Master II Langue & Culture
Matière : Analyse discursive Semestre 3
Autour de la notion de discours :
Le discours est un langage pris en charge et déployé par un sujet parlant. La prise de parole
est alors vue comme une forme d’action. Le terme « discours » revêt une pluralité
d’acceptions complémentaires même opposées quelquefois. On peut citer :
- Le discours comme concept opposé à la phrase du moment qu’il est lui-même
composé de plusieurs phrases.
- Le discours comme l’opposé de l’énoncé.
- Le discours contraire du récit ou de l’histoire.
Le concept en question s’avère être un phénomène langagier complexe a définir tant les
théories différent et affichent la difficulté d’en proposer une définition complète.
Il existe ainsi une multitude de définitions du discours, la signification tend à varier en
fonction de l’approche langagière adoptée et des mouvements linguistiques. Emile Benveniste
distingue le discours de l’histoire, cette dernière correspond d’après lui à « la présentation de
faits survenus à un certain moment du temps, sans aucune intervention du locuteur dans le
récit. (…) Personne ne parle ici ; les événements semblent se raconter eux-mêmes. »
(Benveniste, « Problèmes de linguistique générale », 1966 : p.239-241). Le discours est vu
comme « toute énonciation supposant un locuteur et un auditeur et chez le premier l’intention
d’influencer l’autre en quelque manière » (Benveniste, p. 241-242). Cette définition de
Benveniste rejoint la pensée saussurienne qui conçoit le discours comme une langue en
action : l’énonciation permet à cette possibilité qu’est la langue de se mouvoir en instance de
discours.
Dominique Maingueneau définit le discours par opposition au récit : « appartiennent au
discours les énoncés oraux ou écrits référés à l’instance d’énonciation, c’est-à-dire
comportant des embrayeurs. Appartiennent en revanche au récit les énoncés, presque
toujours écrits, qui ne contiennent aucune référence à l’instance d’énonciation, sont
dépourvus d’embrayeurs (je-tu-le présent, etc.) : ils ne sont donc compatibles qu’avec la non-
personne. » (Maingueneau, « Approche de l’énonciation en linguistique française », 1981 :
p.51) Il est d’évidence donc que la différence entre récit et discours repose dans un premier
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temps sur la présence et l’absence d’embrayeurs, mais aussi sur la modalisation, c’est-à-dire
la manière dont l’énoncé est assumé par le locuteur (exclamations, présence subjective, etc.)
Le théoricien conçoit dès lors le discours comme une suite d’énoncés en « situation de
communication ».
L’analyse discursive ne pourrait être dissociée de l’analyse des éléments suivants : la
situation d’énonciation avec l’énonciateur et son énonciataire (locuteur et allocutaire),
contexte spatio-temporel de la communication, la visée illocutoire ou l’intention
communicative du locuteur, l’objet du discours, le référent partagé par les deux interlocuteurs
en lien avec les données culturelles, linguistiques, référentielles, etc.
Le discours est donc un fait langagier qui suppose l’usage de la langue par un énonciateur
lequel l’adresse à un énonciataire une fois qu’il aura opéré certaines manœuvres énonciatives.
Jean-Michel Adam définit le discours comme suit : « Un discours réel se caractérise par sa
dominante (argumentative, par exemple) et par le mélange de séquences de types différents
(pas de narration sans description, une argumentation recourt souvent au récit, à
l’explication et à la description, etc.). » (Adam, « Le récit », 1990 : p.10).
William Henne oppose le discours au récit : « Le discours, c’est lorsque l’auteur, ou
l’instance d’énonciation (le narrateur), se font sentir : lorsqu’on perçoit ses intentions, ses
partis-pris. A chaque fois que le récit propose un sens autre en plus du sens narratif, cela
relève du discours, par exemple un sens symbolique, esthétique, poétique, parabolique,
philosophique, moraliste, etc. c’est le racontant, tandis que le récit c’est le raconté. » (Henne,
« Récit/discours », 2008). Cette vision donne à comprendre que récit et discours ne peuvent
point être séparés. Il s’agit du coup de visualiser la langue (un répertoire qui englobe tous les
mots et expressions) comme une somme de données virtuelles rendues tangibles par
l’intermédiaire d’opérations discursives destinées à rendre cette langue vive. Dans cette
optique, le discours devient l’exploitation orale ou écrite de la langue par un sujet parlant,
dans un contexte défini et avec des intentions précises notamment celle de communiquer un
message à l’allocutaire.
En outre, la fabrication d’un discours convoque trois instances nécessaires à l’édification du
sens : le sujet énonciateur, le sujet énonciataire et un « message » dont la finalité peut
varier (influencer, persuader, dénoncer, faire adhérer, émouvoir, etc.
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