UFR : Sciences Economiques et Sociales
Département : Sciences Juridiques
Mention : Droit des Affaires
Niveau : Master 1
Séminaires de Droit International Privé
Présentés par : Chargé de séminaires
Ibrahima NDIAYE Dr. Abdoulaye DIALLO
Bator NIANG
Pape Amadou FALL
Sujet 1 : Les fondements du droit international privé
Introduction :
Les relations entre particuliers peuvent se nouer ou se dénouer tant au niveau
interne qu’international (se marier ou divorcer avec une personne de nationalité différente,
travailler à l’étranger, partir en vacances…). Le droit qui encadre ces relations se subdivise alors
en droit national ou interne et en droit international. Le droit international est composé de règles
ayant pour objet de régir toutes relations internationales impliquant les États et les particuliers. Il
peut être public ou privé.
Le droit international public est l’ensemble des règles qui organisent les relations entre les États.
Le droit international privé est l’ensemble des règles qui organisent les relations entre personnes
privées (personnes physiques, sociétés, organisations non gouvernementales) de nationalités
différentes. Le DIP est un droit international par opposition au droit interne et un droit privé par
opposition au droit public.
Le droit international privé permet ainsi d’apporter une réponse aux litiges présentant un élément
d’extranéité : domicile des parties, nationalité des intéressés, lieu de situation d’un bien ou encore
lieu d’exécution d’une obligation. Le DIP, comme toutes les autres matières a un fondement.
C’est en ce sens que s’inscrit le sujet : « les fondements du droit international privé ».
Dans une première approximation, le droit international privé peut être défini comme la branche
du droit positif qui a pour objet les relations internationales entre personnes privées.1 Et on entend
par fondement, la base, la pierre angulaire….
Ainsi, pour une meilleure analyse de ce sujet, il serait judicieux de poser la question de savoir :
quels sont les fondements du droit international privé ?
Répondre à cette question, revient à mettre l’accent sur le domaine du DIP (la nationalité, la
condition des étrangers, les conflits de lois et de juridictions), ses méthodes (celle conflictuelle et
celle d’élaboration de règles substantielles) ainsi que ses sources. Mais pour des soucis de
cohérence, nous allons seulement voir le domaine et les méthodes du DIP.
Ce sujet est d’une importance capitale car il nous permet de cerner les contours de la matière. Car
la présentation du droit international privé comme le droit applicable aux sujets de droit privé
projetés dans des rapports internationaux, renferme en elle-même le domaine d’une telle
discipline : personnes privées – relations internationales. Il met aussi en concurrence des normes
1
Bernard Haftel, Droit international privé, Lefebvre Dalloz, 3ème Edition, 2023, p.1.
émanant d’ordres juridiques différents que le juge saisi d’un litige affecté d’un élément d’extranéité
se doit avant toute décision sur le fond de répondre à une question préjudicielle : quelle est la loi
étatique la plus apte pour encadrer le conflit ?
Au regard de tout ce qui précède et pour une meilleure analyse de ce sujet, nous allons voir dans
un premier temps le domaine du DIP (I) et dans un second temps les méthodes du DIP (II).
I. Le domaine du droit international privé
La situation internationale fait intervenir le droit international privé s’il se pose des questions liées
à la condition des étrangers et à la nationalité des uns et des autres dans un premier temps (A) ou
s’il y a conflit de lois, de juridictions dans un second temps (B). Il s’agit là des quatre domaines du
droit international privé.
A. Les sujets du droit international privé
L’expression est aujourd’hui universellement employée. Elle peut sommairement être définie
comme l’ensemble des règles juridiques ayant pour objet de régler les relations internationales
entre personnes privées. Ainsi, le droit international privé s’oppose-t-il au droit international public
dont l’objet est de régir les personnes publiques ayant une activité internationale (l’Etat, les
organisations internationales…). Le droit international privé s’explique par le fait qu’aucun Etat
ne vivant en autarcie, les personnes privées ont également besoin de nouer des rapports avec des
personnes appartenant à d’autres Etats. Ces rapports internationaux, qui ne différent pas de ceux
qui se nouent au plan interne, nécessitent un traitement particulier. Il s’agit d’une part, de la
condition des étrangers et de de la nationalité.
Ainsi, Concernant la nationalité, elle désigne le lien juridique qui existe entre une personne et un
État. Elle est régie par des règles matérielles dites unilatérales. Seul le droit d’un pays, par exemple
du Sénégal, peut dire dans quelle mesure un individu a ou non sa nationalité sans être en mesure
de dire dans quelle mesure une personne à une autre nationalité. Quoiqu’il en soit, il faut préciser
que la nationalité est une institution de droit public car elle régit les rapports entre les individus et
un État. Leurs droits dans cet État résultent de ce lien. Cependant, plusieurs arguments militent en
faveur de l’appartenance de la nationalité au DIP. En fait, c’est un élément de l'état des personnes.
Son contentieux relève exclusivement des juridictions de droit commun. De même, souvent les
systèmes de solution des conflits de loi font une place très importante à la loi nationale. La
nationalité est utilisée comme critère de rattachement.
Pour ce qui est de la condition des étrangers, elle se rapporte à la détermination des prérogatives
des étrangers sur un territoire donné. Ceci touche à de multiples problèmes : droit d'entrée, droit de
séjour (questions administratives), droit de vote (question politiques), droit d’exercer un commerce,
nom, domicile, filiation, accès à l’emploi (droit privé).
Le champ d'application du droit international privé, au-delà des personnes privées, se limite aussi
aux relations internationales. En droit international privé, la nature internationale d'un conflit est
exprimée sous le vocable d’« élément d'extranéité ». L'élément d'extranéité conférant au litige sa
dimension internationale, peut se présenter objectivement ou subjectivement. L'internationalité
d'un conflit est objective lorsque le juge du for se trouve devant un litige qui, de par ses traits
caractéristiques, fait intervenir deux ou plusieurs ordres juridiques. A titre illustratif, l'on peut
relever l'hypothèse d'un divorce sollicité devant le juge sénégalais et opposant une malienne a un
guinéen. Sous ce rapport, la nature foncièrement internationale d'un tel différend présume chez le
juge sénégalais l'éventualité de l'application d'une loi autre que celle de son for.
En marge du caractère objectif du litige international, l'élément d'extranéité en droit international
privé peut se manifester également sous un visage subjectif. La subjectivité de la relation
internationale s'établit en fonction de la variabilité de l'élément d'extranéité selon le juge national
saisi.
En outre, le domaine du droit international privé peut se comprendre avec les conflits pouvant
naitre sur ce droit.
B. Conflits de lois et de juridictions
La situation internationale fait intervenir le DIP s’il y a conflit de lois, de juridictions.
En effet, il y a conflit de lois lorsque les lois de plusieurs Etats ont vocation à s'appliquer à une
relation internationale quand il y a des points de contact avec les ordres juridiques de ces Etats.
Pour qu'il y ait conflit de lois, il faut au préalable un postulat de dissociation entre compétence
juridictionnelle et compétence législative. Autrement dit, il faut admettre que le juge d'un État
puisse appliquer à une relation internationale la loi d'un autre Etat. Si l'on n'admet pas cela, le droit
international privé se réduit à un conflit de juridictions. Le juge compétent ne va pas nécessairement
appliquer la loi de son propre État. Cela vise à préserver les droits acquis des sujets de droit.
Toutefois il peut arriver un problème relatif à la loi de rattachement, et pour déterminer la loi de
rattachement des méthodes ont été prodiguées. Il en résulte de fait : la méthode substantielle et la
méthode de conflits. Les règles matérielles de droit international privé donnent directement la
solution au fond. Elles s'appliquent directement aux relations internationales sans passer par la
résolution d'un conflit de lois. La règle de conflit de lois, quant à elle, n’apporte pas de solution
directe mais se contente de désigner le système juridique qui sera appliqué à la relation en cause.
C’est une règle indirecte : elle désigne simplement le droit et une fois le système juridique désigné,
on appliquera les règles matérielles internes de ce système juridique. Elle est réalisée par les Etats
qui définissent les règles applicables en cas de relation internationale privée. D’où la règle
matérielle donne la règle substantielle et la règle de conflit de lois est une méthode de désignation
uniquement.
Quant au conflit de juridiction, ce type de conflit existe dès l'instant que pour un litige donné les
juges de 2 Etats ont vocation à être compétents pour en connaître. C'est le cas lorsque la procédure
présente des points de contacts avec au moins 2 pays.
En principe, chaque Etat détermine souverainement la compétence internationale de ses juges. On
peut imaginer en théorie qu'un État donne une compétence universelle à ses juges : la demande est
alors accueillie dans le pays alors même qu'il n'y a aucun point de contact. Cela existe en matière
de violation grave des droits de l'Homme, notamment en Espagne.
La notion de conflit de juridictions concerne aussi la circulation des jugements. Le principe est là
aussi que chaque Etat est souverain pour accueillir ou non un jugement rendu par un autre État. Par
ailleurs, Le conflit de juridictions est nécessairement préalable à la résolution du conflit de lois. Il
n'empêche que le juge déclaré compétent applique sa propre loi. Donc quand le juge applique sa
propre loi, on appelle cela la lex fori (loi du juge saisi). Il faut aussi signaler qu’il n’existe pas de
juridiction internationale de droit privé.
II. Les méthodes du DIP
Elles comportent des règles de nature très différentes. Les premières sont des règles de droit de
facture classique, il s'agit des règles matérielles (A). Les secondes s'inscrivent dans la méthode des
conflits de lois (B) qu'elles court-circuitent puisqu'elles interviennent préalablement à leur mise en
œuvre.
A. La méthode d’élaboration de règles substantielles
Elles ressemblent à des règles de droit ordinaire, mais elles sont originales car elles ne s'appliquent
qu'aux relations internationales. Elles constituent la méthode directe en droit international privé.
Cette méthode sert de complément à la méthode des conflits de lois qu'elle ne concurrence pas.
Une partie de la doctrine est pourtant favorable à cette méthode notamment parce qu'elle répond
mieux aux besoins du commerce international. Le domaine de ces règles reste relativement
spécialisé. Ces règles ont soit une origine nationale, soit une origine internationale.
Les règles matérielles du droit international privé sont des normes qui régissent les relations
juridiques entre des personnes ou des entités de nationalités différentes. Contrairement aux règles
de conflit de lois, qui déterminent quelle loi nationale s'applique à un cas donné, les règles
matérielles traitent des droits et obligations substantiels des parties. Elles donnent directement la
solution au fond. Elles s'appliquent directement aux relations internationales sans passer par la
résolution d'un conflit de loi. Voici quelques aspects clés des règles matérielles en droit
international privé :
Contrats internationaux : Les règles matérielles peuvent définir les droits et obligations des
parties dans le cadre de contrats internationaux, y compris les conditions de formation,
d'exécution et de résiliation des contrats.
Responsabilité civile : Elles régissent les questions de responsabilité en cas de dommages
causés à autrui, en précisant les conditions dans lesquelles une personne peut être tenue
responsable dans un contexte international.
Statut personnel : Les règles matérielles peuvent également concerner le statut personnel
des individus, y compris le mariage, le divorce, la filiation et l'adoption, en tenant compte
des lois des différents pays impliqués.
Droit de la famille : Les règles relatives aux relations familiales, telles que la garde des
enfants et les obligations alimentaires, sont également des aspects importants des règles
matérielles en DIP.
Droit des successions : Les règles matérielles peuvent déterminer comment les biens d'une
personne décédée sont répartis entre les héritiers, en tenant compte des lois applicables dans
les différents pays concernés.
Droit des sociétés : Les règles matérielles peuvent également s'appliquer aux sociétés et aux
entreprises opérant à l'international, en régissant des questions telles que la création, la
gestion et la dissolution des sociétés.
Droit de la propriété : Les règles concernant la propriété, y compris la propriété immobilière
et mobilière, sont également essentielles en DIP, car elles déterminent comment les droits
de propriété sont reconnus et protégés à l'échelle internationale.
Ces règles sont souvent influencées par des conventions internationales, des traités, ainsi que par
la jurisprudence et la doctrine. Elles visent à harmoniser les différentes législations nationales et à
faciliter les relations juridiques transnationales.
B. La méthode conflictuelle
La règle est bilatérale : elle peut indifféremment aboutir soit à la désignation de la loi nationale,
soit à celle de la loi étrangère.
On recherche le pays ayant le lien le plus étroit avec la situation. Il s'agit de faire apparaître un
critère de rattachement (lieu de situation du bien, nationalité...), qui permet de rattacher une
situation à un ordre juridique donné. Lorsque le litige porte sur un droit réel, le critère de
rattachement sera le lieu de situation du bien. Chaque catégorie de droits (biens, contrats, délits...)
détient son propre critère de rattachement, et donc sa propre règle de conflit de lois. Cela
correspond à la méthode du raisonnement conflictuel Savignien.
La méthode conflictuelle en droit international privé est une approche qui vise à résoudre les
conflits de lois qui peuvent survenir lorsque des situations juridiques impliquent plusieurs systèmes
juridiques nationaux. Cette méthode est essentielle pour déterminer quelle loi nationale doit
s'appliquer à un cas donné. La règle de conflit de loi n'apporte pas de solution directe mais se
contente de désigner le système juridique qui sera appliqué à la relation en cause. C'est une règle
indirecte, elle désigne simplement le droit et une fois le système juridique désigné, on appliquera
les règles matérielles internes de ce système juridique. Il existe des caractéristiques et étapes qui
permettent de distinguer la méthode conflictuelle en droit internationale privé :
Identification du conflit :
La première étape consiste à identifier les éléments de fait qui créent un conflit entre différentes
législations. Cela peut inclure des situations telles que des contrats internationaux, des mariages
entre personnes de nationalités différentes, ou des litiges en matière de responsabilité civile.
Qualification juridique :
Une fois le conflit identifié, il est nécessaire de qualifier juridiquement les faits. Cela signifie
déterminer la nature juridique de la question en jeu (par exemple, s'agit-il d'un contrat, d'une
question de statut personnel, etc.) afin de savoir quelles règles de conflit de lois peuvent s'appliquer.
Règles de conflit de lois :
Chaque système juridique dispose de règles de conflit de lois qui déterminent quelle loi nationale
est applicable. Ces règles peuvent varier d'un pays à l'autre et peuvent être basées sur des critères
tels que la nationalité des parties, le lieu de conclusion du contrat, ou le lieu où le dommage a eu
lieu.
Application de la loi choisie :
Une fois la loi applicable déterminée, il faut l'appliquer aux faits du cas. Cela implique d'examiner
les dispositions de la loi choisie et de les interpréter en fonction des circonstances spécifiques de
l'affaire.
Résolution du litige :
Enfin, la méthode conflictuelle aboutit à une résolution du litige en appliquant la loi déterminée.
Cela peut se faire par le biais d'une décision judiciaire ou d'un arbitrage, selon le contexte.
Harmonisation et conventions internationales :
Dans certains cas, des conventions internationales, comme celles élaborées par la Conférence de
La Haye, peuvent fournir des règles harmonisées pour résoudre les conflits de lois dans des
domaines spécifiques, facilitant ainsi l'application des règles de conflit.
La méthode conflictuelle est donc un outil fondamental en droit international privé, permettant de
naviguer dans la complexité des systèmes juridiques nationaux et d'assurer une certaine
prévisibilité et sécurité juridique dans les relations transnationales.
Sujet 2 : Les sources du droit international privé
Introduction :
Le caractère international d’une relation entre personnes privées a rendu nécessaire la naissance
d’un droit international privé. En effet, chaque État dispose d’un système juridique spécifique
composé de règles qui régissent les comportements des hommes entre eux sur son territoire. Mais,
à tout moment un ressortissant d’un pays peut quitter ses frontières nationales pour entrer en contact
avec l’étranger et c’est en cela que des difficultés peuvent surgir en raison de la souveraineté des
États et du principe de la territorialité des lois étatiques. Le DIP intervient alors pour apporter une
solution à ces difficultés.
C’est ainsi que le DIP aura pour finalité de parvenir à une harmonie des solutions, malgré la
diversité des ordres juridiques, d’assurer la continuité juridique d’un État à l’autre. Il cherche á
déterminer le système juridique qui va régir les rapports juridiques entre les sujets de droit. Ce
système juridique déterminera quels seront les droits à exercer et comment les exercer. Il puise ses
solutions dans diverses sources.
C’est en ce sens que s’inscrit le sujet : « les sources du droit international privé ».
Défini comme : « le droit spécial, applicable aux personnes privées impliquées dans des relations
juridiques internationales2 », le droit international privé serait ainsi la matière juridique qui
encadrerait « les effets sur les relations privées du phénomène de la frontière3 ». Ainsi, les sources
du DIP peuvent être définies comme l’ensemble des règles juridiques applicables aux personnes
privées impliquées dans les relations internationales.
Ainsi, pour mieux cerner les contours du sujet, il serait opportun de poser la question de savoir :
quelles sont les sources du droit international privé ?
Répondre à cette question revient à mettre l’accent sur l’ensemble des règles juridiques qui
s’appliquent aux personnes privées dans les relations internationales. Coexistent en effet des
sources internes du droit international et des sources internationales.
2
P. MAYER et V. HEUZE, Droit international privé, Montchrestien, 9e éd., 2007, p. 2.
3
M.-L. NIBOYET et G. de GEOUFFRE de la PRADELLE, Droit international privé, LGDJ, 2e éd., 2009, p. VI.
Ce sujet est d’une importance capitale dans la mesure où il nous permet de savoir que les sources
sont multiples et variées, mais hiérarchisées. Il nous montre aussi la place qu’occupent la
jurisprudence et la doctrine dans les sources du DIP. Les sources jouent un rôle très important car
elles font parties des fondements même du DIP.
De ce fait, pour mieux comprendre ce sujet, nous allons voir dans un premier temps les sources
nationales du DIP (I) et celles internationales (II) dans un second temps.
I. Les sources nationales du droit international privé
Comme toute branche du droit, les sources internes du droit international privé se sont
historiquement construit de façon autonome et indépendant. Il plongeait ses racines primitives dans
la loi (A) mais aussi dans les autres sources internes telles que la jurisprudence et la doctrine(B).
A. La source nationale du droit international privé
La loi est traditionnellement considérée par le juriste comme la source la plus éminente du droit
positif, il n’en va pas de même en droit international privé. Mais toujours le législateur cherche a
donné une attention particulière à ce droit. Par exemple au Sénégal le droit international privé peut
se lire à travers la loi n° 61-10 du 7 mars 1961 relative au Code de la nationalité. Par le biais du
Code de la nationalité, le législateur informe sur les conditions d’acquisition ainsi que de perte de
la nationalité sénégalaise, permettant d’assimiler par voie de conséquence toutes personnes ne
présentant pas de telles qualités à des étrangers. Cependant, certains étrangers sont exclus des
champs du code de la nationalité4. D’ailleurs c’est dans cette ordre d’idée que s’inscrit l’article
8405 de la famille aborde. Toujours dans la perspective d’inventaire des sources nationales du droit
international privé sénégalais, la démarche du législateur est assez singulière en matière familiale.
On peut le noter à travers les articles 840 à 854 du code de la famille relative à une codification des
règles de conflits de lois et de juridictions aussi bien en droit extrapatrimonial que patrimonial en
droit de la famille. Cette codification du droit international privé en matière familiale a pour
corollaire de rigidifier cette discipline en ce que le juge sénégalais se trouve encerclé par les
principes dégagés dans les articles 840 à 854 du Code de la famille. Par ailleurs on peut retrouver
4
Loi n° 71-10 du 25 janvier 1971 et le décret 71-860 du 28 juin 1971 ayant trait aux conditions d’admission, de séjour
et d’établissement des étrangers.
5
: « au même titre que les nationaux, les étrangers jouissent au Sénégal des droits résultant du présent Code (Code de
la famille) ».
les sources international privé en droit Sénégalais dans le code des obligations civiles et
commerciales, dans la loi du 25 janvier 2008 relative aux droits d’auteurs et droits voisins ou encore
dans le code de la procédure civile. En effet, dans le COCC, les articles 82 et 185 renferment
implicitement des aspects relatifs au droit international privé. En effet, si l’article 82 COCC
s’évertue à informer que la loi applicable au contrat est celle relative au lieu de sa formation,
l’article 185 COCC quant à lui limite la validité des clauses monétaires aux paiements
internationaux.
S’agissant de la loi du 25 janvier 2008 relative au droit d’auteur et autres droits voisins, les articles
153 à 155 renvoient expressément au droit international privé. Il en est ainsi, de la condition des
étrangers créateurs d’œuvres sur le territoire sénégalais, de la loi compétente pour la protection du
droit d’auteur, du principe de réciprocité…
En marge de la loi du 25 janvier 2008 relative au droit d’auteur et autres droits voisins, les sources
internes du droit international privé peuvent s’observer aussi autour du Code de procédure civile
qui organise, en partie, le droit des conflits de juridictions au Sénégal. Il en est ainsi des articles 34
à 36 dudit code relatifs à la compétence territoriale des juridictions ou encore de l’article 787 qui
encadre les conditions de l’exequatur.
Contrairement à la législation française où la jurisprudence, face à l’insuffisance de textes, a
constitué la source majeure du droit international privé. Les tribunaux, parfois dépourvus de
normes précises et codifiées, ont dû élaborer un système de règles permettant de donner vie à la
discipline, le législateur Sénégalais s’est montré plus qu’ambitieux puisqu’il s’est attaché à
déterminer dans le détail chacune des solutions de conflits. Et si l’on saura gré aux codificateurs
de donner ainsi aux plaideurs et aux juges une plus grande certitude, on regrettera que le cadre
rigide proposé à l’interprète n’autorise guère l’adaptation et l’évolution d’un droit pourtant loin
d’avoir atteint sa pleine maturité.6
À côté de la loi, existe d’autres sources internes du droit international privé.
B. Les autres sources nationales du droit international privé
La loi joue un rôle un peut limiter en droit international privé ce qui peut expliquer le rôle très
important des autres sources du droit international privé à savoir la jurisprudence et la doctrine. La
6
(P. BOUREL, Le nouveau droit international privé sénégalais de la famille, Revue sénégalaise de droit 1973, second
semestre, p. 8
jurisprudence joue un rôle très important dans le droit international privé. Si nous prenons le cas
du Sénégal, lorsque dans les juridictions nationales, la règle de conflit désigne une loi étrangère, il
y a eu lieu de faire application des dispositions de l’article 850 du code de la famille qui dispose
que : « Le contenu de la loi étrangère est établi devant les juridictions sénégalaises, par tous
moyens, par le plaideur qui s'en prévaut et au besoin, à la diligence du juge.
Ce dernier peut faire état de sa connaissance personnelle d'une loi étrangère considérée comme un
fait général accessible à tous.
Les juges du fond vérifient le sens et la portée des lois étrangères.
En cas de défaillance de la loi étrangère parce qu'elle ne peut être prouvée, ou que les parties y
renoncent, la loi sénégalaise reçoit application ».
Même les conflits de juridictions sont d’origine jurisprudentielle Il n’est presque aucun problème
de droit international privé qui n’ait donné lieu à jurisprudence au point d’ailleurs que les solutions
adoptées par le législateur ont parfois été sévèrement critiquées pour ne pas respecter la cohérence
de l’édifice normatif construit patiemment par les juges... Ce renversement de l’ordonnancement
traditionnel des sources en dépit de l’avènement d’un droit contemporain nettement plus encadré
par la loi et les traités est assez spectaculaire pour être souligné. Il faut toutefois convenir que le
rôle des juges s’explique aussi par le dialogue particulièrement fructueux qu’ils ont su entretenir
avec la doctrine qui en souligne le bien-fondé ou en dénonce les limites ou les dangers.
Le rôle de la doctrine est traditionnellement plus important en droit international privé qu’en
d’autres branches du droit. On en trouve des illustrations ponctuelles célèbres, telle la consultation
donnée au XVIe siècle par le jurisconsulte Dumoulin aux époux de Ganey, qui fit avancer de façon
décisive la réflexion sur la règle de conflit applicable aux régimes matrimoniaux. Plus récemment,
c’est bien à la doctrine que l’on doit l’affinement de concepts aussi fondamentaux pour le droit
international privé que la fraude à la loi, l’effet atténué de l’ordre public, ainsi que les réflexions
les plus poussées7. Sur les conflits de qualification ou le renvoi Au demeurant, nombreux sont les
arrêts de la Cour de cassation qui reprennent purement et simplement certaines formulations
données par les auteurs. La doctrine internationaliste se signale donc par son rôle de « force
créatrice », selon l’expression qu’employait Bruno Oppetit pour qualifier le droit international
privé de droit « savant ». Cette importance de la doctrine tient au caractère souvent abstrait et
7
Pour la démonstration, cf. H. Muir Watt, « Les principes généraux en droit international privé français », Revu écrit.
DIP 1997.403 et s.
spéculatif des problèmes théoriques posés par le droit international privé. Elle vient aussi de sa
capacité à formuler des raisonnements et des solutions dont les magistrats peuvent éventuellement
s’inspirer. La doctrine joue d’ailleurs un rôle non négligeable dans l’élaboration de nombreuses
normes de source internationale.
II. Les sources internationales du DIP
Les sources internationales du DIP sénégalais peuvent être étudiées à travers les traités
internationaux (A) et les règles communautaires (B).
A. Les traités internationaux
Les sources internationales du droit international privé (DIP) sénégalais sont variées et
comprennent plusieurs types de documents et d'instruments juridiques.
Conventions internationales :
Le Sénégal est parti à plusieurs conventions internationales qui régissent des aspects spécifiques
du droit international privé. Parmi celles-ci, on trouve :
Les Conventions de La Haye : Le Sénégal a ratifié plusieurs conventions de La Haye, notamment
celles concernant la loi applicable aux obligations contractuelles, la reconnaissance et l'exécution
des décisions judiciaires, et la protection des enfants.
Les conventions régionales : Le Sénégal est membre de l'Union Africaine et de la CEDEAO
(Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), qui ont adopté des instruments
juridiques influençant le DIP dans la région.
Traités bilatéraux et multilatéraux :
Le Sénégal a signé divers traités bilatéraux et multilatéraux avec d'autres États, qui peuvent
contenir des dispositions relatives au droit international privé, notamment en matière de
coopération judiciaire, d'extradition, et d'entraide judiciaire. Les sources internationales du droit
privé international sénégalais se manifestent par le biais de traités multilatéraux ou bilatéraux.
Comme traité multilatéral, l’on peut citer : la Convention générale de coopération en matière de
justice entre les Etats de l’Union malgache et africaine du 12 avril 1961 ratifiée par la loi n° 62-21
du 20 février 1962 et intégrée dans l’ordonnancement juridique sénégalais par le décret n° 67-633
du 6 juin 1967. En marge de ce texte multilatéral, le Sénégal a eu à conclure de nombreuses
conventions bilatérales. Il en est ainsi de la Convention de coopération en matière judiciaire signée
avec la France en date du 29 mars 1974, de la Convention générale en matière de justice conclue
avec le Mali à la date du 8 avril 1965, de la Convention judiciaire signée avec la Gambie le 28 avril
1973…
Principes généraux du droit :
Les principes généraux du droit, reconnus par les systèmes juridiques nationaux et internationaux,
peuvent également servir de source pour le droit international privé au Sénégal. Ces principes
incluent des notions telles que la bonne foi, l'équité et la justice.
On peut citer dans ce cas les principes d’unidroit relatif aux contrats du commerce international de
2016.
A côté de ces traités internationaux, on peut citer les sources communautaires.
B. Les règles communautaires
A côté des traités internationaux, les sources internationales du droit international privé sénégalais
s’observent aussi à travers l’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des
Affaires). OHADA souvent présentée comme un droit communautaire pour autant fournie de règles
en relation avec le droit international privé. L’article 10 du Traité de l’OHADA peut servir de
caution à ces propos. Ce texte en disposant que : « les Actes uniformes sont directement applicables
et obligatoires dans les Etats Parties nonobstant toute disposition contraire de droit interne,
antérieure ou postérieure » ne semble pas effacer définitivement l’existence de conflits de lois. En
effet, l’emploi des termes « disposition non contraire » dans le dispositif de l’article 10 dudit Traité
autorise à croire que l’OHADA laisse aux Etats membres le soin de légiférer dans les mêmes
champs juridiques encadrés par les Actes uniformes sous la seule réserve que de tels textes
nationaux ne dérogent pas aux normes communautaires.
L'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) joue un rôle
significatif dans le développement du droit international privé (DIP) au Sénégal. Voici un aperçu
des sources du DIP sénégalais en lien avec l'OHADA :
L'OHADA a adopté plusieurs actes uniformes qui harmonisent le droit des affaires dans les États
membres, y compris le Sénégal. Bien que ces actes soient principalement axés sur le droit
commercial, ils ont des implications importantes pour le DIP. Parmi les actes uniformes pertinents,
on trouve :
Acte Uniforme relatif au Droit Commercial Général : Cet acte régit les contrats
commerciaux et les obligations des parties, ce qui peut avoir des implications en matière de
conflits de lois dans les transactions internationales.
Acte Uniforme relatif au Droit des Sociétés : Cet acte traite des règles applicables aux
sociétés commerciales, y compris les questions de nationalité et de siège social, qui peuvent
être pertinentes dans un contexte international.
Acte Uniforme relatif à la Procédure Collectives d'Apurement du Passif : Cet acte régit les
procédures de faillite et de redressement judiciaire, ce qui peut également avoir des
implications pour les créanciers et débiteurs internationaux.
Règlements et Directives : L'OHADA peut également adopter des règlements et des
directives qui influencent le droit international privé en matière de coopération judiciaire et
d'exécution des décisions. Ces instruments visent à faciliter les échanges commerciaux et à
renforcer la sécurité juridique dans les transactions transnationales.
Jurisprudence des Cours OHADA : Les décisions rendues par la Cour Commune de Justice
et d'Arbitrage (CCJA) de l'OHADA contribuent à l'interprétation des actes uniformes et à
l'harmonisation des pratiques juridiques au sein des États membres, y compris le Sénégal.
La jurisprudence de la CCJA peut influencer la manière dont les règles de DIP sont
appliquées dans le pays.
Doctrine et Commentaires : Les travaux des juristes et des praticiens du droit qui analysent
et commentent les actes uniformes de l'OHADA enrichissent la compréhension et
l'application du DIP au Sénégal. Ces contributions académiques aident à clarifier les normes
et à proposer des solutions aux problèmes juridiques.
L'OHADA constitue une source essentielle pour le droit international privé au Sénégal, en
fournissant un cadre juridique harmonisé qui facilite les relations commerciales et juridiques entre
les États membres.
BIBLIOGRAPHIE :
OUVRAGES :
Bernard Haftel, Droit international privé, Lefebvre Dalloz, 3ème Edition, 2023.
P. MAYER et V. HEUZE, Droit international privé, Montchrestien, 9e éd., 2007.
M.-L. NIBOYET et G. de GEOUFFRE de la PRADELLE, Droit international privé, LGDJ,
2e éd., 2009.
P. BOUREL, Le nouveau droit international privé sénégalais de la famille, Revue
sénégalaise de droit 1973, second semestre.
Pour la démonstration, cf. H. Muir Watt, « Les principes généraux en droit international
privé français », Revu écrit. DIP 1997.403 et s.
LEGISLATION :
Traité de Port-Louis du 17 octobre 1993 (révisé le 17 octobre 2008 à Québec - Canada)
portant traité OHADA.
Loi n° 71-10 du 25 janvier 1971 et le décret 71-860 du 28 juin 1971 ayant trait aux
conditions d’admission, de séjour et d’établissement des étrangers.
Loi n° 72 - 61 du 12 juin 1972 portant code de la famille.
Loi n°1976-60 du 12 juin 1976 portant Code des obligations civiles et commerciales.
PRINCIPES D’UNIDROIT RELATIFS AUX CONTRATS DU COMMERCE
INTERNATIONAL 2016.
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