Cours 2 : Etude des sépultures par l'approche archéo-anthropologique/archéothanatologique
Années 90 : Duday, anthropologie de terrain, squelette, etc.
Archéothanatologie : Discipline qui regroupe les fonctions de l'anthropologie et de l'archéologie
funéraire en envisageant les pratiques mortuaires, les données biologiques et toutes les
manipulations de cadavre hors de la sphère funéraires.
Données biologiques: cause de la mort, la datation au 14, l'adn, l'estimation de l'âge du décès, la
détermination du sexe.
I. Définitions et distinctions de base
1. Les facteurs de la décomposition cadavérique
Facteurs endogènes (ce qui prends naissance à l'intérieur du corps)
– Bactéries et les champignons à partir du moment où le corps décède. Les organes cessent de
fonctionner. On va avoir surtout au niveau des intestins.
– Production de gaz – Essentiellement encore au niveau des intestins, de la vessie, du colon.
On peut avoir ce qu'on appelle une explosion abdominale, c'est-à-dire une ouverture au
niveau du ventre.
– Lividités (grises-violacées) dès les premières heures de la mort. Les textes donnent parfois
des éléments sur les couleurs des cadavres
– «Explosion» abdominale
– Dégradation des éléments organiques – Au bout du processus de décomposition, il ne reste
que les os. En terme de raisonnement chrétien il faut aussi s'interroger à ce niveau là.
Facteurs exogènes (concerne l'extérieur du corps)
Ces facteurs sont aussi de phénomènes taphonomiques.
– Taphonomie: Phénomènes naturels ou accidentels qui interviennent dans une sépulture
– Insectes thanatophages (archéo-entomologie)
En phénomènes taphonomiques, être à l'air libre et dans la terre sont deux milieux qui agissent
différemment sur la décomposition du corps. Même chose selon la saison de l'année etc.
Est-ce qu'il y a un coussin qu'on a posé derrière la tête du cadavre.
Est-ce qu'on a des rats, des lapins qui sont venus creusés dans la sépulture et ont perturbé la
décomposition, ont bougé le cadavre.
2. Dépôt et sépulture / un mort et des morts
Dépôt: Résultat d'une action anthropique ou d'un fait non anthropique
Sépulture: Dépôt intentionnel avec une portée affective et une connotation positive/affective envers
le défunt.
Inhumations/incinération.
Une sépulture peut être une inhumation ou une incinération. Mais une inhumation n'est pas
forcément une sépulture. Inhumation veut juste dire mettre en terre.
Une structure qui accueille un mort et une qui en accueille plusieurs n'ont pas le même nom.
Un nom → Sépulture individuelle
Plusieurs morts → Ensemble funéraire si on est sur qu'on est dans un cadre funéraire et non plus
mortuaire.
Si on a plusieurs sépulture individuelles, on est dans un cimetière ou une nécropole.
On peut aussi avoir plusieurs morts dans la même structure. On est dans une accumulation dans une
seule et même structure architecturale → Sépulture plurielle.
Cependant les sépultures plurielles peuvent être de plusieurs catégories :
– Dépôts simultanés = Sépulture multiple. Elle peut être double, triple etc.
Quand beaucoup de morts en même temps sont mis dans une structure ensemble → On est
face dans une « sépulture de catastrophe »
– Dépôts échelonnés dans le temps → Sépulture collective
L'archéo-anthropologue se base sur la décomposition cadavérique et sur ce qu'on appelle les
connexions labiles. Ces connexions labiles font référence à la chronologie relative du lâchage des
articulations. Toutes les articulations ne se décomposent pas de la même façon dans le corps.
Labiles → Se décomposent vite (mains, orteils, ceinture scapulaire, vertèbres cervicales, relation
mandibule/base du crâne)
Connexions persistantes → Atlas + occipital, dernière vertèbre lombaire/sacrum, os coxaux +
sacrum, genoux, chevilles, tarse, carpe
L'archéo-anthropologue se base sur les connexions labiles et persistantes pour déterminer si le dépôt
est simultané ou échelonné dans le temps.
Si dans le sol toutes les connexions labiles et persistantes sont encore en place, on est face à un
dépôt simultané.
II. La chronologie des dépôts et la restitution du milieu de décomposition
1. Dépôt primaire et dépôt secondaire
Dépôt primaire = Dépot d'un cadavre frais ou plusieurs (ou une portion de cadavre) qui a son
intégrité anatomique (i.e qui a ses chairs).
La décomposition s'opère dans le lieu du dépôt primitif.
Funéraires simples
Dépôt secondaires = Concerne des ossements secs dépourvus de matière organique. Au MA on
manipule ossements secs. Fait parti de rites et de pratiques.
La décomposition s'opère dans un lieu différent du dépôt primitif (ex pourrissoirs médiévaux,
ossuaire).
Peut y avoir des funérailles doubles. Pour St Louis il y a des funérailles à Tunis puis à Paris.
Un geste secondaire ne traduit pas forcément une sépulture secondaire (réduction, profanation). On
hésite pas à rouvrir les tombeaux, surtout les sarcophages.
Pourrissoirs = structure la plupart du temps composée d'un grillage +/- serré sur lequel on laisse
l'individu se décomposer à l'air libre. Les grilles sont souvent trop larges pour récupérer tout les
ossements. Donc dans les pourrissoirs on ne retrouve que les petits os.
2. Démontrer le caractère primaire ou secondaire d’un dépôt
On essaie de s'intéresser au désordre dans la disposition des ossements.
L'absence de certains ossements
Traces de décharnements/décarnisation
(connaître qq ossements)
Scapula = Omoplate
Patella = Os du genou
Humérus = Os entre l'épaule et le coude
Ossuaire → Toujours dépôt secondaire
amas d'os en forme rectangulaire (photo) → Il y avait un coffre en bois
3. Espace vide et espace colmaté
Le travail de l'archéo est de restituer le milieu au sein duquel s'est effectué la décomposition du
cadavre.
Inhumation en espace vide :
– Cercueil
– Sarcophage
– Coffrage de bois ou de pierre
Si un os passe dans le volume extérieur du cadavre, il y a un espace vide.
Mise à plat de la cage thoracique => Espace vide
Photo – Patella à l'extérieur = espace vide
Décrochement de la mandibule
Parfois crâne au lieu d'être sur le sol est un peu en surélévation, être appuyé sur un coussin. On est
face à une tension donc mandibule prends appui sur le sternum
On peut être dans un espace colmaté mais le coussin derrière crâne fait qu'on peut avoir un
décrochement de la mandibule
Inhumation en espace colmaté :
– Pleine terre
– Colmatage progressif ou différé
Mais : attention aux vêtements contraignants et aux linceuls
Vêtement très collant – Peut être espace vide mais les os étant retenu, la patella ne bouge pas.
Pareil si dans linceul par exemple
Inhumation en espace vide néo-formé:
– Coussin céphalique
– Planche de brancard = On peut déposer qqn sur une planche avec pieds. Au dessus terre,
mais en dessous planche est un espace vide.
III. Les sciences archéo-anthropologiques ou archéothanatologiques
1. Connaître l'identité biologique des défunts
Identité biologique =/= Identité sociale =/= Identité genrée, etc.
Genre =/= sexe / Sexe psychosocial =/= sexe génétique
Le «sexe» renvoie aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les hommes
des femmes.
Le «genre» renvoie aux rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et
les attributs qu'une société considère comme «appropriés» pour les hommes et les femmes.
On peut savoir l'origine d'une personne.
Identité biologique: homme ou femme, jeune ou vieux, enfant, adolescent, etc.
Diagnose Sexuelle Probabiliste (DSP)
– Mise en place par Jaroslav Bruzek (CNRS)
– Uniquement sur adolescents pubères et adultes (segment ischio pubien)
– Fiable à + 95%
La seule méthode de détermination du sexe c'est ça. On ne peut pas déterminer le sexe avec d'autres
ossements.
Il n'y a donc aucun moyen d'identifier le sexe d'un enfant.
Bruzek a étudié des collections par des gens qui ont donné leur corps à la science, dont on
connaissait leur sexe. Il a fait des observations anonymes, qu'il a donc pu vérifier.
2 méthodes
→ Méthode morphoscopique (terrain)
Bassin plus large, plus haut et échancrure ischiatique plus ouverte = femme
Méthode appliquée directement sur le terrain.
→ Méthode morphométrique
On fait des mesures avec un tableur spécial. Il en ressort un sexe probabiliste.
Nécessite que les ossements soient plutôt bien conservés.
Estimation de l'âge au décès
→ Sujets périnatals/immatures:
– Maturation squelettique et points d'ossification - Os d'un bébé ne sont pas soudés.
– Âge statural (taille des ossements)
– Maturation dentaire – Usure etc.
Hypoplasie → Les maladies, périodes stressantes de la vie se répercutent sur les dents en laissant
des lignes.
→ Sujets adultes: méthodes ostéoscopiques
– Sutures crâniennes
– Symphyse pubienne
– Usure dentaire (cementochronologie)
– Arthrose, ostéoporose (radiographie)
Fonctionnement par classe d'âge
Difficultés (+30 / +60 ans)
Plusieurs méthodes
de 30 à 60 ans est difficile d'estimer les classes d'âge.
Souvent l'archéo-anthropologue est obligé d'utiliser plusieurs méthodes.
Sur une même population, avec deux méthodes, on peut tomber sur des courbes et des classes d'âge
différente.
Permet de faire de la paléodémographie.
2. La spécialisation des sciences archéo-anthropologiques
La paléopathologie
→ Recherche sur les causes de la mort
– Maladies
– Fractures (vascularisation)
=> Renouvellement des problématiques sur la prise en charge des malades et des handicapés dans
les sociétés du passé.