CONSEILS DE METHODE pour l’EXPLICATION DE
TEXTE PHILOSOPHIQUE
I - PRINCIPES GENERAUX : ce qu’est et n’est pas l’explication
L’explication de texte est une lecture et une analyse approfondies d’un passage, extrait
d’une œuvre philosophique. Elle consiste à énoncer le contenu d’un texte donné. Expliquer
(du latin ex-plicare), c’est déplier, déployer, développer en l’agrandissant, en l’élargissant, en
l’approfondissant, ce qui est énoncé dans le texte, en se référant notamment à d’autres extraits
de l’œuvre (livre ou système philosophique) de l’auteur. L’explication doit rendre compte
aussi du non-dit, de l’implicite, du latent, des idées de l’auteur qui seraient seulement en
filigrane ou entre les lignes du texte, en veillant toutefois à ne pas sortir du thème du texte
(hors sujet) et à ne pas faire dire à l’auteur ce qu’il ne dit pas (contre-sens ou faux-sens, délire
interprétatif). L’explication doit dégager ce qui est enveloppé, déployer et ouvrir ce qui est
replié et clos, mettre en relief l’essentiel, sans niveler ni affadir les arguments du texte, faire
ressortir ce qui est en creux, classer et hiérarchiser les éléments du texte selon leur importance
ou leur priorité dans l’argumentation de l’auteur. L’explication doit, au sens
nietzschéen, « évaluer » chaque élément du texte, lui « rendre justice », en en estimant,
objectivement et précisément, la valeur réelle, sans la sur- ni la sous-estimer. Elle doit
restituer, en sa cohérence, l’unité de l’argumentation de l’auteur, en en soulignant les
articulations et moments (logiques et / ou conceptuels).
Les exigences et principes généraux de l’explication de texte sont les suivants :
1) Resituer le texte dans son contexte. Ce contexte peut être immédiat, étroit et précis, à
l’échelle microscopique du livre dont il est extrait. Il s’agit alors de préciser dans quel
chapitre, section ou paragraphe le texte se situe, après quels acquis il survient, à quelle
question il répond, à quelle logique argumentative il appartient. Se demander : comment
l’auteur en vient-il à écrire ce texte, précisément à ce moment et à cet endroit de l’œuvre ?
qu’est-ce qui amène le texte ? à quelle nécessité (théorique, pratique, ou autre) le texte obéit-
il ? à quel besoin est-il censé répondre ? Ceci suppose une connaissance précise et détaillée de
l’œuvre dont le texte est extrait. L’explication doit rappeler ce qui a été démontré en amont de
ce texte (quelques pages ou quelques lignes auparavant) et ouvrir sur ce qui suivra ce texte en
aval. Le contexte que l’explication doit restituer doit être aussi médiat, large et général, à
l’échelle macroscopique, non plus d’un livre, mais de l’ensemble de l’œuvre de l’auteur, prise
comme système philosophique. Il faut, dans ce cas, resituer le texte plus généralement par
rapport aux grands enjeux et problèmes de la doctrine philosophique de l’auteur et commenter
le texte en s’appuyant sur des œuvres antérieures ou contemporaines du même auteur, afin de
faire l’état (synchronique et statique, à un moment donné, lorsque l’auteur rédige ce texte) et
la genèse (diachronique et dynamique) de la question. Se demander si le thème abordé par le
texte n’a pas déjà été traité auparavant par l’auteur, soit dans une oeuvre antérieure, soit plus
haut dans la même oeuvre. Si c’est le cas, montrer les similitudes ou les différences entre le
traitement de la question dans des textes antérieurs et son traitement dans ce texte, afin de
faire ressortir l’originalité de ce texte. Se demander si la thèse de l’auteur dans ce texte est
nouvelle, ou si elle reprend seulement, en d’autres termes, ce que l’auteur a déjà établi ailleurs
ou avant, ou si, troisième solution, elle reprend, en la prolongeant, une thèse antérieure, mais
en y apportant des éléments nouveaux (si oui, lesquels ? de quelle nature sont-ils ? s’agit-il
d’exemples destinés à illustrer et à préciser une thèse déjà énoncée ? s’agit-il d’apporter une
ou des démonstrations nouvelles d’une hypothèse déjà formulée ? quels sont les éléments
nouveaux et les éléments anciens ?
2) Dégager le thème dont traite le texte et la thèse qu’y soutient l’auteur, afin d’élaborer
une problématique et de souligner l’enjeu ou les enjeux du texte, sans les multiplier à l’infini,
ni les juxtaposer sans lien. Résumer de la manière la plus synthétique et condensée possible,
en une ou deux phrases, la thèse du texte. S’efforcer de donner un titre au texte, titre
accompagné éventuellement d’un sous-titre plus développé, précisant les enjeux du texte.
3) Identifier et justifier le mouvement général du texte, ses moments particuliers et ses
articulations, afin de reconstruire l’argumentation de l’auteur, ici encore, sans multiplier à
l’infini le nombre de mouvements ou de sous-mouvements du texte (se limiter en général à 3
ou 4 mouvements distincts). En explication, pas plus qu’en dissertation, il n’existe de plan
type, automatique et mécanique. A chaque texte correspond un plan. Les coupures (alinéas)
peuvent manifester ou non un changement d’idée. Le plan du texte ne suit donc pas
nécessairement son découpage typographique. Il faut ensuite, dans le cadre de l’explication
proprement dite, suivre l’ordre argumentatif du texte, sans le bouleverser, ni l’inverser.
L’explication de texte doit être en effet linéaire (sans être pour autant paraphrastique).
4) Repérer et analyser les notions philosophiques (concepts ou expressions techniques)
du texte, en s’appuyant sur des connaissances extérieures au texte, mais intérieures à
l’ensemble de l’œuvre de l’auteur. Restituer sa terminologie propre (ne supposer connu aucun
terme du vocabulaire technique de l’auteur).
5) Indiquer le statut, la fonction, la valeur argumentative et philosophique du texte, en
apprécier la nature et la portée, l’originalité et les limites, la force et les insuffisances.
Identifier le ton et la forme du texte : s’agit-il d’un texte problématique, programmatique,
inaugural, conclusif, aporétique, didactique, zététique, heuristique, polémique etc. ? Ceci
suppose, au moins in fine (en conclusion par ex.) un certain recul critique par rapport au
texte. Ne pas rester immergé dans l’argumentation de l’auteur, ni prisonnier de son système
philosophique (mais les éléments critiques ou les compararaisons entre ce texte et d’autres
auteurs doivent rester discrets et ne venir qu’en dernier).
6) Rendre raison de tous les signes signifiants du texte : les italiques, les guillemets, les
etc., les majuscules, la ponctuation (points de suspension, d’interrogation, d’exclamation), les
mots de transition (conjonction de coordination), les exemples, les répétitions, les champs
sémantiques (vocabulaire, métaphore, éllipse, redondance), sans pour autant verser dans une
explication strictement formelle et littéraire du texte. La forme ne doit être expliquée que si et
seulement si elle permet d’éclairer le contenu du texte.
7) L’explication de texte doit être précédée d’une lecture attentive du texte, qui est
d’abord une lecture naïve et neutre, sans préjugés d’aucune sorte, sans attentes, sans savoirs
préalables sur la doctrine de l’auteur. Il ne faut pas vouloir retrouver à tout prix dans le texte
des connaissances acquises par ailleurs sur la doctrine de l’auteur, mais plutôt confirmer ou
affiner, préciser, développer et approfondir ses connaissances. Il faut donc, dans un premier
temps, écarter (mettre en suspens) ce que l’on sait de l’auteur, pour se concentrer sur ce qu’on
en lit. Il faut faire abstraction, dans cette phase préliminaire, des commentateurs ou critiques,
et en général de la littérature secondaire sur l’auteur (éviter surtout les ouvrages scolaires ou
de vulgarisation sur l’auteur). Ne pas plaquer de l’extérieur ou projeter en surplomp sur le
texte une grille préalable, toute faite, d’interprétation. Rester ouvert à toutes les interprétations
possibles du texte, n’en exclure aucune a priori. En revanche, la seconde lecture du texte doit
être avertie, nourrie de connaissances sur l’auteur et sur l’œuvre dont est extrait le texte. Une
certaine érudition est alors requise. L’explication suppose surtout un effort conjoint de lecture
des différents livres de l’auteur. Les connaissances philosophiques sur l’auteur et ses diverses
œuvres restent en effet indispensables pour guider et éclairer la lecture du texte.
8) L’explication de texte doit faire le pari que le texte a un sens. Il faut partir du
présupposé que les difficultés du texte doivent trouver leurs solutions dans le texte même. Le
sens est là, même s’il est voilé, et même si, ponctuellement, on peut recourir à d’autres textes
du même auteur pour le mettre au jour.
9) Face à une difficulté du texte, faire plusieurs hypothèses en les reconnaissant comme
telles et hiérarchiser ces hypothèses par ordre de vraisemblance.
10) Conseils pratiques : aérer la présentation, éviter les ratures, soigner la graphie et la
typographie, adopter un style simple, clair et transparent (faire des phrases courtes), se
ménager un temps de relecture pour corriger les fautes d’orthographe et de syntaxe et pour
souligner tous les titres d’oeuvres ainsi que les termes étrangers (à l’exception de ceux qui
sont passés dans le langage courant), bien minuter son temps (par ex. pour une explication de
texte de 4 heures, consacrer : 1 h. pour la lecture, le brouillon, la détermination du plan et la
rédaction intégrale, au brouillon et au propre, de l’Introduction ; 2 h. 15 pour la rédaction du
développement ; 30 min. pour la rédaction intégrale, au brouillon et au propre, de la
Conclusion et 15 min. pour la relecture), sauter plusieurs lignes entre chaque grand
mouvement de l’explication et faire un paragraphe (alinéa) par idée.
L’explication de texte se distingue :
1) Du commentaire de texte. Elle doit établir ce qu’un auteur pense, dans un passage
déterminé de l’une de ses œuvres, en se référant éventuellement à d’autres passages de la
même œuvre ou à d’autres passages extraits d’autres œuvres du même auteur. En revanche, le
commentaire de texte est une interrogation plus générale sur ce qu’il y a de vrai, de légitime
ou de pertinent (ou non) dans la pensée de l’auteur, telle qu’elle apparaît dans cet extrait.
L’explication porte sur tout le texte mais rien que sur le texte, alors que le commentaire
propose une réflexion plus globale sur la validité (ou non) de l’argumentation de l’auteur, en
convoquant des références extérieures au texte, extérieures au livre dont il est extrait et au
système philosophique de l’auteur. Le commentaire se réfère à la pensée d’autres auteurs, afin
de les comparer, de les rapprocher ou de les opposer entre eux. Il montre les rapports de
filiation (héritage) ou au contraire de critique, de dépassement entre divers auteurs. Le
commentaire doit donc restituer un contexte conceptuel et argumentatif plus vaste, en
s’appuyant sur l’histoire de la philosophie et l’histoire des idées en général, alors que
l’explication s’en tient au contexte proche du texte, à savoir un livre donné, à l’intérieur de
l’œuvre d’un auteur. Le commentaire comporte un aspect critique sur le texte plus développé
que l’explication, qui doit prioritairement rendre raison de la cohérence et de l’intérêt de
l’argumentation de l’auteur, avant (éventuellement en Conclusion) de critiquer le texte et d’en
dénoncer les insuffisances. Toutefois, l’explication peut convoquer des connaissances plus
larges, relatives au contexte historique, à l’époque, à l’œuvre de l’auteur dans son ensemble et
dans sa chronologie. Elle peut et doit faire dialoguer le texte avec d’autres textes du même
auteur, sans perdre cependant de vue le texte à expliquer, sans le recouvrir sous un exposé
dogmatique et systématique (type cours) de l’ensemble de la doctrine de l’auteur. Sinon, elle
verse dans le hors-sujet. L’explication suppose donc une maîtrise raisonnée de ses
connaissances sur l’auteur. Elle n’est pas prétexte à réciter tout ce que l’on sait sur lui, ni
même sur une partie de sa philosophie. Les connaissances extérieures au texte ne doivent
jamais surcharger inutilement l’explication. Elles ne doivent intervenir que si et seulement si
elles facilitent ou éclairent la compréhension du texte. L’explication doit présupposer que le
texte forme un tout autosuffisant, autonome, ayant un sens en lui-même, même s’il peut être
judicieux, ponctuellement, d’éclairer ce sens de références à d’autres textes du même auteur.
2) D’un simple prétexte à disserter sur un thème abordé par le texte. L’explication ne
doit pas se détourner des enjeux majeurs du texte, ni dériver, par digressions successives, vers
un thème ou une problématique plus généraux. Elle ne doit pas se transformer en dissertation
sur le thème du texte, ni même en commentaire thématique du texte (dont les principales
parties correspondraient à des thèmes différents abordés par le texte). L’explication doit
n’expliquer rien que le texte (et tout le texte), sans jamais quitter l’horizon du texte. Elle doit
s’éloigner le moins possible du texte, si ce n’est pour faire des comparaisons (marquer des
différences ou similitudes) entre ce texte et d’autres du même auteur, situés dans la même
œuvre ou éventuellement dans une oeuvre antérieure, contemporaine, ou postérieure. Elle ne
doit ni mutiler, ni escamoter le texte ou des parties de celui-ci. Elle doit commenter tout le
texte sans exception, sans faire d’impasse sur telle ou telle phrase, sur tel ou tel paragraphe,
même si elle peut indiquer une éventuelle différence de densité argumentative dans le texte et
hiérarchiser les divers mouvements du texte par ordre croissant d’importance, à condition de
le justifier. Elle doit rendre compte du sens, de l’enjeu, de la problématique, de l’originalité et
éventuellement des limites du texte, et non se servir du texte comme d’un simple point de
départ pour une réflexion plus large sur un thème. L’explication ne doit pas se contenter de
broder sur le texte comme sur un motif prédonné.
3) De la paraphrase et du mot-à-mot pointilliste qui détruisent la cohérence du sens et
de l’argumentation de l’auteur, en morcelant artificiellement le texte en énoncés sans rapport
rationnel et organique les uns avec les autres. La paraphrase fait en effet voler en éclat le sens
du texte, en le réduisant à une simple juxtaposition (partes extra partes) d’énoncés extérieurs
les uns aux autres, sans lien organique les uns avec les autres. La paraphrase se contente de
redire en d’autres mots ce que l’auteur dit en ses mots propres. Elle répète autrement ce que le
texte affirme et remplace ainsi le texte par un autre texte plus long et plus mauvais. Elle
recouvre le texte, en aplanit les enjeux et les difficultés philosophiques, au lieu de les dégager,
de les mettre en lumière et de souligner la spécificité, l’originalité, du texte. Elle supprime les
aspérités du texte, au lieu de les mettre en relief. Elle ignore ce qu’il suppose en amont (ce
qu’il pré-suppose) ainsi que ce qu’il entraîne en aval, à titre de conséquences. Elle ne le
resitue pas dans son contexte dynamique immédiat et précis (par rapport aux pages qui le
précèdent) ou médiat et général (par rapport à l’ensemble de l’œuvre de l’auteur). La
paraphrase gomme les articulations du texte, au lieu de les souligner et de les justifier.
Contrairement à l’explication, elle affadit, dilue, nivelle et affaiblit l’argumentation de
l’auteur. L’explication ne doit pas se réduire à un dépeçage pointilliste du texte, visant à
donner des synonymes de chaque mot. L’explication ne doit jamais isoler les termes
conceptuels de leur contexte, du réseau qui leur donne sens, que ce réseau soit à l’échelle du
livre dont est extrait le texte ou à l’échelle de l’ensemble de l’œuvre de l’auteur. Elle doit
préserver et justifier, dans toute la mesure du possible, l’unité et la cohérence du texte, sans le
démembrer, ni le découper artificiellement en parties extérieures les unes aux autres. C’est
pourquoi, quand on annonce le « plan » du texte (en fin d’Introduction), il vaut mieux en
général parler de « mouvements » ou « moments » distincts (mais liés organiquement les uns
aux autres) que de « parties » proprement dites (sans lien entre elles) dans le texte.
II - REDACTION ET FORME DE L’EXPLICATION DE TEXTE
A - Introduction :
1) Situer et présenter le texte dans son double contexte : a) immédiat, étroit et précis (à
l’échelle microscopique du livre dont il est extrait) et b) médiat, large et général (à l’échelle
macroscopique de l’œuvre ou du système tout entier de l’auteur). Se demander : à quelle
partie (chapitre, section, paragraphe) appartient le texte. Rappeler le thème et les principales
idées directrices de la partie dont le texte est extrait. A quelle moment précis de
l’argumentation le texte intervient-il ? Quelle est sa fonction par rapport à ce qui préccède
immédiatement ? Qu’apporte le texte de nouveau par rapport aux chapitres, pages ou livres
précédents ? Que reprend-il de ce qui précède ? Que présuppose-t-il en amont de lui-même ?
En quoi ce passage est-il décisif (ou non) pour la suite ? La thèse énoncée dans le texte a-t-
elle déjà été formulée ailleurs par l’auteur ? Si oui, quelles différences ou similitudes y a-t-il
entre ces énoncés successifs (de la même thèse) ? A quels besoins répond le texte ? Qu’est-ce
qui amène l’auteur à l’écrire et qu’est-ce qui justifie son intérêt philosophique ?
2) Identifier l’idée directrice (ou les idées directrices) du texte et la formuler en une ou
deux phrases, comme un titre avec sous-titre, c’est-à-dire donner le thème, l’objet du texte (ce
dont traite l’auteur dans ce passage) et la thèse (ce que l’auteur soutient, propose ou
démontre). Se demander : s’agit-il d’un essai de définition d’un concept technique ? de la
résolution d’un problème (théorique, pratique ou autre) ? de précisions et de développements
apportés à une thèse déjà antérieurement établie ? de la démonstration nouvelle (ou ancienne)
d’une thèse ? de la critique d’un autre auteur, d’une autre œuvre ? si oui, quel est l’adversaire
(ou quels sont les adversaires) visé par l’auteur ? s’agit-il d’un philosophe, d’un livre, d’un
courant philosophique ? quel est l’enjeu de cette polémique ? cette polémique existe-elle
ailleurs, dans d’autres textes du même auteur ? si oui, avec quelles nuances par rapport à ce
texte ? Eviter les considérations générales et les lieux communs vagues (par ex. historiques,
biographiques, anecdotiques) sur l’auteur, sur son système philosophique, sur l’œuvre à
analyser ou sur l’époque, à moins qu’elles ne soient absolument nécessaires. Il est inutile par
ex. de rappeler tous les livres publiés par l’auteur avec leur date de publication. N’indiquez
que ceux qui intéressent directement le texte. Préciser la fonction, le ton et la forme du texte.
Se demander : s’agit-il d’un texte qui recherche (zététique), qui découvre (heuristique), qui
démontre, qui polémique, qui enseigne, qui annonce programmatiquement un projet, qui
conclut etc. ? Quelle est la méthode argumentative adoptée par l’auteur ? une méthode
généalogique (archéologique) ? une méthode historique (génétique et diachronique) ou
descriptive (statique et synchronique) ? une méthode analytique régressive (qui va du
conditionné donné vers sa condition de possibilité) ou synthétique progressive (qui va de la
condition au conditionné) ? une méthode a priori ou a posteriori ? une méthode apagogique ?
un raisonnement par récurrence ? un raisonnement par l’absurde ? un raisonnement par
déduction ? par induction ? par analogie (identité de rapport entre 4 termes distincts, de forme
mathématique proportionnelle : A / B = C / D) ? par extrapolation (ce qui vaut pour A vaut
pour tous les éléments de la même espèce ou classe ; ce qui vaut pour A vaut a fortiori pour
B) ? un raisonnement par antithèse ? etc. Si le texte comporte des exemples, indiquer leur
fréquence, leur importance, leur rôle, leur statut, leur registre (ontologie régionale), leur
vocabulaire. Se demander : ces exemples ont-ils un rôle anecdotique ? divertissant ?
instructif ? S’agit-il d’exemples simples (en allemand Beispiel) d’un cas particulier parmi
d’autres permettant d’illustrer une thèse générale et de montrer son application concrète à
l’expérience ? ou de modèle d’imitation exemplaire (Exempel), de norme, voire d’idéal
régulateur ?
3) Dégager la problématique et l’enjeu philosophique du texte, en classant ses
principales idées directrices et en les articulant entre elles. Se demander : quel est le prix
théorique à payer pour la solution apportée par le texte ? Quels sont les gains et les pertes
d’une telle solution ? La problématique du texte est-elle le reflet, à petite échelle, de l’une des
problématiques de l’ensemble du livre ou de l’œuvre (système) de l’auteur ? Mais
l’Introduction ne doit pas proposer d’emblée un commentaire érudit ou de détail de tel
passage du texte. Elle ne doit pas non plus expliquer préalablement tous les termes techniques
du texte, ni énoncer une opinion sur l’auteur (éloge ou critique). De manière générale,
l’explication doit rester neutre par rapport au texte et ne se prononcer ni pour, ni contre lui.
4) Enfin, dernière étape de l’Introduction, annoncer et justifier le plan détaillé du texte
(généralement en 3 ou 4 mouvements) en reconstituant sa logique argumentative propre (sa
cohérence) et en soulignant sa progressivité. Préciser, pour chaque mouvement ou moment,
de quel mot à quel mot il s’étend (ne pas numéroter les lignes du textes) et l’idée directrice (le
titre) qu’on pourrait donner à ce mouvement pour le résumer, mais sans donner encore les
solutions définitives apportées par le texte. Le plan du texte doit être le plan même de
l’explication.
B - Développement :
1) Suivre l’ordre du texte et indiquer, en début de chaque moment de l’explication, quel
mouvement du texte on analyse et quelle en est l’idée forte (le titre). L’explication est
toujours un commentaire linéaire, jamais un commentaire thématique. Expliquer et analyser
chaque phrase (ou groupe de phrases) dans l’ordre où elle se présente, sans la citer
intégralement. Il n’est pas utile de recopier tout le texte par morceaux. En revanche, il faut
citer entre guillemets les mots ou expressions remarquables qu’on analyse. Il faut donc opérer
un tri, une sélection parmi les mots et expressions du texte et n’analyser que les plus
importants. Suivre l’ordre du texte permet de ne rien oublier, mais ne signifie pas paraphraser
le texte, le reformuler avec d’autres mots.
2) Donner le sens des termes techniques dans la terminologie de l’auteur, souligner
éventuellement les glissements de sens que peuvent subir certains concepts au cours de
l’évolution de la doctrine de l’auteur. La chronologie des œuvres peut avoir une influence sur
le sens de certains mots. Quand un mot est inconnu, ambigu, ambivalent, polysémique ou
difficile, formuler plusieurs hypothèses sur son sens, en partant du sens de ce mot dans le
langage courant actuel, dans le langage courant de l’époque de l’auteur, dans d’autres oeuvres
de l’auteur ou dans des oeuvres contemporaines du texte (dictionnaires, encyclopédies,
manuels ou œuvres d’autres philosophes). Repérer les changements terminologiques d’une
œuvre à une autre, d’un livre à un autre, d’un texte à un autre à l’intérieur du même livre du
même auteur. Ne recourir à la langue originale de l’auteur que si cela est nécessaire pour
clarifier le sens d’un mot ou d’une expression : dans ce cas, indiquer entre parenthèses le
terme correspondant en allemand, en latin etc. Eviter l’érudition gratuite et inutile. Ne
rappeler l’étymologie d’un terme que ci elle vaut aussi dans la langue originale de l’auteur (ne
pas donner l’étymologie d’un terme quand celui-ci a été traduit en français). Justifier l’emploi
par l’auteur de termes étrangers, savants ou techniques. Quand il y a des notions sous-
jacentes, impliquées de manière indirecte, ou induites mais non explicitement thématisées par
l’auteur, les faire surgir par déduction et les analyser.
3) Souligner les répétitions, les mots d’articulation (donc, or, car etc.) et repérer les
champs lexicaux (les termes appartenant à une même famille sémantique ou relevant d’une
même idée). Mais toujours articuler la forme et le contenu, le style et le fond du texte. Eviter
les analyses exclusivement littéraires qui ne débouchent pas sur un sens philosophique.
4) Se référer à d’autres textes du même livre ou d’autres livres du même auteur pour
éclairer le texte, sans toutefois faire un exposé de doctrine ou un catalogue de citations.
Chaque référence extérieure au texte doit être en rapport direct avec le texte à analyser.
C - Conclusion :
1) Rappeler l’idée directrice (ou les idées directrices) du texte et la manière (méthode,
ton, forme argumentative) dont elle est exprimée ; résumer de manière synthétique l’enjeu et
la problématique du texte, récapituler les principaux acquis (démontrés) du texte. Si le texte
est conclusif, et non aporétique, livrer la solution que l’auteur y apporte au problème identifié
en Introduction (problématique qui sert de fil directeur à l’ensemble de l’explication). La
Conclusion doit en effet clore le débat, y apporter un point final, en rattachant la réponse
donnée à la question de départ en une sorte de boucle. Elle reprend succinctement les
questions essentielles et y répond selon les termes de l’auteur, s’il y a une réponse (explicite
ou implicite) dans le texte.
2) Montrer l’originalité et les limites du texte, sa force et sa faiblesse, ses éléments
positifs et négatifs. Se demander si l’auteur résout bien le problème énoncé. Si non,
pourquoi ? Quelles difficultés spéculatives rencontre-t-il ? Trouve-t-il une solution dans
d’autres textes (antérieurs, contemporains ou postérieurs) ? Quelles sont les raisons de l’échec
ou du succès du texte ? Quelle a été sa réception parmi les lecteurs contemporains ? Quelle
sera sa destinée à l’intérieur même de l’œuvre de l’auteur et, à l’échelle de l’histoire de la
philosophie, sa postérité ? A-t-il inspiré d’autres philosophes ? Si oui, l’a-t-on repris ou
critiqué, voire dépassé ? Quelle est sa filiation ? Quelles sont les réactions qu’il a entraînées ?
Prendre du recul critique par rapport au texte, adresser éventuellement à son auteur des
objections (internes ou externes à son système de pensée), mais en restant toujours prudent,
modeste et nuancé.
3) Elargir le débat, comparer le texte avec d’autres textes du même auteur ou avec des
textes d’autres auteurs (antérieurs, contemporains ou postérieurs) et ouvrir l’enjeu
problématique du texte vers d’autres enjeux problématiques proches, sans verser dans le hors-
sujet. La Conclusion doit ouvrir sur un thème qui reste en rapport direct avec le texte.