M.
Omar Belhadj, président de la Cour Constitutionnelle –
Compétence, patriotisme, intégrité : Une force tranquille au
service de l’Algérie et de la Constitution
Portrait : M. Omar Belhadj, président de la Cour Constitutionnelle
Compétence, patriotisme, intérité :Une force tranquille au service de
l’Algérie et de la Constitution
Par quoi commencer le portrait d’un homme comme M. Omar Belhadj, le Président de la
Cour Constitutionnelle, instituée pour la première fois en Algérie ?
Commencer par son parcours historique au sein de l’ALN quand il a abandonné sans
aucune hésitation ses études pour rejoindre les rangs des Moudjahidine et répondre à
l’appel de la Nation ?
Ou bien commencer par sa carrière de magistrat, parmi les premiers qui ont mis les bases
de l’actuel système judiciaire algérien ? Ou encore par ses qualités d’homme politique
intègre qui a préféré se consacrer à sa profession d’avocat ? Ou enfin, commencer par le
patriote, le compétent et l’intègre qui a répondu une seconde fois à l’appel de la Patrie
pour diriger la Cour Constitutionnelle et participer à l’édification de l’Algérie Nouvelle ?
« J’ai répondu présent sans hésiter à l’appel de l’Algérie »
A écouter M. Omar Belhadj se raconter depuis sa jeunesse quand il était étudiant dans un
pays voisin et que l’Algérie se trouvait en pleine guerre d’indépendance et ce qui est
arrivé par la suite, nous nous sommes trouvés emportés par la vague irrésistible qui
émanait de son discours. M. Belhadj parlait avec une telle émotion de cette période, que
nous y avons été transportés malgré nous. Nous l’écoutions presqu’avec dévotion, nous
nous attendions à entendre le sifflement des balles des soldats français et les vacarmes
épouvantables de l’artillerie lourde le long des frontières de notre pays. Mais laissons M.
Omar Belhadj nous dire comment il a été contacté et qu’est-ce qu’il a fait par la suite :
« Je dirai que Omar Belhadj est un natif de l’année 1940 à Hennaya
(Tlemcen).
J’étudiais au Maroc quand, en 1960, nous avons reçu des instructions de la part de
l’OcFLN nous ordonnant de rejoindre nos frères moudjahidines dans les montagnes
algériennes, à l’instar des autres étudiants qui nous avaient précédés en 1957. Nous
avons bien sûr répondu à cet appel et nous avons été pris en charge par des
moudjahidine pour un entrainement militaire afin d’apprendre le maniement des armes et
les rudiments d’une vie de soldats dans les montagnes. Outre cet entrainement classique,
nous avons reçu une formation supplémentaire sur la manière de pratiquer des brèches
dans la ligne Morice et même la ligne Challe pour permettre aux combattants de l’ALN de
traverser la frontière en toute sécurité. Cet entrainement a duré près de six mois au
terme duquel certains ont regagné les bases où ils ont été affectés, certains sont tombés
au champ d’honneur et un autre groupe dont je faisais partie avec feu Bensalah, ancien
Président du Sénat et Chef de l’Etat et feu Mohamed Teghia qui a été ministre de la
justice de 1992 à 1995, a reçu une autre formation pour en faire des ‘commissaires
politiques’ et nous avons été affecté sur une autre base où feu Houari Boumediene nous a
rendu visite », nous a appris d’une traite M. Omar Belhadj.
A la fin de leur formation en qualité de commissaires politiques, les membres de ce
groupe ont rejoint la zone 8 et chacun a été affecté à un corps de l’armée de libération
nationale. Au cours de la période qu’il a passée dans ses nouvelles fonctions de
commissaire politique, M. Omar
Belhadj participait, en plus de ses missions, à certaines opérations militaires : « et les
opérations que nous menions étaient surtout des opérations de provocation à l’encontre
des soldats français afin de les obliger à utiliser l’artillerie le long de la ligne Morice durant
une période assez longue. Ces opérations ont beaucoup aidé les algériens dans les
discussions qu’ils menaient avec le gouvernement français et qui ont précédé de peu les
accords d’Evian, d’autant plus que le Général de Gaulle avait affirmé que cette opération
de pilonnage leur coutait 2 milliards de francs chaque jour, et c’était trop pour l’économie
française », a-t-il raconté.
Notre interlocuteur revient à ses missions en qualité de commissaire politique pour dire
qu’elles consistaient en l’exhortation des moudjahidine et leur encouragement à lutter
pour l’indépendance de l’Algérie qui pointait déjà du nez. En outre, les commissaires
politiques préparaient les moudjahidine à vivre l’Algérie indépendante et les grands
chamboulements qui allaient immanquablement intervenir.
Puis vint la signature des Accords d’Evian le 19 mars 1962 : « que nous considérions,
nous en qualité de djounoud, comme le véritable jour de l’indépendance car il signifiait
pour nous la fin des grandes souffrances que nous supportions pour la libération de notre
pays », a-t-il rappelé.
« Lorsque l’accord de cessez-le-feu a été signé, notre joie était immense, nous nous
trouvions près des frontières et il y avait une rivière non loin de là. Nous nous y sommes
rendus, nous nous sommes lavés, nous avons lavé nos vêtements, c’était pratiquement
un luxe que nous nous permettions rarement », s’est souvenu notre interlocuteur. Mais,
a-t-il continué, la direction de l’ALN leur avait recommandé d’être prudents, malgré le
cessez-le-feu car l’ennemi français n’était pas digne de confiance. « Nous sommes rentrés
en Algérie mêlés à des familles de réfugiés et nous nous sommes rendus directement à
Kenadsa puis à Bechar », raconte encore M. Belhadj.
Par la suite, les commissaires politiques, dont faisait partie M. Omar Belhadj, ont eu
comme mission de préparer et de sensibiliser les algériens au référendum sur
l’indépendance de l’Algérie que le colonisateur français a organisé le 1er juillet 1962.
Mission accomplie avec brio puisque le référendum se termina avec plus de 97% de oui
pour l’indépendance.
Après le 5 juillet 1962, jour de l’indépendance de l’Algérie et après les journées de joies
des retrouvailles et de retour au pays, les moudjahidine ont été priés de choisir entre le
retour à la vie civile ou de s’intégrer à l’Armée algérienne pour continuer leur mission de
reconstruction et d’édification de l’Algérie indépendante. M. Omar Belhadj, qui avait arrêté
ses études au Baccalauréat, a préféré les continuer et en a fait part à ses supérieurs.
Le grand retour à la vie civile et aux études
« Après avoir envoyé une demande dans ce sens, nous avons reçu la réponse au courant
du mois de septembre par le biais du quotidien ‘El Chaab’ édité en langue arabe nous
demandant de rejoindre la capitale Alger afin de choisir le pays où nous pourrions
continuer nos études. Pour ma part j’ai choisi la Jordanie que j’ai rejoint pour l’année
universitaire 1962/1963 puis j’ai continué mes études que j’ai terminées avec excellence
», déclare notre interlocuteur.
M. Belhadj se rend ensuite au Caire (Egypte) et intègre la faculté de droit où il poursuivit
des études durant quatre ans et retourna en Algérie.
Après la lutte armée, la lutte pour l’édification de l’Algérie indépendante
De retour en Algérie, M. Omar Belhadj est employé en qualité de journaliste au sein d’El
Moudjahid Hebdo en langue arabe sous la direction de feu Si Mohamed El Milli, fonction
qu’il occupa de septembre jusqu’à mars, date à laquelle il reçut son affectation en qualité
de juge à …
Béchar ! « Je suis entré à Béchar en qualité de Moudjahid puis le destin a voulu que j’y
retourne en qualité de juge », note M. Belhadj d’une voix émue. Il demeura à Béchar de
1967 jusqu’à 1974, période durant laquelle il s’éleva dans la hiérarchie à partir de
procureur adjoint, puis procureur et procureur général adjoint, avant d’être désigné
comme procureur général de M’Sila qui venait d’être érigée en wilaya. « J’ai eu l’honneur
de créer la Cour de M’Sila selon le nouveau découpage judiciaire qui suit le découpage
administratif (nouvelle wilaya). J’ai dû faire face à de grandes difficultés pour mettre en
place la Cour de M’Sila car les moyens de cette nouvelle wilaya étaient presque nuls, la
ville ayant été pratiquement désertée après le séisme qu’elle avait connu quelque temps
plus tôt. Mais, grâce à Dieu, nous avons réussi et c’est maintenant l’une des plus
importantes écoles de magistrature à travers le territoire national », ajoute notre
interlocuteur.
Après M’Sila où il est resté trois années, M. Omar Belhadj a été affecté à la Cour de
Médéa en qualité de Procureur Général, une Cour qui avait une importance particulière à
cause de la présence du pénitencier de Berrouaghia où il y avait des prisonniers politiques
et la Cour faisait l’objet de contrôles réguliers.
En 1979, M. Belhadj a été désigné Directeur du personnel et de l’administration générale
au niveau du ministère de la justice, poste qu’il occupa durant une année avant de se
retrouver à la Cour Suprême en qualité de Conseiller durant sept années. Après cela, il
demanda à partir en retraite anticipée, pour des raisons personnelles. Aussitôt en retraite,
il s’installa à son compte en qualité d’avocat jusqu’en 2019, date à laquelle il a été
désigné membre du Conseil de la Nation par Monsieur le Président de la République et ce,
jusqu’en 2021 date de sa nomination par le Président de la République Monsieur
Abdelmadjid Tebboune, Président de la Cour Constitutionnelle.
Les héros sont toujours là !
Avec cette nouvelle mission hautement stratégique, M. Omar Belhadj vient de confirmer
ses grandes qualités d’intégrité, de patriotisme, de compétence avérée. Ce poste ne peut
être tenu que par quelqu’un qui a fait preuve de ces trois qualités et qui n’a jamais failli à
son devoir envers son pays et son peuple. Les missions de la Cour Constitutionnelle et ses
prérogatives ne peuvent être mises qu’entre des mains propres, intègres, patriotiques,
compétentes, sages, des qualités que M. Omar Belhadj a cultivées le long de sa vie
consacrée à l’Algérie, dans tous les domaines, comme Moudjahid pour la libérer, comme
magistrat pour la préserver et comme sage pour éviter les déviations. Les héros sont
toujours là quand la patrie les appelle !!
Propos recueillis par Tahar Mansour