Impact de la Dette Publique sur l'Investissement
Impact de la Dette Publique sur l'Investissement
2024
1
Doctorant, Laboratoire d’économie appliquée (LABEA), Ecole Doctorale de Lettres, Arts, Communication,
Sciences Humaines et Sociales (ED-LACOSHS).
Numéro 2
2024
Résumé :Malgré qu’il soit une condition nécessaire pour le décollage économique tant recherché par
les pays de l’UEMOA, le niveau de l’investissement demeure faible et cela face à une dette publique
croissante. L’objectif de ce papier consiste donc à analyser les effets de la dette publique extérieure et
intérieure sur les investissements des pays de l’UEMOA sur la période 2006-2020. Le papier prend en
compte la dette intérieure, ignorée dans la plupart des travaux antérieure sur l’[Link] a étéles
méthodes à effets fixes robuste et des moments généralisés en système. Les résultats indiquent que la
dette extérieure n’a pas d’effet significatif sur l’investissement privé mais a un impact négatif sur
l’investissement publique alors que son service exerce un effet positif sur les deux types
d’investissement. Les résultats révèlent également que la dette intérieure n’exerce aucun effet
significatif sur les investissements alors que le taux d’intérêt de son remboursement exerce un effet
positif sur l’investissement privé uniquement. Comparativement, on peut retenir que la dette intérieure
est préférable par rapport à la dette extérieure en matière d’investissement dans l’espace UEMOA. Sur
la base de ces résultats, les implications économiques sont que les pays de l’UEMOA doivent maîtriser
l’accumulation de la dette publique extérieure et améliorer la qualité de gestion financière en
investissant une grande partie des deux types de dette afin de booster les investissements. Cependant,
la courte duré de la période d’étude ne permet pas d’étudier et de comparer les effets de court et de
long terme.
Abstract :Despitebeing a necessary condition for the economic take-off sosought by WAEMU
countries, the level of investmentremainslowwith a growing public debt. The objective of
thispaperistherefore to analyze the effects of external and internal public debt on investments in
WAEMU countries over the period 2006-2020. The papertakesintoaccount the internaldebt, ignored in
mostpreviuoswork on the WAEMU zone. For this, weused the robustfixedeffectsmethod and the
system generalizedmethod of moments (GMMS). On the one hand, the resultsindicatethatexternaldebt
has no significanteffect on privateinvestment but a negativeeffect on public investmentwhileits service
has a positive effect on both types of investment. On the other hand, the resultsrevealthatdomesticdebt
has no significanteffect on investmentswhile the interest rate of itsrepayment has a positive effect on
privateinvestmentonly. Comparatively, we can concludethatdomesticdebtispreferable to externaldebt
for investment in the WAEMU area. Based on theseresults, the economics implications are that
WAEMU countries must control the accumulation of external public debt and improve the quality of
financial management by investing a large part of both types of debt in order to boost
[Link], the short duration of the studyperioddoes not makeit possible to study and
compare the short and lon terme effects.
Introduction
Selon une étude réalisée par l’Agence Française de Développement (AFD) sur l’économie
africaine en 2020, les États africains sont dans un dilemme de besoins d’investir et de risque
de surendettement (AFD, 2020) car l’investissement est une condition nécessaire pour le
décollage économique tant recherché par ces pays. Pour les pays de l’Union Économique et
Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) en particulier, l’investissement est une préoccupation
majeure (Soumaila 2014 ;Barhoumi et al. 2018) ; puisque le processus de développement
économique entraine d’importants besoins de financement pour l’investissement notamment
en infrastructures et services publics, dont l’essentiel est couvert par l’endettement public.
Pour améliorer leur niveau de développement économique, les pays de l’UEMOA ont eu
massivement recours auparavant à la dette publique extérieure dès le lendemain des
indépendances car il y avait un énorme écart entre le besoin d’investissement nécessaire et les
ressources disponibles. Mais cela les a conduits dans une crise sans lendemain dans les années
1980 qui a nécessité des négociations bilatérales et multilatérales pour un allègement des
dettes. L’évolution de la dette de l’ensemble des pays en développement (PED) en général a
montré que le recours à l’endettement était beaucoup plus motivé par des facteurs purement
financiers plutôt que par un besoin réel de financement des transferts de l’investissement
productif. Pour l’ensemble des pays de l’UEMOA en particulier, la dette extérieure est
progressivement passée de 245,65 milliards de FCFA en 1970 à 16 867,07 milliards de FCFA
en 1996 (soit de 19,88% du PIB en 1970 à 89,26% du PIB en 1996 avec un pic de 118,52%
du PIB en 1994 à cause de la dévaluation du FCFA) selon la base de données de la BCEAO
2023.
Ainsi, dans le cadre de l’allègement de la dette, l’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très
Endettés (IPPTE) lancée en 1996 et complétée par l’Initiative d’Allègement de la Dette
Multilatérale (IADM) en 2005 ont permis une forte réduction de la dette extérieure des pays
de l’UEMOA. Pour l’ensemble des pays de l’union, la dette extérieure est donc
progressivement passée de 17 006,02 milliards de FCFA en 1997 à 12 757,55 milliards de
FCFA en 2005 puis à 8 681,42 milliards de FCFA en 2006 (soit de 81,69% du PIB en 1997 à
47,29% du PIB en 2005 puis à 30,54% du PIB en 2006) selon la base de données de la
BCEAO 2023. Mais, demeurant dans le besoin de financement de l’investissement, les pays
de l’UEMOA ont de nouveau recours à l’endettement extérieur, faisant remonter la dette
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extérieure à 29 263 milliards de FCFA (soit 32,5% du PIB) en 2020 selon la commission de
l’UEMOA2.
Pour éviter donc une nouvelle crise de dette extérieure tout en atteignant et en maintenant des
niveaux élevés d’investissement qui sont indispensables au développement, les pays de
l’UEMOA à l’instar des autres PED ont également développé des marchés de dette intérieure.
C’est ce qui fait que la dette intérieure des pays de l’UEMOA connait une croissance rapide
ces dernières années et bien qu’elle soit inférieure à la dette extérieure, son service
représentait 63% du service de la dette totale en 2021 (Commission de l’UEMOA, 2021).
Cette situation de faible performance est inquiétante face à une dette qui ne cesse de croitre
rapidement, puisque selon les néoclassiques, la dette publique peut évincer les investissements
(Friedman et Schwartz 1969 ; Modigliani 1961 ; Phelps 1973). Par contre, les économistes de
l’école historique et certains auteurs argumentent que la dette publique peut stimuler les
investissements (Alesina et al. 2002 ; Chenery et Strout 1966 ; Sutherland 1997 ; Von Stein
1878). D’un autre côté, Krugman (1988), Sachs (1988) et Cohen (1995),proposentla théorie
de fardeau virtuel de la dette (debtoverhang, en anglais) qui stipule qu’au-delà d’un certain
seuil, l’État devient insolvable et le lien entre la dette publique et la croissance économique
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Annexes du rapport de surveillance multilatérale 2020.
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s’inverse. Cette relation devient donc quadratique. Ces contradictions laissent ambigu le rôle
de la dette publique dans l’évolution des investissements des pays de l’UEMOA.
Dans la revue des travaux antérieurs, non seulement les résultats des recherches sont
contradictoires, très peu se sont intéressées à l’espace UEMOA à notre connaissance. En effet,
Gürbüz et Raffinot (2001) trouvent qu’en Turquie, la dette extérieure a eu un effet positif sur
les investissements privés sur la période 1963-1998 tandis que la dette intérieure a eu un effet
d’éviction sur la période 1988-2000. Kehinde et al. (2015) ont trouvé sur la période 1980-
2010 qu’au Nigéria, la dette publique intérieure a également eu un effet négatif sur
l’investissement privé à court et à long terme alors que la dette extérieure a eu un effet positif
à long terme. Cependant, Thilanka et Sri Ranjith (2018) trouvent que la dette publique
intérieure et la dette publique extérieure ont eu un impact positif sur l’investissement privé à
long terme en Sri Lanka sur la période 1978-2015 et que l’impact de la dette intérieure est
plus élevé que celui de la dette extérieure. En outre, dans le cadre de l’IPPTE et l’IADM, les
résultats de Cassimon et al. (2013) révèlent que la réduction de la dette extérieure a eu un
impact positif sur les investissements dans les pays pauvres très endettés (PPTE).
Par ailleurs, Minea et Villieu (2009), Kumar et Woo (2010) et Benayed et al. (2015) ont
trouvé des résultats en faveur de l’hypothèse du fardeau virtuel de la dette. Ainsi, Minea et
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Villieu (2009) trouvent un seuil de dette de 120% du PIB sur la période de 1971-2006
concernant les pays de l’OCDE, Kumar et Woo (2010) trouvent un seuil de dette extérieure de
90% pour un ensemble de 38 pays émergents et développés sur la période 1970-2007 et
Benayed et al. (2015) trouvent dans un échantillon de 10 pays africains (dont trois pays de
l’UEMOA à savoir la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo) un seuil de 41,31 sur la période
1981-2010. Au-delà de ces seuils, la dette publique exerce des effets pervers sur les
investissements.
On constate donc que les études empiriques sont contradictoires et très peu se sont intéressées
aux pays de l’UEMOA. Pour cela, l’objectif de cet article est d’analyser les effets de la dette
publique extérieure et intérieure sur l’investissement privé et l’investissement public
séparément dans les pays de l’UEMOA sur la période de 2006-2020. À la différence des
travaux déjà réalisés, nous nous intéresseront aux pays de l’UEMOA en particulier avec un
regard particulier porté sur la dette publique intérieure. Cette période d’étude est choisie parce
qu’après avoir bénéficié de l’allègement de leurs dettes extérieures dans le cadre de l’IPPTE
et de l’IADM, la plupart des pays de l’UEMOA se réendettent depuis 2006. Puis, cet
allègement a été accompagné d’un développement de dette intérieure dans ces pays.
Également, les pays de l’UEMOA sont choisis à cause de leurs politiques communes et leur
désire de convergence. A cet effet, l’hypothèse suivante peut être posée : L’accumulation de
la dette publique extérieure et intérieure ne favorise pas l’investissement privé et
l’investissement public dans les pays de l’UEMOA.
L’article est organisé comme suit : Une première section fait un résumé des études théoriques
et empiriques qui mettent en relation la dette publique et les investissements. Dans une
deuxième section, la méthode d’étude est développée. Dans cette section, nous définissons
d’abord les variables d’étude, ensuite, nous faisons une analyse statistique sur l’évolution de
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la dette publique et des investissements dans l’espace UEMOA et en fin, nous définissons les
modèles avant de développer la méthode d’estimation qui est la méthode à effets fixes et la
méthode des moments généralisés en système (GMMS). En fin, dans une troisième et dernière
section, les résultats sont discutés et des implications économiques sont formulées.
Dans cette section, nous faisons sommairement le point sur les études théoriques et
empiriques qui ont traité de l’influence de la dette publique sur les investissements.
Dans la littérature théorique, il n’y a pas d’unanimité sur la manière dont la dette publique
influence l’investissement. Il y a quatre points de vue théoriques sur le lien entre la dette
publique et l’investissement. Le premier point de vue est la neutralité de ce lien. En effet, pour
Ricardo (1817), les citoyens considèrent l'emprunt public comme un impôt différé dans le
temps. Ainsi, ils se comportent comme s'ils sont contraints de payer un impôt ultérieurement
pour rembourser cet emprunt, quel que soit le décalage intergénérationnel: c’est l’équivalence
ricardienne. Plus tard, Barro (1974), en reprenant cette intuition ricardienne, met en évidence
la neutralité de la dette publique à travers l’hypothèse des anticipations rationnelles. Pour lui,
si l’État finance ses dépenses par une dette, les consommateurs étant rationnels, ils diminuent
leurs consommations afin d’épargner pour faire face à un impôt future anticipé. Donc, il faut
accompagner une réduction d’impôt d’une baisse de dépenses publique, sinon cela sera sans
effet sur l’activité économique. Cependant, cette théorie ne peut pas forcément s’appliquer
dans le cas particulier des PED (notamment ceux de l’UEMOA) car les marchés de
l’assurance et du crédit sont imparfaits et les impôts fortement distorsifs (Ary Tanimoune et
al. 2005).
Le deuxième point de vue théorique est que la dette publique exerce une influence négative
sur l’investissement. Les tenants de ce point de vue sont les néoclassiques. Ils se sont
beaucoup plus intéressés aux effets à long terme de l’endettement sur l’activité économique.
A cet effet, Modigliani (1961) affirme que la dette publique peut évincer l’investissement
privé tout en réduisant le crédit à l’économie ou en augmentant les taux d’intérêt à long terme
sur les emprunts publics. Le financement du déficit public par emprunt sur les marchés
financiers entraine une augmentation de demande des fonds prêtables alors que l’offre reste
inchangée ; ce qui entraine une augmentation du taux d’intérêt et donc une diminution des
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investissements privés (Friedman et Schwartz 1969 ; Phelps 1973). Plusieurs chercheurs plus
récents vont dans le même sens en suggérant que la dette publique intérieure entraine une
diminue non seulement des fonds prêtables au secteur privé, mais aussi entraine une
augmentation du taux d’intérêt réel (Caballero et Krishnamurthy 2004 ;Hauner 2008 ;Hauner
2009 ;Ismihan et Ozkan 2012 ; Panizza 2008). Cette situation entraine donc une décroissance
de l’investissement privé. Également, Idlemounden et Raffinot (2005) suggèrent que la dette
extérieure constitue un fardeau pour une économie car le paiement du service de la dette tend
à évincer les dépenses publiques menant à une baisse de l'investissement global, puis son
poids futur décrit par l'encours influera sur les incitations des agents économiques privés via
l'accroissement de la pression fiscale.
Le troisième point de vue est que la dette publique exerce une influence positive sur
l’investissement. Les tenants de cette position sont les économistes de l’école historique et
certains autres auteurs plus récents. Pour, les économistes de l’école historique, l’État doit
recourir à l’endettement public pour financer les investissements d’infrastructures car ces
types d’investissements incitent d’autres investissements (Von Stein, 1878). Ainsi, si l’État
emprunte pour investir dans des infrastructures routières, ferroviaires, des sources d’énergies
et bien d’autres, cela peut encourager les investissements privés. Également, lorsque la dette
extérieure est bien gérée, elle pourvoie des devises extérieures qui permettent d’importer
suffisamment d’inputs industriels (Chenery et Strout 1966). Donc, le déficit interne étant
financé par entrées de capitaux externes, permet une utilisation plus efficace des ressources et
en l’accélérant ainsi le rythme de transition des économies récipiendaires vers une croissance
auto-entretenue visée (Chenery et Bruno 1962 ; Adelman et Chenery 1966 ; Chenery et
Eckstein 1970 ; Chenery et Strout 1966). Selon donc ces théories (dite de Chenery), la dette
extérieure incite l’investissement à travers une facilitation d’accès à des moyens de
production plus efficaces. Plus tard, Alesina et al. (2002) soutiennent que lorsque l’État mène
une politique expansionniste, cela devrait entraîner une augmentation de la demande anticipée
et stimuler l’investissement et la croissance.
La quatrième argumentation est la théorie de fardeau virtuel de la dette. Apparue dans les
articles de Krugman (1988), Sachs (1988) et Cohen (1995), cette théorie stipule qu’au-delà
d’un certain seuil, l’État devient insolvable et la relation entre la dette et la croissance
s’inverse. Cette relation devient donc quadratique. En effet, la dette entraine une taxe sur la
production future, ce qui entraine à long terme une diminution des investissements par effet
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d’éviction (Krugman, 1988). C’est ainsi que Sachs (1988) démontre qu’une dette extérieure
élevée qui se révèle impossible ou même difficile à rembourser exerce des effets qui désincite
le pays débiteur à entreprendre des réformes favorables à l’investissement et/ou à la
croissance. Il conclut donc qu’il existe un seuil optimal au-delà duquel toute accumulation
d’endettement conduit à une forte réduction de l’investissement. Dans cet ordre idée,
Sutherland (1997) estime que, si la dette anticipée est inférieure à une certaine valeur limite,
les agents anticipent que la dette publique sera remboursée par les générations futures. Dans
ce cas, la consommation augmente et stimule ainsi l’investissement. Également pour Arai et
al. (2014), la dette publique a deux effets sur l’investissement privé : « un effet d’éviction » et
« un effet d’entrainement ». Lorsque le niveau de la dette publique est faible, l’effet
d’entrainement domine et l’effet est positif. Par contre, quand la dette atteint un certain seuil,
l’effet d’éviction prend le dessus et l’effet devient donc négatif.
De l’analyse de ces différents arguments, on remarque bien une ambiguïté sur l’impact de la
dette publique sur les investissements. Le sens du lien entre la dette publique et
l’investissement n’est donc pas établi de façon définitive. Les études empiriques viennent
confirmer cette divergence.
Les études empiriques s’intéressant à l’effet de la dette publique sur les investissements
retiennent comme variable de dette, soit la dette intérieure, soit la dette extérieure ou la dette
totale. Mais, très peu se sont intéressées à l’UEMOA à notre connaissance.
Pour la dette publique, King’wara (2014) trouve dans un modèle vectoriel à correction
d’erreur (VEC) que la dette intérieure a eu un impact négatif sur l’investissement privé au
Kenya sur la période 1967-2007. Par contre, Apere (2014) trouve à travers la méthode des
variables instrumentales que la dette intérieure exerce un effet positif sur l’investissement
privé au Nigéria sur la période 1981-2012.
En ce qui concerne l’effet de la dette extérieure sur l’investissement, Clément et al. (2003) se
sont intéressés à un échantillon de 55 pays à revenu faible (prenant en compte les pays de
l’UEMOA sauf la Guinée-Bissau) sur une période de 1970-1999. En utilisant les estimateurs à
effet fixe et GMM en système, les résultats indiquent que la dette extérieure n’a pas d’effet
significatif sur l’investissement public mais son service a un impact négatif et significatif.
Cependant, les résultats de Cassimon et al. (2013), à travers les estimateurs GMM (en système
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Quant aux études qui ont retenu la dette totale comme variable, les résultats sont aussi
contradictoires. En effet, Borensztein (1990) avait déjà montré dans le cas particulier de la
Philippines que la dette a eu un impact négatif sur l’investissement privé après 1982. Ses
résultats indiquent qu’une réduction de la dette de 1,3 million de dollar entraine un
accroissement de la demande d’investissement entre 0,5 et 2 points de pourcentage du PIB.
Dans un échantillon plus large (152 PED), Presbitero (2006), en utilisant plusieurs méthodes
d’estimations à savoir le GMM, les doubles moindres carrés (DMC) et les moindres carrés
ordinaires (MCO), trouve que le service de la dette évince l’investissement sur la période de
1977-2002. Cet effet d’éviction est plus élevé dans les pays les plus pauvres par rapport aux
PED. Dans des études plus récentes, les résultats sont encore proches. Ainsi, Chinanuife et al.
(2018) trouvent dans un model ARDL (autoregressive distribution lag) sur la période 1981-
2016 que la dette publique a eu un impact négatif sur l’investissement public au Nigéria
également. Ils recommandent que le gouvernement s’embarque sur la dette intérieure au lieu
de la dette extérieure pour vaincre le problème de la variation du taux de change. Par la même
approche méthodologique, Ncanywa et Masoga (2018), ont trouvé que la dette publique à
impacté négativement l’investissement public à long terme en Afrique du Sud sur la période
de 1995-2015. Cette relation s’avère non significative à court terme. Picarelli et al. (2019),
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quant à eux, se sont intéressés à un groupe de 26 pays de l’Union Européenne, entre 1995 et
2015 et ont trouvé à travers l’estimateur GMM que la dette publique totale a influencé
négativement l’investissement public. En effet, l’orque la dette publique augmente de 1%,
l’investissement public diminue de 0,03%.
Par contre, Saifuddin (2016) trouve qu’au Bangladesh, sur la période 1974-2014, la dette
publique a eu un effet positif sur l’investissement et la croissance économique à travers un
DMC. Les résultats de Diallo (2022) dans le cas particulier du Mali sur la période 1970-2017,
avec l’estimateur MCO, indique également que l’endettement publique impacte positivement
l’investissement total. La dette publique a donc été source d’investissement au Bangladesh et
au Mali sur les périodes indiquées.
En outre, certains chercheurs sont allés plus loin en comparant l’effet de la dette extérieure sur
l’investissement avec celui de la dette intérieure et les résultats sont contradictoires. A cet
effet, Gürbüz et Raffinot (2001) trouvent dans le cas de la Turquie que la dette extérieure a eu
un effet positif sur les investissements privés sur la période de 1963-1998 tandis que la dette
intérieure a eu un effet d’éviction sur la période 1988-2000. La subdivision de la période est
due au développement d’un marché financier domestique qui a permis de remplacer en partie
la dette publique extérieure par une dette intérieure. Kehinde et al. (2015) ont trouvé dans un
modèle vectoriel à correction d’erreur sur la période 1980-2010 qu’au Nigéria également, la
dette publique intérieure a eu un effet négatif sur l’investissement privé à court et à long
terme. Quant à la dette extérieure, son effet a été positif à long terme. L’étude suggère que le
pays doit améliorer sa base de revenu à travers une diversification de l’économie. Mais
Thilanka et Sri Ranjith (2018), quant à eux, trouvent dans un modèle vectoriel à correction
d’erreur que la dette publique intérieure et la dette publique extérieure ont eu un impact positif
sur l’investissement privé à long terme en Sri Lanka sur la période 1978-2015 et que l’impact
de la dette intérieure est plus élevé que celui de la dette extérieure. L’étude suggère une bonne
gestion des emprunts pour booster l’investissement privé plus loin. Cependant, plus
récemment, Abubakar et Mamman (2021) trouvent avec la modélisation ARDL que la dette
publique intérieure et la dette publique extérieure ont eu un impact négatif sur
l’investissement privé à long et à court terme au Nigéria sur la période 1981-2018 et que
l’impact de la dette intérieure est plus élevé que celui de la dette extérieure.
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Par ailleurs, certaines études suggèrent une relation non linéaire entre la dette publique et
l’investissement. A cet effet, Minea et Villieu (2009) sont partis d’un modèle théorique à une
évaluation empirique sur la période de 1971-2006 concernant les pays de l’Organisation de
Coopération et de Développement Economiques(OCDE). L’évaluation empirique indique que
la dette publique, jusqu’à un niveau de 120% du PIB, entraine un effet positif du déficit public
sur les dépenses d’investissement ; mais dépasser ce niveau, cette relation devient négative.
L’étude conclut que cette non-linéarité peut être due au fait qu’à un certain niveau très élevé
de la dette, sa charge tendrait à réduire l’effet positif d’un déficit sur les dépenses publiques
d’investissement. Quant à Kumar et Woo (2010), ils se sont intéressés à un ensemble de 38
pays émergents et développés sur la période 1970-2007. Par les MCO, les résultats indiquent
un seuil de 90% du PIB au-delà duquel la dette extérieure a un impact négatif sur
l’investissement. Également, Benayed et al. (2015) ont trouvé une évidence de non linéarité
entre la dette publique totale et l’investissement intérieur dans un échantillon de 10 pays
africains (dont trois pays de l’UEMOA, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo) sur la période
1981-2010 à travers l’approche de seuil proposé par Hansen (1999). A un niveau inférieur à
41,31%, le ratio dette/PIB influence positivement l’investissement. Mais à un niveau
supérieur à ce seuil, l’influence devient perverse. Par contre, Apere (2014)trouve l’inverse
pour le cas du Nigéria sur la période 1981-2012. En effet, il trouve à travers la méthode des
variables instrumentales que la dette extérieure exerce un effet négatif sur l’investissement
privé jusqu’à un seuil de 124,69 % du PIB au-delà duquel cet effet devient positif.
En somme, nous retenons que l’effet de la dette sur l’investissement varie en fonction de la
période d’étude et des pays ou zones d’étude. En plus de ces contradictions, très peu d’études,
à notre connaissance, on prit en compte les pays de l’UEMOA. Également, le peu d’études
qui ont tenu compte de certains pays de l’UEMOA ont tendance à ignorer le rôle de la dette
intérieure. Pour cela, notre objectif à travers cette recherche est d’analyser l’impact de la dette
publique extérieure et intérieure sur les investissements dans la zone UEMOA en particulier.
2. METHODOLOGIE
L’objectif de cette recherche est d’analyser les effets de la dette publique extérieure et
intérieure sur les investissements (public et privé) des pays de l’UEMOA. Dans cette section,
nous définissons d’abord les modèles et les variables, ensuite, nous faisons une analyse
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Dans ce travail de recherche, il est utilisé des données temporelles de 2006 à 2020 issues des
bases de données de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), de la
Banque Mondiale (WorldDevellopement Indicator, WDI) et de la commission de l’UEMOA.
Les détails des variables sont consignés dans le tableau suivant :
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Évalue dans quelle mesure le personnel civil du gouvernement central est apte à concevoir et à mettre en place
les politiques du gouvernement et à offrir des services de manière efficace.
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Pour sortir de la crise des années 1980, les pays de l’UEMOA, à l’instar des autres PED, ont
bénéficié d’une forte réduction de leurs dettes extérieures à travers l’IPPTE et l’IADM
jusqu’en 2005. Cependant, après ces initiatives, la plupart des pays de l’UEMOA ont
commencé à se réendetter pour faire face à de nouveaux défis budgétaires. Considérons la
figure suivante.
40
30
20
10
0
06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
DETTE_TOTALE
DETTE_EXTERIEURE
DETTE_INTERIEURE
La figure précédente nous montre bien que la dette extérieure connait une baisse légère entre
2006 et 2011, puis une forte baisse entre 2011 et 2012 avant de commencer à croitre
considérablement jusqu’en 2020. La baisse est due à la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau et le
Togo, qui ont continué à voir leur dette extérieure diminuer après 2005 ; puisque ces pays
avaient les ratios de dette-PIB les plus élevés dans la zone. Cette nouvelle croissance de la
dette extérieure est dû à un nouveau souffle acquis par les pays de l’UEMOA après l’IPPTE et
l’IADM qui leur redonne la possibilité de s’endetter à nouveau sur le marché
[Link] à la dette intérieure, elle a une tendance croissante sur toute la période
2006-2020. Cela est dû au développement de marché de dette intérieure en vue de diminuer le
risque d’un nouveau surendettement extérieur.A côté de cette nouvelle accumulation de dette
publique extérieure et intérieure, l’évolution des investissements reste faible.
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Même ayant bénéficié de l’allègement de leurs dettes publiques jusqu’en 2005 à travers
l’IPPTE et l’IADM, les pays de l’UEMOA demeurent parmi les pays les moins développés au
monde en raison de la faible évolution des investissements. On constate dans la figure 2 que
globalement dans la zone, la part dans le PIB de la formation brute du capital fixe (FBCF),
mesurant le niveau de l’investissement total, n’a connu qu’une faible évolution sur notre
période d’étude (passant de 16,48% en 2006 à 24,93% en 2020, soit une croissance moyenne
annuelle de 3%). Considérons la figure ci-dessous.
24
24 20
22
20 16
20
16 12
18
12 16 8
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
24 24 32
20 22 28
16 20 24
12 18 20
8 16 16
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
28
32 24
26
28 22
24
24 20
22
20 18
20
16 18 16
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
La figure précédente montre que l’investissement total a globalement une tendance croissante
mais faible sur la période 2006-2020. Par pays, c’est le Benin qui connait la plus forte
croissance de son investissement total. Les autres ont des investissements totaux qui ont
parfois des tendances stationnaires. Cependant, pour mieux étudier l’évolution des
investissements, il faudra distinguer les investissements public et privé car l’évolution des
deux n’ont pas forcément la même trajectoire. Considérons donc les figures suivantes.
Numéro 2
2024
18
20
16
16
16 14
12
12 12
10
8
8
8
4 4 6
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
25
16
16
20
12
14 15
8
10
12
4
5
0 10 0
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
24
24 16
20
20 14
16
16 12
12
8 12 10
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
8 10 5
6 8 4
4 6 3
2 4 2
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
16
8 10
14
6 8
12
4 6
10
2 4
8
0 2 6
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
9.5
8
7.0
9.0
6
8.5 6.5
4
8.0
6.0
2
7.5
7.0 0 5.5
2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
Les deux figures précédentes montrent que c’est au Mali et au Sénégal que les deux
investissements ont à peu près les mêmes tendances (respectivement stationnaire et
croissante). Au Burkina Faso par exemple, tandis que l’investissement public a une tendance
croissante, l’investissement privé a une tendance décroissante. Mais globalement dans la zone
UEMOA, l’investissement privé a une tendance stationnaire alors que l’investissement public
a une tendance croissante. En plus, on constate que dans tous les pays de l’UEMOA, les
niveaux des investissements publics sont supérieurs aux niveaux des investissements privés.
Numéro 2
2024
Les différents travaux théoriques et empiriques ont montré qu’il est évident que la dette
publique a un impact sur l’investissement. Pour cet article, nous utilisons une extension du
modèle néoclassique sur l'hypothèse d'une fonction de production de type Cobb-Douglas à
deux facteurs de production :
𝑖𝑛𝑣 , = 𝐹 𝐾 , , 𝐿 , = 𝐴 , 𝐾, 𝐿 , (1)
𝑖𝑛𝑣 , ,𝐴 , , 𝐾 , , et 𝐿 , représentent respectivement l’investissement, la productivité totale des
facteurs, le stock du capital physique et l'effectif total de la main-d'œuvre, relatifs au pays i à
l'année t ; quant aux paramètres α et β, ils renvoient directement, d'après l'hypothèse des
rendements d'échelle constants (1 = β + α), aux statistiques de la répartition de la valeur
ajoutée entre salaires (rémunération du travail) et profit (rémunération du capital).
Pour tester la théorie de debtoverhang, nous prenons soin de faire des tests de non-linéarité
dans le cadre de la modélisation PSTR (Panel SmoothThresholdRegression) initiée par
Gonzalez et al. (2005). Cette modélisation semble être l’une des meilleures pour analyser les
effets non-linéaires. Il s’agit d’une généralisation de la modélisation PTR (Panel
ThresholdRegression) proposée par Hansen (1999).
Numéro 2
2024
( )
- Le Multiplicateur de Lagrange (LM) : 𝐿𝑀 = ~𝜒 (𝐾) (3)
- Le pseudo-ratio de vraisemblance :
𝑝𝑠𝑒𝑢𝑑𝑜 = −2[𝑙 og(𝑆𝑆𝑅 ) − log(𝑆𝑆𝑅 )]~𝜒 (𝑚𝐾) (4)
- La statistique alternative de Fisher LM (pas les échantillons de petites tailles) :
Où, 𝑆𝑆𝑅 est la somme des carrés des résidus d’un modèle linéaire avec effets individuels,
𝑆𝑆𝑅 représente la somme du carré des résidus du modèle non contraint (PSTR), T est période
d’étude, N est le nombre d’individus, K est le nombre de variables explicatives et m le
nombre de régimes. Soit le tableau suivant concernant nos quatre modèles.
Le tableau précédent nous montre que les statistiques des tests pour tous les modèles sont
largement non significatifs. Dans ce cas l’hypothèse de non-linéarité ne peut pas être retenue
et le modèle PSTR ne peut pas convenir pour les estimations de nos modèles. Nous estimons
donc des modèles linéaires avec d’autre estimateurs.
Nous utilisons d’abord l’approche à effets fixes. Ce type d’estimation est convenable pour des
données de panel court et il permet de capter les effets individuels de chaque pays. Dans les
recherches empiriques, il est montré qu’il est bon et même souvent conseillé d’utiliser les
deux modèles de panel classique à savoir le modèle à effets fixes et le modèle à effets
aléatoires. Dans la présente recherche, nous nous intéressons à un ensemble de pays qui ne
sont pas tirés de manière aléatoire mais qui ont plutôt un ensemble de critères communs, le
modèle à effets fixes est donc préférable. En effet, la perte de degré de liberté est minimisée à
Numéro 2
2024
travers ce choix car nous disposons d’informations sur les 8 pays. En plus, l'estimation à
effets fixes robustes permet de corriger les problèmes d’autocorrélation et
d’hétéroscédasticité.
Cependant, l’approche à effets fixes souffre d’un problème de biais d’endogénéité. Pour
pallier à cette difficulté en testant la robustesse des résultats, nous estimons également les
modèles par la méthode des moments généralisés en système (GMMS) proposée par Arellano
et Bover (1995) et Blundell et Blond (1998). Cette approche est plus robuste que celle des
moments généralisés en différence première car cette dernière est exigeante sur la validité des
instruments et transforme le modèle en différence première de manière à supprimer les effets
individuels. Également, cette méthode est adaptée aux panels relativement courts.
L’estimation du modèle à effets fixes robuste et du GMMS donnent des résultats similaires et
indique des R compris entre 0.57 et 0.76 ; ce qui signifie que plus de 57 % des fluctuations
des investissements publiques et privés dans la zone UEMOA sont expliquées par les
variables des modèles. Les probabilités de la statistique de Fisher sont inférieures au seuil de
5 % ; les modèles sont donc globalement significatifs.
Les résultats montrent qu’une accumulation de la dette publique extérieure a un effet négatif
sur l’investissement public à 10% mais n’a pas d’effet significatif sur l’investissement privé.
En effet, si la dette extérieure augmente de 1% du PIB, l’investissement public diminue de
0.02% du PIB. Gürbüz et Raffinot (2001) ont également trouvé que la dette extérieure n’a pas
d’effets d’éviction sur l’investissement privé et cela dans le cas de la Turquie, puisque c’est
l’État qui est l’emprunteur principal. L’effet négatif de la dette extérieure sur l’investissement
publique confirme les résultats deIdlemounden et Raffinot (2005) mais est en contradiction
avec ceux de Ruhangamuza (2018) pour les pays de la CEPGL. Pour les pays de l’UEMOA,
cet effet peut être dû au fait que plus la dette extérieure augmente, plus une grande partie est
utilisée pour son remboursement au détriment de l’investissement public. Ajouté aux
ressources consacrées aux dépenses publiques liées aux conséquences des problèmes
sanitaires et socio-politiques, cela contribue à déprimer l’investissement public.
Cependant, le service de la dette extérieure a un effet positif sur les investissements public et
privé contrairement aux résultats trouvés par la plupart des recherches empiriques (Clément et
al. 2003 et Ruhangamuza 2018). Ainsi, si le service de la dette extérieure augmente de 1% du
PIB, l’investissement privé augmente de 1.50% du PIB et l’investissement public augmente
de 0.95% du PIB. Ce qui veut dire que l’assurance du remboursement de la dette extérieure
par les pays de l’UEMOA incite non seulement ces pays à augmenter leurs dépenses
publiques d’investissement, mais incite surtout les investisseurs du secteur privé à investir. Il
serait donc mieux pour les pays de l’UEMOA de mettre en confiance les investisseurs en
assurant toujours le remboursement de la dette. Cependant, une maîtrise de l’accumulation de
cette dernière sied pour éviter tout problème futur de crise de dette.
En ce qui concerne la dette intérieure, elle n’a pas d’effet direct significatif ni sur
l’investissement public ni sur l’investissement privé. Par contre, le taux d’intérêt de son
remboursement impacte significativement et positivement l’investissement privé uniquement.
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2024
Par ailleurs, les résultats indiquent que parmi les autres variables de contrôles, le taux de
croissance du PIB réel et la qualité de gestion des finances publiques influencent positivement
et significativement les investissements public et privé. Tandis que le degré d’ouverture
commerciale, le taux de change et la qualité de l’administration publique influencent
positivement et significativement l’investissement privé uniquement. Donc, une amélioration
de la qualité des institutions en matière de gestion des finances publiques et d’aptitude à
concevoir et à mettre en place les politiques du gouvernement et à offrir des services de
manière efficace est important pour les pays de l’UEMOA en vue de booster leurs
investissements. Il faudra également adopter des meilleures politiques commerciales et des
politiques visant à accélérer la croissance économique.
Conclusion
Le financement des investissements et la maitrise de la dette publique sont un défi pour les
pays de l’UEMOA pour un décollage économique. Cependant, à notre connaissance, très peu
d’études se sont intéressées à l’effet de la dette publique sur les investissements dans la zone.
Ce qui fait que l’objectif de cet article a été d’analyser les effets de la dette publique
extérieure et intérieure sur les investissements (public et privé séparément) dans les pays de
Numéro 2
2024
l’UEMOA. Pour atteindre cet objectif, des donnés de panel issues des rapports de la
commission de l’UEMOA, de la base de données de la BCEAO et de la Banque Mondiale ont
été estimées par la méthode à effets fixes robuste et le GMMS.
Les résultats révèlent que la dette publique ne favorise pas les investissements dans les pays
de l’UEMOA ; ce qui confirme notre hypothèse de base. En effet, les résultats indiquent que
la dette extérieure n’a pas d’effet significatif sur l’investissement privé mais a un effet négatif
sur l’investissement publique. Par contre, le service de son remboursement exerce un effet
positif sur les deux types d’investissement. Quant à la dette intérieure, les résultats révèlent
qu’elle n’exerce aucun effet significatif sur les investissements. Cependant le taux d’intérêt de
son remboursement a un effet positif sur l’investissement privé uniquement. Les résultats
indiquent également que le taux de croissance du PIB réel et la qualité de gestion des finances
publiques influencent positivement et significativement les investissements public et privé,
alors que le degré d’ouverture commerciale, le taux de change et la qualité de l’administration
publique influencent positivement et significativement l’investissement privé uniquement.
Au regard de ces résultats, les perspectives de politiques économiques qui conviennent sont la
maîtrise de l’accumulation de la dette publique extérieure et l’investissement d’une grande
partie des deux dettes en vue de booster significativement les investissements (public et
privé). Également, pour améliorer la situation des investissements dans l’espace UEMOA,
une adoption de meilleures politiques commerciales, des politiques visant à accélérer la
croissance économique et une amélioration de la qualité des institutions en matière de gestion
des finances publiques et d’aptitude à concevoir et à mettre en place les politiques du
gouvernement et à offrir des services de manière efficace s’imposent.
Toutefois, ce travail de recherche présente des limites. L’une des limitesest la période d’étude
relativement courte (15 ans) que nous avons opté à cause de la structure de la dette des pays
de l’UEMOA. Cela ne permet pas d’utiliser des méthodes d’étude d’impact de long terme de
la dette extérieure et intérieure sur les investissements. Comme perspective, nous suggérons
d’autres études par pays et sur de plus longues périodes.
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Pour réduire la dépendance à la dette, les stratégies recommandées incluent la diversification économique et l'amélioration de la base de revenu national. Kehinde et al. (2015) conseillent au Nigéria de renforcer sa base de revenus par une diversification de l'économie afin de réduire sa dépendance sur les secteurs volatils comme le pétrole . De plus, la gestion proactive et transparente de la dette, ainsi que l'amélioration de l'efficacité des dépenses publiques, sont essentielles. Barhoumi et al. (2018) soutiennent que l'amélioration de l'efficacité des investissements publics permet de maximiser l'impact des investissements sur la croissance, limitant ainsi le besoin d'endettement futur . En somme, l'adoption de politiques fiscales prudentes et une gouvernance économique forte sont primordiales pour atteindre ces objectifs.
L'efficacité des investissements publics en Afrique subsaharienne est significativement influencée par la dette publique. D'après Barhoumi et al. (2018), l'efficacité des investissements publics est souvent sous-optimale en raison des dettes élevées, limitant ainsi la capacité de financement des projets à fort impact . Par ailleurs, Cassimon et al. (2013) montrent que la réduction de la dette extérieure dans le cadre des initiatives de réduction de la dette a eu un impact positif sur les investissements dans les pays pauvres très endettés (PPTE), augmentant l'efficacité des investissements . Ces résultats soulignent l’importance de la gestion de la dette pour améliorer l'efficacité et l'impact des investissements publics.
Les effets de la dette publique extérieure et intérieure sur l’investissement privé et public sont contradictoires et varient selon les contextes étudiés. Par exemple, Gürbüz et Raffinot (2001) montrent qu'en Turquie, la dette extérieure a eu un effet positif sur les investissements privés, tandis que la dette intérieure a eu un effet d'éviction . Par contre, Kehinde et al. (2015) observent qu'au Nigéria, la dette extérieure a eu un effet positif à long terme, mais la dette intérieure a eu un effet négatif . Arau et al. (2014) décrivent une relation non-linéaire où à bas niveaux de dette, l'effet d'entraînement prédomine, mais au-delà d'un certain seuil, l'effet d’éviction prévaut . Ces divergences s'expliquent par les différences contextuelles comme la structure des économies, les politiques économiques en place, et les niveaux de développement des marchés financiers locaux.
Benayed et al. (2015) identifient, par l'approche de seuil développée par Hansen (1999), un seuil à partir duquel l'endettement commence à avoir un impact négatif sur les investissements intérieurs. Bien que le seuil précis pour les pays de l'UEMOA ne soit pas explicitement indiqué, l'étude révèle une non-linéarité entre la dette totale et l'investissement intérieur, soulignant que des excès d'endettement peuvent freiner plutôt que promouvoir la croissance économique dans cette région .
Minea et Villieu (2009) identifient, pour les pays de l’OCDE, un seuil de 120% du PIB au-delà duquel la dette publique a un impact négatif sur les dépenses d'investissement, suggérant que le fardeau de la dette devient trop lourd et réduit l'effet positif des déficits budgétaires sur l'investissement . Benayed et al. (2015), quant à eux, détectent une non-linéarité entre la dette publique totale et l'investissement intérieur pour certains pays africains. Ils identifient également l'existence d'un seuil, mais basé sur une approche de seuil dans les modèles non dynamiques, qui implique que l'effet de la dette sur l'investissement n'est pas linéaire . Les deux études soulignent la complexité et la nature non linéaire des relations entre dette publique et croissance économique.
Sutherland (1997) suggère que le contrôle des crises fiscales nécessite la surveillance de plusieurs indicateurs clés. Le montant total de la dette publique en relation avec le PIB est un indicateur crucial, car une dette élevée peut inverser les effets bénéfiques potentiels des politiques fiscales sur la croissance . La soutenabilité de la dette, mesurée par la capacité à faire face au service de la dette sans compromettre les investissements publics essentiels, est aussi critique. En outre, des indicateurs liés à l'efficacité des dépenses publiques et la capacité de l'État à générer des revenus à travers une base fiscale diversifiée et robuste, doivent être surveillés pour minimiser les effets négatifs de la dette sur la croissance économique.
Thilanka et Sri Ranjith (2018) suggèrent que la gestion efficace des emprunts publics peut avoir un impact positif significatif sur l'investissement privé à long terme. En Sri Lanka, tant la dette publique intérieure que la dette extérieure ont un impact positif sur l'investissement privé à long terme, bien que l'effet de la dette intérieure soit supérieur . Leurs résultats soulignent l'importance d'une stratégie d'emprunt bien articlée et d'une gestion prudente des ressources financières pour renforcer la confiance des investisseurs privés et stimuler leur investissement à long terme.
L'hypothèse du fardeau virtuel de la dette se manifesterait par un effet négatif sur la croissance économique quand un certain seuil d'endettement est dépassé. Minea et Villieu (2009) estiment un seuil de 120% du PIB pour les pays de l’OCDE où l’effet de la dette sur l'investissement devient négatif . Kumar et Woo (2010) identifient un seuil de 90% pour un ensemble de pays émergents et développés, au-delà duquel la dette extérieure impacte négativement l'investissement . Ces études soulignent que l'effet positif de l'endettement, dû à l'accroissement potentiel des dépenses d'investissement, est contrebalancé au-delà de ces seuils par le poids de la dette qui commence à freiner la croissance économique.
Le service de la dette extérieure a généralement un impact négatif et significatif sur l'investissement privé et public dans les pays à faible revenu. Clément et al. (2003) montrent que, pour un échantillon de 55 pays à faible revenu, bien que la dette extérieure n'ait pas d'effet significatif sur l'investissement public, son service a un impact négatif marqué . Cet effet négatif est souvent dû à la réallocation des ressources gouvernementales vers le remboursement de la dette, au détriment des dépenses d'investissement. En outre, Ruhangamuza (2018) confirme que le service de la dette extérieure influence négativement l'investissement à long terme, ce qui peut contraindre les capacités de développement à long terme .
Les pays de l'UEMOA font face à plusieurs défis en matière de dette publique et d'investissement. Selon le Rapport de surveillance multilatérale 2020, il y a une relation quadratique et contradictoire entre la dette publique et l'investissement, rendant flou le rôle de la dette dans la croissance économique . La CNUCED note une inquiétude particulière concernant le transfert progressif de la dette publique extérieure vers la dette intérieure, ce qui pourrait engendrer de nouvelles vulnérabilités . L'AFD et la BAD soulignent le dilemme entre le besoin urgent d'investir et le risque de surendettement . Enfin, les résultats contradictoires des études sur l'impact des différents types de dette compliquent l'établissement de politiques économiques claires pour le bloc UEMOA.