Constitutionnalisme en Afrique noire
Constitutionnalisme en Afrique noire
Supplément
2018
2 ème Sem.
EDLK
Les Editions Le Kilimandjaro
REVUE AFRICAINE DE DROIT PUBLIC
Directeur : Pr Magloire ONDOA
Comité scientifique
• Joseph OWONA • Léopold DONFACK SOCKENG +
Agrégé de droit public Agrégé de droit public et de science politique
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Douala (Cameroun)
• Magloire ONDOA • Bernard Raymond GUIMDO DONGMO
Agrégé de droit public et de science politique, Agrégé de droit public et de science politique
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
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Agrégé de droit public et de science politique Agrégé de droit public et de science politique
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Agrégé de droit public et de science politique Agrégé de droit public
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(France) • Célestin KEUTCHA TCHAPNGA+
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Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
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Agrégé de droit public et de science politique Professeur à l’Université à l’Université de Douala (Cameroun)
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Professeur à l’Université à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Agrégé de droit public
• Etienne Charles LEKENE DONFACK Maître de Conférences à l’Université de Douala (Cameroun)
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Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Comité de rédaction
• Lionel Pierre GUESSELE ISSEME • AKONO ONGBA SEDENA
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Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
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Docteur Ph/D en droit public • Patrick Henri ASSIENE NGON
Maître de Conférences à l’Université de Ngaoundéré (Cameroun) Docteur Ph/D en droit public
• Aimé DOUNIAN Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Docteur Ph/D en droit public Maître-Assistant CAMES
Chargé de cours à l’Université de Ngaoundéré (Cameroun) • Aimé Christel MBALLA ELOUNDOU
Maître-Assistant CAMES Doctorant en droit public
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Docteur Ph/D en droit public • Brice Christian ALOGO NDI
Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Doctorant en droit public
Maître-Assistant CAMES Assistant à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
R AD P
R A
evue fricaine de D P
roit ublic
POLITIQUE REDACTIONNELLE
La Revue africaine de droit public (R.A.D.P.) est une Revue juridique, qui
vise la promotion et la théorisation des droits publics africains en général,
et du droit public camerounais en particulier. Dans cette optique, elle opte
pour la valorisation des notes de jurisprudence et de la doctrine juridique. Ainsi,
elle reçoit toute contribution, ayant pour champ matériel de recherche
l’une des disciplines du droit public interne et international. Il importe peu
que ce domaine soit classique, d’ordre général ou qu’il soit spécialisé. L’ob-
jectif recherché est de démontrer, que le droit public des États africains et
celui du Cameroun présentent une originalité ; celle-ci les rend autonomes
par rapport au droit français, dont on disait à tort, qu’ils étaient une copie
conforme. L’approche méthodologique privilégie le positivisme juridique,
dans une démarche purement interne ou de droit comparé.
Sommaire
DOCTRINE JURIDIQUE
L’impôt et le temps dans les Etats d’Afrique noire francophone : 7
les cas du Benin et du Cameroun
François ABENG MESSI
Le « rabat d’arrêt » devant les juridictions administratives des Etats d’Afrique noire 33
francophone
Jean-Jacques Christian MEMONO
Les procédures législatives de fabrication des lois au Cameroun 51
Yves ESSO ATEBA
Existe-t-il un financement public des cultes au Cameroun ? 77
Walter Fredly MBEBI ENONE
La protection de l’engagement de l’Etat dans la conclusion des contrats
d’investissement : réflexion sur un rééquilibrage des rapports de force 95
dans le contentieux international de l’investissement
Estelle Carine GASSI MATAGO
3
La coordination de ce numéro de la Revue Africaine de Droit
Public a été assurée par Magloire Ondoa, Agrégé de Droit public
et de Science politique, Professeur à l’Université de Yaoundé II -
Soa (Cameroun)
Résumé
En Afrique noire, la Constitution semble être en dehors de la Constitution. En effet,
dans sa mission fondamentale d’organisation et de dévolution du pouvoir politique, la
norme fondamentale achoppe sur les problématiques sociétales telles que les crises politiques
qui l’ont dévoyée, conduisant ainsi à l’émergence d’un constitutionnalisme alternatif, d’une
para-constitutionnalité. Qui plus est, combiné à l’évanescence du constitutionnalisme clas-
sique, l’on est désormais en présence d’un constitutionnalisme bidimensionnel, d’un droit
constitutionnel en dehors du droit constitutionnel. Ainsi, ce constitutionnalisme africain
« mal parti » se doit de redorer son blason à l’effet d’apporter des solutions efficaces aux
crises politiques, car tout compte fait, la constitution est une norme sociétale, et donc, des-
tinée à la résolution des problèmes sociétaux lorsqu’ils se posent.
Mots-clés
Constitution, Droit constitutionnel, nouveau constitutionnalisme africain, accord politique,
para-constitutionnalité, pouvoir constituant, pouvoirs constitués, pratique constitutionnelle,
Etat en crise, convention de constitution.
Abstract
In black Africa, the Constitution seems to be outside the Constitution. Indeed, in its
fundamental mission of organization and devolution of political power, the fundamental
norm stumbles on the societal problems such as the political crises which misled it, leading
to the emergence of an alternative constitutionalism, of a para-constitutionality. What
is more, combined with the evanescence of classical constitutionalism, we are now faced
with a two-dimensional constitutionalism, a constitutional right outside constitutional
law. Thus, this African constitutionalism "bad party" must improve its coat of arms to
provide effective solutions to political crises, because all in all, the constitution is a societal
norm, and therefore, for the resolution of problems societal issues when they arise.
Keywords
Constitution, Constitutional law, new African constitutionalism, political agreement,
para-constitutionality, constituent power, constituted powers, constitutional practice, state
in crisis, constitution convention.
230
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
231
Michard Beriot EKELLE NGONDI
5
GODINEC (P-F), Les systèmes politiques africains, dans les pays d’Afrique noire: cohérences et inco-
Paris, librairie générale de droit et de hérences », Revue Française de Droit Constitutionnel,
jurisprudence, 1974, Tome II, p.80. Vol.2, n°90, 2012, p.15.
6
DUBOIS (L.), « Le régime présidentiel dans les 8
FAURE (Y-A), « Les constitutions et l’exercice
nouvelles constitutions des Etats d’expression du pouvoir en Afrique noire: pour une lecture
française » Penant, 1962, p. 218 et suiv. différente des textes », opcit, p.35.
7
DOSSO(K), « Les pratiques constitutionnelles
232
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
tionnel9. En effet, les doutes les plus cri- l’absence d’élection présidentielle, la
tiques sont exprimés sur la capacité de constitution en vigueur12 est mise en
l’Afrique noire à se « constitution- sommeil tandis que recours est fait à un
naliser »10 face à la recrudescence des accord politique dit « accord de la saint-syl-
crises sociétales qui ont cours sur le vestre »13 pour servir primo de base
continent (crises post-électorales, coups juridique et politique pour la période de
d’Etats, conflits ethno-communautaires, transition devant aboutir à l’organisation
atteintes persistantes aux droits de de nouvelles élections et secundo de base
l’homme). Régulièrement violées par les d’organisation et de partage du pouvoir
gouvernants qui en font recours en toute politique entre la majorité et l’opposition.
régularité formelle, les constitutions en Sur cette base, on s’autorisera même à
Afrique en viennent à ne plus remplir avancer que le recours à la constitution
leurs fonctions d’organisation, de limita- dans l’organisation, la gestion et la trans-
tion et de dévolution du pouvoir11. mission du pouvoir en Afrique noire est
Conséquence, il est fait appel dans les devenu une situation tout à fait excep-
processus de sortie de crises et de tionnelle ; la para-constitutionnalité revê-
conflits, à de nouveaux paradigmes tant progressivement les habits de la
constitutionnels : c’est donc comme cela normalité. Les pays comme le
qu’on aurait un droit constitutionnel en Zimbabwe, le Burundi, Madagascar, la
dehors de la constitution et donc un droit Côte d’ivoire, la RDC et tutti quanti sont
constitutionnel en dehors du droit secoués par de nombreuses crises avec
constitutionnel. leurs cortèges d’arrangements et
L’exemple actuel de la République Dé- d’accords politiques se substituant
mocratique du Congo(RDC) est topique parfois à la constitution.
dans la mesure où face à une crise poli- Dès lors, prenant pour guide l’analyse
tique et institutionnelle liée à la fin(et sur- du professeur Du bois de Gaudusson,
tout au non renouvellement) des l’on peut s’inquiéter et s’interroger avec
mandats des principaux pouvoirs consti- lui : la constitution gouverne-t-elle encore
tués (exécutif et législatif), et notamment l’organisation et dévolution du pouvoir
9
DU BOIS DE GAUDUSSON (J), «Les tabous 11
GODINEC (P-F), « A quoi servent les consti-
du constitutionnalisme en Afrique. Introduction tutions africaines ? Réflexion sur le constitution-
thématique », in Afrique contemporaine, Vol.2, nalisme africain », RJPIC, octobre-décembre
n°242, 2012, pp53-58 1988, n°4, p.849
10
Ibid. p.55. Se « constitutionnaliser » signifie non 12
Constitution du 18 février 2006
seulement être dotée de textes fondamentaux et 13
L’accord de la saint-sylvestre signé le 31 décem-
d’institutions gouvernantes mais aussi, et c’est le bre 2016 est un accord politique entre la majorité
véritable sens du « constitutionnalisme », de voir présidentielle regroupant les partis au pouvoir et
son pouvoir politique limité dans son le Rassemblement, réunissant une très large co-
organisation, dans son fonctionnement, dans sa alition des partis de l’opposition politique autour
dévolution par la lettre et l’esprit des constitutions de l’opposant historique, Etienne Tshisekedi,
écrites pour assurer le respect des principes de la grâce à la médiation des évêques catholiques
démocratie libérale et pluraliste ainsi que les droits congolais.
fondamentaux et libertés publiques.
233
Michard Beriot EKELLE NGONDI
234
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
invasion des accords politiques dans le Selon une définition esquissée par le
champ constitutionnel (1). Toutefois, professeur ATANGANA AMOUGOU,
malgré le succès plus ou moins probants un accord politique s’entend de : « tout ac-
de ces instruments, il ne faut pas en cord conclu entre les protagonistes d’une crise po-
inférer qu’il s’agit là d’une remise en litique interne ayant pour but de la résorber,
cause frontale de la norme constitution- quelque soit sa dénomination »19. De manière
nelle, et partant, de la pyramide kelsen- simpliste, il s’agit d’un arrangement ou
nienne des normes qui est la pierre d’un compromis entre les acteurs d’une
angulaire qui sous-tend la construction crise politique (opposition et parti au
de tout ordre juridique (2). pouvoir ou entre régime en place et ré-
bellion), conclu généralement sous
1. L’invasion des accords politiques dans le
champ constitutionnel l’égide de la communauté internationale
(Nations Unies, Union Africaine, CE-
L’Afrique noire connait depuis deux DEAO, OIF, etc.). Ils visent à réadapter
décennies une multiplication des foyers le fonctionnement des différents
de tension (ruptures de légalité constitu- pouvoirs aux intérêts et aux forces en
tionnelle, contestation des présence du moins, jusqu’à l’organisation
gouvernements établis etc..) qui trahirait des élections20.
presque l’insuffisance voire l’inaptitude
Si le débat sur la nature juridique de
de son « nouveau constitutionnalisme »
ces actes est irrémédiablement marqué
à encadrer durablement les conflits poli-
du sceau de la discorde, on ne saurait
tiques18. De là, il semble acquis que pour
toutefois logiquement leur denier un ob-
juguler ces crises, la mobilisation des res-
jectif juridique ayant vocation à fixer le
sources complètement étrangères à la
statut et l’organisation du pouvoir
constitution parait inévitable. Autant les-
d’Etat21. De ce point de vue, on ne peut
dits foyers de tension sont d’origine di-
leur dénier une portée matériellement
verse et variée, autant les mécanismes
constitutionnelle. En effet, les accords
extraconstitutionnels appelés au secours
politiques, à côté ou parallèlement à la
sont nombreux et diversifiés. Tout
Constitution, informent, aujourd’hui sur
compte fait, ces procédés conduisent à
le fonctionnement des pouvoirs publics
l`adoption d’une feuille de route, d’un en-
constitutionnels22. A titre d’exemple, l’ac-
semble de principes et de recommanda-
cord de Linas Marcoussis du 23 janvier
tions dont la mise en œuvre conduirait à
2003 et la charte de transition de Mada-
apaiser les tensions et, à terme, à rétablir
gascar de 2009 organisent chacun le
l’ordre. C’est du moins ce qu’on appelle-
statut et l’exercice du pouvoir exécutif23.
rait un « accord politique».
18
KEUTCHATCHAPNGA (C.), opcit, p.23 Droit prospectif, vol 30, n°110, 2005, p.2504
19
ATANGANA AMOUGOU (J-L), « les ac- 21
DOSSO(K), « les pratiques constitutionnelles
cords de paix dans l’ordre juridique en Afrique », dans les pays d’Afrique noire: cohérences et inco-
in RRJ-Droit prospectif, 2008, n°3, p.1723 hérences », opcit, p. 18
20
KPODAR(A), « Politique et ordre juridique : 22
Idem
les problèmes constitutionnels posés par l’Accord 23
L’accord de Linas-Marcoussis, fixe à la fois le
de Linas-Marcoussis du 23 janvier 2003 », in RRJ- statut du Premier ministre et ses rapports avec le
235
Michard Beriot EKELLE NGONDI
A l’évidence, Ces accords politiques à ainsi qu’à d’autres compromis pour sortir
contenu juridique portant sur le système des crises nées de leurs antagonismes. De
constitutionnel24semblent avoir trouvé en là, il apparait que le recours à ce droit spé-
Afrique noire un terreau on ne peut plus cifique de sortie de crise, qui est un
favorable compte tenu de la dosage subtil et variable de légalité, de re-
multiplication des crises politiques et de cours au droit et de la négociation poli-
leur relative efficacité. En effet, plusieurs tique26, n’est pas sans entrainer des
pays dont le Liberia en 1993 et 2003, la conséquences sur le droit de la constitu-
Sierra Leone en 1999, la Cote d’ivoire tion lui-même, et partant, de la hiérar-
entre 2003 et 2007 , le Burundi en 2000, chie(pyramide) des normes juridiques.
le Togo en 1999 et 2006, le Soudan en Ontologiquement, le texte constitu-
2005, le Rwanda en 1993, Madagascar en tionnel regorge deux caractéristiques
1991 et 2010, le Zimbabwe en 2008, le (pour le moins cumulatives) que sont la
Mali en 2012, la République Démocra- suprématie et l’exclusivité27. La
tique du Congo(RDC) en 2002 et 2016, suprématie de la constitution postule que
ont dû recourir à ces accords pour celle-ci est la norme première, celle à la-
juguler des crises nées des conflits poli- quelle doivent naturellement se
tiques auxquels les constitutions en vi- soumettre toutes les autres normes pour
gueur n’ont pu offrir des éléments être valides, d’où la nécessité de faire in-
efficaces de régulation ou de résolution. tervenir le juge constitutionnel pour en
A priori, il ne fait aucun doute que les garantir le respect. Quant à l’exclusivité,
accords politiques sont devenus un impé- elle prescrit que la constitution seule régit
ratif presque axiologique dans la résolution le pouvoir politique dans l’Etat, son ac-
des crises au sein de l’Etat25. Mais en réalité,
quisition, son exercice et sa transmission.
le « succès » des arrangements politiques Ces attributs placent inexorablement la
pose le problème fondamental de leur co- constitution au sommet de la hiérarchie
habitation avec la constitution ; ce qui n’estdes normes d’où « elle trace les principes,
pas sans susciter un certain malaise. les directions, les limites pour le contenu
des lois à venir »28.
2. Les accords politiques au révélateur de la
constitution Or, passés au révélateur de la constitu-
tion, les accords politiques sont manifes-
Les acteurs politiques africains recou-
tement en porte-à-faux avec cette
rent assez fréquemment à des accords
Président de la République. Dans le cas de Mada- cain, Mémoire DEA, Université de Lomé, 2008,
gascar, c’est un exécutif désormais hétéroclite p.9.
avec l’institution d’un conseil présidentiel 26
DU BOIS DE GAUDUSSON (J), « L’Accord
composé de deux postes de co-président de la de Marcoussis, entre droit et politique », [Link].,
transition. p.47.
24
DU BOIS DE GAUDUSSON (J), « L’Accord 27
FAVOREU (L.), Droit constitutionnel, Paris,
de Marcoussis, entre droit et politique », Afrique Dalloz, 1998, p.141
contemporaine, n°206, 2003, pp. 41-55. 28
EISENMANN(Ch.), La justice constitutionnelle et
25
BARBAKOUA (P.), La constitution à l’épreuve des la haute cour constitutionnelle d’Autriche, Paris, 1986,
accords politiques dans le nouveau constitutionnalisme afri- Economica, p.205.
236
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
29
A titre d’exemple, en réduisant les prérogatives duction constitutionnelle en situation de crise : les
présidentielles au profit du premier ministre, l’ac- cas du Rwanda et du Burundi », in La création du
cord de Marcoussis du 23 janvier 2003 vide de sa droit en Afrique, D. DARBON et J. du Bois DE
substance la formule de l’article 41 de la Consti- GAUDUSSON (dir.), Karthala, 1997, p. 292-
tution Ivoirienne du 1er Aout 2000 selon laquelle 307.
le président de la République est «le détenteur ex- 31
Cas du Burundi.
clusif du pouvoir exécutif». 32
Cas de Madagascar.
30
Voir sur ce point REYNTJENS(F), « La pro-
237
Michard Beriot EKELLE NGONDI
33
MAMBO(P), « Les rapports entre la constitu- 36
AIVO (F.J), « La crise de normativité de la
tion et les accords politiques dans les États afri- Constitution en Afrique », opcit, p.156.
cains : Réflexion sur la légalité constitutionnelle 37
BIKORO MERMOZ(J), Le temps dans le droit
en période de crise ». in Revue de droit McGill, Vol constitutionnel africain : le cas des Etats africains d’expres-
4, n°57, pp 921–952. sion française, thèse de doctorat Ph.d, université de
34
SIEYES(E), Qu’-est ce que le tiers-Etat ?, édition Yaoundé II soa, 2017, p.10.
critique avec une introduction et des notes de Ro- 38
KAMTO(M.), “ les conférences nationales afri-
berto ZAPPERI, Genève, Libraire Droz, 1970, caines ou la création révolutionnaire des consti-
p.180-181. tutions”, in Dominique Darbon et Jean Du bois
35
MOUTON(S), « l’apport de la théorie du pou- de Gaudusson(dir.). La création du droit en Afrique.
voir constituant de Condorcet dans le droit Paris, Karthala, 1997, pp 177-195.
constitutionnel contemporain », VIIIe congrès 39
GUINCHARD(S.) et DEBARD (Th.), Lexique
nation de l’AFDC : la circulation du droit consti- des termes juridiques, 25e édition, opcit, p.1836.
tutionnel, Nancy, Juin 2011, p.7.
238
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
40
AIVO (F.J), « La crise de normativité de la nales en Afrique noire- une affaire à suivre, Karthala,
Constitution en Afrique », opcit, p.153. 1993, p.65-67.
41
BOLLE(S),« Des constitutions « made in » 44
Voir discours du président Mathieu KERE-
Afrique », Communication au VI° Congrès Français de KOU à l’’ouverture de la conférence nationale du
Droit Constitutionnel, Montpellier, 9, 10 et 11 juin Benin du 19 février 1990.
2005, p.9. 45
Benin, Congo, Niger, Togo, au Zaïre et Tchad
42
GUEYE(B), « La démocratie en Afrique : suc- 46
DOSSO(K), « les pratiques constitutionnelles
cès et résistances » Revue Pouvoirs, Vol 2, n°129, dans les pays d’Afrique noire: cohérences et inco-
2009, pp 5-26. hérences », opcit, p. 14.
43
EBOUSSI BOULAGA(F), Les conférences natio-
239
Michard Beriot EKELLE NGONDI
240
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
241
Michard Beriot EKELLE NGONDI
242
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
65
MILHAT(C), « Le constitutionnalisme en du pouvoir en Afrique noire : pour une lecture
Afrique francophone, variations hétérodoxes sur différente des textes », opcit, p.47
un requiem », VIe Congrès français de Droit 67
KEUTCHA TCHAPNGA (C.), « Droit
constitutionnel, Atelier 7, constitutionnalisme : un constitutionnel et conflits politiques dans les
produit d’exportation, Montpellier 9, 10, 11, Etats francophones d’Afrique noire », opcit, p.6
juin 2005, p. 4 ([Link]/ 68
PIERRE-CAPS(S.), « l’esprit des constitutions »,
congresmtp/[Link]) consulté le 2 octo- Mélanges en l’honneur de Pierre PACTET, Paris,
bre 2018. Dalloz, 2003.
66
FAURE (Y-A), «Les constitutions et l’exercice
243
Michard Beriot EKELLE NGONDI
gique de la constitution »69, ou encore « sou- finie comme un acte régulier en soi ac-
bassement idéologique »70 voire même « consti- compli dans l’intention d’éluder une loi
tution sociale »71, ce socle matriciel sur impérative ou presque prohibitive et, qui
lequel repose chaque constitution fixe le pour cette raison est frappé d’inefficacité
sens de la norme constitutionnelle, il est par la loi75. Sur cette base, la fraude à la
au cœur de la politique jurisprudentielle constitution est un acte constitutionnel
de l’interprétation, facilite la compréhen- formellement régulier, accompli en vue
sion du phénomène constitutionnel, en d’éluder une disposition de la
un mot, il oriente la constitution. Il im- constitution. L’acte, en apparence légale
prègne subrepticement tous les aspects est en soi conforme à la lettre de la
de la vie politique et surtout la mise en constitution, mais en contrarie son
place de l’armature institutionnelle de fond76. Dès lors, les « infidèles » c’est-à-
l’Etat72. Il peut survivre même lorsque le dire ceux qui ne respectent pas la consti-
texte constitutionnel s’effondre. Lorsqu’il tution (du moins son fond) commettent
est dévoyé, on parle de fraude. un crime analogue au « crime de lèse-
La fraude à la constitution est selon le majesté » comme on aurait dit sous la ré-
professeur Séni MAHAMADOU volution, ou si l’on veut, un crime de
OUEDRAOGO, l’expression de « la ruse « lèse-constitution »77.
politique des gouvernants»73. Leurs actes sont Appliquée au contexte africain, on
difficiles à dénoncer, voire à sanctionner peut penser qu’à coté de la constitution-
dans la mesure où ils sont conformes aux nalisation des droits fondamentaux et du
règles et aux procédures, échappant ainsi pluralisme politique, la rationalisation de
aux griefs de l’illégalité. Il s’agit d’un uni- la prééminence institutionnelle du chef
vers où les travers du constitutionnalisme de l’Etat et la limitation du nombre de
se nourrissent du droit. mandats présidentiels comptaient parmi
C’est à Georges LIET-VAUX que l’on les finalités majeures du nouveau consti-
doit la théorie de la fraude à la constitu- tutionnalisme amorcé par les
tion74. Ce dernier propose une définition constituants africains au début des
de la fraude à la constitution adossée sur années 199078. A ce titre, ces objectifs
celle de la fraude à la loi. Celle-ci étant dé- désormais pourvus de charge normative
69
Idem. francophone, Thèse de doctorat en droit, Université
70
ONDOA(M.), « La constitution duale : re- Montesquieu-Bordeaux IV, 2011, p.11
cherches sur les dispositions constitutionnelles 74
LIET-VAUX (G.), « la fraude à la constitution :
transitoires au Cameroun », RASJ, vol 12, essai d’une analyse juridique des révolutions com-
Yaoundé, 2000, p.26. munautaires récentes : Italie, Allemagne, France »,
71
CHEVRIER(M), « trois vision de la RDP, 1943, pp 116-150
constitution et du constitutionnalisme contem- 75
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, 2008, p.430
porain », RQDC, n°2, 2008 76
MAHAMADOU OUEDRAOGO(S.), La lutte
72
KONTCHOU KUOMEGNI(A), « le droit contre la fraude à la constitution en Afrique noire franco-
public camerounais, instrument de construction phone, [Link]., p.16
de l’unité nationale », RJPIC, n°4, oct-dec 1979, 77
BEAUD (O.), La puissance de l’Etat, [Link]., p.258
p.416 78
AIVO (F-J), « La crise de la normativité de la
73
MAHAMADOU OUEDRAOGO(S.), La constitution en Afrique », [Link]., p.6
lutte contre la fraude à la constitution en Afrique noire
244
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
245
Michard Beriot EKELLE NGONDI
toire86) qui renvoie aux règles contenues « transitoire définitif ». À la vérité, cette
dans la constitution qui gouvernent la imprécision est davantage rédhibitoire
succession temporelle des normes87. lorsque l’on passe comme en contexte
A travers ce droit transitoire constitu- africain, d’une idéologie constitutionnelle
tionnel, c’est un point saillant de la autocratique à une autre plus beaucoup
théorie juridique qui est mis en selle à sa- plus libérale.
voir : l’entrée en vigueur. Traditionnelle- La constitution en vigueur au Came-
ment, l’entrée en vigueur désigne « la date roun (loi n°96-06 portant révision de la
à partir de laquelle une loi ou un règlement s’im- constitution du 02 juin 1972) est symp-
pose au respect de tous »88. Au plan formel, le tomatique de cet état de fait dans la me-
texte est réputé entrer en vigueur dès sa sure où, non seulement elle crée des
publication. Cette conception qui a cours institutions qui tardent encore à voir le
dans la plupart des sphères du droit et jour (Haute Cour de Justice, La région
notamment en droit administratif, pré- comme CTD), mais aussi, à travers on
sente toutefois l’inconvénient de négliger article 68, elle consacre la survivance de
les besoins de l’application. Elle est par l’ancien ordre constitutionnel fédéral91.
conséquent condamnée à demeurer Généré par le droit transitoire, ce clair-
théorique et inadaptée à la problématique obscur qui entoure l’effectivité du texte
du droit constitutionnel de la succession constitutionnel pousse à l’interrogation
des constitutions où « l’application et l’effa- quant’ au droit constitutionnel applicable
cement de l’ordre juridique ancien se produisent ou appliqué. Il met à l’épreuve la sécurité
progressivement»89. De la sorte, entre la pro- juridique des citoyens qui identifieront
mulgation de la constitution et son entrée difficilement le texte juridique opposable
en vigueur effective, il s’écoule une pé- et invocable par eux. De là, les normes
riode transitoire ou délai de vacatio legis90. transitoires constitutionnelles favorisent
Ledit délai (souvent court) nécessaire à la l’émergence des constitutions janus qui,
mise en place des institutions nouvelle- à l’instar du dieu romain, font coexister
ment créées après la publication du texte deux ordres constitutionnels, ce qui
constitutionnel est ici tout à fait compré- conduit à l’édiction d’un droit constitu-
hensible. Par contre, il l’est beaucoup tionnel aléatoire. Le texte constitutionnel
moins lorsque l’imprécision de la norme n’en sort alors que plus vulnérable.
différant l’entrée en vigueur effective,
semble offrir un fondement juridique à B. La vulnérabilité la norme
l’inaction des gouvernants, ou encore constitutionnelle
lorsque l’entrée en vigueur effective n’est Les constitutions en Afrique noire
soumise à aucune contrainte de temps à francophone sont nimbées de paradoxes,
telle enseigne que l’on débouche sur un
88
GUINCHARD(S.) et DEBARD (Th.), Lexique transitoires au Cameroun », [Link]., p.22
des termes juridiques, opcit, p.887 90
Idem
89
ONDOA(M.), « La constitution duale : re- 91
Voir article 68 de la constitution du Cameroun
cherches sur les dispositions constitutionnelles
246
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
247
Michard Beriot EKELLE NGONDI
96
Voir article 50 de la constitution du Cameroun, constitution.
les articles 123 alinéa 1 et 2 de la constitution du 99
GOZLER(K), Le pouvoir de révision
Benin, l’article 92 alinéa 2 de la constitution du constitutionnelle, thèse de doctorat en droit,
Sénégal. Université MONTESQUIEU-BORDEAUX
97
GUINCHARD(S.) et DEBARD (Th.), Lexique IV, 1996, p.51.
des termes juridiques, opcit, p.236 100
Dans cette décision, le conseil s’est déclaré in-
98
Toutefois, des pays comme le Mali ou encore compétent pour contrôler la constitutionnalité
le Benin (avec la jurisprudence ‘’CONSENSUS des lois adoptées par le peuple à la suite d’un re-
NATIONAL’’) connaissent déjà le contrôles de ferendum.
constitutionnalité des lois portant révision de la
248
Le droit constitutionnel en dehors du droit constitutionnel : réflexion sur le constitutionnalisme en Afrique noire
101
Ils se distinguent notamment par la création de constitution en Afrique », opcit, p.4
principes à valeur constitutionnelle(Benin), l’auto- 103
MENY(Y), « Les conventions de
habilitation à contrôler la constitutionnalité des constitution », Pouvoirs, n°50, 1989, pp 53-68
textes en cas d’absence de compétence attribuée 104
Deux régimes politiques de type présidentiel
ou refusée expressis verbis(Mali), l’opposition aux (la nature du régime congolais ayant toutefois
révisions frauduleuses de la constitution(Niger). changée depuis la révision constitutionnelle du 6
102
AIVO (F-J), « La crise de la normativité de la novembre 2015).
249
Michard Beriot EKELLE NGONDI
105
ATANGANA AMOUGOU (J-L), « les révi- 107
Un peuple a toujours le droit de revoir, de ré-
sions constitutionnelles dans le nouveau consti- former et de changer sa constitution. Une géné-
tutionnalisme africain », in Politea, n°7, printemps ration ne peut assujettir à ses lois les générations
2007, pp 583-682. futures.
106
MELEDJE (F-D), « les révisions constitution- 108
AIVO (F-J), « La crise de la normativité de la
nelles dans les Etats africains francophones. Es- constitution en Afrique », [Link]., p.5.
quisse de bilan », RDP, 1992, n°1, p.113. 109
Idem.
250
Protocole de rédaction