Mots
Dominique Maingueneau, L'analyse du discours, introduction aux
lectures de l'archive
† Denise Maldidier
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Maldidier Denise. Dominique Maingueneau, L'analyse du discours, introduction aux lectures de l'archive. In: Mots, n°29,
décembre 1991. Politique et sport. Retours de Chine. pp. 108-110;
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Dominique MAINGUENEAU, L'analyse du discours, introduction
aux lectures de l'archive, Paris, Hachette Université, 1991, 268 p.
Dès 1976, D. Maingueneau, par l'Initiation aux méthodes de
l'analyse du discours, faisait connaître à un large public la discipline
encore toute jeune. Avec Nouvelles tendances en analyse du
discours, quelque dix ans plus tard, il présentait les réorientations
d'une AD en pleine mutation. Son dernier livre tente, dans une
vaste synthèse, l'aggiornamento rendu nécessaire par l'évolution
de la discipline.
Celui-ci est une refonte des ouvrages précédents, qui vise, par
reprises, remaniements et ajouts, à intégrer les nouvelles approches
de l'AD, tout en repensant son objet. Au-delà de l'introduction
(chap. 1), D. Maingueneau a conçu son ouvrage sous la forme
d'entrées qui sont autant de voies d'accès au discours : « Mots »,
« Paraphrases », « Enonciation », « Pragmatique », « Cohérence
discursive ». Ce plan reprend, avec élégance, celui du premier
volume. Il permet à l'auteur d'intégrer, au fil des évolutions de
la linguistique, la multiplication des méthodes qui s'offrent à l'AD.
De cette organisation, pédagogiquement payante, la problématique
ne peut cependant que pâtir : atomisation des concepts dans la
dispersion des chapitres, glissements notionnels.
J'insisterai sur le premier chapitre « L'archive », qui propose
des clefs pour la théorisation de l'AD.
D. Maingueneau ouvre la réflexion par un retour sur « les
conditions d'émergence de l'AD » dans la conjoncture française
des années 1960. Nouveauté importante par rapport au précédent
livre, celle-ci est présentée comme l'émergence d'« un projet
althussérien » (p. 11-14). L'AD « française » dont parle
D. Maingueneau est clairement désignée par ses « trois principaux
lieux de manifestation » : autour de Jean Dubois à Nanterre,
autour de Michel Pêcheux et de son laboratoire de Psychologie
sociale, au Centre de lexicologie (aujourd'hui lexicométrie)
politique de TENS de Saint-Cloud. Plus nettement encore qu'en 1976,
D. Maingueneau marque ici le passage historique et pratique entre
des études centrées sur les mots et ce qui, sous le nom d'AD,
allait plus largement prendre en compte la matérialité langagière.
Dans un second temps, D. Maingueneau fait retour sur le champ
conceptuel et les démarches (p. 14-24). Pour lui, l'AD, sans cesse
menacée dans son identité, doit assurer le « recentrage de son
objet ». Il faut donc, dans une « nébuleuse » en perpétuel
mouvement, re-définir, re-tracer les frontières propres de l'AD, celle
qui, malgré la diversité de ses formes, veut continuer à se penser
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dans la filiation de la discipline des années 1960. D. Maingueneau
procède donc à un remaniement conceptuel dont l'élément le plus
spectaculaire est l'introduction du terme « archive », présent dès
le sous-titre « introduction aux lectures de l'archive ». Pour
D. Maingueneau, l'archive est « l'objet pertinent de l'AD » : celle-
ci travaille donc sur des domaines de prédilection, l'écrit
institutionnel, les « discours autorisés qui supposent un rapport aux
fondements et aux valeurs » (p. 22). Tout ce remaniement pose
un certain nombre de questions : sur l'efficace des termes introduits
(quel rapport entre « archives » et « corpus », terme souvent cité,
toujours éludé ?) ; sur la co-existence entre concepts venus de
Michel Pêcheux et termes de tonalité foucaldienne ; sur des
glissements qui font passer par exemple de V« interdiscours » à
l'« intertextualité » ; sur les incertitudes, surtout, qui se nouent
autour de la question du sujet. Ainsi, quand D. Maingueneau,
comme dans son précédent livre, dissocie les deux termes de la
problématique formulée par J. Authier : « hétérogénéité
constitutive et hétérogénéité montrée ». Ainsi, quand il passe, même si
c'est pour les distinguer, de la paraphrase (processus de formation
du sens dans la formation discursive) au paraphrasage, métadiscours
du sujet.
D. Maingueneau propose enfin, en une réflexion nouvelle,
l'esquisse d'une typologie des AD qui n'a rien de formel mais se
fonde sur les visées problématiques des ta vaux d'AD.
Particulièrement suggestives à mes yeux les pages qui opposent l'approche
analytique (réaliste ou représentative) de chercheurs tentant, avec
l'AD, la mise en évidence des points de faille ou d'inconsistance
sous la cohésion imaginaire des textes, et l'approche intégrative
qui « appréhende l'archive dans la complexité d'un fonctionnement
globalisant ». On regrettera cependant qu'une telle typologie reste,
faute d'exemples, mystérieuse.
Cette remarque ponctuelle rejoint la question de la lisibilité du
livre de D. Maingueneau Elle pose une question plus large encore :
que peut-il en être de la vulgarisation d'une discipline de recherche
telle que l'AD ? Je l'ai suggéré, le livre hésite entre le manuel
et la synthèse reflexive. Il hésite aussi entre l'histoire et la non-
histoire, sans cesse conduit à annuler l'historicité fondamentale de
son objet dans une présentation descriptive. D. Maingueneau a
choisi une formule qui par définition ne fonctionne qu'à l'ajout.
« Archive » est l'ajout non problématisé de son dernier livre.
Articulation à Foucault ? A Habermas (jamais cité) ? Pour m'en
tenir à une problématique que je connais bien, je ressens comme
un manque l'absence de la réflexion menée au début des années
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1980 dans le groupe Analyse de discours et lectures d'archivé
(ADELA) ou des travaux d'analyse de discours orientés vers
l'historicité des textes.
C'est que dans ce livre de synthèse l'histoire n'est jamais que
le décor dans lequel naît et évolue l'entité AD. Du coup,
l'intelligibilité de son émergence, et corrélativement de son
évolution, risque bien d'échapper. Alors que nombre de mots du
livre : « discours », « interdiscours », « événement », « archive »,
« corpus », « hétérogénéité »...sont lourds des articles et des
polémiques dont ils sont issus, le lecteur ne verra de l'AD que le
moment de l'émergence et celui de la nébuleuse. Et il ignorera
tout des protagonistes ! Celui qui dès 1966 travaille à «
l'articulation de la Linguistique, de la Psychanalyse et du Matérialisme
historique » (cf. Les Cahiers pour l'analysé), en commençant à
élaborer le concept de « discours » et, corrélativement, un «
dispositif de lecture non subjective », l'althussérien Michel Pêcheux
n'est pas nommé quand il est question du « projet althussérien »,
pas plus que n'est mentionné l'article de J.-J. Courtine «
L'instituteur et le militant », qui esquisse l'étude du rapport entre l'AD
et la « lecture symptômale » d'Althusser. Comme si l'AD n'avait
pas été un enjeu épistémologique ! Quasi effacé du premier
chapitre, Michel Pêcheux est « relégué » dans l'analyse automatique
du discours, elle-même réduite à un appareillage technique ; il est
« éclaté » au hasard des thèmes et au mépris de la chronologie
(cf., p. 152, l'exposé le plus complet de sa théorie, un résumé
des Vérités de La Palice, 1975, venant « après » un texte de 1981,
une citation de J.-J. Courtine qui, précisément, retravaille à partir
des concepts de M. Pêcheux). Tout cela pose le redoutable
problème de la compréhension d'une problématique.
Un livre difficile à faire ! Utile pour ceux qui sauront le lire.
Denise Maldidier
Michel PECHEUX, L'inquiétude du discours, textes choisis et
présentés par Denise Maldidier, Paris, Cendres,1990, 334 p.
Fidélité. Le mot vient immédiatement à la pensée en lisant le
livre que Denise Maldidier a consacré à l'itinéraire intellectuel de
Michel Pêcheux. Inventeur d'idées, celui-ci n'a cessé, depuis sa
rencontre déterminante avec Althusser dans les années 1960 jusqu'à
sa mort en 1983, de tourner et retourner les concepts, et de
labourer, à l'orée de la philosophie, de la politique, de la
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