Modèle de Black-Scholes et valorisation d'options
Modèle de Black-Scholes et valorisation d'options
Alexandre Popier
février 2001
Si ce calcul de prix est justifié, on note que le prix de l’option dépend de la probabilité
ph .
1
1 INTRODUCTION : EXEMPLE TRÈS SIMPLE DE MODÈLE FINANCIER 2
Cette formule s’interprête en disant que la valeur actualisée du titre est une martingale.
De même pour l’action :
Sh Sb
EQ [valeur actualisée de l’action] = q + (1 − q)
1+r 1+r
= S
actuels et passés, mais pas des cours futurs. L’actif numéroté 0 est supposé dans toute la
suite sans risque :
Sn0 = (1 + r)n S00
où r est le taux d’intérêt que l’on suppose constant pour simplifier. On supposera aussi
S00 = 1. Le coefficient
1
βn = 0
Sn
est le coefficient d’actualisation. Les actifs numérotés de 1 à d seront appelés actifs “à
risques”.
Définition 2
Une stratégie de gestion φ est auto-finançante si
Cela signifie qu’il n’y a pas d’apports de fonds, ni de retrait d’argent et que les transac-
tions se font sans coûts. Après avoir pris connaissance des cours Sn0 , . . . , Snd l’investisseur
réajuste son portefeuille pour le faire passer de la composition φn à la composition φn+1 ,
le réajustement se faisant aux cours de la date n en réinvestissant la valeur totale du
portefeuille et rien de plus.
2 MODÈLES DISCRETS GÉNÉRAUX 5
Remarque 1
L’égalité φn .Sn = φn+1 .Sn est équivalente à :
Les variations de la valeur du portefeuille ne sont dues qu’à des gains dûs à l’agitation
des cours.
Même s’il n’y a pas de condition de signes sur les φin ( les emprunts sont autorisés, on
impose à l’investisseur d’être en mesure de rembourser ses emprunts à tout instant ; d’où
la définition suivante :
Définition 3
Une stratégie φ est dite admissible si elle est autofinancée et si Vn (φ) ≥ 0 pour tout
n ∈ {0, 1, . . . , N }.
La notion d’arbitrage ( possibilité d’un profit sans prendre de risques ) est alors for-
malisée de la façon suivante :
Définition 4
Une opportunité d’arbitrage est une stratégie φ autofinançante telle que :
1.
P (V0 (φ) = 0) = 1
2.
P (VN (φ) ≥ 0) = 1 ; P (V0 (φ) > 0) > 0
L’investisseur, sans mise de fond initiale, termine en N avec un profit positif, stric-
tement positif sur un ensemble de mesure strictement positive (et donc E (VN (φ)) > 0.
Lorsqu’il y a absence d’opportunité d’arbitrage (A.O.A.), on dit que le marché est viable
(ou arbitré). La plupart des modèles excluent toute possibilité d’arbitrage et l’objet de
la section suivante est de donner une caractérisation de ces modèles grâce à la notion de
martingale.
2 MODÈLES DISCRETS GÉNÉRAUX 6
Définition 5
Une suite adaptée (Mn )N
n=0 de variables aléatoires réelles est une martingale si :
E (Mn+1 | Fn ) = Mn
pour tout n ≤ N − 1.
En particulier si (Mn )N
n=0 est une martingale, on a pour tout n : E (Mn ) = E (M0 ).
N
Dans un modèle financier, si le cours (Sni )n=0 de l’actif i est une martingale, la meilleure
i
estimation (au sens des moindres carrés) que l’on puisse faire de Sn+1 , à partir des infor-
i
mations disponibles à la date n, est donnée par Sn .
Définition 6
Une suite adaptée (Hn )N
n=0 de variables aléatoires est prévisible si, pour tout n ≥ 1,
Hn est Fn−1 -mesurable.
(Xn ) est appelée “transformée de la martingale (Mn ) par la suite (Hn )”. Donc dans les
modèles financiers où les prix actualisés sont des martingales, toute stratégie autofinancée
conduit à une valeur finale actualisée égale, en moyenne, à la richesse initiale.
Définition 7
Deux mesures de probabilité P et Q définies sur le même espace de probabilité (Ω, F)
sont équivalentes si pour tout A ∈ F, P (A) = 0 ⇔ Q (A) = 0.
Il est facile de voir que l’ensemble des opportunités d’arbitrage est le même pour deux
probabilités équivalentes.
Le théorème suivant caractérise les marchés financiers discrets viables.
Théorème 1
Le marché est viable si, et seulement si, il existe une probabilité P ∗ équivalente à P
sous laquelle les prix actualisés des actifs sont des martingales.
2 MODÈLES DISCRETS GÉNÉRAUX 7
Définition 8
La probabilité P ∗ est appelée probabilité risque neutre.
L’égalité :
EP ∗ (SN ) = (1 + r)N S0
traduit que l’on est dans un modèle “neutre par rapport au risque” : l’investisseur sera
indifférent entre les deux possibilités de placement (sans risque ou risqué) puisque son
gain sera (en espérance) le même.
3 Modèle de Cox-Ross-Rubinstein
On a vu dans la section précédente comment on peut en théorie calculer le prix
équitable d’une option, sous les hypothèses d’absence d’opportunité d’arbitrage et de
complétude du marché. On va maintenant appliquer ces résultats à un modèle particulier
à deux actifs. Ensuite on va voir comment on peut approcher la formule de Black-Scholes.
d’où : n
1 X +
n
π j (1 − π)n−j hj bn−j S − K
C=
(1 + r)n j=0 j
En termes de finance, η est le nombre minimum de hausses qui doivent se produire durant
les n périodes pour réaliser un bénéfice strictement positif. Si Int désigne la partie entière
d’un réel, on a :
ln (K/Sbn )
η = Int +1
ln (h/b)
On adopte les notations suivantes : b (n, j; π) = nj π j (1 − π)n−j (probabilité pour qu’une
πh b−bπ
En utilisant la définition de π et l’égalité 1 − 1+r
= 1+r
, on obtient pour C les résultats
suivants :
n
1 X
n
j n−j j n−j
C = n π (1 − π) h b S − K
(1 + r) j=η j
n j n−j
X πh b − bπ K
= S nj − B (n, η; π)
j=η
1+r 1+r (1 + r)n
πh K
= SB n, η; − B (n, η; π)
1+r (1 + r)n
Si on veut approcher le modèle en temps continu, on doit imposer l’égalité des rende-
ments exprimés en temps continu et en temps discret après passage à la limite, soit :
lim (1 + rn )n = eρT
n→∞
Reste à choisir bn et hn . Soit Sn le prix de l’actif après n périodes calculé dans un modèle
binomial. Si j désigne le nombre de hausses, ce prix est Sn (j) = Shjn bn−j n , ce qui s’écrit
ln SSn = J ln hbnn + n ln bn , où J est une variable aléatoire de loi binomiale de paramètres
n et pn , où pn désigne la probabilité d’être à la hausse (qu’on suppose indépendante de
la période). On a en particulier E (J) = npn et V ar (J) = npn (1 − pn ). On note nµn
l’espérance de ln SSn et nσn2 sa variance.
Soit ST le prix de l’actif au temps T . On va imposer au modèle discrétisé de donner un
ST
prix Sn approchant ST au sens suivant : la moyenne E ln S du logarithme du rendement
de l’actif est approchée par l’espérance de ln SSn . De même on va imposer une condition
analogue sur les variances. On obtient donc :
nµn = n pn ln hn + ln bn
bn
2
nσ 2 = npn (1 − pn ) ln hn
n bn
Théorème 3
Quand n → +∞, C converge vers
√
SΦ (d) − Ke−ρT Φ d − σ T (2)
4 MODÈLE CONTINU DE BLACK-SCHOLES 11
avec
ln (S/K) + ρT 1 √
d = √ + σ T
σZ T 2
x
1 2
Φ (x) = √ e−u /2 du
2π −∞
Cette formule est connue sous le nom de formule de Black et Scholes. Nous verrons
comment elle s’obtient dans le cadre du modèle à temps continu dans le paragraphe
suivant. Une remarque importante est que cette formule ne dépend pas de µ.
Remarque 2 Un processus peut aussi être vu comme une fonction aléatoire : à chaque ω
dans Ω on associe la fonction de R+ dans E, t 7→ Xt (ω), appelée trajectoire du processus.
Définition 12
Soit (Ω, F, P ) un espace de probabilité. Une filtration (Ft )t≥0 est une famille crois-
sante de sous-tribus de F.
Définition 13
On appelle Ft -mouvement brownien un processus stochastique à valeurs réelles et
à trajectoires continues qui vérifie :
– pour tout t ≥ 0, Xt est Ft -mesurable.
– Continuité : P -p.s. la fonction s 7→ Xs (ω) est une fonction continue.
– Indépendance des accroissements : si s ≤ t, Xt − Xs est indépendant de la tribu Fs .
– Stationnarité des accroissements : si s ≤ t, la loi de Xt − Xs est identique à celle
de Xt−s − X0 .
4 MODÈLE CONTINU DE BLACK-SCHOLES 12
Dans la suite quand on parlera de mouvement brownien, il s’agira d’un mouvement brow-
nien standard.
Dans le cas des modèles à temps discret, la valeur actualisée d’un portefeuille de valeur
initiale et avec une stratégie autofinancée φ = (φn )0≤n≤N s’écrit :
n
X
V0 + φj S̃j − S̃j−1
j=1
et Z T
H̃ = (Ht )0≤t≤T , processus adapté à (Ft )0≤t≤T , Hs2 ds < +∞ P-p.s.
0
Théorème 4
Soit (Wt )0≤t≤T un Ft -brownien. Alors il existe une unique application linéaire J de
H dans l’espace des Ft -martingales continues définies sur [0, T ], telle que, H ∈ H et si
t≤T :
Z t 2 ! Z t
2
E Hs dWs =E Hs ds
0 0
Rt
On note si H ∈ H, J (H)t = 0
Hs dWs .
R
t
Par contre si H ∈ H̃, 0
Hs dWs est encore défini et est un processus continu
0≤t≤T
défini sur [0, T ]. Mais ce n’est pas a priori une martingale.
On va terminer ce paragraphe par la formule d’Itô. On a besoin d’abord de la
définition suivante :
4 MODÈLE CONTINU DE BLACK-SCHOLES 13
Définition 14
Soient Ω, F, (Ft )0≤t≤T , P un espace probabilisé muni d’une filtration et (Wt )0≤t≤T un
Ft -mouvement brownien. On appelle processus d’Itô, un processus (Xt )0≤t≤T à valeurs
dans R tel que :
Z t Z t
P -p.s. ∀t ≤ T, Xt = X0 + Ks ds + Hs dWs
0 0
avec :
– X0 F0 -mesurable
– (Kt )0≤t≤T et (Ht )0≤t≤T des processus adaptés à (Ft )0≤t≤T
RT
– 0 |Ks | ds < +∞ P -p.s.
RT
– 0 |Hs |2 ds < +∞ P -p.s.
On peut démontrer l’unicité de cette décomposition. La formule d’Itô est donnée par
le théorème suivant :
Théorème 5
Soit (Xt )0≤t≤T un processus d’Itô et f une fonction deux fois continûment différentiable.
On a : Z t Z t
f (Xt ) = f (X0 ) + f 0 (Xs ) dXs + f 00 (Xs ) d hX, Xis
0 0
où par définition : Z t
hX, Xit = Hs2 ds
0
et Z t Z t Z t
0 0
f (Xs ) dXs = f (Xs ) Ks ds + f 0 (Xs ) Hs dWs
0 0 0
avec : Z t
hX, Y it = Hs Hs0 ds
0
4 MODÈLE CONTINU DE BLACK-SCHOLES 14
à l’instant t les quantités d’actif sans risque et d’actif risqué respectivement détenues en
portefeuille. La valeur du portefeuille à l’instant t est alors donnée par :
σ2
S̃t = S0 exp σB t − t
2
(Lt )0≤t≤T est une martingale, et si Q est la mesure sur FT de densité LT par rapport à
P , sous Q B est un mouvement brownien.
Pour terminer, si on note ξ = (ST − K)+ , sous Q S̃ est une martingale, donc pour une
stratégie autofinancée φ, Ṽ (φ) est aussi une martingale, d’après l’égalité (3). Donc on a
pour V (φ) dupliquant ξ (cf. la définition (9) en remplaçant N par T ) :
h i
Ṽt (φ) = EQ ṼT | Ft
= EQ e−rT ξ | Ft
d’où :
Vt = e−r(T −t) EQ [ξ | Ft ]
V0 = e−rT EQ [ξ]
+
−rT
= EQ S̃T − e K
" + #
σ2
−rT
= EQ S0 exp σB T − T −e K
2
4 MODÈLE CONTINU DE BLACK-SCHOLES 16
Par définition d’un mouvement brownien, sous Q B T suit une loi normale de paramètres
0 et T , ce qui permet de calculer l’espérance précédente, et de trouver la formule de
Black-Scholes (2) : √
V0 = S0 Φ (d) − Ke−rT Φ d − σ T
avec
ln (S/K) + rT 1 √
d = √ + σ T
σZ T 2
x
1 2
Φ (x) = √ e−u /2 du
2π −∞
Soulignons une nouvelle fois, que le coefficient µ n’apparait pas dans la formule.