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Économie du développement : concepts clés

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Économie du développement : concepts clés

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ECONOMIE DU DEVELOPPEMENT

INTRODUCTION
Il est généralement admis que l’économie du développement est née après la seconde guerre
mondiale, bien que l’on puisse en trouver des fondements plus anciens dans la pensée économique.

L’économie du développement s’intéresse à des pays pauvres. Elle trace donc une frontière dans la
géographie en fonction d’un degré de richesse. Entre le critère du revenu par tête (banque mondiale)
et l’indicateur composite du développement humain (IDH), de l’Organisation des Nations Unies (qui
ajoute, au revenu, l’espérance de vie et le niveau d’éducation) apparaît la difficulté de définir le
développement et son objectif.

Avec le critère de revenu par habitant, on distingue les pays à revenu élevé des autres. C’est sur cette
base que repose l’idée que le développement = croissance, croissance en terme de revenu moyen par
tête. C’est également par ce biais que l’on introduit la dimension temporelle : il y a les pays
« avancés » et les pays « en retard ». Les statistiques internationales retiennent également des sous-
catégories ; les exportateurs de pétrole, les pays les moins avancés (PMA) (à partir d’un triple critère :
bas revenu, faibles taux d’industrialisation et d’alphabétisation), les Nouveaux pays industrialisés
(NPI) (désigne des pays à forte croissance qui exportent des produits manufacturés).

L’on peut en effet considérer que les explications du développement divergent parce que tous les
économistes ne sont pas d’accord sur ce qu’est le développement dès lors que celui-ci est considéré
comme quelque chose d’autre que la croissance du PNB et prend en compte des valeurs éthiques
comme l’indépendance nationale, l’égalité sociale, le droit de choisir la taille de sa famille ou de
pouvoir s’exprimer librement.

Les théories du développement se sont cependant affirmées comme un corpus distinct dans la science
économique dès lors qu’elles ont postulé l’existence de spécificités communes à un ensemble de pays,
en même temps qu’elles ont adopté l’idée que le développement ne se réduisait pas à la croissance.
Mais les conceptions du développement ont évolué depuis.

Avant et peu après les années 70, on pensait que le développement était une question de capital :
importation de capital, endettement massif des pays sous développés…. La question qui se posait
était qui doit conduire le développement : l’Etat ou le marché.

Dans ce sens Stiglitz (2002 :379) dit ceci « il y a trente ans, les économistes de gauche et de droite
était d’accord sur la nature de l’objectif du développement : améliorer l’efficacité de l’allocation des
ressources et augmenter le capital disponible. Leur seule divergence portait sur les moyens : fallait-
il, pour y parvenir, une planification dirigée par l’Etat ou des marchés totalement libres ?
Finalement, aucune des deux solutions n’a abouti. Le développement n’est pas seulement une
question de ressources et de capital mais une transformation de la société. »

Autour des années 80 deux constats peuvent être notés :


- les déséquilibres macroéconomiques crées par les politiques antérieures (endettement massif) et la
baisse des cours des matières premières agricoles apparaissent et justifient les Programmes
d’ajustement structurels ;
Dans Banque Mondiale (2002) Meier déclare : « Dans les années soixante, l’importation irréfléchie
de l’analyse de Harrod-Domar a abouti à accorder une importance exagérée à l’accumulation du
capital physique, et à interpréter de travers une idée supposée s’appliquer d’une certaine manière aux
pays industrialiser et non aux pays en développement. De même la reprise de certaines idées
concernant l’industrialisation comme substitut à l’importation a eu des conséquences regrettables. ».

Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE


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- le développement (l’industrialisation) des pays développés crée des problèmes environnementaux.

- Dans les années 90 : l’accent est mis sur le côté social et environnemental : démocratie, bonne
gouvernance, liberté, justice, participation social, développement durable, développement comme
liberté (A. Sen).
Le développement exige la suppression des principaux facteurs qui s’opposent aux libertés : la
pauvreté aussi bien que la tyrannie, l’absence d’opportunités économiques comme les conditions
sociales précaires, l’inexistence de services publics autant que l’intolérance ou la répression
systématique exercée par les Etats autoritaires (Amartya Sen, 2003).
On passe d’une approche quantitative du développement (revenu par habitant) à une approche
beaucoup plus qualitative du développement (Indice du développement humain (IDH)). Ce qui
montre la difficulté à définir le développement. Les difficultés dans lesquelles se trouvent les pays
occidentaux reposent la question du développement.

« Développer c’est transformer la société, améliorer la vie des pauvres, donner à chacun une chance
de réussir, l’accès aux services de santé et d’éducation » (Stigliz, 2002).

Nous essayerons dans ce cours de saisir ce que c’est que le développement, ses répercutions
économiques et sociales. Nous essayerons aussi d’aborder l’expérience de certains pays : l’échec des
pays africains, la réussite des pays asiatiques. Nous proposerons pour cela les chapitres suivants :

Chapitre 1 : Le processus de développement


Chapitre 2 : Le rôle de l’agriculture dans le développement : le processus de développement en
Europe Occidentale
Chapitre 3: Aperçu sur les obstacles de développement des pays sous-développés suite
à la révolution industrielle.
Chapitre 4 : Le développement économique
Chapitre 5 Le développement social
Chapitre 6 Théories de la croissance économique
Chapitre 7 : Théories ou politiques de développement en Afrique sub-saharienne
Chapitre 8 : Stratégie de développement / d’industrialisation en Asie

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Chapitre 1 : Le processus de développement

Ce chapitre cherche d’abord à donner une image de ce que peut être le développement à travers
l’évolution des sociétés. Ensuite, il expose les concepts utilisés pour traduire ces évolutions. Aborde
enfin l’origine du développement (satisfaction des besoins alimentaire, sécurité alimentaire).

1.1. Laconception du développement comme une suite de « phases »

1.1.1. La conception d’Adam Smith.


Pour Adam Smith, l’économie humaine évolue de la chasse à l’élevage, à l’agriculture, au commerce
et à l’industrie. La raison de cette évolution se trouverait dans la psychologie (le comportement)
même de l’homme, qui cherche toujours la voie du moindre effort, d’où sa tendance naturelle à
l’échange, fondement de la division sociale du travail.

Il y a environ 9 000 – 10 000 ans, ou bien davantage, la « révolution néolithique » c’est – dire
l’abandon d’une économie basée sur la cueillette, la chasse et la pêche pour une économie fondée sur
l’agriculture et l’élevage, avait permis pour la première fois dans l’histoire de l’humanité un surplus
durable de la production alimentaire fournie par actif, et de ce fait avait rendu possible une
consommation significative de produits non alimentaire. Cette situation entraina à son tour un début
de spécialisation du travail et la création d’une vie urbaine ou s’établissaient certains producteurs non
agricoles : vie urbaine qui, elle, favorisera un développement intellectuel et technique d’où sont nées
les civilisations de l’Antiquité (Bairoch P., 1971 P. 20).

1.1.2. La conception de Karl Marx


Karl Marx au XIXè Siècle formula une théorie de l’évolution de l’organisation de l’activité
économique fondé sur une suite de phases. Selon ses conceptions, la forme d’appropriation des
facteurs de production commande l’organisation du système économique.
Dans la première phase, il n’y aurait pas eu d’appropriation privée de facteurs de production. C’est
le communisme primitif.
Dans la seconde phase, il y aurait prévalu l’appropriation privée de facteur humain. C’est l’esclavage.
Dans la troisième phase, aurait prévalu l’appropriation privée des terres, facteur décisif de
l’organisation économique. C’est le féodalisme.
Dans la quatrième phase, le contrôle du facteur capital devient la donnée essentielle. C’est le
capitalisme.

Ces différentes formes d’organisation sociale constitueraient des phénomènes historiques, dont
l’ordre étant déterminé par l’évolution des forces productives. Concept qui chez Marx englobe
l’accumulation du capital et le progrès technique. A un certain degré de développement des forces
productives correspondrait une certaine forme d’organisation de la production.

L’analyse des processus historiques de développement constitue un point départ pour la


compréhension des diverses formes qu’a prises l’accumulation de capital, condition nécessaire du
progrès technologique. Ce sont les facteurs qui permettent à une société de disposer d’un excédent –
c'est-à-dire d’une marge qui ne sera pas absorbée par la consommation courante- et ceux qui incitent
à transformer cet excédent en instrument d’augmentation de la production qui doivent être mis en
évidence par l’analyse historique.
Les formes d’appropriation et d’utilisation de cet excédent sont à la base des systèmes d’organisation
sociale et de structuration du pouvoir. Par ailleurs, les formes d’appropriation de l’excédent ne sont
pas totalement indépendantes des opinions qui s’offrent à une collectivité pour l’utilisation de cet
excédent. Les économies commerciales semblent avoir été les premières dans lesquelles le système
de pouvoir ait été totalement ou presque totalement contrôlé par des groupes dont la principale
fonction était d’appliquer l’excédent à l’expansion de la capacité productive dont disposait la
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collectivité. L’étude du capitalisme commercial est donc importante pour l’identification des facteurs
qui ont ouvert la voie aux économies industrielles modernes. De même, c’est dans le contrôle des
structures du pouvoir- aussi bien que dans l’appropriation et l’utilisation de l’excédent- par des
groupes dont les motivations ne sont pas essentiellement en rapport avec l’activité productive, ou par
des groupes étrangers dont les objectifs ne sont pas souvent compatibles avec les intérêts de la
collectivité, que nous devons chercher les principaux obstacles au développement des pays sous-
développés (Celso, 1970 : 101).

1.1.3. Evolution du Pouvoir Humain et différenciation entre peuples (synthèse réalisée à partir
de Heilbroner R. (1997), Visions du Futur, Hier, Aujourd’hui, Demain, Economica).

Il est question d’examiner l’évolution de la pensée de l’Homme sur la nature et de ses capacités à la
dominée. Pour cela, nous feront un survol de l’évolution de l’histoire de l’humanité en regardant les
aspects techniques, scientifiques, économiques (social ou politique). On distingue trois périodes :

- la première (très longue) part de l’origine de l’homme, depuis l’apparition de l’homo-sapien


jusqu’au XVIIé siècle (environ 150 000 ans) ;
- la deuxième (très courte mais équivalente à la première du point de vue des progrès réalisés), s’étend
du XVIIIé siècle à la seconde moitié du XXè siècle soit environ 250 ans ;
- la troisième dans laquelle nous sommes part de la seconde moitié du XXè siècle à nos jours.

La première période
Elle débute avec les sociétés primitives qui pendant au moins cent mille ans (100 000 ans) dépendait
de la pierre, du silex ; pendant les dix ou les vingt mille années suivantes, le progrès s’accentua avec
l’utilisation du cuivre et du bronze, avant le décollage social, à l’issue duquel parurent les premières
civilisations évoluées de l’histoire : mésopotamienne, égyptienne, indienne, chinoise. Elle recouvre
la gloire de la Grèce et la grandeur de Rome, la confusion politique du moyen âge et finalement
l’émergence d’Etat-nation moderne en Europe au XVIIè siècle.

Pendant toute cette période, le climat, grand régulateur de l’agriculture déterminait la production. Les
outils et techniques de production demeuraient presque identiques d’une génération à l’autre. A
l’exception de très minces courants d’échange « international », la vie était une force d’inertie, pas
de changement.
La société de l’époque n’avait pas la possibilité de modifier son organisation pour devenir une
organisation supérieure et plus complexe. La raison est qu’il était généralement admis que l’avenir
est totalement hors de contrôle de l’homme. La nature est considérée comme toute puissante, ses
jugements sont sans appel.

Vers la fin de cette période la croyance en la toute-puissance de la nature va s’estomper face aux
capacités productives croissantes des sociétés stratifiées. L’origine de cette croyance est
l’introduction de nouveaux savoirs et de nouvelles technologies dans la vie économique quotidienne.
Un autre élément est l’émergence d’idées politiques et sociales.
En effet, entre 1430 et 1540, les marchands navigateurs conquérants européens explorent les côtes de
l’Afrique, prennent le contrôle du commerce arabo-indien, vont jusqu’en Chine et au Japon,
découvrent le continent américain et achèvent sa conquête. Dans les dernières années du siècle, Vasco
de Gama franchit le cap de Bonne Espérance et parvient jusqu’aux Indes. En quelques quarante ans,
l’Espagne achève la conquête du nouveau monde, qu’elle entreprend de coloniser, depuis le Chili
jusqu’à la Californie, de l’Argentine à la Floride, en contournant le Brésil portugais, détruisant au
passage les civilisations et anéantissant les populations locales. De cette emprise aux visées
planétaires, l’Europe retire une richesse prodigieuse. A l’afflux d’or et d’argent s’ajoutent des
quantités de produits auparavant inconnus qui vont révolutionner l’alimentation humaine (café,
cacao, sucre, pomme de terre, tomate, maïs, bois,ivoire…).
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
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L’émergence de l’économie-monde européenne entre 1450 et 1650 ne fut pas marquée par des
innovations techniques notables. Au XVIè siècle, la production industrielle dispose des mêmes
forces : le moteur humain, le moteur animal, le vent, l’eau et le bois. Si la forge se développe,
l’industrie reste principalement textile. Les techniques financières, en revanche, se perfectionnent,
avec la généralisation de la lettre de change. Cette première période va prendre fin sur ces
changements qui vont se poursuivre dans la deuxième période.

La deuxième période
Elle est mieux décrite par l’ascension du capitalisme, accompagné de ses deux sœurs que sont le
développement scientifique et l’émergence d’une conscience politique et sociale (révolution française
en 1789, déclaration d’indépendance américaine en 1776).

C’est la période où l’on se tourne vers le futur avec confiance, parce que les hommes et les femmes
croient que des forces jouent en leur faveur, tant individuellement que collectivement. C’est
probablement le philosophe français Condorcet qui l’exprima de la façon la plus émouvante (avant
de se suicider pour échapper à la guillotine), quand il déclara que « la perfectibilité de la race
humaine est en réalité infinie et que ses progrès, désormais indépendants d’un pouvoir qui
souhaiterait les arrêter, n’ont d’autre limite que la durée de vie de la terre sur laquelle la nature
nous a placés »
Indissolublement liée aux vecteurs que sont le capitalisme, le développement scientifique et les
mouvements populaires, cette vision du monde se manifeste essentiellement là où ces trois facteurs
ce sont le plus développés : l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord. Ailleurs, en Afrique, dans
la plus grande partie de l’Asie, en Amérique latine, les conditions matérielles de la première période
demeurent virtuellement inchangées.

Le dynamisme de cette période s’explique donc par le progrès qui se traduit par deux éléments :
- Le premier élément réside dans le fait que le savoir abstrait caractéristique de la démarche
scientifique va s’associer aux connaissances plus pratiques.
Les technologiques de la vapeur, du charbon et du textile vont jouer un grand rôle dans le
développement de tout ce qui est lié à l’électricité quelques décennies plus tard. Sans elle, il n’y aurait
aujourd’hui aucun ordinateur ni centrale nucléaire. En prenant appui sur la science, le levier
technologique a acquis lentement mais sûrement, une puissance nouvelle ;
- Le deuxième élément intimement associée à la science et à la technologie est l’apparition
d’une nouvelle organisation socio-économique, baptisée « capitalisme » à la fin du XIXè
siècle.
Elle naît de la science, au sens large en s’appuyant sur l’économie définit comme une forme
d’organisation dans laquelle la production et la distribution des richesses sont soumises au jeu de trois
facteurs qui n’existaient quasiment pas précédemment.

Le premier de ces facteurs c’est le rôle grandissant du marché, déterminant la production et les
conditions de production. Le deuxième facteur c’est l’apparition d’une tendance à l’accumulation du
capital qui sera le vecteur de tout le processus. Le troisième c’est la prédominance du statut privé de
l’activité économique source de profit.

Dans ces nouvelles conditions, la soif de richesses va jouer un rôle considérable. La poursuite de la
richesse devint une force qui va changer la face du monde.

Au fur et à mesure que le système se structurait, les entreprises familiales disparurent au profit des
grandes entreprises. Poursuivant leur expansion à l’étranger, ces entreprises acquirent une dimension
internationale, d’où naquit leur dénomination courante de firmes multinationales.

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L’effort généralisé d’accumulation du capital a donné naissance à une énorme pression sur l’ensemble
du système. Cette pression, à son tour, encourage et continue toujours d’encourager le développement
technologique. La domination des mers est en effet la clé de l’expansion coloniale et surtout de la
maîtrise du commerce avec les colonies sont l’expression de cette période ; dont la finalité est la
recherche de débouchés et de ressource capables d’entretenir la poursuite du système. Ce qui aboutit
à l’internalisation (intensification des échanges entre Etats), à la globalisation (universalisation de
l’économie des entreprises, constitution d’un marché mondial de capitaux) et à la mondialisation
(processus d’intégration conduisant au dépérissement du rôle géopolitique des frontières).

Nous arrivons à la troisième période où tout le monde entier vit la mondialisation qui se manifeste
par le développement des masses média, la télécommunication, l’informatisation.

La troisième période
En quoi cette période est différente de la deuxième ? Pour avoir une idée, il faut garder à l’esprit que
les trois forces (marché, accumulation du capital, recherche de profit) qui furent déterminant dans la
deuxième période sont toujours présentes. L’extraordinaire pouvoir de la science, la dynamique
infatigable du capitalisme continuent de nous propulser vers l’avant.

La nouveauté dans cette période est que les deux forces (la science et le capitalisme) ne sont plus
considérées comme des facteurs évidents de progrès. Les exemples sont nombreux : la bombe
atomique, la pollution ou la destruction de l’environnement …

Mais ce qui renforce encore le capitalisme c’est la disparition du socialisme, qui fut longtemps son
principal ennemi et comme une organisation socio-économique alternative. Les clivages idéologiques
s’estompent. On est dans un monde à sens unique, guidé l’idéologie capitalisme. La disparition du
mur de Berlin est un exemple.

La conscience politique et sociale est très forte : les revendications démocratiques ; des droits de
l’homme. Tout ceci est soutenu par le développement des masses média, la télécommunication, du
transport, de l’informatisation qui raccourcissent les distances et effacent les frontières. C’est le
village planétaire.

1.1.4. La conception de la croissance selon Rostow


Rostow distingue 5 phases dans le processus de croissance ou du développement.

La société traditionnelle
Elle est caractérisée par des comportements quelque peu fatalistes fondés sur des attitudes rigides.
L’activité économique est essentiellement agricole et la mobilité sociale est très peu développée à
cause du rôle que jouent les liens familiaux dans les rapports humains.

Les conditions préalables au décollage


Cette étape est marquée par l’éveil des esprits et la volonté de rompre avec les méthodes anciennes.
C’est une période de révolution mentale, tout ce qui se concevait sans discussion devient discutable.
Le changement naîtra de la volonté et de la capacité d’analyse de l’environnement (analyser les
phénomènes naturels).

Le décollage
Le démarrage est la période pendant laquelle « la société finit par renverser les obstacles et les
barrages qui s’opposaient à la croissance régulière ». Les facteurs du progrès économiques élargissent
leur action, se développent avec une efficacité accrue et arrivent à dominer la société. Les taux
d’investissement et de l’épargne s’accroissent dans une très forte proportion, passant en moyenne de
5% du revenu national à 10% et plus. Des industries nouvelles sont lancées et se développent
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rapidement. Les profits obtenus sont élevés et, dans une proportion importante, réinvestis dans de
nouvelles installations. Une main-d’œuvre, d’origine agricole, est attirée vers l’industrie. D’autres
industries sont incitées à se créer pour répondre à la demande de produits émanant des premières
industrielles nouvelles. Les zones urbaines s’étendent. Les revenus de ceux exerçant leur activité dans
le secteur moderne de l’économie s’accroissent. Le groupe nouveau des entrepreneurs s’élargit ; il
contrôle l’orientation des investissements. …

La marche vers la maturité.


Le démarrage est suivie d’une longue période de progrès soutenu, l’économie se développe à une
cadence régulière et s’efforce d’appliquer la technologie moderne à chacun de ses secteurs.
Le volume des investissements représente constamment de 10 à 20% du revenu national ce qui permet
à la production de s’accroître plus rapidement que la population. Les industries nouvelles connaissent
une expansion rapide. Les courants d’importations et d’exportations se modifient, des biens, autrefois
importés, sont produits sur le territoire, des biens nouveaux sont exportés.
La maturité est donc la phase pendant laquelle l’économie montre qu’elle peut aller au-delà du
démarrage, ou encore que celui-ci n’est pas un phénomène sans lendemain. Elle prouve que la société
possède les ressources les ressources techniques et l’esprit d’initiative indispensable aux nouvelles
productions et qu’elle a assimilé et appliqué à ses ressources les découvertes et la technologie de
l’époque.

La consommation de masse.
Dans cette dernière phase, la production des biens de consommations durables et celle des services
gagnent de l’importance et, progressivement, deviennent les principales activités.
A la fin de la phase précédente, deux phénomènes se manifestent. L’un est que le revenu réel par
habitant est parvenu à un tel niveau que la plupart des individus disposent régulièrement de biens et
de services une fois couverts leurs besoins d’alimentation, de logement et de vêtements.
L’autre réside dans la modification de la composition de la main-d’œuvre : non seulement la
population active agricole a diminuer absolument et relativement mais encore, au sein de la
population non agricole, s’est accrue la part des ouvriers qualifiés et des employés de bureau,
groupes appréciant les biens de consommation que peut leur offrir l’économie et impatients de les
obtenir….

Ce type d’analyse a eu des fruits très remarquables : grâce à elle, nous avons maintenant une meilleure
compréhension du rôle des facteurs non économiques qui interfèrent dans les processus de
développement, ainsi que des caractéristiques spécifiques des économies sous-développées (Celso,
1970 : 100). La définition de François PERROUX se comprend aisément : « la combinaison des
changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître,
cumulativement et durablement, son produit social global » (Celso, 1970 : 93).

Avec l’extension du processus d’industrialisation aux principaux pays d’Europe, dans la seconde
moitié du XXè siècle, le développement a été considéré comme faisant partie de l’ordre naturel des
choses, de même que la tendance de l’homme au moindre effort ou à la multiplication de ses besoins.

1.2. Des concepts pour caractériser ou différencier les pays selon le niveau de développement

1.2.1. Tiers-monde
De tiers et de monde; le mot est de l’économiste et démographe français Alfred Sauvy (1898–1990)
en 1952, en référence au tiers état français sous l’Ancien Régime, afin de désigner l’ensemble des
pays du globe qui n’appartenaient ni au bloc occidental ou premier monde (Amérique du Nord,
Europe de l’Ouest, Japon, Australie…), ni au bloc communiste ou second monde (URSS, Chine,
Europe de l’Est…).
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
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L'expression tiers-monde, ou tiers monde, se rapporte à l'ensemble des pays africains, asiatiques,
océaniens ou du continent américain en carence de développement. Ce terme est considéré comme
obsolète par certains au profit de celui de pays les moins avancés.

Plusieurs définitions
Le tiers-monde décrit la réalité complexe, transitoire et chaotique s'inscrivant dans le décalage
croissant qui nait entre monde traditionnel et monde moderne à partir de la révolution industrielle
(qui débute en Angleterre vers la fin du XVIIIe siècle). On remarque cependant qu'à cette époque, si
en Amazonie, en Afrique, en Asie, les hommes vivent dans un âge proche de l’âge de la pierre taillée,
d’autres en Chine et en Inde se trouvent à un niveau de vie supérieur à celui de l’Angleterre du XVIIIe-
XIXe siècle. L’historien Christopher Alan Bayly l’a éminemment montré dans son ouvrage « La
naissance du monde moderne ».

Certains insistent sur le fait qu'il s'agit d'une réalité très hétérogène, et concluent à l'existence de
« plusieurs » tiers mondes. Cela en fonction des perspectives envisagées.

 Si l'on pointe l’inégalité économique, l'expression correspond à l'ensemble des pays pauvres,
soit les pays les moins avancés et les pays en développement. Dans cet esprit, le quart monde
(proposé par Joseph Wresinski en 1969) fait référence à cette couche de population la plus
défavorisée, ne disposant pas des mêmes droits que les autres, et existant dans tous les pays,
qu'ils soient riches ou pauvres.

 Si l'on pointe les rapports nord-sud, l'expression fait alors référence à des « pays dépendants
du monde capitaliste », ou des « pays appauvris et surexploités ». Ils « ont le trait commun de
n'avoir pas connu, pour des raisons diverses, la révolution industrielle au XIXe siècle », ou la
prospérité qui a suivi la Renaissance en Europe, et favorisé la colonisation ou la domination
des autres territoires.
 Si l'on pointe la géopolitique comme Georges Balandier (en 1956), l'expression désigne « la
revendication des tierces nations qui veulent s'inscrire dans l'Histoire ». À la suite de la
décolonisation et de la Conférence de Bandung, certains de ces pays se sont regroupés au sein
de l'organisation internationale du mouvement des non-alignés.
Synonymes : Pays moins avancés (PMA)

1.2.2. Pays sous-développé


Historique
On parle de pays sous-développé et de sous-développement d'un pays lorsque la situation sanitaire
et économique y est très mauvaise. Le terme pays sous-développé n'est plus beaucoup employé, on
préfère le terme plus politiquement correct de pays en voie de développement, ou pays en
développement. Les pays les plus pauvres sont les pays moins avancés (PMA).

Le concept naît au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le 20 janvier 1949, dans son discours
sur l’état de l’Union, le président des Etats-Unis Harry Truman emploie pour la première fois le mot
« sous-développé » (underdeveloped):

« Il nous faut lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les avantages de notre
avance scientifique et de notre progrès industriel au service de l'amélioration et de la croissance des
régions sous-développées. Plus de la moitié des gens dans le monde vit dans des conditions voisines
de la misère. Ils n'ont pas assez à manger. Ils sont victimes de maladies. Leur pauvreté constitue un
handicap et une menace, tant pour eux que pour les régions les plus prospères. »

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Occident se rend compte de l'immense misère de plus de deux
tiers de l'Humanité. Les pays riches rêvent, ou du moins affichent l'ambition de faire sortir les pays
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
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sous-développés de cette misère. Aussi l'influence des pays du Nord est extrêmement forte sur les ex-
pays colonisés.

La notion de sous-développement a longtemps fait partie de la politique étrangère des Etats-Unis, qui
voulaient faire accepter l'aide occidentale aux pays du Sud pour contrer l'influence que la solution
communiste pourrait avoir dans ces pays.

Définition
Selon Jacques B. Gélinas, on peut d'abord définir le sous-développement à partir de ses symptômes:
«la sous-alimentation, la mortalité infantile, l'analphabétisme, le PNB (produit national brut) par
habitant, l'endettement…». On peut aussi définir un pays sous-développé à partir des mécanismes
internes de son économie: c'est « un pays dont les rouages économiques s'engrènent de façon
subordonnée dans la mécanique géante de l'économie mondiale».

État d'un pays caractérisé par la médiocrité du niveau de vie moyen (traduit notamment par une faible
consommation alimentaire, à laquelle s'ajoutent des problèmes de malnutrition et de famine, une
faible espérance de vie, un taux encore élevé d'analphabétisme résultant d’un PNB/tête faible), auquel
on peut fréquemment associer une forte croissance de la population, une répartition particulière des
divers secteurs de l'économie (secteur rural très important) et une composition spécifique de la
balance commerciale.

Caractéristiques
Le sous-développement se caractérise par sa dépendance ou son insertion dans l’économie mondiale.

1. «La dépendance financière et monétaire».


La dette (capital et intérêts) est tellement importante que le pays doit compter sur les marchés
financiers extérieurs pour la rembourser. Son économie est alors extrêmement sensible à toutes les
«fluctuations brusques des taux d'intérêt et de change».

2. «L'extraversion du système économique».


«L'économie des pays sous-développés repose principalement sur l'exportation des matières
premières à faible valeur ajoutée, dont ils ne contrôlent pas les prix. Ils ne contrôlent pas non plus les
prix des produits manufacturés ou alimentaires qu'ils importent. Ils ne disposent d'aucun moyen
efficace pour faire évoluer les termes de l'échange en leur faveur de façon équitable».

3. «La désarticulation de l'économie nationale».


La dépendance financière et l'extraversion commerciale engendrent et entretiennent une société duale.
On y trouve d'une part le secteur exportateur, «forcé d'adapter ses produits, sa technologie et sa
gestion aux conditions extérieures», et d'autre part les secteurs traditionnels.

4. «La subordination des élites aux intérêts externes»


Les mécanismes de développement ont donné naissance à une classe de politiciens, de technocrates
et de bureaucrates «branchés sur l'aide internationale». Ils ont «contaminé le champ politique qui,
arrosé de l'extérieur, peut se passer de ses bases sociales pour survivre». Cette «idéocratie» est le
résultat et non la cause de l'inadaptation du système.

Ces caractéristiques se traduisent par un certains nombre de blocages :

Les bocages économiques : l’accent est mis d’une part sur l’impossibilité de réaliser une épargne et
un investissement national suffisant, d’autre part sur les distorsions qui apparaissent dans la gestion
de l’économie (du marché).

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Les blocages sociaux : la création d’une classe d’entrepreneur, condition nécessaire pour le passage
à l’étape 2 de la croissance, selon Rostow, est extrêmement lente à réaliser.
L’instabilité politique est grande dans beaucoup de pays en développement : les conflits ethniques et
tribaux, les guerres civiles, les conflits d’appartenance religieuse sont nombreux. L’instabilité qui en
résulte est un frein à l’investissement à long terme.
La présence de groupes sociaux monopolistiques et l’insuffisance de la mobilité sociale individuelle
constituent aussi des facteurs de blocages.

Les blocages d’ordre culturel : les valeurs qui prédominent dans les sociétés encore largement
traditionnelles peuvent être des freins au développement. Certaines sociétés valorisent la
consommation ostentatoire de biens de prestige et non pas l’épargne et l’investissement. Certaines
religions peuvent aussi constituer un frein au développement.

Le sous-développement se caractérise par un retard de développement

Pour Rostow, le développement serait un phénomène inéluctable. Certains pays ayant simplement
débuté le processus avant d'autres, tout ne serait donc qu'une question de temps. Mais, sous certaines
conditions, le développement pourrait être accéléré. W.W. Rostow dans son ouvrage « Les étapes de
la croissance économique » a tenté de « dégager les caractéristiques uniformes de la modernisation
des sociétés ». Selon lui, les sociétés parcourent au cours de leur développement cinq différentes
étapes : la société traditionnelle, les conditions préalables au décollage, le décollage, le progrès vers
la maturité et l’ère de la consommation de masse.

Malgré leur diversité les pays en développement possèdent un certains nombre de caractéristique
communes qui les différencient des pays développés. Ce sont : le revenu par tête d’habitant ; la
structure de la production et du commerce extérieur ; les indicateurs humains sociaux.

Les pays sous-développés qui appliquent les bonnes méthodes de développement économique (bonne
gouvernance, libéralisme économique (par exemple respect du droit à la propriété), etc.) améliorent
leur situation et peuvent devenir des pays émergents (cas de multiples pays d'Asie), puis des pays
développés (cas de la Corée du Sud passée du stade de sous-développé à un stade de pays très avancé).

Synonymes : Pays en voie de développement ; Pays en développement

1.3. L’excédent économique et les formes de domination sociale


En se basant sur quelques éléments historiques, nous pouvons reconstituer les lignes générales du
processus de développement des communautés préindustrielles.
En premier lieu, se trouvent les facteurs exogènes, qui provoquent la création occasionnelle ou
permanente d’un excédent de production. L’excédent permanent allait de pair avec le système
d’esclavage.
En second lieu, nous avons l’appropriation de cet excédent par des groupes minoritaires.
En troisième lieu, les niveaux plus élevés de consommation des groupes minoritaires, lesquels
rendent possibles, et même nécessaire, l’échange avec d’autres communautés.
En quatrième lieu, l’échange qui permet la spécialisation géographique et la plus grande division du
travail, et provoque une augmentation de productivité dans les communautés qui y participent.
En cinquième lieu, la concentration de la richesse, rendue possible par l’échange.
Enfin, la possibilité d’incorporer dans le processus productif les ressources accumulées par les
commerçants, car c’est par ce moyen que les intermédiaires pouvaient augmenter les courants de
commerce, et accroître leurs revenus.

Ce schéma simplifié contient l’essentiel du processus économique ; du côté de la production apparaît


la création de l’excédent ; du côté de la répartition, l’appropriation de cet excédent par un groupe
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minoritaire ; et du côté de l’accumulation, la possibilité d’accroître la productivité en élargissant le


marché et en incorporant l’excédent dans le processus productif.

Si nous observons ce processus dans le temps, nous remarquons que la troisième phase rejoint la
première ; l’accroissement de la productivité, provoqué par l’incorporation d’un capital nouveau et
par l’élargissement du marché, donne lieu à la création d’un nouvel excédent qui, approprié par le
groupe minoritaire, se transformera en capital nouveau, etc. la possibilité d’augmenter la productivité
et l’appropriation du fruit de cette augmentation par des groupes minoritaires constituent les points
stratégiques de ce processus. Ce sont ces deux facteurs qui, en dernier ressort, rendent possible la
croissance.

En réalité, si les ressources incorporées dans le processus productif ne provoquaient pas une réelle
augmentation de la productivité, l’accumulation ne donnerait lieu à aucune croissance et se bornerait
à différer l’acte de consommation. Par ailleurs, si le fruit d’une augmentation de productivité,
occasionnelle ou permanente, était entièrement distribué à l’ensemble de la population, le résultat en
serait une élévation occasionnelle ou permanente du niveau de consommation, l’économie passant
d’une position stationnaire à une autre.
Le schéma que nous venons de présenter se rapporte à des phases préliminaires du développement.
Dans ces phases, tant les biens de consommations que les biens accumulés ont fondamentalement la
même nature et peuvent donc être échangés. C’est pour cela que l’appropriation par des groupes
minoritaires est indispensable, afin d’éviter que la consommation n’absorbe la totalité du produit
(Celso, 1970 : 104-105).

Questions
1. Quels sont les facteurs à l’origine de la différentiation des peuples ?
2. Quels sont les éléments moteurs à l’origine d’un processus de développement ?
3. Quels sont les concepts pouvant servir de base de théorie de développement économique ?
4. Quelles sont les catégories de pays qu’on peut distinguer ? Quels sont les indicateurs les
caractérisant ?
5 Le sous-développement constitue-t-il véritablement un retard de développement ?
6. Quels sont les facteurs non économiques et les facteurs économiques à la base d’un processus de
développement ?

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Chapitre 2: Le rôle de l’agriculture dans le développement: le processus de développement en


Europe Occidentale

Etude de cas à partir de l’œuvre de Paul Bairoch (1992), Tiers-monde dans l’impasse, Gallimard,
Paris.

2.1. La genèse de la révolution industrielle.

- le rôle du surplus agricole


La révolution agricole, entendu comme le processus permettant à l’activité agricole d’atteindre une
productivité permettant de dégager un surplus alimentaire de l’ordre de 20 à 30% a permis et suscité,
dans les sociétés où elle s’est produite, un développement sans précédent du secteur industriel.
L’augmentation de la productivité a conduit d’un surplus moyen de l’ordre de 25% à un excédent
supérieur à 50%, dépassant ce que l’on pourrait appeler le seuil potentiellement dégagé des risques
de famines. Cette situation entraîna un début de la spécialisation et la création d’une vie urbaine. Vie
urbaine qui favorisera à son tour un développement intellectuel et technique.

Grâce à son esprit d’ouverture, la civilisation européenne était une des plus avancées sur le plan
scientifique et technique.

Il est certain qu’un niveau de développement des sciences et des techniques et, surtout qu’un esprit
d’ouverture ait pu constituer en occident un substrat favorable à la révolution agricole d’abord et à la
révolution industrielle par la suite. Mais l’histoire économique et celle des techniques montrent que
pratiquement tous les progrès techniques qui ont accompagné la révolution agricole et surtout la
révolution industrielle furent le fait d’artisans parfois illettrés qui, empiriquement, mirent au point
(non d’invention) ou améliorèrent des machines. La science était presque totalement absente de ces
développements techniques qui accompagnèrent le début du démarrage économique. L’intervention
de la science n’a été que tardive.

- le déterminisme agricole
Le développement industriel aurait été presque impossible sans le développement agricole. Le rôle
primordial de l’agriculture se traduit par les faits suivant :

- prédominance des ruraux : 75 à 85% des actifs étaient de ruraux ; tant que la majorité n’avait pas
atteint le stade de rendements décroissants, une réduction de la population active employée dans
l’agriculture aurait signifié un faible niveau de production ;
- les rendements décroissants : la réduction de la population agricole ne constitue pas un handicap
tant que les exploitations agricoles n’ont pas atteint le stade de rendements décroissants. Dans le
cas où une forte proportion des exploitations agricoles a atteint ce stade, la réduction de la
population agricole est favorable au développement du secteur industriel. L’augmentation de la
productivité agricole permet de disposer de ressources pour l’acquisition des produits industriels.

L’histoire économique nous montre qu’en ce qui l’Angleterre et la quasi-totalité des pays qui ont
amorcé leur démarrage aux XVIIIè et XIXè siècle l’accélération des progrès du secteur agricole a
précédé celle des secteurs industriels.

On aurait pu penser que le développement du secteur industriel aurait pu se faire sans le


développement préalable du secteur agricole grâce au commerce extérieur. En exportant une partie
des produits industriels additionnels, il aurait été possible d’importer des produits agricoles que la
régression de l’emploi agricole aurait fait perdre. Pour que de tels échanges puissent se réaliser de
façon durable, il faut que les écarts de productivités entre le secteur agricole et le secteur industriel
des pays soient suffisamment importants pour compenser les frais de transport. La solution par les
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échanges internationaux se traduit par un transfert du problème. Car le pays importateur de produits
industriels devrait avoir une productivité agricole suffisante pour consacrer à l’exportation une partie
importante de ses ressources agricoles. Ce qui suppose une productivité importante et continue du
secteur agricole. Ce qui est la cause principale du développement industriel.

Le développement agricole constitue la cause et le facteur limitatif du progrès industriel jusqu’à ce


que deux au moins des trois conditions soient remplies :
- abaissement très sensible des coûts de transports ;
- très fort écart entre le niveau de la productivité de l’industrie des pays développés et celui des
pays moins développés industriellement (dans lesquels on irait chercher les produits agricoles) ;
- développement de l’agriculture de certains pays à peuplement européen récent (comme les Etats-
Unis) avec ou sans développement parallèle de l’industrie.

2.2. La révolution agricole


La révolution agricole a consisté en l’application accélérée, sur des terres relativement peu peuplées,
de techniques agricoles mises lentement au point dans des régions confrontées à un problème de
densité de peuplement.
La progression de la population des Pays-Bas a conduit à une intensification de la demande, laquelle
a favorisé un développement graduel des techniques agricoles. Dès le XVIè siècles les plaines très
densément peuplées des Flandres et du Brabant étaient devenues, la Mecque des experts agricoles
européens.
Au XVIIè et XVIIIè siècle, l’Angleterre se met à l’école flamande : en appliquant ces techniques
agricoles sur des terres beaucoup moins peuplées que celles des Pays-Bas, l’Angleterre obtient un
très sensible accroissement de la productivité du secteur agricole comparativement aux Pays-Bas : la
faible disponibilité des terres par actif agricole conduit à un niveau de productivité voisin de celui des
autres pays d’Europe occidentale et centrale.
La distinction entre rendement et productivité en agriculture constitue l’élément explicatif permettant
de comprendre pourquoi ce n’est pas dans les Flandres ou le Brabant qu’est née la révolution
industrielle : le niveau de productivité y était insuffisant pour susciter un développement industriel
important.

L’Angleterre, modèle de la révolution agricole


Même si, dans les premières phases de la révolution agricole, l’Angleterre ne fit que copier les
méthodes flamandes, assez rapidement des innovations prirent le relais.
1. suppression de la jachère remplacée par un système de rotation continue des cultures ;
2. introduction ou extension de cultures nouvelles ;
3. amélioration des outillages traditionnels et introduction d’outillages nouveaux ;
4. sélection des semences et des reproducteurs animaux ;
5. extension et amélioration des terres arables ;
6. extension de l’usage des chevaux dans les travaux agricoles.

2.3. Révolution agricole et révolution industrielle


La progression sensible et durable de la productivité du travail agricole dans une société où ce travail
est l’occupation d’environ 80% de la population a entraîné des conséquences profondes dans la vie
économique et sociale de cette société. Il s’agit ici de l’examiner plus attentivement en essayant de
comprendre les conséquences directes de la révolution agricole et les modalités qui ont permis à cette
révolution de contribuer au processus d’industrialisation.

Révolution agricole et première révolution démographique


En permettant une progression rapide des ressources alimentaires produites par actif, la révolution
agricole a permis une modification profondes dans les taux d’accroissement de la population qui

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conduira à une forte augmentation de la demande de biens non seulement agricoles mais également
industriels.

Révolution agricole et demande industrielle


Un accroissement continu de la productivité agricole conduit assez rapidement à une disponibilité
supplémentaire de ressources : un accroissement du niveau de consommation alimentaire en termes
de calories, qui se heurte assez vite à un plafond constitué par la limite physiologique mais aussi
psychologique (l’élasticité de la consommation par rapport au revenu est très faible). Le choix de la
nature des biens sur lesquels se porteront ces disponibilités supplémentaires résulte de la conjonction
de multiples facteurs tant économique que sociaux ou politiques.
En Europe, une fraction importante des disponibilités supplémentaires se dirigent vers les vêtements
(compte tenu des conditions climatiques). Le coton dans ce cas va jouer un rôle non seulement
quantitatif mais qualitatif. Sur ce dernier point, c’est grâce à la nature particulière de ses fibres qui
se prêtent au travail mécanique que la mécanisation de l’industrie textile a pu être menée à bien
(difficultés pour adapter à la laine ou au lin les machines à filer le coton). Sans cela, il se serait sans
doute produit un blocage de la croissance qui aurait probablement mis en cause le processus du
développement économique.

Ainsi, un accroissant de la demande de biens de consommation et, notamment, des produits textiles,
le développement agricole a fourni un stimulant très important au déclenchement de la révolution
industrielle.

Révolution agricole et naissance de la sidérurgie moderne


La majeure partie des innovations par lesquelles se caractérisa la révolution agricole a eu un impact
direct sur la consommation de fer ; qu’il s’agisse de la suppression de la jachère ou de l’amélioration
des équipements, de l’introduction d’outillages nouveaux, ou encore de l’extension de l’usage des
chevaux et de la productivité de la ferrure.

La suppression de la jachère entraîne l’augmentation des labours et une usure rapide de l’outillage.
L’amélioration de l’outillage agricole se fait par le remplacement progressif du bois par le fer.
L’introduction d’outillages nouveaux : l’extension de l’usage agricole des chevaux et de la pratique
de la ferrure accroît la consommation totale de produits sidérurgiques.

Grâce à l’effet combiné de ces différents éléments, la demande de fer émanant de l’agriculture s’est
fortement accrue.

En même temps qu’elle accroît la demande de fer, la révolution agricole fournie aux agriculteurs les
moyens économiques nécessaires pour acquérir cette masse supplémentaires d’équipements grâce
aux augmentations de rendements. Comme la demande de fer émanant de l’agriculture est élevée,
elle fourni un puissant stimulant aux recherches en vue de supprimer le goulot d’étranglement devant
lequel se trouvait la sidérurgie locale (manque de bois comme combustible).

2.4. La situation de l’agriculture africaine : du désespoir à l’espoir.


Extrait de COHEN, D. (1997), Richesse du monde, pauvretés des nations, Flammarion, Champs.
Page : 20 à 26

Villes et campagnes
«Selon une étude de la Banque mondiale, près de la moitié des richesses produites par les campagnes
africaines sont en fait appropriées par les villes.
Cette exploitation est faite de manière assez transparente. En son centre, on trouve souvent une pièce
commune, des centrales d’Etat, les Marketing boards, administrations publiques auxquelles est
accordé le monopole d’achat des produits agricoles. L’origine de ces boards est diverse. Parfois, ils
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ont été créés par les paysans eux-mêmes pour soutenir le cours des matières premières. Parfois encore,
ce sont les grands exportateurs qui les ont constitués pour exploiter – déjà- les petits paysans. Pendant
la seconde guerre mondiale, ils ont été souvent utilisés et développés par l’Angleterre pour
approvisionner ses armées. Toujours est – il qu’au lendemain de la guerre, les Etats nouvellement
créés ont ainsi hérité d’une administration efficace de la production agricole. Au motif que ces boards
pouvaient aider les paysans à stabiliser le cours des matières premières, les gouvernements en ont
maintenu le principe. L’idée était alors d’accumuler des réserves en périodes de vaches grasses, et de
les reverser aux producteurs en périodes de vaches maigres. (…)
Irrésistiblement les paysans ont été contraints de reverser toute leur production au pouvoir central,
aux prix les plus bas possibles. Très vite, les boards sont ainsi devenus le tuteur exigeant de la
production agricole et des matières premières. (…)
Cette exploitation des paysans a une origine simple : les élites sont toutes urbaines, ou en tout état de
cause, tiennent toutes des villes leur légitimité politiques. Ce sont les révoltes urbaines qui
déclenchent les coups d’Etat et les révolutions. Tout pouvoir en place redoute les émeutes de la faim
qui surgissent chaque fois que le FMI essaie de libéraliser le prix des produits alimentaires. Cette
épée de Damoclès urbaine induit ainsi un cercle vicieux. En maintenant le prix des produits agricoles
artificiellement bas, les pouvoirs urbains ruinent les paysans les plus vulnérables, les contraignant à
un exode rural qui les entasse dans des villes dont souvent la seule richesse est précisément de pouvoir
compter sur des prix agricoles subventionnés…quand on sait que plus de la moitié de la
consommation urbaine est constituée de produits alimentaires, on prend tout à la fois la mesure de
l’irréversibilité de ce processus, et de son absurdité. Les villes se gonflent de vagabonds, de laissés
pour compte, qui deviennent les soutiers d’une politiques dont ils ont été les premières victimes.
Briser ce enchaînement devient presque impossibles : les révoltes urbaines sanctionnent
immédiatement les gouvernement qui s’y essaient. La pauvreté des campagnes où vit, répétons le, la
majorité de la population, devient irréversible.

Le mercantilisme
Cet affrontement entre villes et campagnes est au cœur éternel de l’histoire humaine. (…). Il n’est
sans doute pas inutile de rappeler comment le passage des sociétés européennes d’un âge agraire à un
âge industriel s’est tout d’abord heurté à des politiques voulant pareillement « aider » les villes contre
les campagnes.
En des termes dont le parallélisme avec les politiques africaines est troublant, les pays européens à
l’heure de la Renaissance ont en effet cherché de la même manière à maintenir le prix des produits
agricoles aussi bas que possible. La circulation du blé était pareillement encadrée, son exportation
interdite, et l’importation favorisée. Cette politique n’est rien d’autre que celle menée par les Colbert
et autres ministres intègres de l’Europe des XVIè et XVIIè siècles. C’est ce qu’on a appelé le
mercantilisme. (…).
Or, on ne n’aide pas les villes en appauvrissant les campagnes : tôt ou tard les famines viennent
sanctionner un exode rural mal maîtrisé. Il n’y a pas de populations urbaines viables qu’à concurrence
du surplus venu des campagnes, surplus qui, pour être abondant, exige qu’on ne ruine pas les paysans :
tel est en substance le message que les auteurs « physiocrates », emmenés par le bon docteur Quesnay,
feront entendre au XVIIIè siècle. Abolir le faras des régulations favorables aux villes et « laissez-
faire » l’équilibre naturel que dicte la production alimentaire : c’est en défense des campagnes que le
libéralisme économique qui allait devenir le credo des sociétés industrielles au XIXè siècle va se
développer tout d’abord au XVIIIè siècle.

Et de fait, les progrès de l’agriculture sont, de l’avis des historiens, l’une des causes majeures de la
(première) révolution industrielle qui voit le jour à la fin du XVIIIè siècle. C’est dans les campagnes
en effet (par ce qu’on appellera la « proto-industrialisation ») que l’industrialisation se développera
tout d’abord, grâce au temps libre qu’offrira aux paysans une productivité agricole augmentée, dans
un équilibre mieux maîtrisé entre la production de biens industriels, le plus souvent textile, et celle
de biens alimentaires. Ce schéma est encore à l’œuvre aujourd’hui : il sert en effet implicitement de
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référence au développement [Link] même étude de la Banque mondiale qui concluait au pillage
des richesses agricoles africaines révélait aussi, par comparaison, que les campagnes coréennes ont
été subventionnées par les villes ! Comme on le voit, les paysans asiatiques ne se laissent pas dicter
leurs prix par les villes… La chine de Deng s’est elle-même conformée à ce modèle de développement
« physiocrate » : elle a d’abord laissé se développer la prospérité agricole, afin de bâtir aujourd’hui,
sur la prospérité retrouvée de ses campagnes, l’essor de son industrialisation.
Il est loisible de dire à l’inverse que les Etats africains sont restés quant à eux en deçà de ce modèle
de développement. Affamés de ressources fiscales, comme les Etats mercantilistes, mais ivres
également de corruption, les Etats africains ruinent leurs campagnes, dans la noble tradition ouverte
par les rois de l’Ancien régime. »

On peut penser que la situation a changé depuis les années 80, suite aux programmes d’ajustements
structurels. Au Burkina Faso, depuis 1991. Est-ce que la situation a véritablement changée ? Vu les
remouds des producteurs de coton ces deux dernières années. L’espoir c’est que la révolte n’est pas
cette fois-ci urbaine mais rurale.

Questions
1. Quels sont les éléments à l’origine de révolution agricole ?
2. Quels sont les éléments déterminant la révolution agricole ?
3. Quels facteurs psychologiques interviennent ?
4. Pourquoi le développement industriel n’a pas été un préalable au développement agricole ?
5. Pourquoi la révolution agricole ne s’est pas produite au Pays-Bas ?
6. Quels sont les éléments déterminant dans le processus révolution agricole, révolution industrielle ?
7. Quelle relation entre les différents secteurs ? Quelle analyse permet de les mettre en évidence ?
8. Quels sont les problèmes de développement agricole du Burkina Faso?

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Chapitre 3: Aperçu sur les obstacles de développement des pays sous-développés suite à la
révolution industrielle.
Si l’on excepte les sociétés primitives (peu évoluées techniquement : par de métallurgie de fer, pas
d’armes à feu, pas d’utilisation de la roue), on peut avancer, avec assez de certitudes, que jusqu’à la
fin du xviiè siècle, les écarts dans les niveaux de développement économiques et techniques des divers
pays étaient peu important. Le niveau des pays aujourd’hui développés était alors voisin, voire, dans
certain cas et certains domaines, inférieur à celui de la majorité des pays aujourd’hui sous-développés.
Il y avait certes, des différences profondes dans les structures sociales et religieuses des sociétés qui
les composaient. Il y avait également, et il s’agit ici d’un élément persistant, des différences
climatiques importantes. Mais, pris dans leur ensemble, il est très difficile de déterminer lequel de
ces deux groupes de sociétés avait atteint, à l’époque, un niveau de développement économique plus
avancé, lequel de ces deux avait un niveau de vie plus élevé. Une telle absence d’écart significatif
entre les niveaux de développements économique des diverses sociétés non primitives était une
constance de l’histoire depuis quelques millénaires.
Puis, et on pourrait ajouter « tout à coup » apparut un phénomène nouveau et lourd d’implications.
Vers 1700, toute la structure économique anglaise commença à subir des mutations rapides. Ce que
les historiens ont appelé à juste titre, la révolution industrielle débutait.
En moins de deux siècles, le niveau de vie des pays touchés par la révolution industrielle se trouve
multiplié par plus de 15, le volume des échanges internationaux par plus de 100 et celui de la
production mondiale de biens industriels par plus de 2000. Cette expansion économique et technique,
sans cesse plus rapide, permet de favoriser des progrès scientifiques, lesquels à leur tour féconderont
le développement économique jusqu’à devenir un des moteurs essentiels de la croissance.
Pendant ce temps les trois quarts de l’humanité, qui étaient restés à l’écart de cette révolution
industrielle, subissaient les effets indirects de cette révolution, notamment en raison de la
colonisation, qui graduellement, s’étendant à la presque totalité du tiers monde. Mais, il faudra
attendre le milieu du xixè siècle pour que les effets indirects de la révolution industrielle soient
ressentis par l’ensemble des sociétés sous développées.

I. Préliminaires
Le début de la révolution agricole peut-être décrit schématiquement par l’application accélérée, sur
des terres peu peuplées, de techniques agricoles mises lentement au point dans des régions
confrontées à un problème de forte densité de peuplement. Une série de facteurs a handicapé le
processus de transmission aux pays sous-développés (SD). Il s’agit de la distance géographique, de
la densité de peuplement et surtout de la différence climatique.
L’Afrique dont on sépare le nord du sud du Sahara peut-être distingué par : au nord du Sahara, le
Maghreb, plus ou moins sous la domination Ottomane, avait un niveau de développement
économique et technique voisin de celui de l’Europe. Au sud, l’Afrique noire, dont de larges fractions
étaient encore primitives (…), avait aussi des foyers importants de civilisations avancées. Un exemple
significatif est celui de Bénin, qui avait atteint un niveau technique avancé proche de celui de l’Europe
des XI et XIIè siècle.
Dan « A Quand l’Afrique » P. 22-23, Ki-Zerbo, nous apprend que « L’Afrique a évolué comme tous
les autres peuples du monde, de façon progressive, depuis les premiers collectifs humains de
l’Antiquité égyptienne jusqu’au XVIè siècle, à travers des chefferies, des royaumes, des empires de
plus en plus importants, et ce, malgré le handicap du Sahara, qui occupe presque le tiers de l’Afrique.
Au Mali, un développement remarquable attesté par les savants et voyageurs de l’époque avait intégré
l’écriture et la civilisation autochtone du savoir et du pouvoir. Aux XIIIè et XIVè siècles, la ville de
Tombouctou était plus scolarisée que la plupart des villes analogues en Europe. Scolarisé en arabe,
mais parfois on exprimait les langues subsahariennes aussi par l’écriture arabe. Y professaient des
savants et des maîtres de l’enseignement supérieur qui étaient si prisés dans le monde de
l’intelligentsia – aussi bien de l’Afrique que du monde arabe et de l’Europe- que des disciples
traversaient le Sahara pour venir écouter ces maîtres de Tombouctou, de Djénné et de Gao.

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Au XVIè siècle commença l’invasion extérieure : une ingérence de taille, avec les « grandes
découvertes » de l’Afrique au sud du Sahara et de l’Amérique latine. Ces découvertes ont entraîné,
comme vous le savez, la traite des Noirs. Après le génocide des indiens, la traite a coûté la vie à des
dizaines de millions d’Africains qui ont été arrachés à ce continent et expédiés dans des conditions
atroces au-delà de l’Océan. Aucune collectivité humaine n’a été plus infériorisée que les Noirs après
le XVè siècle. (…). » (Ki-Zerbo, 2004 P 22-23.

On peut considérer l’Asie, aussi, comme étant au début du XVIè siècle beaucoup plus avancé que
l’Europe. La Chine notamment possédait une technique de loin supérieur à celle de l’Europe ; dans
certains domaines l’avancée était considérable. Ainsi pour ne citer qu’un exemple, la chine médiévale
pouvait déjà fabriquer de l’acier au tungstène, technique que l’Occident ne maîtrisera qu’à la fin du
XIXè siècle.
La colonisation entraîna un recul du niveau de développement des sociétés autochtones, la
dépossession foncière entraîna un recul de l’agriculture indigène et l’artisanat urbain subit la
redoutable concurrence des industries plus productives d’Europe.
Dans le cas de la Chine, si la domination néocoloniale fut certes suffisante pour réduire à néant les
chances d’une industrialisation spontanée, il convient toutefois de noter que ses effets négatifs furent
plus restreints que dans le cas des colonies proprement dites d’Asie. Cela en raison notamment de
l’importance plus limitée, car plus tardive, de la pénétration commerciale européenne et de l’absence
de système de plantation. Cette importance plus restreinte de la pénétration des produits européens
est un des éléments qui expliqueraient la grande facilité relative que rencontre actuellement la chine
pour s’industrialiser surtout par comparaison avec l’Inde.
Le coût réduit du transport permet une dépendance extérieure. Les impératifs propres à l’exploitation
des territoires colonisés ont conduit à donner une configuration géographique spécifique au réseau
des voies ferrées du Tiers monde. En effet, contrairement aux pays européens où les lignes des
chemins de fer ont généralement commencé à relier des points situés à l’intérieur du territoire pour
former finalement une étoile dont le centre était la capitale, les réseaux des pays SD forment des
« entonnoirs » destinés à drainer le trafic vers un ou plusieurs ports ; et c’est bien entendu en partant
de ces ports que la construction des lignes à débuté.

II. Les obstacles qui s’opposent au développement des pas SD.


2.1. L’obstacle démographique
Dans le cas des pays occidentaux, la croissance démographique a été, en règle générale, largement
favorisé par des progrès alimentaire. L’impact des progrès de la médecine n’étant intervenu que plus
tard. Dans le Tiers monde au contraire, la cause essentielle de la rapide progression démographique
réside dans l’application accélérée d’une médecine originaire des pays développés dans des sociétés
dont les ressources alimentaires par habitant sont, en général, soit en faible diminution, soit stable.
Il est tout à fait correct de proclamer, sans jeux de mots, qu’à chaque bouche correspondent deux bras
et que toute augmentation de la population implique de facto une augmentation de la force de travail,
de la population active. Mais tout le problème réside dans le fait qu’il faut nourrir cette bouche en
plus avant que les deux bras supplémentaire soient à même de travailler et aussi après quand ils ne
pourront plus le faire et que, d’autre part, deux bras sans outils, sans usine et sans terre additionnelle
devront presque toujours se contenter de tendre une main, dans une meilleure hypothèse, d’encaisser
une allocation de chômage.
Une progression démographique rapide entraîne une augmentation moins que proportionnelle de la
population active et implique un fort accroissement des investissement pour mettre au travail la
population active additionnelle. C’est là que réside un des aspects essentiels de l’obstacle découlant
de l’inflation démographique. Une augmentation rapide de la population implique pour les seuls
besoins du maintien du niveau de vie un taux très élevé d’investissement, un taux très élevé
d’accumulation du capital.
Bien plus que dans le domaine général du niveau des investissements, c’est dans le domaine agricole
que l’inflation démographique constitue un obstacle au démarrage économique. Avec une
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augmentation de la population active agricole et étant donné les disponibilités extrêmement restreinte
d’extension des superficies des terres arables à des coûts économiques et aussi écologiques
raisonnables, il faut s’attendre à de nouvelles et substantielles réduction des superficies cultivées par
actif agricole. Or, l’accroissement des superficies cultivées par actif est une des conditions essentielles
de l’accroissement de la productivité.
Une augmentation rapide de la population totale conduit en général à une augmentation plus que
proportionnelle de la population en âge scolaire.
L’inflation démographique des pays du Tiers monde conduit non seulement à la nécessité de taux
extrêmement élevés d’investissement rien que pour maintenir le faible niveau de vie, mais elle
handicap sérieusement les progrès de la productivité agricole. En outre, elle accroît considérablement
le coût de l’éducation, de la formation général et technique, formation devenu indispensable au
développement.

2.2. L’obstacle technique


Dans les premières décennies de la révolution industrielle, dans les premières phase de la
mécanisation du processus de production agricole et industrielle, la technique mise en œuvre était
extrêmement simple et ne relevait que fort peu, pour ne point dire pas du tout de la science. La science
proprement dite n’a pas non plus joué un rôle dans l’invention des chemins de fer et dans la navigation
à vapeur à ses débuts. Dans les deux cas, les hommes se sont servis de forces qui n’avaient rien de
mystérieux.
La simplicité de la technique a surtout joué un rôle majeur dans la diffusion internationale de la
révolution industrielle. Car relativement aisée était la tâche de former un ancien forgeron,
chaudronnier ou horloger aux techniques relativement sommaires de fabrication ou de réparation des
machines à vapeur ou textiles assez simples. Le faible décalage entre le savoir-faire traditionnel et la
technique nouvelle rendait possible l’imitation. La simplicité de la technique facilitait énormément la
transmission de l’innovation, laquelle permettait d’accélérer le processus de développement.

Technique + science = complexité


Au fur et à mesure qu’elle progressait, la technique est devenue de plus en plus complexe et a fait des
appels de plus en plus fréquents à une science qui, elle aussi progressait très rapidement. Les seuls
passages successifs de l’utilisation du bois (jusque vers 1820), puis du fer ou de la fonte, puis l’acier
(à partir de 1860) dans la construction des machines, constituent déjà des étapes de la complexité
croissante nécessitant, tant dans la fabrication que dans la réparation, des techniques plus évoluées et
des équipements plus perfectionnés.
Donc, au fur et à mesure qu’on avance vers la fin du XIXè siècle d’abord, et à l’intérieur du XXè
siècle ensuite, on assista à une évolution de la technique qui se caractérise par une complexité sans
cesse croissante. Cette complexité conduira progressivement à une rupture avec la technique
traditionnelle, rupture qui s’accentuera dans les premières années du XXè siècle, avec l’introduction
généralisée de l’électricité et du moteur à explosion notamment, et qui deviendra totale avec les
nombreuses applications de l’électronique et des techniques nucléaires. Cette rupture conduit à
modifier totalement le rôle et les possibilités de la technique dans le développement.
Il convient en outre de signaler que la technique occidentale a été conçue en fonction des tempérées
alors que la plupart des pays du Tiers monde se trouve hors de ces zones.
La formation s’impose, qui impose à son tour le préalable du niveau général de l’éducation. Et là
apparaît le goulot d’étrangement dû à l’analphabétisme, une des premières conséquences négatives
de cette évolution techniques, et cette conséquence est très importante. En effet, l’éducation de masse,
la généralisation de l’enseignement primaire doit dans le cas des pays du Tiers monde, précéder le
développement ou, dans la meilleure hypothèse, l’accompagner ; alors que, pour l’occident, cette
généralisation de l’enseignement a pu suivre les premières phases du développement.
Cette formation élémentaire n’est qu’un élémént de base pour la formation technique. En effet, étant
donné la complexité des processus de fabrication, il est impossible de se passer de techniciens et le
démarrage des pays SD nécessite leur présence massive. L’industrie moderne nécessite des
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techniciens dont la durée de formation est longue et dont le niveau d’éducation générale doit être
élevé. En outre, la proportion d’ouvriers et de cadres qualifiés nécessitée par l’industrie actuelle est
considérablement plus élevée qu’à la fin du XIXè siècle. Les pays SD se trouvent ainsi placés devant
un obstacle très important et qui était presque absent durant la révolution industrielle.
En raison, surtout, de la simplicité de la technique (qui permettait l’imitation) tous les pays qui ont
amorcé leur démarrage dans le courant du XIXè siècle ont basé leur industrialisation sur des biens
d’équipement produits localement.

Importation de biens d’équipement = blocage de l’industrialisation


L’importation de la quasi-totalité des biens d’équipement rend un processus de croissance auto-
entretenu problématique. La dépendance extérieure pour les biens d’équipements joue un rôle
important dans le blocage de la croissance dans un grand nombre de pays SD.
La rupture entre la technique traditionnelle et celle issue de la révolution industrielle se trouve, en
outre, aggravé par la réduction des coûts des transports.

2.3. Le faible coût des transports


On peut considérer les années 1860-1880 comme marquant la rupture la plus forte dans les conditions
de transport. L’ouverture,, à la fin de 1869, du canal de Suez, en raccourcissant considérablement la
distance entre l’Europe et l’Asie, a évidemment encore contribué à réduire fortement le coût du
transport entre les métropoles industrielles et la majeur partie du Tiers monde.
Quels sont ces répercussions de cet état de chose sur les pays SD ?

Suppression de la barrière protectrice que représentaient les coûts de transports pour les
industries naissantes.

Isolant pratiquement chaque pays, cette barrière a permis la diffusion des effets indirects (résultant
du développement des divers secteurs) et la transmission à l’ensemble de l’économie des impulsions
initiales et cela par une série d’interactions dans lesquelles l’outillage a joué un rôle très important.
Cette barrière ne joue plus pour les pays SD.
Si des années 1850, on commença à construire des voies ferrées dans les pays SD, le gros de ces
programmes se plaça dans les années 1880-19910, au moment où, les effets de la réduction des coûts
de transport maritimes étaient déjà très grands.
D’autre part, une fois les lignes établies, aucun problème sérieux ne se posera pour
l’approvisionnement des chemins de fer. Tant en combustibles qu’en pièces de rechange : le coût
réduit du transport permettant une dépendance extérieure pour ces produits. Voilà les raisons
essentielles qui expliquent le peu d’effets induits sur l’industrie et sur l’économie en général de la
construction et de l’exploitation des chemins de fer dans les pays SD.
La réduction de la durée de transport intervient également en défaveur des pays SD, car par là le
handicap d’une dépendance envers l’extérieur pour les équipement et surtout les pièces de rechanges
se trouve réduit. Et l’avènement de l’aviation en tant que moyen de transport relativement peu
onéreux lorsqu’il s’agit de pièces de rechange n’a fait que diminuer encore les inconvénients
apparents de ne disposer sur place d’une industrie de bien d’équipement.

Incitation à une spécialisation dans la production agricole non vivrière.

Présentons les conséquences sur le plan du développement de cette spécialisation à outrance dans la
production agricole non vivrière.
- Une agriculture de plantation organisée par et au profit d’habitant non autochtones,généralement
des citoyens du pays qui assurait le pouvoir politique sur ces territoires. Sans parler des conditions
sociales faites aux ouvriers employés dans ces plantations, l’effet principal d’une telle structure
d’exploitation réside dans l’exportation des profits et épargnes réalisées par les propriétaires de ces
plantations.
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- Non seulement l’épargne est exportée, mais la consommation de cette « élites » ne favorise que très
peu le développement local. La baisse des coûts de transport (favorisé par l’avantage d’un fret de
retour) incita à l’importation de la quasi-totalité des biens de consommation. Pour l’équipement
agricole nécessaire aux plantations, on s’apuie également sur les pays développés, réduisant ainsi
presque totalement l’effet indirect de ce développement agricle, qui a joué un rôle si important dans
les pays européens aux XIXè siècle.
- L’expansion des plantations a soustrait aux cultures vivrières une fraction significative des bonnes
terres, ce qui a contribué à réduire la productivité de cette agriculture vivrière qui est, le gagne-pain
de plus de 65% des populations du tiers monde.
- Les conditions politiques, jointes au peu de progrès de l’agriculture traditionnelle, ont permis le
maintien d’un niveau de salaires extrêmement bas. La demande globale de ce fait ne s’est que très
faiblement ou pas du tout accrue.

Le faible coût de transport constitue un obstacle important au démarrage économique des pays SD et
cela non seulement pour l’industrie manufacturière, mais également pour l’agriculture. L’industrie,
déjà handicapé par les problèmes de complexité de la technique moderne et par les faibles progrès de
la demande locale, se trouve aussi exposée à la concurrence des entreprises infiniment plus
productives des pays développés. La possibilité d’exploitation des minerais prive encore
l’industrialisation d’un facteur positif.

[Link] coût élevé des investissements industriels


Un des éléments favorables au XIXè siècle à l’amorce et au transfert international de
l’industrialisation ainsi qu’à l’émergence d’une classe nouvelle d’entrepreneurs a été le faible coût
des investissements. Ce faible coût résultant essentiellement du niveau peu évolué de la technique.
Dans les progrès de celle-ci, la situation se modifie profondément ; alors que la France à l’aube du
xixè siècle l’investissement industriel total par actif représentait environ 6 à 8 mois de salaire moyen,
aux Etats-Unis vers le milieu du xxè siècle, il s’élevait à près de 30 mois de salaire. Le salaire moyen
de l’Américain de 1950 étant au moins en première approximation 17 fois plus élevé que ne l’était
celui de l’ouvrier français vers 1800. Si l’on fait abstraction de l’élévation du niveau de vie, l’écart
précédemment de 1 à 4 passe de 1 à 60-80. Or beaucoup de pays SD ont un revenu par habitant plus
bas que celui de la France en 1800, mais les conditions de la concurrence internationale exigent
l’usage d’une technique rapprochant de celle des Etats-Unis vers 1950. Donc, suivant ce calcul très
sommaire, il doit coûter aujourd’hui (1970) environ 70 fois plus cher pour mettre un actif au travail
dans une industrie techniquement concurrentielle dans un pays SD que ce n’était le cas en France au
début de la révolution industrielle.

Des coûts relatifs cinquante fois plus élevé


On peut situer, pour le Tiers monde, aux environs de 350 mois de salaire moyen le coût du capital
nécessaire pour mettre un actif au travail dans une entreprise industrielle techniquement assez
avancée. Ces 350 mois (presque 30 ans) représente un ratio 12 fois supérieur à celui des Etats-Unis
actuellement (1970) et 45 à 60 fois supérieur à celui de la France au début du xixè siècle.
Ce facteur s’ajoutant aux autres, on comprend pourquoi on n’assiste pas à un développement plus ou
moins spontané dans la plupart des pays SD et ce malgré l’injection parfois massive de capitaux.
Si, avec un investissement par actif représentant moins de 4 mois de salaire en Angleterre à la fin du
xviiiè siècle ou 6 à 8 mois en France au début du xixè siècle, il était possible avec un nombre assez
grands d’anciens agriculteurs et artisans de se lancer dans l’exploitation industrielle avec leur propres
ressources, le problème se pose an termes entièrement différents lorsque ce même investissement doit
représenter 350 mois de salaire moyen des pays SD.
En plus la technique moderne exige des unités de production beaucoup plus importantes au début du
xixè siècle. D’autre part, comme nous l’avons vu, durant la période de développement des pays
occidentaux la valeur représenté par une exploitation agricole occupant un actif était très largement
supérieure au coût du capital nécessaire pour mettre un actif au travail dans l’industrie, même si cette
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exploitation avait un rendement très inférieur à la moyenne. De ce fait, le passage de l’agriculture


vers l’industrie s’en trouva facilité et les capitaux agricole purent s’investir dans l’industrie.

Coûts élevés des investissements = rareté des entrepreneurs


Il n’a donc pratiquement aucune chance de voir émerger spontanément dans les pays sous-développés
une nouvelle élite pouvant s’adapter aux conditions particulières que sont celles d’un entrepreneur
industriel. Seules les anciennes élites peuvent, à la rigueur, posséder assez de capitaux pour essayer
de débuter dans ces activités nouvelles. Mais une série d’obstacles surgissent, non seulement les
changements d’orientation se heurtent à des résistances psychologiques et sociologiques, mais
l’univers dans lequel se recrutera ces entrepreneurs est très restreint, ce qui réduit les probabilités de
trouver des individus adaptés à cette nouvelle fonction. D’ailleurs, durant la révolution industrielle,
les anciennes élites n’ont que très peu pris part au développement.
Il n’est donc nullement besoin d’invoquer de prétendues aptitudes ou inaptitudes pour expliquer la
carence d’entrepreneurs dans les pays SD. L’obstacle représenter par le coût élevé des
investissements industriels est plus que suffisants pour expliquer et justifier cette carence.
C’est pourquoi un simple accroissement de la demande, que celle-ci résulte d’une augmentation des
ressources découlant des progrès économiques ou d’une simple infusion monétaires, a très peu de
chances de faire éclore un grand nombre d’entreprises cherchant à satisfaire cette demande ; et cela
même si l’on fait abstraction des autres obstacles déjà évoqués (obstacles techniques, faible coûts des
transport) qui contribuent à réduire l’incitation à l’investissement industriel.

2.5. Effet de démonstration


Ce que l’économiste Duesenberry qualifiait dès 1948 de « demonstration effect » traduit les
conséquences qu’à sur la structure de la consommation du Tiers monde, le fait que la plupart de ses
habitants connaissent l’existence de la vaste gamme de produits disponible dans les pays développés.
Ces effets de démonstration conduisent d’une part à une augmentation de la consommation au
détriment de l’épargne (et, par là, des investissements) et d’autre part, ce qui est tout aussi grave sinon
plus, à un accroissement de la consommation de biens généralement importés.
Les images d’actualités nous rapportent de multiples exemples de ces effets de démonstration dans
les pays SD : cabanes surmontés d’antennes de télévision, voitures luxueuses…
Ils ont acquis de nouvelles habitudes de consommation bien avant d’avoir développé en proportion
leurs ressources productives.
De là, il résulte souvent une situation absurde : les rares devises disponibles sont absorbées par les
importations de ces biens généralement superflus vu le niveau de vie.

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Chapitre 4 : Le développement économique


Le développement est difficile à définir. Mais à travers les deux prémiers chapitres, nous pouvons
percevoir ce que c’est : accroissement des disponibilités alimentaires, transformation des structures
de production, mutations sociales etc.
Nous essayerons d’appréhender dans ce chapitre le développement économique.

[Link] concept de développement


Le point de départ de l’idée de développement se trouve dans de simples intuitions, qui s’expliquent
dans certaines conditions historiques et qui ont trouvé leur première expression dans le concept un
peu vague de progrès. Le point décisif a été accompli lorsqu’on a défini le concept de flux de revenu,
dont l’accroissement est susceptible d’une expression quantitative. En effet, l’accroissement du
rapport flux de revenu sur force de travail utilisée (Y/L) a été considéré comme le meilleur indicateur
du processus de développement d’une économie. Cet accroissement résulte aussi bien de
modifications dans les techniques de production que d’une augmentation de la quantité de capital par
personne active.

Le concept de développement peut aussi être appliqué à n’importe quel ensemble économique dont
la composition de la demande traduit des préférences individuelles et collectives basées sur un
système de valeurs.
Toutefois si l’ensemble économique présente une structure simple, c’est à dire si la demande n’est
pas auto-engendrée, comme dans le cas d’une entreprise ou d’un secteur productif spécialisé, il est
préférable d’éviter le concept de développement et d’utiliser celui de croissance.
En effet, le concept de développement contient l’idée de croissance, mais la dépasse, car il se réfère
à l’accroissement d’un ensemble de structure complexe. Cette complexité structurale n’est pas une
simple question de niveau technologique : elle traduit en réalité la diversité des formes sociales et
économiques qu’engendre la division du travail social et la multiplicité des besoins à satisfaire.
Celle-ci suit l’action permanente d’une multiplicité de facteurs sociaux et politiques qui échappent à
l’analyse économique courante. C’est dans cette optique que François Perroux a défini le
développement comme « la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population
qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit social global ».

On peut donc admettre que la croissance est l’augmentation de la production au niveau d’un secteur
productif spécialisé, et que le développement constitue le même processus quand on l’envisage du
point de vue de ses répercussions sur l’ensemble économique de structure complexe qui comprend le
secteur en question.

Le développement se produit grâce à une augmentation de productivité au niveau de l’économie


nationale. Cette augmentation de productivité est déterminée par des phénomènes de croissance au
niveau de sous-ensembles ou de secteurs particuliers. Les modifications de structures sont des
transformations dans l’agencement interne du système économique, lesquelles ont pour cause
fondamentale des changements dans les formes de production, mais ne sauraient se réaliser sans des
modifications dans la répartition et l’utilisation du revenu. L’augmentation de la productivité
physique de l’ensemble de la force de travail d’un système économique n’est possible que grâce à
l’introduction de forces plus efficaces d’utilisation des ressources, lesquelles impliquent soit une
accumulation de capital, soit des innovations technologiques, soit plus couramment, l’action
conjuguée de ces deux facteurs. Par ailleurs, la réallocation de ressources qui accompagne
l’augmentation de flux de revenu est conditionnée par la composition de la demande, qui est
l’expression du système de valeurs de la collectivité. Ainsi, le développement est à la fois un problème
d’accumulation et de progrès technique, et un problème d’expression des valeurs d’une collectivité.

4.2. Les ensembles économiques complexes et leurs transformations.

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Considérons les modifications, que nous avons qualifié de structurales, inhérentes au processus de
développement. En fonction des ressources disponibles et d’un horizon technologique connu, la
collectivité, par l’intermédiaires de certains agents économiques, élabore son plan de production,
lequel doit être comparable avec les plans de dépenses ou les projets de vie conçus par les membres
de cette collectivité dans le cadre de la répartition du revenu et d’autres données institutionnelles.
Admettons que, pendant une période déterminée, se produise une augmentation de productivité et
que, en conséquence, la population détermine un volume de revenu réel supérieur au volume prévu.
La forme de répartition du revenu additionnel et les élasticités-revenu de la demande des biens de
consommation seront responsables des modifications qui se produisent dans la demande globale.
Certains secteurs seront privilégiés, tandis que d’autres verront leur demande stationnaire, ou même
en régression. Le nouveau profit de la demande entraînera des modifications dans l’affectation des
ressources productives.

Exemple
Un coefficient budgétaire est la part, exprimée en pourcentage, de la consommation d’un bien i dans
la consommation totale. Si le coefficient budgétaire du bien i est noté bi, la consommation Ci et la
dépense totale C, le coefficient budgétaire est défini par : bi = (Ci/ C)*100

Type de produit 1970 1975 1980 1985 1990


1. Produit alimentaires, boisson, tabac… 292,4 322,1 351,6 374,4 409,7
2. Articles d’habillement y compris chaussures… 106,3 116,4 120,7 127,8 131,7
3. Logement, chauffage, éclairage….. 191,9 236,3 287,5 333,2 382,5
4. Meubles, matériels ménagers, entretien courants… 114,3 138,9 157,0 153,6 171,3
5. Services médicaux et santé….. 76,2 103,5 127,3 171,7 237,8
6. Transports et communications…. 167,6 216,5 273,6 298,4 358,3
7. Loisirs, spectacles, enseignements, culture…. 76,1 94,6 120,0 135,0 181,8
8. Autres biens et services. 144,6 183,4 207,4 220,8 261,5
Consommation totale (C) 1.169,4 1.412,0 1.645,1 1.814,9 2.134,6
Unités : en milliards de francs.
1. Calculer les coefficients budgétaires des huit postes de consommation du tableau.
2. Comment évolue la consommation des différents biens au cours du temps ?

Quelle est la signification de cette chaîne de modification dans l’agencement interne du système
économique ?
Si nous observons ce processus du point de vue des décisions qui ont été prises, et non pas comme
des modifications intervenant dans les relations entre variables abstraites, nous constatons, d’une part,
que la collectivité a modifié ses plans de dépenses afin de les adapter au nouveau plan de vie de la
collectivité. L’adaptation de la structure du système de production se fait par approximations et, dans
ce processus, la capacité d’auto-transformation du système de production joue un rôle important.
Il n’existe pas de rapport unique et nécessaire entre l’élément moteur (ici, l’augmentation de la
productivité), et la chaîne de décisions qu’il induit. Différents facteurs interviennent dans ce
processus. Imaginons l’hypothèse simple d’une augmentation imprévue de productivité dans
l’industrie sidérurgique d’un pays, par suite d’une baisse relative des prix du minerai de fer importé
ou produit dans une nouvelle mine au rendement plus élevé. La direction de celle-ci considère qu’il
est de son intérêt de ne pas réduire les prix des produits sidérurgiques. Il est évident que la
modification du profil de la demande globale de la collectivité dépendra essentiellement de la façon
dont seront utilisés les plus grands bénéfices de l’industrie sidérurgique.
Imaginons encore une autre hypothèse ou la plus grande productivité se traduise par une réduction
des prix des produits sidérurgiques. On doit alors s’attendre à une baisse des prix relatifs des
équipements, ce qui, les autres facteurs restant constant, entraîne une élévation de l’efficacité
marginale des investissements. Nous nous trouvons ainsi devant deux chaînes de décisions distinctes,
qui ont pour origine la même impulsion.
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Il convient donc de distinguer, dans l’analyse l’impulsion initiale (qui peut être un phénomène
exogène au système économique) et les mécanismes de propagation de cette impulsion (l’étude exige
la dynamisation des modèles par l’introduction de rapports entre variables qui se rapportent à
différentes périodes de temps).

La structure du système économique a son fondement dans les éléments institutionnels, ainsi que dans
les ressources naturelles, dans les données technologiques et dans certains modèles de comportement
définis dans chaque société. C’est grâce à la stabilité relative de ces données institutionnelles,
physiques et psychologiques, que les variables économiques (définies comme étant les principaux
éléments représentatifs de la réalité économique) présentent des uniformités qui peuvent être objet
d’analyse.
La forme la plus simple de représentation d’ensemble du comportement des variables économiques
est la technique de l’analyse de l’input-output developpée par Wassily Léeontief. L’objet de celle-ci
est de d écrire la chaîne de décisions induites par les décisions privilégiées, qui sont celles des agents
directement responsables du niveau de la demande globale : les consommateurs, les investisseurs, le
gouvernement, et les importateurs étrangers. Les transactions entre secteurs deviennent alors des
variables endogènes du modèle.

4.3. Augmentation de la productivité et diversification de la demande


Au fur et à mesure que la productivité croît, le flux du revenu réel, c’est à dire la quantité de biens et
de services à la disposition de la collectivité, augmente. Pour comprendre le développement, il faut
donc connaître aussi bien le processus d’accroissement de la productivité que le comportement des
agents qui utilisent le revenu lorsque celui-ci est en expansion.
L’augmentation de la productivité physique du travail est essentiellement le fruit de l’accumulation
du capital, des améliorations techniques qui accompagnent cette accumulation, et du
perfectionnement du facteur humain, (ce dernier aspect pouvant être assimilé à une forme
d’investissement). Cependant, il faut observer attentivement les rapports entre ces deux processus
(augmentation de la productivité du travail et accumulation du capital) afin de pouvoir comprendre
les obstacles qui s’opposent au développement, en particulier dans ces premières phases.

Quand la productivité est faible, la satisfaction des besoins les plus immédiats de la population
absorbe une grande partie de la capacité productive. Nous pouvons par exemple observer que dans
les économies à très faible productivité 80% ou plus de la population active travaille pour satisfaire
les besoins de subsistance de la collectivité. A ce niveau de productivité, l’excédent disponible pour
satisfaire différentes formes de consommation ou pour couvrir des investissements est extrêmement
petit, ou même nul. Il est donc probable qu’un processus d’accumulation du capital puisse prendre
naissance grâce à une action endogène.
En outre, le revenu étant distribué de façon inégale, il existe une demande de biens non agricoles et
de services, même dans les communautés à plus faible productivité, de la part de minorité privilégiées,
demande qui absorbe la capacité productive non utilisée pour la subsistance de l’ensemble de la
collectivité. Ainsi, la combinaison d’un faible niveau de productivité et d’un certain degré de
concentration du revenu implique que la presque totalité de la population doit rester en dehors de
l’économie d’échange, ou mieux, qu’elle doit se contenter de produire pour subsister.
Le développement prend la forme d’une introduction de combinaison plus productive des facteurs de
production. Ces nouvelles combinaisons exigent presque toujours un agencement de facteurs dans
des proportions différentes de celles qui prévalent auparavant. Les modifications se font dans le sens
de plus grandes doses de capital par unité de main-d’œuvre ou de ressources nouvelles.

4.4. Caractéristique du processus de développement


Croissance et développement
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On recourt parfois, alternativement, à croissance économique et à développement économique, alors qu’une


distinction fondamentale les sépare. Croissance économique signifie élévation du revenu par tête et du PNB.
L’élévation de la production de biens et de services dans un pays, par quelque moyen que ce soit, peut être
appelée croissance économique. Développement économique a davantage d’implication. Outre une
augmentation des revenus par habitant, celui-ci implique des changements fondamentaux dans la structure de
l’économie. Deux de ces changements structurels les plus importants sont la part croissante de l’industrie-
accompagnée d’une baisse de celle de l’agriculture- dans le produit national et l’augmentation de la part de la
population urbaine par rapport à la population rurale.
En outre, les pays qui s’ouvrent au développement économique passent, en général, par de phases
d’accélération - plutôt que de ralentissement- de la croissance démographie, marquées par un bouleversement
de la structure de la structure nationale des âges. On assiste également à une transformation des schémas de
consommation, car la population, délivrée de l’obligation de dépenser tous ses revenus pour l’achat de produits
de base, s’oriente plutôt vers des biens de consommation durables et, en fin de compte, vers des produits et
des services liés aux loisirs.

L’évolution structurelle qui accompagne le développement économique implique donc des accroissements de
productivité, de même que des augmentations du capital national par rapport à d’autres intrants comme le
travail. Elle suppose également des retournements majeurs entre les secteurs de production.
L’évolution des structures économiques qu’entraîne le développement présente une caractéristique claire :
l’augmentation du revenu individuel s’accompagne d’un accroissement du produit national brut. On peut
imaginer une situation dans laquelle un pays quitterait un état de pauvreté pour accéder à la prospérité en axant
son effort sur l’agriculture, mais ce type de croissance ne s’est pas encore produit. Tous les pays qui ont mis à
leur actif un revenu individuel élevé ont également connu une mutation démographique, la majorité des gens
quittant les zones rurales et l’agriculture pour les villes et le travail industriel. Tous ont vu leur valeur ajoutée
industrielle s’accroître dans le produit national brut.
Le fait s’explique principalement par la loi d’Engel. ERNST Engel, au XIXè siècle, a découvert que
l’augmentation des revenus des familles se traduisait par une baisse de la proportion du budget que celles-ci
consacraient à l’alimentation. Le secteur agricole ayant pour principale fonction de produire des denrées
alimentaires, cela signifiait que la demande de ces produits n’augmenterait pas aussi vite que celle des produits
et services industriels, et que, dans ces conditions, la part de l’agriculture dans le produit national déclinerait.
Ce rapport vaut pour tous les pays qui ont connu un développement soutenu.

Les analyses de Colin Clark (1938)


Juste avant la seconde guerre mondiale, Colin Clark (1938 : The conditions of Economic Progress) avait étudié
les différentes structures des systèmes de production à partir de l’analyse de l’emploi de la population active.
De ses études statistiques se dégagent un indice de corrélation élevé entre la composition de la population
active et le niveau de revenu réel par habitant.
La proportion de la population occupé dans les activités primaires (agricultures, élevage, pêche) apparaît
comme une fonction inverse du niveau du revenu par habitant. L’emploi de la main-d’œuvre dans le secteur
secondaire (industrie) augmente rapidement pendant la phase où s’élève le niveau du revenu par habitant,
tendant toutefois à se stabiliser. C’est le secteur tertiaire (services en général) qui croît le plus, en tant que
source d’emploi, dans les phases supérieure du développement.
L’analyse statistique, dans la ligne indiquée par colin Clark, mettait en évidence qu’il n’existait pas de
développement sans industrialisation, que le développement se traduit par de profondes modifications dans les
structures économiques et sociales, et que l’élévation du niveau de vie, en tant que phénomène durable, à long
terme, n’avait concerné qu’une petite part de l’humanité. On commença alors à spéculer sur les conditions que
doit réunir un pays pour que son économie se développe de façon rapide et durable. On reprit l’idée que le
développement se concrétise grâce au dépassement d’une série de phases (Celso, 1970 : 96-97).

Conclusion

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Selon François Perroux le développement est « la combinaison des changements mentaux et


sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement, son
produit social global ».On peut distinguer deux aspects du développement. Le développement mental
ou culturel (Perroux, Rostow) et le développement économique (augmentation de la productivité et
du produit réel global (F. Perroux). En d’autres termes ce sont les changements mentaux et culturels
qui permettent à une société d’augmenter sa productivité et de faire croître son produit réel global.

On peut distinguer à ce stade les concepts de développement suivant: développement mental


culturel, développement économique, développement social, développement politique.

Le développement mental, culturel peut être compris à travers cette citation « Je me trouve donc
dans l’obligation de conclure que le développement économique ou son absence sont dus avant tout
à des différences entre les personnes : différences dans leurs attitudes, dans leurs coutumes, dans leurs
traditions et en conséquence dans leurs institutions politiques, sociales et religieuses. » Telle a été la
leçon tirée par Robert L. Garner de son expérience de quatorze années aux postes de vice-président
de la banque mondiale et de président de la société financière internationale.

Le développement économique est l’augmentation du revenu par habitant et les transformations des
structures de production.
Le développement social (le bien-être) est l’amélioration des conditions de vie (éducation, santé,
alimentation, mutation des structures démographiques, transformations politiques : démocratie,
liberté) qui accompagne le développement économique.
Le développement économique est un préalable au développement social. Un développement
économique plus rapide conduit à un développement social conséquent.
Le développement politique ?

Le concept de développement social évoqué ci-dessus n’inclut pas le maintien de la paix, de la


sécurité, la suppression de la criminalité, de la violence politique ou sociale.

Questions
1. Quelles sont les caractéristiques économiques du développement ?
2. Quelles sont ses répercutions sociales ?
3. Commenter ces tableaux. Que mettent-ils en évidence.

Tableau 1 : répartition des emplois entre l’agriculture, l’industrie et les services selon une sélection de pays
1980-1992 (en pourcentage des actifs).
Agriculture Industrie service
à faible revenu
Ethiopie 85 2 10
Mali 85 2 10
Chine 73 14 13
à revenu moyen
Russie 20 16 34
Mexique 23 29 48
Corée du Sud 17 36 47
à revenu élevé
Royaume Uni 2 28 70
Japon 7 34 59
Etats-Unis 3 25 72
Source : Extrait de PNUD, Rapport sur le développement Humain, 1994.

Tableau 2 : Investissement intérieur, espérance de vie à la naissance, taux d’analphabétisation des adultes
selon une sélection de pays.
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
28

Investissement intérieur Espérance de vie à la Taux


brut (% du Pib) 1992 naissance en années d’analphabétisation des
adultes (en %)
à faible revenu
Ethiopie 9 49 -
Mali 22 48 68
Chine 36 69 27
à revenu moyen
Russie - - -
Mexique 24 70 13
Corée du Sud 39 77 7
à revenu élevé
Royaume Uni 15 76 <5
Japon 31 79 <5
Etats-Unis 16 77 <5
Source : Extrait de PNUD, Rapport sur le développement Humain, 1994.

Tableau3 : répartition du produit national entre consommation et investissement.


Année Produit net (Y) Consommation (C) Investissement (I) Taux d’investissement (I/Y)
1 100,0 90,0 10 0,100
2 105,0 92,25 12,75 0,121
3 111,38 94,56 16,82 0,151
4 119,79 96,92 22,87 0,191
5 131,23 99,34 31,89 0,243
Source : Celso Furtado (1970) : Théorie du développement économique, PUF ; p 58.

EXERCICES
Exercice 1
On considère l’économie du Burkina Faso. Quels sont les secteurs filières porteurs de développement.
Lesquels ne le sont pas ?
On veut promouvoir la filière tomate.
1. Quels sont les acteurs devant intervenir et dans quel domaine ?
2. Pour la motivation des producteurs de tomate, quelle réforme doit-être entreprise ? quels les acteurs
dans la mise en œuvre d’une telle réforme ?
3. Indiquer les blocages qui peuvent subvenir suite à la faillite d’un acteur.
4. Que faut-il pour qu’un processus d’industrialisation puisse se mettre en place.
5. Indiquer les contraintes qui doivent être levées pour que l’unité industrielle soit viable.
6. Indiquer les contraintes pour le promoteur individuel
7. Montrer que le développement n’est pas une seule question de capital. Que suppose le
développement ?
9. Qu’appelle-t-on développement auto-entretenu ? Dans le cas de la filière tomate, quelles sont les
contraintes d’un telle développement ?
10. Décrire la stratégie des industries industrialisantess et indiquer ce qui pose problème dans le cas
du Burkina Faso.
11. Quelle préalable faut-il pour la réussite de la stratégie de substitution aux importations.

Exercice 2 :
On considère un promoteur d’unité de production de patte de tomate. Il dépense 1000F à l’achat des
tomates, 5000F pour les unités de transformation, 3000F pour la construction des bâtiments dont
1500F en biens importés ; 1500F en achat de consommation intermédiaire dont 1000F en électricité
et eau et 500F en carburant. Les dépenses en salaires se chiffrent à 200F par mois.
Le producteur de tomate dépense en consommation intermédiaire 600 (insecticide, herbicide,
semences, fertilisant chimiques).
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
29

1. Calculer le montant des fuites et le montant ayant un impact dans l’économie.


2. Calculer l’effet multiplicateur ou de propagation si la propension marginale à consommer de
la communauté est de 0,6..

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30

Chapitre 5 : Le développement social

Dans le débat sur le développement, il semble, selon BasuK. (2002), que l’on s’achemine enfin vers un
consensus, selon lequel les nations en développement, au lieu de consacrer leur efforts à augmenter les taux
de croissance de leurs PIB ; PNB et autres agrégats, devraient plutôt tenter de réussir un « développement
humain » ou un « développement exhaustifs ». Ces deux objectifs participent d’une volonté de ne pas se limiter
à des objectifs économiques étroits et d’y associer des objectifs plus larges, dans le domaine social et politique.
En cherchant frénétiquement à maximiser la croissance du revenu, on a ignoré les inégalités entre les classes
sociales, entre les régions, entre les sexes.

Stiglitz souligne la nécessité de prendre en considération les améliorations possibles dans le domaine de la
distribution du revenu, de l’environnement, de la santé publique et de l’éducation. Dans une série de
publication, Sen (1983, 1985, 1999) a souligné la nécessité d’en finir avec les premières approches
matérialistes et d’évaluer le développement et le progrès davantage en termes de fonctionnement et de capacité.

La banque Mondiale a récemment préconisé un élargissement des objectifs par rapport à ceux que se fixe la
macroéconomie classique (revenu national, équilibre fiscal et stabilité de la balance des paiements) pour
prendre en compte le « développement social », notion englobant les droits fondamentaux, un système légal
égalitaire, l’alphabétisation et la santé publique.

Pour appréhender le développement social, nous nous appuierons sur le concept de pauvreté. Jusqu’aux années
1990, il existait peu d’études spécifiquement centrées sur la pauvreté. La pauvreté avait été assimilée aux
conséquences du sous-développement. C’est au cours des années 90 que des études vont être menées et des
stratégies vont être élaborées, notamment les stratégies de lutte contre la pauvreté.

1. Définition de la pauvreté
La pauvreté a fait l'objet de nombreux débats au cours de l'histoire. Dès 1776, Adam Smith décrit le concept
comme privation des nécessités de la vie quotidienne. Si elle paraît être un phénomène visible, concret,
aisément reconnaissable, surtout dans le contexte des pays en voie de développement, elle n'en reste pas moins
un concept difficilement définissable et mesurable. La pauvreté est donc un concept polysémique et multi
dimensionnelle. Les définitions proposées engendrent des instruments différents pour la caractériser et la
mesurer sous ses formes les plus diverses. Parmi ces définitions, celle de la banque mondiale parait plus
complète puisqu’elle intègre l’accès et le contrôle des ressources de production, les privations humaines, le
manque de moyen d’actions, de pouvoir, et l’insécurité. Ainsi, elle définit la pauvreté comme : « une privation
inacceptable de la condition humaine du point de vue des opportunités économiques, de l’éducation, de la
santé, et de la nutrition autant qu’un manque de moyen et de sécurité ». De façon générale, les définitions
de la pauvreté s’articulent autour de 2 approches : l’approche utilitariste de Ravalions (1998) et l’approche
sociologique développé par Sen basé sur la philosophie de manque ou de capacités

2. Les différentes approches de la pauvreté


Approcher la pauvreté revient à définir la population des pauvres et l’intensité de leur pauvreté. Les dimensions
de la pauvreté sont essentiellement
- La dimension économique
- La dimension non économique (dimension sociale, dimension culturelle, dimension politique et
dimension éthique.)

2.1. La pauvreté économique


Elle renferme la pauvreté monétaire ou de revenu, la pauvreté de conditions de vie et la pauvreté des
potentialités
 La pauvreté monétaire
Elle caractérise un groupe démographique dont les revenus ou les consommations se situent en dessous d’un
certain seuil ou ligne de démarcation. Sa mesure s’appuie soit sur les revenus soit sur les dépenses de
consommation traduite en valeur monétaire.
Dans les pays en voie de développement comme le Burkina Faso, les dépenses de consommation peuvent être
préférées à un indicateur comme le revenu des ménages pour de nombreuses raisons :
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
31

 Les dépenses de consommation traduisent non seulement celles qu’un ménage peut disposer selon ses
revenus actuels mais aussi la possibilité pour ce ménage de trouver du crédit ou de mobiliser son épargne
lorsque son revenu est faible voire négatif. La consommation donne alors un meilleur aperçu des conditions
de vie à long terme, que les revenus actuels.
 Dans les pays pauvres à dominance agricole, les revenus des ménages varient sensiblement en fonction
des cycles de récoltes. Il peut être alors difficile de faire des ajustements saisonniers. Par ailleurs, pour bien
mesurer les revenus nets, les ménages agricoles doivent consigner et garder en mémoire les revenus bruts y
compris l’autoconsommation de produits agricoles ainsi que les biens de production qu’ils ont achetée.
 Dans les pays où le secteur informel est développé, les ménages peuvent avoir de la difficulté à se
rappeler avec exactitude les revenus tirés des nombreuses activités secondaires.
 La pauvreté des conditions de vie
Selon cette approche, la pauvreté résulte de l’impossibilité de satisfaire les besoins qui permettent de mener
une vie décente dans une société donnée. Elle peut s’exprimer par l’insuffisance de satisfaction des besoins
essentiels relatifs à l’alimentation (insécurité ou déséquilibre alimentaire) à la santé, à l’éducation, à l’accès à
l’eau potable. Elle est plus difficile à cerner que la pauvreté monétaire du fait de son lien avec l’environnement
socioculturel de l’individu ou du ménage. Elle se mesure donc par une panoplie d’indicateurs qui retracent
l’accès aux services sociaux de bases (taux de malnutrition, taux de mortalité infantile, de scolarisation,
d’alphabétisation etc.
 La pauvreté des potentialités
La pauvreté des potentialités est définie comme un manque de moyen permettant de sortir de la pauvreté, de
vivre correctement et de mettre en valeur ses capacités individuelles. Cette approche permet d’approcher la
pauvreté à sa source en le considérant comme le résultat d’une incapacité à saisir les opportunités qui se
présentent en raison d’un manque de capacité résultant par exemple d’une santé déficiente, d’une éducation
insuffisante, d’un déséquilibre nutritionnel. Dans cette vision, on devient pauvre suite à des modifications dans
le patrimoine (par faillite), dans le capital humain (handicap) ou dans le capital social (rupture ou exclusion
familiale).

2.2. La pauvreté non économique


Elle est développée par SEN et va au-delà de la pauvreté économique. Elles se réfèrent à la pauvreté humaine.
Les dimensions non économiques comprennent les
 La dimension sociale de la pauvreté : Il s’agit de l’exclusion ou de la solitude qui peut résulter d’un
relâchement ou affaiblissement des liens sociaux
 La dimension culturelle : c’est l’absence d’une identité, d’une ethnie, d’un mode d’expression
 La dimension politique : il s’agit de l’absence de pouvoir de décision ou de participation à la prise
de décision
 La dimension éthique : elle exprime des situations telles que la perte de valeurs communes (justices,
violences, fraternité).
Toutes ces dimensions peuvent être analysées de manière quantitatives en relation avec les dimensions de la
pauvreté économiques. On note cependant que certaines de ses dimensions sont difficilement quantifiables.
(La dimension éthique)

3. Les indicateurs de la pauvreté


3.1. Le seuil de pauvreté
Le seuil de pauvreté est un indicateur monétaire. Selon l’approche absolue, le seuil est fixé en fonction d’un
panier de biens alimentaires et bien non alimentaire nécessaire à la survie quotidienne. Les biens non
alimentaires comprennent habituellement le logement, le transport, l’hygiène et l’eau etc.
La méthode de calcul du seuil de la pauvreté alimentaire consiste à déterminer le besoin calorifique journalier
normatif par adulte et de valoriser un panier de bien comprenant les aliments de base de la population
considérée permettant de le satisfaire. Ce besoin a été estimé au Burkina Faso à 2283 calories par adulte et par
jour. Le sorgho, le mil, le maïs et le riz constituent les aliments de base des burkinabé. Aussi ont-ils été retenus
pour estimer les dépenses alimentaires nécessaires à l’obtention des 2283 calories. Cependant
depuis2009/2010, l’enquête intégrale sur les conditions de vie des ménages utilise comme base les 31 aliments
qui constituent au moins les 70% des dépenses alimentaires dans les différentes régions du Burkina Faso.
A cela s’ajoute une allocation précise pour les produits non alimentaires. Les besoins en énergie nutritive sont
un étalon évident de la consommation alimentaire. Il n’existe pas de point de référence analogue pour la
consommation non alimentaire de base. Aussi, la détermination du seuil de pauvreté non alimentaire suit un
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
32

autre schéma : sur la base des données de l’enquête, la structure des dépenses totales a été calculée en retirant
les 10% les moins plus pauvres et les 10% les plus « riches ». Cette structure a été transposée chez l’individu
dont les dépenses couvrent les «aliments de base» et les produits de base non alimentaires (seuil de pauvreté
absolu).L’avantage de cette méthode est qu’elle permet à chaque pays de fixer ses propres seuils de pauvreté.
Elle est souvent utilisée pour les pays en voie de développement.
Selon l’approche relative, le seuil est fixé par rapport à la distribution des revenus ou de la consommation de
l’ensemble de la population, c'est-à-dire que sur les bases de distribution des revenus ou de la consommation,
on fixe un pourcentage de la population soit par exemple les personnes qui ont un revenu inférieur à la moitié
du revenu moyen.
En France par exemple, une personne est pauvre si son niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie
médian de la population française. On obtient ainsi une estimation de la pauvreté relative. Cette approche se
base sur l’utilisation des données courantes pour générer un seuil de pauvreté. Une comparaison de la pauvreté
absolue et celle relative montre que ses deux concepts sont complémentaires. La différence est que l’approche
absolue utilise des données brutes alors que l’approche relative utilise des données courantes.

3.2. Les indices de pauvreté de Foster, Greer et Thorbecke


Les indices de pauvreté les plus couramment utilisés sont une application de la formule de l’indice de pauvreté
1 q z  yi* 
développé par Foster, Greer et Thorbecke (1984) et défini comme suit FGT  ( )
n i1 z
 
Avec z le seuil de pauvreté et y* le revenu ou la consommation censurée z  yi*  L’écart entre le seuil de
pauvreté et e revenu censuré.
 yi si yi  z
Le revenu censuré. yi*  
0 si yi  z i  
 L’incidence de pauvreté (α=0)
Il s’agit du rapport entre le nombre de pauvres et le nombre total d’individu qui compose cette population. Elle
s’interprète comme la proportion de ménages ou d’individus pauvres dans la population, c'est-à-dire la part de
la population dont l’indicateur de bien être se situe en dessous du seuil de bienêtre.
Q
Elle correspond à FTG pour α=0 Nous le noterons H  avec Q le nombre d’individu ou ménage considéré
n
comme pauvre, n la taille de la population totale (ménage ou individu). Cet indice représente la proportion des
ménages ou des individus pauvres dans une population donnée, il renseigne sur l’évolution du nombre de
pauvres.
La limite de cet indice est qu’il s’attache exclusivement au nombre de pauvres et non à l’étendue de la pauvreté.
Ainsi, si une personne pauvre devient encore plus pauvre, l’indice ne changera pas puisque le nombre de
pauvre n’aura pas varié.

 L’indice de profondeur de la pauvreté ou fossé moyen de pauvreté (α=1)


La profondeur de la pauvreté indique l’écart ou le fossé entre le seuil de pauvreté et les dépenses ou revenus
moyens des pauvres. Elle mesure la distance à laquelle les ménages se trouvent de la ligne de pauvreté et
enregistre le déficit collectif moyen de revenu ou de consommation par rapport à l’ensemble de la population.
Plus l’individu ou le ménage est en deçà de la ligne de pauvreté et plus le niveau de pauvreté sera prononcé.
La profondeur de pauvreté est obtenu pour α=1.
La profondeur de la pauvreté a pour caractéristique d’être sensible qu’à la situation moyenne de la pauvreté. Il
ne tient pas compte des inégales répartitions des revenus des pauvres.

 L’indice de sévérité de la pauvreté (α=2)


Cet indice tient compte non seulement de la distance séparant les pauvres de la ligne de pauvreté (écart ou
fossé de pauvreté) mais aussi de l’inégalité entre pauvres. Elle attribue une pondération plus importante sur les
ménages situés à une plus grande distance de la pauvreté.
L’indice se calcule pour α=2.
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
33

3.3. L’Indice de Développement Humain (IDH) et l’indice de Pauvreté Humaine (IPH)


L’IDH est un outil synthétique de mesure du développement humain. Il chiffre le niveau moyen atteint par un
pays donné sous trois aspects essentiels :
 Aptitude à vivre longtemps et en bonne santé, représentée par l’espérance de vie à la naissance.
 Instruction et accès au savoir, représentée par le taux d’alphabétisation des adultes et par le taux brut
de scolarisation, tous niveaux confondus.
 Possibilité de bénéficier d’un niveau de vie décent, représentée par le PIB par habitant (en parité du
pouvoir d’achat)

Chacun de ces éléments étant noté de 0 à 1. L’indice est la moyenne pondérée des trois notes.
Tableau : Les bases de calcul de l’IDH
Les variables prises en compte Les bases de calcul Critères de notation
La longévité (L) L’espérance de vie à la naissance 25 ans = 0
85 ans = 1
L’instruction (I) -Le taux d’alphabétisation des 0% =0
adultes compte pour 2/3 100% =1
-le nombre d’années d’étude des 0 année = 0
enfants compte pour 1/3 15 années = 1
Le niveau de vie (Y) Le revenu est mesuré en§/h En 1995 :
corrigé des parités des pouvoir 200§/hab = 0
d’achat. 5385§/hab = 1
Source : Louat (1999 :)

Plus l’indicateur est élevé, plus le pays se rapproche des pays développés. Un IDH inférieur à 0,5 refère un
faible niveau de développement humain. La tranche intermédiaire est délimitée par les IDH 0,5 et 0,8. Les
pays les plus développés ont un IDH supérieur à 0,8.

L’indice de pauvreté humaine (IPH)


L’indice de Pauvreté Humaine tient compte d’un certain nombre de manque. Les trois composantes de l’IPH
sont la longévité (L), l’instruction (A) et les conditions de vie (C). Les conditions de vie sont mesurées par
deux sous indicateurs significatifs, l’accès aux services collectifs et la malnutrition des enfants.
Tableau : les trois composantes de l’IPH
Variables prises en compte Sous-indicateurs :
La longévité (L) Pourcentage de personnes qui risquent de
décéder avant l’âge de 40 ans
L’instruction (A) Pourcentage d’adultes analphabètes
Les conditions de vie (C) Pourcentage de personnes privées des deux
principaux services collectifs : services de santé
et accès à l’eau potable auquel est ajouté le
pourcentage d’enfants souffrant de malnutrition.
Source : Louat (1999 :)

La méthode de calcul est voisine de celle de l’IDH

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34
1
 L3  A 3  C 3  3
IPH   
 3 
Plus l’IPH est élevé plus le sous-développement est prononcé. Car cet indicateur donne directement la
mesure du sous-développement.

L’Indice de développement humain (IDH) du Burkina Faso demeure faible (0,305 en 2010, 0.340 en 2011 et
0.343 en 2012) et inférieur à la moyenne en Afrique sub saharienne qui est de 0.475 en 2012 et même pour
l’année 1980 qui était de 0.365.
Les indicateurs non monétaires de bien-être ont aussi connu une évolution au cours des années. L’analyse de
la capacité des populations à satisfaire leurs besoins de base fait ressortir que le déficit social demeure
relativement visible dans les domaines de l’énergie, du logement et de l’assainissement. En revanche, il a
fortement reculé dans le domaine de l’eau potable Le pourcentage de ménage utilisant l’eau de forage est
passée de 31% en 1998 à 40,4% en 2003

II. Les stratégies de lutte contre la pauvreté au Burkina Faso


Sous le poids de distorsions devenues insoutenables et de rigidités structurelles, la croissance annuelle du PIB
réel au Burkina, qui était de l'ordre de 4 % entre1980 et 1988, est tombée à 1,6 % entre 1989 et 1990. C'est la
situation de crise dans les années 1980 qui va entraîner la mise en œuvre des PAS (programmes d'ajustement
structurel) comme solution à cette situation de crise et partant comme un moyen de réduction. De façon
générale, les PAS visaient à établir les équilibres macroéconomiques ainsi que les équilibres financiers internes
et externes afin d’accroitre la compétitivité de l’économie nationale qui constitue les bases d’un développement
économique et social durable. Parallèlement, et pour réduire les éventuels effets néfastes de l’ajustement sur
certaines catégories de la population et lutter contre la pauvreté, les volets socio spécifiques avaient été prévus
dans les programmes. Par ailleurs, plusieurs programmes sectoriels ont été adoptés. Il s’agit en particulier du
PASA (programme d’ajustement du secteur agricole) et du PASEC-T (programme d’appui au secteur du
transport), PASP (programme d’appui Silvio pastoral). Au regard des résultats pas très satisfaisants obtenus,
des programmes DSA (dimension sociale de l'ajustement) ont été associés à ces PAS, qui eux aussi se sont
révélés insuffisants pour résoudre définitivement le problème de la pauvreté.
Face aux effets sociaux dévastateurs du PAS et à la nécessité d'endiguer la pauvreté par des politiques
appropriées, des études ont été entreprises pour approfondir la connaissance du phénomène (l’édition d’un
profil de pauvreté par l’INSD et la banque mondiale, ainsi que la parution du premier rapport national sur le
DHD en 1997, INSD (1996-2000), Wetta et Al (1999) Wetta et Bonzi (2003a-2003b). Le BF s’est engagé
depuis 1995 en faveur du DHD, il se concrétise par formulation de la Lettre d’intention de politique de
développement humain durable (LIPDHD1995-2005), en vue de centrer la stratégie de développement du pays
sur le concept de sécurité humaine.
Les stratégies nationales de lutte de nos jours, certainement en raison de l'ampleur et de l'aggravation du
phénomène au Burkina Faso, consistent en une action directe sur la pauvreté avec la formulation des cadres
stratégiques de lutte contre la pauvreté (CSLP). A côté de ces stratégies nationales, coexistent et s'intègrent
celles mises en place par les gouvernements locaux, et les organisations de la société civile

II.1 Les politiques et stratégies étatiques


II.1.1 Le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté
Pour combattre la pauvreté, le Burkina Faso a mis en œuvre plusieurs stratégies de lutte. Il a élaboré et adopté
son premier cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) en 2000. Ce premier cadre sera révisé en 2003
afin de prendre en compte les objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Cette politique nationale
de lutte contre la pauvreté, bâtie avec le concours des partenaires extérieurs, est fondée sur la méthode
théorique de «croissance et redistribution». On y distingue en effet, d'une part, les politiques
macroéconomiques destinées à assurer un cadre favorable à une croissance soutenue et, d'autre part, des
politiques directes consistant à agir sur le niveau de vie des ménages pauvres en influant sur le schéma de
développement.
Parmi les politiques visant à influer le schéma de développement en faveur des pauvres, l'accent est mis sur le
développement des opportunités, l'insertion des pauvres dans la vie économique et la réduction de la
vulnérabilité des pauvres.
Le CSLP était structuré en 4 axes stratégiques de réductions de la pauvreté.
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
35

Axe 1 : Accélérer la croissance et la fonder sur l’équité.


Axe 2 : Consacrer à la fourniture des services sociaux de base
Axe 3 : Se focaliser sur l’élargissement des opportunités en matière d’emplois et d’activités
génératrices de revenus pour les pauvres.
Axe 4 : Consacrer à la bonne gouvernance qui visait à créer les conditions pour l’efficacité des
actions publiques et privées.

Le CSLP global, était soutenu à la base par 13 cadres stratégiques régionales de lutte contre la pauvreté
(CSRLP) et des programmes sectoriels de réduction de plusieurs dimensions de la pauvreté.
Au titre des programmes sectoriels, on peut citer le PDDEB (programme décennal de développement de
l’éducation de base), PNGT (programme national de gestion du terroir), le PRPC (programme de réduction de
la pauvreté au niveau communal), le programme d’hydraulique villageoise et de développement rural. A côté
de ces grands programmes il y a eu une multitude de projets de développement rural (PDR) ou local (PDL) et
des projets spécifiques d’appui à des filières agricoles ou à des régions qui contribuent à l’effort global de
réduction de la pauvreté.
Aussi la Stratégie de développement rural (SDR) à l’horizon 2015 : adoptée en 2003, son objectif est « assurer
une croissance soutenue du secteur rural en vue de contribuer à la lutte contre la pauvreté, au renforcement de
la sécurité alimentaire et à la promotion d’un développement durable ». La SDR s’est traduite par l’élaboration
du Programme d’investissement du secteur de l’agriculture, de l’hydraulique et des ressources halieutiques
(PISA), du Plan décennal d’action de l’environnement et du cadre de vie (PDA/ECV) et du Plan d’actions et
Programme d’investissements du sous- secteur de l’élevage (PAPISE) ainsi que de la politique nationale de
développement durable de l’élevage (PNDEL). En effet, les grands défis que se donnait l’Etat burkinabè étaient
de réduire le niveau de pauvreté à 30%, la vulnérabilité face aux crises de toute nature et l’inégalité entre les
différentes régions et groupes socioéconomique. Les résultats de mise en œuvre du CSLP ont été très mitigés
comme le confirme les résultats des enquêtes sur les conditions de vie de ménages. Ce bilan de la lutte contre
la pauvreté, montre que le développement du Burkina Faso est sujet à des contraintes qui méritent d’être repérer
et levées afin d’atteindre les objectifs du millénaire qui est de réduire de moitié l’extrême pauvreté. En effet,
la croissance économique était appréciable (≈ 5% en moyenne par an entre 2000-2010), des progrès ont été
remarqués dans le domaine de la gestion des finances publiques, dans le domaine de l’amélioration de l’accès
aux services sociaux de base. Toutes fois la fragilité et de la grande vulnérabilité des chocs externes indiquent
que les difficultés demeurent.
En somme, le CSLP s’est avéré impuissant à lutter efficacement contre la pauvreté. C’est pourquoi, Au regard
des acquis et surtout des insuffisances constatées dans la mise en œuvre du CSLP. La SCADD (stratégie de
croissance accélérée et de développement durable) a été adopté en 2010 comme nouvelle stratégie de lutte
contre la pauvreté en remplacement du CSLP.

II.1.2 La stratégie de croissance accéléré et de développement durable


La SCADD se fonde sur la nécessité de corriger ces insuffisances par une grande prise en compte des acquis,
et par une approche de réduction de la pauvreté plus centrée sur le développement des capacités productives
de l’économie nationale.
En somme la SCADD vient renforcer les acquis du CSLP et propose des stratégies solides en matières de
développement du système productif et du capital humain. Elle propose un schéma de mise en œuvre à l’aide
d’intervention plus coordonnées à travers les secteurs prioritaires pour accélérer la croissance et contribuer à
un développement durable. A cet effet, le Gouvernement entend promouvoir une croissance pro-pauvres. La
croissance pro-pauvres est définie comme une croissance qui réduit significativement la pauvreté. Cette
croissance pro-pauvres visera à la fois l'accroissement du revenu et/ou du bien être des pauvres, la réduction
de leur nombre ainsi que les inégalités entre eux et les non pauvres. En identifiant et en mettant en œuvre des
actions ayant un impact significatif sur la réduction de la pauvreté par la création d'emplois et la formulation
de politiques volontaristes d’accroissement des revenus pour les pauvres. Ces actions touchent notamment, le
secteur agricole, le secteur des infrastructures et le secteur de l’artisanat, domaines de concentration par
excellence des populations pauvres et des personnes vulnérables. Elles touchent également, les secteurs
sociaux et ceux de la redistribution des fruits de la croissance qui permettront, tout en accélérant la croissance,
d’assurer l’accroissement des revenus des pauvres.
L’objectif général de la SCADD est de réaliser une croissance économique forte, soutenue et de qualité,
génératrice d’effets multiplicateurs sur le niveau d’amélioration des revenus, la qualité de vie de la population

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36

et soucieuse du respect du principe de développement durable. De façon spécifique, la SCADD tente de


poursuivre la réalisation des OMD.

- Réaliser un taux de croissance moyen du PIB réel de 10%


- Atténuer l’extrême pauvreté et la faim dans le pays
- Assurer l’éducation primaire pour tous
- Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes
- Réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans
- Améliorer la santé maternelle
- Combattre le SIDA, le paludisme et les autres maladies et poursuivre l’inversion de la tendance
- Assurer un environnement durable.

Quatre axes sont identifiés pour relever le défi de l’accélération de la croissance et du développement durable :
- Axe 1 : Le développement des piliers de la croissance accélérée
- Axe 2 : La consolidation du capital humain et la promotion de la protection sociale
- Axe 3 :Le renforcement de la bonne gouvernance
- Axe 4 :La prise en compte des priorités transversales dans les politiques et programmes de
développement

On note donc l’adoption du Programme national du secteur rural (PNSR) le 24 octobre 2012, qui
opérationnalise la SDR et la SCADD et a pour objectif de « contribuer de manière durable à la sécurité
alimentaire et nutritionnelle, à une croissance économique forte, et à la réduction de la pauvreté»

Etude de cas
Extrait du livre de Daniel Cohen (1997) : Richesse du monde, pauvretés de nations , Flammarion. p. 18-19.

Cas 1
« … L’Homme le plus pauvre du monde est sans doute (…) une femme : une femme africaine. (…) Tous les
jours, elle doit marcher plus de deux heures pour se rendre à son lieu de travail. Elle porte sur la tête jusqu’à
50 kg de charges, sur le dos son dernier enfants, et dans le ventre, bien souvent, un enfant à naître. (…). Les
tâches domestiques ou de production sont faite par des femmes. Les jeunes filles sont mises à contribution dès
l’âge de 10 ans. Elles pilent …, s’occupent des enfants plus jeunes. A 14 ans ; elles seront mariées…parfois
carrément vendue…. » Rapport certains propos de René Dumont , Démocratie pour l’Afrique, paris, Le Seuil,
1991.
1. Quelles sont les causes de ces situations ?
2. Quelles politiques (solutions) de développement pour en sortir ?
Cas 2
«Il n’est pas excessif de dire que les femmes africaines sont les esclavages d’aujourd’hui. (…) L’exploitation
des femmes provoque un cercle auto-entretenu de pauvreté. Elle dispense en effet les hommes d’investir dans
la machine. L’épargne sert à acheter une autre femme, qui donnera d’autres enfants qui travailleront pour le
père ou seront vendus, si ce sont des filles »
Quelles politiques de développement pour en sortir ?

Exercice
Les enquêtes nationales sur les conditions de vie des ménages menées successivement en 1993,1998 2003 et
2009 par l’INSD au Burkina Faso ont permis d’estimer les seuils de pauvreté suivants : 41.099 FCFA en
1994 ; 72.690 FCFA en 1998 ; 82.672 FCFA en 2003 ;et 130.735 FCFA en 2009 par adulte et par an. Ces
seuils ont permis d’évaluer les indices d’incidence, de profondeur et de sévérité de la pauvreté selon le milieu
présentées dans le tableau ci-dessous.

Tableau 1 : Indices de Foster, Greer et Thorbecke (FGT) en fonction du milieu de vie


1994 1998 2003 2009
Urbain 10,4 16,5 19,9 25,2
Incidence
Rural 51 51 52,3 52,8

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National 44.5 45.3 46,4 46,7


Urbain 2,5 4 5,5 6,8
Profondeur Rural 16,1 15,7 17,9 17,5
National 13,9 13,7 15,5 15,1
Urbain 0,9 1,5 2,2 2,6
Sévérité Rural 7 6,8 6,8 7,9
National 6 5,9 5,9 6,7
Source : INSD (2012)
1. Qu’est-ce qu’un seuil de pauvreté ? comment est-il obtenu dans le cas du Burkina Faso ?
2. Qu’est-ce qu’un indice : a) d’incidence, b) de profondeur, c) de sévérité de pauvreté ? Comment sont
ils obtenus ?
3. Qu’est-ce qu’un indice de développement humain (IDH) ? comment est-il obtenu ?
4. Qu’est-ce qu’un Pour l’indice de pauvreté humain (IPH) ? comment est-il obtenu ?

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38

Chapitre 6 : Théories de la croissance économique


Il s’agit de mettre en évidence quelques modèles de croissance formalisés à l’issu de l’analyse du
processus historique de développement et des évolutions récentes. On abordera successivement les
modèles de base macroéconomique (4.1), les conditions structurelles de la croissance (4.2) et
quelques idées sur les modèles de croissance endogène (4.2).

1. Les modèles de croissance macroéconomique


Les différents modèles de base présentés dans ce chapitre ont pour but d’identifier les conditions de la
croissance durable et de l’accumulation. Ils supposent à titre de simplification que l’économie considérée est
fermée. Ils permettent d’établir les bases économiques élémentaires de la croissance.

[Link] scénario de base : le modèle classique du surplus


Le surplus est la différence entre la production qu’une société peut (ou veut) réaliser et la part de cette
production nécessaire pour reconstituer les forces productives ayant permis cette production. L’accumulation
du capital est au cœur du processus de développement. Elle se définit comme l’utilisation du surplus
économique à des fins de reproduction sur une échelle élargie d’un système socio-économique considéré. Dans
une économie monétisée, le régime d’accumulation dépend du taux d’investissement, de la technologie
employée, de l’ampleur du marché intérieur et enfin du rapport entre la masse du surplus et la masse des
revenus du travail.

La théorie classique de la croissance (D. Ricardo, R. Malthus, Stuart Mill) peut être aisément schématisée.

Soit OW une fonction de consommation linéaire : cela signifie que le salaire s’ajuste sur le minimum vital.
Soit TP la production pour différents niveaux d’offre de travail. (Y = f(L), la fonction de production est concave
car les rendements sont décroissants).

Revenu (Y) W
TP’

TP
E3

Y2 E2

Y1 E1 W2

W1

0 L1 L2 L3 Travail (L)

Phase 1
Pour une quantité de travail OL1, la production est donnée OY1. Le salaire se fixe à son niveau d’équilibre
naturel (minimum vital), soit en W1. Ce salaire est intégralement consommé. Un surplus se forme égal à la
différence entre la production totale OY1 (ou L1E1) et la consommation (L1W1), soit W1E1 ce surplus.
Si la population était constante et donc l’offre de travail également, l’accumulation du surplus ferait croître la
demande de travail et ferait porter le salaire de W1 à E1. Mais comme les salaires sont supérieurs au minimum
vital, l’offre de travail est stimulée et s’accroît (« trappe malthusienne » : les individus préfèrent avoir des
enfants plutôt que de voir augmenter leur salaire et leur niveau de consommation) pour passer de OL1 à OL2.

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Phase 2
Pour cette nouvelle quantité de travail, la production se fixe en Y2 et le nouveau surplus est W2E2. Les
rendements décroissants, le processus continue jusqu’au point E qui correspond à l’état stationnaire des
classiques. La production couvre alors seulement les besoins de base. La fin de l’accumulation est atteinte
faute de surplus.

La théorie classique néglige l’effet de la croissance du capital parallèlement à celle de la population. Or cette
accumulation du capital, associée à du progrès technique, permet d’augmenter la productivité du travail de
telle sorte que la courbe de production peut se déplacer de OTP vers OTP’, ce qui repousse la frontière des
possibles (courbe des possibilités de production).

[Link] rôle du capital


Les post-keynésiens (R. Harrod, E. Domar), privilégient le manque de capital, l’insuffisance de la demande
effective et les rigidités de la technologie comme contraintes majeures du développement à long terme.
Le modèle est un modèle d’accumulation du capital en situation de sous-emploi. L’investissement agit à la fois
sur l’offre globale (création d’une capacité physique additionnelle) et sur la demande effective (multiplicateur
de revenus).

Il s’agit de déterminer le niveau d’investissement permettant à la fois d’accroître l’offre et la demande étant
donnée la propension à l’épargne et le taux de croissance démographique de la communauté considérée.

On a alors trois variables indépendantes :


- technique, k’ : coefficient marginal du capital,
- sociale, s : taux d’épargne,
- démographique, l : taux de croissance démographique.

La fonction de production est à facteurs complémentaires, c’est à dire que la réalisation d’une production
donnée Y nécessite des volumes déterminés de L et K. Les technologies sont statiques rigides dans leurs
spécifications.

Pour accroître l’offre, il faut un taux d’investissement (i) et une productivité du capital (1/k’) :
Le taux de croissance de l’offre (Y/Y) est g = i* 1/k’
Offre : g = i*1/k’ = ∆K/Y* ∆Y/ ∆K = ∆Y/Y i = ∆K/Y = I/Y, k’ = ∆K/ ∆Y = I/∆Y

Pour accroître la demande, la formation du capital à travers le taux d’épargne (s)accroît lerevenu : g = s*
1/k’ ; s = g*k’.
Demande : g = s’*1/k’ s = S/Y = I/Y = ∆K/Y
Prise en compte du facteur travail
si l > g sous emploi ;
si l = g plein emploi ;
si l < g déficit de l’offre de travail ;
si l = 0, la productivité du travail est égale à q = g = i*1/k’.

Il y a trois taux de croissance : g = taux de croissance effectif (observé), ge = taux justifié (ou d’équilibre I =
S), gl = taux naturel (ou de long terme).

L’équilibre de courte période (g et ge)


Condition pour obtenir ge et i = s, s est donné et constant. i =Y/Y*I/Y = ge*k’ = s
Le problème est alors de déterminer les valeurs de g et de k’ qui assurent l’équilibre g = ge. Si k’ est donné
(contrainte technique), on aura une seule valeur de ge (= s/k’). Si on fixe ge comme objectif, il faut investir i
et réaliser l’efficacité du capital 1/k’.

L’équilibre de longue période (ge et gl)


Le taux naturel est un taux potentiel de croissance à long terme déterminé par l’offre de main d’œuvre et la
productivité du travail. gl = l + q
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Or gl et ge sont déterminés par des facteurs indépendants (ge dépend de la capacité d’épargne) :
- si ge < gl, il y a insuffisance d’épargne et croissance de sous emploi,
- si ge > gl, l’expansion permise par le taux d’épargne vient buter sur l’insuffisance de l’offre de travail
et/ou de la productivité du travail (insuffisance de la capacité d’absorption = manque d’infrastructure,
insuffisance des qualifications, ou étroitesse du marché).

[Link] modèle de répartition


Dans les modèles de répartition (Kaldor, Mirrlees, Pasineti, Robinson), le taux d’épargne est la variable
déterminante pour obtenir un taux de croissance équilibré et maximum. Or ce taux est différent selon les
groupes sociaux.

Le coefficient du capital k est constant. Les propensions à épargner sont constantes, mais elles sont différentes
selon deux groupes sociaux représentatifs de la société (capitaliste et ouvriers, agriculteurs et non agriculteur,
nationaux et étrangers, …)

Le revenu est égal à la somme des salaires plus des profits : (1) Y = W + P.
L’épargne totale est égale à celle des capitalistes et de celles des ouvriers : (2) S = Sp + Sw ou (3) S = sp*P +
sw*W avec sp et sw, les propensions à épargner respectives des capitalistes et des ouvriers.

Avec les équations (1) et (3), on a


(4) S = sp*P + sw(Y – P)
(5) S = (sp – sw)P + sw*Y

si on cherche l’équilibre I = S, I = (sp – sw)P + sw*Y


en divisant par Y, on a I/Y = [(sp –sw)P]/Y + sw

ou P/Y = (I/Y – sw)* 1 /sp – sw

Cette équation de Kaldor débouche sur deux résultats :


- la part des profits dans le revenu est donnée par la part de l’investissement dans le revenu. Elles varient
dans le même sens. Si sw et sp sont données par la répartition des revenus entre les deux groupes
sociaux, I/Y déterminera P/Y la stabilité du modèle est donnée par 0 <= sw <= sp <= 1;
- la part des profits dans le revenu et la propension à épargner des capitalistes varient en sens inverse :
si sp croît, P/Y décroît, cela revient à dire que moins les capitalistes épargnent, plus forte est leur part
dans le revenu.

1.4. Le modèle néo-classique : Le rôle du Progrès technique


Contrairement aux modèles précédents, les modèles néoclassiques sont centrés sur l’offre. R. Solow (1956)
démontre comment une économie, dans laquelle les taux de croissance démographique et d’épargne sont
donnés, peut connaître un état de croissance continue dès lors qu’il y a flexibilité des techniques (fonction de
production à facteurs substituables, et non complémentaires comme dans les modèles post-keynésiens). La
substituabilité signifie qu’un volume de produit Y peut être obtenu grâce à des combinaisons différentes de
travail et de capital. Y = f(K, L).

On utilise en général la fonction Cobb-Douglas de type Y = AK L1-

 et 1 -  étant les élasticités de la production par rapport à K et L. Le choix entre les combinaisons différentes
K/L se fera en fonction des prix relatifs des deux facteurs. La production maximale est obtenue lorsque le prix
des facteurs égalise leurs productivités marginales respectives. La condition d’équilibre (ex ante) est : S = sY
= I.

Dans la théorie néoclassique, la flexibilité du rapport K/L permet de parvenir à l’équilibre :


- si la production s’accroît plus que l’offre de travail (g>l), il n’y a pas de butoir, comme chez Harrod-
Domar, car il y aura substitution du capital au travail. Donc k = K/L s’accroît et le rapport s/k’ baisse
pour rejoindre progressivement gl (dans le jeu des équations post-keynésiens) ;

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41

- en revanche, si g < l, il y aura sous emploi de la main-d’œuvre, réduction du salaire et substitution


favorable à l’emploi du facteur travail. L/K croit pour parvenir au plein emploi. k’ baisse et s/k’
augmente pour rejoindre gl.

2. Les conditions structurelles de la croissance


L’économie des pays sous développés est désarticulée, c’est à dire caractérisée par la faiblesse des liaisons
intersectorielles, des flux d’échanges de biens, de capitaux et d’informations. Ce manque d’intégration entre
les secteurs interdit l’articulation et la cohérence à la base de la théorie économique ; la faible structuration du
tissu économique, technique et social empêche qu’un processus autonome de capitalisation ne se déclenche.

Les concepts de déséquilibre, de désarticulation et de goulets d’étranglement structurels, associés à celui de la


dépendance extérieure, sont au cœur de l’analyse structuraliste.

L’investissement et l’équilibre de la croissance

La nécessité de la croissance proportionnée et diversifiée.


La théorie de la croissance équilibrée se présente comme une analyse de la phase de démarrage du processus
de développement, décrivant les conditions d’une croissance généralisée et auto-entretenue de tous les secteurs.

Le point de départ est le « cercle vicieux de la pauvreté » (R. Nurkse, 1955). « Du côté de l’offre, il y a une
faible capacité d’épargne qui du bas niveau de revenu réel. Le faible revenu est lui-même le reflet de la faible
productivité, qui résulte à son tour- pour une large part, du manque de capital. Ce manque de capital est le
résultat de la faible capacité d’épargne, et le cercle se trouve ainsi fermé. Du côté de la demande, l’incitation
à investir peut être faible à cause du pouvoir d’achat réduit des gens, conséquence de la faiblesse de leurs
revenus réels, laquelle est de nouveau du à la faible productivité».
En deçà d’un certain niveau de revenu, l’accumulation du capital n’est en conséquence pas possible, le marché
étant exigu et la propension à épargner faible, ce qui ne permet pas d’accroître le stock de capital et le niveau
des techniques de production.

Comment sortir de ce cercle vicieux ?

La solution est donc de susciter simultanément un accroissement de l’offre et un accroissement de la demande,


investir et élargir le marché. Afin de profiter des interdépendances existantes ou potentielles, R. Nurske (1961)
propose d’investir dans de nombreux secteurs en même temps, lesquels se serviront de débouchés réciproques
et évolueront parallèlement.

Le big Push et l’effort critique minimum. (N. Rosenstein-Rodan (1943))

Pour obtenir un cercle « vertueux » de croissance, une impulsion initiale du côté de l’offre provoquant un
processus cumulatif d’enchaînement d’effets externes, est cependant indispensable. Le développement est en
effet subordonné à la création d’un minimum d’infrastructures économiques et sociales (capital social
minimum) qui sont des préalables à l’apparition de liens de complémentarités entre les activités et les
secteurs.

La mise en place de ce capital de base –effort minimum critique- permet de dépasser un seuil rompant
l’équilibre statique et entraînant un processus cumulatif auto-entretenu.

La valorisation des économies externes


La croissance équilibrée doit permettre de créer des économies de dimension et de maximiser les économies
externes positives. Les économies externes peuvent être la résultante d’investissements publics : formation,
infrastructures, services collectifs, … comme investissement privé. Ces économies peuvent être négatives
(déséconomies externes) c’est à dire générer des coûts additionnels : pollution, mauvaise exploitation des
ressources rares.
On distingue :
- les économies externes verticales propagées par les unités d’un même secteur participant aux divers stades
d’un même processus de production ;
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42

- les économies externes horizontales propagées entre unités de secteurs différents et sans liens techniques :
les revenus distribués par les unes servent de débouchés pour les autres. Les baisses de prix d’une unité,
obtenues grâces à des efforts de productivité, peuvent bénéficier à d’autres. Ces économies sont surtout
prises en compte dans la théorie de la croissance équilibrée.

La croissance disproportionnée et concentrée


L’objectif recherché par A. O. Hirschman (1964) est également de parvenir à une situation où les mécanismes
« normaux de la croissance cumulative pourront jouer à plein. Mais l’approche se distingue quant au choix du
modèle de croissance.

La typologie des investissements


Hirschman privilégie les économies externes verticales. Il distingue deux types d’investissement :

- ceux qui concernent les activités directement productives (ADP) pour lesquels le critère de choix est celui
de la rentabilité microéconomique ;
- ceux qui concernent les infrastructures économiques et sociales (IES) qui conditionnent le développement
en créant l’environnement approprié à l’investissement productif.

Le critère de choix entre les deux grands types d’investissement est celui de la productivité marginale sociale :
il faut répartir le fonds d’investissement entre les ADP et les IES de façon à dégager le maximum d’emploi et
de valeur ajoutée au moindre coût.

L’aval, l’amont et les effets d’entraînement


La matrice input-output révèle des liaisons intersectorielles verticales potentielles très puissantes. En amont
on aura les secteurs fournissant les intrants à d’autres secteurs (sidérurgie, chimie de base et pétrochimie,
mécanique industrielle, métaux non ferreux, …). En aval, on trouvera les secteurs fournissant les biens pour
la consommation finale ; ils sont en général de plus petite taille et à plus faible intensité en capital. Les partisans
de la croissance déséquilibrée insistent essentiellement sur l’importance des économies externes verticales.

- les effets de liaison vers l’amont (backward linkage effets) sont le résultat d’une demande supplémentaire
émanant des secteurs de consommation résultant d’un besoin d’approvisionnement : une hausse de la
demande de bières peut déterminer non seulement un accroissement de la capacité existante de la brasserie,
mais dans une certaine mesure le lancement de la production intérieure de bouteilles, de la culture de
l’orgue et toute une chaîne de répercussions de ce genre ;

- Les effets de liaison vers l’aval (forward linkage effects) surviennent avec l’extension de la capacité de
production des biens produisant des intrants et avec l’apparition d’un débouché. Quand par exemple un
produit de base devient disponible (engrais par exemple), alors les utilisateurs potentiels seront incités à
se porter acquéreurs de ce bien, ce qui aura pour conséquence d’accroître la production en aval, et la
productivité. Il ne suffit pas que le produit de base existe, encore faut-il qu’il soit effectivement disponible
à un prix compatible et que son utilisation se justifie par un accroissement des débouchés finaux ;

- Les effets boomerang et les remontées de filières. Les effets de liaison vers l’aval –s’ils se produisent-
engendrent un accroissement de la demande des secteurs aval vers l’amont (effet de liaison vers l’amont).
Et inversement, d’où un processus en chaîne ou en spirale jouant de manière progressive.

Les déséquilibres calculés


La croissance ne peut donc se réaliser qu’à travers une série de déséquilibres successifs dans l’évolution des
divers secteurs. Avoir une stratégie de développement, c ‘est naviquer contre le vent, maintenir des tensions,
des disproportions conduisant à réduire les goulets d’étranglements, à mobiliser les gisements d’épargne et
l’esprit d’initiative, puis si besoin à changer de direction. Hirshman se prononce pour l’investissement en
saccades, par blocs ou « graphes de projets », plutôt que par dispersion. Le choix se fera pour les ADP en
faveur des industries motrices qui réalisent le maximum d’effets d’entraînement et pour les IES en faveur des
infrastructures lourdes.

3. Les modèles de croissance endogène


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On peut dater l’apparition de la littérature sur la croissance endogène de la publication du modèle de Romer
(1986).L’idée de base de ce modèle est que si la productivité marginale du capital est non décroissante alors
l’économie peut croître sans limite. Mais elle est décroissante et freine l’incitation des agents à accumuler.

Croissance et rendement d’échelle


La première source de croissance réside dans le capital physique. Il s’agit alors de mettre en évidence des
mécanismes susceptibles d’empêcher la décroissance à long terme de sa productivité marginale.

Le capital apparaît comme le seul facteur de production. Le travail est assimilé au capital humain qui est
accumulable, et qui agrégé au capital physique donne le concept de capital élargi K.

Q = f(K) ; Q = AK
La productivité marginale de ce facteur (K), accumulable, et non nulle à long terme.

L’investissement en capital humain


Une seconde source de croissance endogène, le capital humain est entendu comme une caractéristique des
agents économique qui concourt à améliorer leur productivité au travail et/ou leur capacité à innover et à
perfectionner les techniques de production.
Le capital humain est un stock, qui augmente à travers l’action de multiples facteurs dont le principal est
l’éducation, qui permet l’acquisition de connaissance et leur meilleure mise en œuvre.
D’autres facteurs, comme l’état de santé et de nutrition peuvent également influer sur le capital humain à de
faibles stades de développement de l’économie.

Pour les économies en développement, le problème réside dans la répartition du temps ou des ressources
consacrée à la formation, éducation et production.

Le capital humain est un facteur accumulable, il faut que la productivité marginale conjointe des deux stocks
dans la production ne soit pas décroissante.

L’investissement public en infrastructures


Une troisième source de croissance endogène réside dans l’externalité produite sur l’économie par l’existence
d’infrastructures fournies par l’Etat, dont on peut considérer qu’elles augmentent la productivité marginale du
capital privé. Elles constituent pour les entreprises des facteurs de production gratuits (économies externes).

L’endogénéisation du progrès technique : la modélisation de l’apparition des innovations


Il s’agit d’expliquer l’apparition du progrès technique en modélisant la façon dont l’économie engendre des
innovations technologiques.

Trois modèles fondateurs de cette approche.

 L’augmentation de la variété des biens intermédiaires (2è modèle de Romer)


C’est un modèle à trois secteurs :
- Le secteur de la recherche,
- Le secteur de la production de biens intermédiaires,
- Le secteur de la production d’un bien final.
Le moteur de la croissance réside dans le progrès technologique résultant de façon endogène des décisions du
secteur recherche, qui utilise du travail et le stock de connaissance existant pour produire de nouvelles
connaissances.

Dans ce secteur, la connaissance est un bien public pur, non rival et non exclusif. Tous les chercheurs peuvent
utiliser le stock de connaissance existant, aucune d’entre elles ne fait l’objet d’un droit de propriété
intellectuelle.
Les autres secteurs sont soumis à la concurrence et à la protection des biens intellectuels (brevets).

La croissance dans ce modèle résulte de l’augmentation du nombre, de la variété des biens intermédiaires, qui
dépend elle-même de l’effort consacré par l’économie à la recherche.
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 L’augmentation de la variété des biens de consommation (1er modèle de Grossman et Helpman)


L’esprit de ce modèle est le même que celui du modèle de Romer, mais la recherche permet (dans ce cas)
d’augmenter le nombre de biens de consommation. La différence entre ces deux modèles est le fait que la
croissance va maintenant être qualitative et non plus quantitative : la production en volume ne va pas
augmenter mais seul va croître un indicateur de satisfaction des ménages.

 L’augmentation de la productivité du processus de production des biens existants (2è modèle


de Grossman et Helpman)
Dans ce modèle, les innovations y sont des innovations de procédés et non plus de produit : elles ne permettent
pas de fabriquer de nouveaux biens mais rendent plus productifs le processus de production des biens de
consommation existants.

Questions de compréhension
1. Pourquoi dans les pays sous-développés, un surplus (excédent) de production semble inexistant ?

2. Pourquoi dans les pays sous-développés, l’accumulation du capital semble ne pas avoir d’impact sur la
productivité (l’accroissement de la production) ?

3. Le modèle de répartition (Kaldor et al.) du revenu en facteur d’un groupe se justifie dans les expériences de
développement récentes ?

4. Pourquoi la faible articulation du tissu économique des PSD interdit un processus autonome de
capitalisation ?

4. Comment selon vous peut-on mettre en pratique le concept de l’équilibre de la croissance?

5. Comment selon vous peut-on mettre en pratique le concept de déséquilibre de la croissance ?

7. Quelles sont les hypothèses à la base des modèles de croissance endogène ?

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Chapitre 7: Théories ou politiques de développement en Afrique sub-saharienne

La formule de Ragnar Nurkse (1953) selon laquelle « un pays est pauvre parce qu’il est pauvre »
reflète l’idée commune : le développement est une question d’argent. L’épargne est insuffisante parce
que le revenu est bas ; celui-ci est bas parce que l’accroissement de la production bute sur les
imperfections du marché, sur le manque de capitaux, sur l’absence de stimulants pour
l’investissement… Amorcer le développement, financer la transition, tel est le principal problème,
jusqu’à ce que l’épargne intérieure atteigne un niveau suffisant et que la croissance s’auto entretienne.

C’est dans cette optique que se sont élaborées des théories du financement de la transition propres
aux pays en développement. On peut distinguer quatre :
- celle de Arthur Lewis (1954) : transformer l’excédent de main-d’œuvre en surcroît de profit;
- celle de Paul Baran (1957) : surplus mobilisé par l’Etat ;
- celle de Hollis Chenery (1966) : le double déficit et l’aide extérieure;
- celle de Ronald Mackinnon (1973) : la promotion d’un marché intérieur de capitaux.
Chaque courant esquisse des stratégies de développement différentes.

1. Transformer l’excédent de main-d’œuvre en surcroît de profit.


Dans une perspective à long terme, l’accumulation dépend de la répartition du revenu et, plus
précisément, de la part du profit, grandeur résiduelle par rapport au salaire et à la rente. Quand cette
part est croissante, l’accumulation s’accélère ; dans le cas contraire, elle se ralentit. Partant d’un
schéma de ce type, Arthur Lewis propose une thèse selon laquelle la mise au travail de l’excédent de
main-d’œuvre dans un secteur où la productivité marginale du travail est positive, peut générer des
profits croissants.

On considère qu’il existe deux secteurs dans l’économie sous-développée : un secteur traditionnel de
subsistance avec un excédent structurel de main-d’œuvre et un secteur moderne capitaliste (dualisme)
fait d’une série d’îlots (plantations, unités industrielle dans les villes…).

L’excédent de main-d’œuvre est constitué dans le secteur traditionnel par le chômage déguisé dans
l’agriculture de subsistance, le travail intermittent, le petit commerce, les services domestiques… Le
salaire courant est un salaire de subsistance, il est égal au produit moyen par tête de l’agriculture de
subsistance plus une marge (« prime » d’exode rural).
L’offre de main-d’œuvre est illimitée au taux de salaire courant tant que le « surplus » de main-
d’œuvre n’est pas résorbé.

La productivité marginale est nulle dans le secteur traditionnel, c’est à dire que la production de ce
secteur ne se réduit pas quand on lui soustrait la force de travail en excédent.
Dans le secteur capitaliste industriel, la productivité marginale de la main-d’œuvre est décroissante à
mesure que l’emploi augmente. La demande de main-d’œuvre de ce secteur croît jusqu’à ce que la
productivité marginale égalise le taux de salaire courant.

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Mise au travail du surplus de main-d’oeuvre


Productivité
Marginale et
salaire

N3
Progrès N2
Technique
N1 W
Courbe de dde de m-d’o

N3
T
W N2
Courbe d’offre de main-d’œuvre N1

Surplus de main-d’oeuvre
L1 L2 L3 Emploi dans le
secteur capitaliste

Le graphique représente les volumes d’emploi Ol1, Ol2, que le secteur capitaliste est susceptible
d’absorber. Le rectangle OWTL2 correspond à la masse des salaires versés et WN2T à la masse des
profits quand tout le surplus de main-d’œuvre a été mis au travail.

Le réinvestissement des profits accroît la demande de main-d’œuvre : les coordonnées de la courbe


NN se déplacent vers la droite et l’ordonnée s’élève en cas de progrès technique. Dès que l’excédent
de main-d’œuvre est résorbé (le point T), l’offre de main-d’œuvre devient élastique au salaire courant
– elle s’accroît avec lui, le dualisme a disparu, l’économie s’est développée.

On peut retenir de la thèse de Lewis qu’au moins une des conditions nécessaire d’une transition
réussie est la progression du profit dans le revenu national. Mais cette analyse ne dit pas qui de l’Etat
ou du secteur privé, doit être le maître-d’œuvre. Les autres théories sont plus explicites sur ce point.

2. Mobilisation d’un surplus par l’Etat.


La possibilité, pour les pays en développement, de se financer de façon endogène existe, à condition
que l’Etat mobilise lui-même un surplus économique potentiel dans les principaux secteurs de
production.
Pour Paul Baran, le « surplus » serait considérable par rapport au « surplus effectif » (qui correspond
en gros, à l’épargne intérieure) dans les économies sous-développées. Ce qui creuse l’écart entre les
deux, ce sont les consommations improductives, le gaspillage des ressources ou, encore, les
prélèvements du capital étranger. Il revient à l’Etat de s’en assurer le contrôle par voie de
nationalisations, et de le gérer de façon centralisée.
Cette thèse va justifier la vague des nationalisations des années soixante : nationalisation de la
propriété des principaux secteurs d’exportation (exportation pétrolière et minière, commercialisation
des produits agricoles) s’appropriant ainsi une rente ou un surplus commercial. Les Etats nouveaux
propriétaire juridiques, devront affronter les vicissitudes des prix sur les marchés mondiaux, la
fiscalisation du surplus les plaçant désormais entre cet extérieur et les producteurs nationaux ; à
charge pour eux de déterminer l’ampleur du surplus effectivement prélevé. Les baisses de prix des
produits exportés se traduiront notamment par une crise fiscale et un endettement public accru auprès
de l’extérieur.
Economie du développement/ L3-UFR-SJPEG/De Dr Y. SONGUE
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Avec les hausses de prix, l’un des avatars de ce type d’accumulation s’est révélé, au cours des années
soixante-dix, l’effet d’éviction exercée par le gonflement de la rente sur les autres activités
économiques. La dérive bureaucratique n’est pas envisagée, ni les difficultés concrètes à opérer le
recentrage d’économie extravertis et spécialisée. Surtout ce modèle transforme l’Etat en rentier ou en
commerçant – ces revenus viennent de la propriété juridique du sol et du sous-sol par les
nationalisations. Où se trouve véritablement l’incitation à investir et à assurer la rentabilisation des
investissements publics ? Beaucoup croyaient, à la différence du secteur privé tourné vers le profit à
court terme, l’Etat serait, lui, capable de rationalité à long terme.

3. Le double déficit et l’aide extérieure


Les modèles à double déficit (ou aux deux écarts) décrivent le rôle de l’aide étrangère dans la période
de transition (Hollis Chenery et Alan Strout, 1966).

Sur la base d’un modèle Harrod-Domar, selon lequel la croissance dépend de l’investissement
(contrainte intérieure d’épargne), l’analyse du double déficit avance l’hypothèse de la rigidité de
l’offre à moyen terme, ce qui nécessite l’importation de biens et de services (contraintes extérieures
de devises).
Dans ce cadre, l’évaluation des besoins de financement met en œuvre quatre paramètres : l’épargne
intérieure, l’investissement, les exportations et les importations. En fixant un taux cible de croissance,
il est possible de déterminer les besoins en capitaux extérieurs pour l’investissement, compte tenu de
la propension interne à épargner, et d’évaluer le solde de la balance commerciale propre à ce taux de
croissance.

Ce modèle a donc d’abord une utilité programmatique : il permet de déterminer des volumes d’aide
extérieur en fonction d’un objectif de croissance. L’aide représente un apport d’épargne extérieure,
elle accélère la croissance, et ne pourra à terme se réduire qu’à condition que les rigidités initiales
disparaissent : augmentation du taux d’épargne intérieure et substitution croissante des importations
par l’offre interne (baisse de la propension à importer) et/ou élévation du taux d’exportation.

Le modèle
L’équilibre global s’écrit S – I = X – M, c’est à dire le déficit intérieur d’épargne (épargne-
Investissement) est égal au déficit extérieur (exportations – importations). L’apport extérieur finance
l’un et l’autre déficit.
En économie fermée, le taux de croissance garanti gw dépend (dans le modèle Harrod-Domar) de la
propension à épargner(s) et du coefficient du capital k (k = K/Y) : gw = s/k, avec s taux constant
d’épargne par rapport au revenu, et k le coefficient du capital qui augmente de façon constante.
On peut déterminer les besoins de financement (aide extérieure) en fixant un taux de croissance
objectif correspondant à la croissance naturelle de l’offre de main-d’œuvre (taux de croissance
démographique).

En économie ouverte, si chaque unité de capital importé était échangeable avec la production
intérieure, le taux de croissance garanti serait égal à s/k. Mais tel n’est pas le cas.
Chaque augmentation de la capacité de production Pt requiert 1/ unité de capital importé ;
l’investissement en capital importé est égal à If = (s/k) Pt
Pour financer, le pays dispose des devises gagnées à l’exportation, soit ePt (une fraction de la
production). L’équilibre est assuré avec e = s/k , qui n’est pas atteint si e< s/k. Dans ce cas, la
capacité d’importer contraint la croissance. Entre le taux de croissance garanti par les exportations
(e) et le taux de croissance garanti par l’épargne (s/k), le taux de croissance effectif sera égal au plus
petit des deux.

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Le modèle de CHENERY a eu une grande importance dans la pensée du développement ; mais il


reflète la surestimation du seul facteur de l’investissement comme condition permissive. Il arrive un
moment où, de toute façon, l’investissement est une affaire interne, d’épargne endogène (R. Nurkse).

4. La promotion d’un marché intérieur de capitaux


La liberté des aides extérieures, la promotion de l’investissement à coups d’intérêt bonifiés aurait
produit une répression financière sur l’accumulation du capital. Les systèmes financiers sont
hybrides ; leur essor serait bloqué par les réglementations ; l’épargne ne serait pas suffisamment
rémunérée. R. Mackinnon propose une analyse de la transition (en économie ouverte) où l’essor de
marché intérieur des capitaux est la pièce maîtresse du financement du développement.

Les économies sous-développées se caractérisent par la fragmentation des marchés des produits et
des facteurs ; le système des prix ne reflète donc pas les préférences ou les utilités sociales et
individuelles ni la productivité des facteurs.
Cette situation trouve son origine dans la période coloniale et dans le dispositif de protection mis en
place en faveur de l’industrie. Les stratégies de revenu ne sont pas clairement définies : beaucoup
d’entrepreneurs sont à la fois épargnants et investisseurs. L’autofinancement domine dans les
économies agraires traditionnelles.
C’est à partir de cette hypothèse que Mackinnon reformule une fonction de demande de monnaie, et
démontre la nécessité d’accroître le rendement des encaisses monétaires pour dissocier les fonctions
d’épargnes et d’investissement et créer ainsi un véritable marché financier.
Le rendement (d – P*) dépend des autorités monétaires : celles-ci fixent, d’une part, le taux d’intérêt
d, donc la rémunération nominale de l’épargne, d’autre part, le taux d’inflation anticipé P* par la
progression de la masse monétaire.
Elever le taux d’intérêt nominal des dépôts et réduire l’inflation tout en déréglementant le
fonctionnement du système financier existant permettant l’essor d’un marché financier ; ces mesures
lèveront l’hypothèse qui pesait sur l’accumulation du capital.

I/Y
Taux
d’investissement
autofinancé

Effet d’adduction dominant effet de substitution dominant

A 0 B d – P*
Rendement réel des encaisses
monétaires

Dans beaucoup de pays, le rendement réel des encaisses d-P* est négatif (OA). Quand il s’élève et
qu’il devient positif, on assiste à un processus de monétarisation favorable à l’investissement : les
agents choisissent de détenir leur épargne en monnaie plutôt qu’en nature.
Des encaissent préalables à l’investissement sont accumulés (hypothèse d’autofinancement). Si les
encaisses augmentent, le volume de l’investissement s’accroît : c’est l’effet d’adduction entre
monnaie et investissement. A partir d’un certain taux de rendement des encaisses (point B), l’effet
d’adduction laisse place à un effet de substitution entre actifs réels et actifs financiers.

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5. L’ajustement structurel
Confrontés aux déséquilibres financiers, à la montée de l’endettement et à la stagnation de la
production pendant la décennies 1980, les pays d’Afrique au sud du Sahara en particulier, ont été
contraints de privilégier les politiques de stabilisation et d’ajustement par rapport aux politiques de
développement.
Dès la fin des années 1970, le Ghana, le Malawi, la Mauritanie et le Zaïre adoptaient des politiques
de stabilisation assorties de dévaluations. La période 1980-1985 fut ensuite marquée par l’entrée
massive des pays africains dans le processus d’ajustement, à l’est comme à l’ouest. Le Burkina Faso
entre dans la mouvance au début des années 1990 en s’inspirant de l’expérience des voisins.

La crise des paiements, révélatrice des disfonctionnements structurels.


Deux interprétations sont données :
La première insiste sur le caractère aberrant dans les économies africaines du système de formation
des prix : celui-ci ne reflète pas la rareté relative des facteurs de production et des biens.
- sur le marché du travail, le salaire administré n’exprime pas la situation d’excédent de l’offre de
travail ;
- sur le marché des capitaux, des taux d’intérêts réels négatifs contrarient l’effort d’épargne et
poussent à l’inverse à la constitution d’une économie de crédit menaçant à terme le système
bancaire ;
- sur le marché des biens, les distorsions de prix, dues à un excès d’interventions de l’Etat, font que
le régime d’incitation à la production et à l’échange est perverti et pousse à une consommation
excessive relativement à l’offre ;
- enfin, sur le marché des changes, la surévaluation des monnaies africaines surprotège les secteurs
importateurs de la demande domestique et pénalise les secteurs d’exportation.

La seconde insiste sur l’échec du modèle d’accumulation dominant depuis les indépendances. On
observe un épuisement dès le milieu des années 1975 du modèle de prélèvement interne- par les prix
et l’impôt – du surplus disponible (d’origine rurale ou minière), qui par excès de ponction a menacé
les conditions économiques, écologiques et sociales de la reproduction. Dans le même temps, le
surplus prélevé n’a guère été utilisé à des fins productives. Il a été largement neutralisé dans des
consommations somptuaires, dans des grands projets coûteux ou encore en direction des groupes
urbains, principale base sociale des gouvernements à la recherche d’une assise politique. Le primat
de la logique de redistribution sur la logique d’accumulation est la caractéristique fondamentale de
ce modèle africain. Il a été entretenu artificiellement par le crédit international, quand celui-ci était
abondant et facile d’accès. Par la suite, il est entré en crise dès le retournement du marché international
des capitaux.

La logique de l’ajustement
L’approche par les prix
Dans cette optique, c’est le système de formation des prix qui génère les dysfonctionnements. Trop
d’administration des prix et des échanges (subventions, protections, taxation, contrôle de la
commercialisation), introduit des biais, conforte les secteurs protégés dans une structure des coûts
non concurrentielle, et enfin entrave l’expansion des secteurs ouverts vers l’extérieur trop mal
rémunérés. La libéralisation des prix et des échanges est donc une condition absolue pour le retour à
la croissance équilibrée (conduisant à des politiques de libéralisation, privatisation).

L’approche par l’absorption


D’inspiration keynésienne, elle insiste sur l’excès de la demande intérieure (consommation et
investissement) par rapport au revenu disponible (Y < C + I). Une stricte politique budgétaire, jointe
à une politique de hausse de taux d’intérêt, permet de contrôler l’absorption, d’accroître le niveau
d’épargne et, s’il n’y a pas de limite de plein emploi, d’augmenter l’offre. Les politiques budgétaires

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restrictives ont consistées à bloquer les salaires des fonctionnaires, à réduire les bourses, à limiter les
investissements à certains secteurs.

L’approche monétaire
Pour rétablir le stock des réserves extérieures, il convient de limiter l’offre monnaie (en réduisant le
crédit) ou de faire baisser la valeur de la monnaie (c’est à dire en dévaluant). Les encaisses réelles
détenues par les agents enregistrent une baisse en valeur et la demande intérieures se comprime pour
s’ajuster au stock de monnaie compatible avec l’équilibre des paiements extérieurs.

Ajoutons que, sous la pression des faits et de certaines institutions comme l’UNICEF et la
Commission Economique pour l’Afrique, la Banque Mondiale intègre aujourd’hui le volet social de
l’ajustement en introduisant des mesures concernant la réinsertion professionnelle, les travaux
d’utilité publique, la santé ou l’éducation primaire. Ce volet est plus conçu comme un correctif pour
remédier aux effets néfastes de l’ajustement sur les populations, que comme une véritable composante
interne du programme.
L’informel entre développement et ajustement
Les caractéristiques des activités informelles sont, selon le BIT (1976) : la facilité d’entrée sur le
marché, la dépendance de ressources locales dans les fabrications, la propriété familiale des
entreprises, la petite échelle de production, l’intensité en travail des technologies utilisées, des savoir-
faire acquis hors du système scolaire, et des marchés non réglementés et concurrentiels.

Avec l’échec des politiques d’industrialisation et celui des programmes d’ajustements, dans un grand
nombre de pays en développement ;la vision du secteur informel par les organisations internationales
a évolué depuis vingt ans : celui-ci était conçu au départ, comme une complication de la transition :
chômage déguisé, urbanisation sauvage, épargne parallèle (qui ne va pas dans les banque). Au total,
l’informel apparaissait comme une sphère qui échappe à l’Etat, le privant de recettes
fiscales,donc comme un obstacle au développement qu’il s’agissait de résorber.
Puis, avec les politiques d’ajustement, qui abandonnent l’objectif prioritaire d’industrialisation dans
la politique économique et qui mettent en place le moins d’Etat tout en étant confrontées dans leurs
effets à la montée de la pauvreté, l’existence de l’informel tend à être perçue différemment. Celui-
ci se présente désormais comme une zone de non réglementation qui répondrait aux exigence du
libéralisme et, en même temps, comme une source de revenus et d’emplois, c’est à dire comme un
gisement potentiel de capacités variées de survie, d’innovations technologiques, d’entrepreneuriat, de
croissance, qu’il s’agit de mieux connaître et d’appuyer.

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Chapitre 8: Stratégie de développement


Le choix entre les stratégies industrielles a été conditionné par deux débats. Le premier a été celui de
savoir comment répartir les investissements entre les branches : doit-on les concentrer sur quelques-
unes ou, au contraire, recherche un équilibre dans cette répartition ? En économie ouverte, une
seconde alternative se présente : il faut opter soit pour l’ouverture soit pour la protection. Ces
préalables délimitent deux conceptions distinctes quant au rôle de l’Etat et du marché dans
l’industrialisation volontaire.

1. Croissance équilibrée ou croissance déséquilibré

L’investissement et l’équilibre de la croissance : Le big push et l’effort critique minimum


Le big push de N. Rosenstein-Rodan (1943) est un programme d’investissement tous azimuts. Une
fois la croissance amorcée, ce pionnier de l’économie du développement se prononce, comme R.
Nurkse (1961), pour une « croissance équilibré » ou « proportionnée ». L’un et l’autre estiment
nécessaire de répartir les investissements entre l’ensemble des secteurs de façon concomitante pour
favoriser les complémentarités d’activités entre les industries, ou encore pour tenir compte de leurs
indivisibilités.

La croissance disproportionnée et concentrée :Les déséquilibres calculés


L’objectif recherché par A. O. Hirschman (1964) est également de parvenir à une situation où les
mécanismes « normaux de la croissance cumulative pourront jouer à plein. Mais l’approche se
distingue quant au choix du modèle de croissance.
La croissance ne peut se réaliser qu’à travers une série de déséquilibres successifs dans l’évolution
des divers secteurs. Avoir une stratégie de développement, c ‘est naviguer contre le vent, maintenir
des tensions, des disproportions conduisant à réduire les goulets d’étranglements, à mobiliser les
gisements d’épargne et l’esprit d’initiative, puis si besoin à changer de direction. Hirshman se
prononce pour l’investissement en saccades, par blocs ou « graphes de projets », plutôt que par
dispersion.

La question de la conduite du développement (Cohen D., P. 33-34-35)

Hong Kong et Singapour


Au lendemain de la guerre, ces deux villes ne sont rien d’autres que deux entrepôts utilisés par les
Anglais pour leur commerce avec la chine dans le cas de Hong Kong, et de la Malaisie ou l’Indonésie
dans le cas de Singapour. Deux grandes bidonvilles qui tous deux sont aujourd’hui devenus plus
riches que leur colonisateur (…).
Hong Kong était mieux parti que Singapour. Au lendemain de la révolution chinoise, les centaines
de milliers de réfugiés qui affluent vers la ville comptent parmi eux un grand nombre d’anciens
entrepreneurs de Shanghai. Ces immigrés emportent dans leurs bagages une expérience industrielle
incomparable dans la région. Très vite, cette élite reconstitue une base industrielle qui fait parcourir
à Hong Kong ce qui est devenu ensuite le cursus honorum des pays en voie de développement. La
ville assoit tout d’abord son industrialisation sur le textile. Puis, à mesure que le protectionnisme des
pays riches se renforce, elle monte d’un degré dans la chaîne de la qualité et évolue vers l’habillement,
où le protectionnisme a plus de mal à fixer des normes efficaces. Tout au long des années soixante-
dix, Hong Kong déploie progressivement la gamme de ses activités : elle devient rapidement le
premier producteur mondial de jouets et surtout l’un des premiers exportateurs de produits
électroniques de montres à quartz notamment.
C’est au plus haut de son industrialisation, vers le début des années 1980, que Hong Kong se détourne
pourtant de sa course. Elle est irrésistiblement happée par la libéralisation économique chinoise. Par
un extraordinaire retour du destin, les habitants de Hong Kong retournent à Shanghai recréer le
capitalisme dont ils étaient issus, tandis que la ville elle-même tend à redevenir l’entrepôt du
commerce entre le monde et la chine…
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Le destin de Singapour est plus extrême encore. Les conditions de départ, tout d’abord, sont
beaucoup moins favorables. Le niveau de scolarisation de la population est l’un des plus bas du
monde : en 1947, plus de 75% de sa population n’a reçu aucune éducation ! Le contexte politique est
également très instable, la ville étant secouée tout d’abord par l’insurrection communiste en Malaisie,
dans les années cinquante, puis par la guerre entre l’Indonésie et la Malaisie dans les années soixante.
Lorsque l’Angleterre décide de retirer son personnel militaire de la ville, en 1967, son décollage
industriel n’a pas encore commencé. 1967 marque la date charnière. La poigne de fer de Lee Kuan
Yew étreint alors son destin.
Le gouvernement promulgue une série de réformes quasi dictatoriales. La législation du travail est
« simplifiée ». Tous les conflits du travail sont soumis au jugement d’une cour d’arbitrage industrielle
dont la mission est de veiller aux « intérêts de la communauté dans son ensemble». Le gouvernement
lance par ailleurs une réforme radicale des finances publiques. Dès le début des années 70, le
gouvernement dégage un surplus de ses finances publiques qui dépasse 10% du PIB ! Un régime de
retraite par capitalisation obligatoire est ensuite mise en place qui va contribuer, tout au long des
années 1970 et 1980 à financer à lui seul près de la moitié de l’investissement de la ville. Enfin, le
gouvernement offre aux investisseurs étrangers des exemptions fiscales pouvant aller jusqu’à 90%
des profits générés. Résultats : Singapour devient le premier récipiendaire du monde des
investissements internationaux. Selon une étude récente des Nations unies, Singapour a ainsi reçu au
cours des quinze dernières années près de 60 milliards d’investissements extérieurs, près de 50% de
plus que l’Indonésie (pourtant trente fois plus peuplé) et vingt fois supérieurs à ceux reçu par l’Inde !
Grâce à ses ressources internes et externes considérables, le gouvernement va multiplier les aides à
l’industrie. Il jette à son tour son dévolu sur le textile, puis sur les industries chimiques et pétrolières,
avant de s’engager dans l’industrie du jouet, puis dans l’électronique, puis dans l’informatique, et, à
l’aube des années quatre-vingt-dix, dans les services financiers ! On mesurera, en quelques chiffres,
l’irrésistible ascension de Singapour. En dix ans, de 1979 à 1980, la production de téléviseurs est
multipliée par cinquante. A l’aube des années 1980, Singapour ne disposait d’aucune expérience
informatique ; à la fin des années 1980 elle est devenue le premier exportateur mondial de disques
durs ! Et de même son déploiement comme centre financier qui, parti de rien, est devenu l’un des plus
actifs en Asie. L’histoire retiendra sûrement que c’est à partir de Singapour qu’à été signée la faillite
de la banque Barings, l’une des plus vieilles institutions financières britanniques !
La vitesse à laquelle le gouvernement accélère les ruptures est à la fois spectaculaire et, selon nombre
de commentateurs, tout simplement absurde. Aucune industrie n’a le temps de consolider ses
avantages. Dans une course insensée, le gouvernement engage déjà l’étape « suivante » de sa
spécialisation. Et pourtant, on pouvait dire : cela a marché. Grâce à une accélération de ses choix de
spécialisation qui, à chaque étape, était irréaliste, Singapour est devenue l’une des villes les plus
riches du monde.

2. Les types de stratégies


On distingue trois stratégies d’industrialisation : 1) par substitution d’importation (ISI), 2) par les
industries industrialisantes (III), et 3) par la substitution d’exportation (ISE). En principe les deux
premiers sont tournés vers le marché intérieur, et la troisième vers les marchés extérieurs.

L’industrialisation par substitution d’importation (ISI).


Le présupposé de cette stratégie est qu’il existerait une demande potentielle suffisante pour l’industrie
d’amont et que l’offre suivra ; il suffirait donc de substituer une production nationale aux
importations. Mais il n’est pas sûr qu’il suffise de protéger le marché intérieur pour que l’offre
réponde, pour que des droits de douanes se convertissent une augmentation du capital par travailleur,
ou en qualification requises, ou encore en capitaines d’industrie : les conditions de l’offre sont
apparues, à l’expérience, aussi contraignantes sinon davantage que celles de la demande dans de
nombreux pays.

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Les industries industrialisantes


Le schéma des industries industrialisantes (G. Destanne de Bernis) est le suivent :
- seules les industries lourdes ont un effet moteur. Certes, elles créent peu d’emplois et réclament
d’importants capitaux, mais elles seules peuvent servir de base à l’émergence des industries en
aval, par effet d’entraînement, en fournissant du capital technique, des matières premières et de
l’énergie. De telles industries industrialisantes ont pour effet « d’entraîner dans leur
environnement localisé et daté, un noircissement systématique et une modification structurelle de
la matrice interindustrielle et des transformations des fonctions de production grâce à la mise à
disposition de l’entière économie d’ensembles nouveaux de machines qui accroissent la
productivité de l’un des facteurs et la productivité globale (G. Destanne de Bernis, 1971) ;
- l’accroissement du surplus agricole qui constitue le second pilier du schéma préconisé passe au
préalable par une réforme agraire et ensuite par l’augmentation de la productivité de l’agriculture.
Celle-ci est possible grâce à la mise en place des industries motrices fournissant des équipements
agricoles et hydrauliques, des produits chimiques et des matériaux de construction ;
- une politique de prix sectoriels planifiés permet de réaliser l’affectation des surplus. L’allocation
spontanée, par le marché, des facteurs de production serait incompatible avec le schéma. L’Etat
est le seul capable de gérer la coordination progressive des activités de l’amont vers l’aval. Il est
également seul en mesure de corriger les comportements de consommation qui prématurément
remettent en cause l’enchaînement souhaité des séquences d’investissement et les fonctions
d’épargne. Une fois les bases du développement assurée autour des industries motrices, le secteur
des biens de consommation peut s’élargir sur une base endogène ;
- progressivement, l’économie trouve les conditions d’une économie diversifiée et proportionnée.
En zone rurale, la hausse des revenus crée une demande nouvelle de biens de consommation
manufacturière qui stimule les interdépendances sectorielles. En ville, la croissance de l’emploi
salarié crée une demande de biens vivriers.
L’ambition de ce modèle est de réaliser un autocentrage intersectoriel davantage qu’intra-industriel
comme dans le cas précédent. En effet, dans la transition, l’agriculture, outre les rôles qu’elle est
appelée à jouer (fourniture de main-d’œuvre et de subsistances), doit, par la mécanisation, offrir des
débouchés à l’industrie. Cette dernière doit, en effet, livrer à l’agriculture des biens d’équipements,
des services de base (énergie électrique, irrigation) et des produits chimiques (engrais). Dans un
deuxième temps, grâce au jeu des effets d’entraînement attendus, l’investissement sera orienté vers
des industries de transformation tournées vers la consommation. La séquence historique de l’ISI est
ainsi renversée. Dans l’III, la construction d’un système industriel à partir de l’amont vise, dans un
premier temps, à maximiser le produit du seul secteur existant (l’agriculture) et donc le surplus
susceptible de financer l’industrialisation.

L’industrialisation de substitution d’exportation (ISE)


La troisième voie industrielle est celle qui consiste à remplacer progressivement les exportations
traditionnelles par de exportations non traditionnelles, par exemple, des produits primaire
transformés, des biens semi-manufacturés, des produits industriels. Cette stratégie a été adoptée par
un grand nombre de pays, mais elle n’a été couronnée de succès que dans quelques-uns.
Les réussite industrielles ont été spectaculaires et sont intervenues à chaque fois dans des conditions
différentes. La Corée du Sud pauvres en ressources naturelles, a bâti une capacité d’exportation à
partir d’un avantage de main-d’œuvre dans le textile, puis a couplé des stratégies de remontée de
filière et de diversification par branche, ce qui a supposé une maîtrise du processus d’ensemble de
l’industrialisation, notamment sous son volet technologique.

3. L’activisme étatique

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En économie du développement, la question n’est pas de savoir si l’Etat doit intervenir ou pas, mais
plutôt de savoir comment et jusqu’où. Ce qui est recherché c’est l’efficacité et la capacité d’Etat
particulier, dans un univers social donné, à conduire la croissance.

La capacité de gestion de l’Etat : l’exemple coréen


Le cas de la Corée du Sud a fait l’objet de nombreuses monographies. On peut relever les constants
suivants (Assidon E., 1992) :
- le marché intérieur a joué un rôle aussi déterminant que le marché extérieur dans la croissance
Coréenne depuis les années soixante. La répartition relativement égalitaire des revenus, une
articulation réussie entre l’agriculture et l’industrie, les choix de production quant aux types de
biens industriels sont à l’origine de cet équilibre intersectoriel que Rosenstein-Rodan recherchait.
Un tel équilibre n’a pas su être trouvé au même degré par d’autres pays à stratégie d’ouverture
(Mexique, Brésil) ;
- la Corée du Sud a monnayé l’avantage comparatif d’une main-d’œuvre dûment préparée par l’Etat
à affronter le marché mondial : politique salariale, formation, absence de démocratie syndicale.
la croissance des exportations sur le long terme a également révélé la capacité de cette économie
à s’intégrer durablement dans des créneaux dynamiques du commerce international grâce à une
politique industrielle efficace. A l’instar des autres NPI asiatiques, la Corée du Sud a fait plus que
modifier son intégration dans le marché mondial en trente ans.

L’exemple Coréen peut illustrer les analyses de la croissance déséquilibrée : la capacité de gestion
par laquelle Hirschman justifiait l’intervention étatique est omniprésente. La question qui reste est de
savoir pourquoi cette capacité est si inégalement partagée d’un pays à l’autre. Si les facteurs dont
dépend cette capacité sont largement méconnus des économistes, on constate qu’elle est tout aussi
déterminante avec les politiques d’ajustement structurel.

Stiglitz Joseph, Charlton andrew (2005) : Pour un commerce mondial plus juste, Oxford University Press

4 Le succès de l’Asie Orientale


P. 52 La croissance de l’Asie orientale sur plus de trois décennies a été un phénomène remarquable. Le japon
et les autres pays de la région ont notamment réfuté deux principes fondamentaux de la théorie classique du
développement. Ils ont montré que l’inégalité n’était pas une condition préalable à la croissance, alors qu’il
était largement admis jusque-là que seule l’inégalité pouvait générer les taux d’épargne élevés nécessaires
(Lewis, 1955). Bien au contraire, la nouvelle prospérité a été largement partagée et des millions de personnes
sont sorties de la pauvreté. En Malaisie et en Thaïlande, par exemple, le taux de pauvreté est passé de près de
50% dans les années 1960 à moins de 20% à la fin du siècle.

Les politiques qu’ont suivies les pays d’Asie orientale ont divergé sur des points importants. Le modèle
industriel du japon et de la Corée s’est organisé autour de grands conglomérats nationaux et a délibérément
restreint les flux d’investissement direct étranger (IDE). En revanche, Singapour et la Malaisie ont élaboré une
stratégie consistant à attirer de grandes multinationales étrangères, puis à encourager le développement de
grappes d’activités autour d’elles. Dans ces pays, l’IDE représentait plus de 30% du PIB en 1992.
Mais, à un niveau beaucoup plus profond, les pays asiatiques avaient beaucoup de points communs : des taux
d’investissement élevés en capital humain et matériel, une vive croissance de la productivité agricole, une
baisse de la fécondité…

………………
P 53-54
Ces facteurs ont sûrement contribué à la croissance, mais ils sont loin d’être le fin mot de l’histoire. Sur d’autres
plans, les politiques économiques des pays d’Asie ne cadraient vraiment pas avec l’orthodoxie. Leur modèle
économique accordait au secteur public une fonction forte. Ils ne croyaient pas, c’est évident aux marchés
libres et sans entraves. Leur succès a nécessairement reposé sur un bon fonctionnement des entreprises et des
marchés, mais l’Etat y a joué un rôle crucial. Les gouvernements ont servi de catalyseurs, ils ont aidé les

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55

marchés en leur fournissant les infrastructures matérielles et institutionnelles dont ils avaient besoin, en
remédiant à leurs échecs, en stimulant l’épargne et le progrès technologique.

………………..
P 55
Dans bien des pays de la région, la politique commerciale, en particulier, n’a pas suivi les prescriptions
orthodoxes du libre-échange. De nombreux gouvernements asiatiques ont suivi une politique à deux volets :
protection pour les secteurs pas encore prêts à participer à la concurrence internationale, promotion pour les
branches capables d’exporter. L’Etat est donc intervenu dans de nombreuses industries en fournissant des
crédits par le biais de banques qu’ils soutenait d’une façon ou d’une autre, en restreignant la concurrence des
importations, en limitant l’entrée de nouveaux concurrents sur le marché intérieur et en créant des institutions
de commercialisation à l’exportation.
Ces composantes des stratégies asiatiques ne cadraient évidemment pas avec le modèle économique orthodoxe
du « lasser-faire ».

P. 64-65
Les pays d’Asie ont suivi des politiques de développement élaborées (par eux-mêmes), qui associaient
l’intervention de l’Etat à la promotion des exportations et à des contrôles sur le volume et la qualité des flux
entrants de capitaux.

De plus, ils ont effectué leur libéralisation par étapes, prêté une grande attention à la politique sociale
notamment à l’éducation et à l’égalité, et investi massivement dans les infrastructures et la technologie.
Les stratégies macroéconomiques dominantes ont visé la stabilité, en particulier par des politiques budgétaires
et monétaires responsables, une inflation faible et le maintien d’un taux de change réel approprié, un cadre
juridique fiable, qui garanti la stabilité, stimulé l’investissement et assuré la concurrence.

5. L’Amérique Latine et la substitution aux importations


P. 57-58-59
Après la seconde guerre mondiale, l’Amérique Latine (AL) a essayé une stratégie économique tout à fait
différente de celle de l’Asie Orientale (AO).
Ils avaient été stimulés par les expériences des pays riches. De nombreux belligérants de la SGM avaient connu
une croissance fondée sur la planification centralisée des industries lourdes, afin de produire massivement des
munitions, des navires, des avions, des machines et des produits chimiques pour la guerre. Les pays en
développement avaient aussi été témoin, dans les années 1930, du « Big bang » de l’industrialisation
stalinienne en Union Soviétique. En URSS, l’accumulation du capital était rapide, les taux de croissance à
deux chiffres, tandis que les économies capitalistes libérales d’Occident avaient sombré dans la Grande Crise.
Conjointement, les succès industriels manifestes de la planification de guerre et des économies planifiées
soviétiques ont convaincu de nombreux pays en développement que l’Etat avait un grand rôle à jouer dans la
gestion de l’industrialisation.
Ces observations étaient corroborées par les économistes spécialisés : ils estimaient que les problèmes des pays
en développement étaient structurels et ne seraient surmonté que par une intervention radicale de l’Etat. Arthur
Lewis (1955) assurait que le développement économique nécessitait une coordination : « les divers secteurs
doivent grandir dans la relation juste les uns avec les autres, ou ils ne pourront pas grandir du tout. » Il
préconisait une sorte d’industrialisation organisée, qui se produirait simultanément dans de nombreux secteurs
afin de réaliser une « croissance équilibrée ». D’autres économistes ont associé cette idée aux économies
d’échelle, pour conclure que le problème du sous-développement ne serait brisé que par une « grand poussée »
d’investissements nouveaux dans de nombreux secteurs qui se renforceraient entre eux. Selon Paul Rosenstein-
Rodan (1961), les efforts de développement trop étroitement concentrés sur un petit nombre de secteur se
heurteraient au problème de l’insuffisance de la demande, qui finirait par freiner la croissance.
Telle était donc la pensée économique en vigueur : le développement exigeait l’industrialisation, la
construction d’industries manufacturières très actives, et l’industrialisation ne se produirait pas toute seule.
A l’époque, la production des pays en développement était essentiellement faite de denrées agricoles. Puisque
la plupart des biens manufacturiers consommés dans ces pays étaient importés, on en a conclu que la voie du
succès consistait à encourager les entreprises nationales à produire elles-mêmes les biens de consommations
qu’on avait jusque-là achetés à l’étranger ; de nombreux pays en développement se sont donc engagés dans
une politique de « substitution aux importations ». Selon cette théorie, ils ne devraient importer que les biens

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d’équipement « essentiels » : ainsi, les devises étrangères seraient orientées vers l’usage le plus profitable à la
société, et la restriction des importations ferait monter la demande de biens produits localement, ce qui allait
promouvoir l’industrialisation. De plus, seul le protectionnisme pourrait permettre à leurs entreprises de
concurrencer les firmes bien établies d’Europe et des Etats-Unis.

P. 60
Les pays d’Amérique latine se sont développés rapidement pendant les décennies de « substitution aux
importations ». Mais ensuite, au début des années 1980, ils se sont tous retrouvés en difficulté ; ils ont dû se
déclarer incapables de rembourser leur dette, et le continent est entré dans une décennie perdue, pendant
laquelle il y a eu arrêt de la croissance et chute du revenu par habitant dans la région. Les taux de croissance
économique, qui avaient été en moyenne de 6% par an dans les années 1970, sont pratiquement tombés à zéro
dans les années 1980.

Stiglitz E. J. (2002), La grande désillusion, Fayard


P.297 : Puisqu’elle recherchait à la fois stabilité et croissance, la chine a instauré la concurrence, fondée de
nouvelles entreprises et crée des emplois avant de privatiser et restructurer les firmes existantes. La chine a
compris l’importance de la macro-stabilisation ; elle n’a jamais confondu les fins et les moyens, et n’a jamais
poussé à l’extrême la lutte contre l’inflation. Elle a bien vu que, si elle voulait maintenir la stabilité sociale,
elle devait éviter le chômage massif. La création d’emplois devrait être parallèle à la restructuration. Si la chine
a libéralisé, elle l’a fait progressivement, par des méthodes assurant que les ressources humaines ainsi évincées
seraient redéployées dans des usages plus efficaces, et non laissées dans un chômage improductif.

La politique monétaire et les institutions financières ont facilité la création d’entreprises et d’emplois
nouveaux. Certes, une partie de l’argent est allée soutenir les entreprises d’Etat inefficaces – parce que la chine
jugeait plus important, non seulement politiquement, mais économiquement, de maintenir la stabilité sociale,
qu’un chômage massif aurait détruite. Si elle n’a pas privatisé ses entreprises d’Etat, celle-ci ont très vite perdu
de l’importance quand de nouvelles firmes ont été crées : vingt ans après le début de la transition, elles ne
représentaient plus que 28,2% de la production industrielle.
Enfin, la chine a compris le danger d’une libéralisation totale des marchés financiers, tout en s’ouvrant à
l’investissement direct étranger.

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CONCLUSION

A LA RECHERCHE D’UN PARADIGME DU DEVELOPPEMENT


Qu’est-ce que le développement ? La disparition d’une spécialisation primaire héritée du passée ?
L’acquisition d’une indépendance économique vis à vis de l’extérieur ? Est-ce un taux de croissance positif ?
Un taux d’épargne suffisant ? Est-ce que le développement = industrialisation ? Ou est-ce un faux problème,
hérité de l’idée européenne de progrès ?

Le sous-développement est perçu comme une série d’obstacles au changement (manque de capital et
d’entrepreneurs dynamiques, pression démographique…).
Pour s’engager dans la voie du développement et rompre avec les cercles vicieux du sous-développement, un
effort massif est nécessaire. Les métaphores se sont multipliées : « le coup d rein » (big push) de Rosenstein-
Rodan, le « décollage » (take-off) de Rostow etc. L’image est celle d’un avion qui décolle ; il faut mobiliser
toute la puissance disponible pour l’arracher à la pesanteur, et un « seuil critique » doit être franchi pour
qu’il trouve son altitude et son régime de croisière.

Le concept de développement désigne dans son usage courant, le développement économique. Cependant,
chacun va à la recherche d’un processus de changement social entendu au sens large, sans d’ailleurs toujours
expliquer la logique et les finalités.
Le développementaliste est fondée sur l’idée de progrès, qui a ses racines anciennes dans la pensée euro-
américaine, mais qui, depuis les années soixante-dix, traverse une crise de plus en plus manifeste : la croyance
dans l’homme maîtrisant à l’infini la nature a buté contre la persistance des récessions et les multiples crises
de l’environnement.

Les biens et les droits


Amartya Sen (1984) souligne que l’économie du développement a privilégié dans le passé l’accroissement de
la disponibilité des biens plutôt que celui des droits et des capacités des individus. Dans l’analyse économique,
les droits et les capacités des individus sont traités soit comme une dotation initiale, soit dans la logique « on
a rien pour rien », soit encore dans l’optique de l ‘ « Etat-providence ». L’économie du développement tente
de sortir de ce carcan de l’économisme ordinaire ; elle l’a fait en introduisant d’autres valeurs « en fraude »,
comme le dit Hirschman, en s’accrochant à des idéologies de combat, en tablant sur une nature humaine
généreuse et altruiste.

La réflexion sur le développement est restée, en outre, pour sa majeure partie, une pensée venue du nord.
Gunnar Myrdal, comme bien d’autres, ont mis en garde les experts contre l’européocentrisme, le paternalisme,
la projection de valeurs occidentales dans des mondes différents…
En s’engageants « aux frontières », les économistes du développement ont appris à relativiser les outils qui
sont les leurs et qui ont été conçus pour des économies salariées déjà développées. Peut-être ont – ils appris un
peu d’ »économie pour les Hommes » (F. Perroux).

Le développement comme liberté (Amartya Sen, 2003)


Le développement peut être appréhendé comme un processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent
les individus. En se focalisant sur les libertés humaines, on évite une définition trop étroite du développement,
qu’on réduise ce dernier à la croissance du produit national brut, à l’augmentation des revenus, à
l’industrialisation, aux progrès technologiques ou encore à la modernisation sociale. Il ne fait aucun doute que
la croissance du PNB ou des revenus revêtent une grande importance en tant que moyens d’étendre les libertés
dont jouissent les membres d’une société. Mais d’autres facteurs déterminent ces libertés : les dispositions
économiques et sociales (tous les moyens qui facilitent l’accès à l’éducation ou à la santé), les libertés
politiques et civiques (la liberté de participer au débat public ou d’exercer un droit de contrôle). De la même
manière l’industrialisation, le progrès technique ou les avancées sociales contribuent, dans une large mesure,
à étendre la liberté humaine, mais d’autres influences, là encore, sont aux sources de la liberté. Si la liberté
est ce que le développement promet, alors c’est sur cet objectif global qu’il faut se concentrer et non sur
un moyen particulier ou un autre, ni sur une série spécifique d’instruments. Percevoir le développement
en termes d’expansion des libertés (substantielles) nous oblige à maintenir l’attention sur les fins en vue
desquelles le développement est important sans la dévier vers de simples moyens qui, parmi d’autres, jouent
un rôle significatif au cours du processus.

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Le développement exige la suppression des principaux facteurs qui s’opposent aux libertés : la pauvreté aussi
bien que la tyrannie, l’absence d’opportunités économiques comme les conditions sociales précaires,
l’inexistence de services publics autant que l’intolérance ou la répression systématique exercée par les Etats
autoritaires.

Dans d’autres cas, le déni de liberté tient à l’absence de services publics ou de protection sociale, quand, par
exemple, il n’existe aucune surveillance épidémiologique, ni système de santé ni au respect de la loi. D’autres
fois encore, il résulte d’une violation des droits politiques et civiques, imposée par un régime autoritaire qui
restreint les possibilités de participer à la vie sociale politique et économique de la collectivité.

Les libertés telles que : droit de participation, d’expression, libre accès à l’éducation, à la santé ; apparaissent
comme des éléments constitutifs du développement. Ces libertés contribuent aussi, et dans des proportions
significatives, au progrès économique.

Le rôle des marchés dans le processus de développement fournit une autre illustration. La contribution du
mécanisme de marché à la croissance et au progrès économique général a été largement reconnue dans les
études consacrées au développement. Adam Smith le notait déjà : la liberté d’échanges et de transactions
constitue, en elle-même, une de ces libertés élémentaires auxquelles les gens ont raison d’aspirer. Déclarer son
opposition aux marchés, reviendrait à peu près à postuler une opposition de principe aux conversations entre
les individus. Certes, le mécanisme de marché contribue de façon significative à la croissance économique,
mais cet aspect est secondaire, dès lors que l’on admet l’importance directe de la liberté d’échanger des mots,
des biens ou des cadeaux.

Refuser la liberté de participer au marché du travail est l’une des manières de maintenir les gens dans une
situation de sujétion et d’asservissement. De la même manière, des obstacles insurmontables, entretenus par le
poids des traditions ou crées par des dispositions légales, constituent une autre forme de déni de liberté. La
liberté de participer aux échanges économiques a u rôle fondamental dans la vie sociale. La liberté d’entrer sur
le marché contribue au développement, quelle que soit l’appréciation que l’on porte sur le rôle du mécanisme
de marché dans la croissance économique ou l’industrialisation. On imagine mal comment un réel processus
de développement pourrait prendre place sans un recours massif au marché, mais on ne doit pas pour autant
relativiser le rôle du soutien social, de la réglementation, ou même des orientations gouvernementales quand
ils visent à enrichir les vies humaines.

Le choix est ouvert (contrairement aux affirmations de nombreux apologistes du développement) et ne devrait
pas être laissé à la seule élite des gardiens de la tradition. S’il est nécessaire de sacrifier un mode de vie
traditionnel pour briser le carcan de la pauvreté et allonger l’espérance de vie, l’ensemble de population
directement concernées devrait participer au processus de décision. Les tentatives pour étouffer la liberté de
participation au nom des valeurs traditionnelles ignorent la simple notion de légitimité et le besoin, pour les
personnes, de prendre part aux décisions concernant ce qu’elles souhaitent et ce qu’elles ont raison d’accepter.
Cette reconnaissance de principe a des conséquences considérables. Rien ne justifie que la liberté de la presse
ou le droit des citoyens à communiquer entre eux chancellent dans l’ombre portée de la tradition.
L’approche du développement comme liberté a des implications multiples, elles ne concernent pas seulement
les objectifs ultimes du développement, mais aussi les processus à respecter.

Bibliographie
Amartya Sen (2003) : L’économie est une science morale, Editions La Découverte, Paris.
Amartya Sen (2003) : Un nouveau modèle économique, Développement justice, liberté, Odile Jacob.
Bairoch, P. (1992): La tiers-monde dans l’impasse, Gallimard, Paris
Celso Furtado (1970) : Théorie du développement économique, PUF.
Cohen D. (1997) : Richesse du monde, pauvretés des nation ; Flammarion.
Dominique Guellec ; Pierre Ralle (2001) : Les nouvelles théories de la croissance, Editions la découverte
Elsa Assidon (1992) : Les théories économiques du développement, Editions la découvertes.
Kenneth Galbraith j. (1997) : Pour une société meilleure, Editions du Seuil.
Ki-Zerbo joseph (2004) : A Quand l’Afrique, Editions de l’Aube, dans bas.
Malcolm Gillis ; Dwight H. Perkins ; Michael Roemer ; Donald R. Snoolgras (…) : Economie du
développement.

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59

Ministère de l’Economie et du développement (2004) : Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté.


Schubert Katheline (2000) : Macroéconomie, comportement et croissance, Vuibert.
Songué Y. (2003) : Echecs de programmes d’ajustement structurel en Afrique Subsaharienne, réussite des
ajustements au sein des filières « coton » : Quelles différences d’approches ?, Annales Université de
Ouagadougou, Série Sc. Eco. Et Gest., Volume 001.
Stiglitz E. Joseph (2003) : Quand le capitalisme perd la tête, Fayard.
Stiglitz E. Joseph (2002) : La grande désillusion, Fayard.
Stiglitz Joseph, Charlton andrew (2005) : Pour un commerce mondial plus juste, Oxford University Press.
Rawls John (1997) : Théorie de la justice, Editions du Seuil.

EXPOSES
1. L’évolution de la consommation (Production) et développement
2. L’analyse input-output (l’analyse intersectorielle) et développement
3. La genèse de la révolution agricole
4. La révolution agricole
5. Révolution agricole et révolution industrielle
6. La maturation de la révolution industrielle
7. Le modèle de développement des pays africains au sud du sahara des indépendances aux années 80
8. Le modèle de développement des pays africains au sud du sahara des années 80 à nos jours
9. Les programmes d’ajustements structurels
10. Les stratégiques de lutte contre la pauvreté
11. Les stratégies de croissance accélérée et de développement durable
12. Les stratégies de substitution aux exportations
13. Les stratégies de substitution aux importations
14. Le programme national de développement économique et social /Burkina Faso
15. Le Brésil et la stratégie de substitution aux importations
16. Les « grands » pays et les stratégies autocentrées (chine l’inde)
17. Les « petits » pays et les stratégies d’extraversions
18. Stratégie de développement de la chine (du communisme au début du libéralisme)
19. Stratégie de développement de la chine (du libéralisme à nos jours)
20. Stratégie de développement de l’Inde
21. Les quatre dragons (Corée du sud, hong-Kong, Singapour, Taïwan)
22. Stratégie de développement de la Corée du Sud (jusqu’aux années 80)
23. Stratégie de développement de la Corée du Sud (des années 80 à nos jours)
24. Stratégie de développement de Hong-kong (jusqu’aux années 80)
25. Stratégie de développement de Hong-kong (des années 80 à nos jours)
26. Stratégie de développement de Singapour (jusqu’aux années 80)
27. Stratégie de développement de Singapour (des années 80 à nos jours)
28. Stratégie de développement de Taïwan (jusqu’aux années 80)
29. Stratégie de développement de Taïwan (des années 80 à nos jours)
30. La transition vers l’économie de marché (le cas de la Russie)
31. Les tigres (Indonésies, Malaisies, Philipines, Thaïlande)

Eléments de stratégies de développment du Burkina faso


32. La promotion et les structures des activités culturelles (Fespaco, Siao, SNC, ….)
33. La promotion et les structures de promotion de talents [musique, (Faso académie), théâtre (ATB),
danse korégraphique (Hélène Tassambédo), le slam…]
34. Les structures touristiques, environnementales, récréatives (musée de Manéga, le parc Bandrébéogo
de Ouaga)
35. Les filières de transformation des fruits en jus (Bissap, zom-kom, …)
36. Les filières de restauration (services traiteurs …)
37. Les filières de transformations de céréales (farine, grumeau de bouillie, gateau…)
38. La filière apiculture (élevage d’abeille et production de miel) et son effet sur la production agricole
39. La technologie du bio digesteur et la production agricole
40. Les plates formes multifonctionnelles et la réduction de la pauvreté
41. La filière habillement (Faso dan fani… ;)
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42. La filière beauté (salon de coiffure, de tresses…)


43. La filière décoration (cultures de plantes et fleurs..).

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