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 98-440-A-10

Urétrites
P. Pitche
Résumé : Les urétrites d’origine infectieuse et sexuellement transmissibles sont des affections fréquentes.
La démarche en pratique consiste à identifier leurs étiologies et à proposer une prise en charge adéquate.
Neisseria gonorrhoeae, Chlamydia trachomatis, Trichomonas vaginalis et Mycoplasma genitalium
constituent les étiologies les plus morbides des urétrites. Depuis quelques années on observe une recru-
descence de l’incidence de la gonococcie et de la chlamydiose dans le monde et en Europe notamment
dans certains groupes à risque. Cette incidence et leurs potentielles conséquences graves font des urétrites
un problème de santé publique. L’augmentation de l’incidence de la gonococcie est couplée à celle de
la résistance de N. gonorrhoeae aux antibiotiques posant ainsi le problème de l’efficacité des stratégies
thérapeutiques. L’infection par C. trachomatis, souvent asymptomatique, est responsable de la dissé-
mination tout aussi silencieuse chez les femmes et les jeunes filles avec les conséquences gravent qui
en découlent : infertilité, grossesse extra-utérine. Le diagnostic des urétrites est basé sur les outils clas-
siques (examens directs, cultures) mais surtout ceux de la biologique moléculaire (test d’amplification
des acides nucléiques). En effet, l’existence des tests simples pour le diagnostic à la fois de N. gonor-
rhoeae et C. trachomatis est une avancée importante ces dernières années dans la prise en charge
des urétrites. Les traitements antibiotiques des urétrites font l’objet des recommandations actualisées et
les schémas thérapeutiques sont simplifiés favorisant ainsi l’observance. La prise en charge efficace des
urétrites passe obligatoirement par le dépistage et le traitement des partenaires sexuels, les conseils de
prévention (utilisation des préservatifs, réduction des comportements à risque), le dépistage du virus de
l’immunodéficience humaine, de la syphilis, des hépatites virales B et C.
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Mots-clés : Urétrites ; Gonococcie ; Chlamydiase urogénitale ; Trichomoniase

Plan dans plus de 50 % des cas par un écoulement urétral qui peut être
purulent, mucopurulent, séreux, voire hémorragique [1, 2] . Dans
■ Introduction 1 l’autre moitié des cas lorsque l’inflammation est moins impor-
tante, il n’y a pas d’écoulement, et on observe des symptômes
■ Pathogénie 1 moins spécifiques comme le prurit canalaire, les brûlures mic-
■ Épidémiologie 2 tionnelles, la dysurie, la pollakiurie [2] . Sur le plan cytologique,
■ Causes des urétrites 2 l’urétrite est définie par la présence d’au moins dix polynucléaires
Causes majeures 2 neutrophiles à l’examen du premier jet d’urine centrifugée ou pré-
Causes mineures 3 sence d’au moins cinq polynucléaires neutrophiles sur le frottis

urétral [1] . La définition cytologique est d’une grande spécificité
Conduite à tenir devant une urétrite 4
et permet d’éliminer les autres pathologies urétrales : anomalies
Interrogatoire 4
urologiques, infections urinaires. Un écoulement urétral chez un
Examen physique 4
adulte traduit toujours une urétrite, à l’exclusion des urétrorragies
Examens paracliniques 4
et des spermatorrhées.
Arbres décisionnels 4
■ Traitement 4
Urétrite à Neisseria gonorrhoeae 5
Urétrite à Chlamydia trachomatis 5  Pathogénie
Urétrite à Trichomonas vaginalis 5
Urétrite à Mycoplasma genitalium 6 L’urètre masculin est un milieu stérile, la colonisation ascen-
Urétrite à Ureaplasma urealyticum 6 dante par des microorganismes de la flore cutanée, intestinale
■ Prévention 6 ou vaginale étant régulièrement éliminée par les mictions.
Mais on peut retrouver dans l’urètre masculin normal sans
■ Dépistage 6
activité sexuelle quelques bactéries saprophytes du premier
■ Conclusion 6 groupe [1, 3, 4] (Tableau 1). Chez l’homme ayant une activité
sexuelle, d’autres bactéries et des mycoplasmes du deuxième
groupe sont régulièrement trouvées et sont potentiellement
pathogènes [5] . Le troisième groupe est constitué des microorga-
 Introduction nismes fortement pathogènes ; ces sont des germes sexuellement
transmissibles et responsables d’urétrites masculines [6] . Il faut sou-
L’urétrite est une inflammation de l’urètre le plus souvent ligner que dans plus d’un tiers des urétrites aucun germe n’est
d’origine infectieuse, sexuellement transmise. Elle se manifeste retrouvé [7] .

EMC - Dermatologie 1
Volume 24 > n◦ 2 > mai 2022
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98-440-A-10  Urétrites

Tableau 1.
Bactéries pouvant coloniser l’urètre masculin [1] .
Premier groupe Bactéries saprophytes aérobie : lactobacille,
diphtéroïde, staphylocoques blancs et dorés,
entérocoque, streptocoques et hémolytiques,
Gardenerella vaginalis
Bactéries saprophytes anaérobies :
Propionibacterium species, Actinomyces species,
peptostreptocoques, Veilonella parvula,
bactéroïdes
Deuxième groupe Bactéries : streptocoques B, Haemophilus
influenzae, Haemophilus parainfluenzae, bacilles à
Gram négatif, Fusobacterium species
Mycoplasmes : Ureaplasma urealyticum,
Mycoplasma hominis, Mycoplasma genitalium
Troisième groupe Neisseria gonorrhoeae, Chlamydia trachomatis,
Trichomonas vaginalis

Figure 1. Écoulement à Neisseria gonorrheae.

 Épidémiologie
l’écoulement urétral prélevé avec un écouvillon de coton le matin
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à 357 mil- avant si possible l’émission de l’urine. L’examen direct met en évi-
lions le nombre de personnes contractant quatre types dence après la coloration par le bleu de méthylène ou le Gram, des
d’infections sexuellement transmissibles (IST) curables chaque diplocoques intracellulaires Gram négatif « en grain de café ». La
année parmi les 15–49 ans des deux sexes : selon l’OMS sensibilité de l’examen direct par rapport à la culture est proche
en 2012, il y avait 131 millions de cas de Chlamydia trachoma- de 100 % chez l’homme symptomatique [6, 28] . La culture effec-
tis (C. trachomatis) ; 78 millions de cas de Neisseria gonorrhoeae tuée sur gélose au sang cuit (Thayer-Martin, Isovitalex) avec ou
(N. gonorrhoeae), et 156 millions de cas de Trichomonas vaginalis sans adjonction d’antibiotiques reste l’examen de référence. Les
(T. vaginalis) [8] . Les IST constituent un problème majeur de santé colonies poussent entre 24 et 48 heures ; un antibiogramme est
publique dans la majorité des pays dans le monde, avec une inci- obligatoire avec la recherche de la production d’une pénicillinase.
dence sans cesse croissante [9–11] . En Europe comme en France, Le diagnostic rapide repose sur les tests d’amplification des acides
les données disponibles montrent une légère augmentation de nucléiques (TAAN) : la plupart de ces tests sont duplex N. gonor-
l’incidence des urétrites gonococciques et documentent deux élé- rhoeae/C. trachomatis [29] . Chez les sujets asymptomatiques les tests
ments essentiels [12, 13] : leur fréquence élevée chez les homosexuels sont effectués sur le premier jet urinaire. En cas de test positif,
multipartenaires d’une part et d’autre par leur présence chez près une culture doit être pratiquée pour effectuer un antibiogramme.
d’un tiers de patients infectés par le virus de l’immunodéficience En l’absence de traitement, les urétrites gonococciques peuvent
humaine (VIH). Par ailleurs une problématique majeure au cours se compliquer. Ces complications s’observent au cours d’urétrites
des urétrites gonococciques est l’évolution sans cesse croissante tardivement traitées ou négligées. Elles intéressent les diverses for-
de la résistance du gonocoque aux antibiotiques qui nécessite une mations glandulaires annexées à l’urètre antérieur et postérieur
actualisation régulière des stratégies thérapeutiques [14–20] . En effet, ainsi que l’appareil épididymo-déférentiel [1, 8, 26, 30] .
en Europe les prévalences N. gonorrhoeae producteurs de pénicilli-
nase varient entre 10 et 30 %, les souches hautement résistantes Épididymite et atteinte des canaux déférents
aux cyclines varient entre 40 à 50 %, celles des fluoroquinolones Le début est souvent brutal, marqué par une douleur spon-
de plus 50 %. L’infection à C. trachomatis est caractérisée par la tanée et croissante d’une bourse, irradiant le long des cordons
fréquence élevée du portage asymptomatique ; ce qui favorise sa s’accompagnant ou non d’un crochet thermique (39 et 40 ◦ C).
diffusion dans la population générale notamment chez les jeunes Parfois l’épididyme augmente de volume, recouvre le testicule.
sexuellement actifs. Par ailleurs de par sa fréquence, la morbi- Une atteinte bilatérale (en un ou plusieurs temps) peut aboutir à
dité de C. trachomatis est caractérisée par sa forte association avec l’infertilité masculine.
la stérilité tubaire, les grossesses extra-utérines et les algies pel-
Prostatite
viennes chroniques [21, 22] . Mycoplasma genitalium (M. genitalium)
serait impliqué dans près 20 % des urétrites non gonococciques Elle est responsable d’une atteinte prolongée avec une douleur
(UNG) et est plus fréquemment associé aux urétrites chroniques du périnée, une sensation douloureuse lors des émissions d’urine
et récurrentes [23, 24] . Les urétrites à T. vaginalis sont beaucoup plus et une fièvre à 38 et 39 ◦ C. Le toucher rectal trouve une prostate
rares [6] . plus ou moins augmentée de volume.
Atteinte des petites glandes situées autour de l’urètre (glande
de Littré : littrites ; glandes de Cowper : cowpérites ; glande
 Causes des urétrites de Tyson : tysonites)
L’atteinte est à l’origine des récidives et de la chronicité de
Causes majeures l’infection. L’extension de l’infection aux canaux éjaculateurs et
Neisseria gonorrhoeae aux vésicules séminales provoque classiquement des mictions
impérieuses, une hématurie terminale, une hémospermie, des
Les manifestations surviennent après une période d’incubation douleurs à l’érection et à l’éjaculation.
courte de 2 à 5 jours. Dans sa forme classique aiguë, l’urétrite
gonococcique est bruyante chez l’homme et se manifeste par Atteinte de la sous-muqueuse urétrale
un écoulement urétral purulent (Fig. 1) jaune verdâtre avec une Elle est à l’origine de plusieurs abcès péri-urétraux ou à un gros
dysurie et des brûlures mictionnelles [25] . Il n’y a pas de signes abcès urétral.
généraux mais on peut observer des adénopathies inguinales. Compte tenu des pratiques sexuelles oro-génitaux et ano-
Dans certaines formes, l’urétrite peut être claire (30 % des cas) génitaux, on peut observer des anites et des pharyngites
et dans 10 % des cas il n’y a pas de signes fonctionnels. Excep- gonococciques.
tionnellement, les patients sont asymptomatiques [26] . Dans les Chez les partenaires sexuels féminins des hommes infectés, les
formes subaiguës, les symptômes sont moins bruyants. Les formes manifestations sont asymptotiques dans plus de 90 %, on peut
subaiguës et chroniques sont à l’origine des complications [26, 27] . observer une cervicite avec un petit écoulement à l’examen au spé-
Le diagnostic positif repose sur l’examen direct du frottis de culum. Ce qui démontre l’importance de dépistage et de la prise

2 EMC - Dermatologie

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Urétrites  98-440-A-10

des talalgies ou des tendinites) et des signes cutanéomuqueux


(balanite circinée, lésions psoriasiformes). En dehors des urétrites,
C. trachomatis peut être isolé dans les prélèvements pharyngés
(avec ou sans pharyngite) et ano-rectaux notamment chez les
homosexuels (hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres
hommes).

Trichomonas vaginalis
T. vaginalis est un protozoaire flagellé, mobile extracellulaire,
anaérobie, strictement humain. Il n’existe que sous forme végé-
tative et est quasi exclusivement transmis par voie sexuelle. Il est
responsable de 1 à 20 % des UNG [40, 41] . La durée d’incubation se
situe entre 10 et 30 jours. L’infection à T. vaginalis chez l’homme
est dans 90 % des cas asymptomatique. Dans 10 % des cas, la
trichomoniase masculine se manifeste essentiellement par une
urétrite subaiguë. Cliniquement, il s’agit d’une urétrite subaiguë,
avec un écoulement muco-purulent matinal, associé à des sensa-
tions prurigineuses intra-urétrales. Le diagnostic positif est basé
sur l’examen à l’état frais entre lame et lamelle de l’écoulement
prélevé avec un écouvillon de coton à partir de la goutte mati-
Figure 2. Écoulement à Chlamydia trachomatis. nale ou le premier urinaire. L’examen direct à l’état frais a une
sensibilité de 60 à 80 %. La culture sur les milieux spéciaux (type
Diamond, Roiron) reste la technique de référence mais nécessite
en charge active et systématique de tous les partenaires sexuels une durée de 3 à 7 jours. Les techniques Polymerase Chain Reac-
lors du diagnostic des urétrites. tion (PCR) sont pratiquées sur le premier jet urinaire avec une
excellente spécificité. La PCR est déterminante dans le diagnos-
Chlamydia trachomatis tic des formes asymptomatiques. Certains kits offrent une PCR
combinant la recherche de N. gonorrhoeae, de C. trachomatis et
C. trachomatis est une bactérie intracellulaire obligatoire dont
T. vaginalis.
les sérotypes D à K sont responsables d’urétrites sexuellement
transmises. Vingt à 50 % des UNG sont dues à C. trachomatis [31] .
L’incubation est variable de quelques jours à quelques mois, le Mycoplasma genitalium
plus souvent impossible à préciser. Cette période d’incubation M. genitalium constitue la seconde cause, en termes de fréquence
est contagieuse et joue un rôle épidémiologique important dans après C. trachomatis, des UNG aiguës [42–44] . Il représente 13 à
la diffusion de l’infection. Cette infection est asymptomatique 35 % des UNG aiguës [45] . Cliniquement il est responsable des
dans plus de la moitié des cas. Quand elle est symptomatique, urétrites avec écoulement clair abondant évoluant sur un mode
il s’agit en général d’une urétrite subaiguë [31, 32] . Elle se mani- aigu ou chronique ou récidivant. Les porteurs asymptomatiques
feste par un léger écoulement clair (Fig. 2), intermittent souvent sont rares. Sur le plan paraclinique la présence de M. genitalium
matinal, presque toujours peu douloureux. Les signes fonction- est corrélée à la présence de nombreux polynucléaires sur le frottis
nels sont plus ou moins discrets, quelques brûlures, un léger prurit urétral du premier jet urinaire. Le diagnostic repose uniquement
ou il s’agit d’une simple goutte matinale isolée. Le diagnostic sur la PCR car la culture est quasi impossible [44] .
de certitude se fait à partir de la culture et sur les techniques
de biologie moléculaire [33–37] . Pour effectuer le diagnostic posi-
tif, la culture sur cellules HeLa 229 ou McCoy reste encore un Causes mineures
examen de référence dans les laboratoires spécialisés. Mais elle Ureaplasma urealyticum (U. urealyticum)
est onéreuse, difficile et douloureuse à réaliser. En effet, il faut
effectuer un prélèvement endo-urétral de 3–4 cm par grattage de
et Mycoplasma hominis
l’épithélium à l’aide d’un écouvillon en plastique. Sa spécificité Ces bactéries ne sont pas considérées comme des germes
est de 100 % contre une sensibilité variant entre 80 et 90 %. En majeurs des UNG [45] . Leur rôle pathogène propre et isolé au
pratique, le diagnostic se fait actuellement par les tests de biologie cours des urétrites n’est pas totalement élucidé. Cliniquement
moléculaire TAAN. Ce test est effectué sur le premier jet urinaire ces germes sont peu symptomatiques et sont retrouvés au cours
au moins 1 heure après la dernière miction et sur un volume suffi- des urétrites chroniques ou récurrentes. En routine, il n’est pas
sant de 10 à 20 ml. Ce test est particulièrement efficient surtout au recommandé de les rechercher systématiquement [46] .
cours des urétrites asymptomatiques, et demeure ainsi la meilleure
méthode dans ces cas de figures. Les examens indirects comme les Pathogènes rares
sérologies (techniques immunoenzymatiques) n’ont aucun inté-
Certaines bactéries habituellement non pathogènes peuvent
rêt diagnostique au cours des infections urogénitales basses à
être responsables exceptionnellement d’urétrites [7] : Haemophilus
C. trachomatis. Compte tenu de la fréquence des formes asymp-
influenzae, Haemophilus parainfluenzae, Staphylococcus saprohyticus,
tomatiques et en l’absence de traitement approprié, l’infection à
Streptococcus milleri, Bacteroïdes ureolyticus. On peut observer des
C. trachomatis peut entraîner des complications [38, 39] . En effet,
urétrites aiguës à méningocoques après des rapports oro-génitaux
le caractère insidieux de cette infection conduit souvent à des
chez les homosexuels [47] , des urétrites à Escherichia coli et à strepto-
complications locorégionales. Les épididymites ou les orchiépidi-
coques après les rapports anaux. Pour ces étiologies il s’agit d’une
dymites surviennent chez les sujets jeunes (50 à 70 % des causes
découverte fortuite sur les résultats de cultures réalisées lors d’un
des orchiépididymites aiguës) et peuvent être uni- ou bi-latérales.
bilan exhaustif [48] .
Les prostatites aiguës ou chroniques représentent la grande majo-
rité des anomalies observées. L’échographie par sonde transrectale
constitue un moyen diagnostique. La cowpérite est exception-
Urétrites idiopathiques.
nelle. On peut observer des cas de proctite en cas de rapport Dans 25 à 35 % des urétrites masculines, aucune étiologie pré-
ano-génitaux. Les urétrites à C. trachomatis peuvent être respon- cise n’est identifiée [6, 7] . Certaines explications sont avancées :
sables du syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter. Il s’agit d’arthrites • ces urétrites sont dues à des micro-organismes encore incon-
réactionnelles survenant après une urétrite le plus souvent chez nus ;
un homme jeune et associant : une conjonctivite bilatérale, des • certaines urétrites seraient dues à certains composants de la flore
signes articulaires (polyarthrite asymétrique aiguë ou subaiguë des vaginoses bactériennes par un mécanisme de stimulation
touchant surtout les grosses articulations des membres inférieurs, immune.

EMC - Dermatologie 3
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Figure 3. Arbre décisionnel. Conduite à tenir chez un


Urétrite avec écoulement patient souffrant d’une urétrite avec écoulement. TAAN : test
d’amplification des acides nucléaires ; NG : Neisseria gonor-
rhoeae ; CT : Chlamydia trachomatis ; TV : Trichomonas vaginalis ;
ECBU : examen cytobactériologique des urines ; VIH : virus
Examen direct avec coloration Gram
TAAN duplex CT/NG de l’immunodéficience humaine ; VHB : virus de l’hépatite
Test VIH, syphilis, VHB, VHC B ; VHC : virus de l’hépatite C ; J8 : 8e jour ; IST : infections
sexuellement transmissibles.

Absence de diplocoque Présence de diplocoque TAAN CT/NG positif


Gram positif Gram positif
TAAN CT/NG négatif

Culture et antibiogramme

Recherche active TV Traitement anti-NG Traitement anti-NG et


Traitement des anti-CT
partenaires et conseils Traitement des
partenaires et conseils

Si présence de TV :
- traitement adapté
- conseils

Contrôle clinique à J8 (efficacité du


traitement et observance)
Conseils et discussions des résultats
d’autres IST

 Conduite à tenir devant évidence des signes d’orchiépididymites (douleurs, tuméfaction


de la tête d’épididymite). Par ailleurs cet examen local permet de
une urétrite rechercher des signes d’autres IST (herpès, condylomes). L’examen
de la marge anale et le toucher rectal peuvent mettre évidence
Interrogatoire un écoulement anal, une anite et une prostatite. L’examen régio-
nal recherche des adénopathies et l’examen général recherche des
Il doit être minutieux, exhaustif parfois « policier » mais très signes cutanéomuqueux d’infection par le VIH, une pharyngite
courtois avec une écoute active et une empathie. Il précise : dans le cas de rapports oro-génitaux. L’existence de la fièvre et des
• le début, la durée d’évolution, l’horaire et les circonstances de arthralgies orientent vers le syndrome Fiessinger-Leroy-Reiter
survenue de l’écoulement ;
• la nature et les caractéristiques de l’écoulement : son caractère
spontané ou provoqué, sa permanence ou son intermittence, sa Examens paracliniques
consistance (purulent, ou clair), sa couleur (jaune ou verdâtre),
son caractère douloureux et non ; Les examens paracliniques en permettant d’identifier le germe
• la présence des signes d’accompagnent : les brûlures mic- ou les germes responsables constituent l’étape importante du
tionnelles, la pollakiurie, la dysurie, le prurit canalaire, diagnostic des urétrites. Ces examens sont fonction de la qua-
l’hémospermie, les douleurs périnéales ou scrotales, la fièvre, lité du plateau technique et de l’orientation clinique (urétrite
les arthralgies. L’interrogatoire doit faire aussi l’historique avec ou sans écoulement). Un prélèvement pharyngé et anal
thérapeutique de l’urétrite du patient et noter les différents doit être systématiquement associé chez l’homosexuel masculin.
traitements reçus et le degré de compliance à ces traitements. L’interprétation de résultats doit aussi tenir compte des délais
L’ancienneté des symptômes permet de distinguer l’urétrite d’incubation des germes recherchés, de la sensibilité et la spécifi-
aiguë (moins de 3 semaines) de celle chronique ou subaiguë cité de la méthode technique utilisée
(supérieure à 3 semaines).
Il faut rechercher systématiquement les antécédents des IST et Arbres décisionnels
le statut VIH, évaluer les comportements à risque :
• nombre de partenaires sexuels ; les pratiques sexuelles ; En pratique, il faut distinguer les urétrites avec écoulement
• l’utilisation de préservatifs ; (quel que soit l’aspect de celui-ci) des urétrites sans écoulement.
• la notion ou les antécédents des symptômes IST chez la ou les En effet, la conduite à tenir est sensiblement différente selon que
partenaires. Expliquer l’importance de la prise en charge des le patient a un écoulement (Fig. 3) ou pas au moment de la consul-
partenaires. tation (Fig. 4).

Examen physique  Traitement


Il doit être le plus complet possible. L’examen local permet Les traitements des urétrites font l’objet des recommandations
d’observer les caractéristiques de l’écoulement notamment son nationales ou des sociétés savantes qui prennent en compte
abondance, sa couleur et d’apprécier l’aspect du méat (méatite, l’évolution des problèmes de souches résistantes des principaux
méat humide). La pression sur l’urètre peut confirmer l’absence germes notamment de N. gonorrhoeae [2, 49–51] . En pratique en
de l’écoulement. La palpation des bourses permet de mettre en dehors des recommandations en vigueur, le traitement doit être

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Figure 4. Arbre décisionnel. Conduite à tenir chez un patient


Urétrite sans écoulement ayant une urétrite sans écoulement. TAAN : test d’amplification
des acides nucléaires ; NG : Neisseria gonorrhoeae ; CT : Chla-
mydia trachomatis ; ECBU : examen cytobactériologique des
urines ; VIH : virus de l’immunodéficience humaine ; VHB :
1er jet d’urine : TAAN CT/NG
2e jet d’urine : bandelette + ECBU virus de l’hépatite B ; VHC : virus de l’hépatite C ; J8 : 8e jour ;
IST : infections sexuellement transmissibles.

ECBU négatif TAAN CT/NG positif ECBU positif


TAAN CT/NG négatif

Rassurer Traitement anti-NG et Traiter une infection


Surveillance anti-CT urinaire en fonction de
Traitement des l’antibiogramme
partenaires et conseils
Dépistage VIH, VHB,
VHC, syphilis

Contrôle clinique et/ou biologique à J8


Remise des résultats du dépistage d’autres
IST et conseils
Prise en charge des autres IST en cas de
dépistage positif

adapté à l’antibiogramme surtout en ce qui concerne N. gonor-


rhoeae.
“ Point fort
Urétrite à Neisseria gonorrhoeae
• Traitement des urétrites gonococciques non
Les antibiotiques efficaces sont : compliquées
• la ceftriaxone : une injection unique intramusculaire de Ceftriaxone 500 mg en intramusculaire en dose unique
500 mg. Cette céphalosporine de troisième génération est En cas d’allergie aux bêtalactamines : azithromycine 2 g
efficace et reste le traitement de première intention [49–52] .
en prise unique
C’est aussi l’antibiotique de choix en cas de gonococcie
• Traitement des urétrites gonococciques
pharyngée associée. Sa tolérance est excellente. Les seules
contre-indications sont la prise d’un traitement anticoagulant compliquées
et l’allergie à la pénicilline. Il faut souligner que les céphalo- Ceftriaxone 1 g en intramusculaire par jour pendant 7 à
sporines de troisième génération par voie orale ne sont pas 10 jours
recommandées à cause de leur moins bonne biodisponibilité
et la fréquence des troubles digestifs ; ce qui les rend moins
efficaces et expose ainsi le N. gonorrhoeae à l’acquisition des tante. En France, la doxycycline reste le traitement de référence
résistances [52] ; des urétrites non compliquées à C. trachomatis [31] ;
• l’azithromycine est efficace avec des doses élevées de l’ordre • l’azithromycine est recommandée par le Center of Diseases
2 g. Les effets secondaires sont constitués essentiellement de Control (CDC) d’Atlanta [51] en première intention en raison
troubles digestifs. En pratique un des avantages majeurs de cet de son traitement minute, d’une demi-vie très longue, ce qui
antibiotique est d’être aussi efficace sur C. trachomatis à la dose favorise l’observance. Par ailleurs cet antibiotique est efficace
unique, permettant ainsi de traiter les deux infections les plus sur le N. gonorrhoeae et permet en pratique de traiter les deux
fréquentes et les plus morbides que sont N. gonorrhoeae et C. tra- étiologies majeures des urétrites. L’azithromycine est prescrite
chomatis [51] ; en dose orale unique de 1 g. Il est aussi efficace en dose unique
• la gentamycine 240 mg en intramusculaire en dose unique que 7 jours de doxycycline. De plus, à cette dose, la tolérance
peut être proposée dans des situations particulières de contre- digestive est excellente puisqu’il n’y a que 10 % de troubles
indication ou en association [50, 51] ; digestifs.
• le zoliflodacin est le nouvel antibiotique particulièrement effi- Les alternatives qu’on peut proposer, en dehors des antibio-
cace en prise unique à plus de 95 % [53] . tiques de référence, sont les anciens macrolides (érythromycine,
roxithromycine) qui gardent une place chez la femme enceinte
Urétrite à Chlamydia trachomatis ou allaitante et chez l’enfant. Mais ils n’ont pas d’intérêt chez
l’homme sauf en cas d’impossibilité d’administration des traite-
Les antibiotiques de référence sont constitués par les cyclines et ments plus actifs (cycline, azithromycine).
l’azithromycine [54] :
• la doxycycline est donnée à 100 mg deux fois par jour par
voie orale au cours des repas pendant 7 jours. Les effets secon-
Urétrite à Trichomonas vaginalis
daires des cyclines sont fréquents (10 à 20 %) et sont constitués Le traitement repose sur les nitro-imidazolés avec 2 g en une
principalement par les troubles digestifs, mais aussi par les toxi- seule prise de métronidazole ou de tinidazole [25, 55] . Les résis-
dermies et les photosensibilisations. Il est décrit des syndromes tances à ce traitement sont exceptionnelles. En effet, les rares cas
d’hypersensibilité particulièrement avec la minocycline. Les d’échec peuvent être dus à une sensibilité diminuée au métroni-
cyclines sont contre-indiquées chez la femme enceinte et allai- dazole. Dans ce cas, il faut renouveler une cure de métronidazole

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les populations à risque et leurs proposer un dépistage fiable ;

“ Point fort ce qui permet de réduire ainsi les faux négatifs. En pratique,
un dépistage peut être proposé aux sujets de moins de 25 ans,
ayant des partenaires multiples, n’utilisant pas régulièrement de
préservatifs, ainsi qu’à ceux ayant un antécédent personnel ou
Traitement des urétrites à Chlamydia trachomatis
antécédent d’IST chez leur partenaire. Les facteurs de risque clas-
• Doxycycline : 100 mg deux fois par jour, per os pendant
siques pour les femmes sont : avoir un nouveau partenaire, des
7 jours ou azithromycine : 1 g per os en prise unique partenaires multiples, un faible niveau d’éducation, des pratiques
• Femme enceinte et allaitante (dans le cadre de la prise bisexuelles, le partenaire sexuel souffre d’une urétrite ou à un anté-
en charge des partenaires sexuelles) : azithromycine : 1 g cédent récent d’urétrite. Chez l’homme les profils à risque sont : les
per os en prise unique ou érythromycine : 1 g deux fois homosexuels, les personnes infectées par le VIH, ou les hommes
par jour par voie orale pendant 7 jours dont la partenaire sexuelle est traitée pour une IST. Les techniques
actuelles se font par le TAAN par autoprélèvement vaginal chez la
femme et chez l’homme sur le premier jet urinaire. Dans les deux
sexes en fonction des pratiques sexuelles, on fera un prélèvement
500 mg deux fois par jour pendant 7 jours ou tinidazole deux pharyngé et/ou anal. Chez les patients souffrant d’urétrite on doit
fois par jour pendant 2 jours. Dans le cas de femme enceinte, il systématiquement proposer le dépistage du VIH, de la syphilis, des
est recommandé le métronidazole un ovule matin et soir pendant hépatites virales B et C.
14 jours.

Urétrite à Mycoplasma genitalium


 Conclusion
Le traitement de première intention pour M. genitalium est
l’azithromycine [51, 56, 57] : 500 mg le premier jour puis 250 mg/j Les urétrites représentent un réel problème de santé publique en
les 4 jours suivants [57] . Comme alternative on peut proposer la termes de coût de la prise en charge des complications et la morbi-
josamycine 1 g deux fois par jour pendant 14 jours [58] . Le traite- dité des germes, particulièrement le C. trachomatis dont le portage
ment par moxifloxacine 400 mg par jour pendant 10 à 14 jours est asymptomatique explique son incidence élevée. De plus, les uré-
réservé aux cas confirmés d’infection M. genitalium qui persistent trites sont parfois associées à l’infection par le VIH et certains
après 5 jours d’azithromycine groupes à risque sont plus exposés à ces types d’IST.
La démarche diagnostique repose essentiellement sur la biolo-
gie. En effet, les techniques de biologie moléculaire constituent
Urétrite à Ureaplasma urealyticum un outil important au cours du diagnostic des urétrites permet-
tant de faire un dépistage beaucoup plus large et une prévention
Le traitement de référence des urétrites à U. urealyticum reste
efficace des complications liées à ces infections. Les traitements
les cyclines [59–61] . Mais en pratique l’urétrite à U. urealyticum est
des urétrites sont simplifiés mais restent menacés par la résistance
rarement isolée, le traitement doit viser aussi C. trachomatis.
croissante du gonocoque à plusieurs antibiotiques.

 Prévention [51, 62]

En pratique, le diagnostic d’une urétrite constitue la preuve que


le patient a eu un comportement sexuel à risque pour les IST et
“ Points essentiels
qu’il ne s’est pas encore approprié les messages de prévention. • Les étiologies les plus fréquentes des urétrites sont
La consultation constitue l’occasion pour aider le patient à adop-
N. gonorrhoeae et C. trachomatis.
ter une sexualité responsable à moindre risque. En effet, il faut
• L’examen direct permet d’orienter vite le diagnostic
lui apporter les connaissances sur les voies de contamination, les
moyens de prévention et les conséquences potentielles des IST d’urétrite à N. gonorrhoeae et à T. vaginalis.
pour lui et sa (ou ses) partenaire(s) que sont : l’infertilité, le cancer • Les tests TAAN duo C. trachomatis/N. gonorrhoeae
du col et l’infection par le virus papillome humain, le carcinome doivent être effectués sur les prélèvements afin de ne pas
hépatocellulaire et l’hépatite B, le risque de contracter le VIH. Un méconnaître l’infection par le C. trachomatis.
élément important dans la communication est d’éviter de culpa- • Les traitements des urétrites doivent respecter les
biliser ou de juger les patients. Il faut insister sur l’importance et recommandations en vigueur et/ou surtout être adap-
le bénéfice de l’utilisation systématique du préservatif pour tout tés aux résultats de l’antibiogramme en ce qui concerne
rapport sexuel en dehors de la situation de couple stable. Il faut
N. gonorrhoeae.
expliquer au patient la nécessité et l’importance de la prise en
• Un traitement présomptif antichlamydien doit être sys-
charge de sa (ou ses) partenaire(s) afin de rompre la chaîne de
transmission et surtout pour éviter les complications liées aux tématiquement administré en urgence sans attendre les
IST non traitées. La prise du traitement doit être correctement résultats des examens complémentaires.
expliquée afin de faciliter l’observance thérapeutique gage de son • Le patient doit être revu à J8 pour vérifier la guérison,
efficacité. Le suivi du patient permet de contrôler l’efficacité du communiquer les résultats et adapter le traitement le cas
traitement et au patient de reprendre sa vie sexuelle normale avec échéant.
l’adoption des comportements à moindre risque. • L’utilisation systématique du préservatif, y compris au
cours des rapports oro-génitaux, doit être encouragée.
• Les enjeux des complications potentielles des urétrites à
 Dépistage [51, 63]
C. trachomatis doivent être expliqués : infertilité féminine.
• Les partenaires doivent être examinés et traités
De par leurs morbidités les urétrites à C. trachomatis et N. gonor- pour couper la chaîne de transmission et éviter les
rhoeae constituent des problèmes de santé publique avec un
complications.
impact important chez les femmes jeunes (cervicites, endomé-
• Des conseils doivent être donnés sur les moyens de pré-
trites, salpingites, infertilités tubaires et grossesses extra-utérines,
échec fréquent des tentatives de fécondation in vitro). Le dépis- ventions des IST et du VIH.
tage et le traitement des urétrites à C. trachomatis chez les hommes • Un dépistage systématique du VIH, de la syphilis, des
asymptomatiques sont donc essentiels afin d’éviter la stérilité hépatites virales B et C doit être proposé.
tubaire des partenaires féminines. La bonne stratégie est de cibler

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Toute référence à cet article doit porter la mention : Pitche P. Urétrites. EMC - Dermatologie 2022;24(2):1-8 [Article 98-440-A-10].

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