Redéfinition de l'effort de pêche et capturabilité
Redéfinition de l'effort de pêche et capturabilité
Didier Gascuel
RESUME
Les caractéristiques actuelles de nombreuses flottilles, ainsi que l'évolution récente des méthodes
d'évaluation et de gestion de stocks, justifient aujourd'hui une reformulation de la définition des
concepts relatifs à l'effort de pêche. L'effort nominal (fn) doit être défini comme un paramètre de
gestion, et l'effort effectif (fe) comme un paramètre d'évaluation, égal au coefficient de mortalité par
pêche (F) à un facteur de disponibilité (d) près. Par suite, la capturabilité (q) correspond au produit
d'une disponibilité et d'une puissance de pêche globale (Pg). Les différentes notions peuvent être
reliées par la formulation suivante : F = [Link] = [Link] = [Link].
Les puissances de pêche globales peuvent elles-mêmes être décomposées en différents termes,
qualifiés de : puissance de pêche locale (Pl), efficiences de pêche globale (ϕg) et locale (ϕl),
efficacité de pêche locale (el), soit : Pg = ϕ[Link] = ϕg.ϕ[Link] . Ces différents termes sont reliés aux
notions d'accessibilité et de vulnérabilité. On rappelle et discute brièvement les différentes
méthodes qui permettent de quantifier les puissances de pêche et d’étudier leur évolution au cours
du temps.
A titre d'illustration de ces définitions, on présente une analyse de l'évolution des puissances de
pêche des flottilles de senneurs exploitant le thon albacore dans l'Atlantique Est. On montre qu'un
effort de pêche standardisé ne constitue pas une mesure satisfaisante de l'effort effectif. Les
puissances de pêche, estimées à partir de l'analyse des cohortes, croissent à un taux moyen de
+ 10 % par an, au cours de la dernière décennie. L'étude par catégorie d'âge et flottille conduit à
mettre en évidence trois schémas différents d'évolution des stratégies de pêche. Ce type d'analyse
contribue ainsi à une meilleure compréhension de la dynamique de l'effort de pêche et des flottilles.
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INTRODUCTION
La notion d'effort de pêche a toujours eu une très grande importance en halieutique.
D'une part, elle est à la base de nombreux diagnostics concernant l'état des stocks
exploités (1) et d'autre part, la gestion directe ou indirecte de l'effort est généralement
considérée comme un moyen privilégié de régulation de l'activité de pêche.
Dans les cas les plus simples, qui correspondent en particulier aux situations
rencontrées en période d'installation et d'expansion des pêcheries, une mesure assez
rudimentaire de l'effort s'avère suffisante (Gulland, 1969). L'accroissement du nombre
de navires ou du nombre de jours de pêche constitue alors l'élément essentiel de la
variabilité de l'exploitation ; les modifications des caractéristiques des navires peuvent
n'avoir qu'un effet marginal.
Lorsque tel n'est plus le cas, les procédures dites de standardisation permettent de
quantifier l'effort de pêche, en tenant compte de l'évolution des caractéristiques de la
flottille. Sont alors pris en compte le type d'engin de pêche utilisé et les catégories de
navire qui interviennent (en référence notamment au tonnage ou à la puissance motrice
des embarcations). On est dès lors conduit à distinguer deux notions : l'effort de pêche
nominal et l'effort de pêche effectif (Laurec et le Guen, 1981). Seul ce dernier est
supposé mesurer la pression réelle exercée sur le stock par l'activité de pêche. Dans la
pratique, on le quantifie généralement au moyen d'un effort de pêche standardisé,
exprimé dans une unité de mesure relativement "fine" (par exemple, en équivalent
heure de pêche de telle catégorie de navires). Dans ce cas, les relations entre effort
nominal et effort effectif ne sont plus explicitement définies.
(1) Ceci est naturellement vrai lorsque le diagnostic est établi par l'approche dite globale de la
dynamique du stock. Mais l'effort de pêche intervient également dans de nombreux diagnostics
établis par l'approche structurale. En particulier, la calibration de l'analyse des cohortes (ou
"tuning"), qui constitue une étape clé de cette approche, fait généralement appel à des données
d'effort ou à des données de PUE qui découlent d'une mesure de l'effort.
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La capturabilité (notée q) est une notion clé, qui doit en principe relier l'effort de
pêche (noté f) au coefficient de mortalité par pêche (noté F). Autrement dit ce paramètre
a, a priori, pour vocation de relier la cause à l'effet engendré.
Laurec et Le Guen (1981) en donne la définition suivante : "La capturabilité est la
probabilité d'être capturé par une unité d'effort de pêche, pour un poisson pris au hasard
dans un ensemble". (L'ensemble dont il est ici question est généralement soit le stock,
soit l'un des groupe d'âge du stock). Cette définition ne fait pas explicitement référence
à un type d'effort donné (effort effectif ou nominal). Dans le même temps, ces auteurs
indiquent que la capturabilité peut être décomposée en deux termes. Le premier est
qualifié de disponibilité et correspond aux facteurs d'ordre biologique susceptibles de
modifier la capturabilité. Le second est qualifié d'efficience ; il quantifie la capacité d'un
pêcheur à trouver les périodes et les zones de pêche favorables, lorsque la répartition
spatio-temporelle du stock est hétérogène.
Sous-entendu, l'effort de pêche ici utilisé tient donc compte des caractéristiques des
navires et des engins de pêche, de la capacité des équipages à capturer le poisson
dans une zone et à un moment donné (...). De toute évidence, il ne s'agit pas à
proprement parler d'un effort de pêche nominal. A l'inverse, il ne s'agit pas non plus d'un
effort effectif dans la mesure où celui-ci doit a priori intégrer tous les facteurs d'ordre
humain qui contribuent à ce que l'activité de pêche soit plus ou moins efficace. En
particulier, l'efficience devrait alors être prise en compte au sein de la disponibilité. De
toute évidence, une telle prise en compte serait peu satisfaisante.
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(1) Ces définitions, et plus particulièrement la seconde, diffèrent de celles proposées par Laurec et
Le Guen (1981). L'ouvrage de ces auteurs a eu l'immense intérêt de clarifier grandement les
concepts, en insistant sur l'existence de deux notions d'effort différentes, nominal et effectif, et sur
leur intérêt respectif. En revanche, on ne peut plus retenir aujourd'hui certaines précisions. Ainsi,
Laurec et Le Guen indiquent, à propos de l'effort nominal, que l'on doit tenir compte : des
caractéristiques des navires (taille, jauge, puissance, autonomie, nombre d'hommes), du niveau
d'activité et des capacités humaines en jeu, etc. Pour l'essentiel, ces grandeurs se rapportent à
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. Effort nominal
L'effort de pêche nominal est un paramètre de gestion qui mesure
l'accumulation des moyens de capture mise en oeuvre par les pêcheurs, pour
exploiter un stock pendant une unité de temps. La référence à la notion de gestion
implique qu'on doit a priori retenir comme unité d'effort de pêche nominal, un paramètre
susceptible, au moins théoriquement, de faire l'objet d'une régulation par des mesures
d'ordre réglementaire.
Aussi, à de rares exceptions près (par exemple, la coquille St Jacques), un nombre
d'heures de pêche ne relève déjà plus sensu stricto de la notion d'effort nominal. Il en va
très généralement de même pour un nombre de coups de chalut ou d'opérations de
senne. A l'inverse, le choix de l'unité d'effort de pêche nominal doit s'appuyer sur un
critère de simplicité. Il doit en ce sens viser deux qualités. D'une part, être simple
d'accès, c'est à dire se déduire directement ou facilement des statistiques disponibles.
D'autre part, avoir une signification aisément perceptible par les non scientifiques, et
notamment par les responsables administratifs ou politiques de la pêche. Bien souvent,
un nombre de navires, un nombre de jour de pêche, ou un nombre de jours x engins de
pêche constitue une unité satisfaisante. Ils sont théoriquement susceptibles d'être
réglementés par l'intermédiaire, respectivement : de licences, de licences et saisons de
pêche, de licences et limitation du nombre d'engins par licence.
Lorsque plusieurs catégories de navires distincts, utilisant par exemple des engins
de pêche différents, participent à l'exploitation d'un stock, un effort de pêche nominal
global peut également être défini. Le recours aux méthodes usuelles de standardisation
(Robson, 1966 ; Laurec, 1977) conduit à exprimer l'effort en équivalent bateau (ou jour-
bateau,...) d'une catégorie de navires donnée. Du point de vue de l'effort nominal, une
telle démarche n'est cependant pleinement justifiée que dans la mesure ou une gestion
différenciée de l'effort de chaque catégorie paraît envisageable. (Ce qui ne veut pas
nécessairement dire qu'elle est envisagée...).
Par ailleurs, l'effort de pêche nominal doit viser une autre qualité essentielle : il doit
constituer une grandeur "adaptée" à la modélisation bio-économique du stock. On peut
ainsi proposer une définition complémentaire de la première : l'effort de pêche
nominal mesure la quantité de capital et de travail mise en oeuvre par les
pêcheurs pour exploiter un stock pendant une unité de temps. A cet effort nominal
l'effort effectif et non nominal. De même, l'effort effectif est défini comme étant un effort nominal
corrigé, "c'est une notion un peu abstraite (...), aussi proche que possible de la mortalité par pêche
". A l'inverse de cette définition "floue", il semble nécessaire de donner une définition précise du
concept. L'utilisation pratique du concept ainsi défini est naturellement un autre problème. En
particulier, il est clair que les difficultés qui existe en matière de quantification de l'effort effectif
conduisent souvent à utiliser un instrument de mesure imparfait. Le "flou" concerne ici l'écart
susceptible d'exister entre l'estimation et la valeur vraie (et inconnue), et non pas l'existence ou la
définition théorique de cette valeur vraie.
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doit pouvoir être associé, pour un intervalle de temps donné (par exemple l'année), un
coût d'exploitation. Ce coût de l'unité d'effort est évidemment susceptible d'évoluer dans
le temps, ce qui requiert alors une analyse d'ordre économique. Ce problème est
d'ailleurs conceptuellement très proche de celui concernant l'évolution des puissances
de pêche.
En définitive, les deux définitions renvoient à la notion de gestion. La première
s'inscrit dans une approche qualifiée de biologique, qui vise le plus souvent à formuler
des recommandations d'ordre réglementaire. La seconde relève de l'approche
économique et vise à analyser les effets de régulations économiques (volontaristes ou
subies).
Pour un intervalle de temps donné, caractérisé par une disponibilité donnée, deux
efforts effectifs identiques conduisent nécéssairement à la même mortalité par pêche.
Réciproquement, on peut considérer que la mortalité par pêche est ici la seule mesure
parfaitement rigoureuse de l'effort effectif.
La confusion entre mortalité par pêche et effort effectif n’est cependant pas souhai-
table. En effet, d'un intervalle de temps à un autre, le même effort effectif engendre a
priori des mortalités différentes. La définition ci-dessus indique simplement que ces
changements sont indépendants du pêcheur ; ils sont exclusivement liés à des facteurs
d'ordre biologique ou écologique. Autrement dit, l'effort de pêche effectif est égal au
coefficient de mortalité par pêche, à un facteur de disponibilité près. Soit : fe = F/d .
Ceci donne d'ailleurs un nouveau sens à la notion de disponibilité qui est ainsi le
rapport entre l'effet engendré et la pression réelle exercée. C'est en quelque sorte, un
coefficient de réponse du stock à l'activité du pêcheur. En outre, cette disponibilité peut
dés lors être définie comme la probabilité qu'a un poisson d'être capturé par une unité
d'effort effectif.
Des définitions qui précèdent, découle également que l'effort effectif prend en
compte la puissance de pêche globale. Soit : fe = Pg . fn (Réciproquement, la
puissance de pêche globale est donc le rapport entre effort effectif et effort nominal).
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(1) Parallèlement, on peut formaliser de manière simple les relations entre prises par unité d'effort
(PUE notées U) et biomasse du stock exploitable (notée B). Soit, pour des captures notées C :
. Ue = Erreur ! = d . B Ce qui indique que les PUE "effectives" mesurent la
biomasse disponible, c'est à dire la biomasse vraie sous hypothèse de disponibilités constantes.
. Un = Erreur ! = q . B = d . Pg . B Ce qui indique que les PUE "nominales"
mesurent la biomasse disponible sous hypothèse de puissances de pêches constantes. (Cette
équation montre également que le rapport des puissances de pêche est égal au rapport des PUE
nominales, sous hypothèse de biomasse et disponibilité identiques)
Ces formulations ne sont cependant rigoureuses que sous l'hypothèse d'un stock réparti sur une
aire de surface constante. Lorsque tel n'est pas le cas, le terme de biomasse B doit être remplacé
par un terme de densité D.
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Au sein de chaque zone de pêche, la ressource est dans certains cas répartie de
manière très hétérogène. L'exemple le plus frappant en est celui des espèces vivants en
bancs. Pour l'essentiel, les variations spatio-temporelles de disponibilité au sein d'une
zone sont ici liées à des variations de vulnérabilité. La puissance de pêche locale
intègre alors deux notions qu'il convient de distinguer :
- L'efficience de pêche locale (notée ϕl) quantifie la capacité des navires à repérer
les bancs ou les zones de fortes concentrations, au sein d'une zone géographique
donnée. Elle correspond généralement à la capacité à trouver le poisson vulnérable
(pour une pêche à la senne, elle dépend notamment de l'aptitude des navires à
minimiser les temps de recherche des bancs, à trouver de gros bancs, ...).
- L'efficacité de pêche locale (notée el) peut être définie comme une capacité à
capturer le poisson vulnérable. Elle quantifie la capacité du pêcheur à utiliser ses
moyens de pêche, une fois le banc ou la concentration repéré. (Dans l'exemple
précédent, elle dépend notamment de la durée de l'opération de senne, de l'aptitude de
l'engin et de l'équipage à cerner tout le banc,...).
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F = q . fn = d . Pg . fn = d . fe
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Dans la pratique, distinguer les différents termes, n'est naturellement pas toujours
possible, (voire même, dans certains cas, pas justifié). En particulier, lorsque
l'accessibilité et la vulnérabilité sont peu discernables, ou lorsque les variations de
vulnérabilité peuvent être négligées, on tend à confondre : d'une part, efficience globale
et efficience locale ; et d'autre part, puissance locale et efficacité locale. On considére
alors, les puissances globales comme le produit d'une efficience et d'une puissance
locale. Ceci revient à faire l'hypothèse, soit que la vulnérabilité est constante par zone et
unité de temps (répartition spatio-temporelle homogène), soit que la manière dont le
pêcheur tient compte des éventuelles variations de vulnérabilité ne dépend pas de
l'intervalle de temps considéré (ϕl=cte). De même, assimiler puissance globale et
puissance locale revient à considérer soit la répartition homogène à l'échelle du stock,
soit l'efficience de pêche constante. Distinguer, au plan des concepts, les différentes
composantes de la puissance de pêche globale, permet ainsi de préciser les
hypothèses sous-jacentes de telle ou telle méthodes de quantification de l'effort
effectif.
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1. Le premier est naturellement le cas simple qui ne doit pas être négligé. Dans un
certain nombre de situations, et notamment en période d'installation et de
développement d'une pêcherie, l'accroissement de l'effort effectif est essentiellement lié
à celui de l'effort nominal. Les variations de puissance de pêche peuvent
raisonnablement être négligées. Au moins dans une première approche, une mesure
assez rudimentaire de l'effort nominal est alors considérée comme représentative de
l'effort effectif (Il n'est pas toujours nécessaire de faire compliqué !).
Il n’y a alors pas de réelle nécessité de distinguer les deux types d’effort (nominal et
effectif), et on parle d’effort de pêche au sens large. C’est, par exemple, à ce genre de
situation simple, que s’applique sans difficultés la définition de l’effort donnée par
Poinsard et Le Guen (1975).
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suivante : la puissance de pêche globale (et donc chacun des termes : efficience
globale, efficience locale, efficacité locale) d'une unité d'effort de pêche nominal corrigé
est supposée constante dans le temps. Admettre cette hypothèse, conduit à valider la
mesure réalisée (et réciproquement).
3. Le calcul d'un effort de pêche standardisé est sans doute la méthode la plus
usuelle dans les groupes de travail chargés de l’évaluation des stocks. Cet effort
standardisé constitue, en fait, un cas particulier d'effort nominal corrigé. Il tiend
généralement compte de l’hétérogénéité de la flottille considérée, et parfois de la
variabilité spatio-temporelle qui affecte la disponibilité de la ressource. Comme
précédemment, l’utilisation de ce type de méthode est valide sous l'hypothèse que
l'unité d'effort standard (effort nominal du navire ou de la catégorie de navire pris
comme standard) présente une puissance de pêche constante au cours de la période
étudiée.
On notera que la perspective est ici renversée. L'estimation d'un effort de pêche
effectif n'est plus un préalable à la modélisation de la dynamique du stock. Cette
grandeur n'est pas utilisée dans la modélisation. A l'inverse, l'analyse des cohortes
fournie une estimation des coefficient F par âge et intervalle de temps. Une estimation
des capturabilités peut en être déduit. Elle est utilisée pour étudier l'évolution passée
des puissances de pêche globales. On cherche donc ici à s'appuyer sur la
(1) Ceci est vraie à condition que les résultats de cette analyse soit eux-mêmes indépendants des
données d'effort de pêche. C'est le cas des résultats obtenus dans la "zone de convergence" de
l'analyse, quelque soit la méthode d'ajustement utilisée. C'est également le cas lorsqu'on utilise
des méthodes d'ajustement telles que : l'analyse non calibrée, l'analyse descendante ou l'analyse
combinée (Gascuel et al, 1993).
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3.1 - Méthodes
Les statistiques d'effort de pêche nominal, de captures numériques ou pondérales,
totales ou par classe de taille, sont disponibles pour chacune des flottilles exploitant le
stock, par mois et par carré géographique de 5° de latitude et longitude de côté
(sources : Centre de Recherches Océanographiques de Dakar Thiaroye, et International
Commission for the Conservation of Atlantic Tunas). Un effort nominal global est
estimé (en équivalent jours de mer senneur). Les captures par groupe d'âge trimestriel
sont estimées au moyen de clés de conversion taille/âge mensuelles, ajustées chaque
année à l'abondance des cohortes (Gascuel, 1993). L'analyse des cohortes est conduite
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selon une méthode qui combine, d'une part, calcul en mode inverse (ou analyse
ascendante) pour les cohortes pleinement exploitées, et d'autre part, calcul en mode
direct (ou analyse descendante) initialisé par un recrutement estimé, pour les cohortes
les plus récentes (Gascuel et al, 1993). On montre en particulier que les estimations de
mortalités par pêche F, ainsi obtenues, sont indépendantes des données d'effort de
pêche.
Les mortalités par pêche totales sont "ventilées" au prorata des captures, d'une part
par flottille (ensemble des senneurs, soit environ 80% des captures totales ; senneurs
FIS ; senneurs espagnoles), et d'autre part, par flottille et grandes zones de pêche. On
en déduit les capturabilités totales et partielles correspondantes (q = F/fn).
A partir des capturabilités par âge trimestriel, année et flottille, on calcule des
capturabilités moyennes (q ) par catégorie d'âge, année et flottille (respectivement a,
y, h). (Il s'agit ici de moyennes pondérées par le poids des captures.) Les catégories
d'âge correspondent à des groupements écologiques a priori susceptibles de définir les
stratégies de pêche des flottilles : les juvéniles (âges trimestriels 3 à 8), les pré-adultes
(9 à 16) et les adultes (17 à 24+). Sous l'hypothèse, a priori réaliste dans le cas présent,
que la disponibilité du stock fluctue sans tendance, les variations de capturabilité
observées à l'échelle de quelques années sont interprétées comme des variations de
puissance de pêche globale. Une régression exponentielle entre capturabilité et
année permet ainsi d'estimer des taux d'accroissement inter-annuels (αa,h) des
puissances de pêche globales appliquées par chaque flottille à chaque catégorie d'âge.
(Soit : qa,y+n,h = Pga,h(y+n) . εa,y+n,h = Pga,h(y) . (1 + αa,h)n . εa,y+n,h). Une puissance
globale moyenne tous groupes d'âge confondus, ainsi que son taux d'accroissement
inter-annuel, sont également estimés. On en déduit un effort effectif moyen (fe = [Link]).
Un modèle linéaire est par ailleurs appliqué aux capturabilités partielles par groupe
d'âge annuel, trimestre, année, flottille et zone de pêche (soit : qa,s,y,h,z = da,s,z .
Pla,y,h . εa,s,y,h,z). On en déduit deux termes : le premier, commun aux différentes
années et flottilles, est interprété comme une disponibilité moyenne par groupe d'âge,
trimestre et zone de pêche. Le second, est commun à l'ensemble des trimestres et
zones de pêche ; son évolution tendancielle sur plusieurs années est interprétée
comme une variation de puissances de pêche locale par groupe d'âge et flottille.
Comme précédemment, on estime par régression exponentielle, un taux
d'accroissement inter-annuel (βa,h) des puissances locales appliquées par chaque
flottille à chaque catégorie d'âge (ou en valeur moyenne des différents âges).
Enfin, les efficiences de pêche globale étant égales au rapport entre puissances
globales et locales (ϕg = Pg/Pl), on déduit des différentes grandeurs précédentes des
taux d'accroissement des efficiences globales.
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140
120 fn
100 fst
80
60 fe1
40 fe2
20
0
80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90
Figure 2 - Evolution relative (unités arbitraires base 100 en 1980) des différentes séries d'efforts
de pêche développés par l'ensemble des flottilles exploitant l'albacore dans l'Atlantique Est.
. fn : effort nominal global (en équivalent temps de mer des senneurs) ;
. fst : effort standardisé (en équivalent temps de recherche des senneurs FIS de catégorie de
tonnage classe 5) ;
. fe1 : effort effectif estimé sous l'hypothèse d'un taux d'accroissement des puissances de pêche
globales de 10% par an de 1980 à 1991 ;
. fe2 : effort effectif estimé sous l'hypothèse d'un taux d'accroissement des puissances de pêche
globales de 12% par an de 1980 à 1986 et de 7% par an de 1986 à 1991(voir texte).
Ces résultats peuvent être comparés avec ceux obtenus par les méthodes usuelles
de standardisation de l'effort de pêche (in Fonteneau et Diouf, 1992). Au cours de la
décennie 70 et jusqu'en 1984, le ratio effort standardisé sur effort nominal, s'accroît
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Premier Forum Halieumétrique, Rennes.
3,00
2,50
fst/fn
2,00
Pg0
1,50
Pg1
1,00
Pg2
0,50
0,00
70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90
Figure 3 - Evolution comparée du ratio effort standardisé/effort nominal (fst/fn : valeurs observées -
Pg0 : modèle exponentiel ajusté sur la période 1970-1984) et de la puissance de pêche globale
estimé (Pg1 et Pg2 se rapportent aux hypothèses fe1 et fe2 de la figure 2)
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Session 2 D. Gascuel
Tableau 1 : Schémas d'évolution des puissances de pêche des flottilles de senneurs franco-ivoiro-
sénégalais (FIS) et espagnols, au cours de la période 1980-1990 : taux d'accroissement inter-
annuels (en %) des puissances de pêche globales (Pg), des puissances de pêche locales (Pl) et
ϕ
des efficiences de pêche globales ( g). Les évolutions significatives à plus de 90 % de certitude
sont en gras ; celles significatives entre 80 et 90 % de certitude en italiques ; seule la tendance est
indiquée, pour celles significatives à moins de 80 % de certitude.
Pg Pl ϕg
Schéma 1 (senneurs FIS (1980-1988)
Moyenne +10 + 10 0
Adultes +16 + 6 +9
Pré-adultes +8 + 12 -3
Juvéniles - + -
Schéma 2 (senneurs espagnols 1980-1986)
Moyenne + 16 + 15 + 1
Adultes + 22 + 28 - 5
Pré-adultes + 11 + 9 +2
Juvéniles - 9 - -
Schéma 3 (senneurs espagnols 1985-1990)
Moyenne - - 4 -
Adultes - - -
Pré-adultes - 11 - 12 +1
Juvéniles +8 + 13 -4
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Premier Forum Halieumétrique, Rennes.
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Session 2 D. Gascuel
récent d'une pêche sur engins flottants artificiels. Cette technique, relativement
spécifique à la flottille espagnole, constitue, en effet, a priori un facteur d'accroissement
des puissances de pêche locales (Tab. 2).
En définitive, les facteurs d'évolution des puissances de pêche différent ainsi pour
les deux flottilles. Dans le cas de la flottille FIS, les variations d'efficience globale jouent
un rôle majeur. Dans le cas de la flottille espagnole, les variations de puissance globale
sont presque exclusivement liées à des variations de puissances locales.
CONCLUSION
Les flottilles prises ici à titre d'exemple ont connu, au cours de la dernière période,
des évolutions importantes, tant en ce qui concerne les aspects technologiques que les
aspects humains (Tab. 2). Ces évolutions sont de nature à expliquer les fortes
variations de puissance de pêche observées (Gascuel et al, 1993). Compte tenu de leur
caractère progressif, et de l'imbrication entre effets liés à des causes diverses, l'impact
respectif de chaque innovation technologique reste très difficile à estimer.
Une telle évolution a pour conséquence que les procédures de standardisation de
l'effort de pêche apparaissent insuffisantes pour estimer un effort de pêche effectif. Les
méthodes d'évaluation de l'état du stock, qui requièrent une mesure de l'effort effectif
(modèle global ou calibration de la VPA sur des données d'effort ou de PUE (1)),
risquent alors de conduire à des diagnostics biaisés.
A l'inverse, certaines procédures d'ajustement de l'analyse des cohortes (cf. note
infra paginale p.172) conduisent à des diagnostics indépendants de la mesure de l'effort
de pêche. Elles permettent d'analyser rétrospectivement les évolutions de l'effort de
pêche effectif et des puissances de pêche.
Dans le cas présenté, on montre, par exemple, que l'accroissement des puissances
de pêche des deux flottilles, intervenu au cours de la dernière décennie, se traduit, à
effort nominal constant, par un doublement de l'effort effectif tous les 5 à 8 ans.
L'analyse par catégorie d'âge met également en évidence des stratégies d'évolution des
puissances de pêche, différentes entre flottilles et entre périodes de temps.
Les méthodes de modélisation de la dynamique des stocks sont ainsi utilisées, non
pas directement pour établir des diagnostics, mais plutôt comme outils d'analyse de la
dynamique de l'effort de pêche. Elles contribuent ainsi à l'étude de la dynamique d'un
système de nature complexe : le système pêche. Réciproquement, une telle étude qui
(1) La méthode de Pope et Shepherd (1985) permet de calibrer la VPA sous l'hypothèse d'une
dérive linéaire ou exponentielle des puissances de pêche. En revanche, elle semble inadaptée à
des situations marquées par des inversions de tendance sur de courtes périodes, comme c'est le
cas pour la flottille espagnole dans l'exemple présenté.
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Session 2 D. Gascuel
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La dynamique inter-annuelle, influencée par des facteurs comme les conditions économiques et technologiques, modifie les stratégies de flotte, lesquelles ajustent la puissance de pêche locale (adaptée aux conditions immédiates), ce qui à son tour affecte la puissance globale - souvent mesurée par des taux d'accroissement - et la pression sur les stocks .
Les défis incluent la difficulté de distinguer entre facteurs technologiques et humains, la variabilité inter-annuelle de ces facteurs, et l'imperfection des outils de mesure disponibles. Cela complique l'évaluation précise de la pression exercée par la pêche sur les stocks .
La courbe d'apprentissage augmente l'efficience de pêche en améliorant la capacité de l'équipage à utiliser efficacement les instruments de pêche et à comprendre les dynamiques de capture. Cette amélioration est progressive avec l'expérience et est complétée par des avancées technologiques .
La notion de "capturabilité nominale" est problématique car elle peut suggérer l'existence d'une "capturabilité effective", redondante avec la disponibilité, rendant la définition de capturabilité trop complexe. Elle pourrait conduire à des malentendus dans l'analyse de l'efficacité réelle de la capture .
Les fluctuations de la disponibilité influencent les mortalités par pêche car elles déterminent la probabilité pour un poisson d'être capturé par une unité d'effort. En période de haute disponibilité, une même quantité d'effort conduit à des mortalités plus élevées .
La mortalité par pêche est une mesure directe du réel impact de la pêche et reflète l'effort effectif lorsqu'on ajuste pour la disponibilité. Cependant, elle est souvent mal interprétée comme étant équivalente à l'effort effectif, alors qu'elle dépend de facteurs biologiques indépendants des pêcheurs et fluctuants d'année en année .
Les stratégies de pêche influencent l'évolution des puissances de pêche en adaptant les tactiques pour maximiser les captures dans des situations spécifiques, comme la recherche de gros albacores, qui augmente la puissance globale. Ces stratégies sont souvent influencées par la technologie et les conditions économiques .
L'effort de pêche nominal se réfère aux mesures standards basiques, telles que le nombre de jours de pêche. L'effort effectif quantifie la pression réelle exercée sur le stock en prenant en compte tous les facteurs influençant l'impact de la pêche, notamment les facteurs technologiques et humains .
Les innovations technologiques, comme l'amélioration des systèmes de navigation ou l'introduction de radars à oiseaux, augmentent l'efficience des flottes en facilitant la localisation et la capture des poissons. Elles permettent également de mieux adapter les stratégies de pêche aux conditions changeantes .
La capturabilité est définie comme la probabilité d'être capturé pendant une unité de temps, par une unité d'effort de pêche nominal, pour un poisson pris au hasard dans le stock. Elle peut être décomposée en deux termes : la disponibilité, qui renvoie aux facteurs biologiques affectant la capturabilité, et l'efficience, qui mesure la capacité du pêcheur à localiser les périodes et zones de pêche propices .