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Res de France

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RES DE FRANCE
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TRAITÉ DE MORALE GÉNÉRALE

DL - 2 6 9 1967.1 4 6 4 5
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DU MÊME AUTEUR

Le Devoir, Alcan, Paris.


Le Mensonge et le Caraclère, Alcan, Paris.
Obstacle et Valeur, collection « Philosophie de 1’Esprit », Aubier, Paris.
Introduction à la Philosophie, collection « Logos », Presses Universitaires de France,
Paris.
Traiti de Caractérologie, collection < Logos », Presses Universitaires de France,
Paris.
La Destinée personnelle, « Bibliothèque de Philosophie scientifique », Flammarion,
Paris.
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LOGOS
INTRODUCTION AUX ÉTUDES PH ILOSOPHIQUES
Colleclion fondée par Louis LAVELLE
cl continuée par René LE SEN NE et Gaslon BERGER

TRAITÉ
DE MORALE
GÉNÉRALE
par

RENÉ LE SENNE
Membre de 1'Inslitut
Professeur á la Sorbonne

CINQUIÈME ÉDITION MISE A JOUR PAR


PAULE LEVERT

PRESSES UN1V ERSITAIRES DE F RANCE


108, Boulevard Saint-Germain, Paris

1967
VINGTIÈME [Link]
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DÉPOT LÉGAL
lre édition2e trimestre 1942
5® — 3e — 1967
TOUS DROITS
de traduction, de reproduction et d*adaptation
réservés ponr tous pays
© 1942, Presses Universitaires de France
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PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION

Depuis sa publication en 2942, le Traité de Morale de René


Le Senne n'a pas cesse d’être Vinstrument de travail le plus précieux
pour les étudiants et le recueil, chargé d’analyses, de préceptes et
d’exemples, auquel se référait, avec confiance et profit, 1’honnête
homme, soucieux d'éclairer sa conduite et de donner un sens à sa vie.
Dans 1’intention de servir le mieux possible Vinformation de ses
lecteurs, René Le Senne avait incorpore au Traité une bibliographie
très complete, accompagnée parfois de brefs commentaires, quil
completa en 1947 par un index situe à la fin de Vouvrage. Depuis
lors, une intense activité philosophique a donné lieu à de nombreuses
Publications. Aussi, E. Morot-Sir jugea opportun, à 1’occasion d’une
réédition, de mettre à jour la bibliographie et m’en confia le soin.
L’index a donc été considérablement augmenté.
Cétait vraiment la seule addition òt paire à ce livre qui a gardé
toute son actualité.
Comment aurait-il pu vieillir ? S’il se préoccupe de maintenir
la morale au contact de la vie la plus concrète, s’il recommande la
plus vigilante attention aux événements du temps, ce ríest en aucun
de ceux-ci qu’il puise son inspiration et ses jugements, mais dans
une exigence de moralité qui vaut pour tous les temps et quels que
soient les modes à travers lesquels elle se réalise. L’intention primor-
diale de Le Senne est de maintenir la transcendance originelle de
V exigence morale, sa spiritualité irréductible à un fait déterminé, à
« un produit nécessaire de conditions biologiques et sociales de la
vie humaine ». Celles-ci lui permettent de s’actualiser, elles en sont
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VI TRAITÉ DE MORALE GÉNÉRALE

la matièrc : le problème moral se pose toujours à Voccasion de faits


determines par les structures de 1’individu et de la société et elles ne
sont pas étrangères à la manière de le résoudre; mais, qu’il y ait
un problème moral, que la conscience ait souci d’un bien à faire,
d’un mal à éviter ou à combattre, qu’elle pretende juger des actes,
des intentions et méme des normes particulières, voilà qui situe cette
conscience bien au-delà de tous les faits et de tous les jugements
explicites dans telle ou telle situation donnée; voilà qui interdit de
la confondre avec rien de constitué. Elle est comme une âme insaisis-
sable qui circule à travers toute expérience : elle juge des doctrines
en lesquelles des hommes 1’ont, pour un temps et pour un lieu, déjà
manifestée.
En nous proposant de parcourir le «folklore moral », en peignant
des portraits moraux, ce sont les visages méme de cette âme que
Le Senne nous presente; à travers eux, c’est elle quil invoque et
nous fait pressentir. Et c’est pourquoi, pas plus que cette âme, sa
pensée ne peut vieillir.
Le Senne nous rappelle sans cesse 1’obligation d’agir, mais aussi
de réfléchir: il faut que 1'action soit éclairée du dedans. II nous ramène
toujours vers les intentions qui la dirigent, et, en deçà de celles-ci,
« vers le tréfonds de Vesprit, oü, dans 1’unité singulière et invisible
de la conscience secrète, ses intentions germent » (i).
En décrivant «. les manières les plus nobles de vivre qui aient été
proposées à 1’humanité », il nous offre des exemples, nous conduit
à réfléchir sur les raisons qui font leur valeur, à sympathiser avec
Vintention dont ils sont le témoignage, et à exercer pour nous-mémes
Vactivité réfléchie oü le moi se sait et se fait responsable de soi.
II est plus urgent que jamais de retrouver Vinspiration de ce
livre et d’en méditer les préceptes aujourdhui oü l’on constate une
sorte de désaffection à 1’égard de la mor ale : les problèmes religieux,
sociaux et scientifiques semblent capter tout Vintérêt et ne lui laisser

(1) Traité de M orate, p. 32.


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PRÉFACE VII

aucune place. Et -pourtant, s’il est vrai qu’elle « se tient à un étage


moyen de V expérience mentale », laissant au-dessous d’elle les mani-
festations de la spontanéité et de 1’instinct et au-dessus d’elle une
spontanéité supérieure, fruit d’une grâce quasi surnaturelle, elle
appartient à la sphère proprement humaine : ceUe de la conscience
divisée, soumise à la tentation et sollicitée par les valeurs, celle oü,
quotidiennement, le devoir-être s’oppose à l’être. Hors de cette sphère,
nul ne peut se placer sans renoncer à son humanité. Celle-ci est
militante : ni esprit pur triomphant, ni simple produit de la nature.
Les succès éclatants de la science laissent croire aux consciences
les plus naives que la découverte de nouveaux mécanismes de la
nature peut suppiéer toute réflexion mor ale et décharger 1'homme du
soin de chercher quels actes il doit faire, quelle orientation donner à
sa vie. Cest même un sujet d’étonnement extraordinaire pour le
moraliste que la légèreté, pour ne pas dire plus, avec laquelle certains
savants ou pseudo-savants imaginent pouvoir supprimer 1’interro-
gation morale que chacun doit se poser dans les situations concrètes
oü il est engagé. Ils semblent ne pas apercevoir que là oü un déter-
minisme est substitué à une laborieuse liberté, 1’individu perd toute
sa raison d’être et toute sa dignité.
Cest d’abord contre une telle destruction de la conscience que
Le Senne proteste : il entend maintenir le sens normatif de la morale
contre tous les positivismes et garder à 1’exigence morale son caractère
de spiritualité.
Combien il est opportun aussi de nous entendre rappeler qu'aucune
norme ne doit se réduire à exprimer une décision individuelle, en ce
temps oü, par réaction contre les prétentions de la science peut-être,
des philosophes ont accordé un pouvoir créateur absolu à la liberté.
Une telle conception ne peut mener qu’à 1'anarchie et à la guerre,
puisqu alors les valeurs ne sont plus fondées ailleurs que dans la
volontépropre de chaque individu: une objectivité, une transcendance,
une autorité des valeurs doivent, au contraire, être reconnues, en
sorte que n’importe quelle action ne puisse être décrétée la meilleure,
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Vin TRAITÉ DE MORALE GÉNÉRALE

arbitrairement, sans souci de sa légitivnité, sans souci d’une appro-


bation que nul ne peut se donner à soi-même, s’il ne se réfère à un
ordre qui le dépasse. Le succès ne peut la sanctionner, car il a lui-
méme besoin d’être apprécié moralement: il arrive souvent que Véchec
aux yeux du monde signifie au contraire une victoire de Vesprit,
comme dans le cas d'un sacrifice librement et secrètement consenti.
Mais pas davantage, pour Le Senne, la valeur rí a son fondement
dernier dans une société donnée, car celle-ci a besoin d’être valorisée
et c'est encore la conscience morale qui la juge.
L'abstraction impersonnelle du scientisme, la prétention déme-
surée du subjectivisme ou du sociologisme sont ici discutées et jugées.
II y a une quatrième tentation de la pensée contenvporaine contre
laquelle Le Senne se propose de nous premunir : celle qui consiste
à ne voir de la morale que son expression historique : ce qui revient
à oublier son âme. Elle serait inscrite dans le devenir temporel comme
dans un ordre objectif et nécessaire qui supprimerait toute contingence,
ne réserverait aucune surprise, rendrait toute invention impossible.
Le Senne maintient au contraire le risque de Véchec, le rôle de Vinitia-
tive. II a un vif sentiment de Vaction en train de se faire, « oü le
destin est suspendu », et refuse de la confondre avec le sens reconstitué
après coup par Vhistorien. « Le « pendant » est chaud, pressant,
il interroge comme le Sphinx, (Edipe », il ouvre sur des possibles
qui ne sont pas encore — « rien rí est termine » (i) — et c'est pourquoi
Vobligation a un sens: celui d’assumer une tâche presente et d’orienter
Vavenir.
Le Traité de Morale, enfin, doit faire face à une certaine crise
des valeurs, engendrée sans doute par les événements qui ont secoué
le monde depuis vingt-cinq ans. Lorsqríil fut publié, la guerre avait
eu lieu, et de celle-ci Le Senne avait connu toutes les angoisses. Mais
le recul ríétait pas suffisant alors pour que Vhumanité ait pu
reconnaztre ce visage d'eUe-même qríune vue rétrospective lui a

(1) La destinée personnelle, p. 28.


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PRÉFACE IX

révélé et dont elle ríeút fias soupçonné qríil püt être le sien, afirès
bientôt vingt siècles de christianisme et de vie sociale apparemment
civilisée. II lui fallut pourtant se reconnaitre capable de ces tortures,
de ces massacres, de ces trahisons, de toutes ces basses combinaisons
pour survivre. Le climat de la pensée morale s’en est trouvé profondé-
ment affecté. Le sentiment du mal l'a emporté sur celui de la Valeur
et les expériences humiliantes, plus que les expériences triomphantes,
se sont imposées à Vattention des philosophes. Parmi ceux-ci certains
ont professé un désespoir lucide, d'autres ont accusé les valeurs de
les avoir trompés et ont réagi par la négation de leur transcendance.
A tous, il est devenu impossible de concevoir le mal comme un moindre
bien et de le dissoudre dans le non-être. Du même coup, il est devenu
impossible de maintenir Videntité de Dieu et de VÊtre. Car si le mal
est, on ne peut tout de même pas soutenir qríil habite en Dieu :
Dieu tolere le pécheur, mais non le mal. Dieu et le mal sont incompa-
tibles puisque pécher c’est offenser Dieu. Une pure pensée de VÊtre
rí a pu être sauvegardée qríen devenant radicalement distincte de celle
d’un Tout des existants, et Vobjet d’une interrogation pieine d’angoisse.
Le Senne était bien trop sensible à Vexigence morale pour avoir
jamais réduit le Devoir-être à VÊtre, ni confondu VÊtre avec Dieu.
II savait que le mal a une réalité très positive, qríil faut, non pas
tenter de « Vexpliquer », mais le combattre, et s’il voulait« maintenir
la connexion entre la philosophie première et plénière et la morale»(i),
il ríen souscrivait pas moins au jugement de Nabert prolongeant
celui de Lachelier, selon lequel du mal on ne peut ni ne doit chercher
à rendre compte, car il est ce qui ne peut ni ne doit être justifié.
Mais il demeurait confiant et optimiste, il voyait dans les valeurs
humaines le rayonnement de la Valeur suprême et assimilait celle-ci
à VAbsolu, VEsprit, Dieu même. Ainsi les différentes valeurs, dont
il respectait certes Vdriginalité, ne pouvaient définitivement s’opposer
parce qríeUes émanaient d’une source unique : « UUnité vivante et
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X TRAITÉ DE MOR ALE GÉNÉRALE

infinie de la Valeur absolue se symbolise dans notre vie par le concours


des valeurs qui prend, alternativement ou simultanément, la forme
d’une composition harmonieuse ou d’une compensation en train de
se faire. » Or cette unité originelle des Valeurs a été contestée : elle
s’accorde mal, a-t-on dit, avec 1’expérience difficile, dramatique, des
conflits de la vie éthique, et Von a refusé de faire des valeurs humaines
des participations à la Valeur suprême identifiée à Dieu.
La contestation est venue de directions fort différentes. Sans parler
de Heidegger reprochant aux doctrines des Valeurs de détourner de
la pensée de VEtre, on peut citer Veffort de R. Mehl, par exemple,
pour défendre la transcendance du Dieu personnel, au-delà de toutes
les valeurs : celles-ci étant seulement ses créatures invisibles, et sans
que puisse être établi un lien de continuité entre elles et « la Parole
de Dieu ». II insiste sur les conflits qu’elles provoquent dans les
consciences à proportion même de Vattachement que celles-ci leur
vouent, et sur la précarité des ceuvres oü elles viennent parfois
converger. Nabert au contraire juge impossible d'adosser les valeurs
à un être transcendant ou de les considérer comme des irradiations
de VA bsolu. « Le príncipe qui est à la racine des valeurs d’existence
et d’action ne peut être lui-même valeur » (i). Si nous le concevons
sur le modele des valeurs qui « attestent une avance, une promotion
de Vexistence dans le monde, nous ne faisons autre chose que les
redoubler » dit Nabert (2). La Valeur qui transparalt dans une
ceuvre, dans une action, n’est pas Vexpression partielle d'un « Tout
de la Valeur »; elle témoigne simplement d’une intention absolue
« quauciine réus site ne saurait épuiser ni satisfaire », et qui, pour
cette raison, suggère Vidée d’une Valeur infinie au-delà de toute
réalisation. Elle témoigne dans le monde d'une intention qui ríest
pas du monde mais qui doit s’y incarner pour faire la preuve d’elle-
même. Elle exige donc une opération qui la produise, qui véhicule

(1) Elémcnls pour une Etliique, p. 72, lr® éd.


(2) Ibid., p. 73.
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PRÉFACE XI

1’intention absolue et la rende effcace. Mais cette action peut se


retourner contre la Valeur. Comment cela serait-il possible si elle
était une participation à la Valeur suprême, si cette Valeur était son
príncipe ? On peut bien tenter d’invoquer une dégradation de la
Valeur, mais on ríarrive jamais à comprendre, en ce cas, que puisse
se manifester un contraire de la Valeur. Or, le mal contredit le bien
et ne se définit pas seulement par sa dégradation ou son absence.
II faut donc admettre un príncipe « supra-oppositionnel », qui ne
ser a v. saisi sous les espèces de la Valeur quà condition de s' envelopper
dans une ceuvre, dans une action » (i), et qui met en jeu la liberte
d’un sujet capable d’agir en des sens qui s’opposent.
Le Senne savait fort bien que nous pouvons manquer la valeur,
ou même lui opposer une volonté mauvaise ; il ne pensait pas qu’elle
fut définissable a priori ni qu’elle píit se révéler sans notre libre
concours; il ne la réalisait pas comme un objet intelligible dont il
eut suffi d'apercevoir les traits afin de 1'incarner. II pensait que son
essence était bien plus subtile : com/parable à un mystérieux appel,
à une atmosphère impalpable, quon ne peut ni décrire ni localiser,
mais tout aussi nécessairc à la respiration de Vâme que Vair à celle
du corps; non point vague cependant : elle exige de nous des actes
bien précis, des ceuvres bien visibles, et sa présence se manifeste
sans ambiguité, mais sous des formes diverses, dans une expérience
irrécusable, soit pour nous encourager, soit pour nous blâmer : rien
n’est moins contestable que le sentiment du remords. Mais, pour
Le Senne, Vappréciation même de ces oppositions : bien-mal, beauté-
laideur, etc., qui surgissent avec toutes les valeurs, semble devoir
s’appuyer à un optimum, à un Absolu, transcendant à 1’égard de la
conscience, capable d'orienter ses jugements, ses démarches, en exer-
çant sur elle un attrait. La valeur ríest pas attachée seulement à
Vceuvre ou à Vaction, découverte et reprise par un jugement sur elles.
Elle conditionne déjà l'ceuvre, l’action, le jugement, et les sentiments

(1) Ibid., p. 71.


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XII TRAITÉ DE MORALE GÉNÉRALE

attestant que tout ne peut pas être indifféremment mis de niveau.


Ainsi la valeur est-elle à 1’abri des vicissitudes qui affectent les
consciences; elle n’est pas altérée par nos souffrances ni par nos
trahisons ; elle rí est déchirée par aucune contradiction interne. Et si
les hommes s’entredéchirent en 1’invoquant, c’est quils écoutent leurs
propres désirs et non son appel. Pour étre entendue elle exige d’abord
une sorte de purification. Rien ne peut s’opposer, en droit, à la
convergence de ses diverses expressions. Elle est príncipe de réconci-
liation entre ceux qui lui sont vraiment fidèles. Mais aussi, et parce
quon ne voit guère apparditre un príncipe de répulsion à 1’égard
de la Valeur, il faut bien avouer quil est fort difficile de comprendre
1’idée des « Valeurs négatives » qui ne sont pas seulement 1’absence
des valeurs positives ni 1’insatisfaction de leur désir...
Ce qui transparait, avant tout, dans ce Traité de Morale, ce qui
ranime, c’est un optimisme volontaire, une foi vigoureuse en 1'Esprit.
Le Senne affirme la possibilite d'un salut du monde, pourvu que nous
consentions à y travailler. La liberte est au centre de tous les thèmes
qríil déploie, et il est toujours attentif à faire leur part à notre initia-
tive et à une sollicitation toujours presente de 1’Esprit. Sa morale
est vivante, elle ne se donne pas comme un système de recettes destinées
à obtenir un résultat. Elle se propose, à partir d’une réflexion sur
Vexpérience et sur les doctrines — fruits elles-mêmes de la réflexion
des moralistes —, de réveiller 1’intérêt des consciences pour la moralité,
de les préserver de 1’abandon d’elles-mêmes, de la lâcheté — le courage
est Vâme de la morale, disait-il, donnant au terme : courage, le sens
large et profond de 1’attitude vaillante qui fait face aux malheurs et
resiste aux tentations. Elle se propose de promouvoir une activité
concrète, orientée par Vintention désintéressée de répondre le plus
justement, le plus sincèrement possible aux situations réelles. Cétait
dêjà une des idees exprimées dans sa thèse sur le Devoir: il appartient
à chacun d’inventer la solution des conflits, de résoudre les contradic-
tions de Vexpérience, dans le sens de la réconciliation des consciences,
sans sacrifier, autant qríil se peut, ce qríil y a de positif dans les
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PRÉFACE XIII

données contraíres. II faut prendre « à cceur » sa vie et 1’exigence


morale, ne point se laisser gagner par 1’indifférence et la tiédeur.
De là cette tension constante à laquelle il nous convie, ce dynamisme
auquel il nous entraíne, faisant vraiment ceuvre de moraliste auprès
de ses lecteurs. Par là aussi il rejoint Kant, le moraliste par excellence,
selon qui chacun doit créer le contenu de son action en s’inspirant
de la forme pure du devoir. A ce prix seulement la conscience se fait
autonome et responsable. A cette condition aussi il est passionnant de
chercher à vivre selon la moralité « qui ne se réduit à aucune morale ».

Paille I/EVERT,
Maitre de conférences à la Faculté des Lettres
et Sciences humaines de Tours.
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INDEX thématique

Pour que le lecteur puisse avoir dès le début une vue d’ensemble
de cet ouvrage et le pressentiment de son esprit, il doit trouver
ici 1’indication de thèmes principaux qui en font 1’armature :
Io La morale n’est pas le produit nécessaire des conditions
biologiques et sociales de la vie humaine ; c’est 1’ensemble des
règles et des fins qui dirigent la réaction de notre esprit sur ces
conditions en vue de les toumer au mieux de son propre épanouis-
sement. On fait un contre-sens sur sa destination quand on pré-
tend la réduire à la science. Elle doit rester normative ;
2o Une morale est 1’ceuvre d’un homme qui, connaissant les
doctrines traditionnelles et ayant l’expérience de la vie, cherche
à déterminer les meilleures règles de notre conduite. II ne prétend
pas exprimer une préférence, mais reconnaitre une légitimité;
de même que le savant ne se propose pas de faire triompher
ses hypothèses, mais de discerner la vérité ;
3o La conscience morale n’est pas un état de la conscience,
c’est une opération par laquelle la conscience se fait volontaire,
responsable, obligée, mérite le bien ;
4o L’essence de la conscience morale est 1’approbation (ou la
désapprobation) ;
5o La moralité ne se réduit à aucune de ses formes ou de ses
forces, ni à aucune des morales. Elle les transcende en tant qu’au
service de sa visée de valeur elle emploie chacune d’elles de la
manière la plus bienfaisante ;
6o Le sentiment proprement moral est le courage ;
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índex thématique XV

7o I/obligation est la médiation par laquelle le moi de valeur,


qui adapte 1’autorité morale de 1’Absolu à la situation présente,
commande au moi empirique ce qu’il doit faire pour accroitre sa
participation de la Valeur. Par elle la conscience se fait volonté
morale c’est-à-dire maitresse de soi;
8o Le sacrifice est la péripétie la plus haute de la vie morale ;
il enveloppe la reconnaissance du néant de tout bien fini par
rapport à la Valeur infinie : il n’est donc autorisé qu’à raison de la
valeur vers laquelle il élève ;
9o La valeur morale (ou la vertu) apparait à la rencontre du
courage et du bien ;
10° De la détermination de la valeur morale résultent les
limites de la morale, qui n’est pas autorisée à se substituer aux
autres démarches de la conscience ;
11° Les diverses valeurs, parmi lesquelles s’insère la valeur
morale, ne doivent être que le rayonnement de la Valeur supérieure
à toute détermination, et celle-ci ne peut être telle qu’à la condition
de se confondre avec 1’Absolu, qui, sous ce nom, fonde la vérité
et, sous d’autres, inspire la beauté et 1’amour, et enfin fait l’au-
torité de toute morale dans les limites de son champ de valeur.
Comme aucune de ces émanations de 1’Absolu n’est concevable
saus la spiritualité de leur source, 1’Absolu doit aussi être dit
Esprit;
12° I/unité vivante et infinie de la Valeur absolue se symbolise
dans notre vie par le concours des valeurs qui prend, altemative-
ment ou simultanément, la forme d’une composition harmonieuse
ou d’une compensation eu train de se faire.
Au centre de ces thèmes est la liberté, ou plus précisément
l’antinomie entre les deux aspects de la liberté pour la pensée
réflexive : 1’initiative et la valeur. La moralité n’est qu’apparente
si nous ne sommes pas capables de commencer des actions ;
mais si ce commencement consiste à abdiquer, la liberté s’annule
au moment oü elle nait. II ne lui reste pour se sauver qu’à se
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XVI TRAITÉ DE MORALE GÉNÉRALE

nourrir de valeur. — De là il est aisé de dériver les thèmes qui


viennent d’être indiques, qu’ils manifestent ou que la moralité
procède de nous ou qu’elle nous demande de dépasser par nos
actions ce que produirait en nous la simple nature.
Par ces thèmes et ce príncipe cet ouvrage se propose de servir
la tradition du spiritualisme français du xixe siècle, aussi remar-
quable par la continuité et la noblesse de son inspiration que par
la diversité de ses interprètes les plus grands : Maine de Biran,
Ravaisson, Lachelier, Boutroux, Lagneau, Hamelin et Bergson.
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TRAITÊ DE MORALE GÊNERALE

INTRODUCTION

QU’EST-CE QUE LA MORALE ?

I. — Caractères essentiels de la morale

1. Du dehors au dedans. — Toute démarche précieuse de


1’esprit humain consiste dans une conversion par laquelle quelque
chose qui lui paraissait d’abord extrinsèque, qui se présentait
à lui comme autre que lui-même, est assimilée par son art au
point qu’il devient capable, à partir de sa propre intimité et par
son opération, non seulement de 1’engendrer, mais de la transfor-
mer à son gré en la transcendant. Au début de cette conversion,
1’esprit se sentait étranger et inférieur à ce qu’il appréhendait :
cela 1’excluait; quand l’appropriation spirituelle s'est accomplie,
il en a 1’intelligence, la familiarité : c’est devenu sien.
Cette transformation se vérifie en premier lieu dans la connais-
sance perceptive. Celle-ci commence par un ébranlement sensoriel,
cérébral, puis psychologique, d’oü se dégage la présentation d’un
objet, qui nous impose le sentiment de nous être extérieur : il se
montre à nous par le dehors, par sa surface et elle nous cache ce
qu’elle enveloppe. C’est une chose qui nie 1’esprit. A mesure
que nous la comprenons, il nous devient possible, en procédant
à partir de son essence et de ses rapports avec le reste de 1'expé-
rience, de déduire, de prévoir, enfin de produire ses propriétés,
les conditions de son émergence empirique, ses effets sur le monde
et sur nous. A la fin la perception s’est comme évanouie. I/exté-
LE SENNE i
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2 qu’est-ce que la morale ?

rieur s’est fait intime : c’est devenu, jusqu’ou notre intelligence


a poussé, un nceud de dispositions mentales. De même une mélodie,
une symphonie paraissent d’abord n’être que des sons ; un por-
trait, des couleurs ; un marbre, du marbre ; mais dès qu’on est
entre, qu’on a pénétré dans la vie, délicate ou puissante, de
1’émotion qui s’est exprimée par eux comme par un visage, ce
qui n’était que matériel devient affectif ; et il peut arriver que
cela nous semble émaner de nous-même. Enfin les gestes, les
actes d’un homme ne nous restent-ils pas indifférents comme ceux
d’un automate, qui n’éveillent en nous aucune sympathie, tant que
la clairvoyance de 1’amour ou de la haine ne nous a pas révélé
les « nécessités intérieures » d’oü ces actes sont issus, ont redondé ?
II n’en peut être autrement de notre propre action. Nous
commençons par vivre sans savoir comment nous vivons. De notre
corps, d'une inconscience que nous n’avons pas sondée, bientôt
de la société qui est le nom commun des influences d’autrui
sur nous, surgissent en nous-même, puis se manifestent par nos
paroles et nos actions, des instincts, des impulsions, des désirs,
des passions dont nous ne sommes encore que les premiers témoins.
En nous la conscience immédiate des contenus de notre esprit
précède la connaissance réfléchie de nous-même, et ce n’est que
peu à peu qu’au lieu d’être le serviteur de notre propre sponta-
néité, nous nous mettons en état d’engendrer nos actions et nos
jugements pratiques par le moyen de règles et de príncipes dont
ils ne soient plus que les applications. C’est à ce moment qu’après
être nés à la vie humaine, nous naissons à la vie morale, que
nous atteignons à notre majorité éthique, que nous devenons,
dans les limites du possible, responsables et autonomes. De jour
en jour les contradictions, soit entre nos règles, soit entre leurs
effets et notre seutiment de la valeur, nous conduisent à une
réflexion de plus en plus poussée, et nous nous portons vers la
systématisation complète des actes humains, de même que la
science vers un ordre achevé des lois de la nature. Cet ensemble
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA MORALE 3

restreint, non spéculatif, mais normatif, mi-fermé, mi-ouvert,


des directions et des règles de 1’action est la morale (ou 1’éthique).
Puisque notre morale, entrainée avec nous dans le temps,
débordée comme nous par 1’infini, n’accédera jamais à la systé-
maticité complète, qui, en excluant toute novation, équivau-
drait à la suppression du temps et de son originalité au profit d’un
ordre spatial, la morale se presente et se présentera toujours
à nous comme Vexpression pensée, le phénomène intellectuel, la
manifestation dans la conscience analytique d’une opération qui
se renouvelle sans cesse dans le secret de la conscience nucléaire,
focale, intime. Cette opération, appliquant à 1’action 1’opération
ininterrompue qui est 1’acte constitutif de 1’esprit, vise, sous
tous ses modes, le « règne des fins », oü 1’autonomie des cons-
ciences serait parfaite à la fois par la justice des règles et de leurs
applications et la connaissance que nous en aurions. Si elle doit
participer plus ou moins de cet idéal, mais ne pouvoir jamais
1’épuiser, nous devrons toujours maintenir au cours de cet ouvrage
cette relation entre le moi qui mène la vie morale et la morale, qui
en est à un certain moment 1’expression plus ou moins haute ;
de sorte que la morale restera toujours comme suspendue entre
le contenu de príncipes et de règles qu’elle aura atteint et la
valeur qui 1’autorise. Elle sera toujours par suite pour nous
un dehors et un dedans, elle nous fera en même temps hétéronome
et autonome ; mais c’est seulement dans la mesure oü, révélant
la primauté du dedans sur le dehors, elle exprimera la souveraineté
de 1’esprit, que notre conduite devra être jugée proprement morale.
2. Caractères essentiels de la morale. — Toute recherche
portant sur une signification doit procéder d’une définition signa-
létique, qui ne contient que les traits grâce auxquels on doit
reconnaitre les données que cette signification concerne, à une
définition génétique, qui unifie, autorise et fertilise la compréhen-
sion découverte et esquissée par la première. Nous irons donc,
d’un bout à 1’autre de cet ouvrage, d’une reconnaissance sommaire
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4 qu’est-ce que la mor ale ?

des caractères que toute morale doit posséder pour ne pas usurper
son nom, à une réflexion philosophique sur les raisons de sa valeur,
qui en fait 1’esprit, et de ses limites, qui résultent de 1’insuffisante
positivité de ses déterminations.
Io La morale est déterminée. — En reconnaissant que la
morale suppose 1’intervention, entre la spontanéité et 1’action,
d’une réflexion qui y intercale la médiation expresse d’une règle
ou d’une fin, nous sommes en premier lieu obligés à limiter le
domaine de la morale à ceux de nos actes qui manifestent une
intention, s’accompagnent de la représentation d’une détermina-
tion intellectuelle, pensée, définie, à actualiser. Action est un
terme d’extension extrêmement vaste et variée; ne relève de la
morale que 1’action en vue d’une détermination. Restent ainsi
plus bas que la morale les fonctions organiques, les instincts, les
réflexes, les émotions en tant qu’ils s’exercent sans la détermina­
tion d’une intention. On ne commande pas et on ne défend pas à
soi-même et aux autres de respirer, de sursauter, d’avoir peur,
à moins que la volonté n’apparaisse comme ayant été dans le
passé ou devant être dans 1’avenir 1’origine, directe ou indirecte,
de la manière dont ce qui est, dans son fond, involontaire et indé-
terminé a été ou va être spécifié. D’ordinaire un malade est une
victime : s’il devient coupable de sa maladie, c’est que, par intem-
pérance ou négligence, il a commis ou permis un acte qui en a
été la cause. On n’est pas punissable d’avoir soif, mais de s’enivrer.
Demeurent au contraire plus haut que la morale les ensembles
singuliers, les rencontres d’événements qui débordent par leur
portée et leur ampleur ce que nous pouvons décider, parce qu’ils
dépassent ce que nous pouvons concevoir. La morale est à la
taille de 1’homme. Les déterminations qui font ses limites et sa
nature font aussi éventuellement les contenus de ses actes moraux.
On ne peut vouloir que ce qu’on peut penser, de sorte que toujours
ce sera, d’une manière ou de 1’autre, dans 1’objectivité spatio-
temporelle que la volonté morale jettera ses actes comme éléments
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE EA MORAEE 5

nouveaux d’un univers qui nous déborde. La loi ne demande pas


à une mère de déposer contre son fils parce qu’elle reconnait
que 1’amour matemel vient de plus bas et de plus haut que la
volonté : de plus bas par les instincts dont il est tissé, de plus haut
par 1’inspiration spirituelle qui le rend respectable et admirable.
Essor et volonté. — Cette première constatation nous amène
à ne pas confondre, sinon par 1’identité de leur origine mentale,
le moi en tant qu’essor et, au sein de ce moi, le moi en tant que
volonté, cest-à-dire décidant et agissant suivant une détermina-
tion intentionnelle. L’essor, cest le vouloir-vivre, cette puissance
constitutive de nous-même qui emporte vers notre avenir le
contenu total, qualités, idees, tendances, de ce que nous sommes
et devenons. A 1’intérieur de cet essor, la volonté n’est que la
concentration, la localisation attentive d’une partie de 1’énergie
totale de 1’essor sur une détennination à réaliser : fin à instituer,
idéal à poursuivre, règle à appliquer. Bergson a décrit 1’essor
sous le nom de durée ; mais il l’a refroidi et il n’en a pas dramatisé
le cours de sorte qu’on se demande ce que la morale peut avoir
à y faire. En réalité, comme un fleuve produit des remous quand
quelque roche vient ici ou là 1’entraver, des obstacles imposent
à notre conscience des déterminations qui chaque fois la pro-
voquent à une réaction définie. La volonté est le moi produisant
cette réaction déterminée en rapport avec la détermination de
1’obstacle ; et la morale est la pensée qui lui en foumit la forme.
Plus le vouloir est pénible, plus 1’opposition entre 1’essor et lui est
éclatante. Elle s’atténuera, puis cessera quand la médiation de la
volonté aura surmonté la difficulté qui l’a provoquée. Le moi
volontaire sera dès lors comme rentré et maintenant confondu
dans le moi total ; mais pour autant qu’il 1’aura affecté, il se trou-
vera avoir contribué à le créer tel qu’il sera devenu. C’est dans cette
mesure qu’en nous la conscience claire est responsable de la cons­
cience plénière.
En vertu de ce qui vient d’être reconnu, 1’essor et la volonté
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6 qu’est-ce que la morale ?

s’opposent entre eux comme 1’ouvert au défini. Tandis que 1’essor


est lance par une visée qui prétend au delà de toutes les détermina-
tions, qu’en lui 1’esprit ne cherche qu’une spiritualité plus libre
et plus généreuse, non telle connaissance, mais une ampleur
plus large de la connaissance, non telle aptitude, mais un plus
grand pouvoir à acquérir des aptitudes, non un plaisir nouveau
mais une sensibilité plus délicate et ainsi de suite, bref que par
1’essor 1’esprit se cherche, la volonté est dirigée par des intentions
qui indiquent chacune un idéal déterminé à réaliser, 1’esprit
s’y propose quelque chose. La volonté est morale quand cette
intention vaut; mais ne serait-elle que 1’intention d’obéir au
devoir encore indéterminé, cette intention resterait vaine et vir-
tuelle et elle doit être investie dans un devoir défini, par exemple
le devoir de chercher la vérité, dans celui d’énoncer telle vérité.
Moralité et morale. — Cette distinction entre 1’essor et la volonté
entraine la distinction de la moralité et de la morale, telle qu’elle
se manifeste par le double sens de 1’adjectif moral, qui signifie
tantôt manifestant la moralité, tantôt conforme à la règle, quand
il ne signifie pas la coincidence de ce que la morale ordonne et
de ce que la moralité exige. Cet idéal n’est pas en effet toujours
atteint. La moralité déborde la morale : s’il y a quelque part un
saint parfait, il n’a plus besoin de règles. II est moral sans morale.
Mais d’autre part, puisque la réflexion s’est attachée à définir
les règles de nos aotions, ce doit être que la connaissance de ces
règles est souvent nécessaire à la moralité pour 1’empêcher de
traliir sa vocation. II en résulte qu’entre la moralité et la morale,
entre la conduite d’un homme telle qu’elle s’exprime par ses
actions et 1’ensemble des prescriptions qui constitue le code de
ce qu’il énonce comme juste, il y a une interaction complexe qui
tantôt plie le sentiment au code, tantôt au contraire corrige ou
assouplit le code pour le soumettre à la valeur. Ainsi le juge
invente autant qu’il peut la conciliation de la loi écrite et de
1’équité, le fonctionnaire cherche à appliquer les règlements
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA MORALE 7

« avec intelligence » et généralement l’homme honnête s’efforce


d’empêcher 1'obéissance aux lois juridiques et aux normes morales
de produire des résultats funestes ou seulement fâcheux.
Deux traits importants distinguent la morale de la moralité.
a) De ce que la morale consiste en règles et en impératifs déter-
minés, définis, il resulte que la morale separe ces règles des situa-
tions historiques et singulières ou elles doivent être vérifiées.
L/universalité est 1’envers de 1’abstraction. Quand celle-ci consi-
dère certaines normes à part de 1’environnement concret oü elles
doivent trouver leur actualité et leur efficacité, elle les rend
indépendantes de 1’histoire ; et de ce fait même ces règles, dans les
conditions qu’elles énoncent, se présentent comine universellement
valables pour tous. Aussi la morale s’oppose-t-elle à la moralité
comme la rigueur à la souplesse ; et elle est légitime chaque fois
que 1’influence exercée par les conditions supplémentaires et
momentanées de 1’action, ou sont négligeables, ou doivent être
négligées par rapport à celles que la règle morale comporte. Ainsi
je ne dois pas mentir même si un sentiment de pitié m’y incite,
mais respecter le devoir de véracité en cherchant comment le
faire le plus humainement. De ce point de vue la morale se pré-
sente comme faite pour stabiliser notre vie, pour 1’enlever à la
tyrannie de 1’instant, en tant qu’il est négatif d’un autre instant,
nous protéger contre 1’impulsion et le caprice, nous assurer la
régularité et la persévérance sans lesquelles rien d’important ne
peut se faire. Elle fait prévaloir la valeur de 1’unité sur la considé-
ration de 1’infinité ;
b) C’est assurer le primat du concept, ici normatif, sur 1’exis-
tence. Mais en définitive c’est non seulement dans, mais en tant
que 1’esprit embrasse et engendre 1’existence, par 1’existence que
le concept devient plus qu’une possibilité abstraite, une forme
d’école, la morale autre chose qu’un squelette sans chair ni vie;
et 1’âme de 1’existence spirituelle, c’est 1’énergie qui ne cesse
de sourdre au coeur de nous-même pour alimenter notre action.
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8 qu’est-ce que la morale ?

D’elle surgissent des tendances, des besoins, des actions qui


doivent ajouter leurs forces à la puissance limitée de suggestion
que les concepts possèdent sur nous. Ce sont ces forces qui four-
nissent ses ressources intimes à la moralité et c’est par conséquent
fiar leur instance au sem de la moralité que celle-ci se distingue
encore de la morale. E, es lui permettent non seulement d’appli-
quer, mais encore de déborder les normes pratiques et par suite
de juger de leur valeur. Oublier le dynamisme cache de la cons-
cience personnelle, ce serait laisser la morale dans cette condition
d’objet vénéré, mais périmé, que toute doctrine prend dans 1’his-
toire, quand elle est entendue comme un musée, et la destituer
de 1’actualité qu'elle trouve dans la moralité quand celle-ci l’ap-
plique ; ce serait sacrifier au préjugé théori que qui consiste à
admettre 1’identité parfaite des notions ou des signes déterminés
par lesquels nous exprimons des aspects ou des données de 1’exis-
tence et de 1’existence elle-même, comme si l’inquiétude de 1’infini
n’y suscitait toujours de 1'imprévisible et de l’original. On connait
la pensée d’Héraclite : « Si l’on n’espère pas, on ne rencontrera
pas 1'inespéré qui est impénétrable et inaccessible. » (Trad. Solo-
vine, 17.)

Parmi les débats philosophiques touchant la possibilité de la morale, il convient


de souligner celui qui concerne le rapport de 1'énergie mentale aux idées. Les deux
positions extrêmes, ou presque extrêmes, sur cette question sont déflnies par
des textes de Spinoza et de Bergson. — Le premier fonde la sufllsance de rin-
tellectualisme objectif sur la vertu propre à 1’idée. Celle-ci n’est pas • quelque
chose de muet comme une peinture sur un tableau • (Eth., II, prop. XLIII, sc.),
car elle reçoit de 1’essence inílnie de la substance divine 1’activité par laquelle
une essence engendre ses propriétés ; et par conséquent 1'action n'a pas à lui être
ajoutée. Contrairement à la doctrine cartésienne, il n'y a pas à distinguer de l’en-
tendement, qui s'identifie aux idées vraies, les seules idées, une puissance, la volonté,
sans laquelle elles ne seraient pas afllrmées. Pour Spinoza 1'affirmation n'est pas
un acte dislinct de la position et de 1’efllcacité de 1'idée, elle suit de 1’idée même.
• II n’y a dans l’âme aucune volition, c’est-à-dire aucune afflrmation et aucune
négation en dehors de celle qu'enveloppe 1’idée en tant qu’elle est idée • (Eth., II,
prop. XL1X). La volonté et 1’entendement sont une seule et même chose. Les
idées sont des vertus, elles ne sont pas inertes ; car elles sont chacune inséparables
de 1'inflnité essentielle de Dieu qui se déploie par leur enchalnement.
Au contraire, dans les Deux sources de la morale et de la religion de Beroson,
de nombreux textes atténuent, presque jusqu'á la suppression, la puissance
motnce de la raison dans 1’action. Ainsi, il écrit p. 17 : < Parce que la raison inter-
vient en eíTet comme régulatrice, chez un étre raisonnable, pour assurer cette cohé-
rence entre des règles ou maximes obligatoires, la philosophie a pu voir en elle
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA MORALE 9

un príncipe d'obligation. Autant vaudrait croire que c’est le volant qui fait tour-
ner la machine. •
El p. 64 : ■ Non pas, certes, qu’une idée pure soit sans influencesur notre volonté.
Mais cette infiuence ne s'exercerait avec eflicacité que si elle pouvait être seuie.
Elle résiste difllcilement à ues influences antagonistes. •
Eníln p. 90 : • Une morale qui croit fonder 1'obligation sur des considérations
purement rationnelles réintroduit loujours à son insu... des forces d'un ordre
différent. • Tous ces textes supposent que si l’idée a par elle-même quelque force,
celle-ci ne joue qu’à 1’intérieur d'un ensemble animé par des énergies beaucoup
plus puissantes.
Voici la position que nous impliquerons toujours à propos de ce débat. —
L’unité vivante de 1'esprit est 1'unité d’une relation idéo-existentielle : cela signifle
qu elle conjoinl toujours dans son expérience des idées, des notions, des rapports,
isolables et déflnis3ables, à une continuité qualiflée, qui peut être considérée à
la fois, par son indistinction relative, comme le reste de )'esprit et par le fait qu’elle
enveloppe aussi les éléments clairs et distincts de la conscience, comme son tout :
c’est ã cette continuité qualiflée que convient le mot d’existence. fexistence est
opposée aux idées en mème temps comme leur • autre • et comme leur milieu.
Au cceur de 1’existence, 1’énergie mentale ne cesse de jaillir et elle fournit,
aux idées, leur force de suggestion intellectuelle, affective et pratique, à l'exis-
lence, cette exigence dont les tendances, les désirs, et aussi les volitions ne sont que
des eflluents. II y a donc une force propre, intrinsèque, des idées, une force de la
vérité, du droit èt de la morale que ne méprisent, et à leur dam. que les furieux
et les passionnés : mais il y a aussi une force des énergies spontanées, intimes,
de Tesprit, tantôt sauvages, tantòt généreuses, que seuls les théoriciens sans souci
de 1’existence telle qu'elle est concrètement donnée oublient. En droit cette conti­
nuité concréte est résoluble en dialectiques intellectuelles, comme 1’assure 1’intel
iectualisme : en fait, aucune résolution humaine ne saisit que des rapports, vrais,
mais pauvres par leur abstraction, de sorte que la morale, qui nous met en relation
avec la vie telle qu'elle est sans aucune abstraction, doit y ajouter au moins
le sentiment de 1'infinité inhérente à 1’existence vivante. Ãinsi, Pascal voulait
qu'on unit la force et la justice pour que la force ne soit pas « tyrannique », ni la
justice • impuissante • (Pensées et opuse, pet. éd., Brunschvicg, pens. 298).

L’homme d’action et le mor aliste. — I/opposition de la détermi-


nation et de 1’existence, comme elle se manifeste dans 1’opposition
des règles morales et de la moralité, se personnalise dans celle du
moraliste et de 1’homme d'action. La morale s’actualise par la
moralité dans 1’expérience immense de l’humanité. L’agent moral,
c’est 1’homme d’État qui s’élève au-dessus des passions momen-
tanées pour gouvemer les peuples conformément à ce que la
valeur requiert d’eux et de lui, c’est le stratège qui cherche à
rétablir 1’ordre avec le moins de souffrances et de destruction
possibles, le paysan ou 1’ouvrier qui éprouvent et manifestent la
noblesse du travail, le père et la mère de famille dont 1’autorité
et 1’amour entretiennent la vie humaine et préparent des généra-
tions supérieures à eux-mêmes, le riche juste et serviable, le
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10 qu’est-ce que la morale ?

malade patient, le savant désintéressé, Partiste amoureux de la


beauté. Dans ce concert le moraliste semble tiède et verbal. En
face du héros, glorieux ou obscur, qui risque et sacrifie, le sage se
contente de prescrire et conseiller. Oü 1’esprit remplace 1’effort
par une réflexion analytique sur 1’effort, 1’effort cesse, de sorte
que le moraliste paraitra aisément un hypocrite qui se confère le
droit de commander aux autres pour s'enlever aux difficultés et
aux peines de leur existence.
Toute opposition peut être tirée au tragique, toute relation
changée en antinomie par une dialectique qui fait des différences
propres aux termes opposés autant de raisons de négation mutuelle.
Quiconque veut servir la positivité de l’esprit s’en gardera. Si
la dualité de 1’action et de la réflexion installe au coeur de chacun
de nous la distinction de 1’honnête homme et du moraliste, cette
distinction est aussi une liaison : nous ne pouvons vivre sans
nous demander comment vivre, dès au moins que nous aurons
souffert d’avoir pris parti sans assez de réflexion. II n’en est pas
moins vrai que si nous nous déterminons des fins et des règles,
c’est pour les insérer dans notre vie morale. Qu’entre ces deux
aspects de notre existence, nous devions maintenir et à chaque
instant inventer l’équilibre, cela suppose que nous devrons à la
fois retenir 1’attitude du moraliste, mais ne jamais oublier que la
moralité, plus ample et plus haute que la morale, parce quelle
1’inspire et 1’actualise, en fait la valeur. Ce sera donc encore
servir la morale que d’accueillir les critiques qui en ont dénoncé
les corruptions et marqué les limites ; mais en la discréditant on
trahirait la moralité qui ne peut se passer delle.
Les textes les plus suggestifs à lire contre la morale sont ceux d'Aurore, éflexions
sur les préjugés moraux (trad. Henri Albert, Soc. du Mercure de France, 1907)
de Fr. Nietzsche. Les critiques de N. contre la morale, répandues dans ses autres
ceuvres, prennent dans Aurore plus de flnesse et de pénétration : on y sent l’in-
fluence des moralistes (rançais classiques.
II va de soi que toute critique de la morale enveloppe un effort pour entrai-
ner la morale dans un certain sens, et par conséquent implique le souci de la morale.
Ce que la morale peut redouter, c’est 1’indiíTérence à la valeur morale .mais celle-ci
ne fait pas de doctrine.
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA MORALE 11

2o La morale est PROVERSivE. — Ce caractère d’être constituée


par des rapports dont la détermination peut aller jusqua la
précision numérique, comme il arrive par exemple dans les pres-
criptions d’impôts, nest pas spécial à la morale, puisqtfil appar-
tient aussi à la science. Quoi que l’on pense sur la possibilite éven-
tuelle de la réduction de la morale à la science, ou même de la
réduction inverse, il n’y aurait pas lieu de concevoir cette réduc­
tion si l’on n'avait commencé par les distinguer. Dès lors il faut
bien se demander en quoi la détermination morale, normative,
éthique se distingue de la détermination scientifique, spéculative,
cognitive. Notre expérience nous le fait comprendre en nous
forçant, tout au cours de notre vie, à reconnaitre deux mouve-
ments de 1’esprit qui s’opposent, pour et en nous, comme deux
sens sur une même direction. A chaque instant nous sommes
sollicités ou emportés par l’un ou 1’autre de deux penchants, l’un,
à nous retoumer sur ce qui est déjà, sur ce qui prolonge le passé
dans notre présent, la nature, pour découvrir ce qu’elle est;
1’autre au contraire, à toumer le dos au passé pour nous porter
vers 1’avenir encore indéterminé en vue de le marquer au sceau de
1’idéal et de le déterminer par la médiation de celui-ci. Au premier
mouvement, il est commode d’attacher le nom de rétroversion;
au second, celui de -proversion.
Le savant, 1’historien sont rétroversifs. II est vrai qu’ils cher-
chent ce qu’ils ne savent pas encore et par conséquent science
et histoire sont des opérations, en quête d’une valeur, la vérité ;
mais au cours de leur recherche, ils postulent que ce qu’ils cherchent
existe déjà, qu’ils ont, non à le faire, mais à le découvrir, comme
une nature ou un passé antérieurs à leur effort et indépendants
de lui. Certes pour les penser ils les détermineront, mais ces
déterminations ne vaudront qu’en tant qu’elles n’exprimeront
pas 1’originalité du savant ou de l’historien, mais ce qui est donné
ou arrivé. Ils admettent que le sujet est second par rapport à Vobjet.
Ils en font un témoin, à la limite un épiphénomène. Au contraire
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12 QU EST-CE QUE LA MORALE ?

1’action, la moralité supposent que 1’avenir, que détermineraient


les lois de la nature et 1’action des autres, n’équivaudrait pas
à celui que notre action contribuera, en collaboration avec eux,
à réaliser. Comme une cause fait objectivement qu’un événement
sera comme son effet autre qu’il n’aurait été si elle n’était inter-
venue pour le spécifier, la volonté se sent une force transcendante
au cours extérieur des choses qui sera affecté par son interven-
tion, modifié en mieux si cette intervention est morale. Le sujei
est fiar elle supposé premier par rapport à 1’objet. Un projet n’est
pas une prévision : même il la nie, car la prévision implique que
nous attendons que le cours des événements produise celui que
nous avons prévu, tandis que le projet reste virtuel et verbal si
nous ne lui rapportons pas des efforts, une action dont le résultat
est justement de modifier ce qui était prévisible. Certes notre
action enveloppe toujours prévision et projet ; même il arrive
souvent que le projet renonce devant la prévision parce qu’il
serait inefficace ou que la prévision nous permet d’espérer, puis
d’obtenir sans peine ce que nous désirons. Cela ne fait pas que
le projet se confonde avec la prévision, car toujours la prévision
porte sur ce qui est indépendant de nous, même quand son issue
nous semble devoir nous être favorable, tandis que le projet
émane de nous et ne prend quelque réalité qu’à la proportion
de notre puissance sur les événements.
Vévidence existentielle de 1’opposition entre la rétroversion
et la proversion est antérieure à toute réflexion proprement phi-
losophique sur les rapports entre la science et la morale. Nous ne
saurions ce que peut être subir si nous ne pouvions que subir :
nous ne pouvons donc admettre notre complète inefficacité, autre-
ment au moins que dans le loisir et par 1’abstraction théorique ;
nous ne saurions non plus ce que peut être agir, si nous n’étions
souvent condamnés à subir. Aussi notre vie, qui n’est ni pure décou-
verte, ni création toute-puissante, compose-t-elle toujours, dans
1’invention, la rétroversion et la proversion ; mais tantôt c’est
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CARACTERES ESSENTIELS DE LA MORALE 13

celle-là qui se manifeste plus impérieusement à la réflexion, tantôt


celle-ci, et nous employons alors le langage de la morale. Au
cours d’un effort 1’analyse joue toujours son rôle ; mais si 1’effort
est sincère, elle se subordonne à sou intention et par suite ne
s’occupe que de lui foumir des moyens : encore ne doit-elle pas
pousser trop avant, car elle finirait par le suspendre. Toute entre-
prise exclut notamment une méditation trop insistante sur la
possibilité de son succès et sa légitimité, car celle-ci supprimerait
1’entreprise elle-même, et il n’est pas ordinaire que, dans un
conseil, industriei ou financier, d’administration, ses membres
s’interrogent sur la légitimité du profit en général. Parfois cepen-
dant 1’analyse peut prévaloir sur 1’effort, et même la fatigue
dispose à cette conversion ; mais aussitôt 1’effort cesse, au moins
provisoirement; et 1’invention se renverse de création en décou-
verte eten prévision. De« proclitique», pourrait-on dire, elle devient
« enclitique ».
La différence génératrice entre la rétroversion et la proversion
consiste dans la manière dont est utilisée 1’énergie mentale. Conti-
nüment, au cours de notre vie, de 1’énergie matérielle, concen-
trée et accumulée par le corps, se cinétise et se psychologise en
nous pour nous permettre de penser et d’agir. Mais quand une
difliculté se présente et que 1’énergie rebrousse sur elle, la déter-
mination qui définit le contenu de cette difliculté provoque, en
connexion avec la liberté du moi, tantôt une réflexion qui en
cherche les causes pour les changer en moyens de 1’écarter, tantôt
un travail énergétique qui prépare un assaut renforcé. Ainsi quand
une porte ne s’ouvre pas à notre pression, ou nous cherchons pour-
quoi, en étudiant la serrure, ou nous rassemblons nos forces pour
1’enfoncer. Dans le premier cas nous appliquons 1’énergie mentale
à 1’objet pour 1’analyser par 1’effet de 1’attention : c’est alors l’em-
ploi de 1’énergie qui importe plus que son intensité ; dans le
second nous cherchons à accroítre la quantité de 1’énergie dispo-
nible à notre action pour renforcer notre réaction sur 1’obstacle.
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14 qu’est-ce que la morale ?

Ou l’on s’approche pour mieux voir ; ou l’on recule pour mieux


frapper. Comme on ne peut admettre que la conscience d’un
homme cesse jamais de composer activité et passivité, puisqu’elle
doit être active pour être et finie pour être un sujet situe et deter­
mine, il n’y a pas à présumer que, de la rétroversion et de la
proversion, l’une puisse jamais supprimer 1’autre.
L’attrait. — Dans la science, du fait seul de 1’attitude qu’il
prend, le moi considère son contenu, et par suite se considère lui-
même comme déterminé par l’antérieur. Sous sa forme purement
intellectuelle, cette détermination par 1’antécédent est la loi ;
sous une forme concrète, oü la qualité empirique contamine la
légalité rationnelle, elle est la causalité. Elles ne font qu’objec-
tiver la rétroversion, dout la valeur peut être appelée le fondement,
puisque fonder, c’est admettre quelque chose qui doit soutenir
ce qui en suivra. La vérité est la coincidence de la connaissance
et du fondement. Dans la mesure oü nous 1’obtenons, elle satis-
fait nos besoins de solidité, de sécurité, de validité. A la limite, si
la vérité était la seule valeur et toute possédée par nous, nous
n'aurions qu’à nous reposer sur elle. En tant que la morale exige
de nous que nous agissions, que nous nous efforcions pour faire
ce qui n’est pas encore, serait-ce la connaissance, elle ne saisit
rien que sous la forme de 1’idéal, que cet idéal soit un bien à réa-
liser ou à obtenir, un devoir à appliquer, une fin à poursuivre.
Ce par quoi 1’idéal peut mouvoir le sujet, c’est 1’altrait. Sans cet
attrait aucune action humaine ne serait possible : c’est lui qui
meut, aussi bien 1’hédoniste à la poursuite d’un plaisir, que le
stoicien désireux de 1’ataraxie, que le kantien obéissant au devoir
parce qu’il en éprouve le respect; cest 1’attrait qui anime le
héros en train de lutter pour sauver ceux qu’il aime, comme le
fidèle anxieux de se concilier 1’amour de Dieu en obéissant à ses
ordres. Tantôt 1’attrait se confond avec le désir, tantôt il s’oppose
à lui comme un mobile supérieur ; dans un cas comme dans 1’autre
il spécifie moralement 1’exigence qui ne cesse de nous inspirer.
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA MOR ALE 15

Ce n’est que par elle quon peut le comprendre. I/attrait en


tant que la visée d’un idéal, s’étend d’un sentiment de manque,
de défaut, d’un besoin, d’une indigence qui résulte de 1’inadéqua-
tion définitive de tout esprit limité à 1’Esprit universel, à un
ravissement, qui à la limite serait indiscemable de 1’amour infini.
Au-dessus des réactions, plus instinctives que réfléchies, de
1’extrême urgence, 1’attrait, essence de tous les mouvements
moraux, reste en deçà de cette sorte de perfection morale de
1’esprit qui ne laisserait plus aucune place à la possibilite d’une
déviation ou d’une hésitation. Deux forces s’opposent toujours
en nous : d’une part le besoin de détermination, à cause duquel
nous ne pouvons nous contenter d’une existence sans contenu,
d’autre part le besoin d’ouverture sans lequel la possession de toute
détermination nous deviendrait une mort et non un moyen de
vie. Chaque fois que la détermination que nous nous proposons
se présente à nous comme un échelon vers un avenir mieux armé
et plus libre, elle concilie à la fois le besoin de détermination et
celui d'ouverture et elle se présente comme un idéal qui sollicite
1’attrait, même si des habitudes ou des passions s’intercalent
entre lui et nous pour nous en détoumer. La morale peut comman-
der le sacrifice, elle ne peut ordonner le désespoir et 1'abandon de
1’attrait par 1’idéal et au delà par la spiritualité. Aussi devions-
nous reconnaitre 1’attrait au príncipe de toutes les composantes
qui se fondent pour former le sentiment moral, comme nous aurons
à 1’étudier.
L’attrait comme énergie de transition entre ce que nous somtnes
et ce que nous devons devenir. — II importe, pour préciser la nature
de 1’attrait comme âme de la vie morale, de le distinguer du désir
et de la grâce. Le désir résulte du conditionnement de 1’exigence,
qui est 1’énergie mentale avant toute subdivision et toute spécifi-
cation, par tel ou tel trait de la structure organiqut et psycholo-
gique d’un homme. Comme tel le désir est psychophysiologique :
il vise toujours quelque valeur, mais il risque d’en faire une valeur
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16 qu’est-ce que la morale ?

partiale et négative ; ainsi le désir appartient au moi en tant


qu’individuel, empirique. Au contraire la grâce, contagion divine
ou humaine, se présente comme la source d’une ferveur, d’un
ravissement, dont 1’origine est transcendante au moi. I/idéal est
la détermination encore insuffisante qui doit médiatiser leur
rencontre s’il faut, d’une part que nous nous portions au-devant
de la grâce, d’autre part que celle-ci relie ce que nous pouvons
faire à la destination universelle de l’expérience, avec laquelle
notre action, par elle-même toujours limitée et ignorante, doit
convenir. Mais comme cet idéal resterait irréel si 1’attrait n’inter-
venait pour animer son actualisation, c’est 1’attrait qui se trouve
énergétiquement, actuellement, réaliser le passage de ce que le
désir souhaite à ce que la grâce seule peut donner. C’est donc
lui qui fournit la force nécessaire au passage du moi empirique,
situé, éprouvant dans le désir ou ses spécifications, le besoin ou
1’impatience, 1’insuffisance de ce qu’il a et de ce qu’il est, à la
condition supérieure qui lui est proposée et même commandée
par le moi de valeur, ici le moi indiquant 1’idéal à atteindre et
déjà le donnant dans sa représentation abstraite, dans le projet.
I/attrait est donc le moteur de la proversion, en tant que celle-ci
propose une détermination comme la condition de plus de moyens
et d’ouverture. II purifie le désir et humanise la grâce.
Dans le langage bergsonien, 1’attrait serait le rapport entre la pression, vitale
et sociale, et 1'attraction, transmise de 1’Esprit par le héros : à sa détermination
mouvante, s'applique la volonté. II se trouverait donc, dans la théorie bergsonienne
de 1’obligation, exactement au point défini par la phrase : ■ Entre 1’âme close et
1’âme ouverte il y a 1’âme qui s’ouvre », Deux Sources, p. 61 : cf. ci-dessous, p. 297.

3o La morale réfère les déterminations a l’action du


moi. — II ne suffit pas que la réflexion proversive énonce des
déterminations idéales au gérondif, comme des déterminations
à achever en les réalisant, pour que celles-ci relèvent de la morale.
Le droit, la technique, des promesses annoucent des actes à faire,
des biens à recevoir : comme tels ils sont parents de la morale.
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA MORALE 17

Mais on n’est aucunement autorisé à réduire cette parenté, dont


le príncipe est la proversivité, à 1’identité. En effet la morale se
distingue par un troisième trait qui lui est non moins essentielle-
ment attach é que les précédents, cest qu’elle réfère au moi ce
qu'elle commande, plus précisément qu’elle se réfère au moi
considé ré, non en quelqu’un de ses caractères, par lequel il pour-
rait se conf ondre avec autrui, mais au moi en tant qu’il est tel
moi, insubstituable à tout autre, pensé dans sa responsabilité
inaliénable et absolue. Quand le droit énonce une obligation légale,
celle-ci atteindra tel homm e ou tel autre, mais ceux qu’elle attein-
dra ne seront considérés qu’en tant qu’ils rempliront en commun
telles conditions appelant telles sanctions. Le moi est dans le
droit comme il est un voyageur dans un traiu : il ne compte qu’à
raison du fait qu’il s’est embarqué dans tel enchainement de
conditions, mais par le reste de lui-même, il reste comme en
dehors de ce qu’il subit et fait. On pourrait dire qu’on endosse-
la responsabilité quand elle n’est que juridique. Dès au contraire
qu’elle devient morale, elle fait comme tache d’huile dans le
moi. Celui-ci n’y parait plus comme une unité numérique, par
exemple un contribuable parmi tous les contribuables, mais
comme une unité qualitative et spirituelle, une unicité, il est pré-
sent à toutes ses actions, elles engagent une moralité indivisible,
incapable de se fragmenter par 1’action. Le droit porte sur ce que
1’homme fait; la morale, sur ce qu’il est derrière ce qu’il fait. Le
juge peut continuer d’estimer celui qu’il condamne et au contraire
mépriser celui qu’il acquitte. Le déshonneur, la trahison, la
déloyauté, les tares morales infectent le moi lui-même.
II faut insister un peu sur ce caractère absolu de la morale
parce qu’il fait sa gravité. Abstraite par ses contenus, elle cesse
de 1’être par l’omniprésence du moi à tous ces contenus. On peut
échapper à un droit, par exemple aux obligations d'une profession
en la quittant ; on ne peut aliéner la moralité : elle ne se met pas
entre parenthèses, car la mettre entre parenthèses serait encore
LE SENNF.
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18 qu’est-ce que la mor ale ?

une action de sens moral. Que ce que la morale ordonne soit la


recherche d’un bien ou 1’accomplissement d’un devoir, qu’elle
soit réelle ou formelle, c’est le moi qu’elle vise à travers ce qu’elle
ordonne, car il sera réellement, personnellement indigne s’il
méconnait sa prescription. Aussi ce quon appelle « la relativité
des règles morales » à savoir la contradiction éventuelle des obli-
gations suivant les temps et les lieux n’a-t-elle jamais compromis
efficacement la réflcxion morale. Que dans des conditions dif-
férentes le même acte se présente comme un haut fait ou comme
un crime, et quabstraction faite de ces conditions on puisse
donc présenter la morale comme contradictoire, cela pourra
conduire à prouver 1’importance de la réflexion morale ; cela
n’atteint en rien la morale même qui perd son inconsistance pré-
tendue de cela seul que quelqu’un s’est, à tort ou à raison, engagé
réellement, à un moment ou dans un lieu différent, dans un
acte différent, de celui d’un autre ou de lui-méme. La morale est
une pensée dont le propre est de devoir être vécue ; une âme
est toujours derrière elle, elle ne cesse d'y faire allusion; 1'agent
moral n’est pas un acteur et dês qu’on se demande moralement
de quelqu’un s’il joue bien la tragédie, on transcende son jeu
pour le juger sérieusement et il pourra se trouver méprisé de mal
jouer son rôle, d'être un mau vais acteur.
Les conditions concrètes et sensibles de l*action. — C’est pour
respecter la référence absolue de la morale à quelqu’un qu’il fau-
dra toujours être prêt à revenir de la pensée du moraliste à la
situation de 1’homme d’action. Plus le moraliste laisse se relâcher
en lui cette tension qui est à 1’origine de toute action et que nous
commençons d’imaginer, c’est-à-dire de susciter en nous et en
autrui, quand nous prononçons ce mot, plus il glisse de la condi-
tion de moraliste à celle de théoricien. II commandait, et comman-
der, c’est déjà entrainer ; il ne traite plus maintenant les idées
morales que comme des objets, en tout comparables à des vérités
spéculatives. Par cette détente elles se détachent peu à peu
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA MORALE 19

de tout ce que le moi vivant y appliquait d’énergie et, avec ces


abstractions désormais sans vie, on ne fait plus que jouer comme
avec des possibles indépendants de notre action. Celle-ci dément
cette objectivité trop pure par 1’alentour d’obstacles, de souf-
frances et de joies, de contradictions intérieures et d’espoirs,
de qualités et de tendances, oü émergent les prescriptions niorales.
Comme il faut relier au laboratoire les idees scienti fiques parce
qu’elles sont faites pour s’y vérifier, il faut ne pas cesser de main-
tenir la morale dans la conscience vivante, qui est toujours le
rapport d’un théâtre extérieur et d’un drame caché.
4o Les projets et les règles doivent valoir. — Nous
venons de reconnaitre que la morale est déterminée en ce qu’elle
se définit à 1’intérieur de la moralité par la détermination pensée
de ses règles ou de ses fins, proversive en ce qu’elle vise à imposer
ces déterminations à 1’existence future, enfin calégorique en ce
quelle n’intéresse pas le moi dans l’un des caracteres qu’il peut
revêtir ou déposer, mais dans son ipséité absolue. A ces trois carac-
tères il faut en ajouter un demier, qui est en relation directe
avec le précédent, c’est la référence à la valeur.
Certes la morale est une en ce que toutes les réflexions morales
sont pour la seule et unique moralité; mais cette unité n’est pas
une identité exclusive des différences, car la morale serait achevée
aussitôt que commencée. II est donc vrai aussi que l’on peut traiter
de diverses morales, soit qu’on entende par là des sections de la
morale, comme la morale professionnelle ou la morale familiale,
soit surtout qu’on veuille distinguer, voire opposer différentes
manières de concevoir la morale, comme le sont la morale stoi-
cienne ou la morale utilitaire. De cette pluralité des morales
résultent des conflits ; et même ce sont ces conflits qui alimentent
la réflexion morale s’il est vrai qu’on réfléchit oü 1’unification de
nos pensées n’est pas encore obtenue. Dès lors il faut bieu, soit
pour opter entre deux préceptes moraux, soit pour les concilier,
soit enfin pour les transcender, se référer à autre cliose que la
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20 qu’est-ce que la morale ?

morale même. En en discutant on sera amené à considérer cer­


ta in es morales comme immorales, et d’autres comme morales,
mais il est évident qualors cette qualification les rapportera à
autre chose que les énoncés qu’il s’agissait de juger.
Souvent cette référence sera la référence à un príncipe. Mais
en ce cas c’est quon tiendra ce príncipe pour moral et par suite
qu’il dépendra d’autre chose que de ce qu’il énonce. II aura bien été
príncipe en tant que prémisse de la déduction, mais la morale n’est
pas la logique et par suite on impliquera que cette prémisse est
morale pour quelque autre raison. En effet les plus graves des
débats moraux ne sont pas ceux qui portent sur la conformité de
certaines applications à ces règles postulées, ce sont ceux qui
portent sur ces postulats eux-mêmes. Les déterminations morales,
même les plus simples et les plus générales, tiennent donc leur
essence morale d’autre chose que d’elles-mêmes et qui nest pas
déterminé. Ce quelque chose peut-il être 1’arbitraire du moi en
tant que tel sujet, distinct des autres ? Livrer la morale au caprice
serait immédiatement la supprimer puisquil suffirait de décréter
n’importe quoi pour que ce düt être tenu pour moral. La multi-
plicité absolue n’exclut pas moins la pensée que 1’unité pure.
Entre la réduction aux príncipes et la référence aux sujets,
une seule perspective se propose. S’il faut exclure 1’objectivité
intrinsèque des déterminations et 1’indétermination arbitraire du
sujet, il ne reste à alléguer qu’une indétermination supérieure qui
soit à la fois la source de l’objectivité des déterminations, dont
1’unité 1’exprime toujours, et de la subjectivité des âmes, invitées
à s’épurer de leurs erreurs et de leur faiblesse. A cette indétermi­
nation originante, visée et digne d'être visée, par la moralité comme
par toute recherche, un seul nom convient, c’est celui de valeur.
II ne suffit pas à une hypothèse d'être déductivement vraie, c’est-
à-dire de se démontrer à partir d’un príncipe ou d’une théorie,
et elle ne s’impose pas non plus par un décret arbitraire d’une
volonté ; il faut qu’elle soit aussi réellement vraie, c’est-à-dire
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CARACTÈRES ESSENTIELS DE LA MORALE 21

qu’elle convienne avec tout ce que nous appréhendons de la


nature. II ne suffit pas davantage à une règle morale quelle
soit d’accord avec les affirmations d’un doctrinaire, ou qu’elle nous
plaise, il faut voir si elle concourt à la valeur de notre conduite
dans son rapport avec notre destination. Aussi aurons-nous à
nous interroger sur la valeur morale, entendue comme la relation
de la Valeur, prise sans restriction, avant toute spécification, à
nos actions.
De toute évaluation, première ou dernière, des morales, d’ou
provient 1’autorité ? II peut y avoir des indices de la valeur morale,
comme de la valeur en général, et nous en rencontrerons ; il ne
peut y avoir de critère universel et définitif qui nous dispense de
1'avérer, puisque, si l’on pouvait en assigner un, la recherche morale,
comme toute autre, serait supprimée dès le début par sa réduction
à une déduction, dont le fondement serait un príncipe, expression
du critère. II faut donc admettre que 1’élévation spirituelle des
hommes enveloppe en tous domaines un tact de valeur, qui ne dis­
pense nullement de toutes les précautions et de toutes les vérifi-
cations possibles, mais, au moment même oü ils s’en acquittent,
leur inspire et leur recherche et leur décision. Ce tact, en lequel
s’unissent la force d’une évidence et le concours de médiations
délicates, manifeste la souveraineté de 1’esprit lui-même sur tous
ses contenus, déterminés et qualitatifs. En morale ce tact est une
sensibilité sans faiblesse, mais sans brutalité, qui prononce sur la
qualité des actions dont 1’idée s’offre à notre estimation. C’est à
cette appréciation, informée et méditée, mais en dernière analyse
toujours candide, que nous devrons nous référer dans tous les
cas ou nous invoquerons le moi de valeur comme le suprême
arbitre qui doit être en nous comme le porte-parole, le légat de
1’Esprit, afin que nos actions et nos sentiments conviennent avec
son dessein universel. Nous escomptons de ses inspirations, sous
la condition de notre bonne volonté et de notre effort, qu’elles nous
conduisent à collaborer avec la destination morale de Ehumanité.
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22 qu’est-ce que la morale ?

Dès en effet que nous nous demandons « comment agir ? » nous


impliquons que 1’histoire et notre vie ne sont pas de purs phéno-
mènes, ou, à 1’exception de quelques hasards qui ne pourraient
que nous paraítre heureux, il n’y aurait qu’une contingence radi-
cale, soit la rencontre de mécanismes sans finalité, soit un jeu
de probabilités indépendantes de toute influence de la valeur.
Nous n’avons plus maintenant qu’à rassembler les traits qui
viennent d’être reconnus pour obtenir la définition initiale de la
morale :
La morale est l'ensemble, plus ou moins systématisé, des déter-
minations ídéales, règles ou fins, que le moi, considéré comme source
absolue, sinon totale, de 1’avenir, doit par son action actualiser dans
1’existence pour quelle atteigne à plus de valeur. Par conséquent
elle médiatise intellectuellement la moralité, qui est la respon-
sabilité en acte du moi envers la valeur, en tant qu’elle enveloppe
une action déterminée. Ainsi la gloire de 1’artiste est de contribuer
à la révélation de la beauté, toujours anadyomène, et sa recherche
proprement artistique est indépendante de la morale ; mais en
tant qu’on formule la règle que son devoir est précisément le
travail de cette contribution, la recherche de 1’artiste rentre dans
sa moralité. Au plus bref on definira la morale la détermination
de la conduite humaine, mais à condition d’entendre par détermi­
nation, la manière dont elle doit être déterminée, la détermina­
tion prescrite comme déterminante par le moi de valeur.
Pour exprimer cette demière idée, nous emploierons quelque-
fois la notion de commandement. La morale est une démarche
de la conscience en ce que, comme toute autre, elle suppose un
dialogue : celui du moraliste, du moi se prescrivant comme valable
une certaine fin à poursuivre ou une certaine règle à laquelle
obéir, et de 1’agent moral, consentant à cet ordre et rassemblant
ses ressources pour y obéir. Peu importe ici que nous considérions
la conscience comme mono- ou comme polycéphale, que nous
pensions au dialogue d’un homme avec soi ou d’un chef et d’une
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IMPORTANCE DE LA MORALE 23

troupe : le commandement ne change pas de nature. La déter-


mmation morale intervient pour médiatiser un entrainement qui
provient du chef, s’estimant 1’interprète de la valeur, et réussit, si
1’agent moral s’ouvre, avec empressement ou même avec appréhen-
sion, à sa contagion, à lui faire actualiser la détermination de
l’ordre donné, ce qui veut dire à la fois en enrichir la compréhen-
sion et rimprimer dans 1’existence. Le projet réalisé sera en effet
un concept plus riche que le projet encore simplement projete ;
mais en outre il sera réalisé, ce qui ajoute à 1’enrichissement
constaté et pensé une répercussion infinie.

II. — Importance de la morale

La morale a été critiquée : nous rencontrerons quelques-unes


de ces critiques et elles nous conduiront à lui assigner des limites.
II n’en suit pas que nous devions les considérer au début de cet
ouvrage. Du point de vue de la valeur comme source métaphy-
sique de ce qui est et doit être, la positivité est première par
rapport à la négativité : dès lors ce ne pourra être qu’après avoir
avéré la valeur de l’éthique, disons tout de suite le prix de la
vertu, qui est le courage du bien, que nous devrons reconnaitre
1’impossibilité de la tenir pour équivalente à la valeur plénière,
celle qui n'est pas seulement morale. En fait une critique de « la »
morale n’est d’ordinaire que la critique d’ « une » morale ; et le
scepticisme lui-même, quand il attaque jusqu’à 1’idée de morale,
n’est, si du moins on ne veut pas en faire un nihilisme absolu,
rien de plus qu’un moyen de rappeler la supériorité de 1’esprit
sur toutes ses démarches, de 1’empêcher d’abdiquer en l'une
d’elles, car par ailleurs il ne détoume pas le sceptique d’agir
d’une manière souvent réfléchie et avisée.
Nous allons donc nous engager dans la reclierche de la morale,
comme on le fait dans toute autre, avec la confiance en son prix.
Plus profonde en nous que n’importe quelle critique, puisqu’elle
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24 qu’est-ce que la morale ?

jaillit de 1’immanence de 1’esprit à notre esprit, cette confiance


est confirmée par 1’épreuve de la vie :
Io De l’urgence sort l’obligation, a spécifier dans des
obligations DÉFiNiES. — Un théoricien, savant, moraliste ou
juriste, par 1’effet immédiat de 1’abstraction, étudie les détermi-
nations que le loisir de la réflexion lui permet de dégager, à part
des voisinages oü ces abstractions doivent recevoir leur réalité.
TI n’eüt même pas songé à les rechercher s’il n’eüt quelque part
souffert, lui-même ou par sympathie, du mal de les ignorer ; mais
maintenant, soustrait à cette urgence, il peut penser sans hâte
et abstraire. II en résulte trop souvent qu’il oublie la réalité
de 1’existence ou les déterminations sont toujours de quelque
manière affectées et altérées par leur alentour. Si l’on doit revenir,
de gré ou de force, au sérieux de la vie, il faut revenir d’abord à
1’urgence : il est toujours exceptionnel que nous avancions sur
*errain plat.
Si c’est au coeur de 1’urgence que nous naissons à la réflexion
morale, chronologiquement, la première preuve de 1’irrécusabilité
de la morale est son indispensabilité vitale. Au sein d’une contra-
diction qui nous déchire ou au pied d’un obstacle qui nous arrête,
ce que nous ne pouvons pas ne pas nous demander, c’est « Quoi
faire ? » Le scepticisme est un jeu du loisir et de 1’abstraction.
Au moment oü 1’urgence nous presse, que notre salut dépend de
1’intuition de 1’action qui nous sauve, il est aussi loin que possible
de notre esprit. Une fois 1’urgence passée, il ne renaítra que dans
les esprits oublieux, car les autres garderont le souveuir des trau-
matismes subis, celui de 1’idée qui les a tirés d’affaire. Ainsi peu
à peu des règles morales se sont changées en coutumes : elles
constituent la matière première du moraliste qui les soumet à
son analyse, en induit des règles plus précises et plus générales
dont la justification intime est dans la sympathie avec laquelle
il revient vers les conditions empiriques oü leur indispensabilité
s’est révélée aux yeux de tous. A la limite la morale économise
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IMPORTANCE DE LA MORALE 25

les expériences tragiques oü la valeur des règles s’est manifestée et,


en faisant penser au péril, dispense d’y tomber. Dans la prospé-
rité et la richesse, on n’a plus devant les yeux le dénüment et
on est dispensé de l’effort difficile : la morale rappelle la possibilite
de la pauvreté et de la famine ; après une victoire, celle-ci masque
les fautes et les menaces qui l’ont rendue indispensable et les
sacrifices qu’elle a coutes : bienfaisante est la morale si elle contri-
bue à en éviter ultérieurement 1’épreuve en suscitant et en éclai-
rant la prudence.
Bref la morale est faite d’abord pour remplacer 1’urgence par
le souvenir de 1'urgence, pour nous maintenir entre le péril et la
facilité. C’est en étant prêt à faire des sacrifices que l’on se dispense
d’avoir à en faire et que l’on évite le plus grand mal de l’expérience
humaine, qui n’est certes pas la souffrance, mais le sacrifice pour
rien, la vertu gaspillée. Oü le moraliste remplit son devoir propre,
il ne se propose pas de promouvoir 1’héroisme, car celui-ci ne se
fabrique pas du dehors et c’est le héros lui-même qui en a et
en garde la responsabilité. Au contraire il cherche à en faire faire
1’économie en déterminant et en diffusant la connaissance des
règles dont c’est 1’omission qui rend 1’héroisme indispensable.
Qu’un peuple maintienne sa natalité au niveau optimum d’oü
elle ne doit pas tomber de manière à ce qu’il ne coure pas le danger
d’une dénivellation démographique entre ses voisins et lui, il
diminue les risques de 1’invasion ; qu’un homme fasse effort pour
entretenir en lui le goüt du travail et 1’habitude de l'effort, il
prévient les effets les plus graves de la perte éventuelle de ses
biens; et ainsi de suite. L/inadéquation de toute conscience
limitée à la Conscience infinie est définitive, puisqu’elle est essen-
tielle à sa définition : dès lors l’urgence sera toujours possible et
1’intérêt de la morale ne cessera pas. Celui qui dans un danger
a trouvé 1’idée qui lui a permis de se sauver, celui qui, pressentant
un péril, a fait 1’acte qui lui en a épargné 1’instance, celui-là ne
doute plus du prix de la morale, de même que le malade, sauvé
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26 qu’est-ce que la morale ?

par une opération, ne doute plus du prix de la chirurgie. La vie


enveloppe des puissances d’oü nous recevons des convictions, qui
sont plus süres que les croyances dans lesquelles le sujet reconnait
sa propre subjectivité ou les certitudes qui restent abstraites,
incomplètes ou hypothétiques.
Plus précieuses encore que les déterminations finales que l’ur-
gence nous suggère, sont les opérations énergétiques qu’elle sus­
cite en nous, quand la volonté ne permet pas à la panique d'en
sortir. Les déterminations morales ne sont pas comme les déter­
minations naturelles qui suffisent à nous emporter. N’étant d’abord
qu’idéales, elles restent de purs mots, « un peu d’air battu », si
elles ne sont pas soutenues par les forces secrètes, qui sont indis-
pensables pour nous détourner du désespoir ou de la trahison
et nous amener à faire ce qui doit être fait. La manière dont nous
réagissons dans une urgence dépend de notre tension de valeur
latente, et celle-ci, de nos expériences passées et des enseignements
théoriques et moraux que nous en avons tirés. C'est de la morale
oü ils s’enregistrent qu’il dépend, au moment d’une urgence, que
nous réagissions par la mobilisation de nos énergies ou par la
capitulation. En reconnaissant que le courage est la puissance
psychologique de 1’attrait moral, nous reconnaitrons aussi que
la morale a toujours été et sera toujours à 1’origine des efforts
nécessaires à la survivance et au développement des familles, des
peuples et de l’humanité, à la fois en ce qu’elle dynamise leur
action et en ce qu’elle leur en fournit les règles. Que la tension
latente de valeur s’affaiblisse au coeur de lui-même, 1’homme est
condamné à dépérir par découragement ou à s’égarer par passion :
dans les deux cas, la force du mécanisme 1’emporte sur le désir
de la finalité. En toutes les démarches de 1’esprit, c’est ce qu’elles
comportent d’endogène, c’est ce qui provient de lui qui exprime
sa souveraineté : la morale est ce par quoi, en se commandant,
1’esprit commande aux choses. Oü 1’esprit domine, la nécessité se
volatilise.
:etrouver ce titre sur [Link]

IMPORTANCE DE LA MORALE 27

Ainsi la morale sert la liberté en 1’empêchant de dégénérer.


Ambigu est ce mot de liberté, car il doit comporter toujours un
aspect par lequel la liberté est 1’initiative et un autre par lequel
elle est la valeur : sans celle-là nous ne serious qu’objet et par
suite ne serions pas; aussi quelle que soit la part des choses ou
des lois dans notre activité, celle-ci doit envelopper toujours
quelque adhésion ou quelque inhibition de nous-même ; si pour-
tant elle n’était qu’initiative, sans que la recherche d’aucune
valeur la tournât vers le mieux, cette initiative équivaudrait
à une défaite. II faut même ajouter à cette observation. Avec la
puissance et la diversité de nos initiatives croit notre responsabi-
lité : bien loin que la science puisse résoudre les problèmes moraux,
se substituer au devoir et à la moralité, elle en rend par ses succès
objectifs le respect et le service plus impérieux, puisque notre
pouvoir de faire le mal augmente, identiquement, avec notre pou-
voir de faire le bien. Quand quelque chose choque les hommes,
il leur est facile de crier qu’on « devrait » 1’empêcher. Ce n’est
que se débarrasser de la perspective d’un effort qui ne sera effi-
cient qu’à la condition qu’on ne le rejette pas sur autrui. La
liberté, indissolublement, essentiellement attachée à 1’esprit, ne
peut être un état, car elle n’apparait qu’oü elle se veut : et se
vouloir, c’est vouloir sa valeur. La liberté n’est réelle qu’oü elle
se défend et se conquiert.
2o La détermination morale sert l’expansion de l’es-
prit. — Chaque fois que la volonté, sous 1’action de sentiments
forts, resserre le moi autour de la considération d’une fin, que le
rétrécissement de la conscience braquée tend à imposer la croyance
que la fin suffit à justifier les moyens, que ce soit d’ailleurs pour
la défense du moi ou au contraire le service d’une avidité intem-
pérante, la conscience morale se durcit dans la conscience mili-
taire. Toute urgence, qu’elle soit issue de la menace d’autrui ou
de dangers naturels, comme 1’incendie, le naufrage, 1’épidémie
requiert la militarisation des volontés : la sanction de plus en plus
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28 qu’est-ce que la mor ale ?

rapide et brutale impose la règle, la morale s’y subordonne au


droit pénal : cela ne se fait pas sans tyrannie et mépris de 1’inti-
mité des âmes. Ce qui intéresse le droit, ce sont les actions, plus
que les intentions : elles se ramassent dans les actes mêmes, à
mesure que ceux-ci deviennent plus graves. Cela est indispensable,
dans 1’urgence, en sauvetage ; mais si précieux que le sauvetage
soit pour 1’homme en péril, il ne peut être la fin dernière de la vie
et il doit introduire au salut. La morale ne peut être seulement
un recours dans le malheur et ce serait la calomnier que de
méconnaitre que la discipline la plus dure est pour 1’espérance la
plus haute. On ne sert pas la morale en la rendant tragique.
Si en effet l’on est convaincu qu’aucune détermination, même
quand elle se présente comme une fin, ne peut être qu’un moyen
pour 1’esprit et que celui-ci ne peut avoir d’autre visée que son
propre épanouissement, on jugera que la conscience ne se ferme
jamais, de façon provisoire et à peu près, sur une détermination
à instituer, que pour médiatiser son accès à une existence plus
ample et plus ouverte. Si tendue que soit à certains moments la
volonté, elle ne peut forcer l’âme des hommes et des peuples que
jusqu’à un certain degré, au delà duquel elle casse ; car elle ne
pouvait privilégier certaines tendances qu’à la condition de refou-
ler et réfréner les autres, qui enfin se rebellent et font tout sauter.
II en resulte que nous ne devons pas réduire le devoir à cet aspect
par lequel il indique un chemin rude et escarpé que nous devons
gravir sous peine de périr. Ce défilé est fait pour s’ouvrir sur un
plateau ; et toute « cause » pour reprendre le mot autour duquel
J. Royce a édifié une morale du loyalisme, vaut à raison des
services qu’elle rend à 1’esprit tout entier. Par cet aspect le devoir
devient une médiation qui s’infléchit vers une vie, ou l’art et
1’amour se subordonnent et transfigurent la discipline et 1’effort.
Quand le commandement est aimé, il se perd, sans se nier, dans
1’enthousiasme.
Ainsi s’exprime dans la morale 1’ambiguité de la conscience
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IMPORTANCE DE LA MORALE 29

finie en général, qui est conscience en tant que maitresse de la


réalité, conscience limitée en tant que des déterminations la situent
et la conditionnent. La vie morale la fait osciller entre deux
limites. A la limite inférieure elle se réduirait à 1’objet, et près
de cette limite le moi devient presque un instrument, un agent
d'exécution, un outil adapte à sa fonction. Mais dans cette phase
de 1’existence aussi, il devient bientót, par le durcissement des
déterminations qui définissent sa structure et sa fonction, plus
apte à détruire qu’à créer. A 1’autre limite, la limite supérieure, se
révèle 1’originalité d’un esprit dont 1’étemité exprimerait, sans
déformation ni restriction, à sa manière, la singularité infinie de
1’Esprit premier. Entre la généralité pure, qui produit 1’assimi-
lation, permet la communication sociale, donne prise sur 1’objet
et 1’unicité absolue, oü l’ineffabilité du moi s’achèverait dans sa
divinité, chacun fait les choses et les concepts pour se faire,
et se fait pour faire de nouvelles choses et de nouveaux concepts.
Toute morale est une prescription et une suggestion : elle est la
découverte ou la fabrication de 1’objet et la quête de soi, comme
hésitante entre deux puretés, celle des notions et celle de l’âme
la vérité absolue et la sincérité immaculée. Démocratique par
les identités objectives qui permettent aux hommes de se ren-
contrer dans une nature et une société, aristocratique par la
délicatesse avec laquelle elle élève, au-dessus de tous les idéaux
du moi, la visée d’un modele pressenti, à savoir le moi singulier
tel que le moi le deviendrait s’il pouvait se décanter de tout ce qui
le trouble et se libérer de tout ce qui 1’entrave, de manière à deve-
nir enfin exclusivement soi. Le héros qui sans les tyranniser entraine
les hommes est toujours plus qu’un chef militaire : c’est vers eux-
mêmes qu’il les attire. Une morale impersonnelle resterait inerte
et froide, un règlement d’administration publique. On éveille
les âmes ou 1’on commande dans le désert.
3o Par la morale, le moi prend le gouvernement de lui-
même. — Ainsi, altemant entre la prudence qui evite les défail-
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30 qu’est-ce que la morale ?

lances et 1’ardeur qui promet 1’élévation, la morale atteint à sa


plus haute valeur en assurant l’hégémonie du moi sur lui-même.
C’est encore la conséquence de 1’ambivalence du moi : engagé dans
les choses par 1’objectivité, et même 1’empiricité qu’y ajoute
la contingence, dégagé d’elles dans la mesure oü comme sujet
il participe déjà de la personnalité, il ne peut atteindre à la domi-
nation des choses et de soi qu’en réalisant autant que possible en
lui la conciliation de lui-même comme conscience spontanée,
totale, existentielle, et de lui-même comme conscience volontaire,
posant les déterminations indispensables à son action. Succes-
sivement ou simultanément, notre vie consiste soit à soumettre
la totalité de nous-même à des directions clairement et distincte-
ment pensées, soit à les autoriser par leur convenance avec la
vocation indivise de nous-même, qui déborde tout ce que nous
pouvons en penser. Quand la volonté violente la richesse infinie,
mais confuse du moi, elle risque de faire de la volition une passion
abstraite, plus redoutable que les autres, parce qu’elle ajoute à
la partialité le fanatisme ; quand au contraire la spontanéité se
refuse au controle, elle risque à son tour de nous livrer à des
besoins obscurs, dont 1'indétermination accroit le danger parce
qu’elle les fait échapper à tout examen critique. Rares, mais
précieux sont les moments oü se fait par la réflexion morale la
convergence et le concours des énergies intimes et des représen-
tations éthiques. C’est à ce moment que la domination de 1’esprit
sur la nature ne se distingue plus de la domination de la volonté
sur soi. La morale s’y confond dans la moralité ; elle y perd sa
distinction séparée, mais elle lui assure la lucidité.
Cest bien à cette expérience souveraine, toujours originale
par la manière dont les déterminations et les émotions concourent
à 1’unité du moi, toujours la même, puisque 1’unité en tant qu’unité
est indépendante des variations de son contenu, que vise la
conscience morale quand elle subordonne tous ses ordres à la
recherche de la « bonne conscience ». Les divisions que 1’esprit
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IMPORTANCE DE LA MORALE 31

comporte en soi, même les conflits par lesquels il passe, n’ont


pas leur fin en eux-mêmes ; s’ils sont la source de cet élan que
nous pensons sous le nom de devoir et qui sous-tend toute notre
vie, c’est pour être la matrice d’une reconstitution ou d’une
création de 1’esprit par lui-même oü il reconquiert son unité.
Cette unité n’est plus abstraite ; elle n’est plus une unité dans
1’esprit, 1’unité de quelque chose. Tant que « la voix de la cons-
cience » ne fait qu'énoncer ses commandements, la morale est
un défaut; dès que son action et son influence refont la conti-
nuité de la conscience déchirée, que le dédoublement de 1’esprit
s’achève dans la réintégration à un niveau supérieur de valeur,
il obtient, au-dessus de toutes les satisfactions limitées et partielles,
ce contentement, qui exclut ou transcende le désordre intime parce
que les dissonances mêmes y contribuent à l’harmonie, et d’oü
redonde la générosité que rien n’empêche plus de se répandre.
La sagesse y accorde les déterminations, 1’amour les emporte
dans son mouvement. II n'y a plus de morale oü elle triomphe,
mais il n’y a pas de triomphe sans son secours ni sa médiation.
On rassemble en une seule toutes les idées qui viennent d’être
reconnues en disant de la morale qu'elle est indispensable pour
maintenir, puis élever, 1’humanité à un niveau supérieur à celui
qui résulterait de la pure spontanéité, de la seule nature. Une
longue recherche, poursuivie de génération en génération, a
accumulé les connaissances qui permettent à 1’homme d'acquérir
plus de puissance sur la nature, de la toumer à ses fins ; une
autre recherche, non moins précieuse, a dégagé les manières d’agir
et de vivre qu’il faut adopter pour que cette puissance ne se toume
pas, par le vice de 1’homme, contre 1’homme lui-même. On peut
mépriser la morale et 1’éducation morale, la formation des tendances
et la culture de celles qui assurent la paix et la bienveillance
mutuelle des hommes : ici en effet la liberté est souveraint, pour
le mal comme pour le bien ; mais il faudra s’attendre à payer ce
mépris par la décomposition des vertus qui font la générosité d’un
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32 qu’est-ce que la morale ?

individu, la perpétuité d’un peuple, 1’amour de l’humanité. Dans


1’expérience concrète, tout compte, les omissions comme les
actions. Une erreur scientifique amène un accident; un crime,
une faute morale, entrainent une défaillance ou un désordre,
qui seront plus cuisants à proportion de la supériorité de 1’homme
sur la nature. Rien ne sert ici de se cacher derrière 1’objet. Ce n’est
pas 1’objet qui est à 1’origine des choses, c’est 1’esprit ; et, dans
la mesure oü ces choses sont humaines, c’est 1’esprit humain.
Régler sa conduite comme une longue épreuve de la vie en a
convaincu les hommes, comme les plus grands moralistes en ont
fixé la réglementation et la tradition, voilà ce que la morale
a pour mission d’apprendre. La dédaigne-t-on, par exemple en
la remplaçant par une connaissance historique ou scientifique
qui n’a rien à faire avec sa destination propre, il sera nécessaire
que ce mépris engendre ses néfastes conséquences. La science a
dégagé les lois qui ont permis la construction de 1’automobile,
la technique qui les applique la fabrique et la maintient en bon
état: il n'est pas moins important que la morale avertisse le conduc-
teur de ne pas s’enivrer. L’immoralité a fait périr plus d’hommes et
de peuples que 1’ignorance. La première moralité consiste à vouloir
la morale.
C’est par là que la morale est profondément et intimement
spirituelle. En deçà des institutions sociales, elle ramène vers les
actes individuels sans lesquels toutes les institutions sont desti-
tuées d’existence ; en deçà des actes, elle ramène vers les intentions
qui dirigent leur gestation ; en deçà même des intentions, elle
ramène enfin vers le tréfonds de 1’esprit oü dans 1’unité singulière et
invisible de la conscience secrète ses intentions germent. C’est
donc vers 1’esprit pur et plein en tant qu’il est la source des actions
déterminées que la morale fait revenir. Elle rappelle que rien ne
se peut se faire sans lui parce que tout se fait par lui. Notre temps,
par le concours d’influences nombreuses, cède trop souvent à un
objectivisme naturel et social d’après lequel 1’homme ne serait
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ESPRIT ET PLAN DE l/OUVRAGE 33

qu'une résultante, ou, pour mieux dire, le lieu oü des lois en se


rencontrant feraient apparaitre des effets qui ne seraient que des
effets. Si cette conception était vraie, la morale n’aurait qu’à
disparaitre ; mais cest 1’erreur la plus grave quune société ou
qu’un individu puisse admettre. Car dès que des hommes sont
convaincus de leur irréalité profonde, ils ne peuvent que se laisser
ronger peu à peu par un détachement et un désintérêt spirituels,
qui ne laisseront de place que pour la satisfaction des besoins
organiques et de 1’avidité égoiste. La première condition d’une
haute et noble civilisation, c’est la confiance morale des liommes
dans leur mission.

III. — Esprit et plan de 1’ouvrage

La plus courte introduction est la meilleure : nous n’ajouterons


donc à ce qui vient d’être dit que quelques mots pour indiquer ce
que l’on peut attendre de ce livre.
Deux soucis 1’inspirent, que l’on peut juger opposés. Le pre­
nder, c’est de maintenir la connexion entre la philosophie, première
et plénière, et la morale. II n’y a qu’une philosophie ; et elle ne se
laisse guère, malgré les nécessités de 1’exposition, débiter en par-
ties. Aucun homme ne peut oublier ce qu'il pense quand il passe
à 1’action ; et son action doit réagir sur sa pensée. On ne pourrait
couper entre le théorique et le pratique, et plus intimement entre
la réflexion et la vie qu’en privant la réflexion de ses mobiles ou
de son importance et en enlevant à la vie la lumière de 1'intelli-
gence. Dès lors la morale n’est qu’un autre nom de la philosophie
indivisible : elle 1’oriente d’une certaine manière, mais 1’enveloppe.
Métaphysique, logique, théorie de la connaissance donnent à la
morale ses príncipes ou la conditionnent si intimement que celle-ci,
séparée d’elles, ne serait plus qu’un formulaire sans siguification.
Pourtant cette préoccupation de comprendre par les príncipes
et les visées ne doit pas étouffer la préoccupation opposée de
I.E SENNE
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34 qu’est-ce que la morale ?

maintenir la morale au contact de la vie la plus concrète. Ce n’est


pas le plus facile, car le propre du concret c’est de fuir devant 1’ef-
fort pour le saisir, puisque, dès qu’on prétend en appréhender
quelque chose, il renvoie à quelque chose de plus, par rapport à
quoi ce qu’on en a saisi reste general ou particulier, c’est-à-dire
toujours abstrait. Ce qu’il y a donc de mieux à faire pour le suggé-
rer, c’est d’indiquer les niveaux par lesquels on s’élève quand ou
part à sa recherche.
Le premier est 1’acte. Sous sa forme la plus extérieure la morale
défend ou ordonne certaines manières d'agir : « Ne mens pas »
ou « verse 6 % d’impôt sur ton revenu ». La détermination de nos
actions ponctue la relation du moi et du toi et conditionne la guerre
ou 1’amour. Nous sommes chacun solitaire et public ; mais nous
ne pouvons être l’un et 1’autre que par la médiation de ces déter-
minations que notre action pose : c’est à la réflexion morale à nous
aider à les bien choisir.
André Lalande a publié un Précis raisonné de morale pratique (Paris, Alcan,
1907, 70 p.), qui constituo, ■ sous forme de questions et de reponses ». comme
un catéchisme des ■ vérités morales pratiques ■, en vue de 1’éducation. II a cherché
à y rassembler « ce qu’il y a de commun dans toutes nos prescriptions morales,
quel que soit le système métaphysique ou religieux auquel on les rattache ■ (pp. i-n).

De quelque utilité que puisse être un catéchisme ou une déon-


tologie, c’est-à-dire une liste des devoirs, on ne peut y réduire la
richesse de la vie morale. Plus concret, mais moins apparent
que les prescriptions pratiques par lesquelles la morale s’exprime,
est ce développement de la pensée morale qui en fait une Lebens-
anschauung, non un système, mais une description de 1'existence
humaine sous sa forme la plus liaute. Elle fonde et explique une
certaine allure de vie, qu’un grand moraliste a reconnue, éprouvée
et conseillée ; la considération des actions qui en sont les manifes-
tations publiques s’y subordonne à celle du rythme et de la qualité
du moi. A son exemple, ce que nous devons tâcher de retrouver,
ce sont, plus intimement que la pratique, à laquelle on réduit
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ESPRIT ET PLAN DE l’OUVRAGE

trop souvent et trop facilement la morale, les dialectiques intellec-


tuelles ou émotionnelles, les opérations intimes, voire, dans la
mesure oü ces mots ne jurent pas d’être rapprochés, les procédés
de technique spirituelle, qui ont fait, des plus célebres morales,
plus et mieux que des idées spéculatives ou des enseignements
d’action, à savoir des modèles aimés de sagesse, ou des fontaines
de jeunesse.
Si élevé que soit déjà ce niveau, 1’effort vers le concret ne peut
pourtant s’y arrêter ; il tend vers un autre qui est la vie propre
et singulière d’un hotnme, de tel homme, intérieure à tous les actes
qui 1’expriment, supérieure à toutes les peintures qu’elle peut
donner d’elle-même ou se proposer à elle-même. I/unité que
visent toutes nos recherches, 1’éthique comme les autres, c’est
1’imité infinie de l’idéal de notre esprit, 1’Esprit universel. L’in-
fini serait nul s’il était moins que le fini ; il se finirait s’il se res-
treignait en projetant le fini en dehors de lui et pour ainsi dire
contre lui, de manière à ne plus le comprendre et à se faire borner
par lui. Aussi est-ce en soi-même qu’il doit 1’émettre, par une
discontinuité relative, qui fait des modes du fini autant de termes
que 1’infini relie et déborde. Ce qui garde en soi ses contenus déter-
minés comme objets, en les distinguant de 1’infinité de soi et
de son acte, est ce que tout le monde appelle 1'Esprit conscient,
qui se retrouve en nous de façon immanente à proportion de notre
participation, mais nous reste transcendant en raison des limites
; de cette participation même. Par cette transcendance il demeure
pour nous la visée d’une sacra ignorantia, d’une impatience
ouverte, qui, en tant quelle est susceptible de sexprimer par une
morale sans cesse progressive, est la moralité même. Comme à
cause de sa supériorité, de son originalité vitale, de sa réalité
absolument concrète, la moralité d'une personne dépasse ce qui
peut être dénoncé ou suggéré de défini par n'importe quel ouvrage
d’éthique, elle les déborde tous et ne s’y retrouve pas.
C'est donc aux deux niveaux précédemment reconnus, celui
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36 QU’EST-CE QUE LA MORALE ?

des actes déterminés et quasi musculaires, et celui de 1’allure de vie,


qu’un traité de morale doit nécessairement se tenir. Mais ces deux
figurations de la conscience morale s’opposent comme la généralité
et la singularité, de sorte que les ouvrages de morale sont condam-
nés à osciller entre deux idéaux : optent-ils pour la généralité,
ce sont des tables plus ou moins systématiques de règles ; veulent-
ils au contraire serrer la vie réelle, ils forment une exposition de
modèles vivants.
C’est en fonction du premier aspect que l’on parle, dans son
acception la plus stricte, de « méthode de la morale ». La seule
méthode à la rigueur serait celle qui, à partir d’axiomes moraux,
serait capable de dériver déductivement leurs applications pra­
tiques. Elle a en effet tenté des rationalistes, soit qu’ils se soient
préoccupés de déterminer les principes de la déduction morale,
soit qu’ils en aient esquissé des applications partielles. Mais il
faut bien reconnaitre que le programme complet d’une éthique
rationnelle a été plutôt promis que réalisé par la morale rationa-
liste, parce que, comme la science déductive, elle s’est rencontrée
avec la diversité, toujours à quelque degré imprévisible, de
1’expérience.
Aussi les moralistes, par attachement à 1’histoire ou par souci
de la vie intime et des énergies morales, se sont-ils, dans 1’antiquité
et dans les temps modemes, souvent rejetés vers 1’autre concep-
tion de la morale, celle qui se propose de fournir des modèles de
vie, de découvrir ou d’élaborer des exemples supérieurs d’huma-
nité. En nous faisant sympathiser avec les épreuves ou les réactions
des plus grandes âmes, ils nous incitent à deviner le secret de leur
force et de leur bonheur. Ils nous élèvent par l’effort même que
nous faisons pour les comprendre et, autant que nous le pouvons,
nous égaler à eux.

Cette morale à la manière des Vies des hommes illuslres de Plutarque a été
renouvelée au xix" siècle par des penseurs anglo-saxons, not. par :
Thomas Carlyle (1795-1881) : sa philosophie est exposée sans systématicité
:etrouver ce titre sur [Link]

ESPRIT ET PLAN DE i/OÜVRAGE 37

dans Sartor Resartus (1834) ; il tient la nature pour un symbole du surnaturel,


il faut le comprendre pour s'élever au-dessus d'elle : c’est ce que font les hommes
les plus grands : Ileroes and Ilero Worship (1841). Cest la croyance, ce n'est pas
la réflexion, qui est créatrice. Cette morale n'esl pas sans analogies avec le berg-
sonisme, à 1’affectivité près. ... ,
Trad. franç. : Les héros, le cultc des héros et 1’hérolque dans l hisloire, trad. introd.
et notes par J. K. J. Izoulet-Loubatières (Paris, Colin, 1888).
Sur Carlyle, une étude de J. M. Robertson, Mod. humanists (Londr., 1891) :
elle porte aussi sur Mill, Emerson, Matthew Arnold, Ruskin et Spencer ;
De Leslie Stephen, Carlyle's Ethics dans Hours in a Libraru (Londr., 1892)
W. Dilthey, Th. Carlyle (Arch. f. Gesch. d. Phil., IV, 1891);
Louis Cazamian, Carlyle (Paris, 1913).
Ralph Waldo Emerson (1803-82) : individualisme lyrique sur fond de pan-
théisnie spirituel = Complete Works (Londr., Routledge, 1894-1902, 12 vol.).
Une édit. compl. en 1 vol. a paru à Edimbourg, Nimmo, Hay & Mitchell, 1906.
Nombr. trad. franç., notamment de Representative Men : Les Représentants
de 1'Huinanité, trad. Pierre de Boulogne (Paris, Lacroix, etc., 1863).
Sur Emerson, M. Dugard, Emerson, sa vie et son cpuure (Paris, Colin, 1907) .
et les ouvrages de Régis Michaut, particulièrement L'esthélique d'Emerson, la
nature, 1’art, 1'histoire (Paris, Alcan, 1927).
De cette tradition relèvent les ouvrages de Romain Rolland, Vie de Michel-
Ange, de Beethouen, de Tolslol etc., (Paris, Hachette).

En substituant la description de la vie morale à la systémati-


sation des règles, en remplaçant le primat de 1’ordre spatial par
celui du développement temporeí, cette manière de procéder
devait influer sur la réflexion même du moraliste.
Sur l'ceuvre de Frédéric Rauh, cf. ci-dessous, p. 634.
Assez récemment Einmanuel Lbroux, dans un article intitulé Idie d'uf-
méthode nouuelle en élhique : Recherches Philos., t. I, 1931-32, pp. 253-61 (Pariu,
Boivin), a esquissé une « méthode faisant largement appel à Pexpérience • pour
étudier les problèmes propres de 1'éthique sans en dégrader la nature. Au lieu de
rechercher 1'universalité de principes sur lesquels on ne s’accorde jamais, les
moralistes devraient, à 1’aide de biographies bien faites, reconnattre les divers
types d'orientation de la conduite humaine, de manière à pénétrer dans les expé-
riences intérieures qui ont fait, pour chacun des hommes qu'elles ont permis d‘étu-
dier, la valeur de leur manière de vivre. L'examen des résultats conduirait à une
évaluation de ces expériences ; elle permettrait par exemple de discerner si l’imi-
tation d’un modèle vaut mieux que rapplication d’un príncipe ; mais ni le «succès •
ni 1'échec de ces hommes ou de leurs méthodes ne dispenserait de préciser quel
contenu il faut metlre dans la notion de ■ réussite spirituelle >; on ne devrait
pas non plus prétendre à une conclusion fermée et sans appel. L'éthique est ainsi
entendue comme la détermination et l’appréciation des « variétés de l expérience
morale », en liaison avec les vies exemplaires qui lui ont conféré 1'historicité.

Plan de cet ouvrage. — Entre ces deux manières de concevoir


la morale, nous n’opterons pas. L’esprit, irréductible à tout ce
qu’il surmonte, est supérieur à toutes les antinomies qu’il peut se
faire et reconnaitre en lui-même. Comment notamment renonce-
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38 qu’est-ce que la mor ale ?

rait-il à 1'espace ou au temps qui solidairement enveloppent tous


les contenus de 1’esprit ? Ils constituent les milieux intérieurs
ou s’opposent une exigence d'unité qui condamne la contradic-
tion et poursuit la systématisation et une exigence d’infinité qui
nous porte au delà de toute unité obtenue. La morale doit refléter
leur dualité ; et si l’on ne veut, par suite, 1’appauvrir, il faut la
considérer alternativement comme une maítresse de vie et com me
un professeur d’ordre. C’est ce que nous tenterons dans les deux
premières parties de cet ouvrage.
Dans la première, nous esquisserons à titre d’exemples moraux,
dix modeles de vie, dix manières de se faire dont un philosophe
a reconnu les príncipes ou les procédés et escompté la valeur.
Comme des hommes n’ont été des moralistes qu’en tant que leur
réflexion a dégagé 1’armature intellectuelle et proversive de leur
vie, nous ne nous référerons pas à des « héros » dont la morale
ait été implicite. II nous reste ou ceux qui ont strictement attendu
leur salut de la réflexion morale, ou ceux qui en ont été assez sou-
cieux pour que, sans sortir de notre domaine, nous puissions,
avec eux, nous approcher des autres hommes qui mettent leur
vocation dans la vie intellectuelle, 1’action historique, la recherche
de la beauté ou la béatitude mystique.
Dans la dcuxiètne partie, nous dégageant de ces spécifications
personnelles qui ont constitué des modes actuels, et toujours
actualisables, de vie, nous isolerons et étudierons les formes et les
forces qui sont comme les ingrédients de la conscience morale,
indépendamment des fluctuations que le temps peut y introduire.
Eu deçà de ses traits changeants, 1’homme, du fait seul qu’il est
conscience et conscience finie, doit comporter des traits impéris-
sables, dans sa connexion avec 1’action comme dans son rapport
à la connaissance. De même que la conscience la plus rudimentaire
doit connaitre la distinction entre des associations contingentes
et des nécessités solides, la vie la plus pauvre distingue le plaisir
et la peine, le bien et le mal, 1’antinomie du bonheur et du devoir,
:etrouver ce titre sur [Link]

ESPRIT ET PLAN DE i/OUVRAGE 39

1’opposition des motifs et des mobiles ; et avec eux tout le reste


de la vie morale. II n’y a donc pas plus de mentalité prémorale
qu’il n’y en a de prélogique. Dès lors le moraliste doit examiner
en eux-mêmes les données de la vie morale, les problèmes qui en
résultent, les solutions qui en ont été proposées.
Si 1’ime et 1’autre études, solidaires comme la considération du
temps et celle de 1’espace, sont faites pour composer leurs résul-
tats dans la vie de 1’esprit, la vie morale, qui est 1'esquisse de
notre vie comme elle doit se vivre, doit être, autant que pos-
sible, précisée dans une troisième partie, qui tirera profit des
expériences décrites par les moralistes d’autrefois comme des
analyses et des réflexions induites de la conscience invariable.
II nous restera à conclure. Que vaut la conscience morale, telle
qu’elle viendra d’être montrée dans ses modes les plus hauts,
dans ses péripéties les mieux étudiées, dans son cours le plus
heureux ? N'est-ce qu’un phénomène subjectif, superficiel et
illusoire, comme tout ce qui exprimerait 1’homme séparé, à part
de sa connexion avec la réalité et de sa destination ? Ou au contraire
doit-on lui reconnaitre la signification d'une participation par
laquelle la moralité serait une expression originale de 1’Absolu ?
A cette question nous devrons répondre dans la conclusion en
abordant le problème ultime « Morale et métaphysique ».
II va de soi qu’au cours de ces considérations, ce qui fait leur
valeur, ce ne peut être que leur légitimité. Un scepticisme subtil,
favorisé souvent par l’histoire de la philosophie, finit par discré-
diter la philosophie en en faisant des rêves de philosophes. On
présente la pensée d’un auteur comme un produit psychologique
de sa subjectivité. « Voici ce qu’a enseigné Descartes; d’autres
enseignent d’autres choses. » Rien ne peut être plus superficiel
que cette façon de voir. La pensée d'un homme est de lui, posi-
tivement, en tant qu’il a contribué à son actualisation ou, négati-
vement, parce qu’il iui a imposé son étroitesse et sa partialité;
mais elle ne vaut que dans la mesure ou elle lui est transcendante.
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40 qu’est-ce que la morale ?

ou, à travers sa réfraction de la réalité, s’en retrouve une expression.


Comme il y a une objectivité scienti fique, il y a une légitimité
morale. Olle-ci vise une originalité créatrice, qui soppose à la
généralité abstraite de celle-là ; mais il n’en suit pas que ce soit
par un arbitraire subjectif quon puisse décider si c’est la véracité
ou le mensonge, le courage ou la lâcheté, qui doivent être honorés
comme moraux. La morale est en définitive la conception de la
vie, qui, tenu compte de 1’expérience et de la valeur, se propose à
un homme désireux, au delà de ce qu’il est, de découvrir et d’ac-
complir sa destination.
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BIBLIOGRAPHIE D’HISTOIRE DES MORALES

Cette bibliographie concerne la morale en tant qu’elle s’est


exprimée à travers le temps par des doctrines. C’est dans le cou-
rant du volume qu’on trouvera, en connexion avec les questions
abordées, les indications d’ouvrages, plus ou moins contemporains,
oü ces questions sont traitées pour elles-mêmes.
Puisque cette collection n’est destinée qu’à introduire aux
études philosophiques, aucun volume, et notamment aucun
ensemble bibliographique ne peut, à supposer que cette ambition
soit réalisable, prétendre à y être complet. Ce que nous cherche-
rons, c’est donc à indiquer les voies par lesquelles le lecteur peut
être mené à une information plus poussée. La qualité des références
i est dans ce cas plus précieuse que la quantité, qui, comme on le
verra, reste considérable, en rapport, nous semble-t-il, avec les
I besoins qu’elle doit satisfaire.
Une importante bibliographie complémentaire, établie par
I Mme Paule Levert et arrêtée au 31 juillet 1966, est insérée à
la fin de cet ouvrage, immédiatement avant le premier index
I (pages 735 à 766).

Histoire et sociologia des mceurs


Nous ne mentionnerons qu’accidentellement et accessnirement dans cette
bibliographie les tra1 aux d'inspiration purement historique. ethnographique ou
sociolueique qui, sous le nnm d’ « histoire de la morale • on des noms comparables,
ne se proposent pas d'exposer et d’apprécier du point de vue éthique les moeurs
et généralement les jugements qui les reflètent ; mais se présentent comme des
études purement objectives au sens oü ce mot convient à une science ou à une
histoire, avec cette nuance particulière que cette histoire porte souvent, sur l’ano-
nyme Par cette intention, ces travaux sortent du domaine de la morale dés que
l’on pense que la morale ne se réduit pas purement et simplement au savoir, mais
enveloppe la prescription du meilleur. Aussi, dans cette introduction hiblionra-
phique nous nous contenterons sur ces travaux de quelques indications, suffl-
santes pour permettre aux lecteurs qui dr-sireraient s’engager dans cette voie
de trouver leur chemin
On trouvera à la fln de 1’ouvrage d’Edward Westermarck, The Origin and
Development of the moral ideas (2® éd-, Londres, Macmillan, 1912-17, 2 vol. in-8°),
trad. en franç, par Robert Godet, sous le même titre L’origine et le déueloppemen;
Retrouver ce titre sur [Link]

42 BIBLIOGRAPHIE d’H!STOIRE DES MORALES

des idées morales (Paris, Payot, 2 vol., 1928-29), une bibliogr. très vaste de 1’expé-
rience morale de 1’humanité qui, bien qu'eile ne soit la matière d'aucun classe-
ment, peut rendre des services (t. II, pp. 741-835 de la trad. franç.). Cf. sur cet
ouvrage, ci-dessous p. 105.
Une histoire générale des mceurs et des jugements moraux en France a été
entreprise par Albert Bayet, Histoire de la morale en France (Paris, Alcan, 1930-31).
Deux vol. sont parus
I. La morale des Gaulois
II. La morale palenne d 1'êpoque gallo-romaine.
Pour les trav. de sociologie morale, cf. 1’Année sociologique (cf. ci-dessous,
p. 74).
A) Instruments généraux de travall
II est évident que les ouvrages qui conviennent à la philosophie en général
convie ment aussi en particulier, soit directement, soit de manière indirecte, à
la morale. Nous ne pouvons pourtant, ici encore, empiéter sur les domaines des
nutres Traités de la collection, notamment de celui d’histoire de la philosophie.
Nous nous contenterons par conséquent de rappeler les titres suivants :
Dictionnaire des sciences philosophiques, publié sous la direction d'Ad. Franck
(2* éd., 1875, Paris, Hachette, 1.806 pages).
Assez peu d articles de morale (cf. la liste p. 1798), mais des monographies
de philosophes. Les bib). qui terminent ordinairement les articles peuvent être
utiles, soit surtout en ce qui concerne le xvn', soit aussi pour les écrits français
et méme anglais des deux premiers tiers du xix' siècle : on y retrouve des ceuvres
oubliées, quelquefois injustement.
Dictionary of philosophy and psychology, publié sous la direction de James
Mark Baldwin (3 vol., New York et Londres, Macmillan, lrc éd., 1901-05).
Les vol. I et II contiennent des articles de dictionnaire sur des termes de phi­
losophie et de psychologie ; les art. de morale sont généralement de James Seth
et de W. R. Sorley (le 1" vol. va jusqu’à Laws of Ihoughl).
Le vol. III, par Benjamin Rand, contient une Bibliography of Philosophy,
Psiichologu and cognale sub/ects : elle compte plus de 60.000 titres d’ouvrages et
d'articles de revues, dans 1.192 pages.
Ce 3° vol. est en deux Parties'
La Ire Partie, aprés 1'indication des bibliographies générales, des diction-
naires et des périodiques philosophiques, contient la bibliographie des ouvrages
d'histoire de la philosophie, puis, par ordre alphabétique des philosophes, la liste
des ceuvres écrites par ou sur eux:
La II' Partie répartit son contenu suivant les diverses sections de la philo­
sophie : la morale (section F) tient de la p. 812 á la p. 912 (bibl. gén., hist. de la
mor., hist. de la mor. chrét., syst. et essais par ordre alphabétique d'auteurs, tra-
vaux spéciaux groupés par mots-repères, tels que altruisme et égolsme, vertu ou
ulililarisme).
L'Encyclopaedia Britannica et la Grande Encyclopédie contiennent de bons
articles de philosophie ; par exemple la première, celui de Lewis Campbell (1885)
sur Platon ; la seconde, ceux de Paul Tannery sur Platon, de Boutroux sur
Aristote et Kant, de Lucien Herr sur Hegel.
L’Encyclopaedia of Beligion and Ethics de James Hastings (Edimbourg,
13 vol., 1908-26), contient aussi des articles intéressants, mais surtout pour la
pensée morale de 1'Angleterre.
Une bibliographie utile des traductions d'auteurs philosophiques en italien
et de travaux de critique italienne est à la fin d'un ouvrage d'Aug. Guzzo pour
les etudiants, Prospetti di sloria delia filosofia (Loffredo, Napoli, 1938) : VI « Prime
indicazioni bibliografiche », pp. 173-192.
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BIBLIOGRAPHIE D*HISTOIRE DES MORALES 43

Les uocabulaires philosophiques sont précieux, non seulement par leurs déílni-
tions, mais aussi par leurs citations. Rappelons un ouvrage allemand :
Rudolf Eisler, Wõrterbuch der philosophischen Begriffe (Berlin, Mittler & Fils,
2® éd., 1904, 2 vol. ; 3e éd., 1910, 3 vol.). Certains mots contiennent, par la revision
des définitions qu'ils ont reçues, comme une histoire des questions qu'ils ont sou-
levées, par ex. pour la morale, Ethik, Glüch, Gut, Leidcnschaft, [Link], Mitleid,
Pflicht, Sittlichkeil, Sollen, Tugend : ils peuvent étre ainsi très utiles à des étudiants ;
Le Phílosophen-Lexicon (Berlin, 1912), brèves biographies avec qqs indic.
bibliog. et le Handwõrterbuch der Philosophie (2* éd., Berlin, 1922, revue par Mül-
ler-Freienfels) du mème Eisler, sont beaucoup moins utilisables.
Et en ouvrage français
Vocabulaire de la Société française de Philosophie, publié sous la direction
d'André Lalande (2 vol., Paris, Alcan), intéressant par les définitions proposées
et par les observations des membres de la Société ; certaines notes sont impor­
tantes.
On peut trouver des informations utiles dans des dictionnaires élémentaires*
Voici deux titres
Edmond Goblot, Le Vocabulaire philosophique (Paris, Arm. Colin), ne contient
que des noms communs : pas de bibliographie.
Heinrich Schmidt, Philosophisches Wõrterbuch, 9' éd. augm., 790 pages (Taschen-
ausgabe, 12, Alfr. Krõner, Leipzig, 1934), noms communs et noms propres-
avec des indications bibliographiques. Peut étre surtout utile pour les contem,
porains.
La plupart des reuues de philosophie publient des articles de morale. On trou-
vera la liste des plus classiques dans le Dicl. de Baldwin, dans la bibl. générale
qui est en tête de la Ire part. du vol. III.
Deux de ces revues indiquent, par leur titre, qu'elles font à la morale une
place prépondérante ou importante :
La revue anglo-saxonne, The International Journal of Elhics (fondée en 1890),
devenue, en avril 1938 (vol. XLVII1, n° 3), Elhics, an international journal of
social, political and legal philosophy (University of Chicago Press) et la revue fran­
çaise, Beuue de Mítaphysique et de Morale (fondée en 1893 par des philosophes
groupés autour de Xavier Léon) (Paris, Arm. Colin).
Pour avoir la liste de 1’ensemble des périodiques français de philosophie, on
peut se référer à 1’ouvrage de
Pierre Caron et Marc Jaryc, Réperloire des périodiques de langue française
(Paris, en vente à la Maison du Livre français, 1935).
II conviendrait d’ajouter ici, aux périodiques, les publicalions des Congrès
nalionaux et internationaux de Philosophie, et aussi d’Education morale, bien
que ceux-ci ressortissent davantage à la pédagogie ; et les Bulletins des Sociétés
philosophiques : nous y renverrons au besoin.
Des collections de Conférences peuvent rendre des services, par ex. des Confé-
rences françaises faites aux Hautes Etudes Sociales, ainsi par
Bouglé, Bréhier, Parodi et d'autres, Du sage antique au citoyen moderne
(Paris, 1921).
Depuis 1937 a été mise en train une entreprise permanente de bibliographie
philosophique par 1'Institut international de Collaboration philosophique, sous
la direction de Léon Robin, avec le titre Bibliographie de la philosophie (Paris-
Vrin).
Le premier fascicule comprenait les publications (ouvrages et revues) des
quatre premiers mois de 1937 et les théses de 1936-37.
Chacun de ces fascicules contient une partie proprement bibliographique, oü
l’on trouve le catalogue des éditeurs, des périodiques et des écrits par noms d'au-
teurs et une partie systématique en trois sections : suivant 1'ordre hist. et géo-
graphique, sur les philosophes et savants, enfin d’après les mots-souches tels que
devoir, morale, valeur.
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44 BIBLIOGRAPHIE d’HISTOIRE DES MORALES

HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

Des histoires de la philosophie dont on trouvera la liste dans le Dict. de Bald-


win, vol. III, Ire Partie, nous ne citerons ici que
Pour 1'Allemagne, dont elle est devenue comme une institution :
Friedr. Ueberweg, fírundriss der Geschichle der Philosophie, continué par
Max Heinze (Berlin, Mittler, 5 tomes) :
t. I : Antiquité (11' éd., Karl Praechter, 1920), Indic. des sources et de
bibl. dans les chap. et á la íin (après la p. 696): Verzeichnis der Arbeiten Neuerer
zur Gesch. der Phil. des Altertums (244 pages, très détaillé) ;
t. 11 : Palristique et scolastique (10® éd., de Baumgartner, 1915). Litera-
turverzeichnis de 211 pages ;
t. III : Temps modernes jusqtTà la fln du XVIII* s. (12® éd., de Friescheisen-
Kõhler & Moog, 1924, 620 pages). Littérature, pp. 621-758 ;
t. IV : Philosophie allemande du commencement du XIX* s. à 1923 (12® éd.,
de Tr. K. CEsterreich, 1923), p. 661 bibl. des écrits pour 1'hist. de la phil. de
1800 à 1923 ;
t. V : Philosophie étrangère à 1'Allemagne de 1800 à 1928 (12® éd., d’(Ester-
reich, 1928, 417 pages). Pour la France, pp. 1-66 ; bibl., pp. 67-80.
Pour la France :
Emile Bréhier, Histoire de la Philosophie (Paris, Alcan).
En 2 tomes : l’Antiquité et le Motjen-âge
et la Philosophie moderne ;
ou en 8 fascicules (Pér. hellénique ; Pér. hellénistique et romaine ; Moycn-
âge et Renaissance ; xvn®; xvni®; xix® avant 1850 ; xix® après 1850 et xx®,
Orient), bibliogr. à la fln des chap. comprenant d'ordinaire des références
récentes ;
et dans cette collection même Histoire de la Philosophie, par A. Rivaud en
1 vol. (à paraltre).
Les étudiants peuvent encore tirer quelque profit de 1’exposé cursif de
Alfred VVeber, Histoire de la philosophie européenne (Paris, 5® éd., revue et
augm., Fischbacher, 1892 : de Thalès au positivisme et au néo-criticisme fr.).
D'autres histoires partiellcs seront rappelées au début des diverses divisions
de cette bibliographie.
Comme ouvrage de travail pour les étudiants, de
Paul Janet et Gabriel Séailles, Histoire de la Philosophie : Les Problèmes
el les Ecoles (Paris, Delagrave, 1887 ; nbr. éd.).
La P® Partie,
pp. 1-910 : [Link] problèmes;
pp. 393-472 : II. La morale ; le problème moral : c’est 1’histoire succincte de
la morale jusqu'à Spencer.
La 11® Partie,
pp. 913-1070. Les Ecoles (jusqu’à Cousin et Comte).
Cet ouvrage a reçu en 1929 un • supplément : période contemporaine •, par
divers collab. sous la dir. de Dom. Parodi ; celui-ci a notamment rédigé le chap. XII,
relatif à la inorale (pp. 76-99) : Comte, Renouvier, Guyau, Nietzsche, sociol.
Comme histoire à objet spécial, de F.-A. Lange, Histoire du matérialisme
et critique de son importance à notre époque (trad. sur la 2® éd. aliem, par B. Pom-
merol (2 vol., Paris, Schleicher, 1910) : le tome I va jusqu'à Kant inclus).

histoires de la morale

Les histoires de la morale ont été au xix® siècle nombreuses ; on pourra en


Irou ver la liste soit dans le Dict. de Baldwin (cl. ci-dessus), vol. III, IP Partie,
pp. 812 sqq., soit dans 1’ouvrage d’O. Dittrich (cf. ci-dessous) : première des
Anmerkungen à la fin du 1" vol. (Meiners, StaQblin, K. Werner, etc.), soit dans
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BIBLIOGRAPHIE d’hISTOIRE DES MORALES 45

Jean Hoffmans, La Philosophie el les philosophes (Bruxelles, 1920) : bibl. générale


de philosophie : morale, n" 1777-1833.
Nous citerons pour mémoire :
J. Mackintosh, On lhe progress of ethical philosophy ehiefly during lhe 17lh and
18th centuries (Edimbourg, 1830).
Paul Janet, Hisloirc de la philosophie morale el politique dans 1'anliquilé el
dans les temps modernes, 2 vol. (Paris, 1858) :
2“ éd. : Histoire de la sc. politique dans ses rapporls auec la morale ;
3» éd. : (1887).
Lecky, Hislory of European Morais from Augustus lo Charlemagne, 2 vol.
(1869).
Ziegler, Ethik der allen Griechen und fíõiner (1881).
Gass, Geschichle der christlichen Ethik (1881).
KÕstlin, Geschichle der Elhik (1887).
Jodl, Geschichte der Elhik in der neueren Philosophie (1882-89).
C’est surtout pour 1’Antiquité et le Moyen-âge qu’une histoire de la morale
peut Ôtre utile parce que les textes en sont moins accessibles, pourvu que cette
histoire soit bien informée et récente. A ces conditions satisfait 1'ouvrage d'
Ottinar Dittrich, Geschichle der Elhik. Die Systeme der Moral voiu Altertum
bis zur Gegenwart (Félix Meiner, Lcipzig, 1923-26 et 32).
Le premier volume traite de 1’Antiquité jusqu’à Aristote compris ; bibl. pp. 25-
336, 618 numéros ;
Le 2“ vol., de 1'Hellénisme jusqu'à la fin de 1’Antiquité : morale palenne et
morale chrétienne, jusqu’á Grégoire le Grand ; bibl. â la íln, 3-11 numéros ;
Le 3e vol., le Moyen-âge jusqu’á la Réforme, bibl. pp. 433-440, 456 numéros ;
Le 4* vol., de la Réforme à la fin du Moyen-âge (1932) ; bibl. pp. 509-522.
Un résumé du développement de la morale a été publié assez récemment par
M. Wentscher, Geschichte der Ethik (Berlin, 1931).

COLLECTIONS DE TEXTES

Comme bon exemple de collections de textes classiques de morale nous indi-


querons l'ouvrage de
Benjamin Rand, The classical moralisls, selections illustrating, ethics from
Sócrates to Martineau (Boston, etc., Houghton Milllin Cy, 1909).
Ce livre, en anglais, est un choix de textes, reproduits des originaux, ou des
meilleures traductions anglaises, des principaux moralistes : ces textes sont géné-
ralement longs et se rapportent à des théories importantes des auteurs cités.
Comme le titre 1'annonce, ce livre ne contient rien des morales orientales ; la part
des moralistes anglais est naturellement prépondérante, mais cette circonstance
confère à cette anthologie un intérêt particulier pour un lecteur français. 797 pages.

B) Morales asiatiques

Pour les philosophies et les morales orientales, on peut commencer la documen-


tation â partir du fascicule ajouté (1938) sous le titre La Philosophie en Orient,
par Paul Masson-Oursel à VHisloire de la Philosophie d'Emile Bréhier (Paris,
Alcan). Le chap. V traite de 1’Inde, le chap. VI de la Chine ; pour 1'Islam il ren-
voie (p. 171) à 1’ouvrage général qu'il achéve et notamment pour 1'influence de
la pensée arabe sur la philosophie médiévale à 1’autre ouvrage d Emile Bréhier,
La Philosophie du Moyen-Age (Evol. de 1’Human., Paris, Albin Michel, 1937) :
11° Part., chap. III : < Débuts de la philosophie arabe » et 111“ Part., chap. III :
• L’apogée de la philosophie arabe. •
Dans ce fascicule sur la Philosophie en Orient, on trouvera le bouddhisme
indien, p. 93 sqq, et passim ; le bouddhisme chinois, p. 156 sqq.
Rappelons aussi les bibliogr. de 1'Ueberweg-Praechter, 11“ éd., 1920, p
ex. sur 1’Inde, p. 15 du Verzeichniss : les autres en sont voisines.
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46 BIBLIOGRAPHIE d’HISTOIRE DES MORALES

Inde
Pour 1'lnde, voici 1’indication de quelques ouvrages généraux
Un exposé de la pensée indienne et une source de renseignements non seule-
ment précis, mais accompasn^s d'utiles observations explicatives et critiques
est la thèse de Paul Masson Oursel, Esquisse d'une histoire de la philosophie
indienne (Paris, Paul Geuthner, 1923). On utilisera notamment avec profit les
notes qui donnent des indications sur le contenu, la portée, souvent la valeur
des ouvraces cités.
Ainsi pour la documentation générale sur 1'indianisme, cf. p. 261 note préli-
minaire. L/auteur ren*oie lui-même à Farquhar, An Oulline of the religious
literalure of India (Oxford, 1920) comme à un instrument bibliographique indis-
pensabie à cause de sa richesse.
De R. Grousset, Les Philosophies indienws (Paris. Desclée de Brouwer, 1931).
M. Winternitz, Geschichle der indischen Literatur, 3 vol. (Leinzig, Amelang,
1909 22).
O. Strauss, Indische Philosophie (MOnchen, 1925).
S Dasgupta. A history of Indian Philosophy (CambrJdge. 1922. en cours de
publicationi.
Pour le brahmanisme et le bouddhisme, voir ci-dessous. p. 109.

Chine
On trouvera une blbl. de la pensée chinoise et notamment de Confucius dans
le fascicule de Paul Masson-Oursel, qui vient d'être indiqué, pp. 174-5 Dans
le même *ascicule il est traité du positivisme social, mais à valeur métaphysique
de K’ong foutseu (Confucius), pp. 130-144.
On lira avec beaucoup d’intérêt de Marcei Granet, La Pensée chinoise (Evol.
de 1'hum., Renaissance du Livre, Paris, 1934). Dans 1’Introd., 1'auteur avertit
contre le danger d'individualiser sous la forme de doctrines des conceptions qui
relèvent en Chine de « notions communes • (p. 14), de même qu’il signale le risque
que !'on court à conceptualiser ce qui n'est qu'attitudes mentales. Seul le livre IV
(Sectes et écoles) réfêre certaines conceptions à des bommes qui ont été plutôt des
expressions d’une tradition que des auteurs ou des chefs d'école. Ces conceptions
sont des recettes de sagesse, notamment de sagesse politique.
Sur Confucius, liv. IV, chap. II, part. I, pp. 473-489 ; sur la vertu suprême,
le jen, cf. p. 485. Sur 1'orthodoxie confucéenne, chap. IV ; p. 583, la sagesse confu-
céenne est opposée à la sagesse taolste comme une sagesse stofcienne à une épi-
curienne, comme un humanisme, « un art de la vie jaillissant des contacts amicaux
entre bommes policés • (p. 489), à un naturisme.
On trouvera à la rin de 1’ouvrage de M. Granet une bibliogr.. pp. 593-8.
Le même M. Granet a fait parattre une monographie sur Confucius dans
Les Grandes Figures (Paris, Larousse, 1939).
Comme histoires de la philosophie chinoise, nous citerons :
R. V. Zenker,. Histoire de la philosophie chinoise, trad. G. Lepage et Yves
Le Lay (Paris, Pa>ot. 1932).
Hackmann, Chinesische Philosophie (Munich, 1927).
H. A. Giles, History of chinese literature (Londres. 1901).
1d., Confucianism and its riuals (Londres. 19 • 5)
De Confucius Kong-ioutseu Kong Tseui : Doctrine ou les quatres lix res de
philosophie moiale et politique de la Chine. trad. du cbin. par M. G. Pauthier
(Paris. Garnier).
Sur C. Wilbelm, Kunglse, Leben und Lehre (1925).
Id., Kunglse und der Konfuzianismus (1930).
Sur Mencius (Meng 'rseu), cf. VHisloire citée ci-dessus de Zenker.
Ch. Yuan. La philosophie morale et politique de Mencius (Bibl. fr.-sinica
Lugdunensis) (1927).
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BIBLIOGRAPHIE d’hISTOIRE DES MORALES 47

Israèl
Pour la religion d’Israèl. avec laquelle sa morale est en étroite connexion,
on trouvera une bibliographie d’accès dans 1’ouvrage cité de Paul Masson-Oursel.
La Philosophie en Orient (Paris, Alcan, 1938), p. 30.
Mentionnons les deux recueils encyclopédiques :
Encyclopaedia Judaica, Das Judentum in Geschichte und Gegenwart (Verl.
Eschkol, Berlin, 1” vol„ 1928 ; 9« vol. (J.-K.), 1932).
Dictionnaire encyclopèdique de la Bible, publié sous la dir. d’Alexandre West-
phal (2 vol-, Paris, éd. Je sers, 1932).
Dans 1'une et l’autre des art. intéressent directement ou indirectement la
morale.
Islam
Pour la philosophie arabe en rapport avec la scolastique occidentale, cf. ci-
dessus p. 45 ;
et dans Ueberweg. t. II, pp. 359-385.
Comme ouvrage à utiliser. de Max Horten, Die Philosophie des Islams (Munich.
Reinhardt, 1924, coll. Kafka) :
die Ethiker, pp. 212-234 ;
bibliogr., pp. 325-329.
J. Goldziher, Vorlesungen ueber den Islam (1910, 2* éd.. 1925).

C) Morales de 1'Antiquité classique

Dans la mesure oü la philosophie classique rentre dans la philologie classique,


nous commencerons par deux indications bibliographiques relatives à celle-ci
en tant qu’elles intéressent la philosophie gréco-latine :
On trouvera 1’ • instrumentum • de la bibl. class. dans J. Marouzeau, Dix
années de bibliographie classique, bibliogr. crit. et analytique de 1’Antiquité gréco-
latine pour la période 1914-24 (Belles-Lettres, 1927) :
Ir» Partie : « Auteurs et textes •;
II» Partie : « Matières et disciplines », philosophie, pp. 1148-61
cet « instrumentum » se trouve p. vii, note.
Pour les années suivant 1924, VAnnée Philologique, bibliographie critique
et analytique de 1’Antiquité gréco-latine. Ces bibl. contiennent assez souvent des
résumés des écrits indiqués
Comme bibliographie particulière de la littérature grecque, três utile pour les
productions et notamment pour les éditions antérieures à 1914, rappeions :
Paul Masqueray, Bibliographie praligue de la littérature grecque, des origines
à la fln de la période romaine (Paris, Klincksieck, 1914) :
Les philosophes, pp. 192-237 et 259-269.
Dans le domaine proprement philosophique, il faut d'abord rappeler le Précis
d'ÜEBERWEG (cf. p. 44) et VHistoire de la Philosophie d’Emile Bréhier, dont
les bibliographies sont différemment précieuses, celles du premier par leur abon-
dance, celles du second par leur sélection.

OUVRAGES GÉNÉRAUX

Voici malntenant des ouvrages généraux de 1'histoire de la pensée grecque :


Ed. Zeller, Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichllichen Entwicklung
dargestellt (1" éd., 1844-52) :
I" Partie, 2 vol. : Allgemeine Einleitung; Vorsocratische Philosophie
6» éd. par Franz Lortzing et Wilhelm Nestle (Berlin, 1919-20) ; trad. franç.
sur la 4” éd. par Em. Boutroux (2 vol., Paris, 1877-82);
II» Partie, lre section : Sokrates und die Sokratiker, Plato und die alie Aka-
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48 bibliographie d’histoire des mor ales

demie (4* éd. 1888) ; trad. franç. sur la 3° éd. par Gust. Belot, de la première
de ces deux subdivisions (Paris, 1884) ;
2' section : Aristóteles und die allen Peripatetiker (3® éd., 1879);
III® Partie, lr® section : Die nacharislotelische Philosophie, 4® éd. par
Ed. Wellmann (1909) (jusqu’à la fln du i” siècle, après J.-C.) ;
2' section : Die nacharislotelische Philosophie (4® éd., 1903).
Ch. Renouvier, Manuel de Philosophie ancienne (2 vol., Paris, 1844).
Wilh. Windelband, Geschichte der abendlãndlichen Philosophie im Allerlum
(1® éd. remaniée par Alb. Goedeckemeyer, 1923),
dans le Handwõrterbuch der Altertumswissenschaft de Iwan v. Müller et
Robert v. Põhlmann, 5' vol., lr® Sect., Ire Partie (Munich, O. Beck, 1923).
Ce Précis de 305 pages sur la philosophie gréco-romaine a été écrit pour les
philologues ; il expose les doctrines et les situe dans le développement général
de la philosophie greeque et romaine, renvoie à Ueberweg pour tout le détail
bibliogr. Mais les bibliogr. indiquant les ouvrages ou les articles importants et
récents sur les doctrines sont largement suffisantes pour des étudiants ; nous y
renverrons quelquefois par Wind.-Goed.
Th. Gomperz, Griechische Denker (1893-1902, 2» éd., Leipzig, 1903-09, 3 vol.) ;
en trad. Franç. : Les Penseurs de la Grèce, préf. par A. Croiset, trad. d’Aug. Rey-
mond (Paris, Alcan, 1908-09) :
I. La Philosophie antésocratique, 1 vol.;
II. Athènes, Socrate et les socratiques, Platon, 1 vol. ;
III. L'Ancienne Académie, Aristole et ses successeurs; Théophraste et Stra-
ton de Lampsaque, 1 vol. (s’arrête á Straton).
John Burnet, Greek Philosophy. Part 1 : Thalès to Plato (Londres, 1914).
Karl Joel, Geschichte der anliken Philosophie, I (jusqu’à Socrate et aux petites
écoles socratiques) (TObingen, 1921).
On trouvera des textes choisis d'histoire de la philosophie greeque dans H. Rit-
ter et L. Preller, Historia philosophie greecte, 9' éd., par Ed. Wellmann (Gotha,
1913)
et des art. utiles dans le Pauly-Wissowa, Realenzijclopãdie der klassischen Altertums­
wissenschaft (2® éd. dep. 1894).
Dans la publication fondée par Bursian, Jahresbericht Qber die Forlschrilte
der Allertumswissenschafl, se trouvent des revues consacrées aux travaux dont
un auteur ou un groupe d’auteurs ont été les objets pendant plusieurs années.
Sont particulièrement recommandables aux étudiants trançais les ouvrages
récents :
Léon Robin, La Pensée greeque et les origines de 1’esprit scientifique (Paris,
coll. Evol. de 1'human., Renais, du Livre, 1928); après un chap. sur les sources,
contient un exposé de 1’évolution de la pensée greeque ; pp. 457-471, bibl. précise,
générale, puis spéciale, comportant particulièrement des renvois utiles, pour les
différents auteurs ou écoles, aux ouvrages principaux d’histoire de la philosophie.
Albert Rivaud, Les Grands courants de la pensée antique (Paris, pet. coll. Colin,
Armand Colin, n° 118).
Charles Werner, La Philosophie greeque (Paris, Payot, 1938, 1 vol.). En tête
de chaque chapitre, une bibl. choisie et expliquée donnant les indications princi-
pales d ouvrages sur les doctrines étudiées dans le chapitre ; comme elles s’accom-
pagnent souvent d'éclaircissements sur les tendances ou le contenu des ouvrages
indiqués, elles peuvent rendre des services précieux aux lecteurs qui abordent
1’étude de la pensée hellénique.
Comme histoires directemenl relatiues à la morale, nous citerons, après deux
ouvrages anciens, dont le premier a déjà été mentionné :
P. Janet, Ilistoire de la philosophie morale et politique dans VAntiquilé cl dans
les temps modernes (Paris, 1858)
devenue en 2® éd. : Hist. de la science politique dans ses rapporls avec la morale
(3® éd.. 1887):
et J. Denis, Hisloire des théories et des idées morales dans l'Antiquité (2 vol., Paris,
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BIBLIOGRAPHIE d’H!STOIRE DES MORALES 49

Durand, 1856 ; le 1" traite des Grecs jusqu’à Epicure et Zénon ; le 2*, de la pen-
sée romaine et gréco-romaine).
Max Wundt, Geschichte der griechischen Ethik (2 vol., Leipzig, (1908-11);
et 1’ouvrage cité d'Ottmar Dittrich, Geschichte der Ethik. Die Syst. der Moral
vom Altertum bis zur Gegenwart :
1” vol. : Altertum bis zur Hellenismus (1923-26) ;
2e vol. : Vom Hellenismus bis zur Ausgang des Altertums (1926).
Léon Robin a écrit un petit livre (181 pages) sur La Morale antique (Pnris,
Nu. Ency. phil., Alcan, 1938), dont le développement est divisé en trois chap.
sur la notion du bien moral, sur le bonheur et la vertu, puis sur les conditions
psychologiques de 1’action morale.
Les nombreux articles de Victor Brochard sur la morale antique ont été recueil-
lis par Victor Delbos dans un vol. Etudes de Philosophie ancienne et de Philosophie
moderne (Paris, Vrin, 560 p.).
On y trouvera notamment 1'article célèbre : La Morale ancienne et la morale
moderne, oü après avoir opposé les notions des deux morales, B. conclut en laveur
de 1'éthique aristotélicienne (1901).

ORIGINES DE LA RÉFLEXION MORALE EN GRÈCE ET MORALISTES GRECS

Si l'on voulait, à cause des rapports entre la religion et la morale, une biblio-
uraphie des travaux sur la religion grecque, on la trouverait dans l'ouvrage de
Robert Cohen, La Grèce et fhellénisaiion du monde antique (coll. Clio, Presses
Universitaires de France, 1934) :
Bibliogr. générale de l’histoire grecque :
p. xxxvi : A) La religion ;
cf. aussi p. xxxix : B) Les lettres et la philosophie,
et, sous une forme plus détaillée, dans celui de
Louis Gernet et André Boulanger, La Religion grecque (coll. Euol. de 1'human.,
Paris, Renaissance du Livre), à la fln.
Pour les origines, les étudiants auront proflt à lire :
Erwin Rohde, Psyche, Seelenkult und Unsterblichkeitsglaube der Griechen
(1894; 10* éd., 2 vol. (Tübingen, 1925); éd. franç. par Aug. Reymond, 1928).
Auguste Dies, Le Cycle mystique (1909).
Walter F. Otto, Dionysos. Mythos und Kultur (Francfort s.l.M., V. Klos-
termann, 1935).
Pour les < débuts de la réflexion morale • en Grèce, se rep. à L. Robin,La
I Pensée gr., liv. 1, chap. I”, pp. 21-29 ; bibl. p. 462.
L’ouvr. de Dittrich distingue (1” vol.) : les débuts de l'éthique dans lavie
et la fiction, !»• Partie, pp. 5-120; morale des tragiques, pp. 65-108 et ses débuts
dans la philosophie, II* Partie, pp. 121 sqq.
Les fragments des Présocratiques ont été rassemblés par Hermann Diels,
Die Fragmente des Vorsokratiker. Griechisch und deutsch (1903 ; 3e éd., 2 vol..
Berlin, 1912 ; 4e éd., 1923) ; une 5e éd. par Walther Kranz a commencé à paraltre
en 1934.
Sur les trad. cf. Ch. Werner, Phil. gr., pp. 21-22.
L’ouvr. princ. est celui de John Burnet, The early greek philosophy (1892,
4* éd., Londres, 1923); une trad. franç. a été faite sur ía 2» éd. angl. (1908) sous
le^itre L'Aurore de la philosophie grecque (tr. par Aug. Reymond, Paris, Payot,
De Pierre-Maxime Schuhl, Essai sur la formalion de la pensée grecque (Paris.
Alcan, 1934).
Sur la morale pythagoricienne, cf. Dittrich, Gesch. Eth., vol. I, pp. 131-141
et L. Robin, Pens. gr., liv. II, chap II.
L*opposition entre le dramatique et le rationnel, si importante pour la morale,
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50 BIBLIOGRAPHIE d’HISTOIRE DES MORALES

domine la philosophie, en un sens très moderne, d’Hérac!ite sous la forme de


1'opposition du 7roXeu.oç et du Xóyoç. .
La trad. franç. des textes d’Héracite a été faite par M. Solovine (Paris, Alcan).
Sur Héraclite on peut utiliser, en premier lieu, 1’ouvrage de H. Diels, Hera-
cleilos uon Ephesos (2* éd., Berlin, 1909);
et de Em. Bodrero, Eraclito (Turin, 1912):
de V. Macchioro, Eraclito (Bari, 1922).
Les textes de Démocrite ont été aussi traduits par M. Solovine (Paris, Alcan)
ils intéressent la morale par de nombreux aphorismes et par la théorie de rrôSai-
Liovía (cí. Dittrich, G. Eth., pp. 154-160)
et P. Natorp, Die Ethika des Democritos. Text und Untersuchungen (Marbourg,
1893).
Sur la sophistique dans son rapport avec 1’éducation, H. von Arnim, Sophislik,
Rhetorik und Philosophie in ihrem Kampfe um die Jugendbildung (introd. à 1’ou-
vrage Leben und Werke des Dion uon Prusa, Berlin, 1898).
Si l'on veut étudier la sophistique en général et user de la comparaison avec
la sophistique indienne, et même chinoise, cf. P. Masson-Oursel, La Sophis-
lique, élude de philosophie comparée, dans la Reu. Mélaph. Mor., XXIII (mars 1916),
p. 343, et du même auteur, La Philosophie comparée (Paris, Alcan, 1923) notamment
II» Partie, chap. I et II.
Socrate
Comme la littérature sur Socrate est inséparable de 1’interprétation du socra-
tisme, on la trouvera ci-dessous p. 128.

Cyrénalques et cyniques
Sur 1’hédonisme cyrénalque, cí. textes dans H. Ritter et L. Preller, Hisloria
Philosophiae Grtecae, 9° éd., par Ed. Wellmann (Gotha, 1913, n. 266-271) ;
et L. Robin, Pens. gr., bibliogr. p. 464, § 5 (avec renv. aux autres hist. de la phil.).
De même sur Antisthène et l’école cynique, cf. textes dans Ritter et Prel­
ler, n. 279-285 ;
et L. Robin, Pens. gr., bibl. p. 464, § 5 (avec renvois).
De G. Rodier, Conjecture sur le sens de la morale d' Antisthène (Année phil.,
XVI, 1906, pp. 33-38).
Id., Note sur la politique d"Antisthène (Ann. phil., XXII, 1911), reproduits
dans G. Rodier, Etudes de Philosophie grecque (Paris, Vrin, 1926).
On trouve naturellement des pages sur A... dans 1'ouvrage de Donald R. Dud-
ley, A history of cynicism (224 pages, Londres, Methuen, 1937) :
fait 1’histoire du cynisme antique jusqu’au temps de Julien ; valeur du
cynisme comme défense de 1’individu contre la société.

Platon
Pour la bibliographie de la philosophie en général et particulièrement de la
morale de Platon, la voie la plus siinple et la plus súre est de se référer à l’ou-
vrage de Léon Robin, Platon (Paris, Alcan, 1935). On y trouvera la bibl. pp. 339-
346, dont celle de la morale pp. 345-6.
Une bibliogr. récente des meilleures éditions et des travaux les plus récents
et les plus importants se trouve dans Ch. Werner, Phil. gr., pp. 86-87.
Deux traductions complètes des écrits platoniciens en français ont été ancien-
nement publiées : celle de Victor Cousin (12 vol., 1822-40) ;
et celle de A. Saisset et E. Chauvet (Biblioth. Charpentier, 10 vol., 1869 sqq.).
Est en cours de publicalion 1’édit. de Platon dans la Colleclion des Uniuersités
de France, publiée sous le patronage de VAssociation Guillaume-Budé, avec trad.
et introd. (Paris, Les Belles-Lettres).
etrouver ce titre sur [Link]

BIBLIOGRAPHIE d’HISTOIRE DES MORALES 51

E. Chambry et R. Baccou publient une trad. avec préf. et notes des (Euvres
complètes chez Garnier ;
L. Robin, chez Gallimard (La Plêiade) fait paraltre une trad. complète
en 2 vol.
Pour la classiíication chronologique des dialogues de Platon, cf. :
Jacques Chevalier, La Nolion du nécessaire chez Aristote el ses prèdécesseurs, etc.
(th. Paris, Alcan. 1915) ; appendice 1, p. 192 : note sur la chronoloeie des ceuvr.
de Platon et sur leur exégèse à Fépoque contemporaine ; p. 222 : la class. des dial.;
Emile Bréhier, Hist. de la Phil., I, pp. 98-99 :
L. Robin, Platon, pp. 32-43 ;
Ch. Werner, Phil. gr., pp. 85-86 ;
t et dans le vol. I des ceuvres complètes de Platon, dans la coll. Budé. Introd. p. 13.
Dans Fouvrage de Paul Shorey, What Plato said (Univ. Chicago Press, 1933),
qui constitue un résumé des écrits de Platon, après la bibliographie générale
I (p. 445), des indications bibl. relatives aux diíTérents dialogues.
De 1'immense littérature concernant la pensée de Platon, ò laquelle les bibliogr.
indiquées ci-dessus permettent d’accéder, nous ne mentionnerons lei que des tra-
vaux consacrés à la morale et à ses alentours :
Dans le Platon, de L. Robin (Paris, Alcan, 1935), le chap. VI traite de • la
conduite humaine ».
Victor Brochard, La Morale de Platon, dans VAnnée philos., 1905, pp. 1-47
j, (reprod. dans Elud. Phil. anc. et Phil. mod., 1912, Alcan), expose les thèses mal-
tresses de la pensée morale de Platon, rapports de la vertu et de la science, la
justice dans rhomme et dans 1'Etat, 1'amour, justice et bonheur.
Léon Robin, La Théorie platonicienne de Vamour (Paris, Alcan, in-8°).
A.-J. Festugière, Conlemplation et vie contemplatiue d"après Platon (1936).
Pierre Lachièze-Rey, Les Idèes morales, sociales et politiques de Platon, art.
de la Revue des Cours el Conférences (concl. du 28 févr. 1938), publiés chez Boi-
vin, Paris : « Si le Platonisme est en possession de 1’ldée du Bien, il ne Fest guère
de Fesprit de charité ■ (in fine).
Cf. ci-dessous pp. 133-6 Findication des dialogues intéressant directement
Féthique.
Aristote
En tCte de cette bibliographie, il faut citer Fédition des ceuvres d'Aristote
«de FAcadémie de Berlin • par Imm. Bekker, 2 vol. in-4° (1831). Un 3* vol. contient
[ les anciennes traduetions latines ; le 4e, des extraits des commentateurs grees
i par Chr. Aug. Brandis ; le 5* (1870), le précieux índex aristotelicus d’Herm. Bonitz.
Un Supplementum aristotelicum (3 vol., 1885-1893) contient la Constitulion d'Athènes.
51 comment. en 23 vol. ont été publiés depuis 1882 sous les auspices de FAca­
démie de Berlin.
Plusieurs éditions spéciales de VEthique á Nicomaque ont été données par des
phil. anglais : notamment par J. Burnet (1900). Une bonne trad. angl. des oeuvres
est en publication à Oxford (cf. Robin, Pens. gr., p. 467).
Les ceuvres d'Aristote ont été traduites en trançais par J. Barthélemy-Saint-
Hilaire ; cette traduction doit toujours étre confrontée avec le texte.
3 volumes y sont consacrés à la Morale d'Aristote (Paris, A. Durand, 1856) :
le tome I contient La Morale à Nicomaque (livres 1 et II) ;
— II — ld. (livres III-X) ;
— 111 — La Grande Morale, La Morale à Eudème et le petit
écrit Des Vertus et des Vices (cf. ci-dessous p. 138).
Les livres I et II de i’Eth. Nic. ont été traduits aussi en trançais par Souilhé
et Cruchon (Archives de Philosophie, 1929).
Enfln, récemment (1940). dans la nouv. série des Classiques Garnier, J. Voilquin
a publié le texte et une traduction de Fouvrage entier sous le titre Ethique de
Nicomaque.
On aura proílt à utiliser Fexcellente édition scolaire de G. Rodier, Ethique
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52 BIBLIOGRAPHIE d’H!STOIRE DES MORALES

Nicomaque, X* livre, accompagné d’éclaircissements (Paris, Delagrave, 1897). 1


Elle contient des préliminaires sur le texte et les reuvres morales attribuées par
la tradition à Aristote, puis une exposition sommaire de la morale d'Aristote et
une analyse du livre X.
La littérature sur 1’ensemble de 1’aristotélisme est immcnse. Nous n’indique-
rons ici que quelques titres.
Un résumé de la philosophie d’Aristote, que l’on peut prendre comme ini-
tiation à 1’ensemble de cette philosophie, se trouve dans 1’article Aristote, écrit I
par Em. Boutroux dans la Grande Encijclopédie (t. I, 1886, pp. 933 sqq.) et repro- I
duit dans ses Etudes d’hist. de la phil. (Paris, Alcan, 1897).
Parmi les ouvrages consacrés à 1’ensemble de la philosophie d’Aristote, nous
rappellerons, en français :
F. Ravaisson, Essai sur la Mélaphysique d’Arislole (2 vol., Paris, Picard,
1837-46, réimp. 1913).
Cl. Piat, Aristote (Paris, 1903).
fouvrage du professeur anglais W. D. Ross, Aristotle (Londres, 1923) a été
traduit en français chez Payot (Paris, 1930) j il est présenté par D. Parodi et
comporte une bibliographie qui, pour • sommaire • qu’elle soit, est utile à consul-
ler pour les travaux anglais sur Aristote. Chap. VII : « L'Ethique. »
Enfin, d’O. Hamelin, le livre classique en France : Le Système d'Aristote, cours
fait à 1'Ecole Normale Supérieure, publié par Léon Robin (Paris, Alcan, 1920J. j
II comporte au début une vie d'Áristote et des indications sur ses écrits ; mais
il concerne surtout la logique et la conception aristotélicienne de la nature. II
n’y a à peu prés rien sur la morale et mème la théorie de 1'Etre en tant qu’être
y est condensée. Pourtant, dans la mesure oü la morale d’Aristote tient à l'en-
semble de sa pensée, il faudra s’y repórter.
On peut compléter cet ouvrage d'Hamelin par sa leçon sur La Morale d'Aris-
tote, publiée par L. Dugas dans la Rev. Méla. mor., 1923, pp. 497-507 : la mor.
d'Ar. compose deux tendances, empiriste et idéaliste. (Cf. ann. bibl.)
Pour la même raison pour laquelle nous venons de rappeler le livre d'Hame-
lin, nous mentionnerons les traductions suivantes sur Aristote :
Traité de l’áme, trad. et comment. par G. Rodier (Paris, E. Leroux, 1900);
ld., trad. Tricot (Paris, Vrin, 1934) ;
Physique, liv. II, trad. et comment., par O. Hamelin (1907) ;
Id., liv. 1-1V, éd. et trad., coll. Budé, par Henri Carteron (2 vol., 1926);
Mélaphysique, trad. Tricot, Paris, Vrin, 1933, 2 vol.) (A.-Z., H.-N.).
De façon générale, voici les ouvrages les plus importants pour 1'éthique d'Aris-
tote (cf. aussi Dicl. de Baldwin, vol. 111, 11° Part,. pp. 825-6) :
A 1'étranger :
Michelet. Aristotelis Ethicorum Nichomacheorum libri decem (Berlin.
1929, 2 vol.).
A. Grant, The Elhics o/ Aristotle, 4e éd. (Londres, 1885, 2 vol.).
Stewart, Notes on the Nichomachean Elhics of Aristotle (Oxford, 1892,
2 vol.).
Ramsauer, Aristotelis Ethica Nichomachaea (Leipzig, 1875).
M. Wittmann, Die Ethik des Aristóteles (1920).
En France
Ant. Rondelet, Exposition critique de la morale d'Arislote (214 pages.
Paris, 1847).
Ollé-Laprune, Essai sur la morale d'Aristote (Paris, Belin, 1881).
Boutroux, Queslions de morale et d'éducation, pp. 5 sqq.
1919))EFOURNY’ Aris,ole el 1 E(iucalion (Annales Insl. supér. de Phil., IV, Louvain,
II faudrait naturellement ajouter les exposés de la phil. et de la morale d’Arist.
des hist. de la philos. et de 1'éthique: ainsi dans Gomperz (vol. III, liv. VI, chap. 2-
38) ; dans O. Dittrich, Aristote termine le 1" vol.
Si, en plus de ces renseignements, on avait besoin d’une bibliographie très
:etrouver ce titre sur [Link]

BIBLIOGRAPHIE d’hISTOIRE DES MORALES 53

détaillée iles travaux, ouvrages et articles, notamment allemands et anglais, sur


!a moraie cTAristote, on pourrait recourir à 1'ouvrage de
M. Gillet, Du fondement intellectuel de la moraie d'après Arislole, essai critique
Paris, Vrin, 1928) au début.
Le Sceplicisme
De Victor Bbochard, Les Sceptiques grecs (Paris, 1887 ; réimpr. en 1923, Vrin).
A. Gõdeckemeyer, Die Geschichle des griechischert Skeptizismus (Leipzig,
1905). (Cf. ann. bibl.)
Epicure
Une notice sobre et prudente sur les textes qui nous donnent la connaissance
d'Epicure, dont 1'ceuvre abondante est en grande partie perdue, se trouve dans
1'ouvrage de Ch. Werner, Phil. gr., pp. 195-6. La source principale est le X» livre
de Diogène Laêrce ; et surtout deux des trois lettres d’Epicure qui s’y trouvent.
De ces trois lettres, la troisième, la lettre à Ménécée est un résumé de la moraie.
Une partie des maximes (xúpiai SóÇat) de 1'Ecole, que nous transmet Dio­
gène L., se retrouve dans le recueil appelé Gnomologium vaticanum, retrouvé
et publié par Wotke (Wiener Studien, X, 1888), qui contient des fragments de
lettres d’Epicure ou de certains de ses amis.
Cf. aussi L. Robin, Pens. gr., bibl., p. 468.
Hermann Usener a rassemblé les textes d'Epicure dans Epicurea (Leipzig,
1887).
Les trois lettres, les xúpiai SóÇai et le Gnomologium vai. ont été édités de
façon spéciale sous le titre Èpicureae tres litlerae el ratee sentenlise par von der Mühll
(éd. Teubner, 1922).
Les trois lettres ont été traduites en fr. et publiées par Hamelin dans la fíevue
de Métaphysique et de Moraie, t. XVIII, 1910, p. 397 (tir. à part) ; et avec les xúptai
SóÇai par A. Ernout, Lucr., comment., I, p. lix sqq. (coll. Budé, 1925).
Sous le titre Epicure : Doctrines et Maximes (Paris, Alcan, 1925), M. Solovine
a donné une trad. franç. du X’ liv. de Diogène L., et du Gnomol. (2® éd. avec
une note sur le « clinamen », chez Hermann).
Parmi les publications étrangères, citons :
Une trad. aliem, du X® livre de Diog. L., publiée par A. Kochalsky, en 1914,
avec appendice critique ;
L’ouvrage d'Ettore Bignone, Epicuro. Opere, frammenti, testimonianze sulla
sua vita, tradotti con introduzione e commento (Bari, 1920) ;
Eníln de C. Bailey, Epicurus, the extant remains, with short criticai appara-
tus, translation and notes (Oxford, 1926).
Dans la nouv. série des Classiques Garnier, R. Genaille a publié une trad. en
2 vol. de Diogène Laêrce, Vie, doclrmes el senlences des Philosophes illuslres.
Aux sources directes, il convient d'ajouter :
1° Les fragments d’Epicure ou d’épicuriens, notamment Philodème, qui ont
été découverts sur des papyrus d'Herculanum (cf. Werner, op. cil., p. 196);
2‘ Le poème d’inspiration épicurienne de Lucrèce. De rerum nalura (cf. un peu
plus loin).
Sur Epicure, et surtout sa moraie, qui d’ailleurs domine sa philosophie, on
peut lire :
M. Guyau, La Moraie d’Epicure et ses rapporls avec les doctrines conlemporaines
(1878, 2® éd., Paris, 1881).
Von Arnim, Epikur (dans le Pauly-Wissowa). t. 6, 1909).
E. Joyau, Epicure (1910).
Victor Brochard, La Théorie du plaisir d’après Epicure (Journal des Savanls,
mars-ayril-mai 1904, pp. 156-170, 205-212, 284-290) : important sur la théorie
du plaisir dans toute la pensée grecque.
iD., La Moraie d'Epicure (Année philos., 14® année, 1903-1904, p. 1-12.
Ces deux articles, sauf les parties du second qui lui sont communes avec le pre-
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54 BIBLIOGRAPHIE d'H!STOIRE DES MORALES

mier, 8ont reproduits dans Brochard, Etudes Phil. anc. et Phil. mod., pp. 252 sqq.
et pp. 294 sqq.).
Eníin cí. Lange, Histoire du matérialisme (trad. fr., 1910), I, pp. 34 à >50.
Pour le De rerum natura de Lucrèce :
Edit. étrang. avec comment. de Munro (3 vol. texte, trad. comment., 4* éd.,
Cambridse. 1886) ; C. Giussani (3 vol. texte et notes, Turin, 189C-8) ; W. A. Mer-
rill (New York, 1907) ; Diels, éd. (1923) puis traduction (1924) allemande.
Inder Lucrelianus, par J Paulson (Gõteborg, 1904).
La meilieure édition française, avec trad.. est celle d’ERNOUT (coll. G. Budé.
1920) ; commentaire de A. Ernout et L. Robin (3 vol., 1925-28).
Chez Garnier, trad. de Henri Clouard.
De C. Giussani, Studi Lucreziani (I“ vol. de l’éd. de Lucrèce, Turin, 1906).
Le Slolctsme
On sait que le développement du stoícisme a comporté trois époques. Cratês
a fait la transition entre le cynisme et 1’ancien stoícisme (me siècle), qui fut suc-
cessivement dirieé par Zénon de Cittium, Ciéantbe et Chrysippe. Au ne et au
i« siècle, le moyen stoícisme a été représenté par Panétius et Posidonius. Cest
au nouveau H" et ii* siècle ap. J.-C.) qu’appartiennent Sénèque. Epictète et Marc-
Aurèle.
La bibliographie porte, soit sur le stoícisme dans son ensemble, soit sur cer-
taines de ses phases, soit sur certains stolciens :
Nous mentionnerons d’abord les travaux de Ravaisson :
Essai sur la Métaphysique d'Aristote (t. II, Paris, Picard, 1846);
Essai sur le stoícisme (Académ. des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXI,
1” Partie, 94 pages, Paris, 1857).
De Paul Barth, Die Stoa (1903).
R. Thamin, Un problème moral dans rAntiquité, étude sur la casuistique
8tolcienne, 1885.
Pour 1’ancien stoícisme, ouvrages perdus : fragmente réunis par H. von Arnim.
Stolcorum velerum fragmenta (Leipzig, 1903-05).
D’Emile Bréhier, Chrysippe (Paris, 1910).
Ad. Dyroff, Die Elhik der alten Stoa (Berliner Studien, N. F. II, 2-4, 1897).
G. Rodier, Sur la cohérence de la morale slolcienne (Année phil., XV, 1904)
Pour le moyen stoícisme, de :
A. Schmekel, Die Philosophie der miltleren Stoa in ihrem geschichtlichen Zusarn
menhange (Berlin, 1892).
Karl Reinhardt, Posidonios (Munich, 1921).
Voici maintenant des indications bibliographiques sur les stolciens de la troi-
sième période. dont 1’influence s’est prolongée sur toute 1’histoire de la morale :
Pour Sénèque, la coll. Budé a entrepris la publication de ses oeuvres avec
traduction : le De Clementia, le De Beneficiis (édit. et trad. Préchac), Dialogues :
I. Bourgery, De ira, 1922; II, Bourgery, De uita beata, de brevitale vilse ;
111, Waltz, Consolations; IV, Waltz, De Prouidentia, de constantia sapientis,
de tranquillilate animi, de otio, etc.
Une édit. compl. avec trad. a été faite chez Garnier par Charpentier et Félix
Lemaistre (4 vol.).
Pour les Letlres à Lucilius : édit. Teubner : Haase, t. III, 1898 (liv. I-XX) ;
2» éd. llense, 1914 ; 3e éd. (id.), 1921, avec le Supplementum Quirinianum.
Liv. 1-XI1I, édit. avec trad. angl. (Gummere, 1917, 3 vol.) ;
édit. Acb. Beltrami, Bologne, 1916 ; 2' éd. Lincei, Rome.
Texte établi, traduit et annoté par Fr. et Pierre Richard (Paris, Garnier).
Sur S. , cf. bibl. dans le Wind-G<ed, p. 262. Nous mentionnerons :
S. Rubin, Die Elhik S’s. Verhãltnis z. ãlteren und mittleren Stoa (Diss. Berne,
1901};
Ch. Burnier, La Morale de Sénèque (Lausanne);
C. Martha, Les Moralistes sous 1'Empire romain (Paris, 1864; 7e éd., 1900);
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BIBLIOGRAPHIE D'HISTOIRE DES MORALES 55

E. Vernon Arnold, Roman Stolcism (Cambridge, 1911):


Concetto Marchesi, Seneca (st. phil. de Giov. Gentile) (Messine, G. Princi-
pato, 1920) :
Sommaire bibliogr., pp. x-xn ;
Parte III, p. 243 : Dottrina,
et E. Albertini, La Composilion dans les ouvrages philosoph. de Sénèque (trav.
de 1’école de Rome, 1923).
Pour Epictète, on sait que les Enlretiens (Aiarpipaí) et le Manuel ('Ey/ei-
píStov) oni été rédigés par Arrien ; la moitié des Enlretiens est perdue ; tfad.
fr. du Manuel par Thurot (1874), des Enlretiens par Courdaveaux (Paris, Per-
rin, 1908).
Une édit. scol. de Guyau contient, avec la trad. du Manuel, des fragments
des Enlretiens et des fragin. des Pensées de Marc-Aurèle ; introd. (Paris, Dela-
grave, 1875).
On peut consulter :
Ad. Bonhõffer, Epiclel und die Stoa (1890).
Id., Die Elhik des Stolkers Epiktel (1894).
Id., Epiktel und das neue Teslamenl (1911).
Th. [Link], Elude sur Epictèle (Paris, 1903).
André Oltramare, Les Origines de la dialribe romaine (1926).
Pour Marc-Aurèle, la collect. Budé contient le texte grec et la trad. franç.
des Pensées de Marc-Aurèle, par A.-I. Trannoy (Paris, Les Belles-Lettres, 1925).
Une trad. des Pensées pour moi-méme de Mario Meunier a paru chez Garnier.
Après le Marc-Aurèle de Renan (1881), nous citerons :
E. Zeller, Marcus Aurelius Antoninus. Vorlr. und Abh. (1865, pp. 82 sqq.).
J. Dartigue-Peyron, M.-A. dans ses rapporls avec le chrislianisme (Paris,
1897).
F. W. Bussell, M. A. and lhe laler Stolcism (Edimbourg, 1909).
Cf. bibl. plus longue dans Wind-Gced, p. 263.
On trouvera une excellente nionographie phil. de M.-A. dans 1’ouvr. de Vic-
tor Delbos, Figures et doctrines de philosophes (Paris, Plon) et une nionographie
historique de A. Piganiol dans Les Grandes Figures (Paris, Larousse, 1939).
La Nouvelle Académie
Sur Arcésilas et Carnéade, deux art. de 11. von Arnim dans le Paulg-Wissowa.
Jeanne Croissant, La Morale de Carnéade, dans la Rev. inlern. de Philos ,
1" année, n° 3 (15 avril 1939, pp. 545-570) : Stolciens et Académiciens, la critique
du stofeisme, la morale de Carn. * Là oü ne décident pas pour nous des règles qui
exercent sur nous leur pression, 1'indétennination objective du Bien moral ouvre
carrière à la liberté créatrice de 1'homme » (p. 569). (Cf. ann. bibl. sur ia p. 53.)
Néoplatonisme
Pour Plotin (édit. de R. Volkmann (Teubner) et H. F. Muller (Weidmann),
trad. aliem, de Muller.
Les Ennéades ont été traduites en fr. par M. N. Bouillet (3 vol., 1857-61) et
par Alta (Paris, Chacornac, 1924 , 3 vol.).
Dans la coll. Budé. Emile Bréhier a publié récemment une nouvelle édition
des Ennéades avec traduction et introductions (vol. I-Vl) que l’on préférera.
De la littérature sur Plotin (cf. Ch. Werner, Phil. gr., pp. 238-9 ; L. Robin,
Pens. gr., pp. 470-1), nous ne retiendrons que :
F. Ravaisson, Essai sur la mêtaphijsique d'Arislote, t. II, pp. 379-468.
Emile Bréhier, La philosophie de Plotin (Paris, Boivoin, 1928, Bibl. dela Rev.
des Cours et Conf.; reproduit un cours de 1921-22 : ne traite que des « choses
divines •).
Thomas Whittaker, The Neoplatonists (1901, 2’ éd., 1918).
W. R. Inge, The Philosophy of Plotinus (Londres, 1918), t. II, lect. XX-XXI
Ethics, religion and aesthetics.
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56 BIBLIOGRAPHIE d’HISTOIRE DES MORALES

Fr. Heinemann, Plotin (Leipzig, 1921).


R. Arnou, Le Désir de Dieu dans la philosophie de Plotin (Paris, 1921).
Voici, reliés par un fll lâche, l'indication de textes qui pourraient servir à
amorcer 1'étude de la morale plotinienne, dans la mesure oü il y en a une, car
cette philosophie est 1’exemple d'une doctrine qui flnit par supprimer la morale
en la tirant vers sa limite supérieure. 11 est vrai que l’Un peut être appelé le Bien
(Enn., 11, 8, début ; cf. V, 5, sect. 12 sqq.) ; mais il reste que la simnlicité par-
faite et primitive est faite pour s’offrir ô la contemplation ; de sorte que si l’on
entend par morale une activité s’exerçant dans le temps, image mobile de l’éter-
nité, mais tout enfermé dans l’âme, il n’y a dans le plotinisme de morale que
d’une manière préparatoire et subordonnée. Elle est affaire du vulgaire ; mais
comme le bonheur ne croit pas avec le temps et consiste uniquement, par la média
tion de l'unité de 1’intelligible, dans 1’uniflcation de l’unité de l'âme avec )'Un,
le sage s élève au-dessus du domaine de 1'action qui concerne la morale (cí. Enn..
111, tr. 2 et aussi tr. 3 de la Prouidence}.
Cest surtout le 1” groupe de 9 traités qui porte sur 1'homme et la morale
(I, tr. 2 : des uertus; tr. 4 et 5 : du bonheur; tr. 7 : du premier bien et des autres
biens; tr. 9 : du suicide raisonnable).
Soulignons 1’importance de \’Enn., IV, tr. 7 : De l'immortalité de 1'ãme; il
constitue comme un bréviaire de spiritualisme et contient ies thémes, si impor-
tants pour toute morale, qui se réfèrent à lunité, á 1'éternité et à la spiritualité
de 1'âme.
MORALISTES LATINS

Lucrèce n’est, à proprement parler, ni un philosophe, ni un moraliste : la poésie


philosophique telle qu elle se réalise chez Lucrèce comme chez Vigny est une
épreuve existentielle ipsius generis. En tant que Lucrèce invoque et professe l'épi-
curisme, cf. plus haut p. 54.
Les Romains, après avoir traité ia philosophie en suspecte (décret d’expulsion
de 161 av. J.-C.), se mirent à l'école de la Grèce et d’abord à celle du néo-acadé-
misme. Ils ne furent pas philosophiquement originaux et se contentèrent souvent
d'une Kompromissphilosophie, dans laquelle 1’orientation morale prévaut.
Pour la bibliogr., si l'on ne veut se repórter à 1'Ueberweg, on trouvera dans
le Wind.-Gced. des indications sufllsantes :
Soit sur la philosophie romaine dans son ensemble, pp. 255 sqq.
E. Zeller, Ueber die fíeligion und Phil. bei den fíõmern, Vortr. u. Abh., II.
pp. 93 sqq.
H. Durand de Laur, Le Mouuement de la pensée philosophique depuis Cicéron
/usqu'à Tacite (Paris, 1874).
C. Martha, Les Moralistes sous 1’Empire romain (Paris, 1864 ; 7» éd., 1900).
Soit pour les plus importants auteurs :
Sur Cicéron, cf. p. 250 :
on trouvera le texte des oeuvres philos., partie IV (éd. Müller) dans 1'édition Teub-
ner; une nv. éd. est en cours depuis 1925.
Le De Ofíiciis est dans le vol. III de cette partie philos. de l'éd. Teubner (Klotz-
Müller).
A paru chez Garnier une trad. des oeuvres complètes par Charpentier, Félix
Lemaistre, etc., depuis renouvelée : text. et trad. des Dialogues philos., par
Ch. Appuhn.
La coll. Budé (Paris, Belles-Lettres) contient déjà édit. et trad. du :
De finibus (bonorum et malorum), sous le titre Des lermes exirêmes des biens
et des maux, 2 vol. (liv. 1-11, puis III-V), trad. Jules Martha ; sur le souverain
bien ; edeux premiers livres sur les Epicuriens, les deux suivants sur les Stolciens
et le 5 sur les Académiciens-Péripatéticiens ;
des Tusculanes, par G. Fohlen et Jules Humbert, 2 vol. (liv. I-Il et 111-V) :
imperturbabilité du sage ; la sagesse sulllt au bonheur ;
<ju de Fato, par Albert Yon.
Une édit. avec trad. angl. du De Ofíiciis a été publiée dans la Loeb classicai
library par Walter Miller, en 1913 ; bibl. des édit., p. xiii.
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BIBLIOGRAPHIE D*HISTOIRE DES MORALES 57

Sur Sénêque, p. 262 ; cf. ci-dessus p. 54.


Sur Marc-Aurèle, p. 263 ; cf. ci-dessus p. 55.

D) Morales chrétiennes
OUVRAGES GÉNÉRAUX SUR LA PHILOSOPHIE PATRISTIQUE ET MÉDIÉVALE

Le 2* volume du Précis d'UEBERWEG, est consacré à cette période de la phi-


losophie : nombreux résumés et bibliographies abondantes.
On trouvera dans O. Dittrich, Gesch. der Elhik, 2« vol., pp. 120-125, le ras-
semblement des traits essentiels à la morale de 1’Evangile, et une bibl. dans la
note à la page 120 sans les Anmerkungen ;
Pour le développernent de la morale patristique, dans le même 2' vol., IIe Par-
tie : La Morale chrétienne, pp. 112-234 (jusqu’ò Grégoire le Grand) ;
Le 3e vol. qui va jusqu'à 1’aurore de la Réforme contient la morale médiévale ;
naturellement ce qui, dans le 3* et le 4» vol., concerne la Réforme relève de cette
section.
Dans le Diclionnaire de Baldwin, t. III, part. II, Christian ethics, pp. 821-3,
874-879.
Les bulletins critiques de la Bevue critique d'histoire et de littérature peuvent
rendre des services.
Avant d’aborder la bibliographie spéciale des plus importantes des morales
qui procèdent de 1’inspiration chrétienne, nous indiquerons la collection :
Les ■ Moralistes chrétiens », textes et commentaires (Paris, Lecoffre, Gabalda).
Voici la liste des vol. parus ; nous rappellerons certains d’entre eux :
Saint Augustin (R. P. Ch. Boyer) ;
Saint Basile, évêque de Césarée (abbé Jean Riviêre) ;
Maurice Blondel (RR. PP. Aug. Valensin et Y. de Montcheuil) ;
Bourdaloue (R. P. Daeschler) ;
Saint Jean Chrysostome (Ph-E. Legrand) ;
Clément d'Alexandrie (abbé Gustave Bardy) ;
Saint François de Sales (Paul Archambault) ;
Malebranche (Henri Gouhier) ;
Pierre Nicole (Emile Thouverez) ;
Léon Ollé-Laprune (Jacques Zeiller);
Origène (abbé Gust. Bardy) ;
Pascal, pensées sur la vérité de la religion chrétienne (J. Chevalier);
Pères du désert (Jean Brémond, av. préf. d’Henri Brémond) ;
Tertullien et saint Cyprien (chan. Bayard) ;
Saint Thomas d'Aquin (Etienne Gilson).
Cf. annexe bibliogr. à la fln de 1'ouvrage.
Sainl Paul
Ernesti, Die Elhik des Aposteis Paulus (3’ éd., 1885).
A. Sabatier, L'Ap6lre saint Paul (3o éd., 1896)
Junker, Die Elhik des Aposteis Paulus (1904).
A. Alexander, The Ethics of St Paul (1910).
Sainl Auguslin
Pour les oeuvres se référer soit aux S. Aur. Auguslini opera omnia, édit. béné-
dictine, 2« éd. (Paris, Gaume),
tome I” : Confessions (1836) ;
soit au Corpus scriptorum ecclesiasticorum lalinorum;
soit à la Palrologie latine de Migue, t. XXXII-XLVII.
Le texte et la trad. franç. des Confessions ont été publiés dans la coll. Budé
(Paris, Les Belles-Lettres), par P. de Labriolle (2 vol.).
Une autre trad. fr. des Confessions, par Jos. Trabucco, a paru chez Garnier
(2 vol.).
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58 BIBLIOGRAPHIE d’HISTOIRE DES MORALES

Pour la bibliographie générale, cí. Ueberweg, 11, 10‘ éd., Lit., pp. 69-76 ;
Ottm. Dittrich, op. cit., pp. 219-231 (bibl. note de la p. 219).
On trouvera une • bibliographie des principaux travaux relatifs à la philo-
sophie de saint Augustin jusqu’à 1927 », avec des indic. critiques, dans 1’ouvrage
d'Etienne Gilson, lnlr. à 1'élude de sainl Augustin, cité ci-dessous, pp. 309-331,
notamment la bibl. des travaux sur la morale de saint Aug., § XII.
Comme ouvrages et articles d’ensemble sur la phil. de saint Augustin :
Jules Martin, Saint Augustin (Paris, Alcan, 1901) ; 2* éd., 1923 : étude d'en-
semble avec références.
E. Portalié, l'art. Saint Augustin, dans le Dict. théol. catholique, t. I :
oeuvres, edit. et trad. col. 2286-2317;
bibliogr. col. 2457-2462; morale, § VII.
Rudolf Eucken, Die Lebensanschauungen der grossen Denker, 4e éd., 1902 ;
sur saint Augustin, pp. 210-245. La trad. franç. de ces pages a été publiée dans
les Annales de Philosophie chrétienne, sept., oct., nov. 1899.
Etienne Gilson, lnlroduction à l'étude de saint Augustin (Et. phil. méd., XI ;
Paris, Vrin, 1929, 352 pages) : IIe Partie : « La Recherche de Dieu par la volonté ■ :
chap. I", La sagesse ; chap. 11, Les éléments de 1’acte moral ; chap. III, La liberté
chrétienne ; chap. IV, La vie chrétienne ;
sur 1’amour comme centre de la vie morale et source de la volonté.
pp. 165 sqq.
Sur la morale de saint Augustin :
Jos. Mausbach, Die Ethik des heiligen Augustinus (2 vol., Herder, Freib.
im Br., 1909). Exposé de la morale aug. ; vie morale et vie spirit. ; oppos. de la
charité et de la cupidité ; lutte contre le pélagianisme ; excellent ouvrage, informé,
exact et complet (cf. c. r. d'Et. Gilson dans Ann. Phil. chrét., mars 1910, p. 636).
Bernard Roland-Gosselin, La Morale de saint Augustin, Paris, Rivière,
1925.
Sous le titre La Morale chrétienne d'après saint Augustin, le même B. Roland-
Gosselin a publié (Paris, Desclée de Brouwer, 1936), dans une • Bibliothéque
augustinienne > pour tous, le texte et la trad. avec introd. et notes de trois opus-
cules augustiniens, De moribus ecclesise calholicse (en partie), De agone christiano.
De natura boni.
Dans la même collection ont paru, texte, trad. et notes de Gustave Combés,
des Opuscules moraux de saint Augustin (De mendacio, Contra mendacium, Dc
patientia et quatre autres).
Le même Gust. [Link]ès a écrit La Charité d’après sainl Augustin (Paris, Des­
clée de Brouwer).
Constantin C. Pavel, Problema raului la fericitul Augustin, studiu de fllo-
sofle morala : en roumain, sur le problème du mal chez saint Augustin, 223 pages
(Bucarest, 1937).
Pour des compléments à cette bibliographie, cf. ci-dessous p. 185.
Autres auteurs
Sur saint Chrysostome et saint Clément d’Alexandrie, des vol. de la collection
Gabalda ;
Sur saint Ambroise
De R. Thamin, Sainl Ambroise et a morale chrétienne au IV* siècle : étude
comparée des Traités des deuoirs de Cicéron et de saint Ambroise (Paris, 1895).
Philosophes médiéuaux
F. Picavet, Esquisse d'une histoire générale et comparée des philosophies médié-
vales (2- éd., Paris, 1907).
Emile Bréhier, La Philosophie du Moyen-Age (Paris, Eool. de 1’hum.. Albin
Michel, 1937).
Paul Vignaux, La Pensée au Moyen-Age (pet. coll. Armand Colin, Paris, Colin).
Etienne Gilson, La Philosophie au Moyen-Age (Payot, 1922).
Id., L'Esprit de la philosophie médiévale (Paris, Vrin, 1932).
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BIBLIOGRAPHIE D’HISTOIRE DES MORALES 59

Exclusivement sur la morale :


Ottmar Dittrich, Geschichte der Elhik. Die Systeme der Morale, vom Alter-
tum bis zur Gegenwart, 3* vol., Mittelalter bis zur Kirchenreformation (Leipzig,
Meiner, 1926).
A. de La Barre, La Morale d'après saint Thomas et les thíologiens scolastiques.
Memento théorique et guide bibliograpliique (Paris, 1911).
Sainl Thomas
Pierre Mandonnet et Jean Destrez, Bibliographie thomisle (2.219 numéros,
Le Saulchoir, 1921).
Emile Bréhier, La Philosophie dit Moyen-Age (cf. ci-desssu) ; Sainl Thomas
d’Aquin (IV* Partie, chap. IV § XII : Vertus acquises et infuses, pp. 328-31).
Etienne Gilson, Le Thomisme, inlroduclion au sysléme de sainl Thomas d'Aquin
Paris, Vrin, 3* éd. rev. et augni., 1927).
Chap. XV : I,*acte hurnain ; III : Le bien et le mal ; les vertus.
Sertillanges, La Philosophie morale de sainl Thomas d'Aquin (Paris, 1916).
H. D. Noble, La Vie morale d'après sainl Thomas d'Aquin, lr’ série : La cons-
cience morale (Paris, 1923).
Etienne Gilson, Sainl Thomas d'Aquin (coll. Les Moralistes chrétiens, Paris,
J. Gabalda, 5* éd.).
A. M. Festugière, La Notion de péchí chez sainl Thomas, I, II, 71 et sa rela-
lion avec la morale arislotélicimne, The New Scholasticism, V, 1931.
Sur les vertus morales acquises d’aprês saint Thomas, cf. R. Garrigou-
Lagrange, Revue lhomiste, juill.-sept. 1937, pp. 255 sqq.
Saint Bonaventure
Emile Bréhier, La Philosophie aa Moyen-Age (cf. ci-dessus) ; Saint Bona­
venture (lVe Partie, chap. 111, § 3 : Connaissance, volonté et cojur, pp. 288-93).
Etienne Gilson, La Philosophie de saint Bonaventure (Et. Phil. méd., Paris,
Vrin, 482 pages).
Sur la morale, Dittrich, vol. III, pp. 100-111 ; bibl. n. 39 de la p. 100 (Anmerk.).
Duns Scol
Sur la morale, Dittrich, t. III, pp. 150-175 (bibl. n. 46 de la p. 150).
Dante
Sur sa morale, Ottm. Dittrich, t. III, pp. 201 sqq. (note bibl. 35).
Et. Gilson, Dante et la philosophie (Paris, Vrin).
Lulher
Cf. Ueberweg, t. III (12* éd., 1924), bibl. pp. 639-41 ;
et dans O. Dittrich, 4<> vol. (1932), Irí Partie, Les Réformateurs, chap. Ier, pp. 2-80
(bibl. dans les Anmerk.).
Caluin
Cf. Ueberweg, t. III (12« éd., 1924), bibl. pp. 647-8;
et dans O. Dittrich, 4» vol. (1932), I” Partie : Les Réformateurs, chap. II, pp. 160-
217 (bibl. dans les Anm.).
On trouve les oeuvres complètes de Calvin dans le Corpus Reformatorum
vol. XXIX-LXXXV1I.
Mentionnons
A. Erichson, Bibliographia calviniana (Berlin, 1900).
p LoBSTEiN, Die Elhik Calvin's (Strasbourg, 1877).

■r
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60 BIBLIOGRAPHIE d’HISTOIRE DES MORALES

Saint François de Sales


Pour les édit. et !a littérature sur Fr., cf. les manuels bibl. de Lanson et de
Jeanne Giraud, voir ci-dessous pp. 62 ;
De Paul Archambault, un vol. de Pages choisies dans la coll. des Moralistes
chrétiens (Paris, Gabalda, 1930).
Sur saint Fr... H. Brémond, Hisl. lilt. du sentimenl religieux en France depuis
la (in des guerres de religion jusqu'à nos jours (Paris, Bloud & Gay, 1916-33, 11 vol.).
V. Giraud, Moralistes (rançais (Paris, Hachette 1932, 229 pages).
Pour Pascal, cf. plus bas p. 63
Bossuet, id. p. 66 ;
Fénelon, id. p. 67 ;
Malebranche, id. p. 66.
Cardinal John Henry Newman (1801-90)
(Le distinguer de son frère, Francis William Newman
connu aussi par des publ. sur la foi et la inorale)
J. H. Newman a uni une conception probabiliste de 1'entendement au senti-
ment de la valeur absolue de la conscience : Grammar of assent (1870-71).
La Grammaire de rAssentimenl a été trad. en fr. par Mme Gaston Paris (Paris,
Bloud, 1907) ; une trad. des passages relatifs à la foi se trouve dans Henri Bré­
mond, Newman, psychologie de la Foi (Paris, Bloud, 364 pages) ; sur Villatiue sense,
la puissance intime d'atteindre les objets concrets sans méthode réíléchie, qui
est un don personnel, H. Br., pp. 262-266.
Sur N. P. Thureau-Dangin, La Renaissance catholique : Newman el le mouve-
ment d’Oxford (Paris, 1899).
Art. de Wollaston Hutton dans 1'Ency. Brit. (11* éd., Newman).
Jean Guitton, La Philosophie de Newman essai sur 1'idée de développement
(Paris, Boivin).
Pour Ia phil. religieuse protestante (Vinet, Schérer, Sabatier, Frommel, Pécaut,
Henri Bois, etc.), cf. muvr. et bibl. dans Ueberweg, t. V (12® éd., 1928), pp. 59-61,
bibl. pp. 79-80. Pour Kierkegaard, cf. ci-dessous pp. 100 (bibl.) et 723-24.
Pour la phil. catholique (et moderniste) de la religion (Ollé-Laprune, Maur.
Blondel, P. Laberthonnière, Ed. Le Roy, etc.), ibid., pp. 61-66, bibl. pp. 79-80.
Maurice Blondel
La mqrale est directement intéressée par 1'ouvrage de la jeunesse de M. Blondel :
L'Action, essai d'une critique de la vie et d'une science de la pratique (Paris
De cette première Action qu’il est difflcile de se procurer, on peut trouver des
extraits dans le volume des :
PP. Aug. Valensin et de Montcheuil, Maurice Blondel (coll. Les Moralistes
chrétiens, LecoíTre, 1934).
Cette Action a été traduite en italien par Ernesto Codignola, L’Azione (Flo-
rence, Vallecchi, 1921).
Une nouvelle rédaction de 1'Acfion a été publiée par 1’auteur en 1936-7, 2 vol.
(Paris, Alcan).
Les ouvrages métaphysiques (La Pensée, l'Etre el les êtres) se rapprochent
des questions proprement morales par certains Excursus.
Une initialion à la philosophie blondélienne en forme de courl trailé de Méta-
physique, précise et (idéie, a été publiée par Paul Archambault (coll. Nvelle Jour-
née, n° 8, Paris, Bloud & Gay, 1941).
Sur Bl..., cf. Jeanne Mercier, La Philosophie de Maurice Blondel (Reo. Méta.
mor., 1937, pp. 623-658) ;
et sur Le Problème de la deslinée humaine dans la philosophie de 1'Aclion, Charles
Werner, Eludes de Philosophie morale (Genève, Paris, 1917), 249 pages.
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BIBLIOGRAPHIE d’H!STOIRE DES MORALES 61

P. Laberthonnière
Le Réalisme chrétien el Hdéalisme grec (Paris, 1904).
Théorie de 1'éducation (Paris, 1923). -- „ .
Sur le P. L... d’Enrico Castelli, Laberthonnière, trad. L. Canet. 128 pages
(Paris, Vrin 1931).
Ed. Le Roy ne s'est guère occupé de morale : pragmatisme au aogme reli
gieux dans Dogme el critique (Paris. 1906).
P. Sanson
Défend une morale et une métaphysique de la charité dans L'Inquiétudc
humaine (Paris, Spes, 1925) ; L’Inquiélude humaine et le christianisme et Le Chris-
tianisme, métaphysique de la charité (id.).
Paul Bureau
La Crise morale des temps nouueaux (1907), cf. Séance Soc. tranç. de phil..
27 fév. 1908.
L'Indiscipline des moeurs (Paris. 1926).
La Science des moeurs (Paris, Bloud & Gay, 1923).
Un cahier de la Nouvelle Journée a été consacré à Paul Bureau Bloud & Gay.
1924) : de E. Jordan, Le Moraliste.
Kart Barlh
De Karl Baruii, plusieurs ouvrages ont été traduits en trançais :
Parole de Dieu el parole humaine, trad. Pierre Maury et Aue. Lavanchy (édit.
Je sers, 271 pages, 1933).
La Réforme, une supréme décision, trad. W. Lachat et P. Maury, s. d., 31 pages.
Credo, trad. P. et J. Jung (éd. Je sers, 1936).
Avec le titre Révélalion, Eglise, Théologie ont été publiées les trois Conférences
íaites à Paris les 10, 11, 12 avril 1934, trad. Maury (éd. Je sers, 1934).
Bibl. des articles et sermons trad. dans Hic et nunc, n°’ 3-4, pp. Í35-6.
Sur la morale de la théologie dialectique (Barth, Brunner, Thurneysen), cl.
i article de G. Rabeau dans la Revue des sciences philosophiques et théologiques
(1935).
Pour Soloview et Berdiaeff, cf. ci-dessous pp. 101-2.

E) Morales modernas

Les premiers ouvrages sur la morale moderne sont évidemment les histoire?
de la philosophie moderne. Comme nous avons indique les plus importantes de
celles de ces histoires qui font partie d'histoires de la philosophie générale, nous
allons rappeler maintenant les plus utiles à connaitre de celles qui ne traitenl
que de la philosophie moderne :
De Kuno Fischer, Geschichte der neuern Philosophie (Jubilàumsausgabe.
1900) (Heidelberg, Car) Winter).
Cette histoire, qui n'offre pas 1’utilité bibliogr. du Précis d’ÜEBERWEG, est
presque uniquement constituée par de substantielles études de qqs-uns des plus
grands pnilosophes modernes : vol. I, Descartes ; 11, Spinoza ; 111, Leibniz ; IV
et V, Kant ; VI. Fichte ; VII, Schelling ; VIII. Hegel ; IX. Schopenhauer ; X.
Bacon.
Nous en indiquerons éventuellement cert. chap. concernant la morale.
Wilh. Windelband, Die Geschichte der neueren Philosophie in ihrem Zusam-
menhang mit der allg. Kultur u. d. besonder. Wissensch. :
Le 1” vol. : de la Renaissance à Kant (5* éd., 1911);
Le 2a vol. : 1'épanouissement de la philos. allemande (4a éd., 1907).
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62 BIBLIOGRAPHIE d’H!STOIRE DES MORALES

Comme exposé ramassé, pouvant être utile aux étudiants, nous citerons
Harald Hoffding, Histoire de la Philosophie moderne, trad. de P. Bordies
avee préf. de V. Delbos (Paris, Alcan).
2 vol. : I. jusqu'à Rousseau ;
II. Kant, romantisme, positivisme, phil. allemande.
• Livre d initiation excellent ■, écrit. Delbos dans la préí. (p. ti) ; 1’exposé des
doctrines principales est assez réduit ; mais des chap. intéressants sur la pensée
de la Renaissance et la pensée anglaise ; sympathie de 1’auteur pour Rousseau.
On peut considérer comme un complément de cet ouvrage :
H. Hoffding, Philosophes contemporains, trad. Tremesaygues (Paris, Alcan,
1907) : VVundt, Ardigo, Bradley, Taine, Renan, Fouillée, Renouvier, Boutroux,
Maxwell, Mach, Hertz, Ostwald, Avenarius, Guyau, Nietzsche, Eucken, James ;
ils donnent lieu à des exposés souvent três raccourcis.
Rappelons ici les deux petits livres de V. Delbos, résumés monographiques
de doctrines :
Figures et doctrines de philosophes, Socrate, Lucrèce, Marc-Aurèle, Descartes.
Spinoza, Kant, Maine de Biran (Paris, Plon, 1918).
La Philosophie française : Descartes, Pascal, Malebranche, Fontenelle et Bayle,
Voltaire, Montesquieu, Diderot et Encycl., Buffon et Lamarck, Rousseau, Condil-
lac et Idéol., de Bonald et Tradit., Maine de Biran, Saint-Simon et Comte (Paris,
Plon, 1919).
Si l’on veut une liste des ouvrages traitant du développement de la morale
dans les temps modernes, cf. Ueberweg, 111 (12* éd., 1924), pp. 623-4.

MORALES FRANÇAISES OU DE LANGUE FRANÇAISE

Pour es auteurs qui relèvent de la littérature en même temps que de la phi-


osophie, on aura intérêt à utiliser, de
Gustave Lanson, Manuel bibliographique de la littérature française moderne,
xvi*. xvii*, xvui' et xix* siècles (Paris, Hachette) ; plus. édit. depuis 1900 .
4 tomes en 2 vol., 1921 ; id. 1925, xxxii-1.820 pages.
On y trouve les princip. édit. des auteurs, la littérature se rapportant soit
à eux-mêmes, soit à leurs écrits ; et aussi les traduct. d'ouvrages anciens et étran-
gers, aux divers siècles. La première édit. qui a servi de base a toutes, est complé-
tée par des suppléments dans les édit. ultérieures.
Y íait partiellement suite le catalogue de
Jeanne Giraud, Manuel de bibliographie littéraire pour les XVI', XVII*
XVlll* siècles français, 1921-1935 (Paris, Vrin, 1939).
La préíace indique divers répertoires importants de bibliographie littéraire
pour la France, surtout pour les siècles considérés.

XVI' SIÈCLE

Pour les moralistes • (du Vair, Charron), cí. Lanson, 2« éd., pp. 197-200 ;
ou pour les • sceptiques français du xvi* siècle • (Montaigne, Charron, Sanchez,
Simon Foucher), Ueberweg, 111, 12' éd., 1924, p. 648.
Pour Rabelais, Lanson (2* éd., pp 80-86).
De Léontine Zanta, La conn. du stoicisme au XVI' siècle (Paris, th. 1914).
De la même, en pet. th. la trad. du Manuel d’Epictète par André de Rivau-
deau.
Montaigne
Cf. Lanson, 2' éd., pp. 207-213.
Sur Montaigne, rappelons seulement, de
F. Strowski, Montaigne (Paris, 1906).
P. Villey, Les sources el Vévolulion des Essais de Montaigne, 2 vol. (1908).
Id., L'Influence de Montaigne sur les idées pédagogiques de Locke et de fíousseau.
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BIBLIOGRAPHIE d'HISTOIRE DES MORALES 63

Sur les idées politiques au xvi» siècle, la thèse de


Pierre Mesnard, L Essor de la philosophie politique au XVI’ siècle, Paris.
Boivin, 1936. 711 pages.
xvn • SIÈCLE

On trouvera dans le t. du Lanson relatif au xvn» s. un chap. sur les • liber­


tina • (Naudé, etc.); de F. Lachèvre. Le Liberlinage au XVII* siècle (Paris
Champion, 14 vol.).
Et un autre sur le jansénisme :
De Nicole, Essais de Morale et inslructions théologiques, dont celui De la Come­
dis (1659) : un choix en a été fait par Silvestre de Sacy (1857); GEuures philoso
phiques et morales de Nicole, par C. Jourdain.
Rappelons, de Jean Laporte, La Doctrine de Port-Royal (Paris, Pr. Univers..
2 vol., 1923)
I. Essai sur la /ormation et le déueloppement de la doctrine. Saint-Cyran
II. Exposition de la doctrine d'après Arnauld. Les vêrités de la gráce.
Pascal
Bibl. de Gust. Lanson dans son Manuel bibl. et aussi du même dans lart.
Pascal de la Grande Encyclopédie; à compléter natur. par le Manuel de Jeanne
Giraud.
Pour les édit., on en trouvera íacilement la liste dans le Catalogue général
des livres imprimis de la Bibliothèque nationale, t. CXXX ; aussi nous ne men-
tionnerons ici que 1'édition des Grands Ecriuains de la France (Paris, Hachette) :
(Euvres de Bl. Pascal (suivant 1’ordre chronologique avec introd. et notes i
lr* série : jusqu'au Mémorial de 1654 ;
3 vol. (1908), par Léon Brunschvicg et Pierre Boutroux ;
2e série : Prouinciales, etc. ;
8 vol. (1914), par L. Brunschvicg, P. Boutroux et Félix Gazier
3* série : Pensées;
3 vol. (1925), par L. Brunschvicg.
Comme édit. scol. celle de Léon Brunschvicg :
Pascal, Opuscules et Pensées (Paris, Hachette, in-16, ix-807 pages).
De la longue bibl. sur Pascal, nous ne retiendrons ici, en rapport avec notre
(bjet, que :
F. Ravaisson, La Philosophie de Pascal (Reu. Deux Mond., 1887).
J. Lachelier, Note sur le pari de Pascal (Reu. Phil., 1884) ; reprod. dans les
cnuvres complètes de Lachelier.
Em. Boutroux, Pascal (1900).
L. Brunschvicg, éd. des Pensées (3' série des oeuvres, 3 vol.).
L. Brunschvicg, Le Génie de Pascal (Paris, Hachette, 1924).
Fr. Rauh, La Philosophie de Pascal (Annal. de la Fac. des Lettres de Bordeaux,
1892); repr. dans le numéro de la Reu. Méta. Mor., d'avril-juin 1923, consacré
u Pascal.
Jacq. Chevalier, Pascal (Les maitres de la pensée írançaise, Paris, Plon, 1922).
K. Bornhausen, Die Ethik Pascal's (Heidelberg, 1906).
La Rochefoucauld
Pour la bibl. générale de La R..., cf. dans le Manuel de Lanson (xvii« siècle),
le chap. XIX : Les moralistes, II.
Les Réflexions ou sentences et maximes morales sont dans le vol. 1 de J’éd. des
ceuvres de La R. des Grands Ecriuains de la France (Paris, Hachette, 1868-83,
3 vol.), par Gilbert et Gourdault.
Sur La R..., citons :
Guyau, La Morale d’Epicure et ses rapporls auec les morales contemporaines .
La Rochefoucauld (1885).
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64 bibliographie d’histoire des mor ales

F. Strowski, La Sagesse française (Montaigne, saint François de Sales, Des­


cartes. La Rochefoucauld, Pascal) (Paris, Plon, 286 pages).
R. Grandsaignes d'Hauterive, Le Pessimisme de La Rochefoucauld (Paris,
A. Colin, 1914, 222 pages).
Gassendi
Sur G., de :
F. Thomas, La Philosophie de Gassendi (Paris, 1889).
P. Pendzig, Die Elhik Gassendi’s und ihre Quellen (Bonn, 1910).
Et dans F.-A. Lange, Histoire du matérialisme, etc., trad. Pommerol, IIIe Par-
tie, chap. Ier, Gassendi, pp. 227-240.
Descarles
On peut dire que la pensée de Descartes s’est référée à trois morales : Pune,
qu’il a conçue comme devant être sa véritable morale et qu’il n'a pas faite et
deux autres qu'il a esquissées, la première comme morale pour vivre « à cause
que cela ne souffre point de délai » en attendant qu’il ait élaboré sa morale ration-
nelle et scientifique, la seconde comme morale devenant déflnitive par le défaut
de celle-ci.
L’annonce de la morale cartésienne se trouve dans un texte célèbre de la Pré-
face des Príncipes qui la situe à la suite de la Mécanique et de la Médecine comme
la dernière des trois branches qui doivent sortir de la Physique, formant le trone
de 1'arbre dont la Métaphysique fait les racines. II aurait donc faliu pour que cette
morale se constituât que sa physiologie se fút précisée assez avant pour que des
résultats pratiques pour la conduite de 1’homme en pussent suivre ; mais ce sont
justement les diíllcultés de Ia physiologie et de la médecine qui ont entravé la
réalisation de 1'idéal cartésien d’une science achevée par la méthode définie dans
le Discours.
Pendant qu’il croyait possible la réalisation de ce projet, il devait pourtant
se faire une morale pour savoir comment se comporter : c'est la « morale par pro-
vision », la « morale imparfaite » de la IIIo Partie du Discours de 1937.
Enfin entre 1643-49, le Trailé des Passions de VAme, des lettres exposent
une manière de se conduire dans la vie qui est ce qu’on appelle principalement
la morale de Descartes.
Textes. — L'édition des ceuvres de Descartes qui fait autorité est 1’édition
nationale Adam-Tannery (Paris, 13 vol., Vrin).
Pour la morale provisoire, on peut utiliser, d’Etienne Gilson, soit son éd.
classique du Discours de la Méthode (1 vol. 138 pages, 1930), soit son édition avec
commentaire (1 vol. 494 pages, 2» éd., 1930, comme la précédente chez Vrin).
Pour la correspondance, Jacques Chevalier a réuni les textes intéressant
la morale dans Descartes : Lettres sur la Morale, correspondance avec la princesse
Elisabelh, Chanul et la reine Christine (Paris, Boivin, 1935).
Littérature. — Voict d'abord deux articles anciens de valeur :
Victor Brochard, Descarles stolcien, contribution à 1'histoire de la philoso­
phie cartésienne (Reuue Philos., 1880, t. I, repr. dans Eludes Phil. anc. et Phil.
moderne, Paris, 1912, p. 320).
Emile Boutroux, Du rapport de la morale à la science dans la philosophie car­
tésienne (Reu. Méta. Mor., 1896, repr. dans El. hisl. phil., Paris, Alcan, 1897).
Plus largement, sur Descartes moraliste :
G. Séailles, Quid de ethica Carlesius senserit (Paris, 1883).
189*í')' Lanson» Le Htros cornélien et le généreux selon Descartes (Rev. hist. litt.,
A. Espinas, Descartes et la Morale (2 vol., Paris, Bossard, 1925).
J. Segond, La Sagesse cartésienne el la doclrine de la science (Paris, Vrin, 1932).
Labertiionnière, Eludes sur Descarles (Paris, Vrin, 1935, 2 vol.).
Pierre Mesnard, Essai sur la morale de Descartes (Paris, Boivin, 1936).
Et dans Hamelin, Le Sust. de Desc., chap. XXIV ;
et J. Laporte, Le Rational. de Desc., liv. III, chap. III.
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PRESSES UNIVERSITAIRES DE FRANCE


« LOGOS »
INTRODUCTION AUX ÉTUDES PHILOSOPHIQUES

TRAITÉ DE L*ACTION MORALE HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE


par Georges Bastide par Albert Rivaüd
I. Analytlque de l’action morale I. Des origines ã la scolastique
ün volume in-16 jésus........................ F. 20 » Un vol. in-16 jésus (29 id.)................. F. 24 »
II. Dynamlque de 1’action morale II. De la scolastique à 1'époque classlque
Un volume in-16 jésus........................ F. 20 » Un volume in-16 jésus........................ R
• III. L'époque classlque
Un volume in-16 jésus........................ R
TRAITÉ DE PSYCHOLOGIE SOCIALE
par Roger Daval, F. Bourricaud IV. Phllosophle française
Y. Delamotte et R. Dobon et philosophle anglaise
I. Scienoes humalnes et psychologie sociale de 1700 d 1830
Les méthodes Un volume in-16 jésus........................ F. 22 »
Un volume in-16 jéeus....................... F. 28 » V. La philosophle allemande de 1700 à 1850
II. Recherches Première Partie
en psychosoclologie appliquée De VAufklãrung à Schelling
Un volume in-16 jéeue....................... F. 24 » Un volume in-16 jésus............... (sous presse)
• Deuxième Partie
TRAITÉ DE CARACTÉROLOGIE De He gel à Schopenhauer
par René Le Senne Un volume in-16 jésus............... (sous presse)
Un vol. in-16 jéeue (6* id.)................ F. 20 » •
• TRAITÉ DE PSYCHOPATHOLOGIE
INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE par Eugène Minkowski
par René Le Senne Un volume in-16 jésus........................ F. 40 »
Un volume in-16 jésus....................... R
• TRAITÉ DES VALEURS
TRAITÉ DE MORALE GÉNÉRALE par Louis Lavelle
par René Le Senne I. Théorie générale de la valeur
Un vol. in-16 jésus (5* id., mise à jour) F. 80 » Un volume in-16 jésus....................... R
• D. Le système des différentes valeurs
Un volume in-16 jésus........................ R
TRAITÉ DE PÉDAGOGIE GÉNÉRALE •
par René Hubert
Un vol. in-16 jésus (6‘ id., mise á jaur) F. 26 » TRAITÉ DE PSYCHOLOGIE ANIMALE
• par F. J. J. Buytenduk
Un volume in-16 jésus........................ F. 14 »
MANUEL DE BIBLIOGRAPHIE
PHILOSOPHIQUE •
par Gilbert Varet TRAITÉ DE L’ARGUMENTATION
I. Les phllosophies classiques par Ch. Perelman
Un volume in-16 jésus....................... F. 22 » et L. Olbrechts-Tyteca
II. Les scienoes phllosophlques I. Un volume in-16 jésus................... F. 15 »
Un volume in-16 jésus....................... F. 24 » II. Un volume in-16 jésus................... F. 15 »

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