Matrices et Endomorphismes en Algèbre
Matrices et Endomorphismes en Algèbre
Alexis Tchoudjem
Université Lyon I
3 juin 2010
2
K
Définition 1 Une matrice m × n à coefficients dans est un « tableau » de
K
nombres ∈ à m lignes et n colonnes. Notation : Mm,n ( ). K
Notation : On note ai,j le coefficient de la ligne i et de la colonne j.
Exemple : Triangles de Pascal. Voici 3 exemples de matrices de taille
n+1×n+1 :
1 0 ... 0
. ..
1 1 ..
.
1 2 1
!!
i
T− := 1 3 3 1 =
j 0≤i,j≤n
1 4 6 4 1
.. ..
. 0
.
1 n ... 1
1 1 1 1 1 ... 1
0 1 2 3 4 n
. ..
.. 1 3 6 .
!!
j
T+ :=
1 4
=
i 0≤i,j≤n
1
...
0 ... 1
3
4 CHAPITRE 1. RAPPELS SUR LES MATRICES
1 1 1 1 1 ... 1
1 2 3 4 n+1
1 3 6
!!
..
i+j
P := 1 4 . =
i 0≤i,j≤n
1
..
.
2n
1 n+1 n
1.0.1 Opérations
— On peut additionner deux matrices de même taille (addition terme à
terme) ;
— On peut multiplier une matrice par un scalaire λ (tous les coefficients
sont multipliés par λ) ;
— On peut multiplier une matrice A de taille m × n par une matrice B
de taille n × p pour obtenir une matrice C = AB de taille m × p :
n
X
ci,j := ai,k bk,j
k=1
cos(a + b) − sin(a + b)
=
sin(a + b) cos(a + b)
— nombres complexes
0 0
Rez −Im z Rez −Im z
.
Im z Rez Im z 0 Rez 0
1.1. MATRICES CARRÉES 5
0 0
Re(zz ) −Im (zz )
=
Im (zz 0 ) Re(zz 0 )
— matrices de Pascal
T− T + = P
(AB)C = A(BC)
Q.e.d.
— Propriétés de K−algèbre :
distributivité
A(B + C) = AB + AC , (A + B)C = AB + BC ,
∀
t∈ K, t(A)B = A(tB) = t(AB)
— Propriétés « négatives » :
6 CHAPITRE 1. RAPPELS SUR LES MATRICES
non commutativité :
0 1 1 0 1 0 0 1 0 1
= 0 6= =
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
existence d’éléments nilpotents non nuls :
2
0 1
=0
0 0
— Effet de la multiplication à gauche ou à droite par une matrice diago-
nale :
d1 a1,1 ... a1,n d1 a1,1 ... d1 a1,n
..
.. ..
.. ..
(1.1) . . . = . .
dn an,1 an,n dn an,1 dn an,n
a1,1 ... a1,n d1 d1 a1,1 ... dn a1,n
.. ..
..
.. ..
(1.2) . . . = . .
an,1 an,n dn d1 an,1 dn an,n
Définition 2 La matrice identité, notée In :
1
...
In :=
1
« Des 1 sur la diagonale, des 0 en dehors ».
D’après 1.1 et 1.2,
∀
K
A ∈ Mn ( ), AIn = In A = A .
Définition 3 Matrices inversibles. Une matrice A ∈ Mn ( ) est inversible K
s’il existe une matrice, notée A−1 , telle que :
AA−1 = A−1 A = In .
K
Notation : GLn ( ) est l’ensemble des matrices n × n inversibles à coeffi-
cients dans . K
1.2. APPLICATIONS 7
K
Remarque : GLn ( ) est un groupe pour la multiplication : c’est le
groupe général linéaire.
Remarque : AB = In ⇒ BA = In (non trivial !)
[Link] La transposée
Définition 4 t (A)i,j := Aj,i « Les lignes de t A sont les colonnes de A (et
vice versa) ».
Propriétés :
t
(tA) = tt A, t (A + B) = t A + t B , t (AB) = t B t A
1.2 Applications
1.2.1 La suite de Fibonacci
C’est la suite :
0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, ...
f0 := 0, f1 := 1, ∀ n ≥ 2, fn = fn−1 + fn−2
Problème : exprimer fn en fonction de n.
Solution : On remarque que :
∀ fn−1 fn−2
n ≥ 2, = A
fn fn−1
où A est la matrice
0 1
1 1
et donc :
∀
fn−1 n−1
0
n ≥ 1,
=A .
fn 1
On verra plus tard comment calculer An−1 . Ici on trouve :
√ √ !
1 1+ 5 n 1− 5 n
∀ n−1
n ≥ 0, fn = A2,2 = √ − .
5 2 2
√ √
Remarque : Les nombres ( 1+2 5 ) et ( 1−2 5 ) sont les valeurs propres de
A (définition à venir ...).
8 CHAPITRE 1. RAPPELS SUR LES MATRICES
1.2.2 Graphes
Un pilote voyage entre trois villes suivant le graphe suivant :
Pk / B /+ M/
1 2 3
Ici :
0 1 1
A=
0 0 1
1 0 0
n−1
X X
bi,j,n = bi,k,n−1 bk,j,1 = Ai,k Ak,j
k k
= Ani,j .
An1,3
ρ2 := lim ≈ 1, 75...
n∞ An1,2
(E) y 00 + y 0 + y = 0 .
y
Solution : On pose Y := . On a :
y0
(E) ⇔ Y 0 = AY
où A est la matrice :
0 1
−1 −1
or, nous verrons plus loin que :
On appellera opération élémentaire sur les lignes une des opérations sui-
vantes :
— ajouter à une ligne (i) une autre ligne (j) multipliée par un coefficient
t∈ ; K
— échanger deux lignes : i et j ;
— multiplier la ligne i par un coefficient non nul α ∈ ∗ . K
Remarque : Chaque opération élémentaire revient à multiplier à gauche
par une matrice « simple » : respectivement :
— Ti,j (t) « la matrice In à laquelle on a ajouté un t en position i, j »
1 ... t
..
.
..
.
1
Théorème 1.3.1 Chaque matrice peut être transformée en une matrice éche-
lonnée par une suite finie d’opérations élémentaires.
0 ... a1,j1 ...
..
. 0 ...
..
.
0 0
E1 ...EN A = In
alors :
E1 ...EN = A−1 .
Q.e.d.
0 1
Exemple : Soit A :=
.
1 1
On effectue les opérations suivantes :
L1 ←L2
0 1 1 0 L2 ←L1 1 1 0 1
;
1 1 0 1 0 1 1 0
L1 ←L1 −L2 1 0 −1 1
;
0 1 1 0
−1 1
conclusion : A−1 = .
1 0
A: K n → Km
x1 y1
..
..
X= . 7→ AX = .
xn ym
1.4. LIEN AVEC LES APPLICATIONS LINÉAIRES 13
où n
∀
X
1 ≤ i ≤ m, yi = ai,j xj .
j=1
K
Remarque : Soient A, B ∈ Mm,n ( ). Alors :
A = B ⇔ ∀ X ∈ Kn , AX = BX .
K
Exercice 2 Soient A ∈ Mm,n ( ), B ∈ Mn,p ( ). Soient A : n → K K Km , B :
Kp
K
→ n les applications linéaires associées. Alors AB = A ◦ B.
y1 x1
K Kn, Y = AX
..
m ∃
..
Im A = Y = . ∈ : X= . ∈
ym xn
Conséquence :
K
Remarque : dim n = n. D’après la proposition n + 1 vecteurs de n K
sont toujours liés.
Démonstration : i : supposons, quitte à diminuer m, que pour tout k,
v1 , ...,
v
i1 , ..., vn , w1
(« dans la liste v1 , ..., vn , on remplace vi1 par w1 ») est encore une base de
E (exo). On peut montrer plus généralement, par récurrence sur k que pour
tout 1 ≤ k ≤ min{m, n}, il existe 1 ≤ i1 , ..., ik ≤ n deux à deux distincts tels
que :
v1 , ...,
v
i1 , ..., ,
v
ik , ..., vn , w1 , ..., wk
est encore une base de E (où on a remplacé dans la liste v1 , ..., vn les vecteurs
vi1 , ..., vik par les vecteurs w1 , ..., wk ).
En particulier, si, par l’absurde, m < n, on obtient une base de E de la
forme :
vi , w1 , ..., wm , i ∈ {1, ..., n} \ {i1 , ..., im }
16 CHAPITRE 1. RAPPELS SUR LES MATRICES
w1 , ..., wk , v1 , ...,
v v
i1 , ..., ik , ...vn
w1 , ..., wn
forment une base de E. Mais cela est absurde car alors wm (m > n) est une
combinaison linéaire de w1 , ..., wn ce qui contredit l’indépendance linéaire des
wj . Q.e.d.
i) ∀ u, ∀ v ∈ E, f (u + v) = f (u) + f (v)
0 ∈ F, ∀ u, v ∈ F, ∀ t ∈ K, tu ∈ F et u + v ∈ F
Exemple : Soit f : E → F une application linéaire. Son noyau ker f :=
f −1 ({0}) est un sous-espace de E et son image Im f := {y ∈ F : ∃ x ∈ E, y =
f (x)} est un sous-espace de F .
x1
..
autrement dit, si X := . est le vecteur « coordonnées de v dans la
xn
y1
..
base (e) » si Y := . est le vecteur « coordonnées de f (v) dans la base
yn
(e) » alors :
Y = AX
où A est la matrice (ai,j ).
On dit que la matrice A := (ai,j )1≤i,j≤n est la matrice de f dans la base
(e) := e1 , ..., en .
Notation :
A := Mat(f )(e) .
Exemple :
18 CHAPITRE 1. RAPPELS SUR LES MATRICES
f injectif ⇒ ker f = 0
f surjectif ⇒ f (E) = E
⇒ dim ker f = 0
⇒ ker f = 0
i.e. f injecftif. On utilise que si V est un sous-espace de U , alors V est de
dimension finie ≤ dim U avec égalité si et seulement si V = U . Q.e.d.
Corollaire [Link] AB = In ⇒ BA = In .
Q.e.d.
K
..
n
..
S = . ∈ : .
xn an,1 x1 + ... + an,n xn = 0
20 CHAPITRE 1. RAPPELS SUR LES MATRICES
avec j1 < ... < jr et r est le rang des lignes de A. L’application linéaire
S→ Kn−r
x1
..
.
7→ (xj ) 1≤j≤n
j6=j1 ,...,jr
xn
est alors un isomorphisme (exo). Donc
n − r = dim S
= dim ker A
= n − dim Im A
= n − rang des colonnes de A.
Q.e.d.
En effet, soient (e0 ), (e) deux bases de Kn (ou de n’importe quel K−espace
vectoriel de dimension n). Pour tout j,
X = P X0
où P := (pi,j )1≤i,j≤n .
Démonstration :
n n
x0j
X X
= pi,j ei
j=1 i=1
n n
pi,j x0j ei
X X
=
i=1 j=1
n
⇔ ∀ 1 ≤ i ≤ n, xi = pi,j x0j
X
j=1
⇔ X = P X0 .
Q.e.d.
(e0 )
P(e) .
22 CHAPITRE 1. RAPPELS SUR LES MATRICES
A = P A0 P −1
K
Démonstration : Soit v ∈ n . Soient X, X 0 , Y, Y 0 respectivement les
vecteurs (colonnes) coordonnées de v dans les bases (e) et (e0 ), de f (v) dans
les bases (e) et (e0 ).
Alors : Y = AX et Y 0 = AX 0 (exo). De plus :
X = P X 0, Y = P Y 0
⇒ P Y 0 = AP X 0
⇒ Y 0 = P −1 AP X 0 = A0 X 0
(pour tout X 0 ∈ Kn). Donc P −1AP = A0.
Q.e.d.
Exercice 5
−1
it
1 1 cos t − sin t 1 1 e 0
=
−i i sin t cos t −i i 0 e−it
Chapitre 2
Le déterminant
2.1 Dimension 2 et 3
Définition 15
a1,1 a1,2
:= a1,1 a2,2 − a1,2 a2,1
a2,1 a2,2
Moyen mnémotechnique :
• AA G• A n7 • •X0PPP > •0 •
AA nnAAnAnn 00 PP}}P 00 }}
} P }
AA nnn AA 00 }} PPP00}P}}
nnAA A }
~}}00PPP
nnn A }}00
• `AA • AA nn • • hPPP000 • 000 ( •
n PP}0} }0}
AA nnAnA }} 0P0 PPPP }}} 00
AnAnAnnn AAA }} 0 ~}}}PPP 0
wnnn A A ~}} P
• • • • • •
+ −
Interprétation géométrique (sur R) : dét (A) est une aire ou un
volume « orienté ».
23
24 CHAPITRE 2. LE DÉTERMINANT
Exemple : [s]
— Id a 0 inversion, 0 est pair, donc (Id) = 1.
— Si τ est la transposition :
i 7→ j
j 7→ i
k 7→ k si k 6= i, j
le déterminant de A.
t1,1 t1,n
0 = t1,1 ...tn,n
0 0 tn,n
|In | = 1
or, le produit tσ(1),1 ...tσ(n),n est nul sauf si, éventuellement, σ(1) ≤ 1, ..., σ(n) ≤
n. Cela n’arrive que si σ(1) = 1, ..., σ(n) = n c-à-d si σ = Id. Donc :
Q.e.d.
|t A| =
X
(σ)a1,σ(1) ...an,σ(n)
σ∈Sn
2.2. DÉTERMINANT EN DIMENSION QUELCONQUE 27
σ∈Sn
Or,
(σ −1 ) = (σ)
(en fait, σ −1 et σ ont le même nombre d’inversions car l’application :
I(σ −1 ) → I(σ)
traduction :
— « n−linéaire en les colonnes » signifie que si les colonnes
a1,1 a1,j−1 a1,j+1 a1,n
..
..
..
..
. , ..., . , . , ..., .
an,1 an,j−1 an,j+1 an,n
j
|
x1 a1,1 ... x1 ... a1,n
..
.. .. ..
. 7→
. . .
xn
an,1 ... xn ... an,n
28 CHAPITRE 2. LE DÉTERMINANT
est linéaire.
— « alternée en les colonnes » signifie que si la matrice A a deux colonnes
identiques, alors |A| = 0.
Démonstration :
Pour le caractère n−linéaire :
il suffit de remarquer que (pour tout 1 ≤ j ≤ n) :
Or on a :
Lemme 2.2.5
(στ ) = −(σ)
Admettons ...
On a donc une bijection :
1:1
{σ ∈ Sn : (σ) = 1} → {σ ∈ Sn : (σ) = −1}
σ 7→ στ
d’où : X
|A| = aσ(1),1 ...aσ(n),n − aστ (1),1 ...aστ (n),n
σ∈Sn
(σ)=1
or :
aστ (1),1 ...aστ (n),n = aσ(1),τ (1) ...aσ(n),τ (n)
2.2. DÉTERMINANT EN DIMENSION QUELCONQUE 29
= aσ(1),1 ...aσ(n),n
(exo).
Or, στ σ −1 est une transposition : c’est la transposition qui échange σ(i)
et σ(j). Donc |I(στ σ −1 )| est impair. Or :
Q.e.d.
donc : X
F (A) = ai1 ,1 ...ain ,n F (Ei1 |...|Ein ) .
1≤i1 ,...,in ≤n
F (Ei1 |...|Ein )
sont nuls sauf éventuellement si les indices i1 , ..., in sont 2 à 2 distincts i.e. si
Or,
F (Eσ(1) |...|Eσ(n) ) = (σ)F (E1 |...|En ) = F (In )
en effet, supposons d’abord que σ est la transposition qui échange i et j,
1 ≤ i < j ≤ n fixés. Alors, dans ce cas :
σ = τ1 ...τN
alors :
F (Eσ(1) |...|Eσ(n) ) = F (Eτ1 ...τN (1) |...|Eτ1 ...τN (n) )
= −F (Eτ2 ...τN (1) |...|Eτ2 ...τN (n) )
...
N
= (−1) F (E1 |...|En )
= (σ)F (E1 |...|En ) .
Q.e.d.
Conséquences :
F : B 7→ dét (AB)
= dét Adét B .
Q.e.d.
A B
= dét Adét D .
0 D
Démonstration : Fixons A. L’application :
A B
D 7→
0 D
est n−linéaire alternée en les colonnes de D donc :
A B A B
= dét D
0 D 0 In
Ensuite B étant fixé, l’application :
A B
A 7→
0 In
est n−linéaire alternée en les colonnes de A donc :
A B Im B
= dét A
0 In 0 In
enfin, on sait calculer le déterminant d’une matrice triangulaire supérieure
(on fait le produit des termes diagonaux) :
Im B
=1
0 In
Q.e.d.
2.3. RÈGLE DE CRAMER 33
n
∀
(−1)i+j ai,j |Ai,j | .
X
1 ≤ i ≤ n, dét A =
j=1
on a :
j
|
a1,1 ... 0 ... a1,n
.. .. ..
n
X . . .
dét A = ai,j ai,1 1 ai,n .
i=1 .. .. ..
. . .
an,1 ... 0 ... an,n
Or en échangeant la colonne j avec la colonne j − 1 puis la colonne j − 1
†
Biffer, verbe transitif :
Barrer, annuler d’un trait de plume ce qui est écrit. Ses manuscrits étaient biffés, rebiffés,
raturés, grattés, chargés (CHAMPFLEURY, Les Souffrances du professeur Delteil, 1855,
p. 176)
34 CHAPITRE 2. LE DÉTERMINANT
= (−1)i+j |Ai,j | .
Et on démontre de même la formule de développement par rapport à la
ligne i. Q.e.d.
Exemple :
1 2 3
5 6 2 3 2 3
4 5 6 = −4 +7 =0 .
8 9 8 9 5 6
7 8 9
Proposition 2.3.2 (formule de Cramer pour les solutions des systèmes linéaires)
Si :
a1,1 x1 + ... + an,1 xn = y1
...
an,1 x1 + ... + an,n xn = yn
2.3. RÈGLE DE CRAMER 35
n n
!
i+k i,k
X X
= ai,j (−1) |A | xj .
j=1 i=1
Or : n
ai,j (−1)i+k |Ai,k |
X
i=1
dét A sinon .
i=1
Q.e.d.
k=1
k=1
0 si i 6= j
=
dét A si i = j .
Q.e.d.
1 t 1
A−1 = com(A) = ±|Aj,i |
dét A dét A
1 1
x0 xn
V (x0 , ..., xn ) = .
xn0 xnn
1 AA−1@ 0 0
AA @@
@
1 @@ AAAA @@@
@@ AA @@
0 @@@ AAA @@@@ 0
@@ AA
@@ AA
@@ AA −1
@ A
0 0 1 1
|A| =
a2,2
39
40 CHAPITRE 3. VALEURS PROPRES, VECTEURS PROPRES
K
où A := (ai,j )1≤i,j≤k ∈ Mk ( ) est la matrice de u|F dans la base e1 , ..., ek de
K
F , B := (bi,j ) 1≤i≤n−k ∈ Mk,n−k ( ), D := (di,j )1≤i,j≤n−k ∈ Mn−k ( ).
1≤j≤n−k
K
Remarque : si le sous-epace :
G := hek+1 , ..., en i
est aussi stable par u, le bloc rectangulaire B est nul et :
a1,1 a1,k
0 0
ak,1 ak,k
0 0
Mat(u)(e) =
d1,1 d1,n−k
0 0
0 0 dn−k,1 dn−k,n−k
qui est une matrice diagonale par blocs.
Exemple : Soit e1 , e2 , e3 la base canonique de R3 . Soit rθ la rotation
d’axe e3 et d’angle θ. L’endomorphisme rθ de R3 laisse invariants les sous-
espaces :
he1 , e2 i et he3 i
et sa matrice dans la base e1 , e2 , e3 est la matrice :
cos θ − sin θ 0
sin θ cos θ 0
.
0 0 1
Les droites invariantes sont appelées droites propres, ce sont les droites
engendrées par les vecteurs propres.
Version matricielle :
K
Soit A ∈ Mn ( ). Un vecteur propre de A est un vecteur non nul X ∈
K n
\ {0} tel que :
AX = λX
K
pour un certain scalaire λ ∈ . On dit que λ est la valeur propre de A associée
au vecteur propre X. On dit aussi que X est un vecteur propre associé à la
valeur propre λ.
Le spectre de A est l’ensemble des valeurs propres de A. Notation : SpK (A)
(ou Sp(A) si le corps où l’on se place est évident).
Exemple : [s]
— soient E = R3 , u = rθ la rotation d’axe e3 et d’angle θ. Alors rθ (e3 ) =
e3 . Donc e3 est un vecteur propre de rθ ; la valeur propre associée est 1.
— Soit E = C[X]≤n l’espace des polynômes complexes de degré ≤ n. Soit
u = ∂ : E → E, P (X) 7→ P 0 (X). Pour des raisons de degré,
P 0 = λP ⇒ λ = 0 et P constant
de plus, tout polynôme constant non nul est un vecteur propre de ∂ de valeur
propre associée 0 ; donc Sp(∂) = {0}.
— (Cet exemple est en dimension infinie) Soit E = C ∞ (R) l’espace des
fonctions infiniment dérivables de R dans R. Soit u = ∂ : E → E, f 7→ f 0 .
Pour tout λ ∈ R, posons
eλ : R → R, x 7→ eλx .
1 1
A =j
j j
(exo)
« Comment trouver les valeurs propres d’un endomorphisme ou d’une
matrice parmi tous les éléments de ? » K
= X 2 − (trA)X + dét A
3.3. POLYNÔME CARACTÉRISTIQUE 43
où trA := a + d.
— Si n = 3,
a1,1 a1,2 a1,3
∀
a2,1 a2,2 a2,3 , χA (X) = X 3 − (trA)X + s2 X + dét A
A=
a3,1 a3,2 a3,3
avec pour tout I = {k1 , ..., kd }, tel que k1 < ... < kd ,
ak1 ,k1 ak1 ,kd
AI :=
∈ Md ( )K
akd ,k1 akd ,kd
†
c-à-d son coefficient de plus haut degré est 1.
44 CHAPITRE 3. VALEURS PROPRES, VECTEURS PROPRES
ou par :
trA := la somme des coefficients diagonaux de A.
Démonstration : On pose :
XIm −A
M := et N :=
Im A
K
∈ Mm+n ( ) .
0 In B XIn
On a alors :
XIm − AB 0
MN =
XB XIn
donc :
dét (M N ) = dét (XIm − AB)dét (XIn )
= X n χAB (X) .
D’un autre côté,
XIm 0
NM =
XB XIn − BA
donc
dét (N M ) = dét (XIm )dét (XIn − BA)
= X m χBA (X) .
3.3. POLYNÔME CARACTÉRISTIQUE 45
K
Remarque : — Si A, A0 ∈ Mn ( ) sont des matrices semblables i.e. si
∃
P ∈ GLn (K), A = P A0 P −1
alors :
χA (X) = χP (A0 P −1 ) (X)
= χ(A0 P −1 )P (X)
= χA0 (X)
autrement dit deux matrices semblables ont le même polynôme caractéris-
tique.
En conséquence, on peut définir le polynôme caractéristique d’un endo-
morphisme :
K
Théorème 3.3.3 Soit A ∈ Mn ( ). Alors :
En particulier :
K
Corollaire [Link] Si A ∈ Mn ( ), A possède au plus n valeurs propres.
46 CHAPITRE 3. VALEURS PROPRES, VECTEURS PROPRES
Matrices compagnons :
Soit P (X) := X n + cn−1 X n−1 + ... + c0 ∈ K[X]. On pose :
−c0
08 0
88
1 88
8 88
88 8
K
8 8
0 6 88 888
CP :=
∈ Mn ( )
66 88
66 88
66 88 0
0 0 1 −cn−1
X @ 0 ?? 0 c0
@@ ?
@@ ??
−1@ @@ ??
@@ @@ ?
@ @
χCP (X) = 0 >> @@@ @@@ 0
>> @ @
>> @@ X
>> @@
0 0 −1 X + cn−1
X @ 0 ?? 0 c1 −1A X ? 0 ?? 0
@@ ? AA ?? ?
@@ ?? AA ?? ??
−1@ @@ ?? 0 AA AA ?? ???
@
@ @@ ? AA AA ??
=X 0 >> @@@@ @@@@ 0 +(−1)n+1 c0 AA AA ?? 0
AA AA ??
>> @@ AA AA
>> @@ X AA AAA X
>> @@ AA A
0 0 −1 X + cn−1 0 0 −1
| {z } | {z }
=X n−1 +cn−1 X n−2 +...+c1 =(−1)n−1
par hypothĕse de récurrence
Q.e.d.
(en effet :
sin(kθ) = Im (eikθ )
= Im (cos θ + i sin θ)k
et on développe ...)
Par exemple, sin(2θ) = sin θ(2 cos θ) et sin(3θ) = sin θ(4 cos2 θ − 1) donc
T2 (t) = 2t et T3 (t) = 4t2 − 1. Plus généralement, Tk (t) = 2k−1 tk−1 + ...
Pour tout n soit :
0 1 0 0
<<< <<< <<<
< < <
1 < << << <<<
< < < < <
<
Vn := 0 < <<<< <<<< <<<< 0 ∈ Mn (R)
<< < <
<< << <<
<< << << 1
0 0 1 0
alors, pour tout n ≥ 1 :
X
χVn (X) = Tn+1 ( )
2
en particulier,
( )
kπ
SpR (Vn ) = 2 cos : 1≤k≤n .
n+1
3.4. ESPACES PROPRES 49
⇒ AX ∈ ker(A − λIn ) .
dim E ≥ dim Eλ1 ⊕ .... ⊕ Eλr = dim Eλ1 + ... + dim Eλr ≥ r .
notation :
E1 + ... + Er = E1 ⊕ ... ⊕ Er .
Exemple : Si e1 , ..., en est une famille libre de E (par exemple une base),
K K
alors les droites e1 , ..., en sont en somme directe.
Il est facile de calculer la dimension d’une somme directe :
3.4. ESPACES PROPRES 51
= B1 +...+ Br
(3.1) v1 + ... + vr = 0
(3.3) ⇔ λ1 v1 + ... + λr vr = 0
mais alors (3.1) - λ1 3.3) donne :
⇒ v2 = ... = vr = 0
car λ2 − λ1 , ..., λr − λ1 6= 0.
On a donc aussi : v1 = −v2 − ... − vr = 0. Q.e.d.
52 CHAPITRE 3. VALEURS PROPRES, VECTEURS PROPRES
K
Corollaire [Link] Soit A ∈ Mn ( ). Si le polynôme caractéristique de A
K K
possède n racines distinctes dans , alors il existe une base de n formée de
vecteurs propres de A.
Eλi = Ke i
alors les vecteurs ei sont des vecteurs propres de A (de valeurs propres λi ) et
A = P DP −1
où D est une matrice diagonale : si λ1 , ..., λn sont les valeurs propres corres-
pondant respectivement aux vecteurs v1 , ..., vn , alors :
λ1
D=
.
λn
K
Diagonaliser une matrice A ∈ Mn ( ) signifie trouver, si elles existent,
K K
P ∈ GLn ( ), D ∈ Mn ( ) diagonale telles que :
A = P DP −1 .
p : E → E , |{z}
x ⊕ y 7→ x .
|{z}
∈F ∈G
r : E → E , |{z}
x ⊕ y 7→ x − y
|{z}
∈F ∈G
les racines n−ièmes de l’unité. (exo) : Trouver une base de vecteurs propres.
dont tous les termes sont nuls à partir d’un certain rang et qui est notée :
a0 + a1 X + a2 X 2 + ...
Le degré du polynôme
P (X) = a0 + a1 X + ...
est le plus grand entier n, noté deg P , tel que an 6= 0. On prend pour conven-
tion deg 0 = −∞.
3.5. UN PREMIER CRITÈRE DE DIAGONALISABILITÉ 55
P (λ) := a0 + ... + ad λd ∈ K.
Remarque : Pour tous polynômes P (X), Q(X) à coefficients dans K,
deg(P Q) = deg P + deg Q.
remarque :
Q|P ⇒ deg Q ≤ deg P .
Formule de Taylor :
Pour tout P (X) ∈ K[X], pour tout λ ∈ K, il existe (une unique) suite
a0 , ..., ad telle que :
λ racine de P ⇔ multλ P ≥ 1 .
alors mi est la multiplicité de λi dans P (X), pour tout i. En effet, par exemple
pour i = 1, d’après l’exercice précédent,
=1 .
*
Pour énoncer un premier critère de diagonalisation des endomorphismes
on aura besoin du lemme suivant :
XIk − A −B
χu (X) = = dét (XIk − A)dét (XIn−k − D)
0 XIn−k − D
K
Corollaire [Link] Soit A ∈ Mn ( ) ou soit u un endomorphisme de E, si
E est de dimension finie. Pour tout λ ∈ , K
mg (λ) ≤ ma (λ) .
Exemple : Si
0 < 1 = 0 == 0
=
<< = =
<< == ==
<< ==
K
<< == 0
A= << = ∈ Mn ( )
<<
<< 1
0 0
donc u(x) ∈ F .
Donc d’après le lemme 3.5.2,
or :
∀
x ∈ F , u(x) = λx
donc u|F = λIdF et
χu|F (X) = (X − λ)dim F
= (X − λ)mg (λ)
et finalement,
Q.e.d.
K;
i) χA (X) est scindé sur
K
A (respectivement u) est diagonalisable sur ⇔ et
ii)∀ λ, valeur propre de A, ma (λ) = mg (λ) .
⇐ : Supposons que :
on a :
≤ dim E .
60 CHAPITRE 3. VALEURS PROPRES, VECTEURS PROPRES
en conséquence :
et forcément,
Q.e.d.
Exemple : Si n ≥ 2, la matrice :
0 < 1 = 0 == 0
<< == =
<< == ==
<< ==
<< == 0
<< =
<<
<< 1
0 0
AX = λX
3.6 Trigonalisation
Définition 33 On dit qu’une matrice A ∈ Mn (K) (respectivement un en-
domorphisme u de E, si E est de dimension finie) est trigonalisable sur K
3.6. TRIGONALISATION 61
(on devrait dire triangularisable mais ce terme signifie déjà autre chose) si
A est semblable à une matrice triangulaire supérieure c-à-d :
∃
K K
P ∈ GLn ( ), T ∈ Mn ( ), ∀ n ≥ i > j ≥ 1, Ti,j = 0 et A = P T P −1
K
Théorème 3.6.1 Soit A ∈ Mn ( ). Alors A est trigonalisable ⇔ χA (X) est
scindé sur . K
Démonstration : ⇒ : Deux matrices semblables ont le même polynôme
caractéristique donc il suffit de montrer que χT (X) est scindé pour toute
matrice triangulaire supérieure T ; ce qui est facile.
⇐ : On raisonne aves u un endomorphisme de E (et on suppose E de
dimension finie). Par récurrence sur dim E. Si dim E = 1, il n’y a rien à
démontrer. Si dim E > 1, alors comme χu (X) est scindé,
χu (X) = (X − λ1 )...(X − λn )
K
où B ∈ Mn−1 ( ). En particulier,
⇒ χB (X) = (X − λ2 )...(X − λn )
62 CHAPITRE 3. VALEURS PROPRES, VECTEURS PROPRES
K
est scindé sur . Par hypothèse de récurrence, il existe S ∈ Mn−1 ( ) uneK
K
matrice triangulaire supérieure et Q ∈ GLn−1 ( ) une matrice inversible telles
que :
B = QSQ−1
alors, on peut vérifier que :
λ1 ...
Mat(u) =
−1
0 QSQ
λ1 ... −1
=P
P
0 S
pour la matrice inversible :
1 0
P := .
0 Q
dét A = λ1 ...λn
∀
k ≥ 1, trAk = λk1 + ... + λkn .
Polynômes d’endomorphismes
4.1 Définition
On remplace X k par uk (ou Ak ) et 1 par IdE (ou In ).
K
Soit P (X) = a0 + a1 X + a2 X 2 + ... ∈ [X] un polynôme. On pose :
65
66 CHAPITRE 4. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES
= P (A)Q(A) .
Q.e.d.
on a :
P (λ1 )
P (D) =
P (λn )
K
pour tout polynôme P (X) ∈ [X].
— polynôme et conjugaison : Si Q est inversible, si A = QA0 Q−1 ,
K
alors pour tout polynôme P (X) ∈ [X], P (A) = QP (A0 )Q−1 .
on a :
P (λ1 )
P (T ) =
P (λn )
K
pour tout polynôme P (X) ∈ [X] (les coefficients hors de la diagonale
peuvent avoir une expression compliquée mais les coefficients diagonaux sont
obtenus simplement en leur appliquant le polynôme P ).
4.2. THÉORÈME DE CAYLEY-HAMILTON 67
u(x) = λx ⇒ ∀ k ≥ 0 , uk (x) = λk x
et plus généralement :
Q(u)(x) = Q(λ)x
pour tout polynôme Q(X). En particulier : P (u)(x) = 0 ⇒ P (λ)x = 0
⇒ P (λ) = 0 car x 6= 0. Q.e.d.
χu (u) = 0
de même χA (A) = 0.
Exemple : — Si :
0 < 1 = 0 == 0 0< 0 1
<< == = <<
<< == == 1 <<
<< == == << 0
K
<< == 0 <
0 === <<
N :=
<< = et J :=
∈ Mn ( ) ,
== == <<
<<
= = <
<< 1
== == <<
0 0 0 0 1 0
68 CHAPITRE 4. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES
K
B0 , ..., Bn−1 ∈ Mn ( )
telles que :
B(X) = B0 + XB1 + ... + X n−1 Bn−1 .
On a alors :
B(X)(XIn − A) = dét (XIn − A)In
⇔ (B0 + XB1 + ... + X n−1 Bn−1 )(XIn − A) = χA (X)In
(on développe la partie gauche)
⇔ −B0 A+X(B0 −B1 A)+X 2 (B1 −B2 A)+...+X n−1 (Bn−2 −Bn−1 A)+X n Bn−1
(4.1) = χA (X)In
−B0 A = c0 In
B0 − B1 A = c1 In
...
Bn−1 = cn In
et donc :
χA (A) = c0 In + c1 A + ... + cn An
= −B0 A+(B0 −B1 A)A+(B1 −B2 A)A2 +...+(Bn−2 An−1 −Bn−1 )An−1 +Bn−1 An
=0
car « tout se simplifie » .
4.2. THÉORÈME DE CAYLEY-HAMILTON 69
est liée et
uk (v) + ck−1 uk−1 (v) + ... + c0 v = 0
K
pour certains coefficients c0 , ..., ck−1 ∈ .
Posons : F := hv, u(v), ..., uk−1 (v)i. C’est un sous-espace vectoriel de E
(de dimension k) stable par u. De plus la matrice de la restriction u|F dans
la base
v, u(v), ..., uk−1 (v)
est la matrice :
−c0
08 0
88
1 88
8 88
88 8
8 8
0 6 88 888
A :=
66 88
66 88
66 88 0
0 0 1 −cn−1
C’est une matrice compagon donc :
... ⊆ (T − t1 In )(V1 ) ⊆ V0 = 0
donc : (T − t1 In )...(T − tn In ) = 0.
Or, χT (X) = (X − t1 )...(X − tn ). Donc :
χT (T ) = (T − t1 In )...(T − tn In ) = 0 .
Soit A ∈ Mn (C). On sait que A est trigonalisable c-à-d :
∃
K
P ∈ GLn ( ), ∃ T triangulaire supérieure, A = P T P −1 .
Mais alors χT (X) = χA (X) et :
χA (A) = P χA (T )P −1 = P χT (T )P −1 = 0 .
Q.e.d.
4.3. POLYNÔMES ANNULATEURS 71
sont respectivement : X, X − 1, X n .
Rappels sur la division euclidienne :
K
Soient P, Q deux polynômes dans [X]. Si Q 6= 0, alors il existe un
unique couple (B, R) tels que :
P = a0 + ... + ap X p , Q = b0 + ... + bq X q
K
avec ai , bj ∈ , ap , bq 6= 0, p ≥ [Link] suffit alors d’appliquer l’hypothèse de
récurrence au polynôme
ap
P − X p−q
bq
dont le degré est < deg P . Q.e.d.
Proposition 4.3.3 Les racines de mu (X) sont exactement les valeurs propres
de u c-à-d (si mu (X) existe) :
∀
λ∈ K, mu (λ) = 0 ⇔ λ ∈ Sp(u) .
K
Théorème 4.3.4 Soit A ∈ Mn ( ). On suppose que le polynôme caractéris-
tique est scindé :
K
dans [X] pour certains λi ∈ K
deux à deux distincts et certains entiers
mi ≥ 1. Alors si on note k1 , ..., kr les multiplicités respectives des λ1 , ..., λr
dans P (X), on a :
d’où :
(X − λ1 )m1 ...(X − λr )mr = (X − λ1 )m1 Pe (X)Q(X)
e
74 CHAPITRE 4. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES
Exercice 19
0 1 0 0 0 1 0 0 0 1 0 0
0 0 0 0 0 0 1 0 0 0 1 0
A
0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 1
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
χA (X) X4 X4 X4
mA (X) X2 X3 X4
P (X) = ad (X − λ1 )...(X − λr )
car les polynômes X − λi sont deux à deux premiers entre eux. En effet
K
si D(X) divise X − λi et X − λj , i 6= j dans [X], alors D(X) divise
K
X − λi − (X − λj ) = λj − λi ∈ \ {0} donc D(X) est constant. Donc A est
diagonalisable. Q.e.d.
Démonstration :
Rappels : On dit que P (X) et Q(X) sont premiers entre eux si :
AP + BQ , A, B ∈ K[X] .
76 CHAPITRE 4. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES
P = CD + R
A B
1= P+ Q .
d d
Q.e.d.
x = P (u)A(u)(x) + Q(u)B(u)(x) .
Or,
P (u)Q(u)B(u)(x) = B(u)P (u)Q(u)(x) = 0 .
Donc Q(u)B(u)(x) ∈ ker(P (u)). De même, P (u)A(u)(x) ∈ ker(Q(u)).
Donc :
x ∈ ker(P (u)) + ker(Q(u)) .
Réciproquement, il est clair que
Donc :
ker(P Q)(u) = ker P (u) + ker Q(u)
montrons que cette somme est directe : soit x ∈ ker P (u) ∩ ker Q(u). Alors :
Soit x ∈ ker((P1 ...Pr )(u)). Alors comme P1 et P2 sont premiers entre eux,
on a :
1 = AP1 + BP2
pour certains polynômes A, B ∈ K[X]. Donc en appliquant cette égalié à u :
x = A(u)P1 (u)(x) + B(u)P2 (u)(x)
et de même :
et donc :
Or : ker P1 (u) ∩ ker Pi (u) = 0 si i > 1 car P1 et Pi sont premiers entre eux !.
Donc :
x2 = ... = xr = 0
et forcément, x1 = 0. Q.e.d.
K
Corollaire [Link] Une matrice A ∈ Mn ( ) est diagonalisable sur si etK
seulement si elle admet un polynôme annulateur scindé à racines simples sur
K .
78 CHAPITRE 4. POLYNÔMES D’ENDOMORPHISMES
Démonstration : En effet,
mais si mu est scindé à racines simples sur K, tous ses diviseurs le sont aussi
(cf. le lemme 4.3.5). Q.e.d.
Chapitre 5
Décomposition spectrale
K
Soient E = −espace vectoriel de dimension finie et u ∈ L (E).
Objectif : (si E est de dimension finie) construire base B telle que :
T1
T2
Mat(u)B =
..
.
Tp
(u − λIdE )m v = 0
79
80 CHAPITRE 5. DÉCOMPOSITION SPECTRALE
les fonctions de la forme p(x)eλx pour un certain polynôme p(x) (en effet, si
f = eλx g, alors :
(u − λIdE )m−1 v
est un vecteur propre de poids (c-à-d de valeur propre) λ. Donc λ est une
racine du polynôme caractéristique (si E est de dimension finie).
K
Définition 36 Soit λ ∈ . Le sous-espace caractéristique de u de poids λ
est la réunion :
E λ (u) := ∪∞
n=1 ker(u − λIdE )
n
c-à-d :
E λ (u) = {v ∈ E : ∃ m ≥ 0, (u − λIdE )m (v) = 0}
c’est un sous-espace de E stable par u.
Remarque :
La suite des dimensions est croissante :
Lemme 5.1.1 i) Si dim E λ (u) < ∞, alors il existe une base de E λ (u) où
la matrice de la restriction u E λ (u) est triangulaire supérieure avec λ sur la
diagonale :
λ ==
==
= .
λ
ii) Pour tous µ 6= λ, (u − µIdE )m est injectif sur E λ (u).
de plus :
ii) Il suffit de montrer que (u − µIdE ) est injectif sur E λ (u) c-à-d :
= (µ − λ)x
∀
l ≥ 0, (u − λIdE )l (x) = (µ − λ)l x
⇒ (µ − λ)l x = 0
pour l assez grand car x ∈ E λ (u). Donc x = 0, car µ 6= λ. Q.e.d.
une base de E λ .
Remarquons que E λ est stable par u en effet :
où D ∈ Mn−k ( ). K
Donc :
χu (X) = (X − λ)k χD (X)
il reste donc à montrer que χD (λ) 6= 0. Sinon, il existerait 0 6= w ∈ hek+1 , ..., en i
tel que : Dw = λw.
Mais alors :
u(w) = λw + y
avec y ∈ E λ . Donc :
(u − λIdE )w ∈ E λ = ker(u − λIdE )m
⇒ (u − λIdE )m+1 w = 0
⇒ w ∈ E λ ∩ hek+1 , ..., en i
⇒w=0
contradiction ! Q.e.d.
E = ⊕ri=1 E λi
Q.e.d.
donc :
(u − λ1 IdE )m1 ...(u − λr IdE )mr = 0
et le polynôme (X − λ1 )m1 ...(X − λr )mr annule u donc :
et ki ≤ mi pour tout i.
D’un autre côté, mu (u) = 0 ⇒
r
ker(u − λi IdE )ki = E .
M
i=1
x = x1 + ... + xr
⇒ x − xi ∈ E λi ∩ ⊕rj=1 ker(u − λj IdE )kj
j6=i
λi r λj
⊆E ∩ ⊕ j=1 E = {0}
j6=i
et donc ki ≥ m. Q.e.d.
⊕rj=1 E λj
j6=i
πi (x) = x si x ∈ E λi et 0 si x ∈ E λj , i 6= j.
Propriétés :
— les πi sont linéaires ;
— π1 + ... + πr = IdE ;
— ∀ i 6= j, πi πj = 0 ;
— ∀ i, πi2 = πi ;
— Im πi = Ei ;
L
— ker πi = 1≤j≤r Ej .
j6=i
pour tout i.
K[X] .
r
mu (X)
(X − λj )kj ∈
Y
Qi (X) := =
(X − λi )ki j=1
j6=i
Comme Qi (λi ) 6= 0,
Qi (X) = a0 + a1 (X − λi ) + a2 (X − λi )2 + ...
1 = (a0 +a1 (X−λi )+a2 (X−λi )2 +...)(b0 +b1 (X−λi )+...+bki −1 (X−λi )ki −1 ) mod (X−λi )ki
πi = (Ui Qi )(u)
en effet :
E λi ⊆ ker(d − λi IdE )
et :
E = ⊕i ker(d − λi IdE )
et d est diagonalisable avec les mêmes valeurs propres que u.
88 CHAPITRE 5. DÉCOMPOSITION SPECTRALE
Pour tout x ∈ E λi ,
n(x) = u(x) − d(x)
= (u − λi IdE )(x)
et par récurrence :
nk (x) = (u − λi )k (x) .
Donc si k ≥ max1≤i≤r {ki }, nk (x) = 0.
On a construit d et n comme des polynômes en u ce qui est important
pour la suite.
B1 ∪ ... ∪ Br
Q.e.d.
À retenir :
— d = λ1 π1 + ...λr πr et les valeurs propres de u sont les valeurs propres
de d.
— diagonalisable et nilpotent ⇒ nul.
Exemple :
λ == 0 ==
== ==
— si A = = , D = λIn et N = = ;
λ
0
1 3
— ATTENTION ! si u =
, d = u, n = 0.
0 2
λi deux à deux 6= et li ≥ 1.
1
2ème étape : Décomposer Q
en éléments simples :
1 R1 (X)
(∗) = + ...
Q (X − λ1 )l1
5.4.2 Exemples
a) cas où u diagonalisable avec seulement 2 valeurs propres :
si
1 1 1
A= 1 1 1
1 1 1
alors on sait que A est diagonalisable et que ses valeurs propres sont 0, 3. Les
projecteurs spectraux associés π0 , π1 vérifient :
π0 + π3 = I3 et 3π3 = D = A
donc :
1 1
π3 = A et π0 = I3 − A
3 3
b)
1 0 −3
A := 1 −1 −6
−1 2 5
mA (X) mA (X)(3 − X)
⇔1= +
X −1 (X − 2)2
donc :
! !
mA (X) mA (X)(3 − X)
π1 = (A) = (A−2I3 )2 et π2 = 2
(A) = −A2 +4A−3I3 .
X −1 (X − 2)
5.5. RÉDUCTION DE JORDAN 91
Définition 41 On dit que le sous-espace he, u(e), ..., um−1 (e)i est le sous-
espace cyclique de u engendré par e.
a pour matrice
0 1 0 0
<<< <<< <<
< <
0 < << <<< 0
K
J0,n = <
<< < ∈ Mn ( )
<< <<
<< <<
1
0 0 0
5.5. RÉDUCTION DE JORDAN 93
dans la base
um−1 (e), ..., u(e), e .
Remarque : [importante] Soit e un vecteur de hauteur m. Un vecteur x
du sous-espace cyclique
he, u(e), ..., um−1 (e)i
qui n’est pas dans l’image de u est de hauteur m.
En effet, si
x = λ0 e + ... + λm−1 um−1 (e)
avec λ0 6= 0, um (x) = 0 et um−1 (x) = λ0 um−1(e) 6= 0.
E = E1 ⊕ ... ⊕ Er
un1 −1 (e1 ), ..., e1 , un2 −1 (e2 ), ..., e2 , ..., unr −1 (er ), ..., er
est de la forme
J0,n1
...
J0,nr
donc :
rangu = rangJ0,n1 + ... + rangJ0,nr
94 CHAPITRE 5. DÉCOMPOSITION SPECTRALE
Im u ⊆ H .
H = H1 ⊕ ... ⊕ Hr
E= Ke ⊕ H1 ⊕ ... ⊕ Hr
est une décomposition de E en sous-espaces cycliques.
Si u(e) 6= 0, alors :
h(e) = h(u1 ) =: m .
⇒ λ1 = ... = λm = 0
car h(u1 ) = m. Q.e.d.
E = E λ1 ⊕ ... ⊕ E λr .
donc si la matrice de u dans une certaine base est une matrice de Jordan :
Jλ1 ,n1
..
.
Jλr ,nr
alors :
r
k
rg (Jλq ,nq − λInq )k
X
rg (u − λIdE ) =
q=1
r
X r
X
= (nq − k) + nq
q=1 q=1
λq =λ,nq >k λq 6=λ
d’où :
r
rg (u − λIdE )k−1 − rg (u − λIdE )k =
X
((nq − (k − 1)) − (nq − k))
q=1
λq =λ,nq >k−1
5.5. RÉDUCTION DE JORDAN 97
r
X
= 1
q=1
λq =λ,nq ≥k
et finalement :
r
(rg (u−λIdE )k−1 −rg (u−λIdE )k )−(rg (u−λIdE )k −rg (u−λIdE )k+1 ) =
X
1
q=1
λq =λ,nq =k
Applications
— Si A ∈ Mn (C), alors A est semblable à t A. En effet, il suffit de le
vérifier lorsque A est un bloc de Jordan (exo).
K
— Si N ∈ M4 ( ) est nilpotente, alors N est semblable à une et une seule
des 5 matrices suivantes :
0 1 0 0 0 1 0 0 0 1 0 0 0 1 0 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 0 0 0 1 0
0,
,
,
,
.
0 0 0 0 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 1
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Puissances
6.1 Motivation
— Problème : résoudre
un = aun−1 + bvn−1
vn = cvn−1 + dvn−1
un = aun−1 + bun−2
où a, b sont fixés.
Ces deux problèmes se réduisent au calcul de Ak où :
a b 0 1
A= ou .
c d b a
99
100 CHAPITRE 6. PUISSANCES
1 1
alors les valeurs propres de A sont 0 et n, et :
A = nπn ⇒ ∀ k, Ak = nk πn = nk−1 A .
cos t − sin t
Exercice 25 — Si A =
, alors :
sin t cos t
A = e−it π− + eit π+
où :
1 1 −i 1 1 i
π− = et π+ = .
2 i 1 2 −i 1
An1,3
ρ2 = lim
n∞ An1,2
(cf. page 8)
1 0 −3
Exercice 27 Si A := 1 −1 −6 , alors :
−1 2 5
Vérifier que :
4 −6 −6 −3 6 6
π1 =
2 −3 −3
et π2 =
−2 4 3
0 0 0 0 0 1
K
Proposition 6.3.1 Soient A, B ∈ Mn ( ) deux matrices qui commutent.
Alors :
k
!
∀ k
X k j k−j
k ≥ 0, (A + B) = AB .
j=0 j
K
Proposition 6.3.2 Soit A ∈ Mn ( ). On suppose que le polynôme minimal
de A est scindé :
mA (X) = (X − λ1 )k1 ...(X − λr )kr
les λi étant deux à deux distincts. Notons π1 , ..., πr les projecteurs spectraux
associés aux valeurs propres λ1 , ..., λr . Alors :
r min{k,ki −1} !
∀ k k−j
k ≥ 0, Ak = λ (A − λi In )j πi .
X X
i=1 j=0 j i
Si p = 2,
∀
n ≥ 2, un = a1 un−1 + a2 un−2 ⇔ ∀ n ≥ 2, un = α1 λn1 + α2 λn2
u0 = 0, u1 = 1, ∀ n ≥ 2, un = un−1 + un−2
alors : √ !n √ !n !
∀ 1 1+ 5 1− 5
n ≥ 0, un = √ − .
5 2 2
alors on pose :
un−p+1
Kp .
..
Xn :=
.
∈
un
On a alors :
∀
n ≥ p, Xn = AXn−1
K
où A ∈ Mp ( ) est la transposée de la matrice compagnon du polynôme
P (X) :
0 BB 1 BB0 EE 0
BB BB EEE
BB BB EE
BB BB
BB BB 0
BB BB
A=
0 0 1
ap a1
donc :
χA (X) = (X − λ1 )k1 ...(X − λr )kr .
Notons π1 , ...πr les projecteurs spectraux correspondants. D’après la propo-
sition 6.3.2,
r min{n,ki −1} !
∀ n n−j
n ≥ p, An = λ (A − λi In )j πi
X X
i=1 j=0 j i
n
r i −1
kX
n j
(A − λi In )j πi .
X
= λi j
i=1 j=0 λi
Or,
∀
n ≥ p, Xn = An−p+1 Xp−1
= A n X0
si on pose X0 := A1−p Xp−1 .
Donc, un est la dernière composante du vecteur :
r i −1
kX
n (A − λi In )j πi (X0 )
!
λni
X
Exponentielle
k=0 k!
et :
0 0
e0 = 1, ez+z = ez ez (∀ z, z 0 ∈ C) .
105
106 CHAPITRE 7. EXPONENTIELLE
On pose : X
|||A||| := max |ai,j |
i
j
Exercice 29 En déduire que si (Ak ) et (Bk ) sont des suites de matrices qui
convergent vers A et B, alors :
lim Ak Bk = AB .
k→∞
x1
Kn : ||X|| := maxni=1 |xi|.
..
Exercice 30 On pose pour tout X = . ∈
xn
Alors :
||AX||
|||A||| = X∈
maxKn ||X||
X6=0
k=0 k!
∞
X |||A|||k
≤
k=0 k!
= e|||A||| < ∞ .
P∞ Aki,j
Donc pour tous i, j, la série k=0 k! converge dans C. Q.e.d.
λ1
Exercice 31 Pour une matrice diagonale D :=
,
on a
λn
eλ1
exp D =
.
λn
e
pour tout k ∈ Z.
m m
! m
∀ Ai X
X Bj X (A + B)k
m≥0 : −
i=0 i! j=0 j! k=0 k!
108 CHAPITRE 7. EXPONENTIELLE
m X
X Ai B j X Ai B j
= −
0≤i,j≤m i! j! k=0 i,j≥0 i! j!
i+j=k
X Ai B j X Ai B j
= −
0≤i,j≤m i! j! 0≤i,j≤m i! j!
i+j≤m
X Ai B j
=
0≤i,j≤m i! j!
i+j>m
donc :
m m
!m
∀ Ai X
X Bj X (A + B)k
m ≥ 0, ||| − |||
i=0 i! j=0 j! k=0 k!
X Ai B j
≤ ||| |||
0≤i,j≤m i! j!
i+j>m
X Ai B j
≤ ||| |||
0≤i,j≤m i! j!
i+j>m
X |||A|||i |||B|||j
≤
0≤i,j≤m i! j!
i+j>m
m m
! m
X |||A|||i X |||B|||j X (|||A||| + |||B|||)k
≤ −
i=0 i! j=0 j! k=0 k!
le polynôme minimal de A, les λi étant les valeurs propres deux à deux dis-
tinctes de A. Notons π1 , ...πr les projecteurs spectraux associés aux λi .
Alors :
r kXi −1 j
(A − λ I )
i n
etλi tj
X
exp(tA) = πi .
i=1 j=0 j!
En particulier, exp A est un polynôme en A.
A=D+N
Or,
r r
X
∀Dk X λki
D= λi πi ⇒ k ≥ 0, = πi
i=1 k! i=1 k!
et on en déduit que :
∞ r ∞
Dk X λki
!
X X
exp D = = πi
k=0 k! i=1 k=0 k!
r
e λ i πi .
X
=
i=1
110 CHAPITRE 7. EXPONENTIELLE
i=1
∀ k
or : k ≥ ki , (A − λi In ) πi = 0 (exo).
Donc :
∞
X Nk
exp N =
k=0 k!
i −1
r kX
X (A − λi In )k
= πi .
i=1 k=0 k!
Q.e.d.
Exemple : Si
1 0 −3
A := 1 −1 −6
−1 2 5
alors
exp(tA) = e2t (I3 + t(A − 2I3 ))π2 + et π1
3t − 3 −6t + 6 −9t + 6 4 −6 −6
2t t
= e 3t − 2 −6t + 4 −9t + 3 +e 2 −3 −3 .
−t 2t 3t + 1 0 0 0
existe dans C. On dit que f est dérivable sur I si elle l’est en tout t0 ∈ I.
t 7→ exp(tA)
(la somme sur k est en fait finie car (A − λi In )k πi = 0 pour k assez grand).
Donc :
t 7→ exp(tA)
et dérivable de dérivée :
∞
r X
tk tk−1
(exp(tA))0 = etλi (λi )(A − λi In )k πi
X
+k
i=1 k=0 k! k!
∞
r X r X ∞
tk tk
etλi λi (A − λi In )k πi + etλi (A − λi In )k+1 πi
X X
=
i=1 k=0 k! i=1 k=0 k!
∞
r X
tk
etλi (λi In + (A − λi In ))(A − λi In )k πi
X
=
i=1 k=0 k!
= A exp(tA) .
Q.e.d.
112 CHAPITRE 7. EXPONENTIELLE
Y 0 (t) = AY (t)
y1 (t)
..
où A ∈ Mn (C) est une matrice constante et Y (t) =
.
est un
yn (t)
vecteur inconnu dont les coordonnées sont des fonctions dérivables.
— cas homogène :
Théorème 7.5.2
Donc sur R, Z est constante et Z(t) = Z(0) = Y (0) pour tout t. Q.e.d.
Exemple : Le système :
x01 (t) = x1 (t) − 3x3 (t)
x02 (t) = x1 (t) − x2 (t) − 6x3 (t)
x03 (t) = −x1 (t) + 2x2 (t) + 5x3 (t)
i=1
Remarque : On peut déterminer les Pi en fonction des valeurs y(0), ..., y (p−1) (0).
y(t)
0
y (t)
∈ Cp pour tout
Démonstration : ⇒ : On pose Y (t) :=
..
.
y (p−1) (t)
t. Alors :
(E) ⇔ Y 0 (t) = AY (t)
où A est la matrice
0 DD 1 DD0 HHH 0
DD D
DD DDD HHHH
DD D H
DD DDD
DD DD 0
D D
.
0 0 1
−ap −a1
114 CHAPITRE 7. EXPONENTIELLE
=0 .
Q.e.d.
Chapitre 8
Groupe orthogonal
Exemple :
2 −2 1
1 1 −1
1
√ et 1 2
2
2 1 1 3
2 1 −2
sont orthogonales.
Remarque : A orthogonale ⇔ A inversible et A−1 = t A ⇔ AtA = In .
Remarque : Si A est orthogonale, alors (dét A)2 = dét (tAA) = 1 donc
dét A = ±1.
Rn × Rn → R (X, Y ) 7→ tXY
115
116 CHAPITRE 8. GROUPE ORTHOGONAL
x1 y1
..
..
(si X = . et Y = . , alors hX, Y i = x1 y1 + ... + xn yn ).
xn yn
Propriétés :
∀
x, y, z ∈ Rn , hx, y + zi = hx, yi + hx, zi
∀
x, y, z ∈ Rn , hx + y, zi = hx, zi + hy, zi
∀
x, y ∈ Rn , ∀ t ∈ R, hx, tyi = htx, yi = thx, yi
∀
x, y ∈ Rn , hx, yi = hy, xi
∀
x ∈ Rn , hx, xi ≥ 0 et hx, xi = 0 ⇔ x = 0 .
q
Définition 48 On pose pour tout x ∈ Rn , ||x|| = hx, xi.
⇔ hAX + AY, AX + AY i = hX + Y, X + Y i
⇔ hAX, AXi + 2hAX, AY i + hAY, AY i = hX, Xi + 2hX, Y i + hY, Y i
8.3. RÉFLEXIONS ORTHOGONALES 117
⇔ hAX, AY i = hX, Y i .
iii) ⇒ i) :
On a :
∀
X, Y ∈ Rn , hAX, AY i = hX, Y i
⇔ ∀ X, Y ∈ Rn , htAAX, Y i = hX, Y i
⇔ ∀ X, Y ∈ Rn , htAAX − X, Y i = 0
en particulier si Y = tAAX − X, on trouve :
||tAAX − X||2
En particulier, les
réflexions orthogonales sont des matrices orthogonales.
1 0
Exemple : R =
.
0 −1
v1
..
Définition 50 Soit v =
.
∈ Rn tel que ||v|| = 1. On définit :
vn
G(v1 , ..., vn ) := vi vj ∈ Mn (R)
1≤i,j≤n
et :
Rv := In − 2G(v1 , ..., vn ) .
n
X
y i = xi − 2 vi vj xj = xi − 2hv, Xivi
j=1
Proposition 8.4.1
cos t − sin t
cos t sin t
O2 (R) = : t∈ R ∪ : t∈R
sin t cos t sin t − cos t
cos t − sin t
SO2 (R) = : t∈R .
sin t cos t
Démonstration :
a2 + c 2 = 1
a b
∈ O2 (R) ⇔ ab + cd = 0
c d
b2 + d2 = 1
a b
donc il existe θ ∈ R tel que a = cos θ, c = sin θ. De plus = ad − bc :
c d
= ±1.
On a donc :
cos θd − sin θb =
sin θd + cos θb = 0
d = cos θ
⇔ .
b = − sin θ
Q.e.d.
Exercice 36
∀
t, t0 ∈ R, ρt ρt0 = ρt+t0 , Rt0 Rt = ρ2(t0 −t)
Exercice 37 En déduire que O2 (R) est engendré par les réflexions orthogo-
nales.
120 CHAPITRE 8. GROUPE ORTHOGONAL
S 1 → SO2 (R)
eit 7→ ρt
en particulier, SO2 (R) est commutatif !
8.4.2 O3 (R)
Théorème 8.4.2 Soit A ∈ O3 (R). Il existe = ±1, t ∈ R et P ∈ O3 (R)
tels que :
0 0
A=P P −1
0 cos t −sint
0 sin t cos t
trA−1
(remarque : alors = dét A et cos θ = 2
).
||λv|| = λ = 1
Av = v
8.4. RÉDUCTION DES MATRICES ORTHOGONALES 121
1 1
⇔ AP =P 0
0
0 0
1 1
P −1 AP
0 = 0 .
0 0
P −1 AP e1 = e1
AX = aX − bY et AY = bX + aY
8.5.1 Définitions
Définition 52 Soit
H := a b
∈ M2 (C) .
−b a
1 := I2 , I :=
i 0
, J :=
0 1
, K :=
0 i
∈ H.
0 −i −1 0 i 0
Q.e.d.
Table de mulitplications :
I 2 = J 2 = K 2 = −1
IJ = −JI = K , JK = −KJ = I , KI = −IK = J
IJK = −1
(exo)
v1
Remarque : Si s ∈ R, ~v =
v2
∈ R3 , alors on pose :
v3
[s, ~v ] := s + v1 I + v2 J + v3 K ∈ H.
126 CHAPITRE 8. GROUPE ORTHOGONAL
~ ∈ R3 :
On a alors pour s, t ∈ R, ~v , w
~ = [st − ~v .w,
[s, ~v ][t, w] ~ + ~v ∧ w]
~ t~v + sw ~ .
Démonstration : Soit 0 6= q =
a b
∈ H. Alors,
−b a
q −1 = 2
1
|a| + |b|2
a −b
∈ H.
b a
H
Soit x = a + bI + cJ + dK ∈ , alors si x est dans le centre de H, on a
en particulier :
xI = Ix et xJ = Jx
⇒b=c=d=0 .
La réciproque est clair : si x ∈ R, alors ∀ q ∈ H, xq = qx. Q.e.d.
8.5.2 Norme
Pour tout q ∈ H, on pose :
q ∗ := tq .
Propriétés :
∀
q1 , q2 ∈ H, (q1q2)∗ = q2∗q1∗
∀
q∈ H, qq∗ = q∗q = dét (q)I2 ∈ R+I2
∀
a, b, c, d ∈ R, (a + bI + cJ + dK)∗ = a − bI − cJ − dK .
√
Définition 54 On pose pour tout q ∈ , ||q|| := qq ∗ . H
Proposition 8.5.3 L’application :
Démonstration : Si q = a + bI + cJ + dK, q 0 = a0 + b0 I + c0 J + d0 K
avec a, a0 , b, b0 , c, c0 , d, d0 , alors : hq, q 0 i = aa0 + bb0 + cc0 + dd0 ; c’est la formule
du produit scalaire standard sur R4 . Q.e.d.
On remarque :
∀
q, q 0 ∈ H, ||qq0|| = ||q||||q0||
donc :
G := S 3 := SU2 := {q ∈ H : ||q|| = 1}
est un sous-groupe de H
\ {0}.
Ce groupe joue vis-à-vis des rotations de SO3 (R) le même rôle que le
groupe S 1 vis-à-vis de SO2 (R).
sg (I) = s .
On pose alors :
S 3 → SO3 (R) q 7→ Sq
Sq = Sq0 ⇔ q 0 = ±q
et toute rotation R ∈ SO3 (R) est de la forme R = Sq pour un certain q ∈ S 3 .
Démonstration : On a bien un morphisme de groupes :
Soient q, q 0 ∈ S 3 . Alors :
∀
y∈ H0, sq sq (y) = qq0yq0−1q−1 = (qq0)y(qq0)−1 = sqq (y) .
0 0
Sq = Sg Sr Sg−1
1 1
Sg−1 RSg 0 = 0 .
0 0
Donc, comme Sg−1 RSg ∈ SO3 (R), on a :
1 0 0
Sg−1 RSg = 0 cos θ − sin θ
0 sin θ cos θ
130 CHAPITRE 8. GROUPE ORTHOGONAL
θ θ
a = cos et ||p|| = sin .
2 2
p1
Posons aussi p~ := p2 si p = p1 I + p2 J + p3 K. Avec ces notations, Sq
p3
est la rotation d’axe R~p et d’angle θ.
Chapitre 9
Invariants de similitude
K K
GLn ( [X]) = {A ∈ Mn ( [X]) : dét A ∈ K∗ } .
A−1 =
1 t
dét A
K
com(A) ∈ Mn ( [X]) .
Q.e.d.
c’est le polynôme unitaire de degré maximal qui divise tous les coefficients
de A.
K
Proposition 9.1.2 Si P, Q ∈ Mn ( [X]) sont des matrices inversibles (c-à-d dont
le déterminant est une constante non nulle), alors d1 (P AQ) = d1 (A).
131
132 CHAPITRE 9. INVARIANTS DE SIMILITUDE
n
∀
X
i, j , ci,j = Pi,k Ak,l Ql,j
k,l=1
donc d1 (A) divise ci,j pour tous i, j. Donc d1 (A) divise d1 (P AQ). De même
d1 (P AQ) divise d1 (A) = d1 (P −1 (P AQ)Q−1 ). Ainsi, d1 (A) = d1 (P AQ).
Q.e.d.
1 ... λ(X)
..
.
..
.
1
1
..
.
α
.
..
.
1
A∼B⇒B∼A;
A∼B∼C⇒A∼C .
K
Lemme 9.2.1 Soit A ∈ Mn ( [X]) une matrice non nulle. Alors, A est
équivalente à une matrice de la forme :
d (A) 0 0
1
0
A0
0
Soit d le degré minimal d’un coefficient non nul bi,j d’une matrice B
équivalente à A. Quitte à permuter des lignes ou des colonnes de B, on peut
supposer que b1,1 est de degré d. Soit 2 ≤ j ≤ n, ladivision euclidienne de b1,j
par b1,1 donne :
b1,j = qb1,1 + r1,j
où deg r1,j < deg b1,1 . Donc en retranchant q× la colonne 1 à la colonne j de
B on obtient une matrice équivalente à B donc à A dont la première ligne
est de la forme :
b1,1 ...r1,j ...
Si r1,j 6= 0, on a contredit la minimalité de d. Donc r1,j = 0 et b1,1 divise
b1,j . En raisonnant comme cela avec tous les colonnes 2 ≤ j ≤ n et de même
avec toutes les lignes 2 ≤ i ≤ n, on s’aperçoit que l’on peut supposer que
les coefficients b1,j et bi,1 sont nuls si 2 ≤ i, j ≤ n. Soit bi,j un coefficient de
B avec i, j ≥ 2. En ajoutant la ligne i à la ligne 1, on trouve une matrice
équivalente à A dont la première ligne comprend les termes :
où b1,1 divise tous les coefficients de la matrice A0 et où l’on peut supposer que
b1,1 est unitaire (quitte à multiplier la ligne 1 par un coefficient constant non
9.2. RÉDUCTION DES MATRICES À COEFFICIENTS POLYNOMIAUX135
nul) . Mais alors d1 (B) = b1,1 . Et comme A est équivalente à B, d1 (A) = b1,1 .
Q.e.d.
Exemple :
X −1 C1 ↔C2 −1 X −C1 1 X
∼ ∼
0 X X 0 −X 0
L2 ←L2 +XL1 1 X C2 ←C2 −XC1 1 0
∼ ∼ .
0 X2 0 X2
K
Théorème 9.2.2 Soit A ∈ Mn ( [X]). Alors, il existe r ≥ 0 et une suite
P1 , ..., Pr de polynômes unitaires dans [X] tels que : K
i) P1 |P2 |...|Pr
P
1
..
.
Pr
ii) A ∼
0
..
.
0
(« | » signifie divise). De plus, si s ≥ 0 et une suite Q1 , ..., Qs de polynômes
unitaires vérifient aussi i)etii), alors : s = r et Qi = Pi pour tout 1 ≤ i ≤ r.
Démonstration : Pour l’existence es P1 , ..., Pr , il suffit de raisonner par
récurrence sur n, la taille de la matrice A, et d’utiliser le lemme 9.2.1.
Pour l’unicité, on peut aussi raisonner par récurrence sur n.
Si on a :
P
1
Q
1
.. ..
.
.
Pr Qs
∼A∼
0 0
.. ..
.
.
0 0
136 CHAPITRE 9. INVARIANTS DE SIMILITUDE
entraîne
P
2
Q
2
.. ..
.
.
Pr Qs
∼
0 0
.. ..
.
.
0 0
(exo) Q.e.d.
K
Exercice 46 Si A, B ∈ Mn ( ) sont semblables, alors A et B ont les mêmes
invariants de similitude. Pour la réciproque, cf. la section suivante.
Démonstration :
an
X @ 0 ?? 0
@@ ?
−1 @@@ ??
?
@ @ ?
@@ @@ ?
0 >> @@@@ @@@@ 0
XIn − CP :=
>> @@
>> @@ X
> @@
>
0 0 −1 X + a1
0 0 ?? 0 P (X)
??
−1 X ???
BB A ?
BB AAA ?
L1 ←L1 +XL2 +...+X n−1 Ln B AA
∼ 0 BB BBB AA 0
BB BB
BB BB
BB BB X
B
0 0 −1 X + a1
−1> X an−1
0: 0
>> ::
::
0 == >>>>
::
== >>
== >>
L1 ↔Ln
== >> 0
∼ == >>
== >> X a2
== >
==
== −1 X + a1
=
0 0 P (X)
1 ==
==
=
∼
1
P (X)
138 CHAPITRE 9. INVARIANTS DE SIMILITUDE
Q.e.d.
K
Il existe deux matrices P0 , P1 ∈ Mn ( ) telles que P = (XIn − A)P1 + P0 .
En effet, comme XIn − A et A commutent, on a pour tout k ≥ 1 :
K
pour une certaine matrice Rk ∈ Mn ( [X])† . Or, P = X m Cm + ... + C0
pour certaines matrices C0 , ..., Cm ∈ Mn ( ) (on a simplement décomposéK
les coefficients en somme de monômes et regroupé les monômes par degrés).
Donc :
K
De même, il existe Q0 , Q1 ∈ Mn ( [X]) telles que Q = Q1 (XIn − A) + Q0 .
Mais alors :
†
Pk−1 k
il suffit de prendre Rk = j=0 j (XIn − A)k−j−1 Aj .
9.3. INVARIANTS DE SIMILITUDE 139
K
Corollaire [Link] Si A, B ∈ Mn ( ) ont les mêmes invariants de simili-
tude alors A et B sont semblables.
K
pour certaines matrices P, Q ∈ GLn ( [X]). En prenant le déterminant, on
trouve :
χA (X) = dét P (P1 ...Pr )dét Q
⇒ χA (X) = cP1 ...Pr
K
où c := dét P dét Q ∈ ∗ . Comme χA (X) et P1 ...Pr sont unitaires, c = 1.
En particulier, deg χA (X) = n = deg P1 + ... + deg Pr . Donc dans la
1
..
.
1
matrice , le nombre de « 1 » sur la diagonal est :
P1
..
.
Pr
On en déduit que :
CP1
K
...
∈ Mn ( )
CPr
et que :
1 ==
==
=
1
CP1
P1
.. ..
. ∼ .
1 ==
CPr
==
=
1
Pr
1
..
.
1
∼ ∼ XIn − A .
P1
..
.
Pr
CP1
...
On applique alors le lemme 9.3.2 aux matrices A et .
CPr
Il reste à montrer que Pr est le polynôme minimal
de A. Ilsuffit de
CP1
..
vérifier que Pr est le polynôme minimal de C := . . Or, un
CPr
142 CHAPITRE 9. INVARIANTS DE SIMILITUDE
p(C ) = 0 ⇔ Pr |p(X) .
hauteur, 79
matrice compagnon, 47
matrice de Jordan, 91
multiplicité algébrique, 57
multiplicité géométrique, 57
143