DS – PT / PT * - Hobbes, Léviathan, chapitre 13
Rendre le brouillon et le texte et résumer en 200 mots (un écart de 10 % en plus ou en moins
sera toléré), sur une feuille double, la première page laissée vierge, en écrivant une ligne sur
deux, avec des barres transversales tous les 20 mots et en indiquant le total à la fin.
La nature a fait les humains si égaux quant aux facultés du corps et de l'esprit que,
bien qu'il soit parfois possible d'en trouver un dont il est manifeste qu'il a plus de force dans le
corps ou de rapidité d'esprit qu'un autre, il n'en reste pas moins que, tout bien pesé, la
5 différence entre les deux n'est pas à ce point considérable que l'un d'eux puisse s'en prévaloir
et obtenir un profit quelconque pour lui-même auquel l'autre ne pourrait prétendre aussi bien
que lui. En effet, en ce qui concerne la force du corps, le plus faible a assez de force pour tuer
le plus fort, soit par une manœuvre secrète, soit en s'alliant à d'autres qui sont avec lui
confrontés au même danger.
10 Je trouve que parmi les humains, l'égalité est plus grande en ce qui concerne les
facultés de l'esprit qu'en ce qui concerne la force. [...] Ce qui, peut-être, peut faire qu'on ne
puisse croire à une telle égalité, n'est que la vaine idée que chacun se fait de sa propre sagesse,
sagesse dont presque tous pensent qu'ils en disposent à un degré supérieur aux gens ordinaires
– autrement dit tout le monde à l'exception d'eux-mêmes, et de quelques autres qui sont
15 populaires ou avec qui ils sont d'accord. Car telle est la nature humaine que, quel que soit le
nombre de ceux que l'on estime être plus intelligents ou plus éloquents ou plus savants, on
aura pourtant du mal à croire qu'il y en a beaucoup de plus sages que soi-même ; en effet,
chacun voit sa propre intelligence de près et celle des autres de loin. Mais cela prouve que,
sous ce rapport, les humains sont égaux plutôt qu'inégaux. Car il n'existe pas d'ordinaire de
20 meilleur signe d'égalité dans la distribution de quelque chose que le fait que chacun soit
satisfait de sa part.
Cette égalité des aptitudes engendre l'égalité dans l'espérance que nous avons de
parvenir à nos fins. Et donc, si deux humains désirent la même chose, dont ils ne peuvent
cependant jouir l'un et l'autre, ils deviennent ennemis et, pour parvenir à leur fin (qui est
25 principalement leur propre conservation et parfois seulement leur jouissance), ils s'efforcent
de s'éliminer ou de s'assujettir l'un l'autre.
À cause de cette défiance de l'un envers l'autre, un homme n'a pas d'autre moyen aussi
raisonnable que l'anticipation pour se mettre en sécurité, autrement dit se rendre maître, par la
force et les ruses, de la personne du plus grand nombre possible de gens, aussi longtemps qu'il
30 ne verra pas d'autre puissance assez grande pour le mettre en danger. Il ne s'agit là de rien de
plus que ce que sa propre conservation requiert – ce qui, généralement, est permis.[...]
De même aussi, les humains n'éprouvent aucun plaisir (mais plutôt un grand déplaisir)
à demeurer en présence les uns des autres s'il n'y a pas de puissance capable de les tenir tous
en respect. Car chacun cherche à s'assurer qu'il est évalué par son voisin au même prix qu'il
35 s'évalue lui-même ; et à tout signe de mépris, chaque fois qu'on le sous-estime, chacun
s'efforce naturellement, dans la mesure où il l'ose (ce qui, parmi ceux qu'aucune puissance
commune ne tient tranquilles, est suffisant pour qu'ils s'exterminent les uns les autres),
d'obtenir par la force que ses contempteurs1 admettent qu'il a une plus grande valeur, et que
les autres l'admettent par l'exemple.
40 En sorte qu'on trouve dans la nature humaine trois causes principales de conflit :
premièrement, la compétition ; deuxièmement, la défiance ; troisièmement, la gloire.
La première pousse les hommes à attaquer pour le profit, la seconde pour la sécurité et
la troisième pour la réputation. Dans le premier cas ils utilisent la violence pour se rendre
maîtres de la personne d'autres hommes, femmes, enfants, et du bétail ; dans le second, pour
45 les défendre ; dans le troisième, pour des détails, comme un mot, un sourire, une opinion
différente et tout autre signe qui les sous-estime, soit directement dans leur personne soit, par
contrecoup, dans leur parenté, leurs amis, leur nation, leur profession ou leur nom.
1 Contempteur = celui qui méprise, critique ou dénigre violemment.
Par cela il est manifeste que pendant ce temps où les humains vivent sans qu'une
puissance commune ne leur impose à tous un respect mêlé d'effroi, leur condition est ce qu'on
50 appelle la guerre ; et celle-ci est telle qu'elle est une guerre de chacun contre chacun. En effet,
la guerre ne consiste pas seulement dans la bataille ou dans l'acte de combattre, mais dans cet
espace de temps pendant lequel la volonté d'en découdre par un combat est suffisamment
connue ; et donc, la notion de temps doit être prise en compte dans la nature de la guerre,
comme c'est le cas dans la nature du temps qu'il fait. Car, de même que la nature du mauvais
55 temps ne consiste pas en une ou deux averses, mais en une tendance au mauvais temps, qui
s'étale sur plusieurs jours, de même, en ce qui concerne la nature de la guerre, celle-ci ne
consiste pas en une bataille effective, mais en la disposition reconnue au combat, pendant tout
le temps qu'il n'y a pas d'assurance du contraire. Tout autre temps est la paix.
Donc, toutes les conséquences du temps de guerre, où chacun est l'ennemi de chacun,
60 sont les mêmes que celles du temps où les humains vivent sans autre sécurité que celle
procurée par leur propre force, ou leur propre ingéniosité. Dans une telle situation, il n'y a de
place pour aucune entreprise parce que le bénéfice est incertain, et, par conséquent, il n'y a pas
d'agriculture, pas de navigation, on n'utilise pas les marchandises importées par mer, il n'y a ni
vastes bâtiments, ni engins servant à déplacer et déménager ce qui nécessite beaucoup de
65 force ; il n'y a aucune connaissance de la surface terrestre, aucune mesure du temps, ni arts ni
lettres, pas de société ; et, ce qui est pire que tout, il règne une peur permanente, un danger de
mort violente. La vie humaine est solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève.
Il peut paraître étrange à celui qui n'a pas bien pesé ces choses, que la nature dissocie
ainsi les humains en les rendant capables de s'attaquer et de s'entre-tuer les uns les autres ;
70 celui-là peut ne pas accepter une telle déduction faite à partir des passions et il désire peut-être
que la même chose lui soit confirmée par l'expérience. Qu'il s'observe donc lui-même quand,
pour partir en voyage, il s'arme et cherche à être bien accompagné ; quand, allant se coucher,
il boucle ses portes ; quand, jusque dans sa propre maison, il verrouille ses coffres, et cela tout
en sachant qu'il y a des lois et des agents publics armés pour punir tous les torts qu'on pourrait
75 lui faire. Quelle opinion se fait-il de ses semblables quand il voyage tout armé, de ses
concitoyens quand il boucle ses portes, et de ses enfants, de ses domestiques quand il
verrouille ses coffres ? N'accuse-t-il pas autant le genre humain par ses actes que je le fais par
mes mots ? Pourtant, ni lui ni moi n'accusons ainsi la nature humaine. Les désirs et les autres
passions humaines ne sont pas en eux-mêmes des péchés. Tant que les lois n'ont pas été faites,
80 on ne peut les connaître, et aucune loi ne peut être faite tant qu'on ne s'est pas mis d'accord sur
la personne qui la fera. […]
Ceci aussi est une conséquence de cette guerre de chacun contre chacun : que rien ne
peut être injuste. Les notions du bon et du mauvais, du juste et de l'injuste n'ont pas leur place
ici. Là où n'existe aucune puissance commune, il n'y a pas de loi ; là où il n'y a pas de loi, rien
85 n'est injuste. […] Tel est donc le misérable état du genre humain dans lequel il se trouve par
nature ; il lui est pourtant possible d'en sortir, pour une part par les passions et, pour une autre
part, par sa raison.
Les passions qui poussent les humains à la paix sont la peur de la mort, le désir des
choses nécessaires à une existence confortable, et l’espoir de les obtenir par leur activité. La
90 raison suggère les articles de paix adéquats, sur lesquels ils se mettront d’accord.
95
Corrigé du résumé du texte de Hobbes, Léviathan – PT / PT*
- je, nous, ?
-plan :
I) § 1-2 : argument 1 : les hommes sont égaux sur le plan physique et mental (40 mots)
II) § 3-7 : argument 2 : donc ayant les mêmes ressources, ils ont les mêmes désirs, ce qui leur donne 3
raisons de s’opposer (compétition/méfiance/gloire) (60 mots)
III) §8 à fin : thèse : donc l’état de nature est un état de guerre de tous contre tous, qui dure tant qu’une
autorité supérieure n’instaure pas des lois et des sanctions (100 mots)
Problématique : la vie en communauté est-celle ce qui oppose ou rassemble les individus ?
Proposition de corrigé :
J’affirme que les hommes sont si proches par leurs capacités physiques et mentales originelles,
qu’ils ne peuvent en retirer aucun avantage significatif sur autrui. Le raisonnement universel par lequel
chacun se pense le plus malin témoigne d’autant plus de cette uniformité. (44 mots)
Etant si semblables, ils forment ainsi les mêmes projets, qui les rendent concurrents. Seule une
position de domination peut les mettre à l’abri d’une lutte encore aggravée par le moindre soupçon de
dépréciation. Les hommes se déchirent alors soit pour s’approprier soit pour protéger des biens ou des
proches soit pour rétablir leur honneur bafoué. (58 mots)
Les hommes vivent alors dans une situation permanente d’affrontements car la seule imminence de
l’attaque fait de tout homme un combattant en puissance et annihile toute velléité d’alliance comme toute
perspective de concorde. Dans ce climat de terreur, comment se consacrer au commerce, à l’industrie, aux
sciences et à la culture ? Cette analyse psychologique est corroborée par les précautions que chacun prend
sans cesse pour sa sécurité, même dans nos Etats réglementés. C’est dire que l’agressivité est innée et que
les notions de vice et de vertu n’ont pas cours hors d’une autorité qui les départagerait. Mais accepter une
telle autorité semble à la fois logique et rassurant. (116 mots) Total : 218 mots
Corrigé du résumé du texte de Hobbes, Léviathan – PT / PT*
- je, nous, ?
-plan :
I) § 1-2 : argument 1 : les hommes sont égaux sur le plan physique et mental (40 mots)
II) § 3-7 : argument 2 : donc ayant les mêmes ressources, ils ont les mêmes désirs, ce qui leur donne 3
raisons de s’opposer (compétition/méfiance/gloire) (60 mots)
III) §8 à fin : thèse : donc l’état de nature est un état de guerre de tous contre tous, qui dure tant qu’une
autorité supérieure n’instaure pas des lois et des sanctions (100 mots)
Problématique : la vie en communauté est-celle ce qui oppose ou rassemble les individus ?
Proposition de corrigé :
J’affirme que les hommes sont si proches par leurs capacités physiques et mentales originelles,
qu’ils ne peuvent en retirer aucun avantage significatif sur autrui. Le raisonnement universel par lequel
chacun se pense le plus malin témoigne d’autant plus de cette uniformité. (44 mots)
Etant si semblables, ils forment ainsi les mêmes projets, qui les rendent concurrents. Seule une
position de domination peut les mettre à l’abri d’une lutte encore aggravée par le moindre soupçon de
dépréciation. Les hommes se déchirent alors soit pour s’approprier soit pour protéger des biens ou des
proches soit pour rétablir leur honneur bafoué. (58 mots)
Les hommes vivent alors dans une situation permanente d’affrontements car la seule imminence de
l’attaque fait de tout homme un combattant en puissance et annihile toute velléité d’alliance comme toute
perspective de concorde. Dans ce climat de terreur, comment se consacrer au commerce, à l’industrie, aux
sciences et à la culture ? Cette analyse psychologique est corroborée par les précautions que chacun prend
sans cesse pour sa sécurité, même dans nos Etats réglementés. C’est dire que l’agressivité est innée et que
les notions de vice et de vertu n’ont pas cours hors d’une autorité qui les départagerait. Mais accepter une
telle autorité semble à la fois logique et rassurant. (116 mots) Total : 218 mots