Défis du leadership chrétien aujourd'hui
Défis du leadership chrétien aujourd'hui
Héritier de ce ministère, le responsable d’Eglise d’aujourd’hui doit être conscient des défis
qui constituent des embûches sur le chemin de la réussite de son ministère. Il est cependant
difficile pour lui de faire la liste des défis de ce ministère ; car le défi y est une constante.
Toutefois l’on peut relever des domaines permanents, et surtout actuels, où les défis relatifs
au leadership sont plus récurrents. Le faisant, le leader chrétien peut veiller, être à jour, à
relever ces défis afin de bien courir vers le but, de combattre le bon combat et de garder sa
foi pour un exercice efficace de son ministère.
En huit domaines principaux nous voulons relever les défis récurrents à la tâche du leader
de la communauté chrétienne aujourd’hui et donner une tentative de moyens pour relever
lesdits défis dans chacun de ces domaines. Il s’agit des :
-défis de l’opposition,
-défis culturels,
1
Exposé I
Faire un exposé sur la notion de la vocation pastorale et de tous les autres leaders
chrétiens peut être un simple objet de révision ou de recyclage des pasteurs, des
catéchistes, des anciens, diacre ou des responsables de mouvements. Tout pasteur formé
est capable de livrer un enseignement sur la vocation dans presque tous ses détails. De
même, tout autre leader chrétien appelé par Dieu peut témoigner de sa vocation.
Cependant, parler de la vocation et des défis y relatifs aujourd’hui relève plus de la pratique
que de la théorie à exposer. C’est-à-dire, l’on constate que la pratique du leadership chrétien
souffre dans sa gestion tant au niveau de l’individu que de l’ensemble. Pour l’intitulé de
notre enseignement le détail défis définit le besoin que l’on a en évoquant le thème de la
vocation. Nous comprenons par le dit détail un problème qui se situe dans le parcours de la
vocation du leader chrétien. D’une part, dès le début, la question de choix interpelle un
regard critique sur le début de la gestion d’une vocation de l’individu dans sa communauté
locale. En d’autres termes, le choix laisse entrevoir un certain défi dans la conscience, l’envoi
ou la permission d’un candidat en formation ou pour une distinction au poste de leader
d’une communauté locale. D’autre part, l’orientation du candidat formé situe le défi au
niveau de la gestion du candidat par la hiérarchie ecclésiale. Là, on sous-entend le problème
de la gestion des compétences, des talents ou de l’efficacité du candidat vis-à-vis du poste
qu’il doit occuper. S’il s’avère que le choix et l’orientation du leader constituent un défi
aujourd’hui dans l’Eglise, à la base comme à la hiérarchie, nous nous sentons interpellés à
relever ce défi en deux volets : Comment amener la communauté locale à l’honnêteté quant
à confirmer la vocation d’un candidat au leadership chrétien ? Et que doit faire la hiérarchie
pour pouvoir bien orienter tout candidat au service ecclésial adéquat à la compétence et au
talent de ce dernier ?
2
I-1 La vocation au départ, dans la communauté locale
Tout le trouble de la gestion de vocation dans l’Eglise part des confusions initiales au
niveau de l’individu candidat au leadership chrétien. Dans la conscience qu’il a de l’appel de
Dieu, il peut y avoir des doutes. Beaucoup d’erreurs se glissent souvent dans la conscience
de ceux qui se sentent appelés alors qu’ils ne le sont pas du tout. Il est très difficile de définir
exactement au début la véracité de l’appel de Dieu en soi-même. Le mécanisme de la
fonction psychique de l’être humain peut faire que la chair s’exprime en lieu et place de
l’Esprit de Dieu. Dans ce cas c’est un esprit 1 qui nous parle. La difficulté réside donc dans le
fait que le candidat n’a pas souvent une capacité de discernement à la mesure de distinguer
les esprits.
L’état dans lequel un candidat devient conscient de l’appel de Dieu est souvent
déterminant dans la gestion future de sa vocation à un ministère d’Eglise. Nous pouvons
énumérer quelques états qui peuvent susciter en un individu le désir d’être une autorité
chrétienne sans toutefois avoir une vocation par l’Esprit de Dieu.
-L’esprit de jeunesse. Le plus souvent la vocation, de nos jours, s’opère sur un âge plus ou
moins jeune par rapport à ce qu’ont vécu nos parents. Certes, l’appel de Dieu n’a pas d’âge.
Mais mal géré, l’esprit de jeunesse, animé du sang chaud, manque d’expérience et de
maturité pour distinguer la voix divine de la voix charnelle qui parlent en l’être humain.
-L’échec des ambitions. De manière générale, toute personne développe par imitation ou
de façon originale un goût pour un métier quelconque depuis l’enfance. Des personnes ont
le penchant de gouverner sur les autres. Une envie du pouvoir et d’autorité se manifeste en
ces types de personnes si bien qu’en échouant à ces ambitions dans la société elles peuvent
se créer une vocation de leader ecclésial pour combler le manque. Ces ambitions se
manifestent autant dans le domaine des études que celui de l’autorité. Cela peut parfois
1
Nous voulons distinguer l’Esprit avec E de celui avec e pour signifier que le premier est celui de la voix de
Dieu alors le deuxième peut être celui d’un homme, d’un peuple ou même du diable.
3
expliquer la course effrénée des pasteurs des catéchistes, des anciens et diacres aux postes
ou aux diplômes aujourd’hui. En ce sens, la vocation au service de Dieu est prise comme
alibi, un prétexte pour des fins égoïstes.
En victime de ses états, le candidat à un poste d’autorité d’Eglise vit dans une opacité de
conscience qui ne lui permet pas de distinguer entre l’Esprit et la chair. Dans ce cas, c’est la
chair qui parle le plus souvent, et on se trompe énormément en croyant suivre la voix de
l’Esprit de Dieu. Et c’est plus tard que la manifestation de la chair va envahir la prétendue
vocation car elle est née de la chair et non de l’Esprit2.
Il est en effet question d’être honnête avec soi-même au début de la vocation à un poste
ecclésial. Or la chose la plus difficile dans la gestion des humains c’est d’être franc avec soi-
même. L’on est plus aveugle quand à se regarder que de regarder les autres 3. Ainsi donc
pour gérer le début de sa vocation, il faut adopter un esprit critique contre soi-même afin de
ne pas se laisser entraîner par la chair pour se créer une vocation. Cependant malgré
l’honnêteté et le sens critique que l’on peut avoir envers soi-même c’est beaucoup plus par
le secours des autres que notre vocation peut-être confirmée.
2
La vocation au ministère d’Eglise a deux origines possibles. Elle peut être née de la chair comme elle peut
l’être de l’Esprit. On peut reconnaître son origine surtout à travers ses fruits, Gal 5 :19-26. L’œuvre issue
d’une vocation née de la chair sera un service égoïste, c’est-à-dire animé par l’esprit de gain, d’honneur et
d’intérêt de toutes sortes. Mais la vocation née de l’Esprit produit des fruits désintéressés pour le pasteur lui-
même car il est au service des autres comme à son propre service.
3
L’esprit critique que l’on doit avoir envers soi-même peut découler d’une instruction efficace dans le
domaine de la psychologie. Lire à ce sujet les chapitres 1 et 3 (intituler : qu’est-ce qu’une fausse conviction et
un dialogue intérieur mensonger) de William Backus et Marie Chapian. Bien se connaître pour mieux vivre :
être vrai avec soi-même un point de vue biblique, Editions Empreinte, Minessota, 1980, pp 5-8 et 27-34.
4
son propre penchant charnel, le pasteur est la seul personne indiquée à mieux faire écouter
la voix de l’Esprit saint. Ce travail du pasteur est fondamental parce que toutes les autres
instances, c’est-à-dire la communauté (paroisse, district, consistoire…), l’Ecole de théologie,
le Bureau exécutif vont toutes s’appuyer sur la confiance de l’Eglise qu’incarne le pasteur
local.
Le pasteur constitue en principe un tamis qui ne doit laisser passer que des candidats qui
ont véritablement reçu la vocation de l’Esprit de Dieu pour un service. Il ne doit donc pas
être dupé par des manigances tribales, matérielles ou sociales pour laisser passer des loups
au service des brebis du Seigneur. Ce n’est pas si facile d’assumer cette responsabilité dans
un contexte où la vocation est devenue objet d’une représentation familiale, tribale ou
ethnique en vue de défendre les intérêts de ces couches sociales. Le pasteur, s’il n’est pas
lui-même de la tribu, serait buté à une opposition farouche s’il voudrait empêcher la
candidature sans vocation d’une personne poussée par les siens à devenir un leader
chrétien. S’il est lui-même membre de la tribu du candidat, il doit lutter contre son propre
penchant de vouloir recruter par faveur, sans considération des critères spirituels, des
candidats par des convictions tribalistes.
4
Lire à ce sujet Joseph-Marie Awouma. « Le mythe de l’âge, symbole de la sagesse dans la société et la
littérature africaines », in Mélanges africains, Yaoundé, Editions Pédagogiques Afrique-Contact, 1973, pp
172-186.
5
Josué était longtemps observé sous Moïse afin de prendre la responsabilité du peuple d’Israël ; Samuel est
éduqué sous Eli afin de jouer la responsabilité de sacrificateur en Israël ; Elisée est formé sous le prophète
Elie afin d’ jouer le rôle de prophète ; Timothée et Tite ont été des disciples de Paul afin de devenir des
pasteurs des communautés…
5
Le rôle que joue le pasteur pour la vocation des candidats est donc similaire à la tâche
des aînés, dans nos traditions et dans la Bible, qui ont fait la sélection et la formation de la
vocation pour le service de Dieu. Si le choix d’un est fait dans le strict respect de la vocation
spirituelle, le pasteur passe le relai au formateur du candidat.
Le formateur des candidats au service d’Eglise joue un rôle très important dans la gestion
du choix et de l’orientation d’une autorité chrétienne. Mais son rôle est intermédiaire entre
les deux instances extrêmes : le pasteur local qui détermine le choix et l’exécutif qui oriente
le service du candidat formé. Dans ce maillon intermédiaire de la chaîne de la vocation
pastorale, le formateur a un regard à double tendance. D’une part il est considéré comme
celui qui doit confirmer ou infirmer le choix fait par le pasteur local et sa communauté.
D’autre part le formateur doit observer le candidat pour pouvoir contribuer à l’orientation
en cas de besoin dans le service ecclésial, orientation dont aura charge le Bureau Exécutif.
La vie de l’enseignant a des impactes souvent très manifestes sur les étudiants. Par
exemple un enseignant qui ne voit rien de positif dans l’Eglise, qui n’a que des critiques
destructives, de manière consciente ou inconsciente, intoxique les futurs leaders ou les à la
rébellion. Par contre celui qui blanchit totalement le système de l’Eglise ou de ses structures
politiques ou sociales comme infaillibles contribue à l’aveuglement du sens constructif du
futur leader. L’enseignant est donc appelé à être le plus objectif possible dans sa tâche de
formateur des serviteurs. Il doit savoir à la fois apprécier ce qui est bon et réprimer ce qui
constitue une entrave à l’édification de la vocation de son étudiant.
6
Bref, l’instance de la formation, par confiance à la communauté locale, accepte et forme
le candidat et le met à la disposition de l’exécutif qui doit orienter et gérer le candidat dans
les multiples services de l’Eglise.
Le Bureau Exécutif est le sommet de l’organisation humaine de l’Eglise. C’est donc elle qui
se charge de l’orientation de tout ouvrier d’Eglise, surtout dans le système épiscopal. En
affectant un pasteur, par exemple, à un poste quelconque, le Bureau Exécutif est censé
connaître les capacités sociales ou morales du pasteur. Tous les ouvriers peuvent donner
l’impression d’être capables de travailler partout et en toutes circonstances. Il est vrai que
tous peuvent être dotés des compétences intellectuelles qui leur permettent de travailler.
Mais Malgré la vocation et la formation reçues, chaque leader a un talent majeur qui le
caractérise et le particularise pour un tel travail et non pour un tel autre. En effet, il est
question pour la gestion de l’orientation des serviteurs de bien découvrir et considérer le
don de chaque individu afin de pouvoir placer des personnes qu’il faut aux postes qui
conviennent à leurs compétences.
Par ailleurs le Bureau Exécutif peut subir des pulsions de la part des serviteurs demandant
d’être orientés ailleurs et parfois l’insistance aboutit à la concession sans trop considérer le
talent naturel et le don dudit serviteur vis-à-vis du poste sollicité. Et à occuper un poste qui
ne sied pas à notre don ou compétence on finit par détruire la communauté ou le service
ecclésial dont on est responsable.
Le Bureau Exécutif a la lourde charge de bien connaître les serviteurs de par leurs dons et
même leurs conditions sociales et surtout rechercher la volonté de Dieu pour le service de
tel ou tel autre serviteur dans l’Eglise. Or pour des centaines de pasteurs, le défi est géant et
l’équation est très complexe. Sauf miracle, la totalité des pasteurs, des catéchistes ou des
évangélistes ne peut pas toujours être d’accord sur les orientations du Bureau Exécutif. Par
conséquent ce que l’Exécutif doit rechercher en orientant les services des leaders d’Eglise,
c’est le bien, l’avancement de l’Eglise et la volonté de Dieu. Les affinités humaines et la
concession des influences des individus ou des groupes qui imposent une orientation des
7
serviteurs pour une volonté personnelle ou ethnique constituent un facteur d’asphyxie pour
la bonne harmonie du service chrétien dans l’Eglise.
Ce qui aiderait l’Exécutif à relever ce défi est le sens de l’objectivité que l’on doit faire
valoir au niveau individuel, c’est-à-dire que chaque serviteur soit honnête et conscient de ses
dons et qu’il veuille servir le Seigneur là où il construirait et non détruirait l’Eglise. Que
l’instance de la formation pastorale soit le lieu de reprécisions ou de disqualification de la
vocation et que le Bureau Exécutif oriente ni par faveur, ni pour l’honneur, ni par affinité,
mais par la crainte et pour la gloire de Dieu et de son Eglise.
Pour une sérénité dans la gestion de la vocation dans l’Eglise aujourd’hui, il faut un travail
de chaîne et de symbiose entre toutes ces instances de la gestion de la vocation. Si à tous ces
niveaux on peut rendre le choix et l’orientation des serviteurs exempts de favoritisme,
d’affinités et de concessions qui ne tiennent pas compte du talent et du don de la personne,
la vocation reprendrait sa sérénité et le défi peut être relevé. Dans ce cas, Dieu lui-même
ferrait que son Eglise prospère dans les bonnes œuvres car chaque personne qui viendrait au
service de l’Eglise serait vraiment choisie à la base, elle serait bien formée et éprouvée ; et
serait placée là où elle produirait mieux pour l’édification de l’Eglise de Dieu.
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Exposé II
Défis familiaux
La première instance du service de leader chrétien est la famille. Tout serviteur a pour
première mesure de son travail sa propre famille. Les défis du leadership sont pour la
plupart présents dans la famille du serviteur. Il doit bien relever ces défis afin de pouvoir
faire de même pour sa communauté.
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II-1 La famille du serviteur
Ce texte tient une place référentielle dans la gestion des défis du serviteur. Dans l’Ancien
comme dans le Nouveau Testament, plusieurs textes décrivent ou témoignent des devoirs
du serviteur mais ce texte résume et dit l’essentiel du travail du leader du peuple au sens
moral ou spirituel et matériel. Une somme de quinze principes déontologiques du serviteur
est énumérée, mais le principe lié au défi familial est prépondérant dans la liste. C’est le seul
principe qui a mérité une ample explication par une suite de détails. Ces détails à eux seuls
occupent deux versets pleins quand d’autres sont regroupés à six dans un même verset. Et
de façon explicite, le texte nomme la femme et les enfants comme des personnes
distinguées dans les charges pastorales car aucune autre catégorie de personnes n’est
ouvertement désignée en dehors de ces deux.
Un regard très particulier était fixé sur le comportement des enfants des leaders spirituels
car des exemples bibliques des enfants du sacrificateur Eli, 1 S 2 : 22-26, les fils d’Aaron, Nb
3 :4, constituaient des enseignements au sanctuaire pour éviter le scandale par les enfants
des sacrificateurs. Aussi, la responsabilité du leadeur spirituel comme gouvernant impliquait
le devoir spirituel envers l’épouse. Là également, les Juifs tenaient rigueur à ce principe
parce que dans leur histoire beaucoup de femmes des leaders ont induit le peuple entier à la
désobéissance, 1 R 21 : 1ss ; Jg 16 : 4ss7.
Pour comprendre la complexité des défis du rôle de leader d’Eglise, il faut établir un
rapport entre les responsabilités des leaders du peuple de Dieu dans le contexte de l’Ancien
Testament et celles du pasteur dans l’Eglise. En effet, à travers la personne de Jésus-Christ
nous constatons le cumul des fonctions de responsabilité. Il est en même temps Prophète,
Roi, Sacrificateur, Rabi. Ce cumul des fonctions est légué au leader chrétien qui assume le
travail à la suite de Jésus-Christ. Ainsi, l’ampleur de la déontologie pastorale est
proportionnelle au nombre des responsabilités que cumule le serviteur. Le serviteur dans sa
fonction de roi du peuple doit tenir sa famille comme celle des princes. Comme celle d’un
rabbi, la famille du leader est le domaine du prototype des connaisseurs et des pratiquants
de la parole de Dieu. En tant que sacrificateur, le serviteur doit veiller à éviter le scandale à
travers le comportement de ses enfants ou de sa femme dans la communauté. Par tous ces
titres, le leadership chrétien fait, avant tout, face aux défis familiaux.
La relation qui existe entre les devoirs pastoraux et la famille du leader est plus qu’un
simple lien de rapport conceptuel. C’est une structure. C’est-à-dire, le travail du serviteur ne
peut pas se définir en dehors de sa famille et cette famille se définit toujours en rapport avec
ce serviteur. L’appréciation du travail du serviteur doit tenir en compte le comportement de
sa famille comme premier principe. Le serviteur peut bien réussir son travail dans le reste de
la communauté mais si au sein de sa famille c’est le scandale, ne subirait-il pas, dans ce cas,
le sort d’Eli ? Cette liaison indissociable de la fonction de serviteur avec le comportement de
6
La vie de Paul révèle cette responsabilité de ses parents juifs qui l’ont envoyé étudier chez Gamaliel où les
traditions juives et la philosophie grecque étaient enseignées.
7
La question des femmes étrangères dénote dans la tradition juive le laxisme des leaders comme Salomon,
Achab, Samson… qui ayant manqué à la maîtrise de leurs épouses dans la crainte de l’Eternel ont été des
causes de condamnation du peuple d’Israël à maintes reprises.
11
sa famille peut se comprendre au sens où en famille ce ne sont plus des simples paroles qui
enseignent la foi, mais c’est beaucoup plus le comportement qui relève ce défi. Si le
serviteur arrive à fonctionner hypocritement dans la communauté à cause de l’éloignement,
ceux de sa propre famille ont une relation plus immédiate avec lui ; il y est souvent connu
même dans sa pensée.
Dans la famille, le devoir pastoral s’effectue par les actes et s’accompagne des paroles. On
ne peut pas être responsable respectable pour son propre enfant si on n’arrive pas à assurer
le bien-être matériel de ce dernier. De même, il est difficile d’être un leader respecté par sa
femme si l’on est incapable d’assouvir les besoins sentimentaux et matériels de celle-ci. Pour
toutes ces charges matérielles ou morales le leader chrétien est plus défié dans sa famille
que dans la communauté
Le plus souvent, le serviteur occupe son temps à cent pour cent au service de la
communauté mais au détriment de sa propre famille 8. Cette occupation, d’une part, fait que
le pasteur soit trop loin de sa famille. Il ne peut pas assurer une éducation digne des ses
enfants. D’autre part, le manque de temps pour organiser la vie économique de sa famille
est aussi le fruit de cette occupation permanente du serviteur. La conséquence en est que
les enfants deviennent souvent délinquants9 et la pauvreté devient un obstacle de la foi dans
des familles des leaders. Ceci est un défi pour le responsable chrétien qui doit équitablement
jouer son rôle de père de famille et son rôle de serviteur de communauté. Cela est un défi à
relever par l’acte, la parole et la prière.
Depuis l’époque de l’Ancien Testament, nous remarquons que les devoirs du leader
spirituel, ne serait-ce qu’au niveau de sa famille, est une charge difficile, à la limite de
l’impossible, selon les capacités humaines. Vu le niveau du besoin matériel trop accru
aujourd’hui, connaissant l’immensité du travail à l’Eglise et le faible entretien financier, le
serviteur voudrait bien faire de sa famille celle qui témoigne l’exemple de la vie chrétienne
mais les conditions à remplir sont énormes. La conscience d’insuffisance du serviteur doit en
principe faire naître l’esprit de prière en lui.
Réussir à relever les défis pastoraux n’est pas fruit de l’effort humain. Personne ne peut
remplir parfaitement ses devoirs de berger des brebis du Seigneur, en famille ou dans la
communauté. Comme Salomon au début de son règne, accablé de défis, nous devons
8
Faire une lecture critique de 1 S 2 : 12-17 ; 22-36. Observer la négligence du prêtre Eli vis-à-vis de sa propre
famille alors qu’il s’occupait bien du sanctuaire.
9
Aujourd’hui, une remarque générale est faite sur les enfants des pasteurs qui deviennent des personnes aigris
contre l’Eglise et détestent le service de leurs pères parce qu’ils croient souvent que l’Eglise est la cause de
leur échec dans la vie.
12
adopter l’esprit de prière afin d’avoir la grâce de Dieu qui accompagne sa mission qui nous
est confiée10.
Le succès de tous les exemples bibliques des responsables du peuple de Dieu témoigne la
prière comme le moyen le plus efficace de l’accomplissement des devoirs liés aux charges
pastorales. Moïse et Jésus-Christ l’ont démontré. Dans l’un comme dans l’autre des deux
cas, nous constatons la fréquence des retraites pour prière11.
Face aux défis familiaux, le serviteur a la charge de veiller par la prière à présenter chaque
membre de la famille au Seigneur12. Mais il doit savoir que la prière pour les membres de sa
famille n’est pas une raison pour la paresse. Car la prière ne doit pas exclure le travail.
Prier en famille joue également un rôle pédagogique très important. La cellule de prière
familiale est le lieu par excellence du soutien de l’œuvre du serviteur par les membres de sa
famille. Les enfants et l’épouse doivent apprendre à prier pour la réussite du travail de leur
père et époux. Initiés à la prière, les membres de la famille du serviteur constituent le
meilleur appui pour relever les défis en question.
Le service du responsable chrétien est habituellement saturé des occupations qui ne lui
permettent souvent pas d’avoir un temps pour la prière. Les sollicitations, les réunions, les
voyages, les lectures, les préparations des cultes ou des rencontres l’occupent au point de ne
pas avoir du temps pour prier profondément. En effet, la prière devient une formalité, voire
une simple coutume. En plus de ses occupations, le service du leader chrétien est sujet à
plusieurs soucis liés à la gestion des humains. Souvent la nervosité gagne le pasteur à cause
des troubles récurrents dans la communauté. Ainsi, sans esprit apaisé la concentration en
prière est impossible chez le serviteur.
Le serviteur doit alors savoir que tout son succès dépend du fait qu’il confie au Seigneur
tous ses défis dans la prière. Pour ce fait, il est préférable d’observer régulièrement des
moments de prière malgré les multiples occupations qui saturent notre agenda.
Somme toute, les défis familiaux du serviteur nous engagent à deux objectifs.
Premièrement, le succès dans les devoirs familiaux est la preuve tangible de la compétence
du serviteur pour le travail de dirigent de la communauté. Deuxièmement, la prière est le
moyen par excellence du succès dans ce travail. Cependant, beaucoup de difficultés
10
Lire 1 R 3 : 4ss pour noter que tout le succès de Salomon pour le début de son règne a pour secret la prière.
11
Toutes les fois que Moïse se retirait sur la colline, il communiquait à Dieu tous les besoins peule et toutes ses
limites afin d’avoir le secours et la solution de Dieu. Pour les dix fléaux par exemple, Dieu communiqua des
nouvelles idées à Moïse chaque fois qu’il échoue, Ex 7 :14ss. Jésus, à maintes reprises, se retira de ses
disciples pour prier afin de faire face à ses responsabilités, Mt 4 : 1ss ; 26 :36ss…
12
Lire Job 1 : 5.
13
constituent un ensemble d’obstacles au succès de la vie familiale et de la vie de prière du
leader. L’emploi du temps toujours chargé fait manquer du temps au serviteur pour sa
famille et pour la prière. Or, ce manquement est une sorte de facteur limitant pour sa
carrière. En effet, afin que les devoirs primordiaux du serviteur que sont l’entretien spirituel
et matériel de sa famille et la prière soient des générateurs du bon travail d’Eglise, quelques
suggestions relatives à ces deux domaines doivent être portées à l’intention de tout
serviteur:
-éviter l’activisme,
-savoir s’organiser pour équilibrer son service entre la communauté, la famille et la prière,
-savoir travailler et savoir gérer son revenu afin que la pauvreté ne soit une pierre
d’achoppement pour sa famille,
-pouvoir garder son calme malgré les occasions de tensions récurrentes dans le service
pastoral afin de pouvoir prier et de ne pas engager la famille dans la haine.
Exposé III
Un autre défi, qui n’est pas le moindre, est celui de la tension permanente entre le clergé
et les membres de la communauté. Le leadership semble se définir comme un sujet de
mésentente entre le leader et le fidèle au nom du système presbytéral d’une part et de celui
congrégationaliste d’autre part. Le pasteur, le catéchiste ou l’évangéliste, autorité
ecclésiastique, est buté à la tendance qui confisque le pouvoir ecclésial à la communauté de
base. Ce défi nécessite à la fois une profonde connaissance de notre histoire pour
comprendre les raisons contextuelles du système congrégationaliste et une bonne
considération des défis actuels pour comprendre la tendance presbytérale et vice-versa.
Pour nos missionnaires et nos premiers chrétiens, l’autonomie implique que la paroisse
soit gérée par ses anciens à travers des décisions prises de façon démocratique. Cela
signifie que les relations entre la paroisse et les autres structures (district, consistoire et
Eglise) ne sont que de forme. Le lien qui unit la paroisse aux autres est essentiellement
doctrinal. Toute décision venant des structures hiérarchiques n’avait pas force de loi sur la
paroisse qui pouvait appliquer la décision ou non. Dans cette optique, le pasteur comme
responsable n’avait pas assez de place. Son rôle était limité aux actes pastoraux (Sainte-
Cène, Baptême). La cure d’âme était faite par les anciens ou par toute la communauté,
même à l’insu du pasteur. Il n’avait aucune autorité qui était détenue par les anciens qui
décidaient de son appel, de son entretien et même de son cahier de charge. Il suffit de voir
comment étaient formulées les demandes d’appel adressées aux pasteurs dans le système
d’appel autrefois. Dans la demande étaient évoquées les tâches à assumer par le district
(groupe) à l’égard du pasteur. Le pasteur ne devait prendre aucune décision ou initiative
pour la gestion de la communauté. Il doit exécuter les décisions dictées par les anciens ou le
bureau du district. En effet le pasteur, le catéchiste ou l’évangéliste était appelé « la
femme » ou « l’étranger » du district ou de la paroisse. Ces appellations sont calquées sur la
tradition du terroir où la femme n’a pas de parole tout comme l’étranger est ignorant et ne
prend pas part aux décisions dans la gestion de la communauté villageoise. C’est l’époux ou
l’autochtone qui ont droit de parole dans une telle société. Par analyse, le pasteur, le
catéchiste ou l’évangéliste ne doit pas s’ingérer dans les affaires de la paroisse. Pour cette
raison le leader n’a aucun droit de regard sur la gestion des finances de la paroisse ou du
district dont il n’est leader que spirituellement. Car selon une certaine compréhension, le
spirituel et le matériel sont incompatibles. Pour soutenir cette position on a souvent cité le
cas de l’institution des diacres par les apôtres comme une décharge de la responsabilité
matérielle. Or dans ce contexte, ce sont les apôtres qui autorisent et organisent cette
gestion matérielle comme Paul organise la collecte et achemine le fonds vers Jérusalem pour
le besoin de soutien à la communauté de ladite ville, 2 Cor 8-9. En plus de cet argument on
prétend aussi que le leader doit préserver sa spiritualité en évitant de toucher à la gestion du
matériel.
Par ailleurs, les décisions de l’Eglise sont ressenties comme des poids par la base car
chaque paroisse s’est nourrie d’idées d’autonomie et d’indépendance vis-à-vis de sa
hiérarchie ou par de mauvaises communications des responsables. Les présidents des
régions ou des consistoires semblent n’avoir aucune autorité pouvant leur permettre à gérer
le personnel ecclésiastique. Un pasteur peut directement s’adresser au BE de l’Eglise sans
transiter par le président de la région. Des cas d’indisciplines peuvent être signalés ici et là
concernant des catéchistes ou des pasteurs sans que le pasteur ou le président du
consistoire puisse sanctionner lesdits cas. De même, le BE de l’Eglise ne peut réagir pour
remettre la discipline parce qu’il y a entêtement de la part des individus ou des groupes.
C’est là que nous pouvons constater avec regrets des refus d’obtempérer aux décrets
d’affectations ou de départ à la retraite par exemple.
Selon notre Constitution, l’autonomie doit se comprendre comme suit : « Une paroisse
de L’EFLC fonctionne de la manière autonome, c’est-à-dire qu’elle est dirigée par son
pasteur, ses anciens, ses diacres et diaconesses. Cette autonomie est celle de gestion et non
d’indépendance. En ce qui concerne sa relation avec les autres structures de l’Eglise (district,
consistoire, région, direction générale) elle obéit au schéma constitutionnel qui organise le
fonctionnement de l’Eglise de la base au sommet. Pour les questions touchant la confession
de foi, l’organisation constitutionnelle et les relations extérieures, l’autorité souveraine
appartient à l’Assemblée Générale de L’Eglise », (Constitution, Art. 27 p. 12).
L’autonomie, pour nous, c’est donc redonner au catéchiste et /ou au pasteur sa place
légitime dans la paroisse ou le district, dans le respect des structures hiérarchiques
représentées par le président du consistoire, de la région et la direction générale de l’Eglise.
16
III-2 Le défi du dynamisme de l’Eglise : l’Eglise, une société d’hommes et de femmes en
constantes mutations
Il faut noter à l’opposé de cette option de l’état statique de l’Eglise que depuis les temps
ancestraux le peuple de Dieu a toujours et partout subi des mutations. C’est depuis
l’évolution du peuple d’Israël dans l’alliance avec YHWH qu’on peut déjà constater
l’éventualité de la mutation du peuple de Dieu. C’est ainsi qu’à ses débuts le peuple d’Israël
pratiquait la foi selon ses convictions de berger nomade. En effet pour une civilisation de
berger nomade la maison de Dieu ne pouvait qu’être une tente et l’élément de sacrifice ne
pouvait mieux se comprendre que par l’agneau. Mais quand ce même peuple va se
sédentariser et adopter l’agriculture comme élément de la vie économique l’agneau ne sera
plus le seul élément sacrificiel mais il s’ajoutera la céréale comme élément nouveau adopté
pour le sacrifice. Par ailleurs, la maison de Dieu adoptera la forme la plus définitive par un
temple construit. De même dans son contexte politique, le peuple d’Israël ira de la
théocratie à la royauté sous Saül et reviendra encore à la théocratie quand surviendra la fin
de la royauté avec l’exil. Toutes ces mutations étaient dues au fait que la foi du peuple
d’Israël devait se vivre conformément aux réalités ambiantes. Le contexte socio-économique
et politique amenait obligatoirement le peuple de Dieu à adopter de nouvelles formes de la
vie de sa foi.
C’est alors de cet héritage que l’Eglise doit savoir s’adapter aux circonstances pour
exprimer sa foi. C’est ainsi que l’Eglise primitive s’est montrée comme l’Eglise missionnaire
qui cherche à garder la tradition des apôtres tout en voulant adopter la tradition gréco-
romaine dans laquelle elle devait propager l’Evangile.
De manière interne, l’Eglise primitive n’était structurée que par la gouvernance des
apôtres qui étaient des principaux leaders. Mais comme la communauté des chrétiens ne
faisait que s’accroître, il fallait innover un système de gouvernance qui puisse aider les
apôtres à pouvoir gérer la conduite du peuple de la Nouvelle Alliance. Par conséquent les
fonctions de Diacres et d’Anciens vont naître au sein de l’Eglise pour un meilleur
encadrement de l’Eglise. Là, quand l’Eglise prenait les proportions géographiques, les
apôtres restaient à Jérusalem et coordonnaient la marche de l’Eglise dans toute son
ampleur. Si les petites décisions pouvaient se prendre dans les communautés locales, les
grandes qui engageaient l’ensemble de l’Eglise étaient conférées à l’instance des apôtres
afin d’éviter un bicéphalisme fatal pour l’avenir de l’Eglise, Ac 15 : 6ss.
17
Jusque là les apôtres pensaient qu’il n’était pas très utile de structurer le peuple de Dieu
au-delà de ces instances de Diacres, d’Anciens et d’Apôtres. Car ils croyaient imminent le
retour du Christ. Or le temps passait et le défi devenait croissant et vaste. Il valait mieux
structurer la communauté. C’est alors que seront mis à jour d’autres fonctions pour l’œuvre
d’édification des membres de la communauté. On parlera des fonctions d’apôtre, de
pasteur, de docteur, de prophète…Rm 12 : 4ss.
19
Exposé IV
L’Eglise d’Afrique est bien nombreuse mais peu productive. Un déséquilibre est donc
observé entre le spirituel et le matériel. Sans matériel l’Eglise n’arrive pas à se prendre en
charge, à résoudre ses problèmes. Et ne pouvant vivre sans matériel, elle est réduite à « la
main tendue » pour œuvrer. C’est en effet un défi pour tout pasteur africain qui doit
répondre aux normes de l’évangélisation qui suscite la foi et les œuvres à la fois, en d’autres
termes, une évangélisation qui édifie matériellement et spirituellement. Ce défi est d’ordre
interne. Relever ce défi reviendrait à évangéliser de nouveau les membres de la
communauté pour que soit acquis l’équilibre entre le spirituel et le matériel afin que la foi se
manifeste par les œuvres.
La démarche que nous proposons ici est plus d’ordre méthodique qu’exhortatif. L’on
pourrait suivre cette méthode pour édifier une communauté à s’émanciper équitablement
en spirituel et en matériel.
20
IV-1-1 Examen de soi
Pour qu’un individu ou un groupe puisse arriver à bout des ses problèmes et puisse se
développer, la première des choses à engager dans le processus de résolutions desdits
problèmes est d’être conscient de ceux-ci. Ainsi pour tout chrétien ou toute communauté
chrétienne en besoin de relever ses défis, le tout premier pas est de pouvoir réellement
citer ces défis. Il n’est pas question d’en faire une liste imaginaire comme on a l’habitude de
le faire lors des études bibliques. Ici, il est question d’observer un moment de prise de
conscience de ses réels défis qui empêchent de prendre un envol matériel et spirituel. Au
sens individuel, du leader, il est question de prendre un moment de retraite spirituelle 13 pour
réfléchir et passer en revue tout son passé et projeter un avenir révolutionnaire. En cas de
groupe, il est indiqué de convoquer une rencontre de tout le groupe pour faire intervenir
librement les membres, si possible chaque membre, pour un recensement global des
problèmes et défis de la communauté.
L’assise ou la retraite pour le recensement des défis est le moment d’une remise en cause de
soi ; un moment d’auto critique. En évoquant les défis, chaque membre doit être dans une
conscience d’examen de soi, de critique de soi. Chaque membre doit s’approprier tout défi
cité.
Cette phase n’est pas un fait ponctuel qui une fois effectuée doit être abandonnée pour
passer à autre chose. Elle doit plutôt inculquer à chaque membre une habitude de se
remettre en cause, de s’autocritiquer…
Exercices
-Mt 7 :1-5, commentez et expliquez ce texte à la lumière de ceux qui suivent pour adopter
une habitude d’examen et de jugement de soi : 1 R 3 : 7-9 ; Lc 18 : 9-14 ; Rm 2 : 1-3 ; 7 : 14-
25 ; 14 :10 ; Ph 2 : 3-8 ; 3 :12-15…
-Jc 2 :15-16, discutez, à la lumière des textes qui suivent, de l’importance de la disposition
matérielle dans la vie chrétienne : Dt 8 : 7-18 ; 15 :11 ; Es 58 :7 ; Jr 29 :5-7 ; Pr 3 :9-10 ; Lc 3 :
11 ; 1 Jn 3 : 18.
Pour que ce travail ne soit pas un exploit juste intellectuel qui cherche à bourrer la tête
avec des discours bibliques sans actes et sans vie, l’insistance sur des exercices pratiques
doit être multipliée et répétée pour une visée pratique en changeant les habitudes et les
caractères qui constituent le blocage du salut intégral de l’homme. Il s’agit de :
Activité :
-organiser une rencontre ou une retraite pour faire face à ses problèmes ;
-évoquer pêle-mêle les problèmes ou les choses qui semblent bloquer notre avancement.
But visé :
-apprendre à s’autocritiquer ;
Les défis, tels que cités, sont de diverses natures. Chaque défi peut avoir ses origines, ses
manifestations et ses impacts différents ou similaires à ceux des autres. Souvent l’on est
devant des impasses troublantes quand on est réellement en face de ses problèmes. Tout
homme connaît de manière instinctive que faire face aux défis est la difficulté majeure de la
vie. Devant ses problèmes, l’homme se trouve toujours dans ses moments les plus bas de la
vie. L’on ne parle jamais de ses problèmes en souriant, sauf cas d’ironie ou d’inconscience de
la teneur et de l’impacte du problème. Cette réalité, la difficulté de faire face à ses défis,
développe des défis conséquents. Car, en les refoulant, ils se ramifient en plusieurs autres
dans l’ordre psychique.
Dans nos communautés ou en tout individu chrétien il existe des problèmes ; c’est le
propre de toute vie chrétienne, 1 P 1 :7. Les problèmes matériels ou spirituels sont des
réalités au sein de chaque groupe de personnes. Résoudre ces problèmes semble être le défi
que Dieu nous a confié à travers notre nature de créature à la ressemblance de Dieu. Un
responsable de communauté agrée par Dieu est celui là qui est investi des capacités de
relever ses défis matériels et spirituels et ceux de sa communauté, 1 R 5 : 9-14 ; 1 Tm 3 :4.
Une suite de question peut aider l’homme à examiner les problèmes dont la liste est faite
pour une quête de solutions.
-Y a-t-il des problèmes qui dépendent les uns des autres ? Ici, il s’agit de procéder par effet
de structuralisme pour remarquer l’interdépendance de certains problèmes.
-Quel impact matériel un tel problème spirituel, et vice-versa, peut avoir dans la vie de
l’individu ou de la communauté ? Il s’agit de faire l’analyse des problèmes au point d’en tirer
des conséquences matériels pour les problèmes spirituels et des conséquences spirituelles
pour des problèmes matériels.
-Quel est le plus grand des problèmes ? Le plus grand problème est celui qui peut engendrer
ou contenir tous les autres. Cet examen permet à établir les liens de dépendance entre
chaque problème avec le problème principal. Ainsi on procède par partir des problèmes
listés pour en venir à un problème principal15. (Cette méthode nous est inspirée de la
question des Juifs en Mc 12 : 28ss).
Exercice
-Prendre une paroisse, pas imaginaire mais réel, de votre choix comme exemple ; citer ses
différents problèmes ; et procéder à l’examen des problèmes.
-les dix lépreux ont sollicité la santé parce que leur maladie est le problème principal, citer
les autres problèmes qu’enduraient ces lépreux et montrer comment ces autres problèmes
dépendent de leur maladie.
Résumé
Activité
-Examen de chaque problème dans ses relations avec les autres, dans ses impacts spirituels
ou matériels.
Acquérir une démarche méthodique pour résoudre les problèmes malgré leurs nombres et
leur variété, afin de ne pas se perdre dans un océan de problèmes sans repère.
Le fait que notre méthode nous conduit à procéder des problèmes au problème principal
nous amène à éviter d’appliquer des solutions aux problèmes singulièrement sans pouvoir
éradiquer le débit même de tous ces problèmes. S’il est donc établi que les problèmes de
notre communauté peuvent être réunis autour d’un principal, alors la préoccupation pour la
résolution ne peut plus être l’objet d’une divagation, l’on doit rechercher la solution du
problème.
Pour lire la Bible comme ensemble des solutions, il faut retenir au préalable ces
principes :
-La Bible est l’ensemble des réponses de Dieu, à travers les auteurs bibliques, aux questions
issues des conditions humaines.
-Tout texte est une réponse dont la question n’est pas souvent révélée. Vous pouvez inter
changer les couplets de mots : solution-problème, réponse-question, enseignement-leçon.
Pour la plupart des cas, sauf dans certaines épîtres, la question ou le problème dont le texte
constitue la réponse ou la solution n’est pas énoncée.
-Tout texte porte d’une manière ou d’une autre le caractère opposé du problème dont il est
solution. Ainsi donc pour révéler le problème résolu par le texte il faut remonter la pente à
partir de la réponse que constitue le texte.
-L’AT est l’ensemble des réponses de Dieu aux problèmes vécus par Israël en préparation de
la venue du Christ. Le NT est l’ensemble des réponses des questions humaines liées au
Royaume de Dieu.
-L’AT est toujours d’une valeur actuelle, pourvu qu’il soit lu comme objet d’herméneutique
pour notre propre vie matérielle ou spirituelle.
16
Dans cette méthode de résolution des problèmes en vue de faire des hommes accomplis, la Bible est
considérée comme un ensemble des réponses de Dieu aux problèmes des hommes. Les textes bibliques
servent de ferment pour qui puisse activer toute idée d’accomplissement de l’homme.
24
Si les textes bibliques sont ainsi des solutions, il faut savoir les utiliser de manière cohérente
à nos problèmes. Notre problème peut avoir plusieurs textes qui semblent y répondre. La
cohérence dépend surtout de la correspondance entre le problème et la solution dans le
texte et les vôtres. Il est impératif qu’une similitude soit établie entre votre monde et celui
du texte en matière de problème et solution.
Ainsi, de tous les textes qui semblent être la solution à votre problème, il doit avoir un qui
réponde mieux à vos attentes. C’est celui-là que vous pouvez choisir pour texte, solution de
vos problèmes.
Exercice
Résumé
Activité
-Travail de recherche des solutions bibliques à travers des études bibliques orientées au
problème de la communauté.
But visé
Le texte opté pour solution doit faire l’objet d’une présentation, explication profonde et
détaillée par le leader. Cette explication poursuit des objectifs fondamentaux.
25
Cette présentation ciblerait tout d’abord les responsables de la paroisse et des
mouvements17. Et il faut que le leader s’assure de les avoir réellement convaincu. Du temps
doit être pris pour cette exposition afin de pouvoir répondre à toutes les questions y
relatives.
Une fois convaincus, les responsables de la communauté peuvent prendre le relai pour
aller présenter l’objectif visé qui n’est pas celui du leader seul, mais de tous les responsables.
Cette propagation se fait toujours sous la supervision du leader afin de vite rectifier les
écarts de compréhension. L’équipe dirigeante, à la fin de la diffusion de l’objectif doit palper
l’enthousiasme et l’engagement de la communauté à vivre comme le texte le voudrait. Ainsi
désormais, le texte peut-être décrété miroir et texte cible 18. Miroir parce qu’il va nous
permettre de toujours nous améliorer à la poursuite de l’objectif. Cible parce que nous la
plaçons comme un model à atteindre.
Le quitus de la masse observé par son désir de vivre le texte conduit le leader et les
responsables à élaborer un plan d’action qui prenne en compte tous les détails des activités
à mener pour atteindre cet objectif. Si possible, le leader peut confier le travail de
planification aux experts en planification dans la communauté qui travailleront sous la
directive de ce leader. Approuvé par le leader, la commission technique peut présenter le
plan à toute la communauté convoquée par le leader. Ce plan d’action doit absolument
contenir entre autres :
-le temps prévu pour atteindre l’objectif ou pour évaluer la réalisation de l’objectif ;
Ce travail, bien détaillé et bien étoffé dans la planification amène forcement à enrôler
plusieurs personnes dans le processus du développement (cf vote des diacres et exploitation
des dons dans l’Eglise des apôtres Ac 6 :1ss et 1 Cor 12 : 1ss).
IV-2-4 Evaluation
Exposé V
Défis de l’opposition
De Moïse à Jésus le peuple élu a souvent manifesté des réactions d’opposition. A titre
d’exemples, Marie et Aaron d’une part et Datân, Abiram et qoré (Nb 12 et 16) d’autre part
se sont soulevés contre le leadership de Moïse parce qu’ils n’étaient pas d’accord de sa
médiation entre Dieu et le peuple. De même, les Juifs ont amené Jésus-Christ au crucifix
pour n’avoir pas accepté sa conception et son message de salut.
L’agression est de ce fait une évidence que subit le pasteur. Ceci étant, une question,
voire une problématique, incontestable et incontournable se trouve récurrente à la fonction
de responsable d’Eglise. On s’interrogerait donc, Comment peut-il ou doit-il gérer la
récurrence d’agressivité liée à sa fonction ? Doit-il prendre toute opposition comme
agression ? Qu’est-ce que l’agression ? Et vis-à-vis de l’agression, qu’est-ce qui doit être à la
cause pour l’attitude d’un pasteur, la nature charnelle ou l’Esprit saint qui est en lui ?
C’est sous ce questionnement que nous pouvons aborder les défis de l’opposition en
général et celui de l’agressivité contre le serviteur en particulier. Nous voudrions y répondre
en trois détails :
-Le serviteur comme une nature transformée par l’Esprit saint face au défi de l’agressivité.
27
V-1 Le serviteur comme une nature charnelle face à l’agressivité
-Le sanguin. Une personne de ce tempérament est vive et bouillante, souvent très joyeux.
-Le cholérique. Il est de caractère chaud, rapide, actif voire activiste, volontaire et pratique.
-Le mélancolique. Il jouit d’un caractère très sensible, perfectionniste, aime analyser les
situations…
-Le flegmatique. Il est moins excité, lent à agir, compromettant ou facilement dépendant…
19
Nous devons avoir une appréhension du serviteur comme un individu ayant une personnalité, c’est -à- dire
un caractère inné ou acquis qui fait de lui une personne particulière et qui doit avoir une réaction propre à lui
liée à son être intérieur particulier. Alors sa réaction peut ne pas être celle à laquelle on s’attendrait de
manière générale face à une situation.
20
Hippocrate était le plus grand médecin grec de l’Antiquité, 460 – 377 av J.–C.
28
b-La théorie de Gustav Jung21.
Bref, le dirigeant d’une communauté, considéré dans sa nature personnelle, est une
personne qui n’agirait que par les mobiles innés en lui. Il suffirait dans ce cas de pouvoir
déterminer le caractère naturel d’un pasteur, d’un catéchiste, d’un ancien… pour pouvoir
déduire logiquement sa réaction devant une offense ou une agressivité.
Mais un serviteur qui agit selon la vocation pourrait se définir comme un homme qui a pu
dépasser les limites de la chair par la force de l’Esprit saint.
V-2 Le serviteur, une nature transformée par l’Esprit saint, face à l’agressivité.
Ce qui précède définit le serviteur par son caractère d’homme qui agit par les pulsions
charnelles, c’est ce qui ne manque souvent pas en chaque serviteur. Toutefois tous les
ouvriers par vocation savent ou doivent savoir la vocation qu’ils ont reçue fait d’eux des
hommes de nature particulière. Par norme donc, le responsable chrétien n’est plus le simple
charnel qui relève le défi de l’opposition par la pulsion charnelle.
De manière générale le serviteur est connu, par les chrétiens ou des non chrétiens,
comme un homme de caractère humble, docile, très charitable. On serait alors
désagréablement scandalisé par une réaction furieuse de celui-ci en face d’un outrage. Car
étant connu comme le messager de la patience et du pardon, on s’attendrait à ce qu’il
bénisse ceux qui l’agressent et les embrasse. En ce sens on dirait avec Jean-Marc Chappuis :
« Un pasteur doit en lui et autour de lui laisser la patience et la joie déborder la réprimande
21
Carl Gustav Jung était un psychiatre suisse, 1875-1961, initiateur de la psychologie analytique. Pour lui ces
deux types majeurs d’états psychiques sont variées chacune en quatre qualités : Les types introverti-pensée,
introverti-sentiment, introverti-intuition, introverti-sensoriel et extroverti-pensée, extroverti-sentiment,
extroverti-intuition, extroverti-sensoriel.
29
et l’endoctrinement »22. Nous entendons par pasteur toute personne vouée à la charge de
paître le troupeau de Dieu.
Connu comme tel, le serviteur se voudrait être une personne qui a pu et su dominé ses
pulsions. Or le facteur essentiel qui entrave ce pouvoir de domination est l’orgueil. Si le
dirigeant d’Eglise se positionne sur le moi, son rang, ses diplômes, son dispositif matériel, il
s’érigerait naturellement en un défenseur de son orgueil face à une quelconque agressivité.
C’est alors la chair qui est activée au détriment de l’Esprit23.
Il ne suffit pas en ce moment d’être serviteur, mais il est au préalable besoin d’une
vocation qui fait ses preuves par le dépassement de soi et par l’amour désintéressé d’autrui.
Sans cette force spirituelle ou morale le serviteur n’est qu’un charnel qui ne pourrait gérer
une agressivité par l’amour. L’amour, voire la passion pour les âmes, est déterminent pour
donner à l’homme de Dieu la force spirituelle de pouvoir considérer les agressivités à son
égard comme un fait normal lié à son ministère.
Par conséquent, le guide spirituel a une autre définition de lui-même et une autre analyse
de toute contrariété qu’il rencontrerait au parcours de son ministère. Alors l’agressivité vue
par ce dernier ne sera pas qualifiée d’une offense à contrecarrer par une réaction défensive
comme il serait le cas pour un homme charnel. Pour le dirigeant transformé par l’Esprit
saint, qui ne répond plus aux offenses par la chair, l’Esprit lui indique une autre lecture
objective des inimitiés.
a-Opposition- réclamation24
Plus d’une fois il est mentionné l’opposition du peuple d’Israël contre Moïse ou Samuel.
Nous voulons expressément remarquer un type d’opposition, celle qui a pour objet une
réclamation quelconque. Nous notons par les exemples en référence (bas de page) que
Moïse par deux fois s’est trouvé devant une opposition de son peuple qui d’une part réclame
le dieu veau d’or laissé en Egypte et d’autre part ce même peuple réclame de la viande. Face
à cette effervescence offensive du peuple, Moïse joue sa médiation sans s’enflammer et
cherche auprès de Dieu la solution qui rétablisse le peuple dans son droit et dans la paix avec
Dieu. Par ailleurs, Samuel a aussi fait face à la rébellion du peuple quand ce dernier réclamait
le roi à l’exemple des nations. Mais sous l’instruction de Dieu Samuel ne s’emporta pas, il
22
Jean-Marc CHAPPUIS. La figure du pasteur, Génève, Labor et Fides, 1985, p. 8.
23
Lire Ph 3 : 1-11 ; 2 Co 5 : 17-18 ; Ga 5 : 13-26…
24
Lire Ex 32 : 1ss ; Nb 11 : 4ss ; 1 Sa 8 : 1ss
30
écouta Dieu et institua la royauté malgré lui-même. Ici nous notons la qualité d’un leader qui
écoute le peuple dans ses réclamations malgré l’agressivité de l’opposition.
b-Opposition-jalousie25
Une autre sorte d’opposition a pour cause la jalousie. C’est par jalousie que les frères
Aaron et Marie se sont soulevés contre Moïse. Par la même cause Abiram, Datân et Qoré se
sont opposés à Moïse. Par le dénigrement et le mépris, ces opposants ont méconnu l’œuvre
de Moïse comme envoyé de Dieu. Face à cette agression, Moïse, d’une part, se montra très
tolérant et intercesseur pour la cause de la faute de ses frères. Et d’autre part, il réagit par
une vive colère et condamna cet acte d’opposition de Datân et ses acolytes. Ici l’on
remarque une position très relativisée.
C-Opposition-ignorance26
Une certaine ignorance a animé beaucoup des propos des Juifs à l’égard l’enseignement
et de la personne de Jésus. Ils accusaient souvent Jésus de ne pas respecter les coutumes et
les traditions juives alors qu’il était venu en révélateur de la vérité qui transcende toute
coutume et toute tradition. Mais face à ces attaques fondées sur l’ignorance des Juifs, Jésus,
sans se faire violence, prenait toujours la peine de leur expliquer le sens de sa mission et de
la parole de Dieu.
d-Opposition-piège27
Pour la plupart, les questions des pharisiens à Jésus-Christ étaient des questions pièges.
Pour eux, il fallait faire une opposition souple et voilée pour amener Jésus à remettre en
cause sa mission et sa personne. Mais chaque fois la sagesse de Jésus dépiste la ruse de ses
antagonistes et il y répondait par un raisonnement ferme et logique qui mettait au
dépourvue la ruse pharisienne. Il est à comprendre par cette attitude du Christ que face à
l’opposition-piège, la sagesse pour reconnaître la ruse et le raisonnement logique pour y
répondre sont deux moyens adéquats pour une attitude responsable. Imaginons un instant
que Jésus soit toujours entrain de s’énerver chaque fois que ces pharisiens venaient
l’offenser par une question piège. Pour les pharisiens ce serait un coup réussi car la colère du
Christ leur signifierait ses limites.
Elle n’est pas exhaustive, cette évocation des types d’opposition. Mais ces quelques cas à
l’égard des leaders spirituels et l’attitude de ces derniers vis-à-vis desdites oppositions nous
permettent de déduire la position biblique à propos de l’attitude à adopter face au défi de
l’opposition. De manière principale, l’attitude des leaders spirituels de la Bible vis-à-vis des
offenses était caractérisée par une manifestation d’humilité qui supplante le moi. Cela fait
taire la nature humaine qui voudrait toujours agir par la défensive de soi. Ajouté à cette
25
Lire Nb 12 et 16
26
Lire Mt 12 : 1-8 , cf Lc 23 :34
27
Lire Mt 19 : 3-4 ; 22 : 15- 22, 34 ; Lc 20 : 20-26.
31
humilité, les leaders bibliques sont caractérisés par un amour désintéressé de l’opposant. Ce
n’est que par un tel amour qu’on peut dire même à l’égard de ses assassins : « Père,
pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Ce n’est que par humilité et par amour
que le leader spirituel peut vouloir expliquer les Ecritures à ceux qui veulent le dénigrer, le
mépriser ou lui tendre un piège. Il est extraordinaire de voir que le leader spirituel, en
l’occurrence Moïse, intercède même pour ses détracteurs quand bien même Dieu lui
voudrait sanctionner la faute commise par ceux-ci. Cette attitude n’est plus propre à la chair
mais c’est l’effet de la transformation par l’Esprit qui se manifeste. Cette transformation
change l’orgueil et la haine naturels en humilité et en amour. Le tempérament naturel est
alors voué à la diminution alors que les vertus spirituelles prennent des proportions. Pour un
tel leader, l’opposition n’est qu’une occasion d’expérimenter son amour et son humilité.
L’opposition en ce sens cesse d’être un sujet de dénigrement ou de frustration de notre
personne mais devient un moyen de sa construction.
Le défi de l’opposition est une réalité dont l’actualité n’est plus à démontrer à l’heure où
les pasteurs sont généralement l’objet de mépris des individus ou des communautés. Au
moment où la démocratie s’exprime beaucoup plus par le libertinage d’expression 28 dans
l’Eglise comme dans la politique profane, l’autorité spirituelle est souvent victime des écarts
de langages, des accusations, des mépris qui constituent souvent une constance d’agression
physique ou morale qu’il subit dans sa fonction de leader spirituel. Faire face à ce défi est
pour le serviteur une évidence à vie.
Exposé VI
33
Défis culturels
Aujourd’hui, dans les églises comme dans la société africaines la tendance générale est
celle du retour aux sources. C’est-à-dire qu’il se manifeste une nostalgie des Africains qui
revendiquent la mise en valeur de leur culture. Cette tendance est un résultat de deux faits
historiques considérés comme causes de la rupture entre l’Africain et sa culture. D’une part,
la mondialisation tend à submerger, voire effacer, les cultures des peuples moins évolués
selon la technologie actuelle pour les soumettre à la culture universelle du grand village
planétaire, celle des grandes nations à la technologie évoluée. D’autre part, la colonisation et
l’évangélisation de l’Afrique ont fait table-rase de la culture de ce peuple africain surtout des
chrétiens de ce continent. En effet les peuples africains manifestent ou subissent sous
plusieurs formes des réactions des uns et des autres ripostant contre l’anéantissement de
leurs cultures et réclamant leur rétablissement. Ce phénomène défie pas mal le service de
pasteur, d’ancien … dans les communautés chrétiennes de nos jours.
C’est ainsi que dans beaucoup de ces communautés l’on fait face à des conflits d’ordre
culturel. Quand l’ensemble de la population d’une tribu s’exhibe pour le retour aux sources
culturelles, les chrétiens de la même tribu, quant à eux, agissent à contre-courant de ce
retour. Cela génère des conflits entre l’Eglise et les adeptes de la revalorisation de la culture
africaine.
Dans ce duel, la majorité des chrétiens agissent sous l’idée de l’évangélisation coloniale
qui stipule que tout élément de la culture africaine est péché, non conforme à l’Evangile,
donc sujet à l’abandon. Mais c’est la culture occidentale, de l’évangélisateur, qui est
prétendue meilleure et conforme à l’Evangile. De leur côté les traditionalistes africains,
défenseurs de la culture, accusent l’Eglise d’être responsable de l’anéantissement de la
culture africaine.
Ce problème interpelle la responsabilité de l’Eglise, par la voix du pasteur et de tous les
autres responsables d’Eglise, en tant que sel, lumière et voix prophétique du monde pour
instruire la société sur sa position vis-à-vis de la culture. Alors, peuvent-elles sympathiser,
l’Eglise et la culture ? Quelles peuvent être les convergences ou les divergences entre les
pratiques culturelles et l’annonce de l’Evangile par l’Eglise ?
Pour répondre à cette préoccupation nous procéderons par :
-la définition des concepts culture et église,
-le parcours de la vie du peuple biblique et sa culture,
-l’évocation des problèmes culturels auxquels font face les chrétiens africains,
-l’essai de proposition de position de l’Eglise vis-à-vis de la culture.
VI-1 Définition
34
VI-1-1Culture
La culture est un ensemble de comportements acquis socialement ou un ensemble de
traits matériels ou moraux qui sont transmis d’une génération à une autre. Ces traits sont à
la fois transmissibles et accumulés. Ils ne sont pas des traits génétiquement hérités mais
socialement transmis29. La culture est en effet un fait lié à la société. On ne parle de culture
que lorsqu’il y a une société. Pour une société définie, il existe toujours des façons d’agir ou
d’être qui régissent la vie de chaque individu dans ses relations avec autrui ou avec les
éléments de son environnement. Les relations de l’homme avec l’homme, de l’homme avec
la nature et de l’homme avec le monde divin qui se transmettent d’une génération à une
autre finissent par devenir un système de vie propre à une société définie. Ceci étant, ce
système se pérennise par la tradition de la société. Ainsi la culture est comprise comme un
cumule d’héritage vécu et transmis par un peuple depuis les temps ancestraux. En effet la
culture sert de cordon ombilical entre une génération actuelle et le monde de ses ancêtres.
Non seulement elle sert de lien entre le présent et le passé mais elle est aussi la référence
pour chaque élément d’une société, car chaque personne se reconnaît comme membre de
telle société par l’expression de la culture qu’il partage avec ses semblables. Elle est
également la somme de sagesse ou d’expériences issues des diverses luttes contre les aléas
de la nature. En ce sens, sans la culture un peuple ne peut exister. La culture se veut le
facteur déterminent de la vie d’une société dans sa façon de s’exprimer ou de s’affirmer
dans le monde en tant qu’identité sociale particulière.
VI-1-2 Eglise
Le sens original du concept église est fondé sur l’idée d’exclure du reste. Car le substantif
ecclésia vient du verbe eccleiw qui exprime l’idée de faire sortir de ou retirer de …Ecclésia
désignait le groupe de personnes en Assemblée qui se retirait de la ville ou de la
communauté pour prendre des décisions concernant la gestion desdites ville ou
communauté30. Ce terme était appliqué aux adeptes du Christ, non au sens normal d’une
assemblée honorable des décideurs de la communauté, mais au sens d’une assemblée des
personnes à écarter ou à exclure du reste. Cette appellation ecclésia adaptée aux chrétiens
était issue d’un esprit de rejet et de dénigrement des populations vis-à-vis des croyants en
Christ. Le rejet était fondé sur des raisons d’ordre aussi culturel que politico-religieux. D’une
part, les chrétiens étaient rejetés par les Juifs parce qu’ils ne respectaient plus les coutumes
juives au profit de la foi en Jésus-Christ. D’autre part, Ils étaient marginalisés pour la raison
de ne pas se conformer à la culture romaine, Mt 27 : 11 ; Mc 7 : 1–13. Les chrétiens étaient
fidèles aux enseignements de Jésus-Christ qui refusait le syncrétisme religieux des juifs
confondant la religion et la culture, Ac 6 : 14 ; 21 : 21.
La considération que les Juifs et les Romains ont eue de l’Eglise est une définition qui
voudrait opposer le christianisme à la culture ou aux habitudes sociales. Or, Jésus lui-même
29
Eugène A. Nida. Coutumes et cultures : Anthropologie pour mission chrétienne, Haute-Savoie, Groupes
Missionnaires, 1978, p. 49.
30
Dictionnaire Encyclopédique de la Bible, Turnhout, Brepols, 1987, p. 381.
35
avait une autre compréhension de son rôle dans le monde culturel des hommes. Pour lui,
l’Eglise est la communauté des fidèles de Christ qui vivent dans le monde sans être du
monde, Jn 15 : 17 ; 17 :15. Etre dans le monde sans être du monde suppose une position
partagée vis-à-vis du comportement social, donc de la culture des hommes parmi lesquels
les chrétiens vivent. Si le chrétien est intégré dans une société, il doit partager l’expression
de la culture de ladite société. Mais ne pas être du monde en même temps sous-entend être
critique envers le comportement culturel des gens de ce monde. En ce sens, l’Eglise est la
communauté de personnes de foi en Christ qui est à la fois pour et contre la culture du
monde.
VI-2 Le peuple biblique et la culture.
VI-2-1 L’Ancienne Alliance et la culture
L’Alliance entre Yahvé et Israël a eu pour moyen d’expression la culture dudit peuple.
Nous pouvons noter quelques éléments culturels du peuple d’Israël utilisés comme moyens
de transmission de la volonté de Dieu pour son peuple.
-La pâque, sortie d’Israël de la servitude, exprimée par le sacrifice d’agneau, était déjà bien
connue dans la culture d’Israël avant d’être élu, Ex 12 : 1ss ; Gn 4 : 1-5.
-Les différentes fêtes liées à la récolte que pratiquait le peuple sont issues des cultures des
nations environnantes de la Palestine31.
-Le système politique de groupement de la population par dizaines, centaines…était
récupéré du système politique égyptien, Ex 18 : 14-27.
Dans la tradition de l’Ancien Testament, les éléments de la culture propres à Israël ou
récupérés des nations étaient considérés comme sacrés, donnés par Dieu. A ce propos
certains théologiens pensent que les cultures des nations comme celle d’Israël étaient
toujours données par Dieu aux hommes comme moyens de vie en harmonie entre humains
et entre l’homme et son environnement. Mais si l’homme en est venu à faire du mal par sa
culture, cela n’est que fruit de la chute par la désobéissance qui fait ignorer le bon sens de la
culture32.
Le choix d’Israël par Dieu est compris comme une pédagogie de Dieu de vouloir repréciser
le rôle des traditions ou des cultures inspirées aux hommes par Dieu. Car pour Dieu la
culture est un moyen par lequel Dieu peut exprimer sa volonté à l’homme. Et Israël, dans sa
communication avec le monde divin, utilise sa culture.
Toutefois, le culte d’Israël pour l’Eternel sera victime d’un syncrétisme coupable. Le
peuple de Dieu ne distinguera plus entre la volonté de Dieu et la culture humaine. Les détails
culturels qui devaient servir de véhicule pour l’expression de la volonté de Dieu sont
devenus plutôt l’essentiel de la foi d’Israël. C’est pour combattre cette confusion entre la
31
La pâque, les azymes (fête des pains sans levain), la fête des semaines (la pentecôte)… étaient des fêtes
récupérées des traditions culturelles des nations de l’époque.
32
Martin Goldsmith. Et les religions non chrétiennes ?, Saint Légier, Emmaüs, 1999, p. 31.
36
culture humaine et la vérité du message divin que les prophètes ont réagi par des messages
de mise en garde contre une certaine manière de considérer la culture au même pied
d’égalité ou plus que la vérité de Dieu, 2R 17 : 6-8 ; Es 29 : 13 ; Jr 10 :3.
A la suite de ces prophètes, le message de la Nouvelle Alliance viendra avec plus de
lumière sur le rôle de la culture vis-à-vis de l’Evangile.
VI-2-2 La Nouvelle Alliance et la culture
VI-2-2-1 Jésus-Christ et la culture juive
Si les Juifs ou les Romains avaient compris l’enseignement de Jésus-Christ comme
radicalement opposé aux cultures juives ou romaines, ce dernier lui-même avait une autre
conception de la culture. Il se présente comme la réalité issue de l’image exprimée par les
éléments de la culture israélite de l’Ancienne Alliance, Cl 2 :17 ; Hb 8 : 5. Les éléments de la
culture des Juifs sont utilisés pour représenter les réalités spirituelles célestes, Hb 9 : 23.
Ainsi, la position de Jésus-Christ face à la culture juive est celle qui accomplit et non celle qui
abolit, Mt 5 : 17. L’accomplissement de la culture juive par Jésus est une question de
relecture de la tradition de l’homme de l’Ancienne Alliance. Cette relecture a pour principe
essentiel l’amour de Dieu et des hommes, Mc 12 : 29-31. C’est-à-dire que toute culture
d’Israël récupérée ou originale doit être prise pour le compte de l’amour, Mc 2 :27 ; Lc 14 :1-
6.
VI-2-2-2 Les apôtres et la culture juive ou gréco-romaine
Les apôtres ont dû continuer l’œuvre de la relecture des cultures après Jésus-Christ afin
de les utiliser pour la communication de l’Evangile. Ils ont enseigné aux hommes de mettre
la culture au service de la crainte de Dieu. Ainsi, lue selon cette crainte et utilisée pour
l’amour des hommes, toute culture trouverait son sens, Ac 17 : 22-34 ; Rm 2 : 25. Sous ce
même ordre, les apôtres ont expliqué l’œuvre de Jésus comme l’aboutissement de leurs
traditions. Par exemple :
-Le déluge correspond au baptême de Jésus, I P 3 : 20-21.
-Melchisedek correspond à Jésus le Sacrificateur, Hb 5 : 10.
-L’agneau pascal correspond à Jésus offert en sacrifice sur la croix, I P 1 :19. Etc.
Quant l’Eglise naissante croissait géographiquement, elle faisait face à plusieurs autres
coutumes que celle des Juifs. C’est ainsi que la communauté chrétienne d’Antioche avait une
culture différente de celle des Juifs et cela occasionna des vives discussions entre les
apôtres. Certains voudraient obliger les fidèles d’Antioche à respecter les traditions juives
alors que d’autres voudraient les laisser vivre la foi selon leur culture, pourvu que cette
culture ne soit pas un obstacle à la foi chrétienne, Ac 15 : 1ss ; Gl 2 : 1.
VI-3 L’Eglise d’Afrique face aux problèmes culturels
37
L’Afrique a été évangélisée deux fois de suite, pour la première fois au II e s et la deuxième
fois au XIXe s. Cette deuxième évangélisation de l’Afrique arrive au moment où l’Evangile est
déjà suffisamment étoffé de plusieurs coutumes ou cultures de ceux par qui l’Evangile est
venu. L’Evangile était alors habillé de deux étoffes culturelles. D’une part il était vêtu de la
culture juive par laquelle Jésus et ses apôtres ont exprimé cette Bonne Nouvelle. D’autre
part la mission occidentale l’a aussi exprimée par la culture propre aux Occidentaux. Et le fait
que cette évangélisation coïncidait à la propagation de la culture occidentale dans la
mouvance coloniale a fait imposer cette culture aux Africains comme élément évangélique 33.
C’est ainsi que l’Evangile est apparu aux Africains comme un fait culturel hybride, car il
fait à la fois vivre comme Juif et comme Occidental. Et pour certains Occidentaux, l’Afrique
est considérée comme un peuple sans histoire et par conséquent sans culture qu’il fallait
humaniser en lui imposant la culture occidentale 34. Dans cet esprit où l’Eglise est née en
Afrique, la culture africaine était presque ignorée, donc l’Evangile n’a pas dû être enseigné
par la culture africaine qui servirait de moyen d’intégration de la Bonne Nouvelle dans le
monde des Africains. Dès lors, les chrétiens d’Afrique sont considérés comme des candidats
recrutés pour combattre leurs propres cultures car on leur a inculqué l’idée que ce qui est
de la culture locale est péché, donc à abolir, mais ce qui est de la culture occidentale ou juive
est évangélique, donc à promouvoir.
Nos Eglises ont longuement vécu sous cette considération. C’est longtemps après que
certains théologiens africains auront une conscience de discernement pour relire le
message de la Bonne Nouvelle du Christ afin de distinguer entre l’élément culturel juif ou
occidental et la vérité évangélique dans l’évangélisation par les Occidentaux. De cette
conscience l’on découvrira que les cultures juive ou occidentale étaient des simples
véhicules mis au service de l’Evangile pour la meilleure intégration de l’homme dans le
royaume de Dieu par Jésus-Christ. C’est-à-dire, pour que la vérité du royaume de Dieu soit
comprise et acceptée par les hommes il faut qu’elle soit exprimée par un langage culturel
propre au peuple évangélisé. Ceci étant, certains théologiens africains ont commencé à
vouloir relire et comprendre l’Evangile selon la culture africaine. Il naîtra par conséquent des
théories comme la contextualisation et l’inculturation. La première stipule la lecture de la
Bible à partir de notre contexte de vie actuelle. Et la deuxième quant à elle consiste à
traduire notre foi et notre expérience de vie chrétienne dans le langage propre à notre
culture35.
Mais il faut observer une prudence fine dans ce travail de relecture selon ces théories
proposées par certains théologiens africains. Car le risque de basculer au syncrétisme y est
latent. C’est-à-dire, si l’Africain au nom de la revendication de l’Evangile exprimé dans son
contexte culturel confond sa culture à l’Evangile, ce sera un sacrilège.
33
Jean-Paul Messina. Christianisme et quête d’identité en Afrique, Yaoundé, Clé, 1999, p. 16.
34
Hegel. La raison dans l’histoire, Paris, Plon, 1965, p. 268.
35
Engelbert Mveng et G. L. Lipawing. Thélogie, libération et culture africaines, Yaoundé, Clé, 1996, P. 34.
38
Là, le problème de l’Eglise et de la culture s’avère ambigu. Car si l’Eglise considère et
applique la culture occidentale comme équivalent de l’Evangile elle restera toujours
étrangère à l’Evangile de Jésus-Christ. Si en voulant relire l’Evangile selon sa propre culture il
considère celle-ci comme parole d’Evangile, ce sera le syncrétisme qu’ont combattu
autrefois les prophètes. Que faire en définitive devant ce défi en dilemme ?
VI-4 Position de l’Eglise vis-à-vis de la culture
Tout ce que nous avons remarqué jusqu’alors dans la relation entre l’Eglise et la culture
ne nous permet pas de prononcer un rejet radical ou une adoption totale de la culture. La
culture se trouve indispensable pour l’Eglise car cette dernière s’exprime par des actes
cultuels qui nécessitent la culture comme moyen d’expression cultuelle. Mais il faut
également craindre le risque du syncrétisme dont nous avons parlé. Alors il faut adopter
une prudence face à ce problème de la culture dans la gestion de la communauté
chrétienne. Pour cette attitude de prudence il y a quatre conseils pratiques à considérer qui
d’après nous permettront de mieux exploiter la culture pour vivre l’Evangile de manière
contextuelle sans toutefois basculer au syncrétisme.
a-Savoir qu’une action réciproque existe toujours entre culte chrétien et culture.
Comme nous l’avons mentionné plus haut, depuis les temps bibliques le peuple de Dieu a
toujours étudié et critiqué les cultures dans lesquelles il vivait afin de choisir les éléments
culturels qui peuvent être adoptés et adaptés, transformés et réinterprétés, pour exprimer
le culte envers Dieu et annoncer la Bonne Nouvelle au monde par rapport aux pratiques de
sa vie quotidienne.
b-Savoir que les cultures doivent être respectées mais aussi critiquées par l’Evangile.
La culture est indispensable à l’action de l’Eglise dans le monde des humains, il ne faut
cependant pas traiter la culture de manière superficielle et simpliste pour en faire objet
d’expression cultuelle. C’est-à-dire qu’il ne suffit pas de prendre certains éléments de la
culture pour les introduire dans nos cultes. Il nécessite de bien connaître la signification d’un
tel élément culturel dans la pratique profane et interroger la conscience sociale sur cet
élément pour savoir si sa récupération pour le service cultuel ou d’évangélisation ne
porterait pas préjudice ou scandale à la marche de l’Egalise. Là, pour ne pas rejeter en vrac la
culture et ne pas l’adopter entièrement, il faut que l’Eglise se dote d’un organe qui critique
de fond en comble tout élément de la culture ambiante pour pouvoir faire un bon tri de ce
qui est utile et rejeter ce qui est incohérent à l’Evangile de Jésus-Christ.
c-Savoir les divers types de relations que l’Evangile peut avoir avec la culture.
-L’Evangile est transculturel. C’est-à-dire que l’Evangile ne peut pas être confiné sous une
culture locale. Elle ne peut non plus se réduire à une culture d’un peuple. Mais c’est toute
culture qui doit s’adapter à lui. En ce sens l’Evangile est la perfection à la quelle doit tendre
toute culture.
39
-L’Evangile est contextuel par rapport à toute culture. Il peut s’adapter à toute culture. En
d’autres termes, l’Evangile trouve en toute culture les moyens de son expression. Il n’y a
donc pas de culture meilleure par rapport à une autre en matière de l’annonce de la Bonne
Nouvelle.
-L’Evangile peut être anti culturel. Il peut arriver qu’en cas d’une étude bien approfondie
d’un élément de culture l’on ne trouve rien d’exploitable pour le compte de l’Evangile.
Parfois même certains éléments s’opposent à la vérité évangélique. Tout ce qui porte
atteinte à la vie de l’homme par exemple est contre l’Evangile.
-L’Evangile peut être de caractère interculturel. Par l’Evangile, des peuples qui se
communiquent par leurs cultures peuvent également exprimer leur foi par les mêmes
éléments culturels des uns et des autres.
d-Savoir que l’étude des rapports entre l’Evangile et la culture est un travail permanent.
Sachant que la culture est un phénomène complexe, varié et changeant, sa récupération
pour l’exploit évangélique doit se fonder sur une recherche permanente. Ainsi l’on pourra
savoir exprimer l’Evangile à chaque génération par les éléments de sa culture.
Bref, par définition, l’Eglise et la culture peuvent aller de paire au sens où l’Eglise est une
association d’hommes et de femmes qui vivent leurs convictions ensemble. Cette vie
d’ensemble se fait au moyen d’une culture qui maintient une action sociale de la relation de
l’homme avec son environnement et de sa relation avec le monde divin. Alors sans la culture
l’Eglise ne saurait exprimer sa foi dans son propre monde.
Par le parcours biblique nous nous rendons compte que le peuple de Dieu a toujours fait
valoir la culture dans ses exploits cultuels. Dieu se montre toujours à l’homme dans un cadre
culturel bien défini. Dans la Bible donc, la culture est le moyen par excellence du dialogue
entre Dieu et l’homme. Par ailleurs, de par son histoire l’Eglise dans son rôle d’évangélisation
à l’époque du Nouveau Testament, des Pères de l’Eglise et des Réformateurs, a toujours
considéré la culture comme moyen indispensable pour son expansion.
Mais un incident est intervenu dans la relation entre l’Eglise et la culture au moment de
l’évangélisation de l’Afrique. La culture africaine, méconnue, n’a pas assez fait l’objet de
moyen à exploiter pour implanter l’Eglise qui fait vivre la foi de manière intégrée. Par
conséquent les chrétiens et les non chrétiens d’Afrique se combattent sur la considération
de la culture. Car les chrétiens qui voudraient rejeter certains éléments de la culture faute
de bons examens desdits éléments se trouvent confrontés aux non chrétiens qui veulent
défendre ou même faire revivre certains éléments de la culture.
Face à ce problème l’Eglise est interpellée à prendre au sérieux le problème de la culture
aujourd’hui où le retour aux sources est un moyen à la mode pour l’affirmation de nos
peuples. Il ne s’agit donc pas de rejeter toute culture. Il ne s’agit non plus de tout adapter
comme culture au compte de l’Evangélisation de peur de tomber dans le syncrétisme. Les
chrétiens et les défenseurs de la culture se combattent souvent par incompréhension. Si les
40
chrétiens pouvaient réaliser que beaucoup d’éléments de nos cultures sont récupérables
comme signes précurseurs de la réalité de l’Evangile de Jésus-Christ, ils ne s’y érigeraient pas
en des opposants farouches. Plutôt les chrétiens seraient des éclaireurs de la culture pour
les adeptes de celle-ci à la lumière de l’Evangile comme Paul à l’Aréopage d’Athènes, Ac
17 :22 ss. Si les défenseurs de la culture pouvaient savoir que l’Evangile est le point
d’aboutissement de toutes nos cultures positives, ils ne pourraient pas brandir la culture
comme un apposé de l’Evangile.
La tâche indispensable et urgente à faire par tout serviteur de Dieu est de bien vouloir
pénétrer nos cultures sans préjugés et faire une critique objective de tout élément culturel
pour adopter ce qui peut aider la mission évangélique et rejeter après examen ce qui et
opposé à la Bonne Nouvelle.
Exposé VII
41
de haïr les sciences par esprit de conservatisme 36 ou d’en faire mauvais usage par zèle de
libéralisme37. Aussi l’interprète de la Bible court toujours le risque de partialité dans
l’ensemble des théories d’exégèse biblique parce que des tendances opposées en exégèse
divisent les théologiens africains faute de consensus. Pour éviter des chocs et des divisions
tendancieuses qui freinent le processus de l’émancipation de nos communautés par le texte
biblique, les conseils suivants nous serviront de mesure de conciliation entre les théories des
sciences bibliques, surtout l’exégèse et d’autres sciences bibliques d’une part et les théories
d’exégèse opposées entre elles d’autre part. Car, pour que l’exégèse puisse contribuer à la
révolution intégrale d’une communauté à travers la compréhension des textes bibliques, il
faut susciter la complémentarité là où il y a l’exclusivité, et la convergence là où existe la
divergence entre éléments des sciences bibliques.
44
C’est un danger suicidaire pour l’Église, car les Saintes Écritures sont le moyen par
excellence pour le guide du peuple de Dieu sur le chemin de la foi. Si par contre ces Écritures
sont mal exploitées, comment peuvent-elles être un guide ? Si la parole de Dieu est la
lumière du monde et que ceux qui doivent la maintenir allumée ne le font pas par la crainte
de Dieu, ne seront-ils pas comparés aux fils du sacrificateur Aaron qui ont laissé s’éteindre le
feu du tabernacle pour aller en amener d’ailleurs ? Lv 10, 1-2. Les conséquences sont
pourtant bien tristes, et parfois manifestes, dans la vie quotidienne des chrétiens. Mais des
interprètes des Saintes Écritures, paradoxalement, n’arrivent pas à lire la volonté de Dieu
dans les signes de leur vie et de celle de l’Église. Des divisions, des querelles, la pauvreté, la
dépendance vis-à-vis des Églises d’Occident, pour ne citer que ceux-là, sont autant des
signes de l’inefficacité de la parole de Dieu enseignée chez nous. Nous n’en serions pas là si
la parole de Dieu était bien enseignée par les actes et la parole des exégètes africains.
La situation de nos exégètes sans crainte de Dieu d’aujourd’hui est comparable à celle de
l’époque des faux prophètes qui ont prêché non la volonté de Dieu, mais la leur pour des
intérêts égoïstes. De nos jours, beaucoup font de l’exégèse des textes un objet de leur guise.
Les textes sont devenus des moyens de règlement de comptes et même d’argumentation
pour soutenir les ambitions charnelles et égoïstes. Ceci est un mal pour l’Afrique tout entière
qui pouvait compter sur ses théologiens pour le développement intégral de l’homme
africain.
L’exégèse simplement rationnelle ne suscite pas la pratique de la parole de Dieu en
Afrique. Il y a une nécessité urgente de faire de l’exégèse biblique une science dont la crainte
de Dieu constitue le fondement. L’exégète doit savoir que quand la science se dissocie de la
crainte de Dieu, elle cesse d’être efficace pour l’illumination du peuple de Dieu. L’exemple
vivant est aujourd’hui visible au sein de certaines communautés chrétiennes. Des églises
sont archipleines, mais improductives ou sans œuvres concrètes. Il peut exister d’autres
raisons, mais la cause principale est la façon dont l’exégèse est faite pour l’édification de ces
communautés. La rationalité semble être privilégiée dans l’exégèse au point d’en faire du
rationalisme pur. Interpréter les textes de cette façon ne peut pas permettre le maintien du
chrétien dans la foi. Car le texte est abordé par la raison uniquement, et dès lors que ce
texte s’avère irrationnel, il est déclaré absurde et on doit s’en passer. Or pour l’exégète qui
craint l’Éternel, celui dont l’Afrique a actuellement besoin, c’est là où la raison ne comprend
plus que la foi nous amène à accepter. La foi est la sagesse d’en haut qui vient en
complément de celle d’en bas pour l’exégète, Jc 3, 13-18.
50
Ainsi, on peut tenter de trouver un caractère de complémentarité entre ces deux
tendances d’exégèse biblique. Si l’exégèse historique s’intéresse au passé du texte et la
fondamentale à son présent, alors la première semble déboucher sur la deuxième. L’exégèse
paraîtrait plus complète si les deux tendances pourraient être mises en complément l’une de
l’autre. Et il faut surtout noter que le rôle de l’exégèse est de pouvoir, par l’une ou l’autre
méthode de lecture, pénétrer le texte pour en tirer une leçon pour la foi actuelle. L’essentiel
de l’exégèse pour la foi chrétienne est son application41.
Si la tendance fondamentale a souvent critiqué la libérale, c’est parce que, pour certains,
cette exégèse se veut une critique qui s’arrête à l’explication du texte selon l’histoire, sans
aboutir à une application. Dans ce cas, comme nous l’avons dit plus haut, elle cesse d’être
une exégèse chrétienne. Car l’exégèse chrétienne, à la différence de l’exégèse profane, est
celle qui part de la foi pour aboutir à la foi de l’exégète et de ses lecteurs ou auditeurs
chrétiens. Si donc toute exégèse doit aboutir à une application pour l’affermissement de la
foi, alors chaque démarche ou chaque tendance n’est qu’une piste empruntée pour pénétrer
le texte qui en arrive à une leçon pour la foi actuelle. Par conséquent, une conciliation
plausible existerait entre l’exégèse fondamentale et l’exégèse libérale au sens où la première
servirait de domaine d’actualisation à la dernière. Cette conciliation découlerait de l’étroite
relation, voire liaison, qui existe entre la foi et la science. Si l’exégète fondamental a foi en ce
que le Saint-Esprit lui révèle sur l’application du texte biblique aujourd’hui, le même Esprit
peut agir sur l’histoire dudit texte pour une actualisation du message. Si l’on peut croire que
l’Esprit de Dieu peut agir à la fois par la raison, par la foi, par le passé et par le présent, alors
les deux tendances d’exégèses cesseraient d’être placées l’une aux antipodes de l’autre 42.
Les méthodes fondamentales et les méthodes libérales en exégèse biblique ne doivent
pas faire l’objet de rejet tendancieux ou radical par l’Africain qui s’initie en sciences
bibliques. Aucune des méthodes d’exégèse en question n’est mauvaise en soi ; c’est ce qu’en
font les exégètes qui peut être mauvais. Fondamentale ou libérale, l’exégèse faite dans la
stricte connaissance et crainte de Dieu ne vise que le même objectif, celui de nourrir la foi du
chrétien et de l’Église par le texte biblique.
La tendance fondamentale de l’exégèse biblique ne serait pas initialement mise sur pied
pour combattre celle libérale et vice versa. Chacune est une variante de l’exégèse biblique. Si
les procédures diffèrent, elles ne divergent pas pourtant. La différence de procédure
d’exercice scientifique ne constitue pas une guerre livrée de l’une contre l’autre. Chaque
théorie est fille de son époque. C’est-à-dire, l’exégèse fondamentale est née dans un
contexte où il n’était pas nécessaire de rechercher l’authenticité historique des textes afin
41
Lire D. Patt, Pour une exégèse structurale, Paris, Seuil, 1976, p. 14-17.
42
L’esprit de conciliation des deux tendances théologiques est né à la suite du fondamentalisme rudimentaire et
brutal qu’ont manifesté les premiers tenants dans les États du sud des USA. La brutalité qui caractérisait ce
mouvement a vite jeté un discrédit sur le fondamentalisme. Il se transforme en un mouvement plus souple qui
fait valoir la liberté intellectuelle tout en gardant le caractère spirituel et charismatique. Cette nouvelle forme
du fondamentalisme s’est déguisée en la forme évangélique. Billy Graham fut le pionner de ce mouvement
dans les années 60-70.
51
d’en faire un argument à convaincre le débattant en face. Mais l’exégèse libérale, quant à
elle, est issue d’un contexte où le débat scientifique n’épargnant pas la Bible doit vérifier la
rationalité et non se contenter seulement de l’effet du texte sur la foi. Qu’il y ait une lutte
entre la classe d’exégètes fondamentaux et celle des libéraux ressemble à une lutte de
générations. Si deux personnes se querellent par rapport aux caractères liés à leurs âges,
cela serait considéré comme un non-sens, car l’un doit d’abord considérer l’autre comme
produit de son temps et chercher à s’unir et faire de leurs différences une complémentarité.
Si l’exégèse fondamentale se caractérise par la recherche de l’impact du texte sur la foi du
lecteur ; celle libérale se focalise plus sur la connaissance ou l’aspect scientifique du même
texte biblique. C’est comme si la première vise la foi et la deuxième recherche la science.
Pourtant, l’une et l’autre, selon 2 P 1 : 5, ne peuvent pas du tout s’exclure. La foi doit être
fondée sur une connaissance pertinente qui puisse tenir un discours de l’expression de la
foi43. La science et la foi sont liées l’une à l’autre comme le recto et le verso d’une page. Une
foi fondée sur un texte sans la connaissance scientifique de cette dernière peut être un
simple fanatisme qui accepte sans comprendre et une connaissance d’un texte qui ne suscite
ou n’affermit pas la foi est une simple philosophie inutile pour le salut de l’âme du lecteur.
Chacune des deux tendances d’exégèse s’avère plus complète quand elle s’associe à l’autre.
Mais ce qui a fait éviter ce rapprochement des deux tendances dans l’Église africaine
réside dans l’objet d’accusation d’une classe contre l’autre. Les fondamentaux semblent
reprocher aux libéraux le manque de la crainte manifeste de Dieu par un manque de morale
et de respect religieux des textes bibliques. Les libéraux quant à eux semblent trouver un
caractère d’ignorant dans la foi des fondamentaux. Tous ces jugements de valeur ne sont
que des manifestations des penchants besaciers de l’humain qui ne voudrait voir du bien
qu’en lui et du mauvais qu’en l’autre. Un peu d’humilité d’homme de science suffirait pour
adopter un esprit de synthèse pour faire des deux tendances d’exégèse une seule. En
considérant la foi et la science comme forces convergentes pour la vie chrétienne, la
synthèse de ces théories d’exégèse serait forte de ces deux éléments. L’heure est donc à la
relecture et à la recherche de la foi et de la connaissance qui s’exprimeraient par une vie
morale de piétiste et d’un discours savant de haute distinction de scientifique à la proportion
du rationalisme de notre siècle. Si ni le fondamentalisme ni le libéralisme, l’un sans l’autre,
ne peuvent contenir ce but visé, alors une synthèse doit être mise sur pied pour répondre au
besoin énoncé. Ne parlerait-on pas mieux d’une exégèse fondamento-libérale44 ?
43
Le discours de Pierre, Ac 3 : 11-26, est un exemple d’expression de la science qui sert de soutien et de
démonstration rationnelle de la foi en Jésus-Christ.
44
Par souci de trouver une mesure conciliante entre les deux tendances répulsives de l’exégèse biblique, nous
proposons ce concept d’exégèse fondamento-libérale. Nous entendons par ce néologisme une forme
d’exégèse dont la procédure libérale ou rationnelle ne conduise pas à l’amoralité de l’exégète. Mais que la
rationalité dans l’exercice de l’exégèse soit une contribution à la piété non fanatique mais savante.
52
VII-7 Exégèse et herméneutique
L’exégèse et l’herméneutique doivent aller de pair pour l’exégète africain. Même si on
peut faire une exégèse sans herméneutique, il est supposé que l’objectif final d’une exégèse
est l’herméneutique. Faire de l’exégèse d’un texte de manière objective, c’est pouvoir
mettre en disposition un ensemble de matériaux qui ne seront utiles que lorsqu’on les met
au service de la communauté. Cette mise au service de la communauté est donc le travail de
l’herméneutique. Si l’exégèse permet de comprendre le texte, l’herméneutique permet de le
vivre. Or connaître ou comprendre le texte sacré sans vouloir le vivre n’est pas de règle dans
la relation du chrétien africain avec la Bible.
Entre l’exégèse et l’herméneutique, il existe une relation indissociable dans la tradition
biblique. Tout le texte biblique est essentiellement une herméneutique que les prophètes ou
les apôtres ont faite de la parole de Dieu. Car, si l’on considère le phénomène de l’inspiration
de la parole comme une lecture des faits naturels ou une idée directe de l’esprit de Dieu aux
prophètes, la transmission de cette parole inspirée aux hommes nécessite une
herméneutique ou une interprétation. La parole de Dieu, purement spirituelle, doit être
traduite dans le langage culturel des humains. Rappelons-le, les textes à l’état où nous les
lisons sont transmis et retransmis à travers des générations. Même si la critique se peine à
rechercher le texte original par la critique textuelle et autres, nous savons que le texte
original est loin d’être rétabli de manière authentique. Alors tout texte que nous pouvons
posséder est celui qui était récrit ou interprété à un peuple dans son contexte culturel. Ceci
nous révèle que les auteurs des textes bibliques ont fait de l’herméneutique de la parole ou
des textes reçus pour servir de messages à leurs auditeurs ou lecteurs. À cet effet, sans
doute, le texte biblique est une interprétation que nous devons réinterpréter pour des fins
d’utilisations pratiques dans le contexte africain. En ce sens, l’exégèse est un moyen pour
une fin d’herméneutique.
Exposé VIII
L’Eglise se définit de manière variée et à plusieurs niveaux selon l’usage dont on veut faire
du concept. Sans entrer dans les présentations étymologiques diverses, nous voulons nous
intéresser à l’Eglise comme une association de personnes à deux niveaux. L’Eglise, au sens
universel, est l’ensemble des personnes spirituellement agréées par Dieu par la foi en Jésus-
Christ. Mais au sens local, l’Eglise est l’ensemble des personnes fidèles à un culte chrétien
limité dans l’espace. L’Eglise, dans cette deuxième définition, peut signifier une
dénomination ou une communauté de chrétiens. La différence entre l’Eglise universelle et
l’Eglise locale relève de la qualité sélective de celle universelle vis-à-vis de celle du mélange
des chrétiens agréés et non agréés par Dieu dans la foi en Jésus-Christ45.
45
Nous nous référons à la définition que Christ donne à l’Eglise sous la parabole de Mt 13 : 24-30 où le
mauvais et le bon vivent ensemble pour attendre le jugement dernier. C’est cela le statut de l’Eglise local qui
ne peut totalement s’exempter des non chrétiens, malgré la discipline chrétienne.
54
La sorcellerie, quant à elle, selon Larousse, est l’ensemble des pratiques et des opérations
magiques du sorcier. Ces pratiques contribuent soit à guérir, soit à nuire ou à faire mourir. Le
sorcier, synonyme de magicien, est plus connu dans nos sociétés comme une personne
nantie des forces maléfiques ; très peu de considération est faite à ses capacités de guérison.
C’est, semble-t-il, dans ce sens populaire que le concept sorcellerie est employé dans le
thème « sorcellerie dans l’Eglise ».
Une lecture survolée du thème « sorcellerie dans l’Eglise » voudrait classer ce dernier
dans la rubrique des thèmes sans logique. Car, comme remarqué dès la définition de chacun
des deux concepts, Eglise et sorcellerie ne peuvent qu’avoir des divergences et jamais de
convergences. Ainsi, parler de la sorcellerie en milieu chrétien semblerait vider Eglise de son
sens. Prise au sens spirituel, Eglise n’a rien de commun avec la sorcellerie ; alors l’on ne peut
concevoir une idée de la sorcellerie dans l’Eglise. Mais déjà émise, cette conception d’idée
ne serait pas un non-sens proposé pour débat dans le cercle des fidèles et des leaders
chrétiens. Selon le concepteur du thème, il existe bel et bien des cas où « la sorcellerie » se
murmure, se parle ou se vit dans l’Eglise. Si « la sorcellerie dans l’Eglise » est une réalité,
nous devons rechercher à redéfinir l’Eglise. En d’autres termes, dans quel sens l’Eglise peut-
elle avoir de la sorcellerie en son sein ? L’incompatibilité sus évoquée résulte de la définition
de l’Eglise comme un organe spirituel et universel. Mais l’Eglise, en tant qu’association des
membres d’une obédience chrétienne, quant à elle, est souvent victime de tout
comportement humain. Des querelles, des divisions, la jalousie…. Sont fréquentes dans des
communautés chrétiennes dès le début de l’Eglise chrétienne 46. La sorcellerie n’est pas du
reste des problèmes auxquels doivent faire face les Eglise constituées d’associations des
personnes. Telle que définie, l’Eglise contient en son sein à la fois des personnes matures et
46
Lire pour comprendre que l’Eglise locale est loin d’être l’Eglise spirituelle : 1 Cor 1 : 10-17 ; 3 :1-4 ; 5 :1-
13, Ap 2 :8-3 :22 etc.
55
des immatures, des forts et des faibles dans la foi, des chrétiens et des non chrétiens. Ce
caractère hybride de l’Eglise locale ou dénominationnelle est la raison principale des
comportements mondains dans l’Eglise. La sorcellerie, par cette définition de l’Eglise, peut,
comme toute autre fruit de la chair (Ga 2 :20), se manifester dans l’Eglise, car tous ceux qui
sont à l’Eglise ne sont pas des convertis certainement. On ne peut s’étonner de la
manifestation de la sorcellerie dans une Eglise que si l’on est sûr et certain qu’il n’existe pas
des non convertis dans ladite Eglise.
Le plus souvent dans la gestion de l’Eglise, l’ont constate des rumeurs dont l’objet n’est
jamais vérifié. Le cas spécifique de la sorcellerie abonde ce dernier temps, mais sans
preuves. Toutefois, les rumeurs ont toujours leurs raisons d’être. Pour les uns, les rumeurs
de la sorcellerie dans l’Eglise proviennent des problèmes psychiques qu’un individu a
développés pendant un certain temps. Pour les autres, c’est le manque de discernement
scientifique dans des formations académiques actuelles.
Toujours dans l’ordre psychique, certaines personnes sont victimes des résidus des
pratiques mystiques dont elles n’arrivent pas à se détourner. Par voie d’hérédité ou
d’injection, certaines pratiques mystiques peuvent être introduites à un individu. Celui-ci
peut subir involontairement certaines manifestations mystiques sans les comprendre et sans
les maîtriser.
Par ailleurs, il se passe un certain retour aux sources dans beaucoup de milieux chrétiens
aujourd’hui. Nombres de chrétiens semblent vouloir revenir à beaucoup de pratiques
occultes sous prétexte de valoriser la culture africaine dans la vie chrétienne. Ce penchant
serait la mauvaise assimilation des idéologies théologiques47 enseignées dans nos institutions
47
Nous nous référons généralement aux théologies dites africaines. Nous remarquons que la mauvaise
compréhension des thèses des théologiens qui ont initié de telles idéologies a fait basculer beaucoup de
56
théologiques universitaires ce dernier temps. L’inculturation, la contextualisation, la
théologie noire sont le plus souvent des idéologies, mal interprétées ou mal comprises, qui
incitent des chrétiens à faire l’amalgame entre la foi chrétienne et les pratiques culturelles.
Ainsi au nom de la protection contre un ennemi, des quêtes de succès de tous ordres, de
sauver sa vie ou celle d’un membre cher… plusieurs chrétiens sont devenus soit agents soit
victimes des pratiques magiques. Et ces derniers s’excuseraient sous prétexte des fausses
convictions issues des mauvaises interprétations des théologies sus citées.
Dans l’Ancien Testament, en hébreu, la sorcellerie est désignée par le concept kescheph,
du verbe kâschaph. Ce vocable désigne tout ce qui est de pratique magique, donc la magie,
la sorcellerie, l’enchantement…La traduction grecque de l’Ancien Testament va rendre ce
concept par pharmakeia. Ce substantif, en plus des sens du mot hébreu, va mettre plus en
exergue la pratique pharmaceutique48. Selon le concept grec, la sorcellerie considérée
comme la magie peut avoir un sens utile ; pour la guérison des maladies. Cependant, toutes
les fois que le mot kescheph est utilisé, il l’est au sens négatif. Car les textes bibliques y font
allusion en tant que pratique des païens.
chrétiens africains au syncrétisme religieux. Nous vous proposerons dans bibliographie des livres référentiels
pour mieux vous instruire en théologies africaines afin d’éviter des pratiques magiques au nom d’une
quelconque théologie africaine.
48
Notez que le mot français pharmacie dérive de ce pharmakeia grec. En ce sens, le traitement
pharmaceutique était une pratique magique.
57
-Ml 3 :5, la sorcellerie, objet de jugement divin.
-Ac 8 :9 Simon abandonna la magie pour se faire baptiser.
-Gal 5 :20, la sorcellerie est l’œuvre de la chair.
-Ap 9 :21 La sorcellerie comme œuvre de l’obstination humaine des derniers temps, (cf
18 :23)…
De ce qui précède, la sorcellerie est une pratique bannie du milieu du peuple de Dieu.
Cependant la sorcellerie prise au sens large de la magie, comme science qui produise du
bien, est notée comme exception dans Mt 2 :1. Les mages qui vinrent découvrir le Fils Jésus
ont usé des pratiques49 inconnues des hommes vulgaires, donc pratiques magiques. Ce qu’ils
faisaient était considéré comme de la bonne magie opposée à la mauvaise dont nous venons
de faire mention.
49
La pratique de ces mages semble être l’astrologie, une vieille science de l’observation des mouvements et
positions des astres dans le ciel pour déduire des faits de société ou terrestres. Cette pratique était aussi
prohibée que toute autre pratique magique. Mais l’agrément accordé au mages d’Orient est particulier et nous
osons croire que l’objectif noble qu’est la visite et la découverte du Fils de Dieu, Jésus, blanchit cette
pratique ; d’où la notion de magie noire, celle qui produit le mal et la magie blanche, celle qui produit le bien.
58
Conclusion
Les huit exposés ayant fait l’objet de cette compilation n’est pas un fait de hasard. C’est
une sélection que j’ai faite dans mon répertoire d’exposés lors des enseignements aux
responsables d’Eglise dans cette dernière décennie. Cette sélection est faite dans l’objectif
de répondre à un ensemble de problèmes que rencontre chaque ouvrier de Dieu dans son
ministère. Je n’ai pas la prétention d’avoir définitivement répondu aux problèmes issus des
huit thèmes choisis. Toutefois, j’ai ouvert le débat en pointant du doigt les défis liés à
chaque thème concernant le responsable de communauté chrétienne. Relever ces défis est
un travail de tout temps qui nécessite une considération de l’actualité du groupe social et de
la personne du serviteur. Chaque serviteur peut trouver dans ces exposés des moyens qui lui
permettent de se mettre lui-même à l’œuvre pour relever les défis quotidiens relatifs à sa
fonction de guide du peuple de Dieu.
Pour les défis liés à la vocation, j’en appelle à la conscience de chaque serviteur de bien
vouloir vérifier l’appel de Dieu à partir de la communauté de base, de s’assurer d’être bien
formé pour la fonction de serviteur et d’être bien orienté au service pour lequel Dieu l’a
appelé en l’équipant d’un don spécifique.
Quant aux défis liés à la gestion de la famille, la responsabilité exige au leader d’Eglise
d’être aussi efficace en famille qu’en paroisse. La famille du responsable chrétien est le
champ d’essai par excellence ; il ne peut pas réussir en paroisse tout en échouant à sa
propre famille.
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Une catégorie de défis, qui ne sont pas les moindres, est celle des défis des problèmes
économiques de nos communautés. L’on constate qu’une spiritualité sans matérialité est
enseignée depuis le fondement de nos communautés. Alors un déséquilibre s’observe entre
la vie spirituelle et celle matérielle du chrétien. Le serviteur de Dieu à le lourd devoir
d’amener le chrétien à un équilibre entre le spirituel et le matériel par la connaissance
biblique.
Les défis issus de l’esprit d’opposition sont récurrents dans les communautés chrétiennes
de nos jours. Le leader chrétien y fait toujours face. Accepter l’opposition et la gérer par
motif d’amour de l’opposant est le début de solution de tout acte d’opposition.
Des idéologies et des théories des sciences bibliques mal comprises ou mal enseignées
sont des causes de réguliers troubles dans l’Eglise. Le serviteur de Dieu à intérêt à rechercher
la parfaite connaissance de chaque idéologie ou théorie et relever la complémentarité qui
existe toujours entre les tendances théologiques. Bien comprises, les idéologies de la
théologie peuvent se compléter.
60
Indications bibliographiques
-Lire les collections des témoignages des chrétiens (mais avec esprit critique) des
manifestations et attaques démoniques contres l’Eglise et les chrétiens à l’instar de Rebecca
Brown, Emanuel Eni….
-Adoukonou B., Jalons pour une théologie africaine. Essai d'une herméneutique chrétienne
du « vodun » dahoméen, vol. 2, Paris, Narmur, 1980.
-Arnauld (D). Histoire du christianisme en Afrique : Les sept premiers siècles, Paris, Karthala,
2001.
-Atal Sa Angang D., « Christiaisme et identité africaine. Point de vue exégétique. Actes du 1 er
colloque des biblistes africains », 26-30 décembre1978, Kinshasa, FTCK, 1980.
-Bediako Kwame, Theology and Identity: The Impact of Culture upon Christian Thought in the
second Century and modern Africa, Oxford, Regnum Books, 1992.
-Boka di Mpasi L., Théologie africaine, inculturation de la théologie. Bien fondé, enjeux,
évolution, réalisations ? Essai récapitulatif documentaire. Pour un christianisme de la 11 e
heure, Abidjan, Inades, 2000.
61
-CAPPUIS J.-M. La figure du pasteur, Genève, Labor et Fides, 1985.
-Carrière H., Guide pour l’inculturation de l’Evangile, Rome Editrice Pontifica Università
Gregoriana, 1997.
-CRABB L. Se comprendre et comprendre les autres : Vers des relations profondes et solides,
Québec, la clairière, 1995.
-Eboussi Boulaga F., Christianisme sans fétiche. Révélation et domination, Paris, Présences
africaine, 1981.
-Mveng(E) et (G. L.) Lipawing. Théologie, libération et culture africaines, Yaoundé, Clé, 1996.
-Nida (E.A.). Coutumes et cultures : Anthropologie pour missions chrétiennes, Traduit de
l’Anglais par (E) Somerville, Paris, Groupes Missionnaires, 1978.
-Padilla (R) et (H) Burki. Evangile, culture et idéologies, Lausanne, Presse Bibliques
Universitaire, 1977.
-Rencontres internationales de Bouaké : Tradition et modernisme en Afrique noire, Paris,
Seuil, 1965.
-Soggin (G.-A.). Old Testament and oriental Studies, Rome, Biblical Institute Press, 1975.
62
-Stanley (A.-E.). Connaître la parole de Dieu, Floride, Vida, 1990.
-------------Théologie, libération et cultures africaines, Yaoundé, Clé, 1996.
Introduction 1
63
Exposé VIII : Défis de la crainte de la sorcellerie dans l’Eglise 56
Conclusion
61
Bibliographie
63
64
La compréhension et la pratique de l'Évangile peuvent varier selon le contexte culturel, influençant la manière dont on intègre les enseignements chrétiens dans la vie quotidienne. Des méthodes telles que la contextualisation et l'inculturation favorisent une interprétation adaptée au contexte culturel tout en restant fidèle au message original. La contextualisation implique de lire la Bible en tenant compte du contexte actuel de vie, tandis que l'inculturation traduit la foi chrétienne dans le langage et les pratiques culturelles locales. Une prudence méthodologique est essentielle pour éviter de trahir le message biblique tout en dialoguant avec la culture .
Les communautés chrétiennes africaines peuvent enrichir leur expérience de foi en utilisant la culture locale comme un outil d'expression vivante de l'Évangile, tant qu'elles respectent certaines précautions pour éviter le syncrétisme. Cela inclut l'évaluation critique des éléments culturels pour déterminer leur compatibilité avec l'Évangile, garantissant qu'ils ne viennent pas en contradiction avec les enseignements chrétiens. En intégrant des éléments culturels qui expriment authentiquement et correctement la foi, les Églises peuvent exprimer leur unicité culturelle tout en restant fidèles à la tradition chrétienne .
Dans la théologie africaine, l'exégèse est l'analyse et la compréhension du texte biblique, tandis que l'herméneutique est l'application et la mise en pratique de ce qui est compris. Les deux sont complémentaires : l'exégèse est un moyen pour une fin herméneutique, permettant de transformer la compréhension théorique en actions concrètes qui édifient la communauté chrétienne. Il est crucial que l'exégèse débouche sur une herméneutique qui inspire et guide la foi, rendant ainsi le texte biblique vivant et pertinent pour le contexte africain .
Au sein de la famille du serviteur chrétien, la réussite ou l'échec du leadership pastoral sont souvent manifestés. Les défis familiaux constituent une mesure de la vocation pastorale du serviteur, car sa famille représente une « image vivante » de l'accomplissement de ses devoirs spirituels. La gestion efficace de ces enjeux familiaux est cruciale pour le serviteur, car cela affecte directement sa capacité à remplir ses obligations pastorales envers sa communauté. La famille agit donc comme un microcosme du troupeau spirituel qu'il est appelé à mener .
Dans le contexte africain, l'Église doit gérer une relation délicate avec la culture en évitant un rejet radical comme une adoption inconditionnelle de celle-ci. L'évangélisation doit viser à intégrer des éléments culturels qui respectent la vérité évangélique tout en évitant le syncrétisme. L'Église doit donc utiliser la culture comme moyen d'expression tout en critiquant et triant ces éléments à la lumière de l'Évangile, assurant que seule la culture compatible soit intégrée dans le culte .
L'intégration de la culture africaine dans l'évangélisation pose des défis car historiquement, le christianisme a été présenté en opposition aux cultures africaines, favorisant la culture occidentale ou juive. Selon certains théologiens africains, ces défis peuvent être surmontés par la contextualisation et l'inculturation, qui consistent respectivement à interpréter la Bible selon le contexte de vie actuelle et à exprimer la foi chrétienne dans le langage culturel local. Toutefois, il est crucial d'éviter le syncrétisme en ne confondant pas la culture locale avec l'Évangile .
La vocation spirituelle doit être abordée comme un processus en trois étapes pour éviter le favoritisme et les affinités non pertinentes dans le service ecclésial. Premièrement, le pasteur de la communauté locale joue un rôle essentiel en testant et accompagnant la vocation afin que le membre soit motivé par des raisons spirituelles plutôt que charnelles. Deuxièmement, la formation doit confirmer ou affiner cette vocation en la rendant efficace pour l'appel ecclésial. Enfin, le Bureau Exécutif accueille le candidat, maintenant pleinement formé, et l'oriente vers le service ecclésial. Cette approche doit être transparente et collaborative à tous les niveaux pour que la vocation soit authentique et bénéfique pour l'Église .
Adopter une prudence face à l'utilisation des éléments culturels dans le culte chrétien est essentiel pour éviter le syncrétisme, c'est-à-dire la fusion non critique entre la culture et l'Évangile. Quatre conseils pratiques aident à maintenir cet équilibre : reconnaître l'interaction entre culte et culture, respecter et critiquer les cultures à travers l'Évangile pour choisir ce qui est compatible, distinguer les relations de l'Évangile avec la culture (transculturel, contextuel, anti-culturel, interculturel), et adopter une étude continue de ces rapports afin que la culture soit un moyen d'expression adéquat pour vivre l'Évangile .
La relation entre science et foi influence la pratique de l'exégèse biblique en Afrique car l'exégète doit équilibrer son approche critique (scientifique) avec sa foi. Cette dualité engendre des défis, notamment la possibilité que l'analyse scientifique remette en question les convictions religieuses fondamentales, issues d'une formation catéchétique marquée par le dogmatisme. Ainsi, les exégètes doivent naviguer entre la rigueur universitaire et leur ancrage dans la doctrine chrétienne sans basculer dans des jugements de valeur ou une remise en cause extrême de leurs croyances .
Il est crucial pour un exégète africain de pratiquer son travail dans une humilité communautaire car cela lui permet de rester ancré dans les réalités et besoins de sa communauté. Cette humilité prévient le risque de développer un orgueil destructeur qui peut entraîner une déconnexion entre l'exégète et ceux qu'il sert. En gardant son travail centré sur l'édification et les actions de la communauté, l'exégète assure que son travail théologique est pertinent et utile, évitant ainsi de devenir un simple académique déconnecté de la foi vivante des autres .