Antiparasitaires externes pour carnivores
Antiparasitaires externes pour carnivores
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MOTS CLÉS Résumé Les antiparasitaires externes employés chez les carnivores domestiques ont
Insecticide ; évolué ces dernières années non seulement sur le plan des molécules mais aussi en ce qui
Acaricide ; concerne les formulations galéniques et la pharmacocinétique. Les anciens groupes
Rémanence chimiques au premier rang desquels les organophosphorés et les pyréthrinoïdes ont été
d’activité ; supplantés par les phénylpyrazolés (fipronil) ou les néonicotinoïdes (imidacloprid). Outre
Innovation
les insecticides-acaricides proprement dits, les inhibiteurs de croissance des insectes et
des acariens sont apparus. Ils sont représentés soit par les analogues de l’hormone
juvénile (pyriproxyfène, (S)-méthoprène) soit par les inhibiteurs de la synthèse de chitine
(lufénuron). Ces « IGR » (insect growth regulator) sont utilisés sur l’animal ou dans
l’environnement, seuls ou en association avec des insecticides-acaricides. La notion de
traitements antiparasitaires a évolué vers la notion de prévention grâce à l’apparition de
formulations ayant une persistance d’activité. Parallèlement, la facilité d’utilisation a
été améliorée par le développement des solutions cutanées pour dépôt ou spot on. Les
vétérinaires, comme les propriétaires, disposent aujourd’hui d’une diversité de choix
avec des formulations qui ont gagné en efficacité, en durée d’activité, mais aussi en
tolérance et en absence de toxicité. La combinaison des insecticides et des IGR permet
aujourd’hui d’envisager la mise en place de plans de lutte intégrée, notamment contre les
puces.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Abstract The external antiparasitic drugs used in pets have evolved these last years, not
KEYWORDS only regarding the active ingredients but also with respect to formulations and pharma-
Insecticide;
cokinetics. The old chemical groups like organophosphorates and pyrethroids have been
Acaricide;
Long acting;
supplanted by new compounds such as phenypyrazoles (fipronil) or neonicotoinoids
Innovation (imidacloprid). Beside insecticidal and acaricidal molecules, Insect Growth Regulators
(IGRs) have appeared and are increasingly used. They are divided in two groups, the
juvenile hormone analogues (Pyriproxyfen, (S) -methoprene) and the inhibitors of the
chitine synthetase (lufenuron). These IGRs are used either in the environment or in pets
(topically or by oral administration), alone or in the majority of cases in combination with
insecticides. The notion of insecticidal treatment has changed towards the concept of
prevention. This change was possible after the development of long-acting formulations
which provide at least one month of protection. In parallel, their utilization has been
facilitated by new formulations, especially the development of the “spot on”. The
veterinarians as well as the pet owners have now a wide diversity of products, with new
molecules, new formulations but also very good safety. The combination of insecticides
and IGRs allow the veterinarians to advise Integrated Pest Management Program, espe-
cially Integrated Flea Control.
© 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.
Tableau 3 Résumé des principaux insecticides-acaricides et insect growth regulator (IGR) employés chez les carnivores.
Principes actifs Spécialités et présentations Mode d’action Indications
Organochlorés Entrée de Na+ dans les cellules
nerveuses
Lindane Véticide®, solution Spectre insecticide-acaricide large
Organophosphorés Inhibiteurs de
l’acétylcholinestérase
Dichlorvos + Tiquanis®, spray Insecticide-acaricide non rémanent
fénitrothion
Diazinon Dimpygal®*, solution Insecticide-acaricide non rémanent
Préventef®, collier Prévention des pulicoses
Fenthion Tiguvon®, spot on systémique Prévention de l’infestation par les
puces
Carbamates Inhibiteurs de
l’acétylcholinestérase
Bendiocarb Prévenpuce®, collier Prévention des infestations par les
puces
Carbaryl Carbyl®, poudre Insecticide non rémanent
Tigal®, poudre
Propoxur Bolfo®, poudre Insecticide non rémanent
Formamidines Interaction avec le système
noradrénergique (octopamine) des
acariens
Amitraz(e) Ectodex®, solution Acaricide strict : effet tique et
Préventic®, collier Demodex
Pyréthrinoïdes Entrée Na+ des cellules nerveuses
Perméthrine Pulvex®, shampooing Insecticide-acaricide non
Puce Stop®, spray rémanent. Sensibilité particulière
du chat, risque d’intoxication
Defendog®,
Duowin® (association avec le
pyriproxyfène)
Deltaméthrine Scalibor® (collier) Action antitique (effet répulsif sur
les phlébotomes)
Fluméthrine Kiltix® (collier) Action antitique
Phénylpyrazolés Blocage des canaux ions Cl- des
cellules nerveuses, effet
antagoniste du GABA
Fipronil Frontline®, pump spray Insecticide-acaricide à large
Frontline®, spot on à effet de spectre, rémanent (activité de 1 à
surface 2 mois sur les puces).
Frontline Combo® +
(S)-méthoprène
Chloronicotinyl-nitroguanidines Fixation sur les récepteurs
nicotiniques postsynaptiques à
l’acétylcholine
Imidacloprid Advantage®, spot on à effet de Insecticide rémanent, prévention
surface de l’infestation par les puces
(activité de 1 mois), pas d’effet
Advantix®, spot on (+ acaricide sauf en association avec
perméthrine) la perméthrine. Agit par contact.
Nitenpyram Capstar®, comprimés Insecticide à action rapide, action
uniquement systémique, faible
demi-vie : mort des puces
30 minutes après le repas, durant
24 heures.
Avermectines/ Fixation sur un récepteur
milbémycines spécifique des canaux Cl- (proche
du récepteur au glutamate), effet
GABA mimétique par entrée de Cl
142 F. Beugnet
Tableau 3 (suite)
Principes actifs Spécialités et présentations Mode d’action Indications
Moxidectine Advocate®, spot on (+ Action systémique sur les puces et
imidacloprid) certains acariens (agents de gale) +
effet sur certains nématodes
Sélamectine Stronghold®, spot-on Action systémique sur les puces et
certains acariens (agents de gale) +
effet sur certains nématodes
Milbémycine Interceptor®, comprimés Action systémique sur certains
oxime acariens (agents de gale et
Sentinel®, comprimés (association
Demodex), + effet sur certains
au lufénuron)
nématodes
IGR (Insect Growth
Regulator)
Analogue de Inhibiteur de ponte, inhibiteur des
l’hormone mues larvaires, action par contact
juvénile
Méthoprène Frontline Combo® (+ fipronil)
(S-méthoprène)
Pyriproxyfène Duowin® (avec perméthrine) Plus rémanent que les insecticides
vrais, prolonge l’action des
Cyclio® topiques insecticides, décroissance
plus rapide des populations de
puces dans l’environnement,
Advantage plus® (+ imidacloprid), augmente la durée de vie des
(non commercialisé en Europe) insecticides en inhibant
l’émergence des chimiorésistances
Inhibiteur de la Inhibiteur de l’éclosion des puces,
chitine synthétase mortalité lors des mues, action
systémique, ingestion par les
insectes
Lufénuron Program®, comprimés, suspension « Stérilisation » des puces, aide à
orale ou injectable la décroissance des populations de
Sentinel® (association avec la puces
milbémycine oxime)
GABA : acide gamma-aminobutyrique.
l’emploi des organochlorés est restreint au lindane rés ne sont pas rares et sont décrits partout dans le
ou hexachlorocyclohexane. monde, vis-à-vis des mouches, des insectes ram-
Seul le chien est concerné, avec la possibilité pants, mais aussi des tiques ou des puces.
d’utiliser des solutions de lindane pour le traite- Les organophosphorés, en dehors de formes galé-
ment de la gale sarcoptique, de l’infestation par les niques particulières, n’ont pas une grande réma-
tiques ou d’autres acarioses : cheylétiellose, trom- nence (de l’ordre de quelques jours), par consé-
biculose. Le lindane reste également présent dans quent ils n’ont pas le risque d’engendrer des
de nombreuses spécialités destinées au traitement résidus dans l’organisme des animaux traités ou de
des otites et plus spécifiquement de la gale des polluer l’environnement. Ils sont assez rapidement
oreilles à Otodectes cynotis. hydrolysés dans l’environnement (rémanence de
quelques semaines sur des surfaces inertes, beau-
Organophosphorés (Fig. 2) coup plus courte en cas de présence de matières
Les organophosphorés ont une action anticholines- organiques).
térasique qui se solde par une accumulation d’acé-
tylcholine. Ce neuromédiateur a une activité de Ils ne sont pas dénués de toxicité (activité de
stimulation postsynaptique. Les acariens et insec- type parasympathomimétique) chez les mammifè-
tes présentent donc une hyperactivité précédent res et il faudra veiller à éviter tout surdosage ou
leur mort. Leur spectre d’activité est large incluant ingestion accidentelle, pour les colliers par exem-
à la fois les insectes et les acariens. Du fait de leur ple.
utilisation depuis de nombreuses années (première L’antidote spécifique de l’intoxication par les
commercialisation dans les années 1950), les phé- organophosphorés est l’atropine. Le chat y est
nomènes de chimiorésistance aux organophospho- beaucoup plus sensible que le chien.
Antiparasitaires externes chez les carnivores domestiques 143
CH3
HC N N N CH 3
3
CH 3 CH 3
HO
CH3
CH3 N NH HO CH NH 2
CH 3
tiques au cours de leur gorgement. Il interfère avec Un traitement spécifique est possible avec un
le système adrénergique, en provoquant une inhi- a2-antagoniste. L’atipamézole est employé à la
bition des monoamineoxydases, bloquant ainsi la posologie de 0,2 mg kg–1 par voie intramusculaire,
synthèse de l’octopamine, au rôle neurohormonal un relais est ensuite pris avec la yohimbine (0,1 mg
important chez les acariens. kg–1 per os pendant 5 jours). Un traitement symp-
Les parasites arrêtent de se nourrir, les tiques tomatique y est associé.
stoppent leur repas puis se détachent et tombent. Si des intoxications sont observées chez les
La reproduction est altérée, la prolificité est forte- chiens lors d’ingestion accidentelle des colliers im-
ment réduite et la plupart des œufs pondus ensuite prégnés d’amitraze, elles sont exceptionnelles lors
n’éclosent pas. L’amitraze agit plus lentement que de l’emploi en lotion acaricide, aux posologies thé-
les autres insecticides/acaricides, par un effet sub- rapeutiques. Il est néanmoins déconseillé de l’em-
létal. ployer sur les femelles gestantes ou allaitantes, les
L’interaction de l’amitraze avec le système chiots de moins de 3 mois et sur les animaux débi-
adrénergique se retrouve lors d’intoxication des lités.
carnivores. L’amitraze a un effet a2-agoniste chez Le chat est très sensible à l’amitraze et il est
les mammifères. Il se place en première place des
déconseillé de l’employer dans cette espèce. Le
accidents médicamenteux chez les carnivores do-
léchage et un passage transcutané peuvent entraî-
mestiques avec environ 14 % des cas recensés par
ner des troubles marqués.
les centres de pharmacovigilance. Cependant, il
Les rongeurs (rats, souris, cochons d’Inde) n’ont
s’agit quasi exclusivement des colliers à l’amitraze
pas de sensibilité particulière à l’amitraze. Seule
qui en sont responsables, lors d’ingestion, de mâ-
chonnement ou de succion. L’intoxication se carac- l’ingestion de fortes doses entraîne des symptômes
térise par un effet a2-agoniste, proche de celui équivalents à ceux décrits chez les carnivores.
observé avec la xylazine ou la médétomidine. Les L’amitraze est aujourd’hui employée chez le
principaux symptômes sont : une hyperglycémie, un chien soit sous forme de colliers destinés au traite-
effet neurosédatif, plus rarement des troubles car- ment et à la prévention de l’infestation par les
diovasculaires (bradycardie, hypotension) et diges- tiques, soit sous forme de lotions destinées aux
tifs (vomissements, météorisme, anorexie). L’effet traitements des acarioses et en particulier de la
est persistant du fait du relargage progressif de démodécie canine.
l’amitraze contenu dans les colliers et de la demi-
vie du produit (environ 12 heures, soit une élimina- Pyréthrines et pyréthrinoïdes (Fig. 4)5
tion de 80 % en 4 jours environ, par voie urinaire Les pyréthrines naturelles sont des composés ex-
essentiellement). Du fait de son effet hyperglycé- traits à l’aide de solvants des capitules floraux du
miant, l’amitraze est contre-indiqué chez les ani- pyrèthre (espèce de chrysanthème, Chrysanthe-
maux diabétiques. Pour la même raison, les pro- mum cinerariaefolium, le pyréthtre de Dalmatie).
priétaires diabétiques doivent éviter tout contact Ces molécules sont des esters de l’acide chrysan-
avec le principe actif. thémique (pyréthrine I, jasmoline I et cinérine I) et
Antiparasitaires externes chez les carnivores domestiques 145
acide alcool
F
tefluthrin
F CH3
(20-35 mg/kg)
CF3 O
O
C F
Cl F
phenoxybenzyl alcohol
perméthrine O
Cl O
(4000 mg/kg) C O
Cl
R1 O
O
C O
R2 CN
O O
Cl CH C R CF3 NH CH C R
Cl
Type 2: α-cyano-3-phénoxybenzyl
Figure 4 Pyréthrinoïdes.
des esters de l’acide pyréthrique (pyréthrine II, Dans les années 1970, une seconde génération de
cinérine II, et jasmoline II). pyréthrines, photostables, a vu le jour. Elles sont
Des modifications de l’acide chrysanthémique douées d’une rémanence de plusieurs semaines sur
ont conduit, dès les années 1950, à l’apparition des le tégument ou dans l’environnement. En revan-
premières pyréthrines synthétiques : che, l’absence de stockage dans les tissus animaux
• alléthrine ; permet leur emploi sans délai d’attente ou avec des
• bioalléthrine ; délais courts chez les animaux de rente.
• tétraméthrine ; Les principales pyréthrinoïdes de 2e génération
• resméthrine ; sont :
• bioresméthrine ; • perméthrine ;
• kadéthrine. • cyperméthrine ;
Cette première génération regroupe des molécu- • fenvalérate ;
les peu photostables, vites dégradées à la lumière. • flucythrinate ;
Leur rémanence de quelques jours en a restreint • deltaméthrine ;
l’utilisation à des sprays insecticides essentielle- • fluméthrine ;
ment employés dans les habitations. • cyfluthrine.
146 F. Beugnet
Les pyréthrines et pyréthrinoïdes agissent par tale, extrait de légumineuses exotiques (Derris el-
contact ou ingestion sur les insectes et acariens. liptica et Lonchocarpus nicou). Son mode d’action
Leur mode d’action semble très proche de celui des se fait sur les mitochondries, provoquant un décou-
organochlorés, avec une ouverture des canaux so- plement des phosphorylations oxydatives. On re-
dium d’où une dépolarisation membranaire. L’ac- trouve cette molécule sous forme de lotions ou de
tion rapide sur les ganglions cérébraux des insectes, poudres. La roténone est photosensible et a une
en particulier pour les pyréthrines naturelles ou de action très fugace.
première génération, se solde par une première
phase dite de « stupeur » des insectes qui sont Néonicotinoïdes (ou chloronicotinylguanidines) :
« tétanisés ». C’est l’effet knock-down, qui peut imidacloprid et nitenpyram (Fig. 5)
être réversible. La seconde phase, qui, seule, peut Les néonicotinoïdes agissent comme des agonistes
être présente avec les pyréthrines de seconde gé- sur les récepteurs postsynaptiques nicotiniques à
nération est une hyperexcitation liée à l’action sur l’acétylcholine, principalement au niveau des mo-
les nerfs périphériques, entraînant des mouve- toneurones.6 Il s’agit de molécules insecticides spé-
ments rapides, brefs et incohérents, et se soldant cifiques qui n’ont pas d’action sur les acariens. Ils
par la mort de l’insecte. sont dérivés de l’observation de l’activité insecti-
L’effet knock-down a essentiellement été étudié cide de la nicotine, qui ne pouvait être utilisée du
sur les mouches. Il n’est pas connu chez les aca- fait de sa toxicité sur les mammifères. Ces compo-
riens. sés induisent une dépolarisation membranaire in-
Les pyréthrinoïdes sont à la fois insecticides et tense, d’où une paralysie spastique des insectes.
acaricides, avec des variations selon les molécules. L’imidacloprid comme le nitenpyram ont pour cible
La perméthrine est assez mixte tandis que la delta- un récepteur spécifique des insectes, ce qui expli-
méthrine et la fluméthrine sont avant tout acarici- que leur très grande marge de sécurité chez les
des. mammifères, chat, chien et homme.
Ces molécules sont assez volatiles et leur pré- L’imidacloprid est apparue dans le domaine phy-
sence autour des animaux traités est à l’origine tosanitaire en 1992. Cette molécule est lipophile et
d’un effet répulsif (« repellent ») vis-à-vis des H3C O
insectes volants (moustiques, phlébotomes) ou des
tiques. Cet effet « repellent » est variable selon les C
H3 C N+ CH3
molécules, les formulations et les conditions : ani- O
mal à l’intérieur dans un petit ou un grand volume,
animal à l’extérieur, présence de vent ou non... CH3
Les pyréthrinoïdes ont une relativement faible acétylcholine
toxicité chez les mammifères (sauf cas particuliers)
mais sont en revanche très toxiques pour les verté- N
CH3
brés poïkilothermes, en particulier les poissons.
N
La métabolisation des pyréthrinoïdes fait appel à
une première phase oxydative (notamment à l’aide
des oxydases hépatiques à fonction mixte, cyto- nicotine
chrome P450 dépendantes), puis à une phase de
conjugaison, en particulier de glucuronoconjugai- NH
sons. Les félins, dont le chat domestique, ont une O
-
N
déficience physiologique en enzyme de glucurono- +
Cl N N
conjugaison, ce qui explique leur sensibilité aux
N O
pyréthrinoïdes, tout particulièrement à la per-
méthrine, ce qui n’est pas le cas chez le chien, les imidaclopride
rongeurs-lagomorphes ou même l’homme. O
Les pyréthrinoïdes sont employées sur les chiens
sous forme de sprays, de shampooings, de lotions ou
de spot on. Elles sont utilisées dans l’environne- N
O
ment, parfois associées à des inhibiteurs de déve- N
loppement des insectes, sous forme de sprays, de
N R1 R2
diffuseurs, ou parfois de solutions pour les bâti- Cl
ments ou les jardins.
Proche des pyréthrines naturelles, il faut signa- nitenpyram
ler la roténone qui est un acaricide d’origine végé- Figure 5 Imidaclopride et nitenpyram.
Antiparasitaires externes chez les carnivores domestiques 147
photostable. Après application sur la peau, elle va Le spectre d’activité est très large, comprenant
se diffuser, via la couche superficielle lipidique, sur les insectes (puces, poux) mais aussi les acariens
l’ensemble du pelage en approximativement (agents de gales, cheylétielles, aoûtats et tiques).
24 heures. Elle est ensuite stockée dans les lipides Cette molécule est lipophile et photostable.
et les glandes sébacées, avec un effet de relargage Après application d’un spot on sur la peau, elle va
continu. En formulation « spot on », la rémanence diffuser via la couche superficielle lipidique sur
d’activité sur le pelage des chats ou des chiens est l’ensemble du pelage en approximativement
de l’ordre de 1 mois. Sa lipophilie permet à la 24 heures. Elle est ensuite stockée dans les lipides
molécule de conserver son activité sur des animaux et les glandes sébacées, qui servent de réservoir,
soumis à la pluie ou à des shampooings. avec un effet de relargage continu. En formulation
Elle agit par contact et les insectes, puces ou « spot on » ou en spray, la rémanence d’activité sur
poux, meurent rapidement. La majorité des publi- le pelage des chats ou des chiens varie de 15 jours
cations indiquent une mortalité des puces en envi- (tiques chez le chat) à 2 mois (puces chez le chien).
ron 8 heures, en tous les cas avant 24 heures. Elle est de 1 mois pour les puces chez le chat et les
Le nitenpyram est apparu plus récemment.7,8 tiques chez le chien. La lipophilie du fipronil per-
Bien qu’il agisse par le même mode d’action, c’est met à la molécule de conserver son activité sur des
un insecticide systémique et non de contact. Il est animaux soumis à la pluie ou à des shampooings
administré aux carnivores par voie orale, sous fréquents.
forme de comprimés. Il est très rapidement ab- Agissant par contact, les insectes, puces ou
sorbé, avec un pic plasmatique obtenu entre 30 mi- poux, et les acariens (tiques) meurent rapidement.
nutes et 2 heures après administration. Il est en La majorité des publications indiquent une morta-
revanche éliminé très rapidement via les urines lité des puces en environ 6 heures, en tous les cas
(demi-vie de 4 heures chez le chien et de 8 heures avant 24 heures et des tiques en 8 à 12 heures, en
chez le chat) et disparaît en environ 2 jours. Lors de tous les cas avant 48 heures.
leur repas sanguin, les puces ingèrent le nitenpy-
ram et meurent dans les 15 à 30 minutes qui sui- Macrolides antiparasitaires
vent. Il s’agit donc d’un insecticide systémique non (avermectines/milbémycines) (Fig.7)
À côté des insecticides-acaricides au sens strict,
rémanent à action rapide.
une nouvelle classe de molécules est apparue dans
les années 1980 chez les animaux de rente puis
Phénylpyrazolés : fipronil (Fig. 6)
s’est développée. Il s’agit des avermectines/
Le fipronil a d’abord été employé dans le domaine
milbémycines ou macrolides antiparasitaires.10 Ces
phytosanitaire, ensuite en médecine vétérinaire à
molécules sont qualifiées d’endectocides car elles
partir du milieu des années 1990.5,9 Il agit par
ont un spectre d’action sur les nématodes parasites
fixation sur le récepteur à GABA entraînant un
internes des mammifères, mais aussi sur certains
blocage de l’ouverture des canaux chlore et par
parasites externes comme les poux ou les agents de
conséquent une hyperactivité neuronale. Il agit par
gales, parfois les puces.
contact sur les arthropodes qui meurent par hyper-
Les avermectines/milbémycines ont une action
excitation.
GABA mimétique par fixation sur un récepteur au
Les récepteurs cibles sont spécifiques des arthro-
podes d’où une marge de sécurité très élevée chez OCH 3
les mammifères. HO
CH 3 CH 3
F
F F
O O O
C H3C
O S CN O
H3C
H2 N N O O
N
OH
Cl Cl
O
CH 3
H
CF3 NOH
fipronil sélamectine
Figure 6 Fipronil. Figure 7 Avermectines/milbémycines.
148 F. Beugnet
glutamate situé près des canaux chlore. Par consé- ment douvicides, peuvent avoir une efficacité sur
quent, les canaux chlore sont ouverts et les neuro- les arthropodes hématophages.
nes inhibés d’où une mortalité par paralysie. C’est le cas du closantel et du nitroxinil. Ils sont
Après administration par voie sous-cutanée ou en utilisables chez les carnivores dans le traitement de
spot on, les avermectines ont une circulation plas- parasitoses particulières comme la linguatulose (in-
matique et un stockage dans les cellules graisseu- festation par un crustacé parasite, Linguatula
ses. L’élimination se fait progressivement, essen- rhinaria) ou certaines myiases.
tiellement par voie fécale. Le butoxide de pipéronyle est un inhibiteur des
Hors autorisation de mise sur le marché (AMM), oxydases qui se retrouve dans la majorité des for-
l’ivermectine a été beaucoup utilisée dans le trai- mulations insecticides-acaricides dont le principe
tement des gales sarcoptique ou des oreilles. Par actif est une pyréthrinoïde. Il est employé seul dans
voie injectable ou par voie orale, elle l’est encore quelques solutions auriculaires destinées à traiter
pour le traitement des démodécies réfractaires à la gale des oreilles.
l’amitraze. Action mécanique : dans certains pays, des trai-
Depuis peu, la sélamectine est utilisable chez le tements de l’environnement à base de poudre com-
chien et le chat, sous forme de spot on dans le posée de sels de silicate sont commercialisés. Leur
traitement et/ou la prévention de certaines ecto- activité repose sur leur pouvoir abrasif de l’épicu-
parasitoses (pulicose, gale sarcoptique du chien, ticule des insectes.
gale des oreilles). La moxidectine sera disponible
en association avec l’imidacloprid pour les mêmes Inhibiteurs de croissance (IGR, « Insect
indications. Growth Regulator ») ou de développement
La milbémycine oxime est employée sous forme des arthropodes5 (Fig. 8)
de comprimé dans le traitement de la démodécie
canine. Les régulateurs de croissance des insectes (IGR)
Les antiparasitaires externes disponibles sur le sont des molécules interférant avec les hormones
marché sont nombreux (Tableau 2), néanmoins, ou certaines enzymes et à l’origine d’une inhibition
excepté l’imidacloprid, le nitenpyram et le fipro-
nil, la majorité des molécules sont anciennes. Inhibiteur de la chitine synthétase : lufénuron
En termes de marché, trois molécules (fipronil,
imidacloprid et sélamectine) font plus de 80 % de F F
l’ensemble des antiparasitaires externes vendus F
O F C
par les vétérinaires. F
C O Cl F CH
À côté des spécialités basées sur un principe
actif, des combinaisons sont aujourd’hui dévelop- N C C
pées comme : F H N O F
• l’association fipronil + (S)-méthoprène per- H
mettant un meilleur contrôle des puces par une Cl
rémanence prolongée et une action sur les
Analogues de l’hormone juvénile :
stades larvaires ;
O
• la combinaison imidacloprid + perméthrine,
permettant d’acquérir un spectre d’activité
O
sur les tiques que l’imidacloprid n’a pas ; O
• la combinaison imidacloprid + moxidectine*, Hormone juvénile III
permettant d’obtenir un spectre d’action
élargi aux nématodes parasites internes mais O O
aussi aux agents de gale (gale sarcoptique, gale
des oreilles). O
méthoprène
Insecticides non neurotoxiques2,3 O
O
Certains inhibiteurs des phosphorylations oxydati- N O
H
ves, utilisés comme anthelminthiques, essentielle-
O
Fenoxycarb
* non encore commercialisée en Europe
Figure 8 Insect growth regulator (IGR).
Antiparasitaires externes chez les carnivores domestiques 149
du bon déroulement de l’organogenèse ou de la L’isomère (S) est le seul actif. Ses propriétés de
reproduction chez les insectes et/ou les acariens. lipophilie et de rémanence lui permettent d’avoir
Leur première utilisation fut dans la lutte contre une action persistante et d’agir sur les œufs issus
les insectes nuisibles (blattes) et les insectes vec- de puces qui, en fin d’activité du fipronil, ne sont
teurs d’agents pathogènes (moustiques), puis plus tuées en totalité et peuvent donc pondre.
contre les insectes parasites ou prédateurs de végé- Le pyriproxyfène est employé seul en spot on
taux. (Cyclio®) ou en combinaison avec la perméthrine
Plus récemment des utilisations vétérinaires sont (Duowin spot on®, Duowin Spray®). Par ses caracté-
apparues, destinées aux animaux d’élevage (lutte ristiques de lipophilie et de rémanence, il agit
contre les diptères se reproduisant à partir des également sur les œufs issus des puces non tuées
fientes d’oiseaux, des lisiers de porcs, ou des fèces par la perméthrine.
de ruminants), aux carnivores domestiques, et plus
précisément à la lutte contre les puces. Inhibiteurs de la chitine synthétase
Les IGR peuvent être répartis en trois groupes : Ce sont des IGR qui agissent par un mode d’action
• les analogues de l’hormone juvénile ; non hormonal. Ils inhibent l’éclosion des œufs puis
• les inhibiteurs de la chitine synthétase ; les mues larvaires. Ils ont également une activité
• les autres IGR (inhibiteurs de l’hormone juvé- sur la fécondité et la prolificité des femelles. Ils
appartiennent à la famille des benzoyl-phényl-
nile, les analogues et les inhibiteurs de l’hor-
urées.12
mone de mue ou ecdysone, les inhibiteurs de la
En médecine vétérinaire, ces molécules sont uti-
synthèse protéique comme la cyromazine, es-
lisées dans l’environnement ou par administration à
sentiellement efficace sur les diptères).
l’animal.
Dans l’environnement est utilisé le flufénoxuron,
Analogues de l’hormone juvénile
Tiquanis habitat diffuseur et pulvérisateur®. Son
Ils entraînent une inhibition de la mue, par consé- action est rémanente de 4 à 6 mois. Il a une activité
quent l’apparition de larves hypertrophiées, géan- sur les puces, mais aussi sur les acariens de maison
tes, puis de nymphes et d’adultes non viables. Ce et les blattes.
sont les premières IGR à avoir été développées Pour l’administration à l’animal, on utilise le
(emploi du méthoprène sous forme de mélange lufénuron, Program®. C’est un IGR à action systé-
racémique dans la lutte anticulicidienne en 1970). mique en prise mensuelle. Du fait de sa rémanence
Les analogues de l’hormone juvénile agissent par (stockage dans les tissus graisseux et fixation aux
contact et par ingestion. Ils se retrouvent dans les protéines plasmatiques), toute puce prenant son
œufs des puces via les puces adultes ayant été en repas ingère une quantité suffisante de lufénuron
contact avec les principes actifs ou par passage pour s’en trouver stérilisée.
direct à travers la cuticule des œufs. La première Chez les bovins, le fluazuron, Acatak®, est em-
action est une inhibition d’éclosion des œufs. En- ployé en spot on dans la lutte contre la tique du
suite, ces analogues de la néoténine inhibent la bétail, Boophilus microplus, dans les pays de l’hé-
dernière mue larvaire (L3) qui conduit à la forma- misphère Sud ou de la ceinture intertropicale, en
tion des pupes. particulier l’Australie.
Ces analogues sont utilisés soit dans l’environne-
ment, sous forme de sprays ou de diffuseurs, soit Autres « insect growth regulator »
par application sur l’animal.11 Ils ne sont pas utilisés en pratique dans la lutte
Dans les habitations, on utilise : fenoxycarb, contre les arthropodes parasites des carnivores.
Parastop diffuseur®, Parastop aérosol® ; métho- Plusieurs voies de recherches sont actuellement
prène, Siphotrol spray®, Siphotrol pump spray® et explorées :
Siphotrol fogger®. Ils sont utilisés dans l’environne- • inhibiteurs des synthèses protéiques (notam-
ment, souvent associés à des insecticides classi- ment au niveau de la cuticule) ;
ques, en particulier des pyréthrinoïdes, et exercent • triazine (cyromazine), utilisée en élevage bo-
une activité rémanente de plusieurs mois (3 à vin, porcin ou aviaire. Elle peut être adminis-
6 mois). Des échecs sont souvent constatés, ils sont trée per os et se retrouve dans les fèces des
en fait dus à une mauvaise diffusion des produits animaux, inhibant alors le développement des
(par exemple dans les moquettes épaisses) et une moucherons nuisibles ;
difficulté d’atteindre les stades larvaires des para- • antagonistes de l’hormone juvénile = précocè-
sites (sous les fauteuils, entre les lattes de par- nes. Ces molécules ne sont pas commerciali-
quet...). sées ;
Sur l’animal, on peut utiliser la combinaison • inhibiteurs ou analogues de l’hormone de mue.
fipronil + (S)-méthoprène du Frontline Combo®. Ils ne sont pas commercialisés aujourd’hui.
150 F. Beugnet
efficaces sur les puces. Par voie systémique, actifs, en particulier le fipronil, l’imidacloprid, et
utilisation possible des comprimés de nitenpy- les avermectines milbémycines.19 Les molécules
ram, à action rapide mais non rémanente. Rap- plus anciennes restent encore utilisées, particuliè-
pelons que la perméthrine ou tout autre py- rement la permétrhine, principalement du fait de
réthrinoïde ne doivent pas être utilisés sur les leur caractère générique et accessible à un faible
chats ; coût.20 L’autre part de l’évolution s’est faite vis-à-
• administration de régulateur de croissance des vis du développement de galéniques associant faci-
insectes chez l’animal : lufénuron par voie lité d’utilisation et rémanence d’activité, comme
orale ou combinaison insecticide-IGR en spot les spot-on.
on ([S]-méthoprène, Frontline Combo®, pyri- Les nouveaux produits sont également plus sûrs,
proxyfène, Duowin®). à la fois pour les animaux et les propriétaires.
Action dans le milieu environnant : utilisation de
Une nouvelle tendance est le développement de
différents insecticides rémanents, associés à des
spécialités endectocides,19 associant un spectre
régulateurs de croissance des insectes :
d’activité sur des parasites externes et des parasi-
• sous forme de spray :
tes internes. Lorsque les spectres seront complets,
C Parastop environnement® : chlorpyriphos,
une nouvelle « révolution » dans le traitement des
pipéronylbutoxyde, perméthrine + pyriproxi-
carnivores domestiques pourrait avoir lieu.
fène, inhibiteur de l’hormone de mue, réma-
nence de 4-6 mois ; Aujourd’hui, ces endectocides ne sont pas actifs sur
C Tiquanis habitat® : perméthrine + flufénoxu- les tiques ni sur les cestodes.
ron, inhibiteur de la synthèse de chitine (chi- Diverses recherches sont également menées vers
tine synthétase). Existe aussi sous la forme le développement de vaccins contre les parasites
de pulvérisateur ; externes : antipuces ou antitiques, sans succès chez
• sous forme de diffuseur : les carnivores domestiques.
C Parastop diffuseur®, rémanent 6 mois, per- Diverses publications font également état de la
méthrine, pipéronylbutoxyde et fénoxycarb ; possibilité à moyen terme d’employer des parasi-
C Tiquanis habitat diffuseur®, perméthrine et toïdes ou « parasites de parasites », comme des
IGR (flufénoxuron) ; helminthes (Steinernema) parasites de puces dans
C Siphotrol® : fogger et minifogger ; libération le cadre de lutte biologique dans l’environnement.
de méthoprène. Nul doute que les possibilités de lutte contre les
insectes et les acariens ne feront que se dévelop-
Traitement de la dermatite allergique per, permettant la mise en place de luttes inté-
par piqûre de puces grées (c’est-à-dire associant l’ensemble des mesu-
res médicales et sanitaires disponibles) vers une
Il faut traiter la pulicose (généralement, il y a peu
meilleure efficacité et un meilleur confort des pro-
d’ectoparasites lors de dermatite allergique) par
priétaires. Ces mesures intégrées, notamment l’as-
action sur l’animal et dans le milieu environnant.
sociation d’insecticide et d’IGR, permettent déjà
Association de mesures médicales et sanitaires :
d’éviter l’émergence d’insectes ou d’acariens chi-
nettoyage des couvertures, paniers, ne pas oublier
miorésistants.
les tapis de voiture ...).
Traitement antiallergique (possibilité de confir-
mation par tests cutanés) :
• phase aiguë (prurit intense) : utilisation raison- Références
née des corticoïdes, préférer une action locale
à une administration systémique ; 1. Bloomquist JR. Insecticides : chemistries and characteris-
• phase chronique : tics. 2002 Course of Entomology, Minnesota University.
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