Pratiques d'écriture en Haïti
Pratiques d'écriture en Haïti
Faculté d’éducation
par
Mai 2017
par
Sœur Bernadette Dorélien
La recherche montre que les éléments de base acquis au préscolaire et au premier cycle
jouent un grand rôle dans l’apprentissage de l’écrit et qu’il importe de mettre l’enfant en contact
avec l’objet livre qui désigne aussi bien les revues pour enfants que les albums, les bandes
dessinées, les livres de contes ou les documentaires et de multiplier les activités de lecture et
d’écriture en s’appuyant entre autres sur la littérature enfantine afin d’aider l’enfant à se
développer et à lui donner le statut d’un sujet pensant. Parmi les approches récentes, les
méthodes communicatives privilégient les activités imitant les situations quotidiennes
extrascolaires. Les méthodes communicatives favorisent l’acquisition des compétences par
l’immersion, les échanges et l’interaction verbale. Il est alors suggéré, parmi les diverses
approches récentes, la pratique des orthographes approchées qui est une activité significative où
les jeunes enfants partent à la découverte de l’écriture; la pédagogie intégrée et la pédagogie
ECriture-LECture (ECLEC) qui stimulent la pensée, éveillent l’intérêt pour la lecture et
l’écriture, favorisent l’échange, la socialisation et facilitent le transfert chez les apprenants.
L’acquisition de stratégies est évoquée dans le domaine de l’enseignement : répétition,
élaboration, organisation, généralisation, discrimination, automatisation d’une procédure afin de
5
L’objectif de cette recherche était de connaitre les perceptions et les pratiques entourant les
premiers apprentissages de l’écrit en première année fondamentale et de déterminer les
différentes activités qui y sont effectuées. Pour atteindre cet objectif, nous avons mené une
enquête auprès d’enseignants d’une quarantaine d’écoles fondamentales. Y ont pris part en tout,
291 participants, 19 pour des entretiens et 272 pour une enquête par questionnaire. Les
enseignants étant sujet au changement en fonction des mutations qui se font chaque année, nous
avons pensé qu’il était important de consulter tous les enseignants du niveau primaire.
En regard des résultats, il ressort que les enseignants perçoivent les activités de lecture en
première année comme la combinaison des sons, l’identification des mots et l’écriture comme
l’apprentissage de la calligraphie. D’après eux, le manque d’encadrement familial et la seconde
langue constituent les principales barrières pour un meilleur apprentissage de la lecture et de
l’écriture en première année. Ils pensent aussi que la langue maternelle, soit le créole est un atout
précieux dans l’apprentissage de l’écrit, mais qui pourtant n’est pas utilisée à bon escient et qu’il
serait obligatoire de valoriser dans l’enseignement afin de permettre à l’enfant de connaitre et
d’accepter son identité culturelle.
SOMMAIRE ................................................................................................................................................. 4
REMERCIEMENTS ...................................................................................................................................... 15
INTRODUCTION ......................................................................................................................................... 17
CONCLUSION........................................................................................................................................... 132
ANNEXE 2: REGROUPEMENT DES DONNEES RECUEILLIES À PARTIR DES ENTRETIENS ............................. 143
Figure 8 Pourcentage d’élèves qui échouent en écriture (communication créole) dans votre
classe ........................................................................................................................................... 102
Figure 9Pourcentage d’élèves qui échouent en lecture créole dans votre classe .............. 103
Figure 11Pourcentage d’élèves qui échouent en lecture française dans votre classe ........ 105
Figure 14 Les difficultés dans les apprentissages de la lecture et de l’écriture ont-ils des
effets sur les autres apprentissages et sur la vie de l’enfant? ...................................................... 110
Figure 15 La langue dans laquelle les enfants réussissent le mieux leur apprentissage .... 111
Figure 16 Dans quelle langue est rédigée la majorité des livres que vous utilisez ........... 112
Figure 21 La première étape à franchir dans l’apprentissage d’une langue ...................... 116
Figure 22 La meilleure façon d’encourager les enfants dans les premiers apprentissages de
l’écrit ........................................................................................................................................... 117
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Tableau 5 Pourcentage des enseignants enquêtés par niveau de formation ayant déclaré que
l’utilisation du créole dans les premiers apprentissages donne une chance égale à tous les enfants
haïtiens .......................................................................................................................................... 99
Tableau 6Répartition des enseignants enquêtés par sexe suivant la langue d’enseignement
en lecture et en écriture en première année dans leur établissement scolaire ............................. 101
Tableau 7 Pourcentage d’élèves qui échouent en lecture et en écriture créole dans la classe
suivant le nombre d’années d’expériences des enseignants ....................................................... 103
AF Année Fondamentale
L1 Langue première
L2 Langue seconde
REMERCIEMENTS
Mon cœur exulte de bonheur, mon esprit tressaille de joie car le Seigneur a daigné mettre
fin à mes labeurs et à mes lassitudes, à mes espérances et à mes désespérances. En effet, ce
travail est le fruit d’une grande persévérance et d’une longue patience. À travers des embuches, il
a pu se réaliser grâce à ma détermination et au concours de nombreuses personnes auxquelles je
dois reconnaissance, gratitude et affection.
Tout d’abord, je remercie la congrégation d’où a germé l’idée et qui m’a permis de faire
cette expérience. J’ai avancé, il est vrai, à pas de tortue mais je suis arrivée au terme de ma
course. Un merci spécial à Sœur Marie Noëlle Moise, à Sr Pia Franck, à Sœur Marie Thérèse
Lucie Sanon et à leurs deux gouvernements successifs. Merci à Sœur Rose Marie César, Sœur
Marthe Faustin sans oublier toutes celles que je n’ai pas citées et qui ont joué un rôle important
dans la réalisation de mon projet.
Comment ne pas remercier l’Église en détresse pour le soutien financier qu’elle m’a
accordé par l’intermédiaire de la directrice Marie Claude Lalonde toujours pleine de délicatesse
et de respect.
Un merci venant du fond de mon cœur pour les membres de ma famille. Ils ont toujours su
m’accorder présence et confiance. Ils m’ont aidée à surmonter les obstacles qui m’entravaient le
chemin en m’entourant de leur bonté, de leur affection et en me supportant. Point besoin de les
nommer, le bien ne fait pas de bruit; ils sont miens, je suis leur.
Merci à mon médecin, Franklin Normil qui m’a aidée à retrouver mes forces vitales et à
aller de l’avant en poursuivant mon rêve.
Une pensée spéciale pour France Lacourse qui s’est toujours montrée une amie d’une
délicatesse sans borne, d’une grande attention. Elle a toujours su me créer une ambiance
sympathique et agréable.
Merci à Madame Hélène qui m’a toujours guidée et encadrée et qui a aussi été très bonne
pour moi.
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Merci à Véro qui était toujours là pour m’encourager et qui m’édifiait par son courage et sa
détermination.
Je remercie les membres du Jury pour leur compréhension, leurs remarques judicieuses qui
m’ont permis d’améliorer mon travail.
Merci à l’Université de Sherbrooke qui a accepté que je termine ce travail qui a commencé
de longue date et qui m’a dirigée dans mes démarches afin de pouvoir aller jusqu’au bout.
Je tiens à remercier le Révérend Père Jean Marie Louis, Doyen de l’Université Notre Dame
d’Haïti (UNDH), Monsieur Roland Altidor, Madame Griff, statisticiens à ladite université et tous
les directeurs et enseignants qui m’ont apporté leur collaboration et m’ont permis de réaliser à
bien mes interviews et mon enquête.
Merci infiniment à ma très chère directrice qui m’a toujours ouvert largement ses portes et
celles de toute sa famille, d’ailleurs. Elle m’a offert plus que l’initiation à la recherche mais son
amitié, sa tendresse, son amabilité, son dévouement, son aide, son encouragement. Nos
randonnées n’ont fait que nous rapprocher l’une de l’autre : le littoral du fleuve, le Mont Orford,
le festival des films haïtiens, les différentes pièces de théâtre, les plats gouteux à des restaurants.
Christiane m’a toujours soutenue dans mes moments de faiblesse et me redonnait constamment
confiance en moi quand je me sentais défaillir. Disponible autant qu’elle le pouvait, ses silences
n’étaient que des lieux d’espérance.
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INTRODUCTION
Les activités de lecture et d’écriture font partie des pratiques les plus courantes dans tous
les milieux scolaires (Giasson, 2003). Pourtant, en Haïti certains enfants réussissent difficilement
ces apprentissages. Plusieurs écrits expliquent ce phénomène à partir de la situation linguistique
du pays dont les enjeux sont le bilinguisme français-créole (St-Germain, 1997; Joint, 2006;
Chaudenson, 2006) et l’impact de la réforme Bernard de 1979 sur le système scolaire.
Dans cette recherche, nous voulons nous attaquer à un problème important, celui des
premiers apprentissages de l’écrit auprès des enfants de cinq à sept ans. C'est-à-dire les premiers
apprentissages de la lecture et de l’écriture, ces deux matières étant indissociables. En effet, dans
toutes les couches d’une société lettrée, la lecture et l’écriture sont considérées comme un
instrument de promotion et c’est le but essentiel de la scolarité obligatoire.
Dans le premier chapitre, nous inspirant de Joint (2006), nous décrirons le contexte
sociolinguistique du pays et son impact sur les élèves. Nous jetterons un regard sur l’ancien
système scolaire où le français était la seule langue privilégiée et le renouveau apporté par la
18
Dans le cadre théorique nous verrons comment se fait l’entrée dans l’écrit, nous mettrons
l’accent sur l’importance de l’orthographe approchée et les caractéristiques des prélecteurs. Nous
aborderons l’apprentissage d’une langue seconde par l’approche communicative, les méthodes
d’apprentissage du code écrit, l’importance de la motivation dans l’apprentissage de l’écrit. Puis,
la pratique enseignante sera étudiée selon Reuter (2007) et trois modèles de pratiques seront
présentés à partir de Stordeur (2006).
Dans le quatrième chapitre nous présenterons les résultats et enfin nous élargirons notre
étude dans un cinquième chapitre où une discussion mettra les résultats en regard du cadre
théorique et de l’objectif de la recherche.
19
PREMIER CHAPITRE :
LA PROBLÉMATIQUE DE LA RECHERCHE
D’entrée de jeu nous allons d’écrire le contexte dans lequel évolue l’élève haïtien. En dépit
de tout, la situation économique, politique et linguistique du pays a une forte influence sur le
système éducatif et mérite d’être prise en considération.
En Haïti, depuis 1979, aux fins d’une éducation pour tous, la réforme éducative,
dénommée communément « Réforme Bernard », a permis l’introduction du créole à l’école
fondamentale en vue de favoriser l’alphabétisation des enfants qui se faisait jusqu’alors
uniquement en français (Joint, 2006). De nos jours, dès la première année du primaire, les élèves
entrent dans l’écrit dans les deux langues officielles du pays, c’est-à-dire qu’ils apprennent à lire
et à écrire le créole, la langue première (L1) et le français, la langue seconde (L2) (Curriculum de
l’école Fondamentale, 1ère année et 2e année, 1982).
L’alphabétisation pour tous1 est devenue un souci mondial étroitement lié à l’éducation.
La décennie 2003-2012 y a été même consacrée. Or, l’UNESCO2 révèle qu’à l’échelle mondiale,
malgré de gros efforts déjà consentis dans ce domaine, 758 millions de jeunes et d’adultes ne
savent pas lire et écrire et 250 millions d’enfants n’acquièrent pas les compétences
d’alphabétisation fondamentale tant dans les pays où le système éducatif est bien organisé que
dans les pays en voie de développement. Haïti n’est pas à l’abri, la preuve : en 2006, le pays était
en 204e position avec seulement 49 % d’alphabétisés sur les 215 pays pris en compte dans la
comparaison en partant de ceux qui le sont entièrement. Des progrès ont été réalisés durant ces
dernières années grâce à plusieurs campagnes d’alphabétisation. Or, celle-ci est un moteur
essentiel d’une société durable. Les compétences en lecture et en écriture sont une condition
préalable à l’apprentissage d’un ensemble plus vaste de connaissances, de compétences,
d’attitudes et de valeurs nécessaires pour créer des sociétés durables. Des structures
gouvernementales ont été mises en place pour la promotion du créole et de l’alphabétisation, ce
qui a permis à des milliers d’hommes et de femmes de pouvoir maintenant communiquer par
écrit dans le créole haïtien. Haïti a donc connu une diminution considérable d’analphabètes.
Selon la Secrétaire d’État de l’Alphabétisation (SEA), sur les trois dernières années (2007-2010)
40 820 personnes de 13 ans et plus ont été alphabétisées à travers le pays et 2,5 millions de
personnes de plus de 15 ans et plus attendent ce service (MENFP, 2011). Le créole a favorisé
l’alphabétisation des adultes. Quant à l’éducation des enfants, la langue d’alphabétisation
demeure, envers et contre tout, une question litigieuse au point de troubler le système scolaire et
plus précisément la pratique enseignante. Pour comprendre cette situation, il est important
d’étudier le contexte du pays du point de vue socio-économique, politique et sociolinguistique.
1 [Link]
Le pays vit une crise permanente du point de vue économique et politique. Il connaît une
mutation sociale qui ne facilite la mise en place d’aucune réforme éducative (Joint, 2006;
GTEF3, 2010). Le contexte social est marqué d’instabilité et d’insécurité politique. Dans la
période allant de 2003 à 2008, selon le rapport du GTEF (2010), le pays a connu 14
gouvernements et 5 coups d’état accompagnés d’actes d’assassinats et de pillage et trois
interventions de forces étrangères dont la durée du mandat reste jusqu’ici indéterminée. Du point
de vue éducatif, le système est défaillant, l’école fait face à un manque d’infrastructure et à une
carence de ressources humaines. En 2005, encore 76,8 % des écoles fondamentales
fonctionnaient sans électricité, 44,85 % avaient de l’eau, 34,5 % déclaraient avoir une
bibliothèque et seulement 14 % avaient accès à l’informatique et parfois à l’internet, 67 % des
écoles étaient des maisons louées de particuliers, ce qui les rendait instables (GTEF, 2010). La
plus grande partie des services de planification et de gestion est assurée par des opérateurs
privés. Les chances d’accès à l’école ne sont pas égales pour tous les enfants. Selon Joint (2006),
environ 55 % des enfants haïtiens ne vont pas à l’école. Le gouvernement dispose de peu de
moyens pouvant permettre une éducation scolaire gratuite de qualité, et moins de 25% des écoles
existantes sont publiques. La qualité des services offerts dans les écoles laisse souvent à désirer
et révèle une certaine médiocrité par les faibles taux de réussite aux examens tant au primaire
qu’au secondaire. En effet, « sur chaque 100 élèves qui entrent en 1re année fondamentale,
seulement 8 d’entre eux ont atteint la classe de philo » (GTEF, dans Dorvilier, 2016). De plus,
l’État n’exerce pas assez sa fonction de régulateur auprès des écoles privées.
Du point de vue sociolinguistique, pour décrire le contexte, il est nécessaire de faire appel
à quelques évènements historiques du pays qui, après l’arrivée de Christophe Colomb a connu
3 Groupe de Travail sur l’Éducation et la Formation (GTEF) (2010). Pour un Pacte National sur l’Éducation en
Haïti. Rapport au Président de la République. Port-au-Prince : Haïti
22
une succession de civilisations. En effet, la population indigène ayant été vite décimée, les
Espagnols ont fait venir d’Afrique des esclaves noirs déportés. Puis les Anglais ont pris
possession de l’île et ensuite les Français de 1697 à 1804. Avec ces événements, Haïti a connu
une situation multilingue d’où ont émergé le créole oral des esclaves et le français. Pendant près
de deux siècle, le créole était demeuré comme un vulgaire patois, comme la langue du peuple
n’ayant aucune valeur éducative tandis que le français était considéré comme la langue de
prestige, de promotion sociale (Joint, 2006). Le français bénéficiait d’une surestimation sociale
tandis que le créole était victime d’une dépréciation sociale. Ce dernier subit encore de la
discrimination et des préjugés sur son propre territoire car il était créé chez les Haïtiens un fort
sentiment de culpabilité linguistique qui a conduit certains à ne plus vouloir parler cette langue
ancestrale et interdire aux enfants de l’utiliser.
« Cette situation anormale n’est pas restée sans influence sur l’éducation en Haïti, le
français y constituait la seule langue d’enseignement, de la maternelle à l’université, pour une
population […] majoritairement monolingue créolophone » (Chaudenson, 2006, p.42).
Néanmoins, actuellement, la langue de la majorité, la langue de l’identité nationale a pris un
certain élan. Le GRAHN (s.d.) note que de nos jours quatre langues conservent encore leur
influence et leur utilité dans l’école ainsi que dans l’administration publique et privée sur le
territoire haïtien : le créole, le français, l’anglais et l’espagnol.
Après l’indépendance le système éducatif calqué sur le modèle français n’accordait nulle
importance à la culture des élèves. Tout arrivait de France tant en ressources humaines qu’en
matériel scolaire. Jusqu’à 1979 tous les livres et manuels scolaires étaient rédigés en français
quel que soit le public auquel ils étaient adressés et les enfants étaient obligés d’apprendre par
cœur les notions les plus abstraites, de s’exprimer en français à l’école alors qu’une infime
minorité entendait le français à la maison. Joint (2006) soutient qu’aucun effort d’acculturation
n’était fait dans la mise en œuvre du programme français en Haïti. Ainsi, le rendement scolaire
en était très affecté.
23
Une quantité d’enfants dépassés par les obstacles n’atteignaient pas le certificat d’études
primaires ou dépassaient l’âge requis pour son obtention, soit 12-14 ans. Il était difficile pour les
enfants, particulièrement ceux des milieux ruraux, de parler dans une langue et d’apprendre à lire
et à écrire dans une autre. Lofficial (1979, dans Joint, 2006) nous rapporte, sous toute réserve
relativement aux chiffres relevés, qu’en 1972, 52,5 % des enfants inscrits occupaient les classes
enfantines. De ceux-là, 39 % abandonnent dès la première année, 44,5 % redoublent et seulement
20 % étaient promus en classe supérieure. En effet, dans presque toutes les familles, un taux
élevé d’enfants connaissaient le redoublement ou l’abandon scolaire prématuré. Les enfants
arrivaient difficilement à vaincre leur timidité et à s’exprimer spontanément. Ils avaient peur et
refusaient d’aller à l’école les premiers jours, leur désir d’apprendre à lire et à écrire s’estompait
vite, quelques forts résistaient et les plus faibles flanchaient. Plus près de nous, le GTEF (2010)
rapporte que, selon l’annuaire statistique des écoles fondamentales 1 er et 2e cycle présenté par le
MENFP en 2005, le taux de redoublement était réparti comme suit :
Le créole étant mal vu et prohibé pendant longtemps dans les écoles, des tares profondes
en ont découlé. Peu d’occasions sont accordées aux élèves de s’exprimer spontanément. Le
24
français étant une langue très peu familière et pour laquelle la moindre faute est source
d’humiliation et de ridicule, il entraîne un sentiment de dégradation, de honte, de peur chez celui
qui commet une erreur et le réduit au silence dans les salles de classe. Car, les enseignants
s’évertuent davantage à combattre le créole plutôt qu’à initier les enfants au français oral. Cette
erreur crée un blocage et une manifestation d’insécurité au niveau identitaire, mi-créole, mi-
français ou encore ni créole ni français, séquelles du système éducatif qui ne sont pas sans
résonnance négative sur le développement de la personnalité des élèves. Quant à ceux provenant
des écoles rurales ou qui n’ont pas eu la chance de fréquenter une bonne école, ils écrivent dans
une langue innommable qui, souvent, les fait tourner en ridicule. L’extrait de cette lettre d’un
citoyen à une femme qu’il courtisait et qui le tenait à distance en donne un aperçu.
Je ne suis pas contan que tu soir dessus. Je ne suis pas méchant comme toir.
Mais je suis très fier de toir que tu soir dessus. Parse que je voulait telman aimer avec
toir. Et sait la ma vanjansse. Souviens toir quenous zavons prit nessence dans le
m'aime cartier. Tu était si belle quant tu avait quinze ans qua chak foir que je te
voyait que j'avait mal au vantre.
Ce n’est que dans les années 1970, devant la crise de l’école et les difficultés
d’apprentissage des élèves, que l’État haïtien intervient pour remodeler la structure et le
25
pauvreté, jusqu’à nos jours les gens digèrent mal cette question de créole dans les écoles de
renom ou dans les écoles privées.
Devant cette problématique, après plus de trente ans d’application de la Réforme Bernard, une
nécessité s’affirme : connaître les pratiques mises en œuvre dans les premiers apprentissages de
l’écrit des élèves haïtiens. Ainsi, nous pourrons mieux cerner l’état de la situation actuelle
concernant ces premiers apprentissages et mieux comprendre quels en sont les obstacles.
L’école haïtienne est divisée en deux secteurs : le secteur public et le secteur privé. Dans
les deux cas, des écoles congréganistes offrent leurs services en se souciant de la qualité et du
développement intégral de la personne humaine. L’État haïtien laisse la dominance au secteur
privé en prenant faiblement en charge l’éducation soit 11% du primaire et 12% du secondaire
CEEC (2007). Tout le reste est pris en charge par le secteur privé. Joint (2006) rapporte, d’après
l’estimation du Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES), que 85 % des 1 200 000
ménages du pays, paient l’éducation. Effectivement, des écoles privées pullulent tant en zones
urbaines qu’en zones rurales. L’auteur attribue ce fait à l’émergence du créole dans le cursus
scolaire, car les écoles privées ne sont pas obligées de suivre le programme national. Ainsi, pour
contourner la présence du créole à l’école, de nombreux parents ont préféré les écoles privées –
qui dispensent un enseignement en français – à la recherche d’un meilleur statut social pour leurs
enfants. Joint (2006) révèle aussi que, selon une étude Fondation Haïtienne des Écoles Privées
(FONEP) en collaboration avec le Ministère de l’Éducation Nationale de la Jeunesse et du Sport
(MENJS), 90 % des écoles privées sont dites défavorisées en matériel d’infrastructure, en
équipements et en ressources humaines. En plus, la plupart des locaux sont inadéquats. Plus
récemment, le GTEF (2010) révèle la précarité des conditions d’accueil des écoles
fondamentales qui sont à 31 % logées dans des églises, à 16 % dans des maisons d’habitation et à
9 % sous des tonnelles. Une preuve flagrante en est l’effondrement de deux écoles protestantes
qui a eu lieu le 7 et le 12 novembre 2008 et qui a provoqué une alarme sur toutes les ondes de la
métropole haïtienne. De plus les écoles privées sont très dispendieuses malgré la crise
27
économique et le taux de chômage qui sévissent dans le pays. Donc, la demande en éducation,
qui est en même temps une promesse de développement social, constitue une menace pour l’État
devant sa démission dans ce domaine. Par contre, bon gré, mal gré une autre forme d’éducation a
vu le jour dans le pays à travers l’école fondamentale.
Niveaux Objectifs
1er cycle (4ans) : enfants de 6 à 9 Alphabétisation dans la langue créole
ans
2e cycle (2 ans) : enfants de 10 à 11 Orientation et approfondissement des expériences
ans en langue créole. Initiation à la langue française
(orale et écrite)
3e cycle (3ans) : enfants de 12 à 14 Approfondissement du français et initiation aux
ans langues vivantes étrangères. Orientation : filière
classique et filière technique/professionnelle
Malgré les résistances venant de toute part, le créole a eu gain de cause. Depuis la
réforme Bernard de 1979, toutes les classes du primaire bénéficient d’un cours de créole de
sept à quatre heures par semaine. En première et deuxième année, sur les 25 heures
hebdomadaires, sept sont allouées à la langue première et quatre à la langue seconde. En
deuxième année, les deux langues sont réparties sur les thèmes suivants tels que nous les
présentons avec les objectifs généraux avec quelques légères nuances tandis qu’en
première, les quatre heures consacrées à la langue seconde sont réservées à la
communication orale.
Créole Français
Heures Heures
d’enseignement d’enseignement
avec le contenu du curriculum Paul (2004 dans André, 2008). L’application de celui-ci requiert
un matériel didactique adéquat, un personnel enseignant suffisamment formé, des bibliothèques
pour enfants. Or la majorité des écoles sont dépourvues en ressources humaines et en
infrastructures matérielles. Le minimum disponible dans les écoles est inadapté par rapport aux
exigences du curriculum (André, 2008).
Tant pour le privé que pour le public, la qualité de l’enseignement laisse à désirer.
L’application des nouvelles méthodes et du programme de l’enseignement fondamental nécessite
que les enseignants reçoivent une formation continue, mais tel n’est pas toujours le cas. André
(2008) précise qu’en 1997, 15 % seulement des enseignants de l’école fondamentale avaient été
formés pour enseigner. De plus les infrastructures matérielles du point de vue pédagogique sont
pauvres, le corps enseignant est relativement jeune, insuffisamment expérimenté et faiblement
qualifié. Edmé (2016) soutient que malgré les efforts des écoles normales d’instituteurs, ils sont
encore bien loin d’aboutir à un nombre d’enseignants formés pouvant changer les paradigmes de
l’enseignement fondamental :
Selon le GTEF (2010), les données fournies par le ministère de l’éducation Nationale et de
la formation professionnelle (MENFP) montrent que sur 60 261 enseignants recensés au
fondamental, environ 21 % sont des normaliens, 7 % des capistes et les 72 % sont des recrutés.
Ceux-ci peuvent avoir fait la philo (terminale), la rhéto, la classe de seconde ou moins, ou encore
l’université. Ils sont donc le plus souvent des enseignants qui n’ont pas de qualification
professionnelle ni de formation adéquate. Les capistes sont des enseignants qui ont reçu une
formation conduisant au certificat d’aptitudes pédagogiques et les normaliens sont des
enseignants qui ont bouclé leurs trois ans d’études académiques et professionnels. Ces derniers
30
sont les mieux qualifiés (GTEF, 2010). Donc seule une minorité d’enseignants est en mesure
d’exploiter le curriculum de l’école fondamentale encore moins ceux des milieux ruraux dont la
formation est inadéquate et incomplète. Ils ont manifestement des difficultés à comprendre ou à
entreprendre efficacement les activités proposées dans le programme détaillé. De plus, la qualité
de l’enseignement est fortement pénalisée par des classes surchargées. Une classe comprend
normalement 50 élèves ou plus pour un enseignant, joint à cela le manque de livres et d’aides
visuelles.
Pour de multiples raisons, beaucoup d’enfants haïtiens, petits et grands, ont des difficultés
dans le domaine de la lecture et de l’écriture. Ces activités sont si astreignantes qu’ils leur
manifestent peu d’intérêt. En fait, ils peinent à comprendre ce qu’évoque un texte et perçoivent
l’écriture comme un défi insurmontable, car la lecture et l’écriture, selon Cogis (2005) et l’ONL
31
Un rapport publié par le (MENFP) en avril 2010 rapporte que, dans le but de disposer
d’informations pertinentes à l’amélioration de l’enseignement et de l’apprentissage de la lecture
au sein du système d’enseignement fondamental, une mesure d’évaluation des compétences de
base en lecture a été mise en place en Haïti. Cet instrument s’appelle EGRA (Early Grade
Reading Assessment). Il permet de mesurer de façon fiable la lecture et l’écriture au cours des
premières années d’école primaire. C’est ainsi que plusieurs compétences ont pu être évaluées :
la connaissance de correspondances graphème-phonème par la tâche de lecture de graphèmes et
de mots inventés, la connaissance de segmentation des mots à l’oral par la tâche de la conscience
phonémique, l’automaticité de la reconnaissance des mots à l’écrit par une tâche de lecture de
mots familiers et la fluidité en lecture par la tâche de lecture d’un texte.
Un échantillon de 3024 élèves devait être évalué à raison de 12 élèves dans chacune des trois
premières années d’étude au sein de 84 écoles dans les départements de Nippes et de
l’Artibonite. L’échantillon final s’élevait à 2015 car l’effectif attendu des écoles était supérieur à
l’effectif constaté sur le terrain. Les résultats ont montré que le niveau de lecture dans ces deux
départements est faible. Les élèves de troisième année lisent moins de 23 mots par minutes et
leur capacité de décodage est faible. Les résultats en lecture de graphèmes et de mots inventés
indiquent que les élèves ne connaissent que 23 graphèmes en moyenne et lisent moins de 14
mots inventés. Les scores des élèves qui ne lisent aucun mot du texte en créole s’élèvent à 76 %
en première année, 49 % en deuxième année et 29 % en troisième année et pour le français 63 %
en première année, 48 % en deuxième année et 23 % en troisième année. La progression des
élèves dans les deux langues peut paraitre plausible, cependant les échecs occasionnés par les
difficultés en lecture et en écriture permettent une sorte d’épuration des groupes d’année en
année en donnant lieu à la déperdition scolaire.
Les faibles scores en lecture de mots et de textes montrent que l’apprentissage de la lecture des
élèves de première année est loin d’être suffisante pour leur permettre de devenir de bons
lecteurs. Or la lecture est un savoir essentiel permettant de trouver un bon emploi, de s’informer
32
dans tous les domaines et de contribuer à aider d’autres enfants à apprendre à lire. Au cours des
années, les lacunes des uns s’accumuleront tandis que les compétences des autres s’amélioreront.
Ainsi se creuse le fossé qui diminue les chances égales pour tous et constitue une source
d’inégalité au sein du système scolaire.
Voyons maintenant quelles sont les caractéristiques des enfants les plus à risque et les facteurs
déterminant les difficultés dans les premiers apprentissages de l’écrit.
La clarté cognitive comporte quatre aspects : la fonction de l’écrit où l’enfant doit prendre
conscience des différents usages sociaux de l’écrit et de la variété des supports; le langage
technique de la lecture et de écriture, c'est-à-dire l’enfant doit découvrir les différents concepts
liés à l’écrit : chiffres, lettres, mots, phrases, signes de ponctuation et en faire la différence; les
conventions de la langue écrite qui concernent essentiellement la façon dont un livre est structuré
et la façon de se déplacer dans un texte; la relation entre l’oral et l’écrit qui permet à l’enfant de
découvrir que les mots lus sont écrits, qu’ils sont lus dans l’ordre de leur présentation visuelle de
la page et qu’un mot bref à l’oral correspond à un mot court à l`écrit et inversement pour les
mots longs.
Beaucoup d’enfants éprouvant des difficultés ont été appelés des dyslexiques dans les
milieux scientifiques comme dans les milieux cliniques et éducatifs. Toutefois, l’ONL (1998) fait
distinguer deux types d’enfants en difficulté : les dyslexiques et les mauvais lecteurs. Les
dyslexiques sont ceux dont le déficit résulte d’une anomalie de la capacité d’identification des
mots écrits et dont l’origine se trouve dans les structures cérébrales. Ils sont atteints de dyslexie.
34
Par contre les mauvais lecteurs, eux, n’ont pas une conscience claire de la relation
existant entre les phonèmes et les graphèmes, ils ne saisissent pas le lien étroit qui tisse le
langage oral et le langage écrit et non plus le principe alphabétique de l’écriture (ONL, 1998,
2000; Van Grunderbeeck, 1994). « Ils se recrutent parmi les enfants qui ont très peu d’échanges
autour de l’écrit dans le cadre scolaire et dans leur environnement socio-familial » (Van
Grunderbeeck, 1994, p.30). L’expérience linguistique peut être déficiente soit à cause d’une
atteinte sensorielle, soit à cause de la pauvreté de la stimulation qui risque de se produire dans les
milieux socioculturels défavorisés (ONL, 1998, p.192). Il revient aux enseignants d’offrir des
conditions efficaces pour aider les élèves à surmonter ses obstacles rien qu’en suscitant le goût
de lire et le plaisir d’écrire. Il est souhaitable de consolider, dès le bas âge (ONL, 1998; Giasson,
2003), la base de la dynamique motivationnelle, car l’écrit est d’un apport essentiel dans les
apprentissages disciplinaires et influence la réussite scolaire de l’enfant (Montésinos-Gelet et
Morin, 2006; Foulin et Pacton, 2006; l’ONL, 1998; Giasson, 2003; Van Grunderbeeck, 1994;
Alamargot et Chanquoy, 2004; Saint-Laurent, 2008). Qu’en est-il de l’éducation de la petite
enfance qui prédispose le sujet aux différents apprentissages, du système scolaire et de
l’environnement culturel? Les points suivants sont à considérer.
préscolaires ne sont pas accessibles à tous les enfants. Selon les estimations du MENPF (2011)
sur une population de 489 670 enfants de 4-5 ans, 328 079 fréquentent l’école préscolaire soit
67%. Parmi eux, seulement 7% sont accueillis dans les écoles préscolaires publiques. Le GTEF
(2010) révèle que les écoles préscolaires sont aussi essentiellement privées. Elles sont implantées
particulièrement dans le milieu urbain du département de l’ouest et sont au nombre de 1 427.
Plus encore, 9 912 écoles fondamentales dont 95,7 % sont du secteur non public. Les couts sont
élevés et sont pris en charge intégralement par les parents dans le secteur privé et à 30 % dans le
secteur public. Il existe un curriculum officiel qui prévoit trois années préscolaires pour les
enfants de trois à cinq ans.
Le système éducatif haïtien reste peu adapté aux enfants, calqué sur le modèle français
depuis près de deux siècles, il a hérité de quelques tares qui perdurent. Les enseignants sont
encore bien ancrés dans l’enseignement traditionnel. Les manuels scolaires sont rédigés
seulement en français. Ceux, nouvellement élaborés dans les deux langues et plus ou moins
adaptés, sont de prix inabordables. Le français étant de rigueur dans bon nombre d’écoles, cette
pratique ne favorise pas toujours la communication entre l’enseignant et les élèves vu que
beaucoup d’enfants proviennent des milieux ruraux et ont très peu de contact avec le français
sinon que dans le milieu scolaire.
En fait, les enfants parlent le créole à la maison. Des données statistiques5 ont révélé
qu’un très faible pourcentage évalué à 1,5 % de la population y parle français. Mais, on attend
d’eux qu’ils parlent, lisent et écrivent en français à l’école à partir de la deuxième année et même
avant or, l’apprentissage de n’importe quelle langue nécessite un bain de langue.
5 Cette information est tirée le 19 novembre 2008, d’un site web : [Link]
[Link]/axl/amsudant/haiti.
36
Une cohorte suivie dans un district scolaire de la région des Gonaïves s’est vue dissoute en
six ans, de 1994 à 2000. De la première à la sixième année, le groupe était réduit à 0,2 % (André
2008). En effet, rapporte-t-elle, à la fin de la première année 55 % des élèves sont promus en 2e
année. De ce groupe, 61 % sont passés en 3e année, de la 3eannée à la 4e année les résultats sont
similaires, de la 4e année à la 5e année 24 % sont promus et enfin 55 % sont admis en 6e année.
Aux examens officiels 60,1 % ont échoué. Comment expliquer ce phénomène ? À quoi est dû le
problème de l’échec scolaire des enfants ? En dépit des failles du système, il est essentiel de
scruter d’autres facteurs dont la pratique enseignante relative aux premiers apprentissages de la
lecture et l’écriture qui sont prépondérantes dans la réussite scolaire des enfants. En regard de la
complexité des problèmes soulevés : défaillances du système éducatif et de l’environnement
culturel de l’enfant, voici les grandes questions que nous nous posons. Quelles sont les pratiques
pédagogiques des enseignants entourant les premiers apprentissages de la lecture et de l’écriture
des élèves haïtiens? Quel support didactique est utilisé pour favoriser ces apprentissages?
Comment les enseignants soutiennent-ils la motivation des enfants au cours de ces
37
DEUXIEME CHAPITRE :
LE CADRE THÉORIQUE DE LA RECHERCHE
Dans ce chapitre, nous verrons l’importance de l’éducation préscolaire et de l’orthographe
approchée, les caractéristiques des prélecteurs et les stratégies pour la lecture utile. Nous
présenterons ensuite l’approche privilégiée dans l’apprentissage d’une langue seconde, le rôle de
la motivation dans l’apprentissage de l’écrit, les différentes méthodes et les formes de lecture.
Nous décrirons enfin les concepts clés évoqués dans la question et l’objectif de la recherche, la
pratique enseignante qui sera définie selon Reuter (2007) et trois modèles de pratiques seront
décrits à partir de Stordeur (2006). Puis, nous présenterons la pédagogie intégrée et les principes
pédagogiques ECLEC qui peuvent être intéressants dans le développement littéracique des
jeunes enfants.
Gelet, 2006; Boudreau, 1993). Selon ce dernier « c’est un processus continu et complexe qui
prend racine à la maison, dans le lieu de vie, lorsque les parents prennent le temps d’interagir
avec leur enfant autour d’écrits significatifs ou qu’ils associent le langage, et particulièrement le
langage écrit, aux activités quotidiennes de la famille » (Boudreau, 1993, p.200). Le contact avec
l’écrit tôt avant l’école favorise chez la plupart des enfants une attitude et des aptitudes à lire et à
écrire (Boudreau 1993; ONL, 1998; Giasson 2003).
Dans ce même contexte, Teale (1983 dans Pierre, 2003) avance que dans les sociétés à
haut niveau de littératie, l’appropriation de l’écrit commence bien avant l’enseignement formel
en situation scolaire. Il introduisait le concept de « littératie6 naturelle ». Gray, quant à lui, parle
de « littératie fonctionnelle » pour englober les réalités différentes selon les époques, les sociétés
et les groupes sociaux. Pierre (2003) associe la littératie familiale à la prévention de l’illettrisme
en concluant que l’apprentissage de l’écrit est déterminé par le contexte socioculturel, le type et
le niveau littéracique de la famille. Elle définit la littératie familiale comme les rapports que les
différents membres de la famille établissent avec l’écrit, les usages qu’ils en font, les valeurs et
les attitudes qu’ils développent par rapport à l’écrit et qu’ils transmettent aux enfants. Cette
approche prouve l’importance de la culture familiale dans le développement littéracique de
l’enfant, mais il reste que, au niveau plus avancé, l’enseignant est la personne mandatée pour
accompagner efficacement l’enfant dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en tant que
spécialiste de l’apprentissage scolaire. Car, « pour ce qui est des compétences, l’enseignant a un
rôle spécifique à jouer » (Liquête et Maury, 2007 p. 12). C’est à lui qu’il revient d’amener les
élèves à l’autonomie dans la gestion du travail scolaire, à s’organiser, acquérir des méthodes
efficaces, évaluer les résultats atteints, chercher les remèdes nécessaires et au-delà, développer
des activités d’autoformation par une volonté de se former en permanence (Liquête et Maury,
2007).
6 Nous adoptons désormais cette orthographe pour son origine étymologique « littératius superlatif de
littératus » dont dérivent tous les termes reliés à la littérature. Gafiot (1934, dans Pierre, 2003)
40
difficulté est plus grande encore quand il s’agit de l’acquisition d’une langue étrangère comme
dans le cas des pays allophones telle qu’Haïti (Chaudenson, 2006). Il est donc nécessaire de
considérer les représentations des enfants et les prendre chacun à partir de ce qu’ils savent :
l’oral. Giasson (2003) et Van Grunderbeeck, (1994) soutiennent également que l’enseignant doit
être en mesure d’accompagner l’enfant en utilisant le langage écrit pour des activités qui le
concernent vraiment par exemple l’écriture de son prénom, de celui des membres de sa famille,
de ses amis, ses compagnons de classes les plus rapprochés, son plat préféré etc.
Pour pallier le problème de l’écriture des élèves dans l’apprentissage de l’écrit, le courant
actuel suggère aux adultes d’encourager les enfants à écrire le plus tôt possible par le gribouillis,
les pseudolettres, les lettres au hasard, l’orthographe approchée (Montésinos-Gelet et Morin,
2006; Foulin et Pacton, 2006). Sur le plan didactique, l’accompagnement s’effectue en
s’appuyant sur les compétences et habiletés de l’oral, les rapports entre l’oral et l’écrit étant
indispensables dans l’apprentissage du couple lecture-écriture (l’ONL, 1998). Depuis environ
une trentaine d’années, selon Montésinos-Gelet et Morin (2006), l’orthographe approchée a fait
irruption dans l’enseignement préscolaire et primaire d’abord sous la terminologie de
l’orthographe inventée. Il était prétendu que les jeunes enfants font leurs activités de lecture et
d’écriture, de compréhension et de composition, avant même un enseignement formel, qu’ils
inventent tôt leurs signes et leur orthographe pour s’exprimer (Ferreiro et Gomez-Palacio, 1988).
Plus tard, le concept d’orthographe inventée a été remis en question et contesté (Montésinos-
Gelet et Morin, 2006). Il appert que l’enfant n’invente pas un code, mais qu’il tente plutôt
d’utiliser les connaissances déjà acquises sur la langue écrite. Alertés par cette réflexion, les
chercheurs, plus précisément, (Montésinos-Gelet et Morin, 2006) soulignent qu’une innovation a
été apportée en ces termes orthographe approchée, car le jeune enfant s’efforce d’écrire avec ses
idées, en relation avec quelque chose qui existe, la norme orthographique. « Le mot orthographe,
expliquent-elles, est un système organisé qui existe en dehors de l’individu et qui est régi par un
code » (Montésinos-Gelet et Morin, 2006, p.8). Ces dernières soutiennent que, dans cette
démarche, il ne s’agit pas simplement d’inciter l’enfant à écrire et de le valoriser, mais qu’il
42
convient aussi de l’accompagner dans son effort pour donner du sens à la langue écrite.
L’écriture, d’après Leleu-Galland (2008), se différencie du dessin et du graphisme mais s’oriente
vers le tracé de séquences de mots, de phrases, de messages signifiants pour la construction de
sens et dont l’enjeu est la communication. Aussi revient-il aux adultes ayant reçu une formation
adéquate de supporter les enfants, de les soutenir, de les guider, de les valoriser et de les porter à
réfléchir sur leur production et sur la façon dont ils s’y sont pris, par le questionnement et le
dialogue tout en tolérant leurs erreurs afin de leur donner le goût de risquer pour avancer en
confiance (Cohen et Gilabert, 1986; Doman, 1978; Ferreiro, 1977 dans Boudreau, 1993; Morin
et Montésinos-Gelet, 2006 et Foulin et Pacton, 2006). La pratique des orthographes approchées
s’est avérée efficace, elle est une activité ludique conceptualisée et significative où les jeunes
enfants partent à la découverte de l’écriture d’un mot en jouant avec les sons et les lettres. Les
indices de réussite sont leur participation et leur motivation à ces activités (Charron, Bouchard et
Cantin, 2009).
Il se révèle essentiel aussi, selon l’ONL (1998), de travailler sur l’oral par des échanges
téléphoniques par exemple, des enregistrements au magnétophone, voire au magnétoscope, de
doter l’enfant d’un secrétaire, enfant plus âgé ou enseignant qui transcrit le message afin de le
situer dans un cadre spatio-temporel qui rend le locuteur présent ou absent. L’oral fournit la
matière première de l’écriture, cependant, ce n’est pas surtout le continuum sonore qui importe,
mais l’univers de signification auquel il donne accès (Boudreau, 1993). Si lire c’est comprendre,
le décodage à lui seul ne suffit pas, car « la compréhension du langage écrit est la résultante de
deux capacités : la capacité d’identification des mots écrits et la capacité de compréhension du
langage parlé » (l’ONL, 1998, p.156).
Tous les enfants sans distinction, d’après l’ONL (1998); Giasson, (2003); Montésinos-
Gelet et Morin (2006); Foulin et Pacton (2006) devraient découvrir comment fonctionne le
langage oral et faire le lien entre l’oral et l’écrit dès la grande section maternelle à plus forte
raison dès les premiers apprentissages de l’écrit. Dans le cas contraire, il est nécessaire de
prendre des mesures pour prévenir un éventuel échec. Qu’en est-il des stratégies à développer
chez les tout jeunes enfants? C’est ce que nous allons voir dans la prochaine rubrique.
44
L’apprentissage de la lecture est étroitement lié à l’acquisition des stratégies (Scallon, 2007).
Dans cette optique, l’Association Française pour la Lecture (AFL, 1983) nous en propose un
ensemble pouvant aider l’enfant à se préparer à la lecture utile. Il importe de lui montrer le
poteau indicateur ou la pancarte qui permet de se repérer, d’utiliser avec lui une recette de gâteau
en lui indiquant les renseignements qu’elle fournit et en rassemblant avec lui les ingrédients. Elle
suggère encore de lire avec lui la notice de fonctionnement d’un appareil nouvellement acquis,
d’explorer ensemble l’annuaire pour chercher le numéro de téléphone d’un camarade qu’il veut
appeler, de consulter avec lui un catalogue s’il veut acheter un jouet ou un vêtement en lui
montrant comment faire pour trouver la page sur les renseignements désirés. L’enseignant peut
encore lui signaler où trouver les renseignements sur une affiche : le titre d’un spectacle, le lieu,
la date, l’heure, le prix des places; l’intéresser à des activités de lecteur et à des actes de lecture,
lui raconter des histoires et les livres dont ces histoires sont extraites, parler ensemble des
illustrations, des phrases qui racontent l’histoire, relire avec lui, lui laisser le livre pour qu’il le
regarde et se raconter l’histoire en le feuilletant, lui acheter des jeux de société qui contiennent
45
de l’écrit accessible aux enfants de son âge, l’aider à trouver une réponse à ses questions dans un
documentaire, l’aider à trouver dans un journal le programme de télévision qu’il souhaite
regarder, l’aider à mieux connaître les livres, lui montrer le titre, le nom de l’auteur, de l’éditeur,
la table des matières, lui faire connaître les différents types : albums, bandes dessinées,
documentaires, l’aider à choisir un livre à la bibliothèque en lui faisant préciser ce qu’il souhaite,
lui parler des livres qu’il a choisis à partir des illustrations. Mises à part ces stratégies de lecture
et d’écriture, Goigoux et Pollet (2011) préconisent la lecture magistrale pour favoriser l’entrée
dans l’écrit à l’école maternelle.
Par lecture dramatisée les enfants repèrent les différents personnages, leurs traits de
caractère, leurs sentiments et leur attribuent des actions, grâce aux variations intonatives. Les
manières de lire du maitre disent ce que le texte n’explicite pas, en particulier les pensées des
personnages, leurs émotions et leurs affects. « Les activités interprétatives des élèves s’appuient
sur les intonations et les pauses très marquées par la lecture du maitre. » (Goigoux et Pollet, 2011
p. 38)
Quant à la lecture dialoguée, elle constitue des échanges langagiers dont l’un des objectifs
mis en œuvre à propos de l’album lu est de permettre aux lecteurs autonomes en devenir, de
construire la compréhension comme forme de dialogue et non dans le mot. Comme mentionné
par différents chercheurs (Montésinos-Gelet et Morin, 2006; Foulin et Pacton, 2006; l’ONL,
1998; Giasson, 2003; Van Grunderbeeck, 1994 et Goigoux et Pollet, 2011), la lecture aux tout
jeunes enfants assure l’accès à la forme écrite des récits ou des contes proposés dans les albums.
Goigoux et Pollet (2011) proposent même que ce soit des pratiques de référence ritualisées, c'est-
46
à-dire que le lieu, le décor, le moment, la distribution des rôles soient toujours pareils afin de voir
dans ces pratiques que « la forme scolaire de transmission de savoirs et de savoir-faire exige la
soumission à des règles et privilégie l`écrit » (p. 45).
Rivais (1990) pour sa part propose de pratiquer avec les enfants la lecture orale. Celle-ci
est une lecture à haute voix qui nécessite préalablement une lecture silencieuse. Elle consiste à
transmettre oralement à des auditeurs sa propre lecture d’un écrit dans le but de leur faire
comprendre le texte. Selon lui, elle sert non à vérifier les compétences du lecteur mais doit
devenir un objet d’apprentissage en soi et au-delà du support d’une expérience esthétique. La
lecture orale développe les compétences du lecteur, elle permet une imprégnation de la langue au
niveau de la prononciation, de la structure et des tournures. Elle habilite à mettre en œuvre des
projets d’expression comme des scènes théâtrales, des lectures spectacles, des présentations
d’exposés. Il est important de retenir que c’est une situation de communication orale où les
enfants, sagement assis à leur place avec un livre ouvert devant eux à la même page pour tous,
suivent des yeux sur leur livre le texte que l’un d’entre eux lit à haute voix. Les enfants lisent à
tour de rôle sur l’ordre de l’instituteur jusqu'à ce que toute la classe soit passée. Rivais (1990)
propose pour lire mieux des vire langues et de nombreux jeux comme se voler la parole, suis-moi
et bien d’autres encore. Maintenant, vu l’importance du bilinguisme dans le contexte haïtien,
jetons un regard sur la façon dont se fait l’apprentissage d’une langue seconde.
Pour se faire comprendre, les êtres humains manifestent leur pensée, expriment leurs
sentiments par la parole, l’écriture et le geste. C’est la communication. Plusieurs éléments entrent
en jeu pour une bonne communication. Il s’agit de l’émetteur, du message, du code commun, du
contact, du récepteur et du contexte (MENJS, 1996). Par code commun les linguistes entendent
la langue qui est définie comme un système de signes sonores ou graphiques combinés suivant
des règles précises.
47
Apprendre une langue, selon Matthey (2003), reprenant la conception chomskienne, c’est être
exposé à des données intelligibles de la langue cible pour inconsciemment acquérir une
compétence linguistique dans cette langue. L’être humain est prédisposé à apprendre la ou les
langues auxquelles il est exposé. C’est pourquoi il est plus facile pour l’enfant d’apprendre à lire
et à écrire dans la L1 plutôt que dans la L2. (Matthey, 2003) dans ce contexte nous porte à faire
la différence entre l’apprentissage inconscient et l’apprentissage conscient. Le premier table sur
l’acquisition des compétences et se fait par l’immersion linguistique, alors que le deuxième
consiste à manier du vocabulaire et des structures grammaticales parfois hors contexte qui ne
débouchent pas pour autant sur la construction des compétences. Il repose sur des objectifs à
atteindre et l’enseignement traditionnel. La pédagogie aujourd’hui donne la priorité, pour
apprendre une langue quelle qu’elle soit, aux méthodes communicatives qui privilégient les
diverses activités de communication naturelles, c’est-à-dire des activités imitant des situations
quotidiennes extrascolaires. Les finalités des objectifs communicationnels d’un apprenant sont
intrinsèquement liées à celles des objectifs d’apprentissage, car la langue est à la fois instrument
et objet de communication.
La langue seconde est définie comme une langue non maternelle. Les fonctions psychiques telles
que la perception, l’imitation, la mémorisation ou l’attention sont importantes dans l’acquisition
d’une langue seconde (Matthey, 2003). En effet, l’apprenant doit prendre conscience que la
langue seconde est un objet de communication qu’il apprend en collaboration avec l’enseignant.
La collaboration favorise le déclenchement des fonctions psychiques supérieures, grâce
auxquelles l’enfant parvient à acquérir des objets abstraits comme les notions de mathématiques
ou les notions d’histoire. L’auteure, dans sa thèse, définit la collaboration comme l’assistance
accordée à l’enfant, dans le but de l’aider à progresser dans ses apprentissages et à faire de
nouvelles acquisitions.
48
L’apprentissage d’une langue passe d’abord par la maîtrise de l’oral. Cela est autant vrai pour la
langue maternelle que pour la langue seconde. Les recherches linguistiques démontrent que
l’apprentissage de la langue orale précède l’étude du code écrit et le principe de choix est
l’approche communicative dont le ressort est se comprendre. L’approche communicative est un
terme qui décrit la méthodologie favorisant la communication efficace. Elle est liée à une tâche,
c’est-à-dire qu’elle permet à l’apprenant de pouvoir produire une communication orale qui a trait
à la vie réelle. Cette production doit être signifiante, située dans un contexte et transférable. En
effet, elle doit être adaptée à l’âge, au niveau, aux expériences de vie et aux intérêts de
l’apprenant; elle doit définir le but, la personne à qui s’adresse sa production et enfin donner lieu
à un transfert d’information utile en apprenant des choses nouvelles qu’il réinvestit par la suite
MENJS (1996).
En dépit de tout, Vianin (2007) oppose la motivation positive à la motivation négative qui,
d’après lui, sont toutes les deux importantes en raison de la valeur attribuée au résultat de
l’action. L’une cherche à réaliser une performance tandis que l’autre cherche à éviter un
comportement désagréable ou à échapper à un danger. La seconde procède de la peur et
s’exprime par la crainte de l’échec. Viau (2007), pour sa part, sur le plan motivationnel intervient
avec un panorama de variables influençant directement ou indirectement l’apprentissage scolaire
dans la relation pédagogique notamment celles relatives à la famille, à l’apprenant, à l’institution,
à la société, à l’enseignant.
Viau (2007) élabore un cadre de référence où il inscrit la motivation à apprendre dans une
approche sociocognitive, c'est-à-dire fondée sur l’interaction qui existe entre les comportements
d’une personne, ses caractéristiques individuelles et l’environnement dans lequel elle évolue. De
même, d’après Griggs (2007), cette dimension interactionnelle revêt une importance vitale dans
51
Sur le plan motivationnel, ce procédé favorise chez les élèves, un engagement plus actif
dans l’apprentissage de la lecture selon Giasson (2003). Sur le plan social, le travail coopératif
crée l’esprit communautaire. Les enfants aiment à être ensemble, apprennent à se connaître et
développent de l’autonomie par rapport à l’enseignant, toujours selon la même chercheure. Sur le
plan cognitif, la discussion favorise le développement des stratégies cognitives et permet
d’approfondir la réflexion. L’expérience de l’un éclaire la démarche des autres. Le travail
coopératif s’inscrit dans le modèle socioconstructiviste.
Dans certaines situations de lecture ou d’écriture un élève plus âgé ou un adulte aident les
plus jeunes de façon ponctuelle. L’ainé, dans ce cas, fait du tutorat alors que dans le cas d’un pair
de la même classe il s’agit d’après Giasson (2003), du monitorat. Le tutorat peut s’exercer sous
plusieurs formes : l’enseignement réciproque où les élèves sont tour à tour tuteur et élève, la
lecture partagée, l’échange.
Une autre forme d’interaction très courante est la fonction d’étayage que le dialogue entre
adulte et enfant assure dans la construction du savoir-faire. L’étayage consiste à donner
temporairement du soutien à l’enfant dans l’accomplissement d’une tâche afin de l’aider à
consolider ses habiletés. Selon Matthey (2003), les enfants de cinq-six ans peuvent être amenés à
reconstituer une histoire entendue en étant soutenu par le questionnement. Le nombre
d’interventions de l’adulte est lié, dans le cas relaté ici à l’acquisition de la compétence narrative
de l’enfant.
soi-même. L’apprentissage de la lecture est une pièce jouée par trois acteurs dont l’acteur
principal est l’apprenant lui-même et les deux autres, la famille et l’école (Morais, 1999, p.296).
fondamental pour susciter sa motivation et pour engager l’enfant dans les apprentissages
favorisant son développement » (Vianin, 2007, p.34). Toutes les activités doivent être organisées
dans le but de le motiver. L’ONL (1998) affirme que le développement de la langue maternelle
est plus agréable et plus amusant pour les élèves et pour les enseignants et en revanche plus
efficace grâce à la langue déjà acquise, les enfants viennent à l’école avec une tendance plus
naturelle à vouloir comprendre et donner un sens à la vie « Écrire est une activité socialement
médiatisée. L’élève doit expérimenter des interactions sociales avec les autres pour devenir un
bon scripteur » (Saint-Laurent, 2008, p.226). De plus, Hendrick, (1993) souligne qu’il est
important que l’éducateur tienne compte de la langue maternelle des tout jeunes enfants en
milieu scolaire. Car ils ont déjà acquis un bagage culturel spécifique qui mérite d’être valorisé.
D’après l’auteure, la langue maternelle et la culture constituent la base de l’identité d’un enfant
en plein développement. Elle suggère que la maitrise de la langue maternelle se fasse d’abord et
la langue seconde un peu plus tard. Ainsi l’enfant pourrait, toujours selon elle, garder son estime
de soi et être fier de ses origines.
lisibilité (Montésinos-Gelet et Morin, 2006; L’ONL, 1998; Giasson, 2003; Van Grunderbeeck,
1994).
Dans cet ordre d’idées, Pasa, Ragano et Fijalkow (2006) proposent pour les enfants de
cinq-sept ans la démarche « ECLEC » (ECriture-LECture) dans l’objectif de permettre à l’enfant
de comprendre la signification de l’écrit et aussi de se socialiser. « L’entrée dans l’écrit est
conditionnée par le travail de groupe et, réciproquement, il constitue un moyen de socialisation et
de développement, une attitude de coopération » (Pasa, Ragano et Fijalkow, 2006).
La pédagogie prônée est celle du plaisir de lire par la littérature enfantine. Les auteurs évoquent
des plaisirs variés dont peut jouir l’enfant dans la pédagogie du plaisir. En ces termes ils
rejoignent Giasson (2003) en relatant le plaisir de l’imaginaire et du rêve à travers la fiction, le
plaisir proprement littéraire dans la poésie et la magie des mots, le plaisir du savoir dans le cas
d’un écrit documentaire, le plaisir d’apprendre à lire et du sentiment de grandir et enfin le plaisir
de partager avec les autres. Cependant apprendre à lire, c'est-à-dire les signes codifiés, constitue
un but premier qui débouchera ensuite sur la lecture utilitaire qui a avant tout un caractère
pratique; c'est-à-dire qui n’est pas destinée à la distraction ou au loisir, il est important de
distinguer la lecture pour le loisir et la lecture pour la communication. Les premiers
apprentissages de la lecture et de l’écriture supposent des méthodes que nous allons développer
d’après les informations tirées d’un site télé accessible8 et des procédés pédagogiques.
de nouvelles méthodes alphabétiques qui ont pour but d'apprendre à l'enfant à associer les sons et
les lettres d'une manière ludique.
La méthode mixte procède des deux méthodes existantes : synthétique et globale. Elle
s’applique généralement dans les situations d’enseignement-apprentissage de la lecture quand
l’une ou l’autre des deux méthodes paraît présenter des insuffisances. Elle part du global pour
retourner au global en utilisant la méthode synthétique au cours du processus. L’enfant est
entraîné à la lecture expressive et compréhensive en même temps qu’il identifie les lettres, les
syllabes et les mots en les situant dans un cadre global qui renvoie au sens.
La méthode naturelle créée en1925 par Célestin Freinet est fondée sur le processus du
tâtonnement expérimental et les interactions entre l'individu et le groupe, elle s'appuie sur les
intérêts réels de l'enfant et lui permet de mettre en œuvre simultanément toutes les approches qui
lui sont nécessaires : syllabique, globale, corporelle, sociale… La méthode naturelle n'utilise en
principe pas de manuel, mais les écrits des enfants eux-mêmes, riches de sens pour eux.
Les méthodes ne suffisent pas. Pour comprendre la complexité des premiers apprentissages
de l’écrit des enfants haïtiens et les amener à lire et à écrire efficacement, il convient d’analyser
le fonctionnement de l’orthographe de la langue française et du créole haïtien. L’orthographe
française selon Mauffrey, Cohen et Lilti (1988), est d’abord un système d’écriture. Il existe
plusieurs systèmes d’écriture car un message peut être transcrit de différentes manières selon que
l’unité de base est le groupe de mots, le mot ou le son.
Trois types d’écriture sont distingués : les pictogrammes où chaque dessin représente une
partie du message, ils donnent lieu à une écriture pictographique. Les idéogrammes où chaque
57
signe transcrit une idée, les mots qui se présentent de la même manière sont écrits différemment
et constituent eux-mêmes une écriture idéographique, puisque chaque signe représente une unité
de sens. Les phonogrammes où chaque signe transcrit un son. Ceux-ci génèrent une écriture
phonographique. Lorsque les sons-consonnes et les sons-voyelles sont transcrits, l’écriture est
dite alphabétique.
En effet d’après Mauffrey, Cohen et Lilti (1988), chaque son présente différentes valeurs.
La valeur de basequi est la valeur la plus fréquente de la lettre ex : g = [g]. La valeur de position
qui est la valeur que prend une lettre dans certaines positions, ex : g = [ ] devant e, i. La valeur
auxiliaire quand une lettre ne se prononce pas mais est indispensable pour prononcer une autre
lettre, ex : rugueux (le u est indispensable pour rendre le son [g]. La valeur zéro, la lettre ne se
prononce pas et ne joue aucun rôle dans la prononciation d’autres lettres, ex : un lit, apprendre.
Les digrammes, c’est un groupement de deux lettres qui sert à transcrire un seul son, ex : ch.
Pour comprendre et définir les composantes de la pratique enseignante, nous devons nous
référer au curriculum et observer les conduites des enseignants en salle de classe, car la pratique
enseignante d’après Donnay et Bru (2002) c’est un discours théorique complexe dont seules les
manifestations sont entièrement mesurables. Il est important d’identifier, selon l’auteur, les
invariants qui caractérisent les pratiques professionnelles en vue de soutenir la généralisation de
la théorie et la fidélité des procédures.
La pratique se définit comme étant la manière concrète d’exercer une activité (Robert,
2009). Le concept « pratique enseignante » concerne toute l’organisation spatiale, temporelle, et
institutionnelle de l’école. Reuter (2007) associe la notion de pratique à celle d’activités. Sur le
plan didactique en situation scolaire, la pratique est vue comme ce que font les sujets didactiques
soient l’enseignant et l’élève ou ce qui leur est proposé de faire. Comme points de repère, Reuter
(2007) met en relief le rapport du sujet au contenu d’enseignement, sa compréhension du sens et
de l’intérêt de la tâche, son désir de se mettre au travail et sa motivation à répondre aux
injonctions qui lui sont faites, les opérations cognitives, les interactions avec les autres, les
actions physiques nécessaires à l’accomplissement d’une tâche. Selon Reuter (2007), la tâche
prend une acception différente de celle d’activité. La première est ce qui est proposé ou même
ordonné, si elle impose une obligation, tandis que l’activité est ce qui se fait, ce qui est mis en jeu
pour exécuter cette prescription.
Elle est aussi considérée comme une activité située institutionnellement, spatialement, et
temporellement, comme une activité structurée et formatée par des dispositifs, des outils et des
supports. Pour comprendre la pratique selon Reuter (2007), il faut interroger les déterminations
historiques, institutionnelles, sociales et personnelles. Il en vient même à dire que « la
connaissance des pratiques culturelles est utile pour éviter certains malentendus didactiques
sources d’échecs scolaires » (Reuter, 2007, p.13). Ces propos trouvent leur explication dans le
fait que certaines fois les pratiques scolaires sont en rupture avec les pratiques culturelles de
59
l’élève. Les pratiques scolaires concernent toute l’organisation mise en place pour le
fonctionnement interne d’une école, les ressources humaines et matérielles disponibles, les
activités et les tâches qui s’y effectuent tandis que les pratiques culturelles renvoient aux us et
coutumes des gens du milieu social de l’élève, à la langue, aux mœurs, en fait tout ce qui a trait
aux particularités de sa localité.
Deux aspects sont à considérer dans la pratique enseignante : les pratiques déclarées, ce qui
devrait être et qui peut être envisagé comme une réflexion sur l’action, et les pratiques constatées
ce qui est et qui peut être envisagé comme une réflexion dans l’action (Donnay et Bru, 2002).
Cet auteur considère que l’acte d’enseigner ne peut pas être prescrit de l’extérieur, mais que les
modèles théoriques peuvent servir de points de références pour la pratique. Tout un
aménagement est nécessaire pour remplir les conditions d’apprentissage chez l’enfant et
concourir à sa réussite en tenant compte du contexte où il se trouve et de ses caractéristiques. Car
la possibilité d’apprendre d’un enfant est en lien avec les objectifs assignés, à l’environnement et
au climat de la classe, à l’organisation et à la gestion de la classe, à la structure des cours, à la
communication entre lui et l’enseignant, à la participation et aux chances de réussite. Plusieurs
chercheurs ainsi que Donnay et Bru (2002), dans cette optique, parlent de l’effet-maître.
L’enseignant est censé agir en fonction des élèves. Réellement, l’activité de l’enseignant n’a de
sens que si elle coordonne l’ensemble de ces facteurs afin de favoriser l’apprentissage de chaque
élève dépendamment de ses besoins.
L’effet-maître comme le mot l’indique se définit par les effets que l’enseignant a sur ses
élèves dans les différents apprentissages des connaissances scientifiques. Il se mesure à l’effet du
groupe classe et aux résultats des élèves (Donnay et Bru, 2002). Deux dimensions y sont
rattachées : la question des méthodes pédagogiques telles que l’organisation de la classe en
général, l’organisation du travail de groupe, les techniques d’évaluation et l’énergie déployée par
l’enseignant c'est-à-dire sa dévotion, son enthousiasme, sa culture. L’efficacité de l’enseignant
60
dépend donc de la façon dont il gère sa classe ou qu’il met en place des conditions
d’apprentissage.
Dans le même ordre d’idées, Stordeur (2006) soutient que les pratiques des classes se
résument à trois grands modèles : le modèle de l’empreinte, le modèle du conditionnement et le
modèle constructiviste interactif. Nous nous intéresserons à ce dernier étant donné son
importance vitale dans l’enseignement et l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
Le modèle de l’empreinte présente une certaine limite d’après Stordeur (2006). Les
différentes activités demandées étant d’écouter, de redire, de copier de mémoriser, il est créé
chez l’apprenant une sorte de passivité sachant que l’essentiel du travail se fait à domicile. Le
modèle de l’empreinte ne facilite donc pas l’intégration immédiate et le transfert des
connaissances. Le premier contrôle de transmission des informations étant de redire en évitant
les erreurs, l’apprenant n’arrive pas à reprendre ce qui est demandé sans faute. Il est souvent
accusé d’enfant peu doué ou qui ne fournit pas assez d’efforts. L’imagination de l’enfant se
61
développe très peu voire pas du tout car, selon le dicton, la répétition du déjà dit empêche
l’apparition du pas encore dit. L’apprentissage, toujours selon Stordeur (2006), dit non seulement
copiage et imitation mais surtout création et invention. De plus, ce modèle engendre la peur de
poser des questions car l’apprenant redoute de révéler son manque d’écoute. L’apprentissage est
réduit à la mémorisation sur un mode essentiellement verbal et souvent à court terme.
Le modèle du conditionnement est régi par trois principales activités : effectuer, reproduire
et s’exercer. Tout est mis en œuvre pour aiguiller les apprenants vers les bonnes réponses. De ce
fait, Stordeur (2006) avance que dans des conditions non identiques à des modèles de départ
l’apprenant est désorienté car les comportements sont fixés dans la mémoire à long terme grâce
au surentraînement organisé par l’enseignant.
Les savoirs sont trop parcellisés. Les acquis ne fonctionnent que dans les conditions
identiques à celles de l’apprentissage premier et dans le cas où l’apprenant reconnaît ces
62
conditions. La réussite visée est à court terme. L’apprentissage est réduit à l’acquisition de savoir
faire très mécanique.
Qu’est-ce qu’une situation à vivre? Stordeur (2006) l’explique comme une situation où
l’apprenant va s’impliquer affectivement et intellectuellement en vue d’un apprentissage précis
prévu par l’enseignant. La situation peut être tout à fait construite. L’important est que
l’apprenant soit réellement actif, acteur de son développement et qu’il puisse se rendre compte
que la situation proposée lui permet de grandir, de se construire, d’être plus fort pour construire
sa vie. Dans le cas des savoirs déclaratifs, il peut être demandé à l’apprenant de paraphraser un
texte, ou encore de mettre en place des projets de communication : faire des exposés, organiser
des expositions etc. Dans le cas des savoirs conditionnels, faire comparer des exemples et des
contre-exemples pour déterminer les caractéristiques essentielles d’une situation, demander
d’analyser des situations contrastées. En ce qui a trait au savoir procédural, il peut y avoir des
imitations commémoratives : revivre les œuvres des grands auteurs en littérature, peinture;
planifier des situations de jeu dont les jeux de simulation.
Les différentes activités demandées dans le modèle constructiviste interactif sont celles-ci :
Quatrièmement, s’exprimer : pour s’approprier vraiment ce nouveau savoir, deux étapes sont
importantes : le temps de l’expression et le temps de l’utilisation répétée en situations variées
64
o Exprimer pour socialiser ce qui a été compris. Car, c’est seulement quand on est
capable d’exprimer avec ses propres mots pour être compris par autrui que le savoir
en question commence à être bien possédé.
Cinquièmement, utiliser : La phase d’utilisation est nécessaire pour rendre le nouveau savoir
totalement transférable, c’est-à-dire pour le mémoriser à long terme et créer des situations
d’intégration.
Au cours de ces activités l’enseignant est le confident qui écoute, qui met en confiance, qui
sécurise, en voyant l’erreur non comme un échec mais comme une étape indispensable de tout
apprentissage. L’école, dit Comenius,9 est un lieu où on peut se tromper sans être puni. Sous ce
même registre, Albert Jacquart10 énonce qu’il est de la nature même de l’école d’être le lieu de
l’erreur possible, de l’erreur bénéfique, où il faut se tromper beaucoup et comprendre ses erreurs
pour ne plus se tromper quand on sort de l’école. Il lui importe de veiller à maintenir ou à
provoquer la poursuite du travail intellectuel en y introduisant des consignes interpellantes et en
rompant le contrat implicite établi par l’élève. L’enseignant doit fournir aux apprenants des vues
d’ensemble régulières pour mieux situer l’apprentissage en apportant des informations précises
et impérieuses sans pour autant les considérer comme idéales. Celles-ci ne doivent que
contribuer à rassurer, à faire progresser et à améliorer l’expression individuelle ou des groupes
de recherche. L’enseignant doit aider l’apprenant à trouver des moyens d’exprimer son
cheminement pas tant le pourquoi, mais le comment. Un rôle de l’enseignant qui se révèle encore
importante c’est celui de l’évaluateur. Car l’école fonctionne grâce aux contrôles du travail
fourni par les élèves où plutôt des résultats obtenus suite à ce travail. C’est ainsi que sont
apparues des notions comme évaluation sommative, évaluation certificative, évaluation
prédictive par opposition à évaluation formative, évaluation formatrice. Pourtant, évaluer n’est ni
mesurer, ni juger, mais dire les qualités de ce qui a été produit afin de construire avec l’apprenant
le plan de formation le plus efficace pour lui (Fayolle)11.
En vue d’améliorer l’apprentissage de l’écrit, Giasson (2003) propose des modèles d’intégration
des activités de lecture intéressants pour des enfants de cinq-sept ans. La démarche de pédagogie
intégrée et les principes pédagogiques « ECLEC » suggérés sont retenue avec un intérêt
particulier, pour leur originalité et leur applicabilité. Elle apporte de nouveaux procédés basés sur
la littérature enfantine qui permettront de remplacer certaines pratiques désuètes.
La pédagogie intégrée propose des activités qui permettront à l’enfant d’acquérir à la fois
des stratégies de compréhension et d’identification des mots. Elle vise à stimuler la pensée de
l’enfant, à éveiller son intérêt pour la lecture, à favoriser l’échange, à s’exercer à la lecture
individuelle et à faciliter le transfert. Six phases la constituent.
Quatrièmement, la lecture guidée : l’enseignant met les élèves en équipes de trois à six en
fonction des besoins communs. Il choisit un texte facile approprié au besoin du groupe
qu’il remet à chaque élève du groupe en éveillant d’abord la motivation. Puis, il le leur
fait lire en les soutenant par des questions ou en leur donnant des pistes et en soulevant
des hypothèses à vérifier.
67
Cinquièmement, c’est l’écriture partagée : le texte est écrit au tableau par l’enseignant
devant les élèves. Il résulte du consensus de groupe. Ce texte recopié et redistribué sera lu
en groupe et individuellement. Ces textes répertoriés peuvent servir de matériel de lecture
aux enfants.
Sixièmement, la lecture autonome : 15 minutes de lecture deux à deux, où l’un lit pour
l’autre, en jouant à lire comme un professeur qui lit une histoire et pose des questions à son
partenaire.
Il manque une synthèse de tout ce qui a été traité comme concept et qui permet de
comprendre la pertinence sociale et scientifique de votre mémoire. C’est une section qu’il faut
ajouter dans le mémoire pour permettre de rappeler la pertinence de l’objectif de recherche.
Comme il n’y a pas eu de question spécifique de recherche dans le chapitre 1, ce serait la
formuler ici.
TROISIÈME CHAPITRE :
LA MĖTHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
Dans cette section seront présentées les démarches suivies pour collecter les données de la
recherche auprès des participants; nous décrirons les outils de collecte de données et le mode de
traitement et d’analyse des données. Notons que ce projet de recherche a reçu l’approbation du
comité d’éthique de la recherche de l’Université de Sherbrooke.
Avant tout, nous allons décrire le type de la recherche, l’échantillon cible, les outils de
collecte des données, le mode de traitement des données de même que le mode d’analyse des
données.
3.1.1Type de la recherche
La recherche que nous avons effectuée s’inscrit dans le type de recherche descriptive.
Elle vise à représenter en détail un objet (Angers, 2000) et son but est de décrire un état pour
documenter de façon fiable une situation (Gauthier, 2006). Elle met l’accent sur un phénomène
70
qui lui-même est la cause des effets positifs et négatifs sentis par les sujets en faisant ressortir les
caractéristiques ou les comportements des échantillons d’une population (Gauthier, 2006). Elle
se réalise par des enquêtes, des entrevues ou des questionnaires (Crête, 1998 dans Kuoy, 2000).
Nous avons tenté de connaître, par des entrevues et une enquête par questionnaire,
comment les enseignants de l’école fondamentale perçoivent et effectuent les pratiques
d’enseignement de la lecture et de l’écriture dans le contexte haïtien et quels sont les impacts de
la L1 et de la L2 dans leur apprentissage.
Communautaire questionnaire
Avril 2015 École Adventiste 9 Primaire Enquête par
Péniel questionnaire
Avril 2015 Collège Mixte 5 Primaire Enquête par
Jérusalem questionnaire
Avril 2015 Institution Mixte 3 Primaire Enquête par
Sagesse questionnaire
Avril 2015 Collège cœur de 6 Primaire Enquête par
Jésus questionnaire
Avril 2015 Institution Mixte 3 Primaire Enquête par
Junel Paul questionnaire
Avril 2015 Institution Jean 13 Primaire Enquête par
Marie de La questionnaire
Menais
Avril 2015 Collège le 7 Primaire Enquête par
Normalien questionnaire
Avril 2015 Nouveau Collège 11 Préscolaire Enquête par
Bird Primaire questionnaire
Avril 2015 Yahvé Nisse 5 Primaire Enquête par
questionnaire
Mai 2015 Institution Barbot 6 Primaire Enquête par
Jean Baptiste questionnaire
Mai 2015 Institution Marie 7 Primaire Enquête par
Louise Trichet questionnaire
Mai 2015 Centre Classique 11 Primaire Enquête par
questionnaire
Mai 2015 Le Gai jardin 7 Primaire Enquête par
questionnaire
Les écoles de notre échantillon sont des établissements fondés à des époques différentes.
Le Collège Cœur Immaculé de Marie (C.I.M.) a fêté ses 55 ans en décembre 2016. Il appartient
aux Sœurs des Filles de Marie Paridaens et est destiné à des filles. Le C.I.M. accueille toutes les
couches de la société mais était conçu spécialement pour les moins bien pourvues. Depuis le
séisme de 2010 qui a détruit ses locaux, le C.I.M est toujours en chantier. Il fonctionne dans des
structures informelles difficiles. Deux pavillons ont été construits alors que le collège reçoit de
nos jours 1500 filles. Il s’étend sur tous les niveaux : jardin d’enfants, fondamental et secondaire.
L’École Saint Louis de Gonzague offre ses services à deux niveaux, primaire et secondaire,
depuis 152 ans, elle est dirigée par les frères de l’Instruction chrétienne et est destinée à des
garçons;1200 enfants la fréquentent aujourd’hui. C’est la plus huppée des institutions haïtiennes
privées de garçons. Sis à la rue du centre jusqu’en 2012, le primaire s’est joint au secondaire en
se dirigeant vers Delmas, une des communes de Port-au-Prince.
Claire Marie de la Fine est une école préscolaire et primaire mixte fondée à peine depuis une
dizaine d’années dans les zones périphériques de Port-au-Prince un des quartiers les plus
défavorisés. Elle reçoit des enfants de famille à faibles revenus; son effectif dépasse à peine 200
élèves, mais il a été renforcé depuis la rentrée 2014 grâce à l’école gratuite prônée par le
président Michel Martelly.
74
Thomas Madiou est une école mixte nationale. Elle comprend la grande section préscolaire et les
deux premiers cycles. Elle aussi fonctionne sous des abris provisoires depuis le séisme et
accueille un effectif de 450 élèves.
L’École Saint François Xavier avec ses 784 filles est sise à Pétion-Ville. C’est la seule école sur
les six qui avait résisté au séisme en raison de sa situation géographique. Cela ne fait pas
longtemps que le secondaire y a vu le jour. La terminale n’existe pas encore. Cependant
l’établissement a déjà fêté ses 50 ans en 2012.
L’École Christ Roi fondée en 1957 est sise à Port-au-Prince. Son effectif s’élève à 700 filles de
la maternelle à la terminale. C’est une école congréganiste nationale dirigée par les Filles de
Marie Paridaens. Elle a été entièrement reconstruite depuis le séisme.
Cinq écoles sur les six s’étaient effondrées au moment du tremblement de terre de janvier 2010
et avaient été remplacées par des abris provisoires dressés, pour les unes, à la même place; pour
les autres, ailleurs. Leur réalité avait beaucoup changé au moment de nos entrevues qui ont eu
lieu entre mai et début juillet 2011.
directeurs, nous leur avons confié les questionnaires afin qu’ils les passent aux enseignants
désireux de participer à la recherche.
Moment convenable pour aborder une langue étrangère dans l’apprentissage de l’écrit.
Nous avons fait vérifier la formulation des questions par des collègues et par la directrice
de recherche afin de nous assurer de la lisibilité, de la clarté et de la précision du questionnaire.
Nous voulions nous assurer qu’il ne contenait ni termes équivoques ni ambiguïtés.
de la personne qui est désirée et cela ne peut s’exprimer simplement par un mot ou par une
formule brève. » (Angers 2000)
Nous avons employé un enregistreur Olympus afin de ne rater aucune donnée et d’en
assurer ainsi la validation. Nous avons été mieux accueillie dans certaines écoles que dans
d’autres selon la disponibilité des enseignants. Les heures accordées étaient certaines fois celles
des récréations ou de fin de journée. Nous avons dû faire preuve de tact pour essayer de mettre
en confiance certains enseignants qui manifestaient de l’appréhension : en général les directeurs
et les enseignants haïtiens redoutent d’être dérangés dans leur train-train quotidien si les
principaux acteurs de l’école n’en tirent pas un bénéfice quelconque à court ou à long terme.
Nous avons de nouveau rédigé un formulaire de consentement en version plus simple que
nous avons présenté aux directeurs tout en respectant les normes de l’Université de Sherbrooke.
Nous avons expliqué le questionnaire aux directeurs en les motivant afin qu’ils intéressent les
enseignants à collaborer. Par la suite nous leur avons remis la quantité de questionnaires
demandés pour qu’ils les distribuent eux-mêmes aux enseignants.
Nous avons indiqué aux enseignants comment répondre aux questions et avons proposé
des questions fermées à un choix (une réponse permise), à choix dichotomique (deux réponses)
et à choix multiple. Deux ou trois réponses sont à ranger par ordre d’importance. Nous avons fait
de notre mieux pour que nos questions soient claires et lisibles. Nous avons fait valider le
79
Il a fallu environ trois semaines pour distribuer et traiter les questionnaires. Certains
enseignants ont remis tout de suite mais pas tous. Ce travail a nécessité beaucoup de va-et-vient.
À l’étape suivante, nous avons auditionné les interviews en transcrivant mot à mot toutes
les réponses données par les participants. Nous avons donc construit un verbatim c’est-à-dire un
compte rendu fidèle. Les données étaient les unes plus claires que les autres en raison du bruit
qui régnait dans certaines salles de classe. Nous devons d’ailleurs mentionner que toutes les
questions n’ont pas pu être posées étant donné ces mauvaises conditions.
80
Nous avons regroupé les réponses sous les questions en tenant compte des traits
caractéristiques du participant, c’est-à-dire la classe, la tranche d’âge auxquelles il appartient,
son niveau de formation et le nombre d’années d’expériences tout en les numérotant. La quantité
de questions n’est pas la même pour tous les participants, pour des raisons multiples : dans les
environnements les plus bruyants, nous avons omis des questions pour accélérer l’entrevue; dans
d’autres contextes, nous avons adapté le questionnaire au profil des enseignants qui n’étaient
responsables que d’une matière à la fois soit la lecture, soit l’écriture; nous avons aussi donné la
priorité aux questions qui nous paraissaient les plus pertinentes et toutes les entrevues n’ont pas
nécessité le même nombre de questions de relances. Enfin, par manque d’habileté en
technologie, nous avons perdu certaines informations.
Nous avons regroupé les données par thèmes à partir de l’objectif formulé qui est de
recueillir les informations sur les pratiques enseignantes en première année. En matière d’analyse
qualitative, il n’existe pas de procédure unique en ce qui concerne les regroupements
thématiques mais il importe de travailler méthodiquement afin de maintenir la cohérence et la
mise en forme en vue de l’analyse. Il convient aussi d’avoir en vue les regroupements, ils
peuvent faire surgir de nouvelles perspectives de compréhension du phénomène à l’étude.
celui utilisé par le professeur pendant le cours de l’analyse quantitative donné à l’Université de
Sherbrooke. L’ayant mal maitrisé nous avons opté de nous faire aider par des personnes plus
connaisseurs que nous12. C’est ainsi qu’un troisième recours a été nécessaire pour préparer la
saisie des données et nous habiliter à faire nous-même l’opération à l’aide d’une matrice qu’il
nous a envoyée sur le logiciel Excel. Une fois la matrice de données remplie, il a demandé à la
réviser afin de s’assurer que des erreurs ne se soient pas glissées. Puis celui-ci a traité les
données et nous a permis de sortir les résultats de l’enquête.
12 Il s’agit de Mr Roland Altidor et de Mme Griff, les statisticiens de l’UNDH (Université Notre Dame d’Haïti)
auxquels le doyen, le révérend père Jean-Marie Louis nous avait référée.
82
QUATRIÈME CHAPITRE :
PRÉSENTATION, ANALYSE ET INTERPRÉTATION DES RESULTATS
Dans ce chapitre, nous présentons d’abord les résultats des entrevues (N=19) puis les
résultats de l’enquête par questionnaire (N=272) illustrés par des figures et des tableaux.
Rappelons que les répondants du questionnaire sont des enseignantes de la grande section
préscolaire, de la première et de la deuxième année fondamentale.
Dans les jours suivants pour vérifier la compréhension, divers types d’exercices sont
proposés aux enfants. Leurs manuels sont conçus à cette fin et toutes s’en servent
méticuleusement. À titre d’exemple, parmi nos répondantes les enseignantes déclarent dans
l’ordre suivant : (trois) demandent de mettre des mots en ordre dans le but de former une phrase;
(deux) demandent de trouver des mots manquants ou des lettres à ajouter; (cinq) suggèrent des
mots présentant le même son de graphies différentes à écrire correctement; (neuf) présentent un
dessin et demandent de trouver le mot correspondant, deux d’entre eux commencent des mots et
demandent de les achever. La lecture compréhension se fait donc par écrit sous plusieurs formes,
en cochant la bonne réponse, en reconstituant des phrases mises en désordre et en reliant les mots
à l’image ou sous d’autres formes encore.
84
Par exemple si l’enfant doit écrire p elle sait qu’elle doit prendre 5 interlignes, 1-2 en
haut, 1-2 en bas et puis la boucle. Écrire dans ces premières classes-là c’est reproduire les
lettres en respectant leur niveau et leur hauteur. Au préscolaire l’enfant écrit librement
mais une fois arrivé en première année, il doit respecter la hauteur des lettres, suivre la
ligne pour que la lettre soit bien faite.
La leçon d’écriture se fait en deux séances. La première fait découvrir la lettre en grand format
au tableau que les élèves sont appelés à observer. Puis la lettre est tracée dans l’espace ensuite
sur le banc avec le bout du doigt par les élèves, ensuite dans leur cahier de brouillon ou au
tableau. Dans la deuxième séance, les apprenants s’exercent à retracer au propre la lettre qu’ils
ont apprise. La durée des séances varie selon les habitudes de l’école. Viennent ensuite la dictée
et la copie. Les enfants en première année peuvent reproduire n’importe quels mots selon les
enseignants. Ils peuvent recopier des textes à leur portée mais ne sont pas capables d’imaginer à
cause de la langue qui n’est pas la leur. Donc l’expression écrite n’est pas pratiquée dans les
premiers apprentissages, les enseignants (N=16) pensent que l’utilisation de la langue seconde se
révèle une pierre d’achoppement. Une faible minorité laisse croire le contraire, soit trois
enseignantes en affirmant qu’elles donnent aux enfants des activités d’expression écrite.
85
Les pratiques et les supports pouvant favoriser les premiers apprentissages de la lecture et
de l’écriture en Haïti, d’après tous les enseignants (N=19), se résument à la présentation des sons
au tableau et dans le manuel de l’enfant prescrit par la direction. Comme il a été dit plus haut, les
manuels des élèves sont conçus de façon à organiser une leçon pour chaque jour à partir d’un
son. Donc cinq objectifs sont visés pour la semaine moyennant une lecture individuelle,
quotidiennement. Les enfants, ayant chacun leur rythme, changent de leçon ou la reprennent tout
en poursuivant l’objectif du jour avec la classe. Si une leçon vue la veille doit être reprise
plusieurs fois, les enfants sont considérés comme étant en difficulté d’apprentissage. Dans ce cas,
les parents sont appelés à leur secours et ces enfants-là doivent être accompagnés
particulièrement. Le plus souvent, les difficultés perdurent. Des améliorations peuvent être
enregistrées si les parents sont en mesure d’offrir à ces enfants un support spécial, déclare un
enseignant. Dans le cas contraire, ces enfants en difficulté n’accèdent pas en classe supérieure et
connaissent des redoublements répétés.
Une lecture magistrale des sons – Une lecture par les élèves, un banc ou une rangée à la
fois – Le mariage des sons : [s] tend la main à [i] pour donner si – L’assemblage des syllabes
puis des phrases – Des mots sont parfois mis en désordre pour que des phrases soient
reconstituées correctement par les enfants.
Le tableau, les histoires des sons du manuel demeurent les seuls supports utilisés pour les
enfants. Les histoires deviennent plus complexes au fur et à mesure que les enfants avancent. Les
86
sons équivalents sont travaillés comme ils sont proposés dans les manuels. Les histoires sont
apprises comme poésie et sont déclamées. L’histoire du son [è] est ainsi présentée :
Qui chantait è è è
Aucun enseignant n’a fait mention de la littérature enfantine, des journaux, des activités
parascolaires autour de la lecture, pouvant éveiller chez les enfants le goût du livre.
L’enfant est capable de lire les sons qu’il a étudiés. En première année, les textes
sont construits à partir d’un programme, l’enfant est préparé pour n’importe lequel mais à
partir des sons et en reconnaissant leurs valeurs, il suffit qu’il les ait vus tous.
L’enfant doit pouvoir reconnaître les lettres, les sons et leurs valeurs, faire la différence
entre les voyelles et les consonnes et, ensuite, rassembler des mots avec lesquels des petites
phrases sont formées afin de le rendre apte à prendre des dictées. Certains enfants lisent
efficacement en parvenant à vaincre toutes difficultés, car ils peuvent donner du ton à ce qu’ils
lisent et puis ils comprennent un texte et peuvent répondre à des questions. Ils lisent de façon
fluide et ont du plaisir à le faire.
87
Une faible minorité, soit deux des enseignants interviewés, relatent la possibilité pour les
enfants de faire des recherches à la bibliothèque sous la direction d’un adulte et de partager avec
les autres. Il est vrai que peu d’écoles disposent d’une bibliothèque et l’utilisent à de bonnes fins.
Quant à la littérature enfantine, il n’y a pas grand-chose de disponible, pas de livres pour
les enfants de 5 à 7 ans, disent une quinzaine d’enseignants, dans le cas contraire, c’est la
bibliothécaire qui se charge des albums, des documentaires ou autres en dehors des heures de
classe.
Il serait nécessaire de commencer par la langue maternelle car c’est grâce à elle que
l’enfant comprend mieux ce qui lui est dit, et peut s’exprimer plus facilement. Si non c’est
la mémorisation et la répétition qui se développent. Une grande timidité en est résultée
88
chez les Haïtiens, ils ont toujours des difficultés à s’exprimer et ne savent pas structurer
leurs idées. Dans les zones reculées, il serait mieux de commencer avec le créole comme
langue d’enseignement et intégrer le français progressivement.
Au contraire, continue-t-elle :
Tout le monde est confronté au même problème, mais les gens ne sont pas
conscientisés. Cette démarche nécessite une campagne de sensibilisation comme pour la
vaccination. Le créole joue un grand rôle dans l’apprentissage de la lecture. Il le facilite. Il
permet aux enfants de lire plus rapidement le français. Le créole étant leur langue, il leur
permet de lire efficacement.
D’après (une autre enseignante), plusieurs types de scolarité ont cours en Haïti. Une
scolarité pour les enfants qui, à la maison, parlent français et n’ont pas trop de difficultés à le
comprendre, à le parler et à produire dans cette langue, et une autre pour les enfants qui
n’entendent que le créole à la maison et qui n’utilisent que des manuels écrits en français.
Une expérimentation du créole d’abord dans certaines écoles de renom et des coins reculés
aussi, donnerait sans nul doute un bon résultat, affirme (une troisième enseignante), mais la
complexité dans cette histoire, c’est que les parents purement créolophones attendent que leurs
enfants s’expriment en français. Pour eux, le mythe, c’est qu’une école où l’enfant s’exprime en
français, boiteux ou non, est une grande école. En première année, reconnait (une autre) le créole
devait être la langue d’enseignement et puis le français se ferait oralement. Car l’oral, en
français, est très important parce que l’enfant parle créole, il comprend le créole, il doit fournir
un minimum d’effort pour apprendre le français sans être esquinté.
saisir ce qu’il a à faire. Le côtoiement des deux langues rend l’apprentissage de l’écrit
extrêmement difficile pour les plus limités.
Les enseignants de la deuxième catégorie soit les neuf autres enseignantes soutiennent
qu’il est mieux pour l’enfant d’aborder le créole en troisième ou en cinquième année. Mieux vaut
plus tard que plus tôt, le passage du créole au français étant trop difficile en première année. Un
problème de diction est créé chez l’enfant pour qui le son [ ] devient [ ]. Le créole doit
être omis dans les premières classes fondamentales sauf quand il s’agit de donner des
explications. Pour une enseignante :
Des enfants à la maison ne parlent que le créole, mais à l’école le français doit être exigé.
L’enfant peut apprendre à lire et à écrire en français dès la première année. Le créole, ce
n’est pas exigible, parce que le créole est en nous-mêmes, tous les Haïtiens connaissent
déjà le créole. C’est pour apprendre d’autres choses que les parents les mettent à l’école.
Tandis que pour une autre enseignante :
Pour les motiver il faut les faire chanter, les faire danser, leur apprendre la lecture par
des gestes. Quand la maîtresse est intéressante, les élèves l’imitent. J’aime la lecture moi-
même et je lis pour elles des histoires dans le langage en fête parce qu’un lien existe entre
le langage et la lecture. Il faut créer une sorte de proximité avec les enfants, leur donner des
blagues, les faire participer en leur demandant des mots et ne pas travailler tout le temps
dans leur livre. Au premier trimestre j’utilisais seulement leur manuel, elles lisaient mais,
je vois qu’elles sont plus contentes maintenant. En récréation sur la cour et même en
classe. C’est peut-être parce qu’ily a beaucoup plus d’images?
Cinq des enseignants restants évoquent un entrainement répété de lecture et d’écriture et
d’autres moyens. « C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Après avoir fini de lire elles
doivent reproduire ce qu’elles ont lu. » En cherchant l’aisance chez l’enfant, celui-ci est toujours
intéressé. Ils croient que le gout de la lecture se donne par la façon de faire, en y mettant le ton,
en respectant par exemple les points d’exclamation. La lecture donne l’art de bien parler et ceci
est une raison de fierté. L’appel à la tenue c'est-à-dire à la bonne posture est considéré comme
motivant d’après un enseignant. L’enfant, en voyant le professeur écrire au tableau, a
l’engouement de faire comme lui.
Les enseignants attachent aussi une certaine importance aux promesses et aux menaces,
aux récompenses en cas d’avancement. Quelques punitions entrent en ligne de compte si
nécessaire quand l’élève ne manifeste aucun attrait pour la lecture. Il arrive aussi dans les
premiers apprentissages de l’écrit qu’ils conscientisent les enfants sur la valeur de la lecture si
ces derniers veulent devenir quelqu’un demain dans la société comme d’autres notables pris en
exemple. L’aide des parents qui le peuvent est aussi très encourageante pour les enfants. Les
informer et les former sont d’une importance capitale. Plusieurs des participants le reconnaissent.
Ils pensent que les réunir, leur montrer comment travailler avec les enfants, leur présenter les
sons, sont des procédés très bénéfiques pour les enfants. Sinon l’école travaille d’une façon et les
parents d’une autre.
4.10 Enquête
Dans cette section, les résultats de l’enquête seront présentés à l’aide des figures que nous
interprétons au fur et à mesure. Les données sociodémographiques paraitront d’abord puis
viendront les données concernant la lecture et l’écriture. Rappelons que notre enquête a eu lieu
91
dans 36 écoles fondamentales à Port-au-Prince et visait la grande section préscolaire et les deux
premiers cycles fondamentaux. Dans cette optique nous avions distribué 325 questionnaires, 2
personnes ont répondu avec peu de sérieux et 51 questionnaires ne nous ont pas été retournés.
Donc 272 enseignants y ont participé.
[Link] Le sexe
Nous constatons que le corps enseignant au niveau primaire est constitué de beaucoup plus
de femmes (72 %) que d’hommes (28 %) ; l’écart est donc important.
[Link] L’âge
Nous voulions nous informer sur la moyenne d’âge des répondants, nous avons regroupé
les enseignants dans quatre tranches d’âge : 19 ans et moins, 20 à 39 ans, 40 à 59 ans et 60 ans et
plus afin de mieux nous représenter le public d’enseignants. Il ressort que 52 % ont 39 ans et
moins et les 48 % restants 40 ans et plus. Nous voyons en lisant la figure 1 placée ci-dessus que
la totalité des enseignants ou presque ont entre 20 et 59 ans.
92
)LJXUH5pSDUWLWLRQGHVHQVHLJQDQWVHQTXrWpVSDUJURXSHG¶kJH
93
)LJXUH5pSDUWLWLRQGHVHQVHLJQDQWVHQTXrWpVVHORQOHQLYHDXGHIRUPDWLRQ
'DQVQRWUHUHFKHUFKHODILJXUHPRQWUHTXHGHV UpSRQGDQWVRQWIDLWOHXUVpWXGHVj
O¶pFROH QRUPDOH SDUPL HX[ OHV FDSLVWHV TXL Q¶DYDLHQW SDV REWHQX OHV QRWHV H[LJpHV SDU OH
PLQLVWqUHDXWHUPHGHOHXUVpWXGHV(Q JXLVHGH GLSO{PHLOV GpWLHQQHQW XQFHUWLILFDW G¶DSWLWXGH
SpGDJRJLTXHHWWUDYDLOOHQWjO¶RUGUHSULPDLUH,OVVRQWWUqVVRXYHQWHPEDXFKpVGDQVOHVpFROHVGH
13 Ceux qui ont reçu un certificat d’aptitude professionnel (C.A.P) en guise de diplôme.
94
VHFRQGHV]RQHVGpQRPPpHVHQ+DwWL©pFROHVERUOHWWHVª4XDQWDX[XQLYHUVLWDLUHVVRQWLOVWRXV
GDQVOHGRPDLQHGHO¶pGXFDWLRQ"&HFLHVWGLIILFLOHjDIILUPHU/HVpWXGLDQWVRQWSDUIRLVXQGRXEOH
VWDWXW ,OV IUpTXHQWHQW O¶XQLYHUVLWpOHVRLUHW HQVHLJQHQW OHPDWLQ GDQV OHEXW GHJDJQHUTXHOTXHV
VRXVSRXUFRXYULUOHVIUDLVG¶pWXGHV&HX[TXLRQWERXFOpOHXUVpWXGHVHQVFLHQFHVGHO¶pGXFDWLRQ
VH IRQW GDQV OD PDMRULWp GHV FDV HPEDXFKpV SDU OHV 21* RX DX VHFRQGDLUH /D TXHVWLRQ GH
VDODLUH HVW WRXMRXUV SUpVHQWH &HFL GLW QRXV FRPSUHQRQV TXH PLV j SDUW OHV GLSO{PpV G¶pFROHV
QRUPDOHVHWOHVFDSLVWHVQ¶RQWSDVDSSULVOHPpWLHUG¶HQVHLJQDQW
)LJXUH 5pSDUWLWLRQ GHV HQVHLJQDQWV HQTXrWpV VHORQ OH QRPEUH G¶DQQpHV G¶H[SpULHQFHV GDQV
O¶HQVHLJQHPHQW
14Ce sont des écoles qui ne respectent pas les normes ministérielles et qui poussent comme des
champignons.
95
1RXVREVHUYRQVG¶DSUqVODILJXUHTXHODFRXUEHHVWGHVFHQGDQWHHW
/HV PRLQV H[SpULPHQWpV UHSUpVHQWHQW OH SOXV JUDQG QRPEUH WDQGLV TXH OHV SOXV
H[SpULPHQWpVUHSUpVHQWHQWOHSOXVSHWLWQRPEUH
)LJXUH5pSDUWLWLRQGHVHQVHLJQDQWVHQTXrWHVVHORQOHQLYHDXG¶HQVHLJQHPHQW
/D ILJXUH UpYqOH TX¶XQH PLQRULWp G¶HQVHLJQDQWV VRLW RIIUH OHXU VHUYLFH GDQV OD
JUDQGHVHFWLRQSUpVFRODLUHVHWURXYHQWDXSUHPLHUF\FOHHQ+DwWLFHGHUQLHUV¶pWHQGGHOD
SUHPLqUH j OD TXDWULqPH DQQpH HW OHV UHVWDQWV VRQW DX GHX[LqPH F\FOH F¶HVWjGLUH HQ
FLQTXLqPHHWVL[LqPHDQQpH
/HV GRQQpHV VRFLRGpPRJUDSKLTXHV SUHQQHQW ILQ LFL QRXV HQWURQV GDQV O¶HQTXrWH GRQW OHV
WKqPHVSULQFLSDX[pWDLHQWODOHFWXUHHWO¶pFULWXUH
96
Pour connaitre le nombre d’enfants en difficulté de lecture et d’écriture, nous avons posé
deux questions distinctes aux enseignants, à savoir : Combien d’enfants parmi vos élèves sont en
difficulté de lecture (q9) puis Combien d’enfants parmi vos élèves sont en difficulté d’écriture
(q10) ? Les deux questions confondues, nos recherches ont montré que 40 % de garçons et 46 %
de filles sur les élèves suivis sont en difficulté de lecture et d’écriture selon les déclarations de
leurs enseignants.
Sans considérer le préscolaire, qui en réalité devrait être en préapprentissage, nous avons
relevé 57 % d’enfants en difficulté de lecture et d’écriture au premier cycle, 37 % au deuxième
97
F\FOH1RXVUHPDUTXRQVGDQVODILJXUHTXHEHDXFRXSSOXVG¶HQIDQWVHQGLIILFXOWpGHOHFWXUHHW
G¶pFULWXUHVHWURXYHQWDXSUHPLHUF\FOH
)LJXUH3RXUFHQWDJHG¶HQIDQWHQGLIILFXOWpGHOHFWXUHHWG¶pFULWXUHVXLYDQWOHF\FOH
1RXVYRXOLRQVVDYRLUVLOHQLYHDXGHIRUPDWLRQGHVHQVHLJQDQWVDXQHUpSHUFXVVLRQVXUOHV
HQIDQWV QRXVDYRQV IDLW XQFURLVHPHQWHQWUHOHV HQIDQWV HQGLIILFXOWpHWOHQLYHDXGHIRUPDWLRQ
GHV HQVHLJQDQWV /D PDMRULWp GHV HQVHLJQDQWV D\DQW UDSSRUWp DYRLU GHV pOqYHV HQ GLIILFXOWp GH
OHFWXUHHWG¶pFULWXUHRQWXQHIRUPDWLRQSOXVRXPRLQVDGpTXDWHRQWIDLWOHXUpFROHQRUPDOH
SULPDLUH GHV pWXGHV XQLYHUVLWDLUHV HW RQW VXLYL GHV FRXUV DX VHFRQGDLUH /HV
HQVHLJQDQWV TXL RQW XQ FHUWLILFDW G¶DSWLWXGH SURIHVVLRQQHO HW OHXU EUHYHW pOpPHQWDLUH H DQQpH
IRQGDPHQWDOH UHSUpVHQWHQWUHVSHFWLYHPHQWHW1RXVUHPDUTXRQVHQFRQVXOWDQWODILJXUH
TXH SOXV OHV HQVHLJQDQWV VRQW IRUPpV SOXV LOV RQW OD FDSDFLWp GH GpFHOHU OHV HQIDQWV HQ
GLIILFXOWpVG¶DSSUHQWLVVDJH
98
L’égalité des chances est devenue un sujet très discuté aujourd’hui. Désirant savoir si les
enseignants conçoivent l’utilisation de la langue maternelle dans les premiers apprentissages de
l’écrit comme un élément capable de donner une chance égale à tous les Haïtiens, nous leur
avons poséen termes précis la question(q14)en leur proposant deux réponses : oui et [Link]
réponses montrent que 76 % des enseignants enquêtés pensent que l’utilisation du créole dans les
premiers apprentissages donne une chance égale à tous les enfants haïtiens et 24 % pensent le
[Link] vue d’approfondir cette question, nous cherchions l’opinion des enseignants d’après
leur niveau de formation sur l’utilisation du créole dans l’enseignement et l’égalité des chances.
Nous avons opéré par croisement. Dans les données recueillies, nous voyons que les enseignants
attribuent de l’importance à la langue créole dans les premiers apprentissages des enfants
haïtiens. Les plus formés encore davantage. Dans tous les cas, la grande majorité déclare que
tous les enfants en profiteraient sauf la moitié des enseignants qui n’ont que le brevet et un faible
pourcentage des autres catégories qui croient le contraire.
)LJXUH3RXUFHQWDJHG¶HQIDQWVHQGLIILFXOWpGHOHFWXUHHWG¶pFULWXUHVXLYDQWODIRUPDWLRQGHVHQVHLJQDQWV
99
100
7DEOHDX3RXUFHQWDJHGHVHQVHLJQDQWVHQTXrWpVSDUQLYHDXGHIRUPDWLRQD\DQWGpFODUpTXHO¶XWLOLVDWLRQGX
FUpROHGDQVOHVSUHPLHUVDSSUHQWLVVDJHVGRQQHXQHFKDQFHpJDOHjWRXVOHVHQIDQWVKDwWLHQV
5pSDUWLWLRQGHVUpSRQVHVGHVHQVHLJQDQWV
1LYHDXGHIRUPDWLRQ 2XLFUpROH 1RQFUpROH
%UHYHWpOpPHQWDLUH
FODVVH pTXLYDOHQWH j OD QHXYLqPH DQQpH
IRQGDPHQWDOH
&HUWLILFDWG DSWLWXGHSpGDJRJLTXH
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6HFRQGDLUH
8QLYHUVLWDLUH
9RXODQW VDYRLU GDQV TXHOOH ODQJXH VH IDLW O¶HQVHLJQHPHQW GH OD OHFWXUH HW GH O¶pFULWXUH HQ
SUHPLqUHDQQpHQRXVDYRQVSRVpGLUHFWHPHQWDX[HQVHLJQDQWVHQGHX[TXHVWLRQVGLVWLQFWHVGDQV
TXHOOHODQJXHOHVHQIDQWVDSSUHQQHQWjOLUH T HWjpFULUH T GDQVYRWUHpFROH" 7RXWHQ
SURSRVDQWWURLVUpSRQVHVIUDQoDLVFUpROHOHVGHX[ODQJXHV1RXVOLVRQVGDQVODILJXUHTXHOD
ODQJXHIUDQoDLVHGRPLQHjO¶HQVHLJQHPHQWHQOHFWXUHHWHQpFULWXUHHQSUHPLqUHDQQpHGDQV
OHVpWDEOLVVHPHQWVVFRODLUHVGHVHQVHLJQDQWV/¶LQVWUXFWLRQVHIDLWGDQVOHVGHX[ODQJXHVj
3DU FRQWUH WUqV SHX G¶HQVHLJQDQWV XWLOLVHQW OH FUpROH GDQV O¶HQVHLJQHPHQW GH O¶pFULW GDQV OHXUV
)LJXUH 5pSDUWLWLRQ GH OD ODQJXH G¶HQVHLJQHPHQW HQ OHFWXUH HW HQ pFULWXUH HQ SUHPLqUH
DQQpHGDQVOHXUpWDEOLVVHPHQWVFRODLUH
101
établissements scolaires. Ceux-ci constituent seulement 8 %. L’enfant qui devrait connaitre les
rouages de sa langue maternelle avant d’aborder la langue seconde fait le mouvement inverse.
Nous voulions savoir quelle langue est le plus utilisée par les hommes et par les femmes
pour l’enseignement de la lecture et de l’écriture en première année dans les établissements
scolaires où a eu lieu notre enquête. Nous avons fait un croisement entre le sexe : féminin,
masculin et les langues utilisées : français, créole, les deux langues. Le tableau 6 nous indique
que les deux sexes confondus, en moyenne le français est utilisé à 54 % comme langue
d’enseignement pour la lecture et l’écriture en première année et le créole à 9.5 %. Par contre
37 % des enseignants en moyenne utilisent les deux langues. Donc la langue seconde est
prédominante dans l’enseignement et l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en première
année. Cependant, les femmes (61 %) ont plus d’attrait pour le français que les hommes (47 %).
Tableau 6Répartition des enseignants enquêtés par sexe suivant la langue d’enseignement en lecture et en
écriture en première année dans leur établissement scolaire
Le nombre d’enfants qui échouent en écriture créole nous intéressait, nous avons posé la
question sur le pourcentage par intervalle de 20 en partant de 19 % et moins, 20 à 39 %, 40 à
59 %, 60 % et plus. Nous voyons dans la figure 8 que la majorité, (72 %) des enseignants ont un
pourcentage de 19 % et moins d’élèves qui échouent en écriture créole dans leur classe, 17 % des
enseignants ont un pourcentage d’échec de 20 à 39 %, 8 % ont un pourcentage de 40 à 59 %
d’enfants qui échouent dans l’écriture créole et 3 % des enseignants ont un pourcentage de 60 %
et plus d’échec dans l’écriture créole.
102
)LJXUH 3RXUFHQWDJH G¶pOqYHV TXL pFKRXHQW HQ pFULWXUH FRPPXQLFDWLRQ FUpROH GDQV YRWUH
FODVVH
'pVLUDQW FRQQDLWUH VL OH QRPEUH G¶DQQpHV G¶H[SpULHQFHV GH O¶HQVHLJQDQW D XQ HIIHW VXU OH
SRXUFHQWDJH G¶pFKHF GHV pOqYHV HQ OHFWXUH HW HQ pFULWXUH FUpROH QRXV DYRQV IDLW XQ FURLVHPHQW
HQWUHOHVpOqYHVTXLpFKRXHQWHQOHFWXUHHWHQpFULWXUHFUpROHHWOHQRPEUHG¶DQQpHVG¶H[SpULHQFHV
GHVHQVHLJQDQWV/HVGRQQpHVGXWDEOHDXGpPRQWUHQWTXHOHQRPEUHG¶DQQpHVG¶H[SpULHQFHVGHV
HQVHLJQDQWV Q¶D SDV YUDLPHQW G¶HIIHW VXU OH SRXUFHQWDJH G¶pOqYHV TXL pFKRXHQW HQ OHFWXUH HW HQ
pFULWXUHFUpROHGDQVODFODVVHFDUjGHWRXWHVOHVFDWpJRULHVGHVHQVHLJQDQWVUDSSRUWHQW
TXHOHWDX[G¶pFKHFHVWjHWPRLQV
7DEOHDX3RXUFHQWDJHG¶pOqYHVTXLpFKRXHQWHQOHFWXUHHWHQpFULWXUHFUpROHGDQVODFODVVHVXLYDQWOHQRPEUH
G¶DQQpHVG¶H[SpULHQFHVGHVHQVHLJQDQWV
)LJXUH3RXUFHQWDJHG¶pOqYHVTXLpFKRXHQWHQOHFWXUHFUpROHGDQVYRWUHFODVVH
104
9 ans et 83% 8% 5% 4%
moins
10 à 19 ans 85% 10% 5% 0%
20 à 29 ans 87% 2% 8% 3%
30 et plus 95% 5% 0% 0%
des enseignants ont un pourcentage de 60 % et plus d’enfants qui échouent en écriture française.
105
)LJXUH3RXUFHQWDJHG¶pOqYHVTXLpFKRXHQWHQOHFWXUHIUDQoDLVHGDQVYRWUHFODVVH
9RXODQW VDYRLU OD TXDQWLWp G¶pOqYHV TXL pFKRXHQW GDQV OHV FODVVHV VXLYLHV QRXV DYRQV
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SRXUFHQWDJHG¶pOqYHV pFKRXHHQOHFWXUH HW HQpFULWXUHIUDQoDLVH T HW T ,O DpWpGLIILFLOH
G¶pYDOXHUOHSRXUFHQWDJHGHVHQIDQWVTXLpFKRXHQWHQOHFWXUHHWHQpFULWXUHFUpROHSDUUDSSRUWDX
IUDQoDLVFDUOHVGHX[ODQJXHVQHVRQWSDVXWLOLVpHVDXPrPHU\WKPHGDQVOHVpFROHV&HSHQGDQW
HQFRPSDUDQWOHVWDEOHDX[HWQRXVUHPDUTXRQVTXHOHWDX[G¶pFKHFHVWXQSHXSOXVpOHYpHQ
OHFWXUH HW HQ pFULWXUH GH OD ODQJXH IUDQoDLVH TX¶HQ OHFWXUH HW HQ pFULWXUH GH OD ODQJXH FUpROH
4XDQG j GHV HQVHLJQDQWV TXL RQW SDUWLFLSp j OD UHFKHUFKH GpFODUHQW TXH OHV HQIDQWV
pFKRXHQW HQ FUpROH j HW PRLQV VHXOHPHQW j DIILUPHQW OH PrPH SRXUFHQWDJH HQ
IUDQoDLV7DQGLVTXHTXDQGjGpFODUHQWTXHOHVHQIDQWVpFKRXHQWHQOHFWXUHHWHQpFULWXUH
106
Comment expliquer ce fait ? Faut-il conclure que les enfants échouent davantage en
français qu’en créole ? Le français étant la langue la plus utilisée pour la lecture et l’écriture à
l’école, il est normal que plus d’échecs y soient enregistrés. Et aussi beaucoup d’échecs relevés
en lecture et en écriture créole n’en sont pas de réels car, dans la plupart des cas, d’après les
enseignants qui ont participé à la recherche, l’enfant est considéré comme un élève en échec en
lecture et en écriture créole alors que cette langue n’est pas enseignée dans sa classe.
Il nous paraissait important de savoir ce que pensent les enseignants sur les causes de
difficulté dans l’apprentissage de la lecture chez les élèves de première année. Nous leur avons
demandé de ranger par ordre d’importance cinq causes que nous leur avons proposées : 1)
pratique enseignante inadéquate, 2) manque de connaissance en français 3) manque de
connaissance en créole, 4) l’utilisation des deux langues, 5) manque d’encadrement familial, 6)
autre, 7) préciser. Devant le phénomène crucial des enfants en difficulté de lecture, les
enseignants, ayant participé à notre recherche pensent, voir la figure 12, que le manque de
107
)LJXUH 2UGUH G¶LPSRUWDQFH GHV FDXVHV GH GLIILFXOWpV GDQV O¶DSSUHQWLVVDJH GH OD OHFWXUH FKH] OHV
pOqYHVGHSUHPLqUHDQQpHHQOHVQXPpURWDQWGHj
FRQQDLVVDQFHV HQ IUDQoDLV SHXW HQWUDYHU OHV DSSUHQWLVVDJHV GH OD OHFWXUH LOV DFFXVHQW DXVVL HQ
SUHPLHUOLHXOHVSDUHQWVTXLVHUDLHQWOHVSULQFLSDX[UHVSRQVDEOHVGHVGLIILFXOWpVGHVHQIDQWVGDQV
OHVSUHPLHUVDSSUHQWLVVDJHVGHO¶pFULW,OVVRQWGpPLVVLRQQDLUHVHWQ¶HQFDGUHQWSDVOHVHQIDQWVjOD
PDLVRQ DIILUPHQWLOV /HV HQIDQWV QH VRQW SDV IRUFpV SDU OHXUV SDUHQWV GH UHSUHQGUH OH WUDYDLO
HIIHFWXpjO¶pFROH$XGHX[LqPHQLYHDXYLHQQHQWODSUDWLTXHHQVHLJQDQWHLQDGpTXDWHO¶XWLOLVDWLRQ
GHV GHX[ ODQJXHV OH PDQTXH GH FRQQDLVVDQFHV HQ IUDQoDLV HW OH PDQTXH GH FRQQDLVVDQFHV HQ
FUpROH (Q WRXW GHUQLHU OLHX DX QLYHDX VRQW FLWpHV G¶DXWUHV FDXVHV WHOOHV TXH GLIILFXOWpV GH
ODWpUDOLVDWLRQ PDQTXH GH OLYUHV VXSSOpPHQWDLUHV PDQTXH G¶HQFDGUHPHQW SRXU OHV LQVWLWXWHXUV
PDQTXH GH PDWpULHO GLGDFWLTXH DSSURSULpH PDQTXH G¶LQWpUrW HW GH PRWLYDWLRQ SURJUDPPH SHX
DGDSWp DX EHVRLQ GHV HQIDQWV SUREOqPHV SV\FKRORJLTXHV SUREOqPHV GH VDQWp SUREOqPHV
IDPLOLDX[SUREOqPHVSK\VLTXHV
&H TXH SHQVHQW OHV HQVHLJQDQWV VXU OHV FDXVHV GH GLIILFXOWp GDQV O¶DSSUHQWLVVDJH GH
O¶pFULWXUH FKH] OHV pOqYHV GH SUHPLqUH DQQpH VHPEODLW LPSRUWDQW 1RXV OHXU DYRQV GHPDQGp
108
comme pour la lecture, de ranger par ordre d’importance cinq causes que nous leur avons
proposées : 1) pratique enseignante inadéquate, 2) manque de connaissance en français 3)
manque de connaissance en créole, 4) l’utilisation des deux langues, 5) manque d’encadrement
familial, 6) autre, 7) préciser. Au regard de la figure 13, de même que pour la lecture, les
enseignants ayant participé à la recherche soulignent d’abord le manque d’encadrement familial.
S’ensuivent au second niveau : la pratique enseignante inadéquate, l’utilisation des deux langues,
le manque de connaissance en français et le manque de connaissance en créole. En tout dernier
lieu, niveau 3, sont citées d’autres causes telles que difficultés de latéralisation, manque de livres
supplémentaires, manque d’encadrement pour les instituteurs, manque de matériel didactique
appropriée, manque d’intérêt et de motivation, programme peu adapté au besoin des enfants,
problèmes psychologiques, problèmes de santé, problèmes familiaux, problèmes physiques…
109
)LJXUH 2UGUH G¶LPSRUWDQFH GHV FDXVHV GH GLIILFXOWpV GDQV O¶DSSUHQWLVVDJH GH O¶pFULWXUH FKH] OHV
pOqYHVGHSUHPLqUHDQQpHHQOHVQXPpURWDQWGHj
3DU RXL RX SDU QRQ OHV HQVHLJQDQWV GHYDLHQW UpSRQGUH j GHX[ TXHVWLRQV GLVWLQFWHV OHXU
GHPDQGDQWVLODOHFWXUH T RXO¶pFULWXUH T DGHVHIIHWVVXUOHVDXWUHVDSSUHQWLVVDJHVHWVXUOD
YLHGHO¶HQIDQW'DQVODILJXUHSUHVTXHjO¶XQDQLPLWpVRLWjOHVHQVHLJQDQWVRQWUHFRQQX
TXHOHVGLIILFXOWpVHQOHFWXUHRQWGHVHIIHWVQpIDVWHVVXUOHVDXWUHVDSSUHQWLVVDJHVHWVXUODYLHGH
O¶HQIDQWHWSHQVHQWGHPrPHTXDQGLOV¶DJLWGHO¶pFULWXUH(QHIIHWFHVGHX[PDWLqUHVVRQW
FRQQH[HVjWRXWHVOHVDXWUHVGLVFLSOLQHV5LHQQHVHIDLWVDQVXQPLQLPXPGHOHFWXUHPrPHO¶RUDO
2UO¶HQIDQWELHQTX¶LOQHVDFKHSDVOLUHGRLWUHFRQQDLWUHTXHOTXHVVLJQHVTXLOXLVRQWIUpTXHPPHQW
SUpVHQWpV4XDQGLODERUGHPDOODOHFWXUHHWO¶pFULWXUHLOSRXUUDLWDYRLUGXUHWDUGVXUOHSODQGHV
DSSUHQWLVVDJHVVFRODLUHV
110
)LJXUH/HVGLIILFXOWpVGDQVOHVDSSUHQWLVVDJHVGHODOHFWXUHHWGHO¶pFULWXUHRQWLOVGHVHIIHWVVXUOHV
DXWUHVDSSUHQWLVVDJHVHWVXUODYLHGHO¶HQIDQW"
(QWURLVTXHVWLRQVGLVWLQFWHVQRXVDYRQVGHPDQGpGDQVTXHOOHODQJXHOHVHQIDQWVUpXVVLVVHQW
OH PLHX[ OHXU DSSUHQWLVVDJH SRXU OD OHFWXUH T SRXU O¶pFULWXUH T HW SRXU OHV DXWUHV
PDWLqUHV T PDLVWRXMRXUVHQSURSRVDQW OHIUDQoDLVHW OHFUpROHFRPPHFKRL[GHUpSRQVH
&¶HVWXQIDLWODODQJXHG¶HQVHLJQHPHQWpWDQWSOXW{WOHIUDQoDLVOHVpOqYHVUpXVVLVVHQWPLHX[HQ
IUDQoDLV OD ILJXUH OH UpYqOH 3RXU GHV HQVHLJQDQWV OHV HQIDQWV UpXVVLVVHQW PLHX[ HQ
IUDQoDLV O¶DSSUHQWLVVDJH GH OD OHFWXUH SRXU OHV HQIDQWV UpXVVLVVHQW PLHX[ HQ IUDQoDLV
O¶DSSUHQWLVVDJH GH O¶pFULWXUH HW SRXU OHV HQIDQWV UpXVVLVVHQW PLHX[ HQ IUDQoDLV
O¶DSSUHQWLVVDJHGHVDXWUHVPDWLqUHV(QHIIHWLOVQHSHXYHQWUpXVVLUG¶DSUqVQRXVGDQVXQHODQJXH
TXL QH OHXU HVW SDV HQVHLJQpH 0DOJUp WRXW SHQVHQW TXH OHV HQIDQWV UpXVVLVVHQW PLHX[ HQ
FUpROH OHV DXWUHV PDWLqUHV GHV HQVHLJQDQWV SHQVHQW TXH OHV HQIDQWV UpXVVLVVHQW PLHX[ HQ
FUpROH OD OHFWXUH HW GHV HQVHLJQDQWV SHQVHQW TXH OHV HQIDQWV UpXVVLVVHQW PLHX[ HQ FUpROH
O¶pFULWXUH9XODIDLEOHTXDQWLWpG¶pFROHVTXLXWLOLVHQWOHFUpROHGDQVO¶HQVHLJQHPHQWSDUUDSSRUWj
FHOOHVTXLXWLOLVHQWOHIUDQoDLVQRXVSHQVRQVTXHF¶HVWXQUHFRUG6LXQHERQQHSULVHGHFRQVFLHQFH
SRXYDLWrWUHIDLWHFKH]OHVGLIIpUHQWVDFWHXUVSRXUTXHO¶HQVHLJQHPHQWGHODOHFWXUHHWGHO¶pFULWXUH
111
VH IDVVH GDQV OD ODQJXH PDWHUQHOOH DILQ TXH OHV HQIDQWV SXLVVHQW SRVHU OHXU MDORQ QRQ VXU OH
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118
CINQUIÈME CHAPITRE :
DISCUSSION
La lecture et l’écriture chez les débutants sont parmi les principales préoccupations des
spécialistes en éducation (ONL, 1998; Alamargot et Chanquoy, 2004; Cogis, 2005 et l’ONL,
2000). Vu les nombreux obstacles auxquels les enfants font face dans l’apprentissage de ces
deux matières, nous avons cherché à comprendre la pratique enseignante les entourant. Ceci, par
le biais des enseignants de la troisième section du préscolaire et des deux premiers cycles de
l’école fondamentale en Haïti que nous avons interrogés.
Notre approche méthodologique était d’interviewer, de mener des enquêtes d’opinions sur
un échantillon donné dans le but d’atteindre notre objectif qui était de décrire les pratiques en
première année. En effet, 19 enseignants de la grande section préscolaire à la deuxième année
fondamentale ont été interviewés et une enquête a été menée auprès de 272 enseignants de la
grande section préscolaire à la sixième année fondamentale. Les résultats sont discutés en rapport
avec les objectifs de la recherche et le cadre théorique et quelques recommandations tenant
compte des recherches en didactique de l’écrit seront formulées. Les principaux points retenus
sont divisés en trois catégories : les questions d’ordre général, les questions concernant les
classes de première année fondamentale et les questions d’opinion.
En ce qui concerne les causes principales des échecs et particulièrement celles de la lecture
et de l’écriture en première année, le facteur le plus important, selon les déclarations des
enseignants s’avère, dans les données qualitatives de même que les données quantitatives, le
manque d’encadrement familial. Les enseignants en majorité le signalent. Il est relevé aussi au
même niveau, que le français constitue une entrave pour les enfants dans l’apprentissage de la
lecture et de l’écriture (figure 13).
La réalité est flagrante, mais bien des failles relevant du système en général depuis le
préscolaire jusqu’au niveau le plus élevé donnent lieu à d’innombrables négligences sans
compter le manque de formation des enseignants. Parmi les enquêtés, 38 % d’enseignants ne sont
pas du métier, 10 % ne le maitrisent pas bien (figure 2). Les parents seraient-ils les seuls
démissionnaires, les enseignants ne le seraient-ils pas aussi certaines fois sans s’en rendre
compte? Car, très souvent ils ne planifient pas à l’avance, les leçons sont données de façon
routinière, en observant à la lettre les livres des enfants parfois sujets à caution, les classes sont
surchargées, ce qui entraine le manque d’attention dû à chaque enfant selon ses besoins. En effet,
Donnay et Bru (2002) avance que, réellement, l’activité de l’enseignant n’a de sens que si elle
coordonne l’ensemble de ces facteurs afin de favoriser l’apprentissage de chaque élève selon ses
besoins.
Par ailleurs, les enseignants sont livrés à eux-mêmes, personne ne contrôle le travail qu’ils
fournissent. Ils s’accrochent à des routines préétablies, ne sont pas ouverts au changement et
n’adhèrent pas spontanément aux réformes. En dépit de leurs réticences, il importe de créer une
relation d’aide visant à l’amélioration du processus d’enseignement et apprentissage par la
120
supervision pédagogique, l’une des tâches prioritaires d’une direction d’école performante. « La
supervision pédagogique est un processus visant l’amélioration de l’enseignement et de
l’apprentissage » Tardif (1986 dans St Jour, 2014).
Quant aux problèmes des pré-requis, ils sont aussi à considérer. La lecture et l’écriture ne
sont-elles pas abordées trop tôt, les enseignants du préscolaire donnent-ils assez de temps aux
enfants pour fixer les préapprentissages, les voyant éveillés, ne les forcent-ils pas à lire et à
écrire, provoquant ainsi chez eux des troubles en lecture et en écriture? De zéro à six ans au
préscolaire il s’agit de poser et de consolider la base et surtout de motiver les enfants en leur
donnant l’envie de lire et d’écrire par la littératie émergente, c'est-à-dire en les exposant au
langage oral et écrit (Morin et Montésinos-Gelet, 2006 ; Boudreau, 1993).« Les compétences
prédisposant l’enfant à l’apprentissage de la lecture sont reliées aux capacités langagières qu’il
possède en entrant dans le système scolaire. » Doucan et al (2007 dans Charron et al, 2009).
Certains parents insistent, il est vrai, pour que leurs enfants acquièrent les compétences de
base en lecture et en écriture dès le préscolaire afin de pouvoir se tailler une place dans la société
et les éducateurs pour leur faire plaisir abondent dans le même sens. Or « Le but du préscolaire
est de préparer le terrain pour que l’enfant soit vraiment prêt à apprendre à lire et à écrire au
primaire » (Hendrick, 1993, p.477).
Pour ce qui est d’apprendre à lire, les enseignants à l’unanimité pensent que c’est
apprendre à combiner les sons afin de former des mots ensuite des phrases. Ils y voient, toute une
progression. La méthode synthétique, agrémentée de quelques petites histoires, est donc la plus
utilisée. Quelques noms fictifs vont nous permettre de présenter des exemples tirés des verbatim.
Pour Jeanne, l’enfant doit écouter d’abord, puis dire ce qu’elle a entendu et écrire le son.
Marie, elle, pense qu’elle doit aider l’enfant à reconnaître les sons, les mots et les phrases. Tandis
que Ginette pense devoir amener l’enfant à reconnaître les lettres, les sons et pouvoir les marier,
les combiner pour former des syllabes puis des mots et des phrases.
121
Les enseignants ne comprennent pas tous l’importance de la langue maternelle dans cette
aventure bien difficile pour les apprenants puisque l’accent est mis plutôt sur le décodage que sur
la compréhension. D’après Stahl (2003 dans Charron et al. 2009) un lecteur doit connaitre 90 à
95 % des mots d’un texte pour pouvoir le lire et le comprendre, or le bagage en français de la
majorité des jeunes enfants haïtiens est très limité, ils sont obligés de faire appel à la mémoire et
de se référer aux images pour lire. Dans des manuels autres que les leurs ils s’égarent et ne
savent plus ce que représentent les mots qui leur paraissaient les plus connus.
Les images sont importantes comme repères pour l’enfant mais il faudrait souvent faire
des récapitulations avec de courts textes non illustrés afin de l’habituer à se frotter à de vrais
textes comme ceux des journaux, des revues, des courriers, etc. (Montésinos-Gelet et Morin,
2006, 2007; Foulin et Pacton, 2006; l’ONL, 1998).
A dire vrai, cet apprentissage requiert un bon niveau de littératie familiale, or les parents
sont majoritairement analphabètes et de moyens économiquement pauvres. Ils n’ont pas la
possibilité d’accompagner leurs enfants ni de payer le renforcement à la maison comme 53 %
des enseignants le souhaitent (q35). Choisir le chemin de l’école afin de ne pas laisser grandir
leur progéniture comme des sauvages se révèle déjà héroïque pour eux vu le coût de la vie et la
misère qui ronge le peuple haïtien. De plus, même les gens de la classe moyenne ne peuvent pas
toujours envisager un tel luxe.
Les enseignants sont appelés à mettre des bouchées doubles pour combler les lacunes des
enfants. Ils doivent renforcer ce qui manque à la maison moyennant une rémunération qui parfois
les écarte de leur vraie mission, celle d’éduquer l’enfant dans toutes les dimensions de sa
personnalité pour l’amener vers l’épanouissement de son être intégral. Les enfants en difficulté
qui réclament une attention particulière sont souvent les plus négligés, les plus dévalorisés alors
que la loyauté, l’amour, le respect de la personnalité humaine aident l’enfant à grandir et à se
développer. Pourtant la plupart des enseignants ont reçu une formation adéquate. Ils savent quel
comportement adopter dans les circonstances troublantes puisque 52 % ont fait leur École
Normale d’Instituteurs (ENI). Ils sont détenteurs d’un diplôme. Et 10 % sont dotés d’un certificat
d’aptitude pédagogique, ceux-ci sont passés à l’ENI mais au terme du cycle, ils n’ont pas réussi
122
les examens finaux avec brio. Pour les universitaires qui représentent 22 %, les uns sont dans le
domaine de l’éducation, les autres dans d’autres domaines. Mais dans les deux catégories, ce
sont souvent des jeunes qui cherchent du travail pour couvrir une partie de leurs frais d’études.
Notre objectif était de connaitre les habiletés requises en matière d’écrit à la fin de la
première année. Les résultats indiquent que l’enfant doit être en mesure de reconnaitre les lettres,
les sons et leur valeur afin de lire n’importe quel petit texte présentant un sens ou une logique
tout en respectant la diction et l’intonation et de pouvoir prendre des dictées.
Au regard des résultats, l’enfant devrait être capable de lire des petites histoires (deux
enseignants), est supposé avoir une capacité de lecture ayant ses propres leçons à étudier (un
enseignant), peut lire n’importe quel texte mais à partir des sons (deux enseignants), est capable
de lire un texte (cinq enseignants), est capable de lire vite et est intéressé à lire (un enseignant).
Ces tendances nous portent à croire que par la méthode synthétique les enfants parviennent au
déchiffrement or, la compréhension du langage écrit ne résulte pas seulement de la capacité
d’identification des mots écrits mais aussi de la capacité de compréhension du langage parlé
(l’ONL, 1998).
Il appartient à l’État de prendre ses responsabilités afin que toutes les écoles puissent
rentrer dans les normes comme dans les autres pays du monde. Un test standardisé des
apprentissages de la lecture et de l’écriture pourrait être envisagée à la fin de la première année.
Par test standardisé, Scallon (2007) entend un procédé d’observation qualitative consistant à
apprécier des productions complexes ou à observer des comportements indicateurs de
caractéristiques associées aux attitudes ou à la motivation.
123
Notre étude avait pour but de décrire les activités de lecture et d’écriture proposées en
première année par les enseignants. Nos résultats indiquent que toutes les activités convergent
vers un seul but : la reconnaissance et l’assemblage des sons.
Dans les manuels des enfants, beaucoup d’activités sont proposées pour les amener à
découvrir et reconnaitre les sons, les mots et pour guider les enseignants. Les objectifs poursuivis
à travers ces activités sont d’identifier, de rappeler, de discriminer, de généraliser, ou bien encore
d’établir des relations entre les mots. Ces activités répétées, comme mentionné par Torgesen
(1987 dans Charron et al, 2009), donnent la conscience phonologique qui réfère à l’habileté à
détecter ou manipuler les structures sonores du langage oral telle que la syllabe, la rime et le
phonème. Il reste cependant de la place pour la création et l’imagination; la déconstruction et la
reconstruction comme le préconise Stordeur (2006) afin d’éviter la monotonie.
Les jeunes enfants devraient pouvoir se familiariser avec l’auteur du livre, le ou les
principaux personnages du livre, les actions du ou des personnages grâce à la prestation de
l’enseignant. Ils pourraient raconter le livre à leur façon, relever la fin du livre, imaginer une
124
autre fin au livre. Autant d’activités qui pourraient s’effectuer en classe à partir des livres de
littérature enfantine ou de jeunesse, écrits en langue maternelle et en langue seconde classés pour
les enfants de cinq ans et plus. Les enfants si petits qu’ils soient connaîtraient ainsi certains
auteurs natifs du pays tels que Odette Roi Fombrun, Nicole Lalanne, Colette Rouzier et les titres
de leurs œuvres [Sezisman sou sezisman; De Surprise en surprise; Istwa bèl avanti Japi; La belle
aventure de Japi; Pa pi sòt pase sa; Pas si bête que ça; Bouki, malice et zanmi].
Car la combinaison des sons est importante mais les enseignants devraient avoir en vue
divers types de lecture15, afin d’initier l’enfant à la lecture utile dès le bas âge. Rivais (1990) fait
appel à la lecture orale par exemple qui est une situation de communication orale. Elle habilite à
mettre en œuvre les projets d’expression tels que les présentations d’exposés ou les scènes
théâtrales. Une autre forme d’activité captivante pour les enfants, c’est la lecture partagée
(Giasson, 2003; Goigoux et Pollet, 2011). Elle satisfait à de multiples objectifs et répond aux
besoins de plusieurs catégories d’âge. Pour les enfants de cinq à sept ans, Brown (2007) prend le
soin de présenter une liste d’objectifs que la lecture partagée permet d’atteindre. Nous en
retenons quelques-uns. Elle développe le plaisir de lire des textes variés, Elle initie les élèves à la
structure des livres et aux caractères d’imprimerie, elle encourage l’élaboration du sens et
l’interaction, elle enseigne les lettres, les sons et les mots, elle développe le langage oral et
enrichit le vocabulaire, elle renforce le sentiment d’appartenance à une communauté
d’apprenants.
Sur le plan de l’écriture les pratiques sont tournées vers la graphie surtout des sons, la copie et
l’orthographe mais pas l’expression écrite. Les enseignants pensent que les enfants ne sont pas
capables d’imaginer dans une langue qui n’est pas la leur et qu’ils ne possèdent pas, qu’ils ne
peuvent pas structurer des idées. Ce résultat souligne que c’est une classe plutôt orale. Les
enfants sont donc limités dès le départ, il ne leur est pas donné la possibilité de réfléchir et de
s’exprimer à l’écrit selon leur capacité comme tous les enfants du monde. Pourtant, à certaines
occasions ils auraient pu imaginer dans leur langue et s’exprimer dans des petits textes libres
(méthode de Freinet) car il faut donner aux enfants dès le bas âge le statut d’un sujet pensant. Et
15 [Link]
125
pour que le programme soit équilibré, d’après Giasson (2011) il faut accorder une importance
égale à la lecture et à l’écriture en 1e et 2e année fondamentale.
En ce qui a trait aux supports pouvant favoriser les premiers apprentissages de la lecture
et de l’écriture, nos résultats indiquent que le tableau noir et le manuel de l’élève sont les seuls
utilisés pour la lecture et l’ardoise ou le cahier pour l’écriture. La langue maternelle n’est pas très
utilisée dans les premiers apprentissages de la lecture et de l’écriture. L’usage du créole
seulement est estimé à 8 %, et 32 % des enseignants utilisent les deux langues (figure 7).
Nous faisons face à un manque de matériel didactique et les enseignants n’ont pas assez
de temps pour en préparer d’autres que ce qui leur est offert par l’école. Un seul enseignant a
mentionné qu’il fait apporter du matériel par les enfants pour rendre la leçon plus concrète. S’il
s’agit d’une leçon sur le son « a », par exemple il leur demande un ananas. Le mépris de la
langue maternelle ne permet pas aux enfants de goûter les textes dont les mots ne sont pas
toujours compris.
Par ailleurs, une bibliothèque serait un atout précieux (Giasson, 2003) voire un coin
lecture dans les classes, en offrant aux élèves une littérature de jeunesse abondante tant en
français qu’en créole. Mais hélas c’est à peine si deux ou trois écoles en sont dotées, quant à
l’audio visuel c’est quasi inexistant.
En termes de genre de lecture, à regarder les résultats nous nous rendons compte que la
panoplie n’est pas riche. Elle se réduit à l’étude des sons, la lecture compréhension qui est une
sorte de lecture silencieuse. La lecture orale est pratiquée non comme un entrainement comme le
souhaite Rivais (1990) mais en tant qu’évaluation quotidienne qui permet à l’enfant d’avancer ou
non dans son manuel.
Il arrive que les enfants lisent de mémoire, seuls des moyens subtils amènent à les
découvrir alors que lire n’est pas répéter un jargon sans le comprendre, mais c’est reconnaitre les
126
signes graphiques d’une langue, former mentalement ou à voix haute les sons que ces signes ou
leur combinaison représentent et leur associer un sens.
La lecture est un processus complexe, dynamique et interactif qui nécessite que les
enfants s’habituent à la voix des textes. Les maitres devraient leur offrir des activités de lecture
magistrale ritualisées (Goigoux et Pollet, 2011); leur ouvrir plus souvent le cadre à la lecture
partagée (Giasson, 2003; Goigoux et Pollet, 2011; Brown, 2007) et les familiariser à tous les
types de textes : catalogues, revues publicitaires, journaux, documentaires et autres (Montésinos-
Gelet et Morin, 2006; Foulin et Pacton, 2006; l’ONL, 1998)
Les résultats montrent que la langue maternelle est très peu utilisée en première année dans
les apprentissages de l’écrit. Seulement 8 % des enseignants l’utilisent uniquement alors que
pour 60 % c’est le français qui est à l’honneur et les 32 % restants utilisent les deux langues
(figure7). Pourtant, la langue maternelle est l’élément primordial. Elle permet aux enfants de
donner du sens à l’écrit et d’avoir plus d’assurance et Hendrick (1993) reconnait qu’elle
développe chez eux la confiance et l’estime de soi.
A la lumière des résultats, il est accordé sensiblement plus de temps à la lecture qu’à
l’écriture en première année. Parmi les enseignants enquêtés, 6 % y font une séance d’écriture
seulement et 12 % une séance de lecture, 56 % deux séances d’écriture et 61 % deux séances de
lecture, 32 % trois séances d’écriture et 33 % trois séances de lecture. L’écriture est considérée
comme graphisme, copie et dictée (entretiens). C’est la formation des lettres et l’orthographe des
mots qui sont prises en compte; pas de place pour l’expression écrite. La barrière demeure la
langue.
Il est à signaler aussi que les normes ne sont pas toujours respectées. Chaque école
fonctionne à sa guise, le nombre d’heures allouées à la lecture et à l’écriture quotidiennement
n’est pas respecté dans toutes les écoles d’après les résultats obtenus (Graphe 21).
127
Notons qu’une séance de lecture et d’écriture par jour ne suffit pas pour faire avancer un
enfant de première année comme cela le requiert. Car la lecture et l’écriture sont les principaux
éléments pour les débutants. Giasson (2011) recommande d’établir un équilibre entre
l’enseignement de la lecture et de l’écriture. Elle suggère parallèlement la lecture aux élèves /
l’écriture par les élèves; la lecture partagée / l’écriture partagée; la lecture guidée / l’écriture
guidée; la lecture et l’écriture autonomes qui sont des occasions de lire et d’écrire.
Tous les enfants ne sont pas de mêmes conditions sociales, mais nous n’ignorons pas que
des illettrés bien fortunés cherchent de bonnes écoles pour leurs enfants et que ceux-ci sont
parfois meilleurs que les autres qui trouvent de l’aide à la maison. Le problème de méthode serait
donc à considérer ainsi que la qualification des enseignants.
Les classes n’étant jamais homogènes, l’idéal serait de proposer des livres bilingues afin
d’aider chaque enfant à acquérir son autonomie à partir de ce qu’il sait : l’oral (Giasson, 2003;
Van Grunderbeeck, 1994). Apparemment cela semble impossible vu les conditions imposées aux
éditeurs par l’État : faible subvention et quantité de pages limitée etc. Il serait alors bon que
toutes les autres écoles donnent aux enfants un avant-gout de la lecture facile dans leur langue
maternelle moyennant un bon encadrement pédagogique et une formation continue pour les
enseignants afin qu’ils puissent faire le passage du créole au français. En effet le créole, la langue
maternelle, est un facilitateur pour les enfants purement créolophones (Chaudenson, 2006). Et ce
qui est certain, la lecture dans la langue maternelle d’après (ONL, 1998) est plus motivante pour
l’enfant, car il peut s’y engager personnellement.
128
L’État devrait donc prendre des mesures strictes pour obliger l’application de la langue
maternelle dans l’enseignement/ apprentissage de la lecture et de l’écriture pour les débutants et
même déjà en grande section préscolaire, car c’est là que sont posées les bases et Hendrick
(1993) laisse entendre que la langue maternelle, à ce niveau, favorise l’estime de soi et le
développement de l’identité personnelle.
Au regard des résultats, pour dix des enseignantes interviewés, la langue maternelle rend le
passage du créole au français très difficile en première année à cause des troubles de diction que
cela provoque, tandis que pour les neuf autres elle facilite la lecture française (entretiens). Plus
encore, 62 % des enseignants enquêtés en moyenne (figure 19 et 20) pensent que la langue
maternelle facilite les apprentissages de la lecture-écriture, la communication et l’interaction en
classe.
Pourquoi certains font-ils le passage du créole au français très facilement et d’autres pas? Le
problème ne se poserait-il pas plutôt à d’autres niveaux? La méthode, le savoir faire, le savoir
être ne seraient-ils pas à peser dans la balance? L’enseignant doit en l’occurrence posséder la
langue maternelle c'est-à-dire : son orthographe, sa prononciation son vocabulaire et toutes les
nuances de la langue qui varie d’une région à une autre. Il doit l’aimer et être à même d’assurer
la transmission. En effet, plus que la méthode, l’enseignant joue un rôle important dans les
apprentissages de l’enfant (Giasson, 2003, 2011). Cette chercheuse considère l’enseignement de
qualité en première année comme la meilleure façon de prévoir les difficultés en lecture. En Haïti
pourtant, les classes les plus délicates telles que les deux premières années sont souvent confiées
aux enseignants en état de fragilité. Par ailleurs, dans ces classes-là, l’enseignement de la lecture
n’est pas une tâche facile pour les enseignants même les mieux formés car la didactique de la
lecture est souvent négligée dans la formation des élèves maitres. St Jour (2014), un cadre de la
Direction de l’Enseignement Fondamental du Ministère de l’Education Nationale et de la
Formation Professionnelle (MENFP), dans sa réflexion sur l’enseignement apprentissage de la
lecture et de l’écriture signale l’absence de la didactique de la lecture-écriture dans la formation
129
Pour ce qui est de la motivation dans les premiers apprentissages de l’écrit, les
enseignants pensent qu’il faut donner aux enfants l’art de s’exprimer devant un public, l’art de
déclamer. La motivation de l’enfant réside dans l’engouement de l’enseignant à lire et à
s’exclamer affirment deux enseignants. Il faut marquer l’intonation, soutient un autre. La
motivation externe est très mentionnée : la note, le fouet, les histoires (entretiens). Dans l’analyse
quantitative, 30 % des enseignants évoquent les récompenses, 53 % le renforcement à la maison
et 17 % la langue maternelle (figure 22).
Les enseignants accordent une importance moindre à la langue maternelle dans les
premiers apprentissages de l’écrit pourtant c’est un élément de la culture haïtienne. Il est
nécessaire de faire comprendre aux enfants que le créole est égal au français et qu’en le rejetant,
l’Haïtien se diminue et rejette sa personnalité et qu’il devrait la valoriser au même degré que le
français sinon davantage. Ceci dès les débuts des apprentissages de l’écrit.
La langue maternelle est un des éléments primordiaux dans les apprentissages. Selon que
Reuter (2007) le conçoit, les pratiques scolaires ne peuvent pas être en rupture avec les pratiques
culturelles de l’élève. La langue maternelle permet aux enfants de comprendre mieux et d’avoir
plus d’assurance. Elle développe chez eux la confiance et l’estime de soi (Hendrick, 1993). Les
enfants devraient être sensibilisés à connaître que le créole est leur langue, qu’il leur faut l’aimer
et mettre à bas les préjugés qui suscitent le mépris de la langue. Cette dernière pourrait jouer son
rôle dans l’administration et avoir une place de choix dans l’enseignement. Elle devrait être
utilisée dans les écoles avec fierté, car l’enfant traduit mieux sa pensée dans la langue
vernaculaire que dans la langue seconde. La même valeur devrait être accordée aux deux
langues. Les enfants peuvent être encouragés à lire des textes créoles intéressants, à participer à
130
des concours de lecture créole, à écouter, à voir des films, des documentaires qui sont en créole.
Il faut les amener à comprendre que leur langue première, c’est le créole et que le français est
une langue seconde. La langue première est comme les autres, une langue qui a son orthographe,
son vocabulaire, sa saveur locale. Les enfants pourraient apprendre des poésies, des chants, des
proverbes, des contes en créole, s’essayer dans la composition de pièces de théâtre en langue
première. Il est nécessaire de les amener à reconnaître la langue comme un élément de leur
culture et aimer les produits de leur pays.
Sur les murs des classes seraient placardées des affiches en créole et en français. Trop de
barrières sont mises dans les conversations des enfants. Vaut mieux leur expliquer pourquoi
apprendre la deuxième langue est important et leur donner plus d’occasions de s’exprimer dans
cette langue. Le créole n’est pas une langue vulgaire quelconque qui mérite d’être comparée à
une autre. Trop d’actifs sont reliés à son histoire. Il est beau, succulent. Plus de matériel et de
livres devraient être produits dans la langue vernaculaire afin de faciliter les apprentissages, la
communication et les interactions en classe comme 64 % des enseignants le pensent (figure19).
Au terme de notre démarche, il est important de tenir compte des retombées et des limites
de la recherche. Tout d’abord, la collecte de données, bien qu’ayant été effectuée à deux
moments différents : 2011 et 2015, présente une certaine cohésion. L’un est le complément de
l’autre. En effet, l’enquête nous a permis de vérifier l’adéquation des résultats d’entretiens. Nous
131
avons pu déceler quelques pratiques des plus obsolètes pour en proposer de nouvelles et nous
avons répertorié une liste de chercheurs en lien à l’enseignement et l’apprentissage de l’écrit.
L’analyse des données recueillies permet d’avancer que, dans la perception des
enseignants, le développement des habiletés à lire et à écrire est d’un rapport étroit à la langue
première bien qu’ils agissent dans le sens contraire. La langue première garde l’enfant attaché à
son identité et facilite les apprentissages voire celui de la lecture et de l’écriture en langue
seconde.
Cependant, nous reconnaissons que la recherche présente une certaine limite liée à
l’échantillon. En effet concernant les entretiens, il a été d’une taille très limitée vue que
l’atmosphère dans les écoles n’était pas très favorable après le séisme et que certains enseignants
n’étaient pas très disposés. Quant à l’analyse quantitative, la fiabilité et la crédibilité des
réponses sont parfois douteuses car, certaines fois, les enseignants laissent entendre ce qu’ils
pensent que nous voudrions entendre créant ainsi le phénomène de désirabilité sociale.
132
CONCLUSION
L’idée de la recherche a jailli d’un malaise observé en lecture et en écriture chez les
apprenants haïtiens. Nous avons considéré le cas des tout petits, en fonction de l’application de la
réforme Bernard de 1979 dans le système scolaire, de son impact sur l’apprentissage des élèves
et de l’enjeu du bilinguisme français-créole (Joint, 2004, 2006; Chaudenson, 2006). Notre étude
portait donc sur les apprentissages de l’écrit en première année dans un contexte particulier où
l’analphabétisme est à un niveau très élevé, l’économie et la politique du pays instables, la
situation sociolinguistique assez complexe. Nous avions pour objectif de recueillir des
informations et d’explorer les activités pratiquées en première année fondamentale autour de la
lecture et de l’écriture.
Dans la problématique, nous avons fait une brève description du système scolaire en
faisant ressortir les faiblesses de l’ancien système. Nous avons mis en évidence la place accordée
au français à l’école alors que les enfants parlent créole à la maison, le mauvais rendement
scolaire provoquée par cette situation, la résistance faite, malgré cet état de fait, à l’introduction
du créole à l’école dans un pays essentiellement créolophone. Nous avons pu comprendre que les
enseignants sont démunis devant la demande ministérielle et préfèrent rester attachés à leur
conception traditionnelle d’où la question de recherche : quelles sont les perceptions et les
pratiques mises en œuvre aujourd’hui pour favoriser les premiers apprentissages de l’écrit des
enfants d’Haïti, près de 40 ans après l’implantation de la réforme éducative de 1979?
Dans le deuxième chapitre nous avons recensé des écrits sur « l’entrée dans l’écrit » qui
nous révèlent l’importance de la littératie émergente, c’est-à-dire du développement des attitudes
et des aptitudes à lire et à écrire qui peut être associé à une culture familiale et à l’éducation
préscolaire. La revue de la littérature nous a permis de saisir une certaine analogie existant entre
la langue parlée et la langue écrite dans le sens que l’oral n’est qu’une transposition de l’écrit. Le
mécanisme de lecture et d’écriture est tout à fait lié au contexte linguistique dans lequel évolue
l’individu.
133
Pour bien accomplir l’acte de lire, en plus des méthodes utilisées dans l’apprentissage de la
lecture, les enfants doivent connaitre les valeurs des lettres, la graphie des sons ce qui donne lieu
à un travail fastidieux. Les chercheurs nous ont aidée à découvrir que c’est en créant des
occasions de lire et d’écrire, par la pédagogie intégrée que les enfants acquièrent des
compétences et qu’aussi la pratique enseignante est liée aux pratiques culturelles dont la
connaissance permet d’éviter certains malentendus didactiques, sources d’échecs scolaire.
Les résultats montrent qu’en Haïti, aujourd’hui encore les enfants en tout début de scolarité
apprennent à lire et à écrire dans une langue qu’ils ne maitrisent pas et qui nécessite de l’aide à la
maison malgré le taux élevé d’analphabétisme. Aussi en matière de lecture en première année
fondamentale, le décodage a la priorité sur le sens et la compréhension, s’agissant de l’écriture le
graphisme l’emporte sur le développement de l’imagination, de la pensée et de l’expression. La
culture de l’enfant est encore loin d’être prise en compte car la langue maternelle est utilisée dans
très peu d’écoles. Celles-ci restent encore attachées à l’ancienne tradition et ne tiennent pas assez
compte de la relation entre l’oral et l’écrit.
134
Au terme de cette étude, nous pouvons avancer que nous avons atteint en partie notre
objectif de scruter les pratiques mises en œuvre autour de l’enseignement et de l’apprentissage de
la lecture et de l’écriture en première année fondamentale et que bien des réponses à la question
de recherche ont été émises. Les résultats ne montrent pas toujours une bonne compréhension du
rôle de la langue maternelle dans les premiers apprentissages de l’écrit. Ils révèlent une
inéquation entre les avancées des chercheurs et la pratique enseignante entourant les premiers
apprentissages de l’écrit en Haïti. Il est souhaitable que le ministère prenne des mesures sérieuses
au niveau pédagogique et didactique afin de permettre aux enfants de bénéficier d’un
enseignement sur le plan de la littéracie plus efficace à l’échelle nationale.
Cette recherche est une promesse d’espoir dans le sens qu’elle propose des modèles de
pratiques, des principes pédagogiques qui facilitent la verbalisation, l’échange et le transfert en
complément des méthodes axées seulement sur le décodage.
135
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139
Objectif :
Cerner les pratiques enseignantes autour de la lecture et de l’écriture dans les classes
d’enfants de cinq à sept ans.
Consigne :
Bonne participation
Sexe
Age
Niveau de formation
Sexe
141
Age
Classe
Nombre d’élèves
1. Quelle est d’après vous la cause de la réussite des élèves ou de leurs échecs? Pourquoi?
2. Comment voyez-vous une relation entre l’apprentissage de la lecture et la réussite de
l’enfant?
3. Que signifie d’après vous apprendre à lire?
4. Qu’est-ce que l’enfant est capable de lire en fin de première année?
5. Comment reconnaît-on que l’enfant lit efficacement?
6. Pourquoi la lecture et l’écriture sont-elles importantes pour l’enfant dès la première année?
7. Dans l’apprentissage de l’écriture l’enseignant vise à développer quoi chez l’enfant?
8. Qu’est-ce qui rend difficile l’apprentissage de l’écrit chez le jeune Haïtien?
16. Quels sont les manuels que vous utilisez à l’école pour la lecture?
142
17. Quels sont les manuels que vous utilisez pour la communication écrite?
19. La réforme Bernard a-t-elle joué un rôle dans l’éducation dans l’école où vous enseignez?
20. Quels sont les impacts positifs de son application de la réforme Bernard dans l’éducation?
21. Quels sont les impacts positifs de son application dans l’école où vous travaillez?
23. Croyez-vous que la langue maternelle a son rôle à jouer dans l’apprentissage de la lecture et
de l’écriture?
24. A quel moment dans le contexte haïtien pensez-vous qu’il convient mieux d’aborder une
langue étrangère dans l’’apprentissage de la lecture et de l’écriture? Justifiez votre réponse.
25. Les enfants de première année se plaisent-ils dans les activités de lecture et d’écriture?
26. Pensez-vous que l’aptitude à lire et à écrire requiert une motivation intense? Comment
soutenir la motivation de l’enfant à lire et à écrire au tout début de l’apprentissage?
27. Comment pensez-vous qu’on peut engager les parents dans l’apprentissage de la lecture
auprès des enfants?
1-Bon, il y a plusieurs facteurs d’échec ou de réussite. Il y a des facteurs qui sont dus à des
problèmes de méthodes; Il a des facteurs qui sont dus aussi à des problèmes d’encadrement.
Donc il faut tout d’abord voir les méthodes utilisées par le professeur ensuite comment l’enfant
est encadré à la maison.
2-Cause de réussite, c’est le manque d’encadrement familial qui les empêche de savoir lire
parce que ce qu’on leur donne à l’école c’est seulement ça qu’elles prennent. Certains parents ne
savent pas lire les plus grands enfants ne peuvent pas aider les petites parce qu’elles sont rebelles
3-Qu’est-ce que je peux dire Il y a le bon coté et les mauvais cotés du professeur. Par
exemple il y a cette école, on accentue le plus souvent sur l’enfant, la maison n’est responsable
de rien. Avant que l’enfant sorte de l’école on doit tout faire. Si on lui donne un devoir à faire à
la maison il ne va pas le faire.
4-Je te donne une réponse générale parce que je travaille dans toutes les classes cette année
je travaille en treizième l’année prochaine en première année. Pour ici c’est la maitresse qui est
responsable de tout. Il suffit qu’on s’intéresse à l’enfant pour qu’il ait un beau ou un mauvais
carnet. Si l’enfant a un problème et qu’on dise il ne peut pas travailler on ne s’occupe pas d’elle,
elle va échouer.
4-Tout ce que l’enfant fait a des rapports avec la lecture. Si l’enfant ne sait pas lire l’enfant
ne peut rien faire dans les autres matières parce que la lecture c’est la base.
5-Le manque d’encadrement familial. Si on fait un travaille en classe il faut une personne à
la maison pour leur dire de prendre leur livre. Et puis les enfants ont beaucoup d’autres
occupations (télévision) maintenant ce n’est pas comme il y a quelques années.
144
3-Si l’enfant ne peut pas lire, et bien, elle ne pourra rien faire parce que c’est a travers la
lecture qu’on peut tout faire même pour les math si l’enfant ne peut pas lire, si une personne ne
lit pas pour elle, elle ne pourra rien faire.
4-C’est la lecture qui est la plus intéressante pour nous Si l’enfant ne sait pas lire elle ne
pourra pas aller dans une autre classe. Il ya la relation entre la direction, la maitresse et le parent.
Dans la mesure où l’enfant ne progresse pas en lecture, on fait chercher ses parents.
5-La lecture a un rapport avec les autres matières. Si l’enfant ne sait pas lire l’enfant ne
pourra rien faire.
6-Si l’enfant n’a pas de base en lecture depuis la première année, arrivée en deuxième c’est
l’échec totale.
1-Apprendre à lire c’est tout d’abord pouvoir répéter les sons, les associer et ensuite
pouvoir décoder des messages. Quand on décode un message ceci dit qu’on comprend mais c’est
pouvoir décoder, comprendre et pouvoir transmettre.
2-Apprendre à lire c’est une étape par laquelle tout le monde doit passer normalement ce
n’est pas facile. Il faut savoir quels sont les moyens à utiliser pour qu’on puisse y réussir.
145
Par exemple en grande section préscolaire e c’est toute une histoire. Il faut que l’enfant
arrive à capter l’histoire, comprendre l’histoire. Il doit arriver à identifier l’histoire de chaque
lettre, c’est alors qu’il saura lire.
3-Apprendre à lire c’est apprendre à découvrir les sons, puis les mots ensuite des phrases.
Apprendre à lire les sons les mots et les phrases. Je lis pour elle dans leur livre mais parfois
je leur demande de me trouver quelques mots qui n’existent pas dans la page pour voir si elles
comprennent vraiment le son.
4-Il n’y a pas une continuité par exemple si l’enfant a vu un son en treizième (c'est-à-dire
en section des grands au préscolaire), on devait faire une révision mais ici ce n’est pas comme ça
on recommence. Apprendre à lire c’est apprendre le son en préscolaire la lecture française, en
première les deux le créole et le français. On voit les sons et puis l’enfant arrive à lire un texte.
6-Apprendre à lire c’est aider l’enfant à reconnaître les sons, les mots et les phrases.
7-Pour apprendre à lire à un enfant on doit commencer d’abord par lire la comptine puis on
l’explique. Pour moi la lecture c’est toute une démarche. L’enfant doit d’apprendre à écouter
d’abord puis l’enfant peut dire ce qu’elle a en tendu et écrire le son qu’elle a entendu.
8- Apprendre à lire en première année c’est que je vais au tableau à l’aide de sons, je les
combine pour former les syllabes puis quand ils savent les sons on forme des mots et des
phrases. Pendant que j’écris au tableau on fait le mariage des sons avec des lettres et je les fais
écrire avec moi sans traîner, dans l’espace d’abord, au tableau ensuite.
9-Si l’enfant n’a pas une base elle ne pourra pas lire. En première année l’enfant doit
reconnaître les lettres, les sons et pouvoir les marier.
1-En fin de première année l’enfant devrait être capable de lire de petites histoires, je ne dis
pas de lire un long texte mais l’enfant doit être capable de lire un petit texte contextué c’est à dire
qui a un sens, une idée, une logique, qui est axé sur quelque chose, qui est centré.
2-En troisième section préscolaire. L’enfant peut lire beaucoup de choses par exemple
l’enfant peut lire la clôture (en montrant l’exemple qui est au tableau) d’autres vont dire la clô-
tu-re. Il peut lire et écrire son nom, il peut faire la copie tout seul.
En première il est supposé avoir une capacité de lecture, l’enfant a ses propres leçons à
étudier. Il doit pouvoir lire tout seul dans Ti Malice tout ce qu’il voit. La lecture elle-même c’est
toute une histoire. Il y a l’histoire des voyelles, l’histoire des consonnes. Il connait tous les sons
déjà au préscolaire.
3-Elle peut lire une petite histoire. Par exemple elles avaient reçu un livre de la directrice
parce qu’elles progressaient en lecture : Je sais lire avec Sacha, avant la fin de l’année elles ont
commencé à le lire.
4-L’enfant est capable de lire les sons qu’on a vus. En première on travaille à partir d’un
programme on prépare l’enfant pour n’importe quel texte mais à partir des sons. Il suffit que
l’enfant ait vu tous les sons.
6-En première année l’enfant est capable de lire des phrases, un petit texte même quand ce
n’est pas long.
7-Les enfants sont capables de lire un texte dans leur manuel. Parfois je les fais faire des
recherches à la bibliothèque et partager avec les autres enfants.
9- L’enfant doit pouvoir reconnaître les lettres, les sons, faire la différence entre les
voyelles et les consonnes. Et ensuite des mots avec lesquels on forme des petites phrases pour
donner des dictées à l’enfant.
147
1-On reconnait que l’enfant lit efficacement quand l’enfant peut donner du ton à ce qu’il lit
et puis quand il comprend ce qu’il lit. Chez nous certains lisent efficacement mais pour ceux qui
ne réussissent pas ils lisent les sons.
2-L’enfant n’a pas toujours les mêmes leçons il ya les hauts niveaux et les bas niveaux. Il
faut que l’enfant arrive à lire vite et soit toujours intéressée à lire.
3-On reconnait que l’enfant lit efficacement quand on fait un examen. On présente à
l’enfant une feuille de lecture et l’enfant lit sans déchiffrer couramment. Chaque enfant lit une
phrase. Tandis que dans la classe l’enfant utilise le livre.
Quand on fait une évaluation, la première commence à lire une phrase ensuite la deuxième
ensuite la troisième. Elles doivent lire sans arrêt et on doit sentir qu’elles comprennent ce qu’ils
lisent. Par exemple si on dit titi a cassé le canari de mimi, on demande : qu’est-ce qu’on dit on dit
que titi a cassé ou encore qu’est ce que titi a cassé. Ils répondent Titi a cassé le canari de mimi.
On pose des questions pour voir si l’infant a compris.
4-Quand l’enfant sait identifier les lettres, les sons les voyelles. Si l’enfant a fait un bon
préscolaire, il saura lire un petit texte.
La lecture et l’écriture sont importantes pour l’enfant dès la première année. Lire c’est une
chose, mais l’écriture c’est aussi très important. Lire c’est l’oral mais on ne peut pas rester à la
phase orale seulement, il faut pouvoir coucher des idées, il faut pouvoir les écrire. Et puis ensuite
savoir lire c’est pouvoir reproduire ce qu’on entend.
2-La lecture est importante dès le bas âge. [Link] la base. Sans la lecture l’enfant ne pourra
pas avancer.
148
3-D’après moi ce que je constate moi même Si l’enfant ne sait pas écrire aux examens on
ne peut pas voir ce qu’il a écrit, ce n’est pas bénéfique pour l’enfant, il va perdre des notes. Ici en
première année on met l’accent sur l’écriture.
1-Ce qui rend l’apprentissage de l’écrit difficile chez le jeune Haïtien c’est parce que
l’enfant pense en créole et puis on lui demande de reproduire, d’écrire dans une autre langue. Par
exemple dans l’enseignement haïtien, normalement on peut dire que la plus forte partie de la
population est créolophone, cependant tous les manuels sont écrits en français il n’y a pas de
manuel en créole. Même pour l’enseignant il y a des difficultés. Parce que des fois le livre est en
français on doit essayer de traduire pour pouvoir amener l’enfant à comprendre. Je pense que
c’est là le grand problème.
2-La mémorisation qu’on n’a pas développée assez. On ne fait pas assez de répétition en
classe.
D’après toi quand est ce qu’on devait rentrer la langue maternelle dans
l’enseignement de la lecture et de l’écriture surtout.
1-Là, j’ai une double opinion parce que, en Haïti il y a plusieurs écoles. IL y a une école où
les enfants à la maison on parle français donc l’enfant n’a pas trop de difficultés à comprendre le
français, à s’exprimer et à reproduire. Mais cependant pour certaines écoles l’enfant n’entend
que le créole à la maison. Mais pourtant à l’école les manuels sont en français donc en Haïti on
va toujours avoir plusieurs types d’écoles.
2- On peut entrer le créole en cinquième et sixième année, comme ça existe. Parce que
l’enfant a la capacité de parler le français. On commence avec le français et les enfants font des
efforts même s’ils ne s’expriment pas couramment. Il y a des enfants à la maison qui ne parlent
que le créole mais à l’école on doit exiger le français. L’enfant peut apprendre à lire et à écrire en
149
français dès la première année. Le créole, ce n’est pas exigible, parce que le créole est en nous
même on connait déjà le créole.
3- La lecture en créole d’abord serait mieux dès la première année même si ce n’est pas
pour toute l’année, parce que les enfants comprendraient mieux. Il faut savoir que beaucoup
d’enfants ne parlent que créole à la maison. On doit utiliser le créole quand on travaille avec
l’enfant, pour arriver à faire connaître les lettres. Cependant, quand on accorde aux enfants de
parler créoles ça leur fait mettre le français de côté c’est pourquoi il est mieux de leur exiger le
français.
4- J’aimerais que les élèves apprennent à lire en créole. Parce que pour les enfants qui
n’entendent pas le français à l’école, la langue maternelle a son rôle a jouer dans l’apprentissage
car c’est vraiment difficile pour les enfants de comprendre vraiment si on n’explique pas en
créole, alors là elles comprennent mieux ce qu’on leur demande
Aborder la langue étrangère en troisième année est mieux quand l’enfant arrive à bien
saisir ce qu’elle a à faire. Je ne dis pas que durant les premières années qu’on fasse le créole
seulement, on mettrait les deux. Pour quelques enfants ça pourrait créer des problèmes car, il y
en a qui ont l’esprit limité ils ne pourront pas vraiment associer les deux langues.
Quand elles ont une question elles sont libres de parler créole ou français cependant, si
elles disent qu’elles ne savent pas parler français j’insiste pour qu’elles s’expriment en français
quitte à se faire aider par une autre élève. Par exemple s’il y a une qui dit ce qu’elle a à dire en
créole je dis tu peux dire ça en français et nous l’aidons mais si je lui dis tu ne dois pas parler
créole, elle ne va pas s’exprimer.
6-On n’a pas le créole dans la classe. J’interdis aux enfants de parler créole. (Rire) Je sais
que c’est un mal mais il faut que j’aide l’enfant à apprendre le français .je leur dis qu’ils savent
parler créole déjà à la maison. Quand ils parlent créole ils paient cinq gourdes. C’est pour
150
apprendre d’autres choses que l’on vient à l’école. Le français, comment je peux dire, est une
langue empruntée
D’après toi quand est ce qu’on devait rentrer le créole dans l’enseignement pour les
enfants créolophones?
1-Normalement on devait expérimenter le créole d’abord dans les coins reculés tout le
monde verrait le résultat. Voilà! Il y a une complexité dans cette histoire. C’est parce que les
parents qui sont créolophones attendent que les enfants s’expriment en français. Pour eux c’est
un mythe dès que l’enfant s’exprime en français c’est une grande école, c’est une bonne école.
2-Entamer le créole en première année c’est mieux depuis la première année parce que
c’est la base.
3-Entreprendre le créole dès la première année première année est mieux pour apprendre à
lire il permet de lire le français plus rapidement c’est leur langue.
4-J’aurais mis dès la deuxième année mais ça dépend de la façon dont travaille le
professeur. Cependant il y a des enfants qui commencent en sixième année qui écrivent bien le
créole tandis qu’il y en a d’autres qui commencent dès la première année et qui s’y prennent très
mal. Donc ça dépend de la façon don l’enseignant enseigne.
2-Elles lisent dans leur livre. Il n’y a pas de bibliothèque pour les plus petites.
151
3-La lecture syllabique au commencement et puis après on avance avec le livre des enfants
«Youpi je sais lire». A cause du douze janvier il n’y a pas de livres à la bibliothèque pour les
enfants.
4-Même quand il y avait des livres pour les enfants à la bibliothèque je ne vais pas moi-
même il y a une personne responsable pour ça.
5-Il y a une bibliothèque pour les grandes mais pas pour les petites.
1-Comme activité de lecture voilà ce qu’on fait tout d’abord. Tout d’abord, si on étudie un
son on présente le son au tableau et puis on présente le son aux enfants. D’après le livre dont on
se sert on demande à l’enfant d’identifier le son partout où il le trouve et puis ensuite ils lisent le
son et puis après on associe le son avec d’autres consonnes ou voyelles. On demande à l’enfant
de lire. On lui demande de trouver d’autres mots qui ont ce son là. On fait ça au tableau
collectivement puis on fait ça individuellement on peut demander à plusieurs enfants de trouver
le son par exemple si on étudie le son on. On demande à l’enfant de trouver un mot qui a le son
on et on continue la lecture. Mais on retourne toujours en arrière avec les sons déjà vus.
2-Comme activité, après avoir lu les sons je mets au tableau les sons, ensemble on
découvre on lit l’histoire on souligne les sons qu’on entend, ensuite je fais donner quelques noms
quelques mots en rapport avec le son, et ensuite avec les desseins aussi les images. Il ya dans leur
livre la page qui a les activités ensuite le dernier numéro c’est la petite histoire qu’elles doivent
lire.
3- On commence par la mise en train avec une chanson puis on raconte une histoire
concernant le son qu’on doit voir. Après on fait les exercices il y en a toujours dans les livres et à
152
force de faire les exercices l’enfant arrive à faire la lecture et puis on met le texte au tableau. Par
exemple on a fini de voir les sons a, e, si on voit le son l, l tient la main de a ça donne la.
4-Il ya un petit texte dans le livre à partir du son qu’on va voir avec l’enfant on l’explique
et puis on demande aux enfants ce qu’elles ont entendu. Puis je leur demande de trouver d’autres
mots qui contiennent ce son, elles inventent je vois que ça marche très bien c’est très intéressant
Si je vais voir le son a par exemple je demande à l’enfant d’apporter un ananas ou un avocat.
5-Je raconte une histoire et à chaque histoire je fais un rappel. Puis l’enfant doit observer
des images pour répondre aux questions.
Pour l’écriture des sons, on donne des dictées parce que, on donne aux enfants des mots à
étudier et puis ensuite on donne des dictées aux enfants pour voir s’il y a une acquisition. Donc
pour l’écriture on trouve deux activités.
2-Je prépare ça en deux séances. La première séance j’ai fait découvrir la lettre dans une
phrase ou dans un mot quelconque ce n’est pas le son, c’est la lettre. Je fais ça en grand format
au tableau, ensuite je demande aux élèves d’observer. Ensuite je fais tracer ça dans l’espace ou
sur le banc avec le bout du doigt puis j’envoie quelques unes au tableau. Pour écrire dans les
lignes. Puis j’ai commencé à faire reproduire dans les cahiers de brouillon ensuite dans la
deuxième séance j’ai fait ça au propre parce qu’elles savent déjà la lettre.
4-Concernant l’écriture, ils aiment quand on va faire les lettres dans l’espace sur le bureau
avec le doigt avant même de dire ils commencent avant la maîtresse c’est ça il y a de l’ambiance.
Et puis on donne le cahier ou bien l’ardoise
6-L’écriture c’est le niveau, la hauteur des lettres c’est comment écrire. L’enfant en
première année l’enfant peut écrire n’importe quels mots concernant son niveau, son nom aussi.
7-Les enfants recopient des textes mais elles n’imaginent rien. Le professeur d’écriture leur
apprend à former les lettres.
8-L’enfant écrit librement en préscolaire mais en première année l’enfant doit respecter la
hauteur des lettres, la boucle, suivre la ligne pour que la ligne soit bien faite. Pas de production
écrite sinon que dans les examens. Production écrite égale un texte à recopier.
9-L’enfant doit pouvoir identifier et écrire les lettres, son nom, le nom de sa famille, de ses
amis etc.
10-Alors on peut écrire les sons. On peut en écriture ne pas pouvoir structurer les idées
mais il faut pouvoir reproduire les sons. On peut demander à l’enfant d’écrire une courte phrase.
Par exemple si l’enfant étudie le mot soif, et apprend à conjuguer le verbe avoir dans le langage
familier, l’enfant peut reproduire «j’ai soif » en première année sinon l’enfant étudie les sons.
C’est une classe orale. L’écriture c’est la graphie surtout des sons.
Quelles sont les pratiques que vous mettez en place pour favoriser l’apprentissage de
la lecture et de l’écriture?
1-Les pratiques, par exemple comme pratique, on donne des devoirs de classe on donne
des devoirs de maisons. On donne des leçons. Pour la lecture, il y a la lecture de la classe. Quand
on étudie un son. On étudie le même son pour tout le monde mais par rapport au rythme
d’apprentissage de chaque enfant, un enfant peut devancer un autre dans la lecture. Mais par
contre pour la classe on est au même niveau, par exemple si dans le livre on étudie le son an cela
154
veut dire que tout le monde est dans le son an c’est la dernière leçon vue pour la classe. Mais
cependant, tout le monde peut ne pas être au même son dans la lecture individuelle, chaque élève
étudie le son où il est arrivé dans son livre. On donne des leçons à lire à la maison. On fait la
lecture parce qu’on ne peut jamais donner une lecture qui n’a pas été faite dans la classe.
2-J’utilise tout mon savoir faire quand je mets le son au tableau je fais la lecture magistrale
des sons d’abord puis par les élèves. Je fais lire par banc et puis en groupes. Je fais le mariage
des sons par exemple s et puis a ça donne sa.
3-Après avoir vu les sons je vais au tableau j’écris les sons puis ensemble on découvre
4-Je prends les enfants un à un, je les fais lire des mots ou des phrases n’importe où dans
leur livre pourvu qu’ils ont déjà vu les sons. Je sais aussi mettre des mots en désordre pour
qu’elles fassent des phrases.
4-C’est un don, je ne sais pas, quelque chose qui est en moi. C’est un don que Dieu me fait.
C’est grâce ma diction. Même si les enfants ne comprenaient pas les sons, s’ils étaient
«pachiman» c'est-à-dire qu’on n’avait presque plus d’espoir pour eux, une fois que je les prends,
ils apprennent à lire facilement.
Comme support on présente les lettres. Mais c’est surtout au niveau préscolaire, il y a plus
de support. En première année c’est surtout les manuels. On présente les lettres au tableau
On utilise le youpi je sais lire qui est très intéressant. C’est bien illustré et bien détaillé
aussi. A chaque leçon il ya une petite histoire. On travaille les histoires comme pour le langage
oral. On apprend à l’enfant comme des poésies. L’enfant déclame.
Support lecture d’histoires et d’image comment l’histoire se déroule à partir d’un son dire
le son entendu et chercher d’autre mots présentant ce même son
2-Ça se fait en deux séances. Pour la première séance, je peux prendre 30mn. Pour la
deuxième séance entre 15 à 20 minutes parce qu’elles savent déjà la lettre elles peuvent écrire
plus facilement.
5-45 mn parfois matin et après midi l’écriture une seule fois après la lecture, je fais voir le
son que je vois
Quels sont les manuels que vous utilisez pour la lecture et l’écriture?
1-Pour la lecture Youpi je sais lire 1 et 2. Pour l’écriture on n’a pas un ouvrage bien précis
on se sert de bien écrire. Il y a le youpi je sais écrire aussi les deux marchent de pairs mais on les
détache, on les vend à part et ça devient trop cher.
2-Pour l’écriture, j’utilise Bien écrire no 1 pour les lettres minuscule et bien écrire 2 pour
les lettres majuscules parce que c’est dans le programme et puis Youpi je sais écrire no 1
4-Les manuels que j’utilise ce sont les livres dans lesquels elles travaillent Youpi je sais
lire.
6-C’est varié, on utilise le bien écrire et d’autre livres aussi tels que les livres que
Deschamps édite
156
Est-ce que tu connais la réforme Bernard toi? Est-ce que la réforme Bernard a joué
un rôle dans l’éducation
La réforme Bernard met l’accent sur le créole. Ici en début du premier cycle on n’enseigne
pas le créole. On fait le créole en troisième année. Il n’y a pas de manuels en créole
En troisième année l’enfant lit mieux le créole. Le passage du créole au français, c’est très
difficile en première année. On apprend à l’enfant qu’il n’y a pas de «e» c’est «é»
Les enfants lisent en créole en première année et ont une bonne prononciation et en créole
et en français mais on prime le français. Le français en fête c’est tous les jours c’est le livre de
lecture. Il y a aussi le langage en fête et le français en fête.
Pratique facile : sortir du créole pour passer en lecture française. Ça rend la lecture plus
rapide. Cependant il faut insister pour faire distinguer le créole du français, pas d’écriture créole
Dans les zones reculées on devait commencer avec le créole comme langue
d’enseignement et intégrer le français progressivement. Au contraire, tout le monde a le même
problème oui, mais les gens ne sont pas au courant. Quand je parle de zones reculées ce n’est pas
les campagnes seulement non par exemple ici on devait commencer par le créole mais les gens
ne sont pas sensibilisées. On doit sensibiliser les parents comme on le fait pour les campagnes de
vaccination.
157
4-Le créole facilite l’apprentissage de la lecture parce que c’est la langue de l’enfant.
1-Au tout début de l’apprentissage pour soutenir la motivation de l’enfant il faut d’abord
lui apprendre à s’exprimer devant les autres à prendre la parole en public à déclamer. Parce
normalement c’est là qu’on suscite l’intérêt de l’enfant. Et puis il y a la diction aussi qui est très
important. Aider l’enfant à prendre parole en public, à déclamer. Pour prendre parole devant le
public il faut qu’il sache lire. Pour favoriser l’apprentissage de la lecture l’oral est important.
2-Il y a des enfants qui aiment les activités d’écriture. Il y en a qui à en entendre parler ils
sont malades. C’est le professeur qui doit les inciter à aimer ce qu’ils font.
Pour les motiver je les fais chanter, je les fais danser. Je leur apprends la lecture par des
gestes. Quand la maîtresse est intéressante, les élèves imitent la maîtresse. J’aime la lecture moi-
même et je lis pour elles des histoires dans le langage en fête parce qu’il y a un lien entre le
langage et la lecture
3-Quand je fais la lecture je me rapproche plus d’elles je leur donne des blagues quand je
leur demande de me donner des mots elles aiment ça elles aiment quand je leur fais participer
quand je leur demande de donner des mots quand je ne travaille pas tout le temps dans leur livre.
Au premier trimestre j’utilisais seulement leur livre, elles lisaient mais je vois qu’elles sont plus
contentes. En récréation sur la cour et même en classe elle préfère prendre l’histoire de Sacha
pour lire mais je ne sais pas pourquoi. C’est peut être parce qu’il y a beaucoup plus d’images.
158
4-Je tiens à partir de la lecture par exemple je fais savoir que chaque fois elles ont fini de
voir un son elles doivent apprendre à l’écrire. Après avoir fini de lire elles doivent reproduire ce
qu’elles ont lu. Elles ont vu la chose qu’elles lisent. Ce n’est pas seulement rester à lire mais elles
doivent écrire aussi
C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Il suffit que l’enfant ait le gout de faire la lecture.
On cherche l’aisance chez l’enfant, elle est toujours intéressée
5- Le gout de la lecture se donne par la façon de faire, en y mettant le ton en respectant par
exemple les points d’exclamations. Oh! Qu’il est beau!
Je les encourage à prendre le livre à l’école comme à la maison, pour bien parler. Les
enfants aiment la lecture quand madame leur dit qu’elles sont chez les sœurs elles doivent être de
bonnes lectrices. Être chez les sœurs est un motif d’encouragement.
6-Pour motiver les enfants je vois d’abord la tenue ne pas se coucher sur le banc tenir le
cahier bien droit, faire les lettre avec le doit sur le banc d’abord puis sur le cahier. Elles me
voient écrire au tableau et elles ont l’engouement de faire comme le professeur.
Motivation intéresser les enfants à parler français mettre ceux qui parlent le français au
départ près de ceux qui le parlent moins bien. Il y en a qui viennent du kindergarden avec leur
français dans leur bouche d’autres pas. Je les encourage avec des surettes et un petit bâton aussi
pour les mettre en mouvement même si je ne vais pas les fouetter. Je les encourage aussi en leur
promettant un beau 10 sur 10 si elles savent leur leçon.
J’explique à l’enfant que sans l’école on n’est rien. J’insiste pour leur faire savoir
l’importance de la lecture et de l’écriture
1-On engage les parent en les informant quand on réunit les parents on leur montre
comment travailler avec les enfants. On leur présente les sons surtout au niveau de treizième,
pour que l’école ne travaille pas d’une façon et les parents d’une autre
Pour la langue c’est un problème, les parents peuvent communiquer en créole mais ne
savent pas lire en créole donc on devait apprendre aux parents à lire et à écrire en créole aussi.
2- Il ya des parents qui sont vraiment encourageants qui aident les enfants à la maison, qui
font leur devoir avec eux car, chaque jour ils ont des devoirs.
3-J’apprends les sons aux parents en réunion pour leur apprendre comment faire ou
comment corriger la diction chez les enfants afin qu’ils ne me disent pas pa-ta-té. Je les fais faire
comme les enfants. Je mets le son au tableau et je le leur fais répéter
4-J’engage les parents en donnant aux enfants des devoirs de maison dans le livre de
[Link] ne leur ai pas demandé de donner aux parents de faire pour elle. Mais je leur demande
de dire aux parents voilà qu’elles ont à faire aujourd’hui afin de se faire aider.
5- Ce n’est pas spécialement la maitresse qui engage les parents c’est l’enfant surtout. Tu
sais a beaucoup plus de confiance en la maîtresse qu’en les parents. Par exemple si le parent dit
é-mi-le l’enfant va dire : non madame a dit ce n’est pas é-mi-le c’est Émile c’est ainsi qu’on doit
dire. Et, s’il arrive que l’enfant dise é-mi-le et que la maîtresse lui donne la même leçon elle va
accuser le parent.
6-Depuis dans la classe les enfants connaissent la leçon qu’ils vont répéter à la maison. Si à
la maison on porte un changement on fait appel aux parents pour leur montrer comment aider les
enfants à la maison afin de ne pas défaire ce qui se fait à l’école. Les parents aident les enfants
autant qu’ils peuvent ou si non ils se font aider en payant d’autres personnes pour donner des
leçons aux enfants.
7-Les parents ne prennent pas tous leur responsabilité vis-à-vis de l’enfant. Il y en a qui
envoient leurs enfants parce qu’ils voient les autres le faire, mais qui ne font rien pour aider
l’enfant.
160
161
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QRXVVHUDQpFHVVDLUHSRXUOHUpXVVLU/HVXMHWSRUWHVXUOHVSUHPLHUVDSSUHQWLVVDJHVGHODOHFWXUHHW
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1RXVSHQVRQVTXHFHODQ¶LUDSDVDXGHOjGHPLQXWHV
1RXV YRXV UHPHUFLRQV GpMj GH YRWUH FRPSUpKHQVLRQ HW YRXV VRXKDLWRQV XQH ERQQH
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162
1-
2-
3-
4-
5-
6-
7-
8-
9-
10-
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1-Féminin 2-Masculin
1-19 ans et moins… 2-20 à 39 ans 3-40 à 59 ans 4-60 anset plus
DEUXIÈME PARTIE
1-Filles 2-Garçons
1-Filles 2-Garçons
9-Combien d’enfants parmi vos élèves sont en difficulté d’écriture (communication écrite)?
1-Filles 2-Garçons
TROISIÈME PARTIE
12-Le développement des habiletés à lire dans une langue nécessite-il d’après vous des
capacités langagières chez l’enfant?
13--Le développement des habiletés à écrire (Communication écrite) dans une langue
nécessite-il d’après vous des capacités langagières chez l’enfant?
14-Pensez-vous que l’utilisation du créole dans les premiers apprentissages de l’écrit peut
donner une chance égale à tous les enfants Haïtiens.
1-Oui 2-Non
15-Dans quelle langue les élèves apprennent-ils à lire en première année dans votre école?
17- Quel pourcentage d’élèves échoue en lecture créole dans votre classe?
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18-Quel pourcentage d’élèves échoue en écriture (communication créole) dans votre classe?
21-Rangez par ordre d’importance les causes des difficultés dans l’apprentissage de la
lecture chez les élèves de première année en les numérotant de 1 à 7?
(Préciser)……………………………………………………………………………………
22-Rangez par ordre d’importance les causes des difficultés dans l’apprentissage de
l’écriture (communication écrite) chez les élèves de première année en les numérotant de 1
à 7?
………………………………………………………………………………………………
168
23-Les difficultés dans les apprentissages de la lecture ont-ils des effets sur les autres
apprentissages et sur la vie de l’enfant?
1-Oui 2-Non
24-Les difficultés dans les apprentissages de l’écriture ont-ils des effets sur les autres
apprentissages et sur la vie de l’enfant?
3-Oui 4-Non
1-français 2-Créole
1-Français 2-Créole
27-Dans quelle langue les enfants réussissent-ils le mieux l’apprentissage des autres
matières?
1-Français 2-Créole
29-Dans quelle langue est rédigée la majorité des livres que vous utilisez
32-Quel impact la langue maternelle dans les premiers apprentissages de la lecture, a-t-elle
sur les enfants?
35-Comment pensez-vous qu’il est mieux d’encourager les enfants dans les premiers
apprentissages de l’écrit?
2-Répartition des enseignants enquêtés par groupe d‘âge suivant la formation initiale.
4-Répartition des enseignants enquêtés par groupe d’âge suivant le nombre d’années
d’expériences dans l’enseignement.
5-Répartition des enseignants enquêtés par sexe suivant le nombre d’années d’expériences dans
l’enseignement.
13-Pourcentage des enseignants enquêtés par niveau de formation ayant déclaré que l’utilisation
du créole dans les premiers apprentissages donne une chance égale à tous les enfants haïtiens.
14-Répartition des enseignants enquêtés par sexe suivant le nombre d’apprentissage en lecture et
en écriture en première année dans leur établissement scolaire.
15-Pourcentage d’élèves ayant échoué en lecture et en écriture créole dans la classe suivant le
nombre d’années d’expériences des enseignants.
16-Pourcentage d’élèves ayant échoué en lecture et en écriture française dans la classe suivant le
nombre d’années d’expériences des enseignants.
17-Répartition des enseignants enquêtés par niveau de formation initiale suivant les causes des
difficultés déclarés dans l’apprentissage de lecture chez les élèves de première année.
18-Répartition des enseignants suivant le nombre d’années d’expériences ayant déclaré que les
difficultés d’apprentissage en lecture et en écriture ont des effets sur les autres apprentissages et
sur la vie de l’enfant.
19-Répartition des enseignants enquêtés suivant le nombre d’années d’expériences ayant déclaré
la langue pour laquelle les enfants réussissent le mieux l’apprentissage de lecture et de l’écriture.
20-Répartition des enseignants enquêtés suivant le nombre d’années d’expériences ayant déclaré
la langue pour laquelle les enfants réussissent le mieux l’apprentissage des autres matières.
21-Répartition des enseignants enquêtés par niveau de formation initiale suivant le type de
manuels utilisés pour la lecture aux enfants dans leur classe.
22-Répartition des enseignants enquêtés par niveau de formation initiale ayant déclaré la langue
d’apprentissage de la majorité des livres utilisés par les enseignants.
23-Répartition des enseignants enquêtés par niveau de formation initiale suivant le nombre de
séances déclarés nécessaires quotidiennement dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture
en première année.
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24-Répartition des enseignants enquêtés par niveau de formation initiale suivant le type d’impact
qu’ils déclarent que la langue maternelle peut avoir sur l’enfant durant les premiers
apprentissages de la lecture et de l’écriture en première année.
25-Répartition des enseignants enquêtés par niveau de formation initiale suivant la première
étape qu’ils déclarent à franchir dans l’apprentissage d’une langue.
26-Répartition des enseignants enquêtés par niveau de formation initiale suivant ce qu’ils
pensent être le mieux à encourager chez les enfants dans les premiers apprentissages de l’écrit.