Résolution Conflit
Résolution Conflit
«Est/Adamaoua/Nord:
Réduction des tensions/
conflits liés à l’utilisation
des ressources
naturelles pour les
activités agro-pastorales»
Évaluation du projet
«Est/Adamaoua/Nord: réduction des
tensions/conflits liés à l’utilisation des
ressources naturelles pour les activités
agro-pastorales»
UNJP/CMR/044/PBF
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ISBN 978-92-5-136913-5
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iii
Table des matières
Resumé ......................................................................................................................................................... iii
Abréviations, sigles et acronymes ........................................................................................................... vii
Résumé exécutif........................................................................................................................................ viii
1. Introduction.......................................................................................................................................... 1
2. Contexte ................................................................................................................................................ 5
3. Méthodologie ....................................................................................................................................... 7
4. Résultats de l’évaluation ................................................................................................................... 13
4.1 Critère A: pertinence .................................................................................................................................................13
4.2 Critère B: cohérence ..................................................................................................................................................18
4.3 Critère C: synergies ...................................................................................................................................................19
4.4 Critère D: efficacité ....................................................................................................................................................20
4.5 Critère E: efficience ....................................................................................................................................................26
4.6 Critère F: impact, durabilité et appropriation .................................................................................................32
4.7 Critère G: sensibilité aux conflits ..........................................................................................................................36
5. Conclusions et recommandations .................................................................................................... 39
5.1 Conclusions ..................................................................................................................................................................39
5.2 Recommandations ....................................................................................................................................................39
Références .................................................................................................................................................. 41
Appendice 1. Matrice d’évaluation ......................................................................................................... 42
Appendice 2. Guides des entretiens (entretiens avec les informateurs clés et groupes de
discussion) .................................................................................................................................................. 44
Appendice 3. Listes des entretiens avec les informateurs clés et groupes de discussion ................ 64
v
Figures et tableaux
Figures
Tableaux
vi
Abréviations, sigles et acronymes
AC Activité communautaire
AGR Activité génératrice de revenus
CCV Comité de concertation villageois
CAD-OCDE Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de
développement économiques
covid-19 Maladie à coronavirus 2019
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
Franc CFA Franc de la Coopération financière en Afrique
FGD Groupe de discussion (Focus Group Discussion)
KII Entretien avec les informateurs clés (Key Informant Interview)
MINADER Ministère de l’agriculture et du développement rural
MINEPIA Ministère de l’élevage, des pêches et industries animales
MINFOF Ministère des forêts et de la faune
OIM Organisation internationale pour les migrations
PBF Fonds pour la consolidation de la paix des Nations Unies (Peace Building
Fund)
PNUAD Plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement (UNDAF en
anglais)
TTT Outil de suivi de la transhumance (Transhumance Tracking Tool)
vii
Résumé exécutif
1. Ce rapport présente l'évaluation finale du projet UNJP/CMR/044/PBF «Est/Adamaoua/Nord:
réduction des tensions/conflits liés á l’utilisation des ressources naturelles» (de novembre 2019 à
octobre 2020). Le projet a été mis en œuvre par deux agences des Nations Unies, l’Organisation
des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation internationale pour
les migrations (OIM), en coordination avec le Gouvernement camerounais, dans les régions
camerounaises frontalières avec le Nigéria, la République centrafricaine et le Tchad. Le projet visait
à réduire les conflits liés à la transhumance et aux pratiques agro-pastorales au Cameroun.
2. Pour obtenir les résultats attendus, le projet a mis en place différentes activités:
i. un système de suivi des transhumances pour des collectes régulières sur les mouvements
de transhumance et les risques de conflits liés aux activités agro-pastorales à travers le
Transhumance Tracking Tool (TTT, outil de suivi de la transhumance);
ii. la (re)dynamisation des comités de gestion des conflits au niveau villageois à travers les
comités de concertation villageois (CCV);
iii. des activités communautaires (AC) mises en œuvre par l’ensemble des communautés de
la localité en traitant les causes de conflits agro-pastoraux: le reboisement, la démarcation
des espaces agricoles et le balisage des pistes de transhumance;
iv. des échanges entre les acteurs régionaux et la capitalisation de leurs expériences et
expertises en matière de gestion des conflits agro-pastoraux (ateliers régionaux);
v. des activités génératrices de revenus (AGR) mises en œuvre par les bénéficiaires;
vi. des infrastructures socio-économiques prioritaires (parcs de vaccination et forages
pastoraux à énergie solaire).
3. Dans le cadre de cette évaluation, les huit critères utilisés par le Fonds pour la consolidation de la
paix des Nations Unies (PBF), eux-mêmes basés sur ceux du Comité d'aide au développement de
l'Organisation de coopération et de développement économiques (CAD-OCDE), sont: la
pertinence, la cohérence, les synergies, l'efficacité, l'efficience, l'impact, la durabilité et la
sensibilité aux conflits. Les questions clés de l’évaluation ont été élaborées autour de ces critères
et figurent dans la matrice d'évaluation (appendice 1). L'évaluation a formulé les conclusions
principales suivantes pour chacun de ces critères.
Pertinence
4. La conception du projet s'est révélée très pertinente. Le projet a été conçu pour répondre aux
problèmes urgents liés à la transhumance et aux conflits agro-pastoraux au Cameroun et a abordé
les causes principales des conflits agro-pastoraux en combinant l’expertise de l’OIM (TTT, CCV)
avec l’expertise de la FAO (AC, AGR, infrastructures). Les différents groupes de parties prenantes
concernés ont été inclus et les différentes activités ont été mises en place généralement de
manière participative. Le TTT, en particulier, a été considéré par les partenaires d'exécution et les
acteurs gouvernementaux comme innovant. Le démarrage tardif n'a pas permis de mettre en
œuvre le projet de manière séquentielle comme cela était prévu, les données TTT devant
initialement éclairer la conception de toutes les autres activités. Ainsi, la mise en œuvre du projet
a été menée parallèlement pas les deux agences de mise en œuvre (OIM et FAO), ce qui a affecté
son efficacité.
viii
Cohérence
5. Même si chaque agence a mis en œuvre ses activités propres avec ses partenaires de mise en
œuvre respectifs, une bonne coordination a été mise en place autour du comité de suivi, des
missions conjointes sur le terrain et lors des visites gouvernementales organisées sur le terrain.
6. Le projet a incorporé des aspects similaires à d’autres projets mis en œuvre par d’autres acteurs
dans les régions du projet et le soutien aux CCV s’est explicitement appuyé sur des efforts
antérieurs pour soutenir ces comités là où le projet a redynamisé des structures préexistantes.
Synergies
7. Concernant les effets de catalyse, le projet a conduit à la conception par la FAO d’un nouveau
projet, avec un financement de l’Union européenne, axé sur l’examen du cadre réglementaire en
lien avec la transhumance. En outre, le projet a suscité l’intérêt des acteurs gouvernementaux pour
poursuivre et étendre le TTT. Les données TTT et le soutien aux CCV ont contribué à éclairer le
travail d’autres organisations non gouvernementales travaillant sur la résolution des conflits et les
processus de collecte de données (TTT, ODK collect) et ont permis l’acquisition de nouvelles
compétences.
Efficacité
8. Le projet a atteint son objectif: les bénéficiaires ont confirmé que les activités soutenues par le
projet ont contribué à renforcer la résolution des conflits et à réduire les conflits agro-pastoraux.
La contribution de ces activités aux résultats diffère toutefois d’une activité à l’autre. La
cartographie et le comptage du TTT, la (re)dynamisation des CCV ainsi que la démarcation des
espaces agricoles et la mise en place des champs fourragers sont apparues les activités les plus
efficaces pour atteindre l'objectif fixé. Le balisage, lorsqu'il a été finalisé, a également été
mentionné comme facteur contribuant à la diminution du nombre de conflits, bien que des
problèmes relatifs aux paiements des AC et au poids élevé des bornes aient entravé la finalisation
du balisage dans toutes les localités prévues par le projet. Le reboisement, bien que considéré
comme utile par de nombreux bénéficiaires, a subi également quelques revers dans sa mise en
œuvre. En ce qui concerne les alertes de conflit du TTT, les résultats sont également mitigés car
ces dernières n’ont pas été systématiquement partagées ou connectées aux activités des CCV
avant certaines tentatives à la toute fin du projet. Enfin, compte tenu de la mise en œuvre parallèle
des activités par les agences, les AGR n'ont pas été éclairées par les données TTT ni reliées au
soutien du CCV comme elles auraient pu l'être.
Efficience
9. Bien que le projet ait atteint globalement ses objectifs, toutes ses activités n'ont pas contribué à
l'atteinte de ces objectifs ou y ont contribué de manière incertaine car il est trop tôt pour les
mesurer. En outre, les contraintes opérationnelles ont entravé l'efficience de certaines activités. La
durée très courte du projet et l'étendue de sa zone de mise en œuvre ont également représenté
un défi. En termes de suivi et évaluation, le cadre logique formel sur lequel le suivi et évaluation
se basait et qui aurait pu être amandé pour améliorer le projet et apporter des ajustements n’a
pas permis d'apporter la flexibilité nécessaire. Toutefois, le suivi et l'apprentissage au cours des
activités ont conduit à des ajustements pertinents qui ont renforcé les résultats.
ix
Impact
10. Le projet a eu un impact positif sur la dynamique locale de résolution des conflits. Il a eu de
surcroît des impacts imprévus positifs dans les changements de perceptions concernant la
transhumance et l’élargissement du travail des CCV à la prévention de conflit. En ce qui concerne
les AGR, les non-bénéficiaires ont suggéré de se concentrer sur les activités communautaires
plutôt qu'individuelles pour en améliorer l'impact. La réelle participation des femmes et des jeunes
reste un défi, même si le projet a œuvré pour leur inclusion et leur autonomisation.
Durabilité
11. Les chances de durabilité des résultats du projet sont mitigées. Les travaux d’infrastructure, de
balisage et de délimitation ont permis de mettre en place des ouvrages durables appréciés de la
population. Des structures locales chargées de veiller à leur entretien ont été mises en place.
Presque tous les CCV visités restent actifs et continuent de jouer leur rôle dans la résolution des
conflits au niveau du village, bien que les membres aient noté quelques besoins financiers pour
les déplacements et aient souligné l’importance de la formalisation des CCV afin de renforcer
davantage la durabilité. En outre, les CCV ont suggéré que les liens avec les AGR auraient
également pu contribuer à leur durabilité et à leur efficacité. En ce qui concerne le reboisement,
la pérennisation n’est pas assurée, ce qui est aussi le cas des AGR. Enfin, le TTT ne fonctionne plus
après la fin du projet et sa poursuite reste incertaine.
13. Même si les alertes de conflit du TTT n'ont pas directement contribué à la sensibilité aux conflits,
le projet a néanmoins procédé à des ajustements sensibles au conflit rendus possibles par le suivi
du projet.
Conclusions
14. Le projet s'est montré pertinent et a atteint son objectif dans la mesure où les bénéficiaires du
projet perçoivent une amélioration de leur situation en matière de conflits agro-pastoraux. En
impliquant les ministères concernés aux plus hauts niveaux, le projet a contribué à changer les
perceptions sur la transhumance. Les causes principales des conflits agro-pastoraux ont été
abordées et le projet a mis l'accent sur l'instauration de relations autour des principaux clivages
identifiés. Le projet a été mis en œuvre de manière sensible aux conflits.
15. Le projet a eu un impact positif sur la dynamique locale de résolution des conflits. Néanmoins,
toutes les activités du projet n’ont pas contribué de la même manière à ce résultat. Cet objectif a
été atteint principalement à travers la cartographie et le comptage du TTT, la (re)dynamisation
des CCV ainsi que la démarcation des espaces agricoles et les champs fourragers/fourrages
pastoraux. Certains défis opérationnels, tels que l'approvisionnement des bornes et du bétail, le
retard du reboisement et le retard lié à la méthode de paiement pour les AC, ont affecté l’efficacité
d’autres activités. En outre, le projet a été mis en œuvre sur une zone très vaste et sur un laps de
temps court, sans prendre la mesure des risques que cela représentait.
x
16. Le cadre logique du projet a été sous-utilisé. Néanmoins, le projet a réalisé quelques ajustements
pendant la mise en œuvre sur la base du suivi effectué. Les retards initiaux de plusieurs mois
causés par les mesures de lutte contre la covid-19 (maladie à coronavirus 2019) ont empêché la
mise en œuvre séquentielle du projet. Ainsi, l’OIM et la FAO ont mené leurs activités respectives
en parallèle. En conséquence, le lien entre le soutien direct à la résolution des conflits et les
activités agricoles n’a pas été aussi fort qu’il aurait pu l’être ni tel qu’il avait été conçu.
17. La réelle participation des femmes et des jeunes reste un défi, même si le projet a œuvré pour
leur inclusion et leur autonomisation dans un effort notamment de pérennisation des acquis du
projet. Les travaux d’infrastructure, de balisage et de délimitation ont permis de mettre en place
des ouvrages durables appréciés de la population. Presque tous les CCV visités continuent de
jouer leur rôle dans la résolution des conflits au niveau du village, bien qu'ils aient également
exprimé leur besoin d'un soutien supplémentaire.
Recommandations
Recommandations stratégiques
i. Continuer à réunir les principales parties prenantes concernées par la transhumance et les
conflits agro-pastoraux et veiller à ce que les voix et les idées du niveau local éclairent la
politique, par exemple à travers une poursuite du TTT. (voir questions d'évaluation C1, D3,
D1, F3)
ii. Envisager des zones d’intervention plus petites pour les projets du PBF d’une durée d'une
année et demie.
iii. Veiller à ce que les projets PBF d'une durée d'une année et demie intègrent une stratégie
claire sur la manière dont ils seront catalytiques. (voir questions C1; D1; E1; F4)
iv. Renforcer le lien entre l’appui direct à la résolution des conflits, la collecte de données
liées aux conflits et les activités agricoles. Investir dans davantage de recherche sur les
liens entre les AGR et les résultats de la résolution des conflits/cohésion sociale, en
examinant en particulier si (et à quelle échelle) le ciblage des ménages individuels peut
aider à renforcer la cohésion sociale. (voir questions A6, B2, D1, F1, F4)
Recommandations opérationnelles
xi
v. Donner la priorité à l'approvisionnement local à travers les contributions des partenaires
plutôt qu'à travers un approvisionnement qui implique un long transport avec des risques
associés. (voir questions D1, E1)
vi. Veiller à ce que les méthodes de paiement Cash for Work (argent contre travail) soient
adaptées au contexte local et ne soient pas retardées. (voir questions D1, E1)
xii
1. Introduction
1. Le projet UNJP/CMR/044/PBF «Est/Adamaoua/Nord: réduction des tensions/conflits liés á
l’utilisation des ressources naturelles» a débuté en novembre 2019 pour une période initiale de
18 mois, prolongée de trois mois jusqu'à fin octobre 2021. Il a disposé d’un budget de
2 495 734,34 dollars des États-Unis. Le projet a été mis en œuvre par deux agences des Nations
Unies: l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation internationale
pour les migrations (OIM).
3. Le projet a été conçu en coordination avec le Gouvernement camerounais. Il a été supervisé, avec
trois autres projets du Fonds pour la consolidation de la paix des Nations Unies (PBF), par un
comité de pilotage co-présidé par le Cabinet du Premier Ministre et par le Coordonnateur résident
des Nations Unies au Cameroun. Le projet a collaboré avec le Ministère de l’élevage, des pêches
et industries animales (MINEPIA), le Ministère de l’agriculture et du développement rural
(MINADER) et le Ministère des forêts et de la faune (MINFOF).
4. Le projet visait à réduire les conflits liés à la transhumance et aux pratiques agro-pastorales. Il a
été mis en œuvre dans les régions camerounaises frontalières avec le Nigéria, la République
centrafricaine et le Tchad, à savoir celles de l’Adamaoua (le Mbéré), de l’Est (le Lom et Djérem, la
Kadey) et du Nord (le Mayo Rey, la Bénoué et le Mayo Louti)1. Le projet a ciblé environ 2 000
bénéficiaires directs dont des populations locales et des déplacés. D’autres acteurs ont également
bénéficié indirectement du projet: les autorités administratives, traditionnelles, religieuses locales
et les associations villageoises à travers un renforcement de leurs capacités en matière de gestion
des conflits ainsi que les collectivités territoriales décentralisées à travers l’élaboration de plans
de gestion des ressources naturelles.
1 Initialement, les zones prévues étaient le Djérem et le Mbéré dans l’Adamaoua, le Lom et Djérem et la Kadey dans l’Est
ainsi que le Mayo Rey et le Mayo Louti dans le Nord. Le premier comité de pilotage du projet a décidé d'exclure
finalement le Djérem (Adamaoua) mais de couvrir en revanche la Bénoué (Nord). C’est donc sur cette zone qu’a été mis
en œuvre le projet.
1
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
2
Introduction
6. L’objectif général du projet était que les conflits agro-pastoraux dans le Nord, l’Est et l’Adamaoua
soient mieux gérés et diminuent en nombre et en intensité dans les zones cibles. Ainsi, la théorie
du changement du projet proposait le raisonnement suivant:
i. Si les communautés cibles maîtrisent les outils de dialogue et de gestion des conflits sur
l’utilisation des ressources naturelles;
ii. Si les infrastructures agro-pastorales de base considérées comme prioritaires pour la
réduction des tensions au sein des communautés cibles sont réhabilitées et accessibles à
toutes les communautés;
iii. Si le tissu économique est renforcé et si les communautés assistées parviennent à faire
face aux besoins élémentaires de leurs ménages;
iv. Alors, les conflits agro-pastoraux dans le Nord, l’Est et l’Adamaoua diminueront.
7. Le projet a été conçu autour de trois résultats, atteints à travers différentes activités, rappelés
brièvement ici:
i. Le tissu social entre les communautés est reconstruit grâce au renforcement de capacités
institutionnelles et communautaires pour le dialogue et la gestion des conflits liés à
l’utilisation des ressources naturelles. Pour atteindre ce résultat, le projet a mis en œuvre:
• un système de suivi des transhumances pour des collectes régulières de données
sur les mouvements de transhumance et les risques de conflits liés aux activités
agro-pastorales à travers l'outil de suivi de la transhumance (Transhumance
Tracking Tool, TTT);
• la (re)dynamisation des comités de gestion des conflits2 au niveau villageois à
travers les comités de concertation villageois (CCV);
• des activités communautaires (AC) mises en œuvre par l’ensemble des
communautés de la localité et traitant les causes de conflits agro-pastoraux: le
reboisement pour l’enrichissement et la sécurisation des pâturages naturels, la
démarcation des espaces agricoles avec du fil barbelé et le balisage des pistes de
transhumance;
• des échanges entre les acteurs régionaux et la capitalisation de leurs expériences et
expertises en matière de gestion des conflits agro-pastoraux (trois ateliers
régionaux au Cameroun en avril 2021; trois ateliers régionaux transnationaux au
Cameroun, en République centrafricaine et au Tchad).
ii. Le tissu économique est renforcé et les communautés assistées parviennent à faire face
aux besoins élémentaires de leurs ménages. Pour atteindre ce résultat, le projet a mis en
œuvre:
• des activités génératrices de revenus (AGR) mises en œuvre par les bénéficiaires. Il
s’agissait pour la plupart de l’élevage de petits ruminants et de volailles ainsi que
d’activités de maraîchage et de transformation des produits (arachide, manioc et
lait).
2 Le présent rapport utilise l'expression de «(re)dynamisation des CCV» comme raccourci pour décrire tant la
redynamisation et la création des CCV que les activités de stabilisation communautaire les accompagnant.
3
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
4
2. Contexte
8. Les régions du Nord, de l’Est et de l’Adamaoua du Cameroun (frontalières avec le Nigéria, la
République centrafricaine et le Tchad) sont le théâtre de conflits récurrents sous-tendus par de
nombreux facteurs liés au partage des ressources naturelles (pâturages, terres agricoles, réserves
forestières classées ou traditionnelles, zones de chasse traditionnelle, concessions minières et
ressources hydriques) et aux modes d’exploitation des ressources pour la production; ils sont
régulièrement exacerbés par la mobilité humaine (l’élevage transhumant, la présence des réfugiés
centrafricains et des déplacés internes), auxquels s'ajoutent une gouvernance locale déficiente et
de faibles alternatives économiques pour les femmes et les jeunes.
9. Parmi les défis posés par la mobilité humaine qui exacerbe une situation tendue, le conflit en
République centrafricaine a mené à lui seul un grand nombre d’éleveurs d’ethnie Mbororo dans
plusieurs villages des régions de l’Est et de l’Adamaoua. En août 2021, le Haut-Commissariat aux
réfugiés des Nations Unies a recensé plus de 313 935 réfugiés centrafricains dont 70 911 dans la
région de l’Adamaoua, 206 521 dans la région de l’Est et 36 503 dans la région du Nord, où le
projet est mis en œuvre. Par ailleurs, l’explosion démographique, l’aridité des sols ainsi que
l’absence d’opportunités d’emplois ont poussé de nombreux éleveurs de l’Extrême-Nord vers le
Nord. L’arrivée de ces éleveurs avec leurs animaux contribue à la saturation et à la pression sur
les espaces de pâturage. Ces déplacements concourent également à la multiplication des conflits
du fait des dégâts champêtres et de la concurrence pour l’accès aux parcours et aux services
publics de base (eau, santé, éducation).
10. Cette situation donne lieu à de nombreux conflits provoqués principalement par le bétail
(provoquant des dégâts sur les cultures) et par la mise en culture progressive des parcours de
transhumance par les agriculteurs, entravant par conséquent la transhumance. Des conflits
surviennent également le long des cours d’eau où les animaux s’abreuvent lorsqu’ils se trouvent
sur les pâturages ou hors de leurs territoires d’attache. Les piétinements des champs aux abords
des accès à l’eau où des hommes et femmes travaillent sont fréquents. Un autre conflit entre
éleveurs et agriculteurs est lié aux blessures sur les animaux causés par les agriculteurs dans leurs
champs ou à leurs abords. Par ailleurs, les conflits et rivalités entre les autorités traditionnelles
affectent, de manière indirecte, les consensus que ces dernières pourraient trouver pour mieux
résoudre les conflits et les prévenir.
11. Généralement, les éleveurs estiment qu’ils ne sont pas suffisamment protégés par le cadre
règlementaire et juridique actuel de résolution des conflits qui privilégie, selon eux, les
agriculteurs. Au Cameroun, l’instance en charge de la résolution des conflits est la commission
consultative: elle est établie par décret, dirigée par le sous-préfet d’arrondissement et composée
de représentants d’agriculteurs et d’éleveurs au niveau communautaire et administratif. En cas de
conflit au niveau local, la commission consultative doit normalement se déplacer pour constater
les dégâts sur le champ ou l’objet du conflit et fixer une indemnisation, en fonction d’un barème
établi à l’échelle nationale, également par décret. Néanmoins, les commissions consultatives
disposent d'un budget limité pour se réunir régulièrement et se rendre sur le terrain afin d'arbitrer,
et manquent parfois d’impartialité selon les communautés. Les arbitrages rendus en cas de
conflits entre agriculteurs et éleveurs produisent ainsi des frustrations. De plus, les éleveurs sont
souvent perçus comme des étrangers indésirables sur certains territoires et l’animosité à leur
égard est parfois instrumentalisée ou exacerbée par des communautés qui ne se côtoient
globalement que dans le cadre de conflits communautaires et des autorités parfois obnubilées
par les aspects sécuritaires et en proie à des représentations négatives liées à la migration.
5
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
12. En outre, dans les conflits agro-pastoraux, les femmes et les jeunes sont les acteurs les plus
touchés, avec des répercussions très graves en particulier sur les femmes qui sont sujettes à
plusieurs types de violences (enlèvements, viols, dépouillement des biens économiques de leurs
époux lorsque celui-ci perd la vie dans un conflit). Les dégâts économiques générés par les conflits
comme la destruction du capital en bétail et en outils de production concourent à la vulnérabilité
de ces femmes. Par ailleurs, bien que les femmes soient les plus affectées dans ces situations de
crise, elles sont très peu impliquées dans les instances de recherche de solutions en raison des
spécificités socioculturelles propres au milieu pastoral. Quant aux jeunes, ils sont nombreux et, en
temps normal, assurent la garde des troupeaux familiaux. Certains sont très actifs dans plusieurs
segments de la chaîne de valeur de l’élevage des animaux polygastriques d’où ils tirent l’essentiel
de leurs revenus (collecte et transport du lait, embouche bovine/petits ruminants, charcuteries
traditionnelles, etc.). Toute perturbation des activités économiques liées au bétail affecte leurs
moyens d’existence et ouvre la voie aux violences au sein des communautés. En outre, les jeunes
sont souvent en première ligne des représailles en cas d'attaques ou de dommages causés sur le
patrimoine pastoral familial (tueries et/ou vol de bétail).
13. À la diversité des conflits fait écho une multitude de modes et instances de résolution. Grâce à la
proximité géographique et sociale des acteurs, les règlements à l’amiable sont souvent privilégiés.
Dans les cas où les protagonistes ne parviennent pas à trouver de compromis ou si le fautif ne
veut pas payer ou encore si une tentative d'accord à l’amiable n’est pas entreprise, ils s’en
remettent au chef de leur village. En cas d’échec auprès des chefs traditionnels, le problème est
renvoyé devant les instances administratives (sous-préfecture, notamment) qui sont cependant
de moins en moins sollicitées. Les raisons évoquées sont la lourdeur et le coût élevé de la
médiation, l’éloignement et la longueur de la procédure. La gendarmerie nationale est sollicitée,
quant à elle, par les éleveurs citadins qui usent de leur influence et de leurs moyens pour orienter
l’issue des conflits en cas de dégâts de leurs animaux sur les cultures ou en cas de blessures sur
leurs animaux par les agriculteurs. Enfin, les instances judiciaires sont écartées de la résolution des
conflits car perçues comme éloignées et lentes, souvent du fait d’un manque de moyens. Malgré
toutes ces instances, de nombreux conflits restent non résolus à cause, selon les agriculteurs, de
l’arrogance des éleveurs citadins ou du parti pris, selon les éleveurs, des chefs traditionnels pour
les agriculteurs mais aussi de la marginalisation des femmes dans les conflits et leur résolution
(Kossoumna Liba'a, N, 2016).
6
3. Méthodologie
14. La présente évaluation vise à évaluer les réalisations du projet «Est/Adamaoua/Nord: réduction
des tensions/conflits liés à l’utilisation des ressources naturelles pour les activités agro-pastorales»
de manière inclusive et à déterminer sa valeur ajoutée globale pour la consolidation de la paix au
Cameroun, dans les domaines de la gestion des conflits agro-pastoraux. En évaluant la mesure
dans laquelle le projet a atteint ses objectifs et ses résultats en matière de consolidation de la
paix, l'évaluation fournit des enseignements clés sur les approches et les pratiques opérationnelles
réussies en matière de consolidation de la paix ainsi que sur les domaines dans lesquels le projet
a été moins efficace que prévu. En ce sens, l'évaluation du projet est autant un exercice de
redevabilité auprès du bailleur et des parties prenantes qu'une source d'apprentissage pour ces
mêmes acteurs.
15. L'évaluation porte sur l'ensemble de la période de mise en œuvre du projet qui a débuté en
novembre 2019 pour une période initiale de 18 mois, étendue à 21 mois. Les principaux
utilisateurs visés par l'évaluation sont le personnel de la FAO, l’OIM, le bailleur de fonds (PBF), les
partenaires d'exécution du projet et le Gouvernement du Cameroun. Les utilisateurs secondaires
sont les acteurs humanitaires et de développement, y compris les autres bailleurs menant des
interventions ayant des objectifs similaires dans le pays.
16. Dans le cadre de cette évaluation, les huit critères utilisés par le Fonds pour la consolidation de la
paix des Nations Unies, eux-mêmes basés sur ceux du Comité d'aide au développement de
l'Organisation de coopération et de développement économiques (CAD-OCDE) pris en compte
sont relatifs à: la pertinence, l'efficacité, l'efficience, l'impact, la cohérence, les synergies, la
sensibilité aux conflits et la durabilité. Les questions clés développées autour de ces critères
d’évaluation sont présentées dans la matrice d'évaluation (voir appendice 1).
17. Lors de l'examen des résultats du projet, l'évaluation a tenu compte des indicateurs et des cibles
établis au début du projet dans le cadre logique. Cependant, aucune enquête finale (end-line) n’a
été réalisée et l'évaluation ne pouvait pas mener une enquête seulement sur un échantillon et
non sur l’ensemble des participants du projet, notamment au niveau local. Ainsi, il n'a pas été
possible de vérifier si les pourcentages cibles fixés dans le cadre de résultats ont bien été atteints.
Cette contrainte était prévue dans le rapport initial de l'évaluation. De plus, la notion de résultats
du projet est plus large que ce que les indicateurs et les cibles cherchaient à mesurer. L’analyse
des résultats présenté dans ce rapport ne se limite pas à la question de savoir si les résultats ont
été atteints, mais examinera également comment ces résultats ont été obtenus et si la théorie du
changement et la logique du projet étaient appropriées et efficaces.
18. L’évaluation a été participative et a impliqué toutes les parties prenantes de manière systématique
tout au long du processus d’évaluation. Les questions de l’évaluation ont été affinées par l’équipe
d’évaluation et validées par le bailleur (PBF) lors d’un rapport initial.
19. Le rapport initial a passé en revue les risques pour l'évaluation et les moyens de les atténuer tels
que présentés dans le tableau 2.
7
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
8
Méthodologie
20. Le rapport initial a examiné l'évaluabilité du projet en fonction de certains aspects clefs exposés
dans le rapport initial de l’évaluation et repris dans le tableau 3.
21. Compte tenu de ces éléments mais aussi des défis et mesures d’atténuation mentionnés,
l’évaluation du projet s’est déroulée selon le plan établi en concertation avec le bailleur et telle
que décrite dans le rapport initial et les termes de référence de l’évaluation.
22. Cette évaluation a intégré une dimension théorique basée sur l’analyse de la théorie du
changement en vue de fournir la logique de transformation du projet évalué tout en cherchant à
démontrer les changements ayant lieu à chaque étape de la théorie afin de tester les liens
supposés entre les différents niveaux de changement intervenu dans la mise en œuvre du projet.
Cette analyse est présentée dans la question F1 concernant l’impact du projet.
9
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
discussion (FGD) a été mise en œuvre. Pour les informateurs clés, des guides d’entretiens semi-
structurées ont été élaborés alors que des guides d’entretiens spécifiques ont été développés
pour les groupes de discussion afin de préparer la collecte de données sur le terrain (voir
appendice 2).
24. La collecte des données a commencé par un examen documentaire de toute la littérature et de la
documentation pertinente: les documents de projet, les rapports au PBF, les enquêtes de base,
les rapports de suivi des agences et des partenaires d'exécution, les études et publications
existantes sur le sujet dans la zone cible.
25. Des entretiens semi-structurés (à distance) ont eu lieu à l’aide d’un guide d’entretien basé sur la
matrice d’évaluation dès décembre 2021 et se sont poursuivis auprès des autres principales
parties prenantes jusqu’au mois de février 2022. Ce type d’entretiens semi-structurés a concerné
au total 15 intervenants constitués du personnel des agences (FAO et OIM), des parties prenantes
gouvernementales nationales et des partenaires de mise en œuvre du projet.
26. Deux membres de l’équipe d’évaluation ont effectué deux semaines (du 20 janvier au 2 février
2022) de travail sur le terrain dans les régions de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord en vue de réaliser
les entretiens semi-dirigés avec les informateurs clés et les groupes de discussion avec les
bénéficiaires directs et indirects, mais également d'effectuer des observations directes sur les
différentes réalisations. Cette collecte des données a permis de couvrir les six départements ciblés
par le projet ainsi que neuf des 11 arrondissements dans lesquels le projet a été mis en œuvre.
Les deux autres arrondissements de Madingring et Toktoyo ont été exclus de cette collecte de
données sur le terrain car trop difficiles d’accès d’un point de vue logistique et sécuritaire. Le choix
et la sélection des sites du projet constituant l'échantillon de cette évaluation pour les visites sur
le terrain ont été effectués en concertation avec les agences de mise en œuvre (FAO et OIM) en
tenant compte: de la couverture des trois régions ciblées; des différents éléments du projet; des
différentes catégories de parties prenantes, afin de s’assurer que les données collectées soient
représentatives du projet.
27. La sensibilité au genre a été intégrée de plusieurs manières dans l'approche d'évaluation:
10
Méthodologie
terrain a finalement été réalisée à travers 41 entretiens semi-structurés et 19 FGD4 (voir détail en
appendice 3). Elle a en effet été effectuée auprès de: l’ensemble des 22 autorités locales formelles;
10 autorités locales traditionnelles; 11 représentants des autorités sectorielles; 5 comités
consultatifs villageois (CCV); 4 agents recenseurs pour le TTT; 95 bénéficiaires des activités
communautaires et activités génératrices de revenus et 57 agriculteurs et éleveurs (incluant des
réfugiés) qui n’ont bénéficié directement d’aucune des interventions de ce projet (les non-
bénéficiaires étant inclus dans l’évaluation à des fins comparatives). Ainsi, la collecte des données
lors des visites de terrain a concerné au total 263 personnes dont 210 hommes et 53 femmes.
29. L’équipe d’évaluation a testé les outils de collecte de données afin de garantir une validité et une
fiabilité élevées auprès d’un nombre réduit de parties prenantes avant de les déployer à leur
ensemble. Les évaluateurs ont utilisé plusieurs méthodes de collecte et d'analyse des données,
leur permettant, à partir de plusieurs méthodes et sources, de trianguler les informations (établir
un haut degré de fiabilité). En raison des difficultés de déplacements vers les zones du projet mais
aussi de l'introduction nécessaire pour entrer dans les villages et les communautés, l’équipe
d’évaluation sur le terrain était accompagnée par un membre du personnel de la FAO. Cela aurait
pu augmenter le risque de biais, mais l’évaluation a atténué ce risque en s’assurant que cet
accompagnateur quittait les entretiens/groupes de discussion une fois ceux-ci commencés.
30. L’équipe d’évaluation a organisé un atelier de validation avec l’équipe des agences (FAO et OIM)
afin de partager les informations recueillies et de recueillir des données et des analyses
complémentaires pour éclairer ses conclusions et recommandations préliminaires. Cette approche
a permis non seulement d’assurer la transparence du processus de collecte de données mais aussi
de maximiser le processus d’apprentissage dans le cadre de cette évaluation.
31. L'analyse des données comprend un examen de ce à quoi les informations s'efforcent de répondre
pour chaque question d'évaluation. L'évaluation a triangulé les informations en utilisant
différentes méthodes de collecte de données et sources d'information afin de garantir des
résultats solides. L’évaluation a appliqué les normes et standards du groupe des Nations Unies
pour l’évaluation ainsi que ses directives éthiques (Groupe des Nations Unies pour l'évaluation,
2016 et 2020), afin de protéger la vie privée, la confidentialité et l'anonymat des participants. Elle
s’est conformée également aux manuels, procédures et lignes directrices méthodologiques du
Bureau de l'évaluation de la FAO.
4 Certains des FGD planifiés n'ont pas été possibles en raison de l’absence des bénéficiaires au moment de la collecte des
données alors que, dans quelques localités, certains FGD ont été regroupés, c’est pourquoi seuls 19 FGD ont eu lieu sur
les 29 initialement prévus.
11
4. Résultats de l’évaluation
4.1 Critère A: pertinence
Question A.1. Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec le cadre de programmation pays du système
des Nations Unies, de la FAO et de l’OIM en termes de consolidation de la paix, de prévention des conflits et
de maintien de la cohésion sociale?
32. Élaboré dans le cadre du système des Nations Unies, le projet est aligné sur le Plan-cadre des
Nations Unies pour l'aide au développement 2018-2020 (Système des Nations Unies au
Cameroun, 2018) qui soutient les réformes politiques et institutionnelles afin de renforcer la
consolidation de la paix, la prévention des conflits et le maintien de la cohésion sociale. L’effet 4.1
du Pilier 4 du PNUAD/UNDAF met en effet l'accent sur la capacité des communautés, notamment
en crise, à faire face aux chocs sociaux, économiques et environnementaux. Pour l’OIM et la FAO,
le projet mobilise des acquis méthodologiques d’un programme similaire entre les deux agences
mis en œuvre en République centrafricaine et au Tchad. La FAO a participé à l’identification des
lieux stratégiques pour renforcer le tissu économique et assister les communautés à faire face aux
besoins élémentaires de leurs ménages à travers l’élaboration de stratégies et programmes
d’atténuation et de médiation des conflits agro-pastoraux, des infrastructures zoo-sanitaires ainsi
que des points d’eau. De plus, bien que cela ne soit pas mentionné dans le document du projet
et que les KII n’aient pas soulevé ce point, l’équipe d’évaluation note que le projet s’inscrit
également dans le Cadre de programmation pays de la FAO au Cameroun 2018-2020 (FAO, 2017)
à travers le domaine prioritaire 2 «Amélioration de la gestion durable des ressources naturelles et
de la protection de l’environnement» (produit 2.1 «Les ressources naturelles sont gérées de façon
durable et participative» et produit 2.3 «L’environnement est mieux protégé») et le domaine
prioritaire 3 «Renforcement de la résilience des populations face aux chocs environnementaux,
socio-économiques et amélioration de la nutrition» (produit 3.1 «Les capacités nationales de
prévention de crises sont renforcées» et produit 3.2 «Les populations se remettent mieux des
effets des crises et catastrophes»).
Question A.2. Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec les priorités nationales et régionales pour la
consolidation de la paix et la gestion de la transhumance?
33. Le projet faisait partie d’un premier portefeuille du PBF visant la consolidation de la paix au
Cameroun. Quatre projets ont été financés par le PBF dans ce premier effort concerté portant sur
les trois crises qui secouent le pays (Boko Haram dans l’Extrême-Nord et séparatistes dans le Sud-
Ouest et le Nord-Ouest) avec une approche stratégique cohérente (visant à réduire les tensions,
prévenir les conflits et rétablir la présence, capacité et légitimité de l’État) et des réponses
spécifiques aux contextes particuliers de ces crises. Le projet s'inscrit également dans la Stratégie
de relèvement et de consolidation de la paix au Cameroun pour les régions de l’Extrême-Nord et
de l’Est, pour la période 2018-2022 (République du Cameroun, 2018).
34. Parmi les axes d’intervention préconisés par cette stratégie figurent aux premiers rangs
l’amélioration de la gouvernance locale, les opportunités économiques pour les femmes et les
jeunes, le développement de l’agriculture et de l’élevage ainsi que le renforcement de l’accès à la
terre; le projet met l’accent sur les opportunités économiques en développant l’agriculture et
l’élevage.
35. Même s’il n’existe pas de stratégie nationale pour la consolidation de la paix, le projet était en
cohérence avec la stratégie nationale pour la croissance et l’emploi (République du Cameroun,
2010) dont l’un des objectifs porte sur le renforcement de l’unité nationale et la consolidation de
13
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
la démocratie en promouvant les idéaux de paix, liberté, justice, progrès social et solidarité
nationale. Le projet a travaillé directement sur la promotion de la paix au niveau local.
36. En ce qui concerne les priorités régionales, il a été observé lors de l’atelier de N'Djaména en 2019
que la question foncière est complexe au Cameroun et source de tensions pouvant générer des
conflits. Les approches de gestion ont toujours été prudentes et tenaient compte des intérêts des
acteurs concernés. Il s’agit entre autres: i) du marquage des espaces de pâturage et des pistes de
transhumance; ii) de la promotion de la participation des collectivités territoriales décentralisées
à la gestion des parcours; iii) de la mise en place des espaces de pâturage et des pistes durables.
Le projet a travaillé sur ces approches pour mieux gérer les conflits agro-pastoraux.
Question A.3. Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec les besoins des différents groupes cibles (y
compris les jeunes et les femmes)?
37. L'objectif principal du projet était de résoudre les conflits agro-pastoraux. Les groupes ciblés par
le projet sont les agriculteurs, les éleveurs/transhumants, les réfugiés, les femmes et les jeunes.
Dans sa conception, le projet était en ligne avec les besoins de ces groupes qui sont au cœur du
projet: le projet a renforcé les comités de résolution de conflits existants/créés au niveau des
villages et travaillé aux côtés des populations locales pour réunir ces différents groupes afin de
résoudre les conflits au niveau local. Les femmes, les jeunes et les réfugiés (le cas échéant) sont
membres de ces comités. Le projet a mis en place un outil permettant de recueillir des données
détaillées sur les couloirs de transhumance et l'a utilisé pour mettre en place un certain nombre
d'activités communautaires afin d'améliorer le balisage des pistes à bétail et contribuer ainsi à
résoudre les causes de conflit avec le reboisement et d'autres interventions. Ceux-ci ont été mis
en œuvre principalement par des jeunes des villages à travers des activités d’argent contre travail
(Cash for Work) et ciblaient à la fois des agriculteurs et des éleveurs, y compris des réfugiés le cas
échéant. Des activités génératrices de revenus ont été ajoutées pour aider les agriculteurs et les
éleveurs à diversifier leurs revenus. Ici, les femmes étaient spécifiquement ciblées, avec les
populations hôtes et les réfugiés. Les détails sur la façon dont les différents groupes ont été inclus
et ont bénéficié du projet se trouvent dans l'examen des questions D1 (résultats du projet), G1 et
G2 (sensibilité aux conflits). Pour plus de détails sur les femmes et les jeunes, voir la question A5.
Question A.4. Dans quelle mesure le projet a-t-il adopté une approche participative lors de sa conception et
de sa mise en œuvre, incluant les parties prenantes et les groupes cibles?
38. La conception du projet et les processus de ciblage adoptés sont reconnus comme solides,
pertinents, participatifs et adaptés par tous. Le TTT a déjà été mis en œuvre dans de nombreux
pays d’Afrique centrale et de l’Ouest5. La méthodologie se fonde en outre sur celle de la
Displacement Tracking Matrix (DTM, matrice de suivi des déplacements), qui ne se limite pas aux
migrations de transhumance mais concerne les déplacements de manière générale et est mise en
œuvre par l'OIM dans le monde entier. L'OIM s'est appuyée sur les processus déjà mis en œuvre
pour cet outil et les a adaptés au Cameroun. Les partenaires de mise en œuvre ont reçu une
formation complète sur la façon de mettre en place les différentes composantes du TTT. La
cartographie a été réalisée de manière participative, réunissant les principales parties prenantes
pour une cartographie détaillée des corridors de transhumance (basée sur les données existantes
du Ministère de l’élevage, des pêches et industries animales).
5Le TTT est mis en œuvre par l'OIM actuellement dans quatre pays: Burkina Faso, Mali, Mauritanie et Nigéria; il a été mis
en œuvre en République centrafricaine. Il sera mis en œuvre cette année, en 2022, en Côte d’Ivoire, en Guinée, en Sierra
Leone et au Tchad.
14
Résultats de l’évaluation
39. Leur mise en œuvre apparaît toutefois moins réussie. Les données pour le comptage et les alertes
ont été recueillies par des points focaux et des enquêteurs qui ont été embauchés par les
partenaires de mise en œuvre. Bien que les partenaires de mise en œuvre, les points focaux et les
enquêteurs aient été formés à l'explication de la collecte de données aux populations locales, ils
ont préféré se déplacer (parfois assez loin, nécessitant un soutien supplémentaire en matière de
transport de la part du projet) plutôt que d'embaucher des personnes plus proches du terrain. De
plus, les données n'étaient pas systématiquement partagées aux niveaux locaux, même si des
efforts ont été faits. Un partenaire de mise en œuvre l'a mentionné comme une leçon apprise, et
vers la fin du projet, des efforts ont effectivement été faits pour impliquer les CCV eux-mêmes
dans la collecte de données pour le TTT.
40. La (re)dynamisation des CCV s'est faite également de manière participative. La sélection des
emplacements (nécessairement moins que les 28 villages couverts par les activités de la FAO) a
été basée sur des processus de consultation solides et inclusifs (diagnostics communautaires) à
travers des ateliers où toutes les parties prenantes ont été impliquées, afin de mieux comprendre
le contexte et définir la nécessité de renforcer les capacités de résolution des conflits 6. Les
communautés décidaient de la composition des CCV, élisaient leurs membres et choisissaient la
fréquence des réunions (différente selon les localités). Pour les AC et AGR, la sélection des activités
et le ciblage des populations se sont faits également de manière participative, en impliquant les
autorités administratives et sectorielles ainsi que les chefs traditionnels locaux. La sélection des
bénéficiaires d’AGR a été réalisée par la FAO à l'aide d'une enquête selon des critères de
vulnérabilité conçus par la FAO; certains acteurs au niveau des mairies ont participé à la réalisation
de ces enquêtes.
41. Si l’approche du projet lors des processus de conception, de ciblage et de sélection était
participative, ce ne fut pas le cas pour toutes les activités mises en œuvre. Les autorités locales se
sont plaintes de ne pas être impliquées dans la mise en œuvre des AGR et de ne pas recevoir
d'informations une fois ces activités terminées. En particulier, la livraison des petits ruminants sans
implication des autorités locales et des bureaux locaux du MINEPIA a été soulignée comme
problématique; les autorités ont lié ce problème aux réglementations locales de quarantaine qui,
selon elles, n'ont pas été suivies.
Question A.5. Dans quelle mesure les considérations de genre (autonomisation de femmes) et d’équité
sociale – en particulier concernant les jeunes, femmes et réfugiés – ont-elles été prises en compte dans la
planification et la mise en œuvre du projet?
42. Dans sa conception, le projet a visé à contribuer à l’égalité des sexes dans la gestion des conflits
et la participation aux activités économiques selon le marqueur PBF de genre, score 1 (Document
du projet7). Comme indiqué à la question A3, les critères de genre et d'égalité sociale ont été pris
en compte dans les différents aspects du projet. Les femmes et les jeunes, les communautés
d'accueil et les réfugiés ont tous été inclus dans la cartographie participative, la sensibilisation
6 Ainsi, un diagnostic intermédiaire a été conduit dans les localités les plus conflictuelles selon les premiers résultats du
TTT. Une fois la sélection de l’ensemble des localités effectuée, les activités suivantes ont eu lieu: les communautés ont
été sensibilisées à la résolution des conflits et consultées pour identifier les principaux axes à aborder (arbres à
problèmes, solutions potentielles identifiées avec les communautés); les membres des comités de concertation villageois
(CCV) ont été élus en assemblée générale, après avoir insisté sur la nécessité de les rendre inclusifs et transparents; les
membres des CCV nouvellement élus ont reçu une formation de deux jours et demi, afin de leur donner la capacité de
sensibiliser eux-mêmes les populations aux pratiques pacifiques et à la médiation des conflits dans leur localité, avant
que le conflit ne nécessite d'être signalé à la commission consultative d’arrondissement.
7 Le score 1: pour les projets qui contribuent à l’égalité entre les sexes, mais pas de manière significative (moins de 30 %
du budget total).
15
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
autour des différentes activités du projet et la sélection des AGR. Les bénéficiaires ont confirmé
que l'approche du projet avait été participative et inclusive de tous les différents groupes
conformément à la conception et aux documents du projet. Concernant le TTT, le plan initial était
de recruter autant de femmes que d'hommes en tant qu'agents recenseurs, mais cela n'a pas été
possible en raison de contraintes socioculturelles. En fin de compte, le projet a recruté et formé
pour cette activité du TTT 57 personnes, dont 13 femmes et 28 jeunes.
43. Les collecteurs de données TTT ont parlé à la fois aux femmes et aux hommes pour recueillir des
données sur le comptage et les alertes de conflit, mais ont noté que les femmes avaient souvent
du mal à parler en présence des hommes. Selon les intervenants interrogés, les activités
communautaires étaient principalement exercées par les hommes car elles nécessitaient un travail
physique pénible; cependant, l’évaluation note que les bénéficiaires directs d’activités
communautaires ont inclus 12 pour cent de femmes et 42 pour cent de jeunes. Bien qu'il n'y ait
pas eu d'AGR spécifiquement conçues pour les femmes, le ciblage a fait en sorte qu’un tiers des
bénéficiaires des AGR soient des femmes et des jeunes filles. Dans une localité, les bénéficiaires
ont noté que ce sont surtout les femmes qui ont bénéficié de la distribution des moutons, en
particulier les jeunes femmes de populations hôtes et réfugiées. Plus d’informations sur le rôle
des femmes dans les CCV sont présentées dans la question F2.
Question A.6. Dans quelle mesure le projet a-t-il abordé les facteurs de conflit transnationaux et les facteurs
de paix identifiés dans une analyse de conflit, et ce dans un esprit de délai critique8?
45. Le projet a été très innovant dans la mise en place du TTT. Presque tous les acteurs
gouvernementaux nationaux ont souligné que le TTT a collecté et présenté des données détaillées
sur les mouvements et les conflits liés à la transhumance au Cameroun auxquelles ils n'avaient
pas accès auparavant. L'approche conjointe de la FAO et de l'OIM a également été qualifiée
d'innovante, combinant différents domaines d'expertise (agriculture et élevage pour la FAO; TTT
et CCV pour l'OIM) pour aborder la problématique des conflits liés aux ressources naturelles et
de la transhumance sous différents angles au sein d'un même projet.
46. Dans l'ensemble, la conception du projet a été jugée opportune en raison des problèmes très
concrets causés par les conflits sur les ressources naturelles dans les zones du projet. En ce qui
16
Résultats de l’évaluation
concerne la mise en œuvre, le projet a toutefois démarré quelques mois plus tard que prévu, ce
qui a affecté sa pertinence. Le démarrage du projet a été retardé en raison des mesures de lutte
contre la covid-19, qui ont empêché les déplacements vers les zones du projet. Lors du premier
comité de pilotage, tenu en juin 2020, le gouvernement a exhorté les agences à démarrer les
activités dès que possible même si cela signifiait qu'un aspect important de la théorie du
changement du projet n'était plus réalisable: le plan initial était en effet de commencer par le
processus de collecte de données par le biais du TTT de manière à disposer des informations
nécessaires; cette collecte devait être suivie par les activités génératrices de revenus. Les agences
ont soulevé ce point lors de la réunion, mais le respect des délais a été considéré comme un
facteur essentiel. Par conséquent, les deux agences ont commencé la mise en œuvre de leurs
activités en parallèle. Cela a exclu la possibilité de faire correspondre plus étroitement les activités
génératrices de revenus (AGR) prévues aux données sur les conflits collectées par le TTT, lien qui
était pourtant essentiel pour la pertinence du projet. Le retard a également entraîné des
problèmes d'adaptation de certaines interventions à la bonne saison (voir question D1).
Finalement, même si le projet a ciblé des zones pertinentes quant aux problématiques, il a été mis
en œuvre sur une zone trop vaste pour pouvoir assurer un appui optimal sur l’ensemble de la
zone ciblée.
Question A.7. Dans quelle mesure le projet a-t-il réussi à intégrer le triple nexus (consolidation de la paix,
humanitaire et développement) dans sa conception?
47. Le projet n’a pas intentionnellement cherché à intégrer le triple nexus. Le triple lien n’est
mentionné ni dans le document de projet ni dans les rapports de projet. Néanmoins, le projet
était basé sur une combinaison d’approches et d’objectifs de développement et de consolidation
de la paix. Il visait à résoudre les conflits agro-pastoraux en associant la consolidation de la paix
(TTT et CCV) et le développement (AC, AGR, infrastructures). Même si l’aide humanitaire ne faisait
pas partie du projet, les critères de sélection des bénéficiaires de l’AGR ont finalement ciblé les
populations les plus vulnérables et le projet a inclus les populations déplacées dans toutes ses
activités dans les localités pertinentes.
17
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
49. Le projet fait partie des quatre projets mis en œuvre par le PBF au Cameroun. Les autres projets
portaient sur les tensions communautaires dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, sur la stabilisation
et le contrat social dans l’Extrême Nord et, au niveau national, sur la consolidation de la paix et
de la cohésion sociale. Bien que tous les projets aient été gérés conjointement au plus haut niveau
par le même comité du pilotage, dans la pratique, peu de synergies ont été mises en place. Les
domaines d’intervention et les zones géographiques des projets étaient tous différents. Les
travaux en cours à l’échelle des Nations Unies sur le triple nexus mettaient l'accent sur les mêmes
régions que le projet, mais aucun effort n’a (encore) été fait pour tirer parti des expériences du
projet. Par exemple, les données recueillies par le TTT et les emplacements des CCV renforcés
pourraient être pris en compte lors de la sélection des municipalités pour les zones de
convergence prévues dans le cadre de l’approche du triple nexus.
50. Le document du projet décrit plusieurs autres projets de différents bailleurs axés sur des thèmes
similaires, énumère les complémentarités et précise comment certaines des approches et des
leçons qui en découlent ont contribué à éclairer le projet. Au cours des premières missions de
cadrage au début du projet, l’équipe du projet s’est entretenue avec certains de ces acteurs, ainsi
qu’avec d’autres organisations non gouvernementales travaillant dans le même domaine de façon
à éviter la duplication des activités et afin de partager les idées dans un esprit de collaboration.
Dans certains villages, le projet a renforcé les comités de résolution de conflits existants qui
avaient été mis en place par d’autres projets plus tôt (Première Urgence, Coopération allemande
GIZ, Codas Caritas) et a ainsi pu apprendre de leurs expériences (leçons apprises). Les bénéficiaires
ont souligné le soutien agricole complémentaire et les infrastructures mises en place par d’autres
organisations, bien qu’ils n'apparaissent pas de manière évidente comme le résultat d’une
approche synergique coordonnée. Dans une localité, le chef de village a noté comment les
moutons fournis par le projet avaient bénéficié des soins ovins offerts par un autre projet qui
offrait une assistance dans le même domaine. Bien que nombre de synergies existent tant entre
les projets mis en œuvre par la FAO qu’entre ce projet et ceux mis en œuvre par d’autres
partenaires, ces dernières ne sont pas le fruit d’un travail concerté et systématique mais plutôt
d’une approche ad hoc fondée sur la volonté des membres individuels de l’équipe du projet.
Question B.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il mis en œuvre des moyens optimisant la coordination (entre
agences et avec les autres intervenants) et ces moyens ont-ils été efficaces?
51. Le document du projet décrit les mécanismes de coordination du projet. Le comité de pilotage
devait se réunir tous les six mois et s’est en effet réuni trois fois au cours du projet (sur la durée
de 21 mois du projet). Ce comité de haut niveau a assuré la supervision des quatre projets PBF au
Cameroun. Il a réuni tous les ministères concernés (MINEPIA, MINFOF et MINADER) avec les
agences des Nations Unies et a été coprésidé par le Bureau du Premier ministre et le
Coordonnateur résident des Nations Unies. Ces réunions ont porté sur la supervision de haut
niveau de l’avancement des projets.
52. Le plan initial prévoyait de convoquer aussi un comité de suivi de niveau technique et
opérationnel sur une base trimestrielle. Or, lors de la première réunion du comité de pilotage en
juin 2020, le gouvernement a demandé un suivi plus fréquent de l’avancement du projet. En
conséquence, le comité de suivi s'est réuni mensuellement. Ces réunions ont réuni des
18
Résultats de l’évaluation
représentants des trois ministères de tutelle et des agences pour discuter de l’avancement du
projet selon le plan de travail et résoudre les problèmes éventuels. Par exemple, lorsqu’un chef
local n’a pas voulu autoriser la plantation de bornes, le comité a impliqué des acteurs de niveau
supérieur pour trouver une solution.
53. Les deux coordonnateurs de projet des deux agences étaient en contact régulier pour préparer le
comité de suivi mensuel et discuter d’autres sujets. Les missions de cadrage initiales et les
cartographies participatives du TTT ont été suivies par les deux agences qui ont organisé
ensemble l’atelier régional en septembre 2021. Le coordonnateur du projet de la FAO et deux
membres du personnel de terrain de l’OIM se trouvaient à Bertoua où ils partageaient un bureau
mis en place spécifiquement pour ce projet dans le but de faciliter les échanges d’information et
l’entraide.
54. Néanmoins, étant donné que les aspects du projet dirigés par l’OIM et la FAO n’ont pas pu être
mis en œuvre de manière séquentielle (voir question A6), les activités des deux agences ont été
mises en œuvre en parallèle. Chaque agence travaillait par l’intermédiaire de ses propres
partenaires de mise en œuvre et disposait de sa propre liste d’activités à réaliser dans les localités.
À la fin du projet (septembre 2022), les deux agences ont organisé une réunion d'information
conjointe pour les bailleurs, bien que de nouveaux financements soient en cours d’obtention pour
chacune d’elle. Au sein des deux agences, les partenaires de mise en œuvre ont signalé une bonne
coopération et un bon contact avec les représentants des agences au niveau technique.
56. Le projet a incorporé des aspects similaires à d’autres projets mis en œuvre par d’autres acteurs
dans les régions du projet et le soutien aux CCV s’est explicitement appuyé sur les efforts
antérieurs pour soutenir ces comités là où le projet a redynamisé des structures existantes.
57. Il existe plusieurs plans pour suivre et développer certaines des approches du projet. Les
représentants du gouvernement ont souligné un fort intérêt à étendre le TTT à l’Extrême-Nord.
Le MINEPIA a sollicité l’OIM pour cette extension potentielle. L’atelier régional organisé par le
projet a renforcé la prise de conscience que le cadre réglementaire existant est obsolète et a
permis de mettre en avant l’importance d’une collecte de données objectives pour mieux
appréhender la thématique de la transhumance et des conflits agro-pastoraux.
58. Un projet potentiel de révision de ce cadre réglementaire est en cours d’élaboration par la FAO
et 400 000 euros ont été engagés par l’Union européenne pour le financer. L’atelier régional
transnational a également suscité l’intérêt de l’OIM pour soutenir la collecte de données sur la
transhumance au niveau régional et des discussions avec la Communauté économique des États
de l’Afrique centrale ont été engagées.
59. L’un des partenaires de mise en œuvre a expliqué comment son travail sur le TTT lui a apporté
une série de nouveaux contacts qu’il peut également exploiter dans d’autres projets, avec des
19
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
Question C.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il été utilisé pour appuyer d’autres travaux de consolidation
de la paix et/ou a-t-il généré un apprentissage pour les partenaires?
60. Les partenaires de mise en œuvre ont souligné leur travail sur le TTT comme une expérience qui
les aidera à entreprendre d’autres projets pertinents pour des processus de collecte de données
similaires à l’avenir, car certains de leurs employés ont été formés à la méthodologie du TTT.
«On a beaucoup appris avec ce projet. C’était la première fois que nous faisions une cartographie et
nous allons capitaliser sur ces acquis»
(KII avec les autorités locales à Mayo Oulo, janvier 2022)
61. Un partenaire de mise en œuvre a mentionné comment les données TTT avaient aidé d’autres
organisations non gouvernementales travaillant sur l’appui des mécanismes locaux de résolution
des conflits à décider où concentrer leurs interventions. Les partenaires de mise en œuvre ont
également mentionné comme apprentissage du projet l’utilisation de tablettes pour la collecte
des données, acquis qu’ils peuvent désormais utiliser dans de futurs projets. Les autorités
administratives locales ont aussi mentionné la formation en collecte de données sur tablettes avec
l’outil «ODK collect» comme un aspect très important qui pourrait être valorisé pour des
prestations futures auprès d’autres organismes.
63. Le projet a utilisé une approche à plusieurs volets pour renforcer la résolution et traiter les causes
des conflits agro-pastoraux. Cette section fournit un examen détaillé de l’efficacité des différents
éléments du projet: le TTT; le soutien aux CCV; les activités communautaires (AC); les AGR; les
infrastructures; l’atelier régional pour montrer comment et dans quelle mesure ces différents
éléments du projet ont contribué aux résultats. Une évaluation détaillée des résultats du projet
selon son cadre logique est présentée à la question E3.
20
Résultats de l’évaluation
65. Le TTT a atteint son premier objectif en ce sens qu’il a créé une meilleure compréhension de la
pratique de la transhumance au Cameroun, basée sur des données objectives. Pour cette raison,
le TTT est mentionné par de nombreuses parties prenantes, en particulier les parties prenantes
gouvernementales, comme un succès important du projet. Il est mis en avant comme un aspect
innovant du projet car c’était la première fois que des données sur la transhumance et les conflits
associés étaient systématiquement collectées.
66. De plus, la conception initiale du projet prévoyait que le TTT soit mis en place avant toute autre
activité du projet afin de mieux les cibler. Comme déjà mentionné, les activités ayant démarré en
retard et simultanément, cette fonction initialement prévue du TTT n’a pas été réalisée et le TTT
n’a pu donc pleinement contribuer aux autres activités du projet. Cependant, la cartographie du
TTT a permis de déterminer l’orientation de l’appui à la délimitation des pistes à bétail, l’une des
activités communautaires prévues par le projet.
67. Les données collectées ont été transmises directement au niveau central/national, où elles ont été
utilisées pour produire un système d'alerte sur les conflits agro-pastoraux, une cartographie des
pistes et des infrastructures de transhumance et un suivi des flux de transhumance à la frontière
pendant les périodes de transhumance. Ceux-ci ont été publiés en ligne et partagés avec les
homologues gouvernementaux au niveau central. Bien que de nombreuses parties prenantes du
projet aient montré leur enthousiasme pour les informations tirées de ces publications, elles n’ont
pas (encore) éclairé les politiques. Même si des efforts ont été faits avec plusieurs ateliers
régionaux et la mise en place des points focaux, il n’y a pas eu de partage systématique des
données au niveau local et il n’était pas clair de déterminer quelles mesures pourraient être prises
sur la base des alertes de conflit. Le (re)dynamisation des CCV et la collecte des données TTT ont
été mises en œuvre en tant qu’activités distinctes, bien que des tentatives aient été faites vers la
fin du projet pour concilier les deux10.
10 Les systèmes d’alertes et réponse précoces en cas de conflit (Conflict Early Warning Early Response - EWER) constituent
des domaines d’expertise présentant leurs propres dilemmes, voir Matveeva, A, 2006, Early Warning and Early Response:
Conceptual and Empirical Dilemmas, qui reste une référence fondamentale sur le sujet. En particulier, à la fin du projet, le
lien entre les CVV, alimentés par le TTT et les autorités administratives compétentes en cas de conflit persistant ont vu le
jour à travers des voyages d'échanges et des partages d'expériences entres points focaux au niveau des sous-préfectures
et des CCV. L’équipe d’évaluation considère ce lien encore ténu et il est trop tôt pour en établir la pérennité. Par ailleurs,
le TTT prévoyait aussi de prévenir les villages concernés par des mouvements inattendus de transhumance identifiés pour
éviter un conflit potentiel: l’équipe d’évaluation n’a pas pu avoir confirmation de cet effet.
21
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
«La paix entre agriculteurs et éleveurs mais aussi au sein de la population des réfugiés et de celle de
la population autochtone a été bénéfique pour tous. Avec le travail réalisé par les membres du CCV,
il existe une harmonie entre toutes ces communautés, car de moins en moins de conflits entre eux
ont été observés. Ce qui n’a pas toujours été le cas ici»
(Groupe de discussion à Gado Gbazere, janvier 2022)
69. La vigueur des CCV varie en fonction des comités villageois qui les composent. Certains ont déjà
un statut légal, d’autres cherchent encore de l’aide pour obtenir un statut. La plupart cherchent
des moyens afin d’être officiellement établis et reconnus par les autorités locales. La majorité des
CCV mentionnent le besoin de fonds pour financer les déplacements des membres des CCV
lorsqu'il est nécessaire d'aller évaluer les dégâts causés par les conflits. Certains ont trouvé leurs
propres moyens pour lever des fonds, en facturant des frais ou en cultivant une parcelle
communautaire. Nombre d'entre eux expriment leur besoin d’aides (financières) pour accroître
leur visibilité et mieux jouer leur rôle, certains arguant même de la nécessité d’aménager un
espace dédié (chaises, bureau).
«Les anciennes pistes qui avaient trop de problèmes de viabilisation ont été marquées avec les
bornes. Ce n’est pas facile, mais avec les interventions de l’administration qui est stricte [et] des
autorités traditionnelles des villages concernés, il y a un suivi, la situation est maintenant claire. Il y
a également une sensibilisation aux cultures pièges sur les pistes de transhumance et la mise en
place de barbelés autour des zones de pâturage 11. Le balisage des pistes a permis la sensibilisation
de la population sur la circulation des animaux et la mise en culture des zones destinées à l’élevage,
ce qui a diminué les conflits le long des zones qui ont été ciblées.»
(KII avec les autorités locales à Mayo Oulo, janvier 2022)
71. Toutefois, dans certaines localités, les bornes ont bien été transportées et déposées, mais ne sont
pas plantées pour plusieurs raisons: sol caillouteux et dur, bornes trop lourdes, éloignement des
lieux de plantation, manque de moyens de transport, difficultés liées à la rémunération,
effritement des bornes lors de leur transport entre leur lieu de fabrication et le lieu de
déchargement en raison d'un matériel de mauvaise qualité. Il y avait beaucoup d’attentes, qui se
sont soldées parfois par beaucoup de déception. Des bornes ont été vues en attente d’être
plantées dans les mairies et en brousse et les populations évoquent des difficultés de transport;
dans certains villages, il a fallu louer des charrettes pour transporter les bornes jusqu’au lieu de
leur implantation.
72. À cause du retard de quelques mois au commencement du projet en raison des mesures de lutte
contre la covid-19, les plantes prévues pour le reboisement sont arrivées au cours de la saison
22
Résultats de l’évaluation
73. Par ailleurs, des retards de paiements de la main d’œuvre sont signalés dans toutes les localités.
Les arriérés de paiement de ce personnel (variable d’un site à l’autre mais qui, pour certains,
étaient de l’ordre minimum de trois mois) ont été une source de tension entre cette main d’œuvre
et les membres de l’équipe dévolue à cette activité.
«C’était mieux de ne même pas prévoir de payer les populations. On pouvait faire le travail
bénévolement en sensibilisant la population sur le bien-fondé de cette activité. À partir du moment
où on a dit qu’on va payer, il ne fallait pas compliquer la vie aux gens. Pour 5 000 francs CFA, il
fallait parcourir plus de 50 kilomètres et effectuer une dépense de 10 000 francs CFA de transport
pour aller à Adoumri chercher cet argent chez un opérateur où parfois le réseau cellulaire ne
fonctionnait pas et de plus lors de la saison des pluies.»
(KII avec autorités locales à Bibemi, janvier 2022)
74. Dans les localités où sont présents des réfugiés, les reboisements couplés à la sensibilisation
autour de la coupe du bois pourraient permettre une pacification des relations, mais il est encore
trop tôt pour mesurer l’impact de ces activités sur la diminution des conflits. Le reboisement ne
produira pas les résultats escomptés et sa durabilité est peu probable eu égard au fait que très
peu d’arbres plantés sont susceptibles de pousser correctement. En effet, seuls quelques plants
d’arbres sur l’espace utilisé à cet effet sont visibles, les autres n’ayant pas atteint le degré de
maturation attendu par des plants sains à la date du passage de l’équipe d’évaluation.
4.4.4 Infrastructures
75. Quelques points d’eaux ont été placés loin des pistes, ce qui limite leur utilisation par les éleveurs.
Par ailleurs, les observations et échanges ont révélé des problèmes de maintenance et d’entretien
de certaines infrastructures, notamment des plaques solaires, des pompes immergées et des
tuyaux. Malgré ces problèmes, les infrastructures liées à l’eau ont résolu beaucoup de problèmes
de tension et de concurrence. Les forages pastoraux profitent à tous, même aux hommes, pour la
lessive, la vaisselle, la baignade ou encore le lavage de moto.
76. Les parcs de vaccination prévus ont été construits, mais ne sont pas encore tous fonctionnels du
fait de retards dans la mise en œuvre. L'objectif de ces parcs est d’éviter certaines maladies et
contaminations transfrontalières. Pour ceux qui sont déjà fonctionnels, les bénéficiaires ont
confirmé qu’ils ont effectivement facilité la localisation du lieu où sont menées des campagnes
de vaccination. Auparavant, il fallait rester en alerte et s’informer à travers le bouche-à-oreilles sur
les lieux des campagnes de vaccination. De plus, il était impératif de se renseigner constamment
sur la position du vétérinaire chargé d'effectuer les vaccinations bovines. Avec la construction des
parcs, lorsqu’ils sont fonctionnels, ce n’est plus nécessaire et ces derniers sont utilisés par toutes
les franges de la population sans aucune discrimination.
23
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
78. En ce qui concerne la transformation du lait/manioc12, les résultats escomptés n'ont pas non plus
été atteints. Dans les localités visitées, aucun des bénéficiaires ne pratique encore cette activité.
Les raisons évoquées par ces derniers concernent le manque de moyens financiers pour se
procurer la matière première (lait/manioc) afin de pratiquer cette activité de manière durable. Ces
activités n’ont donc pas contribué aux résultats du projet tel qu'escompté13.
Question D.2. Quels sont les facteurs qui expliquent les résultats obtenus (positifs ou négatifs)?
80. Même si le projet a atteint ses objectifs, toutes les activités du projet n’ont pas contribué de la
même manière à ce résultat (voir question D1). Certains facteurs liés à la conception, à l’approche
et à la mise en œuvre du projet ont contribué à l’atteinte des objectifs du projet (facteurs positifs);
d’autres ont plutôt présenté des défis pour le projet (facteurs négatifs). Tous ces facteurs (tant
positifs que négatifs) sont énumérés ci-dessous, avec les références aux questions d'évaluation
où ils sont traités plus en détail.
i. Le projet a été bien conçu et est pertinent dans sa conception (voir question A2).
ii. Le projet a fait un effort important de mobilisation des différentes parties
gouvernementales au niveau national et sur le terrain pour la sensibilisation, la
planification des activités et le ciblage (voir question A4).
iii. La partie relative à la cartographie du TTT était bien conçue et a été finalisée; elle a éclairé
les activités de balisage et démarcation (voir question D1).
iv. La (re)dynamisation des CCV, le balisage et la démarcation étaient bien conçus et ont été
dans l’ensemble bien réalisés (voir questions D1, F3).
82. Les facteurs négatifs sont les suivants:
12 L’évaluation n’a pas pu visiter la transformation d’arachide (la troisième AGR de transformation des produits agricoles)
ou les AGR maraîchage.
13 Il n’y a pas suffisamment de données apportant des éléments concrets supplémentaires expliquant les difficultés
24
Résultats de l’évaluation
83. Selon les partenaires gouvernementaux, la FAO est considérée par le gouvernement comme un
partenaire de confiance en matière d’assistance à l’agriculture. Elle a pris l’initiative des discussions
initiales avec le gouvernement concernant les plans du projet. Elle a également mis en œuvre les
différentes activités communautaires et les infrastructures tout en incluant les autorités locales
pertinentes. Cependant, les problèmes liés aux paiements des travailleurs pour les activités
communautaires ont eu un impact sur la valeur apportée par la FAO au projet. Il était en outre
difficile pour les bénéficiaires, les dirigeants locaux et les représentants des ministères sectoriels
locaux de comprendre pourquoi le projet a amené des bornes très difficiles à placer et du bétail
perçu comme malade et, selon eux, mal adapté aux zones du projet (voir aussi question E1).
Question D.4. Dans quelle mesure le projet a-t-il pris en considération les risques qui se sont concrétisés; les
mesures envisagées (safeguards) pour les atténuer ont-elles été mises en place et se sont-elles révélées
efficaces?
84. Risque de dérive: certains interlocuteurs ont noté le risque que le gouvernement utilise les
données TTT à des fins sécuritaires plutôt que d'amélioration de la politique et des activités
concernant la transhumance. Certains pensaient même que c’était l’une des principales raisons
de l’enthousiasme du gouvernement pour le TTT.
85. Risque sécuritaire: malgré l’absence d’outils formels de gestion des risques, le projet a reconnu à
quel point la situation sécuritaire constituait un risque et un enjeu majeur, en particulier pour les
enquêteurs qui ont été envoyés dans des zones sensibles pour collecter des données pour le TTT.
Des ajustements sur les horaires et les déplacements planifiés ont été effectués lorsque cela
s’avérait nécessaire et des dispositions ont été prises pour assurer le stockage sûr du matériel.
86. Risques saisonniers: les partenaires de mise en œuvre ont également souligné les risques émanant
du démarrage retardé du projet, rendant le déroulement de plusieurs activités inopportun par
rapport aux saisons (voir question A6). Plusieurs bénéficiaires ont considéré la décision de
commencer le reboisement en fin de saison des pluies comme un risque majeur pour le projet.
87. Le document du projet comprenait une matrice des risques énumérant un nombre réduit de
différents types de risques élevés pour le projet, y compris liés à la sécurité, l’échec de la
coordination et le manque d’adoption au niveau national des résultats du projet. Ces risques n’ont
pas été signalés dans les rapports semestriels présentés au PBF. Les partenaires d’exécution ont
fait état de difficultés et de la manière dont ils les avaient résolues, mais leurs rapports n’incluaient
pas de matrices de risques spécifiques. Le comité de suivi n’a pas spécifiquement examiné les
25
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
risques selon une matrice, bien qu’il ait considéré les risques autour de problèmes spécifiques et
les moyens de les résoudre. Les problèmes qui résultaient des décisions d’approvisionnement
prises autour des bornes (transportées loin et très lourdes), du bétail (acheté loin), du reboisement
(retardé) et de la méthode de paiement pour les AC (voir questions D1 et E1) n’ont pas été
considérés comme des risques par le projet, mais se sont néanmoins réalisés.
89. Tous les partenaires d’exécution ont évoqué la lenteur des paiements par les agences onusiennes
comme une contrainte opérationnelle. Pour l’OIM, les retards concernaient les paiements de
l’agence à ses partenaires de mise en œuvre. Les contraintes opérationnelles liées à ces paiements
signifiaient que les organisations ont dû utiliser leurs propres fonds pour assurer la réception de
certains intrants. Dans le cas des éléments du projet mis en œuvre par la FAO avec ses partenaires
d’exécution, ces obstacles bureaucratiques ont eu des effets néfastes dans la mesure où l’agence
prévoyait de verser des compensations monétaires directes aux bénéficiaires du projet, en
contrepartie de leur aide concernant les activités communautaires. Effectuer des paiements
directs aux bénéficiaires de cette manière s’est avéré être un processus très complexe, ce qui a
généré de nombreux retards. Les bénéficiaires ont dû attendre plus d’un mois après la réalisation
des travaux avant de recevoir leur paiement, ce qui a engendré beaucoup de démotivation. Cet
état de fait est devenu un grief majeur dans les localités et les partenaires de mise en œuvre ont
ainsi dû consacrer beaucoup de temps et d’efforts non prévus afin de calmer certains bénéficiaires
virulents et maintenir la motivation de tous pour la participation au projet.
90. Les partenaires de mise en œuvre ont également signalé d’autres défaillances dans les processus
internes de la FAO. Les réglementations en matière d’approvisionnement stipulaient notamment
que la FAO achèterait des intrants auprès de fournisseurs situés loin des localités du projet. Les
animaux ainsi achetés ont ensuite dû être transportés, ce qui a conduit à une dégradation de leur
état. La difficulté à transporter les bornes et la dégradation des plantes pour les activités de
26
Résultats de l’évaluation
reboisement ont également impacté l’efficacité et l’efficience du projet dans son ensemble (voir
question D1).
91. Plus généralement, les partenaires de mise en œuvre ont noté que les contrats auxquels ils sont
soumis, qui énoncent en détail la façon dont les activités doivent être mises en œuvre, les brident.
Ils ont noté par exemple qu’une grande partie des intrants aurait pu être acquise localement, ce
qui aurait réduit les coûts de transport et garanti des matériaux/animaux de meilleure qualité ou
mieux adaptés. Cependant, les procédures d’achat de la FAO et la nature du contrat unissant les
partenaires de mise en œuvre et la FAO empêchent ces acquisitions locales.
92. La courte durée du projet a été mentionnée par de nombreux interlocuteurs comme un défi pour
l’efficacité du projet. Avec le retard au démarrage du projet (et ce en dépit de la prolongation
accordée), certains résultats du projet restent en suspens et il est encore trop tôt pour mesurer
les résultats de certaines activités et leur durabilité (voir question D1). Finalement, selon les
agences, le projet a été mis en œuvre sur une zone très vaste, ce qui a compliqué sa mise en
œuvre.
Question E.2. Dans quelle mesure les ressources à disposition du projet (notamment en fonction du contexte
et des capacités de prévision des conflits14) ont-elles été converties en résultats de façon opportune?
93. Comme décrit à la question D1, toutes les activités n’ont pas contribué (de manière égale) à
l’objectif du projet. L’apport des AGR est particulièrement incertain du fait des difficultés dans leur
mise en œuvre. Bien que d’une manière générale, et tout particulièrement au moment de son
démarrage, le moment du projet ait été considéré comme opportun par les agences et les
partenaires gouvernementaux. Cependant, le démarrage retardé a rendu difficile la
correspondance nécessaire entre certaines des activités de l’AC/AGR et la bonne saison de mise
en œuvre (voir également questions A2, D1, E1). De plus, le projet était de courte durée au vu de
ce qu’il cherchait à réaliser; ainsi, la pérennité de nombreuses activités est incertaine (voir question
F4):
Question E.3. Dans quelle mesure le système de suivi et évaluation a-t-il fourni, d'une part, des informations
au niveau des résultats et de l’impact du projet sur les groupes cibles et, d'autre part, une analyse des
données qui a servi à la gestion et au partage des connaissances et à une gestion adaptative?
94. Le cadre logique du projet énumère trois résultats, chacun associé à un ensemble d’indicateurs
pour mesurer les progrès. Les tableaux 4, 5 et 6 présentent une analyse du cadre logique avec les
données finales telles que rapportées par les agences dans le rapport final du projet au PBF. Le
rapport au PBF cite l’évaluation comme l’une des sources permettant de fournir des informations
plus détaillées sur certains des indicateurs (voir la colonne «raisons pour les retards»). Mais
comme indiqué dans le rapport initial, cette évaluation n’a pas été conçue pour fournir des
données quantitatives. Ces références à des données supplémentaires fournies par l'évaluation
apparaissent donc erronées.
14 Cette question d’évaluation répond aussi au critère PBF relatif au délai critique.
27
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
95. Le premier résultat saisit les résultats des interventions liées au TTT, à la redynamisation des CCV, aux activités communautaires et à l’atelier régional.
L’indicateur 1.1 mesure l’amélioration de la confiance entre les communautés avec un objectif de 60 %. Étant donné qu’un sondage final n’a été que
partiellement réalisé et que cette évaluation n’a pas été conçue pour réaliser un tel sondage, l’atteinte de cet objectif reste indéfinie. L'indicateur 1.2
mesure la réduction du nombre de conflits violents liés à la gestion des ressources naturelles dans les zones du projet. Ici, le TTT a collecté des
données au cours des 12 mois du projet, mais ces chiffres ne montrent pas de diminution du nombre de conflits. Ceci tend à indiquer que l’objectif
n’a pas été atteint.
96. Néanmoins, l’évaluation a révélé que les bénéficiaires estimaient que dans les localités qui avaient désormais accès à un CCV fonctionnel et en
association avec le balisage et la démarcation des espaces agricoles, le nombre de conflits liés aux ressources naturelles avait diminué. Les
événements comptabilisés par le TTT n’étaient pas directement liés aux CCV ou à leurs localisations à dessein15, ce qui peut expliquer cette différence.
Mais plus important encore, la diminution du nombre de conflits (seule) n’est pas une bonne mesure des résultats de la contribution à la paix. Il y a
trop de facteurs externes restant hors de la portée du projet et qui peuvent influencer le nombre de conflits. Pour mesurer les résultats de la
15 L'échelle de collecte du TTT était plus large que les CCV et concernait tous les arrondissements du projet, soit 235 localités.
28
Résultats de l’évaluation
contribution à la paix, il est important de mesurer la force des capacités de résolution des conflits et/ou une amélioration de la confiance. Comme
indiqué dans le rapport PBF (voir tableau 5), le TTT a montré une augmentation du nombre de conflits résolus par les CCV.
98. Les deux indicateurs utilisés pour mesurer ce résultat sont pertinents, mais en raison de l’absence d’une enquête finale (soit séparément, soit dans
le cadre de cette évaluation), il n’est pas possible d'établir si ces pourcentages ont été atteints ou non16. Cette évaluation a trouvé peu d'éléments
concrets prouvant que les revenus des personnes avaient augmenté en raison des AGR et donc qu’une diversification des revenus avait conduit à
une diminution des tensions communautaires. Cela était dû aux problèmes de mise en œuvre de certaines de ces activités, mais aussi aux retards
dans la mise en œuvre des AGR, car il était trop tôt pour mesurer un tel résultat.
99. Le troisième résultat montre les résultats de la composante relative aux infrastructures.
16 Les partenaires de mise en œuvre de l’OIM ont effectué des diagnostics participatifs à la fin du projet, mais ceux-ci n’ont pas apporté de données quantitatives.
29
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
30
Résultats de l’évaluation
100. Le premier indicateur utilisé pour mesurer l’impact des infrastructures est pertinent, mais en raison
de l’absence d’une enquête finale (aussi bien dans le cadre du projet que dans le cadre de la
présente évaluation), il n’est pas possible d'établir si ces pourcentages visés ont été atteints ou
non17. Les infrastructures visitées par l’évaluation étaient accessibles à tous les différents groupes
communautaires. Pour le deuxième indicateur, sa pertinence pour le projet est douteuse dans la
mesure où une réduction du pourcentage d’usagers d’infrastructures ne paraît pas directement
soutenir le résultat attendu d’infrastructures plus fonctionnelles et accessibles.
101. Le cadre logique du projet n’a pas énoncé de résultat global ou d’indicateurs pour mesurer les
changements résultant de la combinaison de différentes activités. De plus, il n’a pas été mis en
place pour mesurer les progrès (ou non) vers l’objectif du projet. Les rapports soumis au PBF au
cours du projet ne fournissent que des données relatives aux indicateurs quantitatifs du cadre
logique. Le comité de suivi n’a pas discuté du suivi des progrès vers l’objectif du projet mais s’est
limité à fournir une mise à jour de l’état d’avancement de la mise en œuvre des activités,
conformément au plan de travail, aux acteurs gouvernementaux.
102. Même si les structures formelles de suivi et évaluation étaient sous-utilisées, le projet a pu suivre
le progrès grâce à des visites sur le terrain du personnel de la FAO, de l’OIM et des partenaires
d’exécution. L’OIM a recruté un agent communautaire ayant une expérience dans la résolution
des conflits au niveau communautaire pour le projet. À la suite de ces efforts de surveillance,
certains ajustements ont été apportés au niveau des activités. Il a été décidé d’investir dans des
activités de dialogue et de loisirs supplémentaires pour renforcer davantage la (re)dynamisation
des CCV et la cohésion sociale entre et au sein de l’ensemble des communautés concernées. Au
fur et à mesure que le lien entre le travail des CCV et le TTT est devenu plus clair, davantage
d’efforts ont été déployés pour impliquer les CCV dans le processus de collecte de données
proprement dit.
Question E.4. Dans quelle mesure la coordination entre les agences partenaires a-t-elle amélioré la mise en
œuvre du projet ou augmenté les coûts de transaction?
103. Comme indiqué dans la question B2, le retard initial de quelques mois au démarrage du projet a
empêché les agences de mettre en œuvre consécutivement les activités tel que prévu. Les agences
ont procédé à la mise en œuvre de leurs activités propres par l’intermédiaire de leurs partenaires
de mise en œuvre respectifs. Même si les agences ont montré une bonne coordination par ailleurs,
les coûts de transaction n’ont donc pas été en lien avec la coordination inter-agences.
17Les partenaires de mise en œuvre de l’OIM ont effectué des diagnostics participatifs à la fin du projet, mais ceux-ci
n’ont pas fourni de données quantitatives.
31
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
105. Le projet a influencé la dynamique de résolution des conflits locaux. Par la (re)dynamisation des
comités villageois de résolution des conflits, le projet a contribué à initier un changement dans la
manière de résoudre les conflits locaux entre agriculteurs et éleveurs. Dans les localités ciblées,
les conflits sont désormais résolus au sein de la communauté. Auparavant, ils étaient portés
devant les autorités locales et/ou la gendarmerie, ce qui nécessitait plus de temps et des frais de
transport. Les communautés ont élu leurs propres membres du CCV à la suite de la sensibilisation
par le projet. Les membres comprennent généralement des représentants de l’autorité
traditionnelle, des éleveurs, des agriculteurs, des réfugiés (le cas échéant) ainsi que des femmes
et des jeunes. Chaque CCV a établi son propre calendrier de réunions, allant de réunions
mensuelles à deux réunions par mois.
106. Dans son travail avec les CCV, le projet s'est essentiellement efforcé d’aider les villageois à
résoudre eux-mêmes les conflits entre agriculteurs et éleveurs, au lieu de passer par les voies
établies. Les entretiens et les discussions de groupe avec les bénéficiaires du projet ont clairement
montré les bons résultats du travail du projet avec les CCV.
«Nous sommes les ambassadeurs de la paix. Les conflits se résolvent très vite, souvent après un à
deux jours. Le CCV travaille régulièrement à travers la sensibilisation des transhumants et des
réunions régulières avec ces derniers pour les informer de la situation et pour le respect des règles
de circulation des animaux.»
(Groupe de discussion avec le CCV de Baboro et Sinassi, janvier 2022)
107. De plus, les bénéficiaires ont été clairs dans leur perception selon laquelle la délimitation des
pistes à bétail a entraîné une diminution des conflits agro-pastoraux. Les bénéficiaires ont
également clairement souligné comment certains des défis de mise en œuvre des AGR signifiaient
que celles-ci n’avaient pas eu les résultats souhaités et n’avaient donc pas contribué à la
consolidation de la paix. De plus, certains ont estimé que pour les reboisements et les forages il
était trop tôt pour juger s’ils auraient l’impact attendu (voir questions D1, D2, E1).
32
Résultats de l’évaluation
109. D’après les résultats du projet (voir question D1), l'équipe d'évaluation peut conclure que le
premier cheminement de la théorie du changement a été validé. En ce qui concerne le deuxième
cheminement, il est encore trop tôt pour affirmer que les infrastructures mises en place par le
projet permettront de réduire les conflits agro-pastoraux. En revanche, les résultats du projet ne
permettent pas de valider le troisième cheminement de la théorie du changement, dans la mesure
où cette évaluation n’a pas conclu que les AGR ont contribué aux résultats du projet (voir
questions D1, E1). Néanmoins, quelques non-bénéficiaires ont exprimé des idées intéressantes
lorsqu'il leur a été demandé ce que le projet aurait pu améliorer:
«Envisager de faire des actions durables qui touchent un grand nombre de bénéficiaires au sein de
la population des réfugiés et de la population autochtone: ainsi, des activités en lien avec la création
d’un cheptel communautaire, des champs communautaires ou des moulins communautaires
seraient plus porteuses de changement que des interventions basées sur des individus au sein de
communautés avec de faibles opportunités économiques»
(Non-bénéficiaires à Gado Gbazere)
«De plus, le nombre de bénéficiaires individuels a été très inférieur aux besoins en termes de nombre
de personnes nécessitant ce type d’aide. Il aurait fallu regrouper dans ce cadre les personnes par
groupe de huit à dix personnes par exemple et leur octroyer ces moutons. Cela aurait produit plus
de résultats que de procéder à des dons individuels aux personnes»
(Non-bénéficiaires à Gbiti)
110. Comme indiqué dans la question A6, le projet n'a pas été en mesure d'établir un lien plus étroit
entre les activités d'appui direct à la résolution des conflits (TTT et CCV) et l'AGR, car ces éléments
du projet ont été mis en œuvre simultanément plutôt que séquentiellement. Quelques CCV ont
proposé ce qui suit:
33
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
«Mettre sur pied une AGR regroupant les membres du CCV afin que les fonds tirés de cette AGR
aident à soutenir la caisse de fonctionnement et à rendre plus viable le CCV. Comme activité, l’idée
d’un moulin ou de champs communautaires a été portée par l’assemblée.»18
111. Le premier cheminement du projet correspond à une voie illustrative vers la paix telle que décrite
dans le document de la FAO sur les cheminements d'impact pour le maintien de la paix (FAO,
2020).
112. Voie 2: Si les personnes ont des compétences plus solides en matière de consolidation de la paix
et de résolution des conflits et que des mécanismes formels et/ou informels de gestion des
conflits sont établis ou relancés, ALORS les tensions et les différends sont plus susceptibles d’être
traités de manière non violente et les incidents liés aux ressources seront réduits, PARCE QUE les
membres de la communauté auront une capacité et une volonté accrues pour prévenir et
résoudre les conflits et les membres de la communauté et les autorités locales joueront
efficacement leur rôle dans la prévention ou l’atténuation des conflits ainsi que la construction de
la paix au niveau local.
113. La présente évaluation apporte les preuves de la validité de cette voie illustrative (voir D1).
Question F.2. Dans quelle mesure les groupes cibles (en particulier les femmes) jouent-ils maintenant un
rôle actif dans la gestion et la prévention des conflits?
114. Pour la plupart, la composition des CCV est inclusive: tous les différents groupes du village sont
représentés, y compris les femmes. Il est plus difficile d’établir si cette adhésion se traduit
également par un rôle actif pour les femmes. Les données recueillies par les partenaires de mise
en œuvre à la fin du projet ont montré que la moitié des CCV estimaient que les femmes jouaient
un rôle réel, tandis que, selon l’autre moitié, leur présence était considérée comme statutaire19.
L’évaluation a pu confirmer que des femmes ont pu jouer des rôles spécifiques: dans un des CCV,
les séances de sensibilisation et de causeries éducatives en manière de gestion et de prévention
de conflits du CCV sont animées autant par les femmes que par les jeunes; dans un autre, les
femmes sensibilisent les femmes transhumantes et cherchent à les impliquer dans les activités du
village. Mais dans un autre CCV, les membres ont noté, ce qui reflète la persistance de sensibilités
culturelles sur les rôles des femmes dans la résolution de conflits, que:
«Il faut tout de même reconnaître que, la plupart de temps, c’est le chef de famille qui va au-devant
des problèmes.»
(Groupe de discussion, CCV Adoumri, janvier 2022)
Question F.3. Quels sont, s’ils existent, les effets imprévus, tant positifs que négatifs, du projet?
115. Les CCV ont bénéficié de plusieurs activités organisées par le projet, y compris la sensibilisation,
la formation pour renforcer leurs compétences en résolution de conflits et la production d’un
guide de sensibilisation pour leur permettre de sensibiliser eux-mêmes les communautés, mais
aussi des activités communautaires supplémentaires pour renforcer les relations et la cohésion
sociale entre groupes, par exemple des matchs de football. Certains CCV continuent d’organiser
des sensibilisations et causeries de formation. Cet ensemble d’activités, au-delà de la
18 La même recommandation était faite dans le rapport interne (non publié) de l’Association Mains Solidaires de 2021:
Cameroun régions de l’Est: diagnostic participatif sur des tensions /conflits liées à l’utilisation des ressources naturelles pour
les activités agro-pastorales.
19 Selon ce même rapport interne.
34
Résultats de l’évaluation
(re)dynamisation des CCV, a permis de renforcer plus largement les relations entre les groupes
pour œuvrer à la prévention des conflits.
116. Plusieurs interlocuteurs ont noté comment le projet a apporté un changement dans les
perceptions concernant la transhumance. Alors qu’auparavant, elle était considérée par beaucoup
comme un problème ou une nuisance au sens strict, les multiples points d’entrée du projet et les
informations recueillies et partagées (y compris au sein de l’atelier régional transnational organisé
par le projet) ont contribué à élargir ces points de vue et à atténuer ces perceptions négatives.
117. La condition précaire du bétail fourni par le projet a eu des effets imprévus et dans l’ensemble
négatifs. Certains bénéficiaires ont affirmé avoir vendu les bêtes reçues pour acheter des bêtes
élevées localement. Après la distribution des animaux, certains bénéficiaires ont également cru
que le projet apporterait une menace de destruction du cheptel local parce que les animaux
distribués étaient suspectés d’avoir des maladies et d’avoir contaminé tous ceux vivant à
proximité. Quelques représentants des ministères sectoriels locaux ont affirmé que les règlements
de quarantaine locale n’étaient pas respectés.
Question F.4. Quelle est la probabilité de pérennisation des résultats du projet après la fin du projet? Quelles
sont les mesures mises en place pour renforcer l’appropriation, la participation et la durabilité des activités
du projet? Ces mesures visaient-elles les femmes et les jeunes?
118. Même s’il y a des discussions au sein du gouvernement pour poursuivre le TTT, voir l'étendre à
l’Extrême-Nord du Cameroun, il n'existe pas encore de plans concrets. Le TTT a cessé, depuis la
fin du projet, et pour cause, de collecter des données; il n'est donc plus fonctionnel pour le
moment. De plus, les protocoles pour la collecte des données n’ont pas encore été partagés avec
les autorités locales afin qu’elles puissent poursuivre le processus.
119. Il existe un potentiel de durabilité des CCV. La plupart des personnes interrogées continuent de
fonctionner sans l’aide du projet. Deux des CCV rencontrés lors de la mission de terrain par
l’équipe d’évaluation font état d’un affaiblissement de l’enthousiasme et de la participation et
attribuent cela au manque de fonds pour les déplacements dans le cadre du CCV. Mais les
avantages reconnus de la résolution à l’amiable des conflits au niveau communautaire et le
dévouement des membres du CCV sont des facteurs en faveur de leur durabilité. Certains CCV
ont commencé à lever leurs propres fonds et demandent au gouvernement local leur
formalisation, d’autres recherchent une aide supplémentaire pour y parvenir. Il convient
également de noter que la résolution des conflits peut traditionnellement être une activité
lucrative et constitue une source de pouvoir. Les autorités traditionnelles peuvent ne pas toujours
être disposées à renoncer à ce dernier, même si elles ne contestent pas ouvertement les CCV20.
120. En ce qui concerne le balisage, la maîtrise de leur itinéraire par les bergers du fait de la délimitation
des pistes et couloirs de transhumance et la démarcation des espaces de parcours restaurés
constituent un élément favorisant la pérennisation des résultats du projet. Selon les populations
de la région du Nord où la saison sèche est longue, cette action d'installation de balises devra
être renforcée par l’implantation de forages à panneaux solaires dans les différentes zones d’aires
de repos des animaux. De ce fait, les animaux s’éloigneront de moins en moins de ces aires de
repos et éviteront de rechercher des sources d'eau pour s'abreuver dans d'autres zones non
dédiées.
20 Groupe de discussion avec le CCV de Babororo dans le Mayo Rey, janvier 2022.
35
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
121. Les comités de gestion ont été créés pour gérer les infrastructures et les bénéficiaires affirment
qu’ils travailleront pour maintenir ces infrastructures en place. En ce qui concerne les pistes à
bétail, la mise en place du comité de gestion est un gage de pérennisation, mais les communes
devront néanmoins accompagner ce comité pour en assurer l’efficacité. De même, en dépit
d’assurances de la part des autorités traditionnelles quant à la protection des arbres plantés, les
incendies et les animaux constituent une menace pour la durabilité du reboisement. Quant aux
parcs visités, bien qu’ils aient été réalisés, ils ne sont pas encore fonctionnels; les AGR observées
n’ont pas obtenu les résultats prévus et ne sont pas considérées comme durables.
123. Les chances de durabilité des résultats du projet sont mitigées. Les travaux d’infrastructure, de
balisage et de délimitation ont permis de mettre en place des ouvrages durables appréciés de la
population. Des structures locales chargées de veiller à leur entretien ont été mises en place.
Presque tous les CCV visités restent actifs et continuent de jouer leur rôle dans la résolution des
conflits au niveau du village, bien que les membres aient noté quelques nécessités de financement
pour les déplacements et aient souligné l’importance de la formalisation des CCV pour renforcer
davantage leur durabilité. En outre, les CCV ont suggéré que les liens avec les AGR auraient
également pu contribuer à leur durabilité et à leur efficacité. En ce qui concerne le reboisement,
la pérennisation n’est pas assurée, ce qui est aussi le cas des AGR. Enfin, le TTT ne fonctionne plus
après la fin du projet et sa poursuite reste incertaine.
124. Bien que la sensibilité aux conflits n’ait pas été explicitement abordée par le projet, ce dernier a
été généralement sensible aux conflits dans l'approche adoptée. L’analyse qui sous-tend le projet
a reconnu les tensions entre agriculteurs et éleveurs, mais aussi entre les communautés d’accueil
et les déplacés, comme des facteurs de division clés. Tout au long du projet, les partenaires
d'exécution ont veillé à ce que les approches et les activités soient inclusives et tiennent compte
de tous les groupes (voir également questions A3 et A5) en investissant dans la mobilisation de
toutes les parties prenantes. L’importance des principes «Do No Harm» a été soulignée auprès
des partenaires de mise en œuvre, qui les ont ensuite appliqués dans les interventions:
«L’OIM a organisé une formation pour les partenaires de mise en œuvre du projet pour apprendre
et maîtriser les principes humanitaires visant à ne pas effectuer de discriminations entre éleveurs et
agriculteurs. Les éleveurs tout comme les agriculteurs ont été désignés comme informateurs [du
36
Résultats de l’évaluation
TTT]. En ce qui concerne l’équité, par exemple pendant les activités récréatives, on a fait des équipes
mixtes pour jouer au football, pour la marche sportive tout en discutant.»
(Entretien avec un partenaire de mise en œuvre, décembre 2022)
125. Les autorités locales ont confirmé la sensibilité aux conflits du projet en soulignant les approches
inclusives adoptées. Certains ont également noté à quel point le balisage et la démarcation des
pistes étaient une entreprise délicate qui avait été particulièrement bien gérée sur la base des
tracés existants antérieurement et grâce à une concertation avec les chefs des communautés.
126. L’évaluation n’a trouvé qu’une localité où la politique locale avait perturbé le projet et bouleversé
ses bénéficiaires:
«Il y a une domination de la chefferie la plus forte sur la plus petite; même pour le choix de la zone
de pâturage, il y a eu des pressions politiques et de la part des leaders installés à Yaoundé lors de
l’atelier de Garoua. Nous savons que ce n’est pas de la faute de la FAO, mais des hommes politiques.»
(Groupe de discussion [localité anonyme], janvier 2022)
127. Quant aux AGR petits ruminants, les perceptions des bénéficiaires selon lesquelles les animaux
malades auraient infecté le bétail local ont été une source de tension entre bénéficiaires et non-
bénéficiaires du projet dans quelques localités.
Question G.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il mis en place un système de suivi continu pour assurer une
approche sensible aux conflits et permettant de surveiller les effets non intentionnels des interventions et
une gestion adaptative?
128. L’outil de suivi de la transhumance mis en place par le projet comprenait une alerte de conflit. Les
données sur les conflits dans les zones du projet ont été systématiquement rassemblées dans une
base de données centrale de l’OIM et publiées sous forme d’aperçu des alertes de conflit sur le
site internet de l’OIM. Les partenaires d'exécution du projet ont noté comment ces données les
avaient aidés à comprendre le contexte plus en détail. Ces données ainsi que les diagnostics à mi-
parcours du projet qui en ont découlé ont servi à réorienter certaines activités sur les localités les
plus conflictuelles. Cependant, l’évaluation n’a pas observé d’exemples où ces informations ont
engendré des ajustements plus détaillés. Néanmoins, le projet s’est ajusté pour des raisons
sensibles au conflit à au moins deux reprises. Dans un cas, lorsqu'un chef local a refusé d’autoriser
la plantation de bornes, ce problème a été débattu au sein du comité du suivi et résolu en
changeant de lieu. Dans un autre cas, la décision de soutenir un dialogue et des activités
récréatives supplémentaires pour soutenir les objectifs du projet et la (ré)dynamisation des CCV
est un bon exemple d’une adaptation sensible aux conflits.
130. Même si les alertes de conflit TTT n'ont pas directement orienté la sensibilité aux conflits, le projet
a néanmoins procédé à des ajustements sensibles au conflit en s'appuyant sur le suivi du projet.
37
5. Conclusions et recommandations
5.1 Conclusions
131. Le projet était pertinent et a atteint son objectif dans la mesure où les bénéficiaires du projet
perçoivent une amélioration de leur situation concernant les conflits agro-pastoraux. En
impliquant les ministères concernés aux plus hauts niveaux, le projet a contribué à changer les
perceptions sur la transhumance. Les causes principales des conflits agro-pastoraux ont été
abordées et le projet s’est concentré sur l’établissement de relations autour des principaux
clivages identifiés dans l’analyse qui sous-tend le projet; entre les agriculteurs et éleveurs d'une
part et les populations hôtes et réfugiées d'autre part. Même si la sensibilité aux conflits n’a pas
été explicitement mentionnée dans sa conception ou dans son cadre logique, le projet a été mis
en œuvre de manière sensible aux conflits.
132. Le projet a eu un impact positif sur la dynamique locale de résolution des conflits. Néanmoins,
toutes les activités du projet n’ont pas contribué de la même manière à ce résultat. Cet objectif a
été atteint par la cartographie et le comptage du TTT, la (re)dynamisation des CCV ainsi que la
démarcation des espaces agricoles et les champs fourragers/fourrages pastoraux. Certains défis
opérationnels (approvisionnement des bornes et du bétail, retard du reboisement et méthode de
paiement pour les AC) ont eu un impact sur l’efficacité d’autres activités. En outre, le projet a été
mis en œuvre dans une zone très vaste sur un laps de temps court, sans prendre la mesure des
risques représentés par ces défis.
133. Le cadre logique du projet a été sous-utilisé. Néanmoins, le projet a fait quelques ajustements
pendant la mise en œuvre et en réponse au suivi effectué. Les retards initiaux de plusieurs mois
causés par les mesures de lutte contre la covid-19 ont empêché la mise en œuvre séquentielle du
projet. Ainsi, l’OIM et la FAO ont mené leurs activités propres en parallèle. En conséquence, le lien
entre le soutien direct à la résolution des conflits et les activités agricoles n’était pas aussi fort
qu’il aurait pu l’être ni tel qu’il avait été conçu.
134. La réelle participation des femmes et des jeunes reste un défi, même si le projet a œuvré pour
leur inclusion et leur autonomisation dans un effort notamment de pérennisation des acquis du
projet. Les travaux d’infrastructure, de balisage et de délimitation ont permis de mettre en place
des ouvrages durables appréciés de la population. Presque tous les CCV visités continuent de
jouer leur rôle dans la résolution des conflits au niveau du village, mais ils ont également indiqué
qu'ils avaient besoin d'un soutien supplémentaire.
5.2 Recommandations
39
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
échelle) le ciblage des ménages individuels peut aider à renforcer la cohésion sociale. (questions A6, B2,
D1, F1, F4)
40
Références
FAO. 2017. Cadre de programmation pays Cameroun 2018-2020. Yaoundé.
FAO. 2020. Pathways to sustaining peace at the Food and Agriculture Organization of the United Nations
(FAO). A thematic paper jointly authored by FAO and Interpeace as a contribution to the 2020 Report of the
Secretary-General on Peacebuilding and Sustaining Peace. Rome.
[Link]
_peacebuilding_and_sustaining_peace_thematic_paper_1.pdf (page consultée le 2 août 2022)
Groupe des Nations Unies pour l’évaluation. 2016. Normes et règles d’évaluation (version revue). New
York, États-Unis d'Amérique. [Link] (page consultée le 13 juillet
2022)
Groupe des Nations Unies pour l’évaluation. 2020. Ethical guidelines for evaluation (revised version).
New York, États-Unis d'Amérique. [Link] (page consultée le 13
juillet 2022)
Kossoumna Liba’a, N. 2016. Étude sur les conflits agro-pastoraux dans les régions camerounaises du Nord,
Adamaoua et Est. Rapport final. Yaoundé, Agence des Nations Unies pour les réfugiés, Banque africaine
de développement et Lutheran World Federation.
[Link]
sur_letat_actuel_du_conflit_agro-
pastoral_dans_les_regions_du_nord_de_lest_et_adamaoua_du_cameroun.pdf (page consultée le 13 juillet
2022)
Matveeva, A. 2006. Early Warning and Early Response: Conceptual and Empirical Dilemmas. Issue paper
1. Le Hague, Pays-Bas, Global Partnership for the Prevention of Armed Conflict.
République du Cameroun. 2010. Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (2010-2020).
Yaoundé. [Link] (page consultée le 13 juillet
2022)
République du Cameroun. 2018. Stratégie pour le relèvement et la consolidation de la paix dans les
régions du Septentrion et de l’Est du Cameroun 2018-2022. Yaoundé.
[Link] (page consultée le 13 juillet
2022)
Systèmes des Nations Unies au Cameroun. 2018. Plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au
développement. PNUAD/UNDAF 2018-2020. Yaoundé. [Link]
cameroun-2018-2020 (page consultée le 13 juillet 2022)
41
Appendice 1. Matrice d’évaluation
Critères CAD Questions d’évaluation Sources Catégories de
OCDE répondants1
A. Pertinence A.1 Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec le cadre Documentation; A
de programmation pays du système des Nations Unies, de la KII
FAO et de l’OIM en termes de consolidation de la paix, de
prévention des conflits et de maintien de la cohésion sociale?
A.2. Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec les Documentation; A, B
priorités nationales et régionales pour la consolidation de la KII
paix et la gestion de la transhumance?
A.3. Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec les Documentation; Tous
besoins des différents groupes cibles (y compris les jeunes et KII; FGD
les femmes)?
A.4. Dans quelle mesure le projet a-t-il adopté une approche Documentation; Tous
participative lors de sa conception et de sa mise en œuvre, KII; FGD
incluant les parties prenantes et les groupes cibles?
A.6. Dans quelle mesure le projet a-t-il abordé les facteurs de Documentation; A, B, C, D
conflit transnationaux et les facteurs de paix identifiés dans KII; FGD
une analyse de conflit, et ce dans un esprit de délai critique21?
A.7. Dans quelle mesure le projet a-t-il réussi à intégrer le triple Documentation; A, B
nexus (consolidation de la paix, humanitaire et KII; FGD
développement) dans sa conception?
B. Cohérence B.1. Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il Documentation; A, C
créé des synergies avec d'autres projets mis en œuvre par la KII
FAO/l'OIM et d'autres partenaires, y compris d’autres projets
financés par le PBF?
B.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il mis en œuvre des Documentation; A, C
moyens optimisant la coordination (entre agences et avec les KII
autres intervenants) et ces moyens ont-ils été efficaces?
C. Synergies22 C.1. La conception du projet a-t-elle sciemment recherché un Documentation; A, C
effet de catalyse avec d'autres projets, l'a-t-elle réalisé et dans KII
quelle mesure?
C.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il été utilisé pour appuyer KII; A, C, D
d'autres travaux de consolidation de la paix et/ou a-t-il généré Documentation
un apprentissage pour les partenaires?
D. Efficacité D.1. Dans quelle mesure les objectifs et résultats du projet ont- Documentation; Tous
ils été atteints compte tenu de leur importance relative et ont- KII; FGD
ils contribué à la réalisation des effets stratégiques du projet?
D.2. Quels sont les facteurs qui expliquent les résultats obtenus KII; FGD Tous
(positifs ou négatifs)?
21 Cette question d’évaluation répond aussi au critère PBF de délai critique et de la tolérance au risque et de l’innovation.
22 Ces questions d’évaluation répondent aussi au critère PBF d’effet de catalyse.
42
Appendice 1. Matrice d’évaluation
Notes: Sigles utilisés: CAD OCDE (Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques);
FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture); FGD (Groupe de discussion); KII (Entretien avec les informateurs
clefs); OIM (Organisation internationale pour les migrations).
1
Catégories de répondants: A: Agences des Nations Unies (FAO Cameroun, OIM Cameroun); B: Ministères/gouvernement national
(Ministère de l’élevage des pêches et des industries animales, Ministère de l’agriculture et de développement rural, Ministère des forêts et
des faunes); C: Partenaires de mise en œuvre (CADEPI, ADEES, Caritas, AMS, APESS); D: Structures clefs (commissions consultatives
d’arrondissement, comités de concertation villageois, agents recenseurs); E: Autorités gouvernementales locales; F: Autorités traditionnelles
locales; G: Bénéficiaires.
43
Appendice 2. Guides des entretiens (entretiens avec les
informateurs clés et groupes de discussion)
Guide d’entretiens (KII) – Agences des Nations Unies
Critère A. Pertinence
A.6. Dans quelle mesure le projet a-t-il abordé les facteurs de conflit transnationaux et les facteurs de paix
identifiés dans une analyse de conflit, et ce dans un esprit de délai critique?
• Quelle(s) était/étaient le(s) analyse(s) de conflit à la base du projet?
• Quels sont les facteurs de conflit identifiés dans cette/ces analyses abordés par le projet?
Comment les sites ciblés ont-ils été choisis? Selon quels critères et par qui?
• Quels sont les facteurs de paix identifiés dans cette/ces analyses abordés par le projet?
• Le projet a-t-il été mis en œuvre au bon moment et en temps opportun? Exemples?
• Le projet a-t-il pris certains risques ou utilisé des approches innovantes? Exemples?
A.1. Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec le cadre de programmation pays du système des
Nations Unies, de la FAO et de l’OIM en termes de consolidation de la paix, de prévention des conflits et de
maintien de la cohésion sociale?
A.2. Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec les priorités nationales et régionales pour la
consolidation de la paix et la gestion de la transhumance?
• Quels étaient les cadres/règlements/stratégies nationaux et régionaux pertinents pour le projet?
• Le projet était-il en ligne avec ces cadres/règlements/stratégies? Exemples?
A.3. Dans quelle mesure le projet est-il en ligne avec les besoins des différents groupes cibles (y compris les
jeunes et les femmes)?
A.5. Dans quelle mesure les considérations de genre (autonomisation de femmes) et d’équité sociale – en
particulier concernant les jeunes, femmes et réfugiés – sont-elles prises en compte dans la planification et
la mise en œuvre du projet?
• Le projet était-il en ligne avec les besoins des différents groupes cibles? Exemples?
• Le projet a-t-il pris en compte les considérations de genre? De jeunes? De déplacés?
A.4. Dans quelle mesure le projet a-t-il adopté une approche participative lors de sa conception et de sa
mise en œuvre, incluant les parties prenantes et les groupes cibles?
• Le projet a-t-il adopté une approche participative lors de sa conception et de sa mise en œuvre,
incluant les parties prenantes et les groupes cibles? Exemples?
A.7. Dans quelle mesure le projet a-t-il réussi à intégrer le triple nexus (consolidation de la paix, humanitaire
et développement) dans sa conception?
• Comment le projet a-t-il réussi à intégrer le triple nexus (consolidation de la paix, humanitaire
et développement) dans sa conception?
44
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
G.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il mis en place un système de suivi continu pour assurer une approche
sensible aux conflits et permettant de surveiller les effets non intentionnels des interventions et une gestion
adaptative?
• Comment le projet a-t-il pris en compte la sensibilité aux conflits et les considérations «Do No
Harm»? Exemples?
• Comment le projet a-t-il pris en compte la sensibilité aux conflits dans l’identification des
bénéficiaires?
• Comment le système TTT a-t-il contribué à assurer une approche sensible aux conflits?
• Existe-t-il des exemples où le projet a été adapté en raison de considérations de sensibilité aux
conflits?
Critère B. Cohérence
B.1. Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres projets mis
en œuvre par la FAO/l'OIM et d'autres partenaires, y compris d’autres projets financés par le PBF?
• Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres
projets mis en œuvre par la FAO?
• Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres
projets mis en œuvre par d’autres projets PBF?
• Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres
projets d’autres partenaires?
B.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il mis en œuvre des moyens optimisant la coordination (entre agences
et avec les autres intervenants) et ces moyens ont-ils été efficaces?
E.4. Dans quelle mesure la coordination entre les agences partenaires a-t-elle amélioré la mise en œuvre du
projet ou augmenté les coûts de transaction?
• La coordination entre les agences des Nations Unies était-elle efficace? Si oui, pourquoi? Quels
étaient les défis à relever?
• Quels étaient les moyens de coordination utilisés par le projet? Entre les agences? Entre les
agences et les partenaires de mise en œuvre? Entre les agences et les parties prenantes
gouvernementales (nationales et locales)?
• La coordination et le pilotage du comité du pilotage du projet ont-ils été efficaces?
• La coordination entre les agences des Nations Unies et les partenaires de mise en œuvre a-t-
elle été efficace?
Critère C. Synergies
C.1. La conception du projet a-t-elle sciemment recherché un effet de catalyse avec d'autres projets, l'a-t-
elle réalisé et dans quelle mesure?
C.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il été utilisé pour appuyer d'autres travaux de consolidation de la paix
et/ou a-t-il généré un apprentissage pour les partenaires?
• Le projet était-il conçu pour s'inscrire dans un cercle vertueux avec d’autres
actions/projets (financement supplémentaire)?
• Le projet a-t-il été utilisé pour appuyer d'autres travaux de consolidation de la paix?
• Le projet a-t-il généré un apprentissage pour les partenaires?
45
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
46
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
47
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
48
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
Critère B. Cohérence
B.1. Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres projets mis
en œuvre par la FAO/l'OIM et d'autres partenaires, y compris d’autres projets financés par le PBF?
• Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres
projets mis en œuvre par la FAO?
49
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
• Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres
projets mis en œuvre par d’autres projets PBF?
• Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres
projets d’autres partenaires?
B.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il mis en œuvre des moyens optimisant la coordination (entre agences
et avec les autres intervenants) et ces moyens ont-ils été efficaces?
E.4. Dans quelle mesure la coordination entre les agences partenaires a-t-elle amélioré la mise en œuvre du
projet ou augmenté les coûts de transaction?
• La coordination entre les agences des Nations Unies était-elle efficace? Le cas échéant,
pourquoi? Quels étaient les défis à relever? Comment les différents activités/éléments du projet
(de la FAO et de l'OIM) ont-elles été associées/coordonnées?
• Quels étaient les moyens de coordination utilisés par le projet? Entre les agences? Entre les
agences et les partenaires de mise en œuvre? Entre les agences et les parties prenantes
gouvernementales (nationales et locales)?
• La coordination et le pilotage du comité du pilotage du projet ont-ils été efficaces?
Critère C. Synergies
C.1. La conception du projet a-t-elle sciemment recherché un effet de catalyse avec d'autres projets, l'a-t-
elle réalisé et dans quelle mesure?
C.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il été utilisé pour appuyer d'autres travaux de consolidation de la paix
et/ou a-t-il généré un apprentissage pour les partenaires?
• Le projet était-il conçu pour s'inscrire dans un cercle vertueux avec d’autres
actions/projets (financement supplémentaire)?
• Le projet a-t-il été utilisé pour appuyer d'autres travaux de consolidation de la paix?
• Le projet a-t-il généré un apprentissage pour les partenaires (vous)?
50
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
51
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
D/F.6 AGR
• Les revenus des ménages cibles par le projet dans la communauté ont-ils été augmentés depuis
le début du projet?
• Le cas échéant, cette augmentation est-elle liée aux efforts du projet?
• Existe-t-il d'autres raisons pour cette augmentation?
• Cette augmentation a-t-elle conduit à une baisse des tensions avec d'autres groupes
communautaires?
• Les sources de revenus des ménages dans la communauté ont-elles été diversifiées depuis le
début du projet?
• Le cas échéant, cette diversification est-elle liée aux efforts du projet?
• Existe-t-il d'autres raisons pour cette diversification?
• Cette diversification a-t-elle conduit à une baisse des tensions avec d'autres groupes
communautaires?
• Les femmes et les jeunes ont-ils bénéficié de ces augmentation et diversifications?
52
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
53
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
• Comment le système TTT a-t-il contribué à assurer une approche sensible aux conflits?
• Existe-t-il des exemples où le projet a été adapté en raison de considérations de sensibilité aux
conflits?
54
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
Critère B. Cohérence
B.1. Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres projets mis
en œuvre par la FAO/l'OIM et d'autres partenaires, y compris d’autres projets financés par le PBF?
• Dans quelle mesure le projet a-t-il été compatible et a-t-il créé des synergies avec d'autres
projets d’autres partenaires?
55
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
Critère C. Synergies
C.1. La conception du projet a-t-elle sciemment recherché un effet de catalyse avec d'autres projets, l'a-t-
elle réalisé et dans quelle mesure?
C.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il été utilisé pour appuyer d'autres travaux de consolidation de la paix
et/ou a-t-il généré un apprentissage pour les partenaires?
• Le projet a-t-il été utilisé pour appuyer d'autres travaux de consolidation de la paix?
• Le projet a-t-il généré un apprentissage pour les partenaires?
56
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
D/F.1. Le TTT
• Le système de suivi des transhumances (TTT) contribue-t-il à une meilleure gestion des conflits
liés à l’utilisation des ressources naturelles? Comment?
• Le TTT peut-il continuer sans le projet? Si oui comment, si non pour quelles raisons?
D/F.2. Les CCV (15)
• Les comités de gestion des conflits sont-ils renforcés et fonctionnels?
• Le cas échéant, est-ce grâce aux efforts du projet?
• En quoi le fonctionnement des comités est-il amélioré? (La résolution d'un nombre supérieur
de conflits? Une résolution plus rapide? Une meilleure prévention des conflits? Les comités sont-
ils plus inclusifs? Les femmes et les jeunes jouent-ils maintenant un rôle actif dans la gestion et
la prévention des conflits? Autres critères?
• Le cas échéant, pourquoi les efforts du projet n’ont-ils pas eu ce résultat?
• Les comités peuvent-ils continuer sans le projet? Si oui comment, si non pour quelles raisons?
D/F.3. Activités communautaires (reboisement, balisage des pistes)
• Les activités communautaires (reboisement, balisage des pistes) ont-elles contribué à une
amélioration de la gestion de conflits?
• Les activités communautaires (reboisement, balisage des pistes) ont-elles contribué à un
meilleur tissu social dans les communautés?
• Le reboisement sera-t-il durable sans le projet? Si oui comment, si non pour quelles raisons?
• Le balisage des pistes sera-t-il durable sans le projet? Si oui comment, si non pour quelles
raisons?
D/F.5. Infrastructures socio-économiques
• Les infrastructures socio-économiques fournies par le projet sont-elles accessibles par toutes les
communautés?
• Ces infrastructures ont-elles diminué/diminueront-elles la concurrence avec les autres
membres de la communauté pour accéder aux infrastructures?
• Les cadres de gestion pour ces infrastructures ont-ils contribué à réduire les tensions?
• Les infrastructures seront-elles durables sans l’aide du projet? Si oui comment, si non pour
quelles raisons?
D/F.6. AGR
• Les revenus des ménages ciblés par le projet dans la communauté ont-ils été augmentés depuis
le début du projet?
• Le cas échéant, cette augmentation est-elle liée aux efforts du projet?
• Existe-t-il d'autres raisons pour cette augmentation?
• Cette augmentation a-t-elle conduit à une baisse des tensions avec d'autres groupes
communautaires?
• Les sources de revenus des ménages dans la communauté ont-elles été diversifiées depuis le
début du projet?
• Le cas échéant, cette diversification est-elle liée aux efforts du projet?
57
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
Fin
Avez-vous quelque chose à ajouter?
Si vous pouviez refaire le projet, que feriez-vous différemment?
Avez-vous des questions pour l’équipe d’évaluation?
58
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
Critère C. Synergies
C.1. La conception du projet a-t-elle sciemment recherché un effet de catalyse avec d'autres projets, l'a-t-
elle réalisé et dans quelle mesure?
C.2. Dans quelle mesure le projet a-t-il été utilisé pour appuyer d'autres travaux de consolidation de la paix
et/ou a-t-il généré un apprentissage pour les partenaires?
• Le projet/TTT a-t-il été utilisé pour appuyer d'autres travaux de consolidation de la paix?
59
Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
D/F.1. Le TTT
• Le système de suivi des transhumances (TTT) contribue-t-il à une meilleure gestion des conflits
liés à l’utilisation des ressources naturelles? Exemples?
• Le système de suivi des transhumances (TTT) contribue-t-il à une diminution des conflits liés à
l’utilisation des ressources naturelles (soit nombre, soit intensité?) Exemples?
• Comment les données du TTT ont-t-elles été utilisées pour atteindre ces résultats? Qui a eu
accès aux données du TTT? De quelle manière?
• Quels étaient les défis dans la mise en place du TTT?
• Les femmes et les jeunes sont-ils impliqués dans le TTT? Comment?
• Le TTT continue-t-il en ce moment, après la finalisation du projet?
• Le TTT peut-il continuer sans le projet? Qu’est-ce qui est nécessaire pour sa poursuite?
• Existe-t-il et quels sont les effets imprévus, positifs et négatifs, du TTT?
• Le TTT a-t-il contribué/été associé à d’autres éléments/activités du projet?
Fin
Avez-vous quelque chose à ajouter?
Si vous pouviez refaire le projet, que feriez-vous différemment?
Avez-vous des questions pour l’équipe d’évaluation?
60
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
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Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
62
Appendice 2. Guides des entretiens (KII et FGD)
63
Appendice 3. Listes des entretiens avec les informateurs clés et
groupes de discussion
Tableau A3.1 Liste des entretiens en ligne avec les agences, le Fonds pour
la consolidation de la paix, les ministères au niveau national et les
partenaires de mise en œuvre
Organisation/fonction KII/FGD Hommes Femmes
du répondant
OIM KII 1 1
FAO KII 3
CADEPI KII 1
ADEES KII 2
Association Mains solidaires KII 1
APESS KII 2 1
CODAS CARITAS KII 1
MINEPIA KII 1 1
MINFOF KII 1
MINADER KII 1
PBF Cameroun KII 2 1
FAO, Coordinateur nexus humanitaire-développement-paix Cameroun KII 1
FAO, Fonctionnaire technique principal KII 1
UNDP, Conseillers pour la paix et le développement KII 2
Secrétariat du PBF, Président adjoint KII 1
Notes: Liste des sigles utilisés: ADEES (Association pour le développement économique, environnemental et social); APESS (Association
pour la promotion de l'élevage au Sahel); CADEPI (cellule d'appui au développement local participatif intégré); FAO (Organisation des
Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture); FGD (Groupe de discussion); KII (Entretien avec les informateurs clés); OIM (Organisation
internationale pour les migrations); MINEPIA (Ministère de l’élevage, des pêches et industries animales); MINFOF (Ministère des forêts et
de la faune); MINADER (Ministère de l’agriculture et du développement rural); PBF (Fonds pour la consolidation de la paix); UNDP
(Programme de développement des Nations Unies)
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Appendice 3. KII et FGD
Notes: Liste des sigles utilisés: AC (activité communautaire); AGR (activité génératrice de revenus); CCV (comité de concertation villageois);
MINEPIA (Ministère de l’élevage, des pêches et industries animales)
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Évaluation du projet UNJP/CMR/044/PBF
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Appendice 3. KII et FGD
Tableau A3.4 Entretiens avec les informateurs clés et groupes de discussion de terrain planifiés
Région Département Arrondissement Village Commission consultative Agent CCV AC/AGR Agriculteurs KII FGD
d'arrondissement recenseur TTT et éleveurs
(et réfugiés si
pertinent)
Adamaoua 3 KII (autorités administratives,
1 FGD (7-
Meiganga Ngam traditionnelles et représentants 2 KII 1 FGD (4-5 p.) 5 2
10 p.)
ministériels locaux)
Mbéré
1 FGD (15-
Djohong Borgop 3 KII 2 KII 1 FGD 1 FGD 5 3
20 p.)
Ngaoui Ngaoui 3 KII 2 KII 1 FGD 1 FGD 5 2
Est Gado-Badzéré 1 FGD 1 FGD 1 FGD 3
Lom et Djérem Garoua-Boulaï 3 KII 2 KII 5
Mborguéné 1 FGD 1 FGD 1 FGD 3
Mboumama 1 FGD 1 FGD 5 2
Kadey Ketté 3 KII 2 KII
Gbiti 1 FGD 1 FGD 1 FGD 3
Nord Mayo-Louti Mayo-Oulo Pologozom 3 KII 1 FGD 1 FGD 1 FGD 3 3
Mayo Lope 1 FGD 1 FGD 2
Bénoué Bibémi 3 KII 2 KII 5
Adoumri 1 FGD 1 FGD 2
Rey-Bouba Babororo 3 KII 2 KII 1 FGD 1 FGD 5 2
Mayo-Rey
Touboro Mbaimboum 3 KII 2 KII 1 FGD 1 FGD 5 2
Total 29
échantillon FGD
16 agents 7 CCV; 140 43 avec
6 9 12 9 CCA 84 p. 48 p.
recenseurs p. KII +/-
270
p.
Total projet 57 agents 15 CCV;
6 11 28 9 CCA 1 405 p.
recenseurs 300 p.
Notes: Liste des sigles utilisés: AC (activité communautaire); AGR (activité génératrice de revenus); CCA (commission consultative d'arrondissement); CCV (comité de concertation villageois); FGD (groupe
de discussion); KII (entretien avec les informateurs clés); TTT (outil de suivi de la transhumance)
67
Bureau de l'évaluation
evaluation@[Link]
[Link]/evaluation/fr/
CC2153FR/1/09.22