INTRODUCTION GENERALE
Comme dans beaucoup d’autres branches du droit, il faut regarder le Droit
social en Afrique francophone comme l’héritage du Droit du travail français
dont l’existence remonte au siècle dernier. Le droit du travail est une notion qui
n’a pas été définie de façon expresse par la loi. Il est donc utile de procéder
d’abord à sa définition, ensuite faire son historique et enfin énoncer ses sources.
I – DEFINITION ET DOMAINE
1-Definition
Malgré l’inexistence d’une définition légale du Droit du Travail, on peut
se référer à l’objet et au contenu de ce droit pour donner la définition suivante :
Le droit du travail est le droit qui régit les rapports du travail subordonné entre
le salarié et l’employeur d’une part, les conventions collectives et individuelles
qui résultent de ces rapports du travail d’autre part. En d’autres termes, le droit
du travail est l’ensemble des règles juridiques applicables aux rapports
individuels et collectifs entre employeurs et employés.
2-Domaine
Il faut noter que, le droit du travail ne s’applique pas à toutes les activités
professionnelles. En effet sont exclus du champ d’application du droit du travail
les individus qui font des travaux de façon libérale (ex : les avocats, les
médecins, les architectes, les commerçants etc.) ; sont aussi exclus les dirigeants
d’entreprise à l’instar des fonctionnaires. Cependant, on note que certains
travailleurs employés par l’Etat sont soumis au Droit du Travail : c’est le cas des
agents temporaires et des agents journaliers.
Sont également exclus, les agents et les salariés de la marine marchande
qui sont quant eux, soumis au code de la marine marchande.
II - HISTORIQUE DU DROIT DU TRAVAIL
Le droit du travail est né vers la moitié du 19 ème siècle. En Afrique
francophone en général et en Côte d’Ivoire en particulier, la naissance d’un
véritable droit du travail a été longue et dominée par le fait de la colonisation.
Ainsi, peut-on schématiquement diviser l’évolution historique du droit du travail
ivoirien en deux grandes périodes :
La première période
C’est celle qui part des origines de la colonisation à la deuxième guerre
mondiale. Elle est marquée de façon révoltante par l’esclavage qui fut remplacé
après son abolition officielle en 1948 par le travail forcé. Pendant cette période
les travailleurs ivoiriens ne faisaient l’objet d’aucune protection légale.
La deuxième période
Elle s’étend de la deuxième guerre mondiale à nos jours. Elle est marquée
par une évolution, c’est-à-dire une amélioration de la situation juridique des
travailleurs africains en général et des travailleurs ivoiriens en particulier. En
effet, depuis les indépendances, les africains peuvent légiférer librement en
matière de travail et de sécurité sociale.
Le 1er code du travail ivoirien est issu de la loi n° 64-290 du 1er août 1964. Ce
code a été entièrement modifié et remplacé par la loi n° 95-15 du 12-01-1995
portant Code du Travail qui sera remplacé à son tour par la loi N°2015-532 Du
20 juillet 2015 portant code du travail.
III - LES CARACTERES DU DROIT DU TRAVAIL
Le droit du travail est un droit protecteur qui a pour objectif d’assurer la
protection des salariés dans l’exercice de leurs activités professionnelles.
C’est aussi un droit concret car les règles du droit du travail s’adaptent aux
situations réelles qui prévalent à une période donnée.
C’est un droit évolutif dans la mesure où il doit toujours tendre à l’amélioration
des conditions de travail et de vie des salariés.
Il est dynamique parce qu’il évolue rapidement et dans un sens unique:
l’amélioration du sort des travailleurs et de l’individu tout court.
IV - LES SOURCES DU DROIT DU TRAVAIL
Le droit du travail ivoirien comme les droits étrangers a deux grandes
sources:
Une source interne,
Une source internationale.
A/ LES SOURCES INTERNES
1 - Les sources internes Etatiques
Les sources étatiques sont les sources traditionnelles du droit. Il s’agit :
D’abord de la loi fondamentale, c’est-à-dire la constitution,
Ensuite des lois ordinaires et les règlements,
Enfin la jurisprudence.
a) La constitution
Elle est une source du droit du travail en ce sens que son préambule
affirme les principes fondamentaux du droit du travail tels que:
Le respect et la nécessité de garantir les libertés syndicales,
La reconnaissance à tout citoyen des droits économiques et sociaux (le
droit au travail et la protection des individus contre le chômage), etc.
b) La loi
Elle demeure la source du droit du travail par excellence. Ainsi, les règles
de base régissant les rapports de travail et toutes les questions qui en résultent et
formant le droit du travail sont édictées par le code du travail.
c) Les règlements
Les règlements sont les décrets et arrêtés pris en matière de droit du
travail qui ont pour mission, d’assurer les conditions et modalités d’application
des lois relatives au travail.
d) La jurisprudence
La jurisprudence est source du droit du travail parce qu’il s’agit des
solutions données par les juridictions ivoiriennes saisies des litiges de travail
même si ces solutions ne sont pas toujours prévues par les textes en vigueur.
2 - Les sources internes privées
Ces sources résultent de trois éléments :
Les usages,
Les conventions collectives ;
Le règlement intérieur.
a) Les usages
Ce sont les habitudes pratiquées pendant longtemps et considérées par tous à un
moment donné comme étant le droit.
Aujourd’hui cependant, il faut reconnaître que, les usages ont un rôle réduit dans
le domaine du droit du travail.
b) Le règlement intérieur
Il est l’œuvre individuelle du chef d’entreprise. Mais sa rédaction doit se
faire conformément aux lois, règlements et conventions collectives en vigueur.
c) Les conventions collectives du travail
Il s’agit d’un accord relatif aux conditions de travail intervenu entre une
collectivité de travailleurs et un ou plusieurs employeurs. Elle est aussi
considérée comme une source de droit. En Côte d’ivoire, il existe depuis juillet
1977 la Convention Collective Interprofessionnelle. Elle est de portée nationale
et de durée indéterminée.
B- LES SOURCES INTERNATIONALES
Il s’agit essentiellement des traités résultant de concertation au niveau de
plusieurs Etats et qui s’imposent aux Etats signataires. C’est dans le cadre de
l’OIT que s’exerce l’action concertée de ces différents Etats.
Titre 1:
LE CONTRAT DE TRAVAIL
Le contrat de travail se précise à travers des engagements préliminaires et
définitifs.
Chapitre 1 - LES ENGAGEMENTS PRELIMINAIRES
Les engagements préliminaires au contrat définitif de travail sont
constitués par un apprentissage ou un essai.
I - LE CONTRAT D’APPRENTISSAGE
Le contrat d’apprentissage présente des points communs avec le contrat
de travail mais, il en ressort une certaine originalité.
En effet, cette originalité apparaît à travers la définition (A), les conditions de ce
contrat (B) et aussi à travers les obligations incombant aux parties présentes
durant son exécution (C).
A/ DEFINITION
Le contrat d’apprentissage est défini par le code du travail comme étant «
celui par lequel un chef d’établissement [...] s’oblige à donner ou à faire donner
une formation professionnelle méthodique et complète à une autre personne et,
par lequel celle-ci s’engage en retour à se conformer aux instructions qu’elle
reçoit et à exécuter les ouvrages qui lui sont confiés en vue de sa formation »
Art13.1. de la loi n°2015-532 du 20 juillet 2015 portant code du travail.
Ainsi défini, il apparait clairement que le contrat d’apprentissage nécessite des
conditions pour sa validité.
B/ LES CONDITIONS DE VALIDITE DU CONTRAT
D’APPRENTISSAGE
Pour être valable, le contrat d’apprentissage doit être soumis à des conditions de
fond et à des conditions de forme.
1 Les conditions de fond
Les conditions de fond auxquelles sont soumises un contrat
d’apprentissage sont relatives au maître et à l’apprenti.
a) Les conditions relatives au maître
Le maître doit être titulaire d’une carte de “maître d’apprentissage”
délivrée par le ministre chargé de la formation professionnelle.
Il doit être âgé de 21 ans au moins (Art. 13.3) et doit être de bonne moralité, ne
doit jamais avoir été condamné soit pour crime, soit pour délit contre les
moeurs. En plus, tout maître qui désire loger ses apprentis de sexe féminin ou
mineur chez lui ou dans son atelier, doit vivre en famille ou en communauté.
b) Les conditions relatives à l’apprenti
Le code du travail ne fait pas ressortir l’âge requis pour être apprenti.
Mais, il ressort de ces dispositions qu’un mineur peut être apprenti. Cependant,
il faut admettre que l’apprenti doit avoir au moins 14 ans, âge minimum requis
pour l’embauche des enfants dans les entreprises comme salariés ou apprenti.
Tout candidat à l’apprentissage doit subir un examen médical avant le début de
sa formation pour déterminer son aptitude aux conditions de l’apprentissage.