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Introduction aux anneaux de valuation

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Rapport de stage

Initiation à la recherche

Maı̂tre de stage : Vincent Cossart


Université de Versailles Saint-Quentin
UFR de mathématiques

Anneaux de Valuations
Lauriane Huguet
Université de Rennes 1

Versailles, le 22 Juin 2012


2
Table des matières
I. Préliminaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
I.A. Rappels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
I.B. Anneaux de fractions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
I.C. Extension de corps et Théorie de GALOIS . . . . . . . . . . 8
I.D. Extension d’anneau, éléments entiers . . . . . . . . . . . . . 11
II. Anneaux de valuation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
II.A. Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
II.B. Valuation discrète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
III. Applications et utilisations de la théorie . . . . . . . . . . . . . . . 36
III.A. Théorème d’Ostrowski - Analyse p-adique . . . . . . . . . 36
III.B. Géométrie algébrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38

3
Stage de magistère 1re année (L3), e↵ectué au laboratoire de mathématiques de
l’UVSQ, dans l’équipe d’Algèbre et Géométrie,
sous la direction de Vincent Cossart.
Je remercie toute l’équipe pour leur accueil chaleureux.
Je remercie tout particulierement les doctorants Jérémy Berthomieu, Tamara
El Bouti, Aurélien Greuet, Cécile Mailler et Daniele Turchetti pour leur
soutien et leur bonne humeur.
Merci à Vincent Cossart de m’avoir accordé son temps et m’avoir fait découvrir
le monde merveilleux des valuations.
Merci à Jérémy Berthomieu et Théo Pierron pour leur conseils avisés en
LATEX.

4
Introduction
Le but de ce stage était d’introduire la notion d’anneaux de valuation.
Ce rapport a été rédigé en suivant la logique globale de la section “valuation rings”
du chapitre 5, du livre Introduction to Commutative Algebra de M.F Atiyah et I.G
Macdonald [AM], et en y incorporant la rédaction des exercices se rapportant
au chapitre ainsi que des compléments nécessaires à la compréhension.
L’introduction des anneaux de valuation est assez récente puisque qu’elle date du
début du XXes.
Tous les anneaux considérés seront commutatifs et unitaires.

I. Préliminaires

I.A. Rappels

Définition I.1 Un idéal maximal m d’un anneau commutatif A 6= (0) est un idéal
tel qu’il existe exactement deux idéaux qui le contiennent, à savoir lui-même et
l’anneau entier.
En d’autres termes, m 6= A et 8I ⇢ A, I idéal de A, si m ✓ I alors I = A ou
I = m.
Définition I.2 Soit A un anneau, A est un anneau local s’il admet un unique
idéal maximal.
Rappel I.1 : Théorème de Krull.
Soit A un anneau non nul, I un idéal de A, I 6= A, alors il existe m un idéal
maximal de A tel que I ✓ m.
a
Définition I.3 Soit A un anneau intègre. On appelle K = b
a, b 2 A le corps
des fractions de A, parfois noté Frac(A).

Proposition I.A.1
Soient A un anneau, A 6= (0) et m = {x 2 A |x 1 2 / A}. A est local si, et seulement
si, m est un idéal de A. Dans ce cas, m est l’idéal maximal de A.

5
Preuve

• Supposons que m est un idéal de A.


Soit I un idéal de A.
Si I contient un élément inversible de A alors I = A.
Sinon, il ne contient aucun inversible de A donc I ⇢ m.
On en déduit que m est l’unique idéal maximal de A et que A est local.

• Supposons maintenant que A est local, d’idéal maximal max(A).


max(A) ⇢ m sinon max(A) = A.
Si x 2 m, hxi ⇢ max(A) car max(A) est l’idéal maximal de A. Donc x 2 max(A)
et m ⇢ max(A).
On a donc montré que max(A) = m donc m est un idéal de A.

Rappel I.2 : Lemme de Zorn


Si un ensemble ordonné est tel que toute chaı̂ne (sous-ensemble totalement or-
donné) possède un majorant, alors il possède un élément maximal.

Rappel I.3 : Premier théorème d’isomorphisme de Emmy Noether


Soit f : A ! A0 un homomorphisme de groupes, d’anneaux ou de modules, alors
A/ ker f est isomorphe à Im f .

I.B. Anneaux de fractions

Définition I.4 Soit S ⇢ A, non vide. On dit que S est une partie multiplicative
de A si 1 2 S, 0 2
/ S et S est stable par multiplication.
Définition I.5 Soient A un anneau et S une partie multiplicative de A. La loca-
lisation de A par rapport à la partie multiplicative S est S 1 A = (A ⇥ S)/R où
(a, s)R(a0 , s0 ) si, et seulement si, 9u 2 S , u(as0 a0 s) = 0.

Proposition I.B.1
S 1 A est un anneau.
Preuve
(cf : cours de L3)

6
Définition I.6 Si A est un anneau intègre alors S = A \ {0} est une partie
multiplicative de A et S 1 A est le corps de fractions de A.

Proposition I.B.2
Si p est un idéal premier de A alors S = A \ p est multiplicative et on note
Ap := S 1 A.
Définition I.7 Ap est dit localisé de A en p.

Théorème I.1
Soient A un anneau et p un idéal premier de A. Ap est un anneau local, d’idéal
maximal pAp := { as | a 2 p, s 2
/ A \ p}.
Preuve
Ap = { as , a 2 A, s 2
/ A \ p}
Montrons que pAp est un idéal de Ap .
a b c
Soient ,
s1 s2
2 pAp et s3
2 Ap .

a c ac
· =
s1 s3 s1 s3
ac
Comme p est un idéal, ac 2 p car a 2 p et s1 s3
2 pAp .

a b as2 + bs1
+ =
s1 s2 s1 s2
as2 +bs1
Comme p est un idéal et a, b 2 p, as2 + bs1 2 p donc s1 s2
2 pAp .
Donc pAp est un idéal de Ap .
1
Remarquons que 1 = 1
2
/ pAp donc pAp 6= Ap .
Soit x = uv 2
/ a 2 Ap a1 2/ pAp .
v
u2/ p donc u 2 S et u = x 1 2 Ap .
1
Donc pAp = x 2 Ap | x
2
/ Ap .
D’après la proposition I.A.1, Ap est local, d’idéal maximal pAp .
Remarque : Si A est un anneau intègre, p 2 Spec A, A ⇢ K = Frac(A) et Ap
s’injecte dans K par as 7! as .
A ⇢ Ap ⇢ K.

7
Théorème I.2
Les idéaux propres de pAp sont de la forme IAp avec I un idéal de A, I ✓ p.
Preuve
IAp , I ⇢ p, est un idéal de Ap par les même arguments que précédemment.
1
Réciproquement, soit J un idéal de Ap alors J ⇢ pAp . Soit ' : A 7! S A telle
que '(a) = a1 pour tout élément a de A.
' est un morphisme d’anneau (cf : cours de L3).
' 1 (J) est un idéal de A et ' 1 (A) ⇢ ' 1
(pAp ) = p donc IAp ⇢ J avec
I = ' 1 (J).
8 as 2 J, 1
s
2 Ap donc a
1
= as
s1
2 J car J est un idéal de Ap .
a
On en déduit que a 2 I donc que s
2 IAp .
D’où J ⇢ IAp et J = IAp .

I.C. Extension de corps et Théorie de GALOIS

Définition I.8 Soient A et B deux anneaux tels que A est un sous-anneau de B.


On dit que B est une extension de A.
On dit que x 2 B est algébrique sur A s’il existe P 2 A[X] non nul, tel que
P (x) = 0.
Sinon, on dit que x est transcendant sur A.
Définition I.9 Soient A et B deux anneaux tels que A est un sous-anneau de B.
On dit que x 2 B est entier sur A s’il existe a0 , a1 , . . . , an 1 2 A non nuls, tels que
a0 + a1 x + · · · + an 1 xn 1 + xn = 0.
Remarque : entier ) algébrique. La réciproque est fausse en général, elle est vraie
si A est un corps.
Définition I.10 Soient k un corps, k 0 une extension de k et x un élément de k 0
algébrique sur k.
On appelle polynôme minimal de x un polynôme non nul de k[X] de degré minimal
tel que P (x) = 0.
Rappel I.4 : Un idéal principal est un idéal engendré par un seul élément.
Rappel I.5 : Un anneau principal est un anneau dont tous les idéaux sont
principaux.

8
Théorème I.3
Soient k un corps, k 0 une extension de k et x un élément de k 0 .
Si x est algébrique sur k de polynôme minimal ⇧, alors [k[x] : k] = deg ⇧, k[x] est
un k-espace vectoriel de dimension n = deg P et de base (1, x, . . . , xn 1 ).
De plus, si ⌦ est un corps algébriquement clos et g un homomorphisme de k dans
⌦, alors g peut être étendu à k[x].
Preuve
Soit fx défini de la manière suivante :

fx : k[X] ! k 0
e 2 k 7! e
X 7! x 2 k 0 .

Par définition de fx , Im fx = k[x]. D’après le rappel I.3, k[X]/ ker fx ' Im fx .


Im fx est intègre donc ker fx est un idéal premier de k[X] qui est principal.
On a alors ker fx = (0) ou ker fx = h⇧(X)i avec ⇧ un élément irréductible de
k[X].
Si ker fx = (0) alors fx est injective, donc k[X] ' k[x] et 8P 2 k[X], P 6= 0,
P (x) 6= 0, donc x est transcendant sur k.
Sinon, ker fx = h⇧(X)i, ⇧(x) = 0 donc x est algébrique sur k.
Remarque : ⇧ est le polynôme minimal de x, il est défini à un inversible près.
De plus, h⇧(X)i est un idéal maximal de k[X] donc k[X]/ ker fx = k[x] est un
corps.
8P 2 k[X], 9QP , RP 2 k[X] tels que :
P (X) = QP (X) · ⇧(X) + RP (X) avec deg RP < deg ⇧.
Comme P (x) = QP (x) · ⇧(x) +RP (x), 8P 2 k[X], fx (P ) = RP et fx : k[X] ! k[x]
| {z }
=0
est surjective, donc k[x] = k[x]n 1 où n = deg ⇧.
On en déduit que k[x] = {↵0 + ↵1 x + · · · + ↵x 1 xn 1 | ↵i 2 k} donc k[x] est un
espace vectoriel et {1, x, . . . , xn 1 } est une famille génératrice de k[x].
Si {1, x, . . . , xn 1 } est lié, on obtient une relation D(x) = 0 de degré strictement
plus petit que n avec D un multiple de ⇧. Donc D = 0.

9
D’où : k[x] est un espace vectoriel de dimension n = deg ⇧ sur k et {1, x, . . . , xn 1 }
forment une base de k[x].
Soit ⌦ un corps algébriquement clos. On montre qu’il existe qui prolonge
g : k ! ⌦ telle que : k[x] ! ⌦.

  / k0
k / k[x]
g
~

Comme ⌦ est algébriquement clos, ⇧ a au moins une racine dans ⌦.


On choisit n’importe quelle racine de ⇧ dans ⌦, on la note x1 .
On définit fx1 : k[X] ! ⌦ de la manière suivante :

fx1 : k[X] ! ⌦
e 2 k 7! e
X 7! x1 2 ⌦.

On obtient alors :


k / k[X] / k[X]/hSi

fx 1
g

✏ {

Soit hSi = ker fx1 , avec S un polynôme irréductible de k[X]. On sait que
ker fx1 6= (0) car il contient ⇧.
hSi est un idéal premier de k[x] contenant h⇧i qui est maximal. Donc hSi = h⇧i.
Il suffit donc d’envoyer X 2 k[X]/h⇧i sur x1 2 ⌦ pour définir fx0 : k[X]/h⇧i ! ⌦.

10
 fx 
k / k[X] / k[X]/h⇧i o / k[x] / k0

fx1
g fx0

✏ {

Comme fx est bijective, fx0 fx : k[x] ! ⌦ prolonge g.

I.D. Extension d’anneau, éléments entiers

Définition I.11 Soit A un anneau. Un A-module M est un groupe abélien tel


que :
A ⇥ M 7! M
(a, m) 7! a · m,

avec · distributif par rapport aux additions +M et +A , associatif et 1A · m = m.


Définition I.12 Un A-module de type fini est un A-module qui admet un système
fini de générateurs.
Définition I.13 Un A-module fidèle M est un A-module tel que :

8a 2 A, aM = h0i ) a = 0.

Lemme I.D.1 Lemme de Nakayama 1.


Soient A un anneau local d’idéal maximal m et M un A-module de type fini.
Si mM = M , alors M = (0).
Preuve
M est de type fini donc M = hu1 , . . . , un i avec n minimal. Supposons M 6= (0),
comme mM = M , il existe a1 , . . . , an 2 m tels que :

u n = a1 u 1 + · · · + an u n
un ( 1 a ) = a1 u 1 + · · · + an 1 u n 1 .
| {z n}
2m
/ sinon 12m

11
Donc 1 an est inversible, et :

un = (1 an ) 1 (a1 u1 + · · · + an 1 un 1 ).

Ce qui contredit la minimalité de n donc M = (0).

Lemme I.D.2 Lemme de Nakayama 2.


Soient A un anneau local d’idéal maximal m, M un A-module de type fini, N un
sous-module de M .
Si M = mM + N alors M = N .
Preuve
On a M/N = mM + N/N = m(M/N ). D’après le lemme I.D.1, M/N = (0) donc
M = N.

Lemme I.D.3 Lemme de Nakayama 3.


Soient A un anneau local d’idéal maximal m et M un A-module de type fini. Soient
x1 , . . . , xn 2 M/mM des éléments qui engendrent M/mM et N = hx1 , . . . , xn i.
Alors N = M .
Preuve
N est un sous module de M par définition.
Soit m 2 M/mM , m = a1 x1 + · · · + an xn . Donc m = a1 x1 + · · · + an xn +↵ où ↵
| {z }
2N
est un élément de mM . Donc M = N + mM et d’après le lemme I.D.2, M = N .

Définition I.14 L’ensemble A des éléments x 2 B entiers sur A est appelé clôture
intégrale de A dans B.
Si Ā = A, on dit que A est intégralement clos.
Si Ā = B, on dit que B est entier sur A ou que l’extension A ⇢ B est entière.

12
Proposition I.D.1
Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) x 2 B est entier sur A ;
(ii) A[x] est un A-module de type fini ;
(iii) A[x] est contenu dans un sous-anneau C de B qui est un A-module de type
fini ;
(iv) il existe un A[x]-module fidèle M qui est un A-module de type fini.

Preuve
(i) ) (ii). Par définition, il existe a1 , . . . , an 2 A tels que

⇧(x) = xn + a1 xn 1
+ · · · + an = 0.

Soit P 2 A[X], comme le coefficient dominant de ⇧ est 1, on peut e↵ectuer la


division euclidienne : P = ⇧Q + R avec deg R < n donc P (x) = R(x) et
A[x] = A1 + Ax + Ax2 + · · · + Axn 1 .
(ii) ) (iii). Il suffit de choisir C = A[x].
(iii) ) (iv). On prend C = M . Soit y 2 A[x], yC = h0i implique y · 1 = 0 et donc
y = 0. C est bien fidèle.
(iv) ) (i). Soit (z1 , . . . , zn ) un système de générateurs du A-module M .
P
On considère la matrice M de coefficients aij donnés par : xzi = 1jn aji zj ,
i.e., x · m = Mm, M est une matrice de l’endomorphisme “multiplication par x”
dans le système de générateurs (z1 , . . . , zn ).
Soit (X) = det(M XId) le polynôme caractéristique de M.
0 1
X11 · · · X1n
B .. C. ⇧(X) = det(B XI ) 2 Z[X , . . . , X ][X].
Remarque : Soit B = @ ... ...
. A n 11 nn
Xn1 · · · Xnn
Or Z[X11 , . . . , Xnn ] ⇢ Q[X11 , . . . , Xnn ] ⇢ ⌦ où ⌦ est algébriquement clos, on peut
appliquer le théorème de Cayley - Hamilton : ⇧(B) = 0.

Par l’application : Z[X11 , . . . , Xnn ] ! A , on obtient que (M) = 0.


Xij 7! aij
1 7! 1A ,
On s’intéresse maintenant à l’endomorphisme ⌧ multiplication par (x) .
Comme (x) = c0 +c1 x+· · ·+cn 1 xn 1 +( 1)n xn , une matrice de l’endomorphisme
est : c0 In + c1 M + · · · + cn 1 Mn 1 + ( 1)n Mn = (M).

13
Or (M) = 0 donc l’endomorphisme de multiplication par (x) est nul,
(x)M = 0 mais M est fidèle donc (x) = 0, x est entier sur A.

Corollaire I.D.1
Soient xi , 1  i  n des éléments de B entiers sur A, alors l’anneau A[x1 , . . . , xn ]
est un A-module de type fini.
Preuve
On fait une récurrence sur n.
• Initialisation : Soit x1 2 B, entier sur A, alors il existe un polynôme P 2 A[X]
de coefficient dominant 1 tel que P (x1 ) = 0. On a donc A[x1 ] = A[x1 ]deg(P ) 1
et (1, x1 , . . . , xdeg(P ) 1 ) est un système de générateurs de A[x1 ] en tant que A-
module.
• Hérédité : On suppose que A[x1 , . . . , xm ] est un A-module de type fini.
Soit {e1 , . . . , en } un système
nP de P générateurs de A[x1 , . . . , xm ]. o
r n j
A[x1 , . . . , xm ][xm+1 ] = j=0 ( i=1 ai,j ei ) xm+1 ai,j 2 A, r 2 N . Or xm+1
est entier sur A, 0 + 1 xm+1 + · · · + p 1 xpm+1 1
+ xpm+1 = 0.
Ainsi toutes les puissances supérieures à p de xm+1 s’expriment en fonction des
puissances inférieures ou égalesnPà p P 1 de xm+1 . o
p 1 n j
Donc A[x1 , . . . , xm ][xm+1 ] = j=0 ( i=1 a i,j e i ) x m+1 ai,j 2 A
et xim+1 ej 0  i  p 1, 1  j  n est un système de générateurs de
A[x1 , . . . , xm , xm+1 ] qui est donc un A-module de type fini sur A.

Corollaire I.D.2
La clôture intégrale de A dans B est un sous-anneau de B.
Preuve
Soit C la clôture intégrale de A dans B. Il suffit de montrer que C est stable pour
l’addition et la multiplication. Soient x, y 2 C, alors le module A[x, y] contient xy
et x + y. Par la proposition I.D.1(iv) et le corollaire I.D.1, xy et x + y sont entiers
sur A.

Corollaire I.D.3
Soient A ⇢ B ⇢ C trois anneaux tels que les extensions A ⇢ B et B ⇢ C soient
entières, alors l’extension A ⇢ C est entière.

14
Preuve
Soit x 2 C et soient a0 , . . . an 1 2 B tels que

x n + an 1 x n 1
+ · · · + a0 = 0.

Alors, par le corollaire I.D.1, l’anneau B 0 = A[a0 , . . . , an 1 ] est un A-module de


type fini et B 0 [x] est aussi un B 0 -module de type fini. Donc B 0 [x] est un A-module
de type fini. Par la proposition I.D.1(iii), on conclut que x est entier sur A.

Corollaire I.D.4
Soit A ⇢ B une extension d’anneaux et soit C la clôture intégrale de A dans B,
alors C est intégralement clos dans B.
Preuve
Soit x 2 B, entier sur C :

A ⇢ C ⇢ C[x]

Or A ⇢ C est une extension entière et C ⇢ C[x] est aussi une extension entière,
d’après le corollaire I.D.1. D’après le corollaire I.D.3, A ⇢ C[x] est une extension
entière, donc x 2 C.
Ainsi, si x 2 B est entier sur C, alors il est entier sur A, ce qui nous donne par
définition de C, x 2 C et C = C.

II. Anneaux de valuation

II.A. Généralités

Définition II.1 Soient K un corps et A un sous-anneau de K. A est un anneau


de valuation de K si 8x 2 K, x 6= 0, x 2 A ou x 1 2 A.

exemple

\ Soit K un corps, K est un anneau de valuation de K.


\ Zp = as 2 Q s 2 / pZ , p premier, est un anneau de valuation de Q.

15
Preuve
Soit x 2 Q, x = uv , on choisit u et v premiers entre eux. Si p ne divise pas u,
alors x 1 2 Zp . Sinon p ne divise pas v, car u et v sont premiers entre eux, donc
x 2 Zp .

Proposition II.A.1
Un anneau de valuation A est un anneau local.
Preuve
On considère le sous-ensemble m de A défini de la manière suivante :
1
m = x 2 A, x 2
/A .

On a a fortiori 1 2
/ m donc m 6= A.
Montrons que m est un idéal.
Soient x 2 m, y 2 A, xy 2 A. On suppose que xy 2
/m:

9u 2 A, xyu = 1.
1
Il en découle que yu = x 2 A, ce qui contredit x 2 m.
Soient x, y 2 m. Si x ou y est nul, alors on a évidemment x + y 2 m.
Si x et y sont non nuls alors
1 1
x + y = y xy + 1 = x yx +1 .

On vient de montrer que m est stable par produit par un élément de A.


1 1 1 1
De plus, xy ou yx est dans A, d’où xy + 1 ou yx + 1 2 A, donc x + y 2 m.
On a donc montré que si A est un anneau de valuation, alors m est un idéal de A.
Par la proposition I.A.1, A est local, d’idéal maximal m.

Proposition II.A.2
Soient K un corps et A un anneau de valuation de K. Soit A0 un sous-anneau de
K tel que :
A ✓ A0 ✓ K,
alors A0 est un anneau de valuation.

16
Preuve
8x 2 K, x 2 A donc x 2 A0 ou x 1
2 A, donc x 1
2 A0 .

Proposition II.A.3
Soit A un anneau de valuation, alors A est intégralement clos.
Preuve
Soit x 2 K entier sur A.
Si x 2 A, x x = 0, n = 1 et a1 = x.
1
Sinon x 2 A et
1 n
1 + a1 x + · · · + an x =0
1 n+1
1+x a1 + · · · + an x =0
1 n+1
x · a1 + · · · + an x = 1.

n+1
On a donc : x = (a1 + · · · + an x ) 2 A.

Notations : Soient K un corps, ⌦ un corps algébriquement clos et


⌃ = {(A, f ) , A ⇢ K un anneau, f : A ! ⌦ un homomorphisme }.
On définit une relation d’ordre partielle sur ⌃ :

(A, f ) (A0 , f 0 ) si A ✓ A0 et f 0 |A = f.

On veut appliquer le lemme de Zorn (le rappel I.2) à ⌃ .


S
On considère une chaı̂ne de ⌃ . On pose (E, ) tel que E = A et (x) = fA (x)
pour A tel que x 2 A. Alors (E, ) est un élément majorant de la chaı̂ne.
On se retrouve alors dans les conditions d’application du lemme de Zorn (le rappel
I.2) donc ⌃ possède un élément maximal, que l’on note (B, g).

Lemme II.A.1
B est un anneau local et m = ker g est son idéal maximal.

17
Preuve
D’après le rappel I.3 appliqué à g : B 7! ⌦, on a :

B g 7/ ⌦

✏ ) ḡ
B/ ker g

g(B) = ḡ(B/ ker g) et ḡ(B/ ker g) ' B/ ker g. ḡ(B/ ker g) est un sous-anneau de
⌦, donc c’est un anneau intègre. On en déduit que B/ ker g est intègre et donc que
ker g est premier.

A /B / Bm / K
g0
g
f
& ✏ x

g(b)
où Bm = sb b, s 2 B, s 2 / m = ker g et g 0 b
s
= g(s)
. g 0 est bien définie, i.e., ne
dépend pas du représentant choisi.
Donc (Bm , g 0 ) 2 ⌃ et (B, g) est un élément maximal de ⌃ , d’où (B, g) = (Bm , g 0 ).
1
De plus, Bm = S B avec S = B \ m donc son idéal maximal est
mBm = mB = m.
C’est-à-dire : B est local, d’idéal maximal m.

Lemme II.A.2
Soit x 2 K un élément non nul. Alors m[x] 6= B[x] ou m[x 1 ] 6= B[x 1 ].
Preuve
On suppose que m[x] = B[x] et m[x 1 ] = B[x 1 ], 9↵0 , ↵1 , ..., ↵n , 0, 1 , ..., d 2m
tels que :
1 = ↵ 0 + ↵ 1 x + · · · + ↵ n xn (0.1)

1 d
1= 0 + 1x + ··· + dx (0.2)

On choisit n et d minimaux. Comme ils jouent des rôles symétriques, on suppose


n d > 1. En multipliant (0.2) par xn , on obtient :
xn = 0x
n
+ 1x
n 1
+ ··· + dx
n d

xn (1 0) = 1x
n 1
+ ··· + dx
n d
.

18
Comme 0 2 m, 1 0 est inversible.
xn = (1 0)
1
· 1x
n 1
+ ··· + dx
n d

On injecte dans (0.1) :


1 n 1 n d
1 =↵0 + ↵1 x + · · · + ↵n (1 0) 1x + ··· + dx
1 n d
1 =↵0 + ↵1 x + · · · + ↵n (1 0) dx
1 n p+1 1 n 1
+ ↵n (1 0) d 1x + · · · + ↵n (1 0) 1x .
On obtient donc une nouvelle relation de degré strictement inférieur à n, ce qui
contredit la minimalité de n.
On conclut alors que m[x] 6= B[x] ou m[x 1 ] 6= B[x 1 ].

Théorème II.1
Soit (B, g) un élément maximal de ⌃ , alors B est un anneau de valuation du
corps K.
Preuve
1
Soit x 2 K tel que x 6= 0. On veut montrer que x 2 B ou x 2 B.
D’après le lemme II.A.2, m[x] 6= B[x] ou m[x 1 ] 6= B[x 1 ] et il est clair que m[x]
est un idéal de B[x]. Comme x et x 1 jouent des rôles symétriques, on suppose
que m[x] 6= B[x].
D’après le rappel I.1, il existe alors m0 ⇢ B[x] tel que m0 est un idéal maximal de
B[x] qui contient m[x]. On a donc :
m[x] ⇢ m0 ⇢ B[x]

De plus, m0 \ B est un idéal de B car c’est l’image réciproque de m0 par l’injection


de B dans B[x]. De plus, m ⇢ m[x] ⇢ m0 et m ⇢ B, donc m ⇢ m0 \ B.
Comme m0 \ B 6= B sinon m0 = B[x], on en déduit que m0 \ B est un idéal de B
qui contient l’idéal maximal m de B, donc m0 \ B = m.
Comme m est l’idéal maximal de B et m0 est un idéal maximal de B[x], il découle
que k := B/m et k 0 := B[x]/m0 sont des corps.
On a f : B ! B[x]/m0 où f est la composée de l’injection de B dans B[x] et du
passage au quotient de B[x] dans B[x]/m0 . Le noyau de f est alors l’ensemble des
éléments de B qui sont dans m0 , c’est à dire B \ m0 = m.

19
D’après le rappel I.3, on a donc une injection de B/m dans B[x]/m0 :


B / B[x]

✏ f $ ✏

B/m / B[x]/m0

B[x] = {b0 + b1 x + · · · + bn xn | n 2 N, bi 2 B}
k 0 = B[x]/m0 = {b0 + b1 x + · · · + bn xn | n 2 N, bi 2 B/m}
= k[x].

On en déduit que x̄ est algébrique sur k : 9 1 , 2 , . . . , d 2 k tels que


P (x̄) = d + d 1 x̄ + · · · + 1 x̄d 1 + x̄d = 0, donc k 0 = k[x̄] est une extension de
degré n  d 1 de k, d’après le théorème I.3.
Comme (B, g) est un élément maximal de ⌃ , on a g : B 7! ⌦ et ker g = m et,
par le rappel I.3, on a ḡ : B/m 7! ⌦.
De plus, comme ⌦ est algébriquement clos, P a au moins une racine dans ⌦, on
étend ḡ à ḡ 0 : B 0 /m0 7! ⌦, tel que ḡ 0 associe x̄ à l’une des racines de P dans ⌦.


B / B[x]

✏  $ ✏
B/m / B[x]/m0
g


! { ḡ 0
- ⌦p

On a donc trouvé (B[x], ) tel que (B[x], ) ⌫ (B, g), or (B, g) est un élément
maximal de ⌃ donc B = B[x], d’où x 2 B car x 2 B[x].

Notations : Soit K un corps. Soient A, B deux anneaux locaux de K.


On dit que B domine A, A dom B, si A est un sous-anneau de B et que
max(A) = max(B) \ A, où max(A) (resp. max(B)) est l’idéal maximal de A (resp.
B).

20
La relation de domination, dom , est une relation d’ordre sur
⌃dom = {A, A sous-anneau local de K}.

Corollaire II.A.1
Soit K un corps et A un sous-anneau local de K, alors il existe V , un anneau de
valuation de K, qui domine A.

 
A / V /K

Preuve
Soit ⌦ la clôture algébrique de A/ max(A). Comme A est un sous-anneau de K,
on a :

A /K

✏ h
A/ max(A)

%⇠

Soit h : A ! ⌦. On a donc un couple (A, h) 2 ⌃ . Il existe alors un élément


maximal (B, g) 2 ⌃ avec (A, f ) (B, g). Par le théorème II.1, B est un anneau
de valuation et A est un sous-anneau de B.

 /B
A / K

✏ h
A/ max(A)

%⇠ ⌥

max(A) = ker h ⇢ max(B) \ A donc max(A) = max(B) \ A. B domine A.

Corollaire II.A.2
F Exercice 27, chapitre 5, [AM].
A est un élément maximal de ⌃dom pour dom si, et seulement si, A est un anneau
de valuation de K.

21
Preuve
1re étape : On veut appliquer le lemme de Zorn (cf : le rappel I.2).
S
Soit une chaı̂ne de ⌃dom . Soit B = A2 A, on montre que B est un majorant
de .
Soient x, y 2 B, 9A1 , A2 2 tels que x 2 A1 , y 2 A2 . Comme est une chaı̂ne,
A1 dom A2 ou A2 dom A1 , donc x 2 A2 et xy 2 A2 , i.e., x + y 2 A2 ou y 2 A1 ,
donc xy 2 A1 et x + y 2 A1 .
On a donc xy, x + y 2 B, B est un sous-anneau de K qui contient tous les éléments
de .
S
On pose mB = A2 mA où mA est l’idéal maximal de A.
Soient x 2 B, y 2 mB , 9A1 2 tel que y 2 mA1 , 9A2 tel que x 2 A2 .
Si A1 dom A2 , alors y 2 mA2 , donc xy 2 mA2 , xy 2 mB .
Si A2 dom A1 , x 2 A1 xy 2 mA1 , xy 2 mB .
Soient x, y 2 mB , 9A1 , A2 2 tel que y 2 mA1 , x 2 mA2 .
Si A1 dom A2 , alors y 2 mA2 , donc x + y 2 mA2 , x + y 2 mB .
Si A2 dom A1 , x 2 mA1 , x + y 2 mA1 , x + y 2 mB .
mB est un idéal de B.
Soit x 2 B \ mB , 9A 2 tel que x 2 A.
Si x n’est pas inversible dans B, alors x n’est pas inversible dans A, donc x 2 mA
et on en déduit que x 2 mB , ce qui contredit x 2 B \ mB . On en déduit que x est
inversible dans B. Donc m = {x 2 B | x 1 2 / B}.
Réciproquement, si x 2 mB et x inversible dans B, alors il existe A1 , A2 2 tels
que x 2 mA1 , x 1 2 mA2 . Comme est une chaı̂ne, A1 A2 ou A2 A1 .
Par la proposition I.A.1, B est un anneau local, d’idéal maximal mB et B est un
majorant de . On peut alors appliquer le Lemme de Zorn (le rappel I.2), ⌃dom
admet un élément maximal.
2e étape : On montre l’équivalence A anneau de valuation de K si, et seulement
si, A est un élément maximal de ⌃dom .
() Soit A un élément maximal de ⌃dom . A est un sous-anneau local de K, par le
corollaire II.A.1, il existe V un anneau de valuation de K qui le domine. Or A est
maximal, donc V = A. A est un anneau de valuation.

22
)) Soit V un anneau de valuation de K.
Si V n’est pas un élément maximal de ⌃dom , alors il existe B 2 ⌃dom maximal
tel que V ✓ B ✓ K.
8x 2 K :
Soit x 2 V , alors x 2 B.
Soit x 2/ V , alors x 1 2 V , car V est un anneau de valuation et x 1 est non
inversible dans V , donc x 1 2 mV . Comme mV = V \ mB , x 1 2 mB , c’est à dire,
x 1 est non inversible dans B, donc x 2
/ B.
On vient de montrer que V = B, donc V est un élément maximal de ⌃dom .

Corollaire II.A.3
Soient V un anneau de valuation de K et K 0 une extension de K. Il existe V 0
anneau de valuation de K 0 qui domine V .
De plus V 0 \ K = V , mV 0 \ K = mV .
Preuve
V est un anneau local, sous-anneau de K 0 , donc il existe un élément V 0 , sous-
anneau de K 0 , maximal pour dom qui le domine. Par le corollaire II.A.2, V 0 est
un anneau de valuation de K 0 .

V _ / K

✏ ✏
V0 / K0

Comme V 0 domine V , mV = mV 0 \ V . Soit a 2 K \ V 0 , w(a) 0.


• 1er cas : a 2 mV 0 \ K.
/ V , comme V est un anneau de valuation de K, a 1 2 mV , donc
Si a 2
a 1 2 mV 0 ⇢ V 0 . On en déduit que a est inversible dans V 0 , ce qui contredit
a 2 mV 0 , et donc que a 2 V et a 2 V \ mV 0 , donc a 2 mV .
• 2e cas : a 2 K, a inversible dans V 0 .
/ V , a 1 2 mV , donc a 1 2 mV 0 , ce qui contredit a 2 V 0 . Donc a 2 V .
Si a 2
On a donc montré que si a 2 K \ V 0 , alors a 2 V . Réciproquement, si a 2 V ,
alors a 2 V 0 , donc a 2 K \ V 0 .

23
Corollaire II.A.4
Soient A un sous-anneau d’un corps K. La clôture intégrale A de A dans K est
l’intersection de tous les anneaux de valuations de K contenant A.
Preuve
Soit V un anneau de valuation
T qui contient A. Comme V est intégralement clos,
Ā ⇢ V . On a donc Ā ⇢ A⇢V V , où tous les V sont des anneaux de valuations.
Pour montrer l’inclusion réciproque, on montre par contraposée que si x 2
/ A, alors
il existe un anneau de valuation V tel que x 2/ V.
Soit x 2 / A0 := A[x 1 ], sinon x = ↵0 + ↵1 x 1 + · · · + ↵d x d , donc
/ Ā, alors x 2
xd+1 = ↵0 xd + ↵1 xd 1 + · · · + ↵d ce qui contredirait x 2/ Ā. On a donc x 1 non
0 1 0 0
inversible dans A , donc x 2 m , l’idéal maximal de A . De plus, par le corollaire
II.A.1, il existe V un anneau de valuation de K qui contient A0 , d’où :

  
A / A0 = A[x 1 ] / V /K


A0 /m0

⌧ ✏ ⇥

On a donc x 1 7! 0 dans ⌦ car x 1 2 m0 . Si x 2 V , alors


1 = g(x · x 1 ) = g(x) · g(x 1 ) = 0 : contradiction.
On a donc x 2
/ V.

Proposition II.A.4
F Exercice 28, chapitre 5, [AM].
Soient A un anneau intègre et K son corps de fractions. Les assertions suivantes
sont équivalentes :
(i) A est un anneau de valuation de K ;
(ii) Si I et J sont deux idéaux de A, alors I ✓ J ou J ✓ I.
Preuve

(i) ) (ii) A est un anneau de valuation de K.

24
8x 2 K, x 2 A ou x 1 2 A.
Supposons I * J. 9y 2 I, y 2 / J. Soit x 2 J. Comme A est un anneau de
x y
valuation, y 2 A ou x 2 A.
Or, xy 2
/ A, sinon y = xy · x 2 I. Donc xy 2 A et x = xy · y 2 I.
On en déduit donc que J ✓ I.
(ii) ) (i) Les idéaux de A sont totalement ordonnés pour l’inclusion.
Soit x 2 K, 9u, v 2 A tel que x = uv .
Si hui ✓ hvi, alors 9y 2 A tel que u = vy. On a alors x = y 2 A.
Sinon, hvi ✓ hui, alors 9y 2 A tel que v = uy. On a alors x 1 = y 2 A.
A est un anneau de valuation.

exemple
Soient A un anneau de valuation et p un idéal premier de A.
\ D’après le théorème I.2, la propriété (ii) est vérifiée dans Ap , donc Ap est un
anneau de valuation.
Rappel II.1 : Il existe une bijection entre les idéaux de A qui contiennent p et
les idéaux de A/p :

Idéaux de A qui contiennent p $ idéaux de A/p


p⇢I I/p.
\ Les idéaux de A/p sont donc totalement ordonnés pour l’inclusion et A/p est
un anneau de valuation de son corps de fractions.

Proposition II.A.5
F Exercice 29, chapitre 5, [AM].
Soit A un anneau de valuation d’un corps K. Alors tout sous-anneau de K qui
contient A est de la forme Ap , où p est un idéal premier de A.
Preuve
Tout sous-anneau de K de la forme Ap est un sous-anneau de K qui contient A,
c’est un anneau de valuation.
Soit B un sous-anneau de K qui contient A, A ✓ B ✓ K, donc B est un anneau
de valuation, d’après la proposition II.A.2.
On pose p = mB \ A. p est premier car c’est l’image réciproque de mB qui est un
idéal maximal. On a alors p ✓ Ap \ mB .
1
Soit s 2 A \ p, alors s 2
/ mB et s est inversible dans B, i.e., s
2 B.

25
a
On en déduit, 8a 2 A, s
2 B, donc Ap ⇢ B.
D’où A ✓ Ap ✓ B et pAp ✓ Ap \ mB .
Or, d’après le théorème I.1, pAp est l’idéal maximal de Ap .
Comme 1 2
/ mB , 1 2
/ Ap \ mB , donc Ap \ mB est un idéal propre de Ap .
De plus Ap \ mB , contient l’idéal maximal, donc pAp = Ap \ mB .
On en déduit que Ap dom B. Comme Ap est un anneau de valuation, d’après
le corollaire II.A.2, il est maximal pour dom dans l’ensemble des sous-anneaux
locaux de K, donc B = Ap .

Proposition II.A.6
F Exercice 30, chapitre 5, [AM].
Soit A un anneau de valuation d’un corps K. Soit U l’ensemble des inversibles de
A qui est un sous-groupe du groupe multiplicatif K ⇤ de K. Soit = K ⇤ /U .
Si ⇠, ⌘ 2 sont représentés par x, y 2 K, on dit que ⇠ ⌘ si xy 1 2 A. Comme A
est un anneau de valuation, cette relation est une relation d’ordre totale sur et
est compatible avec la structure de groupe ( 8! 2 , ⇠ ⌘ ) ⇠ ! ⌘ !).
Soit v : K ⇤ 7! l’homomorphisme canonique.
Alors 8x, y 2 K ⇤ , v(x + y) min (v(x), v(y)).
Preuve
Montrons que est un ordre total sur compatible avec la structure de groupe.
• Montrons que ne dépend pas du représentant choisi. Soient ⇠, ⌘ 2 , x, x0 2 ⇠,
et y, y 0 2 ⌘, on suppose xy 1 2 A.
Comme x, x0 2 ⇠, et y, y 0 2 ⌘, on a, x0 x 1 2 U et yy 0 1 2 U . On en déduit que
x0 y 0 1 = x0 (x 1 x)(y 1 y)y 0 1 = (x0 x 1 ) xy 1 (yy 0 1 ). Donc x0 y 0 1 2 A, et l’ordre
| {z } | {z } | {z }
2A 2A 2A
ne dépend pas du représentant choisi.

• Il est évident que l’ordre est réflexif, transitif et antisymétrique.

• Montrons que est total. Soient ⇠ = x̄ et ⌘ = ȳ. Comme A est un anneau de


valuation, xy 1 ou x 1 y 2 A, i.e., ⇠ ⌘ ou ⌘ ⇠.

26
• Montrons que est compatible avec la structure de groupe. Soient ⇠ = x̄, ⌘ = ȳ
et ! = z̄. Si ⌘ ⇠, alors yx 1 2 A.
On a alors xz(yz) 1 = x(zz 1 )y 1 = yx 1 2 A, donc ⌘! ⇠!.
1
Comme x et y jouent des rôles symétriques, on suppose v(x) v(y), donc xy 2A
et min(v(x), v(y)) = v(y).
On a alors
1
(x + y) y = xy 1 + |{z}
1 2 A, donc v(x + y) v(y)
| {z }
2A 2A

i.e., v(x + y) min (v(x), v(y)).

Définition II.2 Le groupe ainsi défini est appelé le groupe des valeurs de A.
En général, la loi est notée +.

Corollaire II.A.5
F Exercice 31, chapitre 5, [AM].
Soient un groupe abélien totalement ordonné et K un corps. Une valuation de
K à valeurs dans est une application v : K ⇤ 7! telle que, 8x, y 2 K ⇤ :
1. v(xy) = v(x) + v(y).
2. v(x + y) min(v(x), v(y)).
Alors V = {x 2 K ⇤ | v(x) 0} est un anneau de valuation de K.
Preuve
Soit x 2 K. Si x 2 V , alors il n’y a rien à montrer. Sinon, v(x) < 0,
v(xx 1 ) = v(x) + v(x 1 ) = v(1), donc v(x 1 ) = 1 v(x).
De plus, v(x) = v(1 · x) = v(x) + v(1), donc v(1) = 0. On a donc v(x 1 ) > 0, donc
x 1 2 V . Donc V est un anneau de valuation, d’idéal maximal
m = {x 2 K ⇤ | v(x) > 0}.

Définition II.3 L’anneau V ainsi défini est appelé anneau de valuation de v.


Par le corollaire II.A.5 et la proposition II.A.6, il y a équivalence entre les définitions
II.1 et II.3 d’un anneau de valuation.

27
Remarque : Ainsi, le corollaire II.A.3 s’interprète de la manière suivante :
Soient V un anneau de valuation définie par une valuation v : K ! [ 1 où
K = Frac(V ), K 0 une extension de K, alors il existe w, une valuation de K 0 ,
w : K 0 ! 0 [ 1 telle que w|K = v.
On verra plus tard l’exemple de M. Spivakovsky (III.B).
Définition II.4 Soient A un anneau intègre et un groupe totalement ordonné.
On appelle valuation de A à valeurs dans , une application v : Frac(A) 7! [{1}
telle que v vérifie les conditions 1 et 2 dans le corollaire II.A.5 et v(0) = +1.
Par convention, 8a 2 , a + (+1) = (+1) + (+1) = +1.
Définition II.5 Le corps KV = V / max(V ) est le corps résiduel de la valuation v
où V = v 1 ( + ).
exemple

\ vp : Q 7! Z telle que vp ( ab ) = vp (a) vp (b) et, si a 2 Z, vp (a) est l’exposant


associé à p dans la décomposition de a en facteurs premiers.
vp est la valuation p-adique de Q.
Zp est l’anneau de valuation de vp .
Z est le groupe de valeurs de Zp .
Z/pZ est le corps résiduel de vp .

Proposition II.A.7
⇣Pv une ⌘valuation d’un anneau A, pour tout (a1 , . . . , ad ) 2 A,
Soit
d
v i=1 ai inf {v(ai ) | 1  i  d}. De plus, s’il existe k 2 {1, . . . , d} tel que
8i 6= k, v(xi ) > v(xk ), alors il y a égalité dans l’inégalité précédente.
Preuve
Comme v est une valuation, v(x + y) inf(v(x), v(y)).
P On suppose par récurrence
que pour toute famille de cardinal m n, on a v ( mi=1 ai ) inf 1im (v(ai )).
Au rang n + 1 :
n+1
! n
! n
!!
X X X
v ai = v an+1 + ai inf v(an+1 ), v ai
i=1 i=1 i=1
✓ ◆
inf v(an+1 ), inf (v(ai ))
1in

inf {v(ai ) | 1  i  n + 1} .

28
On se ramène au cas n = 2 : v(x) < v(y), v(x + y) v(x).
De plus
v(x) = v((x + y) + ( y)) inf(v(x + y), v( y))
et
v(y) = v( y)
car v(( 1)( 1)) = v( 1) + v( 1) = v(1) = 0
donc v( 1) = 0 et v( y) = v( 1) + v(y) = v(y).

v(x + y) v(x) inf(v(x + y), v(y))


or, si inf(v(x + y), v(y)) = v(y), on obtient une contradiction avec v(x) > v(y).
Donc inf(v(x + y), v(y)) = v(x + y) et v(x) = v(x + y).
Par récurrence, on obtient l’égalité voulue.

Définition II.6 Soient un groupe abélien totalement ordonné et un sous-


groupe de . est isolé si, quels que soient 0   ↵ avec ↵ 2 , on a 2 .

Corollaire II.A.6
F Exercice 32, chapitre 5, [AM].
Soit un groupe abélien totalement ordonné. Soit A un anneau de valuation d’un
corps K dont est le groupe des valeurs.
Si p est un idéal premier de A, alors v(A \ p) est l’ensemble des éléments positifs
dans un sous-groupe isolé de . L’application de Spec(A) dans l’ensemble des
sous-groupes isolés de est une bijection.
Preuve
On montre que hv(A \ p)i = v(A \ p) [ v(A \ p).
Si x 2 v(A \ p), x= v(a) 2 v(A \ p) donc v(A \ p) ⇢ hv(A \ p)i.
Soient x, y 2 v(A \ p) [ v(A \ p), x = v(a), y = v(b), a ou a 1 , b ou b 1 2 A \ p.
x + y = v(a) + v(b) = v(ab). Trois cas possibles :
1ecas : a, b 2 A \ p ab 2 A et ab 2 / p car p est premier.
2ecas : a 1 , b 1 2 A \ p et a 1 b 1 2 A \ p car p est premier.
3ecas : a 1 , b 2 A \ p ou b 1 , a 2 A \ p. Les deux possibilités étant symétriques,
prenons a 1 , b 2 A \ p et a 1 b 2 A \ p car p est premier.

29
x + y = v(a) + v(b) = v(ab).
Comme A est un anneau de valuation : ab ou a 1 b 1 2 A.
Si ab 2 A et ab 2 p alors aba 1 = b 2 p car a 1 2 A et p est un idéal de A, ce qui
est impossible par hypothèse.
Si a 1 b 1 2 A et a 1 b 1 2 p alors a 1 = a 1 b 1 b 2 p car b 2 A et p est un idéal
de A.
0
On a donc montré que := v(A \ p) [ v(A \ p) est un sous-groupe tel que :
0
v(A \ p) ⇢ ⇢ hv(A \ p)i,

d’où l’égalité annoncée.


0
On suppose que n’est pas isolé.
1
Il existe y 2 A \ p et x 2 p tels que 0  v(x)  v(y), i.e, yx 2 A.
x (yx 1 ) = y 2 p, ce qui contredit l’hypothèse
Comme p est un idéal de A, |{z}
| {z }
2p 2A
y 2 A \ p.
hv(A \ p)i est donc isolé.
Soient un sous-groupe isolé de et p = {a 2 A|v(a) 2
/ }.
Soient x 2 p, y 2 A. Comme est isolé, 8e 2 , v(x) > e, sinon 0  v(x)  e et
v(x) 2 , ce qui contredirait x 2 p.
On a v(y) 0.
v(xy) = v(x) + v(y) v(x)
8e 2 , v(xy) v(x) > e, v(xy) 2
/ , xy 2 p.
Soient x, y 2 p
v(x + y) min(v(x), v(y))
8e 2 , v(x) > e, v(y) > e, donc v(x + y) > e et v(x + y) 2
/ , x + y 2 p.
Donc p est un idéal.
En outre, = hv(A \ p)i est un sous-groupe de , donc est stable par addition.
Il en découle que A \ p est stable par multiplication et donc que p est premier.
Spec(A) { sous-groupes isolés de }
p hv(A \ p)i
{a 2 A|v(a) 2
/ }
La bijection est décroissante.

30
exemple
Soient A un anneau de valuation du corps K et p un idéal premier de A.
\ Le groupe des valeurs de A/p est = v(A \ p).
Les éléments de p dans A constituent la classe de 0 dans A/p, donc v(A/p) = .
\ Le groupe des valeurs de Ap est / .

Remarque : Soient A un anneau intègre et K = Frac(A). La valuation v : A !


se prolonge de manière unique en une valuation de K par v( ab ) = v(a) v(b).
Preuve
Soit x 2 K, x = ab , a 2 A, b 2 A \ {0}. On pose v 0 (x) = v(a) v(b).
Cette définition ne dépend pas du représentant choisi pour x.
a c
x= =
b d
ab 1 dc 1
=1
donc
v(ab 1 dc 1 ) = v(a) + v(d) + v(b 1 ) + v(c 1 )
= v(a) v(b) + v(d) v(c)
=0
v(a) v(b) = v(c) v(d),

⇣a c ⌘
v · = v(ac) v(bd)
b d
= v(a) + v(c) v(b) v(d)
= v(a) v(b) + v(b) v(d)
⇣a⌘ ⇣c⌘
=v +v ,
b d
⇣a c ⌘ ✓ ◆
ad + bc
v + =v
b d bd
= v(ad + bc) v(bd)
= v(ad + bc) v(b) v(d),

⇣a c⌘
v + min (v(ad), v(bc)) v(b) v(d)
b d
= min (v(a) v(b), v(c) v(d))
⇣a c⌘
⇣ ⇣ a ⌘ ⇣ c ⌘⌘
v + min v ,v .
b d b d

31
Soit v 00 un autre prolongement de v à K. Soit x 2 K.
Si x 2 A, alors v 0 (x) = v 00 (x) = v(x).
Sinon, x 1 2 A, v 00 (xx 1 ) = v 00 (1) = v(1) = 0 car 1 2 A. Et v 00 est une valuation,
donc v 00 (xx 1 ) = v 00 (x) + v 00 (x 1 ) = 0,
i.e., v 00 (x) = v 00 (x 1 ) = v 0 (x 1 ) = v 0 (1) v 0 (x 1 ) = v 0 (x). D’où v 0 = v 00 .

Corollaire II.A.7
F Exercice 33, chapitre 5, [AM].
Soient k un corps quelconque, un groupe ordonné et A = k[ ].
A =Vect(x↵ , ↵ 2 ). A est un anneau intègre. Soit u = 1 x↵1 + · · · + n x ↵n avec
81  i  n, i 6= 0 et ↵1 < ↵2 < · · · < ↵n .
Si u n’est pas inversible dans A, on définit v(u) = ↵1 .
Preuve
Soient u, w 2 A,

u = 1 x ↵1 + · · · + n x ↵n ,
w = µ1 x 1 + · · · + µn x d ,

avec ↵1 < · · · < ↵n et 1 < ··· < d donc ↵1 1  ↵i j 81  i, j  n.

uw = 1 µ1 x ↵ 1 x 1 + ··· + n µd x ↵ n x d
,
uw = 1 µ1 x ↵ 1 + 1 + ··· + n µd x ↵ n + d
,

v(uw) = ↵1 + 1 = v(u) + v(w).


v(u + w) min(v(u), v(w)).
Il y a égalité si 1 x ↵1 6= µ1 x 1 .

N’importe quel groupe ordonné est donc le groupe des valeurs d’une valuation.

exemple
n P ⇣P ⌘ o
i j
\ A = K((X))[[Y ]] = j2N a
i2Z,i i0 (j) (j,i) X Y a (j,i) 2 K .
On rappel que K((X)) est constitué des séries de Laurent en X à coefficients
dans K et que K[[Y ]] est constitué des séries formelles en Y à coefficients dans
K.

32
On définit la valuation v : v(P 2 A) = inf (j, i) a(j,i) 6= 0 pour l’ordre
lexicographique.
L’anneau de valuation de A par rapport à v est {P 2 A | v(P ) 0}.
v(P ) 0 si inf(j, i) 0, i.e., inf(j, i) = (a, b) avec a > 0 ou a = 0 et b 0.
Si a > 0, alors P 2 Y K((X))[[Y ]].
Si a = 0 et b 0, alors P 2 K[[X]].
On a donc {P 2 A | v(P ) 0} = K[[X]] + Y K((X))[[Y ]].

\ Sous groupes isolés : h0i ⇢ (0 ⇥ Z) ⇢ Z2 :


h0i = v(A \ hX, Y i).
(0 ⇥ Z) = v(A \ Y A).
Z2 = v(A \ h0i).
La bijection p $ v(A \ p) est donc bien décroissante.

II.B. Valuation discrète

Définition II.7 v est une valuation discrète si son groupe des valeurs est Z[{1}.
Remarque : Attention, il existe d’autres définitions. Par exemple, pour
O. Zariski, les valuations discrètes sont les valuations de groupe des valeurs
= Znlex .
Définition II.8 Soit V un anneau intègre de corps des fractions K. V est un
anneau de valuation discrète, ou DVR (Discrete Valuation Ring), s’il existe une
valuation discrète v de K telle que V soit l’anneau de valuation de v.
Rappel II.2 : Soit I un idéal de A, I n = ha1 a2 · · · an |ai 2 Ii.
Rappel II.3 : Soit A un anneau, A est noethérien si tous les idéaux de A sont de
type finis, i.e., engendré par un nombre fini d’éléments de A.
Définition II.9 La dimension de Krull d’un anneau A est la borne supérieure
de la longueur des chaı̂nes d’idéaux premiers de A.

Proposition II.B.1
Soit A un anneau intègre local noethérien, de dimension de Krull 1, d’idéal maxi-
mal m et de corps résiduel k = A/m. Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) A est un DVR ;
(ii) A est intégralement clos dans Frac(A) ;
(iii) m est principal ;
(iv) dimk m/m2 = 1 ;

33
(v) Tout idéal non nul de A est une puissance de m ;
(vi) Il existe t 2 A tel que tout idéal non nul de A est de la forme htm i avec m 2 N.
Définition II.10 t est appelé ⌧ uniformisante de A et est défini à un
inversible près.
Preuve

(i) ) (ii) déjà vu, voir la proposition II.A.3.


(ii) ) (iii)
• Soit a 2 m, non nul.
p T
Rappel II.4 : Le radical de hai est : aA = p⇢aA p, p idéal premier de A.
p
Comme A est de dimension de Krull 1, Spec(A)={(0), m} et aA = m.
De plus, A est noethérien donc m = ha1 , . . . , am i et il existe N 2 N tel que
aN N N
1 , a2 , . . . , am 2 aA.
0 u(1) u(m)
mN = ha1 · · · am i avec u(1) + · · · + u(m) = N 0 .
0
Si N 0 mN , alors mN ⇢ aA.
• Soit n0 le plus petit entier tel que mn0 ⇢ aA.
Si n0 = 1, alors hai = m, donc m est principal.
Sinon, mn0 1 * aA. Donc, 9b 2 mn0 1 , b 2 / aA. Posons x = ab 2 Frac(A), alors
1 b
x 2 / A, sinon b = a · a 2 aA, ce qui est faux par hypothèse. Donc x 1 n’est
pas entier sur A, car A est intégralement clos.
Par la proposition I.D.1 (iv), x 1 m * m, sinon m serait un A[x 1 ]-module fidèle
de type fini sur A. Cependant, x 1 m ⇢ A car 8m 2 m, bm 2 mn0 puisque
b 2 mn0 1 et mn0 ⇢ aA.
Donc x 1 m est un sous-A-module de A, donc c’est un idéal de A et x 1 m n’est
pas inclus dans l’idéal maximal de A. x 1 m = A.
De là, on conclut que m = xA = hxi car 8a 2 A, 9m 2 m, a = x 1 m, d’où
xa = m.

(iii) ) (iv) m/m2 est un groupe additif. On définit :


(A/m ⇥ m/m2 ) ! m/m2
(ã, m) 7! ãm = am.

Cette application est bien définie : ã = b̃, µ = m alors b = a + ⌫, µ = m + ⇢ avec


⌫ 2 m et ⇢ 2 m2 . On a donc :
bµ = am + a⇢ + ⌫m
|{z} + ⌫⇢
|{z} |{z}
2m2 car ⇢2m2 2m2 car ⌫,m2m 2m3 donc 2m2
| {z }
2m2

34
et
bµ = am
ce qui définit une structure de k-espace vectoriel sur m/m2 .
Comme m est principal, 8m 2 m, m = ax, m = ax = ãx.
Donc m/m2 est engendré pas x.
Par le lemme I.D.3, si m/m2 = (0), alors m = (0), ce qui contredit dim A = 1.
Donc m/m2 6= (0).
On en déduit que m/m2 est de dimension 1.

(iv) ) (v) et (vi) Par le lemme I.D.3, si dimk m/m2 = 1, alors m est
principal.
Soit I un idéal de A, I 6= (0), I 6= A. Il existe n 2 N tel que mn ⇢ I et mn 1
* I.
0 n0
Remarque : I ⇢ m et 8n n, m ✓ I.
Soit n0 le plus grand entier tel que I ⇢ mn0 , par la remarque précédente n0
existe.
Donc I ⇢ mn0 et I * mn0 +1 . Soit y 2 I \ mn0 +1 , y = axn0 et a 2 / m, sinon
n0 +1
y2m . Comme A est local, m est l’ensemble des éléments non inversibles de
A, donc a est inversible.
Comme a est inversible, xn0 2 I donc hxn0 i = mn0 ⇢ I.
On obtient alors I = mn0 = hxn0 i.

(v) ) (vi) m/m2 6= (0), sinon, par le lemme I.D.3, si m/m2 = (0), alors m = (0),
ce qui contredit dim A =1.
Soit x 2 m/m2 , hxi ⇢ m et hxi * mr , 8r 2. Donc hxi = m et hxr i = mr , r 1.

(vi) ) (i) Les idéaux de A sont donc totalement ordonnés pour l’inclusion. Par la
proposition II.A.4, A est un anneau de valuation de son corps de fractions.
De plus, 8a 2 A, hai = (tr ) avec un r unique.
En e↵et, si a = utr = vts avec r  s, alors tr (u vts r ) = 0. Donc u = vts r et
ts r est inversible. On en déduit donc que tout idéal de A est A, ce qui contredit
A de dimension 1.
D’où : 8a 2 K = Frac(A), a = utr , r 2 Z, u inversible dans A. On pose v(a) = r ;
v est une valuation de groupe des valeurs Z, d’anneau de valuation A.
Donc A est un DVR.

Cette proposition contient les critères usuels pour reconnaitre un DVR.

35
III. Applications et utilisations de la théorie

III.A. Théorème d’Ostrowski - Analyse p-adique

Définition III.1 Soit K un corps. Une norme sur K est une application x 7! |x|,
de K dans R+ telle que :
1. 8x 2 K, |x| = 0 , x = 0 ;
2. 8x, y 2 K, |xy| = |x||y| ;
3. 8x, y 2 K, |x + y|  |x| + |y|.
Définition III.2 Deux normes sur un corps K sont dites équivalentes si elles
définissent la même topologie.

Proposition III.A.1
Deux normes | · |1 et | · |2 sont équivalentes si, et seulement si, il existe s 2 R⇤+ tel
que l’on ait |x|1 = |x|s2 quel que soit x 2 K ⇤ .
Preuve
Si | · | est une norme sur un corps K, alors |x| < 1 si, et seulement si, la suite de
terme général xn tend vers 0 quand n tend vers +1.
On en déduit le fait que si | · |1 et | · |2 sont équivalentes, alors

{x 2 K| |x|1 < 1} = {x 2 K| |x|2 < 1}.

Si ce dernier ensemble est réduit à {0}, on a |x|1 = |x|2 = 1 quel que soit x 2 K ⇤ .
Sinon, soit x 2 K ⇤ vérifiant |x|1 < 1. Si y 2 K ⇤ , a 2 Z et b 2 N, alors

|y b x a |1 < 1 , |y b x a |2 < 1.

On en déduit le fait que :


⇢ ⇢
log |y|1 log |y|2
r2Q r< = r2Qr<
log |x|1 log |x|2
log |y|1 log |y|2
et donc que les deux quotients log |x|1
et log |x|2
sont les bornes supérieures d’un
ensemble borné non vide de Q. Les deux quotients sont donc égaux, ce qui montre
que la fonction y 7! log |y|1 est constante sur K ⇤ et permet de conclure.

Définition III.3 On définit la norme p-adique sur Q par 8x 2 Q, x = pr ab , tel


que p ne divise ni a ni b, |x|p = p r .

36
Théorème III.1
Théorème d’Ostrowski. Toute norme non triviale sur Q est équivalente à la
valeur absolue usuelle | · |1 ou à une certaine valeur absolue p-adique |.|p .
Preuve
Soit | · | une norme non triviale sur Q.
S’il existe k 2 N tel que |k| > 1, alors |k| = | 1| + ·{z
· · + 1} |  k|1| = k
kf ois

Donc il existe ↵ 2]0; 1] tel que |k| = k ↵ .


Soit m 2 N, alors la décomposition de m en base k est :
n
X
m= ai k i , ai 2 {0, 1, . . . , k 1}, an 6= 0.
i=0

m k n , |ai |  ai  k 1.

n
X n
X
i
|m|  |ai ||k | = (k 1) |k i |
i=0 i=0
0
n
z }| {
X k (n+1)↵ 1 k ↵ (k 1) k 1
 (k 1) (k ↵ )i = (k 1) =
i=0
k↵ 1 k↵ 1 k↵
|{z} 1
=|k|>1
| {z }
0

k (k 1)
 (k n )↵ ↵
| k {z 1 }
C

|m|  Cm .

Comme C est indépendant de m, on peut remplacer m par mn , d’où


|mn | = |m|n  Cmn↵ . En passant à la racine n-ième on obtient : |m|  exp( n1 ln C)m↵ .
En passant ensuite à la limite quand n tend vers l’infini, on obtient : |m|  m↵ .

|k| = k ↵ donc ln |k| = ↵ ln k,


ln |k|
|m|  m↵ donc ln |m| = ↵ ln m = ln m,
ln k
ln |m| ln |k|
 .
ln m ln k

37
Si |m| 1 alors, de même, il existe tel que : |m| = m , |k|  k .
ln |k| ln |m|
Donc ln k
 ln m
d’où l’égalité.
ln |k| ln |kn m| n ln |k|+ln |m|
De plus, 8m 2 N, 9n 2 N tel que |k n m| > 1 et ln k
= ln kn m
= n ln k+ln m
d’où
ln |k|
ln k
= lnln|m|
m
.
|a|
Soit x 2 Q, x = ± ab a, b 2 N donc |x| = | ab | = |b|
et |x|1 = ab .

ln |x| = ln |a|
|b|
= ln |a| ln |b| = (ln a ln b) lnln|k|
k
= ln |k|
ln k
ln |x|1 .
ln |x| ln |k|
ln |x|1
= ln k
= ↵ donc |x| = |x|↵1 et | · | est équivalente à | · |1 .
Sinon, 8k 2 N, |k|  1. A fortiori, 8p 2 N, p premier, |p|  1. Comme |.| est non
triviale, par la décomposition en facteurs premiers, 9p premier, tel que |p| < 1.
S’il existe p et q de normes strictement plus petites que 1 alors, par le théorème
de Bézout :

9un , vn 2 Z, 1 = un pn + vn q n

d’où :
1 = |un pn + vn q n |  |un ||pn | + |vn ||q n |  |p|n + |q|n .
Or, quand n est suffisamment grand, 1 > |p|n +|q|n , ce qui amène une contradiction.
Donc |.| est équivalente à la norme p-adique |.|p .

III.B. Géométrie algébrique

Définition III.4 Soit k un corps. On dit que F ⇢ k n est un fermé (de Zariski)
si 9I ⇢ k[X1 , . . . , Xn ], F = {(a1 , . . . , an ) 2 k n | 8P 2 I P (a1 , . . . , an ) = 0}.
I(F ) = {P 2 k[X1 , . . . , Xn ] | P est nul sur F }.
Remarque : I ⇢ I(F ).
Définition III.5 On dit que F est irréductible si I(F ) est premier.
Définition III.6 Soit F irréductible.
On appelle anneau de F , l’anneau k[F ] := k[X1 , . . . , Xn ]/I(F ).
On appelle corps de F , k(X1 , . . . , Xn )/I(F ) le corps des fractions de k[F ].
Définition III.7 La dimension de F est dim(F ) := dim k[F ].

38
Théorème III.2
Théorème de Dedekind, Noether, Riemann.
Soit F une courbe ⌧ normale projective (pas de définition donnée ici). Il y a une
bijection entre les points de F et les anneaux de valuations de k[F ] contenant k,
ces anneaux sont des DVR.

Théorème III.3
Théorème de Zariski.
Soit F un fermé projectif irréductible. Il y a une application surjective continue
pour la topologie de Zariski qui envoie l’ensemble des anneaux de valuations de
k[F ] (i.e., la variété de Riemann – Zariski) sur les points de F .

Ces théorèmes donnent un aperçu de ce qui pourrait être étudié ensuite. Leurs
démonstrations font appel aux théorèmes vus pendant ce stage mais aucune preuve
ne sera fournie ici.

Exemple de M. Spivakovsky ([Spi]) : une extension non triviale


n o
P (u,v)
On s’intéresse à C[u, v]hu,vi = Q(u,v)
Q(0, 0) 6= 0 .

C[u, v]hu,vi ⇢ C{u, v}

où C {u, v} est l’ensemble des séries en u et v de rayons de convergence non


nul.
P
On pose t = u + 1 1 n
n=1 n ! v = u + e
v
1.
Comme C{u, v} est factoriel,
8f 2 C{u, v}, f = tn ' où ' n’est pas divisible par t.
On considère alors l’application :
8f 2 C{u, v}, ⌫(f ) = (n, ordhu,vi ') 2 Z2lex .
f = tn ', g = tm . f g = tn+m ' , t ne divise ni ', ni donc t ne divise pas
' .

39
Comme ordu,v est une valuation, on a :

⌫(f g) = (n + m, ordhu,vi ' )


= (n, ordu,v ') + (m, ordhu,vi )
= ⌫(f ) + ⌫(g).

Quitte à intervertir f et g, supposons n m:

⌫ (f + g) = ⌫ (tn ' + tm )
= ⌫ tm tn m ' +
min (⌫ (f ) , ⌫ (g)) .

v est donc une valuation et son groupe des valeurs est Z2lex .
P1 1 n
u=t n=1 n ! v .
P1 1 n P1 1 n 1 1
De plus, t ne divise pas n=1 n ! v , sinon n=1 n ! v = t⇢ et 1!
v = v = (u + v)⇢0 ,
ce qui est impossible. Donc, ⌫(u) = (0, 1). De même :
X1
1 n
⌫(u + v) = ⌫(t v ) = (0, 2)
n=2
n !
X1
1 1 n
⌫(u + v + v 2 ) = ⌫(t v ) = (0, 3)
2 n=3
n!
..
.
Xn X1
1 j 1 j
⌫(u + v ) = ⌫(t v ) = (0, n + 1).
j=1
j ! j=n+1
j !

On montre alors que la restriction de v à C[u, v] admet Z comme groupe des


valeurs :
P
8s 2 C[u, v], s(u, v) = a b
a,b u v = t = (u + e
v
1)
P
s(1 ev , v) = a,b (1 ev )a v b = 0
P
8n 2 N, s(1 en , n) = a,b (1 en ) a n b = 0
ce qui est impossible car e est transcendant, donc t ne divise pas s et
⌫(s) = (0, m).
P (u,v)
Il est commode de regarder le développement en série de Q(u,v) , car ce développement
contient des informations cruciales, notamment grâce au polygone de Newton.

40
Une valuation sur C[u, v]hu,vi s’étend à C{u, v} ou C[u, v] par le corollaire II.A.3.
Mais, attention, le groupe des valeurs peut changer, et même changer de dimen-
sion !

41
Bibliographie
[Abh] S.S. Abhyankar, Resolution of singularities and modular galois theory ,
Bull. Amer. Math. Soc. 38 (2001), 131–169
[AM] M.F. Atiyah, I.G. Macdonald, Introduction to Commutative Algebra,
Addison-Wesley Publishing Co., Reading, Menlo Park, London, Don Mills,
1969
[C] P. Colmez, Les nombres p-adiques, notes de cours de M2.
[Spi] M. Spivakovsky, Valuations in function fields of surfaces, American Journal
of Mathematics, Vol. 112, No.1 (Feb., 1990).
[Vaq] M. Vaquié, Valuations, Resolution of singularities (Obergurgl, 1997), 539 –
590, [Link]., 181, Birkhauser, Basel, 2000
[Z] O. Zariski, P. Samuel, Commutative Algebra, Vol. II, Springer-Verlag, New
York, 1960.

42

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