La conscience :
Conscience : n.f. La conscience est la connaissance que l’homme a de ses pensées, de ses
sentiments, de ses actes et de ses valeurs. Elle fait que l’Homme est un sujet, capable de
penser le monde qui l’entoure. C’est en elle que prennent racine le sentiment de l’existence
et la pensée de la mort. La conscience est le propre de l’homme, et si elle fait sa misère, elle
constitue aussi sa grandeur. 3 types de conscience : réflexive, continue et morale.
Présence immédiate et constante de soi à soi
Cogito : n.m. Verbe latin signifiant « je pense ». Désigne l’expérience métaphysique énoncée
par Descartes « Je pense donc je suis ». Ce principe implique que l’expérience de la pensée
se fait toujours à la première personne et que cette expérience est la marque absolument
certaine de l’existence d’un sujet. Celui-ci se définit donc d’abord comme sujet pensant. Le
cogito est la première vérité qui résiste grâce à son évidence, au doute méthodique.
Le sujet : n.m. en métaphysique, l’être réel par opposition à l’objet, substance ou principe
unificateur de toutes nos représentations
Moi : [Link] personne en tant qu’elle se désigne elle-même et qu’elle présente une certaine
stabilité. 2. La conscience individuelle, en tant qu’elle est attentive à elle-même et soucieuse,
prioritairement de ses propres intérêts. 3. Le sujet doué de pensée.
Intentionnalité : caractère propre de la conscience : elle se rapporte à un objet qu’elle se
représente comme elle est à elle.
Solipsisme : Attitude du sujet pensant pour qui sa conscience propre est l’unique réalité, les
autres consciences et le monde n’étant que des représentations.
Aperception : usage de la raison consciente
Dialectique : processus de confronter ses idées (thèse, antithèse, dépassement, synthèse)
René Descartes (R.D.) :
Nietzsche :
Analyse/synthèse
Objectif/subjectif/intersubjectif
Absolu/ relatif
Introduction :
Conscience (csc): racine latine = avec savoir. Avant on se référait à l’âme.
L’homme a une conscience : il sait qu’il est la même personne tout en étant différent
(évolution au cours du temps) : « moi c’est moi » Kant (rationaliste critique) = expression de
la csc ou aperception de la conscience.
Bergson (XXème) : décrit comment la conscience se révèle à nous et que toute notre vie
notre conscience va évoluer alors qu’on reste foncièrement les mêmes. (Données
immédiates de la conscience)
Mythe de la Caverne de Platon : La conscience peut être remplie d’illusions mais il faut
essayer d’aller vers la vérité. « Connais toi toi-même »
Kierkegaard (19ème) : complète la théorie de Platon par « éveil de la conscience, réveil de
l’esprit » : il faut travailler individuellement la conscience
Malebranche : s’interroge sur la diff entre le fait de s’éprouver et celui de se connaître « la
conscience ou sentiment que j’ai de moi-même n’est pas la connaissance que j’ai de ma
nature »
Descartes : « je pense donc je suis » : il réduit la conscience à la pensée.
Leibniz : Théorie des petites perceptions : la conscience n’est pas totale (plus tard Freud
appellera ça l’inconscient)
Les opposants à Descartes disent que le cogito n’existe pas, c’est une abstraction. La pensée
vide n’existe pas, la pensée nécessite un contenu.
Hegel accuse Descartes de solipsisme : il lui reproche de fonder le psychique uniquement sur
la pensée.
I. Conscience de psychologie
a) Différents niveaux de conscience
Hume voit une différence de degré et non de nature entre l’homme et l’animal (opposition
aux animaux machines de descartes.
- La conscience sensible : tous les animaux en ont une, c’est la réaction face aux
sensations
- La conscience percevante : demande d’être attentif à ce qui nous entoure = effort de
volonté qui peut être suivi d’une interprétation (ex : jugement)
- La conscience de soi : spécifique à l’Homme : Conscience réflexive = retour sur nous-
même et sur nos pensées sur nos actes : la conscience peut se considérer elle-même.
« L’animal est sentiment de soi, l’Homme conscience de soi », Hegel
b) Origines de la conscience de soi
Hegel (1770-1831) : La conscience n’est pas auto-constituée. Le dév de la conscience
implique une série de médiations et la présence d’un autre : dialectique de l’altérité
Les rapports d’opposition font avancer la conscience. Il reproche à Kant d’avoir confondu
point de départ et d’arrivée sur ce sujet.
La conscience interne de soi n’existerait pas sans une confrontation avec ce qui n’est
pas soi. « L’autre est un miroir dans lequel je me reflète. » : ca nous fait prendre
conscience de ce qu’on est, de nos défauts et qualités. Exemple de l’enfant sauvage :
atrophie de la conscience à cause du manque de relations.
c) Conscience et objet
Peut-on penser séparément la conscience de ce qui n’est pas elle ?
1) Le cogito cartésien
Descartes rationaliste : pour lui l’intuition et la déduction sont les 2 modes fondamentaux
d’accès à la connaissance. Il veut trouver une vérité totale : doute méthodique ou
hyperbolique.
3 hypothèses :
- L’hypothèse du malin géni : parole de qqun qui ment tout le temps constamment
mise en doute
- Confusion mentale : confusion éveil/sommeil : pas possible de trouver la vérité
- L’hypothèse du Dieu trompeur : si celui qui m’a créé m’a donné une raison à l’envers,
je ne peux pas trouver la vérité.
« Je doute donc je pense, je pense donc je suis » Saint Augustin l’avait déjà évoqué
« je doute donc je suis »
J’ai d’abord conscience de moi comme esprit, comme « substance pensante »
Cogito : l’Homme pense. Distingue l’action de penser du contenu de la pensée. Tous les
hommes pensent. La conscience qui pense est la seule chose qui a résisté au doute
hyperbolique.
Le morceau de cire : la force de la pensée est la conscience, l’entendement, la raison.
Le fondement de la connaissance est donc la raison
= rationalisme
2) Les limites du cogito : difficultés de la position de Descartes
Hume (1711-1776) : empiriste. Pour lui le sujet conscient ne se perçoit jamais comme un pur
sujet pensant distinct de ses sensations. Il est un sujet sentant avant d’être un sujet pensant.
L’esprit n’est « rien qu’un faisceau ou une collection de perceptions différentes qui se
succèdent les unes aux autres avec une rapidité inconcevable dans un flux et mouvement
perpétuels »
Il n’existe aucune impression, aucune idée du moi en dehors des sensations
multiples. : comment expliquer l’unité et l’identité personnelle ?
John Locke (1632-1704) : compare l’esprit humain à une feuille blanche (Tabula rasa
d’Aristote) C’est de l’expérience sensible que l’esprit tire toutes ses connaissances. = pas
d’idées innées, tout ce qui en nous a été acquis. (// Hegel)
Gassandi (1592-1655) : réfute l’immatérialité de l’âme , réfute le cogito, la théorie des idées
innées
Diderot : matérialiste qui critique le cogito (métaphore du clavecin) : le « je pense » vient de
quelque chose qui a déclenché la pensée.
Leibniz (1646-1716) : même formation et mouvement que Descartes. Partage l’innéisme de
Descartes mais s’oppose au climat ontologique de la conscience = théorie des petites
perceptions.
Kant (1724-1804) : résout la question de l’identité de la conscience avec elle-même par la
synthèse d’identification du sujet transcendantal défini comme « l’unité originairement
synthétique de l’aperception* » « Le « je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes
représentations »
Sujet transcendantal = je pense donc je suis = synthèse de l’unité de la personne malgré tout
ce qui se passe en elle. Les perceptions internes sont ramenées à une unité.
La conscience est le « je pense » qui assure l’unité de mes représentations et m’érige
en sujet de ma pensée. Sans elle, je ne serais qu’un chaos de perceptions sans liens.
3) La conscience comme intentionnalité
Husserl (1859-1938) : « Toute conscience est conscience de quelque chose » = la conscience
n’est pas une chose qui pense ou une âme ni même une substance, c’est un acte qui vise des
objets. = intentionnalité de la conscience. Elle ne peut pas exister par elle-même,
indépendamment des choses matérielles. Elle vise nécessairement son objet comme
extérieur à elle, il n’y a donc pas d’objet dans la conscience. La conscience se rapporte
toujours à quelque chose Méditations cartésiennes. Quand on s’étudie soit même, on se
scinde.
Heidegger (1889-1976) : « Le sujet est un être-là » « C’est l’existence qui précède les sens »
Sartre : « La conscience n’est rien que le dehors d’elle-même… C’est une fuite absolue, ce
refus d’être substance qui la constitue comme une conscience » Comme Hegel, il s’oppose à
la chosification de la conscience.
Hegel : Le monde est une médiation nécessaire entre nous et nous-mêmes : il ne s’agit pas
d’un monde brut et naturel mais d’un monde transformé, que nous avons façonné et qui
porte la marque de l’esprit
2 modes d’existence :
- En-soi : choses tjrs identiques à elle-même (immédiat) : Leur essence précède leur
existence
- Pour-soi : spécifique aux êtres humains. Il peut toujours être différent, n’est pas
enfermé dans une définition. L’homme se contemple, il se représente à lui-même, se
pense. S’acquiert théoriquement (introspection) et de manière pratique (transformer
le monde extérieur pour trouver ses propres déterminations) La conscience n’est pas
fixe, elle ne peut pas coïncider avec elle-même (rupture avec Descartes) : on se
projette hors de soi pour aller vers le monde. (médiat)
L’existence de l’homme précède son essence.
« De cette table je puis dire qu’elle est purement et simplement cette table. Mais de ma
croyance je ne puis me borner à dire qu’elle est croyance : ma croyance est conscience
de croyance » Sartre
La croyance n’est plus une substance mais du néant
La conscience n’est pas une chose renfermée sur elle-même, mais une ouverture au
monde. Toute conscience est une visée d’un objet.
La conscience est cette capacité qui permet à l’Homme de prendre ses distances par
rapport à ce qui est lui -même et le mode qui l’environne, c’est pour cette raison
qu’elle lui donne la possibilité de se tourner vers ce que doivent être les valeurs et
plus particulièrement la valeur du bien.
Par la conscience, l’homme, seul, existe : car « ex-sister » c’est sortir de soi, être à
distance de soi-même. Et par la conscience l’homme est libre dans sa possiblité de
dépasser ce qu’il est.
II. La conscience morale
Définition : Capacité de juger de la valeur de ses propres pensées, actions et celles d’autrui à
la lumière du bien et du mal. Ex : conflit moral, remords, culpabilité, scrupules…
A) La conscience morale est-elle universelle ?
Jean-Jacques Rousseau : La profession de foi du vicaire savoyard p 78 : La conscience serait
innée et universelle, un guide qui nous donne le repère, jugement infaillible car elle
proviendrait de Dieu en tant que cause du monde (=déisme)
Nous avons tous en nous une conscience morale qui nous a été donnée par Dieu en
tant qu’être suprême, c’est pourquoi elle est un juge infaillible du bien et du mal.
La conscience morale peut être assimilée à une petite voix dans notre tête
Kant :
cherche à montrer que notre intériorité s’explique par des lois morales (// avec l’univers qui
s’explique par la loi physique).
Pour lui la conscience morale nous parle au travers des devoirs. Elle doit se laisser guider par
l’impératif catégorique «Ca commande absolument la poursuite d’une fin et non le recours
de certains moyens d’avoir cette fin »
Il fait une morale prescriptive : implique que l’homme est libre : il existe des devoirs humains
mais on est libres de les faire ou pas.
Autre type de morale : morale pragmatique : voir par rapport au résultat d’une action
Pierre Bayle : « la moralité devrait être posée non pas dans les effets de nos actes mais dans
une règle de conscience » règle de conscience = loi morale de Kant
Kant : Pour lui la conscience morale repose sur la raison et la bonne volonté
Raison : nous dicte la loi, qui veut que toute action morale obéisse à une loi universelle.
Critique de la raison pratique « Agit de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse
toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle » cependant on
ne peut pas se fier aux sentiments pour juger du bien et du mal : on doit se tourner vers la
raison
Pour Kant, le devoir n’est pas un concept empirique et la conscience morale n’est pas ce qui
se fait mais ce qu’on doit faire (ex : esclavage qui n’est pas moral). Ce n’est pas parce qu’une
chose est légale qu’elle est légitime. Il change donc son texte « Agit seulement d’après la
maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle »
Les fondements de métaphysique des mœurs.
La bonne volonté choisit le bien. = puretédes intentions désinteressées qui dictent mon
action.
Comment savoir si sa maxime de vie est vraie : vérifier si elle est une loi universelle
B) Critique de l’universalité
Universalité contre dite par les sociétés, le temps…
John Locke : applique l’empirisme à la morale. Ce qu’on trouve dans la conscience morale
provient de l’extérieur, notamment l’éducation qui provoque en nous des mécanismes
associatifs. Ex : le mal est lié à la punition et à la douleur car les châtiments corporels sont la
règle = associations mentales.
Emile Durkheim : conscience morale = produit d’un conditionnement
critique sociologique : Les valeurs morales ne sont que l’expression des valeurs du groupe c-
a-d une façon collective de penser, agir sentir. Intermédiaire = institutions. Pour lui tous les
hommes ont une conscience morale dont le contenu varie selon le pays et la culture
d’origine.
Freud : la conscience morale est le résultat d’une éducation qui inhibe et refoule les pulsions
condamnées par la société. Conscience incarnée par le mi : tampon entre l’inconscient et le
surmoi
Si la conscience est fruit d’un conditionnement, elle devient contingente et relative : elle
perde son universalité
Critique de la critique : Les enfants reçoivent les valeurs morales de leurs parents
(punitions/récompenses) mais comment justifier ces choix de la part des parents. De plus
l’enfant recevrait passivement la punition/récompense ce qui n’est pas forcément vrai. Est-
on complètement marqués par nos sociétés ? On peut être en désaccord avec les normes
sociales (ex : esclavage)
Ordre social (un fait) ≠ idéal moral (droit par rapport à l’homme)
Les grandes oppositions à la société se sont faites par des valeurs morales
III. Critique de la conscience morale
Nietzsche :il fait une critique virulente de la morale en dénonçant les idéaux moraux et fait
de la conscience morale une négation de la vie
Dans ses livres il montre que les jugements moraux ne sont que des fausses interprétations
et que les valeurs sont prônées par des « vilains aseptiques » = image morale qui passe par la
souffrance.
Par-delà le bien et le mal : le bien et le mal seraient de fausses appellations : il s’intéresse à
l’homme mais pour lui il ne faut pas juger l’action humaine par rapport à des repères : il est
pour l’élan vital.
Il critique également le concept de vertu : il y a une motivation cachée derrière la séparation
du bien et du mal.
Il dit également que la morale est conditionnelle : chaque morale est différente et prend
racine dans la partie la plus irrationnelle de l’homme.
« J’appelle morale un système de jugement de valeurs qui est en relation avec les conditions
d’existence d’un être. » : def de la morale selon Nietzsche
Nietzsche classe les hommes selon 2 types de volonté de puissance :
La volonté de puissance forte : ascendante, dynamique, exalte la vie
La volonté de puissance faible : décadente, réactive, opposée à la vie, marquée par le
ressentiment et la haine
La morale commune serait une morale pour les faibles, instaurée par Socrate (un vilain
aseptique)
= invention des faibles pour se protéger des forts
« Cette invention flétrie les valeurs de la grande santé de la vie » : la morale s’oppose ainsi à
la vie car on « s’empêche de ». C’est une morale d’intériorisation et donc de répression de
nos instincts, de nos sentiments et de nos pulsions.
L’homme est devenu un être raisonnable
Développement du sentiment de culpabilité poussé notamment par la religion
L’homme est devenu malade de lui-même
D’après Nietzsche, l’idéal aseptique a été imposé aux forts par les faibles par la ruse. Ils les
font culpabiliser d’être forts = opposition à l’élan vital.
Nietzsche annonce ainsi la venue d’un surhomme qui libérera les hommes de la morale car il
incarnera les valeurs de la vraie vie
Théorie du surhomme : homme providentiel qui libérera les hommes de leurs chaînes pour
les emmener vers un élan vital.
=> Même s’il est un peu extrémiste dans sa manière de penser, Nietzsche nous ouvre les
yeux sur une morale trop puritaine qui se retourne contre l’homme et le rend malade au lieu
d’être à son service.
IV. Conclusion
2 niveaux de conscience :1) psychologique 2) morale
1) Descartes et son cogito critiqué par l’empirisme + intentionnalité de Sartre
2) Est-elle universelle ? oui : Rousseau et Kant. Non : empirisme et sociologie
Destruction de la conscience morale = Nietzsche
Il est essentiel de prendre en compte les critiques adressées à la vision classique de l’homme
si l’on veut se donner les moyens de mieux comprendre ce qu’est l’homme. Ainsi la vision
freudienne de l’homme nous paraît la plus adéquate à condition de ne pas remettre en
cause le fait que l’homme est essentiellement libre et responsable de ses actes et
accidentellement un être dirigé.