Signe
Dans la sémiologie classique (Saussure pour la langue, Barthes pour
tout système de signes, Metz pour le cinéma...) une première distinction
est faite entre le signe et son référent. (“Ceci n’est pas une pipe“). Une
deuxième distinction concerne le signe lui-même.
Un signe est la réunion de quelque chose que je perçois et de l’image
mentale associée à cette perception. Le signe est par essence double.
On appelle signifiant, la face matérielle, physique, sensoriellement
saisissable, et signifié la face immatérielle, conceptuelle, qu’on ne peut
appréhender que intellectuellement. Le signifiant et le signifié sont
indissociables, ils sont comparables aux deux faces d’une même pièce
qui serait le signe. La signification est l’acte qui unit le signifié et le
signifiant et qui produit le signe.
On parle de monosémie lorsque à un signifiant correspond un seul
signifié et de polysémie lorsqu’on peut associer plusieurs signifiés au
même signifiant. (Ne pas confondre le couple monosémie/polysémie
avec l’autre couple dénotation/ connotation.)
La polysémie d’un système de signes est ce qui en fait sa richesse
expressive et interprétative. La monosémie, au contraire, ce qui en fait
sa logique, sa rationalité. On rencontrera plus fréquemment la
polysémie dans les domaines artistiques, culturels,.. (une image par
exemple) et la monosémie dans les domaines scientifiques,
techniques,.. (une équation par exemple).
La dénotation est la signification fixée d’un signe donné (à un signifiant
donné on associe un signifié). La connotation est une construction
d’ordre supérieur dans laquelle signifiant et signifié d’un premier signe
deviennent un signifiant de second degré qui à son tour produira un
signifié second, etc.
Indice, icone, symbole
Dans sa sémiotique, Ch. S. Peirce (1938) distingue trois types de
signes : les indices, les icones (*), et les symboles.
Les signes indiciels : sont des traces sensibles d’un phénomène, une
expression directe de la chose manifestée. L’indice est lié (prélevé) sur
la chose elle-même (la fumée pour le feu).
Les signes iconiques : sont des représentations analogiques
détachées des objets ou phénomènes représentés. (l’image en
particulier)
Les signes symboliques : rompent toute ressemblance et toute
contiguïté avec la chose exprimée. Ils concernent tous les signes
arbitraires (la langue, le calcul..)
La sémiotique de Peirce, qui date de la fin du XIXème siècle, a depuis
quelques temps retrouvée une seconde jeunesse. Sans doute faut-il y
voir la pertinence qu’elle offre dans la compréhension et l’analyse des
formes actuelles de la communication audiovisuelle et en particulier
depuis l’émergence des “nouvelles images“. D’un point de vue
sémiologique, la caractéristique principale de ces “nouvelles images“,
qui, par le biais de l’iconicité, cherchent à ressembler aux “anciennes“,
est de ne pas posséder de lien indiciel avec l’objet représenté.
L’absence de contiguïté indicielle des “nouvelles images“ a fait
ressurgir, par opposition, cette dimension cachée de l’image
photographique et cinématographique, même si cet aspect de trace (“ça
a été“) fut parfois souligné par certains auteurs comme Roland Barthes
(1980) “La photo est littéralement une émanation du réfèrent.“ ou Jean-
Marie Schaeffer (la notion d’arché qu’il développa représente une forme
de savoir spectatoriel sur la genèse de l’image - 1987).
Pour Daniel Bougnoux (1991), le passage de l’indiciel au symbolique
(de l’analogique au digital) serait le cheminement de l’éducation et de la
culture, tandis que l’art, le rêve et l’imaginaire emprunteraient un chemin
inverse (du symbolique à l’indiciel, ou du digital à l’analogique).
(*) « Le plus souvent icône prend un accent circonflexe. Mais sous cette
forme il a une signification religieuse. D'où la préférence qu'on accorde
ici (par référence à l'anglais icon) à icone, au masculin et sans accent. »
D'après : GARDIES André, BESSALEL Jean, 200 mots-clés de la
théorie du cinéma, Paris, Editions du Cerf, 1992.