Master : JURISTE D’AFFAIRES
SUJET :
LA RESPONSABILITE DES ARCHITECTES
Présenté par : Mme BTISSAM Karmouni
Mme LAMIAA Benjelloun
Mme FARAH Maghnine
Sous La direction du Professeur : Mme Loubna OUAZZANI CHAHDI
Année Universitaire : 2023/2024
INTRODUCTION :
« L’architecte est celui qui a vocation part son art d’édifier quelque
chose de nécessaire et de permanent »1.
Comme le souligne Paul. CLAUDEL
Cette citation de Paul. CLAUDEL, poète et écrivain français montre à quel point le
travail de l’architecte ne se résume pas uniquement à faire le plan d’une maison sur
une planche à dessin.,
« L’architecte est alors compétent pour intervenir et participer à tout ce qui relève de
l’aménagement et plus précisément, à tous les domaines qui relèvent de l’acte de bâtir
(construction, réhabilitation, aménagement). C’est la raison pour laquelle, l’architecte
a vu son rôle évoluer considérablement au cours des siècles.
L’architecte est le maître d’œuvre. Il est chargé par le client – le maître de
l’ouvrage –, de concevoir un projet architectural. Soucieux de la qualité de ce dernier,
il définit précisément l’implantation, l’orientation, la répartition des volumes et
surfaces mais également, le choix des matériaux et surtout, la proposition au maître de
l’ouvrage d’un projet compatible aux moyens financiers de ce dernier (respect du coût
budgétaire).
A l’instar de toute profession règlementée, le corps des architectes possède une
autorité institutionnelle, l’Ordre des Architectes La Loi n 016-89 relative à l'exercice
de la profession d'architecte et à l'institution de l'Ordre national des architectes.
Ainsi, comme tout constructeur, l’architecte peut voir sa responsabilité engagée tant
avant la réception qu’après la réception de l’ouvrage. Ajoutons également, que la
nature et le régime de la responsabilité dépendant du moment de révélation du
dommage et de la nature du dommage affectant l’ouvrage selon la nouvelle loi 66-12
relative au contrôle et à la répression des infractions en matière d’urbanisme et de
construction promulguée par le Dahir n° 1-16-124 du 25 août 2016 qui stipule que tout
intervenant au chantier qui ne signale pas une infraction - aux autorités en charge de
l’instruire comme une plainte -48 heures après en avoir pris connaissance, qu’il soit
chef de projet, entrepreneur, architecte, ingénieur ou topographe, est considéré
complice et s’avère, par conséquent, assujetti à la même sanction infligée au
contrevenant.
1- Feuilles de saints (1925), L’architecte de Paul CLAUDEL
L’existence d’un régime particulier de responsabilité pour les dommages par
l’effondrement d’un bâtiment trouve son origine dans le cautio damni infecti du droit
romain qui a laissé des traces dans la plupart des droits modernes ayant subi
directement ou indirectement l’influence de Rome.
En droit Français, c’est l’article 1386 du Code civil, dont la rédaction est restée
inchangée depuis 1804, qui édicte cette règle spéciale : « le propriétaire d’un
bâtiment », dispose ce texte, « est responsable du dommage causé par sa ruine
lorsqu’elle est arrivée par suite d’un défaut d’entretien ou par le vice de construction ».
C’est ainsi que la nécessité de se prémunir contre les conséquences particulièrement
graves que pouvaient occasionner les immeubles, a été ressentie depuis très longtemps.
En effet ce sont essentiellement les constructions mal bâties ou mal entretenues
qui, en raison du danger grave qu’elles pouvaient constituer pour les voisins et les
passants en cas d’effondrement total ou partiel, ont suscité particulièrement l’attention
des juristes et provoqué l’adoption de mesures spécifiques pour assurer la sécurité des
uns et des autres.
Au Maroc la responsabilité du fait des immeubles est consacrée par le dahir des
obligations et des contrats, plus précisément dans son article 89.
Problématique :
Les architectes au Maroc ont une responsabilité majeure dans la conception et
la réalisation des projets, dans quelle mesure législatrice a pu encadrer cette
responsabilité par des règlementations et des normes professionnelles pour
assurer la qualité, la sécurité et le respect des standards éthiques dans la
pratique ?
PLAN
INTRODUCTION
Partie I : Présentation et missions de l’architecte
Section 1 : Conditions et fonctionnement
Section 2 : Contrat d’architecte
Partie II : Responsabilités et Obligations de l’architecte
Section 1 : Obligations et fondements de la responsabilité
Section 2 : Effets de la responsabilité
CAS DE JURISPRUDENCE
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
Partie I : Présentation et missions de l’architecte :
Section 1 : Conditions et fonctionnement :
◙ Définition du métier d’architecte
L’architecte est un professionnel du bâtiment dont la profession est
règlementée.
L'architecte est chargé de la conception architecturale des bâtiments et des
lotissements, de l'établissement des plans y afférents et de la direction de leur
exécution.
Il peut être également chargé du contrôle de la sincérité des mémoires comptables
des entrepreneurs qui concourent à la réalisation des travaux afférents aux actes
précités. Sous réserve des cas où la loi impose le recours à un architecte pour
l'accomplissement d'actes déterminés, l'architecte assure tout ou partie des actes prévus
au présent article suivant le mandat qu'il reçoit de son client. Article 1 de la loi 016-89.
Il est missionné par un client pour se charger de la maîtrise d’œuvre, c’est-à-dire
la conception et le suivi des travaux. Il intervient sur les projets de construction.
L’architecte exerce sa profession après avoir l'autorisation délivrée auprès du
Conseil national de l'Ordre des architectes il doit remplir les conditions suivantes :
- être de nationalité marocaine ;
- être titulaire du diplôme d'architecte délivré par l'école nationale d'architecture ou
d'un diplôme reconnu équivalent figurant sur une liste arrêtée par l'administration après
avis du Conseil national de l'Ordre des architectes ;
- être en position régulière au regard du service militaire ;
- ne pas avoir été condamné pour un crime ou pour un délit contraire à l'honneur, à la
probité ou aux bonnes mœurs ou lorsqu'il a été condamné pour de tels faits la peine
prononcée à son encontre doit avoir été purgée depuis cinq ans au moins avant la date
de présentation de la demande d'autorisation ;
- avoir accompli un stage dans les conditions prévues aux articles 8 et suivants de la
présente loi, sauf s'il en a été dispensé conformément aux dispositions de l'article 16 ci-
après. Article 4 de la loi 016-89.
- Modes d’exercice
L'architecte exerce sa profession selon l'un des modes suivants :
- à titre privé sous forme indépendante ou de salarié ou d'associé d'une société
d'architectes définie à l'article 22 de la loi 016-89 ;
- à titre de fonctionnaire de l'Etat ou d'agent des collectivités locales ou des
établissements publics ou d'enseignant dans les établissements d'enseignement
supérieur d'architecture, Article 2 de la loi 016-89.
Il doit ensuite souscrire à une assurance professionnelle et suivre une formation
continue tout au long de sa carrière afin de maintenir à niveau ses compétences en
fonction de l’évolution de la législation et des technologies. Enfin, il s’engage à
respecter un code de déontologie.
L’architecte conseille, accompagne et représente son client. C’est d’ailleurs le
seul professionnel du bâtiment habilité à demander l’obtention d’un permis de
construire. L’architecte s’engage à défendre les intérêts exclusifs de son client.
L’architecte s’occupe de l’aménagement intérieur et extérieur du bâtiment ainsi
que de ce qui permet d’assurer son fonctionnement, accès, réseaux, etc.
Il conçoit le projet, c’est-à-dire que non seulement il s’occupe de la représentation
du projet en tenant compte des éléments souhaités par le client pour les assembler de la
meilleure manière possible. Il doit rendre votre maison la plus confortable, saine,
économe en énergie, esthétique, solide et économique possible en fonction de votre
projet.
En tant qu’expert technique, il possède une vision globale du projet et coordonne
tous les artisans qui interviennent sur le chantier. Il est aussi chargé du suivi
financier pendant tout le projet de sa phase de conception jusqu’à sa livraison afin de
s’assurer que le budget du client soit respecté. Enfin l’architecte doit respecter toutes
les règles d’urbanisme lorsqu’il conçoit un projet.
◙ Les incompatibilités :
L'exercice, à titre privé, de la profession d'architecte est incompatible avec toute
fonction publique non élective dans les services de l'Etat, des collectivités locales ou
des établissements publics.
Il est également incompatible avec l'exercice de la profession d'entrepreneur ou
industriel, fournisseur de matières ou objets employés dans la construction, selon
l’article 18 de la loi 016-89.
MISSION DE L’ARCHITECTE :
UNE MISSION COMPLÈTE LES PHASES D’UN PROJET :
Travailler avec un architecte permet de sécuriser les 4 étapes clés de tout projet
d'architecte de rénovation ou de construction : étude de faisabilité, phase de
conception, consultation des entreprises et marché de travaux, suivi et livraison du
chantier. ll dessine les plans du bâtiment (coupes, plans de masse, façades, niveaux,
tableaux de surfaces, notices descriptives des matériaux et équipements, etc.) Il se
charge de la conception architecturale et de l'assemblage des éléments pour rendre le
bâtiment esthétique, confortable, sain et économique.
1- Avant les travaux
1. Rencontre avec l'architecte : Etudes préliminaires
2. Etude de faisabilité et esquisse : A.P.S : avant-projet sommaire
3. L'avant-projet : Avant-projet détaillé
4. La demande de permis de construire. ...
5. La conception technique : plans d’exécution, dossier de consultation des entreprises,
6. Choix des entreprises et planification de la réalisation des travaux. ...
7. Réalisation des travaux : suivi de l’exécution des Travaux
8. Pour conclure sur les phases d'un projet architecture : Réception provisoire et
définitive des travaux
Section 2 : Contrat d’architecte
Le contrat d’architecte est un contrat de louage d’industrie par lequel une personne
s’engage à exécuter un ouvrage intellectuel, manuel ou mixte pour compte d’autrui, de
manière indépendante et contre rémunération.
Eu égard à la nature synallagmatique du contrat d’architecture, l’architecte bénéficie
du droit d’invoquer l’exception d’inexécution du contrat si le maître d’ouvrage ne
respecte pas ses propres obligations. Cela permet à l’architecte, à tout moment, de
suspendre l’exécution de ses propres obligations. Par ailleurs, l’architecte est en droit de
demander résolution judiciaire du contrat.
Le contrat signé entre l’architecte et le maître de l’ouvrage est une obligation
imposée par la loi 016-89 :
► Dahir formant code des obligations et contratsdu12août1913
►Dahir n°016/89 du10 septembre 1993 relatif à l’exercice de la profession
d’architecte
► Dahir n°1-69-139 du 25 Joumada I 1390 (29juillet1970) relatif à la propriété
artistique et intellectuelle.
►Dahir n°1-92-7du17juin1992 relatif aux lotissements, groupes d’habitation et
morcellements,
►Dahir du1-92-31du17juin1992relatifàl’urbanisme.
►Circulaire de monsieur le Ministre de l’Intérieurn°0399/DUA/DA/2 du 05 avril
1991 Règlement intérieur en vigueur de l’Ordre National des Architectes.
Partie II : Responsabilités et Obligations de l’architecte :
Section 1 : Obligations et Fondements de la Responsabilité :
A- Obligations de l’architecte :
a. Le respect des règles juridiques :
Lors de l’établissement de son projet architectural, le maître d’œuvre se doit de
respecter certaines règles. En effet, le projet architectural ne saurait être utilisable que
s’il répond effectivement aux conditions prévues par la loi.
D’une part, il doit veiller au respect des règles d’urbanisme applicable à la
construction. Ainsi, il doit connaître, rechercher et respecter ces dernières qui seraient
susceptibles de s’opposer à la réalisation du projet architectural.
Autrement dit, eu égard à son obligation de conseil, il doit avertir le maître de
l’ouvrage des difficultés réglementaires qui pourraient survenir.
Pour autant, il n’est pas tenu de rappeler au maître de l’ouvrage de son obligation de
respecter les prescriptions d’un permis de construction, comme il n’est pas tenu de le
prévenir des difficultés liées à l’obtention d’une garantie.
D’autre part, il doit tenir compte des règles civiles. On distingue dans la pratique
celles inhérentes à la propriété pouvant être un obstacle à la construction, de celles qui
résultent de titres complexes détenus par le maître de l’ouvrage. Sur ce dernier point, il
semble que si l’architecte doit respecter les règles d’urbanisme applicables à la
construction, il n’est pas tenu de connaître les titres particuliers qui auraient dû lui être
remis par le maître de l’ouvrage.
A cela vient s’ajouter les règles de construction, sanitaires ou d’assainissement.
Pour autant, l’architecte ambitieux et respectueux des lois et règlements en vigueur
pourrait se faire assister s’il le juge utile, d’un technicien juriste.
Par exemples, lorsqu’il se voit confier l’étude préalable du sol il pourrait faire appel
à un géotechnicien ou encore à des ingénieurs en bétons pour les études de matériaux.
Mais, de par sa qualité de concepteur, il répond seul de la qualité du projet envers le
maître de l’ouvrage.
En somme, l’architecte doit prévoir l’impact de son projet de construction sur le
voisinage en respectant ainsi la qualité de son projet architectural.
b. Le respect de la qualité de son projet architectural :
Au regard de sa qualité de concepteur, l’architecte doit se conformer à l’ensemble
des dispositions qui encadrent la manière de réaliser les travaux, c’est-à-dire veiller au
respect des règles de l’art.
Cette notion constitue « le savoir-faire habituel » que le maître de l’ouvrage peut
attendre des « hommes de l’art ». Elles sont relatives à l’ensemble des pratiques
professionnelles qu’un corps de métier doit respecter afin que l’ouvrage soit
correctement édifié.
Il ne doit accepter que les missions qu’il peut maîtriser. L’Ordre des architectes
rappel que « l’architecte s’engage à exercer sa mission conformément aux règles de
l’art qui comprennent l’ensemble de la règlementation et de la pratique en vigueur au
moment de l’exécution des études ou des travaux ». Il n’en reste pas moins que le
contenu de cette obligation reste très varié.
En effet, il est tenu de procéder à toutes études nécessaires à la réalisation du projet
et notamment aux études du sol, aux études de fondations, à l’adaptation du terrain aux
ouvrages à réaliser.
Dans la pratique, constituent des manquements aux règles de l’art, l’absence de
vérification de la solidité d’un bâtiment destiné à être surélevé ou encore, une erreur
dans l’appréciation de la pente d’un toit pour en assurer l’étanchéité.
De façon générale, le projet doit être conforme aux normes techniques et réalisable
eu égard aux objectifs fixés.
A ce stade du projet architectural, l’architecte se doit de veiller au respect de son
devoir de conseil tant en matière technique que financière.
c. Le respect du devoir de conseil :
L’architecte est tenu d’un devoir de conseil très large puisqu’il tient compte d’une part
de la volonté et des souhaits de son client mais également, il doit s’informer quant à la
possibilité financière de ceux-ci.
◙ En matière technique :
L’architecte en tant que maître d’œuvre est tenu d’une obligation générale de conseil
durant l’exécution de sa mission. Cette obligation a longtemps été affirmée par le Code
de déontologie des architectes.
Ainsi, l’architecte doit pouvoir fournir à son client les explications nécessaires à la
compréhension et à l’appréciation des services qu’il rend.
Pour se faire, lors de l’élaboration du projet architectural, il est amené à tenir
compte des désirs et souhaits de son client. En d’autres termes, il tient compte de la
volonté de son client afin de réaliser au mieux le projet qu’il souhaite. Mais, outre des
avis et des conseils, l’architecte est tenu d’avertir son client de tous les risques et les
inconvénients que présenterait le projet de construction.
Il doit ainsi guider ses choix et attirer son attention sur les conséquences techniques
de ceux-ci. C’est ce qu’a précisé la troisième chambre civile de la Cour de cassation
le 18 juin 1997 en estimant que « manque à son devoir de conseil l’architecte qui
n’attire pas l’attention du maître de l’ouvrage sur la nécessité d’appliquer sur les
structures en acier d’une verrière des peintures de protection et accepte, sans les
signaler, le changement des matériaux de ces structures ».
On pourrait considérer que pour éviter que sa responsabilité ne soit engagée, il est
tenu de mettre en garde le maître de l’ouvrage par écrit et le conseiller de prendre
toutes les mesures nécessaires ou éventuellement, de dissuader de continuer le projet
de construction.
De même, en tant qu’homme de l’art, il pourrait également refuser de diriger des
travaux qui ne respecteraient pas les règles de l’art ou la règlementation en vigueur.
Mais, il pourrait voir sa responsabilité engagée s’il donne un « mauvais conseil » et s’il
ne conçoit pas un projet réalisable.
◙ En matière financière :
Puisque l’architecte est soumis à un devoir de conseil très vaste, il se doit
également de s’informer sur les possibilités financières de son client. A ce titre, il est
tenu de définir de façon précise les plans techniques réalisables correspondant aux
capacités financières de son client.
Il ne pourrait pas accepter qu’un projet soit réalisé si, la capacité financière de son
client ne lui permet pas d’y faire face. Pour résoudre ce problème, il pourrait proposer
des solutions alternatives si les souhaits semblent inaccessibles ou inadaptés. Par
exemple, préconiser l’utilisation d’un autre matériel – toujours de bonne qualité – mais
d’un fournisseur moins onéreux.
Une fois réalisé, il formalise par écrit les estimations du coût des travaux, à défaut
de cette formalité, il sera dans l’incapacité de démontrer qu’il a rempli correctement
son obligation de conseil et de renseignement.
Plus généralement, on pourrait considérer que cette obligation de conseil est
regardée comme étant un devoir moral qui garantirait un niveau de protection au client.
Il s’agit d’un domaine en évolution profonde et constante parce que la
responsabilité de l’architecte ne peut être isolée du contexte dans lequel la profession
s’exerce et des autres intervenants à l’acte de bâtir.
D’autre part les bouleversements technologiques et sociaux influencent la matière
de la responsabilité de l’architecte.
B- Responsabilités de l’architecte :
D’une façon plus générale la responsabilité a connu une mutation remarquable
concernant notamment :
► Le concept de faute : revendicativité croissante (notamment l’obligation de conseil).
► La causalité
La théorie jurisprudentielle du contrôle réciproque des fautes et l’équivalence des
conditions, la responsabilité in solidum.
► Le dommage
La jurisprudence s’est montrée très généreuse dans l’appréciation du dommage subi
par le maître de l’ouvrage victime, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un profane.
Deux axes peuvent être distingués :
a) dans la détermination de la lésion (vice qui porte atteinte à l’habitabilité)
b) perte de jouissance ou indisponibilité totale ou partielle.
L'architecte assume une responsabilité civile à l'égard de son client, quasi
délictuelle vis-à-vis des tiers et pénale. Quelle que soit la responsabilité de l'architecte,
la victime devra prouver la faute, le dommage et le lien de causalité. La faute ne peut
être confondue avec le préjudice lui-même.
Au Maroc la responsabilité du fait des immeubles est consacrée par le dahir des
obligations et des contrats, plus précisément dans son article 89. « Le propriétaire
d’un édifice ou autre construction est responsable du dommage causé par son
écroulement ou par sa ruine partielle, lorsque l’un ou l’autre est arrivé par
suite de vétusté, par défaut d’entretien, ou par le vice de la construction. La
même règle s’applique au cas de chute ou ruine partielle de ce qui fait partie
d’un immeuble tel que les arbres, les machines incorporées à l’édifice et autres
accessoires réputés immeubles par destination.
Cette responsabilité pèse sur le propriétaire de la superficie, lorsque la
propriété de celle-ci est séparée de celle du sol.
Lorsqu’un autre que le propriétaire est tenu de pourvoir à l’entretien de
l’édifice, soit en vertu d’un contrat, soit en vertu de l’usufruit ou autre droit
réel, c’est cette personne qui est responsable.
Lorsqu’il y a litige sur la propriété, la responsabilité incombe au possesseur
actuel de l’héritage. »
Dans la majorité des cas, le terme d’« immeuble » renvoie le plus souvent à la seule
image d’une maison de plusieurs étages, voire éventuellement à un bâtiment. De même,
il n’est essentiellement envisagé que dans une perspective positive, à savoir que
l’immeuble constitue une richesse, une valeur du patrimoine d’un individu. Si ces idées
ne sont pas totalement inexactes, elles ne reflètent cependant que partiellement la réalité
telle qu’envisagée par le droit.
D’une part, le sens juridique du terme « immeuble » ne se résume pas aux seules
constructions. En effet, il recouvre une catégorie de choses beaucoup plus étendue.
Ainsi, le droit positif distingue-t-il deux grands ensembles d’immeubles, choses
corporelles : les immeubles par nature et les immeubles par destination.
D’autre part, si le terme « d’immeuble » renvoie effectivement à l’idée de valeur, de
richesse dont tire profit un individu, cela ne signifie pas qu’il se présente uniquement
sous cet aspect positif. En effet, l’immeuble est susceptible également d’être source de
dommages pour autrui, et à ce titre, engager la responsabilité d’une personne, à savoir
que cette dernière deviendra débitrice d’une obligation de réparation à l’égard de la
victime.
Une responsabilité civile délictuelle : Cette responsabilité peut se présenter sous
l’angle pénal, c’est-à-dire qu’elle tendra essentiellement à la punition du coupable, par
le prononcé d’une peine d’amende ou d’emprisonnement, et visera à la réformation de
son comportement. Il ne s’agit pas là de l’objet de notre étude qui se limitera à la seule
responsabilité civile engendrée par le fait de l’immeuble, laquelle poursuit
principalement un but d’indemnisation des victimes, exacerbée par la jurisprudence
contemporaine.
Il n’est cependant pas question d’envisager l’ensemble des responsabilités civiles
encourues.
En effet, le droit civil comporte deux grands types de responsabilité : la
responsabilité contractuelle et la responsabilité délictuelle. En effet, nous nous
attacherons à la seule responsabilité civile délictuelle du fait des immeubles, laquelle
implique la réparation d’un dommage causé à un tiers qui n’entretient aucun lien
juridique préexistant avec le responsable désigné.
Au bout du tunnel, le droit marocain impose à toute personne une règle de
comportement selon laquelle il lui est défense de préjudicier à autrui, dès que cette règle
est transgressée, dès qu’un tort a été causé à quiconque, l’auteur du méfait s’expose à
subir a titre de sanction les rigueurs de la responsabilité civile. La responsabilité civile
désigne le régime de réparation, ce régime se subdivise lui-même en deux catégories :
La responsabilité civile contractuelle qui regroupe l’ensemble des règles applicables
au cas de dommage résultant de l’inexécution, et la responsabilité civile délictuelle qui
regroupe l’ensemble des règles applicables au cas de dommage résultant d’un fait
juridique. Le qualificatif « délictuelle » s’explique parce qu’on dénomme délit le fait
volontaire générateur de dommage et « quasi-délictuelle » le fait involontaire aussi
générateur de dommage.
◙ La responsabilité spécifique de l’architecte
L’architecte assume une responsabilité civile à l’égard de son client, quasi délictuelle
vis-à-vis des tiers et pénale.
Quelle que soit la responsabilité de l’architecte, la victime devra prouver la faute, le
dommage et le lien de causalité.
La faute ne peut être confondue avec le préjudice lui-même.
La faute résulte d’un comportement qui méconnaît les prescriptions contractuelles et
les règles de l’art ou qui ne correspond pas au comportement du bon professionnel
placé dans les mêmes conditions compte tenu des normes et usages de la profession.
1. Responsabilité civile contractuelle :
Cette responsabilité s’apprécie par référence à la mission architecturale.
La responsabilité civile contractuelle de l’architecte peut être engagée en raison des
fautes commises.
► Soit de conception au sens large ;
► Soit de contrôle de l’exécution des travaux ;
► Soit par rapport au devoir de conseil dont l’architecte est débiteur à l’égard de son
client maître de l’ouvrage.
1- Faute de conception :
Les fautes de conception s’apprécient par référence aux règles de l’art et aux
normes ainsi qu’aux prescriptions urbanistiques et aux performances indiquées dans
les documents conceptuels. (Exemple : défaut d’isolation acoustique).
La responsabilité conceptuelle de l’architecte sera particulièrement engagée en ce
qui concerne l’examen du sol et du sous-sol permettant de déterminer les fondations et
la stabilité de l’immeuble en général, le choix des matériaux et les performances à
atteindre.
2- Faute de contrôle :
Le devoir de contrôle de l’architecte est certainement celui qui génère le plus
d’occasion de responsabilité et de condamnation in solidum avec l’entrepreneur. Trop
souvent encore le juge confond le contrôle, la direction et la surveillance. Le contrôle,
en effet, ne peut être confondu avec une surveillance.
L’efficacité du contrôle est démontrée par la fréquence des visites de chantier
constatées par des procès-verbaux et par la correspondance entretenue par l’architecte.
L’architecte n’a pas de pouvoir de coercition sur l’entrepreneur il ne peut que
dénoncer les carences de celui-ci dans les procès-verbaux de chantier.
La mission de contrôle comporte trois devoirs qui se complètent, à savoir :
1. avant l’exécution des travaux : l’architecte doit s’assurer que l’entrepreneur a
parfaitement compris ce qui lui était demandé par la conception (plans et cahier des
charges) ; au besoin il doit compléter celle-ci par des détails d’exécution qui seront
fournis sur le chantier.
2. durant l’exécution des travaux, l’architecte doit effectuer des prestations de contrôle
qui lui permettent de s’assurer que l’entrepreneur exécute les travaux dans les règles de
l’art et les délais convenus.
3. après exécution des travaux, l’architecte doit encore effectuer des visites de
contrôle pour vérifier que les travaux exécutés sont conformes aux stipulations du
marché et aux règles de l’art.
Lorsque l’expert judiciaire et ensuite le juge examinent la relation causale entre le
dommage subi par le maître de l’ouvrage et les fautes éventuellement concourantes de
l’entrepreneur (pour défaut d’exécution) et de l’architecte (pour manquement à son
obligation de contrôle), ils devront se montrer attentifs aux conséquences réelles que
ces fautes ont pu entraîner.
Ainsi, comme le rappelle le tribunal de première instance, 9ème chambre, 22 août 2000,
précité :
« A supposer qu’il y aurait eu un manque de contrôle du chantier, le bon contrôle n’eut
pas empêché la mauvaise exécution, surtout si celle-ci est rapide, voire instantanée.
Dans la plupart des cas l’architecte n’a pas de responsabilité dans la faute initiale de
l’entrepreneur si elle consiste uniquement en une mauvaise exécution.
Si l’architecte ne relève pas immédiatement le manquement qu’il aurait dû constater et
que cette négligence est fautive, elle n’a cependant pas fait apparaître le défaut initial
et n’a donc pas de lien de causalité avec celui-ci…. En revanche, la carence de
l’architecte n’entraînera un retard dans la réparation due par l’entrepreneur ou la
persévérance de ce dernier dans son comportement fautif. C’est cette conséquence et le
dommage qui en résulte qui seuls devront être supportés par l’architecte in solidum
avec l’entrepreneur puisque, par hypothèse ce dernier a tardé à réparer ou a persisté
dans un procédé fautif ».
L’intensité du contrôle est déterminée par une série de facteurs tels que
l’importance des travaux exécutés, le fait que ces travaux seront ensuite rendus
invisibles, telles les fondations ou les réseaux d’égouts, la difficulté ou la rapidité
d’exécution, les conséquences plus ou moins importantes que les travaux peuvent avoir
sur la stabilité ou l’habitabilité des constructions, etc…
3 - Devoir de conseil
L’architecte doit conseiller son client pour toutes les décisions importantes qui se
rapportent à la construction, à savoir la définition du programme et du budget, ainsi
que le choix des participants à l’acte de bâtir.
Le devoir de conseil anime la mission de l’architecte du début à la fin particulièrement
durant la phase préparatoire et durant les opérations de réception.
Responsabilité pénale : L'architecte peut être tenu pénalement responsable s'il
commet des infractions pénales dans l'exercice de sa profession. Par exemple, s'il est
impliqué dans des pratiques frauduleuses, des falsifications de documents, des
manquements aux règles de sécurité, etc. En cas de condamnation pénale, l'architecte
peut être passible de sanctions telles que des amendes ou des peines de prison.
Article 27 : Quiconque porte le titre d'architecte ou d'architecte stagiaire en violation
des dispositions de la présente loi est passible des sanctions prévues par l'article 381 du
Code pénal.
Article 28 : Est considéré comme exerçant illégalement la profession d'architecte et est
puni d'une peine d'emprisonnement de 2 mois à 2 ans et d'une amende de 1 000 à 40
000 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement :
- quiconque, sans l'autorisation administrative prévue à l'article 4 ci-dessus ou sans être
inscrit au tableau de l'ordre des architectes, accomplit l'un des actes professionnels
réservés aux architectes ;
- l'architecte qui, ayant fait l'objet d'une mesure d'interdiction temporaire en vertu d'une
décision ordinale ou d'une décision judiciaire devenue définitive, accomplit l'un
quelconque des actes de la profession pendant la durée de l'interdiction ;
- l'architecte qui, ayant fait l'objet d'une mesure d'interdiction définitive d'exercice de
la profession en vertu d'une décision administrative ou d'une décision judiciaire
devenue définitive, accomplit l'un quelconque des actes de la profession.
Article 29 : Est passible des peines prévues à l'article précédent toute infraction à
l'article 18 de la présente loi.
Article 30 : Est punie d'une amende de 5 000 à 10 000 dirhams toute infraction à
l'article 26 de la présente loi. 626
Article 31 : Est passible d'une amende de 250 à 2 000 dirhams l'architecte qui omet de
faire la déclaration prévue à l'alinéa 3 de l'article 5 ci-dessus ou la notification à l'ordre
et à l'administration de l'interruption ou la reprise de son activité en violation de
l'article 6 de la présente loi.
Article 32 : On entend par actes professionnels pour l'application de l'article 28 ci-
dessus les actes pour lesquels la loi impose le recours obligatoire à un architecte
exerçant, à titre privé, sous forme indépendante ou en qualité d'associé.
La responsabilité de l’architecte est très importante en cas d’anomalie ou
d’effondrement de l’ouvrage.
Sa fonction est précisée par l’article 1 de la loi N° 016-89 relative à l’exercice de
la profession d’architecte et à l’institution de l’ordre national des architectes
promulguée par Dahir n°1-92-122 du 10 septembre 1993.
« L’architecte est chargé de la conception architecturale des bâtiments et des
lotissements, de l’établissement des plans y afférents et de la direction de leur
exécution. Il peut être également chargé du contrôle de la sincérité des mémoires
comptables des entrepreneurs qui concourent à la réalisation des travaux afférents aux
actes précités… »
L’article 54 de la loi 12.90 relative à l’urbanisme et promulguée par Dahir N° 1-
9231 du 15 Hijja 1412 (17 Juin 1992) a responsabilisé les architectes du suivi
obligatoire des travaux et du contrôle de leur conformité avec les plans architecturaux
autorisés conformément au permis de construire délivré par l’administration. Cette
obligation ne peut concerner que la partie relative aux études techniques et non les
démarches administratives entreprises par l’architecte en vue d’obtenir l’autorisation
de construire, l’accord de modification des plans ou encore le permis d’habiter.
Suite à l’effondrement, survenu vendredi 13 août, des toits de deux maisons situées à
l’ancienne Medina de Marrakech, tous les services de la direction régionale et de la
politique de la ville de la région Marrakech-Safi ont été mobilisés, conformément aux
instructions du Chef du département de tutelle et ce en coordination avec les autorités
locales compétentes afin de prendre les mesures qui s’imposent.
Il est à souligner que le programme du ministère concernant l’habitat menaçant ruine
a permis de traiter 3200 unités au profit de 4800 familles, sachant que 600 bâtis sont en
cours de traitement. Ces réalisations ont été effectuées dans le cadre de 7 conventions
de partenariat conclues avec les partenaires locaux.
Notons que parmi les conventions signées, deux partenariats portant sur la première
et la deuxième tranche concernent la circonscription de la ville de Marrakech alors que
la troisième convention concernant 21000 bâtis dont notamment les deux constructions
effondrées est actuellement en phase d’approbation.
Suite à cet incident tragique, le corps du ministère de l’Habitat et de la politique de la
ville, et à leur tête Mohamed Nabil Benabdallah, ont présenté leurs condoléances les
plus sincères aux familles des victimes, priant le Tout-Puissant de leur inspirer patience
et consolation et accueillir les défunts en sa sainte Miséricorde.
Tout ouvrage à construire est exposé aux risques aussi bien en période de construction
qu’après la fin des travaux. Cette sinistralité s’aggrave par le manque de
professionnalisme des promoteurs ainsi que par la défaillance du contrôle de la part des
instances compétentes ; situation qui peut se traduire, à courts et longs termes, par de
sérieuses menaces sur la sécurité des habitants et des exploitants.
Les cas sont nombreux : un immeuble en chantier s’est effondré au quartier Californie
à Casablanca et s’est soldé par la mort de 2 ouvriers et la blessure de 3 autres. Un autre
s’est écroulé il y a une semaine à Ben Msik à Casablanca dont quatre personnes ont
trouvé la mort et plus de 24 autres blessées. Récemment, deux enfants ont rendu l’âme
suite à l’effondrement d’une maison à Marrakech ; le deuxième drame du genre à
toucher le pays en moins d’une semaine. Sans oublier celui du quartier Bourgogne à
Casablanca en 2014, et un autre cas à Fès.
Responsabilité disciplinaire : Sur le plan disciplinaire, Les conseils régionaux
en premier ressort et le conseil national par voie d'appel exercent à l'égard des
architectes exerçant à titre privé, le pouvoir disciplinaire ordinal pour toute faute
professionnelle ou déontologique et toute contravention aux dispositions législatives et
réglementaires auxquelles l'architecte est soumis dans l'exercice de sa profession,
notamment :
- violation des règles professionnelles, manquement aux règles de l'honneur, de la
probité et de la dignité dans l'exercice de la profession, telles qu'elles sont notamment
édictées dans le code des devoirs professionnels ;
- non-respect des lois et règlements applicables à l'architecte dans l'exercice de sa
profession, notamment les règlements d'urbanisme ;
- atteinte aux règles ou règlements édictés par l'Ordre, à la considération ou au respect
dus aux institutions ordinales.
Les sanctions disciplinaires peuvent aller de simples avertissements à la
suspension temporaire ou définitive du droit d'exercer la profession.
Ces sanctions disciplinaires sont les suivantes :
- l'avertissement ;
- le blâme ;
- la suspension de l'exercice de la profession pour une durée de 6 mois au maximum ;-
- le retrait définitif de l'autorisation.
Les trois premières sanctions sont prononcées par les conseils de l'Ordre. Le retrait
définitif de l'autorisation est prononcé par l'administration sur proposition du Conseil
national de l'Ordre.
Il est essentiel pour un architecte de respecter ses obligations légales, éthiques et
professionnelles afin de limiter les risques de mise en cause de sa responsabilité sur ces
différents plans.
Les architectes exerçant dans les services de l'Etat, des collectivités locales, des
établissements publics et des établissements d'enseignement de l'architecture
demeurent soumis, en matière disciplinaire, aux lois et règlements qui leur sont
applicables à raison de leur statut.
Toutefois, le président du conseil national agissant à la demande de ce conseil, du
président d'un conseil régional, ou de sa propre initiative, peut saisir l'autorité
hiérarchique dont relèvent les architectes, des manquements aux obligations
déontologiques ou professionnelles relevés à l'encontre de ces derniers aux fins de
mise en œuvre de la procédure disciplinaire prévue par le statut du contrevenant.
L'autorité hiérarchique saisie informe le président du conseil national des suites
données à sa communication. Articles 71 -72 de la loi 016-89.
Section 2 : Effets de la responsabilité
En phase de construction, les couvertures d’assurance sont «la police d’assurance
Tous Risques Chantiers (TRC) » et « La police RC professionnelle des architectes et
ingénieurs (RCP) ». La première garantit, en cours de travaux, tous les risques
inhérents à l’activité de réalisation d’un ouvrage. Elle couvre les dommages imprévus
dus au facteur humain (une erreur humaine, tel qu’un décoffrage prématuré, peut être à
l’origine de l’effondrement d’une partie ou de la totalité de l’ouvrage) ou dus aux
événements naturels (tremblement de terre).
La deuxième police peut être définie comme étant une assurance qui garantit les
conséquences pécuniaires de la responsabilité civile légale contractuelle et
extracontractuelle de l’assuré en raison des dommages corporels, matériels, et
immatériels causés à autrui ; par suite d’omissions, erreurs ou négligences commises
dans l’exercice de la profession.
Juste après la réception définitive des travaux, et durant les dix ans, la police
« Risques Chantiers Décennale RCD » offre une réelle protection et sécurité au maître
d’ouvrage en cas d’effondrement ou menace d’effondrement de son ouvrage. L’action
doit être intentée dans les trente jours à partir du jour où s’est vérifié le fait qui donne
lieu à la garantie.
Partant de l’article 769 du DOC, cette police couvre l’erreur de conception, la faute
d’exécution, le défaut des matériaux et les anomalies de l’ouvrage au sol. Aucune
couverture n’aura lieu en cas de fraude et faits intentionnels de l’assuré, défaut
d’entretien, usage anormal et les modifications ultérieures telles que le rajout d’étages.
Nous allons essayer de traiter ici de de la responsabilité civile dans ce genre de
sinistre, notamment contractuelle, dont la sanction est indemnitaire et non répressive.
D’ailleurs, dans le cadre de la construction, outre la responsabilité qui peut dériver
d’un contrat produisant une responsabilité contractuelle régie par les articles 723 et
suivants du DOC (Dahir portant code des Obligations et des Contrats) et relatifs aux
contrats de louage de service ou de louage d’ouvrages, les articles 77 et suivants du
DOC oblige le responsable à réparer le préjudice causé à un tiers.
L’article 769 du DOC stipule que : « L’architecte ou ingénieur et l’entrepreneur
chargés directement par le Maître sont responsables lorsque, dans les dix années à
partir de l’achèvement de l’édifice ou autre ouvrage dont ils ont dirigé ou exécuté les
travaux, l’ouvrage s’écroule en tout ou en partie ou présente un danger évident de
s’écrouler, par défaut des matériaux, par le vice de la construction ou par le vice du
sol. Le délai de dix ans commence à courir du jour de la réception des travaux.
L’action doit être intentée dans les trente jours à partir du jour où s’est vérifié le fait
qui donne lieu à la garantie ; elle n’est pas recevable après le délai. »
Ces responsabilités se divisent en deux grandes parties : les responsabilités de
conception de l’ouvrage incombant aux concepteurs et qui se limitent à un travail
intellectuel, et les responsabilités d’exécution de l’ouvrage sur la base des études
techniques réalisées par les concepteurs.
Leurs métiers, en dépit de leur complémentarité, donnent lieu à des responsabilités
distinctes. Quant aux entreprises de construction et d’exécution des travaux, qu’elles
soient entreprise générale (construction proprement dite) ou de second œuvre
(exécution de travaux autres que la construction tels que la plomberie, l’électricité, le
montage d’ascenseur), peuvent commettre des erreurs fatales pouvant nuire à la
pérennité de l’ouvrage. Leurs interventions ne sont pas dénudées de risques qui
peuvent s’avérer graves et produire des accidents corporels.
Cas de jurisprudence
Cour de Cassation Maroc – Responsabilité de l’architecte
Réf : 22399
Identification
Réf Juridiction Pays/Ville N° de décision
22399 Cour de cassation Maroc/Rabat 397
Date de décision N° de dossier Type de décision Chambre
26/06/2018 1966 /1/3/2017 Arrêt Civile
Abstract
Thème Mots clés
Civil , responsabilité civile Travaux de construction,
Responsabilité, Plans d’architecture,
Permis de construire, Permis d’habiter,
Contrôle de conformité, Construction,
Architecte.
Source
Autre :[Link]
L’architecte est responsable du suivi des travaux de construction et du contrôle de
leur conformité avec les plans et l’autorisation de construire délivrée depuis la date de
cette délivrance jusqu’à la terminaison des travaux et l’octroi de l’autorisation
d’habiter sous peine d’engager sa responsabilité civile contractuelle à l’égard du
promoteur du projet pour toute inexécution de l’une quelconque des obligations de
l’entrepreneur
Selon la loi 12-90 relative à l’urbanisme :
Article 53 :
Pour une opération de construction ou de modification d'une construction existante :
a) I ‘architecte est obligatoirement chargé de :
- la conception ou la modification architecturale de l'œuvre ;
- L’établissement de tous documents architecturaux graphiques et écrits relatifs à la
conception ou la modification de la construction en particulier ceux à fournir à la
commune pour l'obtention du permis de construire conformément à la réglementation
en vigueur ;
- veiller à la conformité des études techniques réalisées par les ingénieurs spécialisés
en construction avec la conception architecturale ;
- suivre l'exécution des travaux de construction et en contrôler la conformité avec les
plans architecturaux et les indications de l'autorisation de construire et ce, jusqu'à la
délivrance du permis d'habiter ou du certificat de conformité ;
b) les ingénieurs spécialisés sont obligatoirement chargés de :
- L'étude et l'établissement des documents techniques nécessaires relatifs à la
conception de la construction ;
- suivre la réalisation des travaux se rapportant aux études techniques effectuées par
eux.
CONCLUSION :
L’architecture procure un sentiment d’appartenance et soutient toutes les sphères
de l’activité humaine. Elle favorise l’intégration harmonieuse des créations de
l’homme à l’environnement, tout en valorisant la santé et le bien être, en enrichissant
les vies sur le plan de l’esthétique et de la spiritualité, en offrant des occasions de
développement économique et en créant un héritage qui reflète et symbolise la culture
et les traditions. Sauf que l'industrie de la construction ne cesse de se développer et
d'évoluer.
Les risques générés par ses activités vont de pair avec cette évolution et ce
développement. Gérer les risques technologiques et juridiques de ce secteur ne peut se
faire que par l'instauration de lois et systèmes permettant de répondre au mieux à ces
risques.
Le législateur à travers les réglementations et systèmes d’assurance essaye de
cerner les problèmes et sinistres sur chantier ou après réception des travaux; mais pour
une législation efficace cette dernière doit passer nécessairement par une concertation
entre autorités et professionnels.
Les lois pouvant émaner de ces concertations devraient refléter la situation réelle
du secteur du BTP et prendre en considération les préoccupations des métiers.
L'organisation actuelle du secteur du bâtiment et travaux public (BTP) génère des
situations conflictuelles et des situations de confusions des métiers et de ce fait génère
des dilutions et confusions d'obligations et de responsabilités. Elle ne permet
nullement une transparence des marchés publics. La corruption envenime le secteur et
produit des résultats de non qualité et de médiocrité des projets. Combien de fois on a
assisté au Maroc à la réalisation des mêmes travaux plusieurs fois suite à la
constatation de mal façons et pathologies dans l'ouvrage se soldant par des pertes
financières pour le pays et des résultats de qualité des plus médiocres.
Dans le même sens, la pluralité des normes utilisées au Maroc exige une
unification de la normalisation permettant de mettre en place un référentiel unifié
servant de repère pour les professionnels et magistrats et rendant son application
obligatoire et opposable à tous les professionnels.
Donc, il est urgent de repenser les textes législatifs qui gèrent le secteur de la
construction et de les rassembler aussi dans un code facilitant ainsi leur accès et de ce
fait leur application.
Bibliographie :
I- Lois :
► Dahir formant code des obligations et contrats du12 août 1913.
►Dahir n°016/89 du10 septembre 1993 relatif à l’exercice de la profession d’architecte.
► Dahir n°1-69-139 du 25 Joumada I 1390 (29juillet1970) relatif à la propriété artistique et
intellectuelle.
►Dahir n°1-92-7 du 17 juin 1992 relatif aux lotissements, groupes d’habitation et
morcellements,
►Dahir du1-92-31du 17 juin 1992 relatif à l’urbanisme.
►Circulaire de monsieur le Ministre de l’Intérieur n°0399/DUA/DA/2 du 05 avril 1991
Règlement intérieur en vigueur de l’Ordre National des Architectes.
II-Ouvrages
Traité théorique et pratique de la responsabilité civile délictuelle et contractuelle, Tome 2,
Montchrestien, 6e édition, 1970.
Henri Lalou, Traité pratique de la responsabilité civile, 6e édition, 1962.
Droit de la responsabilité et des contrats, Dalloz action, 4e édition, 2002/2003.
M. Planiol, G. Ripert, Traité pratique de droit civil français, tome 3, 2e édition.
Traité de droit civil, Les obligations, Les conditions de la responsabilité, LGDJ (Librairie
générale de droit et de jurisprudence), 2e édition, 1998.
Droit civil, Les obligations, Le fait juridique, Armand Colin, 10e édition, 2003.
- J-B. AUBY, H. PÉRINET-MARQUET, R. NOGUELLOU, « Droit de l’urbanisme et de la
construction », Domat, 11ème Édition
- P. GRELIER BESSMANN, « Pratique du droit de la construction », 3ème Édition
- B. BOUBLI, « La responsabilité et l’assurance des architectes, entrepreneurs et autres constructeurs »,
Édition DU J.N.A
- F-X. AJACCIO, R. PORTE, Guide Pratique, « Responsabilités et garanties des constructeurs après réception
», 2015 - A. CASTON, « La responsabilité des constructeurs », Le moniteur, 6ème Édition, 2006
-Youssef Boukioud : La responsabilité civile des intervenants dans l’acte de construire
AL BAYANE Société 16 août, 2016
Sites internet :
[Link]
seront-les-etapes-de-mon-projet
[Link]
[Link]/ope-immo
[Link]