Texte 3 : Blackwater, Michael MCDOWELL, 1983
Les Demoiselles de Perdido
La congrégation rigoriste de Perdido étaient connus pour trois raisons : ses bancs, qui
étaient très durs ; ses sermons, qui étaient très long ; et son pasteur, qui était une minuscule
femme aux cheveux noirs et au rire perçant nommée Annie Bell Driver. Parfois, les gens
supportaient les bancs sans dossier et les sermons de trois heures simplement pour la
nouveauté d’etendre une femme face à ses adeptes, derrière son pupitre, et parler de
pêché, de la damnation, et la colère de Dieu. Annie Bell avait un mari insignifiant, trois fils
tout aussi insignifiants, et une fille nommée Ruthie qui allait grandir et devenir exactement
comme elle.
Quand les eaux de la rivière s’étaient mises à monter, Annie Belle Driver avait ouvert en
grand les portes de l’Eglise Zion Grace pour y accueillir quiconque serait contraint de quitter
son domicile. Il s’avéra que les premiers à devoir quitter leurs domiciles de ce côté de la ville
furent les trois familles les plus riches de Perdido : les Caskey, les Turk et les
DeBordenaves. Ces familles possédaient les trois scieries et entrepôts de la ville, le bois de
construction étant l’unique industrie de Perdido.
Ainsi, tandis que les eaux rouges et boueuses de Perdido inondaient leurs jardins, les trois
riches familles de la ville avaient rassemblé devant les porches de leurs belles maisons des
chariots et des mules empruntés aux scierie et les avaient chargés de coffres, de tonneaux
et de caisses remplies de nourritures, de vêtements et d’objets précieux.
Texte 8 : Watership Down, Richard ADAMS, 1972
Dès qu'il entra dans le bois, celui-ci semblait rempli de bruit. Il y avait une odeur de feuilles
humides et de mousse, et le murmure de l’eau ruisselante résonnait partout. A l’intérieur, le
ruisseau coulait dans la bassin, et le bruit, coincé au milieu des arbres, se répercutait tel
dans une grotte. Des oiseaux perchés se déplaçaient plus haut ; la brise nocturne remuait
les feuilles ; une branche morte tombait ici et là. Il y avait d’autres sons plus sinistres,
non-identifiés, qui venaient de plus loin ; des sons de mouvements.
Pour des lapins, l’inconnu est dangereux. La première réaction est de sursauter, la seconde
est de bondir. Ils sursautaient encore et encore, jusqu’à en être presque épuisés. Mais que
signifiaient ces sons et dans quelle direction, dans la nature, pouvaient-ils bondir ?
Les lapins se rapprochèrent les uns des autres. Leur progression ralentissait. Ils perdirent
rapidement le cours du ruisseau, se glissant à travers les parcelles éclairées par la lune tel
des fugitifs et s’arrêtant dans les buissons avec leurs oreilles dressées et le regard fixe.
Maintenant, la lune était basse et partout où la lumière traversait les arbres, elle paraissait
plus dense, plus ancienne et plus jaune.
Depuis un épais tas de feuilles mortes sous un houx, Hazel regarda un chemin étroit,
entouré de tous les côtés de fougères et de plantes bourgeonnantes. La fougère bougea
légèrement avec la brise, mais il n’y avait rien à voir sur le chemin à part les restes des
glands tombés au pied du chêne l’année dernière.
Texte 9 : The Hunger Games: The Ballad of Songbirds and Snakes, Suzanne COLLINS,
2020
Coriolanus lâcha la poignée de chou dans la marmite d’eau bouillante et jura qu’un jour il
n’en mangerait plus jamais. Mais ce n’était pas aujourd’hui. Il devait manger un grand bol de
la substance anémique et boire son bouillon jusqu’à la dernière goutte pour éviter que son
estomac ne gronde pendant la cérémonie de la moisson. C’était l’une des précautions de sa
longue liste qu’il mettait en place pour cacher le fait que sa famille, bien qu’ils vivaient au
dernier étage de l’un des immeubles les plus huppés du Capitole, était plus pauvre que la
vermine des districts. Qu’à dix-huit ans, l’héritier de l’ancienne grande maison des Snow
n’avait rien d’autre pour vivre, si ce n’est son intelligence.
Il était préoccupé par sa chemise pour la moisson. Il avait un pantalon de costume foncé
correct acheté au marché noir l’année passée, mais c’était la chemise que les gens
regardaient. Par chance, l’Académie fournissait les uniformes requis pour l’usage quotidien.
Pour la cérémonie d’aujourd’hui, par contre, les étudiants avaient reçu la consigne de bien
s’habiller tout en n’oubliant pas la solennité de l’évènement. Tigris lui avait dit de lui faire
confiance, et c’est ce qu’il avait fait. Jusqu’ici, seule l'habileté de sa cousine avec une
aiguille l’avait sauvé. Pour autant, il ne pouvait pas s’attendre à un miracle.
La chemise qu’ils avaient ressorti de derrière l’armoire, qui appartenait à son père pendant
des jours meilleurs, était tâchée et jaunie avec le temps, la moitié des boutons manquant,
une brûlure de cigarette sur l’une des manchettes. Trop endommagée pour être vendue
même dans le pire des cas, et c’était sa chemise pour la moisson ? Il était allé dans sa
chambre ce matin à l’aube, seulement pour n’y trouver ni sa cousine, ni sa chemise. C’était
mauvais signe.
Texte 10 : The Expanse Leviathan Wakes, James S.A. COREY, 2011
Le Scoupli avait été récupéré huit jours auparavant, et Julie Mao était enfin prête à être tuée.
Il lui avait fallu l'entièreté de ces huit jours enfermée dans un compartiment de stockage pour
en arriver là. Pendant les deux premiers jours elle était restée immobile, certaine que les
hommes armés qui l'avaient mise là avaient été sérieux. Pendant les premières heures, le
vaisseau sur lequel avait été emmenée n’était pas soumis à la pression atmosphérique,
alors elle flottait dans son compartiment, utilisant de légers mouvements pour éviter de se
cogner dans les murs ou la combinaison atmosphérique avec laquelle elle partageait
l’espace. Quand le vaisseau commença à bouger, la poussée lui donnant du poids, elle était
restée debout en silence jusqu’à avoir des crampes aux jambes, puis s’asseya lentement en
position foetale. Elle avait uriné dans sa combinaison, ne se souciant pas de l’humidité
chaude et irritante, ou de l’odeur, se souciant seulement du fait qu’elle puisse s’endormir et
tomber dans la tache humide qu’elle avait laissé par terre. Elle ne pouvait pas faire de bruit.
Ils la tueraient.
Le troisième jour, la soif l’avait forcée à s’activer. Le bruit du vaisseau l’entourait. Le léger
grondement subsonique du réacteur et du propulseur. Le sifflement constant et le bruit sourd
du système hydraulique et des boulons en acier alors que les portes pressurisées entre les
ponts s’ouvraient et se refermaient. Le martèlement étouffé des lourdes bottes traversant les
ponts en métal. Elle attendit jusqu’à ce que tout le bruit qu’elle ne pouvait entendre paraisse
lointain, puis tira la combinaison de ces crochets et sur le sol du compartiment. Écoutant
pour tout son se rapprochant, elle démonta la combinaison lentement puis attrapa la réserve
d’eau. Elle était vieille et périmée ; la combinaison n’ayant évidemment pas été utilisée ou
entretenue depuis des années.