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Efficacité des rituels politiques performatifs

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Arnaud Mercier
Laboratoire communication et politique, CNRS, Paris
Université de Metz

EFFICACITÉ DU PERFORMATIF
DANS LES RITUELS POLITIQUES

Même dans des régimes ne reposant pas sur l’idéal de souveraineté populaire, rares sont les gouvernants
qui se passent de manifestations contrôlées attestant du soutien ou de l’obéissance que peut leur témoigner
le peuple. À travers des cérémonies civiques, l’objectif est que se dégage de la foule assemblée un sentiment
d’unité, de cohésion. Les gouvernants en profitent pour mobiliser les individus, pour les conditionner, de
façon à les faire adhérer en actes aux desseins du pouvoir, par une participation pleine et entière de l’âme
et du corps. Il s’agit de jouer de tout le pouvoir performatif des rituels collectifs. L’obéissance aux règles
du rituel manifeste la soumission du peuple au pouvoir. Et le rituel assure, par sa médiation, l’apprentissage
politique, car en imposant le respect des formes, les individus sont amenés à incorporer les formes du
respect. Il s’agit d’utiliser des rituels pour servir à l’édification morale du peuple, comme le rappelle Claude
Rivière pour qui « la liturgie peut être un mode de gestion du politique en ce qu’elle fait assumer les normes ».1
Le rituel a vocation à traduire en symboles et en comportements, les idéaux politiques, car il transmet, par
le corps, par l’investissement personnel, des modèles normatifs, dont l’efficacité provient de ce qu’ils sont
vécus et ressentis. En effet, le pouvoir performatif de ces rituels « a pour effet l’incorporation de structures
de pouvoir au moyen de la structuration et constitution du monde et de la perception ; il crée un habitus
qui trouve son expression autant dans des styles de vie spécifiques que dans la reconnaissance d’autorités
et de hiérarchies. […] Le corps est ainsi la mémoire du social ».2 Quelque soit le cadre politique, on peut
dire que le recours aux rituels politiques est crucial pour les pouvoirs en place. Non pas parce que les
rituels seraient exclusivement une source de consensus, de maintien de l’ordre social, comme le croyait
Émile Durkheim, mais plutôt, comme l’écrit David Kertzer, parce que le rituel «permet de créer des solidarités
sans qu’il existe nécessairement un consensus ; il canalise la perception populaire des événements ; il
favorise la formation d’organisations politiques ; il fonde des légitimités ».3 L’implication pleine et entière
du corps et de l’esprit est recherchée. Les rituels usent de toutes les ressources du performatif pour remplir

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les objectifs politiques assignés à ces cérémonies. Les défilés encadrés, les serments solennels, les actes de
communion collective, tout est mis en œuvre pour assurer un conditionnement idéologique et valoriser
l’idéal d’harmonie sociale et politique.

Défiler

Rassembler une foule en cortège, en procession, permet de « faire groupe », de « faire corps »
collectivement. Les trajets canalisés, ordonnés, établissent des frontières impalpables unifiant le groupe.
« Dans le trajet en circuit fermé, le trajet fait boucle, il enferme et enclôt. Il produit ou reproduit une limite
idéale ou réelle qui est le terme sans rupture d’une étendue dont il instaure par là même l’existence qu’il
fonde ou dont il répète le fondement, qu’il protège idéalement par une frontière symboliquement
infranchissable ».4 Un défilé se structure de telle manière qu’il manifeste aux yeux de tous, l’Unité de la
nation, du peuple. La vertu d’une telle démonstration est de « transformer une ou plusieurs relations sociales
réelles et spécifiques en communitas (à la fois temporaire et symbolique). Le défilé, le cortège, en représentant
cette transformation l’effectuent ».5
Souvent le rassemblement se veut une manifestation de l’unité qui lie le peuple et ses gouvernants, ces
derniers étant mêlés au peuple et affichant par divers artifices et mises en scène leur dévouement à la cause
du peuple. C’est une préoccupation constante des pays nouvellement indépendants. À Singapour, la fête
nationale donne lieu à d’importants défilés. Ils ont vocation à ancrer la conscience d’être un peuple uni,
appartenant à un espace donné et capable de dépasser les lignes de division ethniques du pays. Cette conscience
est symbolisée et solidifiée par l’institutionnalisation de pratiques cérémonielles ritualisées, incluant le salut
au drapeau national, le chant de l’hymne national, le serment de loyauté pour le service du pays, sans distinction
de race, de langue ou de religion, l’assistance et la participation aux défilés du jour de la fête nationale.
Défilés qui changent de trajet chaque année et qui, tel le tour de France cycliste, prennent soin de traverser
diverses provinces chaque année, pour occuper symboliquement tout l’espace commun.
Le défilé est la mise en scène de la société à elle-même, son auto-représentation, que cela permette
de répéter indéfiniment le même schéma, ou que cela cherche à faire entrer dans les esprits les changements
intervenus dans les dogmes de codification de la société. Prenons l’exemple du modèle chinois présenté
pour le cinquantième anniversaire de la création de la Chine communiste en 1999. Les équipes de chanteurs
et de danseurs des parades civiles, accompagnées de divers morceaux de musique joués par l’orchestre
militaire, ont défilé sur la place Tienan Men, tenant de hautes et larges bannières exprimant leur soutien
au parti communiste chinois. Un alignement de chars colorés montrant les accomplissements économiques
et le progrès social de la Chine pendant les cinq dernières décennies s’est ajouté au spectacle du défilé.
Les ouvriers des entreprises d’État menaient les formations de parade et criaient en continue leur appui
aux réformes, comme toujours. Mais les représentants du secteur privé furent aussi associés, présentés
comme « une composante importante de l’économie de marché socialiste ». Leur présence dans le défilé

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officiel avait valeur de symbole de la nécessité d’unir tous les efforts pour le développement économique,
fut-ce au prix d’une rupture avec la stricte orthodoxie marxiste.

Prêter serment

Les fêtes révolutionnaires offraient à voir l’instauration du peuple comme peuple. La fête aide la notion
de peuple à prendre consistance, à se représenter et à se révéler à lui-même. La fête révolutionnaire est
selon les termes de Jean Starobinski, « un acte fondateur » elle agit comme une « communion instauratrice »,
« le foyer d’une promesse que la suite des temps devra tenir ».6 À travers ces cérémonies, il s’agit de « créer
un rite de solidarité civique, et de cimenter la communauté nationale ».7 C’est en suivant une telle vision
que les républicains français vont choisir la date du 14 juillet, commémorative de la fête de la Fédération
de 1790, pour jour de la fête nationale. La fête de la Fédération consista en une immense cérémonie sur
le Champ de Mars, le 14 juillet 1790. Cette esplanade dut être transformée en un vaste amphithéâtre aux
gradins talutés, avec installation en son centre d’un « autel de la patrie ». Rassemblés au Champ de Mars,
300 000 spectateurs environ ont vu notamment entrer sur l’esplanade les députés de l’Assemblée nationale
et l’armée fédérale représentant les 83 départements. Sur l’autel de la patrie, Talleyrand, évêque d’Autun,
crosse à la main, entouré de 400 prêtres portant des ceintures tricolores sur leur aube blanche, bénit les
83 flammes blanches représentant les départements déclarant solennellement leur union. Puis, La Fayette
s’avança vers l’autel, l’épée à la main, et prononça le serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Il
fut ensuite saisi par la foule et porté en triomphe. Ce fut alors au tour des députés de l’Assemblée nationale
de prêter le serment puis vint le tour du roi. Louis XVI le fit, mais en ne quittant pas sa place. Ce serment
de fidélité était important pour un royaume qui avait été constitué par annexions successives à la couronne
de provinces ou de cités. Par l’intermédiaire de ce serment, toutes ces provinces se déclaraient françaises,
par libre consentement.
À chaque fois, le serment possède une utilité psychosociale évidente. C’est un acte performatif qui
engage chacun individuellement, mais surtout chacun vis-à-vis de tous les autres, et donc engage la
collectivité dans son ensemble. Car, « lorsque la décision est prise en public, elle a un effet indubitable sur
l’action. Les participants s’y rallient d’autant mieux que le consensus perçu entre eux est plus complet.
(…) Les sociétés ont toujours jugé utile d’engager leurs membres par ces moyens que sont les délibérations,
les serments ou le vote. Les lier par ce moyen a un but, c’est leur interdire de rester neutres et indifférents ».8
Le serment aide à faire advenir le groupe et le sentiment de solidarité. Il existe toujours une impossibilité
réelle de construire un groupe parfaitement soudé. Le risque d’éclatement potentiel se doit d’être exorcisé
solennellement. Le serment pétrifie l’individu, l’enserre dans une obligation, celle de la Loi et de la parole
donnée, mettant tout parjure en situation de conflits internes, de culpabilisation, en plus des risques de
sanction sociale encourus. Tout ceci se passe selon une mécanique psychosociologique admirablement
bien décrite par Hadi Risk. « Le groupe va créer une inertie en quelque sorte factice, pour se protéger des

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menaces récurrentes du pratico-inerte : il va s’agir de présenter librement le risque potentiel de la dispersion


comme impossible et de garantir la communauté actuelle par le groupe futur, en tant que ce dernier vient
interdire tout dépassement, par la praxis individuelle, de la liberté commune. Dans un premier temps,
chacun jure pour faire jurer les autres. Sa conduite vise à assurer la liberté commune en convoquant les
autres à jurer. Jurons ! Pourtant cette attitude conserve l’inconvénient majeur de ne le garantir en rien
contre sa propre liberté et ses possibles futurs. Alors intervient le second moment du serment : faire jurer
les autres, ce performatif permet de le garantir contre lui-même, par la médiation de tous ces autres qui,
ayant juré, ont désormais prise sur lui à travers sa propre liberté ».9

Communier

Les fêtes républicaines françaises de gymnastique à la fin du XIXe siècle illustrent la volonté politique
de mettre en place des exercices corporels propres à utiliser toutes les ressources du performatif au service
d’un endoctrinement politique. Comme dans d’autres pays occidentaux, à pareille époque, la France célébra
un nouveau culte laïc, celui de l’hygiène physique par le sport et la musculation, lors de grands rassemblements
collectifs. Les cérémonies de gymnastique de masse organisées par le pouvoir républicain offraient le spectacle
de la régénération physique et morale du peuple, communiant dans un même effort. Lors de ces fêtes, la
République démontrait la possibilité de rassembler en foule des masses humaines, sans risques de sédition
ou d’émeute. Tant dans les tribunes que sur le champ, l’allant populaire était canalisé par un rituel. La
débauche d’énergie de chacun ne présentait pas un danger de rupture du lien social, mais se voulait au
contraire la preuve de son renforcement, l’indice d’une communion dans un même idéal, fait de maîtrise
de son corps, de discipline et d’acceptation d’une certaine souffrance. Lors de ces exhibitions de gymnastique,
« il s’agit d’affirmer la possibilité d’ordonner une multitude, de la rendre productive sans avoir pour autant
recours à une discipline extérieure oppressive et abusive, d’établir que l’obéissance consciente et acceptée
à la règle commune est la condition de l’harmonie et de la prospérité et de prouver que la soumission
volontaire à la loi est le fondement de l’ordre social, du succès de chacun et de la réussite collective ».10 La
mise en scène démontre à l’envi qu’il est possible d’éduquer les masses à partir d’une multitude désordonnée,
incontrôlée. L’atmosphère est chargée, les énergies sont électrisées mais pour mieux être canalisées.
« L’athlète [devient] cette figure générique qui cristallise à la fois la puissance et l’obéissance, et dont la
souveraineté n’a d’égale que la docilité ».11 Le sportif, fréquemment qualifié de patriote, se change en figure
valorisée, symbole d’esprit de corps et de sacrifice, conscient de ses devoirs collectifs. Autant de valeurs
qui font écho à la situation politique de la France des lendemains de la défaite contre la Prusse et qui
considère que les raisons de sa défaite sont à trouver dans l’absence d’une dynamique collective nationale,
au contraire de l’esprit unitaire prussien. Voilà pourquoi ces fêtes peuvent être qualifiées, à bon droit, par
Pierre Chambat de « miroir magique dans lequel le peuple contemple, exalté, le spectacle de sa régénération
et de sa dignité retrouvée ».12

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Dans les cérémonies comme celles de Nuremberg, les dignitaires nazis cherchaient plus encore à doter
les participants d’une véritable conscience, dont l’efficacité serait capable « d’entraîner des changements
feints ou réels dans le cosmos ou dans la société. Le nous exalté se fond dans un tout qui devient capable
d’admettre et de réussir des entreprises redoutées ou pénibles, irrationnelles ».13 À la tribune du congrès
du parti en 1934, Hitler prédisait le pouvoir d’entraînement d’un tel cérémonial, affirmant que « tous les
Allemands hésitants vont être national-socialisés ». Dans un autre discours Hitler détailla sa vision. « Quand
un participant pénètre un rassemblement de masse pour la première fois et fait soudainement face à des
dizaines de milliers d’hommes avec les mêmes vues autour de lui ; quand, comme quelqu’un qui cherche,
il se lance vivement avec l’effet puissant d’une extase suggestive de trois ou quatre mille autres ; quand le
succès visible et l’accord de milliers confirment le bien fondé d’un enseignement (…), l’homme qui pénètre
un tel rassemblement en proie aux doutes et aux hésitations, les quitte, renforcé dans son for intérieur ; il
est devenu un membre de la nouvelle communauté ».14 À ce stade, « la masse devient un véritable espace
d’action politique », le mouvement programmé des foules devient « le giron d’où naît la nouvelle Gestalt
de masse nationale-socialiste ».15

Conclusion : figurer l’harmonie sociale et politique

Nombre de ces mises en scène visent à rassembler les assujettis et à leur administrer une double preuve,
celle du bien fondé de leur obéissance au pouvoir et corollairement de leur harmonieuse association. Dès
la Révolution française, les fêtes révolutionnaires avaient une fonction de pédagogie politique des masses,
théorisée par leurs organisateurs, comme Condorcet, dans son célèbre rapport sur l’instruction publique
d’avril 1792 : « Rien ne tend mieux à ce but que l’institution des fêtes publiques. Au sein des grands
rassemblements qu’elles produisent, les citoyens s’unissent, se jugent, se connaissent, une bienveillance
commune les anime, l’imagination s’exalte, le courage s’élève, l’âme s’ouvre à l’amour de la chose publique
et à celui de ses semblables. »
Les cérémonies ritualisées visent à susciter une exaltation collective, à faire monter l’intensité
émotionnelle de la foule soumise aux mises en scène du pouvoir. « Le rite séculier devient une sorte de
métalangage à forte valence communicationnelle. » La force du rite dépend étroitement de l’émotion qu’il
soulève. À cet égard, le chant ou la déclamation de slogans possèdent toutes les qualités requises pour
forger une dynamique de groupe, pour aider à faire advenir une sensation de confraternité. Ce que de
nombreux mystiques savaient depuis longtemps. Michel Poizat nous explique la dynamique psychologique
qui est à l’œuvre dans ce cas. « Dans l’union, la fusion mystique des voix et des cœurs, les limites
d’individuation s’abolissent : les identités individuelles s’effacent derrière l’identité du groupe ainsi constitué.
[...] Cet aspect fusionnel est parfaitement perçu et décrit par saint Jean Chrysostome lorsqu’il rappelle
que si les membres de la communauté sont différents d’âge, de sexe, de condition, ils ne se distinguent pas
par leur chant. Car un seul et même esprit conduisant leurs voix fait retentir une seule mélodie ».16

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Liés aux fêtes de masse, figure toujours un rêve d’unanimité et une volonté de dépassement des ferments
habituels de la conflictualité sociale ordinaire. Dans l’esprit des révolutionnaires, inspirés par Rousseau,
« la fête est un acte social qui permet de supprimer les barrières entre les hommes, de rétablir le courant
de fraternité entre les consciences. Au cours de la fête, l’unanimité se soude en s’extériorisant ; elle supprime
les divergences d’intérêts qui font les sociétés malheureuses, elle restaure les grandes exaltations qui, jadis,
aidèrent les membres du groupe à se rassembler ; elle établit la participation qui est l’essence même de
toute société ».17 À cet égard, les rituels acquièrent une grande importance. Leur répétition est synonyme
de stabilisation. Ils montrent à tous que tout va bien, que les choses sont comme elles devraient être. Souvent
les méchants, les ennemis sont châtiés, le peuple vertueux est récompensé, les serviteurs héroïques sont
remerciés, l’ordre souhaité est conforme à l’ordre montré.
Les rituels totalitaires ou fascistes, servent à exprimer l’idéal d’une unité profonde du peuple. Les
rassemblements nient les discordances et les oppositions qui séparent les participants. L’imaginaire mis
en œuvre masque les réalités sociales, notamment en donnant le sentiment d’effacer les coupures sociales,
en associant chacun d’une manière quasi fusionnelle par la dépossession temporaire de soi. À Nuremberg
comme dans la mise en scène fasciste, tout est fait pour développer le mythe d’une parfaite communion,
symbolisée par le port d’un uni-forme, d’une même chemise noire pour tous. « Le fascisme espérait ainsi
gommer l’antagonisme entre l’individu et la masse et dépasser sans toutefois l’abolir la distinction entre
les classes sociales, noyant l’individu dans la communauté totalitaire et transformant la masse elle-même
par l’adoption d’un style de vie qui fût la traduction concrète d’une conscience de la collectivité, mettant en
place des occasions de vie resserrant les liens de la communauté, destinées donc à produire des états d’âme
collectifs qui de temporaires deviendraient permanents, tout ceci par le biais de manifestations collectives
constituant un enchaînement de moments de vie qui développent le collectif de l’existence et en font le substrat
psychologique de notre peuple [selon les mots de Mussolini lui-même]. »18
À l’époque contemporaine, sous une forme moins paroxystique, le même idéal d’unité harmonieuse
subsiste dans les mises en scène jouées. On songe à toutes ces fêtes dans les stades, à l’occasion de
cérémonies officielles, politiques ou sportives, où chaque spectateur est appelé à devenir acteur, en
déployant des drapeaux ou des morceaux de carton colorés ou dessinés, qui forment, grâce à la parfaite
synchronisation de tous des figures mouvantes. L’impression d’harmonie qui se dégage d’une telle
collaboration est notable. C’est ce que ressent ce journaliste singapourien lors de la fête nationale. « Quand
60 000 paires de mains de diverses couleurs se dressent pour aider à déployer un drapeau géant à la taille
du stade entier, on ne peut que ressentir cette métaphore parfaite de l’esprit de coopération qui a tenu
ensemble cette île de divers peuples depuis 25 ans. »19

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Efficacité du performatif dans les rituels politiques

NOTES

1. RIVIÈRE, Claude, « La ritualisation des mythes révolutionnaires », in CHALAS, Yves (dir.), Mythe et révolutions, Presses
universitaires de Grenoble, 1990, p. 139.
2. WULF, Christoph, ZIRFAS, Jörg, « La pratique sociale comme rituel : perspectives du performatif », in WULF, Christoph et al.,
Penser les pratiques sociales comme rituels, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 410.
3. KERTZER, David, « Rituel et symbolisme politique dans les sociétés occidentales », L’Homme, 121, XXXII (1), janvier-mars
1992, p. 80.
4. MARIN, Louis, De la représentation, Paris, Gallimard/Seuil, 1994, p. 52.
5. MARIN, Louis, De la représentation, Paris, Gallimard/Seuil, 1994, p. 60.
6. STAROBINSKI, Jean, 1789 : les emblèmes de la raison, Paris, Flammarion, 1973, p. 65.
7. ROSEMONDE, Sanson, Les 14 juillet (1789-1975). Fête et conscience nationale, Paris, Flammarion, p. 40.
8. DOISE, Willem, MOSCOVICI, Serge, Dissensions et consensus. Une théorie générale des décisions collectives, Paris, PUF, 1992,
p. 62.
9. RISK, Hadi, « Du groupe en fusion au serment : un mode d’existence du groupe », in GOETZ, Rose, TROGNON, Alain (dir.),
L’Invention du peuple, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1993, p. 134.
10. CHAMBAT, Pierre, « La messe républicaine », Traverses, n° 21-22, mai 1981, p. 199.
11. EHRENBERG, Alain, « Aimez vous les stades ? Architecture de masse et mobilisation », Recherches, n° 43, 1980, p. 28.
12. CHAMBAT, Pierre, « La messe républicaine », Traverses, n° 21-22, mai 1981, p. 198.
13. DUVIGNAUD, Jean, Fêtes et civilisations, Genève, Weber, 1973, p. 171.
14. Cité in TAYLOR, Simon, « Symbol and Ritual under National Socialism », British Journal of Sociology, vol. 32, n° 4,
décembre 1981, p. 512.
15. GUILBERT, Laure, Danser avec le III e Reich, Bruxelles, éditions Complexe, 1999, p. 327.
16. POIZAT, Michel, La Voix du diable. La jouissance lyrique sacrée, Paris, Métailié, 1991, p. 28.
17. DUVIGNAUD, Jean, « La fête civique », in DUMUR, Guy (dir.), Histoire des spectacles, Paris, Gallimard, 1965, p. 239.
18. GENTILE, Emilio, « Les cérémonies fascistes : le Duce et les masses », in DELOYE, Y., HAROCHE, C., IHL, O., Le Protocole ou la
mise en forme de l’ordre politique, L’Harmattan, 1997, p. 289.
19. Cité in KONG, L., YEOH, B., « The construction of national identity through the production of ritual and spectacle. An analysis
of national Day parades in Singapore », Political geography, vol. 16, n° 3, 1997, p. 227.

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