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Art malgache ancien : diversité et défis

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LA 7URE

par Louis MOLLET

S I l’on passe rapidement en revue l’art plastique malgache, on est frappé à la fois par sa
pauvreté e t e n même temps p a r sa diversité e t sa richesse.

Art pauvre si o n le compare à ce qu‘ont produit la Chine, l’Inde, I’Egypte, l’Amérique


tropicale ou l’Europe. Pas de Guizeh, de Boroboudour, de Uaxactùn, d‘Angkor, de Prague
o u de Vezelay. Pas de statue énigmatique comme à l‘île de Pâques... A quoi attribuer cette
pauvreté qui est presque une absence ? A bien des raisons dont la principale peut être la
fragilité de l a matière : le bois, l’os, le métal lui-même, sous le climat tropical sont éphémères
car les intempéries s’unissent a u x insectes pour détruire. C‘est aussi le peuplement très tardif
de I‘lle par des groupes humains n’ayant pas encore acquis o u n’ayant pu conserver les
techniques indispensables pour laisser des vestiges durables. C‘est aussi que ces groupes, pour
subsister, devaient d’abord chercher chaque .jour leur nourriture et n‘avaient pas le loisir de
créer des œuvres durables. Enfin, peut-être, les Malgaches n’avaient-ils pas de <démons>> qui
les effrayaient et qu’ils devaient exorciser ?
Pourtant, Madagascar possède ses monuments à sa taille et a toujours eu des artistes,
jadis, naguère, aujourd‘hui.
L‘éléphant de pierre de l‘embouchure du Fanantara, le gardien de pierre dans l‘enceinte
du Palais Royal de Tananarive sont parmi les seules œuvres connues de facture ancienne.
Mais, t o u t autour de nous, nous voyons des quantités de représentations animales e t humaines
qui nous amusent, nous étonnent e t nous charment. Citons, pêle-mêle, les petits zébus de
glaise que les enfants faGonnent, les statuettes terminales des pieux funéraires mahafaly o u
saint-mariens, les grosses sauterelles articulées du marché de Tananarive, les têtes en bois
sculpté si délicatement dues a u x artistes merina ou betsileo, les représentations d’animaux
d‘un style très. p u r qui viennent d’andilamena, les pique-bœufs et les oiseaux spatules taillés
par les Sakalava, les statuettes bara de lakora.

L’éléphant d e pierre
de I’emboucliure du
Fanantara IMananjaryl

Vieille femme
lh. 32,5 cm.)
Vieux à I’angady
(h. 38 cm.)
Statuettes bara de
lakora (Ihosy)
Sommets d’aloalo mahafaly : Les derniers
moments du moribond, porté sur les genoux.
L3 femme qui lui tient la bouche +ennée
détourne la tête...
Anjaminia-Beloha (Ampanihy)

Dans ce désordre, nous pouvons cependant reconnaître quatre orientations principales :


les jouets, les représentations en rapport avec les sépultures, les statuettes magiques et en
dernier lieu les objets destinés à la vente.
Les jouets sont toujours faits en matériaux grossiers et ne sont pas destinés à durer.
Ils symbolisent plus souvent qu’ils ne représentent. Telle poupée n‘est qu’un paquet de moelles
de papyrus, dont l’extrémité ébouriffée permet de faire des tresses comme à une chevelure.
Telle autre n’est qu’un sachet de vannerie bourré de riz que la petite fille dorlote, berce et
porte sur son dos avec une étoffe. Les garconnets, pour jouer, ont des bœufs modelés dans
la glaise, ou symbolisés par une simple fourche de bois. Ce n’est que sur les marchés qu‘on
trouve des jouets plus réalistes : poupées de chiffon au visage dessiné s u r un morceau de
peau ou de toile cirée, insectes articulés peints de couleurs voyantes. Ces objets, utilitaires
en somme, ne sont guère des œuvres artistiques et ne cherchent point à l’être.
Les représentations funéraires veulent figurer de facon stylisée soit le défunt, soit sa
vie, soit ceux qui l‘entouraient. Cet art est surtout florissant dans l‘Ouest, le Sud-Ouest et le
Sud. Chez les Tanosy de Fort-Dauphin, chez les Mahafaly, les sépultures portent de nombreux
aloalo ou poteaux funéraires en bois blanc. Ces poteaux, ajourés, entaillés, sculptés, portent
s u r leur f û t ou sont terminés par des figures diverses d’objets, d‘animaux ou de personnages
humains. Les nombreux troupeaux du défunt sont évoqués par des bœufs ou des chèvres
Les statues sakalava déconcertent parfois ...
Tombeau à Ankirondro ( Belo-sur-Tsiribihina)
= _I ‘ I
Ou bien sont fantastiques... ,
Les bibiolo d e Maintirano (h. 56 et 52 cm.)

représentés avec a u t a n t de détails que possible : les découpures d‘oreilles e n particulier,


véritables blasons malgaches, sont minutieusement reproduites. On voit également les scènes
essentielles de la vie quotidienne o u parfois les événements extraordinaires : la rencontre avec
un Blanc, l’absorption d’une médecine o u les derniers moments du moribond.
Les statues o u lës groupes que l’on peut voir sur les tombes sakalava sont soit des
humains, soit des oiseaux. Isolés o u affrontés, ce sont les oiseaux qui hantent les immensités
de l’Ouest. Les statuettes anthropomorphes sakalava manquent fréquemment de sérénité e t
sont souvent érotiques. Certaines sont réalistes, d’autres humoristiques o u burlesques, certaines
enfin fantastiques comme ces bibiolo, monstres mi-animaux, ni humains, dont o n parle
beaucoup sur la côte Ouest sans qu’on les a i t jamais vus.
Toujours dans le Sud e t le Sud-Ouest, terre d‘élection de la sculpture malgache, on
trouve de petites figurines magiques en bois. Quand elles sont de grande taille, elles sont
plantées en terre. Elles servent de support à l’esprit qui tourmentait un malade et qu’on a
exorcisé a u cours d’une bruyante séance de bilo. N’ayant que quelques centimètres, elles sont
conïservées dans des sachets o u des étuis de vannerie accrochés dans un endroit bénéfique
de la case e t sont l’objet de soins fréquents, aspersions o u onctions de sang, de graisse o u
d‘alcool. Enfin, les plus minuscules sont portées, suspendues a u cou p a r un cordon, comme
1 des perles o u des médailles.

Au ‘cimetière d’Ambodifotatra (Sainte-Marie)

L
Calebasse décorée bara (Ihosy)

Sanglier tanosimboahengy (Andilamena)

d
L a statu ire malgache a certainement régressé dans bien des régions, car o n n e
trouve dans le d o r d et l‘Est aucune œuvre moderne qui soit comparable à celles dont les
I
photographies anciennes nous o n t gardé l’image : statues monoxyles du pays sihanaka OU
I
des sépultures royales temoro. II f a u t pourtant en excepter l‘île Sainte-Marie qui a un style
particulier très é\iocateur.
I
A v a n t de,parler des objets destinés à la vente, nous devons faire une rapide mention
des ustensiles usuels décorés, qui sont souvent à l’origine des pièces fabriquées pour les
touristes. Tels sônt les cuillers, les peignes à manches décorés. C’est de la poignée des
pagaies tanosimbbahangy que sont sortis les petits bœufs d’Andilamena. Et après avoir fait
des bœufs, les aitistes o n t sculpté des pintades et des sangliers.
I
Les Europeens, voyageant à travers le monde, aiment à rapporter chez e u x des souvenirs
des villes où ils sont pass&. Ils sont souvent prêts à donner des sommes considérables pour
des armes, des étoffes o u des meubles qui leur paraissent avoir le cachet particulier du pays.
D e ce désir est né t o u t un artisanat occasionnel, qui se manifeste surtout dans les foires, dont

t
la production es très inégale e t est, faute de traditions, souvent de mauvais goût e t de
mauvaise qualitéi On en a des exemples nombreux dans les stands de <<curiosités e t objets
malgaches)> de I? capitale et des ports. M a i s toutes les fois que les artistes o n t accepté de
se plier à certaities disciplines éprouvées, ils montrent par leurs œuvres que les virtualités
latentes de l‘art! malgache peuvent s’exprimer avec bonheur et supporter la comparaison
I
avec les meilleup.
I

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