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Histoire de la pensée économique 2023-2024

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2023 – 2024

Licence 1 Sciences Économiques

Cours

Histoire de la Pensée et des Faits


Économiques

Nom de l’enseignant : Edano NIAMIEN


Docteur en Science Économique

décembre 2023
Première partie

Histoire de la Pensée Économique


(HPE)

2
Introduction

L’objet de la science économique


L’objet de la science économique a reçu des réponses diverses au fil des périodes. Identifiée
à une science des richesses à la période classique, elle se définira ensuite comme la science
des choix individuels en univers de rareté. Au-delà de ces définitions particulières, la ques-
tion commune qui rassemble les économistes est celle du processus de formation des ≪gran-
deurs≫ économiques. À son tour, cette question renvoie à l’interrogation fondamentale, et par-
tagée, sur les conséquences sociales de l’individualisme.
La première période, dite classique a pour principale interrogation ce qu’on appelle aujour-
d’hui le processus de croissance économique (processus d’accumulation des richesses). Leur
interrogation porte sur 1) les causes des richesses (ce qui conduit à s’interroger sur le processus
de production, le mécanisme de la division du travail et les mécanismes de l’échange) ; 2) sur
sa nature (ce qui conduit à s’interroger sur la nature de la monnaie et les concepts de valeur et
de prix) ; 3) sur sa répartition (détermination des revenus et mécanismes de la redistribution).
En corollaire, ils s’interrogent sur les limites éventuelles que pourrait rencontrer ce processus
d’accumulation des richesses, et ce notamment à l’occasion de l’analyse des crises et des
cycles.
La seconde période, dite contemporaine, conçoit la science économique comme une science
de choix en univers de rareté.
Selon eux, c’est l’existence des contraintes de rareté qui crée le problème économique, lequel
devient pour l’essentiel un problème de choix. 1) Quoi produire et en quelle quantité (à quelle
production affecter les ressources productives dès lors que celles-ci ne sont pas illimitées) ? 2)
Comment le produire ? (Quelle est la combinaison productive la plus efficace, c’est-à-dire la
plus ≪ économe ≫ ?) 3) Pour qui le produire ? (Comment répartir la richesse créée dès lors que
celle-ci est rare ?)
C’est d’ailleurs de cette conception que l’on tire la définition de la science économique de
Lionel Robbins selon laquelle ≪ L’économie est la science qui étudie le comportement humain
en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs. ≫ (Lionel Robbins,
La nature et la signification de la science économique, 1932).

3
Pourquoi l’étude de l’histoire de la pensée économique ?
La diversité de la science économique se retrouve dans la façon d’en écrire l’histoire. D’abord,
l’on étudie l’histoire de la pensée économique du point de vue de son aboutissement, ensuite
du point de vue de son origine et enfin du point de vue de la permanence des questions et des
débats fondamentaux.
Considérer l’histoire de cette discipline du point de vue de son aboutissement, nous ramène
à étudier et à juger les théories passées à l’aune de ce qui constitue la science économique
moderne. Ainsi, nous pouvons les considérer soit comme des avancées, soit comme des reculs
sur le chemin qui conduit à ce que la science économique est aujourd’hui.
On peut aussi faire de l’histoire de la pensée économique du point de vue de son point de
départ (Adam Smith et la théorie classique). Le risque serait alors de biaiser la vision de la
discipline par l’acceptation de l’idée que celle-ci serait nécessairement caractérisée par certains
traits constitutifs de la pensée classique, qui pourtant n’existaient pas avant elle et ne seront pas
admis unanimement après, y compris par des auteurs qu’il serait difficile d’exclure du périmètre
de la discipline.
Ces traits constitutifs sont :
— La croyance en des lois économiques naturelles,
— La caractérisation de l’ordre économique comme un ordre marchand,
— L’affirmation de la neutralité de la monnaie.
Une dernière possibilité est de faire de l’histoire de la pensée économique de manière à
éclairer les débats contemporains. Ainsi, faire de l’histoire de la pensée économique, ce peut
être restituer les idées économiques, de manière chronologique, dans leur contexte, mais ce peut-
être surtout, au-delà de l’immersion dans le factuel, comprendre la logique du développement
de la discipline, de ses prémisses jusqu’à son état actuel, et souligner la permanence des débats
fondamentaux, repérer les questions non encore résolues, identifier les oppositions irréductibles
qui nourrissent le débat économique.
Selon ce dernier point de vue, l’histoire de la pensée économique fait alors partie intégrante
de la théorie, au sens où elle contribue au progrès de la discipline en lui permettant de prendre
conscience de ses limites.

Grandes révolutions économiques


Les débats qui traversent l’histoire de la pensée économique se nouent autour de deux
questions : les relations marché/production et marché/État. Schématiquement, l’histoire de ces
débats est ponctuée par trois ≪ révolutions ≫ (dont la datation découle de la parution des
grandes œuvres qui les marquent) :
La ≪ révolution classique ≫ (1776-1817) représente pour la première fois l’économie
comme un système dans lequel s’articulent les échanges marchands et l’organisation de la pro-
duction, et elle élabore les principes de la doctrine libérale.
La ≪ révolution marginaliste ≫ (1874-1890), en généralisant la loi de l’offre et de la

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demande à l’ensemble des activités économiques, absorbe l’analyse de la production dans celle
du marché et donne un fondement scientifique à la doctrine libérale.
La ≪ révolution keynésienne ≫ (1936) établit l’incapacité d’une économie de marché à
atteindre le niveau de production globale permis par la main-d’œuvre disponible et justifie ainsi
l’abandon d’un laisser-faire général au profit d’une intervention de l’État.
Ces trois ≪ révolutions ≫ dans la pensée économique ont façonné les termes dans lesquels
se présentent aujourd’hui les controverses entre économistes, en particulier sur la place qu’il
convient d’attribuer au marché dans l’ensemble des relations sociales, thème central du renou-
veau néolibéral.

5
Chapitre 1

Les prémices de l’économie

1.1 Le mercantilisme
1.1.1 Présentation
Le nom de ≪mercantiliste≫ sert à regrouper une série d’écoles de pensée économique natio-
nale qui se sont échelonnées entre 1500 et 1750.
Il ne s’agit pas d’économie pure mais de politique économique : les mercantilistes cherchent
à influencer la décision de mesures économiques par les gouvernants. Ils ne sont pas dans
une tentative d’explication de l’économie. Les Mercantilistes sont des praticiens, ministres,
magistrats ou conseillers du souverain, concernés par l’accroissement des échanges commerciaux
internationaux consécutifs à la découverte du Nouveau Monde. Ils critiquent, ils affirment, ils
recommandent. Le groupe est hétérogène, mais cette diversité n’empêche pas le partage d’un
certain nombre d’idées communes.
La finalité de cette doctrine économique est d’augmenter le pouvoir du souverain et la
puissance de l’État. Le moyen proposé est d’augmenter la richesse économique de cet État.
L’idée selon laquelle la puissance politique d’un État passe par la puissance économique de cet
État est totalement nouvelle. Elle signifie que l’économie est devenue indépendante de la morale
et supérieure au politique, puisque désormais la puissance économique d’une nation expliquera
sa puissance politique.

Les mercantilistes espagnols ou bullionistes

À l’origine, le discours Mercantiliste est lié à la découverte de l’or dans les nouveaux mondes
par les conquistadors. L’idée est simple : la richesse se mesure à la quantité d’or accumulée.
La soif de l’or des Conquistadors traduisait cette avidité du fabuleux métal, l’or, signe de la
richesse.
De nombreux épargnants croient encore aujourd’hui dans l’or, comme unique moyen de
s’enrichir. La fascination pour ce métal explique la tentation d’ancrer une monnaie à un référent
or.

6
Le mercantilisme français ou colbertisme

Cette doctrine est donc née en Espagne et au Portugal à la fin du 16ème siècle, au temps des
grandes conquêtes. Elle est à son apogée en France au 17ème siècle. C’est dans cette catégorie
que l’on range les agrairiens Olivier de Serres (1539 à 1619) ou Sully (1560 à 1641).
Jean Bodin (1530 à 1569) est le premier à avoir noté le lien entre hausse des prix et abondance
de la monnaie. Quand on injecte de l’argent dans le système économique, les gens ont plus
d’argent en poche et veulent acheter plus de biens et de services ; par conséquent, il y a trop
d’argent et pas assez de produits, donc les prix augmentent.
Antoine de Montchrestien en est un représentant éloquent : son Traité d’économie politique,
dédie au Roi et à la Reine mère du Roi (1615) fait de lui l’inventeur de l’économie politique.
Cette école comprend aussi Barthélemy de Laffemas, Colbert et Vauban.

Les mercantilistes anglais ou commercialisme

L’idée fondamentale est que le commerce extérieur est la clé de la richesse des nations
par l’abondance des monnaies. Ses représentants les plus célèbres sont le chancelier Georges
Gresham (1519 à 1579), Josiah Child (1630 à 1699), William Petty (1623 à 1687), Thomas
Mun (1571 à 1641), Grégory King (1648 à 1712) et Gérard Malynes (1586 à 1641).
C’est le temps des ≪ lois ≫ économiques à vocation universelle : - Loi de Gresham : La
mauvaise monnaie chasse la bonne.
— Loi de Child : Lorsque les approvisionnements sont chers, les gens sont riches ; lorsqu’ils
sont bon marché, les gens sont pauvres.
— Loi de Petty : il faut abaisser les salaires pour diminuer le chômage volontaire.
— Loi de King : L’accroissement de la production de biens alimentaires par l’agriculture
suscite une baisse plus que proportionnelle des prix de cette production.
— Le grand mercantiliste anglais Thomas Mun considère qu’il faut simuler les exportations
et freiner les importations en encourageant la consommation intérieure.
Ce mercantilisme anglais est le plus proche du Keynésianisme.

Le néomercantilisme

L’idée d’un interventionnisme de l’État cède la place à un ≪ ordre naturel ≫. Thomas Hobbes
(1588 à 1679) reste fidèle à l’État gendarme. Pierre le Pesant de Boisguilbert (1646 à 1714)
réfléchit à poursuivre la présentation de l’économie sous forme de tableau général. Richard
Cantillon (1680 à 1734) introduit la notion de vitesse de circulation de la monnaie. Le banquier
John Law (1671 à 1729) a inventé la banque moderne, qui ne garantit plus l’émission de billets
par des métaux précieux mais par les dépôts opérés par les clients.

Les mercantilistes allemands ou caméralistes

Ce sont des spécialistes du trésor public, à l’origine de l’école historique allemande. Schum-
peter a réhabilité les travaux de cette école et a loué les travaux de Johann Heinrich Gottlieb

7
Von Justi (1717 à 1771) sur la courte et longue période en économie.

1.1.2 L’objectif
II est d’obtenir l’enrichissement de tous. Une phrase d’Antoine de Montchrestien est parti-
culièrement éclairante. ≪ Le bonheur des hommes consiste principalement dans la richesse et la
richesse dans le travail. Et l’État doit intervenir pour favoriser cet accroissement de richesses
≫. Cette phrase à une double signification.

1. La richesse ou l’aisance matérielle devient la valeur suprême. La finalité de la vie so-


ciale est désormais économique, c’est l’enrichissement. Le Mercantilisme exprime ainsi
la nouvelle mentalité de la Renaissance, celle des Temps Modernes, celle du bourgeois
capitaliste dont l’objectif est de gagner toujours plus d’argent. Pour ce faire, la produc-
tion de richesses doit augmenter. Cela suppose que tous travaillent, que la production
de marchandises augmente ainsi que leur vente par les marchands. Les Mercantilistes
estiment que le commerce est l’activité la plus importante parce que les manufactures
travaillent pour elle. Cette logique de la croissance connaı̂t aujourd’hui un contraire :
les économistes de la ≪ décroissance ≫ pensent au contraire que le bonheur de l’homme
passe par le retour à la terre et la diminution de la consommation et de la production.
2. Comme le souverain recherche le bonheur de ses sujets, il doit intervenir pour faciliter cet
accroissement de richesses en stimulant la production de marchandises et leur vente, et
notamment l’exportation de ces marchandises. L’accroissement des profits commerciaux
des marchands est supposé favorable à tous. Les citoyens ont un emploi et un salaire,
les recettes fiscales de l’État augmentent, et la puissance économique et donc politique
du souverain s’accroı̂t.

1.1.3 Le contenu
La richesse d’une nation se définit par l’abondance de métaux précieux, or et argent, qu’elle
détient. La question est de savoir comment augmenter cette richesse.
A l’époque, dans la mesure où la quantité de métaux précieux circulant en Europe provient
exclusivement des colonies espagnoles et portugaises, le seul moyen d’augmenter celle de la
nation est soit de conquérir de nouveaux territoires, soit de prendre cette richesse aux états
voisins.
Cela contraint à une balance commerciale extérieure positive ou excédentaire afin d’obtenir
une entrée nette de métaux précieux. Les exportations de marchandises ont pour contrepartie
une entrée de métaux précieux et les importations sont financées par une sortie de métaux
précieux. II faut donc dynamiser l’offre de produits exportables des manufactures spécialisées
dans le commerce international et limiter le besoin de produits importés. Pour obtenir ce
résultat, l’intervention de l’État est nécessaire. Cette obsession de la balance des paiements
existe toujours.

8
1. L’État doit faire en sorte qu’il y ait, selon la formule Mercantiliste, ≪ abondance d’hommes
et d’argent ≫ dans le but de favoriser la production de marchandises, en général, et les
activités exportatrices, en particulier. L’abondance des hommes signifie une forte quan-
tité de travail et donc une forte production. Cela exige des taux de salaire faibles pour
augmenter l’offre de travail du peuple, contraint de travailler davantage, et pour aug-
menter la demande de travail des manufacturiers, incites à embaucher davantage. En
outre, la faiblesse du coût du travail rend les produits plus compétitifs et permet des
profits plus élevés.
L’abondance d’argent signifie une forte quantité de monnaie offerte et demandée. Cela
suppose des taux d’intérêt faibles, lesquels sont favorables aux emprunts nécessaires pour
financer l’industrie et le commerce international.
2. L’État doit prendre des mesures pour rendre excédentaire la balance commerciale extérieure.
II doit aider les exportations par des subventions versées aux entreprises exportatrices
et par des privilèges accordes à certaines manufactures.
II doit limiter les importations par une politique protectionniste avec des droits de douane
et avec des contingentements, voire une interdiction totale, pour certaines marchan-
dises concurrentes de celles produites dans la nation. Cet interventionnisme relatif aux
échanges extérieurs est révélateur de la montée en puissance des états-nations dont la
conséquence est un climat international conflictuel.

1.1.4 La portée actuelle de la doctrine Mercantiliste


Son importance au sein de l’histoire de la pensée économique vient de ce qu’elle présente
une première ébauche de discours économique dans trois domaines qui sont toujours l’objet de
débats.

Croissance économique

Les Mercantilistes raisonnent en termes d’offre. La hausse des facteurs de production, travail
et capital financier explique l’accroissement de la production.
Pierre de Boisguilbert, contemporain mais critique, pose le premier la question de la de-
mande en affirmant l’importance de la distribution des revenus et de la consommation. II
estime que la fiscalité injuste, en pénalisant la grande masse des consommateurs, limite la
demande de consommation en produits agricoles et provoque le déclin de l’agriculture et par
conséquence le déclin de l’industrie. Le débat est toujours actuel. La logique Néo-Classique ex-
plique la croissance économique par l’accroissement du facteur travail, du facteur capital et du
progrès technique. La logique Keynésienne l’explique par l’accroissement de la demande interne
de consommation et d’investissement et par celui de la demande extérieure.

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Explication de l’inflation

Le débat est celui de la relation entre la monnaie et la hausse des prix. Le Mercantiliste Jean
Bodin propose une explication à la forte inflation constatée dans toute l’Europe au cours du
16ème siècle. L’augmentation impressionnante de métaux précieux venue d’Amérique à partir
de l’Espagne et circulant dans toute l’Europe s’est traduite par une augmentation équivalente
de revenus : il en est résulté une hausse de la demande qui s’est heurtée à une augmentation
plus lente de la production de marchandises. L’insuffisance de marchandises par rapport à
la quantité de monnaie induit une hausse du prix des marchandises. De même, un excès de
monnaie par rapport à la quantité de marchandises disponibles induit une baisse du prix relatif
de la monnaie. Cette explication de l’inflation par une trop forte création de monnaie est la
première formulation de la théorie quantitative de la monnaie. La théorie Néo-Classique et
Monétariste défend toujours la théorie quantitative de la monnaie : l’inflation est toujours la
conséquence d’une création monétaire excessive. La théorie Keynésienne conteste cette analyse.
Keynes explique que l’inflation est due à une hausse d’un des éléments du coût de production,
laquelle induit un besoin de crédit pour financer cette hausse et donc une création de monnaie.
L’accroissement de monnaie dans une économie est la conséquence de l’inflation et non la cause :
il est une condition permissive de la hausse des prix.

Rôle de l’État

Les Mercantilistes sont interventionnistes. L’État doit prendre toute une série de
mesures destinées à favoriser l’enrichissement de la nation. Les Physiocrates et les Classiques
y sont totalement opposés : il faut ≪ laisser faire les hommes et laisser passer les marchandises
≫. Les mécanismes du marché conduisent naturellement à l’équilibre.

Le discours Néo-Classique est profondément libéral : il condamne toute intervention de


l’État, car il considère que le marché est un régulateur parfait de l’économie. Toute politique
économique est inutile, voire néfaste. Le discours Keynésien est libéral et interventionniste, car
il considère que l’intervention de l’État est nécessaire dans la mesure où les mécanismes du
marché sont insuffisants pour réguler l’économie. II faut donc mettre en place des politiques
économiques spécifiques.

1.2 François Quesnay et la physiocratie


François Quesnay (1694 à 1774), médecin de la marquise de Pompadour, est le fondateur
et le chef incontesté de la première école de pensée, celle des Physiocrates qui se définissent
comme des philosophes-économistes. Elle naı̂t en 1758 avec le Tableau économique attribué
à Quesnay. Le terme Physiocratie est inventé en 1767 par Dupont de Nemours à partir des
mots grecs physis (nature) et cratos (force ou puissance), et il est traduit par gouvernement de
la nature. L’école des Physiocrates dure moins de vingt ans, mais elle demeure fondamentale
dans l’histoire de la pensée économique.

10
1.2.1 La naissance de l’économie politique
L’objectif est d’élaborer une science en analysant de manière précise, rigoureuse et mathématique,
les lois naturelles de l’économie fondatrices de l’activité humaine. Si la société est une création
de la nature, au même titre que le système solaire ou le corps humain, il existe un ordre naturel
dont il faut découvrir les mécanismes pour expliquer le fonctionnement de l’économie.
La construction de ce discours économique se propose d’expliquer la nature et les causes
de la richesse d’une économie : cela s’oppose à la doctrine Mercantiliste qui cherchait à savoir
comment aider le souverain à être plus puissant.

1.2.2 La production agricole comme source unique de richesses


Les Physiocrates sont fascinés par les progrès de la révolution agricole en Angleterre qu’ils
considèrent comme le symbole de la réussite économique de ce pays. L’agriculture doit être la
source de l’enrichissement de la nation en raison de leur théorie du revenu net.
L’hypothèse est que l’origine des richesses ne se trouve pas dans le commerce ou les échanges
(comme le pensaient les Mercantilistes), mais dans la production, et plus précisément dans
la production agricole, parce que seule créatrice de surplus ou de revenu net. Comme l’écrit
Quesnay, ≪ la terre est l’unique source de richesse et c’est l’agriculture qui multiplie ces richesses
≫. Le raisonnement est le suivant. La production brute est égale à l’ensemble des richesses réelles

produites. La production nette est obtenue en déduisant de la production brute les richesses
consommées, c’est-à-dire les dépenses effectuées pendant le processus de production. Ce produit
net existe parce que la valeur produite est supérieure au coût de production et il signifie qu’il y
à un accroissement de richesses ou encore une création nette de richesses. Seule la terre aurait
la capacité de créer ce surplus de richesses qualifié de ≪ don gratuit de la nature ≫, car il ne
dépend pas de la bonne volonté des agriculteurs : il est imputable à la générosité de la terre, à
la fertilité du sol, ou encore au climat.

1.2.3 Le Tableau économique de Quesnay (1758)


II décrit la France rurale de la seconde moitié du 18ème siècle d’avant la première révolution
industrielle.

Les caractéristiques du Tableau

C’est le premier modelé macroéconomique, et donc un schéma simplifié, qui décrit le fonc-
tionnement de l’économie en utilisant un exemple chiffré hypothétique. C’est un modèle de
reproduction simple, car c’est un modèle d’équilibre simple qui ne parle pas de croissance. II
s’agit d’expliquer la circulation d’un flux dans une économie de manière analogue à la circula-
tion du sang dans le corps humain. Toute production exige, au démarrage, des avances sous la
forme d’un capital initial. Le processus de production implique un certain niveau de production
dont une part est destinée à la reconstitution du capital initial dépensé, et l’autre part, qui est
un solde, est le revenu net ou le surplus.

11
La société est divisée en trois classes en fonction de leur place dans le processus de production
d’une économie agricole et rurale. Les fermiers et les ouvriers agricoles représentent la
seule classe productive, car ils ont pour activité la production agricole. Les fermiers louent
des terres aux propriétaires fonciers et ils possèdent un capital initial qui est avancé sous deux
formes. Les avances primitives sont du capital fixe d’exploitation (outillage et bêtes) dont il faut
prévoir un amortissement annuel afin de le remplacer quand il est usé. Les avances annuelles
sont du capital circulant (nourriture pour les fermiers et leurs ouvriers, aliments pour les bêtes,
semences) qui est totalement consommé lors du processus de production et qu’il faut donc
entièrement remplacer. Les artisans constituent la classe appelée stérile parce que leur activité
ne fait que transformer des matières premières en biens de consommation ou en outillage. Pour
ce faire, ils disposent d’un capital initial sous la forme d’une réserve monétaire et sous celle
d’un stock de biens de consommation. Les propriétaires fonciers sont des rentiers. Ils n’ont
aucune activité. Ils ont aménage leurs terres pour les rendre cultivables et les louer : ce sont les
avances foncières. Comme les dépenses d’aménagement sont effectuées de manière définitive,
elles n’ont pas à être renouvelé donc amorties, mais elles justifient le paiement, par la classe
productive, d’un loyer appelé rente foncière. C’est la seule classe à obtenir un revenu et elle se
contente de le dépenser.

Le fonctionnement du modèle avec un exemple chiffré hypothétique

Dans la situation initiale, avant le processus de production, la classe productive possède 2


milliards de capital circulant et 10 milliards de capital fixe dont le taux d’amortissement est
suppose de 10%, soit 1 milliard pour remplacer la partie du capital fixe détruit ou consommé.
La classe stérile détient 1 milliard de réserve monétaire et 1 milliard de stock de biens de
consommation. La classe rentière dispose de 2 milliards de revenu foncier. Durant la période
de production, la classe productive obtient, par hypothèse, une production agricole égale à 5
milliards. La destination de cette production de 5 milliards est double. Les fermiers reconstituent
leur capital circulant en conservant équivalent de 2 milliards sous forme de nourriture, aliments
et semences et ils vendent le reste aux artisans et aux rentiers dont ils reçoivent équivalent
de 3 milliards de recette monétaire. L’utilisation de cette recette monétaire de 3 milliards est
la suivante : 1 milliard pour reconstituer leur capital fixe détruit en achetant des outils aux
artisans ; le solde de 2 milliards, appelé revenu net de la reconstitution du capital consommé,
est payé aux propriétaires fonciers en tant que loyer ou rente foncière. Dans le même temps, les
propriétaires fonciers ont totalement dépensé leur 2 milliards de revenu monétaire en achetant
1 Md de nourriture aux fermiers et 1 milliard de biens de consommation aux artisans, et les
artisans ont acheté aux fermiers 1 Md de nourriture et 1 milliard de matières premières qu’ils
transforment en 1 milliard de biens de consommation et 1 milliard d’outillage.
À l’issue de ce processus de production, l’économie se retrouve dans la situation initiale. La
classe productive a reconstitué ses avances en capital et donc son capital productif initial. La
classe stérile a également reconstitué son capital initial. Les propriétaires fonciers ont obtenu
2 milliards de revenu monétaire. Un nouveau processus de production, identique au précèdent,

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peut recommencer : la production agricole est de 5 milliards et le surplus qui est le revenu net
de la reconstitution du capital productif est de 2 milliards.

La condition nécessaire au bon fonctionnement de l’économie

Puisque la production agricole est seule créatrice de surplus et donc de richesse, il faut
absolument que la demande de produits agricoles soit suffisante pour absorber la production et
cela à ≪ un bon prix ≫ permettant de reconstituer le capital dépense et de verser la rente.
La condition de cette demande suffisante est que la classe foncière dépense tout son revenu.
Elle à l’initiative de la dépense et de la circulation des flux, et elle à également la responsabilité
de l’équilibre du circuit. Dans l’hypothèse où les propriétaires fonciers décidaient de thésauriser,
et donc de ne pas dépenser une partie de leur revenu net, les classes productive et stérile ne
vendraient pas la totalité de leurs marchandises et elles ne pourraient plus reconstituer la totalité
du capital initial avance. II se produirait alors un processus cumulatif à la baisse, notamment
de la production agricole et du revenu net.

Les propositions des Physiocrates

La question est celle de l’accroissement de la production agricole afin d’augmenter la richesse


nationale, ce qui suppose une hausse de la demande pour éviter une baisse du prix.
Pour augmenter la production agricole, il faut décider d’une reforme foncière, comme en
Angleterre, afin de remembrer et restructurer les petites parcelles, il faut aussi défricher et
améliorer la qualité des terres, et il faut améliorer les méthodes de culture.
Pour augmenter la demande de produits agricoles, il faut verser des salaires aussi hauts
que possible afin que les travailleurs puissent acheter des denrées agricoles. II faut également
décider d’une réforme fiscale : la classe foncière serait seule assujettie à l’impôt, alors que
toutes les autres taxes, notamment les douanes et les péages intérieurs, seraient supprimées.
II en résulterait une hausse du pouvoir d’achat des plus pauvres qui augmenterait d’autant la
demande de denrées agricoles.
Et enfin, il faut libérer le commerce des grains de toute restriction à l’exportation, afin de
soutenir la demande et afin d’empêcher une baisse des prix : il convient de ≪ laisser faire et
laisser passer ≫.

1.2.4 Les apports théoriques


La Physiocratie à élabore certains concepts fondamentaux de l’Économie Politique :
1. L’approche en termes de circuit économique : le Tableau économique est une
vision ordonnée de l’économie, qui organise la circulation des flux réels et monétaires,
afin d’expliquer le fonctionnement économique de la société.
2. Les avances en capital : avant tout processus de production, il faut disposer d’un
capital initial qui est utilisé pour obtenir la production et qui est reconstitué à la fin de
ce processus de production.

13
3. Le surplus ou revenu net de la reconstitution du capital : il correspond à la
création de richesses et il est mesuré par la différence entre la valeur de la production
et toutes les dépenses engagées qui correspondent au coati de production, à savoir le
paiement des matières premières, la rémunération de tous ceux qui ont travaille pour
obtenir cette production et l’amortissement du capital fixe consommé.

1.2.5 Actualité de la doctrine physiocratique malgré le postulat de


la primauté de l’agriculture
La Physiocratie participe aussi aux débats actuels. Elle s’interroge sur le niveau de la de-
mande comme le fait le discours Keynésien. Elle jette les bases du libéralisme économique
défendu par le discours Néo-Classique. Quesnay affirme que l’agriculture est la seule activité
productive. Cette production agricole ne dépend pas de la décision des fermiers, mais du climat,
du sol, de la nature. Elle génère un surplus considéré comme un don gratuit imputable à la
générosité de la terre. Ce surplus existe parce que la valeur produite, c’est-à-dire son prix, est
supérieure à son coût de production.
Valeur de la production agricole = coût de production + surplus Prix des denrées agricoles
= dépenses en capital + revenu net
Quesnay affirme que l’artisanat n’est pas une activité productive, parce qu’elle ne fait que
transformer des matières premières en marchandises sans création de surplus, et parce que la
décision de ≪ produire ≫ plus ou moins de marchandises appartient aux artisans. L’explication
est que la concurrence sur les marchés contraints les artisans à vendre leur marchandise à un
prix qui correspond à leur coût de production. Dans l’hypothèse où un artisan déciderait de
vendre sa marchandise à un prix supérieur à son coût de production, cela inciterait d’autres
artisans à ≪ produire ≫ cette marchandise et à la vendre à un prix légèrement inférieur, et
le premier artisan serait contraint de s’aligner en baissant son prix : le mécanisme du marché
aboutit ainsi à un prix minimum pour tous les artisans qui est égal au coût de production.
L’erreur fondamentale du raisonnement de Quesnay est d’affirmer que la terre elle-même est
productive. Ce qui est productif, c’est le travail dans l’agriculture et dans toute autre activité.
Le postulat de la terre productive justifie la rente foncière dont la finalité est la consommation.
Smith et les Classiques comprennent que c’est le travail qui est productif, dans l’agriculture
comme dans les manufactures, que le revenu net existe dans ces deux catégories d’activité et qu’il
se partage entre rente foncière et profit : la destination de la rente est toujours la consommation,
mais celle du profit est l’investissement productif et donc la croissance économique. Alors que
les Physiocrates ont compris l’importance du capital dans la production, ils n’ont pas prévu la
possibilité de la croissance parce qu’ils n’ont pas imagine l’accumulation de capital car ils ont
identifie le revenu net à la rente foncière.

14
Chapitre 2

L’école classique

L’école classique commence avec Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de
la richesse des nations, 1776), se poursuit avec notamment David Ricardo (Des principes de
l’économie politique et de l’impôt, 1817) et s’achève, à la fin du siècle, avec Karl Marx qui est,
d’une certaine manière, le ≪ dernier des classiques ≫. Elle est rattachée pour l’essentiel aux
œuvres de deux grands auteurs : Adam Smith en est le fondateur, David Ricardo celui qui lui
donne une forme définitive.
Les classiques sont donc des contemporains de la première révolution industrielle, du développement
du capitalisme industriel, puis de ses crises dans la seconde moitié du XIX e siècle.
Les Classiques partagent une même vision du monde, une même approche de l’économie.
Elle s’exprime dans la croyance en l’existence d’un ordre naturel qui implique la formulation
de lois économiques supposées certaines et constantes parce qu’inscrites dans la nature des
choses, dans la nature de l’homme. La métaphore de la main invisible de Smith manifeste la
pérennité des lois naturelles : il est inutile d’intervenir sur les marchés car une autorégulation
va régler les problèmes. Le comportement égoı̈ste de chaque individu conduit au bien commun
de la société toute entière. Le corollaire est que la concurrence sur les marchés est supposée
apporter l’équilibre, car c’est une force régulatrice automatique, mais aussi la croissance, car
c’est une force dynamique créatrice de richesses. La conséquence est l’inutilité de l’intervention
de l’État dont le rôle est réduit au domaine de la défense et de la justice.
Toutefois, cette approche commune n’interdit nullement les débats, les controverses, voire
de profonds désaccords. Leur postérité en est une illustration. Marx se réfère à Ricardo, les
Néo-classiques à Say et Keynes rend hommage à Malthus. Les divergences sont présentes dans
tous les thèmes fondateurs du discours Classique, savoir l’explication de la valeur, la répartition
des revenus, l’équilibre et la croissance.

2.1 Adam Smith (1723 – 1790)


Adam Smith (5 juin 1723 – 17 juillet 1790) est un philosophe et économiste écossais des
Lumières. Il reste dans l’histoire comme le père de la science économique moderne et son œuvre
principale, la Richesse des nations, est un des textes fondateurs du libéralisme économique.

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En 1759, le philosophe Smith publie une Théorie des sentiments moraux, œuvre de
philosophie qui le fait connaı̂tre en Grande-Bretagne et au-delà. Dans ce livre, il essaie de
comprendre comment l’individu, considéré comme égoı̈ste, parvient à porter des jugements
moraux qui font passer son intérêt personnel au second plan. Smith affirme que l’individu
peut en fait se placer dans la position d’un tiers, d’un observateur impartial, qui peut donc
s’affranchir de son égoı̈sme et fonder son jugement sur la sympathie. Au total, l’harmonie sociale
n’est pas incompatible avec la liberté individuelle, chaque individu sachant s’affranchir de son
égoı̈sme : le lien social est fondé sur les sentiments moraux des individus.
A la suite de ce grand succès, il entrepris un voyage en France ou Smith, l’économiste, fit
la rencontre de Quesnay (Chef de file des physiocrate) et commença la rédaction de son traité
d’économie. Adam Smith est intéressé par les idées libérales des physiocrates, mais ne comprend
pas le culte qu’ils vouent à l’agriculture. En 1776, Adam Smith le publie sous le titre Recherche
sur la nature et les causes de la richesse des nations, titre souvent abrégé en Richesse des
nations.

2.1.1 Richesse des nations


Le mérite principal de la Richesse des nations ne vient pas de l’originalité de ses principes
mais du raisonnement systématique, scientifique, utilisé pour les valider, et de la clarté avec
laquelle ils sont exprimés. La problématique de la Richesse des nations est double : d’une part,
expliquer pourquoi une société mue par l’intérêt personnel peut subsister ; d’autre part, décrire
comment le ≪ système de liberté naturelle ≫ est apparu et comment il fonctionne. À cet effet,
Smith utilise systématiquement des données empiriques (exemples et statistiques) pour valider
les principes qu’il expose et les raisonnements abstraits sont maintenus au strict minimum.
Cette méthode largement ≪ inductive ≫ sera dénoncée par certains de ses successeurs après
Ricardo, qui imposera une méthode scientifique plus déductive et fondée sur le raisonnement
logique.
Cet ouvrage est divisé en cinq (5) Livres. Smith développe sa vision de la richesse des nations
dans les deux premiers livres, sur laquelle se fondera l’école classique. Il décline les idées sur
le marché et sur la division du travail. Smith soutient qu’une nation est riche parce que
le marché y est étendu, ce qui encourage la division du travail et par là l’accroissement de la
productivité. Ce rôle du marché dans la création de la richesse globale est le corollaire du rôle
de l’échange dans les relations entre les individus : un homme est riche ou pauvre selon sa
plus ou moins grande capacité à acheter (et ainsi à ≪ commander ≫) le travail d’autrui. C’est
aussi pourquoi la valeur d’échange d’une marchandise (qui n’a rien à voir avec sa valeur
d’usage, ce que contesteront un siècle plus tard les auteurs marginalistes) est déterminée par
la quantité de ≪ travail commandé ≫, c’est-à-dire la quantité de travail qu’on peut obtenir en
échange.
Smith repartit le revenu national entre trois classes que sont les capitalistes, les tra-
vailleurs salariés et les propriétaires fonciers. D’autres aspects de la théorie de Smith,
tels que la conception de la monnaie comme un simple instrument destiné à surmonter

16
les inconvénients du troc ou le libre-échange généralisé comme condition de la croissance
économique, marqueront durablement la science économique, même après le déclin de l’école
classique.
Dans le Livre IV, Smith reprend ce mécanisme liant le niveau général des prix et les flux in-
ternationaux de métaux précieux (critique du mercantilisme entamée par David Hume en 1752)
et de marchandises et il l’étend à une économie dans laquelle la masse monétaire comprend des
billets de banque, en plus des espèces métalliques. Tout en se focalisant sur le libre-échange, il
envisage une théorie de la spécialisation internationale fondée sur la notion d’avan-
tage absolu. Si une première nation est meilleure dans la production d’un premier bien, tandis
qu’une seconde est meilleure dans la production d’un second bien, alors chacune d’entre elles a
intérêt à se spécialiser dans sa production de prédilection et à échanger les fruits de son travail.
Enfin, en tant qu’avocat du libéralisme économique, Smith dans son livre V, définit les
fonctions d’un État en charge de l’intérêt général (et non de l’intérêt du Prince). Il s’agit d’abord
d’assurer les fonctions dites régaliennes (police, armée, justice). Pour autant, Smith ne refuse
pas à l’État toute intervention économique. Selon Smith, le marché ne peut pas prendre en
charge toutes les activités économiques, car certaines ne sont rentables pour aucune entreprise,
et pourtant elles profitent largement à la société dans son ensemble (les économistes parlent de
≪ biens publics ≫). Ces activités doivent alors être prises en charge par l’État.

2.1.2 La main invisible du marché


Il tient dans son ouvrage à dévoiler le mécanisme qui structure la société. Smith formule
des lois du marché. Ce qu’il recherchent la main invisible, ainsi qu’il l’appelait, par laquelle
les intérêts et passions individuels étaient guidés dans la direction la plus favorable aux
intérêts de la société tout entière. Le jeu de l’intérêt personnel, dans un environnement
d’individus motivés de façon identique, mène à la concurrence, or cette concurrence amène à
produire les biens que désire la société, dans la quantité qu’elle désire et au prix qu’elle est
disposée à payer.
L’intérêt conduit les hommes à accepter tout travail que la société consent à rémunérer.
Chaque homme, qui cherche à tirer au maximum son épingle du jeu sans souci du coût social,
est confronté à une foule d’individus motivés de manière identique et qui sont dans le même
bateau. Les lois du marché n’ont pas pour seul effet de doter les produits de prix compétitifs,
elles s’assurent aussi que les producteurs produisent les quantités de biens demandées par la
société.

2.1.3 Les lois de la croissance


C’est le mécanisme du marché qui pousse la société à cette multiplication merveilleuse de la
richesse et des biens, car il plonge l’homme dans un milieu qui le stimule et l’oblige à inventer,
innover, grandir et prendre des risques. Smith distingue des lois inhérentes de l’évolution qui
propulse le système du marché dans une spirale de productivité ascendante.

17
La loi de l’accumulation

Dans l’accumulation du capital, il voyait un grand bienfait pour la société le capital –


investi en machines – fournissait précisément cette merveilleuse division du travail qui multiplie
l’énergie productive de l’homme. Or l’accumulation signifiait davantage de machines c’est à dire
une demande accrue de main d’œuvre, d’où tôt ou tard une hausse continue des salaires jusqu’à
ce que les profits – source de l’accumulation – disparaissent.

La loi du peuplement

Pour lui, les travailleurs pouvaient être ≪produits≫ selon la demande : si les salaires étaient
élevés, le nombre d’ouvriers augmenterait. Le premier effet de l’accumulation serait l’augmen-
tation des salaires de la classe ouvrière. Le mécanisme révélateur du marché règle les flux de
main d’œuvre et de capital selon leurs différents usages ; il veille à ce que les biens demandés
soient produits en quantité adéquate, enfin il s’assure que les prix de ces biens se rapprochent
constamment de leur coût de production. La richesse s’accumule et cette accumulation résultera
un accroissement des forces de production et l’accentuation de la division du travail. Mais l’ac-
cumulation fera également augmenter les salaires car les capitalistes réclament de la main
d’œuvre pour les nouvelles usines, les salaires croissent, la mortalité baisse donc l’offre de tra-
vailleurs augmente. Avec cette augmentation de la population, la concurrence entre travailleurs
comprimera à nouveau les salaires.

2.2 David Ricardo (1772 – 1823)


Né à Londres, David Ricardo vécut de 1772 à 1823. Selon John Maynard Keynes , ≪ Ricardo
a conquis l’Angleterre aussi complètement que la Sainte Inquisition avait conquis l’Espagne ≫.
Venant d’un critique de sa théorie, ce jugement marque bien l’influence considérable, intellec-
tuelle et politique, que Ricardo a eue sur l’économie politique au XIX e siècle. Elle ne peut être
comparée qu’à celle de Keynes au XX e siècle et ces deux économistes anglais eurent d’ailleurs
en commun la capacité à élaborer une théorie générale simple et rigoureuse, d’où ils tirèrent
des conclusions pratiques propres à marquer les esprits.
Les premiers articles de Ricardo datent de 1809 et furent consacrés aux questions monétaires.
La ≪ controverse sur le bullion ≫, du nom donné à l’or en lingot dont la hausse du prix à
Londres manifestait une dépréciation de la livre sterling, opposait alors deux interprétations
de cette dépréciation : ceux pour qui elle avait pour origine une émission excessive de billets
par la Banque d’Angleterre et ceux pour qui elle s’expliquait surtout par un déficit extérieur
consécutif à la participation de l’Angleterre aux guerres napoléoniennes. Ricardo justifia la
première position dans son essai Le haut prix du lingot : une preuve de la dépréciation des
billets (1810) et l’adoption de cette thèse par la commission parlementaire chargée de cette
question lui valut la célébrité. Jusqu’à la fin de sa vie, Ricardo plaida pour une réforme du
régime monétaire anglais, qui garantı̂t au moindre coût la stabilité de la livre.

18
L’autre grand débat auquel participa Ricardo concerna les ≪ lois sur le blé ≫. Afin de
défendre les intérêts des propriétaires terriens, le Parlement anglais adopta en 1815 des lois
restrictives sur l’importation du blé. Dans son Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur
les profits des capitaux (1815), Ricardo démontra la nocivité de ces lois, qui poussaient le
prix du blé à la hausse, obligeant ainsi à élever les salaires pour garantir la subsistance des
travailleurs, ce qui avait pour conséquence de faire baisser le taux de profit. La théorie générale
qui fondait rigoureusement cette thèse parut en 1817 dans les Principes de l’économie politique
et de l’impôt, où Ricardo établissait l’existence d’une relation inverse entre les salaires et les
profits et en dérivait les conséquences pour l’analyse des prix et de la croissance. La principale
conclusion pratique de cette thèse était la supériorité du libre-échange international, qui permet
à chaque pays de se spécialiser dans la production des biens pour lesquels il a un avantage
comparatif (opposé à Adam Smith avec la théorie de l’avantage absolu).

2.2.1 Principes de l’économie politique et de l’impôt


L’œuvre majeure de Ricardo intitulée Principes de l’économie politique et de l’impôt
parut en 1817 pour la première édition puis en 1821 pour la troisième, a mis en exergue deux
principales théories. Il s’agit du du prix naturel des marchandises, déterminé par leur coût de
production ; du profit et de son influence sur l’accumulation du capital.

La théorie du prix naturel

Ricardo s’oppose à Smith (Pour lui, le prix naturel est déterminé par l’addition des revenus
qu’il faut payer dans les conditions normales pour produire la marchandise) sur ce qui détermine
le prix naturel. Celui-ci ne dépend pas selon lui du prix du travail (le salaire) mais de la
quantité de travail nécessaire à produire la marchandise. Cette quantité est l’addition du travail
directement consacré à la fabrication du bien (le travail du boulanger pour le pain, par exemple)
et du travail indirect requis antérieurement pour produire la matière première et les outils
(la farine et le four, dans cet exemple). Cette théorie de la valeur travail incorporé est
considérée comme un trait caractéristique des idées défendues par l’école classique et elle a
influencé Karl Marx. Elle fut rejetée à partir des années 1870 par le marginalisme, qui adopta
la loi de l’offre et la demande pour la détermination du prix.
En fait, Ricardo reconnaı̂t lui-même que la quantité de travail incorporée dans une marchan-
dise n’est qu’un des éléments du prix naturel. L’autre élément, qui ≪ modifie considérablement
≫ cette loi de la valeur travail, est le taux de profit.

La théorie du profit et de l’accumulation du capital

≪ Déterminer les lois de la répartition, voilà le principal problème en économie politique ≫,


écrit Ricardo dans son avant-propos. Sa théorie de la répartition des revenus part de l’existence
naturelle des classes sociales et, en particulier, de celle des capitalistes et de celle des salariés.

19
Il démontre qu’il existe une relation inverse entre le niveau des salaires et le niveau du taux de
profit : si les salaires augmentent, les profits baissent.
Une telle situation ne signifie pas que la situation des travailleurs s’améliore : dans l’état
naturel d’une économie, les salaires sont au minimum (social et non physiologique) de subsis-
tance et ils varient avec la difficulté de production des biens con- sommés par les salariés. Si
celle-ci s’accroı̂t, les prix de ces biens augmentent et les salaires doivent suivre pour permettre
aux travailleurs de continuer à consommer le même panier de biens.
Or, selon Ricardo, les terres ne permettent d’accroı̂tre la production des biens agricoles
qu’au prix d’un accroissement de leur coût de production. Les salaires augmentent donc à long
terme et le taux de profit baisse en conséquence. Comme le profit est le seul motif qui pousse les
capitalistes à investir, l’accumulation du capital se ralentit, et avec elle le progrès des richesses.
L’économie marche vers un état stationnaire.
Pour Ricardo, il existe cependant un moyen de retarder cette évolution dans les pays in-
dustrialisés (comme l’Angleterre) qui y sont exposés : importer les biens de subsistance des
pays où ils sont moins chers. Ricardo développe à cette occasion une théorie de la spécialisation
internationale selon les coûts comparatifs qu’il illustre par le commerce entre le drap anglais et
le vin portugais.
L’exemple de Ricardo sur l’avantage comparatif est le suivant :

Portugal Angleterre
Vin 80 h 120 h
Drap 100 h 90 h

En comparant les productivités des deux pays, Adam Smith conclurait, puisque le Portugal
dispose d’un avantage pour les vin et pour le drap, que l’Angleterre doit renoncer à produire
le vin et le drap et faire venir ces produits du Portugal. David Ricardo considère que ce ne
sont pas les niveaux absolus de productivité qui comptent mais les niveaux relatifs. Pour le
vin l’écart de productivité est beaucoup plus important que pour le drap. Il conseille donc à
l’Angleterre d’abandonner le vin au Portugal et de se consacrer à la production du drap qui sera
elle-même abandonnée par le Portugal. Cette spécialisation permet d’augmenter la production
totale des deux biens : en ne produisant plus de drap le Portugal libère 90 h qui pourront se
consacrer à la production du vin (la production de vin va augmenter et compenser facilement la
diminution provoquée par l’arrêt de la production anglaise). De même en libérant les hommes
qui produisaient du vin en Angleterre et en leur faisant produire du drap, la production totale
de drap va augmenter...

2.3 Jean-Baptiste Say (1767 – 1832)


Jean-Baptiste Say est un auteur classique français. Défenseur du libéralisme économique et
du laisser-faire, il s’est fait connaı̂tre grâce à sa loi qu’il élabora et sa position par rapport au
rôle de la monnaie.

20
Selon cette loi, ≪ toute offre crée sa propre demande ≫. L’argument est le suivant :
Lorsque l’offre globale (on est au niveau macroéconomique) de biens, c’est-à-dire la richesse
produite, augmente, elle a pour contrepartie des revenus (salaires, profits et rentes). À leur
tour, ces salaires, profits et rentes sont à l’origine d’une demande de biens : par exemple, les
salaires sont dépensés en biens de consommation courante, les profits sont épargnés, et donc
investis (donc dépensés en achat de biens capitaux), et les rentes dépensées en produits de luxe.
Par conséquent, toute offre crée bien sa propre demande : une hausse de l’offre globale d’une
valeur de 100 induit un supplément de revenus de 100, qui à son tour conduit à une demande
supplémentaire de 100. La demande est endogène à l’offre, qui se détermine logiquement en
premier, sans contrainte attendue du côté de la demande. En conséquence de quoi, seules des
contraintes sur l’offre (contrainte de rentabilité) peuvent interrompre le processus d’accumula-
tion et de croissance. En fait, l’adhésion à cette ≪ loi de Say ≫ équivaut pour les classiques à
considérer que les économies de marché (avec monnaie) fonctionnent en fait comme pourraient
le faire des économies de troc (sans monnaie). Dans une économie de troc, en effet, toute offre de
biens (c’est vrai au niveau microéconomique et donc macro- économique) crée immédiatement
un débouché pour un autre bien : un échangiste, dans un échange de troc, ne peut en effet
espérer réaliser une ≪ vente ≫ qu’à la condition de trouver quelqu’un d’autre de qui il accepte
d’acquérir le produit.
La loi des débouchés ou loi de Say affirme donc le principe d’équivalence entre l’offre et la
demande de marchandises. Toute offre crée sa propre demande, car la production induit une
distribution de revenus qui est totalement dépensée.
La première conséquence de cette loi est que la surproduction est inconcevable. La
demande est toujours suffisante pour acheter la production. Une crise de surproduction ne peut
qu’être sectorielle et temporaire et elle se règle d’elle-même par le mécanisme du marché.
La loi de Say repose donc sur l’idée de la neutralité de la monnaie sur le fonctionnement
réel de l’économie, affirmée par ailleurs par les classiques.
La seconde conséquence est la neutralité de la monnaie par rapport à l’économie réelle.
La monnaie n’a aucune influence sur l’activité économique, et comme elle ne peut être demandée
pour elle-même, elle ne peut être thésaurisée.
La théorie de la valeur de Say s’oppose à celle des Classiques anglais, car Say réfute
toute idée de valeur liée au travail. La valeur d’une marchandise est fondée sur son utilité qui
est appréciée subjectivement par les individus. Le prix d’une marchandise s’explique par le
niveau de tension entre sa rareté et l’intensité de la demande. Le prix des marchandises rares
et fortement demandées est elevés, et le prix des marchandises abondantes et peu demandées
est faible.
En ce qui concerne la répartition des revenus, Say soutient qu’elle se fait entre le travail, la
terre et le capital qui sont considérés comme autant de services productifs qui contribuent à
la production. Leur mode de rémunération est identique et il s’explique en termes d’offre et de
demande de chacun de ces services : l’offre et la demande sur le marché du travail expliquent
le salaire, l’offre et la demande de terres expliquent la rente, l’offre et la demande de capital

21
expliquent le profit. Ce partage des revenus s’avère parfaitement harmonieux puisque chaque
service productif reçoit une juste rémunération pour sa contribution à la production.

2.4 Thomas Robert Malthus (1776 – 1834)


Malthus, fils d’un membre excentrique de la haute bourgeoisie, fut éduqué par ses précepteurs
pour entrer à l’Université. Il passa sa vie à mener des recherches académiques et fut le premier
économiste de profession. Il ne fut jamais à l’aise financièrement. Malthus réclamait l’aboli-
tion des secours aux pauvres et s’opposa même à des projets de logements pour les classes
laborieuses.
Tout le monde s’accordait à penser qu’une population en expansion était un gage de
prospérité nationale. Le Révérend Thomas Robert Malthus (fils de Daniel Malthus, admira-
teur passionné de Rousseau) ne partageait pas le point de vue de William Godwin, qui prônait
l’égalité complète et le communisme le plus totalement anarchique. Le révérend Malthus se mit
à mesurer l’énormité de la barrière séparant la société humaine réelle de son temps de cette
terre bien-aimée et imaginaire de paix et d’abondance éternelles. En 1798, Robert Malthus
a fait publier son traité Essai sur le principe de la population. Voici ce que disait Malthus :
la population tendait naturellement à dépasser le total des moyens de subsistance possibles.
L’humanité était vouée à tout jamais à une confrontation sans espoir entre un nombre toujours
multiplié de bouches avides et l’insuffisance permanente des greniers de la nature.
Malthus et Ricardo étaient en désaccord sur tout sauf en ce qui concerne la démographie.
Malthus dans son essai (1798) avait éclairé le problème de la pauvreté terrible et permanente
qui hantait la société anglaise. À cette tendance de la race humaine à se multiplier, que le
doublement se produise en 25 ou 50 ans, pour Malthus apparaı̂t une réalité durable : la terre,
au contraire de la population, ne peut se multiplier. Alors que le nombre de bouches à nourrir
suit une progression géométrique, celui de la terre cultivable suit une progression arithmétique.

22
Chapitre 3

Le socialisme scientifique

3.1 Les précurseurs


Les classiques et leurs analyses ont été rapidement critiqués. En 1818, Jean de Sismondi
publie ses Nouveaux principes d’économie politique où il critique les conséquences sociales de
l’industrialisation visibles dans l’Angleterre de son époque : chômage, inégalité, paupérisation...
dénonçant un libéralisme qui ne se fait qu’à sens unique, procurant des droits aux entrepreneurs
et imposant des obligations aux ouvriers. Il cherche aussi à développer une théorie économique
montrant la possibilité de déséquilibres globaux dans l’économie, notamment des crises ma-
jeures de surproduction. Pour ce faire, il introduit la notion de délai entre la production et
la consommation (un an dans le cas de l’agriculture par exemple) pour réfuter la loi de Say
selon laquelle ≪ les produits s’échangent contre des produits ≫. À titre d’exemple l’introduction
du progrès technique n’accroı̂t pas simultanément l’offre et la demande, car son premier effet
est de permettre le licenciement des ouvriers qui ne seront réembauchés qu’à moyen terme, à
condition que d’ici là les déséquilibres de court terme ne provoquent une crise de surproduction.
Cette époque est aussi celle de l’émergence de la pensée socialiste. Certains socialistes uto-
piques comme Charles Fourier dénoncent l’anarchie industrielle. Ce dernier rêve de mettre en
place des phalanstères, communauté de 1620 personnes sélectionnées pour leurs caractères et
leurs aptitudes complémentaires afin que la communauté soit au mieux organisée et puisse
prospérer. De nombreux phalanstères furent par exemple créés aux États-Unis. Certains indus-
triels philanthropes comme Robert Owen théorisent et mettent en pratique des usines modèles
ou se développent les cours du soir, la hausse de la productivité par la réduction du temps de
travail, où les familles sont prises en charges et jouissent de nombreux agréments : écoles, jardins
d’enfants, etc. À l’image de Fourier, li rêve de mettre en place des ≪ villages de coopération ≫.
En France, Claude Henri de Saint-Simon développe le progressisme industriel et souhaite
mettre en place une intervention technocratique de l’État basée sur la planification industrielle
et dont l’objectif serait l’amélioration des conditions de la classe laborieuse. Autour de lui
se forme une véritable ≪secte économique ≫, le saint-simonisme. De son côté, Charles Brook
Dupont-White développe une critique radicale du capitalisme qui annonce celle du marxisme,
et propose l’intervention de l’État comme régulateur du système.

23
Enfin, en Grande-Bretagne, le dernier des classiques anglais, John Stuart Mil prône que le
libéralisme est la meilleure façon de produire des richesses mais indique qu’il n’est pas pour
autant la meilleure façon de les répartir...

3.2 Le Marxisme : Karl Marx (1818 – 1883)


Karl Marx (allemand) est considéré comme le dernier des Classiques, car son analyse
économique est proche de celle de Ricardo, même s’il n’en tire pas les mêmes conséquences.
L’étude du monde Marxiste est difficile en raison de son langage spécifique.
Utilisant les concepts des classiques (notamment de Ricardo) et approfondissant la logique
même de leur raisonnement sur la valeur et la répartition, Marx retourne leur vision du capi-
talisme au regard duquel il développe alors un point de vue de critique radicale.
Ses critiques s’orientent d’une part sur l’aspect microéconomique et d’autre part sur l’as-
pect macroéconomique. La ≪ microéconomie ≫ de Marx révèle les formes particulières que
prennent l’aliénation dans la société marchande (sous l’empire de la loi de la valeur) et l’exploi-
tation dans le mode de production capitaliste (le profit reposant sur le processus d’extraction
d’une plus-value). Sa macroéconomie analyse les crises de surproduction comme l’expression des
contradictions du capitalisme, qui ne pourront être résolues que par la socialisation des moyens
de production : le socialisme assurera alors un développement rationnel des forces productives
et autorisera le règne de la liberté sur la nécessité.
Marx ne pratique donc pas l’économie mais la ≪ critique de l’économie politique ≫ (clas-
sique) : son ouvrage de référence, Le capital, publié en 1867, est d’ailleurs sous-titré : Critique
de l’économie politique.
Le marxisme repose sur une vision philosophique du monde, à laquelle l’économie est inti-
mement liée. L’économie de Marx repose sur des concepts existants (le travail, la propriété, la
consommation, la production, le capital, l’argent...) que Marx a complétés et surtout redéfinis.
lI a notamment développé la théorie de la valeur et la valeur-travail, qu’il a repris aux classiques
anglais (en particulier Ricardo).

3.2.1 Théorie de la valeur


Marx prend soin de préciser que sa théorie de la valeur s’applique aux seules marchandises
reproductibles en grande quantité et vendues sur un marché.
Toute marchandise possède une valeur d’usage fondée sur son utilité et une valeur d’échange
puisqu’elle est produite pour être vendue sur un marché. Cette valeur d’échange s’exprime par
un rapport quantitatif entre deux marchandises. Si, par exemple, cinq pommes sont échangées
contre trois poires, on écrit que cinq pommes égale trois poires. Cela signifie que ces deux
marchandises ont quelque chose qui leur est commun. Ce n’est pas la monnaie, car celle-ci est
considérée comme un simple moyen de paiement ou intermédiaire des échanges. Ce qui leur est
commun, c’est le fait d’être produit par du travail humain. Marx en déduit que le travail est la
substance de la valeur (valeur-travail).

24
C’est la quantité de travail contenue dans la marchandise, elle-même mesurée par la durée
du travail nécessaire pour la produire.
Mais, ≪ ce n’est pas la quantité de travail effectivement dépensée qui doit être prise en
compte, (car) plus un homme est paresseux ou malhabile, plus sa marchandise aurait de valeur,
puisqu’il emploie plus de temps à sa fabrication ≫. II s’agit d’un travail abstrait correspondant à
un travail exécuté avec un degré moyen d’habileté et d’intensité et dans des conditions normales
par rapport à un milieu social donne. Marx l’appelle ≪ le temps de travail socialement nécessaire
à la production ≫.
Cette quantité de travail ≪ socialement nécessaire ≫ comprend la totalité du travail incorporé
dans la marchandise. Le travail direct de la force de travail appelé ≪ travail vivant ≫ ou encore
≪ capital variable ≫, symbolisé par la lettre V, est seul créateur de valeur nouvelle. Le travail

indirect antérieurement dépensé pour produire les machines et les matières premières appelé
≪ travail mort ≫ ou encore ≪ capital constant ≫, symbolise par la lettre C, ne fait que transmettre

sa propre valeur. La valeur du capital total utilisé est égale à C + V et la composition organique
du capital est mesurée par le rapport C/V. La quantité de travail ≪ socialement nécessaire
≫ varie au cours du temps, avec l’évolution des forces productives du travail. Dans la mesure où

le progrès technique réduit cette quantité de travail en augmentant la productivité du travail,


il entraı̂ne une baisse de la valeur d’échange, c’est-à-dire du prix de la marchandise.
Cette méthode de mesure souleve deux problèmes techniques non encore résolus d’un point
de vue pratique. D’une part, la prise en compte de la qualification des salaries en distinguant
le travail simple du travail complexe. D’autre part, la prise en compte de l’intensité du travail.

3.2.2 La répartition capitaliste - Force de travail et plus-value


Le partage entre la plus-value et les salaires

Marx définit le taux de plus-value comme le rapport entre la plus-value (PI) et le capital
variable (V), soit PI/V. II exprime un rapport entre la plus-value des capitalistes et les salaires
des travailleurs que Marx appelle taux d’exploitation. Ce partage entre la rémunération du
capital et celle du travail est l’objet d’une ≪lutte incessante entre le capital et le travail ≫ dont
l’issue dépend ≪ du rapport des forces des combattants ≫ : la plus-value est d’autant plus forte
que les salaires sont faibles.
Dans cette lutte, le capitaliste utilise tous les moyens pour augmenter sa plus-value.
1. L’allongement de la durée de la journée de travail, sans variation du salaire, augmente
la plus-value absolue, puisque le travailleur crée encore davantage de valeur non payée.
2. La mécanisation accroı̂t la productivité du travail et réduit le prix des marchandises, et
en particulier le prix des marchandises consommées par les travailleurs. II en résulte une
baisse de la valeur de la force de travail, c’est-à-dire du salaire. Dans la mesure où la
durée de la journée de travail est inchangée, la quantité de valeur créée est inchangée,
mais la baisse du salaire entraı̂ne une hausse de la plus-value relative.
3. L’intensification du travail au cours de la journée augmente la valeur créée et donc la

25
plus-value absolue, et elle augmente aussi la productivité du travail et donc la plus-value
relative.

La baisse tendancielle du taux de profit

Le capitaliste cherche à valoriser la totalité de son capital C + V. II cherche à maximiser son


taux de profit qui est le rapport entre la plus-value PI et la totalité de son capital C +V. Le taux
de profit PI / C + V peut aussi s’écrire PI / V au numérateur et C/V + 1 au dénominateur.
II dépend ainsi du taux de plus-value PI / V et de la composition organique du capital C/V.
Dans la mesure où l’accumulation de capital incorpore toujours plus de progrès technique qui
remplace les hommes par les machines, la hausse de la composition organique du capital C/V
est inévitable. À supposer que le taux d’exploitation PI/V soit inchangé, cette hausse de C/V
implique mathématiquement une baisse du taux de profit, puisque le numérateur est constant
alors que le dénominateur augmente. Cette baisse du taux de profit est logique, puisque la part
du capital variable (V), seule source de plus-value, diminue dans le capital total C + V.
La baisse du taux de profit est une tendance lourde à long terme. Elle peut être ralentie
ou contrariée à court terme, si le taux d’exploitation PI/V augmente ou/et si la hausse de la
composition organique du capital se ralentit, mais elle est inéluctable (la paupérisation de la
classe ouvrière et la baisse du taux de profit ).

3.2.3 Accumulation de capital


L’accumulation de capital est une nécessité du capitalisme

La concurrence entre capitalistes les contraint à accumuler et innover ou à disparaı̂tre.


L’accumulation de capital s’analyse comme la transformation de la plus-value en capital
constant et en capital variable. L’achat de capital constant se traduit par une augmentation de
la capacité de production supposée créatrice d’emplois, et par une augmentation de la produc-
tivité du travail supposée destructrice d’emplois. L’achat de capital variable se traduit par une
création d’emplois nouveaux.
L’accroissement du capital constant et du capital variable et l’accroissement de la producti-
vité du travail contribuent ensemble à la croissance économique. Dans l’hypothèse retenue par
Marx, la destruction d’emplois liée au progrès technique est plus importante que la création
d’emplois. C’est pourquoi, la croissance économique s’accompagne du chômage des travailleurs
qui constituent ≪ l’armée industrielle de réserve ≫.
L’accumulation de capital irait ainsi de pair avec l’accumulation de la misère.

La répartition des revenus et le taux de profit

Une première conséquence de la croissance économique est la hausse de la part des profits.
Elle s’explique par une baisse de la masse salariale imputable à une baisse des emplois et au
maintien de salaires constants à leur minimum de subsistance et par une hausse de la plus-value

26
absolue et relative imputable à la hausse de la quantité de capital à valoriser et à la hausse de
la productivité du travail.
Une seconde conséquence de la croissance économique est la baisse du taux de profit. Elle
s’explique par l’augmentation du capital total à valoriser et par la substitution de capital
constant au capital variable qui implique une hausse de la composition organique du capital.

27
Chapitre 4

La révolution marginaliste

L’École néoclassique naı̂t de la ≪ révolution marginaliste ≫ dans les années 1870. Elle
forme avec le keynésianisme l’essentiel de l’économie ≪ orthodoxe≫ qui domine l’enseignement
et la pratique universitaire de la discipline économique depuis le début du XX e siècle.
Le terme marginalisme vient du fait que cette école a été la première à utiliser l’utilité
marginale comme déterminant de la valeur des biens et le calcul différentiel comme instrument
principal de raisonnement. Elle se caractérise en particulier par une extrême mathématisation.
Cette école s’est constituée à partir des travaux de Stanley Jevons (1835-1882), Carl Menger
(1840-1921) et Léon Walras (1834-1910).
On peut distinguer trois écoles issues du marginalisme : l’École de Lausanne, avec Léon
Walras et Vilfredo Pareto ; l’École de Vienne, avec Carl Menger et l’École de Cambridge, avec
Wiliam Jevons. L’école autrichienne, d’abord assimilée à l’école néoclassique, a toujours soutenu
des positions très différentes de celles de Walras et Jevons et est maintenant considéré comme
hétérodoxe.
Plusieurs courants néoclassiques contemporains se réclament des néoclassiques : les Néo-
walrasiens (Kenneth Arrow, Gérard Debreu), l’École des choix publics (James M Buchanan,
Gordon Tulluck), les Nouveaux classiques(Robert Lucas Jr, Paul Romer), l’École de Chicago
(Frank Knight, Jacob Viner, George Stigler, Gary Becker) ou encore les monétaristes (Milton
Friedman).

4.1 Les principales écoles


4.1.1 Léon Walras et l’école de Lausanne
Léon Walras (1834-1910), économiste français, considéré par Joseph Schumpeter comme ≪ le
plus grand de tous les économistes ≫, a décrit l’équilibre de concurrence parfaite en équilibre
≪ général ≫. N’ayant pas trouvé sa place dans l’Université française, il sera nommé profes-

seur à la chaire d’économie politique de l’université de Lausanne et y enseignera de 1870 à


1892. À sa suite, l’école de Lausanne sera animée notamment par Vilfredo Pareto (1848-1923),
qui attachera son nom à la réflexion sur les conditions d’optimalité d’un équilibre général en

28
concurrence pure et parfaite.

4.1.2 Carl Menger et l’école autrichienne


Carl Menger est le fondateur de l’école autrichienne d’économie. Il est à proprement parler
l’initiateur de la théorie subjective de la valeur, selon laquelle la valeur des biens dépend, non
pas de caractéristiques objectives et intrinsèques des biens, mais de l’évaluation subjective que
les individus consommateurs peuvent faire de l’utilité de ces biens au regard de la quantité dont
ils disposent.
La tradition autrichienne, dans sa lignée, se caractérise par le refus du constructivisme
et de toute intervention de l’État, et la critique radicale de la microéconomie classique et
marxiste. Ses principaux représentants seront, d’abord Bawerk (1851-1914) et Friedrich von
Wieser (1851-1926), puis Ludwig von Mises (1881-1973) et Friedrich von Hayek (1899-1992,
prix Nobel d’économie en 1974). On peut citer aussi, un auteur un peu plus original dans cette
constellation, Joseph Aloı̈s Schumpeter (1883-1950)

4.1.3 William Jevons et l’école anglaise


William Stanley Jevons (1835-1882) élabore quant à lui, dans The Theory of Political Eco-
nomy (1871), une théorie marginaliste des prix, selon laquelle les rapports de prix sont propor-
tionnels au rapport des utilités marginales des biens. Francis Edgeworth (1845-1925), Alfred
Marshall (1842-1924, cf. fiche 22), puis Arthur Cécil Pigou (1877-1959) seront ses héritiers
dans le cadre de ce que l’on peut appeler l’école néoclassique anglaise, dont l’apport spécifique
concerne le développement de la théorie des prix en équilibre dit ≪ partiel ≫, la microéconomie
appliquée et l’économie publique.

4.2 Théorie de la valeur


4.2.1 Le concept d’utilité
Leur idée centrale, contraire à la conception classique, est que l’utilité d’un bien n’est pas
une grandeur absolue, mais qu’elle doit être évaluée au regard de la quantité consommée ; le
calcul économique de l’agent porte donc sur l’utilité marginale du bien, c’est-à-dire celle de la
dernière unité consommée. Ainsi l’utilité marginale d’un bien est le supplément d’utilité attendu
(à la marge) de l’acquisition (dans l’échange) d’une unité supplémentaire de ce bien.
Si U (x) est l’utilité totale fournie par l’acquisition de x unités du bien X, l’utilité marginale

est calculée comme la dérivée de cette fonction : Um (x) = dU/dx = Ux . On suppose alors que
l’utilité marginale est toujours positive (≪ plus est mieux ≫) et décroissante (loi de satiété) :
dU/dx > 0, d2 U/dx2 < 0.
Finalement, de cette loi psychologique de décroissance de l’utilité marginale sont déduites
quatre conséquences. D’abord, l’agent économique rationnel n’accepte de consommer davantage
d’un bien (ce qui en fait diminuer l’utilité marginale) que si son prix baisse : la demande

29
d’un bien est décroissante en fonction de son prix. Ensuite, il maximise l’utilité de sa
consommation totale lorsque les prix relatifs des différents biens sont proportionnels à
leurs utilités marginales respectives. Puisque celles-ci dépendent des quantités disponibles,
les prix des biens sont des indicateurs de leur rareté. Enfin, si ces quantités sont données,
les prix des biens sont indépendants de leur coût de production : la théorie classique
de la valeur est ainsi démentie.

4.2.2 Le prix naturel


Les seuls prix sont donc ceux qui vont révéler, sur le marché, les utilités marginales perçues
par les contractants : la valeur est subjective et le prix de marché en est la seule
expression objective (la valeur ne dépendant pas des conditions objectives de la production
d’un bien, seul le marché révèle un prix). Le prix ≪ naturel ≫, celui devant s’imposer, est donc le
prix ≪ d’équilibre ≫ du marché. Il se dégage ≪ spontanément ≫ pour peu qu’on laisse fonctionner
le marché librement.

4.3 Nouveau paradigme


4.3.1 L’analyse de l’équilibre de marché
Dès 1877, Walras avait en fait unifié la détermination des prix et des quantités dans la loi
de l’offre et de la demande, mais son formalisme mathématique retarda la reconnaissance de
son approche d’équilibre général jusque dans les années 1930. C’est dans ce cadre d’analyse que
se présente aujourd’hui le marginalisme, qui domine la science économique.
Dans sa théorie d’équilibre général, Walras traite chaque phénomène économique de
façon homogène en analysant en termes de marché concurrentiel où règne la loi de l’offre
et de la demande. Il étudie systématiquement l’interdépendance entre tous les marchés ;
l’économie dans son ensemble est représentée en situation d’équilibre général ; chaque agent
est supposé en équilibre, ainsi que chaque marché, toutes les inter- relations (entre agents,
entre marchés) étant explicitement prises en compte. démontre non seulement les conditions
de l’existence d’un équilibre général, mais aussi celles de sa stabilité, c’est-à-dire les règles de
fonctionnement susceptibles de conduire une économie à l’équilibre (à travers un ≪ tâtonnement
≫).

4.3.2 L’individualisme méthodologique


Le marginalisme fonde une théorie ≪ néo ≫-classique au travers de l’affirmation d’une vision
relevant de ce que l’on qualifie d’individualisme méthodologique : rien ne dépasse les individus
et il n’y a pas d’acteurs collectifs. Il n’y a pas de référence, en particulier, aux classes sociales.
Il n’y a que des individus, tous identiques et marchands. Ces individus sont confrontés à une
rareté fondamentale à laquelle ils font face de manière rationnelle : ils se définissent donc par

30
leur capacité à percevoir les opportunités et à choisir, de manière à maximiser l’objectif qu’ils
se fixent. Ce sont donc des calculateurs rationnels.
Au total cette ≪ nouvelle microéconomie ≫ fournit un fondement alternatif à la macro-
économie classique. Comme les auteurs classiques, les auteurs ≪ néoclassiques ≫ adhéreront
à la double idée que 1) la monnaie est neutre, 2) que la croissance ne peut buter que sur des
contraintes d’offre (loi de Say), exprimant la difficulté de repousser les limites de la rareté. Dans
ce cadre, les crises sont des ≪ moments ≫ nécessaires du cycle économique (cf. notamment les
travaux de Clément Juglar ).

31
Chapitre 5

Le keynésianisme

John Maynard Keynes (1883 - 1946) est un célèbre économiste britannique considéré
comme le père de la macroéconomie moderne. Ses ouvrages principaux sont : Essai sur la
réforme monétaire (1923) ; Traité sur la monnaie (1930) ; Théorie générale de l’emploi, de
l’intérêt et de la monnaie (1936).
La crise de 1929 met en exergue la portée limitée des enseignements de la théorie néoclassique :
ce courant ne peut en effet appréhender et analyser l’existence dans les années 1930 d’un
phénomène de chômage massif. Les théoriciens orthodoxes ne peuvent expliquer que la présence
d’un chômage volontaire (au taux de salaire fixé par le marché du travail, certains agents
économiques ne préfèrent pas travailler). John Maynard Keynes développe au contraire une
≪ théorie générale ≫ car elle rend compte non seulement des situations d’équilibre de sous-

emploi, mais aussi de plein emploi de toutes les forces de travail et de capital, alors que l’exis-
tence d’au moins un équilibre général est l’unique résultat démontré par la théorie néoclassique
(encore aujourd’hui).
Son approche théorique est considérée comme la première théorie macroéconomique, qui
remet en question plusieurs des principes néoclassiques : la monnaie n’est pas un voile des
échanges, le montant de l’épargne n’est pas déterminé sur le marché des capitaux,
la détermination du taux d’intérêt est monétaire et non réelle.
Keynes montre qu’une économie de marché parvient le plus souvent à un ≪ équilibre de sous-
emploi ≫ durable des forces de travail et de capital. Il rompt ainsi avec l’analyse néoclassique qui
analysait le chômage comme ≪frictionnel ≫ ou ≪volontaire ≫, afin de montrer que l’économie
peut durablement souffrir d’un chômage de masse que les mécanismes du marché seuls ne
peuvent résoudre. Ainsi Keynes décrit une dynamique qui empêche toute reprise spontanée de
l’économie. Une offre excédentaire initiale provoque des licenciements. Keynes nie de la sorte
qu’il occupera un ajustement par les salaires permettant en retour selon les néoclassiques un
réajustement des profits et un retour de l’investissement, de la croissance et enfin de l’emploi.
La montée du chômage signifie au contraire la disparition des débouchés. Et cette baisse de la
demanda effective provoque le scepticisme des entrepreneurs qui n’investissent plus induisant
une aggravation de la crise. Il importe de ne pas oublier une autre partie de l’analyse : les taux
d’intérêt monétaire déterminent principalement le niveau de l’activité économique (chapitre 17

32
de la théorie Générale).
Pour sortir de cette situation non optimale, il est essentiel de stimuler la demande (de-
mande effective), ce qui permettra de redonner confiance aux investisseurs. Pour ce faire,
l’État dispose de plusieurs moyens. lI peut tout d’abord redistribuer les revenus des plus riches
(qui ont une plus forte propension à épargner) aux plus pauvres (qui eux ont une forte propen-
sion à consommer). L’État peut aussi stimuler la création monétaire via une baisse des taux
d’intérêt qui encouragera les gens à emprunter pour consommer et surtout rendra rentable des
projets d’investissement dont l’Efficacité Marginale du Capital était inférieure au niveau du
taux d’intérêt monétaire.
Enfin l’État peut accroı̂tre ses dépenses publiques induisant une augmentation de la de-
mande globale en lançant des programmes de grands travaux par exemple. Pour ce faire, il peut
même recourir au déficit budgétaire dont il peut espérer qu’il sera à moyen terme comblé par
la reprise économique. Le financement de cette politique interventionniste s’opère soit par des
prélèvements obligatoires supplémentaires, soit une émission de titres sur les marchés des capi-
taux. Les méthodes de Keynes qui s’appuient sur l’étude des agrégats économiques (entreprises,
ménages, État...) et se distinguent de l’étude néoclassique des comportements individualistes,
fondent la macroéconomie.

33
Chapitre 6

les autres courants contemporains

6.1 Les néo-keynésiens


Le courant néo-keynésien (appelé aussi ≪ équilibres à prix fixes ≫ ou ≪ école du déséquilibre
≫) est une synthèse des théories keynésiennes et néoclassiques. Les économistes de cette école

s’intéressent aux fondements microéconomiques de la macroéconomie. Sur certains points, tel


la rationalité, les néokeynésiens sont plus proches des conceptions de Friedman que de celles de
Keynes. Mais ils conservent le caractère non volontaire du chômage en intégrant les systèmes de
marché des néoclassiques auxquels ils ajoutent des imperfections du marché du travail comme
cause de non-réalisation du plein emploi (asymétrie d’information. aléa moral, Théorie des
insiders-outsiders...). Ce courant a été initié par John Hicks dans les années 1930, qui a présenté
un modèle succinct de la Théorie générale en termes néoclassiques, le modèle IS/LM. Ses
représentants comportent : Franco Modigliani, Paul Samuelson, Robert Mundell, Robert Solow
ou encore Edmond Malinvaud en France.
Il convient de ne pas confondre ce courant avec celui des nouveaux keynésiens et les post-
keynésiens.

6.2 Les monétaristes


Au début des années 1960, plusieurs économistes menés par Milton Friedman (chef de file de
l’école de Chicago) tentent de relancer la théorie quantitative de la monnaie mise à mal par les
analyses keynésiennes. Étudiant le cas américain M. Friedman et Anna Schwartz, (Une histoire
monétaire des États- Unis) il remarque que toute évolution brutale de la masse monétaire (aussi
bien son augmentation préconisée par les keynésiens dans le cadre des politiques intervention-
nistes, que sa diminution dans le cadre de politique de rigueur) est synonyme de déséquilibres
économiques. Renouant avec la théorie quantitative de la monnaie, ils recommandent une po-
litique monétaire restrictive où l’émission de monnaie serait limitée à une proportion fixe de
la croissance du PIB, assurant une expansion parallèle à celle de l’activité. Les monétaristes
prônent également la mise en place d’un change flottant permettant le rééquilibrage auto-
matique de la balance extérieure. Ces conclusions remettent en cause la base des politiques

34
keynésiennes et suscitent de nombreux débats.

6.3 L’école des choix publics


La théorie des choix publics s’est imposée comme une discipline de l’économie qui décrit
le rôle de l’État et le comportement des électeurs, hommes politiques et fonctionnaires. Elle
entend ainsi appliquer la théorie économique à la science politique. Le texte fondateur de ce
courant est The Calculus of Consent publié en 1962 par James M. Buchanan (≪ Prix Nobel
≫ d’économie 1986) et Gordon Tullock.

La politique y est expliquée à l’aide des outils développés par la microéconomie. Les hommes
politiques et fonctionnaires se conduisent comme le feraient les consommateurs et producteurs
de la théorie économique, dans un contexte institutionnel différent : entre autres différences,
l’argent en cause n’est généralement pas le leur (Cf. le problème principal-agent). La motivation
du personnel politique est de maximiser son propre intérêt, ce qui inclut l’intérêt collectif (du
moins, tel qu’ils peuvent le concevoir), mais pas seulement. Ainsi, les hommes politiques sou-
haitent maximiser leurs chances d’être élus ou réélus, et les fonctionnaires souhaitent maximiser
leur utilité (revenu, pouvoir, etc.).

6.4 Théorie du capital humain


La théorie du capital humain est une théorie/concept économique introduit par Theodore W.
Schultz, puis précisé par Gary Becker dans Human Capital (1964) visant à rendre compte des
conséquences économiques de l’accumulation de connaissances et d’aptitudes par un individu ou
une société. Il comprend donc non seulement le savoir, l’expérience et les talents (capital-savoir),
mais aussi sa santé physique ou sa résistance aux maladies.

6.5 Nouvelle économie classique


La Nouvelle économie classique ou Nouvelle macroéconomie classique est un courant de
pensée économique qui s’est développé à partir des années 1970. Elle rejette le keynésianisme
et se fonde entièrement sur des principes néoclassiques. Sa particularité est de reposer sur
des fondations micro économiques rigoureuses, et de déduire des modèles macroéconomiques à
partir des actions des agents eux-mêmes modélisés par la micro-économie.
Les nouveaux classiques comprennent Robert Lucas Jr, Finn E. Kydland, Edward C. Pres-
cott, Robert Barro, Neil Wallace, Thomas Sargent.

6.6 Nouvelle économie keynésienne


École de pensée économique se réclamant de la pensée kevnésienne pour quelques idées
seulement et s’opposant à l’intervention trop rigoureuse de l’État chaque fois que le marché est

35
incapable d’assurer une situation efficace.
Cette nouvelle école n’est pas un courant de pensée unifié, mais ses principaux participants,
George Akerlof, Joseph Eugene Stiglitz, Gregory Mankiw, Stanley Fischer, Bruce Greenwald,
Janet Yellen et Paul Romer, sont d’accord sur deux points fondamentaux : la monnaie n’est
pas neutre et les imperfections des marchés expliquent les fluctuations économiques.

36
Deuxième partie

Histoire des Faits Économiques (HFE)

37
Introduction générale

L’Histoire des Faits Economiques (H.F.E.) fait généralement apparaı̂tre deux grandes périodes :
celle d’avant la grande Révolution Industrielle (RI) du 18° siècle (H.F.E. Anciens) et celle allant
de cette RI à nos jours (H.F.E. Contemporains). Ainsi dans l’espace temporel, l’Histoire des
Faits Economiques Anciens (HFEA : de -n années au milieu du 18° siècle à la veille de la RI)
et l’Histoire des Faits Economiques Contemporains (HFEC : de la RI à nos jours).
C’est la période de H.F.E.C. qui particulièrement fait l’objet de ce cours. Cette période
démarre avec la RI qui prend naissance en Grande Bretagne dès la seconde moitié du 18° siècle
et qui va désormais définir et orienter le destin des différentes nations du monde à travers des
progrès ou des échecs dans le développement industriel. En effet, celui-ci connaı̂tra un rythme,
voire une physionomie différents selon les pays. Les plus grands résultats économiques seront
réalisés là où notamment les libertés et les propriétés individuelles sont les mieux assurées.
L’avènement du développement industriel et ses différentes étapes ont accentué la Division In-
ternationale du Travail (DIT) et accru les relations économiques entre les nations. Ces dernières
tiennent essentiellement, d’une part, à l’amélioration du Système Monétaire International (SMI)
et, d’autre part, à une réorganisation plus efficace de la coopération économique internationale.

38
Chapitre 7

L’économie préindustrielle et les


prémices de la RI

L’expression ≪Economie préindustrielle≫ s’applique généralement aux systèmes de produc-


tion et d’échange allant des révolutions techniques du 11e – 13e siècle à la 1ere Révolution
Industrielle (2e moitié du 18e – 19e s.). C’est donc une longue période qui couvre une partie du
Moyen-Âge, l’époque moderne et le début de l’époque contemporaine.

7.1 L’économie préindustrielle


Si la longue période de l’économie préindustrielle se traduit plus ou moins par des accumula-
tions d’inventions techniques et de nouvelles méthodes de production, elle n’a pas pour autant
débouché sur ce qu’il convient de qualifier de ”Révolution industrielle” donnant la primauté
au secteur secondaire. En effet, de la fin du Moyen Âge au 16e siècle, la société est largement
féodale et presque exclusivement agricole.
Deux principaux traits caractérisent fondamentalement l’économie préindustrielle : la précarité
et la protohistoire.

7.1.1 La précarité du contexte de l’économie préindustrielle


L’économie préindustrielle est fragile en raison de la faiblesse des rendements agricoles, les
subsistances sont suspendues aux caprices de la nature qui alternent sans régularité les années
d’abondance aux années de pénurie. En période de croissance démographique, la surcharge de
population est un facteur limitant qui peut aggraver le poids des crises : famines (situation
de sous-nutrition due à la faim) et/ou disettes (situation de malnutrition due l’insuffisance de
vitamines nécessaires dans l’alimentation).
Les mécanismes des crises de l’économie préindustrielles sont :

1. Crise financière : les mauvaises récoltes (climats, guerres) ⇒ offre agricole < demande
⇒ hausse des prix
2. Crise de subsistance : revenus des ménages insuffisants ⇒ disettes et/ou famines

39
3. Crise démographique : clocher de surmortalité (mortalité > natalité)
4. Crise artisanale et industrielle : offre artisanal et industrielle > demande ⇒ baisse
des prix artisanaux et industriels

7.1.2 L’existence d’une protohistoire


Malgré sa très grande fragilité, l’économie préindustrielle connaı̂t des formes spécifiques
”industrielles” même si les activités de transformation restent encore minoritaires : c’est la
protohistoire dont le mécanisme tient à 4 principales conditions :
• Il s’agit d’une ”industrie” rurale réalisée dans un cadre domestique qui fournit aux
populations paysannes des ressources supplémentaires pour assurer leur subsistance.
• Il existe une complémentarité entre la protohistoire et la structure agricole car l’activité
”industrielle” est saisonnière et s’intercale entre les travaux des champs des paysans.
• Les relations entre les villes et les campagnes restent étroites car le travail est com-
mandé par les urbains (marchands, seigneurs) aux paysans ruraux : les dernières phases
d’élaboration des produits sont souvent faites en ville par des artisans plus spécialisés.
• Contrairement à l’artisanat traditionnel, la production finale est destinée à un marché
extra-régional et même parfois extra-national.

7.2 Le capitalisme libéral du 17e – début 18e s : les prémices


de la Révolution Industrielle
Avant d’examiner les prémices, c’est à dire les conditions préalables de la Révolution indus-
trielle qui va démarrer en Grande Bretagne dans la 2e moitié du 18e s, il convient de préciser les
caractéristiques fondamentales du système qui va en être la base : le système capitaliste libéral.

7.2.1 Définitions et caractéristiques fondamentales du capitalisme


libéral.
Principales appréciations controversées du capitalisme

La définition libérale de l’Académie française : Selon l’Académie française, le capi-


talisme se définit entièrement par la propriété privée des moyens de production. Un régime
capitaliste existe dès lors que les individus ont le droit de posséder et de disposer librement
des biens de production et des fruits de leurs utilisations. Ce qui implique notamment qu’ils
puissent les échanger librement avec d’autres agents, et cela dans une économie de marché,
et qu’ils puissent déterminer librement leurs arbitrages entre les différentes finalités qui leur
sont offertes dans l’utilisation de ces moyens. Sont aussi pris en compte le souci de servir les
consommateurs, de réaliser la rémunération des collaborateurs, de rechercher le profit et l’ac-
cumulation du capital. Dans cette conception, le capitalisme est un mode d’organisation de la
société qui ne préjuge pas du comportement des acteurs. La recherche du profit monétaire et

40
l’accumulation de capital ne sont que des options offertes au libre choix des propriétaires de
capital, et ne constituent pas des caractéristiques du régime capitaliste lui-même.
La définition marxiste du capitalisme : A la conception libérale du capitalisme, s’oppose
une définition d’inspiration marxiste selon laquelle le capitalisme est d’abord pour la recherche
du profit et l’accumulation du capital. Le fait que les travailleurs ne sont pas propriétaires de
leurs outils, mais seulement de leur force de travail, constitue le salariat. Dans cette conception,
le capitalisme désigne principalement un mode de comportement de certains acteurs. Dans
l’usage commun, le marxisme tend à considérer le capitalisme comme un mode d’exploitation
de la force de travail des travailleurs (bas niveaux de salaires) au profit la maximisation des
bénéfices des propriétaires du capital.

Les caractéristiques fondamentales du capitalisme libéral

Fondamentalement, le capitalisme libéral est à la fois un esprit, une mentalité et un mode


spécifique de production. En effet :
— Le capitalisme libéral est un système économique marqué par al reconnaissance de plu-
sieurs droits dans un régime de Rule of Law : parmi les droits individuels, le respect du
droit de propriété est primordial (le droit de propriété est le plus basique de tous les
autres droits).
— La liberté contractuelle s’impose comme un fondement majeur, avec l’assurance de la
mise en œuvre du contrat par le système judiciaire en cas de manquement.
— Enfin, la liberté des prix est fortement mise en avant comme fondement essentiel (dans
le système capitaliste, les prix sont des moyens de coordination des actions individuelles
des agents économiques. C’est pourquoi le système de prix libres est une des principales
conditions caractéristiques d’une économie libérale).

7.2.2 Les grands changements en Grande-Bretagne avant la Révolution


Industrielle
C’est en Grande Bretagne (GB) et précisément en Angleterre qu’au 17e s. apparaissent
les prémices de la grande Révolution Industrielle (RI) qui va bouleverser toutes les structures
économiques et sociales des pays qui vont l’expérimenter. Ces prémices se traduisent d’abord
par d’importants changements de mentalités vis-à-vis du travail, d’importantes reformes insti-
tutionnelles et ensuite par des améliorations des techniques de production.

La nouvelle mentalité vis-à-vis du travail

Partout en Occident, jusqu’à la fin du Moyen-Age (15e s), la notion du travail se confondait
avec celle de la contemplation : la philosophie du repos et la théologie étaient exaltées et la
pénibilité du travail physique était dénoncée.
Ce n’est qu’avec la période de la Renaissance que l’état d’esprit va profondément changer.
En effet, à partir du 16e s notamment en GB, le travail prend une nouvelle valeur. il n’est plus

41
vu comme une fin en soi, mais comme un moyen de s’enrichir. Le travail est alors vu comme
un effort calculé soumis au contrôle de la raison réfléchie et ayant pour but le gain. Dès lors,
le travail se définit désormais comme l’action journalière à laquelle l’homme est condamné par
ses besoins et à laquelle il doit sa santé, sa sécurité, son bon sens et sa vertu.
Cette nouvelle attitude envers le travail va avoir d’importantes conséquences sociales, no-
tamment dans les pays protestants comme la Grande Bretagne. C’est, par exemple, l’abandon
de l’attitude du catholicisme vis-à-vis du pauvre et du mendiant. Désormais, dans ces pays, on
considère que ≪ si on est pauvre, c’est qu’on n’est pas aimé de Dieu ≫ ; l’aumône est alors vue
comme une insulte à Dieu, à la fois par celui qui la donne et par celui qui la reçoit. Par contre,
l’entrepreneur qui s’enrichit et donne du travail à d’autres hommes est sensé être béni de Dieu
et donc considéré comme le travailleur modèle.

Les grandes reformes institutionnelles en GB

Au 17e s l’Angleterre connaı̂t de sérieuses convulsions politico-religieuses, mais qui n’arrêtent


pas son dynamisme économique et commercial. En 1689, elle finit par mettre en place un consen-
sus religieux et une monarchie tempérée où le Parlement a l’essentiel des pouvoirs. Des institu-
tions démocratiques sans équivalent en Europe sont ainsi mises en place. Celles-ci établissent
une sorte de contrat social favorable à la croissance économique, tandis que le mercantilisme
commercial britannique axé sur le développement de la flotte navale (The Royal Navy) permet
au pays de rattraper, à la fin du 16e s. son retard sur les autres grandes puissances. Ces grands
changements institutionnels se traduiront aussi par la reconnaissance des inventions techniques
et la délivrance de brevets d’inventions aux inventeurs.

Les améliorations successives et cumulées des techniques

Entre la période de la Renaissance et la RI, il n’y a pas d’évolutions brutales des techniques
de production, mais il y a des changements continus par améliorations successives et cumulées.
Dans la sidérurgie, l’industrie minière, les textiles, divers progrès préparent l’accélération du 18e
s. C’est la période où la science moderne apparaı̂t, basée sur le principe de l’expérimentation
et d’universalité des lois. L’astronomie connaı̂t les avancées les plus extraordinaires, mais les
développements des mathématiques, de la chimie et de la physique préparent aussi un monde
où le progrès des connaissances permet de faire avancer la production et le niveau de vie.

42
Chapitre 8

L’industrialisation des économies


capitalistes

Le décollage des économies capitalistes prend naissance dans l’avènement de la Révolution


Industrielle (RI). Celle-ci fut un mécanisme complexe dont les causes ne sont pas toujours faciles
à repérer. Toutefois il est indiscutable que le capitalisme contemporain est né avec la société
industrielle à la suite d’une révolution des techniques de production qui a permis d’accumuler
un capital de plus en plus important. Né en Angleterre dans la 2e moitié du 18e siècle, le
capitalisme industriel va s’étendre rapidement aux autres grandes puissances de l’époque.
Cependant, sur le plan social, les fortes croissances des puissances capitalistes vont se faire
au détriment des conditions de vie et de travail des ouvriers, aboutissant ainsi à une lutte des
classes et à la naissance du syndicalisme ouvrier.

8.1 Naissance et physionomie de la Révolution Indus-


trielle en Angleterre
Berceau de la civilisation industrielle capitaliste, l’Angleterre offre un champ privilégié d’ob-
servations de l’avènement du décollage des économies capitalistes contemporaines. La naissance
de la RI en Angleterre se situe entre 1780 et 1800 et atteint la pleine maturité en 1840-1860.

8.1.1 Les causes fondamentales de la RI en Angleterre


Elles se situent à plusieurs niveaux, mais qui peuvent être regroupés en quatre principaux :
les inventions techniques et les délivrances de brevets d’inventions, la révolution agricole, la
modification du secteur du transport et la croissance démographique.

Brevets d’inventions et nouvelles inventions techniques en GB

Un peu partout en Europe occidentale, les 16e, 17e et 18e .s ont été marqués par d’im-
portantes découvertes techniques et technologiques qui n’ont pas pour autant abouti à une

43
révolution des processus de production par manque de cadres juridique et judiciaire aptes à
protéger et à promouvoir les inventions des inventeurs...
Ce laxisme juridique sera corrigé en GB par des délivrances légales de brevets d’inventions
aux inventeurs.

1. Chronologie des premières inventions techniques à effets déterminants pour


la RI
Au 16e et surtout au 18e s., en Grande Bretagne, les premiers grands inventeurs de
machines qui ont été déterminantes dans la mise en place de la révolution des processus
de production ont été :
1696 : Thomas Savery invente la ”Pompe à vapeur” qui sera améliorée en 1769 par
James Watt : c’est le début symbolique de la Révolution Industrielle.
1709 : Abraham Darby découvre la fabrication de la fonte au coke.
1727 : Multiplication des actes d’enclosures.
1733 : Navette volante de John Kay pour le métier à tisser.
1765 : Mise au point de la spinning-jenny (métier à filer le coton)par Hargreaves.
1768 : Arkwright met au point le waterframe (jenny +force hydraulique).
1776 : James Watt achève la construction des deux premières machines à vapeur en
collaboration avec Matthew Boulton.
1784 : Invention du puddlage (obtention de l’acier par décarburation de la fonte) par
Henry Cort.
1785 : Métier à filer de Cartwright (jenny +machine à vapeur).
1785 : Mise au point du blanchiment par le chlore (Berthollet).
2. Les brevets d’inventions en faveur des inventeurs en GB
Les grands changements institutionnels effectués en GB au 17e s. se sont aussi traduits,
dans le domaine technique, par des délivrances des brevets d’invention et de licences
d’inventions et/ou d’exploitation aux auteurs d’inventions et/ou aux investisseurs. Ces
titres de propriété délivrés par des services légaux de l’Etat britannique, garantissaient
aux inventeurs de nouvelles machines des droits exclusifs et inaliénables sur leurs inven-
tions. Cette nouvelle disposition juridique a eu pour conséquences la multiplication des
inventions de nouvelles machines, facteurs de nouveaux processus de production et de
rentabilités extrêmement élevées.

La révolution agricole

Il n’y aurait pas eu de révolution industrielle en Angleterre, s’il n’y avait pas eu auparavant
une révolution agraire.

1. Les caractéristiques de la révolution agricole en Grande Bretagne


Sur le plan juridique, la révolution agricole en Grande Bretagne s’est essentiellement
traduite d’abord par une profonde réforme des droits sur la propriété foncière qui a

44
eu pour effet direct une réelle transformation des techniques agricoles. La réforme des
droits fonciers a consisté à définir de façon claire et précise la propriété individuelle,
publique ou privée sur les parcelles de terre. Jusque-là, à travers le système d’”open-
fields ” qui prévalait, les propriétés foncières étaient juxtaposées, enchevêtrées les unes
dans les autres. Leurs rendements étaient médiocres.
Dès le début du 18e siècle, en 1727, l’Angleterre rompt avec ses anciens systèmes d’
”open fields” par une délimitation précise des propriétés foncières. Les droits fonciers
devenus désormais privés exclusifs, inaliénables et librement transférables par les lois sur
les clôtures (”Enclosure Acts”). Les enclosures s’accélèrent et eurent pour conséquences
majeures la stimulation des initiatives privées, l’accroissement des rendements et d’im-
portants progrès dans les techniques de production agricole et de transformation des
produits. Entre 1730 et 1800 la productivité de l’agriculture augmenta de 98%. Toute-
fois les petits paysans (”Yomen”) et les paysans non propriétaires (”Cottagers”), du fait
du manque de moyens de clôturer leurs parcelles de terre, ont dû être obligés de vendre
celles-ci et se transformer en ouvriers dans les grandes exploitations agricoles ou dans
les fabriques.
Sur le plan des produits, la révolution agraire britannique s’est surtout caractérisée
par : de meilleures semences, la culture de nouveaux légumes et de plantes à fourrage
(rotations culturales), l’importance croissante de l’élevage, l’utilisation accrue du fumier
et d’autres engrais, l’amélioration des sols par le marnage et enfin l’introduction d’outils
et de machines plus efficaces.
2. Les apports de la révolution agricole à l’industrie
Les apports de la révolution agricole à l’industrie ont été déterminants pour le développement
de cette dernière surtout avec l’augmentation des revenus agricole, comme ce fut le cas.
Ces apports agricoles sont nombreux et divers, mais peuvent être identifiés en six prin-
cipaux points :
— L’agriculture dégage un surplus croissant pour alimenter les nouveaux travailleurs
industriels et toutes les activités urbaines.
— L’agriculture relâche de la main d’œuvre nécessaire à l’industrie ; autrement dit, la
clé de l’industrialisation réside dans l’augmentation des rendements (hausse de la
production) et de la productivité agricoles.
— L’agriculture fournit les produits et matières premières qui seront transformés par les
usines, brasseries, meuneries, fabriques des textiles, des peaux, etc, : c’est l’industrie
agro-alimentaire.
— L’agriculture fournit des marchés croissants pour les produits manufacturés (outils
en fer, clôtures, machines agricoles, biens de consommations courantes,...).
— L’agriculture dégage une épargne qui peut être investie dans l’industrie (les surplus
de revenus agricoles déposés dans les institutions financières peuvent être prêtés à
des entrepreneurs industriels).
— Enfin, par ses exportations, l’agriculture peut fournir de l’or et/ou des devises qui

45
permettent d’importer des matières premières (cotons, minerais,.) nécessaires à l’in-
dustrialisation ou encore des biens d’équipement.

La modernisation du secteur des transports

Le développement des moyens de transport fut aussi spectaculaire. S’inspirant des travaux
réalisés en France, l’Angleterre refait systématiquement ses routes terrestres et fluviales dans la
seconde moitié du 18e siècle (système de péage, pont, chaussée. pavé..). En outre, la construction
de canaux de navigation a permis une réduction importante des coûts de transport notamment
ceux du charbon destiné aux hauts fourneaux.

La croissance démographique

L’importante augmentation de la population que connaı̂t l’Angleterre dans le milieu du 18e


siècle a été le résultat d’un double événement : la baisse du taux de mortalité et la hausse du
taux de natalité.
Si l’on élimine les causes médicales, ce sont alors les facteurs économiques qui donnent
l’explication de la croissance démographique en GB : la hausse du taux de natalité conjuguée
avec la baisse du taux de mortalité ont été des conséquences de la croissance de la production
alimentaire consécutive à la révolution agraire. La pression démographique devait devenir à son
tour une nouvelle force dans les structures des sociétés industrielles.

8.1.2 La physionomie de la RI en Angleterre


Elle peut s’apprécier aussi bien globalement que par secteur.

Du point de vue globale

Parler de R.I. évoque immédiatement les inventions techniques qui ont permis de passer du
stade artisanal au stade de l’industrie moderne. Les outils manuels ont été peu à peu remplacés
par les machines grâce au perfectionnement technique et à l’utilisation de la vapeur comme
source d’énergie.
Cet ensemble de découvertes a transformé le rapport entre le facteur travail et le facteur
capital. L’accumulation du capital est devenue possible grâce aux inventions avec lesquelles l’ère
du capitalisme s’est mise en place. Les structures sociales, les conditions de vie et de travail en
ont été totalement bouleversées.

Du point de vue sectorielle

Ce sont les secteurs textile et métallurgique qui rendent le mieux compte de la RI en


Angleterre.

1. Dans le secteur textile

46
Le développement des machines à filer et à tisser a accéléré la disparition des filatures
et tissages domestiques : les petits artisans furent obligés de se faire employer dans les
fabriques industrielles.
Dans ce secteur textile, le capitalisme commercial était devenu industriel avec la concen-
tration des capitaux financiers et des moyens de production. Parti de l’industrie du
coton, le progrès s’étendit peu à peu à l’ensemble de l’industrie textile et notamment à
la laine.
2. Le secteur métallurgique
Sous la pression du développement du secteur de la métallurgie, l’exploitation des forêts
pour du charbon s’est intensifiée. L’utilisation de la vapeur comme source d’énergie a
permis la construction de machines en fer de plus en plus grandes et puissantes (chemins
de fer, hauts fourneaux,...) et a créé un effet d’entraı̂nement sur l’ensemble du secteur
métallurgique et sidérurgique.

8.2 L’industrialisation dans les autres pays capitalistes


La RI née en Angleterre dans la seconde moitié du 18e siècle (1780-1800), va influencer
profondément les structures économiques et sociales des autres pays capitalistes. Toutefois,
deux types de remarques sont d’abord à faire :
— Contrairement au cas anglais, partout ailleurs, il convient de parler d’industrialisation
(et non de ”révolution industrielle”, vu qu’il n’y aura pas véritablement de révolution
c-à-d de bouleversement brutal et spectaculaire des processus de production, mais des
transformations plus ou moins douces des processus de production et de distribution ;
— Le développement industriel n’a pas toujours présenté partout les mêmes causes et les
mêmes physionomies : la France, les Etats Unis et le Japon présentent chacun des
spécificités nationales propres.

8.2.1 Industrialisation et croissance de l’économie française


Les principales causes

L’industrialisation de l’économie française, comme celle de tous les autres grands pays ca-
pitalistes du 18e – 19e siècle, a accusé un retard sur celle de l’Angleterre.
En France, li faut attendre le milieu du 19e siècle pour parler véritablement d’industrialisa-
tion et qui connaı̂tra sa pleine maturité entre 1900 et 1920.
Ce fut une lente transformation des techniques de production. L’économie française s’est
en effet transformée graduellement par un déplacement de son centre de gravité (de l’agri-
culture vers l’industrie) et par une lente évolution des méthodes d’organisation industrielle.
Cette lenteur par rapport au cas Anglais est essentiellement due, d’une part, à la délimitation
relativement tardive des droits de propriété sur les biens et, d’autre part, à une croissance
démographique faible.

47
La physionomie de l’industrialisation française

Comme en Angleterre, l’industrialisation française s’est caractérisée par des transformations


de l’agriculture, des inventions techniques, des innovations des secteurs moteurs et des trans-
ports. Et comme en Angleterre, les secteurs textiles et métallurgiques ont été les deux premières
industries motrices dans le passage lent de l’économie française de son état artisanal à un état
industriel. Ces deux secteurs ont été considérablement influencés par les techniques importées
d’Angleterre. En effet, l’Etat français a dû faire recours aux compétences de sidérurgistes An-
glais pour installer des entreprises métallurgiques dans le pays.

8.2.2 Industrialisation des Etats-Unis d’Amérique


Elle se situe entre 1820 et 1840 et connaı̂t la pleine maturité vers 1910.

Causes fondamentales de l’industrialisation des USA

Elles sont certes diverses, mais tiennent essentiellement à certains facteurs spécifiques à ce
pays qui peuvent être regroupés en deux principaux : les dispositions naturelles et la croissance
démographique fulgurante de ce pays.
1. Les immenses disponibilités naturelles
Les USA sont un vaste territoire de 9629047 km2, s’étirant sur 4817 km d’Est en
Ouest et sur 2 572 km du Nord au Sud : les Etats-Unis constituent un ≪ Etat- conti-
nent≫ présentant une vaste variété de climats et de paysages propices à toute sorte
d’entreprise. En cette période de fin 18e – début 19e siècle de diffusion de l’industrie,
les Etats-Unis étaient encore un pays neuf doté de ressources quasi illimitées et d’une
population de colons et d’immigrants sans cesse croissante.
2. La croissance démographique fulgurante
Le melting-pot des races a eu pour conséquence un accroissement très rapide de la
population qui atteint aujourd’hui plus de 280 millions d’habitants.
Cet important accroissement démographique a constitué une main-d’œuvre abondante
pour l’exploitation des ressources naturelles immenses existant sur ce vaste territoire.
Ainsi donc, les Etats-Unis d’Amérique étaient naturellement un pays prêt à toutes les
entreprises susceptibles d’améliorer les techniques de production.

Physionomie de la naissance de l’industrialisation des USA

Les colons créèrent de petits tissus industriels de plus en plus performants (textiles, manu-
factures, ..) malgré la concurrence anglaise appuyée par un système bancaire spécialisé dans le
financement du commerce international. L’orientation de l’activité industrielle allait dans deux
directions : d’une part, la transformation des produits agricoles et autres matières premières
dans le Nord-Ouest et, d’autre part, le développement des industries légères dans l’Est. L’in-
dustrie textile et le chemin de fer ont joué un rôle moteur dans le développement économique

48
de ce pays. Vers la fin du 19e siècle, le développement économique des Etats-Unis était déjà
très avancé. La croissance s’est effectuée en entraı̂nant des modifications structurelles dans la
composition de la production : la part relative de l’agriculture baissa de 72% en 1840 à 3% en
1900, tandis que la part de l’industrie de transformation s’éleva de 17% à 53% au cours de la
même période. Cette tendance a continué jusqu’à nos jours. L’expérience américaine symbolise
le succès de l’économie capitaliste de liberté d’entreprise.

8.2.3 Industrialisation du Japon


Elle se situe entre 1870 et 1900 et connaı̂t sa pleine maturité vers 1940. L’histoire de l’in-
dustrialisation du Japon donne un autre cas où le rôle de l’Etat a été prédominant.

La cause fondamentale : la révolte paysanne en faveur de l’Empereur Méı̈ji

Depuis le XI e siècle, le Japon était plongé dans un immobilisme total de ses structures
sociales qui demeuraient féodales et dans lesquelles le pouvoir appartenait en réalité aux SHO-
GUN (grands seigneurs, principaux propriétaires des terres) au détriment de l’Empereur. Ces
structures figées ne permettaient aucune amélioration des conditions de vie de la masse pay-
sanne et encore moins un développement industriel.
Cette rigidité sociale entraı̂na en 1868 la révolte des paysans connue sous le nom de ”Révolte
Méı̈ji” car elle a abouti à la restauration de l’Empereur Mutsuhito connu aussi sous le nom
posthume de l’Empereur Méı̈ji. Sous son règne, l’Empereur Mutsuhito va instaurer dans l’ar-
chipel nippon une politique éclairée qui n’avait encore jamais été appliquée sous aucun des
empereurs précédents, ce qui va aussi se traduire par une ouverture de l’archipel sur l’extérieur.

Aspects initiaux de l’industrialisation nipponne : un puissant capitalisme d’Etat

L’Empereur installé dans tous ses pouvoirs, entreprit de grandes réformes socio- économiques
au profit de tous les citoyens avec des conséquences très favorables au développement économique
du pays. La grande masse de la population paysanne constituait une réserve de main-d’œuvre
bon marché au service des nouvelles entreprises industrielles. Pour équiper son industrie, l’Etat
nippon importait beaucoup de machines étrangères (machines clé-en main). Partout présent
dans l’économie, il essayait sans cesse de promouvoir le progrès technique aussi bien dans
l’agriculture que dans l’industrie. Ainsi, les débuts de l’industrialisation du Japon furent un
véritable capitalisme d’Etat où les pouvoirs publics prirent toutes les initiatives et financèrent
la plupart des opérations en créant ou en acquérant des entreprises...
Déjà à la fin du 19e siècle, les entreprises japonaises étaient devenues très compétitives sur
les marchés internationaux. A partir de la fin de la première Guerre Mondiale, la production
des industries de transformation augmenta plus vite que la production primaire. A la veille de
la seconde Guerre Mondiale, le Japon était devenu l’une des grandes puissances industrielles du
monde bien que le revenu par tête restait encore très bas. (86$ contre 465$ en Grande-Bretagne
et 519$ aux Etats Unis).

49
8.3 Conditions de vie des ouvriers et naissance du syn-
dicalisme de lutte
La révolution industrielle provoque une profonde mutation sociale avec l’apparition du sa-
lariat. Cette nouvelle classe sociale rassemble tous les ouvriers qui ne possèdent que leur seule
force de travail. Quelles sont leurs conditions de vie ? Quelles sont leurs revendications ?

8.3.1 La naissance d’une nouvelle classe sociale : le salariat


De l’artisan au salarié

Jusqu’à la fin du 17e siècle, le terme ”ouvrier” s’applique à tous les artisans. Ce n’est
qu’avec l’avènement de la Révolution industrielle de l’Angleterre que ce terme va désigner celui
qui travaille manuellement en échange d’un salaire. Cette évolution du vocabulaire exprime les
mutations de la société.
Pour la plupart, les ouvriers de l’industrie proviennent du monde rural. En Grande Bretagne,
ce sont des paysans qui ont été chassés de leurs terres par le mouvement des enclosures, qui
commence dès le 16e siècle mais qui a pris de l’importance au 18e siècle. N’ayant plus de moyens
de survie et/ou incapables de résister à la concurrence des produits industriels, ces paysans et
artisans sont obligés de reconvertir en ouvriers salariés dans les usines. Les effectifs de cette
nouvelle classe des ouvriers sont sans cesse croissants. Leurs conditions de vie se dégradent.

Des conditions de travail très difficiles

La course au profit menée par les industries du 19e siècle conduit le patronat à exiger
des ouvriers un travail toujours plus intense. Le développement de l’éclairage au gaz permet
d’allonger la journée de travail. Celle-ci peut atteindre 15 heures. Les ouvriers n’ont droit
qu’à une journée de repos hebdomadaire (et n’ont jamais de vacances). La fatigue permanente
multiplie les risques d’accidents du travail.
Dans le système libéral, le travail ouvrier est considéré comme une marchandise : li est
soumis à la loi du marché. En Europe occidentale, en raison de la poussée démographique et
de l’exode rural, les travailleurs sont plus nombreux que les emplois disponibles. Le chômage
est chronique, ce qui permet au patronat de maintenir de bas salaires et d’exercer une pression
constante sur les salariés. Les femmes et les enfants, souvent contraints de travailler, perçoivent
des salaires inférieurs à ceux des hommes.
Le maniement des teintures, des solvants, du chlore pour blanchir, se font sans protection
des voies respiratoires Dans la sidérurgie et la métallurgie, l’ouverture des hauts fourneaux de
fabrication de la fonte, dégage une forte chaleur. Dans les usines sont imposés des règlements
très sévères. Tout manquement est sanctionné par une amende, voire un licenciement.
En échange de sa présence indispensable auprès de la machine-outil, l’ouvrier reçoit un
salaire. Celui-ci est destiné à lui fournir le strict nécessaire pour se nourrir, se vêtir, se loger, se
chauffer, afin de pouvoir revenir travailler à l’usine le lendemain. Comme les besoins vitaux des

50
femmes et des enfants sont jugés moins coûteux, leur salaire sera plus faible que celui accordé
à un homme. Comme il y a beaucoup de main- d’œuvre disponible, les salaires sont calculés au
minimum, c’est à prendre... ou à renoncer à l’embauche. Les ouvriers ne bénéficient d’aucune
protection sociale : pas de paiement en cas d’absence pour maladie, pour accouchement, pour
accident. pas d’assurance chômage pour celui qui perd son emploi, d’assurance vieillesse pour
les vieux travailleurs.. Les ouvriers doivent travailler tant qu’ils le peuvent puis ensuite, en cas
d’incapacité, s’en remettre à la famille, à l’hospice, à la mendicité ou aux œuvres de bienfaisances
mises en place par un très petit nombre d’employeurs.
Les salaires sont donc insuffisants pour la grande partie des ouvriers qui sont toujours à la
merci d’un arrêt de travail qui les plonge alors dans la misère totale.

8.3.2 Naissance du syndicalisme de lutte


Les conditions de vie très difficiles des ouvriers vont peu à peu les conduire à la naissance
du syndicalisme de lutte.

Le développement des organisations ouvrières

La plupart du temps, le patronat s’oppose systématiquement, au nom de la rentabilité, à


l’amélioration des conditions de travail et à la hausse des salaires.
Contrairement aux artisans, les ouvriers n’ont pas de relations personnelles avec leur patron.
Ils travaillent avec d’autres ouvriers et vivent souvent entre eux (notamment dans les régions
industrielles, où sont créées de véritables cités ouvrières). Cette communauté de vie favorise
grandement la naissance d’une conscience de classe.
C’est au Royaume-Uni qu’apparaissent, vers 1850, les premiers syndicats ouvriers, les ”Trade
Unions” : les ouvriers se regroupent pour obtenir des garanties contractuelles ou législatives (en
cas de maladie, d’accident du travail, de chômage, etc.). Ils réclament également un salaire
minimum, la limitation de la durée de travail et des congés payés. Les syndicats britanniques
sont reconnus en 1871.
En France, le syndicalisme, qui est autorisé à partir de 1884, prend un caractère plus
révolutionnaire. En 1895 est créée la Confédération générale du travail (CGT) : l’insurrection
ouvrière est, selon elle, la seule manière de libérer les travailleurs. Elle espère voir disparaı̂tre
le patronat et prône l’autogestion des sociétés industrielles par les ouvriers. En 1906, la CGT
estime ses effectifs à 836 000 ouvriers.

Les moyens de la lutte

Dans la première moitié du 19e siècle, la lutte ouvrière se manifeste par des actions violentes.
Les travailleurs sont souvent hostiles à la mécanisation et jugent les machines responsables du
chômage. Certains tentent de saboter les nouvelles machines.
Dans toute l’Europe, le prolétariat essaie de faire entendre ses revendications lors des
journées révolutionnaires. En France, lorsqu’éclatent les insurrections populaires de 1830, de

51
1848 et de 1871, les ouvriers constituent la majorité des insurgés.
A la fin du 19e siècle, al grève devient le principal moyen de lute des ouvriers. Elle est
autorisée en France à partir de 1864. Les manifestations de grévistes sont cependant très vio-
lemment réprimées par l’armée. Si les grèves donnent d’abord peu de résultats, elles permettent
aux ouvriers de se penser comme une classe sociale unie et déterminée.

Une lente amélioration des conditions de vie ouvrière

A la fin du 19e siècle, la lutte du mouvement ouvrier commence à porter ses fruits. Les
salaires progressent, le niveau de vie s’améliore.
Des lois sont adoptées pour limiter le travail des enfants. En France, la loi de 1841 avait
interdit le travail des enfants de moins de huit ans. Vers 1900, la journée de travail des adultes
est réduite à 10 heures dans l’ensemble des pays industriels.
L’Allemagne et le Royaume-Uni vont plus loin. La première promulgue, dès les années 1880,
des lois sociales qui protègent l’ouvrier : l’assurance maladie, la retraite ouvrière et l’assis-
tance accident sont ainsi financées par des cotisations patronales. En Angleterre, des mesures
similaires sont prises avant 1914. La situation est nettement moins favorable ailleurs.

52
Chapitre 9

Croissance et fluctuations économiques


dans le système capitaliste au 20e siècle

Si aujourd’hui la plupart des pays capitalistes industriels semblent à des degrés divers avoir
atteint la dernière étape Rostowienne du développement (société de consommation de masse),
leurs évolutions n’ont pas toujours suivi une tendance séculaire linéaire ; au contraire elles ont
été constamment perturbées par de profondes instabilités.
Dans les pays capitalistes développés, l’après-deuxième guerre mondiale va essentiellement
se caractériser, d’une part, par d’importantes réorganisations institutionnelles et, d’autre part,
par de fortes hausses de taux de croissance économique, notamment dans la période des ≪ 30
Glorieuses ≫.

9.1 Fluctuations économiques entre les deux guerres


Alors que le 19e siècle s’est caractérisé globalement par la naissance et le développement de
la civilisation industrielle dans le cadre du système capitaliste, le 20e siècle sera marqué par
une succession de croissances et de crises de grande ampleur.

9.1.1 Croissance économique de 1913 à 1929 : la 2e Révolution In-


dustrielle
De la fin de la 1e guerre mondiale jusqu’au déclenchement du brutal et violent krach de
la Bourse de New York, les économies capitalistes occidentales vont connaı̂tre une période de
grande prospérité économique et sociale.

Les sources de la 2e Révolution Industrielle

Si la machine à vapeur et le charbon ont été les moteurs de la première Révolution In-
dustrielle en Grande Bretagne au 18e siècle, le moteur électrique et le moteur à essence vont
alimenter la 2ème Révolution Industrielle. Ces deux nouvelles inventions sources basées sur une
nouvelle forme d’organisation plus productive du travail vont être les principales sources d’une

53
2e révolution industrielle dans les grands pays capitalistes développés. Moins coûteux et moins
encombrant que la machine, le moteur électrique redonne vie au travail à domicile.
Les USA devenus la première puissance économique du monde en lieu et place de l’Angleterre
à la fin de la 1e guerre mondiale, tire vers le haut cette forte croissance économique : le dollar
américain s’impose désormais au niveau international comme monnaie de référence.
L’essor de l’Industrie automobile est le plus spectaculaire de ces ”années folles”.
Exemple : La production automobile des Etats-Unis passa de 4000 automobiles par an en
1900 à 5 millions par an en 1920, tandis que celle de la France, la plus forte d’Europe, passa
de 4800 par an à 2,54 millions par an au cours de la même période. L’industrie automobile
joua alors le rôle de pôle d’entraı̂nement qu’avaient joué les chemins de fer au 19° siècle. De
même, dans tous les secteurs, le développement industriel s’était accru rapidement dans tous les
pays capitalistes sauf aux Royaume Uni où le déclin des industries anciennes (charbon, coton,
constructions navales, ...) est très préjudiciable à l’économie.

Taylorisme : une nouvelle organisation du travail

C’est aussi dans l’industrie automobile que se développa une nouvelle organisation du travail
inspirée des travaux d’un ingénieur Américain F.W. TAYLOR (1856-1915) qui avait remarqué
une tendance à la ”flânerie systématique” sur les lieux de travail. La taylorisation du travail
se traduisait par le chronométrage du temps du travail, le proportionnellement du salaire au
rendement, l’émiettement du travail en tâches précises dépouillées de gestes inutiles et de perte
de temps. Cette nouvelle organisation du travail a fortement augmenté le rendement du travail
à l’usine en réduisant le temps de repos mais elle a aussi abouti à l’abrutissement des ouvriers
par des tâches répétitives et rapides.

9.1.2 La constitution des trusts et des cartels


Cette 2eme RI s’accompagne aussi de l’apparition de grandes entreprises appelées ”Trusts”
et d’organisations oligopolistiques des marchés par les ”cartels”.
Les trusts et les cartels sont différents et ont joué des rôles économiques importants dans les
sociétés capitalistes du 19e s. Au début du 20e s, des lois sur le droit de la concurrence furent
élaborées dans bon nombre de pays, notamment aux USA, visant à lutter contre les trusts et
les cartels qui peuvent se rendre coupables d’abus de position dominante.

Le trust et son principe de fonctionnement

Un trust est une grande entreprise qui en a racheté d’autres, plus petites, afin de limiter la
concurrence et gagner de l’ampleur au sein du marché. Les trusts se sont constitués à partir de
deux types de concentration :
• la concentration horizontale (rachat d’entreprises du même secteur)
• la concentration verticale (rachat de toute la filière de production de la matière première
au produit fini).

54
Le plus gros producteur dicte sa loi aux autres membres de l’industrie et règne sur les
maillons fractionnés situés en amont et en aval de la chaı̂ne. Si l’un d’entre eux résiste, le
volume de ses affaires diminue rapidement jusqu’à l’évincer totalement du marché afin qu’il
se fasse racheter à moindre prix par celui-là même qui l’avait conduit à la perte. Parce qu’il
contrôle le marché concerné depuis l’exploitation de sa matière première, jusqu’au stockage et
à la distribution du produit fini en passant par l’outil de transformation, le trust peut forcer
le prix de vente à la baisse jusqu’en dessous du coût de production et aussi longtemps que
nécessaire. Si la vente de ses produits à perte ne met pas nécessairement en danger le capital
financier d’un trust, elle conduit rapidement les concurrents individuels à la faillite par la fuite
de leurs clients, la perte des marchés puis de leur outil de production.
C’est pour toutes ces raisons que des ”Lois anti-trusts” vont être élaborées dans les pays
capitalistes développés, notamment aux USA, interdisant les positions dominantes par consti-
tution de cartels afin de promouvoir un climat de concurrence loyale sur les marchés.

Formation et objectifs des cartels

En économie, le cartel est un oligopole où un petit nombre de vendeurs obtient el contrôle
d’un marché par entente formelle. C’est une forme de concentration horizontale dans laquelle
de grandes entreprises juridiquement et financièrement indépendantes ayant des activités com-
parables sur un même marché, s’entendent en vue de contrôler ce marché, dans le but de rendre
plus difficile l’entrée de nouveaux concurrents et de maximiser leurs profits. L’entente de cartel
est généralement mise en œuvre pour fixer les prix et les critères qui les régissent ; elle se destine
à empêcher l’arrivée de nouveaux vendeurs. Elle est plus courante dans le cas où les vendeurs
disposent de produits homogènes.
Les situations de cartel nuisent nécessairement aux consommateurs qui ne peuvent profiter
des effets positifs d’une véritable concurrence entre les vendeurs d’un même marché. C’est une
pratique anticoncurrentielle car le but de cette collusion est d’accroı̂tre les bénéfices de membre
par la réduction de la concurrence. Les lois sur la concurrence interdisent les ententes et donc
les cartels.
Un cartel entre plusieurs entreprises sur un marché oligopolistique peut représenter une
entente sur les prix, un partage de zone géographique ou de part de marché ou encore une
entente sur des quotas de production.

9.1.3 La crise financière de 1929 : le krach de la Bourse de New


York
La croissance spectaculaire enregistrée par les pays capitalistes au cours des ”années folles”
est brutalement anéantie par la crise la plus violente que le système n’avait encore jamais
connue.
D’abord financière, cette crise s’étend rapidement à tous les autres secteurs (économique et
social).

55
Le déclenchement du krach de la Bourse de Wall Street

Le jeudi 24-10-1929, à la Bourse de New York (The New York Stock Exchange : NYSE), se
déclenche la dépression la plus profonde que les USA n’avaient encore jamais connue : les prix
des actions des entreprises qui sont cotés et qui avaient triplé, s’effondrent en quelques heures.
Plus de 13 millions de titres financiers des entreprises changent de main, causant la faillite de
tous ceux qui avaient spéculé à la hausse...
NB : Le Dow Jones est l’indice boursier le plus connu et le plus suivi au monde car ses
variations influencent fortement le comportement des autres grandes places financières des
autres pays capitalistes (Londres, Paris, Tokyo,.). Il est exprimé en points et représente une
moyenne pondérée des 30 valeurs des cours des actions de ces 30 entreprises.

Conséquences de la crise financière

Il y avait eu dans le passé d’autres krachs à la Bourse de New York (1873 ; 1907 ; 1920).
Mais celui de 1929 eut les conséquences les plus catastrophiques et prolongea pour longtemps
l’économie mondiale dans une longue et pénible crise financière et économique (1929-1938). Ces
conséquences peuvent être traduites sous quatre principales formes :
1. Une violente crise financière : Les épargnants se ruent vers les banques pour retirer
leur argent mais beaucoup de banques sont incapables de rembourser. Entre 1929 et
1930 plusieurs grandes banques font faillite ou doivent suspendre leurs activités.
2. Une chute des prix et des productions industrielles : La crise se traduit aussi par
une accélération de la baisse des prix qui finit par décourager les investissements avec
pour effet la chute des exportations et donc du commerce extérieur mondial. De 1929 à
1933, l’ensemble de la production industrielle mondiale chute de 40%. (Exemple : de 6,3
millions de véhicules à 1,9 millions).
3. Une augmentation effrayante du chômage : Ce sont au moins 30 millions de
chômeurs qui sont laissés pour compte. En Allemagne, ce fléau social est exploité par le
nazisme comme causé par les juifs.
4. Un accroissement du protectionnisme : La paralysie du commerce mondial amène
les pays à appliquer le protectionnisme en levant les barrières douanières de plus en plus
draconiennes et en dévaluant leur monnaie afin de relancer leur économie nationale.

Les explications économiques de la crise de 1929

Les explications de la crise sont nuancées, voire controversées. Economiquement, on peut en


retenir deux principales. la première basée sur une explication sectorielle, la deuxième sur une
explication de fonctionnement global de l’économie capitaliste de marché.
1. L’explication sectorielle : l’excès d’octrois de crédits bancaires :
Elle soutient que cette crise était due à une économie profondément malsaine par des
octrois abusifs de crédits bancaires (crédits spéculatifs, investissements hasardeux im-
productifs,...). Les défauts de remboursements vont finir par plomber le fonctionnement

56
sain de l’économie américaine qui, frappée de plein fouet, avait alors entraı̂né, par sa
situation dominante, les autres économies dans cette terrifiante crise.
2. L’explication keynésienne de la crise financière par la crise du système lui-
même :
Pour l’économiste Anglais John Maynard Keynes, la crise de 1929 doit s’analyser en
réalité, non comme une crise de secteurs, mais comme la crise du système capitalisme lui-
même dans sa totalité. En effet, selon celui-ci, avec la deuxième RI, le système capitaliste
produisait beaucoup sans tenir compte du déséquilibre entre l’offre et la demande si bien
que l’offre ne trouvait plus de débouché suffisante. Seule la Suède a mieux supporté
cette crise car le gouvernement y était intervenu pour relancer la demande par de grands
investissements publics qui résorbaient le chômage, élevait le niveau de vie des familles
et donc de la consommation, d’où accroissement de la production, des recettes fiscales
et maintien de l’équilibre budgétaire. Les autres pays capitalistes n’ont pas pratiqué ce
”cercle vertueux”, d’ou la crise.
Ci-dessous dans l’encadré suivi du commentaire, une représentation schématique possible
du ”Cercle vertueux” keynésien ;

Commentaire : Selon Keynes, pour sortir d’une crise durable, l’Etat peut procéder par un
déficit budgétaire (endettement public auprès des bailleurs de fonds internationaux, émissions de
bons, création monétaire par la baisse des taux d’intérêt,...) (1). Ce déficit budgétaire permettra
de financer la réalisation ’de grands travaux publics (constructions de routes, ponts, barrages,
urbanisation et autres infrastructures économique et sociales) (2) qui créeront des emplois
pour tout le monde (3). Ces emplois se traduiront par des distributions de revenus (4) qui
seront sources. d’une part, d’impôts pour l’Etat et, d’autre part, d’augmentation de la demande
effective globale (5) adressée aux producteurs qui, par conséquent, accroı̂tront leurs production

57
globale de biens et services (6). L’accroissement des productions génèrera d’avantage de recettes
fiscales par les impôts sur les chiffres d’affaires et sur les bénéfices (7) qui résorberont le déficit
budgétaire initialement créé (8) et même avec la possibilité de dégager un excédent budgétaire
(9).
Ce processus dynamique et continu de croissance et de prospérité connu sous le nom de
”Cercle vertueux keynésien” sera concrétisé dans les grandes puissances économiques capita-
listes dans l’après 2e guerre mondiale : ce sera la période des ”30 Glorieuses”.

9.2 Croissance et prospérité dans l’après 2e guerre mon-


diale : les ”30 Glorieuses”
Débutant dans un contexte particulièrement difficile, la période de sortie de guerre (1945)
au 1e choc pétrolier en 1973, se caractérise, dans les pays capitalistes développés (PCD), d’une
part, par des taux élevés de croissance qui n’avaient encore jamais été atteints et, d’autre part,
par une remarquable régulation cyclique reposant sur des progrès techniques et des gains de
productivité jusque-là inconnus. Sur le plan quantitatif, cette période de croissance très vive
qualifiée de ”30 Glorieuses”, a radicalement modifié les rapports et les conditions de vie des
hommes des PCD, mais aussi des pays du Tiers Monde, elle a aussi instauré un Nouvel Ordre
Economique International (NOEI).

9.2.1 L’expansion économique de 1945–1973


La guerre de 1939-1945 constitue, sur le plan des faits économiques et sociaux, une nette
rupture entre, d’une part, le mode de régulation libérale par le libre jeu du marché qui prévalait
avant la guerre et, d’autre part, le mode de régulation interventionniste étatique inspiré des
recommandations keynésiennes et adopté plus ou moins rigoureusement dans les PCD à la
sortie de la 2eme guerre mondiale.
Les principales caractéristiques du mode de régulation étatique mis en œuvre dans la plupart
des PCD à la sortie de la 2e Guerre mondiale (GM) peuvent être appréhendées aussi bien
globalement que spécifiquement.

Les aspects généraux de la croissance des pays capitalistes développés

A la fin de la 2eme GM, les grandes pénuries de main-d’œuvre et de capitaux, l’inflation


galopante et le pessimisme généralisé dans les pays européens et au Japon ont nécessité des
interventions de plus en plus importantes de l’Etat à travers des politiques conjoncturelles
et structurelles qui vont rapidement produire des résultats spectaculaires dans les domaines
économiques et sociaux.

58
Les aspects spécifiques de la croissance économique des PCD

La forte croissance économique des PCD apparaı̂t spécifiquement à travers trois principaux
traits de modifications :
1. La modification des facteurs de production
Les facteurs de production que sont le facteur travail et le facteur capital sont pro-
fondément modifiés.

(a) Le facteur travail


Vers la fin de la 2eme GM, on assiste à un véritable renouveau démographique : une
politique familiale volontariste donne lieu à une poussée nataliste entre 1946 et 1964.
L’arrivée des premières générations du baby boom sur le marché du travail dès 1965
donne lieu à une explosion de la population active.
(b) Le facteur capital
Sa croissance est le résultat de l’effort d’investissement notamment dans les sec-
teurs productifs, administratifs et civiles. Le rapport Investissement/PIB qui mesure
cet effort connaı̂t une croissance régulière dans les grands PCD, surtout dans le
domaine industriel. Les investissements directs étrangers (IDE) vont jouer un rôle
déterminant dans la diffusion du progrès technique et dans la réduction de l’écart
technologique entre les grands PCD. La performance globale des entreprises s’en
trouve très améliorée.
Les modifications de ces facteurs de travail amènent les PCD à enregistrer de forts
taux de productivité et de croissance soutenus.

2. La modification des aspects sociaux de la croissance Elle se traduit à travers 2


principaux éléments :
(a) L’augmentation des revenus
Déterminant principal d’une demande forte et continue selon l’esprit keynésien qui
prévaut à cette époque, l’augmentation progressive des revenus a joué un rôle primor-
dial dans la croissance économique des FCD de 1945 à 1973. En France, par exemple,
le revenu disponible des ménages sera multiplié par 3,5 entre 1945 et 1974.
(b) L’avènement de ”la société de consommation de masse”
Une nouvelle norme de consommation impulsée par une forte demande des ménages
se met progressivement en place dans l’après-guerre. L’augmentation des revenus
disponibles des ménages entraı̂ne une hausse des dépenses en produits standardisés
(hygiène, équipements, santé, éducation, culture loisirs,.), au détriment des produits
primaires (alimentation). Les grands magasins de distribution (”les supermarchés”)
font leur apparition dans les années 50. Ainsi, la tendance à l’homogénéisation des
conditions de vie et des modes de vie constitue une caractéristique centrale de cette
nouvelle ”société de consommation de masse” qui selon al classification des niveaux
de développement économique de W.W. Rostow, serait le niveau de vie le plus haut

59
où tous les besoins de consommation de la population sont parfaitement satisfaits et
où, in fine, la consommation impulse la production et la croissance.
3. La transformation du rôle de l’Etat Elle apparaı̂t également sous deux principaux
traits :

(a) L’accroissement institutionnel du rôle économique de l’Etat


La sortie de al 2eme GM s’accompagne d’une profonde remise en cause des principes
de l’économie libérale de marché par la transformation du cadre institutionnel des
pays. La théorie interventionniste étatique keynésienne qui est largement mise en ap-
plication à travers le ”Plan Marshall implique des reformes institutionnelles : la natio-
nalisation de grandes entreprises privées et la planification des activités économiques
sont encouragées ; l’économie mixte est promue...
(b) L’affirmation de la fonction de régulation conjoncturelle
A la suite de al ≪Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de la Monnaie≫,
(1936) de JM Keynes, de grands économistes tels que RJ Hicks (1937), W. Beveridge
(1942), . contribuent à diffuser et à imposer l’idée selon laquelle l’Etat doit agir sur
la conjoncture économique par d’importantes dépenses en grands travaux publics
afin de résorber le chômage et créer un sentier de croissance équilibrée. Ces thèses
interventionnistes étatiques font désormais l’acteur clé de la régulation de l’économie
à court et moyen terme (politique conjoncturelle).

9.2.2 Les grandes mutations internationales


Elles se situent à plusieurs niveaux pouvant être regroupés en quatre principaux. : le Nouvel
Ordre Economique International (NOEI) ,l’internationalisation des économies, la création d’un
organe de régulation du commerce international (le GATT) et l’expansion des transactions
internationales.

Le Nouvel Ordre Economique International (NOEI)

La sortie de la 2ème RI a été aussi marquée par un contexte économique international


radicalement nouveau qui cherche à corriger les errements de l’entre-deux guerres. Ainsi trois
évènements majeurs sont surtout à retenir : l’internationalisation du commerce, la création d’un
organe de régulation du commerce international et al réorganisation du Système Monétaire
International.

1. L’internationalisation des économies


Elle se traduit par une grande ouverture des économies au commerce international et
par de nouvelles contraintes liées à celui-ci.
(a) L’ouverture des PCD au commerce international
La période de l’après-guerre présente sur le plan du commerce international (CI) ;
une forte unité marquée par la croissance rapide des échanges. De 1960 à 1980, le

60
volume du CI a été multiplié par 8, le taux de croissance moyen annuel a été de 7%
et celui du PIB mondial a été de 4, 8%.
(b) Les nouvelles contraintes du commerce international
La forte ouverture des PCD est incontestablement un facteur de croissance mais aussi
une source de contraintes novelles qui peuvent se résumer en 5 grands points :
— Une forte interdépendance des économies les unes par rapport aux autres avec
l’augmentation des risques de contagion de crises ;
— L’obligation de coordonner désormais les politiques nationales avec celles des
principaux partenaires : le seul cadre national n’est donc plus pertinent pour
la régulation macroéconomique ;
— Le bouleversement dans la hiérarchie des puissances économiques dès le milieu
des années 1960, la CEE devient la principale zone commerciale dans le monde
au détriment des USA.
— La triade CEE - USA - Japon s’octroie plus de 60% du CI à la fin de 1960.
— Le Tiers monde se considère comme victime d’un échange inégal.
(c) Création d’un organe de régulation du CI : le GATT
En réaction au protectionnisme de 1930 à 1945, les USA défendent l’idée du retour
à un CI fondé sur le libre-échange.
La charte de l’OIC (Organisation Internationale du Commerce), donne lieu en Oc-
tobre 1947 à Genève à la création du GATT (General Agreements on Tariffs and
Trade) entre 23 nations.
L’objectif majeur du GATT est double : d’une part, assurer le respect des principes
permettant une concurrence loyale entre les nations et, d’autre part, mettre en œuvre
un processus continu de libéralisation du commerce international.
2. L’expansion des transactions internationales Les progrès économiques et sociaux
réalisés à l’intérieur des pays capitalistes pendant les 30 glorieuses ont des effets significa-
tifs sur le développement du commerce extérieur. On assiste à l’apparition d’entreprises
géantes contrôlant l’essentiel du marché mondial : ”les firmes multinationales”. Celles-ci
se différencient des ”trusts” par la grande diversification de leurs activités. Elles s’at-
taquent au marché international en implantant des filiales dans le monde entier. Elles
contournent les barrières douanières. Elles embauchent une main-d’œuvre moins chère
et plus docile (pays d’Asie) et bénéficient d’importants avantages fiscaux et pratiquent
des fois aussi des évasions fiscales.
Exemple : une filiale A d’une multinationale peut facturer à une autre filiale B de la
même firme située dans un autre pays, une marchandise à un prix supérieur à son prix
réel ; la filiale A peut ainsi faire ”disparaı̂tre” ses bénéfices ou une partie de ceux- ci qui,
ce faisant, échappent à l’impôt.
Les 30 glorieuses connaissent la suprématie des entreprises (les firmes multinationales)
qui remodèlent le visage du monde.

61
Chapitre 10

Organisation des paiements


internationaux dans le système
capitaliste

L’organisation de l’économie mondiale a toujours eu pour objectifs fondamentaux une


meilleure division du travail et une amélioration des échanges. Ainsi, partout elle se porte
en parallèle et en complément au cadre institutionnel que sont les paiements internationaux.
Les causes de la grande dépression des années 30 et l’ampleur des ruines accumulées au
cours de la deuxième Guerre Mondiale ont amené les pays capitalistes à jeter les bases d’une
nouvelle coopération internationale. L’effondrement des réseaux de l’échange mondial et du
système multilatéral des paiements avait créé des problèmes entièrement nouveaux à partir de
1945.

10.1 Problèmes financiers internationaux et réorganisation


du Système Monétaire International
Face aux énormes besoins financiers pour reconstruire les économies détruites par la guerre,
des organismes internationaux ont été créées.
Le 22-07-1944, à al Conférence Internationale de Breton Woods aux Etats-Unis, naissent
deux institutions financières spécialisées dans le financement des économies en difficulté :
la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) et le Fonds
Monétaire International (FMI).

10.1.1 L a BIRD ou Banque Mondiale


Elle intervient dans les financements à moyen et long terme. Ses actions consistent, d’une
part, à aider à la reconstruction et au développement de ses Etats membres et, d’autre part, à
octroyer des crédits au gouvernement et aux entreprises avalisées par l’Etat de ses pays membres.
Mais la BIRD exige une rentabilité financière comme condition fondamentale de ses prêts ; ce

62
qui limitera plus tard ses actions dans les PVD d’où création en 1960 de ses deux filiales pour
répondre aux besoins des pays pauvres : AID (Association Internationale de Développement) et
SFI (Société Financière Internationale). En dehors de quelques rares cas, la BIRD n’a pas été
suffisamment dotée de ressources financières pour aider les pays Européens dans leurs efforts
de reconstruction.

10.1.2 Le Fonds Monétaire International (FMI)


Le FMI (Fonds Monétaire International) intervient dans les financements à court et à moyen
termes (moins de 10 ans). Ses actions visent à encourager la coopération monétaire internatio-
nale, à faciliter l’expansion et l’accroissement harmonieux du Commerce International, à favo-
riser la stabilité des changes, à aider à l’établissement d’un système multilatéral de paiement en
ce qui concerne les opérations courantes et enfin à contribuer à l’élimination des restrictions des
échanges qui entravent le développement du commerce mondial. Cependant les statuts du FMI
précisent qu’il peut exister un déséquilibre fondamental permettant aux pays de faire exception
à la règle de stabilité des changes et de dévaluer.

10.2 Évolution du SMI


Dans les 1e années de la décennie 1970, le Système Monétaire International (SMI) va passer
du change fixe au change flottant. De nouveaux marchés de capitaux vont parallèlement se
développer.

10.2.1 L’effondrement de la suprématie du dollar américain et le


changement de système de changes
L’effondrement de la suprématie du dollar américain

Après avoir fonctionné correctement près de 20 ans, le régime des changes fixes du SMI
reposant sur le dollar américain ($) va se dégrader à partir de 1960. La suprématie de la
monnaie américaine commença à se détériorer et le $ a dû être dévalué en 1971 et 1973 afin
de le rajuster par rapport à certaines devises : le flottement généralisé des monnaies venait de
s’instaurer dans le SMI.

Le changement de système de change

Cela va se traduire par l’abandon du système de changes fixes qui existait jusque-là au
sein du SMI. Par des accords internationaux, ce système permettait aux Banques Centrales
d’intervenir sur les marchés de changes pour soutenir leur monnaie nationale.
L’adoption du système de changes flottants consiste à laisser libres les jeux du marché de
déterminer les taux de changes entre les monnaies nationales afin d’équilibrer les offres et les
demandes de devises. Théoriquement donc, les Banques Centrales n’interviennent plus.

63
10.2.2 Développement des nouveaux marchés de capitaux finan-
ciers : les marchés de $ non-résidents américains
Le flottement généralisé des monnaies va permettre le développement spectaculaire de nou-
veaux marchés de capitaux libellés en $ détenus dans des institutions financières à l’extérieur
des USA : marchés des euro-devises, des euro-dollars et des pétro-dollars.
— Les ”euro-devises” sont monnaies étrangères négociées sur les places financières eu-
ropéennes.
— Les ”euro-dollars” sont des dépôts bancaires scripturaux de montants importants libellés
en $ circulant à l’extérieur des USA entre les non-résidents de ce pays. Ces eurodollars
deviennent de simples $ en entrant aux USA. Ils représentent environ 70% des eurode-
vises.
— Les ”pétro-dollars” : sont des excédents financiers en $ des pays de l’OPEP déposés
auprès des institutions financières non-résidentes aux USA et recyclés en crédits à des
emprunteurs non-résidents américains(PVD, Banques Centrales, grandes entreprises,.
L’expansion de ces nouveaux marchés est due, d’une part, à l’absence de réglementations
(pas de réserves obligatoires, liberté des taux d’intérêt,...), et d’autre part, à la multipli-
cation des multinationales américaines à l’étranger qui disposent d’importantes liquidités
en $ hors des Etats-Unis.

10.2.3 Les réformes de la Jamaı̈que du SMI


En 1976, lors de la Conférence de la Jamaı̈que à Kingston, d’importants aspects du SMI
sont révisés : sont signés des accords sur le rôle de l’or, sur les taux de change et sur les droits
de tirages spéciaux (DTS).

La démonétisation du rôle de l’or

Désormais est aboli le rôle de l’or en tant que dénominateur commun des parités entre les
devises : l’or n’a plus un cours officiel fixe, mais un cours fluctuant comme celui de n’importe
quelle marchandise sur les marchés internationaux.

Le taux de change

Le choix du régime de change est laissé à chaque pays. Ainsi des zones monétaires se sont
maintenues ou se sont créées sur un régime de changes fixes : exemple, maintien de parité fixe
entre le FF et le FCFA dans la Zone Franc. Toutefois, le pouvoir est reconduit au FMI de faire
des ajustements selon les conditions économiques des pays (dévaluation ou réévaluation).

Les droits de tirages spéciaux (DTS)

Créés en 1969 par le FMI constituent depuis 1976 la nouvelle monnaie internationale de
cette institution. La valeur du DTS est fixée par rapport à un panier de 5 devises les plus

64
convertibles ayant chacune une pondération différente. Celle-ci varie constamment en fonction
des inter-parités.
Exemple : Pour la conversion en DTS, les pondérations des 5 monnaies les plus convertibles
en 1991 sont : Pour le dollars (USA) était de 42, 3%, pour le Deutch Mark (Allemangne)
18, 4%, 13, 3% pour le Yen (Japon) et la Livre-sterling (Grande-Bretagne) et 12, 7% pour le
Franc Français.
NB : Depuis l’avènement de la monnaie unique européenne (l’euro), le panier du DTS est
composé des 4 principales monnaies les plus convertibles que sont le dollar, l’euro, le yen et la
livre sterling.
Le DTS est moins sensible aux évolutions des marchés de change. Il est aujourd’hui la
référence pour les cours de certaines monnaies. Depuis sa création, il est un instrument de
réserve et de crédit notamment pour le FMI pour lequel il est devenu la seule unité de compte.
Cependant il ne représente encore que 10% à 15% des réserves internationales contre plus de
60% pour le $ USA. En 2002, le montant global des DTS s’élevait à 290 milliards de $.

65
Table des matières

I Histoire de la Pensée Économique (HPE) 2

1 Les prémices de l’économie 6


1.1 Le mercantilisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.1.1 Présentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.1.2 L’objectif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.3 Le contenu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.4 La portée actuelle de la doctrine Mercantiliste . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2 François Quesnay et la physiocratie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.1 La naissance de l’économie politique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.2 La production agricole comme source unique de richesses . . . . . . . . . 11
1.2.3 Le Tableau économique de Quesnay (1758) . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.4 Les apports théoriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.2.5 Actualité de la doctrine physiocratique malgré le postulat de la primauté
de l’agriculture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14

2 L’école classique 15
2.1 Adam Smith (1723 – 1790) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.1.1 Richesse des nations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.1.2 La main invisible du marché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.1.3 Les lois de la croissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2 David Ricardo (1772 – 1823) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.2.1 Principes de l’économie politique et de l’impôt . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.3 Jean-Baptiste Say (1767 – 1832) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.4 Thomas Robert Malthus (1776 – 1834) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22

3 Le socialisme scientifique 23
3.1 Les précurseurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.2 Le Marxisme : Karl Marx (1818 – 1883) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.2.1 Théorie de la valeur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
3.2.2 La répartition capitaliste - Force de travail et plus-value . . . . . . . . . 25
3.2.3 Accumulation de capital . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

66
4 La révolution marginaliste 28
4.1 Les principales écoles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4.1.1 Léon Walras et l’école de Lausanne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4.1.2 Carl Menger et l’école autrichienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.1.3 William Jevons et l’école anglaise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.2 Théorie de la valeur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.2.1 Le concept d’utilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.2.2 Le prix naturel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.3 Nouveau paradigme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.3.1 L’analyse de l’équilibre de marché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.3.2 L’individualisme méthodologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

5 Le keynésianisme 32

6 les autres courants contemporains 34


6.1 Les néo-keynésiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
6.2 Les monétaristes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
6.3 L’école des choix publics . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
6.4 Théorie du capital humain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
6.5 Nouvelle économie classique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
6.6 Nouvelle économie keynésienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35

II Histoire des Faits Économiques (HFE) 37

7 L’économie préindustrielle et les prémices de la RI 39


7.1 L’économie préindustrielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
7.1.1 La précarité du contexte de l’économie préindustrielle . . . . . . . . . . . 39
7.1.2 L’existence d’une protohistoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
7.2 Le capitalisme libéral du 17e – début 18e s : les prémices de la Révolution Indus-
trielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
7.2.1 Définitions et caractéristiques fondamentales du capitalisme libéral. . . . 40
7.2.2 Les grands changements en Grande-Bretagne avant la Révolution Indus-
trielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41

8 L’industrialisation des économies capitalistes 43


8.1 Naissance et physionomie de la Révolution Industrielle en Angleterre . . . . . . 43
8.1.1 Les causes fondamentales de la RI en Angleterre . . . . . . . . . . . . . . 43
8.1.2 La physionomie de la RI en Angleterre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
8.2 L’industrialisation dans les autres pays capitalistes . . . . . . . . . . . . . . . . 47
8.2.1 Industrialisation et croissance de l’économie française . . . . . . . . . . . 47
8.2.2 Industrialisation des Etats-Unis d’Amérique . . . . . . . . . . . . . . . . 48

67
8.2.3 Industrialisation du Japon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
8.3 Conditions de vie des ouvriers et naissance du syndicalisme de lutte . . . . . . . 50
8.3.1 La naissance d’une nouvelle classe sociale : le salariat . . . . . . . . . . . 50
8.3.2 Naissance du syndicalisme de lutte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51

9 Croissance et fluctuations économiques dans le système capitaliste au 20e


siècle 53
9.1 Fluctuations économiques entre les deux guerres . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
9.1.1 Croissance économique de 1913 à 1929 : la 2e Révolution Industrielle . . 53
9.1.2 La constitution des trusts et des cartels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
9.1.3 La crise financière de 1929 : le krach de la Bourse de New York . . . . . 55
9.2 Croissance et prospérité dans l’après 2e guerre mondiale : les ”30 Glorieuses” . . 58
9.2.1 L’expansion économique de 1945–1973 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
9.2.2 Les grandes mutations internationales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

10 Organisation des paiements internationaux dans le système capitaliste 62


10.1 Problèmes financiers internationaux et réorganisation du Système Monétaire In-
ternational . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
10.1.1 L a BIRD ou Banque Mondiale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
10.1.2 Le Fonds Monétaire International (FMI) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
10.2 Évolution du SMI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
10.2.1 L’effondrement de la suprématie du dollar américain et le changement de
système de changes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
10.2.2 Développement des nouveaux marchés de capitaux financiers : les marchés
de $ non-résidents américains . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
10.2.3 Les réformes de la Jamaı̈que du SMI . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64

68

Common questions

Alimenté par l’IA

L'industrialisation a bouleversé les conditions de vie, catalysant le déplacement des travailleurs vers les usines et accroissant l'urbanisation . Bien que les grèves ouvrières aient été initialement réprimées, elles ont conduit à des progrès tels que l'amélioration des salaires, la réduction du temps de travail, et l'adoption de lois sociales, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni, qui ont commencé à protéger les droits des travailleurs avec des mesures de sécurité sociale .

L'industrialisation américaine a été facilitée par d'immenses disponibilités naturelles et une croissance démographique rapide, fournissant une main-d'œuvre abondante pour exploiter les ressources . En revanche, la France a connu une industrialisation plus lente, entravée par une délimitation tardive des droits de propriété et une croissance démographique plus faible, bien qu'elle ait finalement adopté des transformations industrielles similaires influencées par les techniques anglaises .

Les physiocrates estiment que l'agriculture est la source unique de richesses en raison de la production de surplus ou de revenu net, contrairement aux mercantilistes qui pensent que les richesses proviennent du commerce et des échanges . En cela, les physiocrates se basent sur l'idée que la terre est l'unique source de richesse, tandis que les mercantilistes valorisent l'accumulation monétaire et le commerce international comme sources de puissance économique .

Ricardo montre que les lois sur le blé, en rendant l'importation plus difficile, augmentent le prix du blé, ce qui oblige à augmenter les salaires pour garantir la subsistance des travailleurs, réduisant ainsi les taux de profit . Il démontre que ce protectionnisme nuit à l'économie et propose le libre-échange international comme solution, permettant aux pays de se spécialiser sur des produits pour lesquels ils ont un avantage comparatif .

La physiocratie est pertinente par sa question sur la demande similaire au keynésianisme et en jetant les bases du libéralisme économique défendu par le néo-classicisme . Bien que son postulat sur l'importance exclusive de l'agriculture ne soit plus généralement accepté, sa reconnaissance de l'importance de la production et du surplus a influencé les discussions actuelles sur la soutenabilité et l'efficacité des systèmes économiques .

La doctrine physiocratique, formalisée par Quesnay, considère l'agriculture comme la seule activité productive car elle génère un surplus, ou 'don gratuit', dépassant le coût de production grâce à la générosité de la terre . En contraste, l'artisanat est vu comme non-productif car il n'ajoute pas de valeur au-delà du coût de la matière première transformée, avec la concurrence maintenant les prix proches des coûts de production .

Ricardo propose que le prix naturel d'une marchandise est déterminé par la quantité de travail nécessaire à sa production, y compris le travail incorporé dans la production des matières premières et des outils, une approche distincte de celle de Smith qui inclut plus largement les revenus . Cette théorie de la valeur travail incorporée influence sa compréhension du prix naturel, soulignant l'importance du travail plutôt que des salaires, et elle montre que le taux de profit modifie cette loi de la valeur travail .

Les principales sources de la seconde révolution industrielle sont le moteur électrique et le moteur à essence, qui ont permis une organisation plus productive du travail . Ces innovations ont redéfini le secteur industriel en diminuant les coûts et en facilitant le travail à domicile, plaçant les États-Unis au sommet de l'économie mondiale après la Première Guerre mondiale et faisant du dollar américain la monnaie de référence internationale .

Les mercantilistes croient que l'État doit intervenir pour favoriser l'enrichissement de la nation, tandis que les physiocrates et les classiques s'y opposent, prônant le laissez-faire et comptant sur les mécanismes de marché pour atteindre l'équilibre . Les néo-classiques considèrent le marché comme un régulateur parfait et condamnent toute intervention de l'État . À l'opposé, les keynésiens, bien que libéraux, soutiennent l'intervention de l'État car ils jugent les mécanismes de marché insuffisants pour réguler l'économie, nécessitant ainsi des politiques économiques spécifiques .

L'industrialisation française a été plus lente, marquée par une transformation progressive influencée par des retards dans la définition des droits de propriété et une faible croissance démographique, se focalisant essentiellement sur des industries héritées du savoir-faire anglais . Aux États-Unis, l'industrialisation a été rapide, favorisée par des ressources naturelles abondantes et une croissance démographique rapide, créant une main-d'œuvre extensible pour un vaste territoire propice à l'émergence industrielle, avec une orientation forte sur l'innovation technique et la transformation agricole .

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