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Annexes
techniques
Nous avons défini les techniques comme des procédures spécifiques que
l’on utilisait à certains moments du processus thérapeutique afin d’obtenir un
résultat précis. Les techniques se différencient donc des principes en ce que
ceux-ci ont une portée plus générale et plus diffuse. Alors qu’un principe est
d’application en permanence, une technique n’est mise en œuvre qu’à l’un ou
l’autre moment, voire jamais. Enfin, techniques et principes se situent dans un
même rapport que celui qui unit la « lettre et l’esprit ». En d’autres termes, les
procédés présentés ci-dessous n’ont aucune valeur s’ils sont utilisés sans référence
aux fondements épistémologiques et éthiques qui ont été décrits dans les chapitres
précédents. Prises isolément, aucune de ces techniques ne produit des effets
décisifs. Mais si on les combine judicieusement, elles contribuent à l’effet
attendu des trois grands postulats que nous avons décrits. Nous avons listé
quelques-unes de nos techniques favorites, sans toutefois prétendre être
exhaustif. Il appartient à chaque thérapeute de sélectionner ou même élaborer
ses propres techniques, et de les expérimenter. Afin de faciliter la lecture, nous
avons rangé les techniques en catégories qui explicitent leur fonction. Mais ces
catégories sont purement indicatives car une technique peut servir des finali-
tés différentes selon l’usage que l’on en fait.
1. SUSCITER LA COLLABORATION
Parler le langage du sujet
Parler le langage du sujet est une façon de faire alliance avec ce dernier en
respectant son style de communication et les représentations du monde qu’il
véhicule. Dans cette perspective, le thérapeute peut utiliser : les mots, intona-
tions, rythmes du sujet ; les idées, la vision du monde du sujet : exemple, un
cheminot sera peut-être sensible à la ponctualité, un facteur est sensible aux
dangers de la rue, etc. ; les canaux sensoriels privilégiés : VAKOG – Visuel, Audi-
tif, Kinesthésique, Olfactif, Gustatif (voir vignette 3.1. – Catherine).
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180 Un modèle de thérapie brève systémique
Le joining
Minuchin a beaucoup insisté sur le fait qu’un thérapeute n’a de chance de
promouvoir le changement que s’il a pu créer une alliance thérapeutique forte
avec les membres de la famille. Pour obtenir ce résultat, une attitude de stricte
neutralité ne suffit pas. Plusieurs « techniques » permettent d’aboutir à ce
résultat.
Maintenir les patterns. Le premier message que le thérapeute doit envoyer
est donc qu’il ne tentera rien pour produire du changement avant que la ou les
personnes n’en décident autrement. Et même dans ce cas, il ne tentera rien
d’emblée. On peut ainsi disserter assez longtemps sur « les bonnes raisons que
le couple a de se disputer », de clarifier « l’utilité » de tel comportement
problématique. La connotation positive de l’école de Milan constitue une
prolongation de ce principe (voir vignette 3.5. – Les fugues de Naïma).
Utiliser le pacing. En hypnose, la technique du « pacing » consiste à utiliser
tous les phénomènes corporels qui se produisent – mouvements, respiration…
– pour les recadrer en tant que phénomènes d’un processus hypnotique
personnel. En fait, le terme « pacing » signifie « suivre pas à pas et au même
rythme ». Le principe consiste donc à respecter et utiliser ce qui vient du
patient, en respectant son rythme du client. De même, en psychothérapie, on
utilise ce qui vient du patient en soulignant qu’il s’agit d’une manifestation de
ses compétences (ratification).
Suivre la piste – tracking. Il s’agit d’un concept fort proche du pacing. Le
thérapeute suit à la trace le cours de cette pensée – tracking – en se penchant
avec une forme de curiosité bienveillante sur les idées proposées par le client.
Le clinicien évite d’introduire ses propres thèmes. Il se laisse guider par le
client et le suit à la trace dans ces verbalisations, par exemple en reformulant
fréquemment ces propos, en vérifiant minutieusement s’il a bien saisi sa
pensée, sa façon de voir les choses. Les efforts du thérapeute pour
comprendre, sans remettre en question, sont presque toujours perçus comme
une marque de respect et d’intérêt. Dans le modèle du MRI, les efforts du
thérapeute pour obtenir une description constituent une autre forme de
tracking. Le client perçoit alors que le thérapeute l’écoute, travaille dur pour
comprendre sa pensée. La technique de reformulation de Rogers participe du
même principe et intervient comme une ponctuation destinée, du point de vue
du thérapeute, à vérifier qu’il ne s’égare pas dans quelque interprétation
abusive. Nous distinguons les reformulations proximales – où le thérapeute
répète en écho ce que le client vient de dire à l’instant – et les reformulations
distales – qui sont de brèves synthèses que le thérapeute soumet à
l’appréciation du client en demandant à ce dernier d’évaluer si sa pensée a été
correctement perçue. Le thérapeute encourage l’esprit critique en faisant
précéder sa reformulation par des phrases du type : « Si je vous suis bien, et
surtout corrigez-moi si j’ai mal compris, vous pensez que… »
Imiter le non-verbal. Plus subtile, cette technique s’appuie notamment sur
les observations éthologiques concernant la synchronie interactionnelle :
lorsque deux individus communiquent efficacement, on observe des
similitudes dans les postures et la dynamique gestuelle. Inversement, afficher
de telles similitudes facilite la communication. Les travaux d’Albert Scheflen
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(1981) constituent, de ce point de vue, une mine d’informations. Il montre ainsi
comment une mère et sa fille schizophrène vivent une forme de contrôle
réciproque dont la fonction semble être de verrouiller la relation entre les deux
femmes. Aucune d’entre elles ne peut établir de contact avec un homme – le
thérapeute – sans que l’autre n’interfère aussitôt. Bien souvent, l’antidote est
de même nature que le poison et un thérapeute peut utiliser les mêmes canaux
de communication non verbaux pour envoyer des messages constructifs.
Schématiquement, on peut décrire deux grandes modalités non verbales de
communication en différenciant les mouvements d’affiliation – marquant une
intention de communiquer – et ceux de distanciation – marquant une intention
de ne pas communiquer ou de rejet. L’affiliation peut se marquer : en
s’adressant au patient du regard ou en parole, en se penchant vers lui, en lui
souriant, en manifestant son approbation, par exemple en acquiesçant de la
tête, etc.), par des gestes illustrateurs. À l’opposé, la distanciation peut se
marquer : en ignorant du regard ou en regardant ailleurs, par des mouvements
de recul, par des manifestations d’agacement ou de désapprobation telles que
mimiques, gestes. Le thérapeute doit se montrer attentif et, dans un premier
temps, respecter ces codes en les imitant ou en les décodant (voir vignette 5.6.
– Le masque de Jonathan).
Mettre en évidence les ressources et les zones non-conflictuelles de la
personnalité. Enfin, il importe de mettre en évidence les ressources. À un
dépressif, on demandera ce qu’il réussit le mieux – ou, pour ne pas trop
contrarier sa vision pessimiste de la vie, ce qu’il réussit le moins mal.
Lorsqu’on détecte une compétence chez un patient, il faut l’amplifier dès que
possible. Par exemple, si une personne a une faible estime de soi mais qu’elle
laisse penser que sa sphère professionnelle va bien, on lui demandera de
parler de sa vie professionnelle. Cette procédure est assez proche de la
technique des « exceptions ». À une famille qui ne cesse d’accabler un enfant
ou un adolescent de critiques, on demandera à chaque membre de citer et
décrire – longuement – ce que le jeune réussit le mieux. Il s’agit de tenir ce cap
suffisamment longtemps pour parvenir à fendre le cristal des certitudes
négatives. Une fois installée, la faille du doute va s’étendre et les convictions
peuvent très vite voler en éclats. En thérapie de couple, on pose souvent la
question : « Comment vous êtes-vous rencontrés » et « Qu’est-ce qui vous a
plu chez lui/elle ». De notre point de vue, il s’agit certes de dévoiler le mythe
du couple, mais aussi de faire ré-émerger les visions positives oubliées que le
conjoint avait de son partenaire. Lorsque le couple est en crise et au bord de la
rupture, il importe, avant de parler des différences, de parler des
ressemblances, de ce qui est de l’ordre du même (voir vignette 3.3. –
Psychotique ou artiste ? Il faut choisir !).
Se montrer attentif aux stratégies de récupération. Les loisirs d’une personne
sont particulièrement instructifs. D’une part, leur exploration participe de
l’examen des zones non conflictuelles, et donc des ressources. D’autre part, les
observations qui en résultent fournissent des informations précieuses
concernant les canaux perceptifs privilégiés par le patient. Enfin, le thérapeute
peut se forger une idée plus précise des motivations spécifiques du client. Les
loisirs constituent souvent d’excellentes stratégies de récupération ou encore
une forme de thérapie naturelle qu’il importe d’encourager. Dans le cas de
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Catherine, nous avons découvert que le jardinage constituait une stratégie de
récupération efficace (voir vignette 3.1. – Catherine ou « Comment faire soi-
même son propre malheur »).
2. PRÉVENIR LES RÉSISTANCES
Le sujet résistant ne se permet pas d’utiliser ses ressources du fait d’un
manque de confiance en ses propres capacités. Dans cette perspective, la résis-
tance constitue une forme d’autoprotection. En conséquence, tenter de les
vaincre par la persuasion ou l’autorité ne peut que les exacerber.
Création d’un espace thérapeutique
Tilmans (1987) nous rappelle qu’il importe d’analyser le contexte de la
plainte avant d’approfondir celle-ci. Plusieurs facettes de ce contexte doivent
être explorées : l’existence d’intervenants précédents, l’existence d’un référent
éventuel – médecin travailleur social, juge de la jeunesse, commission de
probation, etc. –, famille élargie, etc.
Intervenants précédents. Il importe également de s’enquérir s’il y a eu des
intervenants avant nous. Cette exploration apporte des informations tant au
niveau du « contenu » qu’au niveau relationnel. Sur le plan du contenu, nous
pouvons entendre ce que le client a appris, de positif et de négatif, de ces
interventions précédentes. Sur le plan relationnel, nous pouvons apprendre ce
que le client répète éventuellement dans ses contacts avec les professionnels
et/ou les institutions. Nous allons alors évaluer dans quel processus, nous
thérapeute, nous sommes peut-être embrigadé à notre insu. En particulier, cette
analyse permet d’examiner comment le client entre en contact avec les
intervenants et comment il s’en sépare. Nous sommes ainsi en mesure de repérer
les « pièges » dans lesquels ces intervenants sont éventuellement tombés. Enfin,
il arrive que l’un de ces intervenants précédents nous envoie le client.
Référent ou « envoyeur ». Le fait d’être envoyé risque de freiner, voire
d’entraver la thérapie. Si le thérapeute accepte trop immédiatement la
demande du référent et passe tout de suite à l’analyse de la plainte, il admet
implicitement qu’il n’est que l’exécutant dudit référent et partage
entièrement son analyse. Le cas de Martine (vignette 5.7.) illustre ce qui se
produit lorsque cet aspect du travail est négligé.
Famille élargie ou contexte relationnel. Il n’est pas rare non plus que le client
soit envoyé par sa famille. Dans d’autres situations, au contraire, il vient à
l’insu de ses proches. Il importe d’explorer ce que le fait de consulter va
confirmer comme jugement, le plus souvent négatif. Le thérapeute doit
également voir à qui il est substitué dans la famille, la présence ou l’absence
de certain(s) membre(s) de la famille. Voici un exemple. Nous avons le
souvenir d’avoir été officiellement mandaté par la direction d’une institution
pour « superviser » l’équipe. Toutefois, le directeur, qui officieusement était en
fait défavorable à cette supervision, faisait passer le message à son équipe (à
notre insu) qu’elle était une proche amie de notre propre directeur. Il en
résultait que cette équipe me percevait d’emblée comme un « allié » de la
direction, chargé d’une mission « secrète » et (télé)guidé par « l’agenda caché »
de la direction. Inutile de dire que dans ces conditions, à défaut de clarifier le
contexte, la « supervision » était non seulement impossible, mais qu’elle était
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surtout potentiellement toxique. De même, dans une famille, un membre peut
tenter de disqualifier la thérapie parce que celle-ci est perçue comme une
manœuvre d’un autre membre. En institution, il n’est pas rare que la demande
d’hospitalisation constitue un coup de plus dans une partie d’échecs où
l’objectif n’est pas de traiter un problème mais bien de le perpétuer.
Lever les freins au changement. On peut compléter le travail qui précède en
posant les questions suivantes : Quelle est l’importance du risque ? À quel
point est-ce que ça va être difficile de (action à réaliser) ? Pourquoi et/ou
pourquoi pas ? Imaginez que votre mari soit présent ? Qu’est-ce qu’il dirait ?
Préparer le terrain
La technique consiste à démystifier la thérapie et le thérapeute. Une stra-
tégie consiste à demander l’aide des personnes qui consultent en leur expli-
quant que, contrairement à ce qui est véhiculé dans les films et les médias, les
« psy » n’ont ni boule de cristal, ni baguette magique. On agit selon le même
principe lorsqu’on demande l’aide de famille pour mieux comprendre ce que
le client rencontre comme difficulté. Faute de quoi, l’entourage du patient peut
craindre qu’il s’agisse d’une « convocation » devant des « thérapeutes-juges ».
Encourager la résistance – Approche approbative
Si on demande à une personne de laisser sa main devenir légère et que
celle-ci déclare que sa main devient lourde, l’hypnothérapeute, au lieu de
lutter, approuvera en disant « C’est bien, votre main peut devenir encore plus
lourde ». Trois conséquences découlent de cette intervention : 1° La tentative
de résistance est maintenant définie comme de la coopération ; 2° En outre,
quoi qu’il fasse, le sujet coopère ; 3° Une fois que la personne coopère, on peut
l’orienter vers un nouveau comportement. En général, les personnes qui
« somatisent » facilement lorsqu’elles ont des soucis, sont naturellement
« douées » pour traduire leur univers mental en phénomènes corporels. Par
conséquent, elles peuvent défaire ce qu’elles ont fait. Par exemple, à une
personne qui cherchait de l’aide pour des maux de tête sans cause physique
apparente, je n’ai pas cherché à faire disparaître le mal de tête mais j’ai suggéré
de diminuer la durée, la fréquence puis l’intensité des céphalées. Si un couple
est en conflit perpétuel et ne peut s’arrêter, on ne les incitera pas à s’arrêter
mais à se disputer – approche approbative –, cependant on leur demandera de
changer le lieu, le moment ou tout autre aspect de la dispute – introduction
d’un changement. Notre directive pyjama fonctionne selon ce principe
(vignette 4.1. – Une souris accouche d’une montagne).
Favoriser une réaction pour l’éteindre
Certaines personnes ont développé une « armure » particulièrement
embarrassante pour la bonne marche de la thérapie : ils entrent en contact en
s’opposant d’emblée à leur interlocuteur. Donc, lors d’un premier entretien,
ces personnes s’opposent à l’idée même de la rencontre. Plus le thérapeute
tente de les convaincre de donner au moins une chance à un premier contact,
plus l’entretien risque de s’enliser dans cette question. Que tenter dans ce cas ?
Lors du premier entretien, une épouse se montre peu collaborante et émet des
réserves quant à ses intentions de poursuivre la thérapie. Je déclare alors à
l’épouse que, non seulement je l’approuve, mais qu’en outre, j’estime préfé-
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rable de poursuivre la thérapie sans elle. Par la suite, elle exige de participer
aux entretiens suivants. Ceci peut apparaître comme une provocation, mais là
ne réside pas l’esprit de cette manœuvre. L’idée consiste plutôt à respecter son
« armure » et donc à lui permettre de découvrir que la suite de la thérapie n’est
pas dangereuse puisque le fait de ne pas collaborer – son armure – constitue
une façon d’entrer en relation qui est légitime. L’effet d’une telle intervention
peut s’expliquer d’une autre façon. Si le problème est de savoir « qui décide »,
l’épouse prend une position haute en refusant de collaborer. Après mon inter-
vention, si elle souhaite continuer d’occuper la position haute, elle doit s’op-
poser à ma suggestion en poursuivant la thérapie. En tout état de cause, les
gens cherchent à préserver leur armure. Il ne faut pas combattre cette
tendance, mais au contraire, la respecter et l’utiliser.
Promouvoir un progrès petit mais significatif
On posera la question suivante : « Qu’est-ce que cela signifierait concrè-
tement pour vous de faire un petit pas dans la bonne direction ? Que se passe-
rait-il qui ne se passe pas maintenant ? » Ceci permet d’obtenir une description
du pas suivant, un objectif, et donne de l’espoir. Cette question permet donc
de donner de l’espoir, lequel est, nous l’avons vu, un facteur de changement
essentiel – attente croyante. Par ailleurs, elle est consistante avec un des prin-
cipes du modèle de Palo Alto : « progresser lentement ». Les questions « Que
s’est-il passé de différent ? » et « En quoi serait-ce différent pour vous/lui ? »
sont intéressantes parce qu’elles permettent de déceler et d’amplifier le
moindre petit changement et d’attirer l’attention sur ce que le client fait et qui
produit une amélioration. On peut poursuivre par la question : « En quoi cela
vous a-t-il aidé ? »
La prescription du « faire comme si »
Dans certains cas où la prescription risque de heurter les convictions du
client, le thérapeute peut leur suggérer de « faire comme si ». Ainsi, nous avons
eu affaire aux parents d’un adolescent turbulent qui estimaient qu’ils devaient
avoir le contrôle. Je les ai poussés à lâcher le contrôle en leur demandant de
« faire comme si » afin de mieux le reprendre. Ceci leur a permis d’oser la pres-
cription sans avoir l’impression de capituler sur leurs croyances. Le jeune a
perçu qu’on « lui lâchait les baskets » et est devenu moins turbulent. Du coup,
les parents ont eu le sentiment qu’ils avaient plus de contrôle. Et ainsi de suite.
La technique de l’objection préemptive
Cette technique consiste, au moment de la prescription, à déclarer au
client que l’on pourrait bien lui proposer une piste de solution, mais que l’idée
paraît si singulière qu’on ne pense pas qu’il sera intéressé – ou qu’il est prêt à
l’entendre. « C’est peut-être trop difficile » ou « C’est sans doute trop tôt pour
essayer » ou bien « Vous pourriez essayer quelque chose qui a déjà marché
dans d’autres situations, mais je crains que cette idée ne vous paraisse un peu
folle et il vaut mieux laisser ça pour l’instant ». Cette manœuvre éveille l’inté-
rêt et évite de donner l’impression qu’il s’agit d’une directive. Ce procédé a
sans doute un lien avec les techniques d’amorçage dans la théorie de l’enga-
gement. En outre, il coupe l’herbe sous le pied du client dans le cas où celui-ci
saisirait l’occasion pour s’opposer au thérapeute.
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Dans la situation de Lina, j’utilise son besoin de « faire plier les hommes » pour
lui proposer une prescription (vignette 3.4. – La moins mauvaise des solu-
tions). J’insiste ici sur le sens de cette technique. Il ne s’agit pas de manipuler
le client afin de lui vendre n’importe quoi. Chez Lina, « faire plier les
hommes » constitue une armure. La stratégie consiste donc à respecter et utili-
ser cette armure afin de l’aider à s’engager dans une expérience émotionnelle
correctrice.
3. OBTENIR DES DESCRIPTIONS DU PROBLÈME
Langage vidéo
Pour obtenir des descriptions relativement précises, on invite les clients à
s’exprimer comme s’ils commentaient un film vidéo : « Si vous filmiez ce qui
se passe lorsque vous vous disputez, qu’est-ce que je verrais sur l’écran ? »
Nous ajoutons souvent « comme si vous deviez commenter ce qui se passe sur
l’écran à une personne aveugle ».
En quoi est-ce un problème pour vous ?
Question difficile car le client croit souvent que, parce que nous sommes
thérapeutes, nous connaissons déjà la réponse. Ce n’est évidemment pas le cas.
Cette question est donc utile. Par exemple, une femme se plaint de l’adultère
de son mari. Si on en reste là, presque tout le monde a l’image d’une femme
abandonnée. Pourtant, si on pose la question – en quoi est-ce un problème
pour vous ? – on peut obtenir des réponses différentes d’une personne à
l’autre. Pour l’une, ce sera peut-être en effet un problème d’abandon. Mais
pour d’autres, ce sera un problème de trahison ou d’argent. Outre ces préci-
sions qui font gagner beaucoup de temps dans l’analyse du problème, cette
question permet d’envoyer le message que nous – thérapeutes – ne nous situons
pas dans une position de « savoir » et que lui – client – va devoir fournir un
travail important pour que nous le comprenions.
Pourquoi est-ce un problème maintenant ?
Cette question permet généralement d’examiner les changements récents
dans le système du client. La plupart du temps, les gens consultent non pour
obtenir un changement, mais au contraire pour rétablir un équilibre antérieur
qui a été rompu. Il s’agit de savoir lequel. Cette question permet aussi d’éta-
blir des liens entre le moment du cycle de vie familiale et le problème. Par
exemple, on constate davantage de crises familiales lors d’une entrée ou d’une
sortie du système – naissance, mariage, séparation, décès, etc. Enfin, cette
question permet également de déceler la place et la fonction que la famille
donne au thérapeute. Quel équilibre est-il supposé rétablir dans le système en
intervenant ?
Provoquer des formulations interactionnelles
Nous avons expliqué qu’une des premières étapes de notre travail consis-
tait à identifier quelle interaction pose problème dans l’ici et maintenant. Lors-
qu’on demande à une personne d’exposer son problème, elle donne souvent
des réponses causalistes – « c’est parce que… » ou psychologiques – « je suis
dépressif ». Le but est d’amener le client à produire des formulations inter-
actionnelles. Par exemple, on peut poser des questions du genre « Quand cela
se produit-il, comment réagit votre conjoint/enfant/parent/patron… ? », « Et
ensuite, comment réagissez-vous à votre tour ? », etc.
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4. FAIRE ÉMERGER LA DIFFÉRENCE QUI FAIT LA DIFFÉRENCE
Le principe des techniques qui suivent est d’identifier et d’amplifier les
différences entre la « situation-problème » et la « situation-solution ». Dans les
deux cas, le thérapeute doit obtenir des descriptions fines de ce que le client
fait ou ne fait plus, ainsi que du contexte dans la « situation-solution ». Une
fois les contextes ou ces « solutions » identifiés, la thérapie consiste alors à
amplifier ces « exceptions » selon le principe : si quelque chose marche, faites
plus de la même chose.
Projection dans le futur
La projection dans le futur consiste à aider le client à se représenter le
futur débarrassé du problème. Plusieurs techniques sont possibles. L’une
consiste à semer des idées en évoquant des scènes futures positives. Mais la
technique la plus connue est celle de la question miracle.
La question miracle. La question miracle est la suivante « Je voudrais vous
demander d’imaginer qu’un miracle se produira la nuit prochaine et que votre
problème sera résolu. Qu’est-ce qui sera différent demain ? Comment saurez-
vous que votre problème est résolu ? ». Cette question est appropriée pour
faire émerger des solutions. Elle donne également au client la liberté de penser
à des solutions dans le futur sans être surchargé par le poids des problèmes du
passé et du présent.
Autres types de questions. Une excellente technique pour aider la personne
à cerner son problème consiste à lui poser la question : « Comment allez-vous
savoir que ça valait la peine de venir ici aujourd’hui ? » Pour l’aider à formuler
des objectifs, on peut demander : « De votre point de vue, quels sont vos
choix ? »
Projection dans le passé
Exception. À l’inverse de la projection dans le futur, on revient dans le
passé. Non pour y rechercher les causes d’un problème, mais pour y puiser
des ressources. On demandera par exemple : « Avez-vous rencontré une
situation dans le passé où le problème qui vous conduit à consulter
aujourd’hui ne s’est pas présenté ? » Il est assez fréquent que les personnes
rapportent une exception. À ce moment, il importe d’enchaîner avec une
question du type : « Je vais vous demander d’essayer de vous souvenir de ce
qui était différent à ce moment-là et qui pourrait peut-être expliquer que le
problème ne s’est pas produit. » À ce stade, demandera par exemple : « Qu’est-
ce que vous faisiez alors de différent de l’habitude ? » Nous posons toujours
cette question parce qu’elle produit presque toujours des informations utiles,
et parfois décisives.
S’intéresser à la façon dont finit la séquence symptomatique. Dans la même
ligne, Luc Isebaert et Marie-Christine Cabié proposent de s’intéresser à la
façon dont finit la séquence symptomatique. En effet, même si certains clients
estiment que « c’est plus fort qu’eux », ceux-ci finissent tôt ou tard par s’arrêter
de produire le symptôme et par s’occuper d’autres choses. Il est alors essentiel
de demander une description des circonstances qui ont permis de mettre un
terme au comportement problématique. Cette technique consiste en fin de
compte à identifier les incidents, les « grains de sables » qui viennent enrayer
la mécanique bien huilée de la séquence problématique.
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Explorer les résolutions de problèmes analogues anciens. Cette tâche est assez
proche de la précédente excepté le fait que l’on se reporte dans le passé et non
dans le futur. Par exemple, en entretien individuel, on peut demander : « Avez-
vous le souvenir d’une situation où vous avez déjà résolu un problème
similaire ? » En thérapie de couple, le thérapeute peut demander au mari :
« Vous agissez comme si votre épouse avait besoin de protection. Mais si vous
explorez le passé, avez-vous le souvenir d’une situation où X vous a étonné
par sa force ? » Outre qu’elle oriente le client vers les solutions, cette technique
permet d’encourager les partenaires à regarder le « patient identifié » sous un
jour nouveau, plus positif, et de valoriser les ressources et les compétences de
chacun.
Histoires de réussites. Lorsque tous les membres de la famille s’acharnent à
critiquer un de leurs membres, il y a lieu d’y mettre fin et d’orienter la
conversation sur des histoires, des anecdotes qui mettent en scène la personne
ciblée par les critiques en tant que personne positive, qui a des compétences. Par
exemple, on pourra couper court aux critiques en disant « Je suis certain que tout
le monde sait tout cela et que vous l’avez déjà répété des dizaines de fois à la
maison » puis demander « Dans cette séance, je serais curieux de savoir ce qu’il
(la cible) fait bien ». Il est rare que des compétences ne soient pas rapportées.
Dans les thérapies de couple, lorsque les critiques sont acerbes, on peut
également couper court puis demander : « Comment vous êtes-vous
rencontrés » et « Qu’est-ce qui vous a plu chez lui/elle à ce moment-là ? ». L’idée
consiste ici à refaire émerger des moments positifs, des aspects du partenaire qui
sont oubliés ou masqués par la situation actuelle. Cette technique permet
d’organiser des échanges positifs, constructifs, et évite que les séances ne se
transforment en règlement de comptes et en épreuve insoutenable. En outre, elle
constitue une forme de « modèle » d’échange que les partenaires peuvent
ensuite reproduire à domicile.
Les différenciations
Il s’agit ici de faire émerger des solutions par différenciation et par
concrétisation du contexte de solution. De nouveau, on invite le client à se
mettre en position d’observateur de ses propres descriptions. Le rôle du théra-
peute se cantonne à rester sur la voie des descriptions. Les questions suivantes
facilitent grandement ce travail : quelle différence cela ferait si (choix) ?
Exemple : quelle différence cela ferait si vous n’étiez pas rejetée ? De quelle
manière est-ce différent ? (par exemple, si la plainte a disparu). Si on vous
observait avec une caméra cachée, comment pourrait-on savoir que votre
problème est résolu) ? Quelle différence cela fera-t-il ?
Les échelles
On demande au client d’autoévaluer sa situation en lui posant la question
suivante : « Sur une échelle de 0 à 10 – 0 correspondant à la situation où les
choses vont mal et 10 à la situation où vous vous sentirez suffisamment bien
pour ne plus venir ici – où vous situeriez-vous aujourd’hui ? » Ce n’est pas le
chiffre absolu que le client donne qui importe, mais bien la manière dont il est
passé de 0 à ce chiffre – c’est-à-dire, le début de solution qu’il a appliqué. C’est
pourquoi on demandera ensuite : « Comment êtes-vous passé de 0 à X ? »
Enfin, si X = 0, on demandera : « Comment avez-vous fait pour que les choses
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n’empirent pas ? » Il est très rare qu’une personne revienne en expliquant que
la situation s’est détériorée. J’utilise cette technique aussi souvent que possible
afin que le client soit sensible à ses progrès.
Prêter attention aux changements d’humeur
Il importe d’être attentif aux changements d’humeur chez le client. Ces
changements se manifestent par des pleurs ou parfois de façon plus subtile :
oublis, changements dans le débit de parole, hésitations, modifications corpo-
relles, etc. Le thérapeute invite le client à explorer les pensées qui ont entraîné
ce brusque changement d’humeur. Cette technique permet parfois d’établir
des liens entre ce qui se produit actuellement dans le processus thérapeutique
et un événement, une image du passé qui surgit dans l’esprit du client.
Autres questions
On posera aussi souvent que possible la question suivante : « Depuis la
semaine dernière, qu’est-ce qui s’est amélioré ? Qu’avez-vous remarqué de
mieux dans ce qui s’est passé ? » Il n’est pas rare qu’un client commence par
répondre « rien ». Il faut en effet du temps avant que les clients commencent à
penser différemment. On peut également demander : « Quel a été le meilleur
jour de la semaine ? » Il est rare, en effet, que tout aille mal avec la même inten-
sité pendant une semaine.
5. PROMOUVOIR DES VISIONS DU MONDE ALTERNATIVES –
DÉCONSTRUCTION DES CROYANCES
On peut déconstruire les croyances en posant certains types de questions.
Ces questions sont toujours posées à partir d’une attitude que nous définirions
comme étant une forme de « scepticisme bienveillant » ou encore une forme
de « curiosité mandatée » ou d’« étonnement modeste ». Le thérapeute ne
conteste jamais le bien-fondé d’une croyance, ne contredit jamais. Tout au plus
il s’informe et il s’étonne. Ou encore, le thérapeute prend la position d’un
ethnologue qui observe et cherche à comprendre un phénomène ou une tribu
inconnus et passionnants. C’est ce ton qui donne aux questions leur efficacité.
Semer des idées
Le projet est de préparer le terrain avec des idées qui pourront être réuti-
lisées par la suite si la situation le permet. Lorsque l’idée est formulée, le théra-
peute ne cherche pas à convaincre le client de son bien-fondé et passe tout de
suite à autre chose. Plus tard, le client a eu le temps de se faire à l’idée, d’y
réfléchir, voire de se l’approprier. Il n’est pas rare qu’un client formule une
proposition qui n’est qu’une réminiscence d’une idée semée antérieurement.
On trouvera un exemple dans la vignette 3.5. – Les fugues de Naïma.
Croyances et recadrage
Pour en revenir aux prescriptions, celles-ci sont généralement précédées
d’un recadrage. Un recadrage consiste à aider le client à se représenter son
problème sous un angle différent ou plus général, de telle sorte qu’il perçoive
les événements de manière assez nouvelle. Il s’appuie toujours sur une analyse
de la position du client. Il faut parler le langage du client, utiliser sa position.
Dans le cas de l’adolescent rebelle, c’est en parlant le langage du contrôle que
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Annexes techniques 189
le thérapeute peut se faire entendre des parents. Le recadrage permet au client
de se porter acquéreur de la prescription (vignettes 3.3 et 3.4.).
Insister sur ce qui est positif
Cette technique s’appuie sur le principe du renforcement positif bien
connu des comportementalistes. Elle est sans doute l’ancêtre de la connotation
positive du symptôme avancée par des systémiciens. À l’inverse des psychana-
lystes qui considèrent l’Inconscient comme une entité habitée de forces
mauvaises et pathogènes, Erickson pensait au contraire qu’il était habité de
forces positives. Avec Rogers, il pense qu’il existe chez les gens un désir naturel
de développement. En outre, il estime qu’on obtient du client une plus grande
coopération si on insiste sur ce qui est positif. Dans cette perspective, les tenta-
tives de solutions constituent des efforts inefficients mais motivés par un désir
sincère et légitime d’améliorer la situation. Le fait de penser que les gens sont
animés d’intentions positives amène le thérapeute à communiquer avec les
clients et leur famille d’une façon qui promeut effectivement des conduites posi-
tives. Cette attitude incite le client à collaborer et le guide vers des changements
positifs. Le message implicite adressé au client est alors « votre objectif – aller
mieux – est légitime, mais c’est la manière qui doit être changée ».
La connotation positive
Cette technique, également conçue et élaborée par Selvini et son équipe,
consiste à souligner les aspects positifs d’un symptôme. Outre qu’une telle
manœuvre, par son caractère paradoxal, suscite une « surprise », elle permet
de modifier la perception négative que la famille peut avoir du patient dési-
gné. La « protection », fonction soulignée par Haley, constitue un exemple de
connotation positive fréquent (exemple : votre conjoint refuse de vous rencon-
trer afin de vous protéger de sa colère). Dans certains cas, on pourra deman-
der : « Qu’est-ce que ce comportement a permis ? » Sur un mode plus assertif
(à éviter) : « Ce comportement – de l’ado – a peut-être permis de protéger le
couple. C’est un sacrifice pour soulager toute la famille des conséquences de…
» On peut aussi demander : « Quelles seraient les conséquences si ce compor-
tement prenait fin » ou, sous une forme un peu plus provocatrice : « Quels
seraient les risques si ce comportement prenait fin. » Cependant, cette tech-
nique est délicate car elle risque parfois d’induire l’idée que la famille suscite
le problème à cause des bénéfices secondaires de la maladie ou du problème.
Relativiser une croyance
Nous avons indiqué qu’il était plus facile de changer ses façons de faire
que ses façons d’être. Voici une technique qui peut faciliter ce travail. Une
façon de déconstruire une croyance consiste à interroger la personne sur les
fondements de son « savoir ». Il faut toutefois user de cette technique par
touches impressionnistes afin de ne pas donner l’impression que l’on conteste
la croyance du client. L’attitude du thérapeute prendra la forme de l’étonne-
ment et du scepticisme bienveillant. J’ai également recours à cette technique
dans la vignette 4.5. – Simon ou « Comment faire une “bonne” dépression ».
Mobiliser les ressources
De manière symétrique à la technique précédente, on peut mobiliser des
ressources en invitant le client à les explorer. Bon nombre de personnes
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190 Un modèle de thérapie brève systémique
« oublient » qu’elles ont de fait des ressources dans leur entourage. Furman
(2004) demande toujours aux enfants de mettre sur pied un « comité de
soutien ». Cette technique joue un rôle particulièrement important dans la
vignette 4.9. Lorsque le thérapeute s’autoprescrit l’interaction à 180 degrés –
En effet, face à un candidat au suicide, le soutien social (ami, tout adulte bien-
veillant et protecteur) constitue un facteur de protection essentiel qu’il importe
à tout prix de mobiliser.
Transformer de l’histoire
Sluzky (1999) propose d’aider les clients à transformer leurs récits de
« problèmes » en récits de « solutions ». L’idée de base est que, si nous changeons
la façon de parler de nos problèmes, alors nous commençons déjà à changer.
Comment aider à transformer l’histoire ? Des traits rapportés par le narrateur
comme étant réguliers, universels peuvent être relativisés. Par exemple, en
explorant les exceptions (« Quand et dans quelles circonstances le symptôme ne
s’est-il pas manifesté ? »). Des traits rapportés comme statiques peuvent être
transformés en processus (« Vous dites que votre mari est dépressif. Que fait-il
qui vous fait songer qu’il est dépressif ? »). Une histoire rapportée comme
a-historique sera discutée, par exemple en demandant de ponctuer la séquence
des faits, en posant un début, un déroulement, une fin (« Quand est-ce que ça a
commencé ? » ; « Pourquoi maintenant ? » ; « Quelles suites imaginez-vous ? »).
On cherchera également à transformer les causalités, par exemple en travaillant
les conséquences plutôt que les causes, en passant des origines aux effets (« Sans
vous soucier des causes, quel était l’effet de ce comportement sur vous ? » ;
« Qu’est-ce qui arrive lorsque… »). De la même manière, on lèvera les attribu-
tions d’intentions en passant des intentions aux effets (« Sans vous soucier de
l’intention, quel était l’effet de ce comportement sur vous ? »).
Changer le temps. Ainsi, avec des traits rapportés comme réguliers,
universels, on explorera les exceptions. Par exemple, si la personne affirme
qu’elle est dépressive, on pourra lui demander : toujours ? Ne vous arrive-il
pas de sourire ? Qu’est-ce qui arrive lorsque vous oubliez que vous faites une
dépression et que vous avez un bref « éclair de bonheur » ? Lorsque les traits
rapportés décrivent un état statique, on cherchera à transformer les noms en
verbes, à passer d’un état à une action. Comment faites-vous votre
dépression ? Lorsque l’histoire est rapportée comme a-historique, on
s’évertuera à ponctuer la séquence de faits, par exemple en demandant :
quand est-ce que ça a commencé ? Pourquoi cela se produit-il maintenant ?
Quelles suites imaginez-vous ?
Changer l’espace. S’il s’agit d’une histoire non contextuelle, on cherchera à
la re-contextualiser, par exemple en demandant : dans quelles circonstances
cela se passe-t-il, cela cesse-t-il, change-t-il, etc. ?
Changer les causalités. Lorsque la personne se braque sur les causes, on
travaillera les conséquences en passant des origines du problème à ses effets :
sans vous soucier des causes, quel était l’effet de ce comportement sur vous ?
Qu’est-ce qui arrive lorsqu’il ne vous dit pas bonjour le matin ? Lorsqu’une
intention est attribuée à quelqu’un, on cherchera à lever l’intentionnalité : sans
vous soucier de l’intention, quel était l’effet de ce comportement sur vous ?
Changer les interactions. Lorsqu’une histoire est basée sur une personne,
on tente de passer à une histoire de procédure entre personnes : quels
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Annexes techniques 191
comportements spécifiques de cet individu vous mènent à lui attribuer ce
défaut/cette qualité ? Quelle est alors votre réaction ? Et ensuite, comment
réagit-il ? Quand, où, avec qui a-t-il ce comportement ? De même, on glissera
des rôles vers des règles : cette personne assume ce rôle avec qui, dans quelles
circonstances ?
Transformer la façon de raconter l’histoire
Et comment aider à transformer la façon de raconter l’histoire ? On peut
passer du conteur passif au conteur actif (« Qu’est-ce que vous en avez
fait ? ») ; on peut passer de l’interprétation à la description (« Pourriez-vous
me raconter ce qui s’est passé réellement comme si c’était du cinéma ? ») ; on
peut enfin passer de l’incompétence à la compétence (« Existe-t-il des circons-
tances dans lesquelles vous ne réagissez pas de cette manière ? » puis
« Comment avez-vous fait pour ne pas réagir de cette façon ? »).
Provoquer un changement et communiquer au moyen de métaphores
Par exemple, voici un couple en conflit à propos des relations sexuelles,
mais qui préfère ne pas aborder directement le sujet. On choisit un élément de
leur vie analogue aux relations sexuelles et l’on induit un changement dans cet
élément afin d’en provoquer un dans leur comportement sexuel. On leur
parlera, par exemple, d’un dîner en tête-à-tête. Si le couple fait un rapproche-
ment avec les relations sexuelles, le thérapeute fait glisser la conversation sur
un autre sujet puis revient au dîner. On terminera en prescrivant un dîner
agréable pour les deux. Si le couple éprouve un agrément lors de ses repas, il
pourra ensuite transposer cette amélioration dans le domaine des relations
sexuelles sans avoir conscience que c’était l’objectif visé par le thérapeute. À
un psychotique prétendant être Jésus, Erickson avait répliqué : « Il paraît que
vous étiez charpentier ? », ce que le patient ne put nier. Erickson l’orienta alors
vers un projet de construction d’une bibliothèque, et le patient put accomplir
un travail qui l’aida à se resocialiser (vignette 3.1.).
Les métaphores et autres histoires de guérisons
Une métaphore est un détournement de sens effectué en fonction d’une
analogie et non d’un lien logique. Ainsi, en évoquant Louis XIV, on parlera du
roi « Soleil ». Il s’agit donc ici, comme le suggère Watzlawick, de s’adresser au
cerveau droit (sentiments et intuition, poétique, processus primaires, symbo-
lique, analogique, synthétique, structures spatiales et images) et non au
cerveau gauche (pensée et perception, objectif, processus secondaires, céré-
bral, logique, analytique, structures abstraites et mathématiques). Dans notre
contexte, il s’agit de récit « métaphorique ». Une bonne métaphore doit être
pertinente, à l’instar de ce qu’Ausloos (1995) suggère à propos des informa-
tions. Une information pertinente est une information qui vient du système et
retourne au système. En clair, la métaphore, ou du moins son amorce, doit être
quelque chose qui a été déjà suggéré par le client. Le travail du thérapeute
consiste à saisir cet instant et à l’utiliser pour restituer quelque chose au client
qui constitue une mise en forme, une élaboration du problème et des oppor-
tunités que celui-ci ouvre. Par exemple, à une cliente qui avait jadis beaucoup
navigué, nous avons mis en forme à plusieurs reprises ce qu’elle nous racon-
tait de sa vie sous la forme d’une métaphore maritime. Elle avait rencontré
« un sérieux coup de tabac », « elle était partie à la dérive », « elle cherchait à
arriver à bon port », etc. Il s’agit ici de parler le langage du patient. Parfois, il
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192 Un modèle de thérapie brève systémique
ne s’agit pas de proposer, par des moyens détournés, une solution spécifique
mais de suggérer l’idée même de « solution » en ouvrant le champ des
possibles. Ce qu’il y a d’intéressant dans une métaphore, c’est précisément son
caractère flou, un peu énigmatique, qui exige que l’auditeur invente lui-même
la suite, sinon la chute. Il s’agit probablement d’une des techniques qui exige
le plus de créativité. Et la créativité n’est pas transmissible par un manuel.
Toutefois, il existe des recueils d’histoires que le thérapeute peut lire à toutes
fins utiles (Berg et Dolan, 2002). Il peut (et doit) aussi être à l’affût des événe-
ments, petits ou grands, d’anecdotes émouvantes ou amusantes de la vie
quotidienne et qui peuvent constituer de bonnes histoires à raconter. Enfin, la
littérature – bibliographique ou cinématographique (poésie, romans, contes,
récits, films, chansons) – constitue un vivier inépuisable. En un mot, le théra-
peute doit se constituer un répertoire d’histoires à raconter.
Les cartes fonctionnelles
Cette technique est à la fois inspirée des cartes structurales de Minuchin
et de l’analyse fonctionnelle chez les comportementalistes. Ce que nous carto-
graphions ici – sous la forme d’un schéma que nous construisons avec le ou les
clients – ce sont les interactions qui leur apparaissent comme problématiques
et répétitives. Cependant, à la différence de l’analyse fonctionnelle, nos cartes
ne prétendent pas décrire la « réalité » mais la vision que les personnes en ont
d’après leurs propres descriptions. Dès lors, leur fonction n’est pas d’être
« vraie », mais d’être utile. En outre, grâce à cette technique, nous poussons le
ou les clients vers une mise en forme circulaire des liens entre les comporte-
ments. De plus, il ne s’agit en aucun cas d’un diagnostic (au sens d’une réalité
construite par le thérapeute et que ce dernier essaie de « vendre » au client),
mais bien au contraire d’une stratégie destinée à vérifier si le thérapeute est
parvenu à cerner les constructions du client. La carte est une méthode simple
qui permet de demander au client si on a bien compris son problème. Enfin,
les cartes sont des co-constructions. Le thérapeute met en forme ce qu’il croit
avoir compris des descriptions. Le client est invité à réagir. Un signe intéres-
sant se produit lorsque le client se propose de modifier la carte. Ces cartes ne
sont pas exemptes de suggestions implicites. Elles véhiculent par ailleurs
plusieurs messages implicites : « les problèmes et les solutions sont liés à
quelque chose que vous faites (et non à une personne ou à la famille en tant
que telles) ». En outre, ces cartes suggèrent que chacun est impliqué – « c’est
quelque chose que vous faites ensemble ». Et donc, ceci implique que le chan-
gement ne peut se produire que « si vous changez votre façon d’agir ».
Les plaidoiries inversées
Le principe de cette technique est simple. Nous utilisons la métaphore du
tribunal. Chaque partenaire du couple se fait l’avocat de l’autre partie et doit
plaider d’une manière qui soit convaincante pour l’autre partenaire et le théra-
peute. Présenté comme un « jeu », il s’agit en fait d’un exercice difficile qui
consiste à aider chaque partie à entrer dans la vision du monde de l’autre, y
compris et surtout dans son éprouvé. Cette technique sert à parachever un
fruit déjà à moitié mûr, et ne doit pas être utilisée en début de thérapie alors
que les points de vue sont trop divergents ou que le conflit est encore chaud.
Utilisé au bon moment, ce procédé permet d’aider les partenaires à dévelop-
per une compétence indispensable pour la vie en groupe.
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Annexes techniques 193
Étonnement, scepticisme bienveillant
Attitude durant l’exploration des interactions et/ou des croyances. Il a été
maintes fois constaté que l’étonnement naïf était l’attitude la plus efficace pour
explorer l’univers relationnel et le vécu des personnes. Il s’agit ici d’une étape
cruciale puisqu’elle constitue à la fois une méthode pour « diagnostiquer » le
problème, mais aussi une première forme de recadrage. C’est probablement
l’une des raisons principales de l’efficacité de la thérapie interpersonnelle. En
effet, un des principes essentiels de ce modèle consiste à amener le client à une
formulation interpersonnelle de ses troubles dépressifs.
Irrévérence respectueuse. Pour Cecchin et coll. (1991), l’irrévérence – pour
reprendre le titre de l’ouvrage – consiste ici à poser au client des questions telles
que : « La recherche prévoit que, votre père ayant été alcoolique, vous êtes
supposé le devenir aussi. Comment avez-vous fait pour ne pas le devenir ? », ou
bien : « Comment vous sentez-vous lorsque vous entendez tous ces experts
prédire que vous allez refaire un autre épisode psychotique ? » ou encore :
« Jusqu’à quel point estimez-vous devoir être loyal au rôle qui vous est
assigné ? » De notre côté, je demande souvent aux clients qui viennent d’être
admis en hôpital psychiatrique : « Que diable venez-vous fiche dans un endroit
pareil ? ». En questionnant les « évidences », celles-ci ne le sont plus. Ainsi, une
cliente bipolaire nous a un jour dit qu’une des choses qui lui avait fait le plus de
bien était que je lui dise, au terme d’une absence de plusieurs semaines : « Vous
êtes encore là ? Qu’est-ce que vous fichez encore ici ? » De manière moins
provocante, l’irrévérence consiste à s’étonner, sans jugement, de ce qui n’étonne
plus personne, en questionnant les « évidences » (étonnement naïf).
6. PROMOUVOIR DE NOUVELLES EXPÉRIENCES INTERACTIONNELLES
– LES TÂCHES ET LES PRESCRIPTIONS
Déconstruction des tentatives de solution
Nous avons indiqué pourquoi on cherchait à déconstruire des tentatives
de solution. Les questions suivantes facilitent ce travail : « Qu’est-ce que vous
avez essayé pour résoudre votre problème ? Quoi d’autre ? Depuis combien de
temps faites-vous cela ? Quand vous faites cela, observez-vous une améliora-
tion ? Qu’est-ce qui marche le mieux/le moins bien. » Si le client ne perçoit pas
l’impasse, on peut aussi lui demander : « Où voyez-vous que mène cette
route ? » ou « D’après vous, quelles seront les conséquences ? », etc. La
vignette 4.4. – Une expérience de dissociation – constitue peut-être l’exemple
le plus clair de ce livre.
Thématisation
Il s’agit d’une question que le thérapeute se pose après avoir exploré les
tentatives de solution du client. Cette question a pour objectif de dégager le
thème commun, la croyance fondamentale à la base des tentatives de solution.
Tout se passe comme si le client s’imposait (consciemment ou pas) une règle
de conduite du type : « Je dois faire quelque chose » ou au contraire « Je ne dois
pas faire quelque chose ». L’analyse doit conduire le thérapeute à identifier ce
« quelque chose ». Exemple : les parents d’un adolescent peuvent persévérer
dans une tentative de solution dont le thème constant est « Nous devons
contrôler notre fils ». Afin de mieux cerner le thème des tentatives de solution,
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194 Un modèle de thérapie brève systémique
le thérapeute peut, hors séance, tenter de le résumer par une phrase commen-
çant par « Je (ne) dois (pas)… », suivie du thème qu’il estime avoir détecté chez
le client. Cette proposition résume ce que le client pense lorsqu’il répète ses
tentatives de solution. Par exemple, un client phobique peut penser : « Je dois
être très à l’écoute de ce qui pourrait me faire peur. » Un client avec des
tendances hypocondriaques peut se dire : « Je dois être très à l’écoute des
signaux corporels qui pourraient indiquer l’existence d’une maladie. » Ces
pensées fonctionnent comme des autoprescriptions qui motivent les tentatives
de solution et provoquent la persistance du problème.
La technique du pickpocket
La technique du pickpocket consiste à attirer l’attention d’une personne
sur quelque chose pour la distraire d’une autre. Un complice fait mine de bous-
culer un passant, lequel se concentre sur l’évitement de la chute, le pickpocket
aide le passant en lui faisant les poches sans que celui-ci se rende compte de
rien. Cette stratégie – inspirée d’une situation clinique rapportée par Don Jack-
son – repose sur le même principe que la technique des pickpockets ou des
magiciens de foire . La surprise – qui est une émotion puissante – et la vitesse
sont évidemment des facteurs essentiels dans la réussite de la manœuvre. Par
exemple, on peut demander au client de prendre des notes très minutieuses et
très ennuyeuses sur le contexte dans lequel il sent un début de peur : faire un
plan du quartier, compter les arbres, dresser l’inventaire des marques de
voitures et des plaques d’immatriculation, etc. Cette tâche distrait le client de
son symptôme, ainsi que des pensées (notamment des pensées qui déclenchent
les « tentatives de solution ») et des émotions qui l’accompagnent. Cette pres-
cription repose sur la technique du pickpocket puisqu’on subtilise le symptôme
pour le remplacer par une tâche astreignante. Je procède de cette façon avec
Germaine (vignette 5.2. – Une phobie à deux) lorsque je lui demande d’aller
porter une lettre à une ergothérapeute qui travaille dans un autre pavillon. La
patiente va porter la lettre et oublie de produire son symptôme.
Tâche de la première séance
On demande : « Jusqu’à notre prochain entretien, je vous demande d’ob-
server, de telle façon que vous puissiez en parler, ce qui se passe dans votre vie
et que vous souhaitez voir continuer ». Dans la plupart des cas, les clients
rapportent qu’entre la première et la seconde séance, il s’était passé des choses
qu’ils voulaient voir continuer. Cette tâche peut entraîner des améliorations
importantes indépendamment des plaintes exprimées et avant même que le
thérapeute sache quel était le problème. En outre, il s’agit d’une tâche facile
pour le client car on lui demande de poursuivre quelque chose qui se produit
déjà. La tâche a donc d’autant plus de chances d’être accomplie. En retour, l’ac-
complissement de la tâche augmente la collaboration du client avec le théra-
peute. Elle constitue dès lors un bon prédicteur de la suite de la thérapie. Il
s’agit aussi d’une tâche facile pour le thérapeute car elle est toujours identique.
En revanche, elle force le client à observer son système, ce qui permettra d’af-
finer les descriptions. Nous avons expliqué le point de vue d’Ausloos lorsque
ce dernier affirme que l’information pertinente est celle qui vient de la famille
et y retourne. Cette tâche a également une autre fonction : augmentater le
sentiment de maîtrise, d’efficacité personnelle et d’estime de soi.
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Annexes techniques 195
Questionnement circulaire
Selvini et coll. (1982) ont élaboré une méthode de questionnement qui
permet de produire des changements importants. Le simple fait de poser les
questions ci-dessous induit une vision circulaire chez le client et/ou avec ses
partenaires. Idéalement, on invite un des clients à poser la question à son
partenaire. Lorsqu’il y a plus de deux personnes, X pose à Y des questions au
sujet de Z. Puis on permute les rôles. Le sujet Z peut être présent ou absent,
etc. Voici quelques exemples de question : que fait X quand Y fait ceci ? Et
comment X réagit-il alors…? Qui fait le plus/le moins, quand… ? Classez les
comportements/priorités/valeurs suivant(e)s => soutenir la différenciation !
Comment la relation a-t-elle changé après l’événement X ? Qu’arrive(rait)-il si
+ une hypothèse ? Comment chaque membre de la famille réagit-il face au
symptôme ? Ce questionnement présente de multiples avantages. Il rend
concrets et visibles les jeux interactionnels. Les réponses qu’il induit suggèrent
les solutions pour sortir du problème. Il met la famille dans la position d’être
thérapeute d’elle-même. Dès lors, la famille est en mesure de forger ses
propres autoprescriptions, c’est-à-dire le type de prescription ayant le plus de
chances de succès. Il n’y a aucune contre-indication à cette technique, elle est
sans danger et facile à mettre en place.
La force de neutralisation des contraires
Lorsque nous nous heurtons violemment contre un objet, nous avons
tous le réflexe de nous frotter énergiquement à l’endroit où s’exprime la
douleur. Les sensations agréables résultant de ce massage prennent alors le
dessus sur les sensations désagréables. En d’autres termes, une sensation peut
être neutralisée par une autre sensation antagoniste. Ce réflexe banal est une
illustration simple du principe de force de neutralisation des contraires. Celui-
ci permet de corriger des sensations, mais aussi des perceptions, des émotions,
des croyances ou des comportements.
L’inhibition réciproque. L’inhibition réciproque consiste en l’apprentissage
d’un comportement incompatible avec une réponse inadaptée ou non désirée.
Ainsi, le développement d’un comportement sexuel normal peut permettre
d’éliminer un comportement sexuel déviant. Cette approche est également
adaptée dans le cadre des modifications des cognitions et des émotions
embarrassantes. En hypnose, cette technique conduit à l’utilisation du
contraire de ce qui fait naître un problème. Par exemple, Edgette et Edgette
(2001) nous rappellent que les dépressifs sont hyperfocalisés sur le passé et
hypofocalisés sur le futur. Le virage thérapeutique consiste à les aider à
explorer le futur en les faisant voyager dans un temps où leur problème sera
résolu. Ce principe permet aussi de modifier les émotions : lorsqu’une
émotion émerge, si on arrive à faire surgir une émotion antagoniste, celle-ci
chasse la première.
La satiation. La privation peut parfois renforcer des cognitions, des
émotions ou des comportements inadaptés. Par exemple, à une cliente qui ne
pouvait réprimer son besoin d’empiler des serviettes, on propose d’en empiler
plus encore au lieu de chercher à l’en empêcher. C’est dans cette logique que
Nardone (2000) s’inscrit dans le traitement des troubles compulsifs. Par
exemple, à une personne soumise à l’exécution de rituels, le thérapeute
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196 Un modèle de thérapie brève systémique
d’Arezzo prescrira ceci : « Chaque fois que, d’ici à la prochaine séance, vous
exécuterez un rituel, vous devez le faire cinq fois, ni une fois de plus, ni une
fois de moins ; vous pouvez ne pas le faire, mais si vous le faites une fois, vous
devez le faire cinq fois, ni une fois de plus, ni une fois de moins. » Toutefois,
dans la perspective interactionnelle, l’explication du procédé tient également
compte de la relation client-thérapeute. Ainsi, dans la prescription précédente,
le thérapeute s’empare du symptôme compulsif en le faisant devenir quelque
chose de volontaire, et qui donc s’auto-annule ; le thérapeute s’empare du
symptôme puis donne la permission injonctive de ne pas le faire. Quelle que
soit la décision du client – compulser ou non – il ne peut pas ne pas se
soumettre à l’injonction.
Mettre le système sous tension
Ausloos (1983) définit la crise comme l’état d’un système au moment où un
changement est imminent. Le fait de « mettre de la tension » permet d’observer
comment le système réagit dans ces circonstance. Cette opération est réalisée en
transgressant les règles du système au lieu de les respecter. Bien avant l’émer-
gence des théories du chaos, Minuchin était conscient qu’un système ne pouvait
changer que lorsqu’il se situait en un point loin de l’équilibre. Avant de produire
du changement – du moins dans les systèmes rigides – il est dès lors nécessaire
de provoquer une « crise ». Il va de soi que dans un premier temps, le thérapeute
doit tester la capacité du système à y faire face sans trop d’insécurité. Pour
parvenir à ce résultat, on peut utiliser les techniques suivantes : bloquer les
transactions habituelles, souligner les divergences escamotées, expliciter les
conflits implicites, amplifier une déviation, et nouer des alliances temporaires
avec l’un des membres. Il s’agit donc ici d’une démarche que nous pourrions
qualifier de thérapeutique-expérimentale. Il va de soi que le thérapeute doit
savoir jusqu’où il peut aller « trop loin » et être prêt à rebrousser chemin si le
système indique que la transgression est insupportable.
Restaurer une communication claire, directe et non disqualifiante
De nombreuses recherches sur la communication ont montré que bon
nombre de problèmes étaient liés au fait que les échanges n’étaient pas clairs
(confusions) et/ou étaient indirects (le message n’est pas adressé à son destina-
taire réel). Nous avons également montré la place importante des perturbations
de la communication dans des problématiques aussi diverses que la dépression,
la schizophrénie, la violence conjugale, etc. Dans certaines familles, des tabous,
des « conversations attendues » (Expected conversation) sont à la fois espérées et
redoutées. Ces « secrets de Polichinelle » rôdent comme un tigre autour du
village sans jamais surgir, ce qui crée des inhibitions au niveau de l’expression
des émotions, et une distance relationnelle. Enfin, ce problème peut être ampli-
fié à cause d’un effet « tache d’huile » : de proche en proche, on en arrive à éviter
de plus en plus de sujets de conversation afin d’être certain d’aborder les thèmes
dangereux. La tâche du thérapeute consiste alors à inverser avec prudence ce
processus en rendant explicite ce qui était implicite. Lorsqu’il détecte ce type de
problème, le thérapeute invite les membres de la famille ou du couple à entrete-
nir cette conversation mais uniquement dans son bureau. En agissant de la sorte,
le thérapeute indique qu’il a la capacité de contenir l’angoisse suscitée par le
pseudo-secret. À l’opposé, si le thérapeute participe au jeu de dupe en renonçant
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Annexes techniques 197
à lever le voile, il renforce le tabou et les craintes qui y sont associées. Il importe
toutefois de ne pas bousculer les défenses du système en précipitant des « révé-
lations » prématurées. Cette technique exige deux préalables. En premier lieu, il
importe que l’alliance thérapeutique soit solide. Cette alliance apparaît comme
telle lorsque le ou les clients collaborent activement à la thérapie (en livrant des
informations utiles, en participant activement aux entretiens, en réalisant les
tâches prescrites). Par ailleurs, le thérapeute préparera le terrain en évoquant
indirectement le « secret » par la métaphore du « tigre qui rôde et empoisonne
la vie du village » et en examinant les conséquences du dévoilement avant
d’opérer celui-ci. Ce travail préparatoire renvoie à la notion de « frein » chez
Tilmans.
Amplifier une déviation
Une famille est considérée comme un système qui cherche un équilibre
stable. Lorsque cet équilibre est atteint grâce au symptôme, le changement
devient difficile à obtenir. Deux approches s’offrent alors au thérapeute : mettre
le système en crise, ou obtenir un petit changement puis l’amplifier. Dans la
stratégie de la crise, on déséquilibre le système et on oblige celui-ci à se réorga-
niser autour de quelque chose d’autre que le symptôme. C’est ainsi que Minu-
chin procède. Pour parvenir à ce résultat, on peut utiliser les techniques
suivantes : bloquer les transactions habituelles, souligner les divergences esca-
motées, expliciter les conflits implicites et nouer des alliances temporaires avec
l’un des membres. Par exemple, dans une famille où la mère joue le rôle de
centrale téléphonique dans les communications familiales, le thérapeute, en
s’adressant directement aux autres membres de la famille, met le système en
crise en court-circuitant la mère. Il va de soi qu’une telle intervention n’a de
chance d’aboutir qu’à la condition qu’il existe une alliance thérapeutique forte.
Dans la stratégie du petit changement, on choisit un aspect du système, on
provoque une déviation, puis on amplifie celle-ci jusqu’au moment où le
système est obligé de se réorganiser. Erickson explique ce mécanisme par la
métaphore du trou dans une digue : point n’est besoin d’un gros trou pour
provoquer l’inondation. Une fois lancé, le processus s’autoentretient et s’auto-
amplifie. Dans cette optique, le thérapeute recherchera un petit changement à
partir duquel il obtiendra des résultats plus importants ensuite. On cherche une
réaction minime et on s’en sert ensuite comme base de travail en amplifiant la
réaction. C’est pourquoi il faut travailler lentement et fixer des objectifs
minimes. En revanche, si le changement se produit dans un domaine clef, ce
qui paraît minime peut changer le système tout entier.
Encourager les membres du système à (inter)agir en séance
Toujours selon Minuchin, il est intéressant d’encourager la famille à
(inter)agir en séance, soit en saisissant les opportunités lorsqu’elles se présen-
tent, soit en les provoquant (« Montrez-moi comment vous faites pour discu-
ter de ce problème entre vous »). Cette technique peut aider les partenaires à
découvrir leurs propres interactions. Le couple ou la famille deviennent spec-
tateurs de leur propre fonctionnement. La présence du tiers peut agir à la fois
comme cadre contenant et sécurisant. Le thérapeute fait également part de son
ressenti lorsqu’il occupe la place à laquelle il est convoqué par les partenaires
(vignette 5.3. – Les angoisses de mort de Pierre).
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198 Un modèle de thérapie brève systémique
7. CONSOLIDER LE CHANGEMENT ET TERMINER LA THÉRAPIE
L’inpowerment
Lorsqu’un client réussit une prescription ou lorsqu’il produit spontané-
ment une solution, le thérapeute se montre agréablement surpris et intrigué.
Le but est d’accroître le sentiment d’efficacité personnelle et d’estime de soi. Il
s’agit d’attribuer au seul client les mérites d’un progrès. En revanche, le théra-
peute prend toujours la responsabilité d’un échec. En outre, afin de consolider
les résultats, le thérapeute demandera une description détaillée des para-
mètres qui, selon le client, ont permis d’aboutir à un progrès (vignette 3.1. –
Catherine ou « Comment faire soi-même son propre malheur »).
Encourager une rechute
Un client est susceptible de rechuter s’il coopère trop avec le thérapeute
et s’il guérit trop rapidement. La rechute entraînera alors une vive déception
et l’échec sera attribué à la thérapie. On peut y voir également une forme de
résistance – à notre avis légitime et salutaire – au contrôle du thérapeute, mais
qui en l’espèce grève les chances de guérison. Pour prévenir cela, le thérapeute
peut prescrire une rechute de sorte que la seule façon de résister est de ne pas
rechuter. Le thérapeute doit évidemment faire accepter cette étrange prescrip-
tion. Par exemple, j’explique que la rechute est un passage nécessaire dans le
processus de « guérison ». Je propose alors d’étudier avec les clients s’ils ont
bien intégré ce qu’ils ont appris, dans des circonstances où l’émotion risque de
provoquer des oublis. Soit le client résiste en ne rechutant pas, soit il rechute
mais dans ce cas, il ne dramatisera pas la situation et il sera plus vigilant aux
solutions qu’il a mises en place. Dans certains cas, il faut lancer un défi :
« Votre alcoolisme est trop important pour votre relation avec votre mère. »
8. LES SITUATIONS APPAREMMENT SANS ISSUE
L’illusion de choix comme ouverture
Erickson racontait qu’il avait grandi dans une famille qui élevait des
cochons et des poules. Son père lui demandait toujours s’il préférait nourrir
d’abord les poules ou d’abord les cochons, ce qui lui donnait l’illusion d’avoir
un choix, alors qu’en réalité, il n’avait pas le choix de travailler ou ne pas
travailler. Cette technique est bien connue de monsieur tout le monde : ce
procédé marche assez bien avec les enfants récalcitrants (« Veux-tu te coucher
tout de suite ou dans 10 minutes ? »). En hypnose, on ne dit pas « Fermez les
yeux, je le veux » mais « Je ne sais pas quand vous sentirez l’envie de fermer les
yeux. Peut-être sera-ce maintenant ou dans quelques minutes. Lorsque vous
aurez décidé de fermer les yeux, vous serez peut-être étonné de découvrir… ».
Les psychiatres sont habitués à devoir marchander les prises de médicaments
avec certains clients peu coopératifs. On peut obtenir qu’une personne psycho-
tique agitée prenne enfin son neuroleptique en cédant sur le dosage, le nombre
de prises, ou sur leur étalement. En psychothérapie, on peut faire une série de
propositions. Par exemple, lorsqu’on propose une prescription, on évite de
demander au client s’il accepte de l’exécuter, mais on peut lui demander :
« Selon vous, quel serait le meilleur moment pour remplir cette tâche ? »
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Annexes techniques 199
Présenter une option plus mauvaise
Il s’agit de pousser le client dans une direction de façon à l’inciter à en
prendre une autre. À une personne insomniaque, on propose une catégorie de
choses à faire, par exemple « prendre de l’exercice ». On spécifie ensuite
quelque chose que la personne n’aura pas grande envie de faire. Par exemple,
faire des pompes à deux heures du matin. En proposant cela, on oblige la
personne à faire un autre choix, par exemple dormir. Cette technique a été fort
développée par Haley (1984, 2004) sous le label de « Ordeal Therapy » (théra-
pie par l’épreuve). On essaie en fait que la personne choisisse spontanément un
autre élément de la catégorie (vignette 3.4. – La moins mauvaise des solutions).
Technique du pire
Il s’agit d’une manœuvre que beaucoup de gens utilisent spontanément
au quotidien (par exemple, dans le cas d’un accident de voiture, on se console
en imaginant le pire, puis en se disant qu’il n’y a aucun blessé). Ainsi, si un
client est anxieux, on peut lui demander de songer à ce qui pourrait arriver de
pire. Le pire en question doit être virtuel et improbable alors que la crainte
actuelle est fondée. Évidemment, cette technique est à éviter avec des sujets
dont le pronostic psychiatrique ou vital est péjoratif. Ce procédé repose sur un
principe similaire à celui de l’inhibition réciproque sauf que dans le cas
présent, au lieu de faire émerger une émotion antagoniste, on fait émerger une
émotion de même nature mais plus intense bien qu’improbable. On peut aussi
demander « Si la situation empire, quelles seraient les conséquences ? ». Cette
question présente de multiples vertus : elle permet de dévoiler les craintes
masquées (Making overt what is covert), elle comporte un message implicite
important de la part du thérapeute : « On peut parler des choses difficiles »
(comme les automutilations, les TS, les angoisses de mort ou de folie), elle
comporte un second message implicite : « Je suis assez fort pour faire face au
pire avec vous », « Je suis avec vous ». Parfois, l’humour intervient. L’am-
biance sinistre du début de séance s’était muée en rire et prise de distance. Plus
généralement, la technique du pire aide à prendre de la distance avec des
angoisses irrationnelles.
9. AUTRES TECHNIQUES
Transformer un patient en client
Plus qu’une technique, il s’agit ici d’un ensemble d’attitudes que le théra-
peute se doit d’adopter. L’idée consiste à faire en sorte de transformer un plai-
gnant ou un patient en client. Par définition, un patient est passif. Il patiente !
Il attend que l’aide lui soit prodiguée. À l’opposé, un client est « acheteur » du
changement. Il est actif. Certains contextes de soin sont de véritables
« fabriques » de patients. Songeons à bon nombre d’unités de soins dans les
hôpitaux psychiatriques. De même, un thérapeute peut induire l’idée qu’il est
le moteur du changement et faire croire au patient, souvent malgré lui, qu’il
dispose d’une « baguette magique » (qui produit le changement que le patient
est incapable de produire lui-même) et d’une « boule de cristal » (qui lui
permet de voir et comprendre ce que le patient ne voit pas et ne comprend
pas). Il appartient au thérapeute de transformer le patient en client. Dans ce
but, il doit signifier par divers moyens que la « boule de cristal » et la
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« baguette magique » sont entre les mains du client et non entre les siennes. Il
adopte une position basse, il consulte le client comme un expert de son propre
problème, et l’incite sans cesse à décrire ce qu’il a déjà entrepris pour résoudre
son problème ou ce qui marche déjà bien.
La chaise vide
Cette technique consiste à « convoquer » les absents en les figurant en
séance par une chaise vide. On incite ensuite le client à engager un dialogue
imaginaire avec l’absent : « Que pensez-vous qu’il vous dirait » ; « Qu’attend-
il de vous » ; « Qu’auriez-vous envie de lui répondre » ; « Et qu’attend-il de
moi, le psy ? », etc. Cette technique est particulièrement utile lorsqu’il s’agit de
consultation sous contrainte ou lorsque l’absent est décédé ou en rupture
totale avec le client. Dans les situations de contrainte, ce procédé permet de
trianguler ainsi. Dans le cas de personnes décédées ou en rupture, cet artifice
permet d’enclencher des deuils non faits, de faire émerger les tiers pesants
(Goldbeter, 1995) ou de lever une limitation. À la différence d’un problème,
une limitation n’a pas de solution. Par exemple, on ne peut faire revenir les
morts ou un membre amputé. La fonction de cette technique consiste alors à
aider le client à accepter la limitation et à passer à autre chose.
La prescription du symptôme
La prescription du symptôme consiste, comme son nom l’indique, à invi-
ter le client à manifester son symptôme. Cette technique est utile lorsqu’on
soupçonne que le client utilise le symptôme pour s’opposer à son entourage
ou au thérapeute. Le client, pour s’opposer, est alors obligé de ne pas avoir le
symptôme. La porte est alors ouverte à une expérience émotionnelle correc-
trice. Cette technique est également utile lorsqu’une personne semble présen-
ter une problématique de contrôle. Un besoin excessif de contrôler rend
généralement la situation incontrôlable : régimes alimentaires trop stricts,
assuétudes, actions impulsives. Nardone (2000) illustre assez bien comment il
retourne la situation à l’avantage des clients boulimiques en leur prescrivant
soit de se contrôler, soit de se gaver. C’est là une technique qui peut être effi-
cace, mais uniquement dans la situation que nous avons avons décrite. Il faut
évidemment éviter la prescription de symptôme lorsque celui-ci est trop
dangereux pour la santé du client ou de son entourage.
Suggestion – Hypnose sans hypnose
On peut parler de suggestion lorsqu’une idée est introduite lors d’un
moment de réceptivité. Dans notre modèle, suggestion et prescription étaient
à peu de chose près synonymes. Un détail, qui a son importance, les sépare
cependant. Dans la prescription, le thérapeute demande explicitement au
client de réaliser la tâche alors que dans la suggestion, le thérapeute ne
demande pas explicitement au client de réaliser la tâche. Par conséquent, dans
notre jargon, le terme « suggestion » renvoie à ce qu’on appelle en fait une
suggestion indirecte.
Création de séquences d’acceptation à partir de truismes
Le recours aux truismes constitue une méthode efficace pour créer des
séquences d’acceptation. Par exemple, pour faciliter l’induction d’une transe
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hypnotique, on peut utiliser la séquence suivante : 1° « Chacun d’entre nous a
fait l’expérience de marcher par une froide journée d’hiver et d’avoir ressenti le
froid sur sa peau » ; 2° « Et je suis sûr que vous avez ressenti combien le vent de
l’hiver pouvait être froid sur votre peau, n’est-ce pas ? » ; 3° « Et vous vous
souvenez que vous pouviez voir votre respiration, comme un brouillard dans
l’air froid, n’est-ce pas ? » ; 4° « Et plus vous marchez avec le visage ou les mains
exposées à cet air froid, et plus ils s’engourdissent, n’est-ce pas ? » ; 5° « Et votre
esprit se souvient ainsi de ce qu’est cette sensation d’engourdissement ».
Le cancan
La technique du cancan consiste à organiser des discussions entre théra-
peutes devant le ou les clients. Ce procédé permet de faire passer des messages
de manière indirecte afin de ne pas heurter les personnes. Elle permet aussi de
mettre en scène ce que le client déclenche dans la dynamique d’équipe, et
comment celle-ci parvient à surmonter la difficulté. On trouve un exemple de
cancan à la fin de la vignette 3.5. – Les fugues de Naïma.
10. TRAVAILLER AVEC LES ENFANTS
Lors d’entretiens familiaux avec des enfants, il importe de mettre en
œuvre des méthodologies adaptées. Les tests et le dessin constituent des tech-
niques bien connues sur lesquelles nous ne reviendrons pas. Plusieurs auteurs
ont développé d’autres méthodes dont certaines ont retenu tout particulière-
ment notre attention. Parmi les tests spécifiques, citons le FAT et le FAST. Le
Family Aperception Test qui, comme le TAT, est basé sur une série de planches.
Mais dans ce cas, les planches suggèrent des scènes de la vie familiale : rela-
tions parents-enfants, rivalités dans la fratrie, violence intrafamiliale, etc. La
grille d’évaluation est basée sur la théorie systémique ainsi que sur des
travaux statistiques réalisés sur des populations présentant diverses patholo-
gies. Les études de validation (sur des populations américaines) n’ont malheu-
reusement pas été publiées et il faut se fier au seul manuel. Actuellement, il
existe encore relativement peu d’études basées sur cet outil et il y a donc un
espace important pour des sujets de mémoire. Le FAST se présente sous la
forme d’un échiquier et comporte un jeu de figurines modulables en hauteur.
Il est ainsi possible de représenter de manière symbolique : les distances
(proximité-éloignement-rupture), les coalitions, les frontières, ainsi que les
hiérarchies. La grille d’évaluation est basée sur la théorie systémique. Le FAST
aurait pu remplacer avantageusement l’outil utilisé dans la tâche « proximité
familiale » des travaux de Beavers. Il existe également peu d’études basées sur
cet outil. Enfin, le dépouillement et l’analyse des résultats constituent des
tâches relativement lourdes.
Kid’s skills (Ben Furman)
La thérapie brève nous paraît d’autant plus indiquée que l’on s’adresse à
des enfants jeunes. En ce domaine, Ben Furman (2004) a réalisé un remar-
quable travail. Son approche est à la fois très structurée et ludique, et s’inspire
du courant des thérapies orientées solution. Le postulat de base de son travail
est que si un enfant rencontre un problème, cela signifie qu’il ne maîtrise pas
une aptitude spécifique (skill). Un nouvel apprentissage est donc indispen-
sable. Cette perspective dédouane l’enfant de toute forme de jugement de
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valeur que les adultes sont tentés de porter à l’égard des enfants en difficultés
– « Il est difficile. C’est un caractériel », etc. – et elle met la responsabilité là où
elle doit être : chez l’adulte. On évite ainsi de stigmatiser l’enfant. Pour
Furman, c’est aux adultes qu’il appartient d’aider l’enfant à identifier son
besoin d’apprentissage et à organiser les conditions du succès. Par exemple, on
l’aide à transformer son problème en un projet d’apprentissage. On le pousse
à imaginer les bénéfices qu’il pourra tirer de cet apprentissage. Ensuite, on lui
demande de choisir une créature imaginaire – ce peut être Batman, Buzz
l’Éclair, etc. – ou un héros susceptible de l’aider – son sportif ou son artiste
favori. On l’invite à constituer une équipe de « supporters » qui le soutien-
dront. On lui propose de planifier la fête qu’il organisera lorsqu’il aura réalisé
l’apprentissage, etc.
Jeux et dialogue imaginaires
Avec des enfants plus petits, on aura recours à des jeux qui suscitent un
dialogue imaginaire, par exemple en utilisant des peluches ou des poupées. Le
thérapeute fait parler une peluche et l’on demande à l’enfant de réagir. À cette
fin, il est utile de demander à l’enfant d’apporter sa peluche préférée. Pierre-
humbert et son équipe ont mis au point une procédure basée sur le principe
des histoires à compléter. Le but de la méthode est de favoriser la production
de narratifs de la part de l’enfant. « La procédure du complètement d’histoires est
la suivante : six débuts d’histoires sont successivement proposés à l’enfant, au
travers de la mise en scène de poupées représentant une famille. L’expérimen-
tateur demande chaque fois à l’enfant de terminer l’histoire, en s’aidant des
figurines. Ces débuts d’histoire ont pour but d’inciter une variété de senti-
ments et d’émotions en rapport avec les figures d’attachement (c’est-à-dire les
parents), réaction à la réprimande (l’enfant est à table et renverse son verre de
sirop), réconfort (l’enfant grimpe sur un rocher, tombe et se fait mal), protec-
tion (l’enfant va se coucher et prétend qu’il y a un monstre dans la chambre)…
Les séances sont filmées.
Family Separation Test
Afin de tester la sécurité de base des enfants Byng-Hall (1995) a mis au
point le « Family Separation Test ». Ce test a l’avantage d’être facilement admi-
nistrable durant une thérapie et ne nécessite aucun matériel. Avant la thérapie,
on demande aux parents s’ils sont d’accord pour participer à un test très
simple. On leur donne alors des instructions écrites. Les enfants ne sont pas
avertis de ce qui va se produire, comme dans la Strange Situation Procedure, de
telle sorte qu’ils peuvent supposer que ce sont leurs parents qui prennent les
décisions. Les parents doivent quitter la pièce à un signal donné par le théra-
peute et laisser seuls les enfants avec le thérapeute. Ils doivent revenir dans la
salle au bout de 6 minutes, en entrant ensemble et en restant côte à côte durant
5 secondes avant de réagir naturellement. Cette procédure permet de révéler :
les difficultés éventuelles en cas de séparation ; les comportements de récon-
fort éventuels entre pairs durant la séparation ; les comportements d’attache-
ment éventuels envers le thérapeute ; quelle est la principale figure
d’attachement de l’enfant lors du retour des parents et, enfin, les indices quant
à la nature de l’attachement qui lie chaque enfant à chaque parent.