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Peste : Épidémiologie et Traitement

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NOSO N°226 LA PESTE

Epidémiologie, diagnostic, PEC des cas, mesures préventives

I. INTRODUCTION
1. Définition : zoonose des rongeurs transmise à l’homme par les puces dues à Yersinia
pestis.
2. Intérêts
a. Prévalence : maladie touchant surtout les pays africains, en recrudescence à
Madagascar
b. Urgence diagnostique et thérapeutique, maladie à déclaration obligatoire
c. Grave car peut engager le pronostic vital à court terme, très contagieuse

3. Rappels physiopathologiques
a. Mécanismes
 Inoculation cutanée des bactéries par piqure de puce ou puce intra-capillaire ou contact
direct d’une peau lésée avec des matières infectées par des bactéries
 Acheminement des bactéries par voie lymphatiques jusqu’aux ganglions lymphatiques
satellites où ils se multiplient et entraînent en ce site une réaction inflammatoire avec des
foyers nécrotiques
 Ou contamination par voie respiratoire

b. Conséquences
 Dissémination bactérienne par voie lymphatique =˃ bubon
 Dissémination par voie sanguine =˃ localisation secondaire pulmonaire, méningé,
systémique
 Peste pulmonaire primitive (contamination par voie respiratoire)
 Choc septique avec atteinte multiviscérale et CIVD

4. Epidémiologie
 Maladie ré-émergente dans le monde selon l’OMS
 La recrudescence des cas a été constatée à Madagascar depuis une vingtaine d'années. Un
foyer malgache est responsable de 31 % des cas mondiaux et de 37 % des décès
 Il s’agit essentiellement de peste bubonique avec une mortalité de 9,1% à Madagascar

II. SIGNES
1. TDD : peste bubonique
a. CDD : adénopathie inguinale fébrile avec malaise lors d’une épidémie de peste
b. Signes cliniques
 Interrogatoire : contexte épidémiologique, notion de cas similaires dans l’entourage, contact
avec un sujet mort de la peste…
 Incubation de 2 à 6 jours
 Début brutal avec des SG tels qu’un malaise, faiblesse musculaire, fièvre à 39-40°C avec
frissons
 SF : douleurs diffuses, nausées, vomissements
 SP : après quelques heures apparaît au voisinage du point d’inoculation le bubon de 1 à 10
cm de taille, de siège inguinal, plus rarement axillaire, cervical, épitrochléen ou poplité; très
douloureux, fixé par une péri-adénite sur les plans profonds et superficiels. Rarement,
phlyctène au point de piqure par la puce

NB : cette forme est non contagieuse.

c. Signes paracliniques : examens biologiques


 A partir de prélèvement de pus au niveau du bubon
 Observation au microscope d’un frottis après coloration de Gram : coccobacille gram
négatif ou bipolaire en coloration de Giemsa
 Détection de l’Ag F1 spécifique de Yersinia pestis et Ac anti F1 par ELISA
 Mise en culture + identification de Yersinia pestis
 Détection de Yersinia pestis par PCR
 TDR sur bandelettes détectant l’Ag F1 spécifique de Yersinia pestis
 NFS : hyperleucocytose à PNN
 VS très accélérée

d. Evolution
 Sous T3 précoce et adaptée : guérison
 Sans T3 : complications et décès en moins de 7 jours
 Complications :
 Septicémie, choc septique
 Syndrome hémorragique (CIVD)
 Défaillance multiviscérale

2. Formes cliniques
a. Peste pulmonaire primitive
Clinique
 Incubation de quelques heures à 3 jours
 Début brutal avec fièvre élevée et AEG profonde
 Phase d’état : dyspnée, toux, cyanose, expectorations abondantes, spumeuses striées de
sang
Paraclinique
 Biologie : prélèvement de crachats et mise en culture de Yersinia pestis
 Rx du thorax : images alvéolo-interstitielles bilatérales avec zones de condensation
traduisant une broncho-pneumopathie
 Forme contagieuse de personne à personne

b. Peste septicémique
Clinique
 Absence de signe de localisation
 Associe syndrome infectieux sévère, syndrome hémorragique et signes de souffrance
multiviscérale
Paraclinique : hémoculture
c. Autres formes cliniques : exceptionnels
 Atteinte méningée due à une bactériémie ou pharyngite en cas de localisation latéro-
cervicale du bubon
 Atteinte pulmonaire secondaire

III. DIAGNOSTICS
1. Diagnostic positif
 Suspecté devant un contexte épidémiologique de peste avec bubon, fièvre et malaise
 Confirmé par la bactériologie (diagnostic de laboratoire)

2. Diagnostic différentiel
a. Devant une peste bubonique
Adénite réactionnelle : PE infectieuse, infection génitale
Adénite tuberculeuse
 Clinique : installation progressive, ADP douloureuse, syndrome d’imprégnation
tuberculeuse, précédée ou associée à une tuberculose pulmonaire
 Paraclinique : examen bactériologique du liquide de ponction ganglionnaire, BAAR
Adénite non spécifique

b. Devant une peste pulmonaire


Embolie pulmonaire : dyspnée d’apparition brutale, crachats saumonées, facteurs
favorisants (alitement, néo, chirurgie…), angioscanner spiralé thoracique, S1Q3
Pneumopathie bactérienne : SF respiratoires (douleur thoracique, toux), expectorations
sales, crépitants, fièvre, Rx thorax : opacités alvéolaires systématisées ou opacités réticulo-
nodulaires
Tuberculose pulmonaire

3. Diagnostic de gravité
 Terrain : âges extrêmes, immunodéprimé, polytaré
 Retentissement : choc septique, CIVD, défaillance multiviscérale
 Etiologie : forme pulmonaire et septicémique
 Retard de PEC

4. Diagnostic étiologique : piqure de puce contaminée à partir d’un rongeur infecté par
Yersinia pestis, bactérie coccobacille gram négatif

IV. TRAITEMENT
A. Curatif
1. Buts
 Guérir la maladie
 Eviter l’extension et la localisation secondaire
 Eviter les formes graves

2. Moyens : médicaux
a. Non médicamenteux
 Hospitalisation en urgence en service spécialisé
 Isolement
 Repos au lit strict
 Pose de VVP + réhydratation IV
 O2

b. Médicamenteux
Antibiothérapie
 En 1ère intention : Streptomycine 50 mg/kg/j (3g/24h chez l’adulte) en 2 injections IM ou
IV pendant les 3 1ers jours puis 20 mg/kg/j (2g/24h) les 7 jours suivants. Durée totale : 10j
 Alternative :
 Gentamycine 3mg/kg en 2 injections IV pendant 10j
 Doxycycline ou FQ (ofloxacine, ciprofloxacine)
T3 local : application locale de glycérine sur le bubon : effet antalgique

3. Indications
 Peste bubonique : T3 immédiat des cas suspects par ATBT3 curative
 Peste pulmonaire et septicémique :
 T3 immédiat des cas suspects
 Isolement du patient
 ATBT3 curative
 ATB prophylaxie des sujets contacts

4. Résultats
 Peste bubonique : si délai de PEC ˂ 72h, guérison dans 100% des cas
 Peste pulmonaire : si délai de PEC ˂ 24h, guérison dans 90% des cas

5. Surveillance
 Surveillance épidémiologique des cas suspects
 Clinique : syndrome infectieux, signes de choc, bubon, EG
 Paraclinique : NFS, VS

B. Préventif
1. Prévention primaire
 Contrôle des rongeurs et des puces
 Formation des personnels de santé
 Mise en place de structures sanitaires, en particulier, les laboratoires
 Education de la population

2. Prévention secondaire : système d’alerte et de riposte


 Surveillance épidémiologique des cas suspects
 Déclaration obligatoire
 Isolement des patients infectés
 Chimio-prophylaxie des sujets contacts : Gentamycine 3mg/kg en 2 injections IV/j pendant 7j
 Désinsectisation immédiate (DDT)
 Si décès : inhumation sur place et mise en bière
 Lutte anti-réservoir et anti-vectorielle combinée

V. CONCLUSION

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