Services de connaissance et innovation PME
Services de connaissance et innovation PME
Mars 2012
David Doloreux, Ph.D.
École de gestion Telfer
Université d’Ottawa
Diffusion :
Institut national de la recherche scientifique
Centre – Urbanisation Culture Société
385, rue Sherbrooke Est
Montréal (Québec) H2X 1E3
[Link]
ISBN 978-2-89575-282-0
Dépôt légal : - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2012
- Bibliothèque et Archives Canada
© Tous droits réservés
Remerciements
Les auteurs remercient les personnes suivantes qui ont participé ou collaboré à la
réalisation de cette étude :
Les partenaires :
But du rapport
Ce rapport, qui a bénéficié d’une contribution financière du programme Études en
développement économique régional de Développement économique Canada, a pour
but d’explorer les questions suivantes :
Ces services agissent-ils seuls ou en interaction les uns avec les autres? Certains
services sont-ils plus associés aux activités d’innovation que d’autres?
Les établissements qui sont plus éloignés des prestataires de services sont-ils
plus ou moins innovants?
Méthode
Une enquête a été effectuée d’avril à juin 2011 auprès de 804 établissements
manufacturiers au Québec. L’échantillon est représentatif selon les secteurs
économiques (classement en quatre grands secteurs manufacturiers) et selon la
localisation au centre ou en périphérie (classement selon la présence ou pas en zone
urbaine et selon la proximité d’une métropole). Les résultats de cette enquête ont été
compilés, géo-référencés et analysés avec des techniques exploratoires (tableaux
croisés, chi2) et des techniques plus poussées (analyses factorielles, de classification, de
régression simple, de régression multiniveau).
Résultats
A. Innovation et utilisation de services
3. Ce ne sont pas nécessairement les utilisateurs qui vont le plus loin pour chercher
leurs services qui sont les plus innovants ni ceux qui se servent de services locaux.
Autrement dit, il n’y a pas d’effet de milieu (n’est pas plus innovant un
établissement qui interagit avec des services de proximité) ni d’effet de distance (ce
n’est pas par ce qu’on va loin pour chercher un service que l’on est plus innovant).
4. Ce dernier point nous mène à conclure que les utilisateurs de services identifient le
meilleur prestataire, quelle qu’en soit la localisation au Québec, et font ensuite le
nécessaire pour communiquer avec. Plus la distance est grande entre utilisateur et
prestataire, plus grande est l’importance des contacts par voie électronique.
v
5. Il est aussi important de noter – et ceci est en accord avec nos constats précédents –
que le fait d’accorder de l’importance aux contacts face à face avec les prestataires
de services n’augmente pas la propension à innover. Ceci nous mène à conclure
qu’une fois la confiance et la compréhension des enjeux établies entre utilisateurs et
prestataires de services (en général par le biais de rencontres en face à face chez
l’utilisateur) les contacts électroniques sont des substituts aux rencontres face à face
de routine.
C. Conclusions et implications
3. Même si les établissements manufacturiers dans les régions éloignées perçoivent des
barrières à l’utilisation de services (surtout la distance), ceci ne semble pas avoir
d’effet sur leur utilisation effective de services.
4. Certains établissements, surtout en région éloignée, mais aussi dans des métropoles
comme Québec, sont très éloignés de leurs prestataires de services : la mobilité et
l’accessibilité physique entre prestataires et utilisateurs (afin de permettre les
premières rencontres face à face) sont un enjeu important.
INTRODUCTION ..................................................................................................................... 1
Contexte et mandat......................................................................................................................1
Méthode de travail .......................................................................................................................3
Plan du rapport ............................................................................................................................4
BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................................. 91
v
Contexte et mandat
Malgré son importance économique en termes d’emplois et de valeur ajoutée1, le secteur
des services à forte intensité de connaissances (SFIC) a reçu relativement peu d’attention
jusqu’ici dans les travaux d’analyse et d’enquête, ou encore dans le cadre de l’élaboration
de politiques de développement économique ou de soutien aux entreprises. Ce projet
cherche à combler en partie cette lacune. Il porte sur l’utilisation des SFIC dans la
production manufacturière et s’intéresse notamment à l’influence que ceux-ci ont sur
l’innovation dans ce secteur. L’objectif du projet consiste à déterminer dans quelle
mesure et de quelle manière les entreprises manufacturières emploient les SFIC; dans
quelle mesure les SFIC contribuent à l’innovation des produits et processus au sein des
entreprises manufacturières; et dans quelle mesure l’utilisation et l’effet des SFIC varient
selon la région, le secteur économique et l’éloignement géographique par rapport aux
grands centres urbains. Cette étude s’appuie sur une enquête réalisée auprès de 804
établissements manufacturiers oeuvrant au Québec dans différents secteurs.
Ces questions portent sur des domaines touchant directement les transformations du
secteur manufacturier et les nouvelles manières de fonctionner des entreprises à forte
valeur ajoutée. En effet, les SFIC sont de plus en plus considérés comme des moteurs
importants de la croissance dans les économies modernes et jouent un rôle central dans
les processus d'innovation. Ils agissent très souvent comme intermédiaires et leurs
contributions sont multiples, que ce soit comme sources, facilitateurs ou vecteurs de
l’innovation.
Par l’entremise des trois questions formulées ci-dessus, ce projet de recherche se veut
d’abord un travail exploratoire visant à établir et comprendre le rôle et l’utilisation des
SFIC par les entreprises manufacturières comme élément de soutien à leur processus
d’innovation. Il vise trois objectifs :
1
En 2010, le PIB du secteur SCIAN 54 (services techniques et professionnels) est estimé à 61 milliards de dollars
($ 2002). À titre de comparaison, le secteur SCIAN 21 (extraction minière, exploitation minière, extraction de pétrole et
de gaz) a un PIB estimé à 54 milliards et celui des secteurs SCIAN 31-33 (secteurs de fabrication ou manufacturiers)
est estimé à 152 milliards (voir [Link]/eic/site/[Link]/fra/h_00007.html, consulté le 5 janvier 2012).
2
Présenter une synthèse des connaissances relatives à l’utilisation des services pour
le développement et la capacité d’innovation des PME manufacturières. La
synthèse que nous proposons permettra d’améliorer la connaissance théorique et
pratique des liens existant entre l’utilisation des services et la production
manufacturière à plus haute valeur ajoutée.
Comprendre les variations régionales en matière d’utilisation des services par les
PME manufacturières et examiner dans quelle mesure des contextes régionaux
différents impliquent des utilisations différentes des services.
Selon la définition utilisée dans cette étude, les SFIC désignent les activités de services
intermédiaires produites ou intégrées par les entreprises dans le cadre d’activités de
production (que ce soit la production de biens matériels ou de services) ou en tant que
services autonomes (OCDE, 2007). Parmi les SFIC figurent le développement des
logiciels, la RD et d’autres activités de services à forte intensité de connaissances incluant
les services juridiques, de publicité et de recrutement (Doloreux et Shearmur, 2011). Ces
services sont essentiels au fonctionnement des entreprises; l’accès aux services et leur
utilisation en vue de soutenir les processus de fabrication demeurent des facteurs
essentiels pour la croissance de la productivité dans l’ensemble des économies.
Il est à noter – et nous y reviendrons par la suite – que le cœur de notre analyse empirique
est fondé sur les services reçus par les entreprises et non sur la nature ou le secteur
auquel appartient le prestataire de services. Autrement dit, un service comptable reçu par
une entreprise pourrait éventuellement provenir d’un cabinet de conseillers en gestion ou
d’avocats : cette distinction, peu importante si nous discutons de manière générale des
SFIC, devient primordiale dès lors que l’on cherche à comprendre empiriquement
comment ces services s’insèrent dans la logique de production des entreprises
manufacturières (Landry et Amara, 2010).
n’ont abordé et traité de ce sujet sous l’angle des utilisateurs de services dans les
processus d’innovation et celui du lien existant entre le recours à ces services et les
territoires.
Le projet se compose de trois volets étroitement articulés entre eux. Le premier, de nature
théorique, permettra de conceptualiser le rôle que jouent les SFIC en matière
d’innovation. L’analyse que nous proposons s’efforce d’accroître la connaissance
théorique des liens existant entre SFIC et processus d’innovation sous l’angle du rôle
fonctionnel spécifique que jouent ces services sur les capacités et les performances des
entreprises en matière d’innovation.
Le deuxième volet est de nature empirique. Dans le cadre de ce volet du projet, des
données inédites ont été recueillies auprès de 804 répondants et des méthodes originales
ont été mises en œuvre pour appréhender la géographie de leur utilisation des services.
L’analyse empirique permettra d’offrir un éventail diversifié de contextes industriels et
régionaux et donnera la possibilité d’examiner et mieux cerner le rôle des SFIC dans
l’innovation, les paramètres qui expliquent la variation (ou l’absence de variation)
concernant le recours aux SFIC, ainsi que les variations régionales en matière
d’utilisation des SFIC au sein des entreprises manufacturières.
La conclusion tentera de dégager une série de constats visant à éclairer les politiques de
développement économique et les politiques de l’innovation tout en fournissant des
indications sur les approches éventuellement susceptibles d’améliorer l’accès à ces
services dans différents contextes régionaux.
Méthode de travail
Cette étude s’appuie sur une enquête – effectuée auprès des établissements
manufacturiers – portant sur les activités de SFIC qui soutiennent les processus de
fabrication dans les entreprises manufacturières au Québec. Cette enquête a été élaborée
dans le cadre de ce projet de recherche. L’enquête a été financée par Développement
économique Canada (2010-2012) à une proportion de 66 %, avec un apport financier (34
%) de fonds de recherche de l’équipe. Le questionnaire de l’enquête a été élaboré par les
professeurs David Doloreux et Richard Shearmur, en collaboration avec le professeur
Réjean Landry. Le questionnaire s’inspire des enquêtes sur l’innovation de l’OCDE, de la
Communauté européenne (CIS Surveys), de Statistiques Canada (Enquêtes sur
l’innovation) ainsi que de la littérature scientifique sur l’innovation et les services. La
méthodologie mise en œuvre pour appréhender la géographie de l’utilisation des services
4
est, quant à elle, originale et dépasse les approches habituelles qui sont souvent fondées
sur une catégorisation peu détaillée (par exemple : local, régional, national, global) de la
localisation des interlocuteurs.
Plan du rapport
Le rapport est divisé en trois grandes sections. Après cette introduction, la première
section est consacrée à la revue de la littérature dans laquelle nous recenserons les
principaux travaux portant sur les SFIC afin d’être en mesure de fournir une définition
des SFIC, de leur rôle dans l’économie et de leur contribution au processus d’innovation.
Nous mettrons également en valeur l’importance des SFIC pour le développement
économique des régions.
Enfin, la troisième section présente les principaux constats découlant des chapitres
précédents et fait ressortir les implications afin d’aider l’action gouvernementale en ce
qui concerne l’offre et l’utilisation des services destinés à soutenir l’innovation et
stimuler le développement économique des régions.
5
DÉFINITION ET CARACTÉRISTIQUES
Il existe de nombreuses définitions des SFIC (cf. tableau 1.A). Selon Miles et al. (1995), il s’agit
d’un secteur qui implique des activités économiques dont l’offre par les prestataires et
l’utilisation par les clients ont pour objectif de créer, accumuler et disséminer les connaissances.
Selon Muller et Doloreux (2009), qui reprennent un concept clé de la littérature sur les services,
l’activité principale des SFIC repose sur le capital humain, lequel constitue de ce fait le principal
facteur de production. Les SFIC se basent sur le traitement de l’information et l’utilisation de la
connaissance. Une autre manière de les concevoir les décrit comme des utilisateurs, des créateurs
et des relayeurs de nouvelles technologies. Les SFIC demandent donc un personnel qualifié. Le
capital humain est déterminant pour ces services.
Il est difficile, voire impossible, de faire une distinction entre les SFIC et les services supérieurs
(Woods, 2006; Shearmur et Doloreux, 2008). Ces deux termes, qui font en gros référence aux
mêmes activités, sont issus de deux courants de littérature différents. Or il est important de
reconnaître d’entrée de jeu que, conceptuellement et empiriquement, ces services sont identiques,
car la recherche sur les services datant d’avant l’an 2000 (environ) ainsi que la recherche
effectuée par des chercheurs en géographie et en sciences régionales font en général référence
aux services supérieurs et non aux SFIC.
Les SFIC constituent un sous-secteur des services et regroupent les établissements dont l’activité
principale repose sur le capital humain, les connaissances et les compétences. Selon le système
de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), la définition des SFIC inclut
les « services professionnels, scientifiques et techniques (SCIAN 541) ». Les principales
composantes de ce sous-secteur sont : les services juridiques (SCIAN 5411); les services de
comptabilité et les services connexes (SCIAN 5412); l'architecture, le génie et les services
connexes (SCIAN 5413); les services de design (SCIAN 5414); les services de conseils en
gestion et de conseils scientifiques et techniques (SCIAN 5416); les services de recherche et de
développement scientifiques (SCIAN 5417); la publicité et les services connexes (SCIAN 5418)
et autres services professionnels, scientifiques et techniques (SCIAN 5419). Le tableau 1.B
présente les différents secteurs compris dans les SFIC ainsi qu’une courte description de leurs
activités principales.
6
L’ensemble de ces services ont pour particularité d’être non seulement intensifs en ce qui
concerne le savoir, mais également d’être des services intermédiaires (c’est-à-dire destinés à
d’autres entreprises). L’appellation anglaise « KIBS » pour « Knowledge Intensive Business
Services » – l’équivalent de services supérieurs aux entreprises – répond mieux aux services
regroupés sous le code SCIAN 54. Le terme SFIC (dont équivalent anglais est « KIS » pour
« Knowledge Intensive Services ») ne se limite pas aux services intermédiaires mais peut
englober tout service intensif de connaissances quels que soient son positionnement dans la
chaîne de valeur et ses clients.
Par exemple, selon la classification SCIAN 54, les établissements dont l'activité principale
consiste à dispenser un enseignement et une formation dans une grande variété de matières ainsi
que ceux dont l'activité principale consiste à fournir des soins de santé en assurant des services
diagnostiques et thérapeutiques ne font pas partie du secteur des SFIC (Miles, 2008). Il en est de
même pour les secteurs qui comprennent les établissements dont l’activité principale consiste à
offrir des services de soutien essentiels à la production des secteurs des ressources (agriculture,
foresterie, pétrole et mines) ou des activités destinées à soutenir le secteur du transport terrestre,
aérien ou naval (Shearmur et Doloreux, 2008). La définition des SFIC par code SCIAN est
également limitée par le fait que nombre de services offerts et de fonctions remplies par un
établissement ne cadrent pas dans le système de classification industrielle (Hipp, 1999). Par
exemple, nous pouvons citer le cas des conseils en gestion qui offrent des conseils comptables
sur la technologie, les ressources humaines, etc.
Une autre manière de réfléchir sur la définition des SFIC consiste à considérer les fonctions de
ces services et la manière dont ils s’insèrent dans la chaîne de valeur (Landry et Amara, 2010;
OCDE, 2007). Ainsi, en vertu de cette approche, les services ne sont plus classés en fonction du
secteur d’activité du pourvoyeur de services (dont certaines activités peuvent ne pas
correspondre à son activité principale identifiée par le code SCIAN), mais en fonction du service
reçu par le client, et ce, quelle que soit la nature du pourvoyeur. Par exemple, un service de
comptabilité fourni par une entreprise de conseil en gestion sera identifié comme un service
comptable (la fonction même du service) et non comme un service de conseil en gestion
(l’activité principale du pourvoyeur).
Malgré les différentes façons de définir les SFIC, il demeure que l’utilisation des classifications
industrielles s’avère l’approche la plus populaire et qu’elle correspond à celle que nous avons
adoptée dans cette revue de la littérature. Cependant, il s’agit de bien comprendre que les
classifications industrielles ne sont, in fine, qu’une tentative de classer les établissements en
fonction du service offert ou du bien final fabriqué. Dès lors, lorsque nous passons à l’étude
empirique, nous retenons une liste de services dont la nomenclature ressemble, pour une grande
7
part, à des secteurs industriels. Mais nous ne faisons plus référence aux secteurs; ce qui nous
intéresse de façon primordiale, c’est la nature du service reçu par l’utilisateur, et ce, quelle que
soit la nature du prestataire. Cette approche correspond non seulement plus précisément à la
perception des répondants, mais elle permet également de situer chaque service reçu dans la
chaîne de création de valeur manufacturière. En effet, certains types de services (par exemple la
recherche d’informations sur les technologies adaptées) sont logiquement préalables à d’autres
(par exemple la construction de prototypes ou les services relatifs à l’obtention de brevets).
Ce qui distingue notre acception du terme est que les services retenus sont essentiellement des
services intermédiaires (c’est-à-dire des services aux entreprises et non à des particuliers) et
qu’ils fournissent des prestations dites professionnelles à d'autres entreprises ou organisations.
Selon notre définition, l'une des caractéristiques majeures des SFIC réside dans le fait que leurs
prestations reposent généralement sur une forte expertise en matière de connaissances dans un
domaine précis. Les activités des SFIC recouvrent typiquement des domaines tels que les
8
services liés aux technologies de l'information et de la communication, les services de RD, les
services de conseil dans les domaines techniques, juridiques, fiscaux, financiers et managériaux
ou encore les services destinés à soutenir le marketing et la communication d'entreprise.
Dans l’ensemble, les spécialistes s’entendent toutefois pour reconnaître les principales
caractéristiques qui distinguent les SFIC des autres secteurs économiques :
Le rôle des SFIC consiste à transférer des connaissances et des compétences aux
organisations utilisatrices (Leiponen, 2006);
Les services fournis par les SFIC sont spécifiques aux clients (Muller et Doloreux, 2009);
Les SFIC agissent comme intermédiaires entre la base de connaissances tacites des clients
et leur bassin de connaissances codifiées, augmentant ainsi l'échange entre différents
types de connaissances (Toivenen, 2006);
SFIC technologiques
5413 Architecture, Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
génie et services des services d'architecture et de génie et des services connexes tels que des services
connexes de conception de structures, de dessin technique, d'inspection de bâtiments,
d'aménagement paysager, de prospection, de levé, d'arpentage et de cartographie,
d'essai en laboratoire et sur le terrain, de design d'intérieur, de design industriel et
de design graphique ainsi que d'autres services spécialisés de design.
5414 Services Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
spécialisés de des services spécialisés de design, sauf les services de conception architecturale et
design technique et les services de conception de systèmes informatiques.
5415 Conception de Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
systèmes une expertise dans le domaine des technologies de l'information. Ces
informatiques et établissements peuvent notamment : concevoir, modifier, tester et prendre en
services charge des logiciels pour répondre aux besoins d'un client, y compris créer des
connexes pages d'accueil Internet; planifier et concevoir des systèmes informatiques
intégrant la technologie du matériel, celle des logiciels et celle des
communications; gérer et exploiter sur place les installations d'informatique et de
traitement des données de clients; donner des conseils dans le domaine des
technologies de l'information; fournir d'autres services professionnels et techniques
de nature informatique.
5417 Services de Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à réaliser
recherche et de des investigations originales systématiques pour élargir le champ des
développement connaissances (recherche) et à appliquer les résultats de recherche ou d'autres
scientifiques connaissances scientifiques à la création de produits ou de procédés nouveaux ou
nettement améliorés (développement expérimental). Les classes de ce groupe sont
définies selon le domaine de recherche, c'est-à-dire en fonction de l'expertise
scientifique de l'établissement.
SFIC professionnelles
5411 Services Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
juridiques des services juridiques et para juridiques. Parmi les établissements de cette classe,
notons les études d'avocats, les études de notaires et les bureaux de spécialistes
para juridiques.
5412 Services de Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste : à
comptabilité vérifier des comptes; à concevoir des systèmes comptables; à préparer des états
financiers; à établir des budgets; à remplir des déclarations de revenus; à préparer
la paye; à tenir les livres; à établir des factures.
10
5419 Autres services Ce groupe comprend les établissements qui ne figurent dans aucun autre groupe et
professionnels, dont l'activité principale consiste à fournir des services professionnels, scientifiques
scientifiques et et techniques. Parmi les établissements de ce groupe, notons : les sociétés d'études
techniques de marché et les maisons de sondage; les studios de photographie; les cabinets de
traducteurs et d'interprètes; les cabinets de vétérinaires.
* [Link]
Un autre facteur qui a contribué à la croissance de ces services est la spécialisation accrue des
entreprises (Daniels, 1985). D’une part, depuis les années 1970, les entreprises manufacturières
ont eu tendance à réduire leurs départements internes dédiés aux services afin de se concentrer
sur la fabrication pour augmenter leur compétitivité. D’autre part – et parallèlement – la qualité
des services externes s’est améliorée car des prestataires plus grands et plus expérimentés ont
11
pris leur essor pour répondre à (et/ou développer) cette nouvelle demande. Il existerait donc une
symbiose entre les utilisateurs de services et les prestataires attribuable aux possibilités de
spécialisation de part et d’autre. Par ailleurs, bien que ce raisonnement positionne les entreprises
manufacturières comme utilisatrices et les entreprises de services comme prestataires, ces
divisions sectorielles sont de moins en moins pertinentes : les entreprises de services sont elles-
mêmes de grandes utilisatrices de services et les entreprises manufacturières – comme IBM par
exemple – se tournent parfois vers la prestation de services (Bryson et al., 2004).
Ces différentes fonctions dépendent en partie des besoins de l’organisation utilisatrice et des
modalités selon lesquelles celle-ci internalise certaines fonctions ou les externalise en ayant
recours aux services du prestataire. Ces aspects participent au caractère interactif de la relation
qui existe entre prestataires de SFIC et utilisateurs (ou clients). Dans leur ensemble, les SFIC
exercent plusieurs fonctions majeures qui peuvent avoir des effets sur les processus d’innovation
de diverses manières. Selon l’OCDE (2007 : 18), les types de services offerts par les SFIC sont
multiples. À titre d’exemple, les services de renouvellement sont des services offerts en lien
direct avec l’innovation, comme par exemple la RD et le conseil en gestion stratégique. Les
services courants incluent les services qui contribuent à améliorer la maintenance et la gestion de
divers sous-systèmes dans les entreprises, comme par exemple la comptabilité et la fiscalité. Les
services de conformité aident les entreprises dans leur fonctionnement au niveau légal et leurs
divers régimes règlementaires et comprennent, par exemple, les services juridiques. Les services
de réseaux permettent de faciliter l’échange de connaissances et la répartition des ressources par
l’entremise, par exemple, des réseaux liés à la production.
12
INNOVATION ET SFIC
Nous avons souligné ci-dessus la nature symbiotique de la relation qui existe entre les SFIC et
leurs utilisateurs. Cette relation a été rapidement esquissée à la lumière de la spécialisation
accrue qu’elle rend possible. Or, cette idée que les établissements ne sont pas toujours en
compétition avec l’extérieur mais qu’ils tirent souvent de l’extérieur les facteurs nécessaires à
leur développement (fournitures, idées, support institutionnel, services, etc.) et qu’ils doivent, en
conséquence, collaborer et/ou coproduire a été pleinement développée par les économistes
institutionnalistes, notamment ceux qui se penchent sur le processus d’innovation.
En effet, l’innovation est le résultat des nouvelles connaissances et informations obtenues à partir
des processus cumulatifs et évolutifs de diverses sources de connaissances. Cette
conceptualisation de l’innovation est centrée sur la nature interactive et systémique du processus
d’innovation (Edquist, 2005). L’innovation n’est plus définie comme étant le résultat d’un
processus séquentiel et technocratique ou d’un acte purement technique basé sur la production
d’un nouveau produit : elle résulte des interactions et échanges, qui peuvent être compétitifs,
collaboratifs ou marchands, entre divers acteurs économiques.
1. Les caractéristiques internes et les choix d’organisation internes des entreprises. Ceci
réfère à l’influence de l’architecture interne des organisations en termes de structures
organisationnelles et de modes de circulation des informations. L’entreprise dispose de
caractéristiques propres, telles que la taille, l’âge, les dépenses en RD, les modes
d’organisation des décisions et de circulation des connaissances, etc. Ces caractéristiques
influencent, à différents niveaux, la propension des entreprises à mettre en place des
stratégies orientées vers l’innovation.
13
2. Les modes de coordination et de coopération avec les partenaires externes. Ceci réfère
aux relations externes que l’entreprise tisse avec son environnement considéré comme un
ensemble de partenaires variés en amont et en aval. Une attention particulière peut être
accordée à l’ensemble des sources de connaissances externes choisies par l’entreprise
ainsi qu’à ses formes de coopération avec ses partenaires externes.
3. Les capacités à capter les connaissances dans l’environnement externe. Ceci repose sur
l’observation que l’ensemble des caractéristiques territoriales, marchandes et
institutionnelles de l’environnement de l’entreprise influence sa capacité d’innovation. En
effet, le processus d’innovation est un processus interactif qui met au premier plan le rôle
fondamental des connaissances dans la capacité d’innovation. Dans ce contexte,
différentes dimensions de l’environnement de l’entreprise sont mises de l’avant comme
étant des éléments de constitution de cette base de connaissances. Ainsi, l’environnement
dans lequel l’entreprise est insérée (l’environnement spatial ou régional a souvent été
souligné) serait de manière directe et indirecte une source d’externalités (institutionnelles,
de connaissances ou de collaborations) favorables à l’innovation.
Malgré son importance économique, le secteur des services a reçu relativement peu d’attention
jusqu’ici dans les travaux et les enquêtes portant sur l’innovation. Ce manque d’intérêt peut être
attribuable au fait que les services ont longtemps été considérés comme des activités résiduelles
ou subsidiaires par rapport aux secteurs manufacturiers (Cohen et Zysman, 1987). Jusqu’à tout
récemment, la réflexion a été centrée sur la production dans les industries manufacturières et,
plus rarement, dans les industries de services. Or, ces approches ont négligé l’interaction entre
ces deux secteurs et, de manière plus générale, l’interaction entre fonctions économiques
différentes dans la production globale d’innovation et de valeur ajoutée. Il est quelque peu
paradoxal que le foisonnement de raisonnements portant sur les apports de l’environnement
externe sur le fonctionnement des entreprises n’ait pas encore abouti à plus d’études empiriques
consacrées à ces interactions. Quant à la réflexion axée sur l’innovation dans les services, celle-ci
n’a été amorcée que tout récemment, victime elle aussi de la prégnance des travaux sur le
manufacturier et des travaux d’analyse et des outils d’enquête propres au secteur manufacturier :
ici aussi, ces travaux ont eu tendance à analyser l’innovation au sein du secteur des services et
beaucoup moins la contribution des services à l’innovation chez leurs clients2.
L’économie des services et des SFIC distingue trois perspectives pour aborder la question de
l’innovation (Djellal et Gallouj, 2009; Gallouj et Savana, 2009; Evangelista, 2006; Tether, 2005;
Gallouj, 2002). Dans un premier temps, la perspective assimilatrice adopte une conception et
2
Quelques exceptions – comme MacPherson, 1997 et, plus récemment, MacPherson, 2008 - confirment ce constat global. Par
contre, certaines études se sont récemment penchées sur le rôle des organismes d’intermédiation et sur les liens entre
universités et entreprises manufacturières (voir, par exemple, Landry et Amara, 2010; Barge-Gil et Modrego, 2009)
14
une analyse des services sous l’angle technologique et considère que les services se contentent
d’adopter l’innovation technologique produite dans les secteurs manufacturiers. En s’appuyant
sur les définitions du Manuel d’Oslo (2005) et des enquêtes nationales3, l’approche consiste à
définir l’innovation dans les services à partir des indicateurs technologiques définis pour le
manufacturier et de les appliquer aux services. À travers cette approche, la compréhension de
l’innovation dans les services se retrouve biaisée par l’utilisation d’outils et d’indicateurs définis
sous l’angle strict des technologies développées dans le secteur manufacturiers (Tether, 2005).
Dans un second temps, la perspective de différenciation soutient que l'innovation dans les
services est distinctement différente de l'innovation dans le secteur manufacturier. Par
conséquent, les spécificités et particularités de l'innovation dans les services nécessitent de
nouvelles théories et des outils analytiques différents de ceux développés pour comprendre et
saisir l'innovation dans le secteur manufacturier. Le concept d'innovation est significativement
élargi pour inclure les aspects cognitifs de l'innovation, à savoir « all sorts of learning processes,
and any chance and creative act related to the continuous improvement and implementation of
practices, organizational arrangements, business methods and relation patterns » (Evangelista,
2006 : 656).
Dans un troisième temps, la perspective d’intégration considère qu’il est nécessaire d’intégrer
les services progressivement et de manière plus systématique aux enquêtes de l’innovation.
Dans ce contexte, bien que les manufacturiers et les services n’innovent pas de la même manière,
il est important de prendre en compte les spécificités des services et de leurs caractéristiques,
notamment leur caractère immatériel et leur hétérogénéité, dans les enquêtes sur l’innovation.
En procédant ainsi, il est possible d’intégrer de nouvelles dimensions à la compréhension de
l’innovation tant au niveau des manufacturiers que des services.
Au-delà de ces perspectives, selon Doloreux et al. (2010), la réalité de l’innovation dans les
services, et plus précisément les SFIC, demeure complexe. Elle est complexe car les travaux sur
le sujet sont très récents et il n’existe pas encore de définition claire et arrêtée de ce qu’est
l’innovation dans les SFIC. Ensuite, les activités d’innovation dans les SFIC ne se laissent pas
facilement enfermer dans des catégories analytiques et statistiques forgées avant tout pour le
secteur manufacturier. L’innovation dans les SFIC, comme dans le secteur manufacturier, peut
emprunter des formes et des trajectoires aussi diverses que multiples. De plus, dans la mesure où
– presque par définition – les SFIC ne sont pas des services standardisés mais sont coproduits
avec le client (Daniels, 1985; Bryson et al., 2004) – le problème de définition de l’innovation est
encore plus délicat que dans les secteurs où le produit/service, même s’il peut-être complexe, est
standardisé.
3
Community Innovation Survey et Enquête sur l’innovation de Statistiques Canada.
15
Miles (2008) reconnaît généralement que l’innovation dans les SFIC découle moins des
investissements consentis dans la RD formelle et plus de l’acquisition de connaissances auprès
de sources externes. Par ailleurs, le développement de ressources humaines est particulièrement
important pour les entreprises des SFIC étant donné qu’elles reposent lourdement sur les
travailleurs hautement qualifiés et les diplômés de haut niveau pour innover.
En somme, lorsqu’on se penche sur l’innovation dans les SFIC, on est souvent amené à la
concevoir comme un processus singulier (Gallouj et Savana, 2009; Strambach, 2008). Étant
donné le caractère intangible des services, le résultat de l’innovation est intangible. Souvent,
l’innovation correspond à une nouvelle idée, une nouvelle approche ou une nouvelle méthode
visant à introduire un nouveau service sur le marché ou à améliorer sensiblement les services
existants (OCDE, 2007). Le processus d’innovation est relationnel dans la mesure où l’utilisateur
est lié directement au producteur dans le processus d’innovation. L’innovation se développe dans
une séquence d’opérations qui évolue selon les réactions du client avec comme objectif de
trouver la solution à un problème particulier posé par ce dernier (Den Hertog, 2000). Le
processus d’innovation et son résultat sont personnalisés. Étant donné que le processus
d’innovation revêt un caractère fortement interactif avec l’utilisateur, l’innovation dans les SFIC
devient un processus sur mesure adapté aux exigences et besoins particuliers de l’utilisateur.
Finalement, le processus d’innovation dans les services est évolutif et cumulatif dans la mesure
où, au fur et à mesure que l’innovation se développe, elle implique une évolution de la base de
connaissances de l’entreprise de services et de l’utilisateur (Strambach, 2008). De ce fait, la
conjonction de la nature particulière des bases de connaissances des SFIC et des entreprises
utilisatrices et du caractère hautement interactif des prestations de services qui les relient aboutit
à un phénomène de renforcement mutuel des activités d'innovation de ces entreprises.
Même si la nature exacte de l’innovation au sein d’une entreprise de SFIC peut être délicate à
circonscrire, celle-ci peut tout de même être catégorisée du point de vue de l’entreprise.
L’entreprise est en général capable de déterminer si, d’une part, elle a innové, et si, d’autre part,
cette innovation revêt un caractère correspondant à la typologie du Manuel d’Oslo (OCDE, 2005:
55-60). Ce manuel propose les définitions et les catégories suivantes :
L’innovation est aussi conceptualisée comme un processus fondé sur des relations de proximité,
conditions favorables aux interactions et apprentissages en vue de l’exploration de nouvelles
combinaisons de connaissances et d’opportunités (Torre, 2009; Boschma, 2005). Cette proximité
n’est pas nécessairement spatiale : en effet, elle est souvent de nature sociale ou
organisationnelle. Autrement dit, si des acteurs économiques se connaissent bien ou travaillent
dans des structures semblables, alors ils interagiront (grâce à cette proximité non spatiale) même
s’ils ne sont pas physiquement proches l’un de l’autre. Cependant, il a souvent été avancé (ex :
Cooke et al., 2004; Wolfe, 2009) que la proximité géographique et la concentration spatiale des
acteurs permettent d’accroître la capacité interactive des formes d’apprentissages en facilitant les
rapports entre l’entreprise innovante et les apports externes qui lui sont nécessaires lors du
processus d’innovation.
17
Les études décrivant la structure spatiale des activités innovantes au sein des pays sont
nombreuses et s’accompagnent d’une production théorique assez importante cherchant à décrire
les formes de développement régional par l’innovation (Doloreux, 2004; Moulaert et Sekia,
2003). Parmi les différentes approches4 aux processus d’innovation et à leur inscription spatiale,
le système régional d’innovation constitue une approche privilégiée que plusieurs gouvernements
et instances politiques, telles que l’OCDE et la Communauté européenne, ont adoptée comme
cadre d’analyse et outil d’intervention politique pour stimuler le développement économique des
régions par l’innovation. Or, le problème fondamental de cette approche est que l’idée d’un
système d’innovation territorial met en avant la proximité géographique entre acteurs comme
facteur stimulant l’innovation alors que les recherches sur la proximité questionnent de plus en
plus la nécessité (ou l’importance) de la co-localisation géographique des acteurs (Boschma,
2005; Shearmur, 2011).
Un système d'innovation est défini – de manière a-spatiale – par des éléments constitutifs et par
les relations engagées par ces éléments pour la génération, la diffusion et l'utilisation de
connaissances. À l'échelle régionale, cette approche avance le rôle de la proximité géographique
entre les acteurs innovants, ainsi que l'importance des connaissances et des processus
d'apprentissage générés localement. Un système d'innovation régional est idéalement constitué
d’un système productif, composé d’entreprises et de clusters, et d’un système de soutien
composé d’organisations intermédiaires, d’enseignement et de recherche qui (i) génèrent et
diffusent, et (ii) exploitent et utilisent des connaissances. Les interactions parmi les différents
acteurs locaux génèreraient des flux locaux de connaissances qui contribueraient à rendre
disponibles des connaissances puisées à l’extérieur de la région. La notion de systèmes
d'innovation régionaux, malgré les multiples questions qui l’entourent, a très fréquemment été
appliquée à l'analyse des activités d'innovation dans un cadre territorial (Asheim et Gertler, 2005;
Cooke et al., 2004; Doloreux, 2004).
Les travaux sur l’innovation et le développement régional distinguent trois perspectives pour
aborder la question du rôle des SFIC dans les systèmes régionaux d’innovation : i) les SFIC en
tant qu’organisations innovantes, c.-à-d.. qu’elles exercent une fonction comme agents
contribuant à l’effort d’innovation du système; ii) les SFIC en tant que sources d’informations
externes parmi d’autres sources, et iii) les SFIC ont un rôle de facilitateur et de vecteur de
connaissances en soutenant les processus d’innovation des utilisateurs qui en bénéficient et dans
le transfert des connaissances entre les organisations, industries, réseaux et systèmes
d’innovation et leurs clusters.
4
À titre d’exemple, les districts industriels, les milieux innovateurs, les régions apprenantes ou encore les clusters.
18
Les études empiriques sur l’innovation dans les SFIC ont fourni des résultats riches
d’enseignements sur les particularités de l’innovation dans ce secteur. Dans l’ensemble, ces
résultats ont permis de mettre en relief les caractéristiques et les spécificités concernant les
modes d’innovation propres aux SFIC (Doloreux et Shearmur, 2010; Corrocher et al., 2009;
Gallouj et Savana, 2009; Camacho et Rodriguez, 2008; Miles, 2008; Tether, 2005).
L’innovation est généralement de nature non technologique et se manifeste souvent par d’autres
formes que celles empruntées habituellement dans le secteur manufacturier. L’innovation
organisationnelle est souvent le principal élément de l’innovation dans plusieurs services. Il n’est
pas toujours possible de faire la distinction entre innovation de produit-service et innovation de
procédé car le contenu et la séquence des opérations qui permettent de la réaliser traversent
plusieurs phases et sont opérés de manière simultanée. Les principales sources externes de
l’innovation sont les clients et les fournisseurs. L’innovation est moins axée sur les activités de
RD et s’appuie davantage sur l’acquisition de technologies, en particulier des technologies de
l’information et des compétences et de l’expertise des ressources humaines. La nature
immatérielle des services produits fait en sorte que l’innovation est plus difficile à protéger.
LES SFIC EN TANT QUE SOURCES D’INFORMATIONS EXTERNES (PARMI D’AUTRES SOURCES)
Les capacités d’innovation des entreprises dépendent de sources d’informations internes (les
capacités de RD, l’utilisation des technologies de pointe, l’utilisation de pratiques
manufacturières à production à valeur ajoutée) ainsi que de sources externes d’informations
fournies par des sources diverses (Amara et Landry, 2005). Nous retrouvons les sources internes
qui sont le personnel de RD, le personnel de vente et de marketing et le personnel de gestion; les
sources de marché qui comprennent les clients, les fournisseurs, les concurrents et les entreprises
de services, dont font partie les SFIC; les sources institutionnelles comprennent les
établissements d’enseignement et de recherche, les laboratoires de recherche publics et privés
ainsi que les instituts de recherche; et finalement, les autres sources incluent les conférences,
foires commerciales et expositions, les revues scientifiques et des publications commerciales ou
techniques ainsi que les associations professionnelles et industrielles.
19
Les études empiriques sur l’utilisation des sources d’informations démontrent que les fréquences
d’utilisation des sources d’informations pour le développement de l’innovation des entreprises
présentent des trajectoires d’utilisation qui varient d’un secteur à un autre (Amara et Landry,
2005). L’utilisation des sources d’informations peut ainsi répondre à des logiques spécifiques
dans chacun des secteurs économiques. Toutefois, il est possible de dégager quelques constats
généraux. Dans l’ensemble, le caractère stratégique de l’innovation confère aux sources
d’informations une place privilégiée. Cependant, les clients et les fournisseurs constituent des
sources d’informations, qui en moyenne, ont plus d’importance que les autres sources
d’informations. Ces sources d’informations sont surtout utilisées pour recueillir des informations
stratégiques sur le développement et l’amélioration de produits ainsi que sur les procédés de
fabrication. Les sources d’informations provenant des concurrents et des services (SFIC) ont
moins d’importance et sont consultées afin d’obtenir des informations sur le développement de
nouvelles technologies et de RD. Les établissements d’enseignement et de recherche, les
laboratoires de recherche publics et privés ainsi que les instituts de recherche constituent des
sources d’informations importantes, surtout pour les entreprises et les secteurs les plus
performants qui commercialisent des innovations avant leurs concurrents. Dans presque tous les
cas, les sources institutionnelles sont citées moins fréquemment que les sources internes ou les
sources de marché. Finalement, en général, les autres sources semblent légèrement moins
importantes que les sources internes et les sources de marché, mais elles sont plus souvent citées
que les établissements d’enseignement et de recherche et les institutions de recherche comme
sources très importantes pour l’innovation.
Dans ce contexte, les services jouent un rôle important en tant que sources d’informations mais
ils ne figurent pas parmi les sources d’informations les plus citées. Les SFIC participent aux
processus d’innovation des entreprises en étant une source d’informations externe parmi d’autres
comprises dans le système d’innovation. Le rôle des SFIC dans ce processus est de fournir des
informations diverses sur lesquelles les entreprises s’appuieront pour innover. L’information
fournie réfère à des données qui, analysées et compilées ensemble et dans un contexte donné,
peuvent véhiculer un message informatif qui influencera le processus d’innovation à l’intention
d’une source réceptrice.
Dans ce contexte, les SFIC agissent comme facilitateurs de l’innovation quand ils viennent en
aide à une organisation dans son processus d’innovation. Souvent, ces organisations ne peuvent
développer et intégrer seules l’ensemble de connaissances requises par le processus d’innovation.
Le recours aux SFIC leur permet ainsi de résoudre certains problèmes liés au développement de
l’innovation. Par ailleurs, ils interviennent en tant que vecteurs de l’innovation lorsqu’ils sont
mis à contribution dans le partage, le transfert et l’application de connaissances au sein, et entre,
les organisations, industries, réseaux et systèmes d’innovation (et de clusters), en vue d’appliquer
les connaissances à de nouveaux contextes (den Hertog, 2000).
Dans ce contexte, les SFIC ne jouent pas simplement le rôle d’émetteur d’informations (den
Hertog, 2000). Ils sont engagés directement tant dans le processus de production lui-même que
dans l’environnement de production de l’utilisateur (ou client). Les processus de production
comme de distribution deviennent plus complexes et requièrent un bassin de connaissances plus
important pour les entreprises. Ainsi, les SFIC sont amenés à participer sur le terrain
opérationnel des utilisateurs (ou clients) sous la forme d’actions plus ou moins conjointes et
coordonnées en fournissant une expertise unique et des connaissances qui seront directement
intégrées dans les processus de production des entreprises.
Quel lien y a-t-il entre le développement économique des régions et les SFIC? On constate les
parts élevées d’emploi dans le secteur des SFIC dans les régions capitales. Le secteur des SFIC
est à bien des égards un phénomène principalement lié aux grandes métropoles. Certaines études
(Chadwick et Glasson, 2008; Simmie et Strambach, 2006) avaient révélé, malgré leur caractère
footloose, que l’importance relative des SFIC s’accroît avec la taille des villes et qu’ils sont
essentiellement concentrés dans les métropoles. Autrement dit, on retrouve une forte disparité
interrégionale entre la concentration des SFIC dans les régions métropolitaines et les autres
régions. L'évidence empirique montre clairement que les SFIC se concentrent vers le sommet de
21
D’un point de vue théorique, en se fondant sur les écrits sur l’innovation régionale, Simmie et
Strambach (2006) décrivent trois types d’avantages liés à la concentration spatiale des SFIC dans
les métropoles. Le premier est lié avec la production et la diffusion de connaissances et avec les
processus d’apprentissage au niveau individuel et collectif. Premièrement, la concentration
géographique permet de faciliter l’accès aux informations et aux connaissances. L’échange de
connaissances, surtout implicite, n’est possible qu’à partir de contacts « en personne » et dans le
secteur des services, le caractère local des relations entre utilisateurs et prestataires de services
est nécessaire. Dans ce contexte, Cooke et Leydesdorff (2006) suggèrent que les services aux
entreprises sont des composantes clés des systèmes d'innovation locaux. Même si elles
n’innovent sont pas nécessairement elles-mêmes, les services contribuent au fonctionnement du
système d’innovation en intégrant et en diffusant différents stocks de connaissances ou de savoir-
faire technologique spécialisés.
Le deuxième avantage est lié aux opportunités diverses offertes par les régions métropolitaines.
Celles-ci constituent des nœuds nationaux et internationaux pour le transfert et le partage des
connaissances. Dans le contexte d’une métropole, les SFIC ont des opportunités variées pour
utiliser et bénéficier à la fois des informations et connaissances générées dans la région, mais
aussi de celles provenant des régions externes plus distantes. Dans ce contexte, les SFIC en
régions métropolitaines s’intègrent plus facilement dans les canaux nationaux et internationaux
des échanges d’informations et de connaissances (Bathelt et al., 2004).
Le troisième et dernier avantage est lié aux avantages des économies d’agglomérations présentes
dans les métropoles. Selon Malmberg (1997), l’accès aux marchés, aux fournisseurs, à une main-
d’œuvre qualifiée et possédant des compétences variées, l’accès aux réseaux formels et
informels, l’accès aux services aux entreprises spécialisés et à une infrastructure technologique
de qualité sont des ressources importantes pour l’entreprise, et particulièrement pour les SFIC,
car ceux-ci ont une dépendance accrue face à leur capacité de collecter et traiter de l’information
et des connaissances, de répondre rapidement à la demande et d’intégrer les intrants provenant
d’autres organisations présentes au sein de leur environnement.
D’un point de vue empirique, plusieurs études ont cherché à comprendre la distribution et la
concentration régionale des SFIC dans les économies nationales. Chadwick et al. (2008) ont
analysé la distribution géographique des SFIC en Grande-Bretagne. Ils ont noté la forte
polarisation des emplois de SFIC dans les régions de Londres et la région du Sud-Est qui
22
concentrent à plus de 30 % tous les emplois SFIC en Grande-Bretagne. Pour les autres régions, la
part relative des emplois du secteur des SFIC par rapport aux autres secteurs est moins
importante, variant entre 5 et 7 %. Il faut remarquer toutefois que les taux de croissance des
emplois entre 1991-20015 sont supérieurs dans les petites municipalités (moins de 50 000
habitants) et dans les régions rurales localisées dans l’aire d’influence de Londres. La
performance en matière de croissance d’emplois des SFIC dans les autres régions localisées à
l’extérieur de la grande région de Londres demeure marginale.
Plus près de chez nous, Shearmur et Doloreux (2008) ont analysé la distribution et la
concentration régionale des SFIC au Canada. Contrairement aux études citées ci-dessus, ils
observent que l’approche à la distribution géographique des SFIC doit être plus nuancée. Ils ont
montré qu’il y a trois phénomènes qui permettent d’expliquer la distribution géographique et la
croissance des SFIC au Canada. Tout d’abord, en diapason avec les études précitées, les SFIC
sont fortement concentrés dans les principales régions métropolitaines : 61,5 % des emplois se
concentrent au sein des huit principales agglomérations. Les SFIC s’y retrouvent afin d’avoir
accès à une main-d’œuvre qualifiée (mais pas nécessairement spécialisée) et de bénéficier d’une
certaine proximité avec des secteurs économiques divers avec lesquels ils engagent des relations
multiples. Ensuite, il y a les SFIC qui se concentrent à proximité de leur marché régional. Ces
SFIC sont localisés dans la même région que leurs clients mais pas nécessairement à l’intérieur
ou près de la même localité que leurs clients. Ces SFIC recherchent une main-d’œuvre
spécialisée et ne sont pas nécessairement engagés dans des interactions locales, mais plutôt
régionales. Finalement, certains SFIC sont localisés dans les régions et localités où leurs clients
se retrouvent. Souvent, ces SFIC sont très spécialisés et leur rôle est en soutien à des secteurs
spécialisés (foresterie, maritime, pétrole, etc.).
Finalement, très rares sont les études qui ont examiné les interactions entre utilisateurs et
prestataires de services : à notre connaissance, seul Alan MacPherson (1997, 2008) s’est penché
récemment sur cette question dans une perspective géographique. Trois constats principaux
émanent de ses études sur les utilisateurs de SFIC dans l’État de New York :
5
En termes relatifs et non absolus.
23
2) L’utilisation de services qui, au début des années 1990, était fortement associée à une
localisation urbaine (et spécifiquement proche de New York) s’est démocratisée à tel
point que, vers le milieu des années 2000, il n’y avait presque plus de différences entre
les régions plus périphériques de l’État et les régions proches des grands centres urbains.
Selon MacPherson (2008), ceci est une conséquence de la banalisation des
communications électroniques et d’une prise de conscience accrue de l’importance
d’utiliser des SFIC. Par ailleurs, les entreprises n’ont pas nécessairement recours à des
services locaux.
3) En accord avec ces deux premiers constats, alors que l’innovation associée à l’utilisation
de services était principalement métropolitaine au début des années 1990, elle s’était
répandue sur l’ensemble du territoire de l’État de New York vers la fin de sa période
d’étude, en 2005.
Ces préoccupations géographiques sont importantes car le contexte dans lequel les SFIC sont
étudiés est presque toujours celui des régions métropolitaines, Shearmur et Doloreux (2008),
Cooke et Leydesdorff (2006) et MacPherson (1997, 2008) faisant figure d’exceptions. Compte
tenu de leur relative rareté dans de nombreuses petites villes ou dans des régions à l’extérieur des
métropoles, l’accessibilité aux services offerts par les prestataires pourrait s’avérer un obstacle
important aux entreprises manufacturières qui désirent avoir recours aux SFIC en soutien à leurs
activités d’innovation. Nous pouvons aussi soulever le problème de la distance à parcourir pour
avoir accès à certains services. Il est possible que certains établissements localisés dans des villes
et régions éloignées ont peu recours à ces services mais aussi que les services sont offerts par des
prestataires qui sont difficiles d’accès et que le prestataire est géographiquement distant du
client. Ceci nous ramène aux problèmes de l’accessibilité et du rôle de la géographie dans l’accès
aux services mais surtout du rôle des SFIC dans les économies locales et régionales. Notre étude
vise en partie à vérifier – du moins dans ses constats statiques – les observations de MacPherson
(2008).
24
Jusqu'à récemment, les politiques publiques en matière d’innovation ont porté sur les
établissements manufacturiers. Bien que cette situation commence à changer, la mise en œuvre
de stratégies d’innovation et de politiques publiques susceptibles de faciliter l’innovation dans
les services ou fondées sur l’utilisation des services demeure déficiente.
L’enjeu demeure cependant important. Les gouvernements ont affiché récemment une volonté
d’appuyer et soutenir les entreprises de services à devenir plus innovantes et à élever leur niveau
de production. Le rapport « Taking Services Seriously » (Abreu et al., 2010; NESTA, 2008) est
une initiative du gouvernement britannique pour illustrer l’importance des services dans
l’économie du Royaume-Uni et de documenter la manière dont les politiques pourraient jouer un
rôle dans le soutien et la stimulation de l’innovation dans les services et la manière dont ils
peuvent aider les entreprises de services à mieux performer. Les recommandations portent
surtout sur le soutien à la formation et au développement ainsi que la dissémination et
l’exploitation des technologies. Le Conseil de la science et de la technologie du Québec (2003) a
publié un rapport intitulé L’innovation dans les services : pour une stratégie de l’immatériel qui
met aussi de l’avant l’importance de l’innovation dans les services et l’importance d’identifier
25
les particularités des activités des principales branches du secteur. Les recommandations
demeurent générales et portent sur l’importance d’adapter les objectifs et les instruments de la
politique de la science et de l’innovation aux besoins et aux caractéristiques des entreprises du
secteur des services.
Dans chacun de ces rapports, l’objectif demeure identique, soit de proposer des pistes
d’orientations sur les stratégies et les moyens à adopter pour renforcer l’innovation dans les
services. Le cas échéant, les recommandations touchent seulement une dimension de
l’innovation et des services, soit celle qui est de comprendre les services en tant qu’organisation
innovante.
1. au sein même des entreprises visées par les politiques (et notamment au sein d’entreprises
du tertiaire technologique, de communication, de logiciel et de recyclage et de gestion
des déchets);
2. par le biais de l’utilisation par une entreprise de services de consultation spécialisée (et
tout particulièrement de design de mode et de design industriel).
Ce bref aperçu démontre l’intérêt récent manifesté par certains gouvernements pour intégrer la
dimension des services dans les politiques d’innovation. Cependant, un défi important qui a été
négligé dans les politiques de l’innovation consiste à promouvoir l’offre, la demande et la qualité
des services en général et des SFIC en particulier pour soutenir et améliorer les performances
d’innovation.
26
Cette section propose une réflexion générale sur le recours aux SFIC pour l’innovation et la
manière dont il varie selon les caractéristiques de l’entreprise, le stade du processus
d’innovation, les industries, et finalement, les régions.
Selon Garcia-Quevado et Mas-Verdi (2008), peu de connaissances sont disponibles sur le profil
des utilisateurs de services, et ce malgré le fait que la littérature sur l’innovation souligne la
complexité de la relation qui existe entre les caractéristiques des entreprises et l’utilisation de
services externes.
Il est reconnu que les caractéristiques internes de l’entreprise jouent un rôle important en ce qui
concerne l’innovation. L’hypothèse est que l’entreprise dispose de caractéristiques propres, telles
que la taille (indicateur approximatif de ses ressources internes), l’appartenance à un groupe,
l’âge, les activités d’exportation (indicateur de capacités à gérer ses exportations et de contacts
internationaux), les dépenses en RD, les modes et stratégies d’organisation de l’innovation et de
la circulation des connaissances, etc., qui influencent la propension à innover ainsi que les
retombées escomptées de l’utilisation des technologies (Becheikh et al., 2005).
27
Ainsi, est-il possible d’établir un lien entre les caractéristiques de l’entreprise et le recours aux
services? Si l’on se réfère aux travaux sur l’innovation, la question de la relation entre la taille et
la capacité d’innovation a donné lieu à une abondante littérature, mais n’a pas permis de dégager
un consensus. Par exemple, Schumpeter (1943) tend à montrer que la grande taille, associée à un
plus fort pouvoir de marché, favorisait la capacité à innover. D’autres auteurs mettent aussi en
évidence le fait que les entreprises qui peuvent s’appuyer sur des ressources internes importantes
ont moins de problèmes ou d’échecs face à l’innovation (Becheikh et al., 2005).
Par ailleurs, la taille mais aussi l’appartenance à une groupe et une forte intensité en RD peuvent
aussi favoriser la capacité d’innovation et surtout la capacité d’absorption de l’entreprise et
l’aider à dépasser les difficultés et les obstacles rencontrés dans le processus d’innovation. Cohen
et Levinthal (1990) expliquent comment une entreprise qui utilise pleinement ses capacités
d’apprentissage et d’innovation peut être plus dynamique que ses concurrentes. Ils définissent la
capacité d’absorption par le potentiel des individus à reconnaître la valeur d’une nouvelle
connaissance, à l’assimiler et à l’appliquer sur un produit dans l’objectif de le commercialiser.
Ces paramètres sont sensibles dans la décision de s’engager dans un processus d’innovation.
Souvent les dépenses en RD augmentent logiquement avec la taille de l’entreprise et celle-ci
reste un élément interne fortement lié à la capacité d’innovation. D’autres travaux montrent au
contraire que la petite taille peut favoriser une plus grande capacité d’innovation. Elle permet
notamment d’être plus flexible face à la demande, de réduire les coûts de remplacement des
technologies obsolètes et favorise les innovations plus radicales (Astebro, 2004). Les entreprises
de grande taille sont plus engagées dans des activités de RD incrémentales qui s’inscrivent dans
la poursuite de leurs avantages compétitifs et favorisent leur recherche d’économies d’échelles
(Gault, 2010).
Dans ce contexte où nous retrouvons plusieurs facteurs liés aux caractéristiques de l’entreprise, il
est important de s’interroger dans quelle mesure les caractéristiques structurelles de l’entreprise –
taille, appartenance à un groupe, intensité de RD, etc. – jouent favorablement sur le choix
d’utiliser les SFIC en soutien au processus d’innovation et sur l’intensité du recours à ces
services.
Face à la complexité grandissante à laquelle les entreprises doivent faire face tant dans le
processus d’innovation lui-même que dans l’environnement de l’innovation, le recours aux SFIC
permet d’apporter des informations et des connaissances que les entreprises vont utiliser dans les
différents stades du processus d’innovation. Les stades du processus d’innovation ou de la chaîne
de valeur passent donc par plusieurs étapes qui, dans une perspective d’innovation, sont les
suivantes :
1. Recherche de l’information sur les innovations possibles et sur comment innover. Cette
étape correspond à l’acquisition de nouvelles informations et connaissances. Dans ce
contexte, les SFIC « peuvent aider les entreprises à différencier les opportunités basées
sur la connaissance qui ont un potentiel élevé de création de valeur des opportunités qui
comportent un potentiel moins élevé. Cette aide peut être particulièrement significative
en matière de connaissances de recherche où les entreprises peuvent être confrontées à
des problèmes d’aversion à l’innovation radicale (déficience comportementale),
d’asymétrie d’information (déficience du marché de l’information) et de contacts limités
avec les producteurs de connaissances (déficience de gouvernance) » (Landry et Amara,
2010 : 35).
2. Faire valider ces nouvelles connaissances avant de se rendre sur le marché et/ou avant de
modifier en profondeur les manières de faire. Cette étape correspond à la validation de la
connaissance. Dans ce contexte, les SFIC peuvent appuyer les entreprises « dans leurs
décisions d’investissements de ressources sur des preuves démontrant que la valeur
potentielle de la connaissance peut être transformée en valeur réelle. À l’étape de la
validation de la connaissance à fort potentiel d’application, les entreprises doivent
produire plusieurs types de preuves de concept dont plusieurs sont complémentaires. Les
SFIC peuvent aider les entreprises à produire ces preuves de concept car (…) les
entreprises peuvent être confrontées à des problèmes de manque d’expertise, de manque
d’équipement et de manque d’information sur les exigences inhérentes aux différents
types de preuves de concept » (Landry et Amara, 2010 : 36).
4. Commercialiser le produit et/ou faire connaître au marché que l’on produit mieux, à
moindres coûts, ou en plus grande quantité. Cette étape correspond à la
commercialisation du nouveau produit. Dans ce contexte, les SFIC peuvent « aider
souvent et très souvent les entreprises à accéder au capital et sont moins susceptibles de
les aider souvent et très souvent à soutenir la mise à l’échelle de la production
d’innovation, pour améliorer les processus de gestion ou encore pour aider les entreprises
en matière de commercialisation » (Landry et Amara, 2010 : 40).
La volonté de vouloir maîtriser cette complexité interne et externe des différents stades du
processus d’innovation (ou de la chaîne de valeur) expliquerait l’augmentation des besoins en
services par les entreprises. Derrière cette complexité, il existe des services de soutien au
processus d’innovation qui sont présents tout au long de la chaîne de valeur et qui servent
souvent à aider et soutenir une entreprise, qu’elle soit innovante ou pas.
Dans le contexte où l’on reconnaît que le rôle et l’utilisation des services dans le processus
d’innovation peuvent dépendre et varier selon le stade du processus d’innovation, la question est
de savoir si les entreprises qui ont recours à des services sont plus innovantes que celles qui ne
les utilisent pas, mais aussi de voir si l’utilisation de certains services est associée à un stade
particulier du processus d’innovation. On peut imaginer, par exemple, que les services touchant
la RD sont plus importants aux tous premiers stades du processus d’innovation, tandis que ceux
liés aux brevets sont en général plus importants vers la fin du stade du processus d’innovation.
On peut aussi supposer que certains services sont liés à certains types d’innovation. Les stades de
l’innovation décrits ci-dessus s'appliquent surtout aux innovations relatives à un produit et aux
innovations relatives à un procédé (hormis la commercialisation). Pour les innovations
organisationnelles et de commercialisation, les stades de développement de l’innovation risquent
d'être différents, et on peut imaginer que ce sont surtout les services d’implantation et de
commercialisation auxquels l’entreprise aura recours pour ces innovations : en effet, ce qu’on
appelle services d’implantation sont des aides à la gestion de l’entreprise, et les services de
commercialisation sont évidemment directement liés au marketing et aux relations avec les
clients. De plus, il est possible que dans certains cas les innovations organisationnelles et de
commercialisation soient une conséquence des innovations relatives à un produit ou un procédé.
Autrement dit, on innove dans la gestion lorsqu’on doit implanter une innovation relative à un
produit ou un procédé, et on innove en marketing lorsqu’on a quelque chose de différent (ou de
moins cher) à offrir ou à vendre.
30
Bref, il est possible que les innovations organisationnelles et de commercialisation ne soient pas
indépendantes des innovations relatives à des produits et des procédés. De toute manière, ces
innovations sont moins faciles à classer dans une perspective de chaîne de valeur de l’innovation,
mais il est raisonnable de penser que certains types de services tangibles sont particulièrement
associés à ces types d’innovation.
LES INDUSTRIES
Dans une perspective sectorielle, chaque secteur est caractérisé par des modes d’innovations
différents (Malerba, 2007). Afin de comprendre les interdépendances entre les dynamiques
sectorielles et l’innovation, il est important de se référer à la notion de régime technologique qui
y tient une place centrale.
La notion de régime technologique décrit l’environnement cognitif dans lequel évoluent les
entreprises et cherche à rendre compte des conditions technologiques sectorielles spécifiques qui
influencent l’intensité et la qualité du processus d’innovation. Breschi et al. (2000) caractérisent
l’environnement cognitif par la combinaison particulière de quatre facteurs fondamentaux :
Ces notions basiques rappelées, chaque entreprise de différents secteurs a sa propre manière
d’exploiter sa base de connaissances en mobilisant à la fois des connaissances généralement
codifiables et des connaissances tacites. Elle construit ainsi sa trajectoire technologique à partir
des connaissances mobilisables et les opportunités/contraintes économiques et les conditions du
marché concernant l’innovation.
31
On peut supposer que certains types de services sont liés à certains types d’industries car les
trajectoires technologiques varient et plusieurs trajectoires sont possibles selon la manière dont
l’entreprise exploite les connaissances et le cycle de vie du secteur (Malerba, 2007). Par
exemple, pour les industries dans la phase initiale du cycle de l’innovation, les activités
innovantes puisent essentiellement dans des connaissances codifiées pour alimenter les processus
d’innovation. À cette étape, on peut imaginer que le recours aux SFIC sera limité car il est assez
facile pour l’entreprise de maîtriser la connaissance à la base dans la définition de son agenda de
recherche pour innover. Lorsque l’industrie évolue et que le cycle de l’innovation est mature, des
trajectoires technologiques peuvent s’établir et le corpus de connaissances nécessaires pour saisir
des opportunités technologiques devient plus précis et exige des compétences spécifiques en lien
avec le processus d’innovation mis en place. À cette étape, on peut imaginer que les entreprises
feront davantage appel aux SFIC afin de développer des compétences internes à mesure que le
processus d’innovation évolue et qu’elles mobiliseront plus de connaissances.
LES RÉGIONS
Nous avons déjà évoqué ci-dessus la notion de système d’innovation régional, ainsi que les
limites de ce concept. En effet, certaines études ont souligné l’importance de la région et
l’importance des ressources locales et régionales pour la stimulation de l’innovation au sein des
entreprises et des territoires (Asheim et Gertler, 2005; Wolfe et Gertler, 2004; Cooke et al.,
2004). Le potentiel d’innovation, c.-à-d. les performances obtenues et le fonctionnement du
« système régional d’innovation », varierait d’un territoire à un autre et est fortement dépendant
du contexte économique et institutionnel dans lequel l’entreprise évolue.
Dans ce contexte, les entreprises dans les régions métropolitaines afficheraient un potentiel
d’innovation plus élevé car, comme le font remarquer Tödtling et Trippl (2005), les régions
métropolitaines sont considérées comme des centres d’innovation au sein desquels les entreprises
innovantes tirent profit des externalités et de la présence des économies d’agglomérations. Ces
régions offrent une densité de population, une diversité démographique, une synergie
organisationnelle et une riche interaction entre acteurs et constituent ainsi le cadre idéal type
pour soutenir et favoriser l’innovation. De plus, en raison de leur taille, les systèmes
d’innovation dans les régions métropolitaines offrent une variété de sources d’informations et de
collaborateurs potentiels avec lesquels l’entreprise innovante collabore, créant ainsi un bassin de
connaissances et de compétences plus grand ayant pour résultat de faire progresser plus
rapidement le développement technologique (Doloreux, 2002). En fait, l’ensemble des avantages
concurrentiels des économies métropolitaines s’explique par le fait que celles-ci sont mieux
disposées et mieux équipées pour stimuler l’innovation. Selon Malmberg (1997), la
32
concentration des activités économiques dans les régions métropolitaines procure aux entreprises
innovantes des avantages indéniables : l’accès au marché, aux sous-traitants, à une main-d’œuvre
spécialisée, aux réseaux formels et informels, aux services spécialisés ainsi qu’aux
infrastructures technologiques.
Les régions non métropolitaines sont vues comme étant moins innovantes que les régions
métropolitaines, que ce soit en termes d’intensité de RD et d’activités d’innovation, alors que
leur tissu industriel est généralement caractérisé par la prédominance d’industries matures ou
contrôlées par l’extérieur ou d’entreprises œuvrant dans les secteurs traditionnels tournées
surtout vers la production d’innovations incrémentales et d’innovations de procédés (Doloreux,
2002). Les entreprises afficheraient ainsi une plus faible propension à innover et ont des
difficultés à croître et à exporter ou encore à s’intégrer dans les chaînes de production. Souvent,
elles ont certaines faiblesses en ce qui concerne la recherche et la valeur ajoutée, et ne présentent
pas un tissu institutionnel développé, notamment en ce qui concerne l’offre d’éducation
supérieure, la présence de centres de recherche d’envergure et la disponibilité de services et de
capitaux. Par conséquent, les régions non métropolitaines sont souvent décrites comme
possédant moins d’opportunités à intégrer, développer et échanger des connaissances et des
savoir-faire dans les pratiques courantes d’innovation.
L’approche par les systèmes locaux d’innovation nous inviterait à dire que l’innovation est
effectivement plus probable en région métropolitaine et que le recours aux services y est plus
important (car il y a proximité physique entre les utilisateurs et les prestataires de services qui,
eux, sont fortement concentrés en zone métropolitaine). Cependant, l’approche par la proximité
(Torre, 2008; Boschma, 2005) ainsi que les résultats empiriques de Shearmur (2011), Doloreux
et Shearmur (2011), Shearmur et Doloreux (2008) et MacPherson (2008) appellent à la prudence.
En effet, l’approche par la proximité souligne que les collaborations et interactions nécessaires à
l’innovation ne sont pas nécessairement locales : donc, rien ne permet a priori de dire que
l’absence de prestataires de services (ou d’autres facteurs d’innovation) locaux empêche les
entreprises locales d’innover. De plus, les résultats empiriques montrent qu’il y peu ou pas de
33
différentiel régional en termes de probabilité d’innover : pour certains secteurs et certains types
d’innovation, on observe même une augmentation dans la propension d’innover lorsqu’on
s’éloigne des métropoles.
En somme, même s’il est vrai que le dépôt de brevets est plus important en zones
métropolitaines, la capacité des entreprises à introduire des innovations n’y est pas, en général,
plus importante. Ceci pourrait s’expliquer par la plus grande spécialisation des entreprises en
zones métropolitaines (où des entreprises intégratrices innoveraient en recombinant des intrants
standards produits par des entreprises moins innovantes), et, de manière concomitante, par une
plus grande internalisation du processus d’innovation dans des zones à l’écart des métropoles.
Par ailleurs, MacPherson (2008) montre que, dans l’État de New York, l’utilisation de services
ne diffère plus entre les entreprises au sein des métropoles et celles en zones périphériques parce
que ces dernières utilisent de plus en plus les possibilités offertes par les communications
électroniques.
2. MÉTHODOLOGIE
6
Les informations complètes sur les entreprises peuvent être consultées sur le site suivant :
[Link]/fr/[Link]#information_disponible
7
Les sections 2.3 et 2.4 expliquent en détail les typologies industrielles et régionales utilisées dans le cadre de ce rapport.
36
Une vue d’ensemble des questions posées figure en annexe du rapport de mi-parcours. Le
questionnaire se décline en trois grandes sections. La première section porte sur l’utilisation des
services. À partir des travaux académiques sur l’innovation et les services, et notamment après
consultation du rapport de Landry et Amara (2010), nous avons identifié différents services aux
entreprises. Nous avons constitué une liste de 15 services différents classés selon leur rôle dans
la chaîne de valeur (tableau 2.B). Ceux-ci, définis selon le service reçu par l’utilisateur et non par
le secteur d’appartenance du prestataire, sont : i) services de comptabilité; ii) services de gestion
des ressources humaines; iii) conseils pour la préparation d’un plan d’affaires; iv) conseils
relatifs aux besoins en technologies et équipements de production; v) conseils relatifs aux
besoins en RD; vi) conseils pour accéder à de l'information sur les technologies, équipements,
brevets ou recherches pertinents; vii) conseils pour concevoir des prototypes ou tester la
faisabilité technique de produits; viii) conseils pour préparer une demande de brevet; ix) conseils
pour certifier la sécurité d'un produit ou procédé; x) conseils pour mettre en production un de vos
produits ou mettre en œuvre un procédé; xi) aider à accéder à du capital ou du financement; xii)
conseils pour améliorer les processus de gestion; xiii) conseils sur la commercialisation ou le
marketing d’un produit; xiv) services d’avocat ou de notaire; xv) services fiscaux.
Les barrières au recours aux services, à savoir la difficulté à identifier un conseiller qui
convienne aux besoins de l’entreprise; le coût des services; le coût de déplacement; et le
temps de déplacement.
Tableau 2.B : Les types de services classés selon leur rôle dans la chaîne de valeur
La seconde section du questionnaire porte sur les activités d’innovation et de RD. Dans cette
section, nous avons recueilli des données d’abord sur les activités d’innovation (RD; acquisition
de machines, d’équipements et de logiciels; acquisition d’autres connaissances; formation du
personnel; activités de commercialisation) et sur les types d’innovations introduites par
l’établissement pour la période 2008-2010 (innovation de produit, innovation de procédé,
innovation managériale, innovation de marketing), leurs caractéristiques (nouveauté de
l’innovation par rapport aux concurrents) ainsi que sur les sources externes d’informations
utilisées pour introduire de nouvelles innovations (sources internes, clients, fournisseurs,
consultants, laboratoires commerciaux et universités).
La troisième section porte sur les caractéristiques générales de l’établissement. Dans cette
section, nous avons recueilli des données sur le nombre d’employés, le nombre d’employés
qualifiés et/ou affectés aux activités de RD, la date de création, le chiffre d’affaires, la
distribution géographique des ventes selon le chiffre d’affaires ainsi que le pourcentage du
chiffre d’affaires affecté à la RD.
39
La classification sectorielle proposée par Pavitt distingue les industries traditionnelles intensives
en ressources, celles intensives en travail, les industries à rendements d’échelle croissants et les
industries spécialisées et basées sur la science. Les secteurs caractérisés par les entreprises
intensives soit en ressources (Resource-based) ou en travail (Labour-intensive) comprennent des
entreprises de fabrication qui œuvrent dans les secteurs traditionnels (bois, aliments, papier,
textiles et vêtements) qui s’appuient, selon Pavitt, sur des sources externes pour innover. Les
secteurs caractérisés par les entreprises à production de grande échelle (Scale-intensive)
comprennent des entreprises de fabrication qui produisent des matériaux de base et d’assemblage
ainsi que des biens de consommation durables, comme par exemple les secteurs de la chimie ou
de l’automobile, qui innovent en utilisant à la fois les sources internes et externes à l’entreprise.
Les secteurs caractérisés par des fournisseurs spécialisés (Specialised-suppliers) et/ou les
secteurs caractérisés par des entreprises à vocation scientifique (Science-based) comprennent des
entreprises spécialisées produisant des technologies qui seront utilisées et vendues à d’autres
entreprises (fournisseurs spécialisés) et des entreprises de haute technologie qui reposent sur la
40
RD, les brevets et les connaissances tacites pour le développement de nouveaux produits et/ou
procédés (vocation scientifique). Le tableau 2.C présente, à cet effet, les principaux secteurs
correspondant à cette classification.
Cette typologie a pour avantage de regrouper des secteurs d’activité qui représentent des
similitudes dans les trajectoires technologiques, d’autant plus que, selon Castellacci (2008).
« Pavitt's model of the linkages between science-based, specialized suppliers, scale-intensive and
supplier-dominated industries provides a stylized and powerful description of the core set of
industrial sectors that sustained the growth of advanced economies during the Fordist age. »
41
En ce qui nous concerne, cette classification a l’avantage non seulement d’être souvent utilisée
par d’autres analystes (Archibugi, 2001; Castellaci, 2008), mais aussi de classer les secteurs de
manière raisonnée en quatre groupes permettant ainsi des comparaisons inter-sectorielles lisibles
et robustes8. C’est donc principalement sur la base de la typologie de Pavitt que sera abordée
l’analyse des différents types de services et leur lien avec les activités de RD dans les entreprises
manufacturières au Québec.
Dans un deuxième temps, on délimite une zone qui correspond environ à une heure ou une heure
et demie de route de ces métropoles (la limite est approximative compte tenu des découpages
spatiaux). Ces zones sont en interaction forte avec les métropoles9, et on y constate des profils
économiques particuliers : beaucoup d’industries manufacturières légères (textiles, plastiques,
machinerie, meubles), mais aussi des industries de loisir et de tourisme ainsi que des activités
primaires, surtout agricoles mais aussi minières (pour les matériaux de construction) (Shearmur
et Hutton, 2011; Polèse et Shearmur, 2002; 2007). Dans ces zones dites centrales, car proches
des métropoles, on distingue les agglomérations urbaines de plus de 10 000 habitants et les zones
rurales.
Finalement, on distingue aussi les régions périphériques, celles à plus d’une heure ou une heure
et demie d’une métropole. Celles-ci correspondent en gros à ce qu’on appelle les régions
ressources au Québec. Leur éloignement rend l’interaction régulière avec la métropole plus
onéreuse et moins fréquente, mais, tout comme pour les zones centrales, ce constat reste à être
vérifié et qualifié empiriquement. Ces zones pourraient aussi, bien évidemment, être subdivisées
en zones rurales et en zones urbaines : cependant, au vu du nombre relativement restreint
d’entreprises manufacturières dans les zones périphériques, nous préférons ne pas subdiviser les
régions périphériques dans la plupart de nos analyses.
8
Plus on multiplie les secteurs, plus les comparaisons deviennent nombreuses, et plus elles deviennent risquées car le nombre
d’observations par secteur peut rapidement devenir minuscule.
9
Il est à noter que cette forte interaction est présumée mais n’a pas, à notre connaissance, été vérifiée empiriquement. Cette étude
permettra de mesurer empiriquement les interactions – en ce qui concerne l’utilisation des services supérieurs – entre les zones
centrales et la métropole.
42
2.6 Analyses
Plusieurs méthodologies d’analyse sont utilisées dans ce rapport, et notre intention n’est pas de
toutes les décrire en détail. Il s’agit plutôt ici de présenter dans leurs grandes lignes les types
d’analyses qui serviront à explorer les données que nous avons.
Il est utile de rappeler que des tableaux descriptifs présentant la distribution des établissements
observés selon plusieurs dimensions ont été présentés dans le rapport de mi-parcours. Ces
tableaux font appel à une approche très simple qui est celle de présenter la distribution des
observations (selon, par exemple, leur niveau d’innovation et leur appartenance sectorielle) et
d’effectuer une mesure statistique permettant de voir si cette distribution est aléatoire ou si, au
contraire, elle est structurée.
Dans les sections qui suivent, nous ferons parfois appel à des tableaux descriptifs de ce genre,
mais les analyses seront en général un peu plus complexes.
Dans un premier temps, nous explorerons la complémentarité éventuelle entre différentes sortes
d’innovations, entre l’utilisation des 15 différentes sortes de services, et entre l’utilisation de
différentes sources d’informations. Deux méthodes seront utilisées : d’une part l’analyse en
composantes principales, d’autre part l’analyse de regroupement hiérarchique (analyse de
regroupement).
Dans un deuxième temps, nous verrons si les diverses composantes sont liées en faisant des
corrélations simples entre elles. Nous n’explorerons pas le lien entre les différents groupes (ou
clusters) car cela demande un croisement entre deux classements – chacun ayant 7 ou 8 classes –
avec souvent très peu d’éléments à chaque croisement : ces petits chiffres sont difficiles à
interpréter.
43
Une technique qui sera très fortement utilisée dans les sections qui suivent est celle de l’analyse
de régression logistique. Une régression est une analyse qui tente d’estimer la valeur d’une
variable dépendante – souvent notée y – en s’appuyant sur une série de variables indépendantes –
souvent notées x1, x2, ..., xn. La qualité de cette prédiction peut être évaluée par le pseudo r2, une
statistique variant de 0 à 1. La particularité des régressions logistiques est qu’elles permettent
d’analyser des variables dépendantes discontinues. Dans les analyses qui suivront, nous
analyserons souvent des variables dichotomiques (exemple : innove / innove pas), ou alors des
variables de classification ordonnées (exemple : peu important, moyennement important, haute
importance). Pour ces analyses, il est pertinent de comparer entre elles les pseudo r2, mais aussi
– et surtout – de voir quelles variables indépendantes x1, x2, ..., xn sont significativement
associées à la variable dépendante y, et de voir l’ampleur de cet effet.
Certaines précautions sont prises avec ces régressions : d’une part, lorsque nos variables
indépendantes ont des valeurs extrêmes, nous les transformons afin de les ramener à une
distribution plus homogène. Ceci se fait surtout avec les variables qui mesurent la distance.
D’autre part, nous vérifions systématiquement que les variables indépendantes introduites dans le
modèle initial, avant tout retrait, ne soient pas trop fortement corrélées entre elles. Cette
corrélation se mesure par la statistique VIF (Variance Inflation factor), et nous avons adopté un
seuil critique de 5.
Dans certains cas, une analyse de régression simple ne suffit pas : en effet, parfois notre unité
d’observation n’est pas l’établissement, mais l’utilisation du service par l’établissement. Ceci
cause problème parce que chaque établissement utilise (ou peut utiliser) plusieurs services. Il est
donc difficile, si on emploie une approche de régression classique, de savoir si l’on observe des
liens entre x et y qui se rapportent à l’utilisation du service (qui nous intéresse) ou à
l’établissement utilisateur du service (qui nous intéresse aussi mais qu’il ne faut pas confondre
avec l’utilisation du service).
44
Dans ce cas, une approche de régression multiniveau s’impose. Ce type de régression permet de
tenir compte du fait que la variation observée de la variable dépendante est attribuable à des
effets x11, x12..., x1n au niveau de l’utilisation du service, mais aussi à des effets x21, x22..., x2n au
niveau de l’établissement utilisateur. Bref, en termes techniques nous introduisons un effet
aléatoire au niveau de l’établissement qui permet de corriger les coefficients de régression et les
écarts types en tenant compte du fait que les observations sont regroupées au sein
d’établissements.
Nous employons aussi des régressions MCO (Moindre Carré Ordinaire) lorsque la variable
dépendante est continue. Les mêmes précautions sont prises que pour les régressions logistiques,
et le multiniveau est aussi utilisé lorsque cela s’avère nécessaire.
Nous ne rentrerons pas plus dans le détail des méthodes statistiques utilisées, le but de cette
courte section étant de diriger le lecteur intéressé vers la documentation nécessaire, qui se trouve
dans des manuels statistiques tels que Tabachnick et Fidell (2007) ou Bressoux (2010).
45
3. INNOVATION ET SERVICES
Le tableau 3.A, qui présente les résultats d’une analyse en composantes principales des huit types
d’innovations, nous révèle qu’il existe cinq grandes combinaisons d’innovations.
Les innovations radicales tendent à être intercorrélées : autrement dit, si une entreprise introduit
un type d’innovation radicale, elle aura tendance à en avoir introduit un autre. Il n’y a aucune
association entre les innovations radicales et les innovations mineures, sauf les associations
« mécaniques ». En effet, vu la construction de nos variables, il n’est pas possible pour un
établissement d’avoir introduit une innovation majeure et une innovation mineure du même
type : or, les facteurs 2 à 5 sont des facteurs qui ne représentent pas une association entre
différents types d’innovations mais qui représentent chacun un type d’innovation mineure (qui ne
46
sont pas corrélés entre eux). En somme, hormis une tendance – assez limitée – pour que les
innovations radicales aient lieu dans les mêmes entreprises, il n’y a pas beaucoup de lien
systématique entre les différents types d’innovations.
Le tableau 3.B, qui ne porte que sur les innovations majeures, met en évidence différents profils
d’établissements innovants. On constate que 428 établissements, soit plus de la moitié, n’ont
introduit aucune innovation majeure, 98 n’ont introduit qu’une innovation majeure de produit et
41 qu’une innovation majeure de procédé. Parmi les établissements étudiés, 84 ont introduit ces
deux types d’innovations. Viennent ensuite des profils un peu moins clairs : 61 établissements
ont introduit une innovation majeure en gestion, qui est accompagnée soit d’une innovation de
produit, soit d’une innovation de procédé, soit des deux. Ensuite, 53 établissements sont dans une
situation semblable, ayant introduit une innovation de marketing. Finalement, 39 établissements
ont introduit des innovations de gestion et de marketing qui sont accompagnées soit d’une
innovation de produit, soit d’une innovation de procédé, soit des deux.
Malgré ces profils et malgré les corrélations observées entre différentes sortes d’innovations,
force est de constater qu’il n’existe pas de structures fortes : un établissement qui introduit un
type d’innovation n’en introduit pas nécessairement un autre type. Pour cette raison, les analyses
de régression qui vont suivre vont examiner chaque type d’innovation de manière séparée. Nous
47
n’allons pas essayer d’expliquer l’appartenance d’un établissement à tel ou tel profil
d’innovation, ni expliquer pourquoi un établissement est plus porté sur une composante que sur
une autre. Nous allons simplement examiner si l’utilisation de services – après contrôles pour
d’autres facteurs explicatifs – a un effet sur le fait d’innover ou pas selon les huit types
d’innovations retenus.
Mais avant d’effectuer ces analyses, nous nous tournons vers une question semblable à celle que
nous venons d’étudier, mais portant sur les services : lorsque un établissement manufacturier
utilise une sorte de service, en utilise-t-il d’autres? Quels sont les différents profils d’utilisation
de services?
L’utilisation de services fiscaux et de services comptables n’est pas, quant à elle, associée à
l’utilisation d’autres services et les services de RD ne sont portés sur aucune composante.
48
Pour se pencher sur les profils d’utilisation de services, il est d’abord utile de regrouper les services
selon la chaîne de valeur (telle que décrite au tableau 3.A) afin de rendre lisible les profils. Le
tableau 3.D présente les neuf profils qui ressortent de l’analyse. On constate que 57 entreprises ne
se servent d’aucun service et que 139 ne se servent que des services de soutien – dont par ailleurs
seulement 59 entreprises (hormis les 57 qui ne se servent d’aucun service) se passent.
Il existe deux profils de forte utilisation de services : un de ces profils regroupe les entreprises qui
utilisent des services sur l’ensemble de la chaîne de valeur hormis les services de
commercialisation, tandis que l’autre regroupe les établissements qui se servent de services de
soutien et de commercialisation ainsi que de la plupart – mais en général pas de tous – les autres
types de services.
49
Lorsque nous nous pencherons sur le lien entre innovation et utilisation de services, nous nous
servirons des scores factoriels (tableau 3.C), des grappes (tableau 3.D), du nombre de services
différents utilisés ainsi que d’indicateurs de l’utilisation de chacun des 15 services afin d’identifier
lequel de ces indicateurs est le plus fortement associé à chaque type d’innovation.
Si on mesure les corrélations entre les composantes du tableau 3.A et celles du tableau 3.C, on
constate que des associations fortes existent entre le fait d’introduire des innovations radicales et le
fait d’utiliser des services : cette association est particulièrement marquée en ce qui concerne
l’utilisation d’une gamme complète de services qui couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur (le
facteur 1 : chaîne). Le recours à des services de management est aussi étroitement associé à
l’innovation radicale. On note par ailleurs que l’introduction d’innovations mineures relatives à
des produits est négativement associée à l’utilisation de services pour le brevetage ou pour
l’obtention d’informations sur les technologies. Seules les innovations radicales, et les innovations
50
de produits et de procédés mineures, sont associées – assez faiblement, certes – à l’utilisation des
services fiscaux : étant donné la nature technologique de ces innovations, il est possible que ces
services fiscaux soient liés aux crédits d’impôts pour la RD qui sont disponibles au Québec.
Le tableau 3.F indique pour les 9 profils d’utilisation de services et les 7 profils d’innovation les
cases dans lesquelles il y a une sur ou une sous-représentation importante d’observations. Seules
les cases dans lesquelles le nombre attendu est supérieur à 5 et dans lesquelles le ratio
« observations : nombre attendu » est supérieur à 1,25 ou inférieur à 0,75 sont présentées. Les
profils d’innovation sont classés du plus innovant au moins innovant (selon la colonne « i moyen »
du tableau 3.B) et les profils de services de l’utilisation la plus forte à l’utilisation la plus faible
(selon la colonne « s moyen » du tableau 3.D).
On note qu’il y a une surreprésentation des profils très innovants (profils innovation 5, 6 et 7) au
sein des profils à forte utilisation de services (profils utilisation de services 1 – chaîne complète –
et 2 – chaîne complète sauf commercialisation). Cependant, l’utilisation de services (surtout le
profil 2) est loin d’être garante de forte innovation – l’utilisation de services selon le profil 2 ne
distingue qu’entre les établissements qui n’innovent pas du tout (profil 1) et le reste. Le profil
d’innovation 4 (innovations en gestion et technologiques) se distingue par une association avec les
profils d’utilisation de services 3 (connaissances, implantation et soutien) et 5 (soutien et
implantation). Par ailleurs, les non-innovants (profil 1) sont fortement associés aux profils
d’utilisation de services 6 (acquisition de connaissances et soutien), 8 (soutien seulement) et 9
(aucun service).
Le tableau 3.F renforce l’idée qu’il y a un lien entre profil d’innovation et utilisation de services,
lien qui n’est toutefois pas automatique : tandis que seulement 4 établissements qui n’utilisent
aucun service se trouvent dans les profils très innovants 6 et 7, nous trouvons 35 forts utilisateurs
de services (profil 1) qui n’innovent pas. Ces recoupements nous suggèrent que les établissements
étudiés sont peut-être à différents stades de leurs processus d’innovation. Les moins innovants qui
ont un profil d’utilisation 2 – tout sauf commercialisation – sont peut-être sur le point d’innover, et
feront donc appel à l’avenir aux services de commercialisation. De même, parmi les non-
innovants, on peut poser l’hypothèse que ceux qui font appel aux services d’acquisition de
connaissances démarrent le processus d’innovation.
3.4 Sommaire
Dans ce chapitre, nous avons exploré les complémentarités éventuelles entre différentes sortes
d’innovations et celles entre l’utilisation de différents services. De manière générale, bien que des
profils différents d’innovation existent, nous n’identifions pas de relations très systématiques. Le
fait le plus marquant est que plusieurs entreprises introduisent des innovations technologiques
(produit ou procédé) sans annoncer d’autres sortes d’innovations, tandis que les innovations de
gestion ou de marketing sont presque toujours associées à au moins une innovation technologique.
Il existe aussi différents profils d’utilisation de services : ceux-ci ressortent assez bien lorsqu’on
effectue un classement des établissements selon leur profil d’utilisation de cinq grands types de
services (ces cinq types reflètent la chaîne de valeur), mais ne ressortent pas très fortement
lorsqu’on effectue une analyse en composantes principales (que celle-ci soit sur la base des 15
services désagrégés ou des 5 services agrégés). En somme, on constate que la grande majorité des
entreprises font appel à des services de soutien et que seules 57 d’entre elles (soit 7 % de
l’échantillon) ne font appel à aucun service. À l’opposé, 213 établissements se classent dans des
groupes à forte utilisation de services (c’est-à-dire qui ont recours à des services tout au long de
leur chaîne de valeur).
52
Le croisement entre ces deux systèmes de classement révèle des liens entre le profil d’utilisation de
services et le profil d’innovation. Toutefois, il existe quelques entreprises très innovantes qui ne
font appel à aucun service, et un nombre plus important d’entreprises grandes utilisatrices de
services qui ne déclarent aucune innovation majeure. Il s’agit donc de retenir, tout au long des
analyses qui vont suivre, que les associations qui seront mises en évidence entre utilisation de
services et innovation sont des associations probabilistes.
53
Nous avons jusqu’à présent – dans le rapport de mi-parcours et dans le chapitre 4 – mis en
évidence des liens entre l’utilisation de services et l’innovation. Cependant, l’innovation peut être
expliquée par une grande diversité de facteurs et il se pourrait que les relations mises en évidence
ne reflètent que l’influence d’autres facteurs tels que les capacités internes de l’établissement (ses
capacités de RD, par exemple), le secteur d’appartenance de l’établissement, ou alors sa
localisation géographique.
Dans ce chapitre, nous présentons un modèle explicatif classique de l’innovation qui reprend une
série de variables qui sont reconnues comme étant associées à l’innovation au sein des entreprises et
qui reflètent le type de facteur mis en évidence dans la littérature à ce sujet.
La question que nous nous posons est la suivante : étant donné ce modèle explicatif classique, dans
quelle mesure le profil d’utilisation des services rajoute à l’explication statistique10 de l’innovation.
Nous pouvons envisager trois cas de figure.
10
Nous utilisons le mot « explication » au sens statistique du terme : il ne faut pas confondre ceci avec la causalité. En effet, nous
ne sommes pas capables d’affirmer, sur la base de ces analyses, si ce sont les entreprises qui ont la velléité d’innover qui
utilisent les services, ou si c’est l’utilisation des services qui entraîne la velléité d’innover. Sur la base de notre revue de la
littérature et de notre compréhension des processus, nous pensons que, même s’il y a une certaine circularité dans cette
association, l’utilisation de services qui apportent une expertise et des connaissances nouvelles à l’entreprise est un facteur
causal de l’innovation, c’est-à-dire de la mise sur le marché d’un produit ou d’un procédé nouveau, ou la mise en pratique de
nouvelles approches de marketing ou de gestion. Cependant, MacPherson (2008) suggère que le sens prépondérant de la
causalité pourrait varier selon le contexte géographique.
54
Au tableau 4.A, nous présentons un modèle explicatif classique de l’innovation. Nous n’allons
pas justifier ici la nature de ce modèle ni les variables précises qui ont été choisies. Nous
constatons que ce modèle explique de manière modérée la probabilité d’introduire des
innovations mineures et majeures : il explique particulièrement bien l’introduction d’innovations
majeures relatives à des produits (pseudo r2 = 0,169) et assez mal l’introduction d’innovations de
marketing mineures (pseudo r2 = 0,027). Les facteurs d’innovations les plus importants sont la
taille et les activités de recherche et développement, l’âge jouant un rôle pour les innovations
majeures alors que son rôle est bien plus atténué lorsqu’il s’agit d’innovations mineures.
Afin de voir si l’utilisation de services ajoute à ce modèle explicatif, nous allons y ajouter quatre
types de variables.
3. Les variables représentant les neuf profils d’utilisation de services du tableau 3.D;
Le tableau 4.B représente les coefficients de régression des 6 variables dichotomiques indiquant le
nombre de services différents utilisés, ainsi que les éléments diagnostiques pour le modèle
complet. L’utilisation d’un grand nombre de services a un effet modéré sur la probabilité
d’introduire une innovation mineure : bien que les coefficients de régression soient significatifs
(sauf en ce qui concerne les innovations de procédés), le pseudo r2 augmente peu par rapport au
tableau 4.A, sauf en ce qui concerne les innovations de gestion.
Par contre, l’utilisation de 4 services ou plus augmente de manière très marquée la probabilité
d’introduire une innovation majeure. De plus, plus on utilise un nombre important de services, plus
cette probabilité augmente, et ce, pour les quatre types d’innovations.
L’utilisation de combinaisons différentes de services n’est pas très fortement associée aux
innovations mineures de procédés ou de marketing, mais l’introduction de ces variables augmente
considérablement le pouvoir explicatif des modèles pour les innovations mineures de produits et de
gestion. Plus on introduit des innovations mineures de produits sans en introduire de majeures,
moins on consulte les services d’aide à la préparation de brevets ou d’identification de technologies
pertinentes, et plus on consulte les fiscalistes. Les innovations mineures de gestion, quant à elles,
sont fortement associées à l’utilisation d’une gamme de services couvrant l’ensemble de la chaîne
de valeur, à l’utilisation des services de management, et à l’utilisation des services de soutien.
57
Les pouvoirs explicatifs des modèles traitant des innovations majeures sont fortement majorés
après l’introduction des différentes combinaisons de services, notamment pour les deux types
d’innovations technologiques. Toutes les combinaisons de services augmentent la probabilité
d’introduire une innovation technologique, sauf la fiscalité et la comptabilité. On note que la
probabilité d’introduire un produit radicalement nouveau est tout particulièrement associée à
l’utilisation d’une gamme complète de services ainsi qu’à l’utilisation de services pour le dépôt de
brevets et l’identification de technologies pertinentes.
Sans grande surprise, les innovations majeures de gestion sont plus particulièrement associées aux
conseils sur la gestion et la finance ainsi qu’aux conseils légaux et relatifs aux ressources
humaines, alors que les innovations en marketing sont très fortement associées à l’utilisation d’une
gamme complète de services.
Les différents profils d’établissements utilisateurs de services (introduits au tableau 3.D) ont aussi,
sans surprise, un effet assez important sur la probabilité d’innover (tableau 4.D). L’on constate que
les relations mises en évidence de façon directe dans le rapport de mi-parcours sont en grande
mesure confirmées par ces régressions : les profils 1 et 2 sont les plus fortement associés aux
innovations, surtout aux innovations majeures. Le profil 3 – acquisition de connaissances,
implantation et soutien – est plus particulièrement associé aux innovations de gestion, alors que le
profil 4 – validation, soutien et acquisition de connaissances – est associé aux innovations majeures
sauf à celles de produits.
58
Finalement, nous introduisons les données brutes sur l’utilisation des services, c’est-à-dire des
indicateurs sur l’utilisation des 15 différentes sortes de services (tableau 4.E). Là encore, nous
constatons que ce sont surtout les innovations majeures qui sont associées à l’utilisation de
services, quoique le pouvoir explicatif des modèles portant sur les innovations mineures de gestion
et de marketing soit très fortement bonifié par rapport au modèle classique. Au tableau 4.E, on voit
clairement que seules les innovations majeures font appel à des services d’acquisition de
connaissances et aux services de validation des applications de ces connaissances : en effet, même
s’il existe une certaine association entre les innovations mineures et les services de validation, cette
association est négative!
Les services d’implantation, quant à eux, sont associés aux innovations majeures et mineures, mais
de manière différente : tandis que les innovations majeures de produits font appel aux services
d’aide à la mise en œuvre et aux services d’accès à la finance, les innovations mineures de produits
font plutôt appel aux services de conseil en gestion et en fiscalité. Les innovations majeures en
procédés ne semblent pas faire appel de manière systématique aux services d’implantation, tandis
que les innovations mineures semblent s’appuyer sur les services de mise en œuvre et de conseil en
gestion : ceci laisse entendre que les innovations de procédés mineures sont importées de
59
l’extérieur (d’où les besoins en conseil), tandis que les innovations de procédés majeures se font
plutôt à l’interne (d’où les besoins d’informations, mais le très faible appel aux services de
validation, d’implantation ou de soutien).
Les innovations majeures de gestion sont fortement associées aux services d’acquisition de
connaissances sur les brevets et les technologies et, de manière moins surprenante, aux conseils en
gestion, en ressources humaines et en finances. De même, les innovations en marketing se font,
certes, de concert avec des conseils en commercialisation, mais aussi de concert avec des conseils
sur la mise en œuvre de produits ou de procédés et d’aide à la conception de prototypes. Ceci laisse
de nouveau entrevoir la possibilité que certaines innovations en gestion et en marketing seraient
associées à – ou se feraient à la suite – d’innovations de nature plus technologique.
60
Ceci renvoie d’ailleurs aux profils d’innovation du tableau 3.B : dans ce tableau, nous avons
constaté qu’aucun profil ne ressort où les innovations de gestion ou de marketing se font sans être
accompagnées d’innovations technologiques. Par contre, plusieurs profils ressortent où l’on
constate que les innovations technologiques se font indépendamment des innovations de gestion ou
de marketing. Il semblerait donc qu’au sein des entreprises manufacturières, les innovations de
type organisationnelles accompagnent (ou sont entraînées par) l’introduction d’innovations
technologiques. Ceci ferait en sorte qu’une association apparente entre certains services de nature
plus technologique (informations sur les brevets, conception de prototypes...) et l’innovation
organisationnelle ne reflète pas nécessairement des relations causales (quel qu’en soit le sens).
Plutôt, ces associations reflèteraient l’utilisation de ces services par les établissements pour
effectuer des modifications de produits ou de procédés qui, elles, entraîneraient la nécessité
d’innover sur le plan de la gestion et du marketing.
2. L’apport des services à l’innovation se fait par combinaison : les services n’agissent sur
l’innovation que s’ils sont accompagnés d’autres services. L’effet de chaque service
individuel n’est donc pas marginal, mais est directement dépendant de son inclusion dans
un « cocktail » de services.
3. L’apport des services à l’innovation se fait essentiellement par la diversité : peu importe le
type de service, l’utilisation d’un plus grand nombre de services entraînera une plus grande
diversité d’apports extérieurs, et ce, tout au long de la chaîne de valeur.
Afin de départager ces trois cas de figure, nous proposons, au tableau ci-dessous (tableau 4.F) une
comparaison du pouvoir explicatif (pseudo r2 ajusté) des quatre approches différentes introduites
dans les tableaux 4.B, 4.C, 4.D et 4.E.
61
Afin d’effectuer une comparaison stricte de ces pouvoirs explicatifs, il serait nécessaire d’observer
les variations de la statistique -2 log likelihood et de comparer ces variations (qui s’apparentent à
un chi 2) à l’aune des degrés de liberté supplémentaires. Afin de simplifier la comparaison, nous ne
portons notre attention que sur le pseudo r2 ajusté (qui tient en partie compte des différences de
degré de liberté, mais pas de façon aussi stricte). Bien que les services semblent parfois plutôt agir
en combinaison (le pouvoir explicatif du modèle avec les composantes est le plus élevé dans trois
cas sur huit), les services semblent en général agir plutôt de façon individuelle. De plus, les
modèles avec les services individuels ont toujours un pseudo r2 ajusté très proche du plus élevé,
alors que dans certains cas les modèles avec les composantes ont le pouvoir explicatif le plus bas.
Cette comparaison nous sert à deux choses. En premier lieu, elle permet de constater que pour les
innovations technologiques mineures, et surtout majeures, les services tendent à agir de concert, et
non de façon individuelle. Même si, à la marge, l’utilisation d’un service particulier augmentera
sans doute la propension à innover – ceci est mis en évidence par la bonne performance des
modèles où les services sont introduits de façon individuelle – cet effet marginal est limité :
autrement dit, l’effet de l’utilisation des services n’est pas simplement additif car – surtout pour les
innovations technologiques – c’est la combinaison de certains services qui importe. Cependant, la
très bonne performance des modèles où les services sont introduits de façon individuelle permet de
dire que – pourvu de ne pas surinterpréter les effets marginaux et de ne pas supposer qu’ils sont
tous additifs – les services agissent aussi de manière individuelle sur l’innovation.
En deuxième lieu, l’utilité de cet exercice est de permettre un choix pour la suite de l’étude. Malgré
la très bonne performance, dans certains cas, des modèles avec les composantes, ce sont les
modèles avec les services individuels qui tendent à bien performer pour l’ensemble des huit
différentes sortes d’innovations. Dans la suite des analyses, nous introduirons donc les services de
manière individuelle, sans toutefois oublier l’importance des combinaisons de services, surtout
pour les innovations technologiques.
62
4.2 Le lien observé entre services et innovations ne fait-il que reformuler ce que
l’on sait déjà?
Le modèle classique par rapport auquel nous avons évalué l’apport des services ne comprend pas
l’ensemble des variables ou facteurs pouvant influencer l’innovation au sein des entreprises. Dans
une perspective institutionnaliste de l’innovation, un des facteurs majeurs nécessaires à la
compréhension de l’innovation correspond aux sources d’informations. Il a en effet été démontré à
de multiples reprises que les entreprises ouvertes sur l’extérieur, et qui puisent leurs informations à
partir de certaines sources, ont de meilleures performances en termes d’innovation. Or, si les
services supérieurs agissent sur la propension à innover, c’est bien parce qu’ils apportent des
connaissances nouvelles aux entreprises. Il s’agit donc, dans cette section, de vérifier si l’apport en
informations et en connaissances des services se distingue des apports en informations et en
connaissances d’ordre plus général.
Au tableau 4.G, nous présentons une analyse en composantes principales des diverses sources
d’informations dont disposent les entreprises.
Six composantes se dégagent, composantes qui sont très semblables à celles identifiées dans
d’autres analyses, que ce soit d’entreprises manufacturières (Shearmur 2010 – CST) ou de services
(Doloreux et Shearmur, 2011).
63
Lorsque ces six composantes sont ajoutées au modèle classique, elles en augmentent le pseudo r2
ajusté (tableau 4.H). On constate que le pouvoir explicatif du modèle augmente de façon marquée
pour les innovations technologiques – et ce de manière tout à fait comparable avec les
augmentations causées par l’ajout des services – tandis que le pouvoir explicatif augmente, mais de
manière moins importante, pour les innovations managériales. Clairement, donc, les sources
générales d’informations contribuent, elles aussi, à expliquer la propension des entreprises à
innover. La question est donc de savoir si cette explication supplémentaire ne fait que répliquer
l’explication supplémentaire fournie par les services, ou si c’est un apport explicatif qui s’en
distingue.
Au tableau 4.I, nous présentons donc un modèle dans lequel figurent, outre l’ensemble des
variables classiques, les 15 indicateurs d’utilisation de services ainsi que les six composantes qui
représentent les sources générales d’informations. Nous constatons en premier lieu qu’il n’y a pas
de corrélation importante entre les indicateurs d’utilisation de services et les indicateurs de sources
générales d’informations. Dans un deuxième temps, nous constatons que deux cas de figure
émergent :
1. L’ajout des facteurs « Sources générales » n’apporte rien de plus au modèle (c’est le cas
pour les innovations de gestion et de marketing, sauf marketing mineur). Dans ce cas,
l’innovation est très clairement associée à l’utilisation de services, et les apports en
informations à partir de sources générales n’apportent presque aucune explication
supplémentaire.
64
2. L’ajout des facteurs « Sources générales » augmente le pseudo r2 ajusté du modèle qui
contient déjà les services, tout en ne modifiant que de manière assez limitée l’impact des
services, tel que décrit au tableau 4.E. Ceci est le cas pour les innovations technologiques :
l’utilisation de services est un facteur explicatif supplémentaire, qui ne fait pas que
reprendre les connaissances antérieures quant à l’importance des informations puisées à
l’extérieur des entreprises.
Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
1 Modèles de contrôle 0,055 0,073 0,089 0,027 0,169 0,119 0,066 0,074
2 Modèles avec variables services 0,097 0,098 0,159 0,081 0,258 0,211 0,184 0,160
3 Modèles avec variable infos 0,075 0,086 0,116 0,064 0,245 0,181 0,076 0,113
4 Modèles avec services et infos 0,102 0,110 0,159 0,113 0,297 0,234 0,171 0,162
Services utilisés
Conn. Besoins technologies de prod. - - - - - 0,43** 0,63** -
Conn. Besoins en RD - - - - - - - -
Conn. Infos sur brevets, recherche -0,84** - - - 0,45* 0,82*** - -
Valid. Plan d’affaires - - - - - - - -
Valid. Conception de prototypes - - - - 0,71*** - - 0,59**
Valid. Préparation de brevets - - - - 1,18*** 0,67** - -
Valid. Certification sécurité - -0,80** - - 0,58** - - -
Implant. Mise en œuvre produit / procédé - 0,70** 0,56* - - - - 0,86**
Implant. Conseils pour accès finance - - - - 0,39** 0,41** 0,98*** -
Implant. Conseils gestion - - 0,97*** 0,69*** - - 0,65*** -
Implant. Services fiscaux 0,90*** 0,42* - - - - - -
Comm. Commercialisation - - - 0,73** - - - 1,07***
Soutien Comptabilité - - - - - - - -
Soutien Ressources humaines - - - -0,60* - - 0,90*** -
Soutien Avocat - - 0,57*** 0,40* - - - -
Sources d'informations
Facteur 1 Labos et universités 0,19** - - - - - - -
Facteur 2 Marché 0,28** - - - 0,19** 0,30*** - -
Facteur 3 Interne - - - - 0,38** 0,42*** - 0,32**
Facteur 4 Public 0,23** 0,25** 0,18* 0,30** 0,41*** 0,19** - -
Facteur 5 Groupe 0,23** - - - - 0,17** 0,21* -
Facteur 6 Investisseurs - - - 0,21** -0,16*** - - -
65
4.3 Sommaire
Dans ce chapitre, nous avons décrit l’impact de l’utilisation des services sur l’innovation au sein
des entreprises manufacturières québécoises. Nous avons montré que, pour les innovations
technologiques majeures (produit et procédé), l’innovation semble reposer sur l’utilisation de
certaines combinaisons de services, en particulier des combinaisons qui couvrent l’ensemble de la
chaîne de valeur et celles, plus spécifiques, qui combinent la préparation de brevets et la recherche
d’informations stratégiques. Les innovations de gestion et de marketing majeures, bien qu’elles
soient aussi associées à ces combinaisons de services, sont bien plus fortement liées à l’utilisation
de services spécifiques, et notamment aux conseils en gestion et en commercialisation.
Nous avons par ailleurs établi que malgré l’importance de la combinaison de services, les services
individuels peuvent jouer un rôle tout aussi important pour les innovations technologiques. Nos
analyses vont donc se porter sur les services pris individuellement, mais il s’agit de retenir que ce
choix méthodologique n’est pas le seul qui pourrait s’imposer pour les innovations technologiques.
Un résultat important porte sur l’apport de services à différentes étapes de la chaîne de valeur :
seuls les établissements qui introduisent des innovations majeures font appel (de façon
systématique) à des services de recherche d’informations et de validation. Les entreprises qui
n’introduisent que des innovations mineures y font même, dans certains cas, systématiquement
moins appel.
Finalement, cet apport des services à l’innovation – ou du moins cette association forte entre
l’utilisation de services et l’innovation – est indépendant des sources générales d’informations, qui
soit apportent une explication supplémentaire à l’innovation distincte de celle des services (dans le
cas des innovations technologiques), soit ont un apport presque négligeable à l’explication de
l’innovation (dans le cas des innovations en gestion ou en marketing).
66
À l’autre extrême, on voit que presque tous les utilisateurs de services basés à Montréal trouvent
un prestataire à moins de 100 km (quel que soit le service) et que 75 % d’entre eux le trouvent
toujours à moins de 30 km : c’est seulement pour les services de commercialisation qu’un petit
nombre d’utilisateurs montréalais sortent clairement de l’orbite métropolitaine.
On note par ailleurs que les services d’acquisition de connaissances sont les plus éloignés des
utilisateurs : en d’autres termes, les entreprises manufacturières sont prêtes à transiger avec des
prestataires de services très éloignés afin d’obtenir les conseils nécessaires. Ceci est aussi le cas
pour les services de validation et, dans une moindre mesure, pour la commercialisation. Les
services d’implantation tendent à être plus locaux, sauf pour les utilisateurs en zones périphériques
et pour une minorité d’utilisateurs en zones plus centrales.
Finalement, les services de soutien sont presque toujours obtenus localement – sauf, là encore, en
zones périphériques. Dans ces zones, il y a un fort contraste entre les très courtes distances
observées pour la majorité des utilisateurs de services de soutien et certaines très grandes distances
pour une petite minorité d’entre eux.
Ces résultats très descriptifs ne tiennent pas compte des autres facteurs explicatifs possibles. Dans
ce qui suit, nous allons tenter de répondre à deux questions : d’une part, est-ce que ces différences
dans les distances qui séparent les utilisateurs des prestataires sont attribuables à la nature du
service, à la localisation des utilisateurs, ou à d’autres facteurs comme l’âge ou la taille de
l’entreprise? D’autre part, est-ce que les utilisateurs de services éloignés sont nécessairement plus
innovateurs que ceux qui utilisent des services locaux?
Le tableau 5.B présente les résultats d’une régression où la variable que l’on cherche à expliquer
est la distance entre prestataires de services et utilisateur.
69
AUTRES EFFETS :
Le secteur d’appartenance de l’utilisateur, l’année d’ouverture, le fait d’effectuer de la RD, le fait
d’exporter, le fait de faire partie d’un groupe et le fait d’utiliser au moins un service qui est à
l’extérieur du Québec n’ont aucune influence sur la distance entre le prestataire et l’utilisateur.
DIFFÉRENTS SERVICES :
Une fois pris en compte l’ensemble des effets mentionnés ci-dessus, des différences importantes
de distance entre utilisateurs et prestataires subsistent selon le service utilisé.
Ce sont les services de soutien ainsi que les services fiscaux, d’accès à la finance et de plan
d’affaires qui se consomment le plus localement. Viennent ensuite les conseils en gestion, en
commercialisation, puis ceux portant sur la mise en œuvre de production et sur les besoins en
technologies et en RD. Finalement, les services pour lesquels les prestataires sont les plus éloignés
sont ceux qui concernent l’identification de brevets et de technologies appropriées ainsi que
l’ensemble des services liés à la validation (sauf la préparation de plan d’affaires).
70
Tableau 5.C : Lien entre apport à l’innovation et distance par rapport aux services
Innovations majeures
produit procédé gestion market.
Plan d’affaires Proche
Conseils pour accès finance Proche ++ +++
Services fiscaux Proche +
Comptabilité (référence) Proche
Ressources humaines Proche +++
Avocat Proche
Conseils gestion Assez proche ++
Besoins technologies de prod. Assez éloigné ++ +++
Besoins en RD Assez éloigné
Mise en œuvre produit / procédé Assez éloigné + ++
Commercialisation Assez éloigné ++ + +++
Infos sur brevets, recherche Très éloigné + +++
Conception de prototypes Très éloigné +++ ++
Préparation de brevets Très éloigné +++ +
Certification sécurité Très éloigné +++
Le tableau 5.C reprend les résultats du tableau 5.B en ce qui concerne la distance par rapport aux
services et les classe en quatre groupes, des plus proches aux plus éloignés. On reprend aussi les
résultats du tableau 4.E en indiquant la force du lien entre l’utilisation des services et l’innovation
majeure. On constate que, surtout pour les innovations technologiques, plus les entreprises vont
loin pour chercher un service, plus celui-ci est étroitement associé aux innovations. La seule
exception concerne les innovations de gestion qui reposent autant sur les services de proximité que
sur les services éloignés.
Ce résultat n’implique pas que les établissements qui vont loin chercher des services sont plus
innovants. Ce résultat indique par contre que les établissements vont loin pour chercher les services
qui ont le potentiel de contribuer aux innovations. Non seulement les établissements ne se limitent
pas à leur environnement immédiat pour accéder aux services, mais plus ces services vont
(potentiellement) contribuer à l’innovation, plus les établissements se tournent vers des services
éloignés : dans la mesure où les services font partie du milieu externe qui influe sur la performance
innovatrice des entreprises (ce qui est suggéré dans la littérature et que nous avons démontré au
chapitre 4), alors il est clair que ce milieu n’est pas local ou même régional. Il se décline à l’échelle
du Québec, avec des distances de plusieurs centaines de kilomètres séparant souvent les utilisateurs
et les prestataires de services (tableau 5.A).
72
5.2 Les établissements qui sont loin de leurs prestataires sont-ils plus innovants?
Nous venons de voir qu’un facteur qui explique la distance entre prestataire de services et
utilisateur est la nature du service, et plus spécifiquement sa contribution potentielle à l’innovation.
Dans cette section, nous allons voir si les entreprises qui font l’effort de transiger avec un
prestataire de services éloigné sont parmi les plus innovantes.
La réponse est simple : malgré la multitude de tests que nous avons effectués, tests qui avaient pour
variable dépendante une des différentes sortes d’innovations et pour variables indépendantes des
contrôles divers (dont notamment les distances par rapport aux zones urbaines et les régions
synthétiques d’appartenance) ainsi que les mesures de distance entre prestataire de services et
utilisateur11, nous n’avons pas pu mettre en évidence d’association entre l’innovation et la distance
qui sépare l’utilisateur du prestataire.
Ce résultat négatif – ou ce non-résultat – est important pour deux raisons. D’une part, il fait
ressortir le fait que ce ne sont pas nécessairement les utilisateurs qui sont à proximité des
prestataires de services qui sont les plus innovants. D’autre part, il fait aussi ressortir que ce ne sont
pas nécessairement les utilisateurs qui sont les plus éloignés – ni même à des distances
intermédiaires – des prestataires de services qui sont les plus innovants. Bref, ni la proximité
géographique, ni l’éloignement, ne favorisent particulièrement les échanges entre prestataires et
utilisateurs qui mènent à l’innovation.
En somme, c’est le fait d’utiliser ou non un service qui prime sur la distance. Il semblerait que les
entrepreneurs, une fois la décision prise de consulter un service, aillent vers celui qui corresponde
le mieux à leurs besoins, que celui-ci soit proche ou éloigné. Dans le chapitre qui suit, nous allons
nous pencher sur les facteurs qui mènent à l’utilisation de services et sur les éléments qui influent
sur la fréquence et le mode de contact entre utilisateur et prestataire.
11
La stratégie a été de n’analyser que les utilisateurs de services, et d’évaluer si les utilisateurs les plus éloignés de leurs
prestataires ont une plus grande probabilité d’innover. Nous avons aussi examiné si le score factoriel sur le premier facteur
d’innovation (innovation radicale) est plus élevé si on est plus loin de son prestataire de services. La distance a été introduite
comme variable continue et comme classes (tiers et quartiles). Nous avons évalué la distance par rapport à chacun des 15
services, puis la distance moyenne par rapport aux services regroupés selon la chaîne de valeur. Sur l’ensemble de cette
batterie de tests, nous avons identifié un ou deux résultats significatifs – ce qui est prévisible si on effectue un nombre suffisant
de tests! – mais aucun pattern de résultats.
73
Nous allons donc explorer les déterminants de l’utilisation de services, puis, pour les utilisateurs,
ce qui détermine la fréquence d’utilisation et la manière de les contacter. Pour l’ensemble de ces
analyses, deux séries de résultats sont présentées :
1. Les résultats d’un modèle logistique simple. Ce modèle ne tient pas compte du
regroupement des observations au sein des entreprises. Mais ce modèle permet d’une part
de sélectionner les variables qui sont incluses dans le deuxième modèle et permet aussi
d’évaluer le pouvoir explicatif global (pseudo r2 ajusté) des variables retenues.
2. Les résultats d’un modèle logistique à deux niveaux avec effets aléatoires au niveau des
établissements. Ce modèle permet d’isoler l’effet explicatif (le coefficient de régression et
son écart type) qui est propre à chaque variable en ôtant les effets qui sont propres aux
entreprises et qui ne sont pas pris en compte dans le modèle.
La population analysée pour comprendre les déterminants de l’utilisation des services est
l’ensemble des cas possibles d’utilisation de services (c’est-à-dire 804 x 15 = 12 060 cas). Chaque
cas est donc représenté par une variable dichotomique qui prend pour valeur 1 si le service est
utilisé et 0 s’il ne l’est pas. La population analysée pour comprendre la fréquence d’utilisation et le
mode de contact avec le prestataire correspond aux 2 649 cas d’utilisation de services pour lesquels
nous avons la distance entre le prestataire et l’utilisateur.
La distance qui sépare un établissement d’une métropole ou d’une ville moyenne n’influence pas
de façon linéaire la probabilité d’utiliser un service, mais on constate que ce sont les établissements
situés hors d’une métropole mais dans un rayon d’environ 100 km – soit dans une ville centrale de
plus de 50 000 personnes, soit dans le milieu rural – qui utilisent plus fréquemment des services.
74
L’utilisation de services ne diffère pas selon le secteur d’activité de l’établissement. Par contre,
toutes choses étant égales par ailleurs, plus un établissement est grand (plus il a d’employés), plus
il est jeune et plus il a d’employés consacrés à la RD, plus grande est la probabilité qu’il ait recours
à des services externes. Le fait de faire partie d’un groupe réduit la probabilité qu’un établissement
y ait recours.
Recherche et développement
RD emp 1 aucun -0,82*** -0,85*** - - - - - - - -
RD emp 2 1 à 10 % -0,50*** -0,53*** -0,16* -0,16 0,35*** 0,43*** - - 0,16* 0,20
RD emp 3 10 à 35 % -0,43*** -0,44*** - - 0,49*** 0,64*** 0,36*** 0,37** 0,27*** 0,34**
RD emp 4 + de 35 % (référence) - - - - - - - - - -
Exportations
Ex 1 aucun 0,15* 0,14 -0,24** -0,27* - - - - - -
Ex 2 1 à 10 % du CA 0,24*** 0,25* -0,25** -0,25 - - - - - -
Ex 3 10 à 50 % du CA 0,27** 0,26* - - - - - - - -
Ex 4 plus de 50 % (référence) - - - - - - - - - -
Filiale
Fait partie d'un groupe -0,24*** -0,26** - - - - - - - -
Services individuels
Besoins technologies de production 0,20* 0,21* 0,71*** 0,77*** - - -0,81*** -0,97*** 0,97*** 1,00***
Besoins en RD 0,96*** 1,01*** - - - - -0,99*** -1,06*** 0,90*** 0,99***
Infos sur brevets, recherche -0,31*** -0,33*** - - - - -0,38* -0,47**
Plan d’affaires - - - - - - - 1,12*** 1,24***
Conception de prototypes -0,26** -0,27** 0,96*** 0,97*** - - - - 0,64*** 0,60***
Préparation de brevets -1,07*** -1,10*** - - - - - - - -
Certification sécurité -0,40*** -0,41*** - - - - -0,81*** -0,84*** - -
Mise en œuvre de produit ou de procédé -1,08*** -1,12*** 0,48* 0,55** - - -0,78*** -0,84*** 0,83*** 0,91***
Conseils pour accès finance 0,65*** 0,68*** - - - - - - 0,78*** 0,85***
Conseils gestion - - 1,10*** 1,09*** -0,35** -0,46** -0,79*** -0,82*** 1,63*** 1,75***
Services fiscaux - - - - - - - - - -
Commercialisation -0,39*** -0,40*** 0,98*** 1,03*** - - -0,45** -0,53** 0,86*** 0,99***
Comptabilité 2,44*** 2,56*** 0,39*** 0,45*** -0,18* -0,15 - - 0,35*** 0,39***
Ressources humaines 0,25** 0,26** - - - - -0,64*** -0,69*** - -
Avocat 1,56*** 1,63*** - - - - 0,51*** 0,58*** -0,66*** -0,69***
En somme, donc, ce sont les établissements les plus grands, les plus jeunes et les plus actifs en RD
qui font le plus fréquemment appel aux services externes – et ce, indépendamment de leurs
innovations abouties (car nous tenons compte de leurs activités d’innovation dans la régression).
Par contre, il semblerait qu’un établissement qui fasse partie d’un groupe obtienne une partie de ses
services au sein du groupe, car, toutes choses étant égales par ailleurs, un tel établissement a moins
recours aux services externes.
En changeant le niveau d’analyse, cette régression permet aussi de voir quels types de services sont
les plus fréquemment utilisés. Ce sont les services de préparation de brevets et ceux de mise en
œuvre de production ou de procédé qui sont utilisés le moins fréquemment. À l’opposé, ce sont les
services comptables, d’avocats, d’information sur la RD et de conseils pour accéder à la finance
qui sont le plus souvent utilisés.
On constate donc que ce sont les services de validation qui sont les moins utilisés, tout comme les
autres services qui sont directement liés à l’introduction d’un nouveau produit ou procédé –
comme l’aide à la mise en œuvre et la commercialisation. Sans grande surprise, ce sont les services
de soutien qui sont le plus souvent utilisés.
76
Il est cependant intéressant de voir que ce sont les établissements n’ayant introduit qu’une
innovation mineure qui sont en contact le plus fréquent avec leurs prestataires de services, peut-être
parce qu’ils en consultent une moins grande variété (colonne « Contact », tableau 6.A). Autrement
dit, la somme totale de contacts est peut-être semblable pour les innovateurs mineurs et majeurs,
mais les innovateurs mineurs consultent une moins grande palette de prestataires (mais ils
consultent chaque prestataire plus fréquemment), alors que les innovateurs majeurs consultent une
plus grande palette de prestataires (mais chaque prestataire est consulté un peu moins
fréquemment). Quoi qu’il en soit, les innovateurs consultent plus fréquemment leurs prestataires
que les non-innovateurs.
La fréquence des contacts avec les prestataires n’est pas tributaire de la distance entre le
prestataire et l’utilisateur, et cette fréquence ne change pas que l’on soit en métropole ou en milieu
rural périphérique. La localisation géographique, qui déjà ne joue presque pas sur la probabilité
d’utiliser un service (colonne « Contact »), ne joue pas du tout sur la fréquence. Ces résultats, qui
corroborent de manière plus robuste les simples tableaux présentés dans le rapport de mi-parcours,
sont importants : ils soulignent que la localisation géographique d’une entreprise manufacturière
n’a pas d’effet sur sa propension à avoir recours aux services extérieurs, et n’a pas d’effet,
lorsqu’elle s’en sert, sur la fréquence des contacts. Il semblerait donc que les entreprises identifient
leurs besoins en services, et par la suite font le nécessaire pour y accéder quelle que soit leur
localisation géographique et quelle que soit la distance qui les sépare du prestataire du service
voulu.
Nous notons un effet sectoriel : ce sont les établissements les plus intensifs en main-d’œuvre qui
consultent le moins fréquemment leurs prestataires de services.
Ce sont les établissements les plus grands qui non seulement consultent la plus grande palette de
services mais consultent leurs prestataires le plus fréquemment. Dans la mesure où la taille d’un
établissement est un indicateur de ses ressources internes, il semble donc qu’il y ait une certaine
complémentarité (et non de la substitution) entre les ressources internes et le recours aux services
externes.
77
La fréquence d’utilisation des services est la plus élevée pour les conseils en gestion, la
commercialisation, la conception de prototypes et l’identification de besoins technologiques, et
assez élevée pour la mise en œuvre et la comptabilité. On constate deux patrons différents :
Une utilisation à haute fréquence par un petit nombre d’établissements (prototypes, mise en
œuvre, commercialisation).
Alors que l’utilisation de services et la fréquence des contacts avec les prestataires ne sont pas
structurées par la géographie, l’importance accordée aux contacts par voie électronique en est
fortement tributaire. Plus l’utilisateur est éloigné de son prestataire, plus les contacts électroniques
sont importants, et les utilisateurs localisés dans des villes importantes (villes centrales ou
périphériques de plus de 50 000 habitants) les trouvent moins importants que ceux localisés en
zone rurale ou dans les plus petites villes.
Une anomalie semble pourtant s’être introduite dans ces résultats, car les utilisateurs localisés dans
les zones métropolitaines de Montréal et de Québec accordent une importance semblable aux
contacts électroniques que les utilisateurs en milieu rural et dans les petites villes. Ceci pourrait être
causé par deux phénomènes. D’une part, et en moyenne, les utilisateurs de services à Montréal et à
Québec sont plus proches de leurs prestataires (tableau 4.A) : l’effet des grandes métropoles est
donc peut-être déjà pris en compte par la variable distance. D’autre part, il se pourrait que la
congestion qui caractérise les métropoles (mais beaucoup moins le Québec non métropolitain)
augmente l’importance accordée aux contacts électroniques pour les utilisateurs métropolitains.
78
Le seul autre facteur qui semble porter sur l’importance que revêtent les contacts par voie
électronique est la recherche et développement : ce sont les établissements qui ont une activité de
RD moyenne (autrement dit ceux qui font de la RD mais dont moins de 35 % des effectifs y sont
consacrés) qui accordent le plus d’importance aux contacts par voie électronique.
Il y a très peu de différences entre services en ce qui concerne l’importance accordée aux contacts
électroniques : seuls les utilisateurs de conseils en gestion accordent un peu moins d’importance
aux contacts électroniques que les utilisateurs d’autres services.
Une conclusion importante de cette sous-section est que l’importance accordée aux contacts par
voie électronique est essentiellement déterminée par la géographie : par la localisation de
l’utilisateur, et par la distance qui sépare l’utilisateur du prestataire. Les contacts électroniques sont
un moyen de consommer les services lorsque des grandes distances séparent les prestataires et les
utilisateurs, mais aussi lorsque l’environnement – que ce soit pour des raisons de congestion (en
métropole) ou d’isolement (en zone rurale et dans les petites villes) – n’est pas propice aux
contacts face-à-face réguliers.
Nous en revenons donc une fois de plus à l’idée que les utilisateurs identifient leurs besoins et font
ensuite le nécessaire pour accéder aux services – et que c’est bien l’utilisation de services, et non la
géographie, les milieux ou les systèmes locaux, qui est un facteur d’innovation.
On constate, dans le même ordre d’idées, que ce sont les utilisateurs localisés dans les petites villes
et dans les zones rurales (qu’elles soient centrales ou périphériques) qui accordent une plus grande
importance aux rencontres chez leurs prestataires : ceci semble indiquer que dans ces localisations
79
où l’on trouve moins de services (Shearmur et Doloreux, 2008), on se déplace plus pour y avoir
accès. Au contraire, dans les villes plus grandes et les métropoles, l’importance des déplacements
vers le prestataire est moins grande.
En gros, on constate le même pattern – mais en moins marqué – pour les services de
validation, sauf en ce qui concerne la préparation de brevets pour laquelle ni les
déplacements vers le prestataire ni les déplacements du prestataire vers le client ont plus
d’importance que la moyenne.
Les mêmes constats se font aussi pour les services de validation. Là encore, pour ces
services (sauf en ce qui concerne les services fiscaux) le déplacement du prestataire vers
l’utilisateur revêt plus d’importance que celui de l’utilisateur vers le prestataire.
Le même constat est valide pour les services de commercialisation, et aussi pour la
comptabilité et les services de ressources humaines.
Le seul service pour lequel l’ordre d’importance est renversé est pour les avocats. Pour ce
type de service, les contacts en face-à-face aux bureaux du prestataire revêtent plus
d’importance que les contacts en face-à-face aux bureaux de l’utilisateur.
En somme, pour tous les services sauf les services d’avocats, les utilisateurs considèrent soit que
les visites du prestataire à leurs bureaux sont particulièrement importantes, soit que leurs visites
chez le prestataire ont relativement peu d’importance, soit les deux.
Si l’on compare les services entre eux, on voit que les visites du prestataire chez le client sont
particulièrement importantes pour les conseils en gestion, la préparation de plans d’affaires,
l’identification de besoins technologiques, l’identification de besoins en RD, les conseils en
commercialisation et la mise en œuvre. Ces rencontres en face-à-face chez les clients revêtent le
moins d’importance pour les conseils légaux, les ressources humaines, la certification, la
préparation de brevets et l’acquisition d’informations sur les brevets et la recherche pertinents. En
gros, comme nous venons de le voir, l’importance accordée à la rencontre en face-à-face chez le
fournisseur est l’inverse de l’importance accordée à la rencontre en personne chez l’utilisateur.
80
Le tableau 6.B permet de saisir l’importance brute accordée à ces différents modes de contacts
selon le secteur. On voit qu’en termes absolus les contacts par voies technologiques sont de toute
première importance quel que soit le secteur : en moyenne, 56 % des utilisateurs de services jugent
cette forme de contact très importante. La rencontre en face-à-face chez l’utilisateur est aussi très
importante : 45 % des utilisateurs de services la jugent importante, mais cette importance varie plus
selon les secteurs. Finalement, les rencontres en personne chez les fournisseurs sont, en termes
absolus, jugées moins importantes que les deux autres types de contacts : seulement 24 % des
utilisateurs de services les jugent très importantes.
Pour chacun des 15 types de services, nous avons demandé aux utilisateurs éventuels s’ils
pouvaient identifier des barrières à l’acquisition de services. Quatre types de barrières ont été
explorés :
1. la difficulté à identifier un prestataire de services approprié;
2. le coût du service;
3. la distance entre le prestataire éventuel et l’utilisateur;
4. le temps nécessaire pour effectuer le contact entre le prestataire et l’utilisateur.
L’analyse de ces données pose des problèmes d’interprétation car il ne nous est pas possible de
distinguer entre les répondants qui n’identifient aucunes barrières parce qu’ils n’ont tout
simplement pas eu besoin du service, et ceux qui n’identifient pas de barrières parce que le service
leur est aisément accessible. De la même manière, lorsqu’une barrière à l’accès est identifiée cela
indique soit qu’elle a été surmontée, soit qu’elle a empêché l’accès au service. Il serait donc
nécessaire d’analyser chaque service séparément et de diviser l’analyse des barrières selon que le
service a effectivement été utilisé ou pas – chose qui est faisable, mais pas dans le cadre d’un
rapport qui tente de dresser un état des lieux général de l’utilisation de services par les
établissements manufacturiers.
Au tableau 7.A nous avons indiqué, service par service, la proportion d’établissements qui ont
identifié une barrière à l’utilisation. On y voit bien ressortir l’association entre l’utilisation des
services et les barrières perçues pour leur utilisation. D’une part, les très fortes corrélations entre le
pourcentage d’établissements qui identifient une barrière à l’utilisation d’un service et les
coefficients de régression du tableau 6.A (qui indiquent la probabilité d’utilisation de chaque
service) nous montrent que ce sont les services les plus utilisés pour lesquels les répondants
identifient des barrières à l’utilisation. D’autre part, on constate qu’en grande majorité ce sont des
utilisateurs de services qui identifient des barrières à leur utilisation : selon le type de barrière entre
66 % et 77 % des barrières identifiées le sont par des établissements utilisateurs du service pour
lequel une barrière est identifiée.
83
Au tableau 7.B nous avons effectué une analyse sommaire des facteurs associés à l’identification
de barrières à l’utilisation de services. Nous n’avons pas effectué cette analyse service par service :
le petit nombre de cas mis en évidence au tableau 7.A rend caduc un tel exercice. Nous avons, par
contre, identifié les établissements qui évoquent au moins une fois chaque type de barrière (tableau
7.A). Nous voyons alors que, selon la barrière, de 8,9 à 24,9 % des établissements sont concernés,
ce qui rend possible une analyse statistique de type logistique (tableau 7.B).
Nous n’identifions pas beaucoup de facteurs explicatifs. Ni la taille, la distance par rapport à une
métropole, les exportations ou le fait d’être une filiale ne sont associés au fait d’évoquer telle ou
telle barrière. Par ailleurs, même si, dans certains cas, l’âge ou la RD semblent jouer, les liens ne
sont pas clairs car ils ne sont pas monotones (la probabilité n’augmente pas, ni ne diminue,
systématiquement avec l’âge ou avec l’intensité de la RD). Par ailleurs, on note certaines
associations entre le fait d’utiliser tel ou tel service et le fait d’évoquer un type de barrière à l’accès,
mais là aussi aucun pattern général ne s’en dégage.
En fait, la seule leçon qui peut être tirée du tableau 7.B est que les problèmes d’accès aux services
associés à la distance sont le plus souvent évoqués par les établissements qui se trouvent en zones
rurales, que ces zones soient centrales (proches de métropoles) ou périphériques. Ce résultat, sans
être surprenant, souligne toutefois que ce n’est pas la distance par rapport à la métropole, mais bien
le fait d’être localisé dans un milieu peu dense, qui augmente la perception qu’il existe des
barrières physiques à l’accès aux services. Il s’agit bien de perceptions, car nous n’avons pas
identifié de pattern semblable en ce qui concerne l’utilisation de services : au tableau 3.A nous
avons vu que le recours aux services n’est pas systématiquement plus bas en milieu rural. Il
semblerait donc que ce recours demande un effort supplémentaire – effort qui est reconnu par les
utilisateurs et qui se traduit par des distances systématiquement plus grandes entre prestataires et
utilisateurs (tableau 5.B) – mais que cet effort supplémentaire lié à l’éloignement des prestataires
n’empêche en rien le recours quand il est jugé nécessaire par l’entrepreneur en zone rurale.
Conclusion et implications
Le lien entre utilisation de services et innovation est plus marqué pour les innovations
technologiques (produit et procédé) que pour les innovations managériales (gestion et
marketing). De plus, pour les innovations technologiques, tout semble indiquer que les services
n’agissent pas de manière individuelle : les innovateurs de produits et de procédés tendent à
avoir recours à une panoplie de services divers qui couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur.
Par contre, pour les innovations de marketing et de gestion, c’est surtout le recours aux services
de commercialisation, de gestion ou de ressources humaines qui semble avoir un effet.
Malgré cela, il faut être prudent quant aux mécanismes à l’œuvre. L’approche que nous avons
adoptée – par la chaîne de valeur – présuppose un déploiement linéaire de l’innovation, partant
de la collecte d’informations, passant par sa mise en œuvre, sa validation, puis la
commercialisation. Les services interviendraient à chacune de ces étapes, contribuant ainsi au
processus d’innovation. Or, MacPherson (2008) suggère que la causalité n’est pas toujours aussi
directe : selon ses observations, dans la métropole de New York la décision d’innover se prend
avant de consulter les services. L’idée et l’opportunité d’innover sont identifiées par l’entreprise,
qui fait ensuite appel à des consultants externes pour les concrétiser. Par contre, dans des régions
plus éloignées de l’État de New York, ce sont les consultants eux-mêmes qui identifient les
opportunités d’innovations : autrement dit, les entreprises ont recours à des services supérieurs
pour des raisons techniques ou de gestion et c’est durant leur interaction avec le prestataire de
services que les possibilités d’innovations sont identifiées.
Ces deux processus mèneraient aux mêmes constats statistiques dans notre base de données.
Nous n’avons pas les données nécessaires pour identifier d’où provient l’idée de l’innovation.
Cependant, il faut être très clair : notre conclusion porte sur le lien qui existe entre l’utilisation de
services et l’innovation, mais nous ne pouvons pas affirmer que les innovations sont causées par
l’utilisation de ces services. Par contre, il est possible d’affirmer avec une plus grande certitude
que les services sont un élément crucial du processus d’innovation et que, sans ces services
externes, les entreprises innovent moins ou avec plus de difficulté.
86
Cette dernière affirmation est d’autant plus forte que nous avons aussi vérifié que c’est bien le
recours aux services, et non l’obtention d’informations de sources plus générales, qui est associé
à l’innovation. Bien que ces sources générales d’informations sont – pour les innovations
technologiques – un facteur d’innovation important, l’utilisation de services externes est un
facteur d’innovation supplémentaire, qui vient donc s’ajouter à ces informations d’ordre plus
général.
De manière apparemment paradoxale, ce ne sont PAS les établissements les plus innovants qui
vont chercher le plus loin leurs prestataires de services, que ces établissements soient localisés en
métropole ou en région périphérique. Ce paradoxe n’est qu’apparent car c’est bien l’utilisation
du service et non la distance parcourue qui est associée à l’innovation. Ce résultat nous suggère
que les établissements innovants identifient leurs besoins en services ainsi que leurs prestataires
sans se soucier des distances : le prestataire choisi n’est pas systématiquement éloigné, et il n’est
pas systématiquement proche, mais, en moyenne, les prestataires de services stratégiques sont
plus éloignés que les prestataires de services non stratégiques.
87
L’éloignement (la localisation en zone rurale, l’éloignement par rapport aux métropoles) ne
réduit pas l’utilisation de services (c’est-à-dire la décision d’y avoir recours), ni la fréquence
d’utilisation de ces derniers (c’est-à-dire la régularité des contacts une fois la décision prise d’y
avoir recours). Par contre, l’éloignement a deux impacts sur l’utilisation de services :
1- Plus on est éloigné, plus on a recours aux télécommunications et autres moyens de
communication électroniques pour interagir avec son prestataire.
2- Plus on est éloigné, plus on perçoit qu’il y a des barrières (notamment en termes de distance)
pour avoir accès aux services. Or, ceci ne semble être qu’une perception car la fréquence
d’utilisation, comme nous venons de le voir, n’est pas affectée par l’éloignement.
Ces résultats très importants vont aussi dans le sens des conclusions de MacPherson (2008). Ce
dernier a constaté une évolution importante entre 1994 et 2005 en ce qui concerne l’utilisation de
services et l’innovation dans les zones éloignées de l’État de New York : en 1994, l’utilisation
des services y était bien moins importante et les processus d’innovation liés aux services y
étaient aussi moins fréquents. Par contre, en 2005, il ne subsistait déjà plus de différences en
termes d’utilisation de services ni d’activités d’innovation – en grande partie grâce à la
démocratisation de l’Internet.
Il va sans dire que la culture et les institutions locales peuvent être, dans certains cas, des
éléments externes importants. Mais nos résultats montrent très clairement que les services à forte
intensité de connaissances (SFIC), tout en faisant très évidemment partie du système
d’innovation dans lequel évolue chaque entreprise, ne sont pas locaux. Autrement dit, étant
donné qu’un élément si important du système d’innovation n’est pas nécessairement local, nous
avançons que, de manière plus générale, ces systèmes ne sont pas localisés à une échelle infra-
provinciale.
Ceci ne veut pas dire que certains éléments de divers systèmes d’innovation ne sont pas plus
présents à un endroit qu’à un autre. Mais nous avançons que les entreprises ne sont pas du tout
limitées à puiser leurs ressources, informations et services externes dans leur environnement
immédiat. Nos résultats montrent bien que c’est seulement à Montréal que la grande majorité des
utilisateurs de services trouvent des prestataires localement : mais ceci ne veut pas dire qu’il y
aurait un système local d’innovation métropolitain (Gaschet et Lacour, 2007). Ceci indique
88
plutôt que Montréal fonctionne comme une grande agglomération : les économies
d’agglomération sont bien théorisées, tout comme la localisation des services supérieurs en leur
sein, et il n’y a nul besoin de faire appel à la notion de système d’innovation localisé pour
comprendre pourquoi les distances utilisateurs-prestataires y sont les plus faibles. Dès que l’on
sort de Montréal – pour aller à Québec, par exemple – on constate que beaucoup d’entreprises
interagissent avec des prestataires de services à plusieurs centaines de kilomètres – très
probablement à Montréal.
D’ailleurs, le très petit nombre d’utilisateurs de services hors du Québec (nous ne les avons pas
analysés dans ce rapport vu leur petit nombre) semble indiquer qu’il existe peut-être un système
d’innovation québécois – structuré par la géographie (ancrée par Montréal) mais aussi la langue,
la culture et les politiques publiques québécoises. Ceci rejoint les propos de Lundvall (2007) qui,
ayant introduit au début des années 1990 l’idée des systèmes d’innovation nationaux critique, en
2007, les tentatives d’appliquer cette idée à des échelles plus petites.
Un autre élément qui va dans ce sens concerne la substitution apparente entre les modes de
contacts électroniques et les rencontres en face-à-face. Bien que l’on semble privilégier un peu
plus la rencontre en personne lorsqu’on est à proximité de son prestataire, et bien que les
communications électroniques revêtent plus d’importance dans les zones éloignées (ou à forte
congestion), il ne semble y avoir aucun lien entre le fait d’innover et le fait de privilégier la
rencontre face-à-face : ceci ne veut pas dire que les rencontres en personne ne sont pas de toute
première importance pour tisser les liens sociaux et pour transmettre des informations tacites.
Mais ceci va dans le sens de Torre (2008) qui souligne que ces rencontres ne sont pas
nécessairement fréquentes et que les communications plus routinières peuvent, une fois les
rencontres préalables effectuées, se faire à distance. Autrement dit, la co-localisation territoriale
avec leurs prestataires de services (dont l’atout principal est qu’il facilite la rencontre en face-à-
face) ne semble pas être un facteur d’innovation pour les établissements manufacturiers.
Quelques implications
La première implication des résultats présentés ci-dessus est l’importance, pour les entreprises
manufacturières, d’utiliser les SFIC, et ce, pour l’ensemble de leur chaîne de valeur. Si ces
entreprises veulent innover, l’utilisation de services externes est un élément important
indépendamment de leurs autres sources d’informations, de leur taille et de leurs capacités
internes. Environ le quart des établissements dans notre échantillon utilisent très peu de services,
et environ le quart d’entre eux en utilisent pour l’ensemble de leur chaîne de valeur : il y aurait
donc une intensification possible de l’utilisation des services dans environ 75 % des
établissements (mais évidemment cette intensification ne sera pas appropriée dans tous les cas).
89
Cependant, nous constatons que ce sont les grands établissements, ceux qui font de la RD et les
plus jeunes, qui ont le plus recours aux services – il y aurait, pour ces établissements,
complémentarité entre les ressources internes et les services externes. Il s’agirait donc de se
pencher sur les entreprises ayant moins de capacités internes afin de voir s’il y a moyen :
- soit d’augmenter leurs capacités internes afin qu’elles puissent utiliser les services
externes;
- soit d’explorer un mode d’utilisation de services qui ne fasse pas appel aux ressources
internes des établissements manufacturiers mais qui viennent, au contraire, les compléter.
Il s’agit aussi d’être réaliste à ce propos : nos résultats montrent bien qu’il n’y a pas de lien
automatique entre utilisation de services et innovation : bien des utilisateurs de services n’ont pas
innové durant la période d’étude. Par contre, il y a très peu d’innovateurs qui ne se servent pas de
services externes. L’utilisation de services externes semble donc être une condition sine qua non
pour l’innovation, mais celle-ci n’est évidemment pas toujours au rendez-vous.
La troisième implication découle de nos conclusions en ce qui concerne les systèmes locaux
d’innovation. Rien ne permet de dire que les services associés à l’innovation doivent être
locaux : au contraire, les établissements manufacturiers doivent pouvoir choisir le prestataire le
plus adapté, et non celui qui est le plus proche. Ceci veut donc dire qu’il n’y a pas lieu de vouloir
développer une offre locale de services, et il n’y a pas lieu, non plus, de la décourager. Les
interventions devraient plutôt se faire sur l’appariement entre manufacturiers et prestataires de
services, et non sur la localisation de ces prestataires. Cet appariement présuppose des liens de
communication adéquats (Internet haut débit) et, surtout, des liens de transport qui permettent les
rencontres en face-à-face à des coûts raisonnables – même si ces rencontres ne sont pas
nécessairement très fréquentes. Il s’agirait donc de mieux connecter les établissements
manufacturiers avec l’extérieur, et pas de développer, dans chaque région québécoise, un
système de services localisé.
90
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