CPGE MPSI Le 04.03.
17
2016-2017
Devoir Surveillé n◦ 7
Durée de l’épreuve : 4 heures
La calculatrice est interdite
Le devoir est composé de deux problèmes.
Lorsqu’une question est jugée, a priori, plus difficile, elle est précédée du symbole (∗) voire (∗∗)
La notation tiendra particuliérement compte de la qualité de la rédaction, la précision des
raisonnements et l’énoncé des formules utilisées.
BON COURAGE
————————————————————–
Problème 1
Le but de ce problème est d’essayer de comprendre la structure algébrique des
matrices magiques.
Soit n ∈ N∗ . On considère E = Mn (R), de base canonique (Ei,j )i,j .
Ei,j est la matrice de E dont tous les coefficients sont nuls sauf celui situé à la ligne i et colonne
j qui vaut 1.
On note ∀ i, j ∈ [[1, n]] et ∀ A = (ai,j ) ∈ E :
n
X
σj (A) = ak,j (somme des éléments de la j ième colonne de A)
k=1
n
X
τi (A) = ai,k (somme des éléments de la iième ligne de A)
k=1
n
X
Tr (A) = ak,k (somme des éléments de la première diagonale de A)
k=1
n
X
Atr (A) = ak,n−k (somme des éléments de la seconde diagonale de A)
k=1
On note Mag = {A ∈ E | ∀ i, j : σj (A) = τi (A) = Tr (A) = Atr (A)}, l’ensemble des matrices
magiques.
On note PMag = {A ∈ E | ∀ i, j : σj (A) = τi (A)}, l’ensemble des matrices pseudo-magiques,
c’est à dire magiques uniquement sur les lignes et colonnes.
On définit alors d : PMag −→ R tel que ∀ A ∈ PMag, d(A) = σ1 (A).
A. Préliminaires
1. Montrer que ∀ r ∈ [[1, n]], σr , τr , Tr et Atr sont des formes linéaires de E.
2. En déduire que PMag est un sev de E, puis que Mag est un sev de PMag.
3. Montrer que d est une forme linéaire sur PMag.
B. Etude des tableaux magiques 3 × 3
1. Petite observation et cas particuliers
(a) On considère A = (ai,j ) 16i63 ∈ Mag. Montrer que le coefficient 3a2,2 = d(A).
16j63
(b) Compléter la matrice suivante sachant que c’est une matrice magique
5 2 ·
· 3 ·
· · ·
(c) Qu’en concluez vous à propos de la dimension de Mag ?
(d) Pouvez-vous compléter les trois matrices suivantes sachant qu’elles sont magiques
· 1 · 3 4 5 5 · ·
3 · · · · · · 3 ·
· · 2 · · · · · 2
2. Recherche de l’ensemble des solutions.
(a) Soit A ∈ Mag, montrer que les 9 coefficients de A sont solutions d’un système de 7
équations à 9 inconnues.
(b) Quel est le rang de ce système d’équation ?
(c) Montrer que
1 −1 0 0 1 −1 1 1 1 !
Mag = vect −1 0 1 ; −1 0 1 ; 1 1 1
0 1 −1 1 −1 0 1 1 1
(d) Quelles remarques faites vous alors à propos des matrices à compléter de la question
1.(d) ?
C. Etude généralisé sur les tableaux de taille n × n
n est à nouveau quelconque dans cette partie (n > 3).
On note J la matrice de E dont tous les coefficients valent 1.
1. Caractérisation des matrices pseudo-magiques et étude de d
(a) Montrer que A ∈ PMag ssi ∃λ ∈ R tel que A × J = J × A = λ · J
Quel est le rapport entre ce λ et d(a) ?
(b) Montrer que d est un morphisme d’anneaux, c’est à dire :
∀ A, B ∈ PMag d(A + B) = d(A) + d(B) et d(A × B) = d(A) × d(B)
(c) Montrer alors que si A ∈ PMag, inversible alors d(A) 6= 0 et A−1 ∈ PMag.
Exprimer alors d(A−1 ) en fonction de d(A).
(d) Réciproquement a-t-on pour tout A ∈ PMag, d(A) 6= 0 =⇒ A inversible ?
2. Décomposition de PMag en espaces supplémentaires.
On définie : M1∗ = Ker d et M2 = vect(J). Ce sont des sous espaces vectoriels.
(a) Montrer que M1∗ ⊕ M2 = PMag
(b) On pose ∀ i, j ∈ [[2, n]] : Ai,j = E1,1 + Ei,j − Ei,1 − E1,j .
Montrer alors que la famille (Ai,j ) 26i6n est une base de M1∗ .
26j6n
(c) En déduire les dimensions de M1∗ et de PMag.
(d) Donner une matrice de taille 3, pseudo-magique mais non magique.
3. La dimension de Mag !
On définie pour finir M1 = Ker d|Mag = (Ker d) ∩ (Mag).
(a) Montrer que M1 ⊕ M2 = Mag
(b) Montrer que dim(M1 ) = dim(M1∗ ) − 2
(On pourra montrer que M1 = {A ∈ M1∗ /Tr (A) = Atr (A) = 0})
(c) Conclure enfin que dim Mag = n(n − 2) et essayer de compléter les matrices magiques
(justifier et commenter chacun de vos résultats) :
5 · 1 · 5 · 1 3
· · · 3 · · · 3
· 1 · · · 1 · ·
2 · 2 0 2 · 2 0
Problème 2
Soit E un K espace vectoriel (K = R ou C) et u un endomorphisme de E. On désigne par
Ker u le noyau de u et Im u l’image de u.
Pour tout entier k strictement positif, uk désigne l’endomorphisme u ◦ u ◦ u · · · ◦ u (k fois) et u0
désigne l’application identique de E.
A. Deux exemples
1. Dans cette question, E désigne un espace vectoriel sur R dont une base est B = (e1 , e2 , e3 , e4 ).
Soit u l’endomorphisme de E tel que la matrice de u par rapport à cette base est :
1 1 0 0
−1 −1 0 0
M =
0 0 −1 1
0 0 1 −1
(a) Déterminer le rang de u et donner une base de Im u, une base de Ker u en fonction
des vecteurs de la base B.
(b) Calculer M 2 , M 3 . Montrer qu’il existe une matrice A telle que : ∀ p > 2, M p ∈
vect(A).
On note αp le coefficient de proportionnalité, donc pour tout p > 2, M p = αp A.
Expliciter alors M p .
(c) i. Donner une base, en fonction des vecteurs de la base B, de chacun des sous-espaces
vectoriels suivants :
Im u2 , Ker u2 , Im u3 , Ker u3 .
ii. Déterminer : ∀k > 2, Ker uk , Im uk .
iii. Montrer que E = Ker u2 ⊕ Im u2 .
2. Soit K[X] l’espace vectoriel des polynômes à coefficients dans le corps K et d l’endomor-
phisme de K[X] qui à un polynôme P associe son polynôme dérivé P 0 .
(a) d est-il injectif ? d est-il surjectif ? Comment peut-on en déduire que K[X] n’est pas
de dimension finie ?
(b) Déterminer : ∀ q ∈ N∗ , Ker dq .
B. Noyaux et images itérés
Soit u un endomorphisme de E, pour tout entier naturel p, on notera Ip = Im up et Kp = Ker up .
1. Montrer que : ∀p ∈ N, Kp ⊂ Kp+1 et Ip+1 ⊂ Ip .
2. On suppose que E est de dimension finie et u injectif. Déterminer : ∀ p ∈ N, Ip et Kp .
3. On suppose que E est de dimension finie n non nulle et u non injectif.
(a) Montrer qu’il existe un plus petit entier naturel r 6 n tel que : Kr = Kr+1 .
(b) Montrer qu’alors : Ir = Ir+1 et que : ∀ p ∈ N, Kr = Kr+p et Ir = Ir+p .
(c) Montrer que : E = Kr ⊕ Ir .
4. Lorsque E n’est pas de dimension finie, existe-t-il un plus petit entier naturel r tel que
Kr = Kr+1 ?
On pourra prendre un exemple vu précédemment
5. On considère à nouveau que E est de dimension finie.
Soit p ∈ N. Notons ici ap = dim Ip − dim Ip+1 .
On sait que Ip+1 ⊂ Ip , soit Fp un espace supplémentaire de Ip+1 dans Ip : Fp ⊕ Ip+1 = Ip .
(a) Montrer que pour tout p ∈ N, ap = dim(Fp )
(b) Montrer que pour tout p ∈ N, Ip+1 = Ip+2 + u(Fp ).
(c) Montrer que dim Fp+1 6 dim(u(Fp )).
(d) En considérant ũ : Fp → E, x 7→ u(x), montrer alors que dim(Fp ) > dim(u(Fp )).
(e) En déduire que pour tout p ∈ N, dim Ip+1 − dim Ip+2 6 dim Ip − dim Ip+1 .
(f) Retrouver à nouveau que si Ir = Ir+1 , alors ∀ p ∈ N, Ir = Ir+p .
C. Cas des endomorphismes nilpotents
— On considère E un espace vectoriel de dimension finie et u un endomorphisme de E
nilpotent ; c’est-à-dire qu’il existe r tel que ur = 0.
On conserve les notations de la partie précédente, donc Kp désigne le noyau de up .
Rappelons que nous avons démontrer pour finir la partie précédente que :
la suite bp = dim(Ker up+1 ) − dim(Ker up ) est (toujours) décroissante.
— Pour tout k ∈ N, on note Jk , la matrice d’ordre k dont la surdiagonale est composée de
1, les autres éléments étant nuls (Attention : ce n’est pas la matrice Jr du cours).
···
0 1 0 0
.. ..
0 0 1 . .
. .. ..
Jk =
.. . . 0
.
..
. .
. 1
0 ··· ··· ··· 0
— Enfin, on dit que η = (n1 , n2 , . . . np ) (η est lu éta) est une partition de n si n = n1 + n2 +
. . . np avec pour tout i ∈ Np−1 , ni > ni+1 .
Ainsi, (3, 2, 2, 1) et (5, 3) sont deux partitions de n = 8.
On associe à une telle partition η, le tableau de Young de η constitué de p lignes alignées
à gauche, la ligne i contenant ni cases. Le tableau de Young de η −1 est celui obtenu en
transposant celui de η.
Ainsi le tableau de Young de η = (3, 2, 2, 1) et de η −1 sont et . Donc η −1 =
(4, 3, 1).
0 1 0 0
0 0 1 0
1. Un exemple : montrer que u de matrice J4 = dans une base quelconque
0 0 0 1
0 0 0 0
4
notée B de E = R est nilpotent.
Quel est le plus petit entier r tel que ur = 0 ?
2. Étude de la suite des noyaux itérés d’un endomorphisme nilpotent.
(a) Montrer que Kr = E. En déduire la valeur de br .
(b) Montrer que la suite B = (b0 , b1 , . . . br−1 ) est une partition de n = dim(E).
On appelle tableau de Young associé à u (nilpotent), noté Υ(u), le tableau de Young de la
partition (b0 , b1 , . . . br−1 )−1 .
3. Tableau de Young de u.
(a) Montrer que le nombre de case de la première ligne de Υ(u) est égal à r.
(b) Nous allons voir sur un exemple comment démontrer le théorème suivant :
Si u est un endomorphisme nilpotent de E (de dimension n),
et Υ(u) son tableau de Young correspondant à la partition C = (c0 , c1 , . . . cp ) = B −1 ,
alors il existe une base B de E telle que MB (u) soit la matrice diagonale
formée des blocs diagonaux Jc0 , Jc1 . . .Jcp .
Supposons donc que Υ(u) = (6, 4, 4, 1).
i. Que vaut [Υ(u)]−1
ii. Que valent r et n ? Énoncer alors la partition B de n correspondant à la suite
B = (b0 , b1 , . . . br ) ?
iii. Montrer qu’il existe v1 ∈ E tel que u5 (v1 ) 6= 0. Montrer que la famille v1 , u(v1 ) . . . u5 (v1 )
est une famille libre (de E = Rn )
iv. Que valent dim(Ker u4 ) et dim(Ker u3 ).
Montrer qu’il existe v2 et v3 ∈ Ker (u4 ) tels que vect u2 (v1 ), v2 , v3 soit supplémentaire
de Ker u3 dans Ker u4 .
v. Montrer que u3 (v1 ), u(v2 ), u(v3 ) est une famille libre et que vect u3 (v1 ), u(v2 ), u(v3 )
est supplémentaire de Ker u2 dans Ker u3 .
vi. De même montrer qu’il existe v4 tel que u5 (v1 ), u3 (v2 ), u3 (v3 ), v4 forme une base
de Ker u.
vii. En déduire que :
B = u5 (v1 ), u4 (v1 ), u3 (v1 ), u2 (v1 ), u(v1 ), v1 , u3 (v2 ), u2 (v2 ), u(v2 ), v2 , u3 (v3 ), u2 (v3 ), u(v3 ), v3 , v4
forme une base de E.
Écrire la matrice de u dans la base B.