avait
véritablement débuté en 2003, par le bombardement et la mise à feu de villages, le massacre de la
population civile et le viol des femmes. On a constaté une escalade dramatique de ces atrocités au cours
de la première moitié de l’année 2004. Au terme de cette année, on déplore la destruction de centaines de
villages, le déplacement forcé de quelque 2 millions de civils par le gouvernement soudanais et ses
milices, et le décès de 70.000 personnes, conséquences directes ou indirectes de cette campagne.

La crise au Darfour
La politique d’extermination et de déplacement menée au Darfour avec l’appui du gouvernement est à
l’origine une tactique de contre-sédition consistant à déléguer à des milices ethniques la conduite d’une
campagne d’épuration ethnique, comme ce fut d’ailleurs le cas au Sud-Soudan pendant la majeure partie
des vingt dernières années. L’ampleur de la catastrophe humanitaire provoquée par les politiques
gouvernementales au Darfour a fini par toucher la communauté internationale quand le nombre des
personnes intérieurement déplacées (IDP) est passé d’un à deux millions.

Le 8 avril, un Accord de cessez-le-feu a été signé à N’Djamena, au Tchad, entre le gouvernement du


Soudan et les deux mouvements rebelles du Darfour, sous l’égide du Tchad, de l’Union africaine (UA),
des Etats-Unis et de l’Union européenne. Cet accord engageait le gouvernement soudanais à
« neutraliser » les milices Janjawid et prévoyait que l’UA mette sur pied une Commission du cessez-le-feu
(CFC), chargée d’observer et de rapporter toute violation de cet accord. Mais plusieurs mois se sont
écoulés avant que cette commission ne devienne opérationnelle.

Le gouvernement soudanais a une nouvelle fois promis, par le biais cette fois-ci d’un Communiqué signé
conjointement avec le secrétaire-général des Nations Unies Kofi Annan le 3 juillet, de procéder au
désarmement des Janjawid, d’améliorer l’accès de l’aide humanitaire, la situation des droits de l’homme et
la sécurité, et de rechercher une solution politique au conflit. Les pressions sur le gouvernement se sont
accrues avec l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 30 juillet, de la résolution 1556:
elle reprend les étapes esquissées dans le Communiqué conjoint, appelle à des restrictions sur les

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transferts d’armes à toutes les « entités non gouvernementales, y compris les Janjawid » et impose au
gouvernement soudanais un délai de trente jours pour procéder au désarmement des milices Janjawid.

L’incapacité chronique du gouvernement soudanais à maîtriser les milices Janjawid et à mettre un terme à
toutes les attaques perpétrées par celles-ci et par les autres forces sur les civils a conduit le Conseil de
sécurité à faire adopter, le 18 septembre, la résolution 1564. Cette deuxième résolution menace le
gouvernement soudanais de sanctions s’il n’en observe pas à la lettre les dispositions et ceux de la
résolution précédente. Elle autorise également la création d’une Commission internationale d’enquête
« pour examiner les comptes rendus de violations du droit international humanitaire et de la législation
pour la protection des droits humains au Darfour par toutes les parties, pour déterminer si des actes de
génocide ont bel et bien été perpétrés et pour identifier les auteurs de telles violations afin de garantir que
les responsables rendent compte de leurs actes ». La résolution enjoint également le gouvernement
soudanais à accepter une force de contrôle du cessez-le-feu de l’UA plus importante.

Le gouvernement soudanais prétend qu’il n’est pas en mesure de neutraliser et de procéder au


désarmement des Janjawid, mais il a refusé une aide internationale pour réaliser cet objectif. Aucun leader
Janjawid n’a été mis en examen ni été accusé de crime. Les rares poursuites entreprises par le
gouvernement soudanais ont été dirigées contre des détenus impliqués dans des crimes qui
n’entretiennent pas de rapport avec le conflit au Darfour, ou condamnés pour des chefs d’accusation
différents, des mois ou des années auparavant. Le gouvernement soudanais a établi une commission
d’enquête nationale visant à investiguer sur les crimes commis lors du conflit au Darfour, mais celle-ci
n’a encore rien livré. Les Janjawid et l’armée soudanaise se partagent plusieurs camps et on dispose de
nombreux témoignages sur des attaques coordonnées contre des civils lancées depuis ces camps. Des
membres de la milice Janjawid sont incorporés en douce dans les forces régulières de police, dans l’armée
et dans les forces de défense populaires (milice islamiste gouvernementale relevant de l’armée). Les
violations du cessez-le-feu sont monnaie courante dans toute la région du Darfour et aucune partie n’a
été sanctionnée. Bien que le Conseil de sécurité ait menacé d’infliger des sanctions si les violations des
droits de l’homme commises par les Janjawid n’étaient pas contenues, on a laissé passer le délai de 30
jours sans imposer de sanctions supplémentaires ni renforcer les sanctions déjà rendues.

Le Processus de paix Nord-Sud


Le conflit vieux de 21 ans, en particulier dans le sud du pays, entre le gouvernement militaire islamiste au
pouvoir à Khartoum et le Mouvement / l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLM/A) rebelle,
a été sur le point de se résoudre en 2004. En mai, le gouvernement soudanais et le SPLM/A ont signé le
dernier de six protocoles politiques clés à Naivasha, au Kenya, qui exposent les accords relatifs au
partage du pouvoir et des richesses dans le Sud-Soudan pour une période transitoire de six ans et demi,
après laquelle un référendum sur l’autodétermination mené dans la région du Sud permettra de décider si
le Sud devient indépendant. Cependant, ces accords négligent totalement les préoccupations relatives aux
droits de l’homme, comme la responsabilité pour les crimes commis pendant la guerre, la confession de
ces exactions et l’application des droits de l’homme internationaux et du droit humanitaire dans le futur.

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Les protocoles de Naivasha prévoient des élections nationales, au niveau des états, et locales qui auront
lieu à une date pour le moment indéterminée, entre la signature de l’accord final et le référendum sur la
succession.

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Norvège ont tout fait pour hâter les négociations entre les deux
parties qui ont duré presque trois ans. Ces pays ont ensuite été violemment critiqués, accusés d’exclure
délibérément du processus de paix d’autres mouvements rebelles et politiques. L’escalade du conflit au
Darfour a mis en lumière le mécontentement largement partagé quant à une solution partiale, et a
engendré, à l’ouest du pays, au moins deux autres mouvements rebelles en 2004. Les pressions
renouvelées de la part de la communauté internationale enjoignant de conclure les pourparlers de paix,
dont on estime qu’ils sont le précurseur nécessaire à la résolution du conflit au Darfour, ont remis les
deux parties autour de la table au mois d’octobre. Mais le processus de paix paraît définitivement
compromis étant donné que la bonne foi du gouvernement soudanais a été mise en cause par son
recours à la manipulation ethnique et aux techniques de la « terre brûlée » à l’ouest du pays.

Le Conseil de sécurité a tenu une réunion spéciale à Nairobi, au Kenya, les 18 et 19 novembre et a
adopté la résolution 1574 qui assure l’octroi d’une aide économique et un allègement de la dette du
Soudan si l’Accord de paix global était signé avant la fin de l’année 2004. Quant au Darfour, la résolution
ne prévoyait pas de « mesures supplémentaires », mais uniquement un avertissement plus réservé
enjoignant de « prendre les mesures appropriées contre toute partie qui ne veillerait pas à remplir ses
engagements ». Elle ignore donc les demandes explicites des résolutions précédentes, exigeant de
Khartoum qu’elle procède au désarmement et poursuive les milices Janjawid soutenues par le
gouvernement.

La situation humanitaire
Le Soudan est la patrie qui compte le plus grand nombre de personnes intérieurement déplacées (IDP)
au monde : en 2004, cette population est passée de 4 à presque 6 millions. Le nombre de déplacés au
Darfour continue de croître et ces personnes sont confrontées à une insécurité permanente. Ceux qui
ont réussi à rejoindre les camps qui bénéficient d’une aide humanitaire sont confrontés à différents
dangers, dont bien souvent le viol quand ils s’aventurent hors du camp pour ramasser du fourrage, de la
nourriture ou du bois à brûler. La plupart sont restés dans des zones rurales inaccessibles aux
organisations d’aide humanitaire, y compris dans les zones occupées par les rebelles, et ils subissent les
attaques des Janjawid. La création, approuvée par les Nations Unies, de « zones de sécurité » au Darfour,
protégées par le gouvernement du Soudan, s’accompagne du risque de consolider le nettoyage ethnique
en cours et provoque de plus en plus d’accrochages entre le gouvernement et les rebelles qui n’ont pas
été consultés sur le programme des « zones de sécurité ». En 2004, plus de 200.000 personnes originaires
du Darfour ont trouvé refuge au Tchad.

Le mélange d’insécurité, de sécheresse, de pillage à grande échelle et le fait que la saison des plantations
qui n’a pas pu avoir lieu, ont augmenté le risque de famine étant donné que près de deux millions de

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personnes n’ont bénéficié d’aucune aide alimentaire au Darfour (dont la population est estimée à entre 5
et 6 millions). Les installations sanitaires et les services de santé étant insuffisants dans les camps de
déplacés, un nombre important de foyers de maladies sont apparus, dont la dysenterie et la malaria, qui
ont entraîné la mort de milliers de personnes, surtout au sein des groupes les plus vulnérables comme les
enfants et les personnes âgées.

Parce que la signature de l’accord de paix de Naivasha a été postposée, on a retardé le programme
organisant le retour des quelques 4 millions de déplacés de guerre, une guerre qui a ravagé le sud du pays.

Les acteurs clés sur le plan international


Les Etats-Unis ont agi comme chef de file du Conseil de sécurité des Nations Unies qui a adopté quatre
résolutions relatives au Soudan au cours de l’année 2004. Les législateurs américains ont adopté une
résolution jointe le 23 juillet, déclarant que le gouvernement soudanais et les Janjawid étaient coupables
de génocide. Le secrétaire d’Etat Colin Powell a autorisé une enquête portant sur les réfugiés originaires
du Darfour au Tchad et en a conclu qu’un « génocide avait été perpétré au Darfour et qu’il pourrait
toujours être en cours ».

Toutefois, en raison du ressentiment international envers les Etats-Unis au sujet de la guerre en Irak,
ceux-ci ont éprouvé des difficultés sur le plan diplomatique pour convaincre les autres états membres de
se positionner de manière plus ferme par rapport au Darfour. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a
été divisé à propos des sanctions. La Chine et la Russie, qui ont toutes deux d’importants investissements
au Soudan, menacent d’opposer leur veto aux résolutions qui entraîneraient des sanctions à l’encontre du
gouvernement soudanais pour son manquement à procéder au désarmement des Janjawid et à mettre un
terme aux attaques contre la population civile. L’élection du Soudan à la Commission des droits de
l’Homme des Nations Unies le 5 mai constitue une autre indication de l’échec de la communauté
internationale à blâmer le gouvernement soudanais pour ses abus au Darfour. Le 24 novembre, le vote
de l’Assemblée Générale des Nations Unies a rejeté une résolution condamnant le Soudan.

Le Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a envoyé, en août, huit
observateurs des droits humains au Darfour et a promis en octobre de doubler ce nombre. Suite à sa
mission au Soudan en septembre, le Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Louise
Arbour, a recommandé le déploiement d’une force de police internationale au Darfour et a dénoncé
l’impunité totale dont jouissaient les auteurs des atrocités commises dans la région. Louise Arbour était
accompagnée dans sa mission par Juan Mendez, le conseiller spécial du secrétaire-général des Nations
Unies pour la prévention des génocides.

La récente Union africaine a déployé jusqu’à 136 observateurs du cessez-le-feu au Darfour et plus de 625
troupes rwandaises et nigérianes en guise de force de protection pour les observateurs. Le Président
nigérian Olusegun Obasanjo a accueilli, à Abuja, les pourparlers de l’UA entre Khartoum, l’ALS et le

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MJE à la fin de l’année 2004, mais ces pourparlers ont échoué et l’accord de cessation des hostilités s’est
délité.

L’UA a proposé d’envoyer une force de protection de la population civile composée d’au moins 2.341
troupes et de 815 policiers civils, proposition soutenue par le Conseil de sécurité. Le gouvernement
soudanais a rejeté cette proposition mais a fait marche arrière quand les conditions de l’intervention ont
été adoucies et que l’UA a été proposée pour assurer la protection des civils à portée de leur vue.

D’après de nombreuses estimations, à la fin de l’année 2004, la novice UA et ses pays membres
manquaient encore de financement et ne disposaient pas de la capacité nécessaires à mettre sur pied une
opération efficace qui aura sept fois la taille de sa force présente au Darfour en 2004. De plus, les besoins
de la population civile en matière de protection ne sont toujours pas assurés.

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