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R.A.D.A – Dossier spécial – Arbitrage | JUIN 2024
Revue Africaine de
Droit des Affaires
02 Panorama critique de l’arbitrage OHADA
Carole Véronique NGONO
L’autorité de la chose jugée dans l’arbitrage OHADA
11
Souleymane TOE
&
14 Les actualités de l’arbitrage maritime
Philippe DELEBECQUE
Revue Africaine
de Droit des Affaires
Revue de l’Association Juris-Intelligence
Association enregistrée sous le n° 924 347 875
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Revue africaine de droit des affaires, Dossier spécial, Juin 2024
Revue de l’association Juris-Intelligence, n° 924 347 875
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Dépôt légal : Juin 2024 ISSN 3003-1559
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Équipe de la revue africaine de droit des affaires
Directeur scientifique
Philippe Delebecque - Professeur émérite à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - France
Directeur scientifique
Souleymane Toé - Agrégé de droit privé, Professeur titulaire à l’université Thomas Sankara - Burkina-Faso
Rédacteur en chef
Mon-espoir Mfini - Membre du Themis-UM, Enseignant à l’université d’Angers - France
Rédacteur en chef adjoint
Carole Véronique Ngono - Maître de conférences agrégée à l’université de Douala - Cameroun
Directeur de publication
Dani El Habel - Doctorant contractuel à l’université d’Aix-Marseille - France
Directeur de publication
Arthur arrazola De Onate - Doctorant contractuel à l’université d’Aix-Marseille - France
Secrétaire éditorial
Christian Kuzangamana - Doctorant contractuel à l’université d’Aix-Marseille - France
Comité scientifique
Joseph Fifamè Djogbénou
Agrégé de droit privé, Professeur titulaire à l’université d’Abomey Calavi - Bénin
Koffi Laurent Mawunyo Agbénoto
Agrégé de droit privé, Professeur titulaire à l’université de Lomé - Togo
Tarik Lakssimi
Agrégé de droit privé, Professeur à l’université Lumière Lyon 2 - France
Charles Mba Owono
Agrégé de droit privé, Professeur titulaire à l’université Omar Bongo - Gabon
Mbissane Ngom
Agrégé de droit privé, Professeur titulaire à l’université Gaston Berger - Sénégal
Denis Voinot
Professeur agrégé à l’université de Lille - France
Charles-Edouard Bucher
Professeur agrégé à l’université de Nantes - France
Sandrine Tisseyre
Professeure agrégée à l’université de Toulouse Capitole - France
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Roger Masamba Makéla
Professeur ordinaire, Université de Kinshasa - République démocratique du Congo
Didier Cholet
Professeur au Mans Université - France
Jean-Denis Pellier
Professeur à l’université de Rouen Normandie - France
Axel-Luc Hountohotégbè
Agrégé de droit privé, Professeur à l’université de Sherbrook - Canada
Anaclet Nzohabonayo
Professeur associé, Université de Burundi - Burundi
Ramsès Adam Akono
Maître de conférences agrégé à l’université de Bertoua - Cameroun
Karine Lemercier
Maître de conférences à l’Université de Rennes - France
Djibril Sow
Maître de conférences à l’université de Bamako - Mali
Hamadi Gatta Wagué
Maître de conférences titulaire à l’université Gaston Berger - Sénégal
Euloge Koumba Mesmin
Maître-assistant à l’université Marien Ngouabi - Congo-Brazzaville
Eric Dibas-Franck
Assistant à l’université Marien Ngouabi - Congo-Brazzaville
Philippe DELEBECQUE
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SOMMAIRE
Propos introductif………………………………………………………………………………………………………..01
Mon-espoir MFINI - Enseignant à l’université d’Angers - Rédacteur en chef de la RADA
Panorama critique de l’arbitrage OHADA………………………………………………………………………………...02
Carole Véronique NGONO - Professeure agrégée à l’université de Douala
L’autorité de la chose jugée dans l’arbitrage OHADA……………………………………………………………………..11
Souleymane TOE - Professeur agrégé à l’université Thomas Sankara
Les actualités de l’arbitrage maritime…………………………………………………………..................................................14
Philippe DELEBECQUE - Professeur agrégé à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Les qualités essentielles de l’arbitre en droit OHADA……………………………………………………………………..17
Koffi AGBENOTO - Agrégé et Professeur titulaire à l’université de Lomé
Mot des directeurs scientifiques
Cette revue s’inscrit dans une conception résolument tournée vers l’avenir, celle d’une Afrique dynamique, prospère et
ouverte aux affaires. Au cœur de cette politique, largement entendue, réside la convention profonde que l’accès à
l’information et à la réflexion juridique de qualité est un moteur essentiel pour promouvoir un environnement favorable au
développement des affaires.
L’Afrique est un continent en pleine transformation. Les marchés émergents, les ressources naturelles abondantes et le fort
potentiel de croissance économique sont tout autant de raisons pour lesquelles les investisseurs et les entrepreneurs se
tournent vers cette région du monde. Cependant, pour que ces opportunités se matérialisent pleinement, il est impératif que
l’environnement juridique et réglementaire soit cohérent, sûr et favorable aux échanges économiques.
L’accès à la documentation juridique de qualité s’avère être bien plus qu’une simple nécessité ; c’est un puissant levier de
transformation pour le continent africain. Cela contribuera à renforcer la confiance des investisseurs, à garantir la
responsabilité des entreprises et à renforcer la sécurité juridique.
Toutefois, on ne peut limiter l’idée d’accès à la seule présentation des textes de loi et des décisions de justice. Il sous-tend
également la compréhension des implications pratiques de ces lois, ainsi que leur mise en œuvre. Dans cette optique, la
« Revue Afrique de Droit des Affaires » est conçue pour être un outil vivant et dynamique, offrant des analyses précises et
approfondies, des études de cas concrets, des commentaires d’experts et des perspectives innovantes. L’objectif de la Revue
est de jeter un pont entre le monde du droit et celui des affaires, en mettant en lumière la manière dont une solide
compréhension du cadre légal peut stimuler le développement économique, encourager l’investissement et favoriser la
création d’entreprises prospères en Afrique.
La revue africaine de droit des affaires peut être citée de la façon suivante : RADA juin. 2024, n° 4.
Pour soumettre un article à la redaction, merci d’adresser votre fichier à l’dresse suivante : [Link]@[Link]
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PROPOS INTRODUCTIF
Mon-espoir MFINI
Enseignant à l’université d’Angers
Rédacteur en chef de la Revue africaine de droit des affaires
Prima facie, avec la publication de ce dossier spécial, Juris- convaincre, suffit-il d’interroger les différents participants à
Intelligence et la Revue africaine de droit des affaires ces rencontres du savoir. Cette formation sur l’arbitrage, qui a
souhaitent donner aux Ohadiens (permettez-nous ce été animée par d’éminents juristes d’ici et d’ailleurs, a été un
néologisme) la possibilité de prolonger la formation organisée véritable rendez-vous du donner et du recevoir, une véritable
du 29 janvier au 3 mars 2024. thébaïde intellectuelle, qui n’a laissé indifférent aucun des
participants. Les débats étaient à la hauteur et au rendez-vous.
Fondés en octobre 2023, Juris-Intelligence et la Revue L’expectative était aussi de la partie.
africaine de droit des affaires sont à n’en pas douter des canaux
de promotion du droit des affaires en Afrique. Dans un Dans le prolongement de cette formation, qui s’est tenue sous
contexte marqué par l’expansion du droit des affaires en la direction des professeurs Philippe DELEBECQUE et
Afrique, lequel se présente comme un levier incontournable Souleymane TOÉ, la rédaction de la Revue africaine de droit
des investissements et de la croissance économique des États des affaires, sous l’égide de son rédacteur en chef, a décidé de
africains, l’une des ambitions du droit des affaires, imposée par rendre compte de la formation, en publiant ce dossier spécial.
les réalités de l’heure, est de contribuer à la croissance Tout cela dans le but de permettre aux participants et aux non
économique et à la sécurisation des investissements en participants d’approfondir leurs connaissances en matière
Afrique. Aujourd’hui, nous parle-t-on de la Zone de libre- d’arbitrage. Le dossier que nous avons l’occasion d’introduire
échanges continentale (Zlecaf), qui, selon le discours politique, est donc un véritable vadémécum tant il est porteur d’une
doit être un véritable marché commun, qui devrait favoriser les connaissance transversale en matière d’arbitrage. Les cinq
échanges entre les différents marchés internes. Or, une telle sujets abordés dans ce dossier portent un regard différent, mais
ambition ne peut se concevoir sans un droit des affaires au demeurant conciliant, sur l’arbitrage. Si les sujets innervant
permettant de garantir la sécurité juridique des échanges et de ce dossier sont différents les uns des autres, ils ont cependant
promouvoir l’investissement. C’est pourquoi il est permis de ceci de particulier qu’ils portent tous sur l’arbitrage. Ainsi,
soutenir que l’Afrique est annoncée de toutes parts comme le plusieurs points communs peuvent être retrouvés.
continent du XXIᵉ siècle.
Par ailleurs, les sujets qui enjolivent ce dossier portent
Mais, la maîtrise du droit des affaires en Afrique n’est pas à la notamment sur le regard critique de l’arbitrage OHADA,
portée de tous, c’est pourquoi, Juris-Intelligence et la Revue l’autorité de la chose jugée en droit de l’arbitrage, les actualités
africaine de droit des affaires se sont assignés pour mission de de l’arbitrage maritime (avec une touche particulière du droit
le promouvoir, de le diffuser, de le rendre accessible et de européen et français, par notre maître et ami le Professeur
l’enseigner, par le biais, entre autres actions, des formations Philippe DELEBECQUE) et les qualités essentielles de
qu’ils organisent à l’endroit de tous les passionnés du droit des l’arbitre. En outre, ce dossier est précédé d’un editorial de
affaires. La formation proposée, du 29 janvier au 3 mars 2024, notre ami, le Professeur Dénis MOURALIS, sur l’arbitrage
sur l’arbitrage s’inscrit sans ambages dans cette dynamique de comme justice contractuelle sous encadrement. Cette livraison
promotion et de vulgarisation du droit africain des affaires, qui, est donc une véritable œuvre de l’esprit, pour ne pas dire
rappelons-le sans complaisance, est pluriel. Ces séances ont été comme PLATON, un véritable archétype du monde
un moment convivial et surtout, profitable pour toutes celles intelligible, que les auteurs, par le biais de Juris-Intelligence et
et ceux qui ont ressenti le besoin de parfaire leurs de la Revue africaine de droit des affaires offrent aux
connaissances en matière d’arbitrage. Un tel sacrifice de temps, Ohadiens, mais aussi et surtout à tous les amoureux du droit
d’argent et d’énergie n’a pas été vain, nous le croyons, car les des affaires en général et du droit de l’arbitrage en particulier.
interventions étaient à la hauteur des attentes. Pour nous en Ceux à qui cette œuvre est destinée, sauront en faire un
véritable bréviaire.
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PANORAMA CRITIQUE DE L’ARBITRAGE OHADA
Véronique Carole NGONO
Agrégée de droit privé
Professeure à l’université de Douala
L’arbitrage est une justice qui continue de faire parler d’elle permanent, il ne rend pas la justice au nom d’un Etat. Il
dans le monde, en Afrique, spécialement dans les pays bénéficie néanmoins ponctuellement d’un pouvoir
membres de l’OHADA. L’arbitrage, selon l’expression de juridictionnel pour une affaire déterminée que les parties lui
Pierre TERCIER, s’est « banalisé »1. L’institution a même ont soumis.
tendance à quitter son berceau d’origine pour s’étendre à
d’autres domaines. L’arbitrage se développe dans le domaine Troisièmement, l’arbitrage a une nature juridictionnelle.
des investissements, en matière sportive, il en est de même en L’arbitre est un juge contrairement au médiateur ou au
droit administratif. Il prend à l’heure actuelle une importance conciliateur. Mis à part le juge étatique, l’arbitre est le seul tiers
considerable, signe de son intérêt et de son actualité. Mais qui puisse être titulaire d’un pouvoir juridictionnel, il exerce la
qu’est-ce que l’arbitrage ? Il est assez curieux de constater que jurisdictio. Il rend une sentence obligatoire tranchant une
ce mode de règlement des différends n’est défini dans aucune contestation entre les parties et ayant autorité de la chose jugée.
legislation. C’est la doctrine qui s’est attelée à définir l’arbitrage.
L’on retiendra la définition donnée par Charles JARROSSON L’arbitrage est devenu un mode privilégié de règlement des
selon laquelle, L’arbitrage est une justice privée par laquelle un différends de telle sorte que l’organisation pour
tiers règle le différend qui oppose deux ou plusieurs parties en l’harmonisation en Afrique du droit des affaires a décidé dès
exerçant une mission juridictionnelle qui lui a été confiée par l’article 1er du traité de « promouvoir l’arbitrage comme
celle-ci. De cette definition, il ressort trois critères instrument de règlement des différends contractuels ». Il faut
caractéristiques de l’arbitrage. dire qu’avant la signature du traité OHADA en 1993, très peu
d’Etats d’Afrique noire francophone disposaient de législation
Premièrement, l’arbitrage est une justice volontaire, en matière d’arbitrage3. Deux raisons principales ont favorisé
consensuelle, en ce que les parties s’accordent pour soustraire l’instauration de l’arbitrage comme mode de règlement des
leur litige à la connaissance du juge étatique. Aussi, l’arbitrage différends dans l’espace OHADA. En premier lieu, l’insécurité
repose avant tout sur une convention d’arbitrage par laquelle judiciaire décriée par les opérateurs économiques a poussé les
les parties donnent mission à un ou plusieurs arbitres de rédacteurs du traité à demander à l’arbitrage une sorte
trancher le litige. Cette convention peut prendre deux formes : « d’intérim du judiciaire » jusqu’à une réforme complète de
la clause compromissoire qui renferme l’accord des parties à celui-ci. Les délais de réforme du système judiciaire étaient
un contrat avant l’apparition d’un différend et le compromis jugés excessifs et il fallait « prévoir un dispositif arbitral en état
stipulant l’accord des parties de soumettre le litige déjà né à de fonctionner de manière autonome, c’est de cette contrainte
l’arbitrage. Toutefois, le consentement à l’arbitrage peut être qu’est né l’arbitrage OHADA… »4. En second lieu, le souci
donné en différé. C’est le cas en matière d’arbitrage des était de délocaliser les arbitrages. Au plan international, la
investissements ou en matière d’arbitrage sportif. En effet, en majorité des Etats africains se trouvaient obligés d’admettre
ce qui concerne l’arbitrage d’investissement, le consentement des conventions d’arbitrage, car l’acceptation de ces
à l’arbitrage est dissocié2. L’Etat fait une offre anticipée conventions était une condition essentielle de la signature des
d’arbitrage impersonnel dans le cadre du Traité. L’investisseur, contrats d’investissements. Par ailleurs, la plupart des
quant à lui, donne son consentement au moment du dépôt de procédures d’arbitrage impliquant des parties africaines se
la requête d’arbitrage. En matière sportive, la clause d’arbitrage déroulaient en Europe ou en Amérique et se caractérisaient par
est comprise dans les règlements établis dans les institutions la rareté de la participation des juristes africains, ni comme
sportives et dans les statuts de divers règlements sportifs. arbitres, ni comme conseils.
Deuxièmement, l’arbitrage est une justice privée. En effet, le Dans l’objectif de combattre le monopole géographique selon
recours à l’arbitrage traduit le choix des parties de se soustraire lequel les sièges des tribunaux arbitraux impliquant des parties
à la justice étatique. L’arbitre, contrairement au juge étatique, africaines sont toujours fixés en Europe ou en Amérique, le
n’est pas investi par l’Etat d’un pouvoir juridictionnel législateur OHADA va entreprendre d’améliorer le cadre
1 P. TERCIER, « Banalisation de l’arbitrage ? », in liber Amicorum S. 3 Il s’agit du Cameroun, du Congo du Gabon, du Sénégal et du Tchad, V°
Lazareff , Pedone, 2011, p. 579. R. AMOUSSOU NGENOU, Le droit et la pratique de l’arbitrage commercial
2 Sent. CIRDI, 27 Juin 1990, AAPL c. Sri Lanka, n° ARB/87/3, JDI 1992, international en Afrique francophone, Thèse paris II 1995, p. 47.
obs. E. GAILLARD. ; M. AUDIT, S. BOLLEE, P. CALLE, Droit du 4 R. BOURDIN, « l’OHADA : information à ce jour », Document CCI n°
commerce international et des investissements étrangers, 3e éd. LGDJ 2019, n°998. 420/405 du 30 mars 2000.
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juridique de l’arbitrage en Afrique et va favoriser ainsi la dont elle a la libre disposition ». En effet, le champ des droits
création des centres d’arbitrage dans les différents Etats- disponibles est plus large que les litiges contractuels 6 et peut
parties à l’OHADA. Cette amélioration va se faire par intégrer des litiges relevant de la responsabilité civile ou des
l’adoption d’un acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage aspects patrimoniaux des droits indisponibles.7 Le champ
ainsi que de l’institution d’un centre d’arbitrage régional, la matériel de l’OHADA est donc très large. Qui plus est,
CCJA qui sera doté d’un règlement d’arbitrage adopté le 11 l’OHADA s’est lancé dans la conquête de nouveaux champs.
mars 1999. Ils vont par la suite faire l’objet d’une révision en De manière explicite, l’arbitrage d’investissement a été
novembre 2017. L’acte uniforme s’applique aussi bien aux introduit à l’occasion de la réforme de 2017. Cette introduction
arbitrages ad hoc qu’aux arbitrages organisés dans le cadre de est plus formelle que réelle, car bien que non consacré, il était
centres permanents d’arbitrages situés dans les différents pays déjà pratiqué et la CCJA a dû trancher des affaires
de l’espace OHADA. Ceux-ci, bien qu’ayant des règlements d’investissements. Mais en le prévoyant de manière formelle,
autonomes, doivent être en conformité avec les dispositions l’OHADA entend concurrencer les centres d’arbitrages
impératives de l’Acte uniforme. Le système d’arbitrage CCJA internationaux en la matière.8 L’arbitrage d’investissement
quant à lui, est un système autonome qui n’est pas soumis aux n’est pas défini par l’AUA la doctrine le définit comme « tout
règles de l’Acte uniforme.5 arbitrage opposant des entités publiques, le plus souvent l’Etat
à des personnes privées étrangères et portant sur une opération
Après près de 24 ans de droit et de pratique de l’arbitrage dans d’investissement ».9
l’espace OHADA, où en est-on ? Que peut-on dire de
l’arbitrage OHADA aujourd’hui ? L’ouverture de l’arbitrage se manifeste également par une
approche simplifiée de l’arbitrabilité subjective. En effet,
L’arbitrage OHADA a certainement de nombreux atouts (I), l’AUA a autorisé les personnes morales de droit public à
mais il doit confronter de nombreux défis (II). compromettre, contrairement à certaines dispositions des
codes de procédures civiles qui interdisaient de compromettre
I. Les atouts de l’arbitrage OHADA sur les causes communiquables au ministère public.10 Ainsi,
l’Etat et toute autre personne morale de droit public, quelle
Les atouts de l’arbitrage OHADA sont pluriels, on peut que soit la nature juridique du contrat, peuvent également être
mentionner l’ouverture et la liberté d’une part, la fiabilité et la parties à l’arbitrage, sans pouvoir invoquer leur propre droit
célérité d’autre part. pour contester l’arbitrabilité du différend. Si la capacité des
personnes morales de droit public a rapidement été admise
A. L’ouverture et la liberté pour ce qui concerne l’Etat en matière internationale,
notamment dans les arbitrages d’investissements11, il n’en a pas
L’ouverture se caractérise par la simplification et par toujours été ainsi au plan interne.
l’élargissement du domaine de l’arbitrage OHADA, tant sur le
plan matériel que sur le plan de l’arbitrabilité du litige. Sur le La liberté quant à elle, est prégnante dans l’arbitrage OHADA.
plan matériel, l’article 1er de l’AUA dispose que « le présent Sans doute, l’exaltation de l’autonomie de la volonté qui se
acte uniforme a vocation à s’appliquer à tout arbitrage lorsque caractérise sur le plan économique par le recul de
le siège du tribunal arbitral se trouve dans l’un des Etats- l’interventionnisme étatique et sur le plan juridique par un
parties ». L’expression « tout arbitrage » ne distingue pas entre essor des droits subjectifs en est le fondement.12 La volonté
les matières civiles, commerciales, internes ou internationales. des parties domine ainsi tout le processus arbitral, de la
Toutes les matières comprises dans l’article 2 du traité convention d’arbitrage à l’exercice des voies de recours contre
OHADA relèvent en principe du champ matériel de la sentence. Quel que soit le mode arbitral choisi, ad hoc ou
l’OHADA. Le champ matériel peut même s’étendre au-delà, institutionnel13, la volonté individuelle domine. La convention
dès lors que le litige est contractuel ou relève des droits d’arbitrage qui peut prendre la forme d’une clause
disponibles. L’article 2 de l’AUA dispose que « toute personne compromissoire ou d’un compromis est indépendante du
physique ou morale peut recourir à l’arbitrage sur les droits
5 CCJA, [Link]én., arrêt n°045/2008 du 17 juil. 2008, Affaire société 9 W. Ben HAMIDA, L’arbitrage transnational unilatéral. Réflexions sur une
nationale pour la promotion Agricole So (SONAPRA) c/ Société des procédure réservée à l’initiative d’une personne privée contre une personne publique,
Huileries du Bénin (SHB), [Link]. 2010, p. 595 et s. Thèse Paris II 2003.
6 Art. 3 de l’AUA, art.2 du règlement d’arbitrage de la CCJA. Les contrats 10 Au Cameroun par exp. L’article 36 al.1 et 577 du code de procédure
peuvent être de tous ordres, les contrats d’Etats, les contrats mixtes, les civile et commerciale du Cameroun.
contrats de travail et même les contrats de consommation seules sont 11 Notamment par la convention CIRDI de Washington de 1965 qui a été
exemptés les transactions fiscales, V° P.-G. POUGOUE, « L’arbitrage ratifiée par plusieurs Etats.
OHADA », R.C.D.A.I, 2015, p. 146 et s. 12 V° A. SAHKO, « Deux clés de compréhension des atouts de l’arbitrage
7 Art. 2 de l’AUA ; A cet égard l’expression « … différend mettant en jeu dans l’espace OHADA », RADA 2023 n° 1, p. 59 et s ;
des intérêts patrimoniaux », employée à l’article 4.2 du règlement 13 L’arbitrage institutionnel renvoie non seulement aux centres d’arbitrages
d’arbitrage du CMAG, est plus adéquate par rapport à la terminologie de présents dans plusieurs Etats parties à l’OHADA, mais aussi l’arbitrage
l’AUA. institutionnel spécifique de la CCJA.
8 Notamment le CIRDI
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contrat principal et sa validité s’apprécie en tenant compte de l’égalité des parties et la confidentialité de la procédure
la commune volonté des parties. arbitrale.
L’indépendance de la clause d’arbitrage par rapport au contrat S’agissant des qualités de l’arbitre. On distingue les qualités
principal est une solution admise en droit comparé.14 En intrinsèques et les qualités extrinsèques. Les qualités
revanche, l’appréciation de la validité de la convention intrinsèques, qui sont propres à l’arbitre, ce sont les
d’arbitrage uniquement en référence à la commune volonté des compétences professionnelles de l’arbitre. Rien n’est dit dans
parties est une spécificité de l’arbitrage OHADA. l’AUA, mais les centres d’arbitrages inscrivent sur leurs listes
des arbitres en fonction de leur savoir-faire et de leurs
En matière internationale notamment, la capacité de spécialités dans des domaines spécifiques qui les rendent aptes
compromettre ainsi que l’existence et la qualité du à trancher les litiges. Les parties choisissent ainsi les arbitres en
consentement relèvent de la méthode conflictuelle. Mais le fonction de la présomption qu’elles ont des compétences de
droit OHADA pose une règle matérielle relayant ainsi la l’arbitre dans le domaine objet du litige. Ce choix s’effectue
méthode conflictuelle à une position subsidiaire. La volonté généralement dans la demande d’arbitrage qui est faite au
des parties est manifeste également dans le choix des arbitres centre d’arbitrage ou dans la réponse à celle-ci.19 C’est une
appelés à connaître leur litige, dès lors qu’il leur appartient particularité de l’arbitrage et un avantage de cette justice sur la
prioritairement de désigner des arbitres.15 Le déroulement de justice étatique où les magistrats ont une formation générale et
la procédure arbitrale s’effectue sous le prisme de la liberté des ne sont pas forcément spécialisés dans le champ du litige qui
parties tant sur le plan procédural16 qu’en ce qui concerne les leur est soumis. S’agissant des qualités extrinsèques de l’arbitre,
règles applicables au fond17. Sur le plan procédural, les parties le droit OHADA, aussi bien l’AUA que l’arbitrage
peuvent régler la procédure arbitrale par elles-mêmes, la institutionnel de la CCJA, de même que les différents
soumettre à la loi de leur choix ou se référer à un règlement règlements d’arbitrage des centres d’arbitrage, posent comme
d’arbitrage. Les parties sont également libres de désigner le qualité de l’arbitre qu’il soit indépendant et impartial vis-à-vis
droit qui sera appliqué au fond du litige. Elles peuvent même des parties. L’article 7 alinéa 3 de l’Acte Uniforme relatif au
demander à l’arbitre de statuer en amiable compositeur. droit de l’arbitrage dispose que « l’arbitre doit avoir le plein
exercice de ses droits civils et demeurer indépendant et
La liberté intervient également après la reddition de la impartial vis-à-vis des parties ».
sentence. Les parties ont la possibilité de renoncer au recours
en annulation.18 Cette possibilité qui a été admise dans la Dans le règlement d’arbitrage de la CCJA, tout arbitre nommé
réforme du droit français de l’arbitrage survenue en 2011, ou confirmé par la Cour doit être et demeurer indépendant et
notamment à l’article 1522 du CPC français, a été consacrée à impartial vis-à-vis des parties20. Dans le règlement du centre
l’occasion de la révision de l’acte uniforme en 2017. Même si d’arbitrage et de médiation du GICAM, l’article 10.1 dispose
elle n’est pas très utilisée par les parties qui considèrent le que « l’arbitre se doit d’être indépendant et impartial vis-à-vis
recours en annulation comme un paravent contre les tares de des parties, de leur conseil et des autres membres du tribunal
la justice arbitrale, elle traduit néanmoins la place arbitral et de préserver cette indépendance et cette impartialité
prépondérante accordée à la volonté dans l’arbitrage OHADA. durant tout le processus ». En dehors de l’espace OHADA de
nombreux centres d’arbitrages posent également cette
B. La fiabilité et la célérité exigence, c’est le cas par exemple du règlement 2021
d’arbitrage de la chambre de commerce internationale (CCI)
Le choix par les parties de la justice arbitrale traduit leur qui prévoit en son article 11 alinéa 1 que « Tout arbitre doit
volonté de se soustraire à la justice étatique. L’arbitrage repose être et demeurer impartial et indépendant des parties en
donc sur la confiance des parties dans le choix de ce mode de cause ».
règlement des litiges et dans les arbitres qu’elles ont elles-
mêmes désignés. Cette confiance s’appuie en grande partie sur L’indépendance et l’impartialité de l’arbitre sont
les qualités professionnelles, de probité, d’intégrité, consubstantielles à la fonction de juger des arbitres. C’est une
d’indépendance et d’impartialité de l’arbitre. En effet, comme exigence déontologique universelle qui constitue la garantie
le dit l’adage, « tant vaut l’arbitre, tant vaut l’arbitrage ».
L’arbitrage ne saurait subsister sans la foi des parties. Ainsi,
pour garantir la fiabilité de la justice arbitrale, le droit OHADA
a mis sur pied des mécanismes. La fiabilité de la justice arbitrale
repose sur trois piliers importants : les qualités de l’arbitre,
14 J.P. ANCEL, « l’actualité de l’autonomie de la clause compromissoire », 18 Art. 25 de l’AUA, cette renonciation peut être prévue dans la clause
in T.C.F.D.I.P, 1991-92, p. 75. ; en droit Suisse, l’article al. 3 de la LDIP. d’arbitrage même s’il n’est pas exclu que les parties s’accordent pour la
15 J.-P. GRANJEAN, Cl. FOUCHARD, « Le choix de l’arbitre : de la renonciation en cours d’instance.
théorie à la pratique », JCP, [Link] ; Ent., n° 4, Juil-Août 2012, p. 33. 19 Art. 3 al. 3 du règlement d’arbitrage de la CCJA.
16 Art. 14 de l’AUA et 16 du règlement d’arbitrage CCJA. 20 Art. 4. 1. du règlement d’arbitrage de la CCJA ; art. 10.1 et 10.2 du centre
17 Art. 15 de l’AUA. d’arbitrage et de médiation du GICAM au Cameroun ;
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d’une justice équitable21. Toute la fiabilité de la justice arbitrale notoires, entendus comme ceux qui recouvrent des
en dépend. informations publiques aisément accessibles que les parties ne
pouvaient manquer de consulter avant le début de
L’indépendance de l’arbitre évoque son autonomie ou sa l’arbitrage… »23.
liberté vis-à-vis des parties, elle suppose qu’il n’y ait pas de lien
de dépendance, de subordination entre l’arbitre et l’une ou Cependant, cette limite est un couteau à double trenchant, si
l’autre des parties qui puisse influencer ou affecter le jugement elle met à la charge des parties une obligation de se renseigner.
de l’arbitre. Ainsi, l’indépendance implique l’absence de tous L’exception de notoriété soulevée par un arbitre peut être
liens personnels, affectifs ou professionnels entre l’arbitre et rejetée par une instance saisie d’une demande en récusation. Il
les parties. Cette exigence peut s’étendre aux autres membres est donc toujours préférable que l’arbitre respecte son
du tribunal arbitral et aux conseils des parties. obligation de révélation.
L’impartialité quant à elle renvoie au fait que les arbitres ne Deuxièmement, l’obligation de révélation de l’arbitre ne
puissent former leur conviction que sur des éléments objectifs concerne pas les informations non pertinentes, c’est-à-dire qui
sans se laisser influencer par des arguments subjectifs ou des ne sont pas susceptibles d’avoir une incidence sur le jugement
émotions personnelles.22 Contrairement à l’indépendance qui de l’affaire.24 En outre, elle vise à renforcer la confiance des
est une notion objective, l’impartialité est une qualité parties en l’arbitre et en la justice arbitrale toute entière. Dès
subjective qui ne peut être mise en cause qu’une fois la lors que les parties découvrent des faits susceptibles de jeter
procédure engagée. Ces deux qualités de l’arbitre constituent un doute sur l’indépendance ou l’impartialité de l’arbitre, elles
des éléments phares de la fiabilité de la justice arbitrale. peuvent engager une procédure de récusation visant à
remplacer l’arbitre mis en cause. Le règlement d’arbitrage de la
Pour assurer leur garantie, le droit OHADA de l’arbitrage a CCJA prévoit que la demande de récusation se fasse par une
prévu une obligation de révélation ou d’information à la charge déclaration écrite, envoyée au secrétaire général du centre25.
de l’arbitre qui consiste pour ce dernier à révéler tout fait de Toutefois, les parties peuvent saisir une juridiction étatique.
nature à jeter le doute sur son indépendance ou son Cette possibilité est offerte par l’Acte uniforme OHADA,
impartialité. L’Acte uniforme ou le règlement d’arbitrage de la notamment à l’article 8, en cas de différend et si les parties
CCJA ne précise pas les faits susceptibles d’être révélés. n’ont pas réglé la procédure de récusation. Il faut signaler que
Cependant il existe des recommandations CCI pour évaluer cette demande de récusation est enfermée dans des délais pour
l’obligation de révélation, qui énumèrent de manière non ne pas perturber le bon déroulement de la procédure arbitrale.
limitative les faits qui doivent être révélés par l’arbitre. On peut L’Acte uniforme OHADA, de même que le règlement
aussi mentionner les directives de l’international bar association d’arbitrage de la CCJA fixe le délai à 30 jours à compter de la
publiées dans les lignes directrices sur les conflits d’intérêt dans découverte du fait ayant motivé la demande en récusation.26
l’arbitrage international. Ces directives ne sont qu’indicatives,
elles mettent en relief les éléments objectifs qui doivent être Un autre élément phare de la fiabilité de la justice arbitrale,
pris en compte par l’arbitre dans ses déclarations aux parties c’est le principe de l’égalité des parties qui assure le
ou au centre d’arbitrage. déroulement d’une procédure équitable et le prononcé d’une
sentence juste. L’égalité des parties est un principe cardinal de
Toutefois, cette obligation de révélation comporte quelques l’arbitrage interne ou international. Il relève d’une sorte de lex
limites qui ont été fixées par la jurisprudence. Premièrement, processualis ou lex mercatoria de la procédure arbitrale.27 Il s’étend
l’obligation de révélation ou d’information ne concerne pas les de la constitution du tribunal arbitral au prononcé de la
informations aisément accessibles, disponibles sur internet par sentence.28
exemple ou ayant fait l’objet d’une publication. La cour d’appel
de paris, dans un arrêt rendu le 10 janvier 2023 dans l’affaire Dans l’arbitrage CCJA, il est prévu une première réunion de
opposant le port autonome de Douala (PAD) à société Douala cadrage entre l’arbitre et les parties dont l’un des objectifs
international Terminal (DIT), a réitéré cette position en
précisant que « l’arbitre est dispensé de révéler des faits
21 Th. CLAY, « L’indépendance et l’impartialité et les règles du procès 25 Art. 4.2 du règlement d’arbitrage CCJA.
équitable », in l’impartialité du juge et de l’arbitre, Etudes de droit comparé, sous la 26 Art. 8 al. 3 de l’AUA et 4.2 al 2 du règlement d’arbitrage CCJA/
dir. de J. VAN COMPERNOLLE et G. TARZIA, Bruylant, 2006, p. 201. 27 Ph. FOUCHARD, E. GAILLARD, B. GOLDMAN, [Link]., n°1202, p.
22 T. KAVUNDJA MANENO, L’indépendance et l’impartialité du juge en droit 665. Plusieurs lois nationales en matière d’arbitrage et plusieurs règlements
comparé belge français et de l’Afrique francophone, Thèse l’université de Louvain d’arbitrage ont consacré ce principe, Art. 1510 du CPC français, Art. 25
2005. du Concordat Intercantonal sur l’arbitrage du 27 mars 1969, art. 182-3 de
23 Paris, CCI, pôle 5, ch. 16, 10 Janv. 2023, (PAD c/ DIT), inédit. Sur le la loi Suisse du Droit international privé ; Art. 18 de la loi type de la
commentaire de cette décision, D. MAINGUY, « Exigence d’impartialité CNUDCI relative à l’arbitrage, Art. 22 (4) du règlement CCI 2021,
de l’arbitre et témoignage d’admiration d’un arbitre professeur pour un art.35(1) du règlement de la CIETAC 2015, art.14 (4) du règlement LCIA
avocat professeur. Pour l’emphase dans un éloge funèbre », JCP Entreprises 2014.
et affaires, n° 08-09 23 février 2023, p. 1061. 28 G. BORN, Arbitrage commercial international, 2ème éd. 2014, p. 2172-2173.
24 Cass. civ. 1ère 29 Juin 2011, D. 2011, 3023, obs. Th. CLAY.
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principaux est le déroulement de la procédure d’arbitrage 29. jours à compter d’une demande à cette fin pour nommer un
Une pleine possibilité est donnée aux parties de s’exprimer afin arbitre, si les deux arbitres nommés ne s’accordent pas sur la
d’assurer l’égalité des armes, notamment la communication des désignation du troisième, la juridiction compétente saisie à la
pièces, le calendrier procédural, les délais de l’arbitrage, l’appel demande d’une partie dispose de 15 jours pour se prononcer. 32
à témoin. Une ordonnance de procédure est généralement On peut estimer, comme une certaine doctrine (Alain Fénéon)
rendue pour de régler les détails de la procédure. L’égalité des que cette ingérence du législateur OHADA dans le droit
parties est généralement assurée par le respect du interne des Etats est heureuse parce qu’elle facilite le
contradictoire. Il doit se faire dans le strict respect du déroulement de la procédure arbitrale. Au Cameroun, c’est la
calendrier procédural. Le troisième et non moins important loi du 10 juillet 2003 qui désigne les juridictions compétentes
pilier de la fiabilité de la justice arbitrale, c’est la confidentialité visées dans l’Acte uniforme et fixe leur mode de saisine. Cette
de la procédure. Les investisseurs et plus généralement les loi indique que le juge est saisi comme en matière de référé.
hommes d’affaires, ne souhaiteraient pas que les contentieux
soient portés à la connaissance du public. L’arbitrage est ainsi Dans le but d’assurer l’évolution de la procédure arbitrale, tout
une justice confidentielle, sans publicité des débats, afin de motif de récusation de l’arbitre doit être soulevé dans les 30
garantir le secret des affaires. Cette confidentialité est prévue à jours qui suivent la découverte du fait motivant la récusation.
l’article 14 du règlement d’arbitrage CCJA. La confidentialité Si les parties n’ont pas réglé cette question, le tribunal
recouvre les réunions de la Cour dans le cadre de compétent saisi dispose d’un délai de 30 jours pour statuer sur
l’administration des arbitrages, les travaux de la Cour relatifs la récusation. S’il ne le fait pas, il est dessaisi et la demande de
au déroulement de la procédure, les documents soumis ou récusation peut être portée devant la CCJA par la partie la plus
établis par la Cour à l’occasion des procédures qu’elle diligente, diligente. Les acteurs économiques qui ont recours à l’arbitrage
ainsi que les sentences arbitrales. Cependant, il faut ne souhaitent pas que la procédure s’éternise. Plus tôt le
mentionner que cette confidentialité dépend de la volonté des différend est réglé, moins ils engagent des frais. La durée de la
parties et de leurs conseils. Elles peuvent choisir d’y renoncer procédure est corrélativement liée au coût de l’arbitrage. Dans
dans le contrat.30 Cela nous conduit à l’autre spécificité de L’Acte Uniforme, les parties peuvent fixer librement le délai
l’arbitrage OHADA, qu’est la célérité31. La célérité se traduit de la procédure arbitrale, mais il ne peut excéder six (6) mois à
par une grande rapidité à agir, on pourrait également parler de compter de la date d’acceptation par le dernier arbitre de sa
réactivité. Dans le cadre de l’arbitrage, elle renvoie au fait de mission. Le délai légal ou conventionnel peut être prorogé soit
trouver rapidement une solution au différend des parties. C’est à la demande des parties, soit du tribunal arbitral, par la
l’une des qualités de la justice arbitrale, car l’un des reproches juridiction compétente33. Toute démarche procédurale
qui a souvent été fait à la justice étatique est la lenteur. La accomplie hors du délai initial, légal ou prorogé, encours la
justice arbitrale est réputée être une justice rapide. nullité.
En mettant l’accent sur la célérité dans le déroulement de la La célérité se manifeste également dans la continuation de
procédure arbitrale, le législateur OHADA a entendu l’instance. Malgré la non-comparution volontaire d’une partie
renforcer son attractivité. On peut donc affirmer que ou son omission de produire des documents, le tribunal
l’arbitrage est une justice rapide, tout au moins telle qu’elle est arbitral statue sur la base des éléments de preuve dont il
organisée dans le droit OHADA. Cependant, la célérité ne doit dispose. La non-comparution ne peut donc être utilisée par
pas se confondre avec la précipitation ou avec l’urgence, mais une partie pour gagner du temps. En plus, il est interdit de
plutôt avec la diligence requise pour atteindre l’objectif de former une demande ou de soulever un moyen après la mise
l’obtention d’une sentence arbitrale dans un délai raisonnable. en délibéré de l’affaire.34 Après la reddition de la sentence, le
Une analyse de l’Acte uniforme sur l’arbitrage démontre que le législateur OHADA a également prévu des mécanismes pour
législateur a accordé une large place au principe de célérité accélérer l’exécution de la sentence arbitrale. Premièrement, les
pendant le déroulement de la procédure arbitrale et après la voies de recours sont réduites au strict nécessaire, la sentence
reddition de la sentence arbitrale. L’action des différents arbitrale n’est susceptible ni d’appel, ni d’opposition, ni de
acteurs de l’arbitrage, des parties, de l’arbitre et du juge étatique pourvoi en cassation. Les seules voies de recours possibles
est enserrée dans le temps. Il est notamment institué des délais sont le recours en annulation, la tierce opposition et le recours
à différentes phases de la procédure. en révision. L’exercice du recours en annulation est également
enfermé dans un délai. Il n’est recevable que 30 jours après la
Pour garantir la célérité, des délais ont été institués pour la signification de la sentence munie de l’exéquatur. Dans le
constitution du tribunal arbitral. Afin d’empêcher que cela ne règlement de la CCJA le recours en annulation cesse d’être
constitue un facteur de blocage, les parties ont un délai de 30 recevable s’il n’a pas été exercé dans les 2 mois de la
29 Art 29 du règlement d’arbitrage CIRDI ; art.15 du règlement d’arbitrage 32 Art. 6 de l’AUA
de la CCJA. 33 Art. 12 de l’AUA.
30 Art. 14 al. 2 du règlement d’arbitrage de la CCJA. 34 Art. 17 al.2 de l’AUA
31 C. NDONGO DIMOUAMOUA, « la célérité dans l’arbitrage
OHADA : un géant aux pieds d’argile ? », Lexbase Afrique- OHADA, n°
46, 2021.
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notification de la sentence visée.35Le tribunal compétent Le système d’arbitrage mis en place par l’OHADA ne présente
dispose d’un délai de 3 mois à compter de sa saisine pour pas seulement de nombreux atouts, il doit également faire face
statuer sur le recours en annulation. Lorsqu’il n’a pas statué à des défis.
dans ce délai, le tribunal compétent est dessaisi et le recours
peut être porté devant la CCJA qui doit statuer dans un délai A. Le défi de l’efficacité
de 6 mois à compter de sa saisine.36
Le premier défi de la justice arbitrale en général et de l’arbitrage
Il y a aussi la possibilité qu’offre le règlement d’arbitrage de la OHADA en particulier, c’est celui de l’efficacité. Thomas
CCJA. En cas d’annulation d’une sentence arbitrale, les parties CLAY a affirmé que l’ensemble du droit et de la pratique de
ont la possibilité de lui demander d’évoquer et de statuer sur le l’arbitrage est traversé par la recherche de la meilleure
fond de l’affaire.37Cette possibilité permet aux parties de efficacité41. L’efficacité vient du latin efficax qui signifie, qui
gagner en temps au lieu de saisir à nouveau la juridiction produit l’effet voulu. On dit d’une norme qu’elle est efficace
arbitrale qui a statué, (à partir du dernier acte de l’instance si elle réalise l’effet voulu, l’effet attendu42. Appliquée à
arbitrale reconnu valable par la cour). Lorsqu’on sait que la l’arbitrage, l’efficacité de cette justice signifie qu’elle permet
sentence dessaisit le tribunal arbitral du différend (art. 26 du d’atteindre l’effet recherché. Un auteur a défini l’efficacité de
règlement d’arbitrage de la CCJA).38 Toutefois, les parties ont l’arbitrage comme « l’ensemble des techniques juridiques
eu à utiliser cette possibilité d’utiliser cette faculté dans l’affaire destinées à lutter contre son inefficacité »43. Ainsi, mesurer
arrêt39. Dans le même ordre d’idées, l’exécution rapide de la l’efficacité de l’arbitrage, c’est mesurer le degré de
sentence a également été prise en compte par le législateur. correspondance entre les effets produits et les objectifs
Avant la réforme de l’arbitrage OHADA survenue en 2017, de poursuivis. Mais quels sont les objectifs poursuivis ou l’effet
nombreux acteurs économiques étaient frustrés de voir attendu de l’arbitrage ?
l’exécution de leur sentence paralysée.
De manière générale, on attend de l’arbitrage un règlement du
Afin de remédier à cet état de choses, le législateur a entrepris différend par une sentence susceptible d’être exécutée au
d’accélérer les délais d’obtention de l’exéquatur. Au terme de besoin par la force publique. Par consequent, tout ce qui est
l’article 31, al. 5, la juridiction saisie d’une requête en de nature à empêcher ou à retarder l’obtention d’une sentence
reconnaissance ou en exéquatur d’une sentence arbitrale est nécessairement un obstacle à l’efficacité de la justice
dispose d’un délai de 15 jours à compter de sa saisine pour arbitrale. De même, tout ce qui est de nature à retarder ou à
statuer. Si, à l’expiration de ce délai, il n’a pas rendu son empêcher l’exécution de la sentence contrarie l’efficacité de
ordonnance, l’exéquatur est réputé avoir été accordé. La partie l’arbitrage puisqu’il ne sert à rien d’avoir une sentence qu’on
diligente saisit alors le greffier en chef pour l’apposition de la ne peut pas exécuter.44 Ces objectifs sont les effets principaux
formule exécutoire sur la minute de la sentence. L’Acte recherchés, mais pour y parvenir, il y a des sous-objectifs. Il
uniforme précise que la demande d’exéquatur soit établie par faudrait, pour obtenir une sentence arbitrale dans les meilleurs
requête, ce qui exclut l’examen contradictoire de la demande. délais, que l’instance arbitrale se déroule sans entrave, ou du
En outre, la décision qui accorde l’exéquatur n’est pas moins que l’arbitre ait les moyens de lutter contre les éléments
susceptible de recours. Quant à l’arbitrage institutionnel de la susceptibles de paralyser le bon déroulement de la procédure
CCJA, les délais prévus par le règlement d’arbitrage sont arbitrale. Il devrait également disposer des moyens de
encore plus courts. L’exéquatur de la sentence est accordé préserver l’intérêt de la sentence à venir : c’est la question des
après une demande adressée au Président de la Cour qui mesures provisoires et conservatoires.
dispose d’un délai de 15 jours à compter du dépôt de la requête
pour accorder l’exéquatur.40 De manière spécifique, l’objectif premier poursuivi par le
législateur OHADA est contenu dans l’article 1er du traité
Cependant, tout ce beau dispositif mis en place par le OHADA révisé de 2008. C’est celui « d’encourager le recours
législateur OHADA ne rencontre-t-il pas des difficultés dans à l’arbitrage dans le règlement des différends contractuels ».
sa mise en œuvre ? C’est la question des défis de l’arbitrage Dans cette optique, le législateur a mis sur pied un système
OHADA. d’arbitrage composé d’un Acte Uniforme relatif à l’arbitrage et
d’un arbitrage institutionnel qui dispose d’un règlement
II. Les défis de l’arbitrage OHADA propre. Dans ces différents textes, le législateur poursuit, on
35 Art. 29.3 du règlement d’arbitrage de la CCJA. 41 Th. CLAY, « La réactivité dans l’arbitrage », in Réactivité et adaptation,
36 Art. 27 de l’AUA. également des devoirs, Actes de colloque, [Link]. Juin 2019, n° hors-série,
37 Art. 29.5. al. 2 du règlement d’arbitrage de la CCJA. p. 51 et s.
38 Art. 26 du règlement d’arbitrage de la CCJA. 42 Ch. MINCKE, « Effets, effectivité, efficience et efficacité du droit : le
39 CCJA n° 28/ 2007- Aff Nestlé Sahel c/ Société commerciale pôle de la validité », RIEJ, 1998, p. 130.
d’importation Azar et Salame dite SCIMA 43 J. BILLEMONT, La liberté contractuelle à l’épreuve de l’arbitrage, LGDJ, n°
40 Art. 30.2. du Règlement d’arbitrage de la CCJA. 9, p.8, 2013.
44 CHEDLY LOFTI, « L’efficacité de l’arbitrage commercial international
», R.C.A.D.I, Vol. 400, 2019,
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l’a vu, un objectif de fiabilité et de célérité. Il s’agit de sont des actes d’imperium qui ont pour principal objectif de
contrecarrer le reproche qui a souvent été fait à la justice sauvegarder un état de fait ou de droit, dont la reconnaissance
étatique dans les pays d’Afrique noire francophone 45, à savoir est demandée au juge ou à l’arbitre qui doit connaitre du fond
son manque de fiabilité, l’insécurité judiciaire dû à de du litige. Ces mesures peuvent consister en un séquestre, une
nombreux facteurs, les conditions de travail des magistrats, la interdiction de poursuivre les travaux, l’octroi d’une provision,
corruption, les délais excessifs pour parvenir au prononcé la production forcée de preuves. Cependant, la difficulté de
d’une décision. l’arbitre tient à ce que l’exécution de ces mesures dépend dans
une large mesure de la volonté des parties. L’arbitre ne dispose
La fiabilité de la justice arbitrale OHADA est pratiquement pas en droit OHADA, par exemple du pouvoir d’ordonner à
atteinte, du moins en théorie46, parce que les questions une partie de produire des éléments de preuve que celle-ci
d’indépendance et d’impartialité de l’arbitre, d’égalité des pourrait détenir, il ne peut que tirer les conséquences dans la
parties dans la procédure arbitrale sont assez bien traitées. Mais sentence du refus par une partie de collaborer.
des problèmes se posent au niveau de la célérité dans
l’obtention et l’exécution d’une sentence arbitrale, de même Par ailleurs, il ne peut contraindre aucune partie à exécuter les
qu’en ce qui concerne les mesures provisoires destinées à mesures provisoires, le recours au juge étatique est donc
préserver l’intérêt de la sentence à obtenir. inévitable en la matière. Pourtant, le législateur OHADA est
resté muet sur la question dans l’Acte Uniforme, laissant donc
S’agissant du temps de la procédure arbitrale, le législateur ainsi à chaque Etat partie le soin de régler la question de
OHADA ainsi que les règlements des centres d’arbitrage en l’exéquatur des sentences ordonnant des mesures provisoires.
ont fait un objectif majeur. Les textes fixent de courts délais
dans le but de parvenir à l’obtention d’une sentence dans des Seul le règlement d’arbitrage de la CCJA a fixé le délai d’octroi
délais raisonnables, mais tel n’est pas toujours le cas dans la de l’exéquatur des sentences, ordonnant des mesures
pratique. L’obtention et l’exécution rapide d’une sentence provisoires et conservatoires rendues sous son égide à 3
arbitrale sont parfois menacées. jours.48
En ce qui concerne l’obtention de la sentence, il faut tout de Pour les sentences ad hoc ou les sentences rendues sous l’égide
même saluer certains centres d’arbitrages tels que celui du d’autres centres d’arbitrage, il faudra recourir au juge et rien
GICAM au Cameroun qui ont mis en place des procédures n’est dit sur la question dans l’Acte uniforme OHADA. Quel
accélérées d’arbitrage. Le tribunal est constitué d’un arbitre est le juge d’appui à l’arbitrage en droit OHADA ? cette
unique, le prononcé de la sentence peut intervenir dans les 3 question dépend de l’Etat dans lequel on se trouve. Cela
mois après sa saisine. Les centres d’arbitrages pourraient constitue une entrave sérieuse à l’efficacité de la procédure
s’inspirer du règlement CCI 2017 pour introduire cette d’arbitrage. Quant à l’exécution de la sentence, une analyse de
procédure accélérée dans leurs centres. la jurisprudence OHADA avant la réforme de 2017 révèle que
le prononcé de décisions judiciaires en matière d’arbitrage était
L’obtention rapide d’une sentence arbitrale passe aussi par les très long, notamment en ce qui concernait les recours en
moyens qui sont mis à la disposition de l’arbitre pour réduire annulation. On peut citer l’affaire BDC c/ NICOM49, dans
les entraves au bon déroulement de la procédure, et préserver laquelle la CCJA avait annulé une sentence arbitrale rendue
l’intérêt de la sentence à venir. C’est la question des mesures sous l’égide de la Cour d’arbitrage des Comores, elle avait
provisoires et conservatoires. On affirme généralement que rendu sa décision le 7 novembre 2019, soit 3 ans après que le
l’arbitre dispose de la jurisdiction, c’est-à-dire du pouvoir de pourvoi ait été formé. Dans une autre affaire NCT Traiding
juger, de trancher le litige, mais qu’il n’a pas l’imperium, le contre société Gamby service sarl,50 les juges de la CCJA ont
pouvoir d’accompagner ses décisions de la force qui seul statué en 2019 sur un pourvoi en cassation qui avait été
appartient au juge étatique47. Cette assertion est partiellement enregistré au greffe de la CCJA en février 2016. Il a donc
vraie. toujours fallu attendre 3 ans pour que la CCJA affirme que
c’est en violation des dispositions de l’Acte Uniforme et de
Dans l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage, l’article 14 octroie à l’ancien code de procedure civile commercial et social du mali
l’arbitre le pouvoir de prononcer des mesures provisoires et que le tribunal de commerce de Bamako avait retenu sa
conservatoires, à l’exception des saisies conservatoires, des compétence pour statuer sur un recours en annulation formé
sûretés judiciaires et des mesures qui impliquent des tiers à la contre une sentence arbitrale.
procédure arbitrale. Les mesures provisoires et conservatoires,
45 A. SAKHO, « Deux clés de compréhension des atouts de l’arbitrage 48 Art. 30.2. al. 5 du règlement d’arbitrage de la CCJA.
dans l’espace OHADA », op. cit., p. 65 et s. 49 CA de Moroni, arrêt n° 249/2019 du 7 novembre 2019. Aff. BDC
46 G. A. TAMKAM SILATCHOM, « Arbitrage OHADA et éthique », c/NICOM. [Link].
Uniform Law Review, Vol. 28, Issue 2, June 2023, p.163-177 50 CCJA, 1ère chambre, arrêt du 14 mars 2019, « NCT Trading SA contre
47 Sur la question, Voir V. C. NGONO, « L’impérium de l’arbitre : Gamby service Sarl », disponible sur [Link].
réflexion à partir du droit OHADA », Revue africaines des sciences politiques et
sociales, n° 31 avril 2021, p. 354 et s.
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Depuis la réforme, les juridictions font des efforts pour réduire monde. Relativement à la justice étatique, on peut affirmer que
les délais, mais les délais fixés par le législateur ne sont pas l’arbitrage séduit de plus en plus. La preuve en est
toujours respectés. Dans l’affaire opposant la république du l’engouement que suscite une formation comme celle-ci. Cette
Bénin à la Société Générale de surveillance S.A (SGC), le Bénin séduction est la résultante de la vulgarisation croissante mais,
a formé un pourvoi en cassation devant la CCJA le 21 mars malheureusement insuffisante, du droit de l’arbitrage dans les
2019 contre la décision de la Cour d’appel de Ouagadougou universités mais, aussi dans les milieux professionnels.
qui avait rejeté son recours en annulation. La CCJA a statué 5
mois après le délai légal qui est de 6 mois.51 Il y a certes des En ce qui concerne les universités africaines de l’espace
améliorations, mais la CCJA peine encore à respecter ce délai OHADA (Cheik Anta Diop, Yaoundé 2 ou Niamey…)
qui est posé par le législateur. Ce qui constitue une entrave à notamment dans les facultés de droit on constate que
l’efficacité de l’arbitrage. l’enseignement de l’arbitrage n’intervient qu’en cycle master et
est noyé dans le cours relatif aux modes alternatifs de
Les juridictions nationales, elles aussi, ne respectent pas résolution des litiges. Les étudiants au sortir de leur cursus
toujours le délai de 15 jours fixé par le législateur pour l’octroi n’ont que très peu d’informations relativement à l’arbitrage.
de l’exéquatur. Dans de nombreux pays, comme au Cameroun
par exemple, la pratique a montré qu’il faut compter plusieurs En ce qui concerne les professionnels, les institutions de
mois pour avoir un jugement d’exéquatur. En plus, les parties l’OHADA que sont l’ERSUMA et la CCJA, de même que les
ne saisiront pas toujours forcément le greffier en chef de la centres nationaux d’arbitrage, s’efforcent de vulgariser
juridiction compétente pour que la formule exécutoire soit l’arbitrage OHADA. Mais ces efforts restent insuffisants, d’où
apposée. Il n’est pas non plus sûr que le greffier exerce le l’importance de renforcer la formation en arbitrage dans les
pouvoir implicite qui lui est reconnu par l’Acte Uniforme. Les Etats parties à l’OHADA. La preuve en est que le volume des
seules sentences véritablement avantagées, ce sont les affaires en matière d’arbitrage est encore faible. Entre janvier
sentences rendues sous l’égide de la CCJA qui bénéficient d’un 2021 et décembre 2022, la CCJA a rendu une quinzaine d’arrêt
exéquatur commun rendu dans des délais assez courts. Les en matière d’arbitrage. Une dizaine d’arrêts en 2021 et
parties bénéficient également de l’avantage d’exercer le recours seulement 5 arrêts en 2022.54 Le Centre d’arbitrage et de
en annulation devant la même cour qui dispose également d’un médiation du GICAM basé au Cameroun a enregistré environ
délai de 6 mois pour statuer.52 184 affaires depuis sa création en 2000 et a notifié 95
sentences. Soit une moyenne d’environ 8 affaires par an. Avec
Si l’efficacité de l’arbitrage est mise à mal par certaines un pic atteint en 2014 avec 17 affaires enregistrées. En 2023, 9
insuffisances, l’attractivité de l’arbitrage OHADA, elle aussi, affaires ont été enregistrées et 4 sentences ont été rendues. Ce
en prend un coup. qui est très en deçà des objectifs visés par l’OHADA.
B. Le défi de l’attractivité Il y a une crise de confiance en l’arbitrage qui ne se justifie
pourtant pas par une réglementation inappropriée. L’OHADA
L’attractivité, selon le petit Larousse, est le caractère de ce qui dispose d’une législation moderne en matière d’arbitrage, et
est attractif, c’est la capacité d’une personne ou d’une chose à comme l’a affirmé le professeur Abdoulaye SAKHO: « …
séduire, à attirer ou à plaire. On dit d’une norme ou d’un l’une des réglementations les plus achevées » dans le monde,
système qu’il est attractif lorsqu’il séduit et influence les c’est celle mise en place par le législateur OHADA et si l’offre
comportements des acteurs sociaux ou des personnes d’arbitrage OHADA peine à trouver demandeur ce n’est pas
auxquelles il s’applique.53 L’attractivité permet d’évaluer le faute d’une bonne réglementation.55
rayonnement d’une règle de droit ou d’un système. Le droit
OHADA de l’arbitrage est-il attractif ? Est-ce que ce mode de Au plan international, l’attractivité de l’arbitrage OHADA est
résolution des différends séduit les opérateurs économiques également problématique. On a pu noter un certain essor de
africains et étrangers ? l’arbitrage international en Afrique, notamment à travers
l’arbitrage d’investissements. La CCJA a eu à trancher certains
L’attractivité de l’arbitrage OHADA s’apprécie donc d’une litiges en matière d’investissements, mais cela reste vraiment
part vis-à-vis de la justice étatique au plan interne et au plan embryonnaire. Selon Roland ZIADIÉ, avocat associé au
international par le choix du siège de l’arbitrage dans un Etat cabinet Linklaters, on compte près de 1700 arbitrages en lien
partie à l’OHADA dans un litige international. On peut aussi avec le continent africain, soit en raison de la nationalité d’une
se demander si l’OHADA peut constituer une source des parties, de la loi applicable, du siège de l’arbitrage. Mais ce
d’inspiration pour les autres systèmes d’arbitrage dans le qui est paradoxal, c’est que les sièges des tribunaux arbitraux
51 CCJA, 3e chambre, arrêt n°068/ 2020 du 27 février 2020, aff. République 54 D.-A. DJOFANG, « Panorama de la jurisprudence de la Cour commune
du bénin c/ SGS Société générale de surveillance SA. de justice et d’arbitrage en droit de l’arbitrage : année 2021 et 2022 », cahiers
52 Art. 29.3. du règlement d’arbitrage de la CCJA. de l’arbitrage, n° 2, p.163 et s.
53 A. AKAM AKAM, « L’attractivité et efficacité du droit OHADA », in 55 A. SAKHO, art. préc. p. 59.
les deux visages de la juridicité. Ecrits sur le droit et la justice en Afrique,
L’Harmattan 2020, p. 3 et s.
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sont généralement choisis en dehors de l’Afrique. La plupart
des arbitrages en lien avec l’Afrique ont lieu à Paris ou à
Londres.
Pourtant, on assiste à une prolifération des centres d’arbitrage
nationaux dans les pays de l’espace OHADA. Plusieurs Etats
ont ratifié la convention de New york de 1958 relative à la
reconnaissance et à l’exécution des sentences arbitrales
étrangères, ainsi que la convention CIRDI de Washington de
1965 relative aux investissements entre Etats. Qu’est-ce qui
peut donc justifier ce désintérêt de l’arbitrage OHADA en
matière internationale ?
Cet état de choses peut se justifier par plusieurs raisons. La
législation OHADA ne fait pas de distinction entre arbitrage
interne et international, se rangeant ainsi derrière les pays qui
adoptent un système moniste qui applique les mêmes règles à
l’arbitrage interne et international, (on peut mentionner parmi
ces pays, la Belgique, l’Allemagne, les pays bas, l’Angleterre) si
cette solution a l’avantage de faire bénéficier à l’arbitrage
interne de la souplesse de l’arbitrage international, elle ne
permet pas de mettre en relief les spécificités du commerce
international, et cela peut justifier une réticence des parties
étrangères à choisir le siège de l’arbitrage dans un Etat partie à
l’OHADA.
Dans des contrats internationaux impliquant des parties
étrangères à l’espace OHADA, la partie adverse ne veut pas
prendre le risque de se retrouver devant un juge local, alors
même que des efforts sont faits pour sécuriser
l’environnement judiciaire des affaires, les pays africains en
général et ceux membres de l’OHADA souffrent peut-être des
préjugés parce que la législation est largement favorable à
l’arbitrage. Certains citent le manque suffisant de formation
des avocats et des arbitres africains à l’arbitrage international.
Il existe donc un besoin d’un plus grand nombre de
professionnels du droit africain à même d’intervenir comme
arbitres internationaux.
Pour remédier à tout cela il faut renforcer davantage la
formation de tous les acteurs de l’arbitrage notamment les
magistrats d’appui à l’arbitrage qui doivent être spécialisés dans
le domaine de l’arbitrage, les avocats et tous les professionnels
du droit intervenant dans les procédures d’arbitrage.
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L’AUTORITÉ DE LA CHOSE JUGÉE DANS L’ARBITRAGE OHADA
Souleymane TOE
Agrégé de droit privé
Professeur à l’université Thomas Sankara
Directeur scientifique de la Revue africaine de droit des affaires
L’arbitrage occupe aujourd’hui une place importante dans le de sanction pécuniaire ou corporelle. De même, l’article 5 du
dispositif juridique et institutionnel de l’OHADA. En effet, Code d’Hammurabi énonçait le principe de l’autorité de la chose
depuis le Préambule du Traité de l’OHADA (Port-Louis le 17 jugée. Ce principe était connu en droit romain sous le nom de
Octobre 1993) les Hautes parties contractantes affirment leur
« désir de promouvoir l’arbitrage comme instrument de Res judicata pro veritate habetur. Ce qui a été jugé doit être tenu
règlement des différends contractuels ». Elles conviennent par pour vrai1. L’effet principal d’un jugement est de mettre un
la suite, dans le corps même du Traité, de consacrer un Titre terme définitif à un litige, assurant ainsi une stabilité et une
entier (titre IV) comprenant 6 articles (art. 21 à 26) à l’arbitrage. sécurité dans les relations entre des parties en conflit. On
Du reste, un acte uniforme a été consacré aux deux désigne cet effet par l’autorité de chose jugée, qui est cette
institutions, à savoir l’acte uniforme relatif à l’arbitrage du 11 impossibilité de revenir judiciairement sur un fait
mars 1999, révisé le 23 novembre 2017 et l’acte uniforme précédemment jugé.
relatif à la médiation du 23 novembre 2017, ce qui est le signe
manifeste de l’intérêt du législateur OHADA pour cette justice L’autorité de chose jugée doit être distinguée de la force de
alternative. Sur le plan institutionnel, on observe que la CCJA chose jugée. En effet, le jugement qui a force de chose jugée
est en même temps une institution judiciaire et un centre est celui qui n’est pas ou plus susceptible de faire l’objet d’une
d’arbitrage qui organise le juge des affaires par la voie de voie de recours ordinaire. Au sens formel, il désigne le fait
l’arbitrage. Du reste, dans nombre de pays membres, il est créé qu’une décision rendue ne puisse plus faire l’objet d’un recours
des centres locaux d’arbitrage que l’on peut considérer comme à une instance susceptible de la casser, de la modifier ou d’en
étant des antennes locales de la CCJA pour le volet arbitrage. suspendre l’effet exécutoire. La décision est ainsi considérée
comme définitive2. Mais un jugement qui a autorité de la chose
En principe, la fonction de juger est confiée à l’Etat qui s’en jugée peut parfaitement faire l’objet d’une voie de recours
acquitte en mettant en place une organisation judiciaire ordinaire, s’il n’est pas encore passé en force de chose jugée.
comprenant les cours et les tribunaux. On parle de justice
étatique pour désigner cette organisation judiciaire. L’autorité de chose jugée est admise tant pour la justice
étatique que pour la justice arbitrale. Certes, l’arbitrage est une
Par exception, à côté de cette justice étatique, il existe depuis justice privée où règne la liberté contractuelle, mais son
longtemps une autre forme de justice qui permet de soustraire caractère juridictionnel, l’oblige à prendre en considération les
les litiges à la justice étatique pour les soumettre à des grands principes du procès civil, même si en pratique, une
personnes privées qui sont investies pour la circonstance de la certaine tendance tend à affaiblir la force du principe de
mission de juger. On parle de justice privée dont l’arbitrage est l’autorité de la chose jugée dans l’arbitrage. C’est pourquoi,
l’une des formes les plus connues. L’arbitrage consiste à faire dans les développements qui suivent, il sera montré que
trancher un litige par de simples particuliers, appelés arbitres. l’autorité de chose jugée est légalement consacrée (I) mais
Mais leur décision, appelée sentence, a la même autorité qu’un qu’elle semble affaiblie dans la pratique (II).
jugement rendu en première instance par une juridiction
étatique. I. Une autorité de chose jugée légalement consacrée
Historiquement, l’autorité de chose jugée remonte très loin L’autorité de chose jugée est d’abord consacrée par le droit
dans le temps. Elle serait une institution mise en œuvre de positif OHADA (A) et la jurisprudence en fait une application
manière pragmatique chez les babyloniens depuis le 3ème siècle très stricte (B).
avant Jésus-Christ. Elle se présentait sous la forme d’une
clause insérée dans les conventions par laquelle les parties A. La consécration de l’autorité de la chose jugée en
s’engageaient à ne pas revenir sur la chose jugée, à ne pas droit positif
exercer une nouvelle action pour la même affaire, sous peine
1 Voy., J. KAMGA et H. TCHANTCHOU, Note de Jurisprudence 2 J. SALMON, Dictionnaire de droit international public, Bruxelles, 2001, p. 513.
OHADA sur l’Autorité de la chose jugée et sécurité judiciaire dans le
système juridique de l’OHADA
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Avant d’être une réalité dans l’arbitrage, l’autorité de chose L’une des décisions les plus éloquentes en la matière est celle
jugée a toujours été consacrée par les codes nationaux de qu’a rendu la CCJA dans un arrêt emblématique de son
procédure civile. En cela, on peut citer l’article 128 du Code de Assemblée Plénière le 31 janvier 2011. C’est l’affaire dite
procédure civile du Burkina qui dispose que « lorsque le juge, Atlantic Télecom contre le Groupe Planor Afrique qui a fait
en se prononçant sur la compétence, tranche la question de beaucoup de bruits à son époque. Il s’infère des faits de
fond dont elle dépend, sa décision a autorité de la chose jugée l’espèce que dans leur relation d’affaires plusieurs conventions
sur cette question de fond ». De même, l’article 388 du même sont intervenues entre les parties dont certaines contiennent
code précise que « la décision qui statue sur tout ou partie du une clause compromissoire sous l’égide de la CCJA et d’autres
principal, sur une exception de procédure, une fin de non- une clause d’attribution au tribunal de commerce de
recevoir ou tout autre incident à l’autorisation jugée Ouagadougou. A l’occasion d’une mésentente entre les parties,
relativement à la conclusion qu’elle tranche ». elles vont dans un même contentieux successivement saisir les
juridictions étatiques et une juridiction arbitrale en invoquant
En matière d’arbitrage, le Traité fondateur de l’OHADA le même objet et la même cause. La procédure initiée devant
prévoit déjà en son article 25 que « les sentences arbitrales les juridictions étatiques a abouti avant celle intentée devant la
rendues conformément aux stipulations du présent titre ont juridiction arbitrale. Par arrêt en date du 19 juin 2009, la Cour
l’autorité définitive de la chose jugée sur le territoire de chaque d’appel de Ouagadougou a vidé sa saisine par un arrêt revêtu
Etat partie au même titre que les décisions rendues par les de l’autorité et de la force de la chose jugée qui, faute d’exercice
juridictions de l’Etat ». L’Acte uniforme relatif à l’arbitrage de voie de recours, est devenue irrévocable. La sentence
n’est pas en reste puisqu’il indique à son article 23 que « la arbitrale rendue dans le litige opposant les mêmes parties, pour
sentence arbitrale a, dès qu’elle est rendue, l’autorité de la le même objet et sur la même cause, est rendue plus tard après
chose jugée relativement à la contestation qu’elle tranche ». le prononcé de l’arrêt de la Cour d’appel de Ouagadougou.
Statuant sur la cause, l’Assemblée plénière de la CCJA
De même, l’article 27 du Règlement d’Arbitrage de la Cour indique dans un attendu resté célèbre que « l’autorité de la
Commune de Justice d’Arbitrage du 23 novembre 2017 retient chose jugée, principe fondamental de la justice en ce qu’il
que « les sentences arbitrales ont l’autorité définitive de la assure la sécurité juridique d’une situation acquise, participant
chose jugée sur le territoire de chaque Etat-partie au même de l’ordre public international au sens des articles 29.2 et 30.6-
titre que les décisions rendues par les juridictions de cet Etat ». 4 du Règlement d’arbitrage de la CCJA, s’oppose à ce que
Commentant le principe, le Professeur Pierre MEYER l’arbitre statue dans la même cause opposant les mêmes
rappelle que « l’autorité de la chose jugée conférée à la sentence parties. Qu’en conséquence, en statuant à nouveau sur la
permet, par l’utilisation de l’exception de chose jugée, d’éviter demande de cession forcée des mêmes actions, la sentence du
qu’une contestation tranchée par une sentence, soit, à tribunal arbitral, qui porte ainsi atteinte à l’ordre public
nouveau, portée devant une juridiction étatique ou arbitrale. international, doit être annulée ».
Elle permet également qu’une sentence puisse constituer un
titre autorisant la mise en œuvre de mesures conservatoires ». Commentant cette décision, des auteurs avisés ont pu écrire
que cette décision de principe consacre l’autorité de la chose
Ces textes qui consacrent l’autorité de chose jugée dans jugée comme une source de la sécurité juridique ; elle
l’arbitrage gardent toutefois un certain silence sur son régime constituerait un signal fort envoyé aux justiciables dans un
qui ne devrait pas être distinct de ce qu’il en est en droit espace ouvert aux situations transnationales et attaché à la
commun. Ainsi, on peut observer que pour qu’il y ait autorité sécurité juridique des investisseurs locaux et étrangers par la
de chose jugée, il faudrait une triple identité entre la demande sanction de la violation de l’autorité que la loi des États Parties
soumise au juge et celle qui a déjà fait l’objet d’un jugement. et le droit de l’OHADA attribuent à l’acte juridictionnel, aux
C’est la triple identité de parties, d’objet et de cause. D’abord, jugements et arrêts rendus en matière contentieuse. Dans la
la chose demandée doit être la même. C’est l’identité d’objet. même constance, en arbitrage interne, il a pu être jugé que
Ensuite, la demande doit être fondée sur la même cause, c’est- constitue une violation de l’ordre public international de tous
à-dire sur les mêmes éléments de fait et de droit. Enfin, la les pays et en particulier de l’espace OHADA, le fait pour un
demande doit être entre les mêmes parties, et formée par elles arbitre de troubler la stabilité et la sécurité dans les relations
et contre elles en la même qualité. En outre, seuls entre les parties en conflit, de méconnaître l’autorité de la
les jugements définitifs ont autorité de la chose jugée. Pour chose jugée qui lui impose le respect de l’impossibilité de
rappel, les jugements définitifs sont ceux qui statuent sur le revenir judiciairement sur un fait précédemment jugé ; que
fond ou qui tranchent un incident, comme une exception de l’autorité définitive de chose jugée s’oppose à ce qu’un tribunal
procédure ou une fin de non-recevoir. arbitral se déclare compétent si le litige objet de l’arbitrage a
été définitivement tranché par une juridiction étatique qui a fait
Cette consécration légale de l’autorité de chose jugée dans l’objet d’exécution.
l’arbitrage fait l’objet d’une application stricte par la
jurisprudence. De tout ce qui précède, il est loisible de constater la
reconnaissance expresse du principe de l’autorité de la chose
B. L’application stricte du principe par la jurisprudence jugée qui est bien consacrée par les textes, défendue par la
doctrine autorisée et
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strictement appliquée par la jurisprudence. Pourtant, dans la aucune autre décision entre les mêmes parties sur la même
pratique, les atteintes se multiplient contre le principe, qui s’en cause ne peut être rendue, cela dans l’optique de préserver la
trouve quelque peu affaibli. stabilité juridique nécessaire aux effets des décisions de
justice ». Mais contre toute attente, une nouvelle requête est
II. Une autorité de chose jugée pratiquement affaiblie introduite devant le CAMCO par la défenderesse pour la
reprise de la procédure arbitrale comme l’y autorise l’article 29
L’autorité de chose est tellement ancrée et reconnue comme de l’Acte uniforme. Justement, les germes de l’affaiblissement
étant un principe fondamental qu’il est étonnant de lui de l’autorité de la chose jugée se trouvent dans la loi elle-même.
imaginer des atteintes. Pourtant, en matière d’arbitrage, les En effet, en substance, l’article 29 de l’acte uniforme relatif à
atteintes se signalent de plus en plus par une reprise de la l’arbitrage permet que la partie la plus diligente en cas
procédure arbitrale après annulation de la sentence sans d’annulation de la sentence et sauf lorsque ladite annulation est
épuisement des voies de recours prévues par la loi (A), pour fondée sur le fait que le tribunal arbitral a statué sans
laquelle, il est nécessaire de proposer des pistes de solutions convention d’arbitrage ou sur une convention nulle ou expirée
(B). d’engager une nouvelle procédure arbitrale si elle le souhaite.
Or, en même temps, comme il a été dit plus haut, l’article 25
A. La reprise de la procédure sans épuisement des voies tranche la question des voies de recours dont l’épuisement doit
de recours après annulation de la sentence arbitrale se faire devant la CCJA. Certes, cette disposition de l’article 29
est compréhensible en vertu du principe de l’autonomie de la
L’article 25, alinéa 4 de l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage est convention d’arbitrage qui survit au contrat principal, mais
assez claire lorsqu’il déclare que « la décision de la juridiction l’admission de cette reprise sans épuisement des voies de
compétente dans l’Etat Partie sur le recours en annulation de recours, est de nature à porter atteinte à l’autorité de chose
la sentence arbitrale n’est susceptible que de pourvoi en jugée par une reprise sans fin du procès, ce qui est de nature
cassation devant la Cour Commune de Justice et d’arbitrage ». à introduire une dose d’incertitude et donc d’insécurité
C’est dire que dans l’hypothèse où une partie contesterait la juridique dans la procédure qui peut perdurer infiniment
décision d’annulation de la sentence arbitrale par la juridiction rendant nécessaire la recherche de solutions appropriées.
arbitrale, seul un pourvoi en cassation devant la CCJA est
admis pour épuiser le contentieux. B. Les solutions envisageables contre l’affaiblissement
Pourtant, la pratique révèle que dans certains cas, la partie de l’autorité de chose jugée
la plus diligente, au lieu de poursuivre son recours devant la
juridiction communautaire par un pourvoi en cassation, La violation du principe de l’autorité de chose jugée risque de
préfère tout simplement reprendre celle-ci par l’introduction provoquer une double condamnation pour la même cause
d’une nouvelle requête aux fins d’arbitrage pour les mêmes entre les mêmes parties, ce qui est un trouble à l’ordre public
faits. Ce contournement qui n’est pourtant pas interdit international qu’on peut prévenir dans au moins deux
puisque prévu par l’article 29 de l’Acte uniforme est toutefois directions.
de nature à affaiblir le principe de l’autorité de chose jugée. La En premier lieu, on peut penser qu’il appartiendra au
tentation est alors grande pour le nouveau tribunal de revenir tribunal arbitral, saisit une seconde fois, d’apporter la solution
sur ce qui a déjà été jugé. A titre illustratif, l’on peut signaler la plus idoine par application du principe compétence-
cette affaire qu’a connu le Centre d’Arbitrage de Médiation et compétence. Sur la foi de ce principe prévu par l’article 11 de
de Conciliation de Ouagadougou en 2021. Il s’agissait d’une l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage, le tribunal arbitral qui est
société minière qui était en mésentente avec l’un de ses autorisé à statuer sur sa propre compétence pourrait ainsi en
fournisseurs à l’occasion de l’exécution d’un contrat qui face d’une violation manifeste de l’autorité de chose jugée se
contenait une clause compromissoire. Ayant engagé la déclarer incompétent pour la cause querellée et renvoyer les
procédure d’arbitrage sur la base de la convention d’arbitrage parties à mieux se pourvoir. En substance, l’autorité définitive
sous l’égide du CAMCO, la société minière se verra finalement de chose jugée s’oppose à ce qu’un tribunal arbitral se déclare
condamner à payer une importante somme au défendeur à titre compétent si le litige objet de l’arbitrage a été définitivement
de dommages et intérêts pour rupture abusive du contrat. Un tranché par une jurisdiction, qu’elle soit étatique ou arbitrale.
recours en annulation est alors formé devant la Cour d’appel En second lieu, pour garantir davantage le respect de l’autorité
de Ouagadougou. Elle sollicitait l’annulation de la sentence par de chose jugée, l’on peut prévoir un renforcement du contrôle
la juridiction étatique pour violation du principe de l’autorité judiciaire de la sentence arbitrale lors de l’examen de la
de chose jugée, car le tribunal étatique à la demande de la procédure d’exéquatur. En cas de violation manifeste dont les
défenderesse se serait prononcé sur un point litigieux qui avait critères peuvent être dégagés par une loi, l’exequatur pourrait
jadis fait l’objet d’une décision définitive du juge étatique qui a être refusé.
d’ailleurs fait l’objet d’exécution. L’argumentaire de la société
minière est accueilli favorablement par la cour d’appel qui Enfin, on pourrait, par une réforme, mieux trancher la
prononça dès lors l’annulation de la sentence querellée en question de la reprise en reformulant l’article 29 de l’Acte
affirmant que « l’autorité de chose jugée est l’effet attaché à uniforme qui doit exclure expressément les cas manifestes
une décision de justice, et suivant lequel dès lors qu’une d’autorité de chose jugée.
décision définitive est intervenue sur une cause donnée,
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LES ACTUALITÉS DE L’ARBITRAGE MARITIME
Philippe DELEBECQUE
Agrégé des Facultés de droit
Président de la Chambre Arbitrale Maritime de Paris
Professeur Émérite à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Directeur scientifique de la Revue africaine de droit des affaires
L’arbitrage est le mode de règlement usuel des litiges en défendeurs sont condamnés au paiement d’une indemnité de
matière maritime. Il l’a toujours été et l’est plus encore près d’1 Milliard USD, condamnation suivie d’une ordonnance
aujourd’hui. La plupart des contrats, qu’il s’agisse d’exécution impartissant au London (qui n’avait pas participé
d’affrètement, de construction, de vente, d’assistance ou même à la procédure judiciaire) de payer une somme de 855 M
d’assurance, contiennent des clauses compromissoires, étant d’euros à l’Etat espagnol. En parallèle à ces actions, quoique
précisé que, le plus souvent, l’arbitrage est organisé dans le postérieurement, une procédure d’arbitrage est engagée à
cadre d’institutions arbitrales (LMAA ; CAMP ; SMA ; SIAC Londres par le London en vue de faire constater que l’Etat
…). espagnol, dans son action directe contre le Club, était tenu de
s’incliner devant la clause compromissoire stipulée dans le
Les litiges sont assez nombreux : ils font partie de la vie des contrat d’assurance et la fameuse clause pay to paid. Demande
affaires. Les questions soulevées sont récurrentes, telle la à laquelle le tribunal arbitral fait naturellement droit et suivie
question sur le calcul des surestaries ou encore sur le décompte d’une décision de la High Court (saisie par le London),
des staries, sans parler de l’indemnisation des préjudices confirmée en appel, reprenant les termes de la sentence
consécutifs aux ruptures de contrats. Mais d’autres questions arbitrale. D’où cette question posée à la Cour de Justice : quelle
apparaissent, liées aux technologies contemporaines, aux voie faut-il privilégier : l’instance étatique ou l’instance
problèmes environnementaux ou encore à la réapparition de arbitrale ? Plus précisément, la décision de la High Court
certains phénomènes, tels que la piraterie. En tout cas, les (rendue avant le Brexit) reprenant purement et simplement les
questions se renouvellent aussi bien sur les aspects de termes de la sentence arbitrale n’est-elle pas une décision qui,
procédure que sur ceux de fond. Nous nous en tiendrons à ces en tant que telle, doit être reconnue de plein droit dans l’UE et
aspects en évoquant les actualités concernant tant la procédure fait elle-même obstacle à la reconnaissance de la décision
arbitrale que le fond des affaires. judiciaire (espagnole) de condamnation2 ? La Cour de Justice3
ne l’a pas admis comme nous l’avons relevé en commençant.
I. Questions de procédure Mais venant après l’arrêt Achmea4, la jurisprudence London
Steam-Ship place l’arbitrage dans une situation bien
Il faut immédiatement signaler l’arrêt Steamship de la Cour de inconfortable et paradoxale puisqu’en dehors de l’Union, les
Justice1 faisant observer, en substance, que le système anti suit injunctions que la Cour avait su cantonner repartent
« Bruxelles » institué par les règlements européens sur la de plus belle5.
compétence des tribunaux impose aux juridictions des Etats
membres de ne pas accorder d’effets aux sentences arbitrales Dans le même sens restrictif, on ne peut s’empêcher de citer la
(et donc aux décisions judiciaires qui en reprennent les termes) jurisprudence récente du Conseil d’Etat6. Il est dit en effet que
qui pourraient porter atteinte aux objectifs fondamentaux de le litige opposant une personne publique française à une partie
ce système, notamment « en méconnaissant l’effet relatif d’une étrangère pour un contrat passé pour les besoins du commerce
clause compromissoire et les règles relatives à la litispendance. international est « inarbitrable ». Plus précisément, selon le
» Conseil d’Etat, décidément de plus en plus autoritaire, « les
principes généraux du droit public français » commandent,
A la suite de la catastrophe du « Prestige », plusieurs actions « sous réserve des dérogations découlant de dispositions
civiles sont engagées, dans le cadre de la procédure pénale législatives expresses ou, le cas échéant, des stipulations de
ouverte en Espagne, contre le capitaine et les propriétaires du conventions internationales régulièrement incorporées dans
navire ainsi que contre le London P and I en sa qualité l'ordre juridique interne », que les personnes morales de droit
d’assureur de responsabilité. A la suite desquelles, les public ne puissent pas « se soustraire aux règles qui
1 20 juin 2022, aff. C-700/20. membres de l’UE n’est pas compatible avec le droit de l’Union ; égal.
2 art. 34.3 du règlement 44/2001, devenu art. 45-1 c. du règlement CJUE 2 sept. 2021, aff. C-741/19.
1215/2012. 5 QBE Europe SA v Generali España de Seguros y Reaseguros [2022] EWHC
3 20 juin 2022, aff. C-700/20. 2062 (Comm).
4 CJUE 6 mars 2018, aff. C-284/16, jugeant que la clause d’arbitrage 6 Cons. Etat, 17 oct. 2023, n° 465761
investisseur-Etat d’un traité bilatéral d’investissement entre deux Etats
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déterminent la compétence des juridictions nationales en d’arbitrage stipulée dans un contrat de travail interne est nulle.
remettant à la décision d'un arbitre la solution des litiges Contenue dans un contrat de travail international, elle est
auxquels elles sont parties. » Une conséquence concrète de simplement inopposable au salarié : dès lors, rien ne lui interdit
cette nouvelle jurisprudence, il est vrai préparée depuis de de s’en prévaloir si cela est à son avantage (comme dans
nombreuses années, en est tirée : le juge administratif, saisi l’affaire en cause tranchée par la CAMP).
d'une demande tendant à l'exequatur d'une sentence arbitrale,
devra donc « s'assurer qu'il n'a pas été recouru à l'arbitrage en II. Questions de fond
méconnaissance de ces principes. »
On relèvera ci-après certaines sentences, la plupart de la
Sous ces réserves, tenant à la jurisprudence de la CJUE et du CAMP, qui illustrent la diversité des thèmes abordés, sans
Conseil d’Etat, le droit positif reste très ouvert à l’arbitrage. oublier de rappeler que les questions classiques liées au jeu des
Les applications du principe « compétence-compétence » qui surestaries (demurrage), à la régularité de la notice of readiness
veut que les arbitres soient compétents pour apprécier leur (NOR) ou encore à l’appréciation d’un port sûr (safe port)
propre competence, à moins que la convention d’arbitrage ne continuent, mais sans doute moins qu’auparavant, à susciter
soit manifestement nulle ou manifestement inapplicable sont un certain contentieux.
de plus en plus nombreuses. On peut ainsi faire état de cette
décision : Cass. 1re civ. 14 févr. 2024, n° 22-19.385 qui observe Statement of facts contradictoires10 : Le « statement of facts »
que la clause compromissoire contenue dans un contrat initial signé contradictoirement par le représentant du fréteur (le
de distribution de produits électroniques n’est pas capitaine) et le représentant de l’affréteur prévaut sur les autres
manifestement inapplicable dans les relations entre l’ensemble relevés des faits. En conséquence, lorsque des divergences
des parties liées par des contrats successifs translatifs de apparaissent entre des relevés météorologiques et les
propriété, « qu’elles aient ou non assigné le fabricant ». indications figurant au « statement of facts », c’est ce dernier
Autrement dit, dans une chaîne de ventes successives d’un qui, signé contradictoirement, l’emporte. Il faut donc admettre
même produit, le litige sur la qualité du produit opposant le que les périodes de pluie (ne permettant pas la poursuite des
sous-acquéreur à l’un ou l’autre des vendeurs intermédiaires opérations de déchargement et ne pouvant pas être prises en
relève, prima facie, de la compétence arbitrale sur le compte dans le temps de planche) retenues par le capitaine
fondement de la clause stipulée dans le contrat conclu entre le dans le document contradictoire entraient bien dans le champ
fabricant et le premier vendeur intermédiaire, alors même que de la clause « PWWD » (Per Weather Working Day »).
le fabricant n’est pas en cause. La circulation de la clause
compromissoire est décidément de plus en plus fluide7. Assurances et tierce détention11. En l’état, d’une part, de deux
contrats de tierce détention successifs comportant les
Autre décision notable dans laquelle un contrat renvoyait aux caractéristiques principales et spécifiques à ce type de contrat,
« conditions ‘Incograin 13’ ‘Synacomex 2000’ », conditions avec toutefois une zone d’ombre quant à la quantité de
contenant chacune une clause compromissoire renvoyant à marchandises lors de la transmission de la responsabilité des
des chambres arbitrales différentes. Ces clauses s’annulent- stocks entre les deux tiers détenteurs, et, d’autre part, de
elles ? La réponse est négative : En effet, le principe de l’effet l’accord de l’apériteur pour proroger la garantie au-delà des
utile de la clause d’arbitrage conduit à dire que les parties ont trois premiers mois, sous réserve d’une absence de sinistre
bien voulu aller en arbitrage8. Quant à la question de savoir déclaré au titre de la première période, et dès lors qu’il est établi
devant quelle chambre, c’est au tribunal arbitral de s’en que l’assuré était parfaitement au fait des constatations
justifier, sans que le juge de l’annulation n’ait à se prononcer, réalisées par son expert démontrant l’existence d’un stock
n’étant pas le juge de la révision de la sentence. Fallait-il estimé de 14 797 mt en lieu et place des 19 210 mt décomptés
étendre le contrôle de la compétence arbitrale ? Il appartiendra par le tiers détenteur, il convient d’observer que la condition
à la Cour de cassation saisie d’un pourvoi de répondre. imposée par l’apériteur n’a pas été remplie. Dans ces
conditions, l’annulation de la prorogation et donc de la
Enfin, on ne peut pas ne pas faire état de cette décision ayant, garantie des assureurs s’impose par application de l’article L.
pour la première fois à notre connaissance, reconnu la 172-2 c. ass., étant précisé que la connaissance par le
possibilité d’aller en arbitrage pour les litiges de droit du travail, mandataire des faits permet d’induire la même connaissance
lorsque, du moins, les contrats en cause ont une dimension par le mandant.
internationale9. En l’espèce, tel était le cas : le versement des
salaires impliquait en effet « un transfert de fonds à travers les S’il est vrai que l’article L. 172-4 c. ass. et la théorie des risques
frontières » et l’exécution du contrat était par nature putatifs conduisent à dire que la perte antérieure au contrat
international, car le navire était destiné à naviguer dans les eaux n’empêche pas la garantie de l’assureur si la nouvelle de la perte
de plusieurs pays et battait pavillon étranger. La clause n’en était pas connue sur place, une telle théorie ne saurait
7 pour d’autres applications, v. notamment les chroniques de Th. CLAY, 9 CA Paris 8nov. 2022, DMF 2023, 195
sur l’arbitrage, in dernier numéro du Dalloz dans les années civiles 10 Sentence 1258 du 25 févr. 2022
8 v. CA Paris 4 avr. 2023, DMF 2023, n° 860, 689, obs. S. Chaillé de Néré 11 Sentence 1259 du 3 février 2022
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s’appliquer lorsque les détournements sont survenus sur une a acquis la gestion commerciale du navire et endossé la
très longue période relativement, de surcroît, à une assurance responsabilité attachée au transporteur. »
stockage.
Un autre exemple tient aux clauses FI0 par lesquelles le
Transport maritime : conteneurs tombés à la mer12. S’agissant transporteur déclare qu’il n’entend pas assumer les obligations
d’une chute de conteneurs causée par un arrimage défectueux de chargement et de déchargement de la marchandise. Celles-
(verrous tournants du conteneur inférieur), il importe de ci sont considérées par la jurisprudence étatique française 15
déterminer la responsabilité respective du navire et du comme n’ayant aucune incidence sur la responsabilité du
manutentionnaire dans l’événement. Selon le contrat liant le transporteur. La jurisprudence arbitrale n’est pas aussi
transporteur et le terminal, le transfert des risques s’opère systématique et admet ces clauses lorsqu’elles répondent à des
lorsque les verrous tournants sont fermés. Cependant, dès lors besoins particuliers et s’expliquent par des situations de fait16.
que le rapport d’expertise constate que certains verrous Cette clause n’est pas seulement financière, mais concerne
tournants sont en mauvais état, la responsabilité du dommage l’économie du contrat de transport en précisant l’étendue des
doit être partagée à hauteur de 80 % pour le manutentionnaire obligations du transporteur, à savoir prendre en charge la
ayant manqué à son devoir de prudence en manipulant les marchandise lorsqu’elle a été mise à bord et arrimée et la
verrous et à son devoir de signalement en omettant de conduire en l’état au port de destination où il la mettra à
rapporter la situation au transporteur et de 20 % pour le disposition du destinataire pour qu’il la fasse décharger sans
transporteur. frais ni risques pour le navire17. Là encore, la solution exprime
mieux la volonté des parties, compte tenu des circonstances
Au-delà de ces premiers exemples révélant l’intérêt de particulières.
l’arbitrage maritime, son caractère concret et répondant aux
préoccupations de la pratique, on peut également observer Le troisième exemple a pour matière les conventions
combien, en matière maritime, la jurisprudence arbitrale est internationales. Il n’est pas rare que les chartes-parties fassent
plus pertinente que la jurisprudence étatique, tout simplement référence à une convention sur la responsabilité du
parce que le contrat est sinon sacralisé du moins respecté par transporteur maritime (Règles de La Haye ou Règles de La
principe. En outre, la jurisprudence arbitrale démontre à Haye Visby, demain Règles de Rotterdam). Ce renvoi à une
travers nombre d’exemples combien elle a le sens des réalités. convention impérative, comme le sont les conventions
relatives au transport, implique-t-il une soumission à
Ainsi en est-il des solutions rendues sur la question de l’instrument international ou faut-il le considérer comme une
l’identification du transporteur. Lorsque le connaissement ne simple incorporation conduisant à une combinaison des
permet pas d’identifier le transporteur, la jurisprudence termes de la convention et des clauses de la charte-partie ?
étatique voit dans le propriétaire du navire le transporteur13. La Dans deux sentences, au moins, les arbitres de la CAMP ont
jurisprudence arbitrale n’est pas aussi catégorique et cette conclu à l’idée d’incorporation18, au demeurant beaucoup plus
approche est certainement plus fine14 : « … les tiers porteurs respectueuse de la volonté des parties que celle de soumission
du connaissement sans en-tête conservent la possibilité d’agir très rigide pourtant retenue par la Cour de cassation 19.
contre celui qu’ils considèrent comme le transporteur s’ils
peuvent l’identifier. Pour le praticien, un transporteur La liberté contractuelle est valorisée dans l’arbitrage ou par
maritime est un entrepreneur qui, en récompense d’un fret, l’arbitrage maritime, ce qui ne signifie pas que l’arbitrage
organise le transport en instruisant les intervenants et en maritime soit aveuglément liberal, voire ultra libéral. S’il
payant les frais du voyage. Si ce dernier n’est pas propriétaire respecte la volonté des parties, ce n’est pas au prix d’un oubli
du navire et se le procure aux termes d’une T/C, l’armateur du bon sens. La liberté contractuelle est sans doute clairement
propriétaire de ce navire n’en disposant plus commercialement affirmée, mais elle est en même temps canalisée par les
n’est plus qu’un fournisseur de moyens. Les connaissements exigences de la bonne foi contractuelle et, encore et surtout,
signés par le capitaine le sont au nom de l’affréteur à temps qui par la nécessaire prise en compte des usages du commerce
maritime20.
12 Sentence 1260 du 15 mars 2022 15 Y. TASSEL, « Pratique et théorie : certitudes et incertitudes de la clause
13 cf. la fameuse jp Vomar, Cass. com. 21 juill. 1987, DMF 1987, 573 ; FIO du connaissement émis en exécution d’une charte-partie », in Mélanges
comp. Cass. com. 20 janv. 2009, Bull. civ. IV, n° 9, DMF 2009, 235 Scapel, PUAM 2013, p.355
14 sur cette question, v. S. LOOTGIETER, «L’affréteur à temps qui n’a 16 v. Sentence CAMP n° 1123 du 27 déc. 2005
pas émis le connaissement à son en-tête peut-il être identifié comme 17 égal. Sentence CAMP n° 1189 ; égal. F. ARRADON, « Vues sur mer :
transporteur ? » , DMF 2012. 103 ; sentence CAMP n° 1144 du 31 août « FI0 », un mode de transport défini en trois lettres », Gazette CAMP, n° 6
2007 18 Sentence n° 999, DMF 1999, 836
19 Cass. com. 4 févr. 1992, Rev. crit 1992, 495, note Lagarde
20 cf. Lex maritima
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LES QUALITÉS ESSENTIELLES DE L’ARBITRE EN DROIT OHADA
Koffi AGBÉNOTO
Agrégé de droit privé
Professeur titulaire à l’université de Lomé
Contexte. La vitalité contemporaine de l’arbitrage, vue des investissements ou un traité bilatéral ou multilatéral relatif
comme le signe renouvelé de la libéralisation grandissante du aux investissements2, cela renforce le côté conventionnel de
pouvoir judiciaire, n’est plus à démonter. On sait d’ailleurs que cette justice alternative.
dans l’action, sur la scène de la justice arbitrale, les principaux
acteurs ou intervenants ont, chacun, un rôle bien déterminé. Arbitre : un juge du tribunal arbitral. En droit uniforme de
En vertu de l’adage selon lequel « tant vaut l’arbitre, tant vaut l’OHADA, l’article 3.1 du Règlement d’arbitrage CCJA du 23
l’arbitrage », et quel que soit l’arbitrage choisi par les parties, novembre 2017 clarifie davantage les choses. Il prévoit que le
qu’il soit ad hoc ou institutionnel, interne ou international, différend peut être tranché par le tribunal constitué par un
l’attention que les parties vont porter sur le choix de l’arbitre arbitre unique ou par trois arbitres. Ceux-ci sont nommés,
dérivera, sans doute, de sa notoriété et, plus particulièrement, révoqués ou remplacés conformément à la volonté des parties
de ses qualités essentielles. (article 6, al. 1er AUA). L’arbitre ou les arbitres désignés
doivent néanmoins remplir les conditions requises par le
En droit de l’OHADA, l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage du législateur et les règlements d’arbitrage3.
23 novembre 2017, en étendant le champ d’application de
l’arbitrage par rapport à l’objet du différend (arbitrabilité des Problématique des qualités de l’arbitre. Couramment, la
droits dont on a la libre disposition) et aux sujets (personnes qualité renvoie à ce qui fait la valeur de quelqu’un sur le plan
privées et personnes publiques), a également essayé de moral et intellectuel. A cet égard, la référence est faite à la
réaménager les qualités de l’arbitre, sans y satisfaire dimension individuelle du terme, laquelle se manifeste dans la
pleinement. Dans ce sens, l’article 5 de l’Acte uniforme se confiance qu’une personne peut provoquer parmi les
contente d’énoncer que « la mission d’arbitre ne peut être consommateurs (usagers) de l’arbitrage ou les institutions
confiée qu’à une personne physique ». Comme s’il allait de soi, arbitrales pour être nommé arbitre. On a pu constater, à
tout porte à croire que cette affirmation suffirait à identifier le travers la littérature spécialisée et l’actualité des solutions
prototype de l’arbitre, ce que trahit l’incertitude de la pratique. jurisprudentielles, que l'activité des arbitres est, de plus en plus,
sous le feu des projecteurs, car surveillée et les qualités qu'on
Notion et mission de l’arbitre. Sur un plan notionnel, exige d'eux soigneusement analysées ou scrutées, alors qu’il
l’arbitrage et l’arbitre sont toujours à la recherche d’une n’existe pas de modèle préfabriqué, dans le doute.
définition légale consensuelle, mais des indices et les bonnes
pratiques découlant de la mission de l’arbitre offrent les On observe également que certains vices affectent la crédibilité
critères qui servent à distinguer celui-ci du médiateur ou du ou la validité de la sentence, sans possibilité de régularisation.
conciliateur. En l’absence de précision légale sur la notion Dans ces conditions, devrait-on convenir qu’il existe certaines
d’arbitre, on peut reprendre la définition doctrinale selon qualités qu’on peut considérer comme essentielles, c’est-dire
laquelle un arbitre est « une personne physique à laquelle les substantielles ou déterminantes, opposées à d’autres qui
parties à un rapport juridique donné ont confié la mission de seraient des qualités accessoires, superficielles ou
trancher un litige survenu ou à survenir dans le cadre de ce complémentaires de l’arbitre ? Quels sont les critères de
rapport juridique »1. détermination du caractère essentiel d’une qualité chez
l’arbitre ?
Arbitre : un Juge. La définition ainsi adoptée permet de se
rendre compte que l’arbitre est un acteur central du Approche duale : comportements et expertise. Pour
déroulement de la procédure d’arbitrage. En réalité, à la place répondre à cette préoccupation embarrassante, il faut relever,
d’un juge public, les parties recourent à un prestataire de d’emblée, que la question se pose, aujourd’hui plus qu’hier, en
service, un sachant, un expert, appelé arbitre, qui a pour raison des décisions d’annulation de sentence, parfois
mission de régler ou de trancher le différend soumis à discutables, dangereuses pour la fonction arbitrale, même en
l’arbitrage, conformément au contrat d’arbitre. L’arbitrage lui- présence des circonstances douteuses. Or, les qualités les plus
même étant fondé sur une convention d’arbitrage ou sur un connues de l’arbitre4 font, universellement, soit l’objet
instrument relatif aux investissements, notamment un Code
1 G. BELIARD, E. RIQUIER, X-Y. WANG, Glossaire de droit international 3 Disponibilité, loyauté, discrétion.
privé, Bruylant, 2002, p.42. 4 Indépendance, impartialité, disponibilité.
2 Article 3 de l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage.
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d’appréciations disparates, soit elles sont soumises à des sentence. Les qualités comportementales exigées sont
épreuves de nature et de portée différentes5. soumises en pratiques à des vérifications en cas de
contestation.
Les querelles actuelles entre les acteurs (praticiens, juge du
recours en annulation, doctrine) sur ce point critique
n’épargnent pas le droit uniforme africain issu de l’OHADA. 1. Les compétences comportementales exigées
Les analyses y sont en revanche un peu concentrées sur
l’aspect général du statut de l’arbitre ou de la constitution du A partir des dispositions de l’article 7 de l’AUA et des textes
tribunal arbitral6. Mais, au fond, le malaise porte sur la subséquents, les qualités requises peuvent être regroupées
prévisibilité des sentences. Plus généralement, la sécurité de autour des valeurs suivantes : disponibilité, indépendance,
l’arbitrage en dépend. Elle implique de s’accorder, de manière impartialité et discrétion.
cohérente et certaine, sur ce qui peut bien recouvrir l’essentiel
ou la trame des qualités de l’arbitre (contenu et forme), afin 1-1- La qualité de disponibilité
d’aboutir à la construction d’un standard du « bon arbitre ».
Fondement légal. En droit de l’OHADA, le législateur
Cette démarche vise à lever le voile sur les ambigüités qui prévoit à l’article 7, alinéa 2 de l’AUA, la qualité d’un arbitre
gangrènent la mise en œuvre des conditions d’accès à cette disponible. Ce texte dispose : « L’arbitre s’engage à poursuivre
fonction ou celles de la réalisation de la mission de l’arbitre, sa mission jusqu’au terme de celle-ci, à moins qu’il justifie d’un
devenues très floues7. La non-révélation des situations de empêchement ou d’une cause légitime d’abstention ou de
conflits d’intérêts compromet subjectivement l’autorité de démission ». Les règlements d’arbitrage et les centres
l’arbitre et fragilise intrinsèquement la qualité de la sentence. d’arbitrage consacrent expressément cette qualité de l’arbitre.
C’est notamment le cas du centre d’arbitrage de la Cour
Aussi, parce que l’arbitrage est très prisé, il doit s’inscrire, d’arbitrage du Togo (Article 10 du règlement d’arbitrage de la
indéniablement, dans une démarche d’assurance qualité. De CATO) et de la Cour d’arbitrage de la Côte d’Ivoire (CACI)
surcroît, l’arbitrage apparaît comme l’un des modes alternatifs qui disposent que « Tout arbitre doit avoir la disponibilité
de règlement des litiges contractuels les plus utilisés au regard permettant de mener l’arbitrage à son terme dans les meilleurs
du niveau de complexité des problèmes qui sont posés et des délais ».
chiffres impliqués dans les dossiers. Forcément, la
professionnalisation des arbitres ne peut être occultée du La disponibilité exigée a pour corolaire la diligence de l’arbitre
débat. En conséquence, la spécialisation des arbitres et leurs qui devrait avoir la volonté de régler le litige qui lui est soumis.
compétences constituent un enjeu majeur de compétitivité et Cela n’est possible que s’il fait avancer la procédure et
d’attractivité et sont, pour ainsi dire, en jeu. maintient l’instance. Il devra veiller à respecter le calendrier
prévisionnel après la signature de l’acte de mission. Lorsque la
Concrètement, on admet que de la condition de l’arbitre disponibilité ne fait pas partie des qualités de l’arbitre, on court
résulte des qualités issues de sa mission juridictionnelle et de le risque de voir la procédure d’arbitrage faire l’objet de
sa qualité de prestataire de service. De la même façon, de prorogations intempestives.
l’interprétation des textes et des solutions positives, il peut
ressortir, explicitement et implicitement, que la désignation de Cumul des arbitrages. Il est possible qu’un arbitre ait
l’arbitre ou des arbitres doit être conforme à des qualités plusieurs affaires ou activités, avec des délais serrés. De plus,
comportementales exigées, c’est-à-dire son savoir-être et à des nombreux sont les arbitres qui cumulent les arbitrages en plus
qualités expertales recherchées, c’est-à-dire le savoir-faire. de leur profession et ne disposent que de très peu de temps
pour mener à bien l’ensemble de leur travail. Ils sont le plus
I. Le savoir-être de l’arbitre souvent indisponibles, ce qui contrevient à la bonne exécution
d’une procédure d’arbitrage. Ainsi, la déclaration de
Les qualités exigées sont des compétences comportementales, disponibilité permet à l’arbitre pressenti d’attester être en
des vertus imposées par les dispositions de l’Acte uniforme mesure d’exécuter sa mission dans les temps impartis. La
relatif au droit de l’arbitrage et réaffirmées par les règlements disponibilité permet à l’arbitre de rendre une sentence dans les
d’arbitrage, qui rappellent la vertu de loyauté. Le manquement délais prévus. Ainsi, l’arbitre qui exécute mal sa mission
constitue la violation d’un devoir de bonne foi. Il s’agit en l’expose à une annulation. Cette exigence de disponibilité se
réalité de la dissimulation (encore appelée la non-révélation), justifie davantage lorsque l’arbitre est désigné dans une
qui constitue la violation de l’obligation spéciale d’information, procédure accélérée.
sanctionnée par la récusation de l’arbitre ou par la nullité de la
5 D. FERNANDEZ ARROYO, « Les qualités des arbitres », Cahiers de droit 7T. LABATUT, « Faut-il réglementer l’accès à la fonction d’arbitre ? »,
de l’entreprise, n°4, 2012, p. 1 et s. Petites affiches, n° 46, 4 mars 2020, p. 18 et s.
6 J.-M. TCHAKOUA, F. KOLLOKO, S. DARANKOUM, Droit de
l’arbitrage, coll. Précis de droit uniforme africain, Juriscope, 2022, p. 186.
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Formule de disponibilité : L’Acte uniforme relatif à D’un point de vue pratique, l’indépendance suppose que
l’arbitrage ne prévoit pas l’obligation de déclaration de l’arbitre nommé ne doit pas s’ériger ni en procureur de la partie
disponibilité, à la différence de l’acte uniforme relatif à la qui l’a nommé, ni en défenseur de la partie adverse pour se
médiation qui met à la charge du médiateur l’obligation de bâtir, une réputation d’intégrité ou d’indépendance (ne pas
signature d’une déclaration de disponibilité après sa recevoir d’ordre ou d’instruction sur la manière de conduire la
désignation. L’article 6 de l’AUM prévoit clairement que le procédure et de trancher le différend). En dehors de ses
médiateur doit confirmer dans une déclaration écrite sa rapports avec les parties, l’indépendance de l’arbitre peut
disponibilité. En matière arbitrale, la déclaration d’engagement également être exigée dans les rapports entre les arbitres
de l’arbitre contient la formule habituelle suivante : « Je composant la collégialité. De même, pour renforcer la qualité
confirme, sur la base des informations dont je dispose d’indépendance de l’arbitre, il serait nécessaire que le droit
actuellement, que je peux consacrer le temps nécessaire pour OHADA consacre également l’indépendance de l’arbitre vis-
conduire le présent arbitrage de manière diligente et efficace à-vis des centres d’arbitrage qui jouent un rôle fondamental
dans le respect des délais fixés par le Règlement ». dans l’organisation de la procédure d’arbitrage.
Dans l’ensemble, la disponibilité est une donnée essentielle. Quels comportements de l’arbitre caractérisent son
Toutefois, il faut se garder de choisir des arbitres dont la indépendance ? Evidemment, le droit uniforme OHADA
disponibilité totale ne s’explique que par leur grand âge. Dans n’a pas énuméré les causes de récusation. A notre avis, cette
tous les cas, la maladie ou le décès d’un arbitre peut question peut être résolue à partir de l’analyse des cas
considérablement retarder la procédure arbitrale. Cette d’absence d’indépendance. On peut procéder au recensement
éventualité ne doit pas être négligée, mais pourrait être rangée des situations de défaut d’indépendance relevées ailleurs :
dans les cas de force majeure. Arbitre rémunéré par une partie en tant que conseil habituel
ou par une société dépendant du groupe auquel appartient
1-2. La qualité d’indépendance l’une des parties ; arbitre ayant présidé une société qui joue un
rôle intermédiaire dans la vente objet du litige ; arbitre ayant
Base légale. L’article 7, al. 3 de l’AUA ajoute que « L’arbitre exercé les fonctions de commissaire aux comptes pour
doit avoir le plein exercice de ses droits civils et demeurer plusieurs filiales d’une partie ; arbitre qui est parent du conseil
indépendant (...) vis-à-vis des parties ». L’article 4.1 du d’une partie ; arbitre dont la fille exerce dans le cabinet d’une
règlement d’arbitrage de la CCJA va dans le même sens en ces des parties ; dépendance en raison d’un courant d’affaires.
termes : « Tout arbitre nommé ou confirmé par la Cour doit
être et demeurer indépendant et impartial vis-à-vis des Normalement, l’arbitre qui suppose en sa personne, en cours
parties ». Cette disposition sous-tend l’idée selon laquelle d’instance, des circonstances susceptibles d’affecter son
l’indépendance de l’arbitre doit se manifester tout au long de indépendance doit, selon le cas, refuser la mission, s’abstenir
la procédure. L’indépendance de l’arbitre est reconnue comme ou démissionner (pour convenance personnelle).
« l’une des qualités essentielles de l’arbitre »8.
1-3. La qualité d’impartialité
Définition et contenu. D’un point de vue conceptuel,
l’indépendance de l’arbitre est entendue comme l’absence de Source textuelle. L’impartialité est communément admise
lien matériel ou intellectuel qui caractérise une situation de comme un état d’esprit psychologique qui consiste à ne pas
nature à affecter le jugement de l’arbitre et constituant un avoir de préjugé ou de penchant pour ou contre une partie. En
risque de prévention à l’égard de l’une des parties. Ainsi défini, droit uniforme africain de l’OHADA, l’article 7 de l’AUA
l’indépendance de l’arbitre semble inclure et être un préalable dispose clairement que « l’arbitre doit (…) demeurer
à l’impartialité, ce qui justifie la fréquente confusion entre les indépendant et impartial vis-à-vis des parties ». Le Règlement
deux notions. d’arbitrage CCJA du 11 mars 1999 ne faisait allusion qu’à
l’indépendance de l’arbitre. Le Règlement de 2017 corrige
Contrairement à l’indépendance du juge qui est requise vis-à- désormais cette faiblesse et met à la charge de l’arbitre une
vis du pouvoir public, celle de l’arbitre est imposée à l’égard obligation d’impartialité. La question est d’autant plus cruciale
des parties. Il s’agit d’une indépendance fonctionnelle. Dans ce que dans la pratique, cette qualité essentielle d’impartialité est
sens, la CCJA a jugé qu’il n’est pas possible d’annuler une souvent affectée par une certaine instabilité en fonction de
sentence arbitrale parce que l’un des arbitres a la qualité de divers facteurs.
fonctionnaire9. Cette jurisprudence enseigne qu’il ne faut point
en ajouter aux conditions fixées par le législateur uniforme. Premièrement : hypothèse de cumul de fonctions
d’arbitre et de conseil. Dans le monde de l’arbitrage,
l’impartialité de l’arbitre ne semble pas totalement acquise
8Civ. 1re, 13 avril 1972, JCP 1972, II, 17189, note P. LEVEL ; Rev. Arb. , 9CCJA, arrêt n°203/2018 du 22 novembre 2018, Airtel Gabon c/ Société
1975, p. 235, note E. LOQUIN 2JTH Gabon Sarl, rec ; jurisp. CCJA n°30, Juillet-décembre 2018, vol. 2,
p. 250 et s.
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lorsque l’arbitre assume les fonctions en tant que conseil et en confidentielles (article 18 AUA et article 14 du Règlement
tant qu'arbitre, dans des affaires liant les mêmes parties ou d’arbitrage CCJA). C’est le prolongement de la qualité de
même des parties différentes. Le cumul de la fonction d’arbitre l’indépendance de l’arbitre. Dans ce sens, l’article 18 de l’AUA
et de conseil pourrait, sans doute, entrainer un conflit d’intérêt énonce que les délibérations du tribunal sont secrètes. L’article
de l’arbitre. Or, on sait, comme il en est pour l’indépendance, 14 du Règlement d’arbitrage CCJA, intitulé « confidentialité de
qu’avant sa confirmation et pendant tout le cours du processus la procédure », dispose : « la procédure arbitrale est
arbitral, l’arbitre est tenu de révéler toutes les circonstances de confidentielle. » Les travaux de la Cour relatifs au déroulement
nature à mettre l’arbitrage à l’abri des conflits d’intérêts qui de la procédure arbitrale sont soumis à cette confidentialité,
porteraient atteinte à la crédibilité de ce mode de règlement des ainsi que toutes réunions de la Cour pour l’administration de
différends. Une impartialité relevée postérieure à la sentence l’arbitrage. Elle couvre les documents soumis à la cour ou
arbitrale ouvre droit à la révision de la décision ayant rejeté le établis par celle-ci à l’occasion des procédures qu’elle
recours en annulation10. Les faits révélés postérieurement administre.
permettent à la partie qui y a intérêt de s’en prévaloir pour Sous réserve d’un accord contraire de toutes les parties,
s’opposer à la nomination ou récuser l’arbitre. celles-ci et leurs conseils, les arbitres, les experts et toutes les
personnes associées à la procédure d’arbitrage, sont tenus au
En revanche, la partie qui a été dûment informée des faits respect de la confidentialité des informations et des documents
susceptibles de mettre en cause l’impartialité d’un arbitre et qui qui sont produits au cours de cette procédure. La
s’est abstenue de contester celui-ci, perd le droit de s’opposer confidentialité s’étend, dans les mêmes conditions, aux
ultérieurement à la sentence. Cette solution est consacrée par sentences arbitrales.
l’article 16 al.3 du Règlement d’arbitrage. La CCJA a, dans un Le secrétaire général est autorisé à publier des extraits de
arrêt du 09 avril 2020, approuvé le juge d’annulation d’avoir sentences arbitrales sans mentionner les éléments permettant
décidé que la partie qui, ayant eu connaissance de la d’identifier les parties ».
composition du tribunal arbitral, avait laissé l’instance se
poursuivre, sans objection aucune, est réputée avoir acquiescé La confusion peut être vite faite entre discrétion, secret et
à cette composition et donc de renoncer à son droit de faire confidentialité. La discrétion renvoie à l’obligation de se taire,
objection11. le secret traduit l’idée de ce qui ne doit pas être dévoilé par
ceux qui en sont légalement soumis. À ce titre, le secret est une
Deuxièmement, l’impartialité de l’arbitre serait en cause « discrétion qui pèse sur certains professionnels et dont la
lorsque, dans le cadre d’une instance arbitrale, l’arbitre est violation [consiste en] la révélation de confidences acquises
nommé par l’une des parties. La compromission de sa marge lors de l’exercice de fonction ou de mission »13. Le secret, qui
d’action en tant qu’arbitre nommé par l’une des parties n’est n’est pas classé dans la catégorie des devoirs de secret
pas moins évidente. Les arbitres sont des juges et non point professionnel et qui n’est pas sanctionné sur le plan pénal ou
des mandataires des parties12. disciplinaire, est pris en charge par le devoir civil de discrétion.
S’agissant de la confidentialité, elle est une déclinaison de la
Troisièmement, l’éventuel lien direct ou indirect entre les discrétion, qui est une qualité ou une valeur requise d’une
entités en matière d’affaires et les nominations répétées d'un personne en relation avec autrui. Mieux, la discrétion est plus
arbitre par la même partie et/ou la multiplication de rôles joués générale que la confidentialité, en ce sens qu’elle est une norme
par la même personne, sont de nature à remettre en cause, prudentielle de conduite, qui peut être écrite ou non écrite.
éventuellement, cette qualité d’un arbitre. Sous-entendue dans les relations sociales, elle s’extériorise, en
droit, par le caractère confidentiel attribué aux informations
En définitive, on peut penser que la notion d’indépendance de détenues (on parle d’information à caractère confidentiel).
l’arbitre est plus globalisante et absorbe celle de l’impartialité.
Mais, l’indépendance est considérée comme une précaution
imposée pour garantir l’impartialité de l’arbitre. Ainsi, si les 2. Les vérifications des qualités exigées
parties à l’arbitrage pourraient renoncer facilement à l’exigence
d’indépendance de l’arbitre, il est plus délicat d’admettre la
L’obligation légale de révélation. Il est affirmé à juste titre
renonciation à son impartialité.
que les qualités sont assurées par l’obligation de révélation de
l’arbitre et la collaboration des parties qui exercent un contrôle
1.4. La qualité de discrétion
du respect de l’indépendance et de l’impartialité de l’arbitre et
peuvent même déclencher des mécanismes de vérification14.
Le législateur OHADA impose explicitement le secret du
délibéré et implicitement la discrétion sur les informations
10 CCJA, arrêt 087/2018 du 12 avril 2018, Etat du Niger c/ Société 12 V. en dans ce sens, Cass. civ. 18 mai 1942, DA, 1942, p. 105
AFRICARD 13 R. CABRILLAC Dictionnaire juridique, v° « discrétion »
11 CCJA, arrêt n°094/2020 du 09 avril 2020, Société GFB c/ Société CDS, 14 voir J. BILE AKA, « Indépendance et impartialité de l’arbitre en droit
inédit de l’OHADA », Cahiers de l’arbitrage, n°2, 2023, p. 409
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Aux termes de l’article 7, al. 3 et 4 de l’AUA, « Tout arbitre faisait droit à leur demande. Monsieur NGUESSI Jean-Pierre,
pressenti informe les parties de toute circonstance de nature à le Président du Conseil d'administration de la société SAFREL
créer dans leur esprit un doute légitime sur son indépendance a introduit un recours en annulation de la sentence. La Cour
et son impartialité et ne peut accepter sa mission qu’avec leur d’appel de Douala a accueilli favorablement cette demande en
accord unanime et écrit. annulation. Selon la Cour d’appel de Douala, la non révélation
A partir de la date de sa nomination et durant toute la par l'un des arbitres de ses liens avec le conseil de la partie
procédure arbitrale, l’arbitre signale sans tarder de telles demanderesse est un dol procédural de nature à remettre en
circonstances aux parties ». cause non seulement son indépendance, mais aussi la sentence
à venir.
A titre de comparaison, on peut évoquer l’article 1456 du Code
de procédure civile français, applicable également en matière Un pourvoi a alors été formé. Selon le moyen du pourvoi
internationale : « Il appartient à l’arbitre, avant d’accepter sa formé par Monsieur WANMO Martin (l’ex Directeur général)
mission, de révéler toute circonstance susceptible d’affecter et consorts, la révélation mise à la charge de l'arbitre par
son indépendance ou son impartialité. Il lui est également fait l'article 7, alinéa 2, ensemble l'article 26, alinéa 2, de l'Acte
obligation de révéler sans délai toute circonstance de même uniforme relatif au droit de l'arbitrage n'est constitutive
nature qui pourrait naître après l’acceptation de sa mission ». d'obligation que si l'arbitre suppose en sa personne une cause
de récusation. La Cour d’appel n’a pas recherché dans ces liens
Discussions du contenu de la révélation. Les textes une situation récurrente ou notoire de nature à affecter
imposent le devoir de revelation, mais ne précisent pas le raisonnablement le jugement de l'arbitre, en faisant apparaître
contenu, ni la liste des circonstances ou des informations à un risque certain à l'égard d'une partie à l'arbitrage. En
révéler15. Lorsque l’arbitrage est institutionnel, le centre conséquence, la Cour d'appel n'a pas caractérisé en quoi le fait
d’arbitrage formule des recommandations. prétendument non révélé par l'un des arbitres portait atteinte
à son indépendance.
De manière générale, l’obligation de révélation pose le
problème des circonstances que doit révéler l’arbitre. A ce En réponse, la CCJA a décidé que « le tribunal arbitral n'est
sujet, deux thèses s’opposent : la thèse classique selon laquelle régulier que s'il est composé d'arbitres indépendants et
il faut dire uniquement ce qui est nécessaire, ce qui est de impartiaux et si la procédure de sa constitution est exempte de
nature à soulever un doute chez les parties. C’est cette thèse tout vice ». Selon la Cour, il est, en outre, de jurisprudence
qui a cours sur plusieurs grandes places d’arbitrage. L’autre constante que l'arbitre doit révéler toute circonstance de nature
thèse est beaucoup plus large et invite à tout révéler. à affecter son jugement et à provoquer dans l'esprit des parties
Normalement, l’arbitre ne devrait révéler que ce qui est caché, un doute raisonnable sur ses qualités d'impartialité et
pas ce qui est notoire. Il reste que les obligations de révélation, d'indépendance qui sont l'essence même de la fonction
d’indépendance et d’impartialité de l’arbitre nourrissent le arbitrale. Par conséquent, l'interpellation formelle du tribunal
contentieux des recours contre les sentences. La tendance arbitral sur la nature des liens de collaboration que l'arbitre
actuelle va vers une obligation de révélation croissante des désigné par le demandeur à la procédure arbitrale, avait avec le
liens de l’arbitre avec les parties ou leurs conseils. conseil dudit demandeur n'a reçu aucune réponse permettant
d'apprécier l'incidence de ces liens non révélés sur son
Circonstances de nature à faire naître un doute sur indépendance et son impartialité.
l’impartialité et l’indépendance de l’arbitre. Dans un arrêt
n° 151/2017 du 29 juin 2017 de la CCJA, il ressort des faits de Au titre d’enseignement, on retient de cette décision de la
l’espèce que par délibérations en dates des 11 septembre 2012 CCJA que l'arbitre doit révéler toute circonstance de nature à
et 25 janvier 2013, le Conseil d'administration de la société affecter son jugement et à provoquer dans l'esprit des parties
SAFREL, présidé par monsieur NGUESSI Jean-Pierre, a un doute raisonnable sur ses qualités d'impartialité et
respectivement révoqué Monsieur WANMO Martin de ses d'indépendance.
fonctions de Directeur Général de ladite société et procédé à
son remplacement par Monsieur NGUESSI TEGUEM L’exigence de révélation qui pèse sur l’arbitre l’oblige à
Fabrice. Monsieur WANMO Martin (l’ex Directeur général) s’informer et informer les parties de manière continue 16.
et consorts se fondant sur les statuts de la société relativement Parfois, on constate qu’un arbitre, désigné sur une liste fermée,
aux règlements des différends, ont initié une procédure a émis une déclaration d’indépendance au « caractère
d'arbitrage ad 'hoc contre les administrateurs ayant siégé à ces délibérément tronqué et réducteur » quant à ses relations avec
conseils et contre la société SAFREL aux fins d'annulation le cabinet d’avocat de l’une des parties 17.
desdites délibérations et de paiement de dommages-intérêts.
Le tribunal arbitral, par la sentence rendue le 10 mars 2014,
15 F. ANOUKAHA, « L’obligation d’information de l’arbitre en droit 16 Cass. 1re civ., 16 déc. 2015, no 14-26279, Columbus Acquisitions et
OHADA », in L’obligation, Etudes P.-G. POUGOUE, L’Harmattan, 2015, Columbus Holdings c/ AGI
p. 87 et s. 17 Civ. 1re, 18 déc. 2014.
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L’appréciation du doute. L’appréciation du défaut esprit un doute légitime sur son indépendance et son
d’indépendance ou d’impartialité d’un arbitre, en plus de poser impartialité et ne peut accepter sa mission qu'avec leur accord
de véritables problèmes d’articulation avec l’obligation de unanime et écrit ». Or, en l’espèce, c'est en date du 11 juin
révélation, se fait aujourd’hui par recours à des critères 2021, soit neuf (9) mois après sa prise de fonction d'arbitre et
objectifs et subjectifs. L’existence d’un doute raisonnable est quatre (4) jours après la clôture définitive des débats et la mise
appréciée par référence à une personne raisonnable placée en délibéré du dossier intervenue le 07 juin 2021, que l'arbitre
dans une situation similaire ; ce doute, au cœur du contrôle du Sieur EBEEVINA a, dans une « déclaration complémentaire »
juge de l’annulation, doit naître dans l’esprit des parties au laconique, reconnu « avoir occupé la fonction de Président de
litige18. la Commission “Amélioration Environnement des Affaires”
du GICAM ». Il s’agit d’une violation des articles 7 de l'Acte
En droit de l’OHADA, un arrêt récent rendu par la CCJA 19 uniforme et 10.1. du Règlement du Centre d'arbitrage suscité.
illustre parfaitement le malaise. Il ressort des circonstances en Dans ces circonstances, l'invocation par la défenderesse de
cause que la société Fontaine à bière (FAB) sollicite l'article 14 de l'Acte uniforme est inopérante.
l'annulation de la sentence au motif qu'elle a été rendue par un Cette décision est riche en enseignement dans ce sens qu’un
tribunal irrégulièrement composé, en ce que l'un des arbitres, tribunal arbitral, au sein duquel il subsiste un doute légitime
sieur EBE-EVINA, chef d'entreprise et expert financier, sur l'indépendance et l'impartialité de son membre, est
désigné d'office par le Centre d'arbitrage du GICAM, présente considéré comme irrégulièrement constitué.
« des liens inextricables » avec la partie demanderesse, la
société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC). L’amitié arbitrale : dilemme entre l’étendue de
L’arbitre en cause avait été pendant longtemps un l'obligation de révélation et le devoir de réaction des
collaborateur du Directeur Général de la SABC et par ailleurs parties. En droit OHADA comme en droit français, le débat
vice-président du GICAM. Le sieur EBE-EVINA, l’arbitre en est toujours ouvert sur les contours et les implications de
cause, n'avait pas révélé cette proximité avec la partie l’obligation de révélation20.
demanderesse dans sa déclaration d'acceptation de sa mission
d'arbitre. Partant de ces éléments factuels, la société FAB Tout partait d’un éloge funéraire. Selon les faits
soutient que l'arbitre doit être et demeurer indépendant et parfaitement résumés par Me Marc HENRY21 et qu’il importe
impartial vis-à-vis des parties, et qu’aucun doute ne doit de reprendre (pour sa vertu de clarté et de pédagogie), une
subsister sur cette exigence qui procède de l'essence même de sentence arbitrale partielle a été rendue le 10 novembre 2020,
la fonction juridictionnelle de l'arbitre. entre Port Autonome de Douala (PAD) et Douala
International Terminal (DIT). Selon les faits, suite à un éloge
En réplique, la société SABC soutient que le fait que sieur funèbre du président du tribunal arbitral, au conseil de la
EBE-EVINA siège comme membre du conseil exécutif du société Douala International Terminal, qui deux semaines
GICAM aux côtés du Directeur Général de la SABC n'est pas auparavant, était brutalement décédé, en cours de procédure
une circonstance de nature à faire douter de son impartialité. arbitrale, l’une des parties (le Port autonome de Douala) a
exercé un recours en annulation contre la sentence. Au soutien
La CCJA a ordonné l'annulation de la sentence arbitrale rendue de sa demande, le requérant allègue que le président du tribunal
le 21 juillet 2021 par le Centre d'arbitrage du GICAM. Selon la aurait, volontairement, caché des « rapports de proximité »
Cour, la régularité de la composition d'un tribunal arbitral, au avec le conseil de la société Douala International Terminal, qui
sens de l'article 26 de l'Acte uniforme relatif au droit de auraient pris la forme d’une « fréquentation régulière et
l'Arbitrage, s'apprécie non seulement au regard de la procédure soutenue » et d’une « amitié profonde » quand ce n’était pas
de sa constitution, qui doit se conformer aux articles 5 et 8 une « admiration extatique » pendant 21 ans. C’est donc la non
dudit Acte uniforme, mais aussi des critères d'impartialité et révélation de cette amitié qui aurait « provoqué un doute
d'indépendance du ou des arbitres qui le composent, raisonnable dans l’esprit des dirigeants du Port Autonome
conformément à l'article 7 du même Acte uniforme. Pour la Douala quant à l’indépendance et l’impartialité » du président
Cour, l’article 14 de l’Acte uniforme relatif au droit de du tribunal arbitral. Selon les prétentions relevées, le Port
l’arbitrage ne peut être opposé au demandeur de l'annulation autonome de Douala aurait pris conscience de cette amitié,
de la sentence que si ces faits reprochés à l'arbitre étaient non notoire et discriminante, le 15 avril 2021, date de
portés à sa connaissance dès le début de la procédure arbitrale, publication de l’hommage.
conformément à l'article 7, alinéa 4 dudit Acte uniforme, repris
par l'article 10.1. du Règlement d'arbitrage du Centre du En réponse à la demande d’annulation de la sentence, la Cour
GICAM. Ce texte énonce que « tout arbitre pressenti informe d’appel de Paris a estimé que le président du tribunal n’avait
les parties de toute circonstance de nature à créer dans leur pas respecté son obligation de révélation en n’informant pas
18 CA Paris, 5-16, 11 janv. 2022, no 19/19201, Rio Tinto c/ Alteo 20 voir Paris, pôle 5, ch. 16, 10 janvier 2023, Port Autonome de Douala
Gardanne (PAD) c/ Douala International Terminal (DIT)
19 Ass. Plén., arrêt n° 199/2022 du 29 décembre 2022, aff. Société fontaine 21 « L’amitié arbitrale », Cahiers de l’arbitrage, n° 3, juillet 2023, p. 501
à bière c/ Société anonymes des brasseries du Cameroun
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les parties, dans sa déclaration d’indépendance, de l’existence 1. Le sachant : savoir-faire en matière arbitrale
d’une « relation » avec le défunt consistant en des « liens
d’amitié (…) révélant (…) l’intensité d’une relation dépassant Le choix d’un arbitre par les parties repose souvent sur des
la simple amitié ordinaire », l’intensité de la relation « labels de qualité » développés par la soft law23.
s’exprimant notamment par le fait que selon l’hommage, le
président consultait le défunt « avant tout choix important », Qualité pour conduire la mission. L’arbitre est devenu sujet
et que ce dernier, selon l’arrêt, « “se livrait à lui”, alors même aux critiques. A cet égard, la recherche d’un bon arbitre, c’est-
que l’auteur souligne le caractère exceptionnel d’une telle dire celui qui a des compétences théoriques et pratiques
attitude de la part de l’intéressé (“lui qui le faisait peu”) ». Dans requises en matière arbitrale, celui en mesure d’offrir les
la motivation de sa décision, la Cour d’appel précise, sans garanties de la procédure ou les avantages comparatifs par
ambages, que « la proximité et l’intimité » apparaissant à la rapport à la justice étatique, est une réalité indéniable. C’est à
lecture de l’hommage ne pouvaient « que conduire à regarder alors que la question de la règlementation de la fonction
cette relation comme caractérisant l’existence de liens arbitrale est légitimement en réflexion24. Et pourtant, on ne
personnels étroits », qui ne devraient pas être dissimilés, mais peut pas parler, à l’heure actuelle, de profession d’arbitre. Du
auraient dû être révélés. reste, l’arbitrage requiert des qualités d’ordre juridique,
linguistique et rédactionnel. Ces compétences ne sont pas
Au total, la non révélation n’est pas en soi une cause obligatoires puisqu’elles sont facultatives, en ce sens que rien
d’annulation de la sentence22. La révélation étant libre et se n’empêche les parties de choisir un arbitre ne possédant
faisant souvent par une lettre ou une déclaration accompagnée aucune d’elles. Mais elles peuvent être une plus-value !
du CV, les points susceptibles de mettre en cause
l’indépendance et l’impartialité de l’arbitre pourraient y être Concrètement, l’arbitre a une fonction juridictionnelle, donc il
précisés. Normalement, la circonstance non révélée doit être est un véritable juge investi par les parties. Outre les qualités
de nature à provoquer, dans l’esprit des parties, un doute légales, d’autres qualités, surtout la compétence (juridique,
raisonnable sur l’indépendance et l’impartialité de l’arbitre. processuelle et technique) sont requises. A ce titre, l’arbitre
Mais l’évolution des solutions jurisprudentielles démontre doit connaître les principes directeurs du procès et les règles
qu’en tout état de cause, il est désormais prudent de tout de la procédure arbitrale : le respect du principe du dispositif
révéler. Ce qui est contestable dans la doctrine spécialisée. et du principe du contradictoire (assurer l’accès égal à la
Néanmoins, au-delà des compétences comportementales, le procédure arbitrale ; obligation d'entendre chacune des
savoir et le savoir-faire restent des critères déterminants ou des parties). En l’absence de règlementation de la fonction
qualités recherchées dans la désignation de l’arbitre. d’arbitre, de nombreux centres d’arbitrage dressent des listes
(listes d’arbitres) ainsi que divers guides (directives de l’IBA)
II. Le savoir-faire de l’arbitre ou codes internationaux (Code of ethics) non contraignants
(soft law) pour combler cette insuffisance normative.
La lecture de l’article 5 AUA selon lequel « la mission d’arbitre
ne peut être confiée qu’à une personne physique », autorise à La pratique arbitrale recommande davantage un standard du
soutenir que toute personne physique peut être arbitre, sans bon arbiter, d’autant plus que le recours en annulation peut
restriction. Aucune référence aux qualités professionnelles de être fondé sur la non-conformité de l’arbitre à sa mission ou
l'arbitre n’est précisée. Or, dans la plupart des professions, il tiré de la prohibition faite aux arbitres de prononcer
existe des examens professionnels obligatoires, voire un ordre, l’exécution provisoire25.
un corps ou une organisation quelconque qui attestera des
qualités professionnelles de l'intéressé. En matière arbitrale, il Nécessité de pouvoir se prononcer sur l’existence, la
serait naïf de conclure qu’il y aurait une sorte de libéralisme validité ou l’applicabilité d’une convention. Il est
absolu. En pratique, le choix de l’arbitre va être orienté par des nécessaire de choisir des arbitres de qualité, précisément ceux
considérations de compétences intellectuelles ou qui répondent à des critères techniques et juridiques relatifs à
professionnelles en matière arbitrale et/ou en fonction de l’arbitrage26. En la matière, un arbitre averti sait que l’arbitrage
l’objet du différend. est fondé sur une convention d’arbitrage. Aux termes de
l’article 11 AUA, « le tribunal arbitral seul est compétent pour
22 H. KENFACK, « Bref retour sur l’obligation de révélation dans 24 Th. LABATUT, « Faut-il réglementer l’accès à la fonction d’arbitre ? »
l’arbitrage », in La loyauté en droit économique, Mélanges Yves PICOD, Dalloz, Petites affiches, n°4, 2020, p. 18
2023, p. 547 et s 25 Rejet de la demande en annulation Arrêt N°001/2021 du 14 janvier 2021
23 Voir les discussions doctrinales dans ce sens : J. C. SCHULTSZ, A. J. Affaire : Société Africaine de Construction au Congo S.A c/ Société
VAN DEN BERG, The art of arbitration : Essays on international Arbitration PARKLAND S.A ; Cassation d’un arrêt d’annulation, CCJA, Arrêt N°
Liber Amicorum Pieter Sanders, Kluwer, 1982 ; G. KAUFMANN-KOHLER 035/2023 du 09 mars 2023, Affaire SOCIETE ITF TRADING
« Soft law in International Arbitration : Codification and Normativity », COMPANY SARL c/ SOCIETE CAMEROUNAISE DES
Journal of International Dispute Settlement, 2010, p. 1 et s. ; M. De INDUSTRIES ALIMENTAIRES dite SOCIA SARL.
BOISSESON, « La « Soft Law » dans l’arbitrage », Les cahiers de l’arbitrage, 26 M. ROBINE, « Le choix des arbitres », Rev. arb. ,1990, 315
n° 3, 2014, p. 519
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statuer sur sa propre compétence, y compris sur toutes les L’autorité de l’arbitre : Au sein de la communauté arbitrale
questions relatives à l’existence ou à la validité de la convention ou au club des arbitres, il y a des arbitres qui brillent par leur
d’arbitrage ». Une convention supposant la rencontre de autorité ; ceux-là ont des connaissances et expériences avérées
volontés, un bon arbitre doit savoir que le consentement à des bonnes pratiques et des usages. S’agissant des bonnes
l’arbitrage ne peut donc résulter d’un silence27. pratiques, on peut évoquer : l'obligation ou non pour le
tribunal arbitral de discuter tous les arguments soulevés par les
Néanmoins, les motifs sont parfois tirés de l’inexistence de la parties ; le devoir pour le tribunal de tester les allégations du
convention d’arbitrage et de l’irrégularité de la constitution du demandeur en cas de défaut du défendeur ; les démarches que
Tribunal arbitral28. L’arbitre doit pouvoir reconnaître que la le président du tribunal arbitral devrait adopter afin d'obtenir
volonté de recourir à l’arbitrage existe dans une espèce où dans une décision unanime). En ce qui concerne les usages de
le contrat principal, il était prévu une clause intitulée « l'arbitrage (prérogatives et devoirs des arbitres, régularité
Juridiction/Arbitrage », et qui prévoyait le recours à l’arbitrage de la procédure, écriture de la sentence), en théorie,
en cas de litige. Une Cour d’appel du Cameroun avait annulé l’article 15 de l’AUA dispose que « le tribunal arbitral tranche
une sentence arbitrale pour absence de convention le différend conformément aux règles de droit choisies par les
d’arbitrage29. La CCJA, a également prononcé l’annulation parties. A défaut, le tribunal arbitral applique les règles de droit
d’une sentence arbitrale pour absence de convention30. qu’il estime les plus appropriées en tenant compte, le cas
échéant, des usages du commerce international ». En pratique,
La vigilance sur l’application de la convention d’arbitrage les spécialistes soutiennent que les différents modes de
à un tiers. Il existe des hypothèses d’application de la délibéré relèvent de la pratique ou de « l'art » de l'arbitrage, tout
convention au tiers : en admettant que chacun a sa manière et aucune ne s'impose.
Plus largement, la question de la connaissance des règles et des
- adhésion aux statuts d’une société qui prévoient que pratiques arbitrales s’étend aux autres intervenants dans le
tous les litiges entre associés doivent être réglés par processus arbitral, notamment le juge de l’annulation. Dans un
voie d’arbitrage ; arrêt34 on peut constater que la société Gravel Benin SARL a
- reprise des droits et obligations d’une partie saisi la Cour d’appel de Cotonou le 21 juillet 2021 d’un recours
signataire d’une convention d’arbitrage en annulation de la sentence finale n°9/SF
- transmission des droits affectés par une clause 009/2020/TA/CAMeC-CCIB rendue le 21 décembre 2020
d’arbitrage ; par le Tribunal arbitral. Or, cette Cour, qui n’avait que trois
- appartenance à un même groupe que le signataire de mois pour se prononcer sous peine de dessaisissement, n’a
la convention (sur extension à des filiales de deux rendu l’arrêt attaqué en cassation que le 17 novembre 2021 soit
sociétés mères la clause compromissoire conclue par neuf mois après sa saisine, en violation de l’article 27 de l’AUA,
ces dernières31. ce qui pose le problème, de façon générale, de la gestion du
contentieux arbitral par les acteurs (et non seulement l’arbitre).
La CCJA a cependant jugé, dans une espèce où un associé lié
par un pacte d’actionnaires avait vendu à un tiers une partie de A cet égard, même si l’arbitre peut jouir d’une immunité dans
ses actions, que l’acquéreur ne pouvait être lié par la clause la fonction juridictionnelle, les qualités de connaisseur du
compromissoire contenue dans le pacte d’actionnaires que s’il phénomène arbitral (compétences dans la conduite de la
avait signé ledit pacte32. procédure) peuvent déterminer les parties à choisir tel ou tel
arbitre.
Problématique de la représentation de la personne
morale de droit public à la convention. Conformément à 2. Le spécialiste de l’objet du litige ou du différend
l’article 2, al. 2b de l’AUA, la CCJA a eu l’occasion de préciser
que le défaut de pouvoir d’un ministre représentant l’État ne La technicité. La justice arbitrale trouve sa raison d’être dans
peut être un motif d’invalidité de la convention d’arbitrage le fait qu’elle s’adapte plus facilement à la technicité des litiges
signée par ce ministre33. (finances, mines, ouvrages). Ce n'est plus la qualité subjective
27 CA de l’Ouest, arrêt nº 2 du 12 mars 2008, Ohada, Recueil de jurisprudence 31 CA du Littoral, arrêt nº 026/C du 18 janv. 2013, Juridis Périodique nº 100
nationale, 2010, 7CM251 ; sur l’interprétation d’une convention d’arbitrage, (2014), revue de jurisprudence, p. 77.
voir Arrêt N° 312/2020 du 22 octobre 2020, Affaire Société Accor 32 CCJA, arrêt nº 003/ 2011 du 31 janv. 2011, Affaire Planor Afrique SA
Afrique SAS, Société Togolaise d’Investissement et d’Exploitation c/Atlantique Télécom. SA, Recueil Penant nº 881, déc. 2012, note J.-M.
Hôtelière en abrégé STIEH S.A c/contre Etat Togolais TCHAKOUA
28 Arrêt N°063/2021 du 08 avril 2021, Monsieur Marc ORPHANIDES 33 CCJA, arrêt nº 012/2011, du 29 nov. 2011, Ohadata J-13-142.).
C/ Monsieur Alkarim ALNOOR JAMAL.
29 CA du Centre, arrêt nº 318/civ., 30 sept. 2009, Ohadata J-10-133. CCJA, 3e ch. Arrêt n°216/2023 du 30 novembre 2023, affaire Société
34
30 arrêt nº 039/2014 du 17 avr. 2014). En l’espèce, la convention était GRAVEL Bénin Sarl c/ Société COTTIN Carrières Bénin Sarl
alléguée par le demandeur, contestée par le défendeur et il n’y avait pas la
preuve de son existence.
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de l’arbitre désigné qui seule compte, mais la qualité expertale pouvant se prévaloir d’une longue expérience. En somme, les
de l’arbitre qui lui confère sa légitimité, et par voie de institutions d’arbitrage qui adoptent des listes d’arbitres
conséquence, le rayonnement des institutions d'arbitrage. essaient, en général, de constituer des listes d’élite, afin de
parfaire leur fiabilité et de favoriser ou fidéliser ainsi leur
La spécialisation s’est imposée par la spécialisation à outrance recours.
des matières ou des domaines d’intervention. La recherche des
spécialités est devenue une donnée fondamentale de nos jours. Il semble que l’acceptation sur une liste d’arbitres n’est pas un
Le profil des arbitres, dans la pratique de l’arbitrage ad hoc, de critère suffisant pour conférer les qualités d’expertise et
l’arbitrage institutionnel ou de l’arbitrage international, est en d’expérience. Néanmoins, le destin de la qualité expertale de
un indicateur qualitatif incontesté. En la matière, les l’arbitre est lié à celui du centre : A titre d’exemple, il a été jugé
institutions d’arbitrage aident les litigants, en établissant des qu’un centre d’arbitrage qui manque d’assurer la régularité des
listes d’arbitres, sur lesquelles on retrouve très souvent une échanges contradictoires entre les parties et l’arbitre, comme
grande variété de compétences, pas nécessairement juridiques. lui impose son règlement engage sa responsabilité38.
On pourrait ainsi y trouver des ingénieurs, des comptables, des
banquiers, des assureurs, etc. Les listes d’arbitres mettent en Cependant, en droit français, il a été récemment jugé39 que si
exergue les spécialistes et des juristes chevronnés, répondant à un centre d’arbitrage peut engager sa responsabilité
des litiges plus ou moins complexes35. Parfois, ces listes ne contractuelle à l’égard des parties à l’arbitrage, y compris en cas
sont pas fermées, de sorte qu’on puisse désigner un arbitre qui de méconnaissance des principes du procès équitable, sa
n’en fait pas partie. Cependant, ne seront souvent désignées responsabilité ne peut être engagée que pour les fautes qu’il a
arbitres que les seules personnes ayant une compétence personnellement commises dans l’exécution de sa mission
reconnue et en rapport avec l’objet du litige. d’organisation de l’arbitrage. Les fautes prétendues de
l’arbitre ne sauraient ainsi permettre de l’engager.
Qualité expertale de l’arbitre et la renommée de
l’institution arbitrale. De façon générale, il existe une Pour cette raison, les arbitres qui souhaitent s’inscrire dans un
imbrication certaine entre le savoir-faire des arbitres inscrits et centre suivent généralement une formation (atelier)
la renommée des institutions d’arbitrage dans l’organisation de d’imprégnation du Règlement, des pratiques (Guidelines, ou
leurs activités, notamment en ce qui concerne les règles de best practice) et des usages en matière arbitrale. Le partage
procédure et de délai36. Par exemple, dans un arrêt récent de la d’expériences sur les qualités des arbitres amène les institutions
CCJA37 une requérante fait grief à une Cour d’appel d’avoir d’arbitrage à organiser fréquemment des événements
annulé la sentence arbitrale du 02 octobre 2019, aux motifs scientifiques ou déontologiques : Paris Abitration week, Lagos
qu’à cette date le délai d’arbitrage avait expiré et qu’aucune Arbitration week ou Lomé arbitration weeek (bientôt).
autorisation de prorogation de ce délai n’avait été produite aux
débats, alors, selon le moyen, que le Comité de gestion du Cas du Centre d’arbitrage et de médiation de Lomé. A
CAMC « avait autorisé le rendu de la sentence arbitrale au plus titre illustratif, on peut citer le cas du Centre d’arbitrage et de
tard le 10 octobre 2019 par lettre du 12 juillet 2019, reprise médiation de Lomé (CIAM) qui a vocation à se spécialiser dans
dans les qualités de la sentence ». Selon la CCJA, « pour le règlement des litiges maritimes et financiers. A la création,
annuler la sentence rendue par le tribunal arbitral le 02 octobre les discussions ont porté notamment sur le cadre juridique, les
2019, la cour d’appel a retenu, en substance, que « sauf spécificités et les perspectives de l’arbitrage des litiges
prorogation, toute décision du tribunal arbitral prise au – delà maritimes et financiers dans le Golfe de Guinée, la particularité
du délai légal ou conventionnel qui lui est imparti, peut être de la clause d’arbitrage dans les secteurs financier et maritime
frappée de nullité » ; qu’en se déterminant de la sorte, alors et l’efficacité des sentences arbitrales maritimes et financières.
même qu’il ressort nettement des qualités et des visas de la En réalité, la création d’un tel centre est motivée par deux
sentence que le Comité de gestion du CAMC avait bien arguments majeurs. Le premier argument part de l’idée que le
autorisé le tribunal à déposer sa décision au plus tard le 10 recours à l’arbitrage est devenu presque un usage maritime.
octobre 2019, la cour d’appel a fait une mauvaise application Ainsi, l’existence à Lomé d’un port en eau profonde utilisé par
des dispositions de l’article visé au moyen et exposé son arrêt les grandes compagnies maritimes et les opérateurs
à la cassation (…) ». économiques de l’hinterland (Burkina-Faso, Niger, Mali)
justifierait la mise en place d’un centre de justice arbitrale de
Par ailleurs, certains domaines, notamment tout ce qui pourrait proximité. Le second argument est relatif au fait que Lomé
avoir un lien avec les plates-formes minières, l’énergie ou les abrite le siège de nombreuses institutions financières et
BTP, nécessitent des techniciens spécialisés dans ce secteur, bancaires, en l’occurrence la Banque ouest africaine de
35 E. LOQUIN, Arbitrage commercial international, JCL Droit international, 38 CA Paris, 1-1, 19 févr. 2019, n° 17/16113, M. L. et EURL L. c/ M. M.
fasc. 720 et Conseil régional de l’ordre des experts-comptables Paris Île-de-France
36 E. LOQUIN, « L'accélération de la procédure d'arbitrage à l'intérieur de 39 Cass. 1re civ., 22 mars 2023, no 21-16238, Société Kraydon Ltd
l'espace OHADA », JDI (Clunet) n° 2, avril 2019, doctr. 4. c/ Chambre de commerce internationale de Paris (CCI), F-D (rejet
37 Arrêt N° 221/2021 du 23 décembre 2021 Affaire ELAF Sénégal SARL pourvoi c/ CA Paris, 10 nov. 2020
c/ SAUDI ARABIAN AIRLINES Corporation, dite SAUDIA
Revue africaine de droit des affaires, Dossier special, Juin 2024
Revue de l’association Juris-Intelligence, n° 924 347 875
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développement (BOAD), Ecobank Transnational colloque a été organisé les 28 et 29 avril 2022 sur « Arbitrage
Incorporated (ETI), ORAGROUP, la Banque des litiges maritimes et financiers en Afrique »40. Dans cette
d’investissement et de développement de la CEDEAO dynamique, s’en est suivie une formation dite de recrutement
(BIDC), la Compagnie commune de réassurance des Etats des arbitres les 3 et 7 septembre 2023. L’engouement des
Membres de la Conférence interafricaine des marchés participants observé témoigne de l’existence de centres
d’assurance (CICA-RE), African Guarantee Fund (AGF) et la d’intérêt ou des domaines de compétences au sein de la
Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (CIPRES), communauté des arbitres à ne pas négliger dans la recherche
ce qui constituerait un potentiel marché de la justice alternative d’un arbitre.
efficace et accessible. Pour attirer les grands spécialistes, un
40 voir les actes du colloque, Les Mercuriales, 2022
Revue africaine de droit des affaires, Dossier special, Juin 2024
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