L’érosion éolienne,
un mécanisme complexe
de dégradation du milieu
sous l’action du vent
L’érosion éolienne est un des processus les plus
traumatisants de la désertification. Elle conduit à une dégradation
environnementale sévère par l’appauvrissement des sols et le déplacement de volumes
élevés de particules par
le vent. Insidieuse dans ses premiers stades et alors difficile à déceler, elle ne
devient perceptible pour les non-spécialistes que lorsqu’elle atteint un stade
avancé, difficile à maîtriser.
L’érosion éolienne est le principal facteur physique d’épuisement des terres
agricoles et, par l’ensablement, constitue une des gênes majeures dans les aires
urbaines et oasiennes des écosystèmes secs, engendrant pauvreté et migration pour
les populations humaines qui abandonnent leurs terres devenues stériles pour des
terres nouvelles ou pour les villes.
L’homme, tant le paysan que le pasteur, le citadin ou le décideur politique, joue,
par ses activités et ses aménagements,
un rôle essentiel de déclencheur ou d’accélérateur de l’érosion éolienne. Les
facteurs anthropiques
(déforestation, surpâturage...) sont aggravés par leur superposition avec
des phases de sécheresse récurrentes ou des « accidents » pluviométriques
(inondations... ). Il existe également des facteurs de vulnérabilité à l’érosion
éolienne inhérents aux écosystèmes secs, le premier étant les sols minces et
sensibles. La sécheresse favorise leur fragilité et leur réduction en poudre
aisément exportable. Les sols sont alors appauvris par un premier processus éolien
de vannage des particules sableuses et des fines (argiles, limons, sables fins). Le
balayage par les vents prend en charge les particules, le vannage les trie et leur
accumulation entraîne l’organisation d’une nouvelle génération de dunes.
La surexploitation par les activités humaines (agriculture et pâturage) aboutit à
la stérilité de ces sols pauvres en matière organique.
Vent de sable dans la Mare d’Oursi, Oudalan, Burkina Faso.
Une meilleure lutte contre l’érosion éolienne requiert l’attention des décideurs
afin de déceler les seuils de déclenchement dans le temps
et dans l’espace de cette érosion
et de suivre les nouvelles limites fluctuantes des aires menacées.
Il est nécessaire de prendre en compte le caractère global de ce mécanisme, depuis
les aires source de sable jusqu’aux aires de dépôt. La perception des seuils
d’amorce de l’érosion éolienne se fait à
l’aide des outils de télédétection
Cette fiche est issue du Dossier thématique du CSFD n°3. Combattre l’érosion
éolienne : une volet de la lutte contre la désertification. (avril 2006)
CSFD
Comité Scientifique Français de la Désertification Agropolis International
Avenue Agropolis
F-34394 Montpellier CEDEX 5
Tél. : +33 (0)4 67 04 75 44 Fax : +33 (0)4 67 04 75 99 csfd@[Link] [Link]-
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(images satellites et photographies aériennes, voir
la fiche thématique du CSFD n°2) couplés avec des vérifications de terrain. Il
existe en effet des signes précurseurs décelables comme, par exemple, l’apparition
de dépressions de tailles diverses (blow- out) dans la topographie. Cette détection
précoce permet de mettre en place des stratégies préventives efficaces de lutte.
Chaque État concerné devrait avoir une ou plusieurs équipes permanentes travaillant
sur ces problèmes.
Les images satellites révèlent le caractère global des mécanismes éoliens. Elles
ont aidé à définir le concept de système global d’action éolienne (SGAE), régional
(SRAE) ou local (SLAE). Le SGAE est constitué par un faisceau de courants de
transport éolien de particules, jalonnés par des ergs ouverts qui communiquent
entre eux en donnant des chaînes d’ergs comme,
par exemple, ceux reliant le Sahara septentrional et central à la zone sahélienne.
Il est alors nécessaire
de prendre en compte l’unité du SGAE depuis l’aire source de sable jusqu’à l’aire
d’accumulation. Les investigations doivent être menées à l’échelle globale,
régionale et locale. Cette méthode d’emboîtement d’échelles est un préalable
nécessaire pour mettre en place le choix stratégique des aires d’intervention et
les moyens de lutte contre l’érosion éolienne.
Auteurs : Monique Mainguet (membre de l’Institut universitaire de France et
directeur du Laboratoire de géographie zonale pour le développement [LGZD],
Université de Reims Champagne-Ardenne)
et Frédéric Dumay (Ingénieur de recherche, LGZD) Directeur de la publication :
Marc Bied-Charreton (Président du CSFD)
Édition et iconographie :
Isabelle Amsallem (Agropolis Productions) Conception et réalisation :
Olivier Piau (Agropolis Productions)
Impression : Les Petites Affiches (Montpellier, France) à 1 000 exemplaires
Dépôt légal : à parution ISSN : 1172-6964
© CSFD juin 2007
François Sodter © IRD
Combattre l’érosion éolienne : un volet de la lutte
contre la désertification
La télédétection : un outil
pour le diagnostic de l’érosion éolienne
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Le système global d’action éolienne : unité naturelle et lieu de vie
Les actions éoliennes s’organisent en grandes
unités dynamiques d’échelle synoptique (continentale), appelées système global
d’action éolienne (SGAE), couvrant l’ensemble du Sahara et du Sahel. Dans l’échelle
synoptique s’emboîtent des dynamiques éoliennes d’échelle régionale : système
régional d’action éolienne comme celui qui balaie l’Égypte du Nord au Sud. À
l’échelle d’un village ou d’un terroir agricole est atteinte l’échelle du système
local d’action éolienne.
La dynamique éolienne ne se limite pas à l’ensablement, même si ce processus est
le plus visible et perçu à
court terme comme le plus dérangeant. Pour comprendre la dynamique éolienne et
permettre une meilleure lutte contre ses effets traumatisants, il est nécessaire de
replacer
le secteur envisagé dans le SGAE et d’en voir toutes les phases : érosion,
transport, accumulation. En effet, trois aires principales se succèdent selon la
direction du vent : une aire de départ des particules, une aire de transport et une
aire d’accumulation.
Selon l’aire, les activités anthropiques provoquent des traumatismes différents et
les moyens de lutte appropriés sont nécessairement différents. Ces trois unités ne
peuvent être dissociées les unes des autres pour la compréhension globale de la
dynamique éolienne. La perception du système, vu sa taille, nécessite de recourir
à l’utilisation des images satellitaires.
Carroyage en tresses de palmes au Maroc.
© F. Dumay
Fixation de dunes dans les oasis du Maroc combinant fixation mécanique
(quadrillage) et biologique (arbustes).
La lutte contre la menace éolienne se réalise dans les trois aires suivantes :
• les aires de départ, où les particules doivent être bloquées ; • les aires de
transport, où le courant éolien doit être dévié pour éviter l’ensevelissement des
infrastructures humaines ;
• les aires d’accumulation, où il faut fixer le sable vif.
La lutte contre l’érosion éolienne s’organise en deux étapes :
1 Replacer le site à protéger dans
le système global, régional
et local d’action éolienne,
en tenant compte du cadre topographique et du type de dune. Cette étape aboutit à
l’estimation de la superficie à stabiliser ou à protéger.
2 L’étape opératoire vise à réduire la vitesse du vent à la surface du sol, par
exemple en augmentant sa rugosité de surface.
Les méthodes de protection utilisées et les normes établies varient selon
l’expérience propre de chaque pays, selon
les particularités du périmètre traité, la nature et la disponibilité en matériaux
locaux, mais
aussi selon la stratégie politico- économique établie en fonction des objectifs
recherchés. L’efficacité des techniques reste locale et n’est pas généralisable à
d’autres sites menacés : c’est là un des points critiques de la lutte
contre l’ensablement. L’évaluation de l’efficacité des techniques de lutte contre
l’ensablement est ponctuelle
et liée au taux de réussite de chaque opération. Les résultats enregistrés sur le
terrain et le niveau de protection assuré
aux infrastructures sont, avec
le coût, les principaux critères d’appréciation de cette efficacité.
Toutes les méthodes doivent prendre en compte :
• l’accès des paysans et des nomades à leurs champs et à leurs pâturages ;
• l’organisation traditionnelle des villages ;
• la disponibilité en main d’œuvre et le savoir-faire rural ;
• les coûts financiers des techniques de lutte et surtout de leur maintenance.
La réussite des programmes
de lutte suppose l’utilisation et la valorisation des spécificités écologiques et
humaines locales pour minimiser les coûts et rendre les solutions viables pour les
communautés.
Toutes les méthodes de lutte contre la menace éolienne
ont pour objectif de limiter la prise en charge, le transport des particules et de
contrôler l’organisation de la distribution du sable lors de son dépôt et de son
accumulation et surtout de le fixer sur place :
Les méthodes de lutte mécanique ont pour objectif
de fixer le sable mobilisable
et d’empêcher les dépôts
sableux sur les infrastructures : palissades, mulch et méthodes aérodynamiques. Ces
techniques sont le préalable indispensable
à la fixation des sables mobiles
et des dunes à court et moyen termes.
Les méthodes de lutte biologique consistent à développer une couverture végétale
permanente : réenherbement, brise-vent, barrières végétales, ceintures boisées,
reboisement. Elles font suite aux techniques mécaniques de stabilisation et de
fixation des sables et des dunes, coûteuses, parfois inesthétiques et dont les
effets sont temporaires.
La réussite de la mise en œuvre de ces techniques implique la présence d’eau dans
le sol à
une profondeur accessible aux végétaux ou l’arrosage des plants jusqu’à ce que leur
système racinaire atteigne les nappes phréatiques.
Trouver les bonnes solutions
est une tâche difficile mais il s’agit surtout de préconiser les solutions
utilisant les matériaux et les moyens locaux. Il faut aussi préconiser les
solutions
à moyen terme en recherchant une fixation biologique, là encore avec des végétaux
locaux