Le Doute
14 Novembre 2013 , Rédigé par Geneviève CIV\ Publié dans #Planches
ARISTOTE dit : « l’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit » Dès que la conscience
est apparue chez l’homme, le doute est né. Nous connaissons tous très bien pour l'avoir
pratiqué: le doute ordinaire qui est l'expression d'un sentiment d'incertitude. Le doute est à
l’origine des questions les plus essentielles de la vie, fondamentales mêmes : qui suis-je ?
Mais aussi de la mort : ou vais-je, qu’y a-t-il maintenant ? De la Connaissance : Que sais-je ?
Questions sans réponses, interrogations de toute une vie !
Doute (du latin dubium, dont la racine est duo), état de l'esprit qui ne se sent pas assez
éclairé pour porter un jugement et prononcer entre deux choses. Le doute est
particulièrement un fait de l'intelligence et indépendant de la volonté; aussi, quoiqu'il
semble identique avec le scepticisme, il en diffère puisque ce dernier consiste à examiner, à
considérer le pour et le contre, alors que le doute est souvent le résultat d'un examen qui
n'a pas donné la lumière. Le doute examine, critique, vérifie et nous empêche de verser dans
une crédulité aveugle et fanatique, la Franc-maçonnerie n’a-t-elle pas le même rôle, nos
travaux en Loge ne sont ils pas faits pour nous faire réfléchir pour nous faire douter de nos
certitudes, les questions de nos frères ne sont elles pas là pour nous obliger à aller plus loin,
car le doute fait avancer en nous obligeant à aller plus profond au coeur de nos
connaissances ou de nos pensées. Si les meilleures planches n’apportent pas de solution,
elles sont là pour nous faire réfléchir, essayer d’aller plus loin dans la pensée de l’autre. Dès
le début, dans le cabinet de réflexion on s’interroge et on doute : pourquoi suis-je là, qu’est
ce que je cherche, la Franc-maçonnerie va t’elle m’apporter les réponses aux questions que
je me pose ? Et bien non ! A mon avis, la franc-maçonnerie n’est pas là pour cela, elle
n’apporte pas de réponses, elle permet de se poser les bonnes questions et de douter d’un
certain nombre de certitudes. Toujours dans le cabinet de réflexion les phrases et les
symboles sont là pour te dire : « Connais toi toi-même » et là on commence à douter ! Suis-
je apte, ai-je assez réfléchi me suis-je assez posé de question, serai-je capable ?
Alain dans ses propos dit : « Quand un homme doute au sujet de ses propres entreprises, il
craint toujours trois choses : les autres hommes, la nécessité extérieure, et lui-même. Or
c'est de lui même qu'il doit s'assurer d'abord ; car, qui doute s'il sautera le fossé, par ce seul
doute il y tombe. Vouloir sans croire que l'on saura vouloir, sans se faire à soi-même un
grand serment, sans prendre, comme dit Descartes, la résolution de ne jamais manquer de
libre arbitre, ce n'est point vouloir ». La pensée implique le doute. Elle a pour fonction, en
effet, d'éprouver la vérité de faits, de récits ou de doctrines; sa tâche est d'examiner
l'exactitude d'opinions, d'idées ou d'affirmations. Pour cela, elle doit les mettre en question.
Descartes nous fournit un exemple célèbre de cette démarche de la pensée dans son
Discours de la méthode; il décide de douter de tout afin de découvrir quelque chose qui soit
incontestable. On peut donc dire que le doute est bénéfique quand il n’empêche pas d’agir,
mais qu’il permet de réfléchir. Il y a des moments ou le doute peut s’avérer nocif,
dangereux, c’est dans toutes les situations qui nécessitent une réponse immédiate, prenons
l’exemple d’un pilote de course automobile : il faut qu’il soit sur de lui, il n’a pas le temps de
douter. On peut donc dire que le doute doit nous permettre de réfléchir sans nous empêcher
d’agir, il en est de même de nos travaux en loges qui nous font approfondir les sujets mais
jamais ne nous empêchent de faire quelque chose. Thèse et anti-thèse : le doute est
bénéfique ! Oui, mais ! Trop de doute ne risque t’il pas de vous amener à l’immobilisme ou à
l’inertie. Le doute peut même devenir une maladie mentale. De même, l’argument « prouve
ta preuve » est trompeur. Mieux vaut juger la connaissance à ses fruits que d’exiger une
certitude absolue sur toutes choses dès le départ. On apprend à nager en nageant, pas en
restant sur le bord pour se demander s’il est possible de nager. La valeur de la connaissance
ne se prouve pas, elle s’éprouve et elle s’éprouve d'abord dans une prise de conscience qui
est un passage de l’implicite à l’explicite.
On peut également parler du doute scientifique qui fit son apparition avec les philosophes,
les mathématiciens et les physiciens. Ils révolutionnèrent des concepts que certains, comme
l’Église, avaient intérêt à maintenir tels qu’ils avaient été considérés des siècles auparavant.
C’est après le jugement de Galilée en 1633, pour avoir remis en cause le principe de la Terre
comme étant le centre de l’univers défini et pour avoir été le déclencheur de tout un
bouleversement idéologique, que Descartes rendit compte des erreurs que les certitudes
engendrent dans les esprits. Contrairement aux sceptiques, il n’utilisa pas le doute pour
douter mais mit en place une méthode radicale, excessive mais uniquement dans une phase
temporaire, dans le but de se dégager du doute, et de le faire évoluer. C’est l’apparition du
doute cartésien. Le doute scientifique s’applique donc aux choses démontrables, auxquelles
on peut trouver une réponse plus ou moins vérifiable.
Douter, c’est admettre que l’on peut se tromper et être trompé par nos sens ou par nos
propres pensées. On peut prendre l’exemple des illusions d’optiques ou même des rêves
comme le fait René Descartes. Dans ces instants, on ne doute pas que ce que l’on croit vrai
n’est pas la vérité alors que notre jugement est leurré. Refuser le doute, c’est se fermer à
l’éventualité que la réalité puisse être différente et donc risquer de se tromper.
Il existe le doute suspensif et provisoire, a la suite duquel l'esprit ajourne son jugement; il
prend le temps de chercher l'évidence, qui lui donne la certitude. Descartes en a fait la règle
de sa méthode; c'est le doute méthodique ou philosophique. Ainsi considéré, le doute est
utile et même inévitable, puisqu'il n'est pas donné à l'humain d'arriver sans efforts à la
vérité. Il arrive que nous soyons pris de vertiges lorsque nous pensons à notre vie: avons-
nous su faire les bons choix ? Les principes que nous avons voulu respecter, défendre et
concrétiser en valent-ils vraiment la peine ? Nos croyances, nos valeurs ne sont-elles pas des
illusions dont nous sommes les victimes ? Le monde, la vie et l'histoire ne sont-ils pas
parfaitement et totalement absurdes, comme l'ont suggéré les écrivains existentialistes
d’après-guerre ? Cette angoisse existentielle se trouve dans le Nouveau Testament. Elle saisit
les disciples quand la tempête menace d'engloutir leur barque. Elle s'empare des amis de
Jésus quand, le vendredi saint, leur cause semble définitivement perdue. Jésus lui-même la
découvre quand il s'écrie sur la Croix: "mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"
Habituellement on considère que le doute va contre la foi. Un véritable croyant, pense t-on,
est inaccessible au doute, et celui qui doute n’a pas véritablement la foi. On trouve, par
exemple, cette opinion chez Calvin insistant sur l’assurance inébranlable du chrétien qui,
selon lui, ne doit éprouver ni peurs, ni angoisses parce qu’il se sait gardé par Dieu. Le fidèle a
des certitudes absolues et une confiance totale, il est sûr de ce qu’il croit, sûr de son destin
et de son salut, et surtout sûr de son Dieu. Mais n’est ce pas de telles certitudes qui ont
amené Marx à dire que « la religion est l’opium du peuple » ?
Parlons maintenant d’une forme de doute beaucoup moins connue qui est le doute
agnostique. L’agnosticisme est une philosophie qui déclare l’absolu, le divin et plus
généralement ce qui ne peut-être appréhendé par l’expérience, inaccessible à l’esprit
humain et à la perception. En conséquence, l’existence de Dieu ne peut être prouvé. Dans ce
cas, le doute ne porte pas sur l’existence de Dieu mais sur la validité de la question. Le
principal argument des agnostiques est celui de la sagesse. Pour eux les questions
existentielles telles « L’univers a-t-il un sens ? » , « D’où vient l’homme ? » , « Quelle est sa
destinée ? » ne peuvent avoir de réponses dans les religions car elles sont inaccessibles. La
théologie et la métaphysique ne peuvent prouver l’existence de Dieu, la science ne peut
prouver son inexistence. La position la plus sage consiste à reconnaître qu’on ne sait pas si
Dieu existe ou pas et, en conséquence, de respecter les croyances et opinions de chacun.
Cette position est parfois critiquée aussi bien par les croyants que par les athées : « Les
agnostique ne se mouillent pas ! » « Ils ne prennent pas position » « Ils sont indécis » Peut-
on leur reprocher de ne pouvoir ou vouloir opter ? De quel droit pourrait –on leur reprocher
de ne pas prendre position ? Le doute est une des formes de solutions possibles à un
problème. Dans ces « Propos sur l’éducation » Alain a dit : « Le doute n’est pas au-dessous
du savoir, mais au-dessus ». L’Inquisition ne doutait pas de détenir la vérité et au nom de la
religion ils ont tué sans état d’âme, quand on pense à Simon de Montfort lors de la Croisade
des Albigeois disant : « tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Pas de doute, lui ne
doutait pas de détenir la vérité. Des exemples similaires, d’hommes, de dictateurs qui ont
perpétué des massacres sans douter un seul instant d’avoir raison, on pourrait en citer des
centaines, nous les connaissons tous et l’histoire les a jugés ou les jugera. Il ne faut pas
confondre doute et scepticisme : Le sceptique (qui a été dépeint avec talent et de manière
séduisante par Montaigne et par Anatole France) ne prend rien au sérieux; il voit dans la vie
un jeu, où tout n'est qu'apparence et illusion. A ses yeux, c'est une entreprise vaine que de
lutter pour la justice, de s'interroger sur la vérité, ou de chercher quel sens a l'existence. Il se
laisse porter par les circonstances; il vit au gré ses événements; il va vers le plus facile, il n'a
aucune conviction profonde. Pilate se comporte vraisemblablement en sceptique lorsque, au
cours du procès de Jésus, il demande: "qu'est-ce que la vérité ?". Très probablement, cette
phrase signifie: "à quoi bon se préoccuper de la vérité ? De toutes façons, elle nous échappe;
nous ne pouvons pas la connaître.
Dans le bouddhisme et d’autres philosophies orientales, le doute est une part importante du
travail de réflexion. Il est considéré comme nécessaire pour élever sa conscience. Les
apparentes certitudes sont reconsidérées et l’on réfléchit aux significations de la vie. En
effet, on trouve, dans ces raisonnements, l’idée que les perceptions que l’on a de ce que l’on
croit être la vie sont illusoires ou ne sont qu’une très petite partie de la réalité. Dans ce cas
là, il devient primordial de développer une capacité d’amener le doute vers des
considérations qui sont moins évidentes et parfois difficiles à comprendre ou à accepter.
Mais revenons à la franc-maçonnerie :
Les pas de l'Apprenti sont prudents, hésitants et dirigés vers l'Orient. Dans le grade de
Compagnon, s'ils sont faits dans la même direction, ils apparaissent cependant plus fermes,
plus hardis et expriment la volonté d'obtenir une lumière plus vive. Mais le Compagnon ne
se contente pas de marcher dans cette seule direction; il veut connaître le monde dans son
ensemble, il veut aller au sud et au nord, étudier le bien et le mal, la lumière et les ténèbres,
la vertu et le vice, la vie et la mort. De chaque valeur positive, il cherche le complément
négatif et grâce à son intelligence, il ramène à l'unité les termes contraires.
Rassembler ce qui est épars ! La Franc-maçonnerie nous fait réfléchir nous fait nous
interroger sur nous et sur les autres et dès l’instant que l’on s’interroge on doute. Le doute
est bénéfique car souvent il naît de l’analyse mais souvent également l’analyse naît du
doute. On ne peut pas parler du doute et de la franc-maçonnerie sans évoquer les enquêtes
et le passage sous le bandeau. On écoute les enquêtes, on se fait une idée, mais il ne faut
pas oublier que ces enquêtes sont faites par des femmes ou des hommes qui quelquefois se
laissent aller a leur sympathie ou leur antipathie pour la personne qu’ils ont en face d’eux,
et, je pense que c’est pour cela qu’il y a 3 enquêtes. Après il y a le passage sous le bandeau :
influencés par ce qui a été dit précédemment, nous devons poser des questions afin de
forger notre propre jugement. Nous devons douter, oui ! Mais de quel droit pouvons nous
exclure quelqu’un qui n’a ni tué ni volé, et il ne faut pas oublier que le passage sous le
bandeau est très stressant. Chacun a le droit de voir la lumière, selon moi. Bien sur, on doit
s’interroger mais de là à rejeter ! Permettez moi de vous parler de ma propre expérience. Un
jour des Soeurs et des Frères d’une autre obédience, m’ont laissé à la porte du Temple,
blackboulée après le passage sous le bandeau et ce jour là j’ai douté de la franc maçonnerie,
pourquoi ne me laissait elle pas voir la lumière, moi qui n’aspirait qu’à travailler, mais j’ai
surtout douté de moi, peut-être n’étais je pas capable, peut-être n’en étais je pas digne ? Le
doute et la justice : Dieu qu’il doit être difficile d’être juge ! Que de doutes doivent l’assaillir
avant de prononcer un jugement, mais n’est ce pas là la base de sa réflexion, il doit douter !
Jamais je pense il ne doit se fier à une certitude sans que celle-ci soit passée par le hachoir
du doute. Dans les cours d’assises les jugements sont rendus par un jury populaire et
anonyme, des gens comme vous et moi, choisis au hasard et sans connaissance du droit et
qui doivent décider de la liberté ou de l’emprisonnement d’un homme, je pense que jusqu’à
la dernière minute, ils doivent douter et peut-être même après le jugement ! Ont-ils pris la
bonne décision ? Le doute profite à l’accusé, oui mais cela veut dire, que peut-être on a
laissé un assassin en liberté ! Le doute n’existe pas à tous les âges, une des nombreuses
différences entre l’enfant et l’adulte est que l’enfant ne doute pas, il est plein de certitudes
et sur d’avoir raison, il ne se pose pas de questions sur la vérité, il affirme et croit ce qu’il
dit ! Ce qui d’ailleurs, et nous l’avons vu dans des procès récents, peut poser de graves
problèmes à la justice. L’adolescent doute, car il s’interroge c’est l’âge ou beaucoup de choix
doivent être faits, mais surtout il doute de lui-même. Après, à l’age adulte on continue à
douter et à s’interroger sur soi mais également sur les autres. Quant à la vieillesse je vous
dirai cela dans quelques années. Et comment ne pas parler du doute qui a assailli chacun de
nous, homme ou femme et qui a causé tant de drames, a été le sujet de romans, poèmes,
pièces de théâtre : le doute sentimental. M’aime t’il autant que je l’aime ? La jalousie est la
racine du doute, la perte de confiance, c’est la partie négative, celle qui peut aller jusqu’à la
tragédie. L’homme qui doute fait preuve d’humilité, il reconnaît ne pas savoir, il est le
contraire de l’arrogant qui croit tout savoir. Et puis je vais terminer par cette phrase de
Pierre Desproges qui exprime très bien ma pensée à la fin de cette planche :
« La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute ! » J’ai dit …
Source : [Link]
Le doute comme outil de la démarche
initiatique
13 Novembre 2013 , Rédigé par J\M\ D\ Publié dans #Planches
Lorsqu'un profane s'adresse à nous dans l'espoir d'être initié, la première question que nous
nous posons à son sujet, c'est : est-ce qu'il est perfectible? Y a t-il en lui cette part de fragilité
,cette sensation de manque qui font qu'il va se mettre en recherche de quelque chose qui le
dépasse? Lui -même, souvent, ne sait pas ce qu'il cherche, mais il cherche, il se pose des
questions, sans trop savoir s'il obtiendra des réponses. Il est devant une porte, il frappe, on
lui ouvre, il ne sait pas ce qu'il va trouver de l'autre côté..C'est davantage la quête qui l'attire,
l'effort qu'il faut déployer, que l'objet même de la quête. Sans doute aussi la part de
mystére, le voile qui recouyre tout cela. C'est cette incertitude qui le fascine, la délicieuse
sensation de l'attente, un peu comme les préliminaires avant l'amour.
Le profane qui se présente à nous décontracté, parfois suffisant, avec l'air de tout savoir et
de n'avoir rien à apprendre, bref l'homme pétri de certitudes ne nous intéresse [Link] faut
qu'il s'interroge , qu'il soit (au sens éthymologique) « inquiet », qu'il doute de ses capacités à
franchir le cap des différentes épreuves, qu'il éprouve la crainte de trébucher, de n'être pas
admis . Et nous devons sentir en lui , s'il est admis, la capacité à se poser des questions, à se
remettre en questions, constamment, à chaque instant de son cheminement. Ce qui revient
à dire que le doute est le moteur de toute démarche initiatique.
De quel doute s'agit-il?
Le sceptique, au sens philosophique, doute que l'homme puisse jamais atteindre la vraie
Connaissance. Et certes, nous savons que l'esprit humain est nécessairement limité. L'une
des sept vérités attribuées aux anciens gnostiques énonce que « le visible n'est que la
manifestation de l'invisible ».
C'est une autre manière de dire que le monde tel qu'il nous apparaît n'est qu'illusion..Un
sage tibétain illustre notre ignorance par la métaphore de la lune qui se refléte dans l'eau.
Rapportée aux choses et aux événements de ce monde, aux êtres que nous croisons, la
grande majorité des hommes s'imaginent que ce reflet de la lune dans l'eau constitue la
réalité, alors qu'elle n'en est qu'une projection. Le Sage , lui, sait que la réalité ultime se situe
à un autre niveau, inaccessible comme la Lune . Un proverbe chinois dit : « quand le Sage
montre la lune, l'imbécile regarde le doigt ! » Vous connaissez tous le fameux mythe de la
Caverne de Platon, au Livre V de la République.
Des hommes sont enchaînés dans une sombre caverne, ils n'ont jamais vu la lumière du jour,
ils n'en ont qu'une perception différée par les ombres qui se projettent sur le mur qui leur
fait face . S'ils sortent à la lumière du jour ils seront éblouis, car leurs yeux, habitués aux
ténèbres, ne peuvent supporter cette lumière crue. Dés lors, la tentation est grande pour
eux de revenir dans la caverne et d'y rester. L'ignorance , même parée des plumes des
fausses certitudes, est sans doute plus confortable que le combat à mener pour
s'accoutumer à la Lumière.
Quand le postulant sort de son Cabinet de reflexion, il a brisé ses chaînes, mais devra peu à
peu s'habituer à sa nouvelle condition d'homme libre. C'est pour cela que l'Apprenti prend
place sur la Colonne du Nord, là où la Lumière du jour est encore proche de la nuit, comme
lorsque le matin se lève. Ne sachant ni lire ni écrire, l'Apprenti sait épeler, et c'est déjà
beaucoup. Il ne lui reste plus , dans le silence, qu'à reconstruire les mots, les mettre en
ordre, comme à rassembler en lui ce qui est épars.
Ce travail-là requiert, c'est vrai, une bonne dose d'interrogation au départ. Il y a de quoi
avoir des doutes ! Comment accepter ces épreuves sans douter un seul instant de leur
aptitude à nous rapprocher de ce que nous espérons être la Vérité, notre vérité ?. Certains
FF nous quittent parce qu'ils pensent que la Vérité va leur tomber du ciel. Ils sont comme ces
insectes attirés par la lumière d'une bougie et s'y consument . Ils veulent aller trop vite.
Parce que, au départ, ils ne doutaient pas qu'une illumination allait se produire, les
transformant radicalement, d'égoïstes qu'ils étaient, par exemple, en êtres généreux et
pleins d'amour, alors qu'on n'a pas assez de toute une existence pour approcher l'Idéal, et
qu'il faut vraiment beaucoup, beaucoup travailler!
Nous nous dispersons beaucoup, surtout dans le monde d'aujourd'hui, nous nous
éparpillons, piégés trop souvent par ce qui brille d'un éclat trompeur. Quand ce n'est pas
l'argent , c'est le pouvoir, toutes choses qui peuvent donner à croire qu'on est supérieur à
l'autre, qu'on peut le dominer,et certains ne s'en privent pas.
Parce que nous sommes sollicités de tous côtés, de mille et une manières, nous tenons pour
essentiel ce qui est accessoire, et ce faisant , à l'engagement nous préférons la fuite en avant
ou le repli sur soi.
Il y a pourtant parmi nous beaucoup de belle âmes (et je le dis sans ironie) beaucoup
d'hommes qui possédent sous leur armure de métal des trésors de compassion et de
courage.
Lancelot du Lac, le Lancelot des Chevaliers de la Table Ronde, passe à côté du Graal sans le
voir, parce qu'il est aveuglé par son amour impossible pour Guenièvre .. Tintin et le capitaine
Haddock parcourent les mers à la recherche du trésor de Rackam le Rouge et affrontent
mille péripéties,alors que le trésor se trouve dans la crypte du château de Moulinsart ! Le
trésor est en nous, c'est pourquoi nous ne le voyons pas ... La lune est là et nous ne
regardons que le doigt !
C'est ici que le doute est salutaire. Il nous aide à y voir clair, c'est à dire autrement . Mais le
scepticisme de départ ne doit pas nous conduire à douter de tout, car alors tout deviendrait
absurde, et l'on n' aurait pas d'autre solution (partant du principe que rien n 'existe)que
l'inaction totale ou le suicide !
L'année 2010 nous a permis de célébrer le 60éme anniversaire de la mort d'un grand homme
de notre littérature. Un homme juste et courageux. Albert Camus n'a eu de cesse que de se
poser des questions, déchiré qu'il était entre plusieurs passions d'égale importance pour lui :
le gôut de la liberté, un lien charnel avec sa terre natale , l'amour de la justice , l'horreur du
mensonge et de l'imposture. C'était un homme d'action qui aimait les jolies femmes, le
football et les belles voitures ; mais c'était aussi un homme spirituel qui sous les traits de
l'agnostique cherchait le divin en lui... ou bien devrais-je dire : une forme de sainteté ? Or cet
humaniste sans concession faisait dialoguer en lui le prêtre et l'instituteur..Comme dans cet
ouvrage majeur , La Peste ,où Camus, par la voix du médecin agnostique et humaniste, crie
sa révolte face à un monde d'injustice et de misére..Un Dieu d'amour ne peut pas vouloir
cela, donc Dieu n'existe pas !..Ce cri n'est pas d'un homme qui nierait la transcendance , Dieu
ou quelque Principe premier, à la manière de l'athée stupide. C'est le cri d'un homme de
coeur, blessé à mort par la souffrance des autres ! Et c'est ce questionnement-là qui fait la
force de celui qui cherche ...Un tel homme ne peut se satisfaire des sentences pré-mâchées.
On lui présente une idée, il la met à l'épreuve des faits , la disséque et cherche sous le voile
des mots, ce qu'il y a d'authentique..En fin de compte, les idées s'envolent; reste la pâte
humaine. « Un homme, disait Camus, est toujours la proie de ses vérités « Ou encore : « les
doutes, c'est ce que nous avons de plus intime ».
Dans le cours de notre quête initiatique, taraudés par ce doute intime, nous apprenons
beaucoup de choses, en particulier qu'il n' y a pas d'ennemi , serait-ce le pire, qui ne puisse
devenir un ami. C'est notre regard qui change tout. Lui dans sa tête peut se croire ennemi,
mais si mon coeur dit : cet homme -là un jour a été un petit enfant , il est né du ventre de sa
mère comme nous naissons tous,vous voyez bien que notre regard change ! Surtout lorsque
nous avons revécu cette naissance le jour de notre Initiation et que nous avons tendu la
main, symboliquement, à cet ennemi virtuel !
Au commencement ,donc, il y avait le doute...C'est lui qui a ébranlé ma conscience et qui,
comme dans la scéne du miroir, m'a fait comprendre que le pire ennemi était moi-même !
Aprés ça, on peut pardonner bien des choses !
Et puis,c'est vrai, il y a la question : à quoi bon ? A quoi bon toutes ces cérémonies, toutes
ces heures passées le soir à écouter des planches compliquées, un tantinet nombrilistes,
alors qu'on serait si bien chez soi à regarder le match de rugby à la télé? A quoi bon, puisqu'il
faudra bien mourir un jour, et qu'on n'en saura pas plus sur le pourquoi de la vie et sur ce
qu'il y a aprés? Même les sciences avouent leurs limites ! Même les mathématiques , avec la
théorie de l'incomplétude, nous disent qu'il y a des choses vraies qu'on ne peut pas
démontrer ! C'est pourtant beau,une équation! Eh bien oui, c'est beau, il y en a même pour
dire que ça peut être « élégant ! » Oui, et alors ?
Et puis, pour revenir sur terre, et à nos travaux de Loge,bien sûr qu' on retrouve des FF. , qui
nous écoutent avec une patience d'ange et avec qui on va partager le pain sacré d'un
compagnonnage spirituel …C'est beau, c'est bien,mais encore ?
Là aussi, il y aurait de quoi avoir des doutes...D'autant plus si on idéalise le Frère , en
oubliant qu'il est d'abord un homme !Ou la Maçonnerie, en oubliant qu'elle est d'abord une
institution humaine !( il y aurait beaucoup à dire là-dessus, n'est-ce pas ?)
En fait, notre démarche, si pénible soit-elle, n'a d'autre rétribution que la satisfaction du
devoir accompli. C'est tout...Et c'est énorme ! Comme telle, elle vaut son pesant d'or.
Question de Foi , me direz-vous,mais là-dessus, je n'ai pas le moindre doute, pour l'avoir
éprouvé,pas de façon intellectuelle ni seulement affective, mais dans le secret de mon coeur,
de manière absolument certaine et cependant impossible à traduire. Grâce à la Loge, grâce
au Rituel, inlassablement répété et travaillé,grâce à l'Amour des FF et à leurs regards où je
me découvre comme dans un miroir . C'est comme cela, par ce genre d'épreuve où
l'aveuglement du prisonnier enchaîné se convertit en vision intérieure , , que l'on gravit , un
à un, patiemment, les barreaux de l'échelle. Arriverons-nous tout en haut ? C'est une autre
question .
Ici, nous pouvons rejoindre Camus, encore lui ! Avec son Mythe de Sisyphe …
Il nous commande l'action, l'engagement .
Sisyphe, héros grec, est condamné par les dieux de l'Olympe, à rouler sans cesse un rocher
vers la cîme d'une montagne...Sisyphe porte un bandeau sur les yeux. Parvenu presque au
sommet, le rocher retombe inexorablement dans la vallée, et le héros doit renouveler en
permanence le même geste, cette remontée dont il sait qu'elle n'aboutira jamais . Situation
absurde en apparence. Cependant , Sisyphe est libre. Il trouve sa raison d'être dans
l'accomplissement de son travail, j'allais dire : son devoir...
« Cet univers désormais sans maître , écrit Camus, ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun
des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit , à lui seul,
forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme. Il
faut imaginer Sisyphe heureux ».
Mes FF, il faut nous imaginer heureux, travaillant notre pierre inlassablement et la roulant
vers des sommets que nous n'atteindrons jamais, mais qui sont si beaux à contempler !
J'ai dit
Source : [Link]
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Le Doute
9 Novembre 2013 , Rédigé par J\M\ M\ Publié dans #Planches
Pourquoi le Doute ? Le Doute me semble être une vertu et un outil essentiels à tout quêteur
de Lumière. Pourquoi au 3ème degré ? Parce que je n'ai jamais parlé du mythe d'Hiram.
Alors pourquoi ne pas chercher les liens entre cette notion de Doute, et l'histoire qui nous
est racontée lors de notre exaltation ? Des liens il y en a, que ce soit le Doute qu'on peut
porter sur les outils symboliques que l'on nous donne, et qui peuvent servir le bien mais
aussi le Mal, que ce soit dans le questionnement qui est suggéré au compagnon lors de
l'exaltation, ou que ce soit les liens entre le Doute et les 3 mauvais compagnons que sont
l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition. J'en parlerai. Lorsqu'un profane frappe à la porte du
temple, quel est le travail de son parrain, des 3 frères enquêteurs, des FF\ de la loge pendant
le passage sous le bandeau, lors des votes ? C'est de s'assurer qu'il est initiable, c'est-à-dire
qu'il est capable de travailler sa pierre pour trouver sa place dans l'édifice. S'il est sûr de lui,
pétri de certitudes et de suffisance, il n'apportera rien à l'oeuvre commune et la F\ Mie\ ne
lui apportera rien. Par contre, si on peut déceler chez lui une part de fragilité, s'il se pose des
questions, s'il a une part d'inquiétude de ne pas franchir les différentes épreuves, s'il est
capable de se remettre en question, sans se sentir dévalorisé, s'il est capable de soumettre
ses opinions ou même ses certitudes au filtre du doute, alors il sera capable de vivre
pleinement la démarche initiatique. Cette démarche initiatique ne peut fonctionner avec
une personne qui base sa vie sur des dogmes, des préjugés, des certitudes inébranlables,
avec une personne pour qui le Doute est une faiblesse ou une tare. Dans l'inconscient
collectif, le doute a une connotation négative. Notre culture judéo-chrétienne ne nous
apprend pas le doute. Au contraire. Il faut croire, sous-entendu le doute est une faiblesse.
Ceci est d'ailleurs valable dans toutes les idéologies et dans toutes les religions du Livre. Ce
n'est pas tout à fait le cas du Bouddhisme. Le philosophe Bruno Giuliani dit à propos du
Bouddhisme - « Le doute est très important dans le message de Bouddha dans la mesure où
il est toujours négatif. Il signale une incertitude, et cette incertitude est le signe que l'on n'a
pas trouvé la vérité. Elle va donc entraîner une recherche de vérité dont le doute est le signe.
On peut dire que la sagesse sceptique est présente dans le bouddhisme, puisque être
sceptique ne veut pas dire douter au sens de ne rien affirmer, mais être en recherche,
examiner pour atteindre la vérité ». Le doute est l'ennemi de tous les pouvoirs, de tous les
ordres établis. Le travail de l'apprenti est d'apprendre à se connaître, celui du compagnon
d'appréhender le monde. Pour agir dans ce monde, le maître doit utiliser le doute comme un
outil d'approche de la vérité. Il s'agit de savoir ce que je peux admettre, ce que je dois
refuser, ce que je peux tolérer. D'où l'importance du libre-arbitre. Grâce au doute nous
pouvons rectifier nos erreurs et nous perfectionner. Le doute, c'est cet instant ou notre
liberté s'autorise à décider. C'est le symbole de la maîtrise. Le doute, c'est ce temps de pause
durant lequel je m'autorise à m'interroger. Si j'ai bien effectué le travail de l'apprenti, le
« connais-toi toi-même», j'assume mes qualités et mes défauts, et en conséquence je
m'autorise à émettre des doutes envers moi-même ou envers autrui. Douter c'est s'autoriser
à avoir une opinion personnelle, c'est s'autoriser l'esprit critique, en son âme et conscience.
Cela peut déplaire, si mes doutes se heurtent à l'opinion générale, cela peut même me
déplaire, si j'ai des doutes sur une de mes actions ou sur des propos que j'ai tenu. C'est le
prix à payer pour avancer et tailler sa pierre, c'est le prix de la liberté. Le doute, c'est ma
liberté. Il y a ceux pour qui le Doute est une vertu et ceux pour qui c'est un vice. Quelques
citations. Je commence par ceux pour qui le Doute est une faiblesse. « Il n'est qu'un remède
au doute, c'est la prière. Or la prière du militant, c'est l'action politique ». Pour monsieur Le
Pen le doute est une maladie, puisqu'il parle de remède. Pour lui, il ne faut pas réfléchir, il
faut agir. « Personne n'est plus redoutable que celui qui n'a jamais de doutes ». Jacques
Sternberg . Le père de Jacques Sternberg est mort en déportation à Majdanek et Nietzsche
rajoute : « Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude». Il y a ainsi des personnes
pour qui le doute est l'ennemi de leurs certitudes. Pourquoi ? Simplement parce qu'il est
beaucoup plus confortable et rassurant de ne jamais douter de rien. C'est un gage de longue
vie et de bonheur, mais c'est aussi l'expression d'une paresse intellectuelle certaine. Que ce
soit en religion, en politique ou dans tous les domaines de la vie, des certitudes
inébranlables, des dogmes rassurent. Etre persuadé qu'ici bas on fait partie de ceux qui
détiennent la vérité, et que dans l'au-delà on a la vie éternelle, quoi de plus rassurant et
réjouissant ? Pour cela il suffit de se complaire dans une certaine ignorance. Il y a quelques
années, j'avais acheté une série de cassettes d'Arte qui s'appelait « Corpus Christi ». C'était
un recueil d'interviews de savants, d'exégètes, d'universitaires, d'historiens, d'archéologues,
de dignitaires des religions du livre, sur la vie de Jésus. J'ai voulu prêter ces cassettes à une
personne très religieuse que j'aimais beaucoup. Elle les a refusé en me disant : « Je préfère
ne pas les regarder, je pourrais douter ». Je n'ai pas insisté, et me suis même senti un peu
coupable, parce que cette personne était heureuse de s'être trouvé des certitudes qui la
rassuraient, peut-être face à l'angoisse du néant, de la mort. De quel droit, est ce que je
pouvais l'amener à douter ? La tolérance va-t-elle jusqu'à accepter de laisser les autres dans
une certaine ignorance, s'ils s'y sentent bien et qu'ils y trouvent leur équilibre ? Je répondrai
oui, si leurs certitudes ne font de mal à personne, et non, si ces certitudes peuvent être
dangereuses pour autrui.
A nous de choisir. Un proverbe hongrois dit : « Qui croit est heureux, qui doute est sage ».
Salämah Müssa dit : « Si la certitude est apaisante, le doute est plus noble ». Le doute est
essentiel dans la démarche de recherche de la vérité. Jean-Charles Harvez dit : « Le doute
est la base même du savoir, puisqu'il est la condition essentielle de la recherche de la
vérité ». Cicéron ajoute : « En doutant, on atteint la vérité ». On comprend que le doute doit
être pour nous cet outil, pour faire progresser notre réflexion. Georg Christoph Lichtenberg
dit : « Douter ne signifie rien d'autre que d'être vigilant, sinon cela peut être dangereux ».
Effectivement la vigilance, qui nous est conseillée depuis le cabinet de réflexion, n'est rien
d'autre que ce temps de réflexion face à toute situation pour faire le meilleur choix. Pousser
à l'extrême, le doute peut être dangereux parce qu'il peut devenir un frein qui nous
paralyse. Il ne faut pas céder à l'hésitation permanente, à la résignation, au découragement,
au manque de confiance en soi, à la faiblesse. Le doute doit rester un moteur pour notre
réflexion et notre action. Il doit être avant tout vigilance permanente, envers les autres mais
aussi envers soi-même, soif de progrès dans la connaissance, prudence, écoute, relativité
permanente de nos certitudes. Pour cela nous avons un outil adapté, bien présent lors de la
cérémonie d'exaltation, c'est le Compas. Il nous permet de mesurer en permanence la part
qu'il faut laisser au doute et celle de notre certitude d'agir pour le bien et le progrès selon
notre loi morale. Le Compas est le symbole de l'Esprit, alors que l'Equerre est le symbole de
la Matière. En chambre du milieu le Compas est posé sur l'Equerre, c'est le pouvoir de
l'Esprit sur la Matière. Ouvert à 90° il y a équilibre parfait entre les 2 forces, car le Compas
devient Equerre juste. Cela évoque la prudence, la tempérance, la justice et la vérité que
nous devons rechercher en pratiquant le doute raisonné, en notre âme et conscience. Face à
une situation, lorsque nous avons un doute sur l'attitude à adopter, nous faisons travailler
notre raison, évidemment, mais également notre intuition, notre cœur. L'intuition et la
raison, même si elles semblent pouvoir s'opposer, doivent travailler ensemble, pour
déterminer ce qui nous semble juste. Le Doute doit faire travailler conjointement ces deux
niveaux, si on ne veut pas être simplement pragmatiquement raisonnable, ou simplement
victime de nos émotions. Il n'est jamais simple d'ouvrir l'équerre à l'angle idéal.
Trop douter de soi-même est se sous-estimer. Ne pas douter de soi-même peut être se
surestimer.
Trop douter des autres peut engendrer de la méfiance. Ne pas douter des autres peut être
de la naïveté.
Il faut essayer de marcher sur cette ligne invisible entre les cases blanches et noires du pavé
mosaïque. On ne peut pas parler du Doute sans parler du Courage. Je parle du courage qu'il
faut pour oser douter de soi-même lorsque c'est nécessaire, mais également du courage
qu'il faut pour se fier à un doute sincère, lorsque l'environnement est totalement opposé à
ce que l'on croit vrai et juste. Je pense à Copernic et Galilée qui ont mis en doute la théorie
qui plaçait la terre au centre de l'univers. Giordano Bruno pour avoir osé défendre ces thèses
est mort sur le bûcher de l'inquisition. On peut parler également de ceux qu'on a appelé les
justes, qui ont osé mettre leur vie en péril au cour des années de guerre. Il leur en a fallu du
courage pour faire confiance à leur intuition et à leur cœur, pour mettre, sans douter, leur
vie en jeu, pour sauver les juifs et ceux qui étaient condamnés à disparaître par le régime
nazi. Puisque j'ai choisi de vous parler de doute au 3ème degré, il convient de chercher le
lien avec le mythe d'Hiram. Le doute est présent tout au long du rituel d'exaltation. A
commencer par l'entrée du Récipiendaire à reculons. Puis les injonctions du V\ M\ : « Avez-
vous bien réfléchi à la démarche que vous faites ? Vos mains sont elles pures ? Votre
conscience est-elle tranquille ? Prenez garde à vos paroles. Avez-vous rempli vos Devoirs
d'homme d'honneur et de F\ M\ ? » Le rituel suscite le doute dans l'esprit du récipiendaire
pour le forcer à réfléchir. Puis le cadavre, ce face à face avec la mort, le cercueil qu'on lui fait
enjamber, le questionnement sur les auteurs du crime. Le doute jeté sur la possible
culpabilité du récipiendaire. Durant la deuxième partie du rituel d'exaltation, le doute est
encore présent. Aux 2 premiers grades le compagnon avait appréhendé le fil à plomb, le
niveau et le maillet comme des outils devant servir à la construction du temple. Voilà qu'ils
servent d'armes pour faire périr l'homme juste, maître Hiram personnifié à ce stade du rituel
par le récipiendaire lui-même. De coupable potentiel, le voilà victime. Victime de quoi ? Du
mauvais usage des outils, et potentielle victime de lui-même. La fin du rituel ramène plus de
sérénité dans l'esprit du récipiendaire. Par les 5 points parfaits de la maîtrise, le « maître est
retrouvé et il reparaît aussi radieux que jamais ». Revenons un peu sur les 3 mauvais
compagnons qui symbolisent : l'Ignorance, le Fanatisme et l'Ambition. L'absence de doute
est un élément commun à l'ignorant, au fanatique et à l'ambitieux. Celui qui se complaît
dans l'Ignorance ne doute de rien, puisqu'il ne cherche pas à savoir. Victor Hugo : « La
liberté commence ou l'ignorance finit ». Aristote dit : « L'ignorant affirme, le savant doute, le
sage réfléchit ». Le doute qui engendre la réflexion est le chemin vers la sagesse et la
connaissance. Et Turgot disait : « Le despotisme perpétue l'ignorance et l'ignorance perpétue
le despotisme ». C'est grâce à l'ignorance que les despotes et les dictateurs perpétuent leur
pouvoir. L'instruction est de ce point de vue un instrument essentiel pour combattre
l'ignorance, l'obscurantisme. L'obscurantiste est celui qui prône et défend une attitude de
négation du savoir, de restriction dans la diffusion des connaissances, ou de propagation de
théories dont la fausseté est avérée. La F\ Mie\ doit combattre tous ceux qui s'appuient sur
l'ignorance pour asseoir leur pouvoir. Que ce soit en interdisant ou limitant l'instruction aux
femmes, que ce soit en limitant ou interdisant la liberté d'expression, ou la liberté de
conscience, que ce soit en pratiquant l'intolérance vis à vis de croyances différentes des
dogmes officiels. L'ignorance de celui qui n'a pas pu accéder à l'instruction n'est bien
entendu pas condamnable. Seul l'ignorant qui se complaît dans l'ignorance, par paresse ou
par intérêt est condamnable. Notre second mauvais compagnon symbolise le Fanatisme. On
en a un peu parlé en abordant les liens entre l'ignorance et le despotisme. Plus encore que
l'ignorant, le fanatique, qui est l'intolérance incarnée, ne doute pas. L'ignorance et le
fanatisme vont de paire et s'alimentent l'un l'autre. Elie Wiesel nous en parle : « Le
fanatisme est aveugle, il rend sourd et aveugle. Le fanatique ne pose pas de questions, il ne
connait pas le doute ; il sait, il pense qu'il sait ». Et pour Voltaire : « Le fanatisme est un
monstre, qui ose se dire le fils de la religion. Il est mille fois plus dangereux que l'athéisme
philosophique ». L'ignorant écrase ses doutes, en sur-affirmant son maigre savoir. Le
fanatique écrase ses doutes, en sur-affirmant sa foi. L'ambitieux écrase ses doutes, en
focalisant son esprit sur le but qu'il s'est fixé. On en arrive donc à notre troisième mauvais
compagnon qu'est l'Ambition. Tout comme l'ignorance symbolise le mauvais usage du Fil à
Plomb par le second surveillant, qui devrait être particulièrement instruit, et que
lefanatisme symbolise le mauvais usage du Niveau du premier surveillant, qui devrait
exercer un contrôle éclairé sur les travaux sans faire subir aux F\ F\ une contrainte
étouffante à cause de son fanatisme, l'ambition symbolise le mauvais usage du Maillet du V\
M\, qui devrait diriger les travaux avec un dévouement total, sans céder à des visées
personnelles dérivées de son ambition. L'ambition est le désir de réussite, mais c'est aussi et
surtout le désir excessif de réussite. Il convient donc de distinguer l'ambition-vertu qui est le
désir naturel d'entreprendre et de réussir, de l'ambition-vice, démesurée, celle qui a les
dents trop longues. Parce que cette ambition là, qui ne s'encombre pas de doutes, ne
s'encombre pas non plus de scrupules. Pour elle la fin justifie les moyens, et la fin se résume
souvent simplement à l'argent, au pouvoir et aux honneurs. « L'ambition est le fumier de la
gloire » disait Pierre l'Arétin. (XVIè s). L'ambition-vertu, c'est le désir de réussir, c'est ne pas
escompter plus que ce que nous vaut le mérite de notre action. La propension à l'orgueil, à
la prétention, à l'excès de désir de réussite, à rechercher plus qu'il n'est mérité, au-delà de
nos moyens, c'est l'ambition-vice. C'est celle qui animait les mauvais compagnons. On le
voit, le Doute est une composante importante de l'exaltation. Ce Doute peut être
déconcertant, inquiétant, source d'insatisfaction. Il pose plus de questions qu'il n'apporte de
réponses. C'est probablement pourquoi j'ai tant tardé à aborder ce sujet et le mythe
d'Hiram. Au final, je suis heureux de m'y plonger, parce que ma saine curiosité, et mon
intuition me disent que l'acacia peut être source d'espérance. Henry James dit : « Il faut
croire dans le Doute, passionnément, parce que c'est ce qui fait la beauté de l'homme ».
V\ M\ j'ai dit.
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