Référé civil : procédures et enjeux
Référé civil : procédures et enjeux
octobre 2018
Généralités 1 - 9
Sect. 1 - Référé ordinaire du premier président (C. pr. civ., art. 956 ) 10 - 39
Art. 1 - Conditions du référé d'appel 11 - 23
§ 1 - Une procédure qui se greffe sur un appel en cours 12 - 20
§ 2 - Un cas d'urgence 21 - 23
Art. 2 - Pouvoirs du premier président statuant en référé de l'article 956 24 - 39
§ 1 - Absence de contestation sérieuse 26 - 36
§ 2 - Existence d'un différend 37 - 39
Sect. 2 - Référés du premier président en matière d'exécution provisoire (C. pr. civ.,
art. 957 ) 40 - 92
Art. 1 - Absence de demande ou de décision sur l'exécution provisoire 47 - 52
Art. 2 - Exécution provisoire refusée par le premier juge 53 - 54
Art. 3 - Exécution provisoire attachée de plein droit à la décision rendue ou ordonnée
par le premier juge 55 - 92
§ 1 - Exécution provisoire de droit 59 - 78
§ 2 - Exécution provisoire facultative (ordonnée) 79 - 92
Bibliographie
Généralités
1. Le pouvoir de statuer en référé a été conféré au premier président de la cour d'appel avec
le décret n o 72-788 du 28 août 1972 (D. 1972. 475). Il figure depuis 1975 dans le nouveau
code de procédure civile, désormais nommé « Code de procédure civile ». Inspiré du référé
général qui a servi de modèle à tous les autres, à savoir celui de l'article 808 propre au
président du tribunal de grande instance, ce référé du premier président était attendu par la
pratique, dans une perspective prioritaire de règlement des difficultés et de certains incidents
qui pouvaient apparaître ou se révéler durant l'instance d'appel. En effet, lorsque ce pouvoir
n'existait pas encore, il fallait, en cours d'instance d'appel, s'adresser au juge des référés de
premier degré afin que celui-ci intervienne dans une affaire pourtant pendante au niveau de la
cour. La prudence compréhensible du premier juge dans une telle circonstance explique la
nécessité de la réforme. D'autant que, sur un autre plan qui était celui des difficultés nées de
l'exécution, le juge des référés de premier degré avait été déclaré incompétent pour se
prononcer sur l'arrêt de l'exécution provisoire ordonnée par les premiers juges à partir du
moment où la décision concernée était frappée d'appel (P. RAY NAUD, obs. RTD civ. 1950. 100
et 556), de sorte que les difficultés nées de l'exécution relevaient de la cour d'appel elle-
même. Rappelons que l'appel interjeté contre l'ordonnance de référé de premier degré est
porté devant la cour et non pas devant son premier président. Le référé du premier président
se greffe bien sur un appel en cours (rappr. Civ. 2 e, 18 févr. 2016, n o 14-20.199 : l'article
524 du code s'applique tant que l'appel n'a pas été déclaré irrecevable ou que la cour n'a pas
donné acte au débiteur d'un désistement de son appel).
3. Ceci étant, lorsqu'il est question de « référés » du premier président, il faut veiller à ne pas
se tromper dans les appellations. C'est là l'une des conséquences du choix malheureux du
vocabulaire retenu par le législateur lorsqu'il multiplie les cas de référés dits « en la forme »
qui ne sont en réalité que des « ordonnances au fond » (M. FOULON et Y. STRICKLER, Le
décret n o 2011-1043 et la procédure en la forme des référés, D. 2011. Chron. 2668 ) ! Ainsi,
l'article 272, à propos de la décision avant dire droit qui ordonne l'expertise, et l'article 380,
concernant la décision de sursis à statuer, permettent l'appel immédiat sur autorisation du
premier président. Dans ces cas, le premier président est saisi par voie d'assignation délivrée
dans le délai d'un mois à compter de la décision, et il « statue en la forme des référés ». Il
est de même « saisi comme en matière de référé » (l'expression est différente, mais vise le
même ordre de procédure « en la forme ») dans le cas de demande de relevé de forclusion de
l'article 540 du code de procédure civile. Dans toutes ces hypothèses, le juge ne statue pas
au provisoire – ce que fait le juge des référés –, mais est un juge du principal (V. C. pr. civ.,
art. 492-1 . – V. aussi M. FOULON et Y. STRICKLER, De l'hybridation en procédure civile. La
forme des référés et des requêtes des articles 1379 et 1380 du code de procédure civile,
D. 2009. Chron. 2693 ). La Cour de cassation a récemment rappelé que la voie du pourvoi en
cassation est ouverte à l’encontre de l'ordonnance qui n’autorise pas l’appel immédiat d’un
jugement ayant ordonné un sursis à statuer ou ayant refusé la révocation d’un sursis à statuer
précédemment ordonné (Civ. 2 e, 27 sept. 2018, n o 17-17.270 , Bull. civ. II, à paraître ; D.
2018. 1920 ).
5. Il arrive aussi que le premier président fasse office de juridiction de recours. Tel est le cas
s'agissant des contestations en matière d'honoraires et de débours. Ces contestations sont
d'abord soumises à la juridiction du bâtonnier (Décr. n o 91-1197 du 27 nov. 1991 organisant la
profession d'avocat, art. 174 s.), puis au premier président de la cour d'appel. Il a été jugé
que cette construction « exclut, par sa nature, qu'il puisse être recouru à la procédure
instituée par l'article 809, alinéa 2, du code de procédure civile, selon laquelle le juge des
référés peut, lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, accorder
une provision au créancier » (Civ. 2 e, 7 mai 2003, n o 01-17.016 , Bull. civ. II, n o 131 ;
D. 2003. IR 1545 ).
7. Depuis le décret n o 89-511 du 20 juillet 1989 (D. 1989. 256), le premier président de la
cour d'appel peut mettre en œuvre, à l'occasion de l'exercice des pouvoirs qui lui sont conférés
en matière de référé ou d'exécution provisoire, la procédure à jour fixe (C. pr. civ., art. 917 ,
al. 2. – M. CARATINI, Les dernières dispositions de procédure civile, Gaz. Pal. 1989. 2.
Doctr. 418. – A. DORSNER-DOLIVET, Premières réflexions sur le décret n o 89-511 du 20 juillet
1989 modifiant certaines dispositions de procédure civile, JCP 1989. I. 3419).
9. Le référé général étant celui de l'article 956, il sera d'abord question de ce pouvoir du
premier président (V. infra, n os 10 s.). Le référé en matière d'exécution provisoire de l'article
957, plus important dans la réalité judiciaire, sera présenté ensuite (V. infra, n os 40 s.).
Section 1 re - Référé ordinaire du premier président (C. pr. civ., art. 956 )
10. Selon l'article 956 du code de procédure civile : « Dans tous les cas d'urgence, le premier
président peut ordonner en référé, en cas d'appel, toutes les mesures qui ne se heurtent à
aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend ». Ce texte contient les
conditions qui permettent au référé d’appel de prospérer (V. infra, n os 11 s.) et invite à vérifier
les pouvoirs alors reconnus au président de la cour (V. infra, n os 24 s.).
14. Le référé du premier président n'étant possible qu'en cas d'appel, il faut vérifier si l'appel
est ou non engagé au moment de la demande en référé. À cet égard, il avait été jugé que
« l'instance d'appel ne commence qu'à la date de la remise au secrétariat-greffe de la cour de
la copie de l'assignation » (Civ. 2 e, 29 avr. 1976, n o 75-11.190 , Bull. civ. II, n o 139 ;
D. 1976. IR 232 ; RTD civ. 1976. 633, obs. R. Perrot). Mais l'article 901 du code de procédure
civile, depuis le décret n o 2004-836 du 20 août 2004 portant modification de la procédure
civile, indique désormais que la déclaration d'appel « vaut demande d'inscription au rôle ». Ce
n'est donc plus la formalité du placement de l'affaire au rôle de la cour qui marque le moment
utile.
15. Il faut aussi que le référé soit dirigé contre une personne qui est partie à l'instance
d'appel (Civ. 3 e, 16 oct. 2003, n o 02-17.049 , Bull. civ. III, n o 309).
16. Dans la procédure avec représentation obligatoire, l'affaire est normalement « instruite
sous le contrôle d'un magistrat de la chambre à laquelle elle est distribuée » (art. 907) et,
dans cette occurrence, le conseiller de la mise en état est exclusivement compétent (le texte
renvoyant aux dispositions propres au juge de la mise en état, l'article 771 est également
applicable au conseiller de la mise en état). La compétence du premier président est donc liée
à l'absence de désignation actuelle de conseiller de la mise en état, car, dès sa désignation,
le premier président ne saurait se prononcer sur le fondement de l'article 956 du code de
procédure civile (Civ. 2 e, 28 févr. 1996, n o 93-19.742 , Bull. civ. II,
n o 50. – V. antérieurement Paris, 10 avr. 1973, D. 1973. 645 ; RTD civ. 1973. 608, obs.
P. Hébraud. – Rennes, 19 févr. 1979, Gaz. Pal. 1981. 1. 60, note C. Loyer-Larher. – Civ. 9 déc.
1976, RTD civ. 1977. 360, obs. J. Normand). Cet effet subsiste jusqu'au dessaisissement du
conseiller de la mise en état et ne concerne que les mesures énumérées par l'article 771. Il
s'ensuit que, hors de cette liste, toute mesure urgente relève encore du premier président sur
le fondement de l'article 956 (Paris, 13 déc. 1974, Gaz. Pal. 1975. 1. 192). Dans un même
souci d'efficacité, il a été décidé que : « La désignation d'un conseiller de la mise en état ne
dessaisit le premier président statuant en référé, qu'autant que ledit conseiller est à même de
statuer sur les mesures urgentes en cause dans un délai raisonnable par rapport à cette
urgence » (Paris, réf., 5 avr. 1989, Bull. avoués 1989. 95).
17. Le moment précis de désignation de ce juge n'est cependant pas fixé clairement par le
code et, en l'absence de décision à ce sujet de la Cour de cassation, il faut se tourner vers un
arrêt de la cour d'appel de Paris qui considère que : « À défaut de document permettant
d'établir avec précision la date de saisine du magistrat de la mise en état, cette saisine doit
être réputée intervenir le jour où le greffe adresse à l'avoué de l'appelant avis qui l'informe à
la fois de la distribution de l'affaire au rôle particulier d'une chambre et de la désignation d'un
conseiller de la mise en état » (Paris, 10 oct. 1980, Gaz. Pal. 1980. 656 ; RTD civ. 1980. 812,
obs. R. Perrot).
18. Il faut cependant rappeler qu'il suffit que le premier président ait été sollicité avant la
désignation du magistrat de la mise en état pour que ses pouvoirs puissent encore être
exercés après (V. déjà Paris, 10 oct. 1980, préc. – Civ. 2 e, 9 déc. 1976, n os 75-13.429 et 75-
14.091, Bull. civ. II, n o 330. – Adde : G. RIVES, La juridiction du conseiller de la mise en état,
RTD civ. 1984. 645, n o 20).
19. Ce qui signifie que, en l'absence de désignation d'un conseiller de la mise en état, le
premier président peut exercer sa juridiction des référés, et ce même dans le cas de
l'article 905 (« Lorsque l'affaire semble présenter un caractère d'urgence ou être en état d'être
jugée ou lorsque l'appel est relatif à une ordonnance de référé ou en la forme des référés ou à
une des ordonnances du juge de la mise en état énumérées aux 1° à 4° de l'article 776, le
président de la chambre saisie, d'office ou à la demande d'une partie, fixe les jours et heures
auxquels l'affaire sera appelée à bref délai ; au jour indiqué, il est procédé selon les
modalités prévues aux articles 760 à 762 ») ou de celui de la procédure à jour fixe (art. 917).
Mais y a-t-il alors véritablement encore urgence (sur cette condition, V. infra, n o 20) ?
20. De l'autre côté de la ligne du temps, le premier président ne pourra plus être saisi à
compter de l'arrêt définitif que rendra la cour sur l'appel interjeté devant elle. En effet, la cour
est, dès cet instant, dessaisie de l'appel (V. déjà GASSIOT, La juridiction du premier
président, Rapport aux journées d'études des avoués, Dijon, 1973, Gaz. Pal. 1974. 1.
Doctr. 416, spéc. p. 417) ; il en va de même lorsque l'arrêt d'appel fait l'objet d'un pourvoi en
cassation comme d'un recours en révision (P. RAY NAUD, obs. RTD civ. 1973. 398). En
revanche, la tierce opposition exercée contre l'arrêt de la cour autorise le premier président à
statuer en référé (Ph. et N. GERBAY, Guide du procès civil en appel, Fiche n o 62, 2012,
Lexisnexis, n o 817. – Angers, 13 févr. 1973, RTD civ. 1973. 384, obs. Hébraud ; RTD civ. 1973.
398, obs. P. Raynaud. – Rappr. Com. 7 juin 2005, n o 04-12.132 , a contrario).
§ 2 - Un cas d'urgence
21. Alors que l'édit de 1685 comportait une nomenclature des situations urgentes
(B. CAZALENS, note sous cinq espèces, D. 1876. 2. 161), l'article 806 de l'ancien code de
procédure civile se contentait d'attribuer à l'audience des référés « les cas d'urgence ».
L'actuel texte de référence est dans une même mouvance quand il indique que le premier
président peut statuer « dans tous les cas d'urgence » (C. pr. civ., art. 956 ). Cette condition
nécessaire à l'intervention du juge des référés est particulièrement délicate, voire impossible
à définir (Ph. JESTAZ, L'urgence et les principes classiques du droit civil, 1968, LGDJ, p. 53,
n o 56). Proche des considérations de fait de chaque espèce, l'urgence relève pour cette raison
de l'appréciation souveraine des juges du fait (comme l'écrivait J.-G. LOCRÉ, op. cit. [supra,
n o 12], t. III, p. 415 : « Le discernement et la probité du président ou du juge délégué feront
le reste »). Toutes les tentatives d'approche de la notion d'urgence aboutissent à mettre
l'accent sur les conséquences dommageables qui résulteront d'une absence de réaction en
temps utile. Il s'ensuit que le critère d'approche de cette notion-cadre impose de vérifier la
nécessité d'une réaction judiciaire rapide. Au stade de l'appel et compte tenu de l'existence
de l'instance de second degré pendante, l'exigence est réelle. Elle doit l'être d'autant plus en
présence d'une procédure accélérée devant la cour (V. supra, n o 18).
22. Lorsque le premier président est amené à se prononcer sur le fondement de l'article 956
du code de procédure civile, il ne s'agit pas, comme nous l'avons relevé (V. supra, n o 12), de
la mise en œuvre d'une voie de réformation de la décision rendue en première instance ; ceci
étant, la mesure ordonnée au titre de l'article 956 va inévitablement « modifier dans une
certaine mesure le règlement opéré » par le premier juge (Cl. GIVERDON, préc., D. 1973.
Chron. 285, n o 17). Si la mesure lui semble s'imposer, le premier président est néanmoins
habilité à l'ordonner et ce, même si elle est contraire à celle prescrite par le premier juge
(Paris, ord. réf., 13 févr. 1973, D. 1973. Somm. 108 ; Gaz. Pal. 1973. 1. 233 ; RTD civ. 1973.
382, obs. P. Hébraud ; RTD civ. 1973. 397, obs. P. Raynaud. – V. aussi Riom, ord. réf.,
11 juill.1973, D. 1973. 649. – Une réserve s'impose quand existe une contestation sérieuse :
Rouen, ord. réf., 22 janv. 1974, D. 1974. Somm. 84). Dans cette recherche d'équilibre, il peut
être constaté que les premiers présidents, dans leurs ordonnances, montrent qu'ils ne se
substituent pas à la cour et ne réforment pas la décision du premier juge. Pour ce faire, ils
vérifient l'existence de circonstances nouvelles (Paris, ord. réf., 13 févr. 1973, préc. – Civ. 2 e,
11 déc. 1974, n o 73-14.646 , Bull. civ. II, n o 330. – A. CANS et B. SCHRIKE, Le référé du
premier président, in La pratique du référé, 1979, PUF, spéc. p. 62 s., 2. – Cl. GIVERDON,
préc., D. 1973. Chron. 285, n os 16 s.). Cette démarche est louable car, en l'absence de fait
nouveau, l'intervention du premier président anticiperait nécessairement sur l'appel interjeté
alors que la voie de recours est en marche et aboutira à un arrêt de la cour (Civ. 2 e, 11 déc.
1974, préc., qui approuve un premier président d'avoir estimé que « seul un fait nouveau peut
permettre d'édicter une mesure contraire à celle des premiers juges, si cette mesure paraît
urgente ». – Rappr. Civ. 2 e, 30 nov. 1983, n o 82-12.384 , Bull. civ. II, n o 191). Or, le référé
du premier président a, avant tout, pour raison d'être de servir l'instance d'appel
(Cl. GIVERDON, préc., D. 1973. Chron. 285, n o 5). Ainsi, même si cela ne résulte pas
expressément du code de procédure civile, le premier président saisi sur le fondement de
l'article 956 ne peut ordonner les mesures que ce texte prévoit que s'il a relevé, depuis
l'ordonnance du premier juge, une modification dans la situation des parties ou dans les faits
qui sont soumis à son appréciation. L'admission d'une solution différente serait nuisible à la
cohésion de l'ensemble procédural que constitue le référé. Ont ainsi pu être retenus comme
constitutifs de circonstances nouvelles : – des faits ignorés au moment du jugement et
apparus en cours de délibéré (Paris, 13 févr. 1973, D. 1973. Somm. 108 ; RTD civ. 1973. 384,
obs. P. Hébraud) ; – l'apparition de nouvelles malfaçons depuis la date du jugement (Riom,
11 juill. 1973, D. 1973. 649).
23. En revanche, lorsqu'il est question d'exécution provisoire, il revient au premier président
d'apprécier le mérite de la demande d'arrêt de l'exécution provisoire portée devant lui « sans
avoir à se référer à la décision du conseiller de la mise en état » et spécialement il
n'appartient pas au « demandeur à l'arrêt de l'exécution provisoire [de] rapporter la preuve de
faits nouveaux ou de circonstances nouvelles inconnues du conseiller de la mise en état et
susceptibles de permettre la remise en cause de sa décision » (Civ. 2 e, 17 févr. 2011, n o 10-
15.115 , Bull. civ. II, n o 45 ; RTD civ. 2011. 389, obs. R. Perrot ). Il faut relever que si la
pratique parle souvent de « suspension » de l'exécution provisoire, la terminologie de
l'article 524 est bien celle du pouvoir du premier président d'« arrêter » celle-ci. La suspension
n'est pas l'arrêt : la seconde fait disparaître purement et simplement la mesure.
25. Pour assurer l'exécution des mesures urgentes qu'il ordonne, le premier président dispose
de l'appui de la condamnation sous astreinte, tel que le mécanisme est décrit par les
articles L. 131-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, ajouté à l'article 491,
alinéa 1 er, qui reprend la possibilité qui avait été octroyée au juge des référés par le décret du
9 septembre 1971 (en son article 80), d'assortir sa décision d'une astreinte. Le juge des
référés a aussi, par disposition expresse de l'article 491, le pouvoir de la liquider (ce qui
suppose cependant qu'il s'en soit réservé le pouvoir ou qu'il reste saisi de l'affaire, comme
l'indique l'article 35 de la loi n o 91-650 du 9 juillet 1991). Depuis le décret n o 2017-892 du
6 mai 2017, ce texte de l'article 491 ne précise plus que la liquidation intervient alors « à titre
provisoire », peut-être parce que cela a été considéré comme allant de soi s'agissant d'une
décision de référé ; ceci étant, ce qui va sans dire va toujours mieux en le disant et
l'économie d'encre réalisée n'est pas forcément à applaudir. Dans les autres cas (et
spécialement s'agissant d'une astreinte prononcée par un autre juge), c'est le juge de
l'exécution qui a seul compétence pour liquider une astreinte.
27. Il n'est en réalité pas envisageable d'estimer a priori qu'une contestation est sérieuse ou
au contraire ne l'est pas. A fortiori, il n'est pas envisageable de donner une définition
abstraite de la notion. Il apparaît alors que la contestation est sérieuse dès que le juge des
référés doit résoudre un problème difficile, relevant du juge du fond. Le magistrat chargé des
référés va prendre en considération tous les éléments nécessaires pour arriver à la conclusion
qu'objectivement le droit en cause n'est pas sérieusement contestable. Par rapport à
l'ancienne interdiction de préjudicier au principal, on constate la nécessité d'une analyse des
motifs. Il s'ensuit que, si la solution du problème conduit le juge des référés à une
appréciation juridique motivée qui fait la part entre la thèse de l'un et celle de l'autre, il
excède ses pouvoirs dans la mesure où il est obligé de discuter juridiquement pour écarter
l'une de ces thèses qui est donc forcément sérieuse. Lorsque le juge des référés, pour
repousser une contestation, est obligé de bâtir un raisonnement juridique que ne dénierait
pas un juge du fond, il va au-delà de ses pouvoirs. Or, il doit laisser intact le pouvoir de
décision de la cour qui, rappelons-le, tranchera l'appel porté devant elle. C'est pourquoi le
premier président n'est pas habilité à trancher, en référé, une question de fond. Voilà donc la
contestation sérieuse : elle est celle qui conduirait le premier président à trancher le litige au
principal, ce qui n'entre pas dans la sphère de ses pouvoirs.
28. Pendant longtemps, la simple saisine du tribunal au fond avait fait obstacle à
l'intervention du juge des référés, mais après une controverse qui a duré un demi-siècle, le
droit positif s'est orienté vers la recevabilité du référé en cours d'instance (d'ailleurs,
l'impossibilité faite au juge des référés d'intervenir sous prétexte de saisine du juge du
principal serait une incohérence majeure s'agissant du référé d'appel, puisque celui-ci suppose
par nature même une instance principale d'appel en cours) : « Attendu que l'article 806 du
code de procédure civile attribue compétence au juge des référés, pour statuer dans tous les
cas d'urgence ; – Attendu que les termes généraux de cette disposition ne permettent pas de
soustraire à son application le cas où les parties sont déjà engagées dans un litige devant les
juges du fond ; – Qu'il suffit que le juge des référés constate expressément l'urgence et que
les mesures ordonnées par lui ne fassent pas préjudice au principal ». C'est en ces termes que
la Cour de cassation met fin, en 1910, à la controverse (Civ. 4 mai 1910, DP 1910. 1. 385,
2 e esp., note H. Lalou).
29. Il s'ensuit que le premier président peut, en référé, désigner un expert s'il est question
d'observer l'exécution de mesures ordonnées par le premier juge avec effet immédiat, ou s'il
était porté atteinte à la présomption d'innocence ou au droit au respect de l'intimité de la vie
privée à l'occasion d'une instance pendante devant la cour. En revanche, le premier président
ne peut prononcer une condamnation à des dommages et intérêts (par exemple : Bastia,
8 juin 2011, RG n o 10/00986, C-RMS).
30. Mais peut-il ordonner une provision sur dommages et intérêts ? Plus généralement, le
premier président peut-il condamner à provision ? Dans l'ordre judiciaire, le succès du référé-
provision ne se dément pas. Il est dû en grande partie à la souplesse de ses conditions
d'application. Ainsi, l'urgence, après quelques hésitations, n'est plus exigée dans le cadre de
l'article 809, alinéa 2 du code de procédure civile (par exemple : Civ. 1 re, 4 nov. 1976,
Gaz. Pal. 1977. 1. 352. – Civ. 2 e, 18 janv. 1978, n o 76-13.863 , Bull. civ. II, n o 20. – Civ. 3 e,
31 mai 1978, n o 77-12.485 , Bull. civ. III, n o 235), sauf disposition spécifique, comme celle
qui apparaît en matière d'arbitrage (V. C. pr. civ., art. 1449 , al. 2). Le premier président de
la cour d'appel ne dispose pas, quant à lui, du secours d'origine réglementaire que constitue
l'article 809. En effet, si l'article 956 est la reproduction presque à l'identique de l'article 808,
« il n'existe pas, au niveau de l'appel, une disposition semblable à l'article 809 qui,
complétant l'article 808, confère au président du tribunal de grande instance le pouvoir
d'accorder une provision en référé » (Lyon, ord. réf., 12 févr. 1980, JCP 1980. II. 19386,
2 e esp., obs. J. A. ; RTD civ. 1980. 604, obs. J. Normand). On peut considérer que cet oubli
est volontaire et que « le premier président n'est pas compétent en matière de provision »
(J. VINCENT, Études offertes à Pierre Kayser, t. II, 1979, PU Aix-Marseille, spéc. p. 423 : « Ce
rôle revient au conseiller de la mise en état ou de la formation collégiale de la Cour »).
Inversement, on peut penser que l'article 809 n'est qu'un assouplissement à la règle générale
de l'article 808 (VERDUN, PERROT, GARABOS et GARNERIE, Les incidents de provision,
Journées d'études des avoués, Limoges, 1979, Gaz. Pal. 1980. 1. Doctr. 314, spéc. p. 321).
L'article 956 confère un pouvoir général au premier président ; il englobe celui d'allouer une
provision (J. NORMAND, obs. RTD civ. 1980. 605). En première instance, l'article 809 ne fait
que rendre explicite un pouvoir compris dans l'article 808. D'ailleurs, en Belgique, où le code
ne prévoit pas de disposition spécifique au référé-provision, c'est bien sur le texte général des
référés que le juge condamne à provision (V. G. CLOSSET-MARCHAL, Le référé aujourd'hui,
Ann. Fac. Liège 1986. 310, spéc. p. 315).
31. Allouée par le juge au créancier en attendant le jugement, la somme est accordée par
provision, par précaution. Cette idée de précaution se retrouve dans le mot de « mesure »,
mais on a aujourd'hui largement débordé le stade du conservatoire et du préventif stricto
sensu en la matière. Le code de procédure pénale le montre en son article 5-1, qui parle de
« mesures provisoires » et vise notamment les provisions (J. PRADEL, Un nouveau stade dans
la protection des victimes d'infractions [commentaire de la loi n o 83-608 du 8 juillet 1983],
D. 1983. Chron. 241). Il suffit donc que la mesure ne se heurte pas à une contestation
sérieuse pour que le juge des référés puisse l'ordonner. Telle est la position retenue par le
premier président de la cour d'appel de Reims (30 oct. 2002, RG n o 02/6213) et celui la cour
de Paris (25 mars 1991), au contraire du magistrat toulousain (Toulouse, 17 juin 2009, inédit,
RG n o 09/00151).
32. S'ajoute néanmoins, et il faut, s'agissant d'un référé d'appel, le rappeler ici, la condition
d'urgence, ce en raison de la rapidité avec laquelle sera soit désigné le conseiller de la mise
en état (Ph. GERBAY, Réflexions sur la juridiction du premier président de la cour d'appel,
D. 1980. Chron. 65), soit jugée l'affaire (P. ESTOUP, La procédure abrégée devant la cour
d'appel après le décret du 17 décembre 1985, D. 1986. Chron. 105). L'allocation d'une
provision par le premier président ne se justifie donc qu'en cas d'urgence.
35. Il a pu être jugé, sur l'idée d'une absence de texte spécifique, que le premier président ne
pourrait pas prescrire en référé les mesures qu'annonce l'article 809, « conservatoires ou de
remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser
un trouble manifestement illicite » (Rennes, 6 févr. 1980, Gaz. Pal. 1981. 1. 60, note C. Loyer-
Larher). On voit mal ce qu'il pourrait alors ordonner et surtout en quoi « toutes les mesures »
que justifie l'existence d'un différend ne comprendraient pas celles-ci !
36. En revanche, en ce qui concerne les difficultés d'exécution des jugements, l'article L. 213-
6 du code de l'organisation judiciaire donne au juge de l'exécution, de manière exclusive, la
connaissance des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s'élèvent
à l'occasion de l'exécution forcée.
39. La perspective d'une éventuelle réformation de la décision du premier juge est davantage
perceptible lorsqu'il est question des référés en matière d'exécution provisoire.
Section 2 - Référés du premier président en matière d'exécution provisoire (C. pr. civ.,
art. 957 )
40. Selon l'article 957 : « Le premier président peut également, en cas d'appel, suspendre
l'exécution des jugements improprement qualifiés en dernier ressort, ou exercer les pouvoirs
qui lui sont conférés en matière d'exécution provisoire ». Le premier président statue ici en
référé, comme l'indique le chapitre du code qui contient ce texte. Et on constate que la même
référence temporelle que pour les référés généraux est prévue ici, par le texte : le premier
président peut intervenir dans la matière qui est indiquée, uniquement en cas d'appel (sur
cette condition, qui est donc similaire aux articles 956 et 957, mais aussi aux articles 524
à 526, V. supra, n os 12 s.).
41. Il faut rappeler qu'un jugement n'est exécutoire que lorsqu'il passe en force de chose
jugée (C. pr. civ., art. 501 ). Mais une exécution provisoire est possible nonobstant l'effet
suspensif normalement attaché à la décision de premier degré. Celle-ci suppose d'avoir été
ordonnée ou d'être attachée de plein droit à la décision considérée (C. pr. civ., art. 514 ). En
matière d'arbitrage, le décret n o 2011-48 du 13 janvier 2011 est dans une même perspective
quand il prévoit (C. pr. civ., art. 1484 ) que la sentence arbitrale a l'autorité de la chose
jugée dès qu'elle est rendue sur la contestation qu'elle tranche, mais qu'elle « peut être
assortie de l'exécution provisoire ». Il est à remarquer que pour les cas où le juge statue « en
la forme des référés », l'article 492-1 du code de procédure civile prévoit que, sauf disposition
contraire d'un texte spécial, la décision rendue « en la forme des référés » bénéficie par
principe de l'exécution provisoire. Avec ce texte, l'ordonnance rendue est normalement
« exécutoire à titre provisoire », mais est réservée… la décision contraire du juge. Ceci n'est
pas cohérent et est de nature à créer un nouveau contentieux.
42. Lorsqu'un jugement a été improprement qualifié « en dernier ressort », son exécution
« peut être arrêtée par le juge d'appel » (C. pr. civ., art. 569 ), et il revient au premier
président de suspendre l'exécution de tels jugements. Il ne suffit cependant pas de prétendre
que le jugement a été improprement qualifié en dernier ressort pour en suspendre
l'exécution : il faut demander et obtenir l'arrêt de l'exécution par le juge d'appel (Civ. 2 e,
23 sept. 2004, n o 02-19.649 , Bull. civ. II, n o 417 ; D. 2004. 2691 ; Dr. et proc. 2005. 49,
note O. Salati).
44. Les articles 515-1, alinéa 2, du code de procédure pénale (en matière de délits pénaux, et
donc devant le tribunal correctionnel) et 380-8 du même code (en matière criminelle, et donc
pour la cour d'assises) prévoient une même compétence, mais du seul premier président, qui
peut arrêter l'exécution provisoire ordonnée si elle risque d'entraîner des conséquences
manifestement excessives. Ce juge peut aussi subordonner la suspension de l'exécution
provisoire à la constitution d'une garantie, réelle ou personnelle, suffisante pour répondre de
toutes restitutions ou réparations. En outre, le premier président peut accorder l'exécution
provisoire lorsqu'elle a été refusée par le premier juge statuant sur l'action civile ou lorsque
l'exécution provisoire n'a pas été demandée, ou si, l'ayant été, le tribunal a omis de statuer.
54. En revanche, la condition d'urgence n'est pas requise par les textes lorsque l'exécution
provisoire a été refusée par un tribunal correctionnel ou une cour d'assises statuant en
premier ressort sur l'action civile ; le premier président peut, en cas d'appel, l'accorder en
référé (V. supra, n o 43).
56. Il résulte de cet article 524 que seul le premier président peut arrêter l'exécution
provisoire de droit ou facultative. Mais il ne le peut que dans les circonstances et sous les
limites prévues par le texte. La demande portée devant lui n'est toutefois pas réservée au
seul appelant : en effet, toute personne qui a succombé et qui, par conséquent, a intérêt à
une demande visant à arrêter ou aménager l'exécution provisoire peut agir devant le premier
président (Paris, 6 mai 1981, Bull. avoués 1981. 2. 32. – 23 févr. 1976, Gaz. Pal. 1976.
2. 632. – Contra : Paris, 25 mai 1988, Bull. avoués 1988. 4. 158).
57. La décision du premier président d'arrêter l'exécution provisoire, qui reste inopposable au
bénéficiaire de l'exécution provisoire tant qu'elle ne lui a pas été signifiée (Civ. 2 e, 20 déc.
2001, n o 98-23.102 , Bull. civ. II, n o 200), ne remet pas en cause ce qui a pu être exécuté
avant elle : « L'ordonnance du premier président arrêtant l'exécution provisoire d'un jugement
ne [peut] remettre en cause les effets des actes d'exécution accomplis ou les paiements
effectués avant sa décision » (Civ. 2 e, 31 janv. 2002, n o 00-11.881 , Bull. civ. II, n o 11 ;
D. 2002. 866 , et les obs. – Civ. 2 e, 24 sept. 1997, n o 94-19.485 , Bull. civ. II, n o 238 ;
D. 1997. 216 ; RTD civ. 1997. 994, obs. R. Perrot ; Procédures 1997. Comm. 258, note
R. Perrot).
58. Nous distinguerons l'exécution provisoire de droit (V. infra, n os 59 s.) de celle qui est
facultative (V. infra, n os 79 s.).
60. Jusqu'au décret n o 2004-836 du 20 août 2004, qui a ajouté son dernier alinéa à l'actuel
article 524, il se déduisait a contrario du texte que le premier président ne pouvait jamais
arrêter l'exécution provisoire dès qu'elle était attachée de plein droit à la décision dont il est
interjeté appel (V., par exemple, A. BLAISSE, Arrêt et aménagement de l'exécution provisoire
par le premier président, JCP 1985. I. 3183, n o 15). En effet l'« appréciation du juge ne peut
pas se substituer à la volonté de la loi » (Aix-en-Provence, ord. réf., 18 oct. et 15 nov. 1982,
D. 1983. IR 311, obs. Cl. Giverdon). La solution était constante dans la jurisprudence de la
Cour de cassation (Civ. 2 e, 14 mars 1979, n o 77-15.715 , Bull. civ. II, n o 80 ; RTD civ. 1979.
836, obs. R. Perrot. – Civ. 2 e, 17 juin 1987, n os 85-18.840 et 86-14.716 , Bull. civ. II,
n os 130 et 131 ; D. 1987. Somm. 359, obs. P. Julien ; RTD civ. 1988. 184, obs. R. Perrot. –
Civ. 2 e, 4 juin 1993, n o 91-21.245 , Bull. civ. II, n o 194. – Civ. 2 e, 13 janv. 2000, n o 99-
13.265 , Bull. civ. II, n o 5). Considéré comme un moyen de pur droit, il était possible de
contester l'intervention du premier président, pour la première fois, devant la Cour de
cassation (Civ. 2 e, 14 mars 1979, préc.).
61. Il avait parfois été tenté de contourner l'impossibilité d'agir sur le terrain de l'article 524,
en agissant sur le fondement du référé général de l'article 956. Ces tentatives ont été
déjouées, car elles contournaient ouvertement la règle de l'article 524 (en ce sens, Paris, ord.
réf., 31 oct. 1990, Bull. avoués 1990. 148. – V. aussi P. ESTOUP, La pratique des procédures
rapides, 2 e éd., 1993, Litec, n o 224, spéc. p. 176) et ont parfois même débouché sur la
sanction de la procédure abusive (C. pr. civ., art. 32-1 : Paris, 30 mars 1990, Bull. avoués
1990. 2. 58).
62. La position de principe, qui est toujours actuelle, a donné lieu à des réactions, d'abord
jurisprudentielles (V. infra, n os 63 s.) et, ensuite, législatives (V. infra, n os 65 s.).
A - Réactions jurisprudentielles
63. Il est arrivé que des premiers présidents se soient accordé le pouvoir d'aménager
l'exécution provisoire de droit, voire, plus directement encore, d'arrêter l'exécution provisoire
de droit. Il est en effet advenu que des premiers présidents de cour d'appel, saisis afin
d'arrêter l'exécution provisoire attachée à une ordonnance de référé entachée de graves
erreurs, se soient reconnu le pouvoir de suspendre l'exécution provisoire de droit en présence
de la violation flagrante de la loi. S'appuyant sur la méconnaissance d'une règle fondamentale
de procédure et, fréquemment, de la violation des droits de la défense, des juges ont estimé
que « la décision assortie de l'exécution provisoire de droit était intrinsèquement nulle et […]
de ce fait, il eût été manifestement excessif d'en poursuivre l'exécution immédiate, compte
tenu des conditions procédurales aberrantes dans lesquelles elle avait été élaborée »
(R. PERROT, obs. RTD civ. 1987. 152, spéc. b). Pour illustration, cette ordonnance de référé
qui avait expulsé le preneur d'un local commercial, alors même que l'assignation avait été
délivrée « à bref délai à une adresse que la demanderesse savait être périmée, ce qui a eu
pour effet de faire obstacle à la comparution du défendeur » (Aix-en-Provence, ord. réf.,
28 févr. 1983, D. 1984. IR 241, obs. P. Julien). Compte tenu de la gravité de la violation des
principes fondamentaux perpétrée, l'intervention des chefs de cour avait pour elle le bon sens.
Il n'en demeurait pas moins qu'elle manquait d'assise juridique (rappr. R. PERROT, obs. préc.).
Il est même arrivé que des juges aillent plus loin : le 25 avril 1986, le premier président de la
cour d'appel de Versailles a estimé : « S'il est de règle qu'en matière d'exécution provisoire de
plein droit le premier président ne dispose d'autre pouvoir que celui de la désignation d'un
séquestre, non requise en la cause, il en va différemment au cas où cette exécution provisoire
de droit s'attache aux dispositions d'une décision entachée de violation flagrante de la loi ou
d'erreur de droit manifeste » (Versailles, ord. réf., 25 avr. 1986, D. 1986. 521, note
P. Estoup ; RTD civ. 1987. 151, obs. R. Perrot). Le premier président s'est ainsi fondé sur « un
mal-jugé au fond » des premiers juges et condamne leur décision « à la censure des juges
d'appel » ! C'est là encore une solution de « bon sens » qui est mise en avant, mais cette fois
pour justifier l'arrêt de l'exécution provisoire d'une décision entachée d'une erreur de droit
manifeste (rappr. Lyon, ord. réf., 18 mai 1982, Gaz. Pal. 1982. 1. Somm. 178 ; RTD civ. 1982.
658, obs. R. Perrot). Or, au regard de ses pouvoirs en matière d'exécution provisoire, le
premier président n'a pas à devancer ce que pourra décider la Cour dans l'exercice de son
pouvoir de réformation (V. aussi R. PERROT, obs. RTD civ. 1988. 185). La Cour de cassation,
de son côté, a toujours adopté une position restrictive, en sanctionnant toute ordonnance
présidentielle venant atteindre à l'exécution de droit attachée à une décision. De nos jours, la
Cour de cassation reste vigilante au respect du caractère automatique de l'exécution
provisoire attachée par la loi à une décision (par ex. Soc. 12 avr. 2012, n o 11-14.896 ).
64. La faculté d'arrêter l'exécution provisoire de droit en raison d'un vice manifeste de forme
apparaissait néanmoins de plus en plus souhaitable et réalisable, avec toutefois le risque qui
affleurait d'ouvrir la porte à la restauration du principe de l'effet suspensif, pourtant
légalement neutralisé par l'effet de l'exécution de droit. Aussi des tempéraments législatifs
sont-ils apparus en la matière.
B - T empéraments législatifs
65. Des exceptions légales au principe d'exclusion de toute restauration en cas d'exécution
provisoire de droit sont apparues dans des domaines spécifiques : en matière de
redressement et de liquidation judiciaires des entreprises (Décr. n o 85-1388 du 27 déc. 1985,
anc. art. 155, al. 2. – V. auj. C. com., art. R. 661-1 ), en droit de la presse (L. du 29 juill.
1881, art. 64, qui permet d'arrêter l'exécution provisoire de la décision de référé limitant la
diffusion de l'information), en matière de recouvrement (LPF, art. R. 202-5), devant le juge de
l'exécution (L. n o 91-650 du 9 juill. 1991, art. 8, et Décr. n o 92-755 du 31 juill. 1992, art. 31 ;
auj. : CPCE, art. R. 121-22 ) et même en procédure administrative, où il est possible
d'obtenir le sursis à exécution des mesures exécutoires par provision ordonnées en référé-
instruction (CJA, art. R. 533-2 ) comme en référé-provision (CJA, art. R. 541-6 ). Il en est
de même pour les décisions de l'Autorité de la concurrence, contre lesquelles le recours n'est
pas suspensif mais pour lesquelles le premier président de la cour d'appel de Paris peut
ordonner qu'il soit sursis à exécution si ladite décision est susceptible d'entraîner des
conséquences manifestement excessives ou s'il est intervenu, postérieurement à sa
notification, des faits nouveaux d'une exceptionnelle gravité (C. com., art. L. 464-8 ).
66. Le troisième alinéa de l'article 524 du code de procédure civile, qui date du décret n o 81-
500 du 12 mai 1981 (D. 1981. 221) envisage non l'arrêt, mais l'aménagement de l'exécution
provisoire. Ainsi, en présence d'une exécution provisoire de droit, le premier président « peut
prendre les mesures prévues au deuxième alinéa de l'article 521 et à l'article 522 ». Le
premier président n'est pas alors limité par la vérification que l'exécution aurait des
conséquences excessives, ce qu'exige le texte pour pouvoir arrêter une exécution provisoire
facultative – c'est-à-dire ordonnée – (Soc. 30 juin 2004, n o 02-19.764. – Civ. 2 e, 23 janv.
o o e o
1991, n 89-18.925 , Bull. civ. II, n 26. – Civ. 2 , 16 juill. 1992, n 91-11.280 , Bull.
civ. II, n o 215). Le 6 décembre 2007, la deuxième chambre civile de la Cour de cassation a
jugé que, si le « premier président, saisi d'une demande tendant à l'arrêt de l'exécution
provisoire ordonnée par le premier juge, [ne saurait] apprécier la régularité ou le bien-fondé
de la décision entreprise, […] c'est dans l'exercice des pouvoirs laissés à sa discrétion par les
articles 521 et 524, 2 o du […] code de procédure civile [qu'il] a décidé d'aménager l'exécution
provisoire » (Civ. 2 e, 6 déc. 2007, n o 06-19.134 , Bull. civ. II, n o 262 ; D. 2008. 96 ;
D. 2008. 648, chron. J.-M. Sommer et C. Nicoletis ; RTD civ. 1988. 158, obs. R. Perrot).
67. L'article 522 autorise le juge à substituer « à la garantie primitive […] une garantie
équivalente ». Quant à la mise en place de la garantie, en réalité, l'exécution provisoire peut,
d'abord, être subordonnée à la constitution d'une garantie à proprement parler, par le
créancier de l'obligation (cas des articles 517 à 520). Elle peut, ensuite, être suspendue
contre consignation, dans les conditions de l'article 521. Dans les deux cas, il s'agit d'assurer
la protection du débiteur condamné en cas de succès de son appel et en vue de la restitution
à venir. L'article 517 permet de subordonner l'exécution provisoire « à la constitution d'une
garantie, réelle ou personnelle, suffisante pour répondre de toutes restitutions ou
réparations ». Ces réparations comprennent les intérêts légaux sur les sommes versées au
titre de l'exécution provisoire (Paris, 22 mai 1985, Bull. avoués 1985. 3. 94). Les articles 518
à 520 portent sur la mise en œuvre des garanties visées à ce texte.
68. L'aménagement de l'exécution provisoire de droit telle qu'elle résulte de l'article 521 du
code « ne concerne que les mesures pécuniaires, puisque [ce texte ne prévoit] que des
mesures de séquestre ou de consignation de fonds » (Versailles, ord. réf., 26 juill. 1988,
D. 1989. Somm. 179, 1 re esp., obs. P. Julien). L'article 521 prévoit dans son premier alinéa la
possibilité de consigner, sur autorisation du juge, des espèces ou valeurs suffisantes pour
garantir, en principal, intérêts et frais, le montant de la condamnation et, dans son second
alinéa, la remise à un séquestre, chargé de verser périodiquement à la victime une part
déterminée par le juge du capital versé en réparation d'un dommage corporel. La première de
ces deux dispositions est cependant limitée dans sa portée, puisque l'article 521, alinéa 1 er,
exclut expressément toute possibilité de consignation lorsque l'ordonnance de référé a pour
objet le paiement d'une provision. Le 2 juillet 1980, la Cour de cassation avait pourtant
déclaré que la consignation du montant de l'indemnité allouée par une ordonnance de référé
pouvait être effectuée (Civ. 2 e, 2 juill. 1980, n o 79-10.555 , Bull. civ. II, n o 171 ; Gaz. Pal.
1980. 2. 767, note J. Viatte ; RTD civ. 1981. 215, obs. R. Perrot). C'est pour contrer cette
jurisprudence que le décret n o 81-500 du 12 mai 1981 était venu expressément interdire le
recours à la consignation en cas de condamnation au versement d'une provision.
69. Quant au second alinéa du texte, il ne brille pas par sa clarté : quelle solution faut-il
retenir lorsqu'il s'agit de verser une provision sur dommages-intérêts corporels ? L'alinéa
second porte-t-il alors exception au principe de l'alinéa premier ? A priori, on peut penser que
la réponse est négative, car la remise des sommes à un séquestre a indirectement le même
effet que leur consignation (et, donc, le texte serait limité au cas qu'il envisage : Montpellier,
24 nov. 1981, Gaz. Pal. 1982. 1. Somm. 179. – Bordeaux, ord. réf., 11 juin 1981, Gaz. Pal.
1981. 2. 565, note E. du Rusquec. – Rappr. P. ESTOUP, op. cit., n o 224, spéc. p. 176).
Toutefois, rien n'empêche d'inverser le raisonnement et d'estimer que l'autorisation de
procéder à des versements périodiques amoindrit la portée de la critique exprimée, puisque,
justement, la consignation est évitée. D'ailleurs, la formule retenue par le texte est générale.
Elle vise les « cas de condamnation au versement d'un capital en réparation d'un dommage
corporel », sans plus de précision (Civ. 2 e, 16 juill. 1992, n o 91-11.280 , Bull. civ. II, n o 215 :
« Lorsque l'exécution provisoire est de droit, le premier président peut […] prendre la mesure
prévue à l'article 521, alinéa 2, du même code pour toute condamnation au versement d'un
capital, sans avoir à rechercher si l'exécution aurait des conséquences manifestement
excessives ». – V. aussi Versailles, 25 févr. 1982, Gaz. Pal. 1982. 2. 522, note M. Etivant).
L'article 524 semble alors permettre « de prendre une mesure de séquestre avec paiements
périodiques telle qu'elle est prévue » à l'article 521, alinéa 2 (Aix-en-Provence, 7 févr. 1983,
Gaz. Pal. 1983. 1. 331, note C. Dureuil ; RTD civ. 1983. 793, obs. R. Perrot). Cette prise de
position est conforme à la lettre du texte, la formule de l'article 524 ne comportant aucune
restriction relativement à la nature de la condamnation intervenue.
70. Par ailleurs, compte tenu des dispositions du texte, un blocage pur et simple de la
condamnation est exclu (Paris, 14 juin 1991, Bull. avoués 1991. 113), et il en va de même de
la suspension moyennant consignation (Soc. 11 déc. 1990, n o 89-13.249 , Bull. civ. V,
n o 642. – Paris, 15 déc. 1988, D. 1989. Somm. 179, obs. P. Julien).
71. Certes, on ne peut s'empêcher de penser que la mise sous séquestre du capital
correspondant à la provision, même s'il est versé périodiquement au créancier, constitue
indirectement une opposition à l'exécution provisoire de droit. Le renvoi opéré simplement à la
« mesure » de l'article 521, alinéa 2, peut ainsi être tenu soit pour le signe tangible de la
volonté du législateur de limiter les conséquences de l'exécution provisoire de droit en
autorisant la mise sous séquestre avec versement périodique d'une partie de la somme
allouée au créancier, sans pour autant permettre une mesure de consignation qui, elle,
suspend directement l'exécution provisoire (V. aussi G. PLUY ETTE, Les problèmes actuels de
l'exécution provisoire, Gaz. Pal. 1986. 1. Doctr. 74, spéc. p. 77, col. de droite) ; soit pour une
faille dans le système de l'exécution provisoire de droit. Compte tenu du peu de différences
qui séparent ces deux institutions (consignation/séquestre) en pratique, on est enclin à
penser que la réponse est davantage à rechercher dans la seconde éventualité plutôt que
dans la première. Il reste que cette défaillance laisse au premier président la liberté
d'ordonner une mesure de séquestre telle qu'elle est prévue à l'article 521, alinéa 2, lorsque
l'exécution provisoire est de droit.
72. De toute façon, la pratique ne semble pas très favorable à la mise en œuvre de ces
garanties, ce qui, humainement, se comprend : voilà un juge des référés qui affirme que la
créance n'est sérieusement contestable ni dans son principe ni dans son quantum et, dans le
même instant, il viendrait assortir sa décision d'une réserve tenant à l'éventualité d'une
restitution ? Compte tenu du caractère provisoire attaché à la procédure des référés, une telle
attitude serait certes compréhensible ; car en cas de remise en question de la décision par le
juge du principal, la garantie aura préservé les intérêts du plaideur malheureux en référé et,
dans l'hypothèse inverse, la garantie n'aura pas à jouer mais aura néanmoins tenu son rôle de
précaution… mais psychologiquement, c'est autre chose !
73. Le décret n o 2004-836 du 20 août 2004 est venu ajouter un nouveau dernier alinéa à
l'article 524 pour permettre au premier président d'arrêter l'exécution provisoire de droit en
cas de violation manifeste du principe de la contradiction ou de l'article 12, et à condition que
cette exécution comporte le risque de produire des conséquences manifestement excessives.
Le texte pose ainsi deux conditions cumulatives (Colmar, 28 juin 2007, JCP 2007. IV. 2806). Il
a été jugé que « l'erreur commise par un juge dans l'application ou l'interprétation d'une règle
de droit ne constitue pas une violation manifeste de l'article 12 » (Soc. 18 déc. 2007, n o 06-
44.548 , D. 2008. 165, obs. S. Maillard ; RDT 2008. 121, obs. F. Guiomard ; RTD civ.
2008. 158, obs. R. Perrot ; Dr. et proc. 2007. 149, obs. Ch. Lefort ; JCP 2008. II. 10030,
note H. Croze. – V., dans le même sens, Civ. 2 e, 19 févr. 2015, n o 14-18.458 , D. 2016. 449,
obs. N. Fricero ) ; il en va de même de l'erreur dans l'appréciation de la portée de l'autorité
de la chose jugée attachée à une précédente décision (Civ. 2 e, 24 sept. 2015, n o 14-25.496
), comme de celle commise dans l'appréciation du caractère sérieux ou non de la contestation
(Soc. 11 juill. 2012, n o 11-19.433 ). Il faut donc aller au-delà de la simple erreur de droit
pour tomber sous le coup du texte. C'est ainsi que le premier juge, qui ne respecte pas la
règle selon laquelle le criminel tient le civil en l'état, posée par l'article 4 du code de
procédure pénale, justifie par ce fait l'intervention du premier président (Grenoble, ord.,
16 févr. 2005, RTD civ. 2005. 453, obs. R. Perrot ) ; il en est de même de la décision qui ne
comporte « aucun fondement juridique et ne contient aucune motivation en droit » (Paris,
ord., 21 avr. 2005, JCP 2005. II. 10141, 1 re esp., note O. Schmitt et A. Tabouis) et de celle
qui ne tient pas compte de ce que « la défenderesse n'avait pas bénéficié du concours d'un
avocat » (Civ. 2 e, 19 févr. 2009, n o 08-10.834 ). En revanche, « la méconnaissance par le
juge de l'obligation de motiver les jugements ne constitue pas une violation manifeste de
l'article 12 du code de procédure civile, au sens de l'article 524 du même code » (Civ. 2 e,
15 oct. 2009, n o 08-15.489 , Bull. civ. II, n o 246 ; D. 2009. 2692 ).
74. Le décret n o 2005-1678 du 28 décembre 2005 a instauré, au niveau de l'appel (C. pr. civ.,
art. 526 ), un mécanisme équivalent à celui qui est prévu pour le pourvoi en cassation
(C. pr. civ., art. 1009-1 ), et pour lequel raisonnent les mots du premier président Pierre
DRAI : « Exécutez d'abord les décisions de premier degré exécutoire » ! Par cette mesure
d'administration judiciaire (Civ. 2 e, 18 juin 2009, n o 08-15.424 , Bull. civ. II, n o 167 ;
D. 2009. 2532, note V. Norguin ; D. 2009. 2069, chron. J.-M. Sommer et C. Nicoletis ;
D. 2010. 169, obs. N. Fricero ; RTD civ. 2009. 574, obs. R. Perrot ; JCP 2009. 369, obs.
S. Amrani-Mekki ; Dr. et proc. 2009. Comm. 265, obs. R. Perrot ; Dr. et proc. 2009. 349, note
M. Douchy-Oudot), le premier président ou, dès qu'il est saisi, le conseiller de la mise en état,
peut, à la demande de l'intimé, décider la radiation du rôle de l'affaire chaque fois que
l'appelant n'a pas exécuté la décision frappée d'appel ou n'a pas consigné alors qu'il en avait
l'obligation.
77. Après radiation, la réinscription de l'affaire au rôle de la cour est possible, sur justification
de l'exécution de la décision attaquée, sauf si le premier président constate que la
péremption est intervenue entretemps (C. pr. civ., art. 526 , dern. alinéa).
78. Cet article 526 a suscité des doutes en raison de sa capacité « à porter atteinte à
l'exercice comme à la substance même de la voie ordinaire de recours que constitue l'appel »
et explique la tendance des premiers présidents à manier le texte avec précaution (Colmar,
ord. CME, 10 janv. 2008, Dr. et proc. mars-avr. 2008. Comm. 107, obs. Ph. Hoonakker. Mais, si
la radiation pour cause d'inexécution de la décision exécutoire à titre provisoire est
dangereuse, elle n'est pas contraire au droit d'accès au juge par elle-même. La Cour de
Strasbourg a certes condamné la France sur ce terrain, mais c'est selon la situation concrète
de l'intéressé que la radiation peut constituer une atteinte disproportionnée au regard des
buts poursuivis (CEDH 31 mars 2011, Dr. et proc. 2011. 176, obs. Ph. Hoonakker). L'article 526
n'est pas critiqué en soi, mais le juge aura à faire preuve d'une plus grande circonspection
lorsqu'il statuera sur ce fondement plutôt que sur celui de l'article 1009-1 propre à la voie
exceptionnelle de recours qu'est le pourvoi en cassation.
80. L'exécution provisoire peut être arrêtée par le premier président, soit parce qu'elle est
interdite par la loi (V. infra, n os 81 s.), soit parce qu'elle emporte des conséquences
manifestement excessives (V. infra, n os 85 s.).
88. En application de cette jurisprudence, il a été jugé que le premier président pouvait tenir
compte de l'âge du débiteur, venant de prendre sa retraite (Paris, réf., 2 avr. 1992,
Bull. avoués 1992. 63. – Rappr. Cass., ord., 23 mai 2001, n o 00-17.518 : « Compte tenu de
leur âge, l'expulsion des époux X… de leur appartement aurait pour eux des conséquences
manifestement excessives »), du risque de non-remboursement par le créancier en cas
d'infirmation du jugement (Paris, 8 nov. 1990, Bull. avoués 1990. 145), ou encore de l'état
désastreux du marché immobilier (Paris, 12 juill. 1993, Bull. avoués 1993. 141).
89. Le caractère irréversible de l'exécution peut aussi servir de critère au premier président
(Civ. 2 e, 4 avr. 2002, n o 01-16.218 : « L'exécution provisoire de la liquidation [de la société]
prononcée entraînerait la perte de l'outil de travail ». – Rappr. Cass., ord., 21 mai 1997,
n o 94-18.989 , Bull. ord. n o 5, où l'élément déterminant était le fait de l'exercice de
l'« activité sociale dans les lieux desquels [l']expulsion a été ordonnée »). En revanche, le fait
de relever que le fils de la locataire initiale est entré dans les lieux avec sa mère et qu'il y vit
depuis lors avec sa compagne et son enfant, et qu'il y a réalisé des travaux, ne sont pas des
considérations propres « à établir le caractère manifestement excessif des conséquences
qu'entraîneraient pour [ce fils] l'exécution provisoire du jugement » (Civ. 2 e, 21 mars 2013,
n o 12-16.782 ). De même, le fait que l'exécution provisoire conduise à la vente du bien
immobilier, qui constitue le domicile de la personne, n'est pas un élément suffisant s'il n'est
pas démontré l'incapacité dans laquelle se trouve ladite personne de trouver un autre
logement susceptible de l'accueillir (Com. 6 mai 2014, n o 13-24.286 ).
90. La jurisprudence a pu se montrer divisée sur l'absence de motivation du premier juge
quant aux conséquences manifestement excessives de l'exécution provisoire prononcée sans
motivation par simple mention au dispositif du jugement (conséquences excessives : Paris,
18 mai 1990, Bull. avoués 1990. 64. – 5 déc. 1991, Bull. avoués 1992. 25. – En sens
contraire : Paris, 3 juin 1992, Bull. avoués 1992. 96). On pourrait s'appuyer sur le pouvoir
souverain d'appréciation du juge, quant au caractère manifestement excessif ou non de sa
décision sur ce point, pour exclure l'obligation de motivation, mais le pouvoir souverain n'est
pas un pouvoir discrétionnaire et c'est donc la seconde position qui semble la plus conforme
au droit.
91. Il faut, enfin, signaler que le système mis en place n'est pas un système de « tout ou
rien ». Il y a place pour la nuance et le premier président, quand il est saisi d'une demande
d'arrêt de l'exécution provisoire, peut décider de n'aller dans ce sens que pour une partie
seulement de la condamnation prononcée. L'autre, alors, reste immédiatement exécutoire
(Aix-en-Provence, 26 avr. 1976, Gaz. Pal. 1977. 1. Somm. 132. – Soc. 28 mars 1984, n o 81-
42.277 , Bull. civ. V, n o 127). Il faut aussi remarquer que, si la compensation légale a joué,
la décision du premier président d'arrêter une exécution provisoire ne saurait influer sur la
compensation déjà intervenue (Civ. 2 e, 13 oct. 2016, n o 15-23.437 , Bull. civ. à paraître ;
D. 2017. 1388, obs. A. Leborgne ; RTD civ. 2017. 151, obs. H. Barbier ).
92. Dans un même souci de nuance, on constate que diverses décisions avaient reconnu au
premier président la faculté d'accorder des délais de grâce (A. BLAISSE, article préc., JCP
1985. I. 3183, n o 26), certaines s'appuyant sur la nature législative du texte du code civil
donnant au juge le pouvoir d'accorder de tels délais (C. civ., art. 1343-5 ; anc. art. 1244-1
. – Par ex. Versailles, 11 déc. 1989, Gaz. Pal. 1990. 2. 458), d'autres « par application
combinée des articles 524 et 956 » du code de procédure civile (Paris, réf., 9 oct. 1989,
Bull. avoués 1989. 132). Mais la Cour de cassation, le 14 septembre 2006, a jugé, au visa des
articles 510 et 524 du code de procédure civile, que le premier président n'a « pas le pouvoir
d'accorder un délai de grâce » (Civ. 2 e, 14 sept. 2006, n o 05-21.300 , Bull. civ. II, n o 223 ;
D. 2006. 2347 ; D. 2007. 1380, obs. P. Julien . – Contra antérieurement : Civ. 1 re, 13 févr.
1996, n o 94-10.541 , Bull. civ. I, n o 77).
Index alphabétique
■ Arbitrage 40
■ Arrêt de l'exécution provisoire 22, 32 s., 43, 54 s., 78 s.
conséquences manifestement excessives
V. Conséquences manifestement excessives
consignation
V. Consignation
exécution provisoire de droit 58 s.
exécution provisoire interdite par la loi 80 s.
exécution provisoire ordonnée 78 s.
expulsion 87, 88
rétroactivité, absence 51, 56
■ Astreintes 24
■ Autorité de la concurrence 64
■ Avocat
honoraires 5
■ Compétence
conseiller de la mise en état 16
premier président 42 s.
exclusive 43
■ Instance autonome 44
■ Intimé 15, 55
■ Jour fixe 7, 18
■ Juge de l'exécution 24, 35, 64
■ Jugement improprement qualifié en dernier ressort 41
■ Mesure conservatoire 34
■ Mesure d'administration judiciaire 8
■ Mesures des articles 517 s. 32, 66, 83
■ Motivation 89
■ Omission de statuer 46 s.
■ Opposition 4, 54
■ Pension alimentaire 51
■ Pourvoi en cassation 3, 4, 19, 73, 77
recevabilité immédiate 45
■ Préemption 81
■ Préjudice au principal 26
■ Premier président
compétence 42 s.
■ Président de chambre 8
■ Président du tribunal 6, 29
■ Présomption d'innocence 28
■ Presse 64
■ Procédure administrative 64
■ Procédure à jour fixe 7, 18
■ Procédure collective 43, 86
■ Procédure pénale 43, 53
■ Provision 5, 29 s., 64, 67 s.
■ Radiation 42
■ Recours en révision 19
■ Recouvrement 64
■ Redressement et liquidation judiciaires 64
■ Référé « en la forme » 3, 41, 47
■ Référé en cours d'instance 7
■ Référé ordinaire 9 s.
■ Référé-injonction 33
■ Référé-provision 29 s.
administratif 64
réparation d'un préjudice corporel 68
urgence 31
■ Référé-rétractation 4
■ Remise au greffe 14
■ Requête 4
■ SAFER 81
■ Séquestre 67 s.
■ Signification 56
■ Sursis à statuer 3
■ Suspension de l'exécution provisoire
arrêt
V. Arrêt de l'exécution provisoire
■ Tierce opposition 19
■ Tribunal correctionnel 43, 53
■ Trouble manifestement illicite 34
■ Urgence 18, 20, 31, 49, 52, 53
■ Vie privée 28
■ Violation de la contradiction et de l'article 12 72
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