Les inférences
La signification de la phrase est le résultat d’un processus de décodage linguistique.
Traditionnellement, la signification linguistique est considérée comme équivalente au sens littéral, à ce
qui est dit. Searle a montré depuis longtemps que le sens littéral n’est pas limité à la signification
linguistique. Le sens littéral se calcule sur la base d’un arrière-plan, ou contexte. Le sens de l’énoncé
est construit sur la signification de la phrase et du contexte.
Le langage humain est constitué d'un système de signes codés. Cependant, ce langage fournit aussi
des indices révélateurs durant la diffusion du message. Des mécanismes interprétatifs s’appuient sur
ces indices impliqués pour relever les informations implicites. C'est ce que l'on appelle les inférences :
il s'agit de tisser des liens entre l'énoncé et ses données contextuelles et situationnelles pour interpréter
le message reçu et saisir les informations implicites. L'inférence correspond, selon Catherine Kerbrat
Orecchioni, à : « Toute proposition implicite que l’on peut extraire d’un énoncé, et déduire de son
contenu littéral en combinant des informations de statut variable ». Christian Baylon et Xavier
Mignot adoptent une définition proche et insistent sur le côté logique de la déduction en affirmant que
l’inférence est une « information qui se tire logiquement du sens explicite des énoncés ». Ils rappellent
que cette opération passe naturellement par deux types de compétences : une compétence logique, celle
qui se fait par raisonnement, et une compétence encyclopédique basée sur les connaissances possédées
par le récepteur, qui lui permettent de parvenir à la bonne déduction. Les auteurs de La psychologie
cognitive du langage confèrent un rôle remarquable aux inférences en termes d’extériorisation de
l’implicite. Ils les considèrent comme « un petit morceau élémentaire de raisonnement, qui conduit le
système cognitif du compreneur à franchir un pas d’une information à une autre, plus spécifiquement
d’une proposition à une autre. Un raisonnement complet est composé d’une suite de pas de cette sorte
». En effet, lire un texte signifie l’interpréter. Ainsi, le récepteur se sert de ses connaissances et de sa
mémoire pour analyser les informations implicites à partir de ce qui est voilé dans le texte ou dans
l’énoncé. Il parvient à rétablir les informations manquantes et à les remettre en cause pour les vérifier.
Or, elles demeurent incertaines, en particulier dans le cas des sous-entendus. Ce mécanisme
interprétatif constitue une opération rapide, automatique, que l'on fait tous les jours de manière
totalement inconsciente et dont on doute parfois de l’authenticité des résultats.
Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau classent les inférences en trois types :
l’inférence contextuelle dont l'induction passe par la lecture de l'entourage de l'énoncé soumis au
déchiffrage ; l’inférence situationnelle pour laquelle l'interprétation adopte les données de situation
pour décrypter le message ; et l’inférence interdiscursive qui dépend des anciennes connaissances de
l'interlocuteur, stockées dans sa mémoire pour les lier et déterminer l'information implicite.
La pragmatique en tant qu’étude inférentielle de l’acte de communication verbale apporte assez de
lumière sur la compréhension du message à traduire, sur l’interprétation de ce message par le
traducteur, sur le processus lui-même de traduction et sur le contexte. A partir de ces énoncés, le
traducteur émet un certain nombre d’hypothèses. La sélection des hypothèses contextuelles se fait sur
base du critère de la pertinence. L’on traduit ce qui est pertinent. Telle traduction est réussie lorsqu’elle
porte sur ce qui est contextuellement pertinent. Dans cette perspective, il faut rester fidèle au cours de
la traduction, à l’intention communicative du locuteur du message premier.