Histoire de la pensée économique 2023-2024
Histoire de la pensée économique 2023-2024
Cours
décembre 2023
Première partie
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Introduction
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Pourquoi l’étude de l’histoire de la pensée économique ?
La diversité de la science économique se retrouve dans la façon d’en écrire l’histoire. D’abord,
l’on étudie l’histoire de la pensée économique du point de vue de son aboutissement, ensuite
du point de vue de son origine et enfin du point de vue de la permanence des questions et des
débats fondamentaux.
Considérer l’histoire de cette discipline du point de vue de son aboutissement, nous ramène
à étudier et à juger les théories passées à l’aune de ce qui constitue la science économique
moderne. Ainsi, nous pouvons les considérer soit comme des avancées, soit comme des reculs
sur le chemin qui conduit à ce que la science économique est aujourd’hui.
On peut aussi faire de l’histoire de la pensée économique du point de vue de son point de
départ (Adam Smith et la théorie classique). Le risque serait alors de biaiser la vision de la
discipline par l’acceptation de l’idée que celle-ci serait nécessairement caractérisée par certains
traits constitutifs de la pensée classique, qui pourtant n’existaient pas avant elle et ne seront pas
admis unanimement après, y compris par des auteurs qu’il serait difficile d’exclure du périmètre
de la discipline.
Ces traits constitutifs sont :
— La croyance en des lois économiques naturelles,
— La caractérisation de l’ordre économique comme un ordre marchand,
— L’affirmation de la neutralité de la monnaie.
Une dernière possibilité est de faire de l’histoire de la pensée économique de manière à
éclairer les débats contemporains. Ainsi, faire de l’histoire de la pensée économique, ce peut
être restituer les idées économiques, de manière chronologique, dans leur contexte, mais ce peut-
être surtout, au-delà de l’immersion dans le factuel, comprendre la logique du développement
de la discipline, de ses prémisses jusqu’à son état actuel, et souligner la permanence des débats
fondamentaux, repérer les questions non encore résolues, identifier les oppositions irréductibles
qui nourrissent le débat économique.
Selon ce dernier point de vue, l’histoire de la pensée économique fait alors partie intégrante
de la théorie, au sens où elle contribue au progrès de la discipline en lui permettant de prendre
conscience de ses limites.
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demande à l’ensemble des activités économiques, absorbe l’analyse de la production dans celle
du marché et donne un fondement scientifique à la doctrine libérale.
La ≪ révolution keynésienne ≫ (1936) établit l’incapacité d’une économie de marché à
atteindre le niveau de production globale permis par la main-d’œuvre disponible et justifie ainsi
l’abandon d’un laisser-faire général au profit d’une intervention de l’État.
Ces trois ≪ révolutions ≫ dans la pensée économique ont façonné les termes dans lesquels
se présentent aujourd’hui les controverses entre économistes, en particulier sur la place qu’il
convient d’attribuer au marché dans l’ensemble des relations sociales, thème central du renou-
veau néolibéral.
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Chapitre 1
1.1 Le mercantilisme
1.1.1 Présentation
Le nom de ≪mercantiliste≫ sert à regrouper une série d’écoles de pensée économique natio-
nale qui se sont échelonnées entre 1500 et 1750.
Il ne s’agit pas d’économie pure mais de politique économique : les mercantilistes cherchent
à influencer la décision de mesures économiques par les gouvernants. Ils ne sont pas dans
une tentative d’explication de l’économie. Les Mercantilistes sont des praticiens, ministres,
magistrats ou conseillers du souverain, concernés par l’accroissement des échanges commerciaux
internationaux consécutifs à la découverte du Nouveau Monde. Ils critiquent, ils affirment, ils
recommandent. Le groupe est hétérogène, mais cette diversité n’empêche pas le partage d’un
certain nombre d’idées communes.
La finalité de cette doctrine économique est d’augmenter le pouvoir du souverain et la
puissance de l’État. Le moyen proposé est d’augmenter la richesse économique de cet État.
L’idée selon laquelle la puissance politique d’un État passe par la puissance économique de cet
État est totalement nouvelle. Elle signifie que l’économie est devenue indépendante de la morale
et supérieure au politique, puisque désormais la puissance économique d’une nation expliquera
sa puissance politique.
À l’origine, le discours Mercantiliste est lié à la découverte de l’or dans les nouveaux mondes
par les conquistadors. L’idée est simple : la richesse se mesure à la quantité d’or accumulée.
La soif de l’or des Conquistadors traduisait cette avidité du fabuleux métal, l’or, signe de la
richesse.
De nombreux épargnants croient encore aujourd’hui dans l’or, comme unique moyen de
s’enrichir. La fascination pour ce métal explique la tentation d’ancrer une monnaie à un référent
or.
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Le mercantilisme français ou colbertisme
Cette doctrine est donc née en Espagne et au Portugal à la fin du 16ème siècle, au temps des
grandes conquêtes. Elle est à son apogée en France au 17ème siècle. C’est dans cette catégorie
que l’on range les agrairiens Olivier de Serres (1539 à 1619) ou Sully (1560 à 1641).
Jean Bodin (1530 à 1569) est le premier à avoir noté le lien entre hausse des prix et abondance
de la monnaie. Quand on injecte de l’argent dans le système économique, les gens ont plus
d’argent en poche et veulent acheter plus de biens et de services ; par conséquent, il y a trop
d’argent et pas assez de produits, donc les prix augmentent.
Antoine de Montchrestien en est un représentant éloquent : son Traité d’économie politique,
dédie au Roi et à la Reine mère du Roi (1615) fait de lui l’inventeur de l’économie politique.
Cette école comprend aussi Barthélemy de Laffemas, Colbert et Vauban.
L’idée fondamentale est que le commerce extérieur est la clé de la richesse des nations
par l’abondance des monnaies. Ses représentants les plus célèbres sont le chancelier Georges
Gresham (1519 à 1579), Josiah Child (1630 à 1699), William Petty (1623 à 1687), Thomas
Mun (1571 à 1641), Grégory King (1648 à 1712) et Gérard Malynes (1586 à 1641).
C’est le temps des ≪ lois ≫ économiques à vocation universelle : - Loi de Gresham : La
mauvaise monnaie chasse la bonne.
— Loi de Child : Lorsque les approvisionnements sont chers, les gens sont riches ; lorsqu’ils
sont bon marché, les gens sont pauvres.
— Loi de Petty : il faut abaisser les salaires pour diminuer le chômage volontaire.
— Loi de King : L’accroissement de la production de biens alimentaires par l’agriculture
suscite une baisse plus que proportionnelle des prix de cette production.
— Le grand mercantiliste anglais Thomas Mun considère qu’il faut simuler les exportations
et freiner les importations en encourageant la consommation intérieure.
Ce mercantilisme anglais est le plus proche du Keynésianisme.
Le néomercantilisme
L’idée d’un interventionnisme de l’État cède la place à un ≪ ordre naturel ≫. Thomas Hobbes
(1588 à 1679) reste fidèle à l’État gendarme. Pierre le Pesant de Boisguilbert (1646 à 1714)
réfléchit à poursuivre la présentation de l’économie sous forme de tableau général. Richard
Cantillon (1680 à 1734) introduit la notion de vitesse de circulation de la monnaie. Le banquier
John Law (1671 à 1729) a inventé la banque moderne, qui ne garantit plus l’émission de billets
par des métaux précieux mais par les dépôts opérés par les clients.
Ce sont des spécialistes du trésor public, à l’origine de l’école historique allemande. Schum-
peter a réhabilité les travaux de cette école et a loué les travaux de Johann Heinrich Gottlieb
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Von Justi (1717 à 1771) sur la courte et longue période en économie.
1.1.2 L’objectif
II est d’obtenir l’enrichissement de tous. Une phrase d’Antoine de Montchrestien est parti-
culièrement éclairante. ≪ Le bonheur des hommes consiste principalement dans la richesse et la
richesse dans le travail. Et l’État doit intervenir pour favoriser cet accroissement de richesses
≫. Cette phrase à une double signification.
1.1.3 Le contenu
La richesse d’une nation se définit par l’abondance de métaux précieux, or et argent, qu’elle
détient. La question est de savoir comment augmenter cette richesse.
A l’époque, dans la mesure où la quantité de métaux précieux circulant en Europe provient
exclusivement des colonies espagnoles et portugaises, le seul moyen d’augmenter celle de la
nation est soit de conquérir de nouveaux territoires, soit de prendre cette richesse aux états
voisins.
Cela contraint à une balance commerciale extérieure positive ou excédentaire afin d’obtenir
une entrée nette de métaux précieux. Les exportations de marchandises ont pour contrepartie
une entrée de métaux précieux et les importations sont financées par une sortie de métaux
précieux. II faut donc dynamiser l’offre de produits exportables des manufactures spécialisées
dans le commerce international et limiter le besoin de produits importés. Pour obtenir ce
résultat, l’intervention de l’État est nécessaire. Cette obsession de la balance des paiements
existe toujours.
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1. L’État doit faire en sorte qu’il y ait, selon la formule Mercantiliste, ≪ abondance d’hommes
et d’argent ≫ dans le but de favoriser la production de marchandises, en général, et les
activités exportatrices, en particulier. L’abondance des hommes signifie une forte quan-
tité de travail et donc une forte production. Cela exige des taux de salaire faibles pour
augmenter l’offre de travail du peuple, contraint de travailler davantage, et pour aug-
menter la demande de travail des manufacturiers, incites à embaucher davantage. En
outre, la faiblesse du coût du travail rend les produits plus compétitifs et permet des
profits plus élevés.
L’abondance d’argent signifie une forte quantité de monnaie offerte et demandée. Cela
suppose des taux d’intérêt faibles, lesquels sont favorables aux emprunts nécessaires pour
financer l’industrie et le commerce international.
2. L’État doit prendre des mesures pour rendre excédentaire la balance commerciale extérieure.
II doit aider les exportations par des subventions versées aux entreprises exportatrices
et par des privilèges accordes à certaines manufactures.
II doit limiter les importations par une politique protectionniste avec des droits de douane
et avec des contingentements, voire une interdiction totale, pour certaines marchan-
dises concurrentes de celles produites dans la nation. Cet interventionnisme relatif aux
échanges extérieurs est révélateur de la montée en puissance des états-nations dont la
conséquence est un climat international conflictuel.
Croissance économique
Les Mercantilistes raisonnent en termes d’offre. La hausse des facteurs de production, travail
et capital financier explique l’accroissement de la production.
Pierre de Boisguilbert, contemporain mais critique, pose le premier la question de la de-
mande en affirmant l’importance de la distribution des revenus et de la consommation. II
estime que la fiscalité injuste, en pénalisant la grande masse des consommateurs, limite la
demande de consommation en produits agricoles et provoque le déclin de l’agriculture et par
conséquence le déclin de l’industrie. Le débat est toujours actuel. La logique Néo-Classique ex-
plique la croissance économique par l’accroissement du facteur travail, du facteur capital et du
progrès technique. La logique Keynésienne l’explique par l’accroissement de la demande interne
de consommation et d’investissement et par celui de la demande extérieure.
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Explication de l’inflation
Le débat est celui de la relation entre la monnaie et la hausse des prix. Le Mercantiliste Jean
Bodin propose une explication à la forte inflation constatée dans toute l’Europe au cours du
16ème siècle. L’augmentation impressionnante de métaux précieux venue d’Amérique à partir
de l’Espagne et circulant dans toute l’Europe s’est traduite par une augmentation équivalente
de revenus : il en est résulté une hausse de la demande qui s’est heurtée à une augmentation
plus lente de la production de marchandises. L’insuffisance de marchandises par rapport à
la quantité de monnaie induit une hausse du prix des marchandises. De même, un excès de
monnaie par rapport à la quantité de marchandises disponibles induit une baisse du prix relatif
de la monnaie. Cette explication de l’inflation par une trop forte création de monnaie est la
première formulation de la théorie quantitative de la monnaie. La théorie Néo-Classique et
Monétariste défend toujours la théorie quantitative de la monnaie : l’inflation est toujours la
conséquence d’une création monétaire excessive. La théorie Keynésienne conteste cette analyse.
Keynes explique que l’inflation est due à une hausse d’un des éléments du coût de production,
laquelle induit un besoin de crédit pour financer cette hausse et donc une création de monnaie.
L’accroissement de monnaie dans une économie est la conséquence de l’inflation et non la cause :
il est une condition permissive de la hausse des prix.
Rôle de l’État
Les Mercantilistes sont interventionnistes. L’État doit prendre toute une série de
mesures destinées à favoriser l’enrichissement de la nation. Les Physiocrates et les Classiques
y sont totalement opposés : il faut ≪ laisser faire les hommes et laisser passer les marchandises
≫. Les mécanismes du marché conduisent naturellement à l’équilibre.
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1.2.1 La naissance de l’économie politique
L’objectif est d’élaborer une science en analysant de manière précise, rigoureuse et mathématique,
les lois naturelles de l’économie fondatrices de l’activité humaine. Si la société est une création
de la nature, au même titre que le système solaire ou le corps humain, il existe un ordre naturel
dont il faut découvrir les mécanismes pour expliquer le fonctionnement de l’économie.
La construction de ce discours économique se propose d’expliquer la nature et les causes
de la richesse d’une économie : cela s’oppose à la doctrine Mercantiliste qui cherchait à savoir
comment aider le souverain à être plus puissant.
produites. La production nette est obtenue en déduisant de la production brute les richesses
consommées, c’est-à-dire les dépenses effectuées pendant le processus de production. Ce produit
net existe parce que la valeur produite est supérieure au coût de production et il signifie qu’il y
à un accroissement de richesses ou encore une création nette de richesses. Seule la terre aurait
la capacité de créer ce surplus de richesses qualifié de ≪ don gratuit de la nature ≫, car il ne
dépend pas de la bonne volonté des agriculteurs : il est imputable à la générosité de la terre, à
la fertilité du sol, ou encore au climat.
C’est le premier modelé macroéconomique, et donc un schéma simplifié, qui décrit le fonc-
tionnement de l’économie en utilisant un exemple chiffré hypothétique. C’est un modèle de
reproduction simple, car c’est un modèle d’équilibre simple qui ne parle pas de croissance. II
s’agit d’expliquer la circulation d’un flux dans une économie de manière analogue à la circula-
tion du sang dans le corps humain. Toute production exige, au démarrage, des avances sous la
forme d’un capital initial. Le processus de production implique un certain niveau de production
dont une part est destinée à la reconstitution du capital initial dépensé, et l’autre part, qui est
un solde, est le revenu net ou le surplus.
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La société est divisée en trois classes en fonction de leur place dans le processus de production
d’une économie agricole et rurale. Les fermiers et les ouvriers agricoles représentent la
seule classe productive, car ils ont pour activité la production agricole. Les fermiers louent
des terres aux propriétaires fonciers et ils possèdent un capital initial qui est avancé sous deux
formes. Les avances primitives sont du capital fixe d’exploitation (outillage et bêtes) dont il faut
prévoir un amortissement annuel afin de le remplacer quand il est usé. Les avances annuelles
sont du capital circulant (nourriture pour les fermiers et leurs ouvriers, aliments pour les bêtes,
semences) qui est totalement consommé lors du processus de production et qu’il faut donc
entièrement remplacer. Les artisans constituent la classe appelée stérile parce que leur activité
ne fait que transformer des matières premières en biens de consommation ou en outillage. Pour
ce faire, ils disposent d’un capital initial sous la forme d’une réserve monétaire et sous celle
d’un stock de biens de consommation. Les propriétaires fonciers sont des rentiers. Ils n’ont
aucune activité. Ils ont aménage leurs terres pour les rendre cultivables et les louer : ce sont les
avances foncières. Comme les dépenses d’aménagement sont effectuées de manière définitive,
elles n’ont pas à être renouvelé donc amorties, mais elles justifient le paiement, par la classe
productive, d’un loyer appelé rente foncière. C’est la seule classe à obtenir un revenu et elle se
contente de le dépenser.
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peut recommencer : la production agricole est de 5 milliards et le surplus qui est le revenu net
de la reconstitution du capital productif est de 2 milliards.
Puisque la production agricole est seule créatrice de surplus et donc de richesse, il faut
absolument que la demande de produits agricoles soit suffisante pour absorber la production et
cela à ≪ un bon prix ≫ permettant de reconstituer le capital dépense et de verser la rente.
La condition de cette demande suffisante est que la classe foncière dépense tout son revenu.
Elle à l’initiative de la dépense et de la circulation des flux, et elle à également la responsabilité
de l’équilibre du circuit. Dans l’hypothèse où les propriétaires fonciers décidaient de thésauriser,
et donc de ne pas dépenser une partie de leur revenu net, les classes productive et stérile ne
vendraient pas la totalité de leurs marchandises et elles ne pourraient plus reconstituer la totalité
du capital initial avance. II se produirait alors un processus cumulatif à la baisse, notamment
de la production agricole et du revenu net.
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3. Le surplus ou revenu net de la reconstitution du capital : il correspond à la
création de richesses et il est mesuré par la différence entre la valeur de la production
et toutes les dépenses engagées qui correspondent au coati de production, à savoir le
paiement des matières premières, la rémunération de tous ceux qui ont travaille pour
obtenir cette production et l’amortissement du capital fixe consommé.
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Chapitre 2
L’école classique
L’école classique commence avec Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de
la richesse des nations, 1776), se poursuit avec notamment David Ricardo (Des principes de
l’économie politique et de l’impôt, 1817) et s’achève, à la fin du siècle, avec Karl Marx qui est,
d’une certaine manière, le ≪ dernier des classiques ≫. Elle est rattachée pour l’essentiel aux
œuvres de deux grands auteurs : Adam Smith en est le fondateur, David Ricardo celui qui lui
donne une forme définitive.
Les classiques sont donc des contemporains de la première révolution industrielle, du développement
du capitalisme industriel, puis de ses crises dans la seconde moitié du XIX e siècle.
Les Classiques partagent une même vision du monde, une même approche de l’économie.
Elle s’exprime dans la croyance en l’existence d’un ordre naturel qui implique la formulation
de lois économiques supposées certaines et constantes parce qu’inscrites dans la nature des
choses, dans la nature de l’homme. La métaphore de la main invisible de Smith manifeste la
pérennité des lois naturelles : il est inutile d’intervenir sur les marchés car une autorégulation
va régler les problèmes. Le comportement égoı̈ste de chaque individu conduit au bien commun
de la société toute entière. Le corollaire est que la concurrence sur les marchés est supposée
apporter l’équilibre, car c’est une force régulatrice automatique, mais aussi la croissance, car
c’est une force dynamique créatrice de richesses. La conséquence est l’inutilité de l’intervention
de l’État dont le rôle est réduit au domaine de la défense et de la justice.
Toutefois, cette approche commune n’interdit nullement les débats, les controverses, voire
de profonds désaccords. Leur postérité en est une illustration. Marx se réfère à Ricardo, les
Néo-classiques à Say et Keynes rend hommage à Malthus. Les divergences sont présentes dans
tous les thèmes fondateurs du discours Classique, savoir l’explication de la valeur, la répartition
des revenus, l’équilibre et la croissance.
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En 1759, le philosophe Smith publie une Théorie des sentiments moraux, œuvre de
philosophie qui le fait connaı̂tre en Grande-Bretagne et au-delà. Dans ce livre, il essaie de
comprendre comment l’individu, considéré comme égoı̈ste, parvient à porter des jugements
moraux qui font passer son intérêt personnel au second plan. Smith affirme que l’individu
peut en fait se placer dans la position d’un tiers, d’un observateur impartial, qui peut donc
s’affranchir de son égoı̈sme et fonder son jugement sur la sympathie. Au total, l’harmonie sociale
n’est pas incompatible avec la liberté individuelle, chaque individu sachant s’affranchir de son
égoı̈sme : le lien social est fondé sur les sentiments moraux des individus.
A la suite de ce grand succès, il entrepris un voyage en France ou Smith, l’économiste, fit
la rencontre de Quesnay (Chef de file des physiocrate) et commença la rédaction de son traité
d’économie. Adam Smith est intéressé par les idées libérales des physiocrates, mais ne comprend
pas le culte qu’ils vouent à l’agriculture. En 1776, Adam Smith le publie sous le titre Recherche
sur la nature et les causes de la richesse des nations, titre souvent abrégé en Richesse des
nations.
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les inconvénients du troc ou le libre-échange généralisé comme condition de la croissance
économique, marqueront durablement la science économique, même après le déclin de l’école
classique.
Dans le Livre IV, Smith reprend ce mécanisme liant le niveau général des prix et les flux in-
ternationaux de métaux précieux (critique du mercantilisme entamée par David Hume en 1752)
et de marchandises et il l’étend à une économie dans laquelle la masse monétaire comprend des
billets de banque, en plus des espèces métalliques. Tout en se focalisant sur le libre-échange, il
envisage une théorie de la spécialisation internationale fondée sur la notion d’avan-
tage absolu. Si une première nation est meilleure dans la production d’un premier bien, tandis
qu’une seconde est meilleure dans la production d’un second bien, alors chacune d’entre elles a
intérêt à se spécialiser dans sa production de prédilection et à échanger les fruits de son travail.
Enfin, en tant qu’avocat du libéralisme économique, Smith dans son livre V, définit les
fonctions d’un État en charge de l’intérêt général (et non de l’intérêt du Prince). Il s’agit d’abord
d’assurer les fonctions dites régaliennes (police, armée, justice). Pour autant, Smith ne refuse
pas à l’État toute intervention économique. Selon Smith, le marché ne peut pas prendre en
charge toutes les activités économiques, car certaines ne sont rentables pour aucune entreprise,
et pourtant elles profitent largement à la société dans son ensemble (les économistes parlent de
≪ biens publics ≫). Ces activités doivent alors être prises en charge par l’État.
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La loi de l’accumulation
La loi du peuplement
Pour lui, les travailleurs pouvaient être ≪produits≫ selon la demande : si les salaires étaient
élevés, le nombre d’ouvriers augmenterait. Le premier effet de l’accumulation serait l’augmen-
tation des salaires de la classe ouvrière. Le mécanisme révélateur du marché règle les flux de
main d’œuvre et de capital selon leurs différents usages ; il veille à ce que les biens demandés
soient produits en quantité adéquate, enfin il s’assure que les prix de ces biens se rapprochent
constamment de leur coût de production. La richesse s’accumule et cette accumulation résultera
un accroissement des forces de production et l’accentuation de la division du travail. Mais l’ac-
cumulation fera également augmenter les salaires car les capitalistes réclament de la main
d’œuvre pour les nouvelles usines, les salaires croissent, la mortalité baisse donc l’offre de tra-
vailleurs augmente. Avec cette augmentation de la population, la concurrence entre travailleurs
comprimera à nouveau les salaires.
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L’autre grand débat auquel participa Ricardo concerna les ≪ lois sur le blé ≫. Afin de
défendre les intérêts des propriétaires terriens, le Parlement anglais adopta en 1815 des lois
restrictives sur l’importation du blé. Dans son Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur
les profits des capitaux (1815), Ricardo démontra la nocivité de ces lois, qui poussaient le
prix du blé à la hausse, obligeant ainsi à élever les salaires pour garantir la subsistance des
travailleurs, ce qui avait pour conséquence de faire baisser le taux de profit. La théorie générale
qui fondait rigoureusement cette thèse parut en 1817 dans les Principes de l’économie politique
et de l’impôt, où Ricardo établissait l’existence d’une relation inverse entre les salaires et les
profits et en dérivait les conséquences pour l’analyse des prix et de la croissance. La principale
conclusion pratique de cette thèse était la supériorité du libre-échange international, qui permet
à chaque pays de se spécialiser dans la production des biens pour lesquels il a un avantage
comparatif (opposé à Adam Smith avec la théorie de l’avantage absolu).
Ricardo s’oppose à Smith (Pour lui, le prix naturel est déterminé par l’addition des revenus
qu’il faut payer dans les conditions normales pour produire la marchandise) sur ce qui détermine
le prix naturel. Celui-ci ne dépend pas selon lui du prix du travail (le salaire) mais de la
quantité de travail nécessaire à produire la marchandise. Cette quantité est l’addition du travail
directement consacré à la fabrication du bien (le travail du boulanger pour le pain, par exemple)
et du travail indirect requis antérieurement pour produire la matière première et les outils
(la farine et le four, dans cet exemple). Cette théorie de la valeur travail incorporé est
considérée comme un trait caractéristique des idées défendues par l’école classique et elle a
influencé Karl Marx. Elle fut rejetée à partir des années 1870 par le marginalisme, qui adopta
la loi de l’offre et la demande pour la détermination du prix.
En fait, Ricardo reconnaı̂t lui-même que la quantité de travail incorporée dans une marchan-
dise n’est qu’un des éléments du prix naturel. L’autre élément, qui ≪ modifie considérablement
≫ cette loi de la valeur travail, est le taux de profit.
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Il démontre qu’il existe une relation inverse entre le niveau des salaires et le niveau du taux de
profit : si les salaires augmentent, les profits baissent.
Une telle situation ne signifie pas que la situation des travailleurs s’améliore : dans l’état
naturel d’une économie, les salaires sont au minimum (social et non physiologique) de subsis-
tance et ils varient avec la difficulté de production des biens con- sommés par les salariés. Si
celle-ci s’accroı̂t, les prix de ces biens augmentent et les salaires doivent suivre pour permettre
aux travailleurs de continuer à consommer le même panier de biens.
Or, selon Ricardo, les terres ne permettent d’accroı̂tre la production des biens agricoles
qu’au prix d’un accroissement de leur coût de production. Les salaires augmentent donc à long
terme et le taux de profit baisse en conséquence. Comme le profit est le seul motif qui pousse les
capitalistes à investir, l’accumulation du capital se ralentit, et avec elle le progrès des richesses.
L’économie marche vers un état stationnaire.
Pour Ricardo, il existe cependant un moyen de retarder cette évolution dans les pays in-
dustrialisés (comme l’Angleterre) qui y sont exposés : importer les biens de subsistance des
pays où ils sont moins chers. Ricardo développe à cette occasion une théorie de la spécialisation
internationale selon les coûts comparatifs qu’il illustre par le commerce entre le drap anglais et
le vin portugais.
L’exemple de Ricardo sur l’avantage comparatif est le suivant :
Portugal Angleterre
Vin 80 h 120 h
Drap 100 h 90 h
En comparant les productivités des deux pays, Adam Smith conclurait, puisque le Portugal
dispose d’un avantage pour les vin et pour le drap, que l’Angleterre doit renoncer à produire
le vin et le drap et faire venir ces produits du Portugal. David Ricardo considère que ce ne
sont pas les niveaux absolus de productivité qui comptent mais les niveaux relatifs. Pour le
vin l’écart de productivité est beaucoup plus important que pour le drap. Il conseille donc à
l’Angleterre d’abandonner le vin au Portugal et de se consacrer à la production du drap qui sera
elle-même abandonnée par le Portugal. Cette spécialisation permet d’augmenter la production
totale des deux biens : en ne produisant plus de drap le Portugal libère 90 h qui pourront se
consacrer à la production du vin (la production de vin va augmenter et compenser facilement la
diminution provoquée par l’arrêt de la production anglaise). De même en libérant les hommes
qui produisaient du vin en Angleterre et en leur faisant produire du drap, la production totale
de drap va augmenter...
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Selon cette loi, ≪ toute offre crée sa propre demande ≫. L’argument est le suivant :
Lorsque l’offre globale (on est au niveau macroéconomique) de biens, c’est-à-dire la richesse
produite, augmente, elle a pour contrepartie des revenus (salaires, profits et rentes). À leur
tour, ces salaires, profits et rentes sont à l’origine d’une demande de biens : par exemple, les
salaires sont dépensés en biens de consommation courante, les profits sont épargnés, et donc
investis (donc dépensés en achat de biens capitaux), et les rentes dépensées en produits de luxe.
Par conséquent, toute offre crée bien sa propre demande : une hausse de l’offre globale d’une
valeur de 100 induit un supplément de revenus de 100, qui à son tour conduit à une demande
supplémentaire de 100. La demande est endogène à l’offre, qui se détermine logiquement en
premier, sans contrainte attendue du côté de la demande. En conséquence de quoi, seules des
contraintes sur l’offre (contrainte de rentabilité) peuvent interrompre le processus d’accumula-
tion et de croissance. En fait, l’adhésion à cette ≪ loi de Say ≫ équivaut pour les classiques à
considérer que les économies de marché (avec monnaie) fonctionnent en fait comme pourraient
le faire des économies de troc (sans monnaie). Dans une économie de troc, en effet, toute offre de
biens (c’est vrai au niveau microéconomique et donc macro- économique) crée immédiatement
un débouché pour un autre bien : un échangiste, dans un échange de troc, ne peut en effet
espérer réaliser une ≪ vente ≫ qu’à la condition de trouver quelqu’un d’autre de qui il accepte
d’acquérir le produit.
La loi des débouchés ou loi de Say affirme donc le principe d’équivalence entre l’offre et la
demande de marchandises. Toute offre crée sa propre demande, car la production induit une
distribution de revenus qui est totalement dépensée.
La première conséquence de cette loi est que la surproduction est inconcevable. La
demande est toujours suffisante pour acheter la production. Une crise de surproduction ne peut
qu’être sectorielle et temporaire et elle se règle d’elle-même par le mécanisme du marché.
La loi de Say repose donc sur l’idée de la neutralité de la monnaie sur le fonctionnement
réel de l’économie, affirmée par ailleurs par les classiques.
La seconde conséquence est la neutralité de la monnaie par rapport à l’économie réelle.
La monnaie n’a aucune influence sur l’activité économique, et comme elle ne peut être demandée
pour elle-même, elle ne peut être thésaurisée.
La théorie de la valeur de Say s’oppose à celle des Classiques anglais, car Say réfute
toute idée de valeur liée au travail. La valeur d’une marchandise est fondée sur son utilité qui
est appréciée subjectivement par les individus. Le prix d’une marchandise s’explique par le
niveau de tension entre sa rareté et l’intensité de la demande. Le prix des marchandises rares
et fortement demandées est elevés, et le prix des marchandises abondantes et peu demandées
est faible.
En ce qui concerne la répartition des revenus, Say soutient qu’elle se fait entre le travail, la
terre et le capital qui sont considérés comme autant de services productifs qui contribuent à
la production. Leur mode de rémunération est identique et il s’explique en termes d’offre et de
demande de chacun de ces services : l’offre et la demande sur le marché du travail expliquent
le salaire, l’offre et la demande de terres expliquent la rente, l’offre et la demande de capital
21
expliquent le profit. Ce partage des revenus s’avère parfaitement harmonieux puisque chaque
service productif reçoit une juste rémunération pour sa contribution à la production.
22
Chapitre 3
Le socialisme scientifique
23
Enfin, en Grande-Bretagne, le dernier des classiques anglais, John Stuart Mil prône que le
libéralisme est la meilleure façon de produire des richesses mais indique qu’il n’est pas pour
autant la meilleure façon de les répartir...
24
C’est la quantité de travail contenue dans la marchandise, elle-même mesurée par la durée
du travail nécessaire pour la produire.
Mais, ≪ ce n’est pas la quantité de travail effectivement dépensée qui doit être prise en
compte, (car) plus un homme est paresseux ou malhabile, plus sa marchandise aurait de valeur,
puisqu’il emploie plus de temps à sa fabrication ≫. II s’agit d’un travail abstrait correspondant à
un travail exécuté avec un degré moyen d’habileté et d’intensité et dans des conditions normales
par rapport à un milieu social donne. Marx l’appelle ≪ le temps de travail socialement nécessaire
à la production ≫.
Cette quantité de travail ≪ socialement nécessaire ≫ comprend la totalité du travail incorporé
dans la marchandise. Le travail direct de la force de travail appelé ≪ travail vivant ≫ ou encore
≪ capital variable ≫, symbolisé par la lettre V, est seul créateur de valeur nouvelle. Le travail
indirect antérieurement dépensé pour produire les machines et les matières premières appelé
≪ travail mort ≫ ou encore ≪ capital constant ≫, symbolise par la lettre C, ne fait que transmettre
sa propre valeur. La valeur du capital total utilisé est égale à C + V et la composition organique
du capital est mesurée par le rapport C/V. La quantité de travail ≪ socialement nécessaire
≫ varie au cours du temps, avec l’évolution des forces productives du travail. Dans la mesure où
Marx définit le taux de plus-value comme le rapport entre la plus-value (PI) et le capital
variable (V), soit PI/V. II exprime un rapport entre la plus-value des capitalistes et les salaires
des travailleurs que Marx appelle taux d’exploitation. Ce partage entre la rémunération du
capital et celle du travail est l’objet d’une ≪lutte incessante entre le capital et le travail ≫ dont
l’issue dépend ≪ du rapport des forces des combattants ≫ : la plus-value est d’autant plus forte
que les salaires sont faibles.
Dans cette lutte, le capitaliste utilise tous les moyens pour augmenter sa plus-value.
1. L’allongement de la durée de la journée de travail, sans variation du salaire, augmente
la plus-value absolue, puisque le travailleur crée encore davantage de valeur non payée.
2. La mécanisation accroı̂t la productivité du travail et réduit le prix des marchandises, et
en particulier le prix des marchandises consommées par les travailleurs. II en résulte une
baisse de la valeur de la force de travail, c’est-à-dire du salaire. Dans la mesure où la
durée de la journée de travail est inchangée, la quantité de valeur créée est inchangée,
mais la baisse du salaire entraı̂ne une hausse de la plus-value relative.
3. L’intensification du travail au cours de la journée augmente la valeur créée et donc la
25
plus-value absolue, et elle augmente aussi la productivité du travail et donc la plus-value
relative.
Une première conséquence de la croissance économique est la hausse de la part des profits.
Elle s’explique par une baisse de la masse salariale imputable à une baisse des emplois et au
maintien de salaires constants à leur minimum de subsistance et par une hausse de la plus-value
26
absolue et relative imputable à la hausse de la quantité de capital à valoriser et à la hausse de
la productivité du travail.
Une seconde conséquence de la croissance économique est la baisse du taux de profit. Elle
s’explique par l’augmentation du capital total à valoriser et par la substitution de capital
constant au capital variable qui implique une hausse de la composition organique du capital.
27
Chapitre 4
La révolution marginaliste
L’École néoclassique naı̂t de la ≪ révolution marginaliste ≫ dans les années 1870. Elle
forme avec le keynésianisme l’essentiel de l’économie ≪ orthodoxe≫ qui domine l’enseignement
et la pratique universitaire de la discipline économique depuis le début du XX e siècle.
Le terme marginalisme vient du fait que cette école a été la première à utiliser l’utilité
marginale comme déterminant de la valeur des biens et le calcul différentiel comme instrument
principal de raisonnement. Elle se caractérise en particulier par une extrême mathématisation.
Cette école s’est constituée à partir des travaux de Stanley Jevons (1835-1882), Carl Menger
(1840-1921) et Léon Walras (1834-1910).
On peut distinguer trois écoles issues du marginalisme : l’École de Lausanne, avec Léon
Walras et Vilfredo Pareto ; l’École de Vienne, avec Carl Menger et l’École de Cambridge, avec
Wiliam Jevons. L’école autrichienne, d’abord assimilée à l’école néoclassique, a toujours soutenu
des positions très différentes de celles de Walras et Jevons et est maintenant considéré comme
hétérodoxe.
Plusieurs courants néoclassiques contemporains se réclament des néoclassiques : les Néo-
walrasiens (Kenneth Arrow, Gérard Debreu), l’École des choix publics (James M Buchanan,
Gordon Tulluck), les Nouveaux classiques(Robert Lucas Jr, Paul Romer), l’École de Chicago
(Frank Knight, Jacob Viner, George Stigler, Gary Becker) ou encore les monétaristes (Milton
Friedman).
28
concurrence pure et parfaite.
29
d’un bien est décroissante en fonction de son prix. Ensuite, il maximise l’utilité de sa
consommation totale lorsque les prix relatifs des différents biens sont proportionnels à
leurs utilités marginales respectives. Puisque celles-ci dépendent des quantités disponibles,
les prix des biens sont des indicateurs de leur rareté. Enfin, si ces quantités sont données,
les prix des biens sont indépendants de leur coût de production : la théorie classique
de la valeur est ainsi démentie.
30
leur capacité à percevoir les opportunités et à choisir, de manière à maximiser l’objectif qu’ils
se fixent. Ce sont donc des calculateurs rationnels.
Au total cette ≪ nouvelle microéconomie ≫ fournit un fondement alternatif à la macro-
économie classique. Comme les auteurs classiques, les auteurs ≪ néoclassiques ≫ adhéreront
à la double idée que 1) la monnaie est neutre, 2) que la croissance ne peut buter que sur des
contraintes d’offre (loi de Say), exprimant la difficulté de repousser les limites de la rareté. Dans
ce cadre, les crises sont des ≪ moments ≫ nécessaires du cycle économique (cf. notamment les
travaux de Clément Juglar ).
31
Chapitre 5
Le keynésianisme
John Maynard Keynes (1883 - 1946) est un célèbre économiste britannique considéré
comme le père de la macroéconomie moderne. Ses ouvrages principaux sont : Essai sur la
réforme monétaire (1923) ; Traité sur la monnaie (1930) ; Théorie générale de l’emploi, de
l’intérêt et de la monnaie (1936).
La crise de 1929 met en exergue la portée limitée des enseignements de la théorie néoclassique :
ce courant ne peut en effet appréhender et analyser l’existence dans les années 1930 d’un
phénomène de chômage massif. Les théoriciens orthodoxes ne peuvent expliquer que la présence
d’un chômage volontaire (au taux de salaire fixé par le marché du travail, certains agents
économiques ne préfèrent pas travailler). John Maynard Keynes développe au contraire une
≪ théorie générale ≫ car elle rend compte non seulement des situations d’équilibre de sous-
emploi, mais aussi de plein emploi de toutes les forces de travail et de capital, alors que l’exis-
tence d’au moins un équilibre général est l’unique résultat démontré par la théorie néoclassique
(encore aujourd’hui).
Son approche théorique est considérée comme la première théorie macroéconomique, qui
remet en question plusieurs des principes néoclassiques : la monnaie n’est pas un voile des
échanges, le montant de l’épargne n’est pas déterminé sur le marché des capitaux,
la détermination du taux d’intérêt est monétaire et non réelle.
Keynes montre qu’une économie de marché parvient le plus souvent à un ≪ équilibre de sous-
emploi ≫ durable des forces de travail et de capital. Il rompt ainsi avec l’analyse néoclassique qui
analysait le chômage comme ≪frictionnel ≫ ou ≪volontaire ≫, afin de montrer que l’économie
peut durablement souffrir d’un chômage de masse que les mécanismes du marché seuls ne
peuvent résoudre. Ainsi Keynes décrit une dynamique qui empêche toute reprise spontanée de
l’économie. Une offre excédentaire initiale provoque des licenciements. Keynes nie de la sorte
qu’il occupera un ajustement par les salaires permettant en retour selon les néoclassiques un
réajustement des profits et un retour de l’investissement, de la croissance et enfin de l’emploi.
La montée du chômage signifie au contraire la disparition des débouchés. Et cette baisse de la
demanda effective provoque le scepticisme des entrepreneurs qui n’investissent plus induisant
une aggravation de la crise. Il importe de ne pas oublier une autre partie de l’analyse : les taux
d’intérêt monétaire déterminent principalement le niveau de l’activité économique (chapitre 17
32
de la théorie Générale).
Pour sortir de cette situation non optimale, il est essentiel de stimuler la demande (de-
mande effective), ce qui permettra de redonner confiance aux investisseurs. Pour ce faire,
l’État dispose de plusieurs moyens. lI peut tout d’abord redistribuer les revenus des plus riches
(qui ont une plus forte propension à épargner) aux plus pauvres (qui eux ont une forte propen-
sion à consommer). L’État peut aussi stimuler la création monétaire via une baisse des taux
d’intérêt qui encouragera les gens à emprunter pour consommer et surtout rendra rentable des
projets d’investissement dont l’Efficacité Marginale du Capital était inférieure au niveau du
taux d’intérêt monétaire.
Enfin l’État peut accroı̂tre ses dépenses publiques induisant une augmentation de la de-
mande globale en lançant des programmes de grands travaux par exemple. Pour ce faire, il peut
même recourir au déficit budgétaire dont il peut espérer qu’il sera à moyen terme comblé par
la reprise économique. Le financement de cette politique interventionniste s’opère soit par des
prélèvements obligatoires supplémentaires, soit une émission de titres sur les marchés des capi-
taux. Les méthodes de Keynes qui s’appuient sur l’étude des agrégats économiques (entreprises,
ménages, État...) et se distinguent de l’étude néoclassique des comportements individualistes,
fondent la macroéconomie.
33
Chapitre 6
34
keynésiennes et suscitent de nombreux débats.
La politique y est expliquée à l’aide des outils développés par la microéconomie. Les hommes
politiques et fonctionnaires se conduisent comme le feraient les consommateurs et producteurs
de la théorie économique, dans un contexte institutionnel différent : entre autres différences,
l’argent en cause n’est généralement pas le leur (Cf. le problème principal-agent). La motivation
du personnel politique est de maximiser son propre intérêt, ce qui inclut l’intérêt collectif (du
moins, tel qu’ils peuvent le concevoir), mais pas seulement. Ainsi, les hommes politiques sou-
haitent maximiser leurs chances d’être élus ou réélus, et les fonctionnaires souhaitent maximiser
leur utilité (revenu, pouvoir, etc.).
35
incapable d’assurer une situation efficace.
Cette nouvelle école n’est pas un courant de pensée unifié, mais ses principaux participants,
George Akerlof, Joseph Eugene Stiglitz, Gregory Mankiw, Stanley Fischer, Bruce Greenwald,
Janet Yellen et Paul Romer, sont d’accord sur deux points fondamentaux : la monnaie n’est
pas neutre et les imperfections des marchés expliquent les fluctuations économiques.
36
Deuxième partie
37
Introduction générale
L’Histoire des Faits Economiques (H.F.E.) fait généralement apparaı̂tre deux grandes périodes :
celle d’avant la grande Révolution Industrielle (RI) du 18° siècle (H.F.E. Anciens) et celle allant
de cette RI à nos jours (H.F.E. Contemporains). Ainsi dans l’espace temporel, l’Histoire des
Faits Economiques Anciens (HFEA : de -n années au milieu du 18° siècle à la veille de la RI)
et l’Histoire des Faits Economiques Contemporains (HFEC : de la RI à nos jours).
C’est la période de H.F.E.C. qui particulièrement fait l’objet de ce cours. Cette période
démarre avec la RI qui prend naissance en Grande Bretagne dès la seconde moitié du 18° siècle
et qui va désormais définir et orienter le destin des différentes nations du monde à travers des
progrès ou des échecs dans le développement industriel. En effet, celui-ci connaı̂tra un rythme,
voire une physionomie différents selon les pays. Les plus grands résultats économiques seront
réalisés là où notamment les libertés et les propriétés individuelles sont les mieux assurées.
L’avènement du développement industriel et ses différentes étapes ont accentué la Division In-
ternationale du Travail (DIT) et accru les relations économiques entre les nations. Ces dernières
tiennent essentiellement, d’une part, à l’amélioration du Système Monétaire International (SMI)
et, d’autre part, à une réorganisation plus efficace de la coopération économique internationale.
38
Chapitre 7
1. Crise financière : les mauvaises récoltes (climats, guerres) ⇒ offre agricole < demande
⇒ hausse des prix
2. Crise de subsistance : revenus des ménages insuffisants ⇒ disettes et/ou famines
39
3. Crise démographique : clocher de surmortalité (mortalité > natalité)
4. Crise artisanale et industrielle : offre artisanal et industrielle > demande ⇒ baisse
des prix artisanaux et industriels
40
l’accumulation de capital ne sont que des options offertes au libre choix des propriétaires de
capital, et ne constituent pas des caractéristiques du régime capitaliste lui-même.
La définition marxiste du capitalisme : A la conception libérale du capitalisme, s’oppose
une définition d’inspiration marxiste selon laquelle le capitalisme est d’abord pour la recherche
du profit et l’accumulation du capital. Le fait que les travailleurs ne sont pas propriétaires de
leurs outils, mais seulement de leur force de travail, constitue le salariat. Dans cette conception,
le capitalisme désigne principalement un mode de comportement de certains acteurs. Dans
l’usage commun, le marxisme tend à considérer le capitalisme comme un mode d’exploitation
de la force de travail des travailleurs (bas niveaux de salaires) au profit la maximisation des
bénéfices des propriétaires du capital.
Partout en Occident, jusqu’à la fin du Moyen-Age (15e s), la notion du travail se confondait
avec celle de la contemplation : la philosophie du repos et la théologie étaient exaltées et la
pénibilité du travail physique était dénoncée.
Ce n’est qu’avec la période de la Renaissance que l’état d’esprit va profondément changer.
En effet, à partir du 16e s notamment en GB, le travail prend une nouvelle valeur. il n’est plus
41
vu comme une fin en soi, mais comme un moyen de s’enrichir. Le travail est alors vu comme
un effort calculé soumis au contrôle de la raison réfléchie et ayant pour but le gain. Dès lors,
le travail se définit désormais comme l’action journalière à laquelle l’homme est condamné par
ses besoins et à laquelle il doit sa santé, sa sécurité, son bon sens et sa vertu.
Cette nouvelle attitude envers le travail va avoir d’importantes conséquences sociales, no-
tamment dans les pays protestants comme la Grande Bretagne. C’est, par exemple, l’abandon
de l’attitude du catholicisme vis-à-vis du pauvre et du mendiant. Désormais, dans ces pays, on
considère que ≪ si on est pauvre, c’est qu’on n’est pas aimé de Dieu ≫ ; l’aumône est alors vue
comme une insulte à Dieu, à la fois par celui qui la donne et par celui qui la reçoit. Par contre,
l’entrepreneur qui s’enrichit et donne du travail à d’autres hommes est sensé être béni de Dieu
et donc considéré comme le travailleur modèle.
Entre la période de la Renaissance et la RI, il n’y a pas d’évolutions brutales des techniques
de production, mais il y a des changements continus par améliorations successives et cumulées.
Dans la sidérurgie, l’industrie minière, les textiles, divers progrès préparent l’accélération du 18e
s. C’est la période où la science moderne apparaı̂t, basée sur le principe de l’expérimentation
et d’universalité des lois. L’astronomie connaı̂t les avancées les plus extraordinaires, mais les
développements des mathématiques, de la chimie et de la physique préparent aussi un monde
où le progrès des connaissances permet de faire avancer la production et le niveau de vie.
42
Chapitre 8
Un peu partout en Europe occidentale, les 16e, 17e et 18e .s ont été marqués par d’im-
portantes découvertes techniques et technologiques qui n’ont pas pour autant abouti à une
43
révolution des processus de production par manque de cadres juridique et judiciaire aptes à
protéger et à promouvoir les inventions des inventeurs...
Ce laxisme juridique sera corrigé en GB par des délivrances légales de brevets d’inventions
aux inventeurs.
La révolution agricole
Il n’y aurait pas eu de révolution industrielle en Angleterre, s’il n’y avait pas eu auparavant
une révolution agraire.
44
eu pour effet direct une réelle transformation des techniques agricoles. La réforme des
droits fonciers a consisté à définir de façon claire et précise la propriété individuelle,
publique ou privée sur les parcelles de terre. Jusque-là, à travers le système d’”open-
fields ” qui prévalait, les propriétés foncières étaient juxtaposées, enchevêtrées les unes
dans les autres. Leurs rendements étaient médiocres.
Dès le début du 18e siècle, en 1727, l’Angleterre rompt avec ses anciens systèmes d’
”open fields” par une délimitation précise des propriétés foncières. Les droits fonciers
devenus désormais privés exclusifs, inaliénables et librement transférables par les lois sur
les clôtures (”Enclosure Acts”). Les enclosures s’accélèrent et eurent pour conséquences
majeures la stimulation des initiatives privées, l’accroissement des rendements et d’im-
portants progrès dans les techniques de production agricole et de transformation des
produits. Entre 1730 et 1800 la productivité de l’agriculture augmenta de 98%. Toute-
fois les petits paysans (”Yomen”) et les paysans non propriétaires (”Cottagers”), du fait
du manque de moyens de clôturer leurs parcelles de terre, ont dû être obligés de vendre
celles-ci et se transformer en ouvriers dans les grandes exploitations agricoles ou dans
les fabriques.
Sur le plan des produits, la révolution agraire britannique s’est surtout caractérisée
par : de meilleures semences, la culture de nouveaux légumes et de plantes à fourrage
(rotations culturales), l’importance croissante de l’élevage, l’utilisation accrue du fumier
et d’autres engrais, l’amélioration des sols par le marnage et enfin l’introduction d’outils
et de machines plus efficaces.
2. Les apports de la révolution agricole à l’industrie
Les apports de la révolution agricole à l’industrie ont été déterminants pour le développement
de cette dernière surtout avec l’augmentation des revenus agricole, comme ce fut le cas.
Ces apports agricoles sont nombreux et divers, mais peuvent être identifiés en six prin-
cipaux points :
— L’agriculture dégage un surplus croissant pour alimenter les nouveaux travailleurs
industriels et toutes les activités urbaines.
— L’agriculture relâche de la main d’œuvre nécessaire à l’industrie ; autrement dit, la
clé de l’industrialisation réside dans l’augmentation des rendements (hausse de la
production) et de la productivité agricoles.
— L’agriculture fournit les produits et matières premières qui seront transformés par les
usines, brasseries, meuneries, fabriques des textiles, des peaux, etc, : c’est l’industrie
agro-alimentaire.
— L’agriculture fournit des marchés croissants pour les produits manufacturés (outils
en fer, clôtures, machines agricoles, biens de consommations courantes,...).
— L’agriculture dégage une épargne qui peut être investie dans l’industrie (les surplus
de revenus agricoles déposés dans les institutions financières peuvent être prêtés à
des entrepreneurs industriels).
— Enfin, par ses exportations, l’agriculture peut fournir de l’or et/ou des devises qui
45
permettent d’importer des matières premières (cotons, minerais,.) nécessaires à l’in-
dustrialisation ou encore des biens d’équipement.
Le développement des moyens de transport fut aussi spectaculaire. S’inspirant des travaux
réalisés en France, l’Angleterre refait systématiquement ses routes terrestres et fluviales dans la
seconde moitié du 18e siècle (système de péage, pont, chaussée. pavé..). En outre, la construction
de canaux de navigation a permis une réduction importante des coûts de transport notamment
ceux du charbon destiné aux hauts fourneaux.
La croissance démographique
Parler de R.I. évoque immédiatement les inventions techniques qui ont permis de passer du
stade artisanal au stade de l’industrie moderne. Les outils manuels ont été peu à peu remplacés
par les machines grâce au perfectionnement technique et à l’utilisation de la vapeur comme
source d’énergie.
Cet ensemble de découvertes a transformé le rapport entre le facteur travail et le facteur
capital. L’accumulation du capital est devenue possible grâce aux inventions avec lesquelles l’ère
du capitalisme s’est mise en place. Les structures sociales, les conditions de vie et de travail en
ont été totalement bouleversées.
46
Le développement des machines à filer et à tisser a accéléré la disparition des filatures
et tissages domestiques : les petits artisans furent obligés de se faire employer dans les
fabriques industrielles.
Dans ce secteur textile, le capitalisme commercial était devenu industriel avec la concen-
tration des capitaux financiers et des moyens de production. Parti de l’industrie du
coton, le progrès s’étendit peu à peu à l’ensemble de l’industrie textile et notamment à
la laine.
2. Le secteur métallurgique
Sous la pression du développement du secteur de la métallurgie, l’exploitation des forêts
pour du charbon s’est intensifiée. L’utilisation de la vapeur comme source d’énergie a
permis la construction de machines en fer de plus en plus grandes et puissantes (chemins
de fer, hauts fourneaux,...) et a créé un effet d’entraı̂nement sur l’ensemble du secteur
métallurgique et sidérurgique.
L’industrialisation de l’économie française, comme celle de tous les autres grands pays ca-
pitalistes du 18e – 19e siècle, a accusé un retard sur celle de l’Angleterre.
En France, li faut attendre le milieu du 19e siècle pour parler véritablement d’industrialisa-
tion et qui connaı̂tra sa pleine maturité entre 1900 et 1920.
Ce fut une lente transformation des techniques de production. L’économie française s’est
en effet transformée graduellement par un déplacement de son centre de gravité (de l’agri-
culture vers l’industrie) et par une lente évolution des méthodes d’organisation industrielle.
Cette lenteur par rapport au cas Anglais est essentiellement due, d’une part, à la délimitation
relativement tardive des droits de propriété sur les biens et, d’autre part, à une croissance
démographique faible.
47
La physionomie de l’industrialisation française
Elles sont certes diverses, mais tiennent essentiellement à certains facteurs spécifiques à ce
pays qui peuvent être regroupés en deux principaux : les dispositions naturelles et la croissance
démographique fulgurante de ce pays.
1. Les immenses disponibilités naturelles
Les USA sont un vaste territoire de 9629047 km2, s’étirant sur 4817 km d’Est en
Ouest et sur 2 572 km du Nord au Sud : les Etats-Unis constituent un ≪ Etat- conti-
nent≫ présentant une vaste variété de climats et de paysages propices à toute sorte
d’entreprise. En cette période de fin 18e – début 19e siècle de diffusion de l’industrie,
les Etats-Unis étaient encore un pays neuf doté de ressources quasi illimitées et d’une
population de colons et d’immigrants sans cesse croissante.
2. La croissance démographique fulgurante
Le melting-pot des races a eu pour conséquence un accroissement très rapide de la
population qui atteint aujourd’hui plus de 280 millions d’habitants.
Cet important accroissement démographique a constitué une main-d’œuvre abondante
pour l’exploitation des ressources naturelles immenses existant sur ce vaste territoire.
Ainsi donc, les Etats-Unis d’Amérique étaient naturellement un pays prêt à toutes les
entreprises susceptibles d’améliorer les techniques de production.
Les colons créèrent de petits tissus industriels de plus en plus performants (textiles, manu-
factures, ..) malgré la concurrence anglaise appuyée par un système bancaire spécialisé dans le
financement du commerce international. L’orientation de l’activité industrielle allait dans deux
directions : d’une part, la transformation des produits agricoles et autres matières premières
dans le Nord-Ouest et, d’autre part, le développement des industries légères dans l’Est. L’in-
dustrie textile et le chemin de fer ont joué un rôle moteur dans le développement économique
48
de ce pays. Vers la fin du 19e siècle, le développement économique des Etats-Unis était déjà
très avancé. La croissance s’est effectuée en entraı̂nant des modifications structurelles dans la
composition de la production : la part relative de l’agriculture baissa de 72% en 1840 à 3% en
1900, tandis que la part de l’industrie de transformation s’éleva de 17% à 53% au cours de la
même période. Cette tendance a continué jusqu’à nos jours. L’expérience américaine symbolise
le succès de l’économie capitaliste de liberté d’entreprise.
Depuis le XI e siècle, le Japon était plongé dans un immobilisme total de ses structures
sociales qui demeuraient féodales et dans lesquelles le pouvoir appartenait en réalité aux SHO-
GUN (grands seigneurs, principaux propriétaires des terres) au détriment de l’Empereur. Ces
structures figées ne permettaient aucune amélioration des conditions de vie de la masse pay-
sanne et encore moins un développement industriel.
Cette rigidité sociale entraı̂na en 1868 la révolte des paysans connue sous le nom de ”Révolte
Méı̈ji” car elle a abouti à la restauration de l’Empereur Mutsuhito connu aussi sous le nom
posthume de l’Empereur Méı̈ji. Sous son règne, l’Empereur Mutsuhito va instaurer dans l’ar-
chipel nippon une politique éclairée qui n’avait encore jamais été appliquée sous aucun des
empereurs précédents, ce qui va aussi se traduire par une ouverture de l’archipel sur l’extérieur.
L’Empereur installé dans tous ses pouvoirs, entreprit de grandes réformes socio- économiques
au profit de tous les citoyens avec des conséquences très favorables au développement économique
du pays. La grande masse de la population paysanne constituait une réserve de main-d’œuvre
bon marché au service des nouvelles entreprises industrielles. Pour équiper son industrie, l’Etat
nippon importait beaucoup de machines étrangères (machines clé-en main). Partout présent
dans l’économie, il essayait sans cesse de promouvoir le progrès technique aussi bien dans
l’agriculture que dans l’industrie. Ainsi, les débuts de l’industrialisation du Japon furent un
véritable capitalisme d’Etat où les pouvoirs publics prirent toutes les initiatives et financèrent
la plupart des opérations en créant ou en acquérant des entreprises...
Déjà à la fin du 19e siècle, les entreprises japonaises étaient devenues très compétitives sur
les marchés internationaux. A partir de la fin de la première Guerre Mondiale, la production
des industries de transformation augmenta plus vite que la production primaire. A la veille de
la seconde Guerre Mondiale, le Japon était devenu l’une des grandes puissances industrielles du
monde bien que le revenu par tête restait encore très bas. (86$ contre 465$ en Grande-Bretagne
et 519$ aux Etats Unis).
49
8.3 Conditions de vie des ouvriers et naissance du syn-
dicalisme de lutte
La révolution industrielle provoque une profonde mutation sociale avec l’apparition du sa-
lariat. Cette nouvelle classe sociale rassemble tous les ouvriers qui ne possèdent que leur seule
force de travail. Quelles sont leurs conditions de vie ? Quelles sont leurs revendications ?
Jusqu’à la fin du 17e siècle, le terme ”ouvrier” s’applique à tous les artisans. Ce n’est
qu’avec l’avènement de la Révolution industrielle de l’Angleterre que ce terme va désigner celui
qui travaille manuellement en échange d’un salaire. Cette évolution du vocabulaire exprime les
mutations de la société.
Pour la plupart, les ouvriers de l’industrie proviennent du monde rural. En Grande Bretagne,
ce sont des paysans qui ont été chassés de leurs terres par le mouvement des enclosures, qui
commence dès le 16e siècle mais qui a pris de l’importance au 18e siècle. N’ayant plus de moyens
de survie et/ou incapables de résister à la concurrence des produits industriels, ces paysans et
artisans sont obligés de reconvertir en ouvriers salariés dans les usines. Les effectifs de cette
nouvelle classe des ouvriers sont sans cesse croissants. Leurs conditions de vie se dégradent.
La course au profit menée par les industries du 19e siècle conduit le patronat à exiger
des ouvriers un travail toujours plus intense. Le développement de l’éclairage au gaz permet
d’allonger la journée de travail. Celle-ci peut atteindre 15 heures. Les ouvriers n’ont droit
qu’à une journée de repos hebdomadaire (et n’ont jamais de vacances). La fatigue permanente
multiplie les risques d’accidents du travail.
Dans le système libéral, le travail ouvrier est considéré comme une marchandise : li est
soumis à la loi du marché. En Europe occidentale, en raison de la poussée démographique et
de l’exode rural, les travailleurs sont plus nombreux que les emplois disponibles. Le chômage
est chronique, ce qui permet au patronat de maintenir de bas salaires et d’exercer une pression
constante sur les salariés. Les femmes et les enfants, souvent contraints de travailler, perçoivent
des salaires inférieurs à ceux des hommes.
Le maniement des teintures, des solvants, du chlore pour blanchir, se font sans protection
des voies respiratoires Dans la sidérurgie et la métallurgie, l’ouverture des hauts fourneaux de
fabrication de la fonte, dégage une forte chaleur. Dans les usines sont imposés des règlements
très sévères. Tout manquement est sanctionné par une amende, voire un licenciement.
En échange de sa présence indispensable auprès de la machine-outil, l’ouvrier reçoit un
salaire. Celui-ci est destiné à lui fournir le strict nécessaire pour se nourrir, se vêtir, se loger, se
chauffer, afin de pouvoir revenir travailler à l’usine le lendemain. Comme les besoins vitaux des
50
femmes et des enfants sont jugés moins coûteux, leur salaire sera plus faible que celui accordé
à un homme. Comme il y a beaucoup de main- d’œuvre disponible, les salaires sont calculés au
minimum, c’est à prendre... ou à renoncer à l’embauche. Les ouvriers ne bénéficient d’aucune
protection sociale : pas de paiement en cas d’absence pour maladie, pour accouchement, pour
accident. pas d’assurance chômage pour celui qui perd son emploi, d’assurance vieillesse pour
les vieux travailleurs.. Les ouvriers doivent travailler tant qu’ils le peuvent puis ensuite, en cas
d’incapacité, s’en remettre à la famille, à l’hospice, à la mendicité ou aux œuvres de bienfaisances
mises en place par un très petit nombre d’employeurs.
Les salaires sont donc insuffisants pour la grande partie des ouvriers qui sont toujours à la
merci d’un arrêt de travail qui les plonge alors dans la misère totale.
Dans la première moitié du 19e siècle, la lutte ouvrière se manifeste par des actions violentes.
Les travailleurs sont souvent hostiles à la mécanisation et jugent les machines responsables du
chômage. Certains tentent de saboter les nouvelles machines.
Dans toute l’Europe, le prolétariat essaie de faire entendre ses revendications lors des
journées révolutionnaires. En France, lorsqu’éclatent les insurrections populaires de 1830, de
51
1848 et de 1871, les ouvriers constituent la majorité des insurgés.
A la fin du 19e siècle, al grève devient le principal moyen de lute des ouvriers. Elle est
autorisée en France à partir de 1864. Les manifestations de grévistes sont cependant très vio-
lemment réprimées par l’armée. Si les grèves donnent d’abord peu de résultats, elles permettent
aux ouvriers de se penser comme une classe sociale unie et déterminée.
A la fin du 19e siècle, la lutte du mouvement ouvrier commence à porter ses fruits. Les
salaires progressent, le niveau de vie s’améliore.
Des lois sont adoptées pour limiter le travail des enfants. En France, la loi de 1841 avait
interdit le travail des enfants de moins de huit ans. Vers 1900, la journée de travail des adultes
est réduite à 10 heures dans l’ensemble des pays industriels.
L’Allemagne et le Royaume-Uni vont plus loin. La première promulgue, dès les années 1880,
des lois sociales qui protègent l’ouvrier : l’assurance maladie, la retraite ouvrière et l’assis-
tance accident sont ainsi financées par des cotisations patronales. En Angleterre, des mesures
similaires sont prises avant 1914. La situation est nettement moins favorable ailleurs.
52
Chapitre 9
Si aujourd’hui la plupart des pays capitalistes industriels semblent à des degrés divers avoir
atteint la dernière étape Rostowienne du développement (société de consommation de masse),
leurs évolutions n’ont pas toujours suivi une tendance séculaire linéaire ; au contraire elles ont
été constamment perturbées par de profondes instabilités.
Dans les pays capitalistes développés, l’après-deuxième guerre mondiale va essentiellement
se caractériser, d’une part, par d’importantes réorganisations institutionnelles et, d’autre part,
par de fortes hausses de taux de croissance économique, notamment dans la période des ≪ 30
Glorieuses ≫.
Si la machine à vapeur et le charbon ont été les moteurs de la première Révolution In-
dustrielle en Grande Bretagne au 18e siècle, le moteur électrique et le moteur à essence vont
alimenter la 2ème Révolution Industrielle. Ces deux nouvelles inventions sources basées sur une
nouvelle forme d’organisation plus productive du travail vont être les principales sources d’une
53
2e révolution industrielle dans les grands pays capitalistes développés. Moins coûteux et moins
encombrant que la machine, le moteur électrique redonne vie au travail à domicile.
Les USA devenus la première puissance économique du monde en lieu et place de l’Angleterre
à la fin de la 1e guerre mondiale, tire vers le haut cette forte croissance économique : le dollar
américain s’impose désormais au niveau international comme monnaie de référence.
L’essor de l’Industrie automobile est le plus spectaculaire de ces ”années folles”.
Exemple : La production automobile des Etats-Unis passa de 4000 automobiles par an en
1900 à 5 millions par an en 1920, tandis que celle de la France, la plus forte d’Europe, passa
de 4800 par an à 2,54 millions par an au cours de la même période. L’industrie automobile
joua alors le rôle de pôle d’entraı̂nement qu’avaient joué les chemins de fer au 19° siècle. De
même, dans tous les secteurs, le développement industriel s’était accru rapidement dans tous les
pays capitalistes sauf aux Royaume Uni où le déclin des industries anciennes (charbon, coton,
constructions navales, ...) est très préjudiciable à l’économie.
C’est aussi dans l’industrie automobile que se développa une nouvelle organisation du travail
inspirée des travaux d’un ingénieur Américain F.W. TAYLOR (1856-1915) qui avait remarqué
une tendance à la ”flânerie systématique” sur les lieux de travail. La taylorisation du travail
se traduisait par le chronométrage du temps du travail, le proportionnellement du salaire au
rendement, l’émiettement du travail en tâches précises dépouillées de gestes inutiles et de perte
de temps. Cette nouvelle organisation du travail a fortement augmenté le rendement du travail
à l’usine en réduisant le temps de repos mais elle a aussi abouti à l’abrutissement des ouvriers
par des tâches répétitives et rapides.
Un trust est une grande entreprise qui en a racheté d’autres, plus petites, afin de limiter la
concurrence et gagner de l’ampleur au sein du marché. Les trusts se sont constitués à partir de
deux types de concentration :
• la concentration horizontale (rachat d’entreprises du même secteur)
• la concentration verticale (rachat de toute la filière de production de la matière première
au produit fini).
54
Le plus gros producteur dicte sa loi aux autres membres de l’industrie et règne sur les
maillons fractionnés situés en amont et en aval de la chaı̂ne. Si l’un d’entre eux résiste, le
volume de ses affaires diminue rapidement jusqu’à l’évincer totalement du marché afin qu’il
se fasse racheter à moindre prix par celui-là même qui l’avait conduit à la perte. Parce qu’il
contrôle le marché concerné depuis l’exploitation de sa matière première, jusqu’au stockage et
à la distribution du produit fini en passant par l’outil de transformation, le trust peut forcer
le prix de vente à la baisse jusqu’en dessous du coût de production et aussi longtemps que
nécessaire. Si la vente de ses produits à perte ne met pas nécessairement en danger le capital
financier d’un trust, elle conduit rapidement les concurrents individuels à la faillite par la fuite
de leurs clients, la perte des marchés puis de leur outil de production.
C’est pour toutes ces raisons que des ”Lois anti-trusts” vont être élaborées dans les pays
capitalistes développés, notamment aux USA, interdisant les positions dominantes par consti-
tution de cartels afin de promouvoir un climat de concurrence loyale sur les marchés.
En économie, le cartel est un oligopole où un petit nombre de vendeurs obtient el contrôle
d’un marché par entente formelle. C’est une forme de concentration horizontale dans laquelle
de grandes entreprises juridiquement et financièrement indépendantes ayant des activités com-
parables sur un même marché, s’entendent en vue de contrôler ce marché, dans le but de rendre
plus difficile l’entrée de nouveaux concurrents et de maximiser leurs profits. L’entente de cartel
est généralement mise en œuvre pour fixer les prix et les critères qui les régissent ; elle se destine
à empêcher l’arrivée de nouveaux vendeurs. Elle est plus courante dans le cas où les vendeurs
disposent de produits homogènes.
Les situations de cartel nuisent nécessairement aux consommateurs qui ne peuvent profiter
des effets positifs d’une véritable concurrence entre les vendeurs d’un même marché. C’est une
pratique anticoncurrentielle car le but de cette collusion est d’accroı̂tre les bénéfices de membre
par la réduction de la concurrence. Les lois sur la concurrence interdisent les ententes et donc
les cartels.
Un cartel entre plusieurs entreprises sur un marché oligopolistique peut représenter une
entente sur les prix, un partage de zone géographique ou de part de marché ou encore une
entente sur des quotas de production.
55
Le déclenchement du krach de la Bourse de Wall Street
Le jeudi 24-10-1929, à la Bourse de New York (The New York Stock Exchange : NYSE), se
déclenche la dépression la plus profonde que les USA n’avaient encore jamais connue : les prix
des actions des entreprises qui sont cotés et qui avaient triplé, s’effondrent en quelques heures.
Plus de 13 millions de titres financiers des entreprises changent de main, causant la faillite de
tous ceux qui avaient spéculé à la hausse...
NB : Le Dow Jones est l’indice boursier le plus connu et le plus suivi au monde car ses
variations influencent fortement le comportement des autres grandes places financières des
autres pays capitalistes (Londres, Paris, Tokyo,.). Il est exprimé en points et représente une
moyenne pondérée des 30 valeurs des cours des actions de ces 30 entreprises.
Il y avait eu dans le passé d’autres krachs à la Bourse de New York (1873 ; 1907 ; 1920).
Mais celui de 1929 eut les conséquences les plus catastrophiques et prolongea pour longtemps
l’économie mondiale dans une longue et pénible crise financière et économique (1929-1938). Ces
conséquences peuvent être traduites sous quatre principales formes :
1. Une violente crise financière : Les épargnants se ruent vers les banques pour retirer
leur argent mais beaucoup de banques sont incapables de rembourser. Entre 1929 et
1930 plusieurs grandes banques font faillite ou doivent suspendre leurs activités.
2. Une chute des prix et des productions industrielles : La crise se traduit aussi par
une accélération de la baisse des prix qui finit par décourager les investissements avec
pour effet la chute des exportations et donc du commerce extérieur mondial. De 1929 à
1933, l’ensemble de la production industrielle mondiale chute de 40%. (Exemple : de 6,3
millions de véhicules à 1,9 millions).
3. Une augmentation effrayante du chômage : Ce sont au moins 30 millions de
chômeurs qui sont laissés pour compte. En Allemagne, ce fléau social est exploité par le
nazisme comme causé par les juifs.
4. Un accroissement du protectionnisme : La paralysie du commerce mondial amène
les pays à appliquer le protectionnisme en levant les barrières douanières de plus en plus
draconiennes et en dévaluant leur monnaie afin de relancer leur économie nationale.
56
sain de l’économie américaine qui, frappée de plein fouet, avait alors entraı̂né, par sa
situation dominante, les autres économies dans cette terrifiante crise.
2. L’explication keynésienne de la crise financière par la crise du système lui-
même :
Pour l’économiste Anglais John Maynard Keynes, la crise de 1929 doit s’analyser en
réalité, non comme une crise de secteurs, mais comme la crise du système capitalisme lui-
même dans sa totalité. En effet, selon celui-ci, avec la deuxième RI, le système capitaliste
produisait beaucoup sans tenir compte du déséquilibre entre l’offre et la demande si bien
que l’offre ne trouvait plus de débouché suffisante. Seule la Suède a mieux supporté
cette crise car le gouvernement y était intervenu pour relancer la demande par de grands
investissements publics qui résorbaient le chômage, élevait le niveau de vie des familles
et donc de la consommation, d’où accroissement de la production, des recettes fiscales
et maintien de l’équilibre budgétaire. Les autres pays capitalistes n’ont pas pratiqué ce
”cercle vertueux”, d’ou la crise.
Ci-dessous dans l’encadré suivi du commentaire, une représentation schématique possible
du ”Cercle vertueux” keynésien ;
Commentaire : Selon Keynes, pour sortir d’une crise durable, l’Etat peut procéder par un
déficit budgétaire (endettement public auprès des bailleurs de fonds internationaux, émissions de
bons, création monétaire par la baisse des taux d’intérêt,...) (1). Ce déficit budgétaire permettra
de financer la réalisation ’de grands travaux publics (constructions de routes, ponts, barrages,
urbanisation et autres infrastructures économique et sociales) (2) qui créeront des emplois
pour tout le monde (3). Ces emplois se traduiront par des distributions de revenus (4) qui
seront sources. d’une part, d’impôts pour l’Etat et, d’autre part, d’augmentation de la demande
effective globale (5) adressée aux producteurs qui, par conséquent, accroı̂tront leurs production
57
globale de biens et services (6). L’accroissement des productions génèrera d’avantage de recettes
fiscales par les impôts sur les chiffres d’affaires et sur les bénéfices (7) qui résorberont le déficit
budgétaire initialement créé (8) et même avec la possibilité de dégager un excédent budgétaire
(9).
Ce processus dynamique et continu de croissance et de prospérité connu sous le nom de
”Cercle vertueux keynésien” sera concrétisé dans les grandes puissances économiques capita-
listes dans l’après 2e guerre mondiale : ce sera la période des ”30 Glorieuses”.
58
Les aspects spécifiques de la croissance économique des PCD
La forte croissance économique des PCD apparaı̂t spécifiquement à travers trois principaux
traits de modifications :
1. La modification des facteurs de production
Les facteurs de production que sont le facteur travail et le facteur capital sont pro-
fondément modifiés.
59
où tous les besoins de consommation de la population sont parfaitement satisfaits et
où, in fine, la consommation impulse la production et la croissance.
3. La transformation du rôle de l’Etat Elle apparaı̂t également sous deux principaux
traits :
60
volume du CI a été multiplié par 8, le taux de croissance moyen annuel a été de 7%
et celui du PIB mondial a été de 4, 8%.
(b) Les nouvelles contraintes du commerce international
La forte ouverture des PCD est incontestablement un facteur de croissance mais aussi
une source de contraintes novelles qui peuvent se résumer en 5 grands points :
— Une forte interdépendance des économies les unes par rapport aux autres avec
l’augmentation des risques de contagion de crises ;
— L’obligation de coordonner désormais les politiques nationales avec celles des
principaux partenaires : le seul cadre national n’est donc plus pertinent pour
la régulation macroéconomique ;
— Le bouleversement dans la hiérarchie des puissances économiques dès le milieu
des années 1960, la CEE devient la principale zone commerciale dans le monde
au détriment des USA.
— La triade CEE - USA - Japon s’octroie plus de 60% du CI à la fin de 1960.
— Le Tiers monde se considère comme victime d’un échange inégal.
(c) Création d’un organe de régulation du CI : le GATT
En réaction au protectionnisme de 1930 à 1945, les USA défendent l’idée du retour
à un CI fondé sur le libre-échange.
La charte de l’OIC (Organisation Internationale du Commerce), donne lieu en Oc-
tobre 1947 à Genève à la création du GATT (General Agreements on Tariffs and
Trade) entre 23 nations.
L’objectif majeur du GATT est double : d’une part, assurer le respect des principes
permettant une concurrence loyale entre les nations et, d’autre part, mettre en œuvre
un processus continu de libéralisation du commerce international.
2. L’expansion des transactions internationales Les progrès économiques et sociaux
réalisés à l’intérieur des pays capitalistes pendant les 30 glorieuses ont des effets significa-
tifs sur le développement du commerce extérieur. On assiste à l’apparition d’entreprises
géantes contrôlant l’essentiel du marché mondial : ”les firmes multinationales”. Celles-ci
se différencient des ”trusts” par la grande diversification de leurs activités. Elles s’at-
taquent au marché international en implantant des filiales dans le monde entier. Elles
contournent les barrières douanières. Elles embauchent une main-d’œuvre moins chère
et plus docile (pays d’Asie) et bénéficient d’importants avantages fiscaux et pratiquent
des fois aussi des évasions fiscales.
Exemple : une filiale A d’une multinationale peut facturer à une autre filiale B de la
même firme située dans un autre pays, une marchandise à un prix supérieur à son prix
réel ; la filiale A peut ainsi faire ”disparaı̂tre” ses bénéfices ou une partie de ceux- ci qui,
ce faisant, échappent à l’impôt.
Les 30 glorieuses connaissent la suprématie des entreprises (les firmes multinationales)
qui remodèlent le visage du monde.
61
Chapitre 10
62
qui limitera plus tard ses actions dans les PVD d’où création en 1960 de ses deux filiales pour
répondre aux besoins des pays pauvres : AID (Association Internationale de Développement) et
SFI (Société Financière Internationale). En dehors de quelques rares cas, la BIRD n’a pas été
suffisamment dotée de ressources financières pour aider les pays Européens dans leurs efforts
de reconstruction.
Après avoir fonctionné correctement près de 20 ans, le régime des changes fixes du SMI
reposant sur le dollar américain ($) va se dégrader à partir de 1960. La suprématie de la
monnaie américaine commença à se détériorer et le $ a dû être dévalué en 1971 et 1973 afin
de le rajuster par rapport à certaines devises : le flottement généralisé des monnaies venait de
s’instaurer dans le SMI.
Cela va se traduire par l’abandon du système de changes fixes qui existait jusque-là au
sein du SMI. Par des accords internationaux, ce système permettait aux Banques Centrales
d’intervenir sur les marchés de changes pour soutenir leur monnaie nationale.
L’adoption du système de changes flottants consiste à laisser libres les jeux du marché de
déterminer les taux de changes entre les monnaies nationales afin d’équilibrer les offres et les
demandes de devises. Théoriquement donc, les Banques Centrales n’interviennent plus.
63
10.2.2 Développement des nouveaux marchés de capitaux finan-
ciers : les marchés de $ non-résidents américains
Le flottement généralisé des monnaies va permettre le développement spectaculaire de nou-
veaux marchés de capitaux libellés en $ détenus dans des institutions financières à l’extérieur
des USA : marchés des euro-devises, des euro-dollars et des pétro-dollars.
— Les ”euro-devises” sont monnaies étrangères négociées sur les places financières eu-
ropéennes.
— Les ”euro-dollars” sont des dépôts bancaires scripturaux de montants importants libellés
en $ circulant à l’extérieur des USA entre les non-résidents de ce pays. Ces eurodollars
deviennent de simples $ en entrant aux USA. Ils représentent environ 70% des eurode-
vises.
— Les ”pétro-dollars” : sont des excédents financiers en $ des pays de l’OPEP déposés
auprès des institutions financières non-résidentes aux USA et recyclés en crédits à des
emprunteurs non-résidents américains(PVD, Banques Centrales, grandes entreprises,.
L’expansion de ces nouveaux marchés est due, d’une part, à l’absence de réglementations
(pas de réserves obligatoires, liberté des taux d’intérêt,...), et d’autre part, à la multipli-
cation des multinationales américaines à l’étranger qui disposent d’importantes liquidités
en $ hors des Etats-Unis.
Désormais est aboli le rôle de l’or en tant que dénominateur commun des parités entre les
devises : l’or n’a plus un cours officiel fixe, mais un cours fluctuant comme celui de n’importe
quelle marchandise sur les marchés internationaux.
Le taux de change
Le choix du régime de change est laissé à chaque pays. Ainsi des zones monétaires se sont
maintenues ou se sont créées sur un régime de changes fixes : exemple, maintien de parité fixe
entre le FF et le FCFA dans la Zone Franc. Toutefois, le pouvoir est reconduit au FMI de faire
des ajustements selon les conditions économiques des pays (dévaluation ou réévaluation).
Créés en 1969 par le FMI constituent depuis 1976 la nouvelle monnaie internationale de
cette institution. La valeur du DTS est fixée par rapport à un panier de 5 devises les plus
64
convertibles ayant chacune une pondération différente. Celle-ci varie constamment en fonction
des inter-parités.
Exemple : Pour la conversion en DTS, les pondérations des 5 monnaies les plus convertibles
en 1991 sont : Pour le dollars (USA) était de 42, 3%, pour le Deutch Mark (Allemangne)
18, 4%, 13, 3% pour le Yen (Japon) et la Livre-sterling (Grande-Bretagne) et 12, 7% pour le
Franc Français.
NB : Depuis l’avènement de la monnaie unique européenne (l’euro), le panier du DTS est
composé des 4 principales monnaies les plus convertibles que sont le dollar, l’euro, le yen et la
livre sterling.
Le DTS est moins sensible aux évolutions des marchés de change. Il est aujourd’hui la
référence pour les cours de certaines monnaies. Depuis sa création, il est un instrument de
réserve et de crédit notamment pour le FMI pour lequel il est devenu la seule unité de compte.
Cependant il ne représente encore que 10% à 15% des réserves internationales contre plus de
60% pour le $ USA. En 2002, le montant global des DTS s’élevait à 290 milliards de $.
65
Table des matières
2 L’école classique 15
2.1 Adam Smith (1723 – 1790) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.1.1 Richesse des nations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.1.2 La main invisible du marché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.1.3 Les lois de la croissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2 David Ricardo (1772 – 1823) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.2.1 Principes de l’économie politique et de l’impôt . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.3 Jean-Baptiste Say (1767 – 1832) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.4 Thomas Robert Malthus (1776 – 1834) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3 Le socialisme scientifique 23
3.1 Les précurseurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.2 Le Marxisme : Karl Marx (1818 – 1883) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.2.1 Théorie de la valeur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.2.2 La répartition capitaliste - Force de travail et plus-value . . . . . . . . . 25
3.2.3 Accumulation de capital . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
66
4 La révolution marginaliste 28
4.1 Les principales écoles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4.1.1 Léon Walras et l’école de Lausanne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4.1.2 Carl Menger et l’école autrichienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.1.3 William Jevons et l’école anglaise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.2 Théorie de la valeur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.2.1 Le concept d’utilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.2.2 Le prix naturel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.3 Nouveau paradigme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.3.1 L’analyse de l’équilibre de marché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.3.2 L’individualisme méthodologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
5 Le keynésianisme 32
67
8.2.3 Industrialisation du Japon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
8.3 Conditions de vie des ouvriers et naissance du syndicalisme de lutte . . . . . . . 50
8.3.1 La naissance d’une nouvelle classe sociale : le salariat . . . . . . . . . . . 50
8.3.2 Naissance du syndicalisme de lutte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
68
L'industrialisation a bouleversé les conditions de vie, catalysant le déplacement des travailleurs vers les usines et accroissant l'urbanisation . Bien que les grèves ouvrières aient été initialement réprimées, elles ont conduit à des progrès tels que l'amélioration des salaires, la réduction du temps de travail, et l'adoption de lois sociales, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni, qui ont commencé à protéger les droits des travailleurs avec des mesures de sécurité sociale .
L'industrialisation américaine a été facilitée par d'immenses disponibilités naturelles et une croissance démographique rapide, fournissant une main-d'œuvre abondante pour exploiter les ressources . En revanche, la France a connu une industrialisation plus lente, entravée par une délimitation tardive des droits de propriété et une croissance démographique plus faible, bien qu'elle ait finalement adopté des transformations industrielles similaires influencées par les techniques anglaises .
Les physiocrates estiment que l'agriculture est la source unique de richesses en raison de la production de surplus ou de revenu net, contrairement aux mercantilistes qui pensent que les richesses proviennent du commerce et des échanges . En cela, les physiocrates se basent sur l'idée que la terre est l'unique source de richesse, tandis que les mercantilistes valorisent l'accumulation monétaire et le commerce international comme sources de puissance économique .
Ricardo montre que les lois sur le blé, en rendant l'importation plus difficile, augmentent le prix du blé, ce qui oblige à augmenter les salaires pour garantir la subsistance des travailleurs, réduisant ainsi les taux de profit . Il démontre que ce protectionnisme nuit à l'économie et propose le libre-échange international comme solution, permettant aux pays de se spécialiser sur des produits pour lesquels ils ont un avantage comparatif .
La physiocratie est pertinente par sa question sur la demande similaire au keynésianisme et en jetant les bases du libéralisme économique défendu par le néo-classicisme . Bien que son postulat sur l'importance exclusive de l'agriculture ne soit plus généralement accepté, sa reconnaissance de l'importance de la production et du surplus a influencé les discussions actuelles sur la soutenabilité et l'efficacité des systèmes économiques .
La doctrine physiocratique, formalisée par Quesnay, considère l'agriculture comme la seule activité productive car elle génère un surplus, ou 'don gratuit', dépassant le coût de production grâce à la générosité de la terre . En contraste, l'artisanat est vu comme non-productif car il n'ajoute pas de valeur au-delà du coût de la matière première transformée, avec la concurrence maintenant les prix proches des coûts de production .
Ricardo propose que le prix naturel d'une marchandise est déterminé par la quantité de travail nécessaire à sa production, y compris le travail incorporé dans la production des matières premières et des outils, une approche distincte de celle de Smith qui inclut plus largement les revenus . Cette théorie de la valeur travail incorporée influence sa compréhension du prix naturel, soulignant l'importance du travail plutôt que des salaires, et elle montre que le taux de profit modifie cette loi de la valeur travail .
Les principales sources de la seconde révolution industrielle sont le moteur électrique et le moteur à essence, qui ont permis une organisation plus productive du travail . Ces innovations ont redéfini le secteur industriel en diminuant les coûts et en facilitant le travail à domicile, plaçant les États-Unis au sommet de l'économie mondiale après la Première Guerre mondiale et faisant du dollar américain la monnaie de référence internationale .
Les mercantilistes croient que l'État doit intervenir pour favoriser l'enrichissement de la nation, tandis que les physiocrates et les classiques s'y opposent, prônant le laissez-faire et comptant sur les mécanismes de marché pour atteindre l'équilibre . Les néo-classiques considèrent le marché comme un régulateur parfait et condamnent toute intervention de l'État . À l'opposé, les keynésiens, bien que libéraux, soutiennent l'intervention de l'État car ils jugent les mécanismes de marché insuffisants pour réguler l'économie, nécessitant ainsi des politiques économiques spécifiques .
L'industrialisation française a été plus lente, marquée par une transformation progressive influencée par des retards dans la définition des droits de propriété et une faible croissance démographique, se focalisant essentiellement sur des industries héritées du savoir-faire anglais . Aux États-Unis, l'industrialisation a été rapide, favorisée par des ressources naturelles abondantes et une croissance démographique rapide, créant une main-d'œuvre extensible pour un vaste territoire propice à l'émergence industrielle, avec une orientation forte sur l'innovation technique et la transformation agricole .