Rappel de la dernière séance
La semaine dernière nous avons ouvert la partie 2 du cours intitulée « de l’assistance au
droit du travail ». Cette seconde partie propose de revenir sur la construction
contemporaine du droit social c’est-à-dire du droit du travail et du droit de l’action sociale
de l’Etat.
En introduction, nous sommes revenus sur l’état du droit social avant 1789. Dans
l’ancienne France des règles encadrent le travail, en particulier au sein des corporations.
Toutefois, ces règles ne présentent guère la qualité de droit. Le travailleur ne peut pas
exiger leur application et l’Etat se tient à l’écart de la fabrique et de l’application de ces
normes. Elles sont d’ailleurs entièrement différentes d’une corporation à une autre.
Rappel de la dernière séance
La Révolution française correspond à un moment de rupture.
On assiste à une libération du travail. Le Décret d’Allarde et la Loi le Chapelier de
1791 mettent fin aux corporations. Tout regroupement de nature professionnelle est
prohibé au nom de la liberté du travail. En principe, les individus peuvent exercer
librement le métier qu’ils souhaitent sous réserve de leur compétence.
L’interdiction de constituer des groupements professionnels tend toutefois à isoler
le travailleur. Il ne peut plus constituer de coalitions afin de protéger ses intérêts.
Pour Henri Barboux, ancien bâtonnier des avocats de Paris, l’ouvrier devient « rivé à
l’esclavage de la liberté ».
Rappel de la dernière séance
En matière d’assistance, la Révolution conduit également à une nette évolution.
L’Etat se positionne comme un acteur de l’action sociale. Il souhaite prendre en
charge cette mission anciennement assumée par l’Eglise et les corporations.
La constitution de 1793 affirme l’existence de « droits créances ». L’article 21
dispose que « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la
subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en
assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler ».
Le projet de 1793 reste toutefois lettre morte. Les gouvernements se succèdent et le
conservatisme revient au pouvoir à l’aube du XIXe siècle.
La situation sociale dans la première moitié du XIXe siècle
Augmentation des prix, salaires bas, problèmes
sanitaires importants et développement des premiers
bidonvilles.
Le salaire de l’homme ne suffit plus : les femmes et les
enfants se mettent à travailler.
En 1847, 12,5% des ouvriers sont des enfants. Les
embauches se réalisent entre 6 et 10 ans. Parmi ces
derniers, un tiers meurt avant l’âge adulte et les
survivants sont nombreux à être infirmes ou en tout
cas inemployables.
Cette situation n’est pas spécifique à la France. Partout
dans les pays en voie d’industrialisation, les enfants
pauvres travaillent à l’usine ou à la mine. L’histoire de Photographie d’enfants mineurs
la pauvreté du monde ouvrier peut être envisagée au-
delà des frontières.
L’encadrement des travailleurs dans la première moitié du XIXe siècle
Confirmation de l’interdiction de se regrouper
professionnellement au début du XIXe siècle.
Le code pénal de 1810 :
- Interdit toute association de plus de 20
personnes visant à se réunir pour s’occuper
d'objets religieux, littéraires, politiques ou autres
sans l'agrément du gouvernement.
- Interdiction de faire grève sous peine d’un
emprisonnement entre 1 et 4 mois.
Ce cadre restrictif s’accompagne de la mise en Exemplaire d’un livret d’ouvrier
place du livret d’ouvrier.
Le livret de travail permet de contrôler
les faits et gestes de l’ouvrier. Il doit
être visé à chaque embauche mais
également à chaque déplacement de
l’ouvrier d’une commune à une autre.
Si le livret n’est pas tenu à jour,
l’ouvrier s’expose à des sanctions
pénales.
Il est accusé de vagabondage
punissable de 3 à 6 mois de prison.
Le livret est un symbole du rapport que
la société entretient avec le monde
ouvrier. Un rapport de méprise et de
suspicion.
Une timide réponse des pouvoirs publics face à l’urgence sociale des enfants
travailleurs
1813 : Interdiction de travailler à la mine pour les enfants de moins de 10 ans.
1841 : Réforme plus importante.
• Les enfants ne peuvent être engagés avant 8 ans. C’est l’âge minimal instauré.
• Le travail ne peut excéder 8h par jour pour les 8-12 ans et 12h pour les 12-16 ans.
• Le travail de nuit est encadré. Il ne peut se dérouler qu’entre 5h du matin et 9h du soir. Pour les
enfants, le travail de nuit est interdit aux moins de 13 ans.
• Les enfants de moins de 16 ans ne peuvent pas travailler le dimanche et les jours de fêtes, c’est-à-
dire les jours fériés.
• Enfin, la loi prévoit une obligation scolaire pour les nouveaux jeunes travailleurs de moins de 12
ans.
Les compagnons
Malgré l’interdiction de se rassembler professionnellement, une
structure issue de l’ancien régime continue à perdurer : les
compagnons.
Ce sont des sociétés occultes. Leur fonctionnement est assez
proche de celui des corporations : des apprentis sont formés à
devenir maître. Ils forment une communauté susceptible de venir
en aide à ses membre et qui encadre l’exercice du métier. Les
compagnons partagent des rites et défendent leurs intérêts.
Dans la première moitié du XIXe siècle, ces sociétés popularisent
les actions de grèves. En raison de leur poids politique important,
la monarchie de juillet prononce leur interdiction.
Rixe entre compagnons à Blois in Le
Compagnon du Tour de France, 1853
Les première révoltes ouvrières
A compter de la révolte de Rouen en 1825, la classe ouvrière
prend conscience qu’elle peut former un corps et avoir des
revendications communes.
En 1831, la révolte des canuts à Lyon éclate. C’est un élément
fondateur pour la classe ouvrière. Les ouvriers de la soie
descendent de la colline de la Croix-Rousse, forment des
barricades et prennent l’Hôtel de ville.
En 1834, la révolte reprend. Lyon devient un symbole de la
lutte ouvrière. La loi du 10 avril 1834 restreignant la liberté de
constituer des groupes professionnels est une réaction à 1831
et 1834. Les grèves se multiplient toutefois. Elles sont presque
toujours sévèrement réprimées. La révolte des canuts lyonnais de 1831, T.
Révillon
Auguste Blanqui
Louis-Auguste Blanqui (1805-1881) est issu d’une famille de
notables niçois. Profondément républicain, il s’oppose au
retour des rois entre 1815 et 1848 puis à l’Empire. Il participe
aux révolutions de 1830, de 1848 et de 1870.
Blanqui prône un républicanisme révolutionnaire radical et
violent. Selon lui, la violence est la seule à permettre une
évolution de la condition ouvrière. En raison de ces idées, il est
emprisonné une grande partie de son existence (35 ans), ce qui
lui a donné le surnom de « l’Enfermé ». Il est à l’origine du
blanquisme.
On doit à Blanqui deux formules célèbres : « Ni dieu ni
maître » qui deviendra la devise des anarchistes et la « dictature
du prolétariat » qui sera reprise par le communisme. Blanqui Auguste Blanqui
ne doit pas être confondu avec Louis Blanc.
Henri Saint-Simon
Saint-Simon (1760-1825) est issu de la grande noblesse
française mais épouse les idées de la Révolution française
à compter de 1789.
Sur le plan des idées, Saint-Simon considère que l’avenir
est dans l’industrie et que la société y trouvera son salut.
L’économie sera dirigée par deux grands types d’élites
pour Saint-Simon : les créateurs et les producteurs.
Saint-Simon considère que la propriété est mauvaise car
elle génère les inégalités. Il prône le collectivisme. Saint-
Simon construit une théorie au service de l’économie
mais qui suppose une égalité entre les hommes. C’est une Le Comte de Saint-Simon, H. Ravergie,
1848.
forme originale du socialisme.
Charles Fourier
Charles Fourier (1772-1837) vient
également d’une famille relativement
aisée. Il est au contact des ouvriers
lyonnais et constate la misère de la Croix-
Rousse. Fourier s’inscrit en faux contre la
tradition libérale. Il considère que le
travail aliène. Il est principalement connu
en raison de sa proposition de fonder des
« phalanstères ».
Les phalanstères sont pensés comme des collectivités de production et de consommation
cogérées par des copropriétaires. Chaque phalanstère réunit un nombre précis de membres :
1620 phalanstériens. Ils sont réunis par leurs passions communes. Fourier établit 810 sortes de
caractères différents entre les individus en fonction des différentes passions qu’il identifie.
Chaque phalanstère présente donc deux types d’individus identiques. Il s’agit de monter une
« société parfaite » qui serait parfaitement équilibrée.
Pierre-Joseph Proudhon
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) est issu d’un milieu
plus modeste. Il travaille aux champs lorsqu’il est enfant puis
réussit à fréquenter l’école publique où il se fait remarquer.
Proudhon construit sa doctrine autour du concept de
propriété. « La propriété c’est le vol » pour Proudhon car elle
permet au capitaliste de construit un système où le travail de
l’ouvrier est volé. Proudhon prône la propriété individuelle
mais dénonce la propriété capitalistique.
Proudhon défend le droit au travail, le crédit gratuit et la
mise en place d’institutions à caractère social. Proudhon
entretient des liens très étroits avec Bakounine et avec Karl
Marx. Marx et Proudhon se brouillent toutefois et Portrait de Pierre-Joseph Proudhon par
développent des théories différentes au cours du XIXe siècle. Nadar