Dans les cités de l'antiquité, l'élection est à l'origine un concept et une pratique
aristocratiques ; le choix des membres du peuple pour l'exercice de la fonction de
magistrat (de « commandeur ») s'effectue normalement par tirage au sort et non pas
par vote ou élection.
Contrairement à une idée reçue en France (liée à la place de Révolution comme rupture
radicale dans l'histoire politique), les pratiques électives prolifèrent en Occident tout
au long du Moyen Âge1 et, dans une moindre mesure, à l'époque moderne2. Elles ont
une place très importante dans l'Église catholique, puisque les évêques sont
traditionnellement élus « par le clergé et par le peuple » (en fait par les chanoines des
églises cathédrales), les abbés par le chapitre monastique et les papes, à partir de la
[réforme grégorienne], par les cardinaux3. Les institutions municipales, les
corporations, les assemblées représentatives de toutes sortes procèdent à des
élections4.
Alors que la légitimité monarchique — repose sur le droit divin — a largement
supplanté la conception aristocratique républicaine, l'élection du souverain perdure
cependant pour la désignation de l'empereur par les princes de Saint-Empire romain
germanique.
Avec la contestation de la légitimité monarchique et particulièrement de celle de la
monarchie absolue, le Siècle des Lumières et l'avènement du libéralisme sous ses
multiples formes (philosophique, politique, économique, etc.) conduit à réintroduire et
à retravailler le concept d'élection. Néanmoins, à l'époque révolutionnaire, l'élection,
en tant que modalité de désignation des dirigeants politiques, n'est pas considérée
comme démocratique par excellence. Ainsi, le tirage au sort y est encore envisagé
comme une modalité crédible de désignation des gouvernants. Par ailleurs, certains
des « grands fondateurs » des principaux régimes démocratiques-libéraux actuels
considéraient les structures institutionnelles prévalant aujourd'hui encore dans ces
régimes comme antinomiques d'un régime démocratique, dans la mesure où elles
reposent sur l'idée de représentation (et donc sur l'élection). Ainsi, James Madison, l'un
des Pères Fondateurs, pouvait écrire, à propos de la représentation, qu'elle permet «
d'épurer et d'élargir l'esprit public par l'intermédiaire d'un corps choisi de citoyens dont
la sagesse est le mieux à même de discerner le véritable intérêt du pays et dont le
patriotisme et l'amour de la justice seront les mêmes susceptibles de sacrifier cet
intérêt à des considérations éphémères et partiales5 ». En France, l'abbé Sieyès s'est
notamment rendu célèbre pour ses discours enflammés contre la démocratie, et sa
défense acharnée de la représentation, conçue comme un régime politique particulier,
et non comme une variante de la démocratie. D'autres conceptions, appuyées
notamment sur la pensée de Rousseau, défendent a contrario « la » démocratie,
conçue comme la participation la plus directe du peuple aux affaires publiques. En
France, ces conceptions demeurent à peu près les mêmes jusqu'à la Révolution de
1848, qui instaure le suffrage universel masculin, ce qui amène une évolution
importante des conceptions intellectuelles du terme « démocratie », qui évolue vers sa
conception actuellement dominante dans les sociétés occidentales, tout en restant
extrêmement discutée. C'est la Troisième République qui, en ré-instituant le suffrage
universel masculin, et en s'imposant dans la durée, finit par amener une synthèse entre
la « Représentation », dont les institutions demeurent peu ou prou les mêmes que sous
la Révolution, et la démocratie, considérée comme assurée par le suffrage universel
masculin, et donc par amener l'association entre la notion d'élection et le régime
démocratiques. Néanmoins, il reste d'usage, jusqu'à l'époque moderne, de parler de
démocratie représentative, plutôt que de démocratie tout court, lorsque les institutions
reposent sur le suffrage comme mode de désignations des dirigeants politiques. Ce
qu'on appelle aujourd'hui la démocratie directe -l'expression étant discutée-
correspond donc à la conception révolutionnaire du terme démocratie.