UNE VIE DISSIPE, BALZAC
En quoi cette description précise de la chambre de Rastignac permet-elle à la fois de présenter
le cadre de la scène en livrant la perception de Raphael et de gurer son futur par une dimension
proleptique ?
Introduction.
Balzac est un célèbre essayiste et polémiste français du XVIIème siècle, considéré comme le père
de l'âge classique des lettres. Il a notamment écrit La Peau de Chagrin composée en trois
parties : Le Talisman, la Femme sans cœur, l’Agonie. Ecrit en 1831 sous un contexte de crise
(Révolution de Juillet), c’est l’un des 1ers romans de Balzac qui mêle réalisme et fantastisme de
manière complémentaire. La section de ‘’La Femme sans cœur’’ se découpent en plusieurs
parties avec di érents repères chronologiques avec des dates des principaux évènements de sa
vie, et s’encre alors dans le réel. Au fur et à mesure de la Femme sans cœur le statut du narrateur
va se modi er. Cette section numéro deux est donc un texte narratif et autobiographique. Tandis
que Raphael ayant décidé de se suicider, Rastignac va proposer à Raphael de mourir avec
élégance en mettant en pratique ce qu’il appelle son système dissipationnel, tandis qu’il patiente
dans sa chambre. Au moment où il raconte les faits, il les a déjà vécus et a pu prendre du recul
(anticipation). Dans cet extrait de la partie 2 de son œuvre, ce récit rentre alors dans un contexte
de désordre complet.
Mouvements.
I. Une chambre de désordre et de plaisir (L1 à 10)
II. Méditation de Raphael sur la vie contrastée de Rastignac (L11 à 17)
III. Apparition de Rastignac avec une perspective de vie de Débauche (L18 à 27)
Conclusion. Pour Rastignac la Débauche est un moyen aristocratique de combattre la vie de
misère sociale. Il faut selon lui « mourir avec élégance » ; la Débauche comporte une logique
contradictoire puisqu’elle conduit à la mort par le plaisir. C’est d’ailleurs cet aspect contradictoire
qui a frappé Raphael lorsqu’il s’est trouvé seul dans la chambre de Rastignac. On pourrait
rapprocher cela à la vanité avec des signes de richesse et de mort sous association subtile.
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L1 et 2 = « à laquelle je me voulais » description prophétique de la chambre représentant la vie de
Débauche qu’il mènera plus tard dans le récit. Verbe « apparu » et « bizarrement » démontre que
Raphael perçoit la chambre comme son existence (pour lui), le décor correspond à ses pensées.
Le verbe « attendait » donne une indication spatiotemporelle sur le contexte. Adjectif
« insouciance » démontre (2 Raphael en vie réelle et en recul face à la situation).
L4 = Verbe « s’élevait », participe passé de « accroupie » mouvement de haut en bas, verbe
« tenait » et « consumé » ramène à l’énergie, verbe « trainaient ».
L5 et 6 = Les meubles sont « élégants » et le divan est « voluptueux » + « confortable fauteuil »
dans lequel on s’enfonce dans le luxe et la Débauche. Personni cation du fauteuil « cicatrices »
avec le fauteuil accentué par la comparaison avec « vieux soldat » qui a les « bras déchirés » tel
une véritable personne donc catachrèse. Décor animé gardant l’empreinte de ce qui s’est passé
avec une accumulation de personni cations (notamment les chaussettes rappelant les scènes
« d’amour » sur le « divan » substituant les jeunes femmes ‘’voluptueuse’’ soit mot du plaisir
amoureux). + registre équipe comme si le fauteuil avait vécu et essuyé plusieurs assauts.
Rastignac est entretenu par les femmes qu’il reçoit et lui o rent des meubles pour sa maison.
L7 = « la pommade et l’huile antique apportées par toutes les têtes » donc les dossiers des
fauteuils sont gras et se souviennent des « têtes » qui se sont reposées sur ce dossier (mémoire
et côté pas très net). Les lieux semblent avoir la mémoire des évènements qui s’y sont produits.
Dans cette description on a des termes montrant une certaine richesse « confortable, huile
antique (chère) » mais aussi la misère « fauteuil vécu déchiré... » nuance d’opposition.
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L8 = Dont la phrase conclusive « l’opulence et la misère » antithèse et valeur oxymorique +
« naïvement » fraicheur étrange sans se rendre compte de ce qu’ils font + qui et nuance de
compassion‘’) ‘’s’accouplent’’ (ambiance particulière). Le personnage a dilapidé sa richesse qu’il
communique par un certain vocabulaire. « Dans le lit, sur les murs, partout » gradation avec
élargissement des termes = sa chambre à elle seule est une pièce de poésie.
Tous les verbes à l’imparfait, les indications et connecteurs de « lieux », les « sur » démontre qu’il
prend le temps de s’attarder sur la description du décor et de noter pour nous les éléments qui
vont être importants pour le lecteur. C’est le cas du « cigare à moitié fumé » donne une
impression de gaspillage et donc de Débauche. Il met en relief des objets de valeur de la vie de
Rastignac. Tous les termes sont éparpillés mais si on les regroupe on obtient une reconstitution
des évènements passés.
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L9 et 10 = « Vous eussiez dit » conditionnel passé démontre l’intrusion du narrateur qui s’adresse
directement à nous (implication du lecteur) superposée à la description de Raphael que l’on
connaît désormais par le biais du paysage de la chambre. Le narrateur connaît bien mieux
Rastignac que Raphael (di érente vision) qui serait « mauvais sujet » pour Raphael. « Palais de
Naples + lazzaroni » rappelle l’opulence. L’auteur reformule et donne plus de poids en disant de
façon dé nitive = « Vous eussiez (...) ne se soucie guère » + « incohérence » rappelle « la misère ».
Résume la description de Raphael avec « le luxe est tout personnel » soit un euphémisme donc
un luxe déchu et à court terme, tel est la conception du luxe de Raphael. « L’incohérence »
introduit le deuxième mouvement qui est marqué par la négation syntaxique ou lexicale.
L11 et 12 = Raphael est caractérisé par le manque : « ne pas », « incomplète », « manquait », « n’a
pas une bûche », « sans posséder » + valeur négative avec « haillons (terme vestimentaire
signi ant la pauvreté et beau autrefois) Vs paillettes (nuance d’illusion, spectacle, brillant,
éphémère) » + « pillé » caractère paradoxale symbole de quelque chose d’enlevé ou de retiré.
« Ce tableau » manque de tout sauf de la poésie décor hétéroclite et artistique (côté surprenant)
soit une tournure négative partielle. Raphael a optimisé ce décor misérable mais il assume une
certaine poésie car c’est un écrivain (c’est néanmoins tout ce qu’il a). « la vie s’y dressait » côté
vivant du décor avec une impression « incomplète » car celui-ci n’est qu’un souvenir vague (joie
passagère et immédiate) qu’il faut interpréter comme « elle est réellement » présent de vérité
général avec toujours une description à l’imparfait donc description de la vie où l’on ne peut pas
tout avoir (on aura toujours une certaine insatisfaction où le bonheur ne dure pas).
« Mais vive mais fantasque comme une halte » comparaison à une cause d’un espace protégé
(moment meilleur que d’autres) où le « maraudeur pillé » encore plus violent que ‘’voler’’ car on ne
laisse rien derrière soit cette idée qui montre le côté aléatoire et hasardeux du voleur. Donc côté
rocambolesque et bohème de sa vie plein de désordre où rien n’est organisé.
L13 = « Un Byron (synecdoque de Balzac nuance de raccourci et généralise) auquel manquaient
des pages » donc Rastignac ne respecte rien en allumant le feu soit acte matériel contre de la
pensée et l’intellectualité.
L14 et 15 = « Risque au jeu » il préfère jouer aux jeux plutôt d’acheter du bois. Mise en évidence
le fait qu’il préfère des choses inutiles « cent-francs ou achat de voiture » plutôt qu’acheter une
« voiture ou une chemise ». Il préfère louer une voiture plutôt que de marcher. Relatives insistant
sur le bêtise qui gaspille son argent soit il vit au jour le jour et compte sur le hasard. Soit gradation
descendante lui permettant de gagner de l’argent par plusieurs moyens.
L16 et 17 = Puis adverbes de lieux qui montrent le regard de Raphael et poursuivent sa
description : le lendemain il rencontre une actrice âgée. Ensuite le briquet est vendu et la femme
dépouillé (cadre) démontre que Raphael ne s’intéresse qu’à l’argent des femmes qui ne valent
même pas un jeu de cartes, il ne s’intéresse pas non plus à l’art. Le côté esthétique ne l’intéresse
pas, il veut juste tirer pro t de cette situation. Il est plus important de garder son argent en société
plutôt que de le dépenser pour paraître (c’est une façon de fonctionner). « Lui donne un trousseau
de roi » démontre que les femmes lui paient grassement pour ses services.
Tout cela rappelle le contraste du parcours où la création va de pair avec la destruction.
L’impression du récit a détruit ce décor.
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L17 et 18 = question rhétorique au style direct marque l’intervention du narrateur « comment un
jeune (métonymie généralisant la jeunesse par un adverbe adjoint) homme... de paix ? ». Cela
souligne aussi la sympathie qu’il porte à son propre personnage. Balzac parle d’un « jeune
homme » naturel. L’adverbe de sa personne montre que c’est innérant à sa personne et sa
jeunesse (il doit ressentir un certain nombre de chose par l’expérience). Par l’intermédiaire de
Rastignac il excuse le personnage. « Renoncerait-il » est un conditionnel qui émet un doute donc
il aurait bien tort de se priver de sa compagnie (ou alors il le suit car Rastignac est sympathique).
L19 = Balzac utilise le mot « riche opposition » qui rappelle la vie contrastée de Raphael.
Incompétence qui enrichit par cet adjectif, elle donne a constaté qu’elles sont positives pour le
personnage. Rastignac apparaît aux yeux du lecteur comme un personnage plutôt sympathique.
La Débauche se présente comme un nouveau champ de bataille. « Plaisirs de la guerre » renvoi et
fait écho au champ lexical précédemment évoqué. La Débauche serait à monstre à apprivoisé
« plaisir de guerre en temps de paix » lutte avec deux termes antithétiques.
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L19 et 20 = « J’étais presque assoupi » imparfait donne une impression de lassitude pesante puis
changement radical avec l’arrivée de Rastignac « coup de pied » nuance de connecteur logique
qui opère la notion de changement en faisant changer le rythme au passé simple avec « enfonça »
il aurait pu l’ouvrir mais détruit plutôt la porte sans ré échir aux conséquences. Plusieurs verbes
au passé simple qui se précédent « s’écria, enfonça, montra, mit » suite d’actions rapides qui
s’enchaînent. Style direct avec victoire adjectif qui sert d’interjection au registre épique car on a
gagné un combat. Exclamation ponctuation qui démontre la vivacité.
L21 = Verbe au futur de l’indicatif « pourrons » anticipe sur la suite on reprend alors l’idée de mort
et de suicide qui est l’attente de Raphael dans le sursit et tente de retarder l’inévitable « mort ». Le
« nous » associe Rastignac et Raphael, c’est une expression curieuse. C’est un raccourci qui
suppose de pro ter avant la n « à notre aise ».
« Chapeau plein d’or » l’argent est énoncé vaguement et le chapeau permet de mesurer le volume
de la richesse dont il ne révèlera le montant qu’après donc aspect rudimentaire associé aux
‘’cannibales’’ (sauvage prédateur non civilisé qui se nourrit du malheur des autres à cause de
l’argent = mot polyphonique à interprétations multiples) comme des chercheurs d’ors + suspens.
L22 et 23 = Gradation avec la suite de verbes d’action à e et sonore participe présent évoque
une simultanéité et « trépigner » suppose l’emploi du bruit avec les pieds (référence aux enfants
rageur). « Coup de poings » enfants qui batailles + « rhinocéros » force et violence. « Chantant à
l’aspect... » toute leur vie se résume au chapeau plein d’argent qu’ils niront pas dépenser soit
gaieté avec les danses mais tragique avec une joie antichambre de la mort car lorsque l’argent
sera épuisé (et non placé ou investi) car il n’est pas destiné à durer = côté grinçant et tragique.
L24 = « Vingt-sept mille francs » rationalise et quanti e avec une notation et précision réaliste et
symbolique qui rend tangible cette fortune. Rastignac le ‘’répète’’ « en ajoutant quelques billets »
soit une quantité négligeable à côté de tout ce qu’il a déjà gagné. On utilise ainsi l’indé ni non
quanti able « quelque » qui font des billets quelque chose de négligeable et dédaignant.
L25, 26 et 27 = L’interrogation signi e que Rastignac se rend compte de la situation + côté
indécent car il est conscient qu’il gaspille cet argent (sous forme de chiasme avec « su ra-t-il »
pour vivre ou mourir opposé). Jeu de mot donc joue avec l’argent qui est là pour détruire et qui va
être repris par « nous expirerons (mourir tragiquement étou é par l’argent) dans un bain d’or
(désormais inutile) » métaphore qui propose un raccourci de l’idée (et cynisme avec « vivre » =
être vivant ?).
Interjection « oh » et adverbe a rmatif « oui » + « hourra » ampli cation de la victoire +
« cabrioler » verbe qui montre l’action de sauter en renvoi à l’idée d’une jeunesse insouciante
rêvant de richesse « argent » = de nouveau.
Ce texte est ambigu car il combine la joie et le tragique et la mort contamine un tableau qui a l’air
plutôt joyeux.
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