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Une Détermination À Évangéliser

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Une détermination à

évangéliser
[Link]
er

Lecture biblique : Matthieu 28.16-20

Ce sont les dernières paroles de Jésus à ses disciples dans


l’Évangile selon Matthieu. Non pas ses dernières paroles avant
sa mort, puisqu’il est ressuscité ! Mais ses dernières paroles
avant son ascension, avant de retourner auprès de son Père.
Elles sont donc d’une importance particulière.

Tout est fait pour le souligner. Jésus a fixé un rendez-vous à


ses disciples, sur une montagne, pour les leur transmettre. Et
il commence avec une affirmation solennelle qui donne le ton :
« J’ai reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre. »

Et puis viennent les exhortations : allez chez tous les


peuples, baptisez-les, apprenez-leur à obéir à mes
commandements… La tâche est si grande, elle ne peut pas
concerner les seuls apôtres réunis alors sur cette montagne !
Elle concerne toute l’Église, l’ensemble des disciples de
Jésus-Christ d’hier, aujourd’hui et demain.

Ces paroles résument en quelques mots la mission de l’Église.


Le mandat que Jésus-Christ lui a confié. Un mandat qui, par sa
formulation, fait écho à un autre mandat, celui que le
Créateur avait donné à toute l’humanité en Genèse 1.28 :

« Ayez des enfants, devenez nombreux. Remplissez la terre et


dominez-la. Commandez aux poissons dans la mer, aux oiseaux
dans le ciel et à tous les animaux qui se déplacent sur la
terre. »

L’humanité devait se multiplier et remplir la terre pour la


dominer, c’est-à-dire y jouer son rôle de gestionnaire confié
par Dieu. Ce mandat demeure, bien-sûr. Mais pour les disciples
du Christ, un nouveau mandat vient s’ajouter, celui de remplir
la terre… pour y faire des disciples du Christ.

Un mandat impératif

Premier élément à relever : c’est un commandement, pas une


option. Jésus dit : « Allez ! » Il ne dit pas : « Ceux qui ont
envie de le faire, allez-y ! », ou « ceux d’entre vous qui se
sentent appelés à le faire, allez ! ». L’impératif est pour
tous ! C’est le mandat de l’Église, et l’Église, c’est vous et
moi.

Il est intéressant de remarquer que jusqu’ici, lorsque Jésus


annonçait la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, il disait en
général à ceux qui l’écoutaient : « Viens et suis-moi ! ».
Mais maintenant, à ceux qui l’ont suivi il dit : « Allez ! ».
Suivre le Christ, ce n’est pas rester entre nous, c’est aller
chez tous les peuples.

Aller chez tous les peuples, c’est rejoindre l’autre là où il


se trouve. Le connaître, l’aimer, chercher à le comprendre.

On est bien au-delà d’une présentation froide et objective de


l’Évangile. Il ne suffit pas de glisser un traité dans la
boîte aux lettres ou de donner un calendrier biblique pour
répondre à l’appel de Jésus. L’objectif, c’est qu’ils
deviennent des disciples. Il faut les enseigner à garder les
commandements de Jésus. Bref, tout cela demande du temps, un
investissement personnel, dans une vraie relation.

Alors certes, tout le monde n’est pas évangéliste au sens d’un


ministère spécialisé. Mais tous nous sommes appelés à être
témoins de l’Évangile, en paroles et en actes. Le mandat que
Jésus confie à ses disciples, c’est à chacun de nous qu’il le
confie aussi ! Quelle place réservons-nous à cet impératif
dans notre vie de tous les jours ?
Un mandat universel

Jésus dit : « Allez chez tous les peuples… » La dimension


universelle de ce mandat souligne le fait que tout le monde a
besoin de recevoir l’Évangile. Notre voisin comme celui qui
vit dans un peuple jamais atteint par l’Évangile.

Une telle affirmation peut paraître agressive, intolérante. La


perspective d’aller chez tous les peuples pour faire des
disciples peut s’apparenter à une stratégie de conquête qui
peut faire peur.

Mais, il faut le souligner, il n’y a aucune contrainte. Un


disciple, c’est celui qui décide de suivre son maître. On ne
peut pas faire des disciples de Jésus-Christ sous la
contrainte. Des adeptes d’une religion peut-être, mais pas des
disciples de Jésus-Christ.

Or l’Évangile, ce n’est pas une religion. C’est une bonne


nouvelle pour tous les hommes, celle de l’amour de Dieu
manifesté pour tous les hommes, celle du pardon de Dieu offert
grâce à la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

Tous ceux qui ne connaissent pas cette bonne nouvelle se


perdent. En avons-nous la conviction ? Sommes-nous bien sûrs
que chacun, quel qu’il soit, a besoin de l’Évangile ? Je crois
que souvent on vit comme si ce n’était pas le cas. On est
content d’être chrétien, l’Évangile est important dans notre
vie, on est peut-être déçu voire triste que nos proches
n’aient pas la foi… Mais avons-nous vraiment le même regard
que Jésus, ému de compassion en regardant la foule :

Jésus voit les foules et son cœur est plein de pitié. En


effet, les gens sont fatigués et découragés, comme des moutons
qui n’ont pas de berger. Alors Jésus dit à ses disciples :
« Il y a une grande récolte à faire, mais les ouvriers ne sont
pas assez nombreux. » (Mt 9.36-37)

Un mandat assorti d’une promesse


On pourrait se dire que la tâche est immense et la
responsabilité écrasante. Mais il ne faut pas oublier que ces
paroles de Jésus se terminent par une promesse : « Et moi, je
suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. ».

Alors oui, la tâche est immense et la responsabilité


écrasante. Mais Jésus-Christ est là, avec nous. Après avoir
dit au cours de son ministère : « Viens et suis moi. », Jésus
nous dit maintenant : « Allez… et je vous suivrai ! »

« Allez… pour que les gens deviennent mes disciples. » Voilà


l’objectif : faire des disciples du Christ. Pas des disciples
de nous-mêmes, ou de notre Église, ou de notre religion. Il
s’agit de présenter le Christ pour permettre à ceux qui ne le
connaissent pas de le rencontrer.

Et c’est là que la présence du Christ est essentielle. C’est


lui qui agit, c’est lui qui appelle, c’est lui qui convainc.
C’est lui le maître.

Dans notre témoignage, il s’agit de présenter le Christ qui


est vivant en nous par son Esprit. C’est pour cela que notre
témoignage ne passe pas seulement par des mots mais aussi par
notre façon de vivre. Laisser le Christ transparaître dans
notre vie, c’est le début du témoignage.

Souvenons-nous en : annoncer l’Évangile, c’est présenter


Jésus-Christ. Ce n’est pas enseigner une doctrine, une morale
ou une religion.

Conclusion

Le troisième indice de vitalité qui nous est proposé est la


détermination à évangéliser. Et ici, le mot détermination est
important. Il est de notre ressort, en tant que disciple du
Christ et en tant qu’Eglise, de placer l’évangélisation,
l’annonce de la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ, comme
une priorité de notre vie.
C’est bien le mandat que Jésus a donné à ses disciples. Et ça
ne nous est pas forcément naturel… Il faut aller, se lancer,
prendre le risque du rejet ou du mépris. Mais c’est bien notre
tâche. Car comme le dit bien l’apôtre Paul :

Comment invoquer le Seigneur si on ne croit pas en lui ? Et


comment croire au Seigneur si on n’a pas entendu parler de
lui ? Et comment entendre parler de lui si personne ne
l’annonce ? (Romains 10.14)

Une marche avec le Christ qui


transforme la vie
[Link]
qui

Lecture biblique : Philippiens 1.3-11

Deuxième indice de Vitalité

Lorsque Paul écrit aux Philippiens, il est en prison et il


traverse des moments difficiles ; pourtant, sa lettre déborde
de joie et de tendresse, et ce passage en donne le ton.
L’église de Philippes est une des églises fondées par Paul,
mais elle se distingue par le lien particulier qui l’unit à
Paul, puisque les Philippiens ont énormément soutenu Paul dans
son ministère, notamment par des dons financiers qui ont
permis à Paul d’annoncer l’évangile sans rien demander aux
gens à qui il prêchait. Ils sont collaborateurs, participants
du ministère de Paul par leurs prières, leur soutien, leur
don, et évidemment c’est un lien privilégié qui s’est tissé
entre Paul et cette église.
A partir de ce texte, j’aimerais dégager quelques éléments
pour stimuler notre réflexion sur notre marche avec le Christ.

1) Une transformation continuelle

Premièrement, Paul rappelle avec force que marcher avec le


Christ, c’est une aventure qui nous transforme jour après
jour, qui nous fait grandir continuellement. La prière qu’il
porte à Dieu en faveur des Philippiens, c’est que leur amour
grandisse encore et encore, pour gagner en sagesse et en
discernement. Je me souviens d’un pasteur qui faisait sa thèse
sur la croissance chrétienne, et qui disait : « je crois (foi)
donc je croîs (grandis) ; je crois donc je croîs ». La
croissance spirituelle est incontournable dans la vie
chrétienne : l’engagement avec Dieu, la foi, la conversion, ne
sont que le premier pas, comme un bébé qui vient de naître et
doit grandir pour réaliser sa vocation à être humain. De la
même manière que des jeunes parents font tout pour favoriser
la croissance de leur enfant, Dieu s’attend lui aussi à nous
voir, nous, nouveau-nés de la foi, grandir et devenir adultes.

Le but de cette croissance, c’est un amour surabondant, qui


nous aide à voir clair, à comprendre les choses parfaitement
(le discernement), c’est une vie pure et sans défauts, remplie
d’actes justes, autrement dit, c’est la sainteté, un objectif
d’autant plus pressant que c’est pour Dieu, pour sa gloire,
pour l’honorer et le réjouir. J’aimerais faire trois remarques
sur cette transformation qui nous conduit vers la sainteté :

1. D’abord, la sainteté se définit à la fois par ce qu’elle


n’est pas, et par ce qu’elle est, positivement. Souvent,
on associe la sainteté à l’absence de certains traits
(mensonge, immoralité, colère…). C’est très juste, mais
la sainteté, c’est aussi la présence d’autres éléments :
la bonté, la patience, la générosité, l’équilibre, des
actes concrets etc.
2. Ensuite, vous remarquez que la croissance spirituelle
comporte à la fois des éléments de connaissance,
d’actions et de sentiments (l’amour). Les trois vont
ensemble : il nous faut progresser dans notre savoir sur
Dieu et le monde, dans notre comportement, et dans notre
attitude intérieure, ce mélange de volonté, de
sentiments, de projet, qu’on appelle le cœur dans la
Bible. Toute notre personne doit progresser dans sa
marche avec le Christ, toute notre personne doit viser
une plus grande maturité : dans le savoir, dans les
sentiments, dans les actions. Progresser sur un seul
point, c’est avancer à cloche-pied.
3. Troisième remarque : nous sommes déjà saints, et nous ne
le sommes pas. Nous sommes comme ces jeunes diplômés qui
sortent de l’école, qui ont le statut mais pas
l’expérience. Notre croissance, si elle est nécessaire,
n’a pas pour but de nous faire gagner le salut : nous
l’avons déjà, en Christ, par la grâce de Dieu. Non, le
but de notre croissance, c’est de mettre en œuvre ce
salut que nous avons reçu. Pour prendre une autre image,
on pourrait dire que nous avons déjà reçu la graine du
salut, de la justice, de la sainteté, c’est un don de
Dieu, mais ce don a pour vocation de donner une plante
chargée de fruits : c’est la sanctification. A quoi
servira la graine si les fruits ne poussent pas ?

En Jésus-Christ, nous sommes sauvés pour vivre avec Dieu, être


ses enfants, des enfants qui grandissent et deviennent
adultes, mûrs, responsables, équilibrés, laissant l’Evangile
transformer toute leur personne.

2) Grâce de Dieu et engagement personnel

Si le chemin vers la maturité, ou sanctification, est


incontournable à notre foi, comment grandir ? Comment
progresser ?

Paul donne une première réponse au v. 6 « 6Je suis sûr d’une


chose : Dieu qui a commencé en vous un si bon travail va le
continuer jusqu’au bout ». C’est Dieu qui œuvre en nous. Ouf !
La sanctification a beau être incontournable, elle reste
inaccessible aux forces humaines. Dieu s’attend à nous voir
grandir mais il nous aide aussi à grandir : il n’est pas un
juge froid et distant, à surveiller nos résultats d’un œil
d’acier. Loin de là, Dieu est ce père tendre et débordant
d’amour qui nous offre tout ce dont nous avons besoin pour
avancer, comme ces pères qui tiennent leur nourrisson par la
main, puis plus tard apprennent à leur enfant à conduire,
donnent des conseils, forment, soutiennent, encouragent.

Il nous a donné la Bible, sa parole, où nous apprenons comment


Dieu fonctionne, quelles sont ses valeurs, ses priorités, son
caractère, tout ce que nous sommes appelés à nous approprier
dans notre croissance, pour être de plus en plus à l’image de
Dieu. Dieu nous donne même un modèle humain en Christ, que
nous pouvons contempler dans l’Evangile : Jésus, Dieu devenu
homme, saint, pur, débordant de compassion et de justice. Et
pour nous aider à suivre ce modèle, Dieu nous donne le Saint
Esprit, son Esprit à lui, qui habite en nous, qui nous inspire
de l’intérieur, qui travaille dans le secret de notre cœur,
pour nous aider à ressembler de plus à plus au Christ.

Ainsi, la sanctification est aussi un don de Dieu, c’est une


grâce qu’il nous fait, puisque Dieu nous accompagne et nous
entoure sur ce chemin de foi.

Cela étant, qui dit grâce ne dit pas passivité. Dieu œuvre,
mais pas malgré nous, et nous sommes appelés à nous engager
nous aussi, dans ce processus de transformation. Il nous faut
faire preuve de détermination pour choisir et rechoisir
régulièrement d’avancer, d’aller plus loin, dans notre
relation avec Dieu, dans notre ressemblance au Christ, dans
notre ouverture au Saint Esprit.

Cette détermination à grandir implique peut-être d’évaluer, de


mesurer, notre croissance. Paul comme Jésus utilisent l’image
du fruit, de la moisson, avec des quantités, mais aussi de la
croissance mesurable d’un enfant. L’évaluation ne sert pas à
éteindre, juger ou casser, elle montre simplement où on en
est, quels sont les manques, les excès, et les prochains
chantiers de notre transformation. On peut le vivre
individuellement et collectivement, en se confrontant à notre
modèle et en demandant à Dieu de nous montrer où progresser,
par un livre, une retraite, un camp, une série de
prédications…

3) Un lieu privilégié : l’église

Avant de terminer, j’aimerais souligner le rôle central de


l’église dans notre sanctification. L’église n’est pas
optionnelle dans notre marche avec Dieu : c’est le lieu
privilégié où Dieu agit pour nous transformer. La prière de
Paul encourage à développer l’amour pour qu’il gagne en
sagesse, en discernement, et en actions justes. La base, c’est
l’amour, et ça se vit à plusieurs. La marche avec le Christ
n’est pas un programme de développement personnel ou
d’affirmation de soi. Il y a une part où l’on se découvre, où
l’on développe ses dons etc., mais toujours dans le cadre
général des relations avec les autres. Jésus donne un seul
commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés. Comment ressembler au Christ si l’on n’est pas engagé
dans des relations d’amour, des relations fraternelles ?

Paul, dans sa lettre, donne un bel exemple du ministère


pastoral : il dit aux Philippiens qu’il les aime, qu’il les
chérit, avec l’ardeur et la tendresse du Christ lui-même. Cet
amour qui prend aux tripes n’est pas réservé à Paul, mais nous
sommes appelés à nous aimer tous, les uns les autres, à nous
impliquer les uns pour les autres, à nous encourager, à nous
conseiller, à nous soutenir, pour avancer ensemble. Dans
l’église, les sages font réfléchir les impétueux, les
impétueux font réagir les sages, les expérimentés conseillent,
les rêveurs stimulent, et ce n’est pas la prérogative des
pasteurs ou du conseil, loin de là ! C’est le rôle de chacun
de contribuer à la croissance des autres, dans des relations
individuelles, dans des petits groupes, dans des lieux de
service, dans le culte. Chacun peut donner, et chacun peut
recevoir, afin que tous, nous grandissions en maturité et en
fécondité spirituelle.

Bien sûr, il ne s’agit pas de faire de l’ingérence dans la vie


d’autrui, mais l’individualisme occidental, qui se retranche
derrière un sacro-saint respect de la vie privée, n’est pas
biblique. Dieu nous a créés pour nous entraider, et parfois,
cela implique de prendre les devants pour aider celui qui est
bloqué ou tombé à se remettre en marche.

Dans cette entraide, la prière est essentielle. Prier, c’est


la base d’une relation avec d’autres qui va favoriser leur
croissance et la nôtre, parce que la prière nous ouvre à
l’intervention de Dieu. J’aimerais nous exhorter à prier pour
notre croissance spirituelle et celle de nos frères et sœurs,
comme le fait Paul à l’égard des Philippiens. Adresser à Dieu
notre reconnaissance pour les progrès effectués grâce à lui –
comme une addiction qui perd de son pouvoir, un courage qui se
développe, des progrès en patience en justice, en
bienveillance… – ce qui implique de confier, dans des moments
adaptés, bien sûr, peut-être en petits groupes, confier nos
progrès. De la même manière, il est bon de confier à la prière
de nos frères et sœurs les défis spirituels qui sont devant
nous, les blocages, même les échecs et les chutes. Nul n’est
juge des autres, nous sommes au contraire là pour nous
encourager mutuellement et nous relever les uns les autres. A
titre personnel, j’ai énormément changé et je me suis beaucoup
rapprochée de Dieu lorsque j’ai pu trouver des frères et sœurs
à qui confier mes défis et mes difficultés, et les remettre à
Dieu dans la prière. Dieu ne nous a pas créés pour progresser
seuls, mais il œuvre en nous et à travers nous pour notre bien
et celui des autres.

Conclusion

La vie avec le Christ doit nous transformer, jour après jour,


année après année, décennie après décennie, jusqu’au dernier
jour sur cette terre. Comment grandir ? En s’appuyant sur
l’œuvre de Dieu, en méditant sa Parole, en se familiarisant
toujours plus avec le Christ, en s’ouvrant à l’œuvre de
l’Esprit dans la prière, avec humilité et confiance. Dans tous
ces aspects, l’église a un rôle essentiel : Dieu nous a unis
par son Esprit, autour du Christ, par des liens éternels, pour
que nous nous engagions les uns envers les autres, que nous
prenions part à la vie les uns des autres, pour que l’église
soit un lieu d’encouragement, de croissance, de conseil, où
l’on peut apprendre, s’essayer, tomber, se relever, pleurer et
se réjouir ensemble, avec Dieu.

Alors croyons, et croissons ensemble ! Les uns avec les


autres, les uns par les autres, nourris de la Parole de Dieu,
abreuvés par son Esprit, pour la gloire de Dieu que nous
révèle le Christ, son Fils unique, notre sauveur !

Prière d’après la prière de Paul en Ep 3

14 15
C’est pourquoi je me mets à genoux devant Dieu le Père, de
qui toute famille reçoit son nom dans les cieux et sur la
16
terre. Oui, je lui demande de vous rendre forts par son
Esprit, tellement sa gloire est grande. Ainsi, vous pourrez
17
être des chrétiens solides. Que le Christ habite dans vos
cœurs par la foi ! Plongez vos racines dans l’amour et soyez

solidement construits sur cet amour. 1 8 Alors vous serez


capables de comprendre avec tous les chrétiens la largeur, la
longueur, la hauteur et la profondeur de l’amour du

Christ. 19Vous connaîtrez cet amour qui dépasse tout ce qu’on


peut connaître. Vous recevrez toute la vie de Dieu, et il
habitera totalement en vous.

Dieu créateur, nous sommes ta famille. Cette église


t’appartient. Fortifie-nous par ta puissance abondante et
inimaginable. Nous sommes enracinés et fondés dans l’amour
parce que le Christ demeure en nous, mais nous désirons
vraiment saisir, avec tout notre être, combien ton amour est
vaste, et nous voulons être remplis de ton amour jusqu’à en
déborder. Nous pouvons devenir et faire ce pour quoi tu nous
as créés, si et seulement si tu œuvres avec puissance en nous.
Alors, nous t’en prions, œuvre parmi nous, en nous, à travers
nous, pour ta gloire et pour le bien de ceux qui nous
entourent.

A celui qui peut faire infiniment plus que ce que nous


demandons ou imaginons, par la puissance de son Esprit
travaillant en nous, à lui soit la gloire dans l’église et en
Jésus-Christ dans toutes les générations, pour toujours ! amen

La Parole de Dieu au centre


[Link]
e

Cette prédication est la première d’une série sur les 10


indices de vitalité, empruntés au processus « Vitalité »
proposé par l’UEEL pour une revitalisation des Églises. Ces
indices bibliques veulent aider les Églises à porter un regard
juste sur elles-mêmes, en vue de devenir des Églises saines et
missionnaires.
Et comme une Église, c’est avant les membres qui la composent,
ces indices de vitalité peuvent aussi nous aider à faire le
point sur notre propre vie spirituelle.
Lecture biblique : 2 Timothée 3.10-17
2 Timothée 3.16 est sans doute un des versets bibliques
préférés dans nos Églises évangéliques, un de ceux qui sont
les plus cités… Après Jean 3.16 évidemment ! Nous aimons ce
texte qui souligne l’inspiration des Écritures, et grâce
auquel nous pouvons dire que la Bible est la Parole de Dieu.
Mais pour bien le comprendre, il est utile de le replacer dans
son contexte. La deuxième épître à Timothée est une épître
tardive du Nouveau Testament. Elle contient les dernières
instruction de l’apôtre Paul à son protégé Timothée. Nous
sommes dans un contexte de lutte, la persécution contre les
chrétiens s’intensifie et Paul dit à Timothée que ça va être
dur, qu’il va continuer à rencontrer de l’opposition, qu’il
devra se battre et risquer la persécution.
Pour faire face à tout cela, il y a un fondement solide sur
lequel s’appuyer : la Bible, Parole de Dieu. Paul invite
Timothée à la mettre au cœur de son ministère. La Parole de
Dieu au centre. Voilà bien un premier signe de vitalité, pour
un chrétien comme pour une Église. Mais qu’entend-on par là ?
La Parole de Dieu est au centre si son autorité est respectée
L’autorité de la Parole de Dieu découle de son inspiration. Si
la Bible est la Parole de Dieu, alors elle doit être prise au
sérieux et être LA référence pour notre foi et notre vie
chrétienne. A cause de Celui qui l’a inspirée.
Comment sait-on si l’autorité de la Parole de Dieu est
respectée ? Si elle sert toujours d’étalon à notre foi et
notre pratique. Si tout ce que nous faisons cherche à être en
accord avec l’enseignement biblique.
Et on a beau dire que la Bible est notre autorité en matière
de foi, avouons qu’en pratique, d’autres choses lui contestent
cette autorité. Le poids des traditions et des habitudes, la
recherche d’expériences ou de sensations fortes, la
comparaison (pour ne pas dire la compétition) avec les autres…
Qu’est-ce qui gouverne notre vie ? Qu’est-ce qui est le
fondement de nos différents comportements ? Qu’est-ce qui
oriente notre vie d’Eglise ? Pourquoi fait-on telle ou telle
activité ? Dire : « On a toujours fait comme ça… » n’est
jamais une réponse valide !
Il s’agit de remettre les habitudes et les traditions à leur
place. Il n’y a pas de tradition qui ne puisse être mise en
doute, pas d’habitude qui ne puisse être questionnée. Ça ne
veut pas dire qu’on va forcément rejeter toute tradition. Mais
il faut que nous soyons prêts à les réévaluer sans cesse à la
lumière de la Parole de Dieu.
La Parole de Dieu est au centre si elle étudiée avec sérieux
Pour certains, on pourrait croire qu’il suffit de citer un
verset biblique pour justifier telle doctrine ou tel
comportement pour avoir respecté l’autorité de l’Ecriture.
C’est une erreur ! Je sais qu’il y a cette habitude bien
évangélique de vouloir toujours trouver un verset biblique qui
réponde de manière définitive à chaque question. Mais la Bible
n’est pas un livre de recettes…
L’apôtre Paul rappelle à Timothée que la Parole de Dieu est
utile « pour enseigner la vérité, pour persuader, pour
corriger les erreurs, pour former à une vie juste. » Cela
implique bien plus que de simples citations de versets
bibliques mais une étude sérieuse, une lecture intelligente.
Une lecture intelligente de la Bible, c’est d’abord une
lecture qui la prend pour ce qu’elle est : une véritable
bibliothèque, riche de toute sa diversité. Avec une intention
première : révéler le projet de salut de Dieu. Mettre la
Parole de Dieu au centre, c’est développer sa culture
biblique. Lire et relire la Bible, toute la Bible. Il faut
privilégier l’ensemble par rapport au détail. Préférer une
lecture continue à une lecture fragmentée.
Ca implique sans doute aussi d’éviter une lecture solitaire.
La lecture personnelle est importante, bien-sûr. Mais lire
intelligemment la Bible, c’est aussi la lire ensemble, dans
l’écoute mutuelle, en acceptant les débats. Pas de pensée
unique dans la lecture intelligente de la Bible ! Il s’agit
d’être prêt à se laisser surprendre, à être remis en question.
La Parole de Dieu est au centre si elle est mise en pratique
Il faut aller plus loin. Une lecture intelligente ne s’arrête
pas à l’intellect. L’apôtre Paul termine son paragraphe en
soulignant le but ultime visé, qui n’est pas d’augmenter sa
connaissance mais d’être « parfaitement préparé et formé pour
faire tout ce qui est bien. » (v.17)
L’objectif pointé par l’apôtre Paul, ce n’est pas une
connaissance encyclopédique de la Bible mais une vie
transformée et façonnée par elle. La Bible pour elle-même ne
sert à rien. Son étude, sa méditation, n’a de sens que si elle
nous permet d’avancer spirituellement, de progresser dans la
foi.
La Bible sera au centre de notre vie, au centre de notre
Église, si elle est mise en pratique. La centralité de la
Parole de Dieu se mesure aux fruits qu’elle nous fait porter
dans notre vie. Comment la lecture de la Bible continue-t-elle
à vous transformer aujourd’hui ?
Il est triste, et parfois même scandaleux, de voir des
chrétiens qui connaissent la Bible sur le bout des doigts
avoir un comportement en complet désaccord avec l’Évangile :
dans le jugement, refusant de pardonner, étant fauteur de
trouble, dans le mensonge ou les magouilles… Ce n’est peut-
être pas le dimanche au culte, mais pendant la semaine sur
leur lieu de travail ou dans leur famille. Ces chrétiens ont
beau connaître la Bible par cœur, la Parole de Dieu n’est
certainement pas au centre de leur vie !
Conclusion
Affirmer la centralité de la Parole de Dieu, pour une Église
ou pour un chrétien, est une évidence. Mais il ne suffit pas
de connaître la Bible par cœur pour que ce soit vraiment le
cas.
La Parole de Dieu est au centre si son autorité est respectée,
si on l’étudie avec sérieux et si elle est mise en pratique.
Sinon, elle n’est qu’un élément parmi d’autres dans notre
Église et dans notre vie. Et nous ne devrons pas nous étonner
alors de manquer de vitalité spirituelle…
Par contre, si elle est vraiment au centre de notre vie, alors
l’oeuvre de Dieu en nous sera réelle et elle portera du fruit
!

Quand la sainteté devient une


idole
Lecture biblique: Marc 7.1-23

En venant demander à Jésus pourquoi ses disciples ne purifient


pas leurs mains avant de manger, les pharisiens et les maîtres
de la loi ne s’attendaient sûrement pas à un tel retour de
bâton. Jésus ne s’y trompe pas : la petite question de ces
juifs pieux est une accusation, un jugement désapprobateur
hypocritement coiffé d’un point d’interrogation. En effet,
pharisiens et maîtres de la loi se préoccupent peu d’apprendre
quel enseignement Jésus donne à ses disciples au sujet de la
place de la tradition religieuse, mais ils accusent Jésus de
mépriser cette tradition, transmise par les pères dans la foi.
Jésus répond en deux volets à cette question, démasquant
d’emblée l’hypocrisie de la demande, et il contre-attaque,
d’abord en critiquant leur attitude vis-à-vis de la tradition,
qui, aux yeux de Jésus, devient un obstacle à leur relation
avec Dieu plutôt qu’une aide, et, devant la foule puis avec
les disciples, en définissant ce qu’est la véritable impureté.
Lorsque Jésus en a fini, les pharisiens sont mouchés, ils ne
peuvent plus rien dire, le récit les tourne presque en
ridicule : tel est pris qui croyait prendre ! Ceux qui
voulaient prouver leur supériorité spirituelle en dénigrant
Jésus voient leur superficialité et leur vanité dévoilées au
grand jour.

1) Comprendre les pharisiens

Avant d’examiner les réponses de Jésus, j’aimerais qu’on


s’arrête quelques instants sur les pharisiens, les maîtres de
la loi, l’élite spirituelle en quelque sorte. Dans les
Evangiles, ils apparaissent souvent comme les adversaires de
Jésus, ses ennemis qui complotent contre lui, mais aussi comme
des croyants rigides, superficiels, légalistes, et un peu
ridicules. On aurait tort pourtant de s’imaginer qu’ils sont
si loin de nous. En réalité, ce sont au départ des croyants
sincères, dont le désir profond est de vivre tous les détails
de leur vie en accord avec la volonté de Dieu. Ca c’est plutôt
louable !

Ce désir de vivre saintement les conduit en particulier à


chercher comment la loi juive peut concrètement être respectée
au jour le jour. C’est la tradition, qui s’est constituée au
fil du temps, au fil des problèmes qui se présentaient, et qui
donne des repères concrets pour suivre au mieux les
commandements de Dieu, par respect pour Dieu, avec le profond
désir de ne rien faire qui lui déplaise. En particulier, les
pharisiens vont choisir de respecter eux aussi les règles de
vie des prêtres, considérant que ces règles favorisent un mode
de vie saint.
L’intention de ces croyants est loin d’être mauvaise, et je
sais que nombre de croyants aujourd’hui ont le même souci de
chercher à plaire à Dieu dans les moindres détails de leur
vie. Ce désir d’être saint est beau, mais dans le cas des
pharisiens, il a conduit à un excès. A un moment, certains de
ces croyants zélés ont confondu un mode de vie saint avec la
relation avec Dieu : adorer Dieu, c’est devenu manger de telle
manière, marcher de telle manière, prononcer telle parole à
telle heure etc. La sainteté est comme devenue un but en soi,
et a fini par occulter le Dieu pour qui ils voulaient être
saints. On pourrait dire que, avec les meilleures intentions
du monde, la sainteté est devenue leur idole => diapo titre,
une idole qui les rend sourds aux vraies paroles de Dieu, et
qui les rend aveugles sur leur propre état spirituel, deux
éléments sur lesquels Jésus réagit.

2) Quand le désir de sainteté finit par nous cacher Dieu

La tradition en soi n’est pas une mauvaise chose, elle aide le


croyant à appliquer la volonté générale de Dieu, exprimée dans
la Bible, dans le contexte précis, concret, de sa vie
quotidienne. Pour les pharisiens et leurs semblables, le
problème c’est que la tradition a fini par noyer les
commandements originels de Dieu.

Jésus donne un exemple concret. Théoriquement, un bon juif


doit respecter son père et sa mère, et c’est très sérieux
puisqu’il encourt la condamnation à mort s’il agit mal envers
eux. Ailleurs dans la loi, on rencontre le commandement selon
lequel celui qui s’engage par un vœu doit absolument le
respecter. La situation que décrit Jésus, c’est le cas où les
deux entrent en conflit. Quelqu’un dirait à ses parents : « je
ne peux pas vous aider financièrement (sachant qu’il n’y a pas
de retraite ou de sécurité sociale !) parce que j’ai promis
dans un vœu de consacrer cet argent à Dieu, et je ne peux pas
revenir sur mon vœu. » Les chefs religieux tendraient à lui
donner raison, c’est ça que critique Jésus ! Jésus critique le
fait de bâtir un système de règles tellement compliquées qu’on
se retrouve à les opposer les unes aux autres, à arbitrer en
en choisissant certaines et pas d’autres, et surtout à donner
la priorité aux règles les moins importantes ! Le respect des
parents se trouve dans les 10 commandements, pas la règle sur
le vœu. Le système devient tellement rigide que le bon sens
n’y a plus de place, ni la volonté de Dieu : on est dans une
situation absurde où, sous prétexte de respecter la loi, on la
transgresse. C’est la tragédie des pharisiens, empêtrés dans
un système qui les rend sourds et aveugles aux intentions de
Dieu.

Nous sommes tellement différents ! Nous aussi, nous


établissons des règles de vie pour respecter Dieu au
quotidien. La situation des pharisiens nous interpelle sur
notre pratique : est-ce que nos règles, utiles, sont devenues
un obstacle entre Dieu et nous ? est-ce que nos règles, nos
habitudes, nos valeurs chrétiennes (mais pas forcément
bibliques !) ne nous détournent pas parfois de Dieu lui-même,
un Dieu qui se plaît à sortir des cadres bien réguliers que
nous nous imposons ? C’est tout le danger des réflexes, des
recettes, d’une certaine culture implicite : quand on est
chrétien on ne fume pas, on ne boit pas, on s’habille comme
ci, on lit ça, on fréquente tel type de personnes etc.

Nos règles chrétiennes doivent rester des aides, utiles mais


modifiables, toujours soumises à la comparaison avec ce que
Dieu nous communique vraiment dans la Bible. Souvent, on est
très surpris, par exemple sur le mariage, de voir l’écart
entre ce que nous considérons comme un vrai et bon mariage et
la conjugalité dans la Bible… On pourrait dire la même chose
sur le ministère pastoral, les dons spirituels, etc. Nos
règles ne sont pas forcément fausses, mais elles restent des
traditions, des interprétations humaines qu’il faut veiller à
ne pas identifier à la Parole de Dieu, transmise dans la
Bible. Il y a une différence de statut et de priorité entre ce
que Dieu dit et ce que nous comprenons.

3) Quand la sainteté apparente nous trompe sur nous-mêmes


Après avoir bien relativisé le poids de la tradition humaine
au regard de la vraie loi, la loi de Dieu, et ce faisant,
démoli le piédestal imaginaire sur lequel se pavanaient les
pharisiens, Jésus se tourne vers la foule et clarifie ce
qu’est la véritable impureté, sujet trop délicat pour être
passé sous silence. Sauf que, comme d’habitude, il s’exprime
de manière un peu mystérieuse et les disciples réclament une
explication. Ce qui souille, ce qui salit, l’homme, dit Jésus,
ce n’est pas ce qui rentre, sous entendu des aliments qui vont
être digérés et expulsés, mais ce qui sort de lui, son
comportement, ses actes, ses paroles. C’est ce que l’homme
produit qui le caractérise comme pur ou impur, autrement dit,
digne ou indigne de Dieu. Et là, surprise ! La liste des
comportements qui nous disqualifient devant Dieu est bien plus
exigeante que toutes les règles rituelles des pharisiens :
calomnie, orgueil, convoitise, jalousie – choses dont les
pharisiens se sont rendus coupables, eux qui respectent tant
les règles de pureté ! Et on pourrait rappeler les autres,
bien sûr : le vol, le meurtre, l’immoralité, l’adultère, la
mesquinerie, la méchanceté, le désordre, la sottise…

Ces comportements nous disqualifient parce que nous en sommes


responsables devant Dieu, et ils révèlent qui nous sommes
vraiment – notre cœur, c.à.d. notre être intérieur.
Malheureusement, à ce jeu-là, même les plus pieux se
retrouvent indignes de Dieu, un Dieu de justice et d’amour, de
sagesse et de vérité. Jésus nous renvoie tous, croyants de
niveau 3 ou de niveau 7, à une sainteté exigeante, qui dépasse
les petites listes, les habitudes, les apparences, qu’on peut
peaufiner et qui donnent l’illusion à ceux qui nous entourent,
et parfois à nous-mêmes, mais jamais à Dieu, que nous sommes
des gens bien. Jésus nous confronte à notre propre noirceur :
plus d’excuse, plus de bons points qui tiennent devant la
radicalité du mal que nous vivons à chaque instant et qui nous
rend indignes de Dieu.

Conclusion
Jésus en reste là, cassant les préjugés, brisant les
illusions, remettant chacun à sa place, la même, une place peu
glorieuse : nous sommes tous pécheurs, nous sommes tous
mauvais, et tous, à notre manière, même les plus « purs »,
nous sommes indignes de Dieu. C’est sec ! Mais ce constat a la
saveur amère de la vérité. Heureusement, Jésus ne vient pas
seulement donner des diagnostics, des constats, il apporte
aussi le remède : Dieu, avec une générosité que nous ne
pouvons imaginer, nous aime malgré tout ce que nous sommes et
faisons, et il nous veut dans sa présence, dans son intimité,
dans sa famille. Alors, il choisit d’apporter lui-même la
solution en passant par Jésus-Christ. Ce don que Dieu nous
fait, le salut, le pardon sans autre condition que la foi,
c’est la grâce, et tous, Jésus nous l’a rappelé, tous nous en
éprouvons le même besoin.

Avant qu’on partage la cène ensemble et qu’on se rappelle


comment Dieu nous a sauvés alors que nous ne méritions rien,
j’aimerais ajouter une petite réflexion. Une religion basée
sur des codes à respecter, une religion qui dérive vers le
faire et le paraître comme bases du salut, nous isole de Dieu
et des autres, en favorisant le culte de la performance
individuelle, de l’orgueil et de la rivalité. Une foi basée
sur la grâce nous pousse au contraire à l’humilité : humilité
devant Dieu, à qui je dois tout, humilité devant les autres,
qui galèrent autant que moi, et à côté de qui je ne suis ni
pire ni meilleure, parce que nous sommes tous pécheurs, tous
bénéficiaires d’une grâce qui nous dépasse, tous apprentis de
la sainteté, tous disciples.
Ruth, la moabite (4)
[Link]

Résumé des épisodes précédents

Lorsque son mari Elimélek et ses deux fils meurent alors


qu’elle est exilée en Moab, Noémi décide de retourner en Juda.
Ruth, une de ses belles-filles, refuse de la quitter et
choisit de l’accompagner.

Sans le savoir, Ruth se retrouve alors à glaner des épis dans


le champ de Booz, un proche parent d’Elimélek. Pour Noémi, ça
ne peut pas être un hasard : le Seigneur l’a conduite jusqu’à
ce champ. Elle va alors mettre au point une stratégie, en
faisant référence à une loi de Moïse interprétée selon les
coutumes de l’époque, pour que Booz épouse Ruth.

L’un et l’autre semblent tout à fait consentants, mais il


reste un obstacle. Un autre homme est un plus proche parent
que Booz. C’est lui qui a la priorité. Booz va donc tenter de
régler cette affaire au plus vite…

Lecture biblique : Ruth 4


Explication

Voilà donc le dénouement de l’histoire ! Un véritable happy


end, au-delà même de ce qu’on pouvait espérer.

Comme Noémi l’avait prédit, et comme il s’y était engagé


devant Ruth, Booz s’empresse de s’occuper de l’affaire, et en
plus dans les règles. Sur la place publique, il rassemble des
témoins et traite avec l’autre proche parent d’Elimélek. Il le
fait selon les coutumes de l’époque : le symbole de la sandale
doit d’ailleurs être expliqué aux premiers lecteurs du livre
de Ruth.

Il faut d’ailleurs noter que cet autre proche parent, dont on


ne dit jamais le nom, était au courant du retour de Noémi au
pays (v.3), et sans aucun doute aussi de la présence de Ruth à
ses côtés. Mais il n’a rien entrepris pour exercer son droit…
Il n’en avait, semble-t-il, tout simplement pas les moyens. Il
le dit : il ne peut pas à la fois racheter le champ et prendre
Ruth pour femme, prendre soin d’elle. Et il a bien dû se
rendre compte aussi que Booz, lui, était motivé ! Il lui
laisse le champ libre : « prends pour toi le droit de
racheter » !

Booz et Ruth se marient alors, pour la joie de tous. Y compris


celle de Noémi, accentuée encore après la naissance de leur
fils, dont Noémi va s’occuper comme s’il s’agissait du sien.

On pourrait presque dire à la fin : ils vécurent heureux et


eurent beaucoup d’enfants. C’est le happy end traditionnel…
Sauf que l’épilogue va encore plus loin et donne une dimension
particulière à l’histoire de Ruth. Obed, le fils de Booz et
Ruth, deviendra le grand-père du roi David. Il entre dans la
lignée royale, la lignée messianique. Ruth est d’ailleurs une
des rares femmes mentionnées dans la généalogie de l’évangile
selon Matthieu (1.5) qui fait du reste de Rahab, une autre
femme non-juive, une habitante de Jéricho ayant caché les
espions Israélites, la mère (ou l’ancêtre) de Booz. Voilà
encore des signes que la providence de Dieu est bien à
l’oeuvre…
Application

Au-delà des beaux exemples de fidélité dont témoigne cette


histoire familiale, l’épilogue du livre lui donne une nouvelle
dimension, qui transcende le personnage de Ruth.

Une dimension universelle : la fidélité de Dieu

On y voit l’expression de la fidélité de Dieu, par la mise en


œuvre de sa providence, bien au-delà de l’histoire de Ruth.
C’est la fidélité de Dieu dans l’Histoire qui est soulignée.
Jusqu’à l’accomplissement de son plan, avec la mort et la
résurrection de Jésus-Christ. Une fidélité qui s’étend à
travers les siècles et qui se manifeste dès le jour où
l’humanité s’est détournée de son Créateur. Dans la Genèse,
Dieu donne une promesse de victoire, assurant à la descendance
de la femme d’écraser la tête du serpent (Gn 3.15). Cette
fidélité de Dieu, tout au long de l’histoire, passe par Noé,
Abraham, Moïse, David, les prophètes… mais elle passe aussi
par Ruth et Booz !

Nos histoires s’imbriquent dans l’Histoire, par la providence


de Dieu. Le même Dieu, fidèle à son projet pour l’humanité, se
montre fidèle dans notre vie. Nos histoires personnelles ont
de l’importance aux yeux de Dieu. Jamais Ruth, ni Booz,
n’auraient pu imaginer être intégrés dans la lignée qui allait
conduire au Messie. Jamais ils n’auraient imaginé que leur
petit-fils allait devenir le grand roi David. D’autant que
Ruth était moabite, une étrangère… comme Rahab était habitante
de Jéricho. Mais la bénédiction de Dieu s’étend à toutes les
familles de la terre, comme il l’avait promis à Abraham.
Une dimension typologique : l’évangile selon Ruth

La dimension messianique de l’épilogue nous invite à une


lecture typologique de l’histoire de Ruth. Il s’agit de
discerner, derrière les événements décrits, des préfigurations
du Christ. Il faut être prudent avec une telle lecture mais le
Nouveau Testament nous invite bien à considérer que tout
l’Ancien Testament conduit au Christ.

Ainsi, l’épilogue du livre de Ruth est caractéristique. En


effet, l’espoir renaît avec la naissance d’un fils à Ruth dont
tout le monde dit : « Qu’elle ressemble à Rachel et à Léa, les
deux femmes de Jacob qui ont donné naissance au peuple
d’Israël ! ». De plus, cet enfant naît à Bethléem, il est
ancêtre de David par la lignée duquel naîtra le Christ. Il
s’appelle Obed. Or, son nom signifie « serviteur » : la figure
du serviteur est bien une figure messianique !

Si on regarde l’ensemble de l’histoire de Ruth, on peut aussi


la voir comme une typologie du salut. La foi – fidélité de
Ruth a changé le cours de sa vie, grâce à Booz, son
rédempteur. Booz y apparaît comme une figure du Christ. C’est
lui qui rachète Ruth et Noémi, qui les sauve. Noémi pourrait
même être perçue comme une figure du peuple d’Israël, et Ruth
une figure des païens, toutes deux sauvées, rachetées par
Booz. Comme le Christ a racheté, sauvé, Juifs et non-Juifs par
amour, les unissant dans un même peuple. De plus, le Christ
aussi est notre « proche parent » : il est notre frère par
l’incarnation, le Fils de Dieu devenu homme.

Nous le voyons, derrière cette belle histoire familiale se


cache un message d’une profondeur insoupçonnée. Un véritable
évangile selon Ruth.
Conclusion

Gardons les deux niveaux de lecture de ce récit. Prenons


exemple sur la fidélité de Ruth et la générosité de Booz.
Inspirons-nous d’eux pour être à notre tour fidèle et
généreux. Mais contemplons aussi avec reconnaissance l’action
de Dieu dans l’Histoire. Soyons émerveillés par son plan de
salut, accompli en Jésus-Christ, et dont il nous donne de
nombreuses illustrations tout au long de l’Ecriture. Louons-le
pour son action dans nos vies, le salut mis en œuvre pour nous
en Jésus-Christ. Il est notre Rédempteur, celui qui nous sauve
et nous donne une espérance nouvelle.

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