On retrouve dans cette liste les 3 pays arabes qui ont renoncé au système des
pétrodollars pour vendre leur pétrole et les ennemis « traditionnels » d’Israël.
Cette intention avait aussi été évoquée dans le message attribué à Oussama Ben
Laden et diffusé le 16 février 2003, par l’entremise d’une cassette audio et
communiquée à l’agence de presse Islamic Al-Ansaar, basée en Grande-
Bretagne26 :
Il est clair que les préparations d’attaques contre l’Irak
font partie d’une série d’attaques planifiées contre des nations
de la région, qui incluent la Syrie, l’Iran, l’Égypte et le
Soudan.
Ce sont apparemment les échecs – pour ne pas dire les défaites – subies par
les Américains en Irak, en Afghanistan et en Libye qui ont finalement perturbé
cette planification. Par la suite, comme nous le verrons, l’existence d’un plan
spécifique pour déstabiliser la Syrie sera également confirmée par l’ex-ministre
des Affaires étrangères, Roland Dumas.
De ces éléments, on peut retirer deux observations essentielles :
- Premièrement, il est aujourd’hui établi que l’épisode des armes de
destruction massive irakiennes n’était qu’un écran de fumée et que la guerre en
Irak était déjà prévue de longue date, comme le seront plus tard les interventions
en Libye et en Syrie. Mais outre le fait que les États-Unis ont systématiquement
menti à leurs alliés afin de les entraîner dans des conflits servant leurs propres
intérêts, il est frappant de constater l’incapacité de ces alliés à détecter les
mystifications et à avoir une capacité analytique indépendante.
- Deuxièmement, on observe que les mécanismes structurels ou
institutionnels, au sein des démocraties occidentales, ne suffisent pas à infléchir
les décisions de l’exécutif pour partir en guerre, même si les raisons sont
fallacieuses. En 2003, l’opposition française à la guerre en Irak était alors
empreinte de bon sens, mais elle ne semble pas avoir été appuyée de manière
décisive par des éléments de renseignement sur la situation en Irak.
Malgré les multiples théories du complot qui tentent d’expliquer la stratégie
américaine, la réalité semble être plus prosaïque. Les diverses guerres dans
lesquelles les États-Unis s’impliquent bruyamment – et qu’ils perdent d’ailleurs
presque systématiquement – ne sont pas conduites selon une stratégie définie,
mais à travers un ensemble d’engagements tactiques, guidés par un mélange
d’arrogance, une surestimation de leurs capacités, une propension quasi-marxiste
à propager un système politique et économique qu’ils pensent être le meilleur et,
surtout, une énorme incapacité à en comprendre la vraie nature.
ISRAËL
La logique de la violence islamiste, même si elle diffère profondément de la
logique occidentale, est relativement simple à saisir et s’appuie sur des
constantes culturelles (et religieuses) connues, qui ont une cohérence propre. La
difficulté de l’Occident à rapprocher cette logique de la sienne propre génère une
asymétrie, que nous définirons plus loin, et une difficulté fondamentale pour les
stratèges occidentaux à maîtriser la violence. En revanche, la logique avec
laquelle Israël combat le terrorisme est plus difficile à saisir. Elle est le fruit
d’une manière de penser plus ambiguë, capable de jouer sur plusieurs tableaux à
la fois, qui s’appuie sur un pragmatisme et une confiance en soi exacerbés.
De fait, Israël est le seul pays du monde à n’avoir pas su juguler la menace
terroriste en plus de 60 ans. Des centaines de terroristes ont été tués, des milliers
de maisons détruites, mais les groupes armés se sont multipliés et se sont
radicalisés au fil des ans. Il n’y a pas de fatalisme ici. Travaillant dans un
véritable carcan idéologique, les autorités et les services de renseignement n’ont
pas créé les outils nécessaires à la lutte contre le terrorisme au niveau
stratégique. La lutte est donc menée avec une certaine efficacité au niveau
tactique, mais tend à générer davantage de terrorisme. Que ce mécanisme, qui
est clairement observable, soit le résultat d’un aveuglement ou, au contraire, le
fait d’un machiavélisme cynique, est un débat qui sort du cadre de cet ouvrage.
Ce qui est certain, c’est que la politique régionale et sécuritaire d’Israël depuis sa
création a été de nature déstabilisante.
Pourtant, Israël se place dans une perspective stratégique fondamentalement
distincte de celle des pays occidentaux, en théorie tout au moins. Depuis plus de
60 ans, le pays mène une « politique du pire » à l’égard de ses voisins, qui
favorise les mouvements extrémistes, mais empêche les cohésions nationales et
rend difficile la constitution d’éventuelles coalitions arabes capables de
« rejeter » sa population à la mer. Cette politique est exactement celle qui a été
appliquée aux relations israélo-palestiniennes. Alors qu’en Europe a prévalu
l’idée que la paix et la sécurité résultent de la stabilité et de la coopération entre
voisins, Israël a construit sa sécurité en accentuant et stimulant les divisions
entre Arabes. Malgré cette divergence stratégique, pour des raisons diverses,
l’Occident a maintenu son soutien à la politique israélienne.
Une Histoire entre mythes et réalités
Le regard que les pays occidentaux, États-Unis en tête, portent sur Israël est
largement acritique. Il est alimenté par une connaissance très imparfaite de la
genèse de l’État d’Israël, qui a induit une dissymétrie profonde dans notre
lecture du conflit palestinien. Portés par la compassion et encouragés par la
dynamique de la guerre froide, les pays occidentaux ont fermé les yeux sur des
événements et des crimes du jeune État hébreu, dont le souvenir reste très vivace
chez les Palestiniens.
Pour des raisons historiques et juridiques, l’Occident peine à sortir d’une
logique manichéenne pour comprendre la position palestinienne, très largement
perçue sous l’angle de la lutte contre le terrorisme. Comme nous l’avons vu plus
haut, les notions de terrorisme (mode d’action) et de résistance à une occupation
(finalité de l’action) ne sont pas nécessairement antinomiques. Or, l’histoire des
Palestiniens est en premier lieu l’histoire d’une résistance, qui a été poussée vers
le terrorisme en raison du désintérêt de la communauté internationale, et d’une
dynamique de la guerre froide où les Pays de l’Est cherchaient à créer et à
exploiter les faiblesses de l’Occident.