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Services de connaissance et innovation PME

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L’utilisation des services à forte

intensité de connaissances dans


les PME manufacturières du
Québec : Diagnostic des perfor-
mances et déterminants de l’innovation

David Doloreux, Richard Shearmur


L’utilisation des services à forte
intensité de connaissances dans
les PME manufacturières du
Québec : Diagnostic des perfor-
mances et déterminants de l’innovation

David Doloreux, Richard Shearmur

Institut national de la recherche scientifique


Centre - Urbanisation Culture Société

Mars 2012
David Doloreux, Ph.D.
École de gestion Telfer
Université d’Ottawa

Richard Shearmur, Ph.D.


Centre – Urbanisation Culture Société de l’INRS

Diffusion :
Institut national de la recherche scientifique
Centre – Urbanisation Culture Société
385, rue Sherbrooke Est
Montréal (Québec) H2X 1E3

Téléphone : (514) 499-4000


Télécopieur : (514) 499-4065

[Link]

ISBN 978-2-89575-282-0
Dépôt légal : - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2012
- Bibliothèque et Archives Canada
© Tous droits réservés
Remerciements

Les auteurs remercient les personnes suivantes qui ont participé ou collaboré à la
réalisation de cette étude :

 Les entreprises manufacturières du Québec qui ont répondu au sondage sur


l’utilisation des services en soutien aux activités d’innovation;

 Les partenaires :

o Développement économique Canada, Programme Études en


développement régional et Jean Laneville;

 Le membre du comité de suivi de la recherche :


Sommaire exécutif

But du rapport
Ce rapport, qui a bénéficié d’une contribution financière du programme Études en
développement économique régional de Développement économique Canada, a pour
but d’explorer les questions suivantes :

 Dans quelle mesure l’utilisation des services à forte intensité de connaissances


(SFIC, aussi appelés services supérieurs) contribue-t-elle à l’innovation dans les
établissements manufacturiers?

 Ces services agissent-ils seuls ou en interaction les uns avec les autres? Certains
services sont-ils plus associés aux activités d’innovation que d’autres?

 L’utilisation de ces services diffère-t-elle selon la localisation des établissements


manufacturiers par rapport aux zones urbaines et aux métropoles?

 Les établissements qui sont plus éloignés des prestataires de services sont-ils
plus ou moins innovants?

Méthode
Une enquête a été effectuée d’avril à juin 2011 auprès de 804 établissements
manufacturiers au Québec. L’échantillon est représentatif selon les secteurs
économiques (classement en quatre grands secteurs manufacturiers) et selon la
localisation au centre ou en périphérie (classement selon la présence ou pas en zone
urbaine et selon la proximité d’une métropole). Les résultats de cette enquête ont été
compilés, géo-référencés et analysés avec des techniques exploratoires (tableaux
croisés, chi2) et des techniques plus poussées (analyses factorielles, de classification, de
régression simple, de régression multiniveau).

Résultats
A. Innovation et utilisation de services

1. Il existe un lien très marqué entre l’utilisation de SFIC externes et l’innovation au


sein des établissements manufacturiers. Ce lien existe pour toutes formes
d’innovation (innovations technologiques – nouveaux produits ou procédés – et
managériales – nouvelles approches de gestion, nouvelles approches au marketing).
Cependant, le lien est plus fort pour les innovations technologiques. Par ailleurs, il
semblerait que les innovations managériales viennent souvent à la suite
d’innovations technologiques.
iv

2. Les innovations technologiques sont fortement associées à l’utilisation des services


externes à chaque stade de leur chaîne de valeur, et plus particulièrement aux
services d’identification de connaissances (information sur les technologies et
brevets) et de validation de connaissances (préparation de brevets).

3. Les innovations managériales – et notamment en gestion – sont plus fortement


associées aux services de conseil en gestion et en ressources humaines. Les
innovations en marketing sont fortement associées à l’utilisation de services de
commercialisation.

4. Par ailleurs, les innovations technologiques sont associées à l’utilisation d’une


brochette de services variés : pour ce type d’innovations, l’effet d’un service semble
dépendre de l’utilisation d’autres services.

B. Géographie de l’utilisation des services

1. Il n’y a pas de variation spatiale dans l’utilisation de services (ni en termes


d’innovation au sein des établissements manufacturiers). Ceci veut donc dire que
l’utilisation de services est aussi intensive en région rurale périphérique qu’en
région métropolitaine. Ce résultat est en concordance avec ceux de MacPherson
(2008) et reflète très probablement l’effet de l’Internet et autres possibilités de
communication électronique.

2. En moyenne, la distance entre prestataire de services et utilisateur manufacturier


est plus importante pour les services les plus stratégiques (c’est-à-dire ceux qui sont
le plus fortement associés à l’innovation, et qui sont aussi le moins fréquemment
utilisés). Ceci est en accord avec la théorie de la localisation Christallérienne qui
stipule que les services les plus stratégiques auront tendance à se localiser dans des
lieux centraux et que leurs clients se déplaceront loin (si nécessaire) pour les
consulter.

3. Ce ne sont pas nécessairement les utilisateurs qui vont le plus loin pour chercher
leurs services qui sont les plus innovants ni ceux qui se servent de services locaux.
Autrement dit, il n’y a pas d’effet de milieu (n’est pas plus innovant un
établissement qui interagit avec des services de proximité) ni d’effet de distance (ce
n’est pas par ce qu’on va loin pour chercher un service que l’on est plus innovant).

4. Ce dernier point nous mène à conclure que les utilisateurs de services identifient le
meilleur prestataire, quelle qu’en soit la localisation au Québec, et font ensuite le
nécessaire pour communiquer avec. Plus la distance est grande entre utilisateur et
prestataire, plus grande est l’importance des contacts par voie électronique.
v

5. Il est aussi important de noter – et ceci est en accord avec nos constats précédents –
que le fait d’accorder de l’importance aux contacts face à face avec les prestataires
de services n’augmente pas la propension à innover. Ceci nous mène à conclure
qu’une fois la confiance et la compréhension des enjeux établies entre utilisateurs et
prestataires de services (en général par le biais de rencontres en face à face chez
l’utilisateur) les contacts électroniques sont des substituts aux rencontres face à face
de routine.

C. Conclusions et implications

1. Les services externes sont fortement associés à l’innovation au sein des


établissements manufacturiers, surtout en ce qui concerne les innovations
technologiques, mais aussi de manière non négligeable pour les services
managériaux.

2. Pour les innovations technologiques, l’utilisation de services variés, tout au long de


la chaîne de valeur, est fortement associée aux innovations.

3. Même si les établissements manufacturiers dans les régions éloignées perçoivent des
barrières à l’utilisation de services (surtout la distance), ceci ne semble pas avoir
d’effet sur leur utilisation effective de services.

4. Certains établissements, surtout en région éloignée, mais aussi dans des métropoles
comme Québec, sont très éloignés de leurs prestataires de services : la mobilité et
l’accessibilité physique entre prestataires et utilisateurs (afin de permettre les
premières rencontres face à face) sont un enjeu important.

5. Les SFIC ne font pas partie de systèmes d’innovation territorialisés. La distance


entre prestataire et utilisateur n’a aucun effet sur la propension à innover. L’enjeu,
pour les politiques d’innovation, est de permettre le meilleur appariement possible
entre utilisateurs et prestataires de services. L’enjeu n’est pas d’assurer la présence
locale de services.
TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION ..................................................................................................................... 1
Contexte et mandat......................................................................................................................1
Méthode de travail .......................................................................................................................3
Plan du rapport ............................................................................................................................4

PARTIE 1 : REVUE DE LA LITTÉRATURE ............................................................................ 5


1. Services, innovation et développement régional ........................................................... 5
1.1 Les services à forte intensité de connaissances ...................................................................5
Définition et caractéristiques ..............................................................................................5
Les activités des SFIC et leur rôle en lien avec l’innovation ...................................... .....10
1.2 Contexte de la recherche sur les SFIC ................................................................................12
Innovation et SFIC ...................................................................................................... .....12
Systèmes d’innovation et SFIC .................................................................................. .....16
Les SFIC en tant qu’organisation innovante .............................................................. .....18
Les SFIC en tant que sources d’informations externes (parmi d’autres sources)...... .....18
Les SFIC en tant que facilitateurs et vecteurs de connaissances .............................. .....19
Développement économique des régions et SFIC ..................................................... .....20
Politiques publiques et SFIC ...................................................................................... .....24
1.3 Le recours aux SFIC pour l’innovation.................................................................................26
Les caractéristiques des entreprises .......................................................................... .....26
Le stade du processus d’innovation ........................................................................... .....27
Les industries ........................................................................................................... .....30
Les régions ........................................................................................................... .....31

PARTIE 2 : MÉTHODOLOGIE ET RÉSULTATS .................................................................. 35


2. Méthodologie ............................................................................................................... 35
2.1 Population à l’étude et échantillon .......................................................................................35
2.2 Construction du questionnaire .............................................................................................37
2.3 La collecte des données ......................................................................................................39
2.4 Classification sectorielle de Pavitt .......................................................................................39
2.5 Classification des régions ....................................................................................................41
2.6 Analyses ..............................................................................................................................42
3. Innovation et services .................................................................................................. 45
3.1 La complémentarité entre différents types d’innovations et de services .............................45
3.2 La complémentarité entre l’utilisation de différents services ...............................................47
3.3 Existe-t-il des liens entre utilisation de services et innovation? ...........................................49
3.4 Sommaire .............................................................................................................................51
4. Utilisation de services et innovation ............................................................................. 53
4.1 Les services fonctionnent-ils seuls ou de concert? .............................................................60
4.2 Le lien observé entre services et innovations ne fait-il que reformuler ce que l’on
sait déjà? ........................................................................................................................62
4.3 Sommaire .............................................................................................................................65
5. Géographie de l’utilisation de services ........................................................................ 66
5.1 Les facteurs explicatifs de la distance entre prestataire de services et utilisateur ..............68
Effet de la localisation de l’utilisateur :........................................................................ .....69
iv

Effet de la taille de l’utilisateur : .................................................................................. .... 69


Autres effets : ........................................................................................................... .... 69
Différents services : .................................................................................................... .... 69
5.2 Les établissements qui sont loin de leurs prestataires sont-ils plus innovants? ................ 72
6. Déterminants de l’utilisation de services ..................................................................... 73
6.1 Déterminants de l’utilisation de services (colonne « Utilisation oui/non ») ......................... 73
6.2 Déterminants de la fréquence d’utilisation des services (colonne « Fréquence ») ............ 76
6.3 Déterminants de l’importance accordée au mode de contact (colonnes
« Importance des différents types de contacts ») .......................................................... 77
Contacts par voie électronique ................................................................................... .... 77
Contacts chez le fournisseur et chez le client ............................................................ .... 78
7. Les barrières à l’utilisation des services ...................................................................... 81

CONCLUSION ET IMPLICATIONS ...................................................................................... 85


Services et innovation manufacturière ...................................................................................... 85
Accessibilité aux services ......................................................................................................... 86
Systèmes (locaux) d’innovation ................................................................................................ 87
Quelques implications ............................................................................................................... 88

BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................................. 91
v

Liste des tableaux

Tableau 1.A : Définitions des SFIC .........................................................................................................7


Tableau 1.B : Les secteurs d’activité des SFIC – services intermédiaires .............................................9
Tableau 2.A : Population, plan d’échantillonnage et répondants..........................................................36
Tableau 2.B : Les types de services classés selon leur rôle dans la chaîne de valeur ........................38
Tableau 2.C : La classification des activités économiques selon Pavitt ...............................................40
Tableau 3.A : Combinaisons d'innovations : analyse en composantes principales..............................45
Tableau 3.B : Combinaisons d'innovations radicales : analyse de regroupement ...............................46
Tableau 3.C : Combinaisons de services : analyse en composantes principales ................................48
Tableau 3.D : Combinaisons de services : analyse de regroupement .................................................49
Tableau 3.E : Corrélations entre composantes services et composantes innovations ........................50
Tableau 3.F : Croisement entre les profils d’utilisation de services et les profils d’innovation ............50
Tableau 4.A : Le modèle explicatif classique ........................................................................................54
Tableau 4.B : Nombre de services différents (ajouté au modèle explicatif classique) .........................55
Tableau 4.C : Composantes d’utilisation de services (ajoutées au modèle explicatif classique) ........56
Tableau 4.D : Profils d’utilisation de services (ajoutés au modèle explicatif classique) .......................58
Tableau 4.E : Services individuels (ajoutés au modèle explicatif classique) ........................................59
Tableau 4.F : Comparaison du pouvoir explicatif des différentes approches .......................................61
Tableau 4.G : Sources générales d’informations (analyse en composantes principales) ....................62
Tableau 4.H : Sources générales d’informations (ajoutées au modèle explicatif classique) ................63
Tableau 4.I : Sources générales d’informations ET services (ajoutés au modèle explicatif
classique) ...........................................................................................................................64
Tableau 5.A : Distance séparant les utilisateurs des prestataires de services selon le type de
service et la localisation de l’utilisateur..............................................................................67
Tableau 5.B : Facteurs explicatifs de la distance entre prestataire et utilisateur ..................................70
Tableau 5.C : Lien entre apport à l’innovation et distance par rapport aux services ............................71
Tableau 6.A : Facteurs explicatifs de l'importance des types de contacts avec le prestataire
de services .........................................................................................................................74
Tableau 6.B : Importance brute accordée aux divers modes de contacts entre prestataire et
utilisateur ...........................................................................................................................80
Tableau 7.A : Barrières à l’utilisation des services : chiffres bruts ........................................................81
Tableau 7.B : Barrières à l'utilisation des services : facteurs explicatifs ...............................................83
Introduction

Contexte et mandat
Malgré son importance économique en termes d’emplois et de valeur ajoutée1, le secteur
des services à forte intensité de connaissances (SFIC) a reçu relativement peu d’attention
jusqu’ici dans les travaux d’analyse et d’enquête, ou encore dans le cadre de l’élaboration
de politiques de développement économique ou de soutien aux entreprises. Ce projet
cherche à combler en partie cette lacune. Il porte sur l’utilisation des SFIC dans la
production manufacturière et s’intéresse notamment à l’influence que ceux-ci ont sur
l’innovation dans ce secteur. L’objectif du projet consiste à déterminer dans quelle
mesure et de quelle manière les entreprises manufacturières emploient les SFIC; dans
quelle mesure les SFIC contribuent à l’innovation des produits et processus au sein des
entreprises manufacturières; et dans quelle mesure l’utilisation et l’effet des SFIC varient
selon la région, le secteur économique et l’éloignement géographique par rapport aux
grands centres urbains. Cette étude s’appuie sur une enquête réalisée auprès de 804
établissements manufacturiers oeuvrant au Québec dans différents secteurs.

Ces questions portent sur des domaines touchant directement les transformations du
secteur manufacturier et les nouvelles manières de fonctionner des entreprises à forte
valeur ajoutée. En effet, les SFIC sont de plus en plus considérés comme des moteurs
importants de la croissance dans les économies modernes et jouent un rôle central dans
les processus d'innovation. Ils agissent très souvent comme intermédiaires et leurs
contributions sont multiples, que ce soit comme sources, facilitateurs ou vecteurs de
l’innovation.

Par l’entremise des trois questions formulées ci-dessus, ce projet de recherche se veut
d’abord un travail exploratoire visant à établir et comprendre le rôle et l’utilisation des
SFIC par les entreprises manufacturières comme élément de soutien à leur processus
d’innovation. Il vise trois objectifs :

1
En 2010, le PIB du secteur SCIAN 54 (services techniques et professionnels) est estimé à 61 milliards de dollars
($ 2002). À titre de comparaison, le secteur SCIAN 21 (extraction minière, exploitation minière, extraction de pétrole et
de gaz) a un PIB estimé à 54 milliards et celui des secteurs SCIAN 31-33 (secteurs de fabrication ou manufacturiers)
est estimé à 152 milliards (voir [Link]/eic/site/[Link]/fra/h_00007.html, consulté le 5 janvier 2012).
2

 Présenter une synthèse des connaissances relatives à l’utilisation des services pour
le développement et la capacité d’innovation des PME manufacturières. La
synthèse que nous proposons permettra d’améliorer la connaissance théorique et
pratique des liens existant entre l’utilisation des services et la production
manufacturière à plus haute valeur ajoutée.

 Mesurer l’intensité et l’étendue de l’utilisation des services par les PME


manufacturières ainsi que les attributs (notamment le type d’entreprise, le type de
secteur, l’intensité d’utilisation) qui expliquent les variations dans le recours aux
SFIC et l’utilisation de ceux-ci.

 Comprendre les variations régionales en matière d’utilisation des services par les
PME manufacturières et examiner dans quelle mesure des contextes régionaux
différents impliquent des utilisations différentes des services.

Selon la définition utilisée dans cette étude, les SFIC désignent les activités de services
intermédiaires produites ou intégrées par les entreprises dans le cadre d’activités de
production (que ce soit la production de biens matériels ou de services) ou en tant que
services autonomes (OCDE, 2007). Parmi les SFIC figurent le développement des
logiciels, la RD et d’autres activités de services à forte intensité de connaissances incluant
les services juridiques, de publicité et de recrutement (Doloreux et Shearmur, 2011). Ces
services sont essentiels au fonctionnement des entreprises; l’accès aux services et leur
utilisation en vue de soutenir les processus de fabrication demeurent des facteurs
essentiels pour la croissance de la productivité dans l’ensemble des économies.

Il est à noter – et nous y reviendrons par la suite – que le cœur de notre analyse empirique
est fondé sur les services reçus par les entreprises et non sur la nature ou le secteur
auquel appartient le prestataire de services. Autrement dit, un service comptable reçu par
une entreprise pourrait éventuellement provenir d’un cabinet de conseillers en gestion ou
d’avocats : cette distinction, peu importante si nous discutons de manière générale des
SFIC, devient primordiale dès lors que l’on cherche à comprendre empiriquement
comment ces services s’insèrent dans la logique de production des entreprises
manufacturières (Landry et Amara, 2010).

L'originalité de la recherche présentée ici, qui allie réflexions théoriques et analyses


empiriques, consiste à axer la réflexion sur le rôle que jouent les SFIC en tant que
vecteurs et sources de connaissances et leur influence sur les capacités innovantes des
entreprises manufacturières et des régions. Ce projet contribue de manière significative à
l’accroissement des connaissances; en effet, aucunes statistiques ou enquêtes nationales
3

n’ont abordé et traité de ce sujet sous l’angle des utilisateurs de services dans les
processus d’innovation et celui du lien existant entre le recours à ces services et les
territoires.

Le projet se compose de trois volets étroitement articulés entre eux. Le premier, de nature
théorique, permettra de conceptualiser le rôle que jouent les SFIC en matière
d’innovation. L’analyse que nous proposons s’efforce d’accroître la connaissance
théorique des liens existant entre SFIC et processus d’innovation sous l’angle du rôle
fonctionnel spécifique que jouent ces services sur les capacités et les performances des
entreprises en matière d’innovation.

Le deuxième volet est de nature empirique. Dans le cadre de ce volet du projet, des
données inédites ont été recueillies auprès de 804 répondants et des méthodes originales
ont été mises en œuvre pour appréhender la géographie de leur utilisation des services.
L’analyse empirique permettra d’offrir un éventail diversifié de contextes industriels et
régionaux et donnera la possibilité d’examiner et mieux cerner le rôle des SFIC dans
l’innovation, les paramètres qui expliquent la variation (ou l’absence de variation)
concernant le recours aux SFIC, ainsi que les variations régionales en matière
d’utilisation des SFIC au sein des entreprises manufacturières.

La conclusion tentera de dégager une série de constats visant à éclairer les politiques de
développement économique et les politiques de l’innovation tout en fournissant des
indications sur les approches éventuellement susceptibles d’améliorer l’accès à ces
services dans différents contextes régionaux.

Méthode de travail
Cette étude s’appuie sur une enquête – effectuée auprès des établissements
manufacturiers – portant sur les activités de SFIC qui soutiennent les processus de
fabrication dans les entreprises manufacturières au Québec. Cette enquête a été élaborée
dans le cadre de ce projet de recherche. L’enquête a été financée par Développement
économique Canada (2010-2012) à une proportion de 66 %, avec un apport financier (34
%) de fonds de recherche de l’équipe. Le questionnaire de l’enquête a été élaboré par les
professeurs David Doloreux et Richard Shearmur, en collaboration avec le professeur
Réjean Landry. Le questionnaire s’inspire des enquêtes sur l’innovation de l’OCDE, de la
Communauté européenne (CIS Surveys), de Statistiques Canada (Enquêtes sur
l’innovation) ainsi que de la littérature scientifique sur l’innovation et les services. La
méthodologie mise en œuvre pour appréhender la géographie de l’utilisation des services
4

est, quant à elle, originale et dépasse les approches habituelles qui sont souvent fondées
sur une catégorisation peu détaillée (par exemple : local, régional, national, global) de la
localisation des interlocuteurs.

Plan du rapport
Le rapport est divisé en trois grandes sections. Après cette introduction, la première
section est consacrée à la revue de la littérature dans laquelle nous recenserons les
principaux travaux portant sur les SFIC afin d’être en mesure de fournir une définition
des SFIC, de leur rôle dans l’économie et de leur contribution au processus d’innovation.
Nous mettrons également en valeur l’importance des SFIC pour le développement
économique des régions.

La deuxième section est consacrée à la méthodologie et à la présentation des résultats


empiriques. Dans un premier temps, on y décrit l’échantillonnage, le questionnaire, la
collecte de données, les variables utilisées ainsi que les analyses. La suite de cette
section, qui constitue le cœur du document, présente les résultats empiriques en portant
une attention particulière aux caractéristiques des entreprises manufacturières utilisatrices
des SFIC, aux types de services utilisés ainsi qu’aux variations régionales en matière
d’utilisation des services par les PME manufacturières. On y examine également le lien
qui existe entre l’utilisation de différents types de services et l’innovation.

Enfin, la troisième section présente les principaux constats découlant des chapitres
précédents et fait ressortir les implications afin d’aider l’action gouvernementale en ce
qui concerne l’offre et l’utilisation des services destinés à soutenir l’innovation et
stimuler le développement économique des régions.
5

Partie 1 : Revue de la littérature

1. SERVICES, INNOVATION ET DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

1.1 Les services à forte intensité de connaissances

DÉFINITION ET CARACTÉRISTIQUES
Il existe de nombreuses définitions des SFIC (cf. tableau 1.A). Selon Miles et al. (1995), il s’agit
d’un secteur qui implique des activités économiques dont l’offre par les prestataires et
l’utilisation par les clients ont pour objectif de créer, accumuler et disséminer les connaissances.
Selon Muller et Doloreux (2009), qui reprennent un concept clé de la littérature sur les services,
l’activité principale des SFIC repose sur le capital humain, lequel constitue de ce fait le principal
facteur de production. Les SFIC se basent sur le traitement de l’information et l’utilisation de la
connaissance. Une autre manière de les concevoir les décrit comme des utilisateurs, des créateurs
et des relayeurs de nouvelles technologies. Les SFIC demandent donc un personnel qualifié. Le
capital humain est déterminant pour ces services.

Il est difficile, voire impossible, de faire une distinction entre les SFIC et les services supérieurs
(Woods, 2006; Shearmur et Doloreux, 2008). Ces deux termes, qui font en gros référence aux
mêmes activités, sont issus de deux courants de littérature différents. Or il est important de
reconnaître d’entrée de jeu que, conceptuellement et empiriquement, ces services sont identiques,
car la recherche sur les services datant d’avant l’an 2000 (environ) ainsi que la recherche
effectuée par des chercheurs en géographie et en sciences régionales font en général référence
aux services supérieurs et non aux SFIC.

Les SFIC constituent un sous-secteur des services et regroupent les établissements dont l’activité
principale repose sur le capital humain, les connaissances et les compétences. Selon le système
de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), la définition des SFIC inclut
les « services professionnels, scientifiques et techniques (SCIAN 541) ». Les principales
composantes de ce sous-secteur sont : les services juridiques (SCIAN 5411); les services de
comptabilité et les services connexes (SCIAN 5412); l'architecture, le génie et les services
connexes (SCIAN 5413); les services de design (SCIAN 5414); les services de conseils en
gestion et de conseils scientifiques et techniques (SCIAN 5416); les services de recherche et de
développement scientifiques (SCIAN 5417); la publicité et les services connexes (SCIAN 5418)
et autres services professionnels, scientifiques et techniques (SCIAN 5419). Le tableau 1.B
présente les différents secteurs compris dans les SFIC ainsi qu’une courte description de leurs
activités principales.
6

L’ensemble de ces services ont pour particularité d’être non seulement intensifs en ce qui
concerne le savoir, mais également d’être des services intermédiaires (c’est-à-dire destinés à
d’autres entreprises). L’appellation anglaise « KIBS » pour « Knowledge Intensive Business
Services » – l’équivalent de services supérieurs aux entreprises – répond mieux aux services
regroupés sous le code SCIAN 54. Le terme SFIC (dont équivalent anglais est « KIS » pour
« Knowledge Intensive Services ») ne se limite pas aux services intermédiaires mais peut
englober tout service intensif de connaissances quels que soient son positionnement dans la
chaîne de valeur et ses clients.

Par exemple, selon la classification SCIAN 54, les établissements dont l'activité principale
consiste à dispenser un enseignement et une formation dans une grande variété de matières ainsi
que ceux dont l'activité principale consiste à fournir des soins de santé en assurant des services
diagnostiques et thérapeutiques ne font pas partie du secteur des SFIC (Miles, 2008). Il en est de
même pour les secteurs qui comprennent les établissements dont l’activité principale consiste à
offrir des services de soutien essentiels à la production des secteurs des ressources (agriculture,
foresterie, pétrole et mines) ou des activités destinées à soutenir le secteur du transport terrestre,
aérien ou naval (Shearmur et Doloreux, 2008). La définition des SFIC par code SCIAN est
également limitée par le fait que nombre de services offerts et de fonctions remplies par un
établissement ne cadrent pas dans le système de classification industrielle (Hipp, 1999). Par
exemple, nous pouvons citer le cas des conseils en gestion qui offrent des conseils comptables
sur la technologie, les ressources humaines, etc.

Une autre manière de réfléchir sur la définition des SFIC consiste à considérer les fonctions de
ces services et la manière dont ils s’insèrent dans la chaîne de valeur (Landry et Amara, 2010;
OCDE, 2007). Ainsi, en vertu de cette approche, les services ne sont plus classés en fonction du
secteur d’activité du pourvoyeur de services (dont certaines activités peuvent ne pas
correspondre à son activité principale identifiée par le code SCIAN), mais en fonction du service
reçu par le client, et ce, quelle que soit la nature du pourvoyeur. Par exemple, un service de
comptabilité fourni par une entreprise de conseil en gestion sera identifié comme un service
comptable (la fonction même du service) et non comme un service de conseil en gestion
(l’activité principale du pourvoyeur).

Malgré les différentes façons de définir les SFIC, il demeure que l’utilisation des classifications
industrielles s’avère l’approche la plus populaire et qu’elle correspond à celle que nous avons
adoptée dans cette revue de la littérature. Cependant, il s’agit de bien comprendre que les
classifications industrielles ne sont, in fine, qu’une tentative de classer les établissements en
fonction du service offert ou du bien final fabriqué. Dès lors, lorsque nous passons à l’étude
empirique, nous retenons une liste de services dont la nomenclature ressemble, pour une grande
7

part, à des secteurs industriels. Mais nous ne faisons plus référence aux secteurs; ce qui nous
intéresse de façon primordiale, c’est la nature du service reçu par l’utilisateur, et ce, quelle que
soit la nature du prestataire. Cette approche correspond non seulement plus précisément à la
perception des répondants, mais elle permet également de situer chaque service reçu dans la
chaîne de création de valeur manufacturière. En effet, certains types de services (par exemple la
recherche d’informations sur les technologies adaptées) sont logiquement préalables à d’autres
(par exemple la construction de prototypes ou les services relatifs à l’obtention de brevets).

Tableau 1.A : Définitions des SFIC

Source Définition des SFIC


Miles et al. (1995) “Services that involved economic activities which are intended
to result in the creation, accumulation or dissemination of
knowledge.” (p.18)

Den Hertog (2000) “Private companies or organisations who rely heavily on


professional knowledge, i.e., knowledge or expertise related to
a specific (technical) discipline or (technical) functional-
domain to supply intermediate products and services that are
knowledge based.” (p.505)

Bettencourt et al. “Enterprises whose primary value-added activities consist of


(2002) the accumulation, creation or dissemination of knowledge for
the purpose of developing a customised service or product
solution to satisfy the client’s needs.” (p.100–101)

Toivenen (2006) “Expert companies that provide services to other companies


and organisations.” (p.2)

Muller et Doloreux “ Service firms that are characterised by high knowledge


(2009) intensity and services to other firms and organisations, services
that are predominantly non-routine.” (p.65)

Ce qui distingue notre acception du terme est que les services retenus sont essentiellement des
services intermédiaires (c’est-à-dire des services aux entreprises et non à des particuliers) et
qu’ils fournissent des prestations dites professionnelles à d'autres entreprises ou organisations.
Selon notre définition, l'une des caractéristiques majeures des SFIC réside dans le fait que leurs
prestations reposent généralement sur une forte expertise en matière de connaissances dans un
domaine précis. Les activités des SFIC recouvrent typiquement des domaines tels que les
8

services liés aux technologies de l'information et de la communication, les services de RD, les
services de conseil dans les domaines techniques, juridiques, fiscaux, financiers et managériaux
ou encore les services destinés à soutenir le marketing et la communication d'entreprise.

Les SFIC se divisent donc en services intensifs en connaissances professionnelles (P-KIBS) et en


services intensifs en connaissances technologiques, c’est-à-dire des connaissances liées aux
technologies (T-KIBS). L’intensité en connaissances résulte donc de l’importance des parts
respectives en connaissances technologiques et traditionnelles nécessaires à la réalisation du
service. Une première distinction de service se fait en termes d’intensité en connaissances
nécessaires à leur réalisation. Une seconde distinction repose sur l’importance de l’intensité
technologique incluse dans cette connaissance.

Dans l’ensemble, les spécialistes s’entendent toutefois pour reconnaître les principales
caractéristiques qui distinguent les SFIC des autres secteurs économiques :

 La connaissance est l'atout principal des SFIC (Schreyögg et Geiger, 2007);

 Le rôle des SFIC consiste à transférer des connaissances et des compétences aux
organisations utilisatrices (Leiponen, 2006);

 Les SFIC combinent différents types de connaissances hautement spécialisées, à la fois


codifiées et tacites, afin de développer des solutions à des problèmes spécifiques (Miles,
2008);

 La production de SFIC nécessite des interactions fréquentes et une coopération étroite


entre les établissements SFIC et les organisations utilisatrices (Koch et Stahlecker, 2006);

 Les services fournis par les SFIC sont spécifiques aux clients (Muller et Doloreux, 2009);

 Les SFIC créent de la valeur lorsqu’ils transforment et convertissent la connaissance à


des niveaux supérieurs, en augmentant ainsi les capacités de résolution de problème de
leurs clients (Allee, 2008);

 Les SFIC agissent comme intermédiaires entre la base de connaissances tacites des clients
et leur bassin de connaissances codifiées, augmentant ainsi l'échange entre différents
types de connaissances (Toivenen, 2006);

 L'échange de connaissances engendre un processus de résolution de problèmes par lequel


les SFIC transforment l'information et les connaissances en des solutions personnalisées
adaptées aux besoins des organisations utilisatrices (Tether et Hipp, 2002).
9

Tableau 1.B : Les secteurs d’activité des SFIC – services intermédiaires


SCIAN Secteur Description qu’en donne Statistiques Canada*
2007
541 Services Ce sous-secteur comprend les établissements dont l'activité principale repose sur le
professionnels, capital humain, qui constitue de ce fait le principal facteur de production. Ces
scientifiques et établissements offrent les connaissances et les compétences de leurs employés,
techniques souvent dans le cadre d'affectations.

SFIC technologiques
5413 Architecture, Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
génie et services des services d'architecture et de génie et des services connexes tels que des services
connexes de conception de structures, de dessin technique, d'inspection de bâtiments,
d'aménagement paysager, de prospection, de levé, d'arpentage et de cartographie,
d'essai en laboratoire et sur le terrain, de design d'intérieur, de design industriel et
de design graphique ainsi que d'autres services spécialisés de design.

5414 Services Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
spécialisés de des services spécialisés de design, sauf les services de conception architecturale et
design technique et les services de conception de systèmes informatiques.
5415 Conception de Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
systèmes une expertise dans le domaine des technologies de l'information. Ces
informatiques et établissements peuvent notamment : concevoir, modifier, tester et prendre en
services charge des logiciels pour répondre aux besoins d'un client, y compris créer des
connexes pages d'accueil Internet; planifier et concevoir des systèmes informatiques
intégrant la technologie du matériel, celle des logiciels et celle des
communications; gérer et exploiter sur place les installations d'informatique et de
traitement des données de clients; donner des conseils dans le domaine des
technologies de l'information; fournir d'autres services professionnels et techniques
de nature informatique.
5417 Services de Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à réaliser
recherche et de des investigations originales systématiques pour élargir le champ des
développement connaissances (recherche) et à appliquer les résultats de recherche ou d'autres
scientifiques connaissances scientifiques à la création de produits ou de procédés nouveaux ou
nettement améliorés (développement expérimental). Les classes de ce groupe sont
définies selon le domaine de recherche, c'est-à-dire en fonction de l'expertise
scientifique de l'établissement.

SFIC professionnelles
5411 Services Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
juridiques des services juridiques et para juridiques. Parmi les établissements de cette classe,
notons les études d'avocats, les études de notaires et les bureaux de spécialistes
para juridiques.

5412 Services de Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste : à
comptabilité vérifier des comptes; à concevoir des systèmes comptables; à préparer des états
financiers; à établir des budgets; à remplir des déclarations de revenus; à préparer
la paye; à tenir les livres; à établir des factures.
10

SCIAN Secteur Description qu’en donne Statistiques Canada*


2007
5416 Services de Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste à fournir
conseils en à d'autres des conseils et de l'assistance relativement à des questions de gestion et à
gestion et de des questions environnementales, scientifiques et techniques.
conseils
scientifiques et
techniques
5418 Publicité, Ce groupe comprend les établissements dont l'activité principale consiste : à créer
relations des campagnes de publicité ou de relations publiques dans les médias; à placer des
publiques et annonces dans les médias pour le compte d'annonceurs ou d'agences de publicité; à
services vendre du temps ou de l'espace dans des médias à des annonceurs ou à des agences
connexes de publicité pour le compte des propriétaires de ces médias; à créer et à mettre en
œuvre des campagnes de publicité par affichage à l'intérieur ou à l'extérieur; à créer
et à mettre en œuvre des campagnes de publipostage; à livrer (sauf par la poste) du
matériel ou des échantillons publicitaires; à créer et à mettre en œuvre des
campagnes de publicité par cadeaux publicitaires; à fournir des services connexes
comme la peinture et le lettrage d'enseignes, des services d'accueil et la réalisation
de vitrines.

5419 Autres services Ce groupe comprend les établissements qui ne figurent dans aucun autre groupe et
professionnels, dont l'activité principale consiste à fournir des services professionnels, scientifiques
scientifiques et et techniques. Parmi les établissements de ce groupe, notons : les sociétés d'études
techniques de marché et les maisons de sondage; les studios de photographie; les cabinets de
traducteurs et d'interprètes; les cabinets de vétérinaires.
* [Link]

LES ACTIVITÉS DES SFIC ET LEUR RÔLE EN LIEN AVEC L’INNOVATION


Depuis les années 1970, le recours aux services tend à augmenter en raison de la complexité
grandissante des situations auxquelles les entreprises doivent faire face, et ce, tant dans le
processus de production lui-même que dans l’environnement de la production (Bryson et al.,
2004). Comme le souligne Miles (2008), le recours aux SFIC joue un rôle important aussi bien
dans les stades initiaux de développement de nouveaux produits et procédés – donc dans les
processus de RD – que dans les stades ultérieurs du cycle de vie de l’innovation et de sa
commercialisation. Face à la grande diversité des nouveaux besoins générés par cette complexité
du contexte de la production, les entreprises doivent de plus en plus mobiliser un large éventail
de compétences et des connaissances qui dépassent souvent leurs capacités internes. Ainsi,
l’accès aux SFIC est particulièrement important dans le contexte de la nécessité d’innover et de
se positionner dans des marchés internationaux, voire globaux.

Un autre facteur qui a contribué à la croissance de ces services est la spécialisation accrue des
entreprises (Daniels, 1985). D’une part, depuis les années 1970, les entreprises manufacturières
ont eu tendance à réduire leurs départements internes dédiés aux services afin de se concentrer
sur la fabrication pour augmenter leur compétitivité. D’autre part – et parallèlement – la qualité
des services externes s’est améliorée car des prestataires plus grands et plus expérimentés ont
11

pris leur essor pour répondre à (et/ou développer) cette nouvelle demande. Il existerait donc une
symbiose entre les utilisateurs de services et les prestataires attribuable aux possibilités de
spécialisation de part et d’autre. Par ailleurs, bien que ce raisonnement positionne les entreprises
manufacturières comme utilisatrices et les entreprises de services comme prestataires, ces
divisions sectorielles sont de moins en moins pertinentes : les entreprises de services sont elles-
mêmes de grandes utilisatrices de services et les entreprises manufacturières – comme IBM par
exemple – se tournent parfois vers la prestation de services (Bryson et al., 2004).

Cette complexification de l’environnement économique et ces possibilités de spécialisation font


que le secteur des services aux entreprises est particulièrement important pour l’économie dans
son ensemble et, plus particulièrement, pour l’innovation : en effet, l’innovation peut elle-même
être fortement tributaire de l’utilisation des services; c’est d’ailleurs l’objet de ce rapport. La
littérature suggère, sans toujours le démontrer empiriquement, que les SFIC exercent plusieurs
fonctions majeures dans les processus d’innovation (den Hertog, 2000; Muller et Zenker, 2001;
Miles, 2008; Muller et Doloreux, 2009). Ils servent de sources d’innovation lorsqu’ils
interviennent dans le lancement et le développement de nouvelles activités d’innovation dans des
organisations utilisatrices de ces services. Ce sont des facilitateurs de l’innovation quand ils
viennent en aide à une organisation dans différentes étapes du processus d’innovation. Enfin, ils
interviennent en tant que vecteurs de l’innovation lorsqu’ils sont mis à contribution dans le
transfert des connaissances entre les organisations, industries, réseaux et systèmes d’innovation
(et clusters), ou encore à l’intérieur de ceux-ci, en vue d’appliquer ces connaissances à de
nouveaux contextes.

Ces différentes fonctions dépendent en partie des besoins de l’organisation utilisatrice et des
modalités selon lesquelles celle-ci internalise certaines fonctions ou les externalise en ayant
recours aux services du prestataire. Ces aspects participent au caractère interactif de la relation
qui existe entre prestataires de SFIC et utilisateurs (ou clients). Dans leur ensemble, les SFIC
exercent plusieurs fonctions majeures qui peuvent avoir des effets sur les processus d’innovation
de diverses manières. Selon l’OCDE (2007 : 18), les types de services offerts par les SFIC sont
multiples. À titre d’exemple, les services de renouvellement sont des services offerts en lien
direct avec l’innovation, comme par exemple la RD et le conseil en gestion stratégique. Les
services courants incluent les services qui contribuent à améliorer la maintenance et la gestion de
divers sous-systèmes dans les entreprises, comme par exemple la comptabilité et la fiscalité. Les
services de conformité aident les entreprises dans leur fonctionnement au niveau légal et leurs
divers régimes règlementaires et comprennent, par exemple, les services juridiques. Les services
de réseaux permettent de faciliter l’échange de connaissances et la répartition des ressources par
l’entremise, par exemple, des réseaux liés à la production.
12

1.2 Contexte de la recherche sur les SFIC

INNOVATION ET SFIC
Nous avons souligné ci-dessus la nature symbiotique de la relation qui existe entre les SFIC et
leurs utilisateurs. Cette relation a été rapidement esquissée à la lumière de la spécialisation
accrue qu’elle rend possible. Or, cette idée que les établissements ne sont pas toujours en
compétition avec l’extérieur mais qu’ils tirent souvent de l’extérieur les facteurs nécessaires à
leur développement (fournitures, idées, support institutionnel, services, etc.) et qu’ils doivent, en
conséquence, collaborer et/ou coproduire a été pleinement développée par les économistes
institutionnalistes, notamment ceux qui se penchent sur le processus d’innovation.

En effet, l’innovation est le résultat des nouvelles connaissances et informations obtenues à partir
des processus cumulatifs et évolutifs de diverses sources de connaissances. Cette
conceptualisation de l’innovation est centrée sur la nature interactive et systémique du processus
d’innovation (Edquist, 2005). L’innovation n’est plus définie comme étant le résultat d’un
processus séquentiel et technocratique ou d’un acte purement technique basé sur la production
d’un nouveau produit : elle résulte des interactions et échanges, qui peuvent être compétitifs,
collaboratifs ou marchands, entre divers acteurs économiques.

La nouvelle conception de l’innovation a le mérite de sortir d’une vision linéaire du changement


technique, maintenant dépassée, selon laquelle celui-ci se développe d’une façon pour ainsi dire
autonome par rapport au reste de l’économie. En effet, les processus d’innovation sont des
processus fondamentalement interactifs, cumulatifs et non linéaires dans lesquels l’architecture
organisationnelle de la firme joue un rôle majeur (Kline et Rosenberg, 1986). Il est ainsi possible
de mettre en évidence trois ensembles de paramètres qui ont, à différents degrés, une influence
sur la capacité d’innovation de l’entreprise (Isaksen et Onsager, 2010) :

1. Les caractéristiques internes et les choix d’organisation internes des entreprises. Ceci
réfère à l’influence de l’architecture interne des organisations en termes de structures
organisationnelles et de modes de circulation des informations. L’entreprise dispose de
caractéristiques propres, telles que la taille, l’âge, les dépenses en RD, les modes
d’organisation des décisions et de circulation des connaissances, etc. Ces caractéristiques
influencent, à différents niveaux, la propension des entreprises à mettre en place des
stratégies orientées vers l’innovation.
13

2. Les modes de coordination et de coopération avec les partenaires externes. Ceci réfère
aux relations externes que l’entreprise tisse avec son environnement considéré comme un
ensemble de partenaires variés en amont et en aval. Une attention particulière peut être
accordée à l’ensemble des sources de connaissances externes choisies par l’entreprise
ainsi qu’à ses formes de coopération avec ses partenaires externes.

3. Les capacités à capter les connaissances dans l’environnement externe. Ceci repose sur
l’observation que l’ensemble des caractéristiques territoriales, marchandes et
institutionnelles de l’environnement de l’entreprise influence sa capacité d’innovation. En
effet, le processus d’innovation est un processus interactif qui met au premier plan le rôle
fondamental des connaissances dans la capacité d’innovation. Dans ce contexte,
différentes dimensions de l’environnement de l’entreprise sont mises de l’avant comme
étant des éléments de constitution de cette base de connaissances. Ainsi, l’environnement
dans lequel l’entreprise est insérée (l’environnement spatial ou régional a souvent été
souligné) serait de manière directe et indirecte une source d’externalités (institutionnelles,
de connaissances ou de collaborations) favorables à l’innovation.

Malgré son importance économique, le secteur des services a reçu relativement peu d’attention
jusqu’ici dans les travaux et les enquêtes portant sur l’innovation. Ce manque d’intérêt peut être
attribuable au fait que les services ont longtemps été considérés comme des activités résiduelles
ou subsidiaires par rapport aux secteurs manufacturiers (Cohen et Zysman, 1987). Jusqu’à tout
récemment, la réflexion a été centrée sur la production dans les industries manufacturières et,
plus rarement, dans les industries de services. Or, ces approches ont négligé l’interaction entre
ces deux secteurs et, de manière plus générale, l’interaction entre fonctions économiques
différentes dans la production globale d’innovation et de valeur ajoutée. Il est quelque peu
paradoxal que le foisonnement de raisonnements portant sur les apports de l’environnement
externe sur le fonctionnement des entreprises n’ait pas encore abouti à plus d’études empiriques
consacrées à ces interactions. Quant à la réflexion axée sur l’innovation dans les services, celle-ci
n’a été amorcée que tout récemment, victime elle aussi de la prégnance des travaux sur le
manufacturier et des travaux d’analyse et des outils d’enquête propres au secteur manufacturier :
ici aussi, ces travaux ont eu tendance à analyser l’innovation au sein du secteur des services et
beaucoup moins la contribution des services à l’innovation chez leurs clients2.

L’économie des services et des SFIC distingue trois perspectives pour aborder la question de
l’innovation (Djellal et Gallouj, 2009; Gallouj et Savana, 2009; Evangelista, 2006; Tether, 2005;
Gallouj, 2002). Dans un premier temps, la perspective assimilatrice adopte une conception et
2
Quelques exceptions – comme MacPherson, 1997 et, plus récemment, MacPherson, 2008 - confirment ce constat global. Par
contre, certaines études se sont récemment penchées sur le rôle des organismes d’intermédiation et sur les liens entre
universités et entreprises manufacturières (voir, par exemple, Landry et Amara, 2010; Barge-Gil et Modrego, 2009)
14

une analyse des services sous l’angle technologique et considère que les services se contentent
d’adopter l’innovation technologique produite dans les secteurs manufacturiers. En s’appuyant
sur les définitions du Manuel d’Oslo (2005) et des enquêtes nationales3, l’approche consiste à
définir l’innovation dans les services à partir des indicateurs technologiques définis pour le
manufacturier et de les appliquer aux services. À travers cette approche, la compréhension de
l’innovation dans les services se retrouve biaisée par l’utilisation d’outils et d’indicateurs définis
sous l’angle strict des technologies développées dans le secteur manufacturiers (Tether, 2005).

Dans un second temps, la perspective de différenciation soutient que l'innovation dans les
services est distinctement différente de l'innovation dans le secteur manufacturier. Par
conséquent, les spécificités et particularités de l'innovation dans les services nécessitent de
nouvelles théories et des outils analytiques différents de ceux développés pour comprendre et
saisir l'innovation dans le secteur manufacturier. Le concept d'innovation est significativement
élargi pour inclure les aspects cognitifs de l'innovation, à savoir « all sorts of learning processes,
and any chance and creative act related to the continuous improvement and implementation of
practices, organizational arrangements, business methods and relation patterns » (Evangelista,
2006 : 656).

Dans un troisième temps, la perspective d’intégration considère qu’il est nécessaire d’intégrer
les services progressivement et de manière plus systématique aux enquêtes de l’innovation.
Dans ce contexte, bien que les manufacturiers et les services n’innovent pas de la même manière,
il est important de prendre en compte les spécificités des services et de leurs caractéristiques,
notamment leur caractère immatériel et leur hétérogénéité, dans les enquêtes sur l’innovation.
En procédant ainsi, il est possible d’intégrer de nouvelles dimensions à la compréhension de
l’innovation tant au niveau des manufacturiers que des services.

Au-delà de ces perspectives, selon Doloreux et al. (2010), la réalité de l’innovation dans les
services, et plus précisément les SFIC, demeure complexe. Elle est complexe car les travaux sur
le sujet sont très récents et il n’existe pas encore de définition claire et arrêtée de ce qu’est
l’innovation dans les SFIC. Ensuite, les activités d’innovation dans les SFIC ne se laissent pas
facilement enfermer dans des catégories analytiques et statistiques forgées avant tout pour le
secteur manufacturier. L’innovation dans les SFIC, comme dans le secteur manufacturier, peut
emprunter des formes et des trajectoires aussi diverses que multiples. De plus, dans la mesure où
– presque par définition – les SFIC ne sont pas des services standardisés mais sont coproduits
avec le client (Daniels, 1985; Bryson et al., 2004) – le problème de définition de l’innovation est
encore plus délicat que dans les secteurs où le produit/service, même s’il peut-être complexe, est
standardisé.
3
Community Innovation Survey et Enquête sur l’innovation de Statistiques Canada.
15

Miles (2008) reconnaît généralement que l’innovation dans les SFIC découle moins des
investissements consentis dans la RD formelle et plus de l’acquisition de connaissances auprès
de sources externes. Par ailleurs, le développement de ressources humaines est particulièrement
important pour les entreprises des SFIC étant donné qu’elles reposent lourdement sur les
travailleurs hautement qualifiés et les diplômés de haut niveau pour innover.

En somme, lorsqu’on se penche sur l’innovation dans les SFIC, on est souvent amené à la
concevoir comme un processus singulier (Gallouj et Savana, 2009; Strambach, 2008). Étant
donné le caractère intangible des services, le résultat de l’innovation est intangible. Souvent,
l’innovation correspond à une nouvelle idée, une nouvelle approche ou une nouvelle méthode
visant à introduire un nouveau service sur le marché ou à améliorer sensiblement les services
existants (OCDE, 2007). Le processus d’innovation est relationnel dans la mesure où l’utilisateur
est lié directement au producteur dans le processus d’innovation. L’innovation se développe dans
une séquence d’opérations qui évolue selon les réactions du client avec comme objectif de
trouver la solution à un problème particulier posé par ce dernier (Den Hertog, 2000). Le
processus d’innovation et son résultat sont personnalisés. Étant donné que le processus
d’innovation revêt un caractère fortement interactif avec l’utilisateur, l’innovation dans les SFIC
devient un processus sur mesure adapté aux exigences et besoins particuliers de l’utilisateur.
Finalement, le processus d’innovation dans les services est évolutif et cumulatif dans la mesure
où, au fur et à mesure que l’innovation se développe, elle implique une évolution de la base de
connaissances de l’entreprise de services et de l’utilisateur (Strambach, 2008). De ce fait, la
conjonction de la nature particulière des bases de connaissances des SFIC et des entreprises
utilisatrices et du caractère hautement interactif des prestations de services qui les relient aboutit
à un phénomène de renforcement mutuel des activités d'innovation de ces entreprises.

Même si la nature exacte de l’innovation au sein d’une entreprise de SFIC peut être délicate à
circonscrire, celle-ci peut tout de même être catégorisée du point de vue de l’entreprise.
L’entreprise est en général capable de déterminer si, d’une part, elle a innové, et si, d’autre part,
cette innovation revêt un caractère correspondant à la typologie du Manuel d’Oslo (OCDE, 2005:
55-60). Ce manuel propose les définitions et les catégories suivantes :

 L’innovation de produit-service correspond à l’introduction d’un bien ou d’un service


nouveau ou sensiblement amélioré sur le plan des caractéristiques ou de l’usage auquel
il est destiné, qu’il soit matériel ou immatériel.
16

 L’innovation de procédé est la mise en œuvre d’une méthode de production ou de


distribution nouvelle ou sensiblement améliorée, impliquant des changements
significatifs dans les techniques, le matériel et/ou le logiciel pour concevoir, produire et
livrer le produit-service.

 L’innovation organisationnelle est la mise en œuvre d’une nouvelle méthode


organisationnelle dans les pratiques, l’organisation du lieu de travail ou les relations
extérieures de l’entreprise et implique la mise en œuvre de nouvelles méthodes pour
organiser les routines et les procédures liées à l’innovation de produit-service et de
procédé et des changements liés aux modes de gestion et aux stratégies d’affaires de
l’entreprise.

 L’innovation de commercialisation est la mise en œuvre d’une nouvelle méthode de


commercialisation impliquant des changements significatifs de la conception ou du
conditionnement, du placement, de la promotion ou de la tarification d’un produit-
service.

SYSTÈMES D’INNOVATION ET SFIC


Le processus d'innovation au sein d'une entreprise est influencé par les facteurs internes de
l’entreprise ainsi que par des facteurs environnementaux, ces derniers résultant des acteurs
localisés et des activités exercées autour de l’entreprise, ou de l'impact de son accessibilité à des
facteurs plus éloignés (Shearmur, 2011; Uyarra, 2010). L'importance de l'environnement est
dérivée de la vision de l’innovation comme processus interactif et social, correspondant à une
solution où plusieurs acteurs économiques collaborent pour parvenir à la réalisation d'un objectif
(Asheim et Gertler, 2005; Cooke et al., 2004). Dans ce contexte, l'environnement de l’entreprise
peut être considéré comme un soutien de ses activités innovatrices.

L’innovation est aussi conceptualisée comme un processus fondé sur des relations de proximité,
conditions favorables aux interactions et apprentissages en vue de l’exploration de nouvelles
combinaisons de connaissances et d’opportunités (Torre, 2009; Boschma, 2005). Cette proximité
n’est pas nécessairement spatiale : en effet, elle est souvent de nature sociale ou
organisationnelle. Autrement dit, si des acteurs économiques se connaissent bien ou travaillent
dans des structures semblables, alors ils interagiront (grâce à cette proximité non spatiale) même
s’ils ne sont pas physiquement proches l’un de l’autre. Cependant, il a souvent été avancé (ex :
Cooke et al., 2004; Wolfe, 2009) que la proximité géographique et la concentration spatiale des
acteurs permettent d’accroître la capacité interactive des formes d’apprentissages en facilitant les
rapports entre l’entreprise innovante et les apports externes qui lui sont nécessaires lors du
processus d’innovation.
17

Les études décrivant la structure spatiale des activités innovantes au sein des pays sont
nombreuses et s’accompagnent d’une production théorique assez importante cherchant à décrire
les formes de développement régional par l’innovation (Doloreux, 2004; Moulaert et Sekia,
2003). Parmi les différentes approches4 aux processus d’innovation et à leur inscription spatiale,
le système régional d’innovation constitue une approche privilégiée que plusieurs gouvernements
et instances politiques, telles que l’OCDE et la Communauté européenne, ont adoptée comme
cadre d’analyse et outil d’intervention politique pour stimuler le développement économique des
régions par l’innovation. Or, le problème fondamental de cette approche est que l’idée d’un
système d’innovation territorial met en avant la proximité géographique entre acteurs comme
facteur stimulant l’innovation alors que les recherches sur la proximité questionnent de plus en
plus la nécessité (ou l’importance) de la co-localisation géographique des acteurs (Boschma,
2005; Shearmur, 2011).

Un système d'innovation est défini – de manière a-spatiale – par des éléments constitutifs et par
les relations engagées par ces éléments pour la génération, la diffusion et l'utilisation de
connaissances. À l'échelle régionale, cette approche avance le rôle de la proximité géographique
entre les acteurs innovants, ainsi que l'importance des connaissances et des processus
d'apprentissage générés localement. Un système d'innovation régional est idéalement constitué
d’un système productif, composé d’entreprises et de clusters, et d’un système de soutien
composé d’organisations intermédiaires, d’enseignement et de recherche qui (i) génèrent et
diffusent, et (ii) exploitent et utilisent des connaissances. Les interactions parmi les différents
acteurs locaux génèreraient des flux locaux de connaissances qui contribueraient à rendre
disponibles des connaissances puisées à l’extérieur de la région. La notion de systèmes
d'innovation régionaux, malgré les multiples questions qui l’entourent, a très fréquemment été
appliquée à l'analyse des activités d'innovation dans un cadre territorial (Asheim et Gertler, 2005;
Cooke et al., 2004; Doloreux, 2004).

Les travaux sur l’innovation et le développement régional distinguent trois perspectives pour
aborder la question du rôle des SFIC dans les systèmes régionaux d’innovation : i) les SFIC en
tant qu’organisations innovantes, c.-à-d.. qu’elles exercent une fonction comme agents
contribuant à l’effort d’innovation du système; ii) les SFIC en tant que sources d’informations
externes parmi d’autres sources, et iii) les SFIC ont un rôle de facilitateur et de vecteur de
connaissances en soutenant les processus d’innovation des utilisateurs qui en bénéficient et dans
le transfert des connaissances entre les organisations, industries, réseaux et systèmes
d’innovation et leurs clusters.

4
À titre d’exemple, les districts industriels, les milieux innovateurs, les régions apprenantes ou encore les clusters.
18

LES SFIC EN TANT QU’ORGANISATION INNOVANTE


Les SFIC, comme les entreprises manufacturières, peuvent se révéler innovants « à l’interne » et
mettre en place des stratégies correspondantes. Dans ce contexte, l’entreprise doit elle-même
mettre en place les conditions et les éléments lui permettant de développer ses capacités pour
innover dans le but d’introduire soit un nouveau ou d’améliorer sensiblement un service et/ou un
procédé déjà existant, soit de nouvelles pratiques organisationnelles et/ou de nouvelles méthodes
de commercialisation.

Les études empiriques sur l’innovation dans les SFIC ont fourni des résultats riches
d’enseignements sur les particularités de l’innovation dans ce secteur. Dans l’ensemble, ces
résultats ont permis de mettre en relief les caractéristiques et les spécificités concernant les
modes d’innovation propres aux SFIC (Doloreux et Shearmur, 2010; Corrocher et al., 2009;
Gallouj et Savana, 2009; Camacho et Rodriguez, 2008; Miles, 2008; Tether, 2005).
L’innovation est généralement de nature non technologique et se manifeste souvent par d’autres
formes que celles empruntées habituellement dans le secteur manufacturier. L’innovation
organisationnelle est souvent le principal élément de l’innovation dans plusieurs services. Il n’est
pas toujours possible de faire la distinction entre innovation de produit-service et innovation de
procédé car le contenu et la séquence des opérations qui permettent de la réaliser traversent
plusieurs phases et sont opérés de manière simultanée. Les principales sources externes de
l’innovation sont les clients et les fournisseurs. L’innovation est moins axée sur les activités de
RD et s’appuie davantage sur l’acquisition de technologies, en particulier des technologies de
l’information et des compétences et de l’expertise des ressources humaines. La nature
immatérielle des services produits fait en sorte que l’innovation est plus difficile à protéger.

LES SFIC EN TANT QUE SOURCES D’INFORMATIONS EXTERNES (PARMI D’AUTRES SOURCES)
Les capacités d’innovation des entreprises dépendent de sources d’informations internes (les
capacités de RD, l’utilisation des technologies de pointe, l’utilisation de pratiques
manufacturières à production à valeur ajoutée) ainsi que de sources externes d’informations
fournies par des sources diverses (Amara et Landry, 2005). Nous retrouvons les sources internes
qui sont le personnel de RD, le personnel de vente et de marketing et le personnel de gestion; les
sources de marché qui comprennent les clients, les fournisseurs, les concurrents et les entreprises
de services, dont font partie les SFIC; les sources institutionnelles comprennent les
établissements d’enseignement et de recherche, les laboratoires de recherche publics et privés
ainsi que les instituts de recherche; et finalement, les autres sources incluent les conférences,
foires commerciales et expositions, les revues scientifiques et des publications commerciales ou
techniques ainsi que les associations professionnelles et industrielles.
19

Les études empiriques sur l’utilisation des sources d’informations démontrent que les fréquences
d’utilisation des sources d’informations pour le développement de l’innovation des entreprises
présentent des trajectoires d’utilisation qui varient d’un secteur à un autre (Amara et Landry,
2005). L’utilisation des sources d’informations peut ainsi répondre à des logiques spécifiques
dans chacun des secteurs économiques. Toutefois, il est possible de dégager quelques constats
généraux. Dans l’ensemble, le caractère stratégique de l’innovation confère aux sources
d’informations une place privilégiée. Cependant, les clients et les fournisseurs constituent des
sources d’informations, qui en moyenne, ont plus d’importance que les autres sources
d’informations. Ces sources d’informations sont surtout utilisées pour recueillir des informations
stratégiques sur le développement et l’amélioration de produits ainsi que sur les procédés de
fabrication. Les sources d’informations provenant des concurrents et des services (SFIC) ont
moins d’importance et sont consultées afin d’obtenir des informations sur le développement de
nouvelles technologies et de RD. Les établissements d’enseignement et de recherche, les
laboratoires de recherche publics et privés ainsi que les instituts de recherche constituent des
sources d’informations importantes, surtout pour les entreprises et les secteurs les plus
performants qui commercialisent des innovations avant leurs concurrents. Dans presque tous les
cas, les sources institutionnelles sont citées moins fréquemment que les sources internes ou les
sources de marché. Finalement, en général, les autres sources semblent légèrement moins
importantes que les sources internes et les sources de marché, mais elles sont plus souvent citées
que les établissements d’enseignement et de recherche et les institutions de recherche comme
sources très importantes pour l’innovation.

Dans ce contexte, les services jouent un rôle important en tant que sources d’informations mais
ils ne figurent pas parmi les sources d’informations les plus citées. Les SFIC participent aux
processus d’innovation des entreprises en étant une source d’informations externe parmi d’autres
comprises dans le système d’innovation. Le rôle des SFIC dans ce processus est de fournir des
informations diverses sur lesquelles les entreprises s’appuieront pour innover. L’information
fournie réfère à des données qui, analysées et compilées ensemble et dans un contexte donné,
peuvent véhiculer un message informatif qui influencera le processus d’innovation à l’intention
d’une source réceptrice.

LES SFIC EN TANT QUE FACILITATEURS ET VECTEURS DE CONNAISSANCES


Les SFIC réunissent un certain nombre d’activités de services dont la particularité est que la
connaissance constitue à la fois leur intrant et leur extrant principal (Toivenen, 2006; Gallouj,
2002). Comme nous l’avons vu, ils regroupent les multiples activités de services conseils liées à
des domaines comme le conseil, l’ingénierie et la RD, mais aussi certains aspects d’autres
activités comme les services juridiques ou de comptabilité. Mais une de leurs contributions
principales est qu’ils exercent aussi une activité de soutien à l’innovation de leurs clients.
20

Dans ce contexte, les SFIC agissent comme facilitateurs de l’innovation quand ils viennent en
aide à une organisation dans son processus d’innovation. Souvent, ces organisations ne peuvent
développer et intégrer seules l’ensemble de connaissances requises par le processus d’innovation.
Le recours aux SFIC leur permet ainsi de résoudre certains problèmes liés au développement de
l’innovation. Par ailleurs, ils interviennent en tant que vecteurs de l’innovation lorsqu’ils sont
mis à contribution dans le partage, le transfert et l’application de connaissances au sein, et entre,
les organisations, industries, réseaux et systèmes d’innovation (et de clusters), en vue d’appliquer
les connaissances à de nouveaux contextes (den Hertog, 2000).

Dans ce contexte, les SFIC ne jouent pas simplement le rôle d’émetteur d’informations (den
Hertog, 2000). Ils sont engagés directement tant dans le processus de production lui-même que
dans l’environnement de production de l’utilisateur (ou client). Les processus de production
comme de distribution deviennent plus complexes et requièrent un bassin de connaissances plus
important pour les entreprises. Ainsi, les SFIC sont amenés à participer sur le terrain
opérationnel des utilisateurs (ou clients) sous la forme d’actions plus ou moins conjointes et
coordonnées en fournissant une expertise unique et des connaissances qui seront directement
intégrées dans les processus de production des entreprises.

DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DES RÉGIONS ET SFIC


Le secteur des services revêt une importance croissante dans les économies nationales. Il
représente plus de 70 % de l’emploi total et de la valeur ajoutée dans les économies de l’OCDE
(OCDE, 2011). En effet, il est de plus en plus reconnu que les services sont « le moteur de la
croissance et de la création d’emplois dans tous les pays industrialisés » (Conseil de la science et
de la technologie, 2003 : 2). En prenant l’exemple des pays de l’OCDE, on constate que la
croissance des services a été tout à fait remarquable depuis les années 1960. Parmi le secteur des
services, la hausse du nombre d’emplois et de la production dans les SFIC depuis 1990 a dépassé
de loin la croissance dans les autres activités de services ou encore dans les activités
manufacturières moins intensives en technologie (Shearmur et Doloreux, 2008).

Quel lien y a-t-il entre le développement économique des régions et les SFIC? On constate les
parts élevées d’emploi dans le secteur des SFIC dans les régions capitales. Le secteur des SFIC
est à bien des égards un phénomène principalement lié aux grandes métropoles. Certaines études
(Chadwick et Glasson, 2008; Simmie et Strambach, 2006) avaient révélé, malgré leur caractère
footloose, que l’importance relative des SFIC s’accroît avec la taille des villes et qu’ils sont
essentiellement concentrés dans les métropoles. Autrement dit, on retrouve une forte disparité
interrégionale entre la concentration des SFIC dans les régions métropolitaines et les autres
régions. L'évidence empirique montre clairement que les SFIC se concentrent vers le sommet de
21

la hiérarchie urbaine. Cette observation s’applique à la fois au contexte européen (Chadwick et


al., 2008; Simmie et Strambach, 2006) et au contexte nord-américain (Shearmur et Doloreux,
2008).

D’un point de vue théorique, en se fondant sur les écrits sur l’innovation régionale, Simmie et
Strambach (2006) décrivent trois types d’avantages liés à la concentration spatiale des SFIC dans
les métropoles. Le premier est lié avec la production et la diffusion de connaissances et avec les
processus d’apprentissage au niveau individuel et collectif. Premièrement, la concentration
géographique permet de faciliter l’accès aux informations et aux connaissances. L’échange de
connaissances, surtout implicite, n’est possible qu’à partir de contacts « en personne » et dans le
secteur des services, le caractère local des relations entre utilisateurs et prestataires de services
est nécessaire. Dans ce contexte, Cooke et Leydesdorff (2006) suggèrent que les services aux
entreprises sont des composantes clés des systèmes d'innovation locaux. Même si elles
n’innovent sont pas nécessairement elles-mêmes, les services contribuent au fonctionnement du
système d’innovation en intégrant et en diffusant différents stocks de connaissances ou de savoir-
faire technologique spécialisés.

Le deuxième avantage est lié aux opportunités diverses offertes par les régions métropolitaines.
Celles-ci constituent des nœuds nationaux et internationaux pour le transfert et le partage des
connaissances. Dans le contexte d’une métropole, les SFIC ont des opportunités variées pour
utiliser et bénéficier à la fois des informations et connaissances générées dans la région, mais
aussi de celles provenant des régions externes plus distantes. Dans ce contexte, les SFIC en
régions métropolitaines s’intègrent plus facilement dans les canaux nationaux et internationaux
des échanges d’informations et de connaissances (Bathelt et al., 2004).

Le troisième et dernier avantage est lié aux avantages des économies d’agglomérations présentes
dans les métropoles. Selon Malmberg (1997), l’accès aux marchés, aux fournisseurs, à une main-
d’œuvre qualifiée et possédant des compétences variées, l’accès aux réseaux formels et
informels, l’accès aux services aux entreprises spécialisés et à une infrastructure technologique
de qualité sont des ressources importantes pour l’entreprise, et particulièrement pour les SFIC,
car ceux-ci ont une dépendance accrue face à leur capacité de collecter et traiter de l’information
et des connaissances, de répondre rapidement à la demande et d’intégrer les intrants provenant
d’autres organisations présentes au sein de leur environnement.

D’un point de vue empirique, plusieurs études ont cherché à comprendre la distribution et la
concentration régionale des SFIC dans les économies nationales. Chadwick et al. (2008) ont
analysé la distribution géographique des SFIC en Grande-Bretagne. Ils ont noté la forte
polarisation des emplois de SFIC dans les régions de Londres et la région du Sud-Est qui
22

concentrent à plus de 30 % tous les emplois SFIC en Grande-Bretagne. Pour les autres régions, la
part relative des emplois du secteur des SFIC par rapport aux autres secteurs est moins
importante, variant entre 5 et 7 %. Il faut remarquer toutefois que les taux de croissance des
emplois entre 1991-20015 sont supérieurs dans les petites municipalités (moins de 50 000
habitants) et dans les régions rurales localisées dans l’aire d’influence de Londres. La
performance en matière de croissance d’emplois des SFIC dans les autres régions localisées à
l’extérieur de la grande région de Londres demeure marginale.

Simmie et Strambach (2006) démontrent, à partir d’une analyse comparative, la forte


concentration des SFIC au sein des différentes métropoles européennes. Ils constatent, toutefois,
des différences interrégionales dans la distribution des SFIC au sein des économies urbaines des
métropoles étudiée. Selon ces auteurs, des différences importantes peuvent être observées dans la
distribution des emplois des SFIC entre les métropoles. Les métropoles qui réussissent le mieux
sont celles dans lesquelles les SFIC ont développé des interactions avec des utilisateurs différents
au sein de différents contextes institutionnels (régional et national).

Plus près de chez nous, Shearmur et Doloreux (2008) ont analysé la distribution et la
concentration régionale des SFIC au Canada. Contrairement aux études citées ci-dessus, ils
observent que l’approche à la distribution géographique des SFIC doit être plus nuancée. Ils ont
montré qu’il y a trois phénomènes qui permettent d’expliquer la distribution géographique et la
croissance des SFIC au Canada. Tout d’abord, en diapason avec les études précitées, les SFIC
sont fortement concentrés dans les principales régions métropolitaines : 61,5 % des emplois se
concentrent au sein des huit principales agglomérations. Les SFIC s’y retrouvent afin d’avoir
accès à une main-d’œuvre qualifiée (mais pas nécessairement spécialisée) et de bénéficier d’une
certaine proximité avec des secteurs économiques divers avec lesquels ils engagent des relations
multiples. Ensuite, il y a les SFIC qui se concentrent à proximité de leur marché régional. Ces
SFIC sont localisés dans la même région que leurs clients mais pas nécessairement à l’intérieur
ou près de la même localité que leurs clients. Ces SFIC recherchent une main-d’œuvre
spécialisée et ne sont pas nécessairement engagés dans des interactions locales, mais plutôt
régionales. Finalement, certains SFIC sont localisés dans les régions et localités où leurs clients
se retrouvent. Souvent, ces SFIC sont très spécialisés et leur rôle est en soutien à des secteurs
spécialisés (foresterie, maritime, pétrole, etc.).

Finalement, très rares sont les études qui ont examiné les interactions entre utilisateurs et
prestataires de services : à notre connaissance, seul Alan MacPherson (1997, 2008) s’est penché
récemment sur cette question dans une perspective géographique. Trois constats principaux
émanent de ses études sur les utilisateurs de SFIC dans l’État de New York :
5
En termes relatifs et non absolus.
23

1) L’utilisation de services est fortement associée à l’innovation. Cependant, dans la ville de


New York, les entreprises innovantes puisent leurs informations à divers endroits et vont
vers les prestataires de services afin d’innover (après avoir constaté le besoin et
l’opportunité d’innover). Par contre, dans le reste de l’État, la causalité semble inversée :
il semblerait que le fait d’utiliser des services y entraîne de l’innovation chez les
utilisateurs manufacturiers (les prestataires de services introduisent leurs clients aux
opportunités d’innovation).

2) L’utilisation de services qui, au début des années 1990, était fortement associée à une
localisation urbaine (et spécifiquement proche de New York) s’est démocratisée à tel
point que, vers le milieu des années 2000, il n’y avait presque plus de différences entre
les régions plus périphériques de l’État et les régions proches des grands centres urbains.
Selon MacPherson (2008), ceci est une conséquence de la banalisation des
communications électroniques et d’une prise de conscience accrue de l’importance
d’utiliser des SFIC. Par ailleurs, les entreprises n’ont pas nécessairement recours à des
services locaux.

3) En accord avec ces deux premiers constats, alors que l’innovation associée à l’utilisation
de services était principalement métropolitaine au début des années 1990, elle s’était
répandue sur l’ensemble du territoire de l’État de New York vers la fin de sa période
d’étude, en 2005.

Ces préoccupations géographiques sont importantes car le contexte dans lequel les SFIC sont
étudiés est presque toujours celui des régions métropolitaines, Shearmur et Doloreux (2008),
Cooke et Leydesdorff (2006) et MacPherson (1997, 2008) faisant figure d’exceptions. Compte
tenu de leur relative rareté dans de nombreuses petites villes ou dans des régions à l’extérieur des
métropoles, l’accessibilité aux services offerts par les prestataires pourrait s’avérer un obstacle
important aux entreprises manufacturières qui désirent avoir recours aux SFIC en soutien à leurs
activités d’innovation. Nous pouvons aussi soulever le problème de la distance à parcourir pour
avoir accès à certains services. Il est possible que certains établissements localisés dans des villes
et régions éloignées ont peu recours à ces services mais aussi que les services sont offerts par des
prestataires qui sont difficiles d’accès et que le prestataire est géographiquement distant du
client. Ceci nous ramène aux problèmes de l’accessibilité et du rôle de la géographie dans l’accès
aux services mais surtout du rôle des SFIC dans les économies locales et régionales. Notre étude
vise en partie à vérifier – du moins dans ses constats statiques – les observations de MacPherson
(2008).
24

POLITIQUES PUBLIQUES ET SFIC


Depuis les années 2000, nous assistons à une multiplication des programmes et actions publiques
pour stimuler l’innovation au niveau des régions. Dans l’ensemble, les orientations définies
laissent préfigurer un rôle plus actif des régions dans le développement économique appuyé par
l’innovation. Ce constat coïncide avec une double convergence des préoccupations des politiques
de développement territorial et des politiques technologiques. La reconnaissance des régions
dans toutes leurs spécificités témoigne d’une première convergence. Avec ces politiques, les
gouvernements cherchent de plus en plus à valoriser des stratégies endogènes consistant à
mobiliser les ressources et les compétences régionales, afin de concevoir l’aménagement du
territoire et de planifier le développement en misant sur les spécificités régionales (Malecki,
2007).

La reconnaissance de l’importance de la connectivité entre les divers acteurs impliqués dans le


processus économique et technologique témoigne de la seconde convergence. À cet égard, les
politiques de développement territorial et les politiques technologiques invoquent avec une
emphase croissante l’importance des effets de proximité et de la concentration spatiale des
acteurs économiques et institutionnels pour favoriser l’innovation (Cooke et Leydesdorff, 2006).
Ainsi, les gouvernements cherchent à mettre en place des structures incitatives à l’apprentissage
collectif et au transfert des connaissances dans le but d’organiser des relations et des
rapprochements entre différents acteurs. Les politiques visant la constitution de clusters ou de
systèmes d’innovation au niveau régional témoignent de cette volonté (Doloreux et al., 2010).

Jusqu'à récemment, les politiques publiques en matière d’innovation ont porté sur les
établissements manufacturiers. Bien que cette situation commence à changer, la mise en œuvre
de stratégies d’innovation et de politiques publiques susceptibles de faciliter l’innovation dans
les services ou fondées sur l’utilisation des services demeure déficiente.

L’enjeu demeure cependant important. Les gouvernements ont affiché récemment une volonté
d’appuyer et soutenir les entreprises de services à devenir plus innovantes et à élever leur niveau
de production. Le rapport « Taking Services Seriously » (Abreu et al., 2010; NESTA, 2008) est
une initiative du gouvernement britannique pour illustrer l’importance des services dans
l’économie du Royaume-Uni et de documenter la manière dont les politiques pourraient jouer un
rôle dans le soutien et la stimulation de l’innovation dans les services et la manière dont ils
peuvent aider les entreprises de services à mieux performer. Les recommandations portent
surtout sur le soutien à la formation et au développement ainsi que la dissémination et
l’exploitation des technologies. Le Conseil de la science et de la technologie du Québec (2003) a
publié un rapport intitulé L’innovation dans les services : pour une stratégie de l’immatériel qui
met aussi de l’avant l’importance de l’innovation dans les services et l’importance d’identifier
25

les particularités des activités des principales branches du secteur. Les recommandations
demeurent générales et portent sur l’importance d’adapter les objectifs et les instruments de la
politique de la science et de l’innovation aux besoins et aux caractéristiques des entreprises du
secteur des services.

Dans chacun de ces rapports, l’objectif demeure identique, soit de proposer des pistes
d’orientations sur les stratégies et les moyens à adopter pour renforcer l’innovation dans les
services. Le cas échéant, les recommandations touchent seulement une dimension de
l’innovation et des services, soit celle qui est de comprendre les services en tant qu’organisation
innovante.

En ce qui concerne les politiques canadiennes et québécoises, de manière générale, même si


certains programmes visent plus particulièrement les entreprises manufacturières ou de
ressources, la majorité des programmes admettent des entreprises de services. Au Canada, et
particulièrement au Québec, il existe une série importante et coordonnée (au niveau du MDEIE)
de politiques d’aide et de soutien à l’innovation, à la RD et à l’emploi de personnel qualifié. Par
exemple, au Québec, ces politiques s’articulent au sein d’une stratégie provinciale d’innovation,
stratégie qui appelle à une certaine spécialisation, spécialisation que l’on voit apparaître dans le
domaine du design (voir Doloreux et al., 2010). Une pierre angulaire de la stratégie d’innovation
québécoise repose en effet sur une fonction du tertiaire supérieur, celle du design de mode et du
design industriel. Un élément intéressant de cette stratégie est que des aides sont octroyées aux
utilisateurs de services de design, et non aux services de design eux-mêmes. Les différentes
politiques publiques reconnaissent donc que l’innovation peut se passer de deux manières :

1. au sein même des entreprises visées par les politiques (et notamment au sein d’entreprises
du tertiaire technologique, de communication, de logiciel et de recyclage et de gestion
des déchets);

2. par le biais de l’utilisation par une entreprise de services de consultation spécialisée (et
tout particulièrement de design de mode et de design industriel).

Ce bref aperçu démontre l’intérêt récent manifesté par certains gouvernements pour intégrer la
dimension des services dans les politiques d’innovation. Cependant, un défi important qui a été
négligé dans les politiques de l’innovation consiste à promouvoir l’offre, la demande et la qualité
des services en général et des SFIC en particulier pour soutenir et améliorer les performances
d’innovation.
26

1.3 Le recours aux SFIC pour l’innovation


De l’utilisation des SFIC en soutien au processus d’innovation et de l’impact de ceux-ci sur les
performances en matière d’innovation, on connaît peu de choses. En dehors de quelques études
sectorielles (Martinez-Fernandez et Miles, 2011; Mas-Verdu et al., 2011; Martinez-Fernandez,
2010; Albors et al., 2008; Aslesen et Isaksen 2007; OCDE, 2007), il n’existe, à notre
connaissance, aucun portrait d’ensemble, ni enquête empirique sur la question à l’exception de
celles déjà citées de MacPherson (1997, 2008). Toutefois, les spécialistes s’entendent pour
reconnaître l’importance des SFIC comme facilitateurs de l’innovation dans le système productif
et pour les entreprises innovantes en leur offrant un certain nombre d’activités associées à la RD
ou non.

Cette section propose une réflexion générale sur le recours aux SFIC pour l’innovation et la
manière dont il varie selon les caractéristiques de l’entreprise, le stade du processus
d’innovation, les industries, et finalement, les régions.

LES CARACTÉRISTIQUES DES ENTREPRISES


Dans le contexte de cette recherche, la question de la relation entre les caractéristiques de
l’entreprise et l’utilisation et le recours aux services est importante. La littérature scientifique n’a
pas donné lieu à des travaux qui ont analysé ce lien. Cependant, à partir de la littérature sur
l’innovation, il est possible de dégager quelques observations. Dans les paragraphes qui suivent
nous passerons rapidement en revue certaines caractéristiques des entreprises souvent associées à
l’innovation, et notre étude empirique établira dans quelle mesure elles sont aussi associées à
l’utilisation de services.

Selon Garcia-Quevado et Mas-Verdi (2008), peu de connaissances sont disponibles sur le profil
des utilisateurs de services, et ce malgré le fait que la littérature sur l’innovation souligne la
complexité de la relation qui existe entre les caractéristiques des entreprises et l’utilisation de
services externes.

Il est reconnu que les caractéristiques internes de l’entreprise jouent un rôle important en ce qui
concerne l’innovation. L’hypothèse est que l’entreprise dispose de caractéristiques propres, telles
que la taille (indicateur approximatif de ses ressources internes), l’appartenance à un groupe,
l’âge, les activités d’exportation (indicateur de capacités à gérer ses exportations et de contacts
internationaux), les dépenses en RD, les modes et stratégies d’organisation de l’innovation et de
la circulation des connaissances, etc., qui influencent la propension à innover ainsi que les
retombées escomptées de l’utilisation des technologies (Becheikh et al., 2005).
27

Ainsi, est-il possible d’établir un lien entre les caractéristiques de l’entreprise et le recours aux
services? Si l’on se réfère aux travaux sur l’innovation, la question de la relation entre la taille et
la capacité d’innovation a donné lieu à une abondante littérature, mais n’a pas permis de dégager
un consensus. Par exemple, Schumpeter (1943) tend à montrer que la grande taille, associée à un
plus fort pouvoir de marché, favorisait la capacité à innover. D’autres auteurs mettent aussi en
évidence le fait que les entreprises qui peuvent s’appuyer sur des ressources internes importantes
ont moins de problèmes ou d’échecs face à l’innovation (Becheikh et al., 2005).

Par ailleurs, la taille mais aussi l’appartenance à une groupe et une forte intensité en RD peuvent
aussi favoriser la capacité d’innovation et surtout la capacité d’absorption de l’entreprise et
l’aider à dépasser les difficultés et les obstacles rencontrés dans le processus d’innovation. Cohen
et Levinthal (1990) expliquent comment une entreprise qui utilise pleinement ses capacités
d’apprentissage et d’innovation peut être plus dynamique que ses concurrentes. Ils définissent la
capacité d’absorption par le potentiel des individus à reconnaître la valeur d’une nouvelle
connaissance, à l’assimiler et à l’appliquer sur un produit dans l’objectif de le commercialiser.

Ces paramètres sont sensibles dans la décision de s’engager dans un processus d’innovation.
Souvent les dépenses en RD augmentent logiquement avec la taille de l’entreprise et celle-ci
reste un élément interne fortement lié à la capacité d’innovation. D’autres travaux montrent au
contraire que la petite taille peut favoriser une plus grande capacité d’innovation. Elle permet
notamment d’être plus flexible face à la demande, de réduire les coûts de remplacement des
technologies obsolètes et favorise les innovations plus radicales (Astebro, 2004). Les entreprises
de grande taille sont plus engagées dans des activités de RD incrémentales qui s’inscrivent dans
la poursuite de leurs avantages compétitifs et favorisent leur recherche d’économies d’échelles
(Gault, 2010).

Dans ce contexte où nous retrouvons plusieurs facteurs liés aux caractéristiques de l’entreprise, il
est important de s’interroger dans quelle mesure les caractéristiques structurelles de l’entreprise –
taille, appartenance à un groupe, intensité de RD, etc. – jouent favorablement sur le choix
d’utiliser les SFIC en soutien au processus d’innovation et sur l’intensité du recours à ces
services.

LE STADE DU PROCESSUS D’INNOVATION


Dans une perspective d’innovation, les entreprises peuvent adopter différentes stratégies : i) créer
un nouveau produit; ii) réduire les coûts et améliorer la qualité en introduisant des nouveaux
procédés; iii) réduire les coûts et améliorer la qualité en introduisant des nouvelles procédures de
gestion; et iv) informer le marché de l’existence du produit – donc faire du marketing.
28

Face à la complexité grandissante à laquelle les entreprises doivent faire face tant dans le
processus d’innovation lui-même que dans l’environnement de l’innovation, le recours aux SFIC
permet d’apporter des informations et des connaissances que les entreprises vont utiliser dans les
différents stades du processus d’innovation. Les stades du processus d’innovation ou de la chaîne
de valeur passent donc par plusieurs étapes qui, dans une perspective d’innovation, sont les
suivantes :

1. Recherche de l’information sur les innovations possibles et sur comment innover. Cette
étape correspond à l’acquisition de nouvelles informations et connaissances. Dans ce
contexte, les SFIC « peuvent aider les entreprises à différencier les opportunités basées
sur la connaissance qui ont un potentiel élevé de création de valeur des opportunités qui
comportent un potentiel moins élevé. Cette aide peut être particulièrement significative
en matière de connaissances de recherche où les entreprises peuvent être confrontées à
des problèmes d’aversion à l’innovation radicale (déficience comportementale),
d’asymétrie d’information (déficience du marché de l’information) et de contacts limités
avec les producteurs de connaissances (déficience de gouvernance) » (Landry et Amara,
2010 : 35).

2. Faire valider ces nouvelles connaissances avant de se rendre sur le marché et/ou avant de
modifier en profondeur les manières de faire. Cette étape correspond à la validation de la
connaissance. Dans ce contexte, les SFIC peuvent appuyer les entreprises « dans leurs
décisions d’investissements de ressources sur des preuves démontrant que la valeur
potentielle de la connaissance peut être transformée en valeur réelle. À l’étape de la
validation de la connaissance à fort potentiel d’application, les entreprises doivent
produire plusieurs types de preuves de concept dont plusieurs sont complémentaires. Les
SFIC peuvent aider les entreprises à produire ces preuves de concept car (…) les
entreprises peuvent être confrontées à des problèmes de manque d’expertise, de manque
d’équipement et de manque d’information sur les exigences inhérentes aux différents
types de preuves de concept » (Landry et Amara, 2010 : 36).

3. Mettre en œuvre ces nouvelles connaissances, c’est-à-dire modifier le fonctionnement de


l’entreprise ou fabriquer le nouveau produit. Cette étape correspond à l’implantation.
Dans ce contexte, les SFIC peuvent « aider les entreprises à exploiter les connaissances
validées pour développer ou améliorer leurs produits et procédés » (Landry et Amara,
2010 : 39).
29

4. Commercialiser le produit et/ou faire connaître au marché que l’on produit mieux, à
moindres coûts, ou en plus grande quantité. Cette étape correspond à la
commercialisation du nouveau produit. Dans ce contexte, les SFIC peuvent « aider
souvent et très souvent les entreprises à accéder au capital et sont moins susceptibles de
les aider souvent et très souvent à soutenir la mise à l’échelle de la production
d’innovation, pour améliorer les processus de gestion ou encore pour aider les entreprises
en matière de commercialisation » (Landry et Amara, 2010 : 40).

La volonté de vouloir maîtriser cette complexité interne et externe des différents stades du
processus d’innovation (ou de la chaîne de valeur) expliquerait l’augmentation des besoins en
services par les entreprises. Derrière cette complexité, il existe des services de soutien au
processus d’innovation qui sont présents tout au long de la chaîne de valeur et qui servent
souvent à aider et soutenir une entreprise, qu’elle soit innovante ou pas.

Dans le contexte où l’on reconnaît que le rôle et l’utilisation des services dans le processus
d’innovation peuvent dépendre et varier selon le stade du processus d’innovation, la question est
de savoir si les entreprises qui ont recours à des services sont plus innovantes que celles qui ne
les utilisent pas, mais aussi de voir si l’utilisation de certains services est associée à un stade
particulier du processus d’innovation. On peut imaginer, par exemple, que les services touchant
la RD sont plus importants aux tous premiers stades du processus d’innovation, tandis que ceux
liés aux brevets sont en général plus importants vers la fin du stade du processus d’innovation.

On peut aussi supposer que certains services sont liés à certains types d’innovation. Les stades de
l’innovation décrits ci-dessus s'appliquent surtout aux innovations relatives à un produit et aux
innovations relatives à un procédé (hormis la commercialisation). Pour les innovations
organisationnelles et de commercialisation, les stades de développement de l’innovation risquent
d'être différents, et on peut imaginer que ce sont surtout les services d’implantation et de
commercialisation auxquels l’entreprise aura recours pour ces innovations : en effet, ce qu’on
appelle services d’implantation sont des aides à la gestion de l’entreprise, et les services de
commercialisation sont évidemment directement liés au marketing et aux relations avec les
clients. De plus, il est possible que dans certains cas les innovations organisationnelles et de
commercialisation soient une conséquence des innovations relatives à un produit ou un procédé.
Autrement dit, on innove dans la gestion lorsqu’on doit implanter une innovation relative à un
produit ou un procédé, et on innove en marketing lorsqu’on a quelque chose de différent (ou de
moins cher) à offrir ou à vendre.
30

Bref, il est possible que les innovations organisationnelles et de commercialisation ne soient pas
indépendantes des innovations relatives à des produits et des procédés. De toute manière, ces
innovations sont moins faciles à classer dans une perspective de chaîne de valeur de l’innovation,
mais il est raisonnable de penser que certains types de services tangibles sont particulièrement
associés à ces types d’innovation.

LES INDUSTRIES
Dans une perspective sectorielle, chaque secteur est caractérisé par des modes d’innovations
différents (Malerba, 2007). Afin de comprendre les interdépendances entre les dynamiques
sectorielles et l’innovation, il est important de se référer à la notion de régime technologique qui
y tient une place centrale.

La notion de régime technologique décrit l’environnement cognitif dans lequel évoluent les
entreprises et cherche à rendre compte des conditions technologiques sectorielles spécifiques qui
influencent l’intensité et la qualité du processus d’innovation. Breschi et al. (2000) caractérisent
l’environnement cognitif par la combinaison particulière de quatre facteurs fondamentaux :

1. La nature de la base de connaissances. Elle concerne le type de connaissances mobilisées


dans l’activité d’innovation des entreprises.

2. Le niveau d’opportunité d’innovation. Les conditions d’opportunité reflètent la


probabilité pour une entreprise d’innover pour un montant donné de ressources investies
en RD.

3. Les conditions d’appropriabilité de la connaissance rendent compte des possibilités


qu’ont les entreprises de protéger leurs innovations de l’imitation et donc de dégager un
surcroît de profit grâce à leurs innovations.

4. Les conditions de cumulativité décrivent la probabilité qui relie les innovations de


différentes périodes successives, la probabilité d’innover en période t+1 étant
conditionnelle aux innovations de la période précédente (ou au stock global d’innovation
accumulé pendant les périodes précédentes).

Ces notions basiques rappelées, chaque entreprise de différents secteurs a sa propre manière
d’exploiter sa base de connaissances en mobilisant à la fois des connaissances généralement
codifiables et des connaissances tacites. Elle construit ainsi sa trajectoire technologique à partir
des connaissances mobilisables et les opportunités/contraintes économiques et les conditions du
marché concernant l’innovation.
31

On peut supposer que certains types de services sont liés à certains types d’industries car les
trajectoires technologiques varient et plusieurs trajectoires sont possibles selon la manière dont
l’entreprise exploite les connaissances et le cycle de vie du secteur (Malerba, 2007). Par
exemple, pour les industries dans la phase initiale du cycle de l’innovation, les activités
innovantes puisent essentiellement dans des connaissances codifiées pour alimenter les processus
d’innovation. À cette étape, on peut imaginer que le recours aux SFIC sera limité car il est assez
facile pour l’entreprise de maîtriser la connaissance à la base dans la définition de son agenda de
recherche pour innover. Lorsque l’industrie évolue et que le cycle de l’innovation est mature, des
trajectoires technologiques peuvent s’établir et le corpus de connaissances nécessaires pour saisir
des opportunités technologiques devient plus précis et exige des compétences spécifiques en lien
avec le processus d’innovation mis en place. À cette étape, on peut imaginer que les entreprises
feront davantage appel aux SFIC afin de développer des compétences internes à mesure que le
processus d’innovation évolue et qu’elles mobiliseront plus de connaissances.

LES RÉGIONS
Nous avons déjà évoqué ci-dessus la notion de système d’innovation régional, ainsi que les
limites de ce concept. En effet, certaines études ont souligné l’importance de la région et
l’importance des ressources locales et régionales pour la stimulation de l’innovation au sein des
entreprises et des territoires (Asheim et Gertler, 2005; Wolfe et Gertler, 2004; Cooke et al.,
2004). Le potentiel d’innovation, c.-à-d. les performances obtenues et le fonctionnement du
« système régional d’innovation », varierait d’un territoire à un autre et est fortement dépendant
du contexte économique et institutionnel dans lequel l’entreprise évolue.

Dans ce contexte, les entreprises dans les régions métropolitaines afficheraient un potentiel
d’innovation plus élevé car, comme le font remarquer Tödtling et Trippl (2005), les régions
métropolitaines sont considérées comme des centres d’innovation au sein desquels les entreprises
innovantes tirent profit des externalités et de la présence des économies d’agglomérations. Ces
régions offrent une densité de population, une diversité démographique, une synergie
organisationnelle et une riche interaction entre acteurs et constituent ainsi le cadre idéal type
pour soutenir et favoriser l’innovation. De plus, en raison de leur taille, les systèmes
d’innovation dans les régions métropolitaines offrent une variété de sources d’informations et de
collaborateurs potentiels avec lesquels l’entreprise innovante collabore, créant ainsi un bassin de
connaissances et de compétences plus grand ayant pour résultat de faire progresser plus
rapidement le développement technologique (Doloreux, 2002). En fait, l’ensemble des avantages
concurrentiels des économies métropolitaines s’explique par le fait que celles-ci sont mieux
disposées et mieux équipées pour stimuler l’innovation. Selon Malmberg (1997), la
32

concentration des activités économiques dans les régions métropolitaines procure aux entreprises
innovantes des avantages indéniables : l’accès au marché, aux sous-traitants, à une main-d’œuvre
spécialisée, aux réseaux formels et informels, aux services spécialisés ainsi qu’aux
infrastructures technologiques.

Les régions non métropolitaines sont vues comme étant moins innovantes que les régions
métropolitaines, que ce soit en termes d’intensité de RD et d’activités d’innovation, alors que
leur tissu industriel est généralement caractérisé par la prédominance d’industries matures ou
contrôlées par l’extérieur ou d’entreprises œuvrant dans les secteurs traditionnels tournées
surtout vers la production d’innovations incrémentales et d’innovations de procédés (Doloreux,
2002). Les entreprises afficheraient ainsi une plus faible propension à innover et ont des
difficultés à croître et à exporter ou encore à s’intégrer dans les chaînes de production. Souvent,
elles ont certaines faiblesses en ce qui concerne la recherche et la valeur ajoutée, et ne présentent
pas un tissu institutionnel développé, notamment en ce qui concerne l’offre d’éducation
supérieure, la présence de centres de recherche d’envergure et la disponibilité de services et de
capitaux. Par conséquent, les régions non métropolitaines sont souvent décrites comme
possédant moins d’opportunités à intégrer, développer et échanger des connaissances et des
savoir-faire dans les pratiques courantes d’innovation.

Face à la situation où il y a une asymétrie au niveau du potentiel d’innovation entre différents


territoires, une préoccupation importante est d’analyser les variations spatiales de l’utilisation des
services. Est-ce que le recours aux services en soutien au processus d’innovation est plus
fréquent dans les régions métropolitaines? Est-il possible d’associer l’utilisation de certains types
de services à certains types de régions? Autrement dit, le comportement des entreprises face à
l’utilisation des services varie-t-il selon le type d’agglomération et de région?

L’approche par les systèmes locaux d’innovation nous inviterait à dire que l’innovation est
effectivement plus probable en région métropolitaine et que le recours aux services y est plus
important (car il y a proximité physique entre les utilisateurs et les prestataires de services qui,
eux, sont fortement concentrés en zone métropolitaine). Cependant, l’approche par la proximité
(Torre, 2008; Boschma, 2005) ainsi que les résultats empiriques de Shearmur (2011), Doloreux
et Shearmur (2011), Shearmur et Doloreux (2008) et MacPherson (2008) appellent à la prudence.

En effet, l’approche par la proximité souligne que les collaborations et interactions nécessaires à
l’innovation ne sont pas nécessairement locales : donc, rien ne permet a priori de dire que
l’absence de prestataires de services (ou d’autres facteurs d’innovation) locaux empêche les
entreprises locales d’innover. De plus, les résultats empiriques montrent qu’il y peu ou pas de
33

différentiel régional en termes de probabilité d’innover : pour certains secteurs et certains types
d’innovation, on observe même une augmentation dans la propension d’innover lorsqu’on
s’éloigne des métropoles.

En somme, même s’il est vrai que le dépôt de brevets est plus important en zones
métropolitaines, la capacité des entreprises à introduire des innovations n’y est pas, en général,
plus importante. Ceci pourrait s’expliquer par la plus grande spécialisation des entreprises en
zones métropolitaines (où des entreprises intégratrices innoveraient en recombinant des intrants
standards produits par des entreprises moins innovantes), et, de manière concomitante, par une
plus grande internalisation du processus d’innovation dans des zones à l’écart des métropoles.
Par ailleurs, MacPherson (2008) montre que, dans l’État de New York, l’utilisation de services
ne diffère plus entre les entreprises au sein des métropoles et celles en zones périphériques parce
que ces dernières utilisent de plus en plus les possibilités offertes par les communications
électroniques.

Nous sommes donc face à deux conceptualisations assez différentes de la géographie de


l’innovation et du rôle des services. Selon l’approche par les systèmes locaux d’innovation
(Cooke et Leydesdorff, 2006) la présence locale de services est importante : étant donné le peu
de services aisément accessibles en zones périphériques, on s’attendrait à une utilisation moindre
de services et à une intensité moins forte d’innovations dans ces zones. Selon l’approche par la
proximité ou par l’accessibilité (Boschma, 2005; Shearmur, 2011), les systèmes d’innovation ne
sont pas territorialisés, du moins pas à l’échelle infra-provinciale. Il n’y a aucune raison a priori
pouvant expliquer pourquoi les entreprises en zones périphériques ne seraient pas aussi
innovantes que celles en zones métropolitaines car elles ont recours à des facteurs d’innovation
(et notamment à des services) en dehors de leur localité si cela s’avère nécessaire.
Partie 2 : Méthodologie et résultats

2. MÉTHODOLOGIE

2.1 Population à l’étude et échantillon


Pour identifier la population, nous avons acheté la base de données du Centre de recherche
industrielle du Québec (CRIQ). La base de données fournit des informations structurées sur les
entreprises industrielles et commerciales du Québec. Elle couvre l’ensemble des secteurs de
fabrication et fournit des informations précieuses sur le profil complet des entreprises (nom légal
de l’entreprise, adresse principale, téléphone et télécopieur, secteur d’activité principal de
l’entreprise, nom des principaux responsables, etc.6). À partir de cette base, la population visée
par l’enquête était l’ensemble des établissements manufacturiers au Québec de 5 employés et
plus à la date de prise de contact du CRIQ. À partir de ces critères, cette base de données a
engendré une liste de 8 809 établissements manufacturiers. Les entreprises ont été subdivisées en
quatre groupes industriels (secteurs intensifs en ressources; secteurs intensifs en travail; secteurs
intensifs en termes d’échelle; secteur des sciences et secteurs spécialisés) et cinq régions
géographiques (région de Montréal, région de Québec, régions centrales, régions rurales
centrales, régions périphériques)7 susceptibles de mettre en évidence des différences et des
similarités quant à l’utilisation des services.

À partir de cette liste, nous avons sélectionné un échantillon représentatif de 2 000


établissements, selon les groupes industriels et les régions, de l’ensemble des entreprises
manufacturières du Québec. Au final, 804 entreprises ont participé à l’enquête.

Le tableau 2.A présente les informations concernant la population, le plan d’échantillonnage et


les répondants. Dans l’ensemble, les entreprises qui ont participé à l’enquête sont représentatives
tant au niveau des secteurs d’activité que des régions. Ceci est particulièrement important dans la
mesure où une question importante de l’étude est d’examiner dans quelle mesure l’utilisation de
services diffère selon les secteurs d’activité et les régions dans lesquelles se retrouvent les
entreprises manufacturières.

6
Les informations complètes sur les entreprises peuvent être consultées sur le site suivant :
[Link]/fr/[Link]#information_disponible
7
Les sections 2.3 et 2.4 expliquent en détail les typologies industrielles et régionales utilisées dans le cadre de ce rapport.
36

Tableau 2.A : Population, plan d’échantillonnage et répondants

Plan d’échantillonnage, population de la base


CRIQ

Région de Région de Régions Rurales Régions Total


Montréal Québec centrales centrales périphériques
Secteur d’activités
Intensifs en ressources 1 602 333 645 477 348 3405
(8,1 %) (2,6 %) (4,2 %) (6,3 %) (5,1 %) (26,3 %)
Intensifs en travail 712 226 373 556 450 2 317
(18,2 %) (3,8 %) (7,3 %) (5,4 %) (4,0 %) (38,7 %)
Intensifs en termes 656 134 265 138 119 1 312
d’échelle (7,5 %) (1,5 %) (3,0 %) (1,6 %) (1,4 %) (14,9 %)
Sciences et secteurs 942 162 302 240 129 1 775
spécialisés (10,7 %) (1,8 %) (3,4 %) (2,7 %) (1,7 %) (20,2 %)

TOTAL 3 912 855 1 585 1 411 1 046 8 809

Échantillon aléatoire sélectionné

Région de Région de Régions Rurales Régions Total


Montréal Québec centrales centrales périphériques
Secteur d’activités
Intensifs en ressources 150 49 85 124 112 520
(7,5 %) (2,5 %) (4,3 %) (6,2 %) (5,6 %) (26,0 %)
Intensifs en travail 344 70 145 120 83 762
(17,2 %) (3,5 %) (7,3 %) (6,0 %) (4,2 %) (38,1 %)
Intensifs en termes 149 33 62 30 32 306
d’échelle (7,5 %) (1,7 %) (3,1 %) (1,5 %) (1,6 %) (15,3 %)
Sciences et secteurs 214 42 69 54 33 412
spécialisés (10,7 %) (2,1 %) (3,5 %) (2,7 %) (1,7 %) (20,6 %)

TOTAL 857 194 361 328 260 2 000

Répondants – établissements qui ont participé à l’enquête

Région de Région de Régions Rurales Régions Total


Montréal Québec centrales centrales périphériques
Secteur d’activités
Intensifs en ressources 43 25 26 69 49 212
(5,4 %) (3,1 %) (3,2 %) (8,9 %) (6,1 %) (26,4 %)
Intensifs en travail 75 39 75 66 52 307
(9,3 %) (4,9 %) (9,3 %) (8,2 %) (6,5 %) (38,1 %)
Intensifs en termes 40 13 30 17 20 120
d’échelle (5,0 %) (1,6 %) (3,7 %) (2,1 %) (2,6 %) (14,9 %)
Sciences et secteurs 66 20 27 35 17 165
spécialisés (8,2 %) (2,5 %) (3,4 %) (4,4 %) (2,1 %) (20,5 %)

TOTAL 224 97 158 187 138 804


37

2.2 Construction du questionnaire


Le questionnaire de l’enquête sur les services de type SFIC utilisés par les entreprises
manufacturières au Québec a été élaboré par les professeurs David Doloreux et Richard
Shearmur, en collaboration avec le professeur Réjean Landry. Le questionnaire s’inspire des
travaux récents apportés aux enquêtes sur l’innovation à l’OCDE, à la Communauté européenne
(CIS Surveys), à Statistiques Canada (Enquêtes sur l’innovation) ainsi que de la littérature
scientifique sur l’innovation et le développement technologique.

Une vue d’ensemble des questions posées figure en annexe du rapport de mi-parcours. Le
questionnaire se décline en trois grandes sections. La première section porte sur l’utilisation des
services. À partir des travaux académiques sur l’innovation et les services, et notamment après
consultation du rapport de Landry et Amara (2010), nous avons identifié différents services aux
entreprises. Nous avons constitué une liste de 15 services différents classés selon leur rôle dans
la chaîne de valeur (tableau 2.B). Ceux-ci, définis selon le service reçu par l’utilisateur et non par
le secteur d’appartenance du prestataire, sont : i) services de comptabilité; ii) services de gestion
des ressources humaines; iii) conseils pour la préparation d’un plan d’affaires; iv) conseils
relatifs aux besoins en technologies et équipements de production; v) conseils relatifs aux
besoins en RD; vi) conseils pour accéder à de l'information sur les technologies, équipements,
brevets ou recherches pertinents; vii) conseils pour concevoir des prototypes ou tester la
faisabilité technique de produits; viii) conseils pour préparer une demande de brevet; ix) conseils
pour certifier la sécurité d'un produit ou procédé; x) conseils pour mettre en production un de vos
produits ou mettre en œuvre un procédé; xi) aider à accéder à du capital ou du financement; xii)
conseils pour améliorer les processus de gestion; xiii) conseils sur la commercialisation ou le
marketing d’un produit; xiv) services d’avocat ou de notaire; xv) services fiscaux.

Dans la même section, nous avons collecté des informations sur :

 La fréquence d’utilisation de ces services, à savoir si le répondant utilise le service


plusieurs fois par semaine; environ une fois par semaine; au moins une fois par mois; au
moins une fois par trois mois; et, au moins une fois par année;

 La localisation géographique du principal prestataire de services;

 L’importance des types de contacts pour la prestation de services, à savoir si le service


était livré en personne aux bureaux de l’entreprise; en personne au bureau du prestataire
de services; ou par le biais de technologies de communication (visioconférence, skype,
téléphone, etc);
38

 Les barrières au recours aux services, à savoir la difficulté à identifier un conseiller qui
convienne aux besoins de l’entreprise; le coût des services; le coût de déplacement; et le
temps de déplacement.

Tableau 2.B : Les types de services classés selon leur rôle dans la chaîne de valeur

Catégories Types de services


Identification de connaissances à potentiel Conseils relatifs aux besoins en technologies et équipements de
production
Conseils relatifs aux besoins en RD
Conseils pour accéder à des technologies, brevets, etc.
Validation de connaissances Conseils pour la préparation d’un plan d’affaires
Conseils pour concevoir des prototypes ou tester la faisabilité
technique de produits
Conseils pour préparer une demande de brevet
Conseils pour certifier la sécurité d’un produit ou d’un procédé
Implantation Conseils pour améliorer les processus de gestion
Conseils pour la mise en production ou mise en œuvre de procédés
Aider à accéder à du capital ou du financement
Services fiscaux
Commercialisation Conseils sur la commercialisation ou le marketing d’un produit
Services de soutien/implantation Services de gestion des ressources humaines
Services d’avocat ou de notaire
Services de comptabilité

La seconde section du questionnaire porte sur les activités d’innovation et de RD. Dans cette
section, nous avons recueilli des données d’abord sur les activités d’innovation (RD; acquisition
de machines, d’équipements et de logiciels; acquisition d’autres connaissances; formation du
personnel; activités de commercialisation) et sur les types d’innovations introduites par
l’établissement pour la période 2008-2010 (innovation de produit, innovation de procédé,
innovation managériale, innovation de marketing), leurs caractéristiques (nouveauté de
l’innovation par rapport aux concurrents) ainsi que sur les sources externes d’informations
utilisées pour introduire de nouvelles innovations (sources internes, clients, fournisseurs,
consultants, laboratoires commerciaux et universités).

La troisième section porte sur les caractéristiques générales de l’établissement. Dans cette
section, nous avons recueilli des données sur le nombre d’employés, le nombre d’employés
qualifiés et/ou affectés aux activités de RD, la date de création, le chiffre d’affaires, la
distribution géographique des ventes selon le chiffre d’affaires ainsi que le pourcentage du
chiffre d’affaires affecté à la RD.
39

2.3 La collecte des données


Les entrevues téléphoniques auprès des entreprises manufacturières ont été réalisées par la firme
de sondage INFRAS International. Les entrevues ont été effectuées entre le 4 avril et 13 juin
2011 et gérées automatiquement par le système C.A.T.I. (Computer Assisted Telephone
Interview). Les différentes étapes techniques réalisées par la firme de sondage INFRAS l’ont été
sous la conduite du Dr Marcel Gigner et de Karl-Erik Gigner. La firme de sondage a contacté les
2 000 établissements compris dans l’échantillon. Au total, 804 entrevues ont été complétées. Le
taux de réponse s’élève donc à 40,2 % (804/2 000) établissements manufacturiers.

2.4 Classification sectorielle de Pavitt


À l’instar des différentes typologies sectorielles, comme celles établies par Lee et Has (1996) qui
visent à répartir les secteurs selon leur intensité de savoir en mesurant l’effort de la RD et la
proportion du personnel qualifié en entreprises, ou par l’OCDE (2005) sur l’intensité des
dépenses affectées à la RD, nous utilisons dans ce rapport la classification sectorielle établie par
Pavitt (1984; Archibugi, 2001). Il propose une typologie des secteurs manufacturiers divisée en
quatre catégories correspondant aux principales trajectoires de développement technologique
classées selon les conditions qui influencent l’intensité et la qualité du processus d’innovation,
l’exigence et les types d’utilisateurs, et l’appropriabilité des connaissances générées. En gros, la
typologie vise à classer les modes d’innovation des entreprises en fonction des différents secteurs
d’activité économique.

La classification sectorielle proposée par Pavitt distingue les industries traditionnelles intensives
en ressources, celles intensives en travail, les industries à rendements d’échelle croissants et les
industries spécialisées et basées sur la science. Les secteurs caractérisés par les entreprises
intensives soit en ressources (Resource-based) ou en travail (Labour-intensive) comprennent des
entreprises de fabrication qui œuvrent dans les secteurs traditionnels (bois, aliments, papier,
textiles et vêtements) qui s’appuient, selon Pavitt, sur des sources externes pour innover. Les
secteurs caractérisés par les entreprises à production de grande échelle (Scale-intensive)
comprennent des entreprises de fabrication qui produisent des matériaux de base et d’assemblage
ainsi que des biens de consommation durables, comme par exemple les secteurs de la chimie ou
de l’automobile, qui innovent en utilisant à la fois les sources internes et externes à l’entreprise.
Les secteurs caractérisés par des fournisseurs spécialisés (Specialised-suppliers) et/ou les
secteurs caractérisés par des entreprises à vocation scientifique (Science-based) comprennent des
entreprises spécialisées produisant des technologies qui seront utilisées et vendues à d’autres
entreprises (fournisseurs spécialisés) et des entreprises de haute technologie qui reposent sur la
40

RD, les brevets et les connaissances tacites pour le développement de nouveaux produits et/ou
procédés (vocation scientifique). Le tableau 2.C présente, à cet effet, les principaux secteurs
correspondant à cette classification.

Tableau 2.C : La classification des activités économiques selon Pavitt


Classification industrielle selon Code Description
Pavitt SCIAN
311 Fabrication d'aliments
312 Fabrication de boissons et de produits du tabac
Secteurs caractérisés par les
321 Fabrication de produits en bois
entreprises intensives en ressources
322 Fabrication du papier
(Ressource based)
324 Fabrication de produits du pétrole et du charbon
327 Fabrication de produits minéraux non métalliques
313 Usines de textiles
314 Usines de produits textiles
Secteurs caractérisés par les 315 Fabrication de vêtements
entreprises intensives en travail 316 Fabrication de produits en cuir et de produits analogues
(Labour-intensive) 332 Fabrication de produits métalliques
337 Fabrication de meubles et de produits connexes
339 Activités diverses de fabrication
323 Impression et activités connexes de soutien
325 Fabrication de produits chimiques
331 Première transformation des métaux
3361 Fabrication de véhicules automobiles
Secteurs caractérisés par les
Fabrication de carrosseries et de remorques de véhicules
entreprises à production de grande 3362
automobiles
échelle (Scale intensive)
3363 Fabrication de pièces pour véhicules automobiles
3365 Fabrication de matériel ferroviaire roulant
3366 Construction de navires et d'embarcations
3369 Fabrication d'autres types de matériel de transport
Secteurs caractérisés par des 334 Fabrication de produits informatiques et électroniques
fournisseurs spécialisés 3364 Fabrication de produits aérospatiaux et de leurs pièces
(Specialised suppliers) et secteurs 333 Fabrication de machines
caractérisés par des entreprises à
vocation scientifique (Science- Fabrication de matériel, d'appareils et de composants
335
based) électriques

Cette typologie a pour avantage de regrouper des secteurs d’activité qui représentent des
similitudes dans les trajectoires technologiques, d’autant plus que, selon Castellacci (2008).

« Pavitt's model of the linkages between science-based, specialized suppliers, scale-intensive and
supplier-dominated industries provides a stylized and powerful description of the core set of
industrial sectors that sustained the growth of advanced economies during the Fordist age. »
41

En ce qui nous concerne, cette classification a l’avantage non seulement d’être souvent utilisée
par d’autres analystes (Archibugi, 2001; Castellaci, 2008), mais aussi de classer les secteurs de
manière raisonnée en quatre groupes permettant ainsi des comparaisons inter-sectorielles lisibles
et robustes8. C’est donc principalement sur la base de la typologie de Pavitt que sera abordée
l’analyse des différents types de services et leur lien avec les activités de RD dans les entreprises
manufacturières au Québec.

2.5 Classification des régions


Le découpage régional choisi est basé sur les travaux de Coffey, Polèse et Shearmur (Shearmur
et Polèse, 2007) et renvoie aussi aux découpages semblables que certains chercheurs utilisent
pour analyser d’autres pays où les distances sont grandes (Desmet et Fafchamps, 2005). Au cœur
de ce découpage se trouvent les grandes régions métropolitaines – les points de repère, si l’on
veut. Au Québec, celles-ci sont les agglomérations de Montréal, de Québec et d’Ottawa-
Gatineau. Par agglomération, on entend le bassin d’emploi, tel que défini par Statistiques
Canada, qui est centré sur la municipalité principale de chaque métropole.

Dans un deuxième temps, on délimite une zone qui correspond environ à une heure ou une heure
et demie de route de ces métropoles (la limite est approximative compte tenu des découpages
spatiaux). Ces zones sont en interaction forte avec les métropoles9, et on y constate des profils
économiques particuliers : beaucoup d’industries manufacturières légères (textiles, plastiques,
machinerie, meubles), mais aussi des industries de loisir et de tourisme ainsi que des activités
primaires, surtout agricoles mais aussi minières (pour les matériaux de construction) (Shearmur
et Hutton, 2011; Polèse et Shearmur, 2002; 2007). Dans ces zones dites centrales, car proches
des métropoles, on distingue les agglomérations urbaines de plus de 10 000 habitants et les zones
rurales.

Finalement, on distingue aussi les régions périphériques, celles à plus d’une heure ou une heure
et demie d’une métropole. Celles-ci correspondent en gros à ce qu’on appelle les régions
ressources au Québec. Leur éloignement rend l’interaction régulière avec la métropole plus
onéreuse et moins fréquente, mais, tout comme pour les zones centrales, ce constat reste à être
vérifié et qualifié empiriquement. Ces zones pourraient aussi, bien évidemment, être subdivisées
en zones rurales et en zones urbaines : cependant, au vu du nombre relativement restreint
d’entreprises manufacturières dans les zones périphériques, nous préférons ne pas subdiviser les
régions périphériques dans la plupart de nos analyses.

8
Plus on multiplie les secteurs, plus les comparaisons deviennent nombreuses, et plus elles deviennent risquées car le nombre
d’observations par secteur peut rapidement devenir minuscule.
9
Il est à noter que cette forte interaction est présumée mais n’a pas, à notre connaissance, été vérifiée empiriquement. Cette étude
permettra de mesurer empiriquement les interactions – en ce qui concerne l’utilisation des services supérieurs – entre les zones
centrales et la métropole.
42

2.6 Analyses
Plusieurs méthodologies d’analyse sont utilisées dans ce rapport, et notre intention n’est pas de
toutes les décrire en détail. Il s’agit plutôt ici de présenter dans leurs grandes lignes les types
d’analyses qui serviront à explorer les données que nous avons.

Il est utile de rappeler que des tableaux descriptifs présentant la distribution des établissements
observés selon plusieurs dimensions ont été présentés dans le rapport de mi-parcours. Ces
tableaux font appel à une approche très simple qui est celle de présenter la distribution des
observations (selon, par exemple, leur niveau d’innovation et leur appartenance sectorielle) et
d’effectuer une mesure statistique permettant de voir si cette distribution est aléatoire ou si, au
contraire, elle est structurée.

Dans les sections qui suivent, nous ferons parfois appel à des tableaux descriptifs de ce genre,
mais les analyses seront en général un peu plus complexes.

Dans un premier temps, nous explorerons la complémentarité éventuelle entre différentes sortes
d’innovations, entre l’utilisation des 15 différentes sortes de services, et entre l’utilisation de
différentes sources d’informations. Deux méthodes seront utilisées : d’une part l’analyse en
composantes principales, d’autre part l’analyse de regroupement hiérarchique (analyse de
regroupement).

 L’analyse en composantes principales permet de faire ressortir des groupes de variables


qui tendent à avoir des valeurs semblables pour chaque établissement : autrement dit, on
identifie des variables qui sont corrélées entre elles, et qui mesurent donc toutes plus ou
moins la même chose.

 L’analyse de regroupement, quant à elle, permet de faire ressortir des groupes


d’établissements qui ont un profil de réponses semblable sur un certain nombre de
variables : autrement dit, on identifie des établissements qui se ressemblent sur les
variables retenues.

Dans un deuxième temps, nous verrons si les diverses composantes sont liées en faisant des
corrélations simples entre elles. Nous n’explorerons pas le lien entre les différents groupes (ou
clusters) car cela demande un croisement entre deux classements – chacun ayant 7 ou 8 classes –
avec souvent très peu d’éléments à chaque croisement : ces petits chiffres sont difficiles à
interpréter.
43

Une technique qui sera très fortement utilisée dans les sections qui suivent est celle de l’analyse
de régression logistique. Une régression est une analyse qui tente d’estimer la valeur d’une
variable dépendante – souvent notée y – en s’appuyant sur une série de variables indépendantes –
souvent notées x1, x2, ..., xn. La qualité de cette prédiction peut être évaluée par le pseudo r2, une
statistique variant de 0 à 1. La particularité des régressions logistiques est qu’elles permettent
d’analyser des variables dépendantes discontinues. Dans les analyses qui suivront, nous
analyserons souvent des variables dichotomiques (exemple : innove / innove pas), ou alors des
variables de classification ordonnées (exemple : peu important, moyennement important, haute
importance). Pour ces analyses, il est pertinent de comparer entre elles les pseudo r2, mais aussi
– et surtout – de voir quelles variables indépendantes x1, x2, ..., xn sont significativement
associées à la variable dépendante y, et de voir l’ampleur de cet effet.

Afin de simplifier l’interprétation de ces résultats et de désengorger les tableaux, nous


employons une technique qui ôte systématiquement les variables x dont nous ne sommes pas
certains, avec une probabilité de 90 % ou plus, que leur effet sur y est non nul. Nous ôtons ces
variables une à une et recalculons le modèle après chaque retrait de variable : même si cette
technique est critiquable (car parfois une variable n’est significative que si elle est combinée à
d’autres), le seuil généreux de 90 % fait en sorte que nous n’ôtons aucune variable qui est
fortement associée à la variable dépendante, même si, à la marge du seuil de 90 %, il est certain
que la décision d’ôter ou non une variable ne sera pas toujours la même selon l’ordre dans lequel
on les ôte.

Certaines précautions sont prises avec ces régressions : d’une part, lorsque nos variables
indépendantes ont des valeurs extrêmes, nous les transformons afin de les ramener à une
distribution plus homogène. Ceci se fait surtout avec les variables qui mesurent la distance.
D’autre part, nous vérifions systématiquement que les variables indépendantes introduites dans le
modèle initial, avant tout retrait, ne soient pas trop fortement corrélées entre elles. Cette
corrélation se mesure par la statistique VIF (Variance Inflation factor), et nous avons adopté un
seuil critique de 5.

Dans certains cas, une analyse de régression simple ne suffit pas : en effet, parfois notre unité
d’observation n’est pas l’établissement, mais l’utilisation du service par l’établissement. Ceci
cause problème parce que chaque établissement utilise (ou peut utiliser) plusieurs services. Il est
donc difficile, si on emploie une approche de régression classique, de savoir si l’on observe des
liens entre x et y qui se rapportent à l’utilisation du service (qui nous intéresse) ou à
l’établissement utilisateur du service (qui nous intéresse aussi mais qu’il ne faut pas confondre
avec l’utilisation du service).
44

Dans ce cas, une approche de régression multiniveau s’impose. Ce type de régression permet de
tenir compte du fait que la variation observée de la variable dépendante est attribuable à des
effets x11, x12..., x1n au niveau de l’utilisation du service, mais aussi à des effets x21, x22..., x2n au
niveau de l’établissement utilisateur. Bref, en termes techniques nous introduisons un effet
aléatoire au niveau de l’établissement qui permet de corriger les coefficients de régression et les
écarts types en tenant compte du fait que les observations sont regroupées au sein
d’établissements.

Nous employons aussi des régressions MCO (Moindre Carré Ordinaire) lorsque la variable
dépendante est continue. Les mêmes précautions sont prises que pour les régressions logistiques,
et le multiniveau est aussi utilisé lorsque cela s’avère nécessaire.

Nous ne rentrerons pas plus dans le détail des méthodes statistiques utilisées, le but de cette
courte section étant de diriger le lecteur intéressé vers la documentation nécessaire, qui se trouve
dans des manuels statistiques tels que Tabachnick et Fidell (2007) ou Bressoux (2010).
45

3. INNOVATION ET SERVICES

3.1 La complémentarité entre différents types d’innovations et de services


Nous avons recueilli des informations sur quatre types d’innovations : les innovations de
produits, de procédés, de marketing et de gestion. Par ailleurs, chacun de ces quatre types
d’innovations a été décliné en deux catégories : innovation mineure (nouvelle seulement au sein
de l’établissement) et innovation majeure (nouvelle à l’échelle du marché). Nous voulons savoir
si, par exemple, une innovation majeure de produit est toujours accompagnée d’une innovation
mineure en procédé.

Le tableau 3.A, qui présente les résultats d’une analyse en composantes principales des huit types
d’innovations, nous révèle qu’il existe cinq grandes combinaisons d’innovations.

Tableau 3.A : Combinaisons d'innovations : analyse en composantes principales


F1 F2 F3 F4 F5 Comm
Marketing, nouveau pour marché 0,73 0,03 0,02 0,13 -0,32 0,66
Gestion, nouveau pour marché 0,71 -0,01 0,04 -0,46 0,04 0,71
Procédé, nouveau pour marché 0,64 -0,13 -0,50 0,11 0,16 0,71
Produit, nouveau pour marché 0,58 -0,56 0,00 0,16 0,21 0,72
Produit, seulement interne 0,04 0,92 0,12 0,08 0,09 0,89
Procédé, seulement interne 0,01 0,09 0,93 0,12 0,11 0,90
Gestion, seulement interne 0,00 0,03 0,07 0,91 0,09 0,84
Marketing, seulement interne -0,05 0,03 0,10 0,09 0,93 0,88

Variance 1,79 1,20 1,14 1,12 1,06 79 %


Note : seulement 3 composantes ont une Eigen value supérieure à 1. Le cinquième a une Eigen value de 0,85.
MSA = 0,59, donc il n'y a pas de très bonne solution factorielle. En gros, les différents types d'innovations ne
sont pas fortement corrélés ensemble.

Les innovations radicales tendent à être intercorrélées : autrement dit, si une entreprise introduit
un type d’innovation radicale, elle aura tendance à en avoir introduit un autre. Il n’y a aucune
association entre les innovations radicales et les innovations mineures, sauf les associations
« mécaniques ». En effet, vu la construction de nos variables, il n’est pas possible pour un
établissement d’avoir introduit une innovation majeure et une innovation mineure du même
type : or, les facteurs 2 à 5 sont des facteurs qui ne représentent pas une association entre
différents types d’innovations mais qui représentent chacun un type d’innovation mineure (qui ne
46

sont pas corrélés entre eux). En somme, hormis une tendance – assez limitée – pour que les
innovations radicales aient lieu dans les mêmes entreprises, il n’y a pas beaucoup de lien
systématique entre les différents types d’innovations.

Le tableau 3.B, qui ne porte que sur les innovations majeures, met en évidence différents profils
d’établissements innovants. On constate que 428 établissements, soit plus de la moitié, n’ont
introduit aucune innovation majeure, 98 n’ont introduit qu’une innovation majeure de produit et
41 qu’une innovation majeure de procédé. Parmi les établissements étudiés, 84 ont introduit ces
deux types d’innovations. Viennent ensuite des profils un peu moins clairs : 61 établissements
ont introduit une innovation majeure en gestion, qui est accompagnée soit d’une innovation de
produit, soit d’une innovation de procédé, soit des deux. Ensuite, 53 établissements sont dans une
situation semblable, ayant introduit une innovation de marketing. Finalement, 39 établissements
ont introduit des innovations de gestion et de marketing qui sont accompagnées soit d’une
innovation de produit, soit d’une innovation de procédé, soit des deux.

Tableau 3.B : Combinaisons d'innovations radicales : analyse de regroupement


n Produit Procédé Gestion Marché nom donné à la grappe i moyen
1 428 0 0 0 0 aucune innovation radicale 0,0
2 98 1 0 0 0 seulement produit 1,0
3 41 0 1 0 0 seulement procédé 1,0
4 61 0,56 0,52 1 0 gestion et produit ou procédé 2,1
5 53 0,64 0,49 0 1 marché et produit ou procédé 2,1
6 84 1 1 0 0 produit et procédé 2,0
7 39 0,79 0,74 1 1 marché et gestion, et produit ou procédé 3,5
Note : r2 0,90 pour 7 grappes. Toutes les observations sont analysées ensemble. Pas de différences significatives
entre régions synthétiques.

On constate donc que les innovations technologiques (produits et procédés) majeures


interviennent assez souvent seules, sans autre type d’innovation majeure. Par contre, les
innovations de marketing ou de gestion interviennent presque toujours en combinaison avec au
moins une sorte d’innovation technologique. Ceci vient corroborer l’idée que les innovations de
gestion ou de marketing découleraient, au moins en partie, d’innovations technologiques ou de
leur mise en œuvre.

Malgré ces profils et malgré les corrélations observées entre différentes sortes d’innovations,
force est de constater qu’il n’existe pas de structures fortes : un établissement qui introduit un
type d’innovation n’en introduit pas nécessairement un autre type. Pour cette raison, les analyses
de régression qui vont suivre vont examiner chaque type d’innovation de manière séparée. Nous
47

n’allons pas essayer d’expliquer l’appartenance d’un établissement à tel ou tel profil
d’innovation, ni expliquer pourquoi un établissement est plus porté sur une composante que sur
une autre. Nous allons simplement examiner si l’utilisation de services – après contrôles pour
d’autres facteurs explicatifs – a un effet sur le fait d’innover ou pas selon les huit types
d’innovations retenus.

Mais avant d’effectuer ces analyses, nous nous tournons vers une question semblable à celle que
nous venons d’étudier, mais portant sur les services : lorsque un établissement manufacturier
utilise une sorte de service, en utilise-t-il d’autres? Quels sont les différents profils d’utilisation
de services?

3.2 La complémentarité entre l’utilisation de différents services


Même s’il est possible d’extraire des composantes principales – et donc d’identifier des services
qui tendent à être utilisés ensemble – ces composantes sont assez faibles et elles ne représentent,
à elles six, que 56 % de la variance totale (tableau 3.C). Autrement dit, il ne semble pas y avoir
de fortes complémentarités systématiques entre l’utilisation des 15 services analysés. Nous
remarquons toutefois une association assez forte entre les services de management (plan
d’affaires, conseils en gestion, conseils pour accéder à la finance) ainsi qu’une autre association
entre la préparation de brevets et les services d’acquisition d’informations sur les technologies.

L’utilisation de services fiscaux et de services comptables n’est pas, quant à elle, associée à
l’utilisation d’autres services et les services de RD ne sont portés sur aucune composante.
48

Tableau 3.C : Combinaisons de services : analyse en composantes principales


Chaîne Type de service F1 F2 F3 F4 F5 F6 Comm
Conn. Info. tech. et produits 0,65 0,05 -0,22 -0,05 0,24 0,17 0,57
Implant. Mise en œuvre 0,58 0,15 0,21 0,06 -0,03 -0,20 0,45
Valid. Certification sécurité 0,57 -0,16 0,25 0,27 -0,09 0,12 0,50
Valid. Conception de prototypes 0,55 0,01 0,15 0,34 -0,09 -0,02 0,45
Comm. Commercialisation 0,52 0,24 0,13 -0,23 0,07 0,12 0,42
Valid. Plan d’affaires 0,02 0,78 0,16 -0,15 -0,13 0,04 0,68
Implant. Conseils gestion 0,27 0,55 -0,11 0,14 0,23 -0,14 0,48
Implant. Conseils pour accès finance -0,06 0,51 0,09 0,35 -0,02 0,19 0,43
Valid. Préparation de brevets 0,05 0,08 0,82 0,09 0,05 0,04 0,70
Conn. Informations sur technologies 0,37 0,11 0,64 0,02 0,19 -0,02 0,60
Soutien Avocat 0,04 0,00 0,14 0,75 0,06 0,10 0,59
Soutien Ressources humaines 0,15 0,35 -0,14 0,50 0,14 -0,14 0,46
Implant. Services fiscaux 0,00 0,01 0,15 0,08 0,90 0,01 0,85
Soutien Comptabilité 0,07 0,07 0,01 0,05 0,02 0,90 0,82
Conn. Info. sur RD 0,11 0,38 0,16 0,24 0,27 0,23 0,36
Variance 1,92 1,56 1,42 1,30 1,10 1,05 56 %
Note : seulement cinq Eigen values supérieures à 1. MSA = 0,78.

Pour se pencher sur les profils d’utilisation de services, il est d’abord utile de regrouper les services
selon la chaîne de valeur (telle que décrite au tableau 3.A) afin de rendre lisible les profils. Le
tableau 3.D présente les neuf profils qui ressortent de l’analyse. On constate que 57 entreprises ne
se servent d’aucun service et que 139 ne se servent que des services de soutien – dont par ailleurs
seulement 59 entreprises (hormis les 57 qui ne se servent d’aucun service) se passent.

Il existe deux profils de forte utilisation de services : un de ces profils regroupe les entreprises qui
utilisent des services sur l’ensemble de la chaîne de valeur hormis les services de
commercialisation, tandis que l’autre regroupe les établissements qui se servent de services de
soutien et de commercialisation ainsi que de la plupart – mais en général pas de tous – les autres
types de services.
49

Tableau 3.D : Combinaisons de services : analyse de regroupement


n Con. Valid. Impl. Com. Sout. Nom donné à la grappe s moyen
1 105 0,8 0,7 0,7 1 1 Chaîne complète et soutien 4,2
Chaîne complète sans
2 108 1 1 1 0 1 4,0
commercialisation
3 79 1 0 1 0 1 Connaissances, implantation et soutien 3,0
Validation, soutien et parfois
4 68 0,6 1 0 0 1 2,6
connaissances
5 114 0 0,4 1 0 1 Soutien et implantation 2,4
6 75 1 0 0 0 1 Connaissances et soutien 2,0
7 59 0,5 0,5 0,6 0,1 0 Chaîne partielle sans soutien 1,7
8 139 0 0 0 0 1 Soutien seulement 1,0
9 57 0 0 0 0 0 Aucun service externe 0,0
Note : solution à 8 classes = 86 % du R2 pour les utilisateurs d'au moins un service. Les 57 non-utilisateurs sont
rajoutés en fin d'analyse. Pas de différences significatives entre régions synthétiques. Con. = services liés à
l’acquisition de connaissances; Valid. = services liés à la validation; Impl. = services liés à l’implantation; Com.
= services liés à la commercialisation; Sout. = services de soutien.

Lorsque nous nous pencherons sur le lien entre innovation et utilisation de services, nous nous
servirons des scores factoriels (tableau 3.C), des grappes (tableau 3.D), du nombre de services
différents utilisés ainsi que d’indicateurs de l’utilisation de chacun des 15 services afin d’identifier
lequel de ces indicateurs est le plus fortement associé à chaque type d’innovation.

3.3 Existe-t-il des liens entre utilisation de services et innovation?


Cette question est au cœur de ce rapport, mais dans cette section, nous nous limiterons aux
associations entre les combinaisons de services (composantes du tableau 3.C) et les combinaisons
d’innovations (composantes du tableau 3.A) ainsi qu’entre les deux
classifications (tableaux 3.B et 3.D). Afin d’aider à la lecture du tableau 3.E, des noms ont été
attribués aux composantes, noms qui reflètent les innovations ou les services qui sont fortement
corrélés avec chaque composante.

Si on mesure les corrélations entre les composantes du tableau 3.A et celles du tableau 3.C, on
constate que des associations fortes existent entre le fait d’introduire des innovations radicales et le
fait d’utiliser des services : cette association est particulièrement marquée en ce qui concerne
l’utilisation d’une gamme complète de services qui couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur (le
facteur 1 : chaîne). Le recours à des services de management est aussi étroitement associé à
l’innovation radicale. On note par ailleurs que l’introduction d’innovations mineures relatives à
des produits est négativement associée à l’utilisation de services pour le brevetage ou pour
l’obtention d’informations sur les technologies. Seules les innovations radicales, et les innovations
50

de produits et de procédés mineures, sont associées – assez faiblement, certes – à l’utilisation des
services fiscaux : étant donné la nature technologique de ces innovations, il est possible que ces
services fiscaux soient liés aux crédits d’impôts pour la RD qui sont disponibles au Québec.

Tableau 3.E : Corrélations entre composantes services et composantes innovations


Services
Innovations Facteur 1 Facteur 2 Facteur 3 Facteur 4 Facteur 5 Facteur 6
Chaîne Manage- Brevets/Techn Soutien Fiscalité Comptables
Facteur 1 0,29 0,22 0,14 0,17 0,12 0,04
Radical <,0001 <,0001 <,0001 <,0001 0,00 0,23
Facteur 2 -0,03 0,03 -0,15 -0,05 0,12 0,01
produit min 0,39 0,37 <,0001 0,19 0,00 0,80
Facteur 3 0,00 0,04 -0,02 0,03 0,07 -0,04
procédé min 0,92 0,27 0,56 0,33 0,04 0,24
Facteur 4 0,12 0,06 0,07 0,07 0,06 -0,06
gestion, min 0,00 0,07 0,05 0,04 0,11 0,07
Facteur 5 0,05 0,08 0,07 0,07 0,02 0,07
market, min 0,20 0,03 0,04 0,05 0,57 0,04

Le tableau 3.F indique pour les 9 profils d’utilisation de services et les 7 profils d’innovation les
cases dans lesquelles il y a une sur ou une sous-représentation importante d’observations. Seules
les cases dans lesquelles le nombre attendu est supérieur à 5 et dans lesquelles le ratio
« observations : nombre attendu » est supérieur à 1,25 ou inférieur à 0,75 sont présentées. Les
profils d’innovation sont classés du plus innovant au moins innovant (selon la colonne « i moyen »
du tableau 3.B) et les profils de services de l’utilisation la plus forte à l’utilisation la plus faible
(selon la colonne « s moyen » du tableau 3.D).

Tableau 3.F : Croisement entre les profils d’utilisation


de services et les profils d’innovation
+ Utilisation de services -
1 2 3 4 5 6 7 8 9
+

7 3,14 1,34 0,36 0,15


6 1,55 1,86 0,48 0,48 0,50
Innovation

5 1,73 0,38 0,44


4 1,71 1,84 1,39 0,70 0,38
3 0,75 1,82 0,56
2 1,75 0,72 0,22 1,25 0,71 0,58
-

1 0,63 0,43 1,30 1,45 1,48


Ce tableau présente le ratio « observations : nombre attendu » pour les cases
où le nombre attendu est supérieur à 5 et le ratio supérieur à 1,25 ou inférieur
à 0,75.
51

On note qu’il y a une surreprésentation des profils très innovants (profils innovation 5, 6 et 7) au
sein des profils à forte utilisation de services (profils utilisation de services 1 – chaîne complète –
et 2 – chaîne complète sauf commercialisation). Cependant, l’utilisation de services (surtout le
profil 2) est loin d’être garante de forte innovation – l’utilisation de services selon le profil 2 ne
distingue qu’entre les établissements qui n’innovent pas du tout (profil 1) et le reste. Le profil
d’innovation 4 (innovations en gestion et technologiques) se distingue par une association avec les
profils d’utilisation de services 3 (connaissances, implantation et soutien) et 5 (soutien et
implantation). Par ailleurs, les non-innovants (profil 1) sont fortement associés aux profils
d’utilisation de services 6 (acquisition de connaissances et soutien), 8 (soutien seulement) et 9
(aucun service).

Le tableau 3.F renforce l’idée qu’il y a un lien entre profil d’innovation et utilisation de services,
lien qui n’est toutefois pas automatique : tandis que seulement 4 établissements qui n’utilisent
aucun service se trouvent dans les profils très innovants 6 et 7, nous trouvons 35 forts utilisateurs
de services (profil 1) qui n’innovent pas. Ces recoupements nous suggèrent que les établissements
étudiés sont peut-être à différents stades de leurs processus d’innovation. Les moins innovants qui
ont un profil d’utilisation 2 – tout sauf commercialisation – sont peut-être sur le point d’innover, et
feront donc appel à l’avenir aux services de commercialisation. De même, parmi les non-
innovants, on peut poser l’hypothèse que ceux qui font appel aux services d’acquisition de
connaissances démarrent le processus d’innovation.

3.4 Sommaire
Dans ce chapitre, nous avons exploré les complémentarités éventuelles entre différentes sortes
d’innovations et celles entre l’utilisation de différents services. De manière générale, bien que des
profils différents d’innovation existent, nous n’identifions pas de relations très systématiques. Le
fait le plus marquant est que plusieurs entreprises introduisent des innovations technologiques
(produit ou procédé) sans annoncer d’autres sortes d’innovations, tandis que les innovations de
gestion ou de marketing sont presque toujours associées à au moins une innovation technologique.

Il existe aussi différents profils d’utilisation de services : ceux-ci ressortent assez bien lorsqu’on
effectue un classement des établissements selon leur profil d’utilisation de cinq grands types de
services (ces cinq types reflètent la chaîne de valeur), mais ne ressortent pas très fortement
lorsqu’on effectue une analyse en composantes principales (que celle-ci soit sur la base des 15
services désagrégés ou des 5 services agrégés). En somme, on constate que la grande majorité des
entreprises font appel à des services de soutien et que seules 57 d’entre elles (soit 7 % de
l’échantillon) ne font appel à aucun service. À l’opposé, 213 établissements se classent dans des
groupes à forte utilisation de services (c’est-à-dire qui ont recours à des services tout au long de
leur chaîne de valeur).
52

Le croisement entre ces deux systèmes de classement révèle des liens entre le profil d’utilisation de
services et le profil d’innovation. Toutefois, il existe quelques entreprises très innovantes qui ne
font appel à aucun service, et un nombre plus important d’entreprises grandes utilisatrices de
services qui ne déclarent aucune innovation majeure. Il s’agit donc de retenir, tout au long des
analyses qui vont suivre, que les associations qui seront mises en évidence entre utilisation de
services et innovation sont des associations probabilistes.
53

4. UTILISATION DE SERVICES ET INNOVATION

Nous avons jusqu’à présent – dans le rapport de mi-parcours et dans le chapitre 4 – mis en
évidence des liens entre l’utilisation de services et l’innovation. Cependant, l’innovation peut être
expliquée par une grande diversité de facteurs et il se pourrait que les relations mises en évidence
ne reflètent que l’influence d’autres facteurs tels que les capacités internes de l’établissement (ses
capacités de RD, par exemple), le secteur d’appartenance de l’établissement, ou alors sa
localisation géographique.

Dans ce chapitre, nous présentons un modèle explicatif classique de l’innovation qui reprend une
série de variables qui sont reconnues comme étant associées à l’innovation au sein des entreprises et
qui reflètent le type de facteur mis en évidence dans la littérature à ce sujet.

La question que nous nous posons est la suivante : étant donné ce modèle explicatif classique, dans
quelle mesure le profil d’utilisation des services rajoute à l’explication statistique10 de l’innovation.
Nous pouvons envisager trois cas de figure.

1. Les variables mesurant l’utilisation de services sont significativement associées à la


probabilité d’innover (coefficients significatifs) et ajoutent au pouvoir explicatif du modèle
(pseudo r2 ajusté qui augmente). Dans ce cas de figure, il est évident que l’utilisation de
services est un facteur indépendant d’innovation, bien que le sens de la causalité ne soit pas
établi.

2. Les variables mesurant l’utilisation de services sont significativement associées à la


probabilité d’innover (coefficients significatifs), mais n’ajoutent pas au pouvoir explicatif
du modèle (pseudo r2 ajusté qui ne change presque pas). Dans ce cas de figure, l’utilisation
de services est un facteur d’innovation, mais il n’est pas indépendant des autres facteurs. En
effet, sa capacité explicative est « fondue » dans les autres facteurs : elle ressort lorsqu’on
introduit les variables dans le modèle, mais elle n’ajoute pas d’explication supplémentaire.

Les variables mesurant l’utilisation de services ne sont pas significativement associées à la


probabilité d’innover (coefficients non significatifs) : dans ce cas, nous pourrons dire qu’il n’y a
pas d’association entre l’utilisation de services et l’innovation. Malgré nos résultats précédents, une
fois que l’on prend en compte les explications alternatives de l’innovation, les services ne jouent
aucun rôle.

10
Nous utilisons le mot « explication » au sens statistique du terme : il ne faut pas confondre ceci avec la causalité. En effet, nous
ne sommes pas capables d’affirmer, sur la base de ces analyses, si ce sont les entreprises qui ont la velléité d’innover qui
utilisent les services, ou si c’est l’utilisation des services qui entraîne la velléité d’innover. Sur la base de notre revue de la
littérature et de notre compréhension des processus, nous pensons que, même s’il y a une certaine circularité dans cette
association, l’utilisation de services qui apportent une expertise et des connaissances nouvelles à l’entreprise est un facteur
causal de l’innovation, c’est-à-dire de la mise sur le marché d’un produit ou d’un procédé nouveau, ou la mise en pratique de
nouvelles approches de marketing ou de gestion. Cependant, MacPherson (2008) suggère que le sens prépondérant de la
causalité pourrait varier selon le contexte géographique.
54

Tableau 4.A : Le modèle explicatif classique


Innovations Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
pseudo r2 ajusté 0,055 0,073 0,089 0,027 0,169 0,119 0,066 0,074
-2 LL model nul 663,5 727,7 708,2 559,5 1040,6 927,6 603,9 571,9
-2 LL model (p (chi 2) = 0) 639,8*** 692,2*** 665,2*** 548,8*** 935,7*** 859,2*** 575,3*** 541,3***
n=1 688 669 675 715 523 592 704 712
n=0 116 135 129 89 281 212 100 92
VIF max. ttes variables incluses 4,12 4,12 4,12 4,12 4,12 4,12 4,12 4,12
Distances urbaines
d métropole - - - - - - - -
d2 métropole 0,45* - - - - - - -
d moyen 0,61* 0,55** - - - - - -
d2 moyen -1,17** - - - - - - 0,65**
Secteurs
Main-d'œuvre - - -0,57** - -0,43** - 0,40* -
Ressources - - - - -0,57*** - - -
Échelle - - -0,55* - - - - -
Spécialisé (référence) - - - - - - - -
Taille
T1 moins de 5 -1,05** -0,69* -0,99** - - - -1,28** -
T2 5 à 9 - -0,56** -1,01*** - -0,53** -0,66*** -0,91*** -1,15***
T3 10 à 19 - - - - - - -0,69** -0,71**
T4 20 à 49 - - - - - - -0,62** -
T5 50 et + (référence) - - - - - - - -
Année ouverture
Âge 1 avant 1980 - - - 0,47* -0,61** -0,34* -0,98*** -
Âge 2 1980-1989 - - - - -0,78*** - - -
Âge 3 1990-1999 - - -0,52** - -0,49** - - -
Âge 4 2000 et + (référence) - - - - - - - -
Recherche et développement
RD emp 1 aucun -0,38* -1,56*** - -0,78*** -1,21*** -1,12*** -0,48** -0,72***
RD emp 2 1 à 10 % - -0,97*** 0,52** -0,65** -0,35* - - -
RD emp 3 10 à 35 % - -0,99*** 0,68** - - - - -
RD emp 4 + de 35 % (référence) - - - - - - - -
Exportations
Ex 1 aucun - - - - - - - -
Ex 2 1 à 10 % du CA - - - - 0,55*** - - -
Ex 3 10 à 50 % du CA 0,51* -0,57* - - - 0,51** - -
Ex 4 plus de 50 % (référence) - - - - - - - -
Filiale
Fait partie d'un groupe - - - - - 0,41* - -
55

Au tableau 4.A, nous présentons un modèle explicatif classique de l’innovation. Nous n’allons
pas justifier ici la nature de ce modèle ni les variables précises qui ont été choisies. Nous
constatons que ce modèle explique de manière modérée la probabilité d’introduire des
innovations mineures et majeures : il explique particulièrement bien l’introduction d’innovations
majeures relatives à des produits (pseudo r2 = 0,169) et assez mal l’introduction d’innovations de
marketing mineures (pseudo r2 = 0,027). Les facteurs d’innovations les plus importants sont la
taille et les activités de recherche et développement, l’âge jouant un rôle pour les innovations
majeures alors que son rôle est bien plus atténué lorsqu’il s’agit d’innovations mineures.

Afin de voir si l’utilisation de services ajoute à ce modèle explicatif, nous allons y ajouter quatre
types de variables.

1. Une mesure du nombre de services différents utilisés;


2. Les variables représentant les six composantes d’utilisation de services du tableau 4.C;

3. Les variables représentant les neuf profils d’utilisation de services du tableau 3.D;

4. 15 variables dichotomiques représentant l’utilisation des 15 secteurs dont nous disposons.

Tableau 4.B : Nombre de services différents (ajouté au modèle explicatif classique)


Innovations Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
pseudo r2 ajusté 0,069 0,073 0,123 0,056 0,241 0,195 0,120 0,122
-2 LL model nul 663,5 727,7 648,2 559,5 1 040,6 927,6 603,9 571,9
-2 LL model,
p (Χ2) = 0 631,8*** 692,2*** 650,7*** 536,6*** 886,3*** 812,5*** 551,4*** 520,6***
n=1 688 669 675 715 523 592 704 712
n=0 116 135 129 89 281 212 100 92
VIF max., ttes var. 4,22 4,22 4,22 4,22 4,22 4,22 4,22 4,22
Services utilisés
Intensité
Int 0 : aucun
(référence) - - - - - - - -
Int 1 : 1 seul 1,34** - - - - - - -
Int 2 : 2 ou3 1,53** - - 0,76** - - - -
Int 3 : 4 ou 5 1,54** - 0,73*** 0,91*** 0,59*** 0,65*** 0,82*** 0,68**
Int 4 : 6 ou 7 1,70*** - 1,20*** 1,24*** 1,25*** 1,08*** 1,50*** 1,22***
Int 5 : 8 ou 9 1,23* - 1,26*** - 1,69*** 1,62*** 1,73*** 1,02**
Int 6 : 10 ou plus - - 1,00*** - 2,42*** 1,99*** 2,14*** 2,22***
56

Le tableau 4.B représente les coefficients de régression des 6 variables dichotomiques indiquant le
nombre de services différents utilisés, ainsi que les éléments diagnostiques pour le modèle
complet. L’utilisation d’un grand nombre de services a un effet modéré sur la probabilité
d’introduire une innovation mineure : bien que les coefficients de régression soient significatifs
(sauf en ce qui concerne les innovations de procédés), le pseudo r2 augmente peu par rapport au
tableau 4.A, sauf en ce qui concerne les innovations de gestion.

Par contre, l’utilisation de 4 services ou plus augmente de manière très marquée la probabilité
d’introduire une innovation majeure. De plus, plus on utilise un nombre important de services, plus
cette probabilité augmente, et ce, pour les quatre types d’innovations.

Tableau 4.C : Composantes d’utilisation de services


(ajoutées au modèle explicatif classique)
Innovations Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
pseudo r2 ajusté 0,099 0,067 0,123 0,027 0,262 0,212 0,152 0,135
-2 LL model nul 663,5 727,7 708,2 559,5 1040,6 927,6 603,9 571,9
-2 LL model (p (chi 2) = 0) 624,2*** 695,0*** 648,3*** 548,8*** 871,0*** 801,5*** 536,9*** 514,9***
n=0 688 669 675 715 523 592 704 712
n=1 116 135 129 89 281 212 100 92
VIF max., ttes variables incluses 4,24 4,24 4,24 4,24 4,24 4,24 4,24 4,24
Composantes services
Facteur 1 : Chaîne - - 0,22** - 0,47*** 0,43*** 0,31*** 0,55***
Facteur 2 : Gestion/finance - - 0,31*** - 0,27*** 0,24*** 0,55*** -
Facteur 3 : Brevets/technologie -0,35*** - - - 0,51*** 0,33*** - -
Facteur 4 : Avocats et RH - - 0,24** - 0,26*** 0,18** 0,43*** -
Facteur 5 : Fiscalité 0,38*** 0,22** - - - - - -
Facteur 6 : Comptables - - - - - 0,17* 0,27** -

L’utilisation de combinaisons différentes de services n’est pas très fortement associée aux
innovations mineures de procédés ou de marketing, mais l’introduction de ces variables augmente
considérablement le pouvoir explicatif des modèles pour les innovations mineures de produits et de
gestion. Plus on introduit des innovations mineures de produits sans en introduire de majeures,
moins on consulte les services d’aide à la préparation de brevets ou d’identification de technologies
pertinentes, et plus on consulte les fiscalistes. Les innovations mineures de gestion, quant à elles,
sont fortement associées à l’utilisation d’une gamme de services couvrant l’ensemble de la chaîne
de valeur, à l’utilisation des services de management, et à l’utilisation des services de soutien.
57

Les pouvoirs explicatifs des modèles traitant des innovations majeures sont fortement majorés
après l’introduction des différentes combinaisons de services, notamment pour les deux types
d’innovations technologiques. Toutes les combinaisons de services augmentent la probabilité
d’introduire une innovation technologique, sauf la fiscalité et la comptabilité. On note que la
probabilité d’introduire un produit radicalement nouveau est tout particulièrement associée à
l’utilisation d’une gamme complète de services ainsi qu’à l’utilisation de services pour le dépôt de
brevets et l’identification de technologies pertinentes.

Sans grande surprise, les innovations majeures de gestion sont plus particulièrement associées aux
conseils sur la gestion et la finance ainsi qu’aux conseils légaux et relatifs aux ressources
humaines, alors que les innovations en marketing sont très fortement associées à l’utilisation d’une
gamme complète de services.

Les différents profils d’établissements utilisateurs de services (introduits au tableau 3.D) ont aussi,
sans surprise, un effet assez important sur la probabilité d’innover (tableau 4.D). L’on constate que
les relations mises en évidence de façon directe dans le rapport de mi-parcours sont en grande
mesure confirmées par ces régressions : les profils 1 et 2 sont les plus fortement associés aux
innovations, surtout aux innovations majeures. Le profil 3 – acquisition de connaissances,
implantation et soutien – est plus particulièrement associé aux innovations de gestion, alors que le
profil 4 – validation, soutien et acquisition de connaissances – est associé aux innovations majeures
sauf à celles de produits.
58

Tableau 4.D : Profils d’utilisation de services (ajoutés au modèle explicatif classique)


Innovations Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
pseudo r2 ajusté 0,057 0,087 0,120 0,051 0,247 0,184 0,123 0,144
-2 LL model nul 663,5 727,7 708,2 559,5 1 040,6 927,6 603,9 571,9
-2 LL model (p (chi 2) = 0) 637,3*** 685,2*** 649,9*** 538,6*** 882,1*** 819,6*** 550,1*** 510,6***
n=1 688 669 675 715 523 592 704 712
n=0 116 135 129 89 281 212 100 92
VIF max., ttes variables 4,26 4,26 4,26 4,26 4,26 4,26 4,26 4,26
Profils d'établissements utilisateurs de services
1: 1. Chaîne complète et - - 0,57** 0,70** 1,33*** 1,14*** 1,62*** 1,55***
soutien
2: 2. Chaîne complète sans - 0,83*** 0,94*** - 1,37*** 1,09*** 1,30*** 0,63*
commercialisation
3: 3. Connaissances, 0,87*** - 0,73** - - - 1,39*** -
implantation, soutien
4:4. Validation, soutien, et - - - - - 0,68** 0,90** 0,87**
parfois connaissances
5: 5. Soutien et implantation - - - - 0,72*** - 0,78** -
6: 6. Connaissances et soutien - - - - - - -
7:7. Chaîne partielle sans - 0,61* - - 0,55* - - 1,07***
soutien
8: 8. Soutien seulement - - - - - - - -
9: 9. Aucun service externe - - - - - - - -
(référence)

Finalement, nous introduisons les données brutes sur l’utilisation des services, c’est-à-dire des
indicateurs sur l’utilisation des 15 différentes sortes de services (tableau 4.E). Là encore, nous
constatons que ce sont surtout les innovations majeures qui sont associées à l’utilisation de
services, quoique le pouvoir explicatif des modèles portant sur les innovations mineures de gestion
et de marketing soit très fortement bonifié par rapport au modèle classique. Au tableau 4.E, on voit
clairement que seules les innovations majeures font appel à des services d’acquisition de
connaissances et aux services de validation des applications de ces connaissances : en effet, même
s’il existe une certaine association entre les innovations mineures et les services de validation, cette
association est négative!

Les services d’implantation, quant à eux, sont associés aux innovations majeures et mineures, mais
de manière différente : tandis que les innovations majeures de produits font appel aux services
d’aide à la mise en œuvre et aux services d’accès à la finance, les innovations mineures de produits
font plutôt appel aux services de conseil en gestion et en fiscalité. Les innovations majeures en
procédés ne semblent pas faire appel de manière systématique aux services d’implantation, tandis
que les innovations mineures semblent s’appuyer sur les services de mise en œuvre et de conseil en
gestion : ceci laisse entendre que les innovations de procédés mineures sont importées de
59

l’extérieur (d’où les besoins en conseil), tandis que les innovations de procédés majeures se font
plutôt à l’interne (d’où les besoins d’informations, mais le très faible appel aux services de
validation, d’implantation ou de soutien).

Tableau 4.E : Services individuels (ajoutés au modèle explicatif classique)


Innovations Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
pseudo r2 ajusté 0,097 0,098 0,159 0,081 0,258 0,211 0,184 0,160
-2 LL model nul 663,5 727,7 708,2 559,5 1040,6 927,6 603,9 571,9
-2 LL model (p (chi 2) = 0) 618,5*** 679,2*** 629,8*** 526,1*** 873,8*** 801,9*** 521,8*** 503,7***
n=1 688 669 675 715 523 592 704 712
n=0 116 135 129 89 281 212 100 92
VIF max., ttes variables 4,47 4,47 4,47 4,47 4,47 4,47 4,47 4,47
Services individuels
Acquisition de connaissances
Besoins techn. de production - - - - - 0,46** 0,65*** -
Besoins en RD - - - - - - - -
Infos sur brevets, recherche - - - - 0,44* 0,74*** - -
Validation
Plan d'affaires - - - - - - - -
Conception de prototypes - - - - 0,68*** - - 0,66**
Préparation de brevets -1,00** - - - 1,09*** 0,60* - -
Certification sécurité -0,61* -0,77** - - 0,60*** - - -
Implantation
Mise œuvre produit/procédé - 0,78** 0,60* - 0,57* - - 0,85**
Conseils pour accès finance - - - - 0,42** - 1,03*** -
Conseils gestion 0,41* - 0,99*** 0,69*** - - 0,62** -
Services fiscaux 0,78*** 0,44*** - - - - - 0,50*
Commercialisation
Commercialisation - - - 0,71** 0,51** - 0,52* 1,10***
Soutien
Comptabilité - - - - - - - -
Ressources humaines - - - -0,51* - - 0,96*** -
Avocat - - 0,57*** 0,43* - - - -

Les innovations majeures de gestion sont fortement associées aux services d’acquisition de
connaissances sur les brevets et les technologies et, de manière moins surprenante, aux conseils en
gestion, en ressources humaines et en finances. De même, les innovations en marketing se font,
certes, de concert avec des conseils en commercialisation, mais aussi de concert avec des conseils
sur la mise en œuvre de produits ou de procédés et d’aide à la conception de prototypes. Ceci laisse
de nouveau entrevoir la possibilité que certaines innovations en gestion et en marketing seraient
associées à – ou se feraient à la suite – d’innovations de nature plus technologique.
60

Ceci renvoie d’ailleurs aux profils d’innovation du tableau 3.B : dans ce tableau, nous avons
constaté qu’aucun profil ne ressort où les innovations de gestion ou de marketing se font sans être
accompagnées d’innovations technologiques. Par contre, plusieurs profils ressortent où l’on
constate que les innovations technologiques se font indépendamment des innovations de gestion ou
de marketing. Il semblerait donc qu’au sein des entreprises manufacturières, les innovations de
type organisationnelles accompagnent (ou sont entraînées par) l’introduction d’innovations
technologiques. Ceci ferait en sorte qu’une association apparente entre certains services de nature
plus technologique (informations sur les brevets, conception de prototypes...) et l’innovation
organisationnelle ne reflète pas nécessairement des relations causales (quel qu’en soit le sens).
Plutôt, ces associations reflèteraient l’utilisation de ces services par les établissements pour
effectuer des modifications de produits ou de procédés qui, elles, entraîneraient la nécessité
d’innover sur le plan de la gestion et du marketing.

4.1 Les services fonctionnent-ils seuls ou de concert?


Nous venons de voir que, quelle que soit la manière d’introduire les services dans le modèle
classique, ces derniers contribuent de façon indépendante à l’explication de l’innovation, et ce,
surtout pour les innovations majeures. Il est toutefois légitime de se demander pourquoi il a été
nécessaire de les introduire de quatre manières différentes : ceci s’avère nécessaire si l’on désire
comprendre comment interagissent l’innovation et l’utilisation de services.

Trois cas de figure sont envisageables :

1. L’apport de chaque service à l’innovation est essentiellement indépendant : chaque service


a un apport spécifique qui n’est pas influencé par l’utilisation d’autres services. Si ce cas de
figure est prépondérant, alors nous nous attendrons à ce que ce soit l’ajout des services
individuels (15 variables dichotomiques) qui mène aux modèles les plus puissants.

2. L’apport des services à l’innovation se fait par combinaison : les services n’agissent sur
l’innovation que s’ils sont accompagnés d’autres services. L’effet de chaque service
individuel n’est donc pas marginal, mais est directement dépendant de son inclusion dans
un « cocktail » de services.

3. L’apport des services à l’innovation se fait essentiellement par la diversité : peu importe le
type de service, l’utilisation d’un plus grand nombre de services entraînera une plus grande
diversité d’apports extérieurs, et ce, tout au long de la chaîne de valeur.

Afin de départager ces trois cas de figure, nous proposons, au tableau ci-dessous (tableau 4.F) une
comparaison du pouvoir explicatif (pseudo r2 ajusté) des quatre approches différentes introduites
dans les tableaux 4.B, 4.C, 4.D et 4.E.
61

Tableau 4.F : Comparaison du pouvoir explicatif des différentes approches


Innovations Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
Modèles
Contrôle (2.A) 0,055 0,073 0,089 0,027 0,169 0,119 0,066 0,074
Nombre de services (2.B) 0,069 0,073 0,123 0,056 0,241 0,195 0,120 0,122
Combinaisons : composantes (2.C) 0,099 0,067 0,123 0,027 0,262 0,212 0,152 0,135
Combinaisons : profils (2.D) 0,057 0,087 0,120 0,051 0,247 0,184 0,123 0,144
Services individuels (2.E) 0,097 0,098 0,159 0,081 0,258 0,211 0,184 0,160
Note : en rouge gras, les pseudo r2 ajustés les plus élevés, en gras, les deuxièmes plus grands pseudo r2 ajustés.

Afin d’effectuer une comparaison stricte de ces pouvoirs explicatifs, il serait nécessaire d’observer
les variations de la statistique -2 log likelihood et de comparer ces variations (qui s’apparentent à
un chi 2) à l’aune des degrés de liberté supplémentaires. Afin de simplifier la comparaison, nous ne
portons notre attention que sur le pseudo r2 ajusté (qui tient en partie compte des différences de
degré de liberté, mais pas de façon aussi stricte). Bien que les services semblent parfois plutôt agir
en combinaison (le pouvoir explicatif du modèle avec les composantes est le plus élevé dans trois
cas sur huit), les services semblent en général agir plutôt de façon individuelle. De plus, les
modèles avec les services individuels ont toujours un pseudo r2 ajusté très proche du plus élevé,
alors que dans certains cas les modèles avec les composantes ont le pouvoir explicatif le plus bas.

Cette comparaison nous sert à deux choses. En premier lieu, elle permet de constater que pour les
innovations technologiques mineures, et surtout majeures, les services tendent à agir de concert, et
non de façon individuelle. Même si, à la marge, l’utilisation d’un service particulier augmentera
sans doute la propension à innover – ceci est mis en évidence par la bonne performance des
modèles où les services sont introduits de façon individuelle – cet effet marginal est limité :
autrement dit, l’effet de l’utilisation des services n’est pas simplement additif car – surtout pour les
innovations technologiques – c’est la combinaison de certains services qui importe. Cependant, la
très bonne performance des modèles où les services sont introduits de façon individuelle permet de
dire que – pourvu de ne pas surinterpréter les effets marginaux et de ne pas supposer qu’ils sont
tous additifs – les services agissent aussi de manière individuelle sur l’innovation.

En deuxième lieu, l’utilité de cet exercice est de permettre un choix pour la suite de l’étude. Malgré
la très bonne performance, dans certains cas, des modèles avec les composantes, ce sont les
modèles avec les services individuels qui tendent à bien performer pour l’ensemble des huit
différentes sortes d’innovations. Dans la suite des analyses, nous introduirons donc les services de
manière individuelle, sans toutefois oublier l’importance des combinaisons de services, surtout
pour les innovations technologiques.
62

4.2 Le lien observé entre services et innovations ne fait-il que reformuler ce que
l’on sait déjà?
Le modèle classique par rapport auquel nous avons évalué l’apport des services ne comprend pas
l’ensemble des variables ou facteurs pouvant influencer l’innovation au sein des entreprises. Dans
une perspective institutionnaliste de l’innovation, un des facteurs majeurs nécessaires à la
compréhension de l’innovation correspond aux sources d’informations. Il a en effet été démontré à
de multiples reprises que les entreprises ouvertes sur l’extérieur, et qui puisent leurs informations à
partir de certaines sources, ont de meilleures performances en termes d’innovation. Or, si les
services supérieurs agissent sur la propension à innover, c’est bien parce qu’ils apportent des
connaissances nouvelles aux entreprises. Il s’agit donc, dans cette section, de vérifier si l’apport en
informations et en connaissances des services se distingue des apports en informations et en
connaissances d’ordre plus général.

Au tableau 4.G, nous présentons une analyse en composantes principales des diverses sources
d’informations dont disposent les entreprises.

Tableau 4.G : Sources générales d’informations (analyse en composantes principales)


Facteur1 Facteur2 Facteur3 Facteur4 Facteur5 Facteur6
Labos Marché Interne Public Groupe Investis. Comm.
Labo gouvernemental 0,80 0,10 0,17 0,04 -0,08 0,06 0,69
Institut de recherche privé 0,79 0,03 0,17 -0,01 0,05 0,14 0,68
CEGEP/Institut de technologie 0,79 0,12 0,00 0,14 0,14 0,04 0,68
Universités 0,78 0,12 0,00 0,12 0,20 0,06 0,68
Labos commerciaux 0,54 0,14 -0,04 0,17 0,48 0,13 0,59
Fournisseurs 0,11 0,88 0,09 0,11 0,04 0,07 0,81
Clients 0,07 0,76 0,28 0,22 0,10 0,00 0,71
Consultants 0,31 0,53 0,14 0,11 0,26 0,20 0,51
Personnel RD 0,16 0,13 0,85 0,17 0,16 0,04 0,81
Autre personnel 0,07 0,37 0,71 0,20 0,11 0,12 0,71
Conférences, foires, expositions 0,17 0,10 0,15 0,86 0,13 0,03 0,82
Internet 0,06 0,36 0,22 0,69 -0,05 0,13 0,67
Autre usine ou labo du groupe 0,13 0,14 0,25 0,02 0,86 0,07 0,84
Investisseurs 0,22 0,14 0,11 0,12 0,11 0,93 0,98
Variance 3,03 2,01 1,52 1,43 1,18 1,00 73 %

Six composantes se dégagent, composantes qui sont très semblables à celles identifiées dans
d’autres analyses, que ce soit d’entreprises manufacturières (Shearmur 2010 – CST) ou de services
(Doloreux et Shearmur, 2011).
63

Lorsque ces six composantes sont ajoutées au modèle classique, elles en augmentent le pseudo r2
ajusté (tableau 4.H). On constate que le pouvoir explicatif du modèle augmente de façon marquée
pour les innovations technologiques – et ce de manière tout à fait comparable avec les
augmentations causées par l’ajout des services – tandis que le pouvoir explicatif augmente, mais de
manière moins importante, pour les innovations managériales. Clairement, donc, les sources
générales d’informations contribuent, elles aussi, à expliquer la propension des entreprises à
innover. La question est donc de savoir si cette explication supplémentaire ne fait que répliquer
l’explication supplémentaire fournie par les services, ou si c’est un apport explicatif qui s’en
distingue.

Tableau 4.H : Sources générales d’informations (ajoutées au modèle explicatif classique)


Innovations Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
Modèles de contrôle 0,055 0,073 0,089 0,027 0,169 0,119 0,066 0,074
Modèles avec variables services 0,097 0,098 0,159 0,081 0,258 0,211 0,184 0,159
Modèles avec variables infos 0,075 0,086 0,116 0,064 0,245 0,181 0,076 0,113
Sources d'informations
Labos et universités - - 0,19** - - - - -
Marché 0,27** - 0,19* - 0,23*** 0,33*** - 0,21*
Interne - - - - 0,48*** 0,47*** - 0,45***
Public 0,20* 0,26*** 0,26** 0,34*** 0,46*** 0,22** 0,20* 0,26**
Groupe 0,19** - - - 0,14* 0,20** 0,24** 0,25**
Investis. - - - 0,17* - - - -

Au tableau 4.I, nous présentons donc un modèle dans lequel figurent, outre l’ensemble des
variables classiques, les 15 indicateurs d’utilisation de services ainsi que les six composantes qui
représentent les sources générales d’informations. Nous constatons en premier lieu qu’il n’y a pas
de corrélation importante entre les indicateurs d’utilisation de services et les indicateurs de sources
générales d’informations. Dans un deuxième temps, nous constatons que deux cas de figure
émergent :

1. L’ajout des facteurs « Sources générales » n’apporte rien de plus au modèle (c’est le cas
pour les innovations de gestion et de marketing, sauf marketing mineur). Dans ce cas,
l’innovation est très clairement associée à l’utilisation de services, et les apports en
informations à partir de sources générales n’apportent presque aucune explication
supplémentaire.
64

2. L’ajout des facteurs « Sources générales » augmente le pseudo r2 ajusté du modèle qui
contient déjà les services, tout en ne modifiant que de manière assez limitée l’impact des
services, tel que décrit au tableau 4.E. Ceci est le cas pour les innovations technologiques :
l’utilisation de services est un facteur explicatif supplémentaire, qui ne fait pas que
reprendre les connaissances antérieures quant à l’importance des informations puisées à
l’extérieur des entreprises.

Tableau 4.I : Sources générales d’informations ET services


(ajoutés au modèle explicatif classique)

Mineures Majeures
produit procédé gestion market. produit procédé gestion market.
1 Modèles de contrôle 0,055 0,073 0,089 0,027 0,169 0,119 0,066 0,074
2 Modèles avec variables services 0,097 0,098 0,159 0,081 0,258 0,211 0,184 0,160
3 Modèles avec variable infos 0,075 0,086 0,116 0,064 0,245 0,181 0,076 0,113
4 Modèles avec services et infos 0,102 0,110 0,159 0,113 0,297 0,234 0,171 0,162
Services utilisés
Conn. Besoins technologies de prod. - - - - - 0,43** 0,63** -
Conn. Besoins en RD - - - - - - - -
Conn. Infos sur brevets, recherche -0,84** - - - 0,45* 0,82*** - -
Valid. Plan d’affaires - - - - - - - -
Valid. Conception de prototypes - - - - 0,71*** - - 0,59**
Valid. Préparation de brevets - - - - 1,18*** 0,67** - -
Valid. Certification sécurité - -0,80** - - 0,58** - - -
Implant. Mise en œuvre produit / procédé - 0,70** 0,56* - - - - 0,86**
Implant. Conseils pour accès finance - - - - 0,39** 0,41** 0,98*** -
Implant. Conseils gestion - - 0,97*** 0,69*** - - 0,65*** -
Implant. Services fiscaux 0,90*** 0,42* - - - - - -
Comm. Commercialisation - - - 0,73** - - - 1,07***
Soutien Comptabilité - - - - - - - -
Soutien Ressources humaines - - - -0,60* - - 0,90*** -
Soutien Avocat - - 0,57*** 0,40* - - - -
Sources d'informations
Facteur 1 Labos et universités 0,19** - - - - - - -
Facteur 2 Marché 0,28** - - - 0,19** 0,30*** - -
Facteur 3 Interne - - - - 0,38** 0,42*** - 0,32**
Facteur 4 Public 0,23** 0,25** 0,18* 0,30** 0,41*** 0,19** - -
Facteur 5 Groupe 0,23** - - - - 0,17** 0,21* -
Facteur 6 Investisseurs - - - 0,21** -0,16*** - - -
65

4.3 Sommaire
Dans ce chapitre, nous avons décrit l’impact de l’utilisation des services sur l’innovation au sein
des entreprises manufacturières québécoises. Nous avons montré que, pour les innovations
technologiques majeures (produit et procédé), l’innovation semble reposer sur l’utilisation de
certaines combinaisons de services, en particulier des combinaisons qui couvrent l’ensemble de la
chaîne de valeur et celles, plus spécifiques, qui combinent la préparation de brevets et la recherche
d’informations stratégiques. Les innovations de gestion et de marketing majeures, bien qu’elles
soient aussi associées à ces combinaisons de services, sont bien plus fortement liées à l’utilisation
de services spécifiques, et notamment aux conseils en gestion et en commercialisation.

Nous avons par ailleurs établi que malgré l’importance de la combinaison de services, les services
individuels peuvent jouer un rôle tout aussi important pour les innovations technologiques. Nos
analyses vont donc se porter sur les services pris individuellement, mais il s’agit de retenir que ce
choix méthodologique n’est pas le seul qui pourrait s’imposer pour les innovations technologiques.

Un résultat important porte sur l’apport de services à différentes étapes de la chaîne de valeur :
seuls les établissements qui introduisent des innovations majeures font appel (de façon
systématique) à des services de recherche d’informations et de validation. Les entreprises qui
n’introduisent que des innovations mineures y font même, dans certains cas, systématiquement
moins appel.

L’innovation majeure en gestion est associée à l’utilisation de services en ressources humaines, de


conseils en gestion et de conseils pour l’accès aux finances, mais aussi à l’utilisation de services
plutôt liés à la technologie (notamment l’acquisition d’informations sur les technologies), ce qui
reflète peut-être la nature dérivée de ces innovations. Par là nous entendons que les innovations en
gestion sont peut-être entraînées par des innovations technologiques au sein de l’entreprise. Les
innovations en marketing sont fortement associées aux conseils en commercialisation.

Finalement, cet apport des services à l’innovation – ou du moins cette association forte entre
l’utilisation de services et l’innovation – est indépendant des sources générales d’informations, qui
soit apportent une explication supplémentaire à l’innovation distincte de celle des services (dans le
cas des innovations technologiques), soit ont un apport presque négligeable à l’explication de
l’innovation (dans le cas des innovations en gestion ou en marketing).
66

5. GÉOGRAPHIE DE L’UTILISATION DE SERVICES


Nous avons établi, dans les chapitres qui précèdent, que les services contribuent de manière
significative à l’innovation au sein des entreprises manufacturières, que cette contribution est
indépendante des dimensions qui figurent dans le modèle d’innovation « classique », et qu’elle est
indépendante de la contribution qu’y apportent les diverses sources d’informations générales.
Dans ce chapitre, nous nous penchons sur la distance qui sépare les prestataires de services et les
utilisateurs. En effet, une théorie qui a beaucoup influencé les analystes et décideurs politiques
depuis les années 1990 est celle du développement local ou endogène : selon cette idée, chaque
territoire ou région développe en son sein les institutions et dynamiques nécessaires au
développement et à l’innovation. Or, l’étude de la géographie des services supérieurs (Shearmur et
Doloreux, 2008) révèle que ceux-ci sont fortement concentrés dans les plus grandes métropoles,
sont quelque peu présents dans les agglomérations moyennes, et sont presque absents du reste du
territoire.
Si, comme nous venons de le voir, les services sont un facteur important d’innovation, deux
possibilités nous sont ouvertes :
1. Dans la mesure où les dynamiques d’innovation seraient locales, les entreprises
éloignées des grands centres urbains n’auront pas accès aux services et seront donc moins
innovantes.
2. Les entreprises éloignées des grands centres se déplaceront plus loin pour accéder aux
services : si tel est le cas, force sera de constater que les dynamiques d’innovation ne sont
pas nécessairement locales.
Nous savons déjà (voir rapport de mi-parcours ainsi que le tableau 4.A) que les entreprises
éloignées des grands centres urbains ne sont pas moins innovantes que celles qui en sont plus
proches : les coefficients de régression sur les distances (tableau 4.A) ne sont pas significatifs, et
d’autres recherches sur des bases de données qui sont plus représentatives spatialement confirment
que la probabilité d’innover n’est pas nécessairement plus importante dans les grands centres
urbains (Shearmur, 2010 – CAG; 2011 – RS). Nous nous attendons donc à ce que l’hypothèse 2
soit vérifiée.
Le tableau 5.A montre clairement que la distance moyenne entre l’utilisateur et le prestataire de
services augmente lorsqu’on passe des métropoles et des zones urbaines centrales vers le monde
rural et, surtout, les régions périphériques. En périphérie, la distance moyenne séparant un
prestataire de services de l’utilisateur dépasse presque toujours 100 km et même, dans la plupart
des cas, 200 km. En région périphérique, selon le type de service, de 25 à 50 % des utilisateurs ont
recours à des services relativement locaux, tandis qu’au moins 25 % des utilisateurs vont très loin
chercher leurs services.
67

Tableau 5.A : Distance séparant les utilisateurs des prestataires de


services selon le type de service et la localisation de l’utilisateur
Type de service Localisation de n Distance séparant l’utilisateur du prestataire
10 25 50 75 90
selon chaîne de val. l'utilisateur moyenne % % % % %
Connaissances Montréal 146 39 5 11 18 33 72
Connaissances Québec 70 89 7 9 21 237 250
Connaissances Villes centrales 99 76 4 14 63 114 151
Connaissances Rural central 148 89 23 40 66 113 202
Connaissances Villes périph. 46 243 5 11 79 448 800
Connaissances Rural périph. 36 302 32 82 248 470 705
Implantation Montréal 159 29 4 9 16 25 39
Implantation Québec 71 39 7 8 13 22 101
Implantation Villes centrales 119 41 2 5 10 58 106
Implantation Rural central 129 63 13 23 42 71 122
Implantation Villes périph. 62 163 2 6 20 154 618
Implantation Rural périph. 45 118 11 29 63 140 299
Validation Montréal 88 49 5 14 19 34 93
Validation Québec 40 91 9 12 22 207 246
Validation Villes centrales 63 70 4 9 54 127 153
Validation Rural central 68 97 13 42 73 110 248
Validation Villes périph. 26 294 7 9 111 618 970
Validation Rural périph. 13 238 21 59 111 572 605
Commercialisation Montréal 29 45 2 5 15 27 239
Commercialisation Québec 11 34 4 8 11 17 20
Commercialisation Villes centrales 20 64 2 7 60 104 160
Commercialisation Rural central 28 91 10 36 64 123 215
Commercialisation Villes périph. 10 277 7 27 145 450 869
Commercialisation Rural périph. 8 256 51 67 149 390 787
Services de soutien Montréal 310 26 4 8 15 25 38
Services de soutien Québec 126 21 7 8 11 22 29
Services de soutien Villes centrales 230 33 2 4 7 40 103
Services de soutien Rural central 271 56 8 17 38 68 110
Services de soutien Villes périph. 99 60 3 5 11 28 202
Services de soutien Rural périph. 79 119 4 21 35 100 372
Note : ce tableau indique la distance moyenne séparant l’utilisateur du prestataire de services, ainsi
que les distances qui correspondent aux 10 %, 25 %, 50 %, 75 % et 90 % des prestataires les plus
proches. Par exemple, le tableau indique que la distance moyenne entre un prestataire de services
d’acquisition de connaissances et un utilisateur montréalais est de 39 km, et que 75 % des utilisateurs
montréalais sont à moins de 33 km de leur prestataire. La colonne n indique le nombre d’utilisateurs
sur lequel sont basés les calculs.
Pour rendre le tableau plus lisible, nous avons mis en vert toutes les distances de moins de 20 km, en
bleu toutes celles de 20 à 50 km, en noir celles entre 50 et 100 km, en orange celles entre 100 et 200
km, et en rouge celles de plus de 200 km.
68

À l’autre extrême, on voit que presque tous les utilisateurs de services basés à Montréal trouvent
un prestataire à moins de 100 km (quel que soit le service) et que 75 % d’entre eux le trouvent
toujours à moins de 30 km : c’est seulement pour les services de commercialisation qu’un petit
nombre d’utilisateurs montréalais sortent clairement de l’orbite métropolitaine.

On note par ailleurs que les services d’acquisition de connaissances sont les plus éloignés des
utilisateurs : en d’autres termes, les entreprises manufacturières sont prêtes à transiger avec des
prestataires de services très éloignés afin d’obtenir les conseils nécessaires. Ceci est aussi le cas
pour les services de validation et, dans une moindre mesure, pour la commercialisation. Les
services d’implantation tendent à être plus locaux, sauf pour les utilisateurs en zones périphériques
et pour une minorité d’utilisateurs en zones plus centrales.

Finalement, les services de soutien sont presque toujours obtenus localement – sauf, là encore, en
zones périphériques. Dans ces zones, il y a un fort contraste entre les très courtes distances
observées pour la majorité des utilisateurs de services de soutien et certaines très grandes distances
pour une petite minorité d’entre eux.

Ces résultats très descriptifs ne tiennent pas compte des autres facteurs explicatifs possibles. Dans
ce qui suit, nous allons tenter de répondre à deux questions : d’une part, est-ce que ces différences
dans les distances qui séparent les utilisateurs des prestataires sont attribuables à la nature du
service, à la localisation des utilisateurs, ou à d’autres facteurs comme l’âge ou la taille de
l’entreprise? D’autre part, est-ce que les utilisateurs de services éloignés sont nécessairement plus
innovateurs que ceux qui utilisent des services locaux?

5.1 Les facteurs explicatifs de la distance entre prestataire de services et


utilisateur
Afin d’explorer les facteurs explicatifs de la distance entre prestataire et utilisateur, nous analysons
l’ensemble des prestations de services pour lesquelles nous avons obtenu la distance qui sépare le
prestataire et l’utilisateur. Sur 12 060 prestations possibles (15 services * 804 utilisateurs), nous
avons 2 914 prestations effectives, dont 2 649 avec la distance : ce sont ces prestations qui sont
analysées dans ce chapitre.

Le tableau 5.B présente les résultats d’une régression où la variable que l’on cherche à expliquer
est la distance entre prestataires de services et utilisateur.
69

EFFET DE LA LOCALISATION DE L’UTILISATEUR :


La distance entre utilisateur et prestataire augmente lorsqu’on s’éloigne d’une métropole (c’est-à-
dire de Montréal, Québec ou Ottawa) et augmente aussi lorsqu’on s’éloigne d’une ville moyenne
(c’est-à-dire une ville de plus de 40 000 habitants à plus de 100 km d’une métropole). En tenant
compte des effets associés à la distance aux métropoles et aux villes moyennes, les utilisateurs
situés à Québec sont plus éloignés de leurs prestataires que ceux de Montréal, tout comme le sont
ceux en zones rurales.

EFFET DE LA TAILLE DE L’UTILISATEUR :


Les entreprises de moins de 50 employés sont moins éloignées de leurs prestataires que les grandes
entreprises.

AUTRES EFFETS :
Le secteur d’appartenance de l’utilisateur, l’année d’ouverture, le fait d’effectuer de la RD, le fait
d’exporter, le fait de faire partie d’un groupe et le fait d’utiliser au moins un service qui est à
l’extérieur du Québec n’ont aucune influence sur la distance entre le prestataire et l’utilisateur.

DIFFÉRENTS SERVICES :
Une fois pris en compte l’ensemble des effets mentionnés ci-dessus, des différences importantes
de distance entre utilisateurs et prestataires subsistent selon le service utilisé.

Ce sont les services de soutien ainsi que les services fiscaux, d’accès à la finance et de plan
d’affaires qui se consomment le plus localement. Viennent ensuite les conseils en gestion, en
commercialisation, puis ceux portant sur la mise en œuvre de production et sur les besoins en
technologies et en RD. Finalement, les services pour lesquels les prestataires sont les plus éloignés
sont ceux qui concernent l’identification de brevets et de technologies appropriées ainsi que
l’ensemble des services liés à la validation (sauf la préparation de plan d’affaires).
70

Tableau 5.B : Facteurs explicatifs de la distance entre prestataire et utilisateur


Coef Coef. Coef.
(EA) (EA) (EF)
Distances urbaines Exportations
d métropole 0,23*** Ex 1 aucun -0,03
d2 métropole -0,03 Ex 2 1 à 10 % du CA 0,05
d moyen 0,22*** Ex 3 10 à 50 % du CA -0,02
d2 moyen 0,12** Ex 4 plus de 50 % (référence) -
Type de région Filiale
Montréal (référence) - Fait partie d'un groupe 0,07
Québec 0,14*** Services hors Québec
Villes centrales, 50 K+ 0,02 Oui 0,05
Villes centrales, 10-50 K -0,05 Services
Villes périph. 50 K+ 0,01 Acquisition de connaissances
Villes périph. 0-50 K 0,10 Besoins technologies de prod. 0,33*** 0,31***
Rural central 0,28*** Besoins en RD 0,35*** 0,34***
Rural périphérique 0,36*** Infos sur brevets, recherche 0,41*** 0,37***
Secteurs Validation
Main-d'œuvre -0,06 Plan d'affaires 0,07 0,05
Ressources -0,01 Conception de prototypes 0,38*** 0,37***
Échelle -0,01 Préparation de brevets 0,37*** 0,36***
Spécialisé (référence) - Certification sécurité 0,44*** 0,43***
Taille Implantation
T1 moins de 5 -0,17*** Mise en œuvre produit / procédé 0,34*** 0,36***
T2 5 à 9 -0,16*** Conseils pour accès finance 0,01 0,00
T3 10 à 19 -0,19*** Conseils gestion 0,23*** 0,22***
T4 20 à 49 -0,12*** Services fiscaux 0,07 0,04
T5 50 et + (référence) Commercialisation
Année ouverture Commercialisation 0,30*** 0,32***
Âge 1 avant 1980 0,00 Soutien
Âge 2 1980-1989 -0,03 Comptabilité (référence)
Âge 3 1990-1999 0,01 Ressources humaines 0,03 0,04
Âge 4 2000 et + (réf.) - Avocat 0,06** 0,05
RD notes :
RD emp 1 aucun -0,03 - en bleu : les plus courtes distances
RD emp 2 1 à 10 % -0,02 - en vert : distances moyennes
RD emp 3 10 à 35 % 0,00 - en orange : distances importantes
RD emp 4 + 35 % (réf.) - - en rouge : distances les plus importantes
- Ce tableau présente les résultats de la régression dont la variable dépendante est la distance séparant l’utilisateur du
prestataire (en fait log 10 de la distance en km + 1). Une régression multiniveau a été effectuée afin de tenir compte
du regroupement des observations au sein d’établissements. À titre de comparaison, les résultats de la régression
avec des effets établissements fixes sont présentés dans la colonne de droite.
- À titre d’information, le r2 du modèle 1 niveau (sans effets aléatoires ou effets fixes entreprises) est de 0,28 et le r2
du modèle avec effets fixes entreprises est de 0,58. Dans le modèle à deux niveaux, avant d’introduire les variables
explicatives, on note que 35 % de la variance se situe au niveau entreprise et 65 % au niveau services.
71

Tableau 5.C : Lien entre apport à l’innovation et distance par rapport aux services
Innovations majeures
produit procédé gestion market.
Plan d’affaires Proche
Conseils pour accès finance Proche ++ +++
Services fiscaux Proche +
Comptabilité (référence) Proche
Ressources humaines Proche +++
Avocat Proche
Conseils gestion Assez proche ++
Besoins technologies de prod. Assez éloigné ++ +++
Besoins en RD Assez éloigné
Mise en œuvre produit / procédé Assez éloigné + ++
Commercialisation Assez éloigné ++ + +++
Infos sur brevets, recherche Très éloigné + +++
Conception de prototypes Très éloigné +++ ++
Préparation de brevets Très éloigné +++ +
Certification sécurité Très éloigné +++

Le tableau 5.C reprend les résultats du tableau 5.B en ce qui concerne la distance par rapport aux
services et les classe en quatre groupes, des plus proches aux plus éloignés. On reprend aussi les
résultats du tableau 4.E en indiquant la force du lien entre l’utilisation des services et l’innovation
majeure. On constate que, surtout pour les innovations technologiques, plus les entreprises vont
loin pour chercher un service, plus celui-ci est étroitement associé aux innovations. La seule
exception concerne les innovations de gestion qui reposent autant sur les services de proximité que
sur les services éloignés.

Ce résultat n’implique pas que les établissements qui vont loin chercher des services sont plus
innovants. Ce résultat indique par contre que les établissements vont loin pour chercher les services
qui ont le potentiel de contribuer aux innovations. Non seulement les établissements ne se limitent
pas à leur environnement immédiat pour accéder aux services, mais plus ces services vont
(potentiellement) contribuer à l’innovation, plus les établissements se tournent vers des services
éloignés : dans la mesure où les services font partie du milieu externe qui influe sur la performance
innovatrice des entreprises (ce qui est suggéré dans la littérature et que nous avons démontré au
chapitre 4), alors il est clair que ce milieu n’est pas local ou même régional. Il se décline à l’échelle
du Québec, avec des distances de plusieurs centaines de kilomètres séparant souvent les utilisateurs
et les prestataires de services (tableau 5.A).
72

5.2 Les établissements qui sont loin de leurs prestataires sont-ils plus innovants?
Nous venons de voir qu’un facteur qui explique la distance entre prestataire de services et
utilisateur est la nature du service, et plus spécifiquement sa contribution potentielle à l’innovation.
Dans cette section, nous allons voir si les entreprises qui font l’effort de transiger avec un
prestataire de services éloigné sont parmi les plus innovantes.

La réponse est simple : malgré la multitude de tests que nous avons effectués, tests qui avaient pour
variable dépendante une des différentes sortes d’innovations et pour variables indépendantes des
contrôles divers (dont notamment les distances par rapport aux zones urbaines et les régions
synthétiques d’appartenance) ainsi que les mesures de distance entre prestataire de services et
utilisateur11, nous n’avons pas pu mettre en évidence d’association entre l’innovation et la distance
qui sépare l’utilisateur du prestataire.

Ce résultat négatif – ou ce non-résultat – est important pour deux raisons. D’une part, il fait
ressortir le fait que ce ne sont pas nécessairement les utilisateurs qui sont à proximité des
prestataires de services qui sont les plus innovants. D’autre part, il fait aussi ressortir que ce ne sont
pas nécessairement les utilisateurs qui sont les plus éloignés – ni même à des distances
intermédiaires – des prestataires de services qui sont les plus innovants. Bref, ni la proximité
géographique, ni l’éloignement, ne favorisent particulièrement les échanges entre prestataires et
utilisateurs qui mènent à l’innovation.

En somme, c’est le fait d’utiliser ou non un service qui prime sur la distance. Il semblerait que les
entrepreneurs, une fois la décision prise de consulter un service, aillent vers celui qui corresponde
le mieux à leurs besoins, que celui-ci soit proche ou éloigné. Dans le chapitre qui suit, nous allons
nous pencher sur les facteurs qui mènent à l’utilisation de services et sur les éléments qui influent
sur la fréquence et le mode de contact entre utilisateur et prestataire.

11
La stratégie a été de n’analyser que les utilisateurs de services, et d’évaluer si les utilisateurs les plus éloignés de leurs
prestataires ont une plus grande probabilité d’innover. Nous avons aussi examiné si le score factoriel sur le premier facteur
d’innovation (innovation radicale) est plus élevé si on est plus loin de son prestataire de services. La distance a été introduite
comme variable continue et comme classes (tiers et quartiles). Nous avons évalué la distance par rapport à chacun des 15
services, puis la distance moyenne par rapport aux services regroupés selon la chaîne de valeur. Sur l’ensemble de cette
batterie de tests, nous avons identifié un ou deux résultats significatifs – ce qui est prévisible si on effectue un nombre suffisant
de tests! – mais aucun pattern de résultats.
73

6. DÉTERMINANTS DE L’UTILISATION DE SERVICES

Nous allons donc explorer les déterminants de l’utilisation de services, puis, pour les utilisateurs,
ce qui détermine la fréquence d’utilisation et la manière de les contacter. Pour l’ensemble de ces
analyses, deux séries de résultats sont présentées :

1. Les résultats d’un modèle logistique simple. Ce modèle ne tient pas compte du
regroupement des observations au sein des entreprises. Mais ce modèle permet d’une part
de sélectionner les variables qui sont incluses dans le deuxième modèle et permet aussi
d’évaluer le pouvoir explicatif global (pseudo r2 ajusté) des variables retenues.

2. Les résultats d’un modèle logistique à deux niveaux avec effets aléatoires au niveau des
établissements. Ce modèle permet d’isoler l’effet explicatif (le coefficient de régression et
son écart type) qui est propre à chaque variable en ôtant les effets qui sont propres aux
entreprises et qui ne sont pas pris en compte dans le modèle.

La population analysée pour comprendre les déterminants de l’utilisation des services est
l’ensemble des cas possibles d’utilisation de services (c’est-à-dire 804 x 15 = 12 060 cas). Chaque
cas est donc représenté par une variable dichotomique qui prend pour valeur 1 si le service est
utilisé et 0 s’il ne l’est pas. La population analysée pour comprendre la fréquence d’utilisation et le
mode de contact avec le prestataire correspond aux 2 649 cas d’utilisation de services pour lesquels
nous avons la distance entre le prestataire et l’utilisateur.

6.1 Déterminants de l’utilisation de services (colonne « Utilisation oui/non »)


On constate en premier lieu que ce sont les établissements innovants, et surtout ceux qui ont
introduit une innovation majeure, qui utilisent le plus de services (tableau 6.A). Ce résultat ne fait
que reprendre les résultats précédents – mais dans cette configuration l’hypothèse implicite est que
le fait d’innover entraîne l’utilisation des services. Cette variable est incluse surtout comme
contrôle afin de mieux faire ressortir l’effet des autres variables.

La distance qui sépare un établissement d’une métropole ou d’une ville moyenne n’influence pas
de façon linéaire la probabilité d’utiliser un service, mais on constate que ce sont les établissements
situés hors d’une métropole mais dans un rayon d’environ 100 km – soit dans une ville centrale de
plus de 50 000 personnes, soit dans le milieu rural – qui utilisent plus fréquemment des services.
74

L’utilisation de services ne diffère pas selon le secteur d’activité de l’établissement. Par contre,
toutes choses étant égales par ailleurs, plus un établissement est grand (plus il a d’employés), plus
il est jeune et plus il a d’employés consacrés à la RD, plus grande est la probabilité qu’il ait recours
à des services externes. Le fait de faire partie d’un groupe réduit la probabilité qu’un établissement
y ait recours.

Tableau 6.A : Facteurs explicatifs de l'importance des


types de contacts avec le prestataire de services
Importance des différents types de contacts
Utilisation oui/non Fréquence via technologies chez fournisseur chez client
sans
EA : effets aléatoires entreprises EA avec EA sans EA avec EA sans EA avec EA sans EA avec EA sans EA avec EA
pseudo r2 ajusté / % effets fixes 0,236 0,072 0,044 0,118 0,116
-2 LL model nul 13337,1 6282,4 5173,1 5446,3 5685,1
-2 LL model (p (chi 2) = 0) 11084,3 6104,8 5070,1 5158,4 5401,3
VD = 4 hedomadaire 233 - - -
VD = 3 (très important/mensuel) 454 1453 1360 824
VD = 2 (moyenne importance/trimestriel) n = 1 2914 573 795 585 671
VD = 1 (peu important/annuel) n = 0 9146 1389 401 704 1154
VIF maximum toutes variables incluses 4,22 3,05 3,05 3,05 3,05
Innovations
1 ou + innovation mineure, pas de maj. 0,25*** 0,28*** 0,22*** 0,33*** - - -0,21*** -0,23* - -
1 ou + innovation majeure 0,66*** 0,68*** 0,17** 0,21* - - - - -
Distances urbaines
d2 métropole - - - - - - -0,24** -0,20 - -
d moyen 0,11* 0,11 - - - - -0,18** -0,15 - -
d2 moyen - - - - - - - - - -
Distance par rapport au prestataire
log (dist + 1) x x 0,12* 0,05 0,26*** 0,32*** -0,37*** -0,42*** -0,13** -0,16**
Type de région
Montréal (référence) - - - - - - - - - -
Québec 0,17** 0,17 - - - - - - - -
Villes centrales, plus de 50 K 0,30*** 0,30** - - -0,25** -0,39* - - -0,20* -0,16
Villes centrales, moins de 50 K - - - - -0,37** -0,41 0,44*** 0,42* - -
Villes périphériques, plus de 50 K - - - - -0,56*** -0,71* - - -0,39* -0,49
Villes périphériques, moins de 50 K 0,20** 0,20 - - - - 0,84*** 0,90*** - -
Rural central 0,17*** 0,17* - - - - 0,50*** 0,57*** - -
Rural périphérique 0,23** 0,21 -0,26* -0,28 - - 0,82*** 0,93*** - -
Secteurs
Main-d'œuvre - - -0,27*** -0,34*** -0,16** -0,17 0,20* 0,23 - -
Ressources -0,10* -0,10 - - - - 0,27** 0,26 - -
Échelle - - -0,22** -0,22 - - 0,28** 0,31 - -
Spécialisé (référence) - - - - - - - - - -
Taille
T1 moins de 5 -0,90*** -0,96*** -0,40** -0,42 -0,27* -0,42 - - -0,58*** -0,63***
T2 5 à 9 -0,78*** -0,79*** -0,47*** -0,48** - - 0,20* 0,23 -0,21* -0,24
T3 10 à 19 -0,62*** -0,64*** -0,29** -0,36** - - - - -0,25*** -0,28*
T4 20 à 49 -0,23*** -0,25** -0,39*** -0,49*** - - 0,29*** 0,37*** - -
T5 50 et + (référence) - - - - - -
Année ouverture
Âge1 avant 1980 -0,45*** -0,46*** -0,20** -0,15 -0,25** -0,25 - - -0,21** -0,18
Âge 2 1980-1989 -0,41*** -0,42*** - - - - - - - -
Âge 3 1990-1999 -0,28*** -0,28*** -0,18** -0,16 -0,27*** -0,24 -0,18** -0,17 -0,25*** -0,25*
Âge 4 2000 et + (référence) - - - - - - - - - -
75

Recherche et développement
RD emp 1 aucun -0,82*** -0,85*** - - - - - - - -
RD emp 2 1 à 10 % -0,50*** -0,53*** -0,16* -0,16 0,35*** 0,43*** - - 0,16* 0,20
RD emp 3 10 à 35 % -0,43*** -0,44*** - - 0,49*** 0,64*** 0,36*** 0,37** 0,27*** 0,34**
RD emp 4 + de 35 % (référence) - - - - - - - - - -
Exportations
Ex 1 aucun 0,15* 0,14 -0,24** -0,27* - - - - - -
Ex 2 1 à 10 % du CA 0,24*** 0,25* -0,25** -0,25 - - - - - -
Ex 3 10 à 50 % du CA 0,27** 0,26* - - - - - - - -
Ex 4 plus de 50 % (référence) - - - - - - - - - -
Filiale
Fait partie d'un groupe -0,24*** -0,26** - - - - - - - -
Services individuels
Besoins technologies de production 0,20* 0,21* 0,71*** 0,77*** - - -0,81*** -0,97*** 0,97*** 1,00***
Besoins en RD 0,96*** 1,01*** - - - - -0,99*** -1,06*** 0,90*** 0,99***
Infos sur brevets, recherche -0,31*** -0,33*** - - - - -0,38* -0,47**
Plan d’affaires - - - - - - - 1,12*** 1,24***
Conception de prototypes -0,26** -0,27** 0,96*** 0,97*** - - - - 0,64*** 0,60***
Préparation de brevets -1,07*** -1,10*** - - - - - - - -
Certification sécurité -0,40*** -0,41*** - - - - -0,81*** -0,84*** - -
Mise en œuvre de produit ou de procédé -1,08*** -1,12*** 0,48* 0,55** - - -0,78*** -0,84*** 0,83*** 0,91***
Conseils pour accès finance 0,65*** 0,68*** - - - - - - 0,78*** 0,85***
Conseils gestion - - 1,10*** 1,09*** -0,35** -0,46** -0,79*** -0,82*** 1,63*** 1,75***
Services fiscaux - - - - - - - - - -
Commercialisation -0,39*** -0,40*** 0,98*** 1,03*** - - -0,45** -0,53** 0,86*** 0,99***
Comptabilité 2,44*** 2,56*** 0,39*** 0,45*** -0,18* -0,15 - - 0,35*** 0,39***
Ressources humaines 0,25** 0,26** - - - - -0,64*** -0,69*** - -
Avocat 1,56*** 1,63*** - - - - 0,51*** 0,58*** -0,66*** -0,69***

En somme, donc, ce sont les établissements les plus grands, les plus jeunes et les plus actifs en RD
qui font le plus fréquemment appel aux services externes – et ce, indépendamment de leurs
innovations abouties (car nous tenons compte de leurs activités d’innovation dans la régression).
Par contre, il semblerait qu’un établissement qui fasse partie d’un groupe obtienne une partie de ses
services au sein du groupe, car, toutes choses étant égales par ailleurs, un tel établissement a moins
recours aux services externes.

En changeant le niveau d’analyse, cette régression permet aussi de voir quels types de services sont
les plus fréquemment utilisés. Ce sont les services de préparation de brevets et ceux de mise en
œuvre de production ou de procédé qui sont utilisés le moins fréquemment. À l’opposé, ce sont les
services comptables, d’avocats, d’information sur la RD et de conseils pour accéder à la finance
qui sont le plus souvent utilisés.

On constate donc que ce sont les services de validation qui sont les moins utilisés, tout comme les
autres services qui sont directement liés à l’introduction d’un nouveau produit ou procédé –
comme l’aide à la mise en œuvre et la commercialisation. Sans grande surprise, ce sont les services
de soutien qui sont le plus souvent utilisés.
76

6.2 Déterminants de la fréquence d’utilisation des services (colonne


« Fréquence »)
Non seulement les innovateurs utilisent plus de services externes, mais lorsqu’ils s’en servent, ils
sont en contact avec plus fréquemment. Cette information augmente nos connaissances, car jusqu’à
maintenant, nous avons établi que les innovateurs utilisent un plus grand nombre de services que
les non-innovateurs, et qu’ils utilisent certains types de services en particulier (tableau 5.C). Ici,
nous montrons que leurs contacts avec les prestataires de services sont plus étroits – ou plus
fréquents – que pour les non-innovateurs.

Il est cependant intéressant de voir que ce sont les établissements n’ayant introduit qu’une
innovation mineure qui sont en contact le plus fréquent avec leurs prestataires de services, peut-être
parce qu’ils en consultent une moins grande variété (colonne « Contact », tableau 6.A). Autrement
dit, la somme totale de contacts est peut-être semblable pour les innovateurs mineurs et majeurs,
mais les innovateurs mineurs consultent une moins grande palette de prestataires (mais ils
consultent chaque prestataire plus fréquemment), alors que les innovateurs majeurs consultent une
plus grande palette de prestataires (mais chaque prestataire est consulté un peu moins
fréquemment). Quoi qu’il en soit, les innovateurs consultent plus fréquemment leurs prestataires
que les non-innovateurs.

La fréquence des contacts avec les prestataires n’est pas tributaire de la distance entre le
prestataire et l’utilisateur, et cette fréquence ne change pas que l’on soit en métropole ou en milieu
rural périphérique. La localisation géographique, qui déjà ne joue presque pas sur la probabilité
d’utiliser un service (colonne « Contact »), ne joue pas du tout sur la fréquence. Ces résultats, qui
corroborent de manière plus robuste les simples tableaux présentés dans le rapport de mi-parcours,
sont importants : ils soulignent que la localisation géographique d’une entreprise manufacturière
n’a pas d’effet sur sa propension à avoir recours aux services extérieurs, et n’a pas d’effet,
lorsqu’elle s’en sert, sur la fréquence des contacts. Il semblerait donc que les entreprises identifient
leurs besoins en services, et par la suite font le nécessaire pour y accéder quelle que soit leur
localisation géographique et quelle que soit la distance qui les sépare du prestataire du service
voulu.

Nous notons un effet sectoriel : ce sont les établissements les plus intensifs en main-d’œuvre qui
consultent le moins fréquemment leurs prestataires de services.

Ce sont les établissements les plus grands qui non seulement consultent la plus grande palette de
services mais consultent leurs prestataires le plus fréquemment. Dans la mesure où la taille d’un
établissement est un indicateur de ses ressources internes, il semble donc qu’il y ait une certaine
complémentarité (et non de la substitution) entre les ressources internes et le recours aux services
externes.
77

La fréquence d’utilisation des services est la plus élevée pour les conseils en gestion, la
commercialisation, la conception de prototypes et l’identification de besoins technologiques, et
assez élevée pour la mise en œuvre et la comptabilité. On constate deux patrons différents :

 Une utilisation à haute fréquence par un grand nombre d’établissements (besoins


technologiques, comptabilité). Les conseils en gestion sont utilisés à haute fréquence par un
nombre moyen d’établissements.

 Une utilisation à haute fréquence par un petit nombre d’établissements (prototypes, mise en
œuvre, commercialisation).

6.3 Déterminants de l’importance accordée au mode de contact (colonnes


« Importance des différents types de contacts »)

CONTACTS PAR VOIE ÉLECTRONIQUE


Dans cette section nous traitons de l’importance que chaque utilisateur donne aux trois différents
modes de contacts avec l’utilisateur. Autrement dit, nous avons demandé aux répondants de noter
sur une échelle allant de 1 à 3 l’importance, pour eux, de ce type de contact. Il s’agit donc de
retenir que nous ne parlons plus ici de fréquences mais des avis des utilisateurs.

Alors que l’utilisation de services et la fréquence des contacts avec les prestataires ne sont pas
structurées par la géographie, l’importance accordée aux contacts par voie électronique en est
fortement tributaire. Plus l’utilisateur est éloigné de son prestataire, plus les contacts électroniques
sont importants, et les utilisateurs localisés dans des villes importantes (villes centrales ou
périphériques de plus de 50 000 habitants) les trouvent moins importants que ceux localisés en
zone rurale ou dans les plus petites villes.

Une anomalie semble pourtant s’être introduite dans ces résultats, car les utilisateurs localisés dans
les zones métropolitaines de Montréal et de Québec accordent une importance semblable aux
contacts électroniques que les utilisateurs en milieu rural et dans les petites villes. Ceci pourrait être
causé par deux phénomènes. D’une part, et en moyenne, les utilisateurs de services à Montréal et à
Québec sont plus proches de leurs prestataires (tableau 4.A) : l’effet des grandes métropoles est
donc peut-être déjà pris en compte par la variable distance. D’autre part, il se pourrait que la
congestion qui caractérise les métropoles (mais beaucoup moins le Québec non métropolitain)
augmente l’importance accordée aux contacts électroniques pour les utilisateurs métropolitains.
78

Le seul autre facteur qui semble porter sur l’importance que revêtent les contacts par voie
électronique est la recherche et développement : ce sont les établissements qui ont une activité de
RD moyenne (autrement dit ceux qui font de la RD mais dont moins de 35 % des effectifs y sont
consacrés) qui accordent le plus d’importance aux contacts par voie électronique.

Il y a très peu de différences entre services en ce qui concerne l’importance accordée aux contacts
électroniques : seuls les utilisateurs de conseils en gestion accordent un peu moins d’importance
aux contacts électroniques que les utilisateurs d’autres services.

Une conclusion importante de cette sous-section est que l’importance accordée aux contacts par
voie électronique est essentiellement déterminée par la géographie : par la localisation de
l’utilisateur, et par la distance qui sépare l’utilisateur du prestataire. Les contacts électroniques sont
un moyen de consommer les services lorsque des grandes distances séparent les prestataires et les
utilisateurs, mais aussi lorsque l’environnement – que ce soit pour des raisons de congestion (en
métropole) ou d’isolement (en zone rurale et dans les petites villes) – n’est pas propice aux
contacts face-à-face réguliers.

CONTACTS CHEZ LE FOURNISSEUR ET CHEZ LE CLIENT


A l’opposé des contacts par voie électronique, les contacts en face à face sont plus fréquents
lorsque les utilisateurs et les prestataires sont plus proches les uns des autres. Cependant, il y a peu
d’indications que le contact face-à-face entre prestataire et utilisateur soit plus valorisé par les
innovateurs que part les non-innovateurs. Ceci rejoint donc nos conclusions antérieures sur le fait
que la distance entre prestataires et utilisateurs n’est pas un facteur d’innovation : en effet, la raison
pour laquelle on aurait pu penser que la proximité entre prestataire et utilisateur serait un facteur
d’innovation important est qu’on suppose – du moins si l’on se base sur la littérature portant sur les
milieux et sur les systèmes locaux d’innovation – que la proximité engendre des contacts plus
fréquents et plus proches (c’est à dire en face-à-face). Or, nous montrons clairement ici que les
contacts entre prestataires et utilisateurs ne sont ni plus fréquents (colonne « Fréquence », tableau
3.A), ni plus porteurs d’innovation, si la distance que les sépare est moindre.

Nous en revenons donc une fois de plus à l’idée que les utilisateurs identifient leurs besoins et font
ensuite le nécessaire pour accéder aux services – et que c’est bien l’utilisation de services, et non la
géographie, les milieux ou les systèmes locaux, qui est un facteur d’innovation.

On constate, dans le même ordre d’idées, que ce sont les utilisateurs localisés dans les petites villes
et dans les zones rurales (qu’elles soient centrales ou périphériques) qui accordent une plus grande
importance aux rencontres chez leurs prestataires : ceci semble indiquer que dans ces localisations
79

où l’on trouve moins de services (Shearmur et Doloreux, 2008), on se déplace plus pour y avoir
accès. Au contraire, dans les villes plus grandes et les métropoles, l’importance des déplacements
vers le prestataire est moins grande.

L’importance du déplacement de l’utilisateur vers le fournisseur, ou du fournisseur vers


l’utilisateur, diffère selon le type de service.

 Pour les services d’acquisition de connaissances, la rencontre en face-à-face chez le


fournisseur n’est pas très importante tandis que la rencontre en face-à-face chez
l’utilisateur l’est beaucoup plus : cela semble indiquer qu’afin d’évaluer les besoins du
client le prestataire de services doit s’y rendre.

 En gros, on constate le même pattern – mais en moins marqué – pour les services de
validation, sauf en ce qui concerne la préparation de brevets pour laquelle ni les
déplacements vers le prestataire ni les déplacements du prestataire vers le client ont plus
d’importance que la moyenne.

 Les mêmes constats se font aussi pour les services de validation. Là encore, pour ces
services (sauf en ce qui concerne les services fiscaux) le déplacement du prestataire vers
l’utilisateur revêt plus d’importance que celui de l’utilisateur vers le prestataire.

 Le même constat est valide pour les services de commercialisation, et aussi pour la
comptabilité et les services de ressources humaines.

 Le seul service pour lequel l’ordre d’importance est renversé est pour les avocats. Pour ce
type de service, les contacts en face-à-face aux bureaux du prestataire revêtent plus
d’importance que les contacts en face-à-face aux bureaux de l’utilisateur.

En somme, pour tous les services sauf les services d’avocats, les utilisateurs considèrent soit que
les visites du prestataire à leurs bureaux sont particulièrement importantes, soit que leurs visites
chez le prestataire ont relativement peu d’importance, soit les deux.

Si l’on compare les services entre eux, on voit que les visites du prestataire chez le client sont
particulièrement importantes pour les conseils en gestion, la préparation de plans d’affaires,
l’identification de besoins technologiques, l’identification de besoins en RD, les conseils en
commercialisation et la mise en œuvre. Ces rencontres en face-à-face chez les clients revêtent le
moins d’importance pour les conseils légaux, les ressources humaines, la certification, la
préparation de brevets et l’acquisition d’informations sur les brevets et la recherche pertinents. En
gros, comme nous venons de le voir, l’importance accordée à la rencontre en face-à-face chez le
fournisseur est l’inverse de l’importance accordée à la rencontre en personne chez l’utilisateur.
80

Le tableau 6.B permet de saisir l’importance brute accordée à ces différents modes de contacts
selon le secteur. On voit qu’en termes absolus les contacts par voies technologiques sont de toute
première importance quel que soit le secteur : en moyenne, 56 % des utilisateurs de services jugent
cette forme de contact très importante. La rencontre en face-à-face chez l’utilisateur est aussi très
importante : 45 % des utilisateurs de services la jugent importante, mais cette importance varie plus
selon les secteurs. Finalement, les rencontres en personne chez les fournisseurs sont, en termes
absolus, jugées moins importantes que les deux autres types de contacts : seulement 24 % des
utilisateurs de services les jugent très importantes.

Tableau 6.B : Importance brute accordée aux divers modes


de contacts entre prestataire et utilisateur
Via technologies Chez fournisseur Chez client
Peu Très Peu Très Peu Très
64
Conn. Besoins technologies de production 14 % 59 % % 17 % 22 % 55 %
71
Conn. Besoins en RD 13 % 53 % % 13 % 28 % 46 %
56
Conn. Infos sur brevets, recherche 10 % 58 % % 19 % 43 % 30 %
50
Valid. Plan d’affaires 17 % 54 % % 28 % 47 % 37 %
50
Valid. Conception de prototypes 6% 66 % % 25 % 18 % 53 %
51
Valid. Préparation de brevets 8% 68 % % 24 % 21 % 54 %
71
Valid. Certification sécurité 21 % 60 % % 17 % 41 % 31 %
61
Implant. Mise en œuvre produit/procédé 13 % 52 % % 11 % 21 % 53 %
43
Implant. Conseils pour accès finance 11 % 54 % % 33 % 21 % 51 %
69
Implant. Conseils gestion 20 % 47 % % 19 % 9% 69 %
45
Implant. Services fiscaux 17 % 59 % % 36 % 44 % 38 %
59
Comm. Commercialisation 18 % 56 % % 20 % 24 % 50 %
44
Soutien Comptabilité (référence) 20 % 50 % % 30 % 30 % 40 %
61
Soutien Avocat 14 % 58 % % 18 % 35 % 37 %
35
Soutien Ressources humaines 18 % 54 % % 42 % 57 % 24 %
55
Moyenne 15 % 56 % % 24 % 31 % 45 %
81

7. LES BARRIÈRES À L’UTILISATION DES SERVICES

Pour chacun des 15 types de services, nous avons demandé aux utilisateurs éventuels s’ils
pouvaient identifier des barrières à l’acquisition de services. Quatre types de barrières ont été
explorés :
1. la difficulté à identifier un prestataire de services approprié;
2. le coût du service;
3. la distance entre le prestataire éventuel et l’utilisateur;
4. le temps nécessaire pour effectuer le contact entre le prestataire et l’utilisateur.
L’analyse de ces données pose des problèmes d’interprétation car il ne nous est pas possible de
distinguer entre les répondants qui n’identifient aucunes barrières parce qu’ils n’ont tout
simplement pas eu besoin du service, et ceux qui n’identifient pas de barrières parce que le service
leur est aisément accessible. De la même manière, lorsqu’une barrière à l’accès est identifiée cela
indique soit qu’elle a été surmontée, soit qu’elle a empêché l’accès au service. Il serait donc
nécessaire d’analyser chaque service séparément et de diviser l’analyse des barrières selon que le
service a effectivement été utilisé ou pas – chose qui est faisable, mais pas dans le cadre d’un
rapport qui tente de dresser un état des lieux général de l’utilisation de services par les
établissements manufacturiers.

Tableau 7.A : Barrières à l’utilisation des services : chiffres bruts


Identification Coût service Coût dist. Temps
services n % n % n % n % Coeff. 4A
Conn. Besoins en tech. de production 22 2,7 32 4,0 14 1,7 15 1,9 0,21
Conn. Besoins en RD 21 2,6 28 3,5 8 1,0 11 1,4 1,01
Conn. Infos sur brevets, recherche 12 1,5 17 2,1 10 1,2 9 1,1 -0,33
Valid. Plan d’affaires 13 1,6 21 2,6 5 0,6 5 0,6 0,00
Valid. Conception de prototypes 10 1,2 21 2,6 8 1,0 7 0,9 -0,27
Valid. Préparation de brevets 5 0,6 15 1,9 3 0,4 4 0,5 -1,10
Valid. Certification sécurité 10 1,2 13 1,6 4 0,5 5 0,6 -0,41
Implant. Mise en œuvre produit/procédé 7 0,9 13 1,6 5 0,6 9 1,1 -1,12
Implant. Conseils pour accès finance 22 2,7 25 3,1 6 0,7 3 0,4 0,68
Implant. Conseils gestion 10 1,2 31 3,9 5 0,6 4 0,5 0,00
Implant. Services fiscaux 3 0,4 17 2,1 0 0,0 0 0,0 0,00
Comm. Commercialisation 11 1,4 34 4,2 8 1,0 9 1,1 -0,40
Soutien Comptabilité 43 5,3 105 13,1 21 2,6 31 3,9 2,56
Soutien Ressources humaines 16 2,0 41 5,1 8 1,0 7 0,9 0,26
Soutien Avocat 16 2,0 60 7,5 8 1,0 7 0,9 1,63
Etabs. identifiant la barrière au moins 1 fois 123 13,8 223 24,9 69 7,7 80 8,9
Etabs. utilisateurs qui identifient barrières 75,1 77,4 66,4 70,6
Corrélation entre % qui identifient la barrière 0,85 0,87 0,66 0,62
et fréquence d'utilisation (coeff. tableau 3.A)
Note : ce tableau analyse les 804 établissements. Les pourcentages indiqués sont par rapport à ce total.
82

Au tableau 7.A nous avons indiqué, service par service, la proportion d’établissements qui ont
identifié une barrière à l’utilisation. On y voit bien ressortir l’association entre l’utilisation des
services et les barrières perçues pour leur utilisation. D’une part, les très fortes corrélations entre le
pourcentage d’établissements qui identifient une barrière à l’utilisation d’un service et les
coefficients de régression du tableau 6.A (qui indiquent la probabilité d’utilisation de chaque
service) nous montrent que ce sont les services les plus utilisés pour lesquels les répondants
identifient des barrières à l’utilisation. D’autre part, on constate qu’en grande majorité ce sont des
utilisateurs de services qui identifient des barrières à leur utilisation : selon le type de barrière entre
66 % et 77 % des barrières identifiées le sont par des établissements utilisateurs du service pour
lequel une barrière est identifiée.
83

Tableau 7.B : Barrières à l'utilisation des services : facteurs explicatifs


Identification Coût du service Distance Temps
pseudo r2 ajusté 0,090 0,130 0,111 0,044
-2 LL model nul 688,0 949,4 470,8 521,0
-2 LL model (p (chi 2) = 0) 645,3*** 873,8*** 430,3*** 504,0***
n=0 681 581 735 724
n=1 123 223 69 80
Innovations
1 ou + innovation mineure, pas de maj. - 0,90*** - -
1 ou + innovation majeure - - - -
Distances urbaines aucun effet
Type de région
Montréal (référence) - - - -
Québec 0,74*** - - -
Villes centrales, plus de 50 K - - - -
Villes centrales, moins de 50 K - - - -
Villes périphériques, plus de 50 K - - - -
Villes périphériques, moins de 50 K - - - -
Rural central - - 0,79*** -
Rural périphérique - - 0,98** -
Secteurs
Main-d'œuvre - - - -
Ressources - - - -
Échelle - 0,38* - -
Spécialisé (référence) - - - -
Taille aucun effet
Année ouverture
Âge 1 avant 1980 - -0,42** - -
Âge 2 1980-1989 - - -0,56* -
Âge 3 1990-1999 - -0,33* - -
Âge 4 2000 et + (référence) - - - -
Recherche et développement
RD emp 1 aucun - - -0,84*** -
RD emp 2 1 à 10 % 0,43** - - -
RD emp 3 10 à 35 % 0,50** - - -
RD emp 4 + de 35 % (référence) - - - -
Exportations aucun effet
Filiale aucun effet
Services individuels
Besoins technologies de prod. 0,54** - - -
Besoins en RD - - - -
Infos sur brevets, recherche - - - 0,51*
Plan d’affaires - 0,63*** - -
Conception de prototypes - - - -
Préparation de brevets - - - -
Certification sécurité 0,72*** - - -
Mise en œuvre de produit ou de procédé - - - -
Conseils pour accès finance 0,54*** - - 0,65***
Conseils gestion - 0,62*** 0,67** -
Services fiscaux - - - -
Commercialisation - - 0,83*** 0,59**
Comptabilité - 0,55*** - -
Ressources humaines - - - -
Avocat - - - -
84

Au tableau 7.B nous avons effectué une analyse sommaire des facteurs associés à l’identification
de barrières à l’utilisation de services. Nous n’avons pas effectué cette analyse service par service :
le petit nombre de cas mis en évidence au tableau 7.A rend caduc un tel exercice. Nous avons, par
contre, identifié les établissements qui évoquent au moins une fois chaque type de barrière (tableau
7.A). Nous voyons alors que, selon la barrière, de 8,9 à 24,9 % des établissements sont concernés,
ce qui rend possible une analyse statistique de type logistique (tableau 7.B).

Nous n’identifions pas beaucoup de facteurs explicatifs. Ni la taille, la distance par rapport à une
métropole, les exportations ou le fait d’être une filiale ne sont associés au fait d’évoquer telle ou
telle barrière. Par ailleurs, même si, dans certains cas, l’âge ou la RD semblent jouer, les liens ne
sont pas clairs car ils ne sont pas monotones (la probabilité n’augmente pas, ni ne diminue,
systématiquement avec l’âge ou avec l’intensité de la RD). Par ailleurs, on note certaines
associations entre le fait d’utiliser tel ou tel service et le fait d’évoquer un type de barrière à l’accès,
mais là aussi aucun pattern général ne s’en dégage.

En fait, la seule leçon qui peut être tirée du tableau 7.B est que les problèmes d’accès aux services
associés à la distance sont le plus souvent évoqués par les établissements qui se trouvent en zones
rurales, que ces zones soient centrales (proches de métropoles) ou périphériques. Ce résultat, sans
être surprenant, souligne toutefois que ce n’est pas la distance par rapport à la métropole, mais bien
le fait d’être localisé dans un milieu peu dense, qui augmente la perception qu’il existe des
barrières physiques à l’accès aux services. Il s’agit bien de perceptions, car nous n’avons pas
identifié de pattern semblable en ce qui concerne l’utilisation de services : au tableau 3.A nous
avons vu que le recours aux services n’est pas systématiquement plus bas en milieu rural. Il
semblerait donc que ce recours demande un effort supplémentaire – effort qui est reconnu par les
utilisateurs et qui se traduit par des distances systématiquement plus grandes entre prestataires et
utilisateurs (tableau 5.B) – mais que cet effort supplémentaire lié à l’éloignement des prestataires
n’empêche en rien le recours quand il est jugé nécessaire par l’entrepreneur en zone rurale.
Conclusion et implications

Services et innovation manufacturière


La conclusion la plus importante de ce rapport est aussi celle que l’on peut le plus facilement
oublier : c’est le fait qu’il existe un lien très étroit entre l’utilisation de services et l’innovation au
sein des établissements manufacturiers au Québec. Ce constat paraît évident parce qu’il a
souvent été théorisé : cependant, il a rarement été démontré.

Le lien entre utilisation de services et innovation est plus marqué pour les innovations
technologiques (produit et procédé) que pour les innovations managériales (gestion et
marketing). De plus, pour les innovations technologiques, tout semble indiquer que les services
n’agissent pas de manière individuelle : les innovateurs de produits et de procédés tendent à
avoir recours à une panoplie de services divers qui couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur.
Par contre, pour les innovations de marketing et de gestion, c’est surtout le recours aux services
de commercialisation, de gestion ou de ressources humaines qui semble avoir un effet.

Malgré cela, il faut être prudent quant aux mécanismes à l’œuvre. L’approche que nous avons
adoptée – par la chaîne de valeur – présuppose un déploiement linéaire de l’innovation, partant
de la collecte d’informations, passant par sa mise en œuvre, sa validation, puis la
commercialisation. Les services interviendraient à chacune de ces étapes, contribuant ainsi au
processus d’innovation. Or, MacPherson (2008) suggère que la causalité n’est pas toujours aussi
directe : selon ses observations, dans la métropole de New York la décision d’innover se prend
avant de consulter les services. L’idée et l’opportunité d’innover sont identifiées par l’entreprise,
qui fait ensuite appel à des consultants externes pour les concrétiser. Par contre, dans des régions
plus éloignées de l’État de New York, ce sont les consultants eux-mêmes qui identifient les
opportunités d’innovations : autrement dit, les entreprises ont recours à des services supérieurs
pour des raisons techniques ou de gestion et c’est durant leur interaction avec le prestataire de
services que les possibilités d’innovations sont identifiées.

Ces deux processus mèneraient aux mêmes constats statistiques dans notre base de données.
Nous n’avons pas les données nécessaires pour identifier d’où provient l’idée de l’innovation.
Cependant, il faut être très clair : notre conclusion porte sur le lien qui existe entre l’utilisation de
services et l’innovation, mais nous ne pouvons pas affirmer que les innovations sont causées par
l’utilisation de ces services. Par contre, il est possible d’affirmer avec une plus grande certitude
que les services sont un élément crucial du processus d’innovation et que, sans ces services
externes, les entreprises innovent moins ou avec plus de difficulté.
86

Cette dernière affirmation est d’autant plus forte que nous avons aussi vérifié que c’est bien le
recours aux services, et non l’obtention d’informations de sources plus générales, qui est associé
à l’innovation. Bien que ces sources générales d’informations sont – pour les innovations
technologiques – un facteur d’innovation important, l’utilisation de services externes est un
facteur d’innovation supplémentaire, qui vient donc s’ajouter à ces informations d’ordre plus
général.

Accessibilité aux services


Les services les plus étroitement liés à l’innovation – et particulièrement ceux liés aux
innovations technologiques – sont ceux pour lesquels les distances moyennes entre prestataires et
utilisateurs sont les plus importantes. Si l’on admet que ces services sont les plus stratégiques –
alors ceci reflète une logique christallérienne : cette théorie, qui est un des fondements de la
théorie de la localisation des activités de services, postule que les services stratégiques seront
moins utilisés que les services plus banals. En conséquence, afin de s’assurer une aire de marché
suffisamment grande, ils seront plus concentrés dans des centres urbains, centres qui rayonnent
sur l’ensemble du territoire. La contrepartie de cette logique de localisation est que les
utilisateurs – du moins ceux qui ne sont pas en métropole – devront se déplacer plus loin pour y
avoir accès. Nos résultats, qui démontrent que la distance moyenne utilisateur-prestataire est plus
importante pour les services les plus stratégiques (ceux liés à l’innovation), est donc prédite
théoriquement.

De manière apparemment paradoxale, ce ne sont PAS les établissements les plus innovants qui
vont chercher le plus loin leurs prestataires de services, que ces établissements soient localisés en
métropole ou en région périphérique. Ce paradoxe n’est qu’apparent car c’est bien l’utilisation
du service et non la distance parcourue qui est associée à l’innovation. Ce résultat nous suggère
que les établissements innovants identifient leurs besoins en services ainsi que leurs prestataires
sans se soucier des distances : le prestataire choisi n’est pas systématiquement éloigné, et il n’est
pas systématiquement proche, mais, en moyenne, les prestataires de services stratégiques sont
plus éloignés que les prestataires de services non stratégiques.
87

L’éloignement (la localisation en zone rurale, l’éloignement par rapport aux métropoles) ne
réduit pas l’utilisation de services (c’est-à-dire la décision d’y avoir recours), ni la fréquence
d’utilisation de ces derniers (c’est-à-dire la régularité des contacts une fois la décision prise d’y
avoir recours). Par contre, l’éloignement a deux impacts sur l’utilisation de services :
1- Plus on est éloigné, plus on a recours aux télécommunications et autres moyens de
communication électroniques pour interagir avec son prestataire.
2- Plus on est éloigné, plus on perçoit qu’il y a des barrières (notamment en termes de distance)
pour avoir accès aux services. Or, ceci ne semble être qu’une perception car la fréquence
d’utilisation, comme nous venons de le voir, n’est pas affectée par l’éloignement.

Ces résultats très importants vont aussi dans le sens des conclusions de MacPherson (2008). Ce
dernier a constaté une évolution importante entre 1994 et 2005 en ce qui concerne l’utilisation de
services et l’innovation dans les zones éloignées de l’État de New York : en 1994, l’utilisation
des services y était bien moins importante et les processus d’innovation liés aux services y
étaient aussi moins fréquents. Par contre, en 2005, il ne subsistait déjà plus de différences en
termes d’utilisation de services ni d’activités d’innovation – en grande partie grâce à la
démocratisation de l’Internet.

Systèmes (locaux) d’innovation


Ces résultats nous permettent de revenir sur la notion de système local d’innovation, selon
laquelle ce serait dans l’environnement immédiat de l’entreprise qui se trouveraient les facteurs
et institutions les plus importants pour sa performance en matière d’innovation.

Il va sans dire que la culture et les institutions locales peuvent être, dans certains cas, des
éléments externes importants. Mais nos résultats montrent très clairement que les services à forte
intensité de connaissances (SFIC), tout en faisant très évidemment partie du système
d’innovation dans lequel évolue chaque entreprise, ne sont pas locaux. Autrement dit, étant
donné qu’un élément si important du système d’innovation n’est pas nécessairement local, nous
avançons que, de manière plus générale, ces systèmes ne sont pas localisés à une échelle infra-
provinciale.

Ceci ne veut pas dire que certains éléments de divers systèmes d’innovation ne sont pas plus
présents à un endroit qu’à un autre. Mais nous avançons que les entreprises ne sont pas du tout
limitées à puiser leurs ressources, informations et services externes dans leur environnement
immédiat. Nos résultats montrent bien que c’est seulement à Montréal que la grande majorité des
utilisateurs de services trouvent des prestataires localement : mais ceci ne veut pas dire qu’il y
aurait un système local d’innovation métropolitain (Gaschet et Lacour, 2007). Ceci indique
88

plutôt que Montréal fonctionne comme une grande agglomération : les économies
d’agglomération sont bien théorisées, tout comme la localisation des services supérieurs en leur
sein, et il n’y a nul besoin de faire appel à la notion de système d’innovation localisé pour
comprendre pourquoi les distances utilisateurs-prestataires y sont les plus faibles. Dès que l’on
sort de Montréal – pour aller à Québec, par exemple – on constate que beaucoup d’entreprises
interagissent avec des prestataires de services à plusieurs centaines de kilomètres – très
probablement à Montréal.

D’ailleurs, le très petit nombre d’utilisateurs de services hors du Québec (nous ne les avons pas
analysés dans ce rapport vu leur petit nombre) semble indiquer qu’il existe peut-être un système
d’innovation québécois – structuré par la géographie (ancrée par Montréal) mais aussi la langue,
la culture et les politiques publiques québécoises. Ceci rejoint les propos de Lundvall (2007) qui,
ayant introduit au début des années 1990 l’idée des systèmes d’innovation nationaux critique, en
2007, les tentatives d’appliquer cette idée à des échelles plus petites.

Un autre élément qui va dans ce sens concerne la substitution apparente entre les modes de
contacts électroniques et les rencontres en face-à-face. Bien que l’on semble privilégier un peu
plus la rencontre en personne lorsqu’on est à proximité de son prestataire, et bien que les
communications électroniques revêtent plus d’importance dans les zones éloignées (ou à forte
congestion), il ne semble y avoir aucun lien entre le fait d’innover et le fait de privilégier la
rencontre face-à-face : ceci ne veut pas dire que les rencontres en personne ne sont pas de toute
première importance pour tisser les liens sociaux et pour transmettre des informations tacites.
Mais ceci va dans le sens de Torre (2008) qui souligne que ces rencontres ne sont pas
nécessairement fréquentes et que les communications plus routinières peuvent, une fois les
rencontres préalables effectuées, se faire à distance. Autrement dit, la co-localisation territoriale
avec leurs prestataires de services (dont l’atout principal est qu’il facilite la rencontre en face-à-
face) ne semble pas être un facteur d’innovation pour les établissements manufacturiers.

Quelques implications
La première implication des résultats présentés ci-dessus est l’importance, pour les entreprises
manufacturières, d’utiliser les SFIC, et ce, pour l’ensemble de leur chaîne de valeur. Si ces
entreprises veulent innover, l’utilisation de services externes est un élément important
indépendamment de leurs autres sources d’informations, de leur taille et de leurs capacités
internes. Environ le quart des établissements dans notre échantillon utilisent très peu de services,
et environ le quart d’entre eux en utilisent pour l’ensemble de leur chaîne de valeur : il y aurait
donc une intensification possible de l’utilisation des services dans environ 75 % des
établissements (mais évidemment cette intensification ne sera pas appropriée dans tous les cas).
89

Cependant, nous constatons que ce sont les grands établissements, ceux qui font de la RD et les
plus jeunes, qui ont le plus recours aux services – il y aurait, pour ces établissements,
complémentarité entre les ressources internes et les services externes. Il s’agirait donc de se
pencher sur les entreprises ayant moins de capacités internes afin de voir s’il y a moyen :
- soit d’augmenter leurs capacités internes afin qu’elles puissent utiliser les services
externes;
- soit d’explorer un mode d’utilisation de services qui ne fasse pas appel aux ressources
internes des établissements manufacturiers mais qui viennent, au contraire, les compléter.

La deuxième implication est qu’il n’existe pas de barrières géographiques à l’utilisation de


services, même si les entreprises en zones périphériques en perçoivent. Ceci semble refléter la
pénétration d’Internet à l’ensemble du territoire (MacPherson, 2008). Cependant, il faut être
conscient que toute politique visant à encourager l’utilisation des services devra être modulée en
fonction de la localisation des utilisateurs. Dans les zones plus éloignées, plus d’emphase devra
être placée sur les possibilités d’interactions électroniques – tout en reconnaissant l’importance
des contacts initiaux en personne et des coûts afférents. Dans l’ensemble des zones, c’est la
sensibilisation à l’importance de ces services externes pour faciliter l’innovation qui est
importante.

Il s’agit aussi d’être réaliste à ce propos : nos résultats montrent bien qu’il n’y a pas de lien
automatique entre utilisation de services et innovation : bien des utilisateurs de services n’ont pas
innové durant la période d’étude. Par contre, il y a très peu d’innovateurs qui ne se servent pas de
services externes. L’utilisation de services externes semble donc être une condition sine qua non
pour l’innovation, mais celle-ci n’est évidemment pas toujours au rendez-vous.

La troisième implication découle de nos conclusions en ce qui concerne les systèmes locaux
d’innovation. Rien ne permet de dire que les services associés à l’innovation doivent être
locaux : au contraire, les établissements manufacturiers doivent pouvoir choisir le prestataire le
plus adapté, et non celui qui est le plus proche. Ceci veut donc dire qu’il n’y a pas lieu de vouloir
développer une offre locale de services, et il n’y a pas lieu, non plus, de la décourager. Les
interventions devraient plutôt se faire sur l’appariement entre manufacturiers et prestataires de
services, et non sur la localisation de ces prestataires. Cet appariement présuppose des liens de
communication adéquats (Internet haut débit) et, surtout, des liens de transport qui permettent les
rencontres en face-à-face à des coûts raisonnables – même si ces rencontres ne sont pas
nécessairement très fréquentes. Il s’agirait donc de mieux connecter les établissements
manufacturiers avec l’extérieur, et pas de développer, dans chaque région québécoise, un
système de services localisé.
90

Finalement, plusieurs domaines restent encore à explorer, et notamment la nature de la causalité


entre services et innovations. Bien que les services soient très clairement associés à l’innovation
(et que donc l’innovation n’aurait en général pas lieu sans ces services externes), nous avons peu
d’informations sur la nature de la relation entre utilisateur et prestataire, et, en particulier, de la
source des idées d’innovation. Il n’est donc pas clair si les entreprises qui ont une idée innovante
font ensuite appel aux services pour la développer, ou si les idées et possibilités d’innovations
proviennent des prestataires de services. Sans doute les deux cas de figure existent, mais il
s’agirait de mieux comprendre s’il y a des effets de contexte, si un mécanisme est plus fréquent
qu’un autre et ainsi de suite.
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