Variables Aléatoires Discrètes et Lois
Variables Aléatoires Discrètes et Lois
En particulier, l’ensemble f hEi est l’image de l’application f , i.e. l’ensemble des éléments de E qui ont
au moins un antécédent par f .
De même, si B ⊂ F est une partie de F , on note f −1 hBi l’ensemble
C’est une partie de l’ensemble E, appelée image réciproque de la partie B par l’application f . C’est
l’ensemble des x ∈ E tels que f (x) «tombe» dans l’ensemble B. Cette notation ne suppose pas que
l’application f est bijective !
Exemple 1. L’ensemble f −1 hF i est égal à E : en effet, pour tout x ∈ E, on a f (x) ∈ F ; ceci prouve que
tous les x ∈ E appartiennent à f −1 hF i, donc que E ⊂ f −1 hF i. L’autre inclusion est automatiquement
vérifiée.
Exemple 2. Si l’ensemble B est réduit à un élément : B = {b}, alors f −1 h{b}i est l’ensemble des x ∈ E
tels que f (x) ∈ {b}, i.e. tels que f (x) = b. Si l’élément b n’a pas d’antécédent par f , alors f −1 h{b}i = ∅.
Cette application «image réciproque» se comporte bien vis-à-vis des opérations ensemblistes :
Proposition
Soit f : E −→ F une application. Si (Bi )i∈I est une famille de parties de F , on a les égalités
19
20 Chapitre 2. Variables aléatoires discrètes
Dans toute la suite, lorsque nous parlerons de variable aléatoire, il s’agira toujours, même si ce n’est
pas rappelé, de variable aléatoire discrète.
L’ensemble XhΩi est l’ensemble des valeurs que peut prendre la variable aléatoire X ; on exige donc
que, pour toute telle valeur x, on puisse calculer la probabilité de l’événement «la variable aléatoire prend
la valeur x». Cet ensemble XhΩi étant au plus dénombrable, ce sera en général l’ensemble N, ou N∗ , ou Z.
Notation : En théorie des probabilités, il est d’usage de noter (X = x) l’événement X −1 h{x}i.
Remarque 1. En général, l’univers Ω n’est pas explicité, pas plus que la tribu A. Il est donc difficile de
vérifier que, pour tout x ∈ XhΩi, l’ensemble X = x appartient bien à la tribu. Ce sera implicitement
supposé. L’essentiel est que l’on puisse mesurer la probabilité de l’événement X = x.
Exemple 1. Lors du lancer d’une pièce, on peut s’intéresser à la variable aléatoire qui prend la valeur 0
si la pièce tombe sur «pile», 1 si elle tombe sur «face».
Exemple 2. Lors du lancer d’un dé, on s’intéresse à la variable aléatoire X qui indique le résultat du
tirage : la variable aléatoire prend ses valeurs dans l’intervalle d’entiers [[1, 6]].
Exemple 3. Lors de deux lancers de dés consécutifs, la variable aléatoire X indique le couple de deux
résultats obtenus. Elle prend ses valeurs dans l’ensemble fini [[1, 6]]2 .
Exemple 4. Le nombre de connexions à un site internet durant une journée est une variable aléatoire ;
elle prend ses valeurs dans l’ensemble N.
Exemple 5. Lors d’une succession de lancers d’une pièce, la variable aléatoire T qui indique quel est
le rang de la première apparition de «pile». Par convention, T prend la valeur ∞ si aucun tirage ne
donne «pile». La variable aléatoire prend ses valeurs dans l’ensemble N∗ ∪ {∞}, qui est bien dénombrable
(l’application ϕ définie par ϕ(0) = ∞ et ϕ(n) = n pour n ∈ N∗ est une bijection de N dans N∗ ∪ {∞}).
Une telle variable aléatoire s’appelle un temps d’attente.
Proposition
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans l’ensemble E. Pour toute partie B ⊂ E, l’ensemble X −1 hBi
est un événement (i.e. qu’il appartient à la tribu A).
Démonstration. Commençons par écrire B sous la forme B = B1 ∪ B2 , où B1 est l’ensemble des éléments
de B qui appartiennent en plus à l’image XhΩi de la variable aléatoire, et B2 l’ensemble des éléments
de B qui n’appartiennent pas à cette image. On a alors
X −1 hBi = X −1 hB1 ∪ B2 i = X −1 hB1 i ∪ X −1 hB2 i = X −1 hB1 i ∪ ∅ = X −1 hB1 i
(en effet, comme aucun élément de B2 n’appartient à l’image de X, on a X −1 hB2 i = ∅). L’ensemble B1
est maintenant inclus dans l’image de X, qui est au plus dénombrable, donc B1 l’est aussi. Il s’écrit donc
sous la forme B1 = ∪i∈I {bi }, l’union étant finie ou dénombrable. On a donc
X −1 hBi = X −1 hB1 i = X −1 h∪i∈I {bi }i = ∪i∈I X −1 h{bi }i.
Les ensembles X −1 h{bi }i appartenant tous à la tribu A, il en est de même de l’union ∪i∈I X −1 h{bi }i
puisqu’elle est finie ou dénombrable.
Notation : De même que l’on note X = x l’événement X −1 h{x}i, on notera X ∈ B l’événement
X −1 hBi. Avec cette notation, la première égalité de la démonstration précédente s’écrit
X ∈ B1 ∪ B2 = (X ∈ B1 ) ∪ (X ∈ B2 ).
Ainsi, pour toute partie B ⊂ E, on pourra mesurer la probabilité de l’événement X ∈ B.
2.1. Loi d’une variable aléatoire 21
Proposition
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans l’ensemble E et f : E −→ F une application. Alors
l’application f ◦ X est encore une variable aléatoire discrète.
Démonstration. Si l’image de la variable aléatoire X est finie, on peut l’écrire sous la forme XhΩi =
{x1 , . . . , xn }, donc l’image de l’application f ◦ X est (f ◦ X)hΩi = {f (x1 ), . . . , f (xn )}, qui est encore un
ensemble fini. Si cette image est dénombrable, on peut l’écrire sous la forme XhΩi = {xn , n ∈ N}. L’image
de l’application f ◦ X est alors (f ◦ X)hΩi = {f (xn ), n ∈ N}, qui est un ensemble fini ou dénombrable
(certains de f (xi ) peuvent être égaux !).
Soit maintenant y appartenant à l’image de f ◦ X. On a
(f ◦ X = y) = {ω ∈ Ω | f X(ω) = y}
= {ω ∈ Ω | X(ω) ∈ f −1 h{y}i}
= (X ∈ f −1 h{y}i),
2.1.3 Loi
Un phénomène aléatoire sera en pratique étudiée via une variable aléatoire décrivant ce phénomène.
Comme l’univers Ω n’est en pratique pas explicité, ce n’est pas tant la variable aléatoire X en elle-même
qui nous intéresse que la probabilité qu’elle prenne telle ou telle valeur. C’est cette idée qui est à l’origine
du concept de loi d’une variable aléatoire.
Cette loi donne tous les renseignements utiles sur la variable aléatoire X : en effet, B est une partie
de l’ensemble XhΩi, il peut s’écrire sous la forme B = {bi , i ∈ I}, les bi étant deux à deux distincts et
l’ensemble I étant fini ou dénombrable. On peut alors calculer la probabilité de l’événement X ∈ B par
σ-additivité :
i∈I
Remarque 1. La donnée d’une variable aléatoire X définit une probabilité PX sur l’univers XhΩi (muni
de la tribu pleine), définie par
Deux variables aléatoires X et Y ont même loi si, et seulement si, elles ont la même image et que les
probabilités PX et PY sont égales. On note X ∼ Y .
Remarque 2. Si A est un événement de probabilité non nulle, la loi conditionnelle de X sachant A est la
donnée, pour tout x ∈ XhΩi, de la probabilité conditionnelle PA (X = x).
Commençons par rappeler les lois classiques des variables prenant leur valeur dans un ensemble fini.
22 Chapitre 2. Variables aléatoires discrètes
a) Loi uniforme
Définition
On dit que la variable aléatoire X suit une loi uniforme sur l’ensemble E = [[a, b]] (de cardinal
n = b − a + 1) si, et seulement si,
1
XhΩi = [[a, b]] et ∀k ∈ [[a, b]], P(X = k) = .
n
On note X ∼ U ([[a, b]]).
1
n
a b
Exemple 1. On lance un dé équilibré. La variable aléatoire qui indique quel numéro est sorti suit la loi
uniforme U ([[1, 6]]).
On simule informatiquement une variable aléatoire suivant une loi uniforme en tirant au hasard
(uniformément) un entier dans l’intervalle [[a, b]]. En python, on obtient (après avoir importé le module
random avec l’alias rd) :
1 def simulUniforme (a, b):
2 return rd. randrange (a, b+1)
L’appel simulUniforme(a, b) renvoie alors un entier tiré uniformément dans l’intervalle [[a, b+1[[= [[a, b]].
b) Loi de Bernoulli
Définition
Soit p ∈ ]0, 1[. On dit que la variable aléatoire X suit la loi de Bernoulli de paramètre p si, et
seulement si,
XhΩi = {0, 1} et P(X = 1) = p, P(X = 0) = 1 − p.
On note X ∼ B(p).
Cette loi modélise un événement aléatoire qui ne peut avoir que deux issues possibles : le succès avec
probabilité p (associé à la valeur 1 prise par la variable aléatoire), et l’échec, avec probabilité 1−p (associé
à la valeur 0).
1−p
0 1
On simule une loi de Bernoulli en tirant aléatoirement et uniformément un réel dans l’inter-
valle [0, 1[ : si ce réel est inférieur à p, on renvoie 1 ; sinon, on renvoie 0.
2.1. Loi d’une variable aléatoire 23
c) Loi binomiale
Définition
Soit p ∈ ]0, 1[ et n ∈ N. On dit que la variable aléatoire X suit la loi binomiale de paramètres n et p
si, et seulement si,
n k
XhΩi = [[0, n]] et ∀k ∈ [[0, n]], P(X = k) = p (1 − p)n−k .
k
0, 2 0, 2
0, 15 0, 15
0, 1 0, 1
0, 05 0, 05
0 0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
Fig. 2.3 – Histogrammes des lois binomiales B(20, 0.5) et B(20, 0.8)
Exemple 2. On lance n + 1 fois de suite une pièce déséquilibrée pour laquelle la probabilité d’obtenir P
est égale à p. On note X la variable aléatoire qui compte le nombre de fois où la pièce est tombée sur P :
elle vérifie X ∼ B(n, p).
On simule une loi binomiale en faisant la somme de lois de Bernoulli indépendantes (la définition
est rappelée plus loin) :
1 def simulBinomiale (n, p):
2 X = 0
3 for i in range (n):
4 X += simulBernoulli (p)
5 return X
Il suffit donc de trouver l’unique entier k ∈ [[0, n]] tel que Sk−1 6 u < Sk (somme partielle) et de renvoyer
la valeur xk (par convention, S−1 = 0).
1 def simulFinie (x, p):
2 n = len(p)
3 S = 0
4 k = -1
5 u = rd. random ()
6 while S <= u:
7 k += 1
8 S += p[k]
9 return x[k]
e) Loi géométrique
Définition
Soit p ∈ ]0, 1[. On dit que la variable aléatoire X suit la loi géométrique de paramètre p si, et seulement
si,
XhΩi = N∗ et ∀k ∈ N∗ , P(X = k) = p(1 − p)k−1 .
On note X ∼ G (p).
Commençons par remarquer que ceci définit bien une loi de probabilité : en effet, les réels p(1 − p)k−1
sont tous positifs ou nuls et la série converge puisque 0 < 1 − p < 1. La somme de cette série est égale à
∞ ∞
X X 1
p(1 − p)k−1 = p (1 − p)k = 1 · = 1.
1 − (1 − p)
k=1 k=0
0, 2
0, 1
0
1 5 10 15 20
il est négligeable.
Remarque 3. Pour cette raison, la loi géométrique est aussi appelée loi du premier succès.
f) Loi de Poisson
Définition
Soit λ > 0 un réel. On dit que la variable aléatoire X suit la loi de Poisson de paramètre λ si, et
seulement si,
λk
XhΩi = N et ∀k ∈ N, P(X = k) = e−λ .
k!
On note X ∼ P(λ).
Remarquons ici encore que ceci définit bien une loi de probabilité : les réels e−λ λk! sont tous positifs ;
k
0, 15
0, 10
0, 05
0
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
La connaissance de la loi du couple (X, Y ) permet de connaître ses deux lois marginales. En effet, notons
(ensembles finis ou dénombrables, les xi étant supposés deux à deux distincts, les yj aussi). La loi du
couple est la donnée des
La loi de la variable aléatoire X est la donnée, pour tout i ∈ I, de la probabilité pi,∗ = P(X = xi ).
La famille d’événements (Y = yj )j∈J étant un système complet d’événements, on a
Le fait que les pi,∗ définissent la loi de la variable aléatoire X donne en particulier la relation
X
pi,∗ = 1,
i∈I
On retrouve que la somme de tous les pi,j est égale à 1, ce qui est bien normal puisque ces pi,j définissent
la loi de la variable aléatoire U = (X, Y ). De même, on a
X
p∗,j = 1,
j∈J
Remarque 1. Dans le cas où les ensembles I et J sont infinis, on utilise ici le principe de «sommation
par paquets» des pi,j : quitte à renommer les éléments de I et J par des entiers, on peut supposer que
I = J = N. On a alors
– les pi,j sont tous positifs ou nuls ;
– l’ensemble d’indicesPI × J = N × N peut se découper sous la forme N × N = ∪∞ i=0 {i} × N ;
– chacune des séries j pi,j converge (elle a pour somme pi,∗ ) ;
– la série des pi,∗ converge (elle a pour somme 1).
On peut donc parler de la somme de tous les pi,j . Pour calculer celle-ci, on peut procéder par n’importe
quel regroupement : !
X X X X X
pi,j = pi,j = pi,j = · · · .
(i,j)∈I×J i∈I j∈J j∈J i∈I
Examinons maintenant le problème inverse : connaissant la loi de chacune des deux variables X et Y ,
peut-on déterminer la loi du couple U = (X, Y ) ? Sans information supplémentaire, c’est impossible. En
revenant au tableau précédent, cela revient à remplir les cases du tableau connaissant la colonne de droite
et la ligne du bas. Il y a plusieurs façons de le faire !
2.2. Couples de variables aléatoires ; indépendance 27
Exemple 1. Les deux tableaux ci-dessous illustrent des situations possibles de deux variables aléatoires
suivant toutes les deux la même loi :
P (Y = 0) (Y = 1) (Y = 2) loi de X
(X = 0) 0, 1 0 0, 2 0, 3
(X = 1) 0, 1 0, 4 0 0, 5
(X = 2) 0, 1 0, 1 0 0, 2
loi de Y 0, 3 0, 5 0, 2 1
P (Y = 0) (Y = 1) (Y = 2) loi de X
(X = 0) 0, 09 0, 15 0, 06 0, 3
(X = 1) 0, 15 0, 25 0, 1 0, 5
(X = 2) 0, 06 0, 1 0, 04 0, 2
loi de Y 0, 3 0, 5 0, 2 1
On pourra donc définir une loi de couple en commençant par donner la loi de X puis, pour tout x tel
que P(X = x) soit non nul, la loi de Y sachant (X = x).
Exemple 2. On suppose que le nombre N d’enfants par famille suit une loi de Poisson de paramètre λ.
On suppose également qu’à chaque naissance, la probabilité que l’enfant soit une fille est égale à p ∈ ]0, 1[
(c’est donc un garçon avec probabilité q = 1 − p). On cherche à déterminer la loi de X (nombre de filles)
et la loi de Y (nombre de garçons). Pour cela, commençons par déterminer la loi du couple U = (X, N ).
On connaît la loi de N ; il nous reste à déterminer la loi de X sachant (N = n) pour tout entier n.
Sachant (N = n), le nombre de filles est k ∈ [[0, n]] (et le nombre de garçons est n − k). Puisque
chaque naissance donne une fille avec probabilité p, la probabilité que, parmi les n naissances, k enfants
exactement soient des filles vaut
n k n−k
P(X = k | N = n) = p q
k
(remarquons que cette formule reste vraie même si k > n). Pour tout couple (k, n) ∈ N2 , on a donc
n
−λ λ n k n−k
P X = k, N = n = e
p q .
n! k
La variable aléatoire X suit donc une loi de Poisson de paramètre λp. Par symétrie, la variable aléatoire Y
suit une loi de Poisson de paramètre λq.
28 Chapitre 2. Variables aléatoires discrètes
2.2.2 Indépendance
Nous avons défini la notion d’événements indépendants. Intéressons-nous maintenant aux événements
associés à des variables aléatoires.
Définition
Deux variables aléatoires X, Y définies sur un espace probabilisé (Ω, A, P) sont dites indépendantes si,
et seulement si,
On note X ⊥
⊥Y .
Autrement dit, les variables aléatoires X et Y sont indépendantes si, et seulement si, pour toutes valeurs
x et y prises par X et Y , les événements (X = x) (la variable aléatoire X prend la valeur x) et (Y = y)
sont indépendants.
Exemple 1. Si X est une variable aléatoire constante, elle est indépendante de toute variable aléatoire Y .
En effet, en notant a la valeur de cette constante, on a, pour tout y ∈ Y hΩi
Exemple 2. On lance deux fois de suite une pièce équilibrée. On note X (resp. Y ) la variable aléatoire
indiquant le résultat obtenu (P ou F) lors du premier (resp. deuxième) tirage. Les probabilités sont les
suivantes :
P (Y = P ) (Y = F ) loi de X
(X = P ) 1/4 1/4 1/2
(X = F ) 1/4 1/4 1/2
loi de Y 1/2 1/2 1
Exemple 3. On lance trois fois de suite une pièce équilibrée. On note X (resp. Y ) le nombre de P obtenus
lors des deux premiers tirages (resp. deux derniers tirages). Les probabilités sont les suivantes :
P (Y = 0) (Y = 1) (Y = 2) loi de X
(X = 0) 1/8 1/8 0 1/4
(X = 1) 1/8 1/4 1/8 1/2
(X = 2) 0 1/8 1/8 1/4
loi de Y 1/4 1/2 1/4 1
les variables aléatoires sont indépendantes. En revanche, les variables aléatoires X et N ne le sont pas :
par exemple, P(X = n + 1, N = n) est nul (on ne peut pas avoir n enfants, dont n + 1 filles), alors que
ni P(X = n + 1) ni P(N = n) n’est nul.
Remarque 1. De façon générale, on repère facilement la non indépendance de deux variables aléatoires
en trouvant un couple (x, y) pour lequel P(X = x, Y = y) = 0 alors que P(X = x) et P(Y = y) sont non
nuls.
Exemple 5. Si la loi suivie par le nombre d’enfants avait été constante : N = 2 par exemple, les variables
aléatoires X et Y ne seraient alors plus indépendantes : on aurait eu P (X = 0, Y = 0) = 0 alors que
P (X = 0) 6= 0 et P(Y = 0) 6= 0.
Proposition
Soient X, Y deux variables aléatoires indépendantes définies sur l’espace (Ω, A, P).
Pour toutes parties A ⊂ XhΩi, B ⊂ Y hΩi, on a
Démonstration. Notons
A = {xi , i ∈ I} et B = {yj , j ∈ J}
(les ensembles I et J étant au plus dénombrables). L’événement (X ∈ A, Y ∈ B) est alors la réunion
disjointe des événements (X = xi , Y = yi ), d’où l’on tire
(i,j)∈I×J
(les sommations par paquets sont légitimes puisque les termes sont tous positifs).
On déduit de cette propriété le résultat intuitif suivant :
Proposition
Soient X et Y deux variables aléatoires indépendantes définies sur l’espace (Ω, A, P).
Pour toutes fonctions f et g, respectivement définies sur XhΩi et Y hΩi, les variables aléatoires f (X)
et g(Y ) sont encore indépendantes.
Démonstration. Notons {xi , i ∈ I} et {yj , j ∈ J} les ensembles (f ◦ X)hΩi et (g ◦ Y )hΩi des valeurs prises
par les variables aléatoires f (X) et g(Y ). Pour tous i ∈ I, j ∈ J, on a
P f (X) = xi , g(Y ) = yj = P X ∈ f −1 h{xi }i, Y ∈ g −1 h{yj }i
= P X ∈ f −1 h{xi }i P Y ∈ g −1 h{yj }i
= P f (X) = xi P g(Y ) = yj ,
ce qui prouve que les variables aléatoires f (X) et g(Y ) sont indépendantes.
De même que la notion d’événements indépendants se généralise à n événements, on peut s’intéresser
à la notion de n variables aléatoires indépendantes.
U = (X1 , . . . , Xm ) et V = (Xm+1 , . . . , Xn )
sont indépendantes. Pour cela, considérons des éléments x1 , . . . , xn appartenant à X1 hΩi, . . . , Xn hΩi : on
a
P U = (x1 , . . . , xm ), V = (xm+1 , . . . , xn )
le sont encore.
Exemple 6. Si X, Y, Z sont trois variables aléatoires mutuellement indépendantes, les variables aléatoires
X + Y et Z le sont encore.
Une suite finie (X1 , . . . , Xn ) de variables aléatoires mutuellement indépendantes sert à modéliser une
expérience répétée n fois de suite, l’issue de chaque expérience ne dépendant pas de l’issue des autres
expériences. Rappelons à ce sujet le résultat suivant :
Démonstration. La variable aléatoire prend ses valeurs dans l’intervalle d’entiers [[0, n]]. L’événement
(Sn = k) est la réunion disjointe des nk événements «k des n variables aléatoires X1 , . . . , Xn prennent
la valeur 1 et les n − k autres la valeur 0». Chacun de ces événements étant de probabilité pk (1 − p)n−k
(par indépendance des variables aléatoires), on a
n k
P(Sn = k) = p (1 − p)n−k .
k
2.3. Espérance ; variance 31
Démonstration. L’ensemble des valeurs prises par la variable aléatoire Z = X + Y est N. Pour tout entier
n ∈ N, l’événement Z = n est la réunion disjointe des événements (X = k, Y = n − k) (k ∈ [[0, n]]). Par
suite, on a
n
P(X + Y = n) = P X = k, Y = n − k
X
k=0
n
P(X = k)P(Y = n − k) (indépendance de X et Y )
X
=
k=0
n
λk −µ µn−k
e−λe
X
=
k! (n − k)!
k=0
n k n−k
n λ µ
= e−(λ+µ)
X
k n!
k=0
(λ + µ)n
= e−(λ+µ) .
n!
Définition
On appelle suite de variables aléatoires indépendantes identiquement distribuées toute suite de variables
aléatoires mutuellement indépendantes et suivant toutes la même loi.
Une telle suite sert à modéliser une répétition (potentiellement) infinie d’une même expérience (l’is-
sue de chacune des expériences ne dépendant à nouveau pas de l’issue des autres expériences). Nous
admettrons le résultat suivant :
Théorème
Soit X une variable aléatoire définie sur un espace probabilisé (Ω, A, P).
Il existe un espace probabilisé (Ω0 , A0 , P0 ) dans lequel on peut trouver une suite (Xn )n∈N de variables
aléatoires indépendantes identiquement distribuées, suivant toutes la même loi que X.
si P(X = +∞) = 0
(
0
+∞P(X = +∞) = .
+∞ sinon
E(X) =
X
xP(X = x).
x∈XhΩi
On dit que la variable aléatoire X est d’espérance finie si, et seulement si, E(X) < +∞.
Commençons par comprendre cette définition.
– Si la valeur +∞ est prise par la variable aléatoire X et que P(X = +∞) > 0, on a alors E(X) = +∞.
– Si la valeur +∞ est prise par la variable aléatoire X et que P(X = +∞) = 0, la convention faite plus
haut fait que tout se passe comme si la valeur +∞ n’était pas prise par la variable aléatoire X.
– Si la valeur +∞ n’est pas prise par la variable aléatoire X, alors la famille xP(X = x) x∈XhΩi
est une famille finie ou dénombrable de réels positifs ou nuls. Si elle est finie, on peut évidemment
calculer sa somme, qui est un réel positif ou nul : la variable
P aléatoire est d’espérance finie. Si elle est
dénombrable, nous avons vu que la convergence de la série xi P(X = xi ) ne dépendant pas du choix
d’une numérotation des éléments de XhΩi sous la forme XhΩi = {xi , i ∈ N}, et qu’en cas de convergence,
la somme de cette série ne dépendait pas non plus de la numérotation.
Remarque 1. Dans le cas où l’ensemble des valeurs prises est fini (et que ces valeurs sont touts finies) :
XhΩi = {x0 , . . . , xp }, on peut convenir d’étendre cet ensemble en un ensemble dénombrable {xn , n ∈ N} :
chaque valeur xk (k > p + 1) est alors prise avec une probabilité nulle. La série xn P(X = xn ) est alors
P
convergente (elle n’a qu’un nombre fini de termes non nuls) et sa somme est
∞ p
xn P(X = xn ) = xn P(X = xn ) = E(X).
X X
n=0 n=0
Nous adopterons par la suite ce formalisme, qui permet de ne pas avoir à distinguer, dans les énoncés, le
cas des variables aléatoires prenant un nombre fini de valeurs de celui des variables aléatoires prenant un
nombre dénombrable de valeurs.
Remarque 2. L’espérance d’une variable aléatoire X dépend donc uniquement de la loi suivie par X (et
pas de l’univers Ω). Pour calculer l’espérance d’une variable aléatoire, on peut calculer l’espérance d’une
autre variable aléatoire, de même loi.
1 si ω ∈ A
(
1A (ω) =
0 si ω ∈/A
P(1A = 1) = P({ω ∈ Ω | 1A (ω) = 1}) = P(A) et P(1A = 0) = P({ω ∈ Ω | 1A (ω) = 0}) = P(Ā).
Un cas particulier est celui, fréquent en pratique, des variables aléatoires à valeurs dans N ∪ {+∞}.
On dispose pour cela de la
Notons qu’il y a ici une ambiguïté dans la notation : quand on parle de la somme d’une série, notée
n=0 un , on ne veut pas dire que le terme u∞ doit être pris en compte dans la somme : il n’y a pas
P∞
de terme noté u∞ (uniquement des termes un , où n est un entier fini). Mais ici, si la variable aléatoire
X prend la valeur +∞, alors le terme +∞P(X = +∞) figure dans la somme qui définit E(X). Doit-on
comprendre qu’il faut aussi prendre en compte le terme P(X > +∞) dans la somme de droite ? Nous
allons voir au cours de la démonstration que cette ambiguïté est sans importance.
Démonstration. Commençons par remarquer que, si la variable aléatoire X prend la valeur +∞ et que
P(X = +∞) > 0, le membre de gauche est égal à +∞. Par ailleurs, pour tout entier n ∈ N, on a
P(X > n) > P(X = +∞), donc la série (à termes positifs) de terme général P(X > n) est divergente.
Par suite, que l’on décide de prendre en compte ou non le terme P(X > +∞) dans le membre de droite,
sa valeur est aussi +∞.
Étudions ensuite le cas où la variable aléatoire prend la valeur +∞ mais que P(X = +∞) = 0. Alors
on a aussi P(X > +∞) = 0, donc tout se passe comme si X ne prenait en fait que des valeurs entières.
Reste à traiter le cas où X est en fait à valeurs entières, ce que nous supposerons désormais. Pour
tout k ∈ N, l’événement (X > k) est la réunion disjointe des événements (X = k) et (X > k + 1), donc
vérifie
P(X = k) = P(X > k) − P(X > k + 1).
La somme partielle de la série définissant l’espérance est donc
n n
k P(X > k) − P(X > k + 1)
X X
kP(X = k) =
k=0 k=0
Xn n
X
= kP(X > k) − kP(X > k + 1)
k=0 k=0
n
X n+1
X
= kP(X > k) − (k − 1)P(X > k)
k=1 k=1
n
k − (k − 1) P(X > k) − nP(X > n + 1)
X
=
k=1
n
P(X > k) − nP(X > n + 1).
X
=
k=1
(reste d’une série convergente). On en déduit que la série P(X > k) converge et, en passant à la limite,
P
l’égalité
∞
E(X) = P(X > k).
X
k=1
n n
P(X > k) >
X X
kP(X = k),
k=1 k=0
on en déduit que la série P(X > k) diverge, donc la formule est encore vraie (les deux membres sont
P
égaux à +∞).
34 Chapitre 2. Variables aléatoires discrètes
Remarque 3. Puisque, dans le cadre strict des probabilités, il est autorisé d’utiliser les résultats admis
sur les familles sommables, on peut aussi présenter la preuve ainsi (sans avoir à se préoccuper de savoir
si la somme est finie ou non) :
∞ ∞ ∞ ∞ ∞ ∞
! k
!
P(X > n) = P(X = k) = P(X = k) =
X X X X X X X
kP(X = k) = kP(X = k),
n=1 n=1 k=n k=1 n=1 n=1 k=0
démonstration illustrée par la figure suivante (noter pk = P(X = k) et sommer par colonnes) :
Rappelons que dire que cette famille est sommable signifie que la famille |x|P(X = x) x∈XhΩi l’est. Si
l’ensemble
P XhΩi est dénombrable, pour toute numérotation de XhΩi sous la forme XhΩi = {xi , i ∈ N},
la série xi P(X = xi ) est alors absolument convergente, et sa somme ne dépend pas de la numérotation
choisie : c’est l’espérance de X. Si l’ensemble XhΩi est fini, on convient, comme précédemment, d’étendre
cet ensemble en un ensemble dénombrable, les nouvelles valeurs étant chacune prise avec une probabilité
nulle.
Proposition
Une variable aléatoire discrète X bornée est d’espérance finie. De plus, si M est une constante telle
que |X| 6 M , son espérance vérifie |E(X)| 6 M .
terme général d’une série convergente, donc la série xn P(X = xn ) converge absolument. L’espérance
P
de X vérifie alors
∞ ∞ ∞
xn P(X = xn ) 6 M P(X = xn ) = M.
X X X
|E(X)| = |xn |P(X = xn ) 6
n=0 n=0 n=0
a) Loi constante
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi constante de valeur a, alors E(X) = a.
b) Loi uniforme
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi uniforme X ∼ U ([[a, b]]), alors E(X) = 2 .
a+b
c) Loi de Bernoulli
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi de Bernoulli X ∼ B(p), alors E(X) = p.
Démonstration. On a
E(X) = 1 × p + 0 × (1 − p) = p.
d) Loi binomiale
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi binomiale X ∼ B(n, p), alors E(X) = np.
n
n k
E(X) =
X
k p (1 − p)n−k
k
k=0
n
X n−1 k
= n p (1 − p)n−k
k−1
k=1
n−1
X n − 1
=n pk+1 (1 − p)n−1−k
k
k=0
n−1
= np p + (1 − p) = np.
on a
n
X n
f 0 (x) = pk (1 − p)n−k kxk−1 .
k
k=0
36 Chapitre 2. Variables aléatoires discrètes
e) Loi géométrique
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi géométrique X ∼ G (p), elle est d’espérance finie, et celle-ci vaut
E(X) = p1 .
Démonstration. Tout d’abord, la variable aléatoire X est d’espérance finie car la série de terme général
kP(X = k) = kp(1 − p)k−1 converge (absolument : elle est à termes positifs) : on a kP(X = k) ∈ O( k12 ).
Donnons ici encore deux démonstrations de la formule calculant l’espérance.
– La première consiste à utiliser le résultat démontré pour les variables aléatoires à valeurs entières : on a
∞
E(X) = P(X > n).
X
n=1
On a donc
∞
1
E(X) =
X
(1 − p)n−1 = .
n=1
p
– Introduisons maintenant la série entière f (x) = n=1 p(1 − p)n−1 xn . La règle de d’Alembert montre
P∞
facilement que le rayon de convergence de cette série entière est égal à R = 1−p
1
> 1. Pour tout x ∈ ]−R, R[,
on a
∞
X n−1 px
f (x) = px (1 − p)x =
n=1
1 − qx
en notant q = 1 − p. Dans l’intervalle ]−R, R[, on peut dériver terme à terme pour obtenir
∞
X
f 0 (x) = p(1 − p)n−1 nxn−1 .
n=1
∞
p(1 − p)n−1 n = E(X).
X
f 0 (1) =
n=1
d’où f 0 (1) = p
(1−q)2 = p1 .
2.3. Espérance ; variance 37
f) Loi de Poisson
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi de Poisson X ∼ P(λ), elle est d’espérance finie, et celle-ci vaut
E(X) = λ.
Démonstration. La série définissant l’espérance a pour terme général e−λ n λn! : elle est absolument conver-
n
Remarque 1. On peut P aussi calculer cette espérance, comme pour la série géométrique, en introduisant
la série entière f (x) = n=0 e−λ λn! xn .
∞ n
Proposition
Soit X une variable aléatoire discrète d’espérance finie.
1. Si la variable aléatoire X est positive ou nulle, on a E(X) > 0.
2. Pour tous réels a, b, la variable aléatoire aX + b est d’espérance finie, et
E(aX + b) = aE(X) + b.
Démonstration. 1. Si les valeurs prises par la variable aléatoire sont toutes positives ou nulles, la série
définissant son espérance est à termes positifs, donc la somme l’est encore.
2. Notons {xn , n ∈ N} l’ensemble des valeurs prises par la variable aléatoire X. L’ensemble des valeurs
prises par la variable aléatoire Y = aX + b est alors {axn + b, n ∈ N}. De plus, pour tout entier n,
on a (en supposant a 6= 0) l’égalité des événements suivants :
Les deux séries xn P(X = xn ) et bP(X = xn ) étant absolument convergentes, cette dernière
P P
l’est encore, donc la variable aléatoire aX + b est d’espérance finie, donnée par
∞ ∞ ∞
E(aX + b) = xn P(X = xn ) + b P(X = xn ) = aE(X) + b.
X X X
(axn + b)P(X = xn ) = a
n=0 n=0 n=0
Le cas a = 0 est immédiat : la variable aléatoire aX + b est alors constante égale à b, donc est
d’espérance finie, donnée par E(aX + b) = b = aE(X) + b.
Définition
On dit que la variable aléatoire X est centrée si, et seulement si, elle vérifie E(X) = 0.
Remarque 1. Si la variable aléatoire X admet est d’espérance finie, alors la variable aléatoire X ∗ =
X − E(X) est centrée.
38 Chapitre 2. Variables aléatoires discrètes
Théorème (transfert)
Soient X une variable aléatoire et f : XhΩi −→ C une fonction.
La variable aléatoire f (X) est d’espérance finie si, et seulement si, la famille f (x) x∈XhΩi est sommable.
Si c’est le cas, on a
E f (X) =
X
f (x)P(X = x).
x∈XhΩi
Ce théorème permet donc d’indexer la somme définissant l’espérance par l’ensemble des valeurs prises
par la variable aléatoire X et non par la variable aléatoire Y = f (X) comme la définition l’exige. D’où le
nom de théorème de transfert.
Démonstration. Démontrons ce théorème dans le cas où la fonction f est injective. Numérotons l’ensemble
XhΩi sous la forme XhΩi = {xn , n ∈ N}. L’ensemble des valeurs prises par la variable aléatoire Y = f (X)
est alors {f (xn ), n ∈ N} (valeurs deux à deux distinctes). De plus, pour tout entier n, on a l’égalité des
événements
f (X) = f (xn ) = {ω ∈ Ω | f (X(ω)) = f (xn )} = {ω ∈ Ω | X(ω) = xn } = (X = xn )
(par
P injectivité de f ). La variable aléatoire f (X) est d’espérance finie si, et seulement si, la série
yn P(f
P (X) = yn ) est absolument convergente (en notant yn = f (xn )), i.e. si, et seulement si, la
série f (xn )P(X = xn ) est absolument convergente d’après la remarque précédente. L’espérance est
alors
∞ ∞
E f (X) =
X X
f (xn )P f (X) = f (xn ) = f (xn )P(X = xn ).
n=0 n=0
Démontrons maintenant ce théorème dans le cas général où f n’est pas injective (démonstration non
exigible). Pour cela, notons, pour tout y ∈ Y hΩi, XhΩiy = {x ∈ XhΩi | f (x) = y} : l’ensemble XhΩi est
la réunion disjointe des ensembles XhΩiy lorsque y parcourt Y hΩi.
– Supposons la variable aléatoire X d’espérance finie. On peut alors écrire (sommation par paquets)
P(X = x)
X X X X X
|x|P(X = x) = |y|P(X = x) = |y|
x∈XhΩi y∈Y hΩi x∈XhΩiy y∈Y hΩi x∈XhΩiy
X
= |y|P(Y = y)
y∈Y hΩi
(car l’événement (Y = y) est la réunion disjointe des événements (X = x) lorsque x parcourt l’ensemble
XhΩi). Ceci prouve que la variable aléatoire Y est d’espérance finie.
– Réciproquement, supposons la variable aléatoire Y d’espérance finie. La même démonstration (lue à
l’envers) prouve cette fois-ci que la variable aléatoire X est d’espérance finie.
Lorsque l’une (donc les deux) de ces deux variables aléatoires est d’espérance finie, la même sommation
par paquets de la famille xP(X = x) x∈XhΩi prouve alors la formule de l’énoncé.
Théorème (linéarité)
Soient X, Y deux variables aléatoires, chacune d’espérance finie. Pour tous a, b ∈ C, la variable aléatoire
aX + bY est encore d’espérance finie, donnée par
Démonstration (non exigible). Notons Z la variable aléatoire Z = (X, Y ) et p1 , p2 les deux projections,
définies par p1 (x, y) = x et p2 (x, y) = y. La variable aléatoire aX + bY est donc ap1 (Z) + bp2 (Z). Notons
les ensembles de valeurs prises par les variables aléatoires X et Y . L’ensemble des valeurs prises par Z est
alors {(xi , yj ), (i, j) ∈ N × N} (certaines de ces valeurs étant éventuellement prises avec probabilité nulle).
2.3. Espérance ; variance 39
Le théorème de transfert montre que la variable aléatoire aX + bY admet une espérance si, et seulement
si, on peut la famille (axi + byj )P(X = xi , Y = yj )(i,j)∈N×N est sommable. Or on a
X X
|axi + byj |P(X = xi , Y = yj ) 6 (|axi |P(X = xi , Y = yj ) + |byj |P(X = xi , Y = yj ))
(i,j)∈N2 (i,j)∈N2
∞ ∞ ∞ ∞
P(X = xi , Y = yj ) + |b| P(X = xi , Y = yj )
X X X X
= |a| |xi | |yj |
i=0 j=0 j=0 i=0
X∞ ∞
X
= |a| |xi |P(X = xi ) + |b| |yj |P(Y = yj ) < +∞,
i=0 j=0
donc cette famille est sommable. La même sommation par paquets (sans les modules) prouve ensuite la
formule E(aX + bY ) = aE(X) + bE(Y ).
Rappelons que cette propriété de linéarité de l’espérance permet un autre calcul de l’espérance d’une
variable aléatoire X suivant une loi binomiale B(n, p). En effet, soient n variables aléatoires indépendantes
X1 , . . . , Xn suivant chacune une loi de Bernoulli de paramètre p. Alors la variable aléatoire X1 +· · ·+Xn
suit une loi binomiale B(n, p), donc
La variable aléatoire X n’est pas nécessairement égale à X1 + · · · + Xn , mais a même loi, donc même
espérance.
Enfin, le résultat démontré l’an dernier sur l’espérance de variables aléatoires indépendantes reste
valable :
Théorème
Soient X, Y deux variables aléatoires indépendantes, chacune d’espérance finie. Alors la variable aléa-
toire XY est d’espérance finie, donnée par
E(XY ) = E(X)E(Y ).
Démonstration (non exigible). Conservons les mêmes notations que pour le théorème de linéarité. La
variable aléatoire XY est cette fois-ci égale à f (Z), où la fonction f est définie par f (x, y) = xy.
Pour
montrer que XY est d’espérance finie, il suffit de montrer que la famille |xi yj |P(X = xi , Y = yj ) (i,j)∈N2
est sommable. Or
X X
|xi yj |P(X = xi , Y = yj ) = |xi yj |P(X = xi )P(Y = yj )
(i,j)∈N×N (i,j)∈N×N
∞
X ∞
X
= |xi |P(X = xi ) |yj |P(Y = yj )
i=0 j=0
∞
! ∞
X X
= |xi |P(X = xi ) |yi |P(Y = yi ) < +∞,
i=0 j=0
donc la variable aléatoire XY est d’espérance finie. La même sommation par paquets prouve ensuite que
E(XY ) = E(X)E(Y ).
Attention ! Cette propriété ne caractérise pas les variables aléatoires indépendantes ! Il est possible
d’avoir E(XY ) = E(X)E(Y ) sans que les variables soient indépendantes !
Exemple 1. Pour la réciproque, considérons la variable aléatoire X prenant les trois valeurs −1, 0, 1,
chacune avec probabilité 13 , et la variable aléatoire Y = X 2 . On a alors XY = X 3 = X, donc E(XY ) =
E(X) = 0, d’où E(XY ) = E(X)E(Y ). Les variables aléatoires ne sont pourtant pas indépendantes, car
«connaître la valeur prise par Y permet d’obtenir un renseignement sur la valeur prise par X». Plus
précisément, on a par exemple
2.3.4 Variance
L’espérance d’une variable aléatoire représente sa moyenne. La variable X − E(X) mesure l’écart à
la moyenne ; il est donc naturel de s’intéresser à l’espérance de cette variable aléatoire pour avoir une idée
de la dispersion de la variable aléatoire X autour de sa moyenne. Cependant, la présence de la valeur
absolue rend les choses peu exploitables ; on préfère s’intéresser à l’espérance de son carré, la variable
aléatoire X − E(X) .
2
Définition
Si la variable aléatoire X − E(X) est d’espérance finie, on définit la variance V(X) de X par
2
V(X) = E X − E(X) .
2
Dans la pratique, pour vérifier que X est de variance finie, on peut se contenter de vérifier que X 2 est
d’espérance finie :
Proposition
Si la variable aléatoire X 2 est d’espérance finie, alors X est d’espérance et de variance finies ; on a alors
Démonstration. Supposons que X 2 soit d’espérance finie. Commençons par montrer c’est aussi le cas
de X. Pour cela, choisissons une numérotation {xn , n ∈ N} de l’ensemble XhΩi : on a alors
∞ ∞ ∞ ∞
1 + x2n 1X 1X
P(X = Xn ) = P(X = xn ) + |xn |2 P(X = xn ) < +∞
X X
|xn |P(X = xn ) 6
n=0 n=0
2 2 n=0
2 n=0
Chacune des trois variables aléatoires est d’espérance finie, donc X − E(X) aussi, et on a
2
Remarque 1. On exprime le fait que la variable aléatoire X 2 est d’espérance finie en disant que X admet
un moment d’ordre 2 (qui est l’espérance E(X 2 )). Si X admet un moment d’ordre 2, elle admet donc un
moment d’ordre 1 (son espérance) et une variance. Réciproquement, supposer que la variable aléatoire
est de variance finie suppose en particulier qu’elle est d’espérance finie ; la formule
donne alors
X 2 = X − E(X) + 2E(X)X − E(X)2 ,
2
donc X 2 est d’espérance finie. Ainsi, une variable aléatoire est de variance finie si, et seulement si, elle
admet un moment d’ordre 2.
Définition
Soit X une variable aléatoire admettant un moment d’ordre 2. Son écart-type est σ(X) = V(X).
p
2.3. Espérance ; variance 41
Si la variable aléatoire X a une dimension (au sens physique : longueur, température...), alors son
écart-type a la même dimension.
Proposition
Soit X une variable aléatoire admettant un moment d’ordre 2. Pour tous réels a, b, la variable aléatoire
aX + b est de variance finie, donnée par
V(aX + b) = a2 V(X).
Démonstration. On a (aX + b)2 = aX 2 + 2abX + b2 . Chacune de ces variables aléatoires est d’espérance
finie, donc Y = aX + b admet un moment d’ordre 2, donc une variance. Notons Y = aX + b : son
espérance est E(Y ) = aE(X) + b, donc
Ainsi, ajouter une constante à une variable aléatoire modifie son espérance, mais pas sa variance. C’est
parfaitement normal, puisque cette dernière s’intéresse aux écarts à la moyenne de la variable aléatoire.
Définition
On dit que la variable aléatoire X est réduite si, et seulement si, elle vérifie V(X) = 1.
Si X est une variable aléatoire qui prend au moins deux valeurs (chacune avec probabilité non nulle)
et qu’elle est de variance finie, alors la variable aléatoire
X − E(X)
X∗ =
σ(X)
est d’espérance nulle et de variance égale à 1 ; c’est la variable aléatoire centrée réduite associée à X.
Terminons enfin ce paragraphe en calculant le variance des variables aléatoires suivant une loi usuelle.
a) Loi constante
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi constante, sa variance est nulle.
V(X) = a − a)2 × 1 = 0.
Remarque 2. Réciproquement, si X admet une variance nulle, alors la variable aléatoire (X − E(X))2 ,
positive ou nulle, a une espérance nulle. Cette variable aléatoire prend donc la valeur 0 avec probabilité 1,
i.e. que la variable aléatoire X prend la valeur E(X) avec probabilité 1 : la variable aléatoire X est
presque sûrement constante.
42 Chapitre 2. Variables aléatoires discrètes
b) Loi uniforme
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi uniforme X ∼ U ([[a, b]]), alors V(X) = 12 ,
n2 −1
où n = b − a + 1
est le nombre de valeurs prises.
Démonstration. La variable aléatoire Y = X − (a − 1) suit la loi uniforme U ([[1, n]]) et a même variance
que X. Son espérance est E(Y ) = n+1
2 ; on a aussi
n
1 (n + 1)(2n + 1)
E(Y 2 ) =
X
k2 = .
n 6
k=1
On obtient donc
(n + 1)(2n + 1) (n + 1)2 (n + 1)(n − 1)
V(X) = V(Y ) = E(Y 2 ) − E(Y )2 = − = .
6 4 12
c) Loi de Bernoulli
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi de Bernoulli X ∼ B(p), alors V(X) = p(1 − p).
Démonstration. On a
V(X) = (0 − p)2 (1 − p) + (1 − p)2 p = (1 − p)p p + (1 − p) = p(1 − p).
d) Loi binomiale
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi binomiale X ∼ B(n, p), alors V(X) = np(1 − p).
n
n k
E X(X − 1) =
X
k(k − 1) p (1 − p)n−k .
k
k=0
On a donc
V(X) = E X(X − 1) + E(X) − E(X)2 = n(n − 1)p2 + np − n2 p2 = np(1 − p).
f 0 (1) = E(X). On vérifie par la même technique que f 00 (1) = E X(X − 1) (faites-le !), ce qui permet de
conclure comme précédemment.
e) Loi géométrique
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi géométrique X ∼ G (p), elle est de variance finie, donnée par
V(X) = 1−p p2 .
Démonstration. Introduisons à nouveau la série entière f (x) = p(1 − p)n−1 xn , de rayon de conver-
P∞
n=0
gence R = 1−p
1
> 1. Pour tout x ∈ ]−R, R[, on a
∞
X
f 00 (x) = p(1 − p)n−1 n(n − 1)xn−2 .
n=0
2(1 − p) 1 1 1−p
V(X) = E X(X − 1) + E(X) − E(X)2 =
+ − 2 = .
p2 p p p2
f) Loi de Poisson
Proposition
Si la variable aléatoire X suit une loi de Poisson X ∼ P(λ), elle est de variance finie, donnée par
V(X) = λ.
Démonstration. La série entière f (x) = e−λ λn! xn a un rayon de convergence infini et sa somme est
P∞ n
n=0
f (x) = e−λ+λx . Pour tout réel x, on a
∞
λn
e−λ
X
f 00 (x) = n(n − 1)xn−2 .
n=0
n!
2.3.5 Covariance
Dans ce paragraphe, nous nous intéressons aux variations conjointes de deux variables aléatoires X
et Y .
Proposition (Cauchy-Schwarz)
Soient X et Y deux variables aléatoires, chacune de variance fine. Alors la variable aléatoire XY est
d’espérance finie. De plus, celle-ci vérifie
Par le théorème de transfert, pour montrer que la variable aléatoire XY est d’espérance finie, il suffit de
montrer que la famille |xi yj |P(X = xi , Y = yj ) (i,j)∈N2 est sommable. Or
|xi |2 + |yj |2
P(X = xi , Y = yj )
X X
|xi yj |P(X = xi , Y = yj ) 6
2
(i,j)∈N2 (i,j)∈N2
∞ ∞ ∞ ∞
1 1X
P(X = xi , Y = yj ) + P(X = xi , Y = yj )
X X X
= |xi |2 |yj |2
2 i=0 j=0
2 j=0 i=0
∞ ∞
1X 1X
= |xi |2 P(X = xi ) + |yj |2 P(Y = yj ) < +∞,
2 i=0
2 j=0
Définition (covariance)
Soient X et Y deux variables aléatoires, chacune de variance finie. La covariance de X et Y est
La définition est bien justifiée par l’énoncé précédent. On a évidemment Cov(X, Y ) = Cov(Y, X) :
la covariance est symétrique. Elle est aussi bilinéaire :
Démonstration. Cette application apparaît comme la somme de deux applications, chacune linéaire par
rapport à X et à Y (linéarité du produit et de l’espérance).
On a une autre expression de la covariance :
Proposition
Si les deux variables aléatoires X et Y sont chacune de variance finie, leur covariance est égale à
Ces quatre variables aléatoires sont chacune d’espérance finie, donc X − E(X) Y − E(Y ) aussi, et on
Remarque 1. On déduit de cette nouvelle expression que la covariance est aussi positive, i.e. que
Cov(X, X) > 0 pour toute variable aléatoire X : en effet, c’est l’espérance de la variable aléatoire
positive X − E(X) . Il y a donc de fortes similitudes avec un produit scalaire. Ce n’en est toutefois pas
2
un : la propriété Cov(X, X) = 0 implique seulement que la variable aléatoire X est presque sûrement
égale à son espérance (la probabilité de l’événement X 6= E(X) est nulle).
Proposition
Si les deux variables aléatoires X et Y sont indépendantes et chacune d’espérance finie, alors
Cov(X, Y ) = 0. La réciproque est fausse.
Démonstration. Remarquons que l’énoncé ne suppose pas que X et Y sont de variance finie : nous avons
en effet démontré que, sous la seule hypothèse que X et Y étaient d’espérance finie (et indépendantes),
il en était de même du produit XY et qu’on avait E(XY ) = E(X)E(Y ) ; la covariance est donc nulle.
Nous avons vu que, réciproquement, cette propriété n’entraînait pas l’indépendance de X et Y .
La covariance permet de calculer la variance d’une somme :
Proposition
Soient X et Y deux variables aléatoires, chacune de variance finie. Alors X + Y est de variance finie,
donnée par
V(X + Y ) = V(X) + V(Y ) + 2Cov(X, Y ).
En particulier, si les variables aléatoires sont indépendantes, on a
= E (X − mX )2 + (Y − mY )2 + 2(X − mX )(Y − mY )
= E (X − mX )2 + E (Y − mY )2 + 2E (X − mX )(Y − mY )
k=1 16i<j6n
En particulier, si les variables aléatoires sont deux à deux indépendantes, elles vérifient
n
V(X1 + · · · + Xn ) = V(Xi ).
X
k=1
Remarque 2. Noter que la formule est vraie en supposant seulement les variables aléatoires deux à deux
indépendantes ; elle l’est a fortiori si elles sont mutuellement indépendantes.
Exemple 1. Soit X une variable aléatoire suivant une loi binomiale B(n, p). Choisissons n variables
aléatoires indépendantes X1 , . . . , Xn suivant chacune une loi de Bernoulli B(p). La variable aléatoire X
a même loi que X1 + · · · + Xn , donc sa variance vérifie
n
V(X) = V(xi ) = np(1 − p) :
X
k=1
Cov(X, Y ) 6 σ(X)σ(Y ).
C’est donc un réel appartenant à l’intervalle [−1, 1]. Il est nul dès que les variables aléatoires sont indé-
pendantes (mais sa nullité n’entraîne pas l’indépendance des variables aléatoires).
Exemple 2. Soit X une variable aléatoire variance finie non nulle, et Y = aX + b (a 6= 0). On a
Cov(X, Y ) = Cov(X, aX + b) = aCov(X, X) + bCov(X, 1) = aV(X)
(rappelons que la variable aléatoire constante 1 est indépendante de X, donc leur covariance est nulle),
donc
aV(X) a
ρ(X, Y ) = = .
σ(X)|a|σ(X) |a|
Le coefficient de corrélation vaut 1 si a > 0, −1 si a < 0.
En cas de convergence, on peut interpréter la somme de cette série comme une espérance :
Proposition
Soit t un réel. La fonction génératrice de X converge absolument en t si, et seulement si, la variable
aléatoire tX est d’espérance finie. Si c’est le cas, on a
GX (t) = E(tX ).
2.4. Fonctions génératrices 47
Démonstration. Le théorèmeP n de transfert indique que la variable aléatoire t est d’espérance finie si, et
X
seulement si, la série t P(X = n) est absolument convergente (les valeurs prises par X sont ici les
entiers positifs !). Si c’est le cas, on a
∞
E(tX ) = tn P(X = n) = GX (t).
X
n=0
On peut dans tous les cas minorer le rayon de convergence de cette série entière :
Proposition
Le rayon de convergence de la fonction génératrice d’une variable aléatoire X est au moins égal à 1 et
la fonction GX est continue sur le segment [−1, 1].
Démonstration. En posant fn (t) = P(X = n)tn pour tout t ∈ [−1, 1], on a ||fn ||∞ = P(X = n), terme
général d’une série convergente, donc la série de fonctions converge normalement sur le segment [−1, 1].
Les fn étant toutes continues, la fonction GX est définie et continue sur ce segment.
Exemple 1. Si X suit une loi de Bernoulli B(p), sa fonction génératrice est en fait polynomiale :
GX (t) = 1 − p + pt.
Exemple 2. Si X suit une loi binomiale B(n, p), sa fonction génératrice est aussi polynomiale :
n
X n
GX (t) = pk (1 − p)n−k tk .
k
k=0
Exemple 3. Si X suit une loi géométrique G (p), nous avons calculé sa fonction génératrice :
∞
X pt
GX (t) = p(1 − p)n−1 tn = .
n=1
1 − qt
Exemple 4. Si X suit une loi de Poisson P(λ), nous avons aussi calculé la fonction génératrice
∞
λn n
e−λ t = e−λ+λt .
X
GX (t) =
n=0
n!
Proposition
La loi d’une variable aléatoire X à valeurs dans N est caractérisée par sa fonction génératrice.
Cette technique des fonctions génératrices est donc très puissante : elle permet de concentrer toute
l’information concernant la variable aléatoire X dans une seule fonction. C’est cette technique qui nous
a déjà permis de calculer des espérances et des variances. Voyons comment elle se généralise.
P Posons fn (t) = P(X = n)t pour t ∈ [0, 1] : la fonction génératrice n’est autre que la série de fonctions
n
Théorème
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N. La variable aléatoire X est d’espérance finie si, et
seulement si, sa fonction génératrice est dérivable en 1. Si c’est le cas, on a E(X) = G0X (1).
Démonstration (non exigible). Le sens direct vient d’être démontré. Démontrons la réciproque par contra-
posée. Pour cela, supposons que la variable aléatoire X n’est pas d’espérance finie, i.e. que la série
nP(X = n) diverge. Comme c’est une série à termes positifs, ses sommes partielles tendent vers +∞.
P
Déduisons-en dans un premier temps que G0X (t) −→ +∞.
t→1
Commençons par remarquer que toutes les fonctions définissant la série G0X (sur l’intervalle [0, 1[) sont
croissantes ; la fonction G0X est donc croissante sur [0, 1[. À ce titre, elle admet une limite `, finie ou infinie,
en 1. Choisissons maintenant un réel A > 0. Choisissons ensuite un réel N tel que n=0 nP(X = n) > A
PN
(la série diverge vers +∞). De l’égalité
N
X ∞
X
nP(X = n)t n−1
6 nP(X = n)tn−1 = G0X (t),
n=0 n=0
valable pour tout réel t ∈ [0, 1[, on déduit, par passage à la limite (légitime : on a démontré l’existence
d’une limite en 1 pour G0X ) que
XN
nP(X = n) 6 `.
n=0
La limite ` vérifie ` > A, et ceci pour tout A > 0, donc ` = +∞.
Déduisons-en maintenant que GX n’est pas dérivable en 1 en démontrant que
GX (t) − GX (1)
−→ +∞.
t−1 t→1
Théorème
Soit X une variable aléatoire à valeurs dans N. La variable aléatoire X est de variance finie si, et
seulement si, sa fonction génératrice est deux fois dérivable en 1. Si c’est le cas, on a
Démonstration (non exigible). Le sens direct vient d’être démontré. Le sens réciproque se traite par la
contraposée, comme pour l’énoncé précédent.
Enfin, on dispose d’une formule calculant la fonction génératrice d’une somme de deux variables
aléatoires indépendantes :
Théorème
Soient X, Y deux variables aléatoires indépendantes à valeurs dans N. Pour tout réel t ∈ [−1, 1], on a
Démonstration. Pour tout réel t ∈ [−1, 1], les variables aléatoires tX et tY sont indépendantes (car X
et Y le sont), donc on a
Exemple 5. Considérons deux variables aléatoires indépendantes X et Y suivant chacune une loi bino-
miale : X ∼ B(n, p) et Y ∼ B(m, p). Pour tout réel t ∈ [−1, 1], on a
n m m+n
GX+Y (t) = GX (t)GY (t) = (1 − p) + pt (1 − p) + pt = (1 − p) + pt .
Cette fonction génératrice est celle d’une loi binomiale B(m + n, p), donc X + Y suit cette loi.
E(X)
P(X > t) 6 .
t
Démonstration. Notons {xi , i ∈ I} l’ensemble des valeurs prises par X. On découpe cet ensemble d’indices
en 2 :
I1 = {i ∈ I | xi > t} et I2 = {i ∈ I | xi < t}.
Alors
xi P(X = xi ) 6 xi P(X = xi ) = E(X),
X X X
tP(X > t) = tP(X = xi ) 6
i∈I1 i∈I1 i∈I
On en déduit le
Théorème (inégalité de Bienaymé-Chebychev)
Soit X une variable aléatoire admettant un moment d’ordre 2. Notons m son espérance et σ 2 sa
variance. Pour tout réel ε > 0, on a
σ2
P(|X − m| > ε) 6 .
ε2
50 Chapitre 2. Variables aléatoires discrètes
σ2
P |Yn − m| > ε 6 2 .
nε
En particulier, on a
P |Yn − m| > ε
−→ 0.
n→∞
Exemple 1. Un medium prétend pouvoir deviner un nombre auquel on pense. On décide de réaliser une
série de 100 «divinations» : il doit à chaque fois deviner un nombre compris entre 1 et 10. On note Xn la
variable aléatoire prenant la valeur 1 si il réussit lors de l’expérience numéro n, 0 sinon.
Pour nous qui ne croyons pas à la divination, les variables aléatoires Xn sont indépendantes et suivent
toutes une loi de Bernoulli B(0.1), d’espérance m = 0, 1 et de variance σ 2 = 0, 09. Pour tout réel ε > 0,
on a donc
σ2 9 · 10−4
P(|Y100 − 0, 1| > ε) 6 = .
100ε2 ε2
J’accepterai de rejeter l’hypothèse que Xn suit une loi de Bernoulli B(0.1) à condition de constater
un événement qui devrait être, sous cette hypothèse, de probabilité faible, disons inférieure à 5%. Choi-
sissons donc ε de sorte que 9·10 6 0, 05 : ε = 0, 14 convient. Remarquons maintenant que l’événement
−4
ε2
|Y100 − 0.1| > ε s’écrit encore |S100 − 10| > 100ε = 14 (où S100 = X1 + · · · + X100 ), i.e. S100 > 24 (l’évé-
nement S100 6 −4 est impossible...). Ainsi, si je constate que le nombre total de succès est supérieur ou
égal à 24, la probabilité que les Xn suivent une loi B(0.1) sera inférieure à 5%, et je pourrai croire à ses
talents de médium.