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Modélisation spatiale en géographie

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1-3

Ressources de géographie pour les enseignants

Modèle, modélisation spatiale


L a modélisation spatiale désigne la production de modèles spatiaux. En géographie, un
modèle spatial est une généralisation, souvent sous forme d’un schéma visuel, d’une forme
d’organisation de l’espace : il s’agit de passer de la diversité des cas particulier à une forme
généralisable, de l'idiographique au nomothétique. La modélisation peut servir à comprendre le
réel, en tant que démarche de connaissance scientifique, avec des applications opérationnelles
dans le champ de l'action, ou à transmettre des connaissances déjà stabilisées, comme outil
heuristique. Elle peut être les deux à la fois, par exemple avec les chorèmes.

La modélisation n’est pas une généralisation a posteriori d’un phénomène qu’on postule, mais
au contraire le résultat de la confrontation du plus grand nombre possible d’observations du
réel, dont la compilation permet de dégager des invariants qui permettent de produire le
modèle. Un retour aux cas particuliers est ensuite indispensable, pour observer toutes les
situations qui s’écartent du modèle général, et qu’on appelle les résidus du modèle. Ces
résidus, ou écarts au modèle, permettent d’identifier et d’étudier plus précisément des
situations locales ou atypiques, et in fine de consolider le modèle. Pour prendre un cas d'école,
la loi rang-taille (loi de Zipf) permet d'identifier une situation de macrocéphalie urbaine
observable par un écart au modèle général, par exemple dans le cas français.

La modélisation est aussi ancienne que la discipline elle-même : ainsi les blocs diagrammes
géomorphologiques présentant la cuesta ou le modelé karstique, sont-ils des modèles. Après
que les essais de modélisation comme ceux de Von Thünen (1783–1850) ou de Christaller (1893–
1969) ont été critiqués, oubliés puis redécouverts, la modélisation spatiale a connu un temps
fort dans les années 1970-1980, à une époque de profond renouveau de la discipline. Par effet
de balancier, ce qui avait été rejeté au nom de la diversité des cas fut à nouveau l’objet de
recherches, mais cette fois avec un effort approfondi d’appareillage théorique. Deux grands
types de modélisation se dégagent alors. D’une part, des modèles fondés sur la collecte de
données chiffrées standardisés et permis par la puissance de calcul de l’informatique alors
naissante. C’est l’analyse spatiale, une branche de la géographie empruntant les méthodes de la
statistique, fortement en lien avec l’essor de la géomatique. D’autre part, certains modèles sont
empiriques, fondés sur la connaissance personnelle, par le chercheur ou la chercheuse, voire
souvent par un collectif, d’un très grand nombre de cas particuliers permettant de relever des
récurrences, de les synthétiser et de compléter en observant les écarts au modèle. C’est
notamment l’effort entrepris par le GIP Reclus, un collectif fondé par Roger Brunet, et dont
l’esprit est bien visible dans des publications comme la Géographie universelle (1990–1996), Les
Mots de la géographie (1992) ou un Atlas de France en 14 volumes (1995–2007).

Les critiques formulées à l’égard de la modélisation spatiale témoignent de la tension inévitable


entre la nuance permise par le cas particulier et le cadre réflexif offert par la généralisation.
Cette tension n’est ni nouvelle, ni propre à la géographie, comme le rappelle Christian Grataloup
(1996) :

[Link]
2-3

«
« Le couple conceptuel antinomique particulier/général n’est pas
l’apanage de la géographie. Avec des variations de proportions, cette
contradiction est structurelle dans toute démarche scientifique puisqu’il
s’agit toujours de s’efforcer de mettre intellectuellement de la clarté
dans la diversité d’un aspect du réel. […] De ce fait, la tension est aussi
inévitable que dialogue est nécessaire. Dans toutes les sciences,
l’analyse du particulier ne peut aller sans la recherche du général et
réciproquement. »
Christian Grataloup, « Introduction », in « Modélisation spatiale » no. spécial de
Travaux de l'Institut de Géographie de Reims . Année 1996, 95–96, p. 3-8. »

La modélisation spatiale a en partie disparu, en ce qui concerne son versant pédagogique : le


reflux de la chorématique, parfois caricaturée (la banane bleue), et les nouvelles approches
didactiques développées à partir des années 2000 (voir géographie scolaire) et 2010, en
particulier l’étude de cas, ayant eu raison de ce qui a pu sembler n’être qu’une « mode » des
programmes. En fait, la modélisation reste un outil opérationnel dans de nombreuses branches
de la géographie : analyse de réseaux et de mobilités, géographie quantitative, modèles
gravitaires en géographie urbaine ou économique. Les travaux menés par et autour de
géographes comme Denise Pumain jusqu'à aujourd'hui montrent l'actualité de ces méthodes.
Surtout, rares sont les thèses de géographie actuelles ou récentes, même résolument ancrées
dans les méthodes qualitatives, qui ne passent pas par un exercice de montée en généralité
pour construire un modèle, ne serait-ce que pour théoriser un fonctionnement systémique à
l’aide d’un diagramme sagittal.

(ST) 2008, entièrement réécrit (JBB) en octobre 2022.

Références citées

Christian Grataloup, « Introduction », in « Modélisation spatiale » no. spécial de Travaux de


l'Institut de Géographie de Reims. Année 1996, 95-96, p. 3-8.

Exemples de modèles dans les articles de Géoconfluences

Modélisations démographiques de l'INSEE : Jean-Benoît Bouron, « Carte à la une. Des


projections de la population française qui parlent surtout des tendances démographiques
actuelles », Géoconfluences, janvier 2023.
Modélisation de la frontière : Delphine Acloque, « Frontière désertique, front pionnier et
territorialisation. Approche à partir du cas égyptien », Géoconfluences, juin 2022.
L’organisation spatiale dans la classe : Guilhem Labinal et Didier Mendibil, « Structures
et proxémie dans la classe », Géoconfluences, octobre 2021.
Autre modèle frontalier : Patrick Blancodini, « La frontière Suriname – Guyane française :
géopolitique d’un tracé qui reste à fixer », Géoconfluences, octobre 2019 (voir la section 3)
Modèle de l’île tropicale : Serge Bourgeat et Catherine Bras, « Carte à la une. Le modèle
de l’île tropicale à l’épreuve de nos représentations : la carte de Saint-Marie (Antilles
britanniques) », Géoconfluences, août 2020.
La Méditerranée, réalité unique ou modèle universel : Vincent Clément, « La
Méditerranée, un modèle spatial de référence ? », Géoconfluences, mars 2004.
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