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Cartographie des Risques Naturels

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La mise en carte des risques naturels

Frédéric Leone, Freddy Vinet

To cite this version:


Frédéric Leone, Freddy Vinet (Dir.). La mise en carte des risques naturels. Presses universitaires de
la Méditerranée, 96 p., 2008, Géorisques, 978-2-84269-846-1. �hal-03050910�

HAL Id: hal-03050910


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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
La mise en carte des risques naturels

Diversité des approches

Sous la direction de
Frédéric Leone et Freddy Vinet

Collection « Géorisques » n o 2
Illustration de couverture : photomontage réalisé par les PULM à partir de cartes issues
du SIG RINAMED/GESTER, avec leur aimable autorisation
Sommaire

1 Introduction : La mise en carte des risques naturels : diversité des approches


Frédéric Leone et Freddy Vinet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7

Partie 1 La carte, support de connaissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

2 La cartographie historique des phénomènes vecteurs de risques naturels


Jean-Marc Antoine, Bertrand Desailly et Philippe Valette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

3 Le SIG narratif, outil de territorialisation du risque : mise en perspective géohistorique


du risque fluvial en milieu urbain et périurbain
Claire Combe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23

Partie 2 La carte, produit du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31

4 Cartographie de l’aléa inondation à Sommières (Gard, France)


Annick Tekatlian et Bruno Ledoux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

5 Modèles hydrologiques et décisions politiques


Bertrand Lemartinel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39

6 La vulnérabilité des réseaux routiers urbains face aux risques d’altération


Manuel Appert et Laurent Chapelon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47

Partie 3 La carte, outil de régulation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59

7 La cartographie réglementaire des risques naturels en Suisse, en Italie et en France


Anne Peltier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61

8 Les plans de prévention des risques : le point après 10 ans


Liliane Besson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69

Partie 4 La carte, instrument de communication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

9 Visualisation 3D de feux de forêts sur des modèles numériques de terrains de l’IGN


Sébastien Thon, Gilles Gesquière et Romain Raffin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
6

10 Architecture d’un portail Spatial OLAP pour l’analyse des données sur les aléas
naturels
Julien Iris, Aldo Napoli et Franck Guarnieri . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81

11 Le citoyen a droit à l’information sur les risques qu’il encourt en certains points du
territoire et sur les mesures de sauvegarde pour s’en protéger
Martine Tabeaud et Xavier Browaeys . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
1 Introduction : La mise en carte des risques naturels : diversité des
approches

Frédéric Leone et Freddy Vinet réglementaire (contraintes d’occupation du sol). La carte


Équipe d’accueil GESTER (Gestion des sociétés, des terri- est ainsi devenue un espace de connaissance, un support
toires et des risques), université Paul-Valéry, Montpellier III de concertation, parfois de conflit, autour de limites phy-
[Link]@[Link] siques à appliquer à un risque par définition virtuel, et donc
[Link]@[Link] pas toujours accepté. Cette démarche de prévention doit
pourtant être pérennisée. On doit favoriser progressivement
Le besoin de cartes n’est plus à démontrer. La généralisa- l’appropriation et le respect local de procédures imposées
tion des outils informatiques et la demande toujours plus assez brutalement par l’Etat central. Il convient pour cela
grande d’information des populations exposées aux risques de porter l’explication sur les raisons du choix des limites
ont décuplé la demande d’information cartographiée. Les géographiques retenues. Beaucoup de conflits pourraient
nouvelles procédures mises en place en France liées à la loi être atténués si les experts impliqués dans ce zonage du
« risques » du 30 juillet 2003 et au décret du 15 février 2005 risque prenaient le temps d’expliquer les incertitudes cumu-
sur l’information des populations des zones à risques de- lées de leur démarche et de convaincre les décideurs locaux
vraient renforcer cette tendance. Cependant, ce phénomène du principe de précaution qui s’impose en de telles circons-
n’est pas propre à notre pays ; il tend à devenir universel. tances, pour des phénomènes aux limites bien floues, mais
Dans des sociétés judiciarisées, attachées à la propriété indi- aux implications foncières et économiques très claires.
viduelle du bien, la limite cartographique et la qualification
de l’espace ont pris une importance fondamentale. Après Mais la cartographie des risques ne se borne pas à ces
le tsunami qui dévasta l’Asie du sud est le 26 décembre considérations sécuritaires et juridiques d’actualité. Dans
2004, Les communautés villageoises entreprirent avec l’aide le monde des géographes, les productions cartographiques
des ONG et des autorités locales un travail de cartographie traitant des risques d’origine naturelle sont riches et va-
participative. Il s’agissait de se réapproprier l’espace et de riées en échelles, en contenus et en objectifs. Elles relèvent
sceller les contours des parcelles afin de reconstruire sur souvent d’approches exploratoires, rarement uniformisées,
un espace entièrement dévasté où routes, chemins, haies, explicatives ou prédictives de processus souvent complexes
arbres avaient été emportés et où les cadastres avaient dis- dont on cherche à poser les limites. Des premiers indices
paru ou n’existaient pas. La catastrophe, expression tangible de l’aléa à la modélisation spatiale des pertes, ces produc-
du risque a obligé à une remise à plat de l’espace et une tions proposent un vaste panel d’approches, manuelles ou
(re)mise en carte des espaces dévastés, mise en carte qui a assistée par l’informatique, visant toutes à synthétiser de
constitué un préalable indispensable au processus de recons- l’information géographique utile à la prévention et à une
truction. connaissance durable de nos territoires.

En France, la cartographie des risques à l’échelle locale a Ce volume exploite la plupart des communications issues
pris son essor au début des années 70 suite aux évènements des deuxièmes rencontres Géorisques qui se sont tenues à
du Roc des Fiz (coulée de débris, 72 morts) et de Val d’Isère Montpellier le mardi 7 février 2006 sur la cartographie des
(avalanche, 39 morts). Ces deux catastrophes ont initié les risques naturels (co-organisation Master 2 pro. en Gestion
premières démarches standardisées ZERMOS (zones expo- des Catastrophes et des Risques Naturels et équipe GESTER
sées aux risques de mouvements du sol et du sous-sol) et de l’Université Montpellier 3). Il se propose de décliner en
CLPA (carte de localisation probable des avalanches), re- quatre points et sans prétendre à l’exhaustivité, différentes
layées sur un plan réglementaire par les premiers PER (Plans utilisations de la carte en géographie des risques naturels et
d’Exposition aux Risques) et zonages R111-3, en particulier les problèmes afférents.
dans les départements alpins. La généralisation des PPR
depuis 1995 (Plans de Prévention des Risques) a défini- La carte est un outil de visualisation de l’information brute.
tivement placé la carte au cœur du dispositif français de Avant d’énoncer l’aléa, il s’agit de recueillir les informations
prévention territoriale et d’appropriation des risques natu- nécessaires à son élaboration. J. M. Antoine, B. Desailly et
rels, dans sa version informative (localisation des aléas) et Ph. Valette ont participé au recueil et à la cartographie des
8 La mise en carte des risques naturels : diversité des approches

phénomènes naturels vecteurs de risque dans les Pyrénées bien réelle. Anne Peltier expose en détail tous les enjeux
Centrales. Ils soulignent que cette pratique est maintenant liés à la cartographie réglementaire des risques naturels en
quasi systématique dans les services de l’Etat chargés de la Italie, en France et en Suisse. Les questions portent sur le
prévention des risques naturels. Ils soulignent le caractère choix de l’aléa de référence, c’est-à-dire l’intensité d’aléa
délicat du passage de l’information historique à la cartogra- qui délimitera l’espace soumis à des contraintes ou prescrip-
phie historique pour des phénomènes dont les contours ne tions préventives, mais aussi sur les imprécisions liées au
sont pas très bien connus. Cette responsabilité est d’autant changement d’échelle. La carte peut être aussi modifiée et
plus forte que ce type de carte sert désormais d’outil de sen- instrumentalisée pour servir des intérêts politiques et écono-
sibilisation du public à la réalité du risque. Dans les travaux miques locaux. Elle reflète finalement la relation des sociétés
de C. Combe, la mise en perspective historique du risque est avec le risque naturel. A. Peltier montre par exemple que
facilitée par la constitution de « SIG narratif » exposés pour le choix du nombre de zones et leurs dénominations dans
une portion de la vallée du Rhône dans ce volume. La re- les documents réglementaires n’est pas anodin. Le canton
constitution cartographique des interactions fleuves/société du Valais introduit des « zones de danger résiduel » souli-
dans la région lyonnaise sur 150 ans éclaire le travail de gnant par là que des espaces sont soumis à une part de
l’ingénieur hydraulicien en mettant en évidence les rythmes risque incompressible, irréductible avec laquelle il faut com-
d’évolution du fleuve et les impacts de la gestion du bassin poser. L’acceptation de l’illusion du risque zéro a permis de
versant sur la dynamique du corridor fluvial. déboucher sur la cartographie des zones à risque détermi-
née en fonction d’objectifs de protection à atteindre et non
L’étape suivante est logiquement la modélisation qui satisfait pas comme une interdiction pure et simple de toute occu-
un besoin de généralisation et de comparaison des informa- pation du sol. En France, dix ans après la mise en œuvre
tions recueillies. La production de cartes par des modèles des PPR, L. Besson souligne des difficultés d’application
hydrauliques (A. Tekatlian & B. Ledoux) ou sismologiques qui résultent d’un problème de fond toujours d’actualité :
transforme l’information factuelle en carte théorique d’aléa. celui de la définition de la responsabilité et du domaine de
Cette étape, coûteuse, est indispensable dans les zones à fort compétence de chacun des partenaires (État, collectivités
enjeu même si elle connaît des limites comme le souligne territoriales, particuliers) vis-à-vis de ces questions. En effet,
B. Lemartinel qui s’interroge par ailleurs sur la pertinence tant que ces domaines ainsi que leurs limites ne seront pas
du choix de la crue historique connue la plus forte comme nettement établis, il ne pourra pas y avoir de doctrine claire
aléa de référence dans la gestion du risque inondation. En selon L. Besson. On peut d’ailleurs se demander si ce flou
effet, doit-on fonder la carte sur l’événement maximal connu artistique n’est pas savamment entretenu. En effet, il permet
alors que cet événement est original et unique de par son aux services instructeurs des P.P.R. de transcrire avec une
scénario et qu’il a peu de chance de se reproduire à l’iden- grande souplesse les instructions nationales, ce qui explique
tique ? Le choix de l’aléa de référence et sa justification la grande diversité de la cartographie dans les PPR (couleurs
scientifique et politique sont au cœur de la problématique employées, nombre de zones...)
de la cartographie des risques.
La carte est par nature un support de communication. Fruit
Car, ce n’est pas seulement l’aléa en tant que tel qui déter- du modèle et couplée à des scénarios spatialisés, elle per-
mine le risque. Ce dernier peut être exacerbé par la nature met de synthétiser graphiquement des processus parfois
intrinsèque d’un système vulnérable particulier. Ainsi M. Ap- complexes dans un objectif d’aide à la décision ou de sensibi-
pert et L. Chapelon montrent par le biais de la modélisation lisation du grand public. S. Thon, G. Gesquière et R. Raffin
graphique que la structuration hiérarchique des réseaux est nous proposent ainsi un logiciel d’aide à la sensibilisation et
un critère de vulnérabilité (perte d’accessibilité) amplifié par à la décision pour démontrer les effets de la pratique du dé-
la qualité des infrastructures et le fonctionnement différen- broussaillement. Cette application permet de simuler et de
cié des voies. Une action anticipatrice de mise en sécurité visualiser la propagation du feu sur des terrains réels selon
des tronçons les plus stratégiques peut alors être envisa- différents scénarios de débroussaillement définis graphique-
gée pour atténuer les conséquences d’un aléa naturel sur le ment par l’utilisateur. Le cœur de l’application consiste en
fonctionnement du réseau routier urbain de Montpellier. une représentation en trois dimensions d’une simulation de
propagation de feu combinée avec un Système d’Informa-
Les aléas naturels exercent certes une contrainte sur les so- tion Géographique. Dans le même esprit, J. Iris, A. Napoli
ciétés mais c’est aussi le cas des mesures de prévention et et F. Guarnieri montrent comment la modélisation multidi-
de protection qui leur sont associées dans une démarche mensionnelle peut être un support pour l’aide à la décision
P.P.R. par exemple. De la sorte, la carte devient un support sur les risques naturels. La démonstration s’appuie sur une
de régulation de l’utilisation des territoires à risque. La pro- technologie d’analyse spatiale (OLAP) qui offre la possibi-
cédure d’élaboration des Plans de Prévention des Risques lité aux utilisateurs d’explorer avec plus de flexibilité des
en France et leurs équivalents à l’étranger achoppe in fine indicateurs de risque précalculés à différentes échelles de
sur la transformation d’un aléa naturel par définition hy- décision. M. Tabeaud et X. Broweays posent la question
pothétique et immatériel en une contrainte réglementaire de l’efficacité et de la dimension interactive souvent limitée
Frédéric Leone et Freddy Vinet 9

des supports cartographiques traditionnels (DCS, DDRM) grande créativité scientifique et un outil commun à de
d’information sur les risques. Ils proposent le développe- nombreuses disciplines. Elle représente un support fonda-
ment de supports vidéo pour favoriser la connaissance et mental de connaissance mais aussi un espace de concer-
l’appropriation des risques par les populations concernées. tation et de prise de décision efficace pour la préven-
tion et la gestion des risques. On ne peut qu’encoura-
À l’issue des ces lectures, la cartographie des risques ou ger cette forme de représentation des risques, qui les
de certaines de ses composantes montre une grande di- rend un peu plus tangibles et qui favorise in fine leur
versité d’approches, de visages et de productions. Elle intégration dans les documents de planification territo-
apparaît ici comme l’expression synthétique d’une très riale.
Partie 1

La carte, support de connaissance


2 La cartographie historique des phénomènes vecteurs de risques
naturels

Jean-Marc Antoine, Bertrand Desailly et 1998 ; Antoine, Desailly, 2001), ou encore le traitement
Philippe Valette de longues séries hydrométriques pour l’analyse statistique
GEODE U.M.R. 5602 C.N.R.S. Maison de la Recherche, Uni- des crues, l’utilisation de l’information historique dans les
versité de Toulouse-le-Mirail, 5 allées Antonio Machado, politiques de gestion du risque est d’un usage récent, en
F-31058 Toulouse Cedex 9 particulier sous sa forme cartographique. Ce dernier type de
antoine@[Link] document présente pourtant d’incontestables atouts, mais
desailly@[Link] aussi des limites, tant dans son interprétation que dans sa
valette@[Link] réalisation.

Résumé. — Le recours à l’information historique est au-


jourd’hui devenu une pratique courante chez les services
gestionnaires des risques naturels en France. De nombreux 2.2 Intérêts et limites d’une cartographie
documents, à usage interne des administrations ou bien à historique des phénomènes vecteurs de
caractère réglementaire, intègrent explicitement cette in- risques naturels
formation, très souvent traduite sous forme cartographique.
Des équipes de recherche universitaires travaillent paral- 2.2.1 De l’information historique à la cartographie
lèlement sur ce thème, comme le laboratoire GEODE de historique
l’Université de Toulouse — Le Mirail. Cet article se pro- Le premier document officiel à tenir compte de l’information
pose d’illustrer, à partir de quelques exemples, la diversité historique est le Plan de Surface Submersible (PSS), insti-
de la cartographie historique des phénomènes naturels vec- tué en 1935, et qui délimite l’emprise des Plus Hautes Eaux
teurs de risques, ses intérêts et ses limites, ainsi que les Connues (PHEC) (Garry, 1994). Les Cartes de Localisation
problèmes de réalisation qu’elle suscite. Probable des Avalanches (CLPA), initiées en 1970 par le
Mots-clés. — Risques naturels, Carte, Cartographie, His- CEMAGREF, ont été en partie réalisées sur la base des évé-
toir, Archives. nements maximaux observés. Il faut cependant attendre les
Plans d’Exposition aux Risques Naturels Prévisibles (PER)
Title. — The historical cartography of natural hazards en 1984, pour que l’information historique soit plus sys-
Abstract. — Nowadays, resorting to historical information tématiquement utilisée dans les méthodes permettant de
has become a widespread practice among the departments recenser et de quantifier les risques sur un territoire. Le PER
in charge of natural hazards in France. Several documents comprenait notamment une Carte Informative des Crues His-
for internal use by the public services or statutory, inte- toriques (CICH) qui montrait l’extension et les conséquences
grate this historical data explicitly which is often rendered dommageables des plus grandes crues connues. La transfor-
through maps. Some university research group work at the mation du PER en Plan de Prévention des Risques Naturels
same time on this topic — the GEODE laboratory of the Prévisibles (PPR) par la loi Barnier en 1995 a confirmé cette
University of Toulouse — Le Mirail, for instance. We intend approche. De la même manière, c’est dès les années 1980
here to illustrate from a few examples the diversity of the que les documents internes 1 des ministères et des services
historical cartography of natural hazards, its interests, its gestionnaires (DDE, DDAF, RTM/ONF, DIREN...) intègrent
limits and the problems of achievement entailed. l’information historique dans l’évaluation fréquentielle et
Key-words. — Natural hazards, Map, Cartography, His- spatiale des aléas. Ce recours à l’information historique sur
tory, Archives les risques naturels s’est logiquement traduit ensuite dans

1 Par exemple, les Études sur les crues fluvio-torrentielles et le ruissellement ur-
2.1 Introduction bain lancées en 1993 par la Délégation aux Risques Majeurs du Ministère
de l’Environnement sur 24 départements du sud de la France, les Enquêtes
de programmation des actions RTM (Services de Restauration des Terrains
Si l’on excepte les pratiques vernaculaires d’occupation du en Montagne, ONF/DDAF), ou encore l’Étude hydrologique sur les crues du
sol ou de conception de l’habitat (Barrué-Pastor, Barrué, Tarn (DIREN Midi-Pyrénées).
14 La cartographie historique des phénomènes vecteurs de risques naturels

les diverses formes de cartographie informative à propos du cartographie historique face à des phénomènes inégalement
zonage de l’aléa 1. répertoriés dans les archives : rares sont ainsi les relations
Du point de vue scientifique, l’approche historique des de glissements de terrain et de chutes de blocs, alors que
risques naturels et des catastrophes est une démarche déjà celles d’inondations et de crues torrentielles sont bien plus
ancienne, notamment comme un des volets permettant nombreuses.
d’aborder plus largement l’histoire de l’environnement. Ainsi
le montrent les travaux pionniers du laboratoire GEODE : 2.2.3 Une approche de l’intensité et de la fréquence de
représentations graphiques de l’information historique (De- l’aléa à grande échelle
sailly, 1990), puis représentations cartographiques des phé- À l’échelle cadastrale (1/5 000 e, 1/10 000 e), la cartographie
nomènes et des chronologies historiques (Antoine, 1989 et historique est un moyen simple de visualiser rapidement
1992 ; Antoine, Desailly, Métailié, 1994 et 1995). Au-delà, la l’intensité des aléas. Mais cet intérêt reste variable ici aussi
production de ce type sans doute la plus connue est la Carte selon les phénomènes considérés.
de sismicité historique de la France établie par le Bureau de Ainsi peut-on tracer précisément à ces échelles les enve-
Recherches Géologiques et Minières 2. loppes de champs d’inondation, de champs d’épandage des
Le transfert des résultats de la recherche vers la gestion laves torrentielles, ou encore les distances maximales par-
des risques s’est formalisé par l’établissement de chronolo- courues par la neige ou les blocs (Antoine, Desailly, Métailié,
gies détaillées (Antoine, 1992), la conception de bases de 1994). Ces limites d’emprises spatiales maximales connues
données informatisées (Antoine, Desailly, 1996 et 2000), sont capitales dès lors qu’il s’agit d’établir des documents de
mais aussi par une représentation cartographique de ces zonage, qu’il s’agisse d’occupation des sols (PLU, SCOT...)
séries événementielles (Barrué-Pastor, Métailié, dir., 1993 ; ou de cartographie réglementaire (PPR). Mais encore une
Antoine, Desailly, 2001 et 2003 ; Antoine, Desailly, Valette, fois, que valent ces indications pour certains phénomènes, in-
2005). Qu’apporte finalement une cartographie de ce type et cendies de végétation par exemple ? L’enveloppe territoriale
quelles en sont les limites ? Il ne peut y avoir de réponse tran- affectée par un incendie dépend en effet d’un grand nombre
chée à ces questions, tout dépendant finalement de l’échelle de variables aléatoires. Par ailleurs, même pour des phéno-
spatiale retenue et de l’aléa considéré. mènes récurrents, la connaissance des emprises maximales
ne saurait constituer une indication susceptible à elle seule
2.2.2 Le recensement des sites à risques à moyenne et de prévoir l’extension actuelle des phénomènes, l’informa-
petite échelle tion historique n’étant pas toujours aujourd’hui significative
L’intérêt d’une cartographie historique réside d’abord dans et pertinente (cf. plus loin).
le recensement des sites à risque, les mêmes événements De la même manière, la cartographie historique permet de
se reproduisant souvent aux mêmes endroits. Certains phé- donner une première estimation de la fréquence des phé-
nomènes tels l’inondation peuvent se passer de la caution nomènes sur les sites, dans la mesure bien sûr où tous les
historique. Mais il en est d’autres pour lesquels cette caution événements connus y sont répertoriés. Mais ici aussi, cette
est primordiale, comme par exemple les crues torrentielles indication ne vaut que pour des phénomènes répétitifs, alors
sur les cônes de déjection. Si certains cônes ont une activité que certains sites n’ont connu qu’un seul événement au cours
torrentielle notoire et inscrite dans la mémoire collective, de l’histoire. D’ailleurs, que ce soit en matière d’intensité ou
d’autres au contraire n’ont connu qu’un seul événement au- de fréquence, les indications historiques ne permettent pas
jourd’hui oublié. de faire l’économie d’expertises géotechniques et du test de
A contrario, l’information et la cartographie historiques sont modèles mathématiques, que l’information historique per-
bien moins utiles pour certains phénomènes, chutes de blocs met d’ailleurs parfois de valider (modèles hydrauliques, de
ou effondrements karstiques par exemple, pour lesquels on trajectographie des blocs ou des coulées de neige, analyse
pourrait dire trivialement qu’une fois qu’ils sont survenus statistique des crues...)
sur un site donné, il y a peu ou pas de chance qu’ils s’y re-
produisent. La cartographie historique permet tout au plus Enfin, la connaissance de l’intensité et de la fréquence his-
d’attirer l’attention à l’échelle d’une vallée sur certaines cor- toriques des phénomènes présentent un intérêt scientifique
niches fragiles ou versants instables. Ce que, par ailleurs, pour l’histoire de l’environnement, la dynamique historique
un simple examen géologique ou géomorphologique aurait des phénomènes pouvant être corrélée à d’autres dyna-
permis de faire. On doit en outre relativiser l’intérêt d’une miques environnementales telles que l’occupation du sol
ou les évolutions climatiques (Antoine, à paraître).
1 En particulier lors de la confection des Atlas des zones inondables, initiés
sur la Loire par le Ministère de l’Environnement en 1990, et conduits en- 2.2.4 La sensibilisation des acteurs
suite par les DIREN sur les autres grands fleuves français, ou encore de Le dernier intérêt de la cartographie historique, et non des
la Cartographie informative des phénomènes naturels à risques sur la chaîne moindres, réside dans son statut de média. Mais dans ce
des Pyrénées, actuellement conduite par la DIREN Midi-Pyrénées et dont il
est question plus loin.
contexte également, la remémoration des événements pas-
2 Elle peut être consultée de même que la base de données qui lui est atta- sés par du texte, de l’image ou de la cartographie, a des
chée sur le site internet suivant : [Link] effets contrastés. Elle peut, dans le cas d’événements trop
Jean-Marc Antoine, Bertrand Desailly et Philippe Valette 15

lointains dans l’Histoire, les faire passer pour révolus et ainsi crues depuis le XVIII e siècle : on y retrouve sans surprise
impulser un faux sentiment de sécurité. les vallées cévenoles et les environs immédiats de Nîmes
Mais le recours à l’histoire est aussi un formidable outil de (figure 2.1 p. 15). Elle permet aussi d’avoir une idée de la
communication et de sensibilisation pour les services de hiérarchie des catastrophes, avec au sommet un événement
l’État gestionnaires du risque. La force de persuasion d’une atypique : l’envahissement par les eaux de la Cèze et de
cartographie présentant un espace familier concrètement deux de ses affluents des galeries de la mine de charbon
touché par un phénomène passé dépasse de loin tous les de Bordezac, près de Bessèges, en 1861 (Antoine, Desailly,
discours d’experts, aussi argumentés soient-ils, sur le risque Gazelle, 2001).
actuel et ses incertitudes. En tout cas, cette cartographie
permet toujours de les rendre plus crédibles aux yeux des
acteurs concernés. Cette « authentification » par l’Histoire est 1900
1861

souvent décisive dans la prise de conscience de la population 1857


Ar

che

ou des acteurs économiques, mais aussi des élus, aujourd’hui 1958


1958
1772 1958
1970
acteurs centraux de la gestion des risques et des catastrophes 1976 1958
1846
1909
Mont Aigoual
1604 Cèze
1909 Bagnols/Cèze
et interlocuteurs principaux de l’État dans la mise en place 1565 m
1888
1741
Hérau Alès
lt
des PPR. Valleraugue
1958
1815
1834 1924
Anduze
1861
1958
Pour autant, cette sensibilisation par le biais de l’histoire 1890
1858 1958
1958
1863 Gard
1890 1933
doit éviter de verser dans l’actualisme, en transposant direc- 1933 Rh
ôn
e
1723
1857
tement au présent des événements et des contextes passés.

Vidourle
1988
1863
Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes 1723
1907
1868
Nîmes 1909
effets. Si on reprend l’exemple des crues torrentielles sur Sommières
1723 a
1938
1723 b 1909
les cônes de déjection, la distribution des épandages sur le
1857
cône reste aléatoire, ceux-ci dépendant du point de débor-
dement sur le cône, et ayant tendance d’ailleurs à se décaler J.-M. Antoine, B. Desailly, F. Gazelle 0 10 20 30 km
GEODE UMR 5602 CNRS
sur l’une ou l’autre marge par rapport aux précédents. Que
Nombre de victimes indéterminé
vaut également la connaissance des PHEC si on ne tient pas 1940 Date d'événement meurtrier
compte de l’incision du chenal fluvial ou de l’occupation 2 5 10 20 50 100 victimes Altitude supérieure à 200 m.

récente des lits majeurs par des bâtiments et infrastructures


diverses ? Fig. 2.1 Les crues meurtrières dans le département du Gard
D’un autre côté, il y a un danger à faire passer pour sûrs (xvii e-xx e siècles) (Antoine, Desailly, Gazelle, 2001)
des sites ne présentant aucune manifestation historique de
phénomène. Qu’il s’agisse d’une réalité, ou que cette ma- L’approche cartographique permet aussi d’illustrer la chro-
nifestation n’ait pas été répertoriée par les archives, rien nique d’une « année terrible », par exemple 1765, année
n’exclut une activité future. marquée dans le Sud Ouest de la France par une répétition
L’information et la cartographie historiques ne peuvent donc tout à fait remarquable d’inondations figure 2.2 p. 16). De
passer pour des outils d’aide à la décision en soi, mais elles mai à décembre, cinq événements de ce type sont signalés
peuvent alerter, affiner ou même confirmer les expertises, dans les Pyrénées, dont trois à l’origine de dégâts importants.
ce qui est déjà d’une incontestable utilité. Certains d’entre eux n’ont concerné que quelques vallées de
la partie centrale de la chaîne. L’inondation du 20 au 22
juin en revanche est tout à fait inhabituelle par son exten-
2.3 Des représentations cartographiques sion spatiale, de la haute vallée du Gave de Pau aux bassins
variées versants méditerranéens de l’Aude et de la Têt (Antoine,
Desailly, Métailié, 1996).
L’information historique relative aux risques naturels peut La haute vallée du Gave de Pau, dans les Hautes-Pyrénées,
donner lieu à de nombreux types de représentations carto- apparaît à bien des égards comme « la vallée aux catas-
graphiques. On se limitera ici à quelques exemples tirés de trophes » au sein de la chaîne, ce qui ne l’a pas empêché
travaux réalisés au cours des quinze dernières années par de connaître une ancienne et importante fréquentation tou-
des chercheurs du laboratoire GEODE. ristique. Comme nombre de vallées voisines, elle a connu
dans les dernières décennies du XIX e siècle une série d’évé-
2.3.1 Quelques exemples dans le sud de la France nements catastrophiques de diverses natures : crues torren-
Le département du Gard a connu au cours de l’histoire un tielles, mouvements de terrain et avalanches. S’agissant de
certain nombre de crues meurtrières. La localisation et le traduire cartographiquement cette crise, la difficulté était
nombre des victimes ont pu être précisés grâce à l’exploita- de représenter à la fois la fréquence et l’intensité de chaque
tion de trois types de sources : documents d’archives, presse phénomène. Le choix a donc été d’attribuer une double signi-
locale et régionale, ouvrages et articles anciens. La carte fication à chaque figuré (figure 2.3 p. 17). Cette carte trouve
permet de visualiser les secteurs les plus éprouvés par les son principal intérêt replacée dans une série de cartes simi-
16 La cartographie historique des phénomènes vecteurs de risques naturels

Agen Agen
3 mai Moissac Aveyron Millau 20-22 juin Moissac Aveyron Millau

Baïse

Baïse
Montauban Montauban

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Ga
Midouze Midouze

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Agen Agen
19-20 juillet Moissac Aveyron Millau août et décembre Moissac Aveyron Millau

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Crues attestées par les documents Crues probables Arreau Dommages importants

J.-M. Antoine, B. Desailly, J.-P. Métailié


GEODE UMR 5602 CNRS

Fig. 2.2 Les crues de l’année 1765 dans le Sud-Ouest de la France (Antoine, Desailly, Métailié, 1996)

laires, couvrant les trois derniers siècles par pas de 25 ans. − l’échelle de la carte : régionale, « intermédiaire » ou lo-
L’objectif était de visualiser les « rythmes catastrophiques » cale.
dans cette partie des Pyrénées (Antoine, Desailly, Métailié, − l’espace de référence : unité administrative (commune,
1994). département, etc.) ou bien naturelle (bassin versant,
Certaines sources, notamment des rapports d’ingénieurs des cône de déjection torrentiel, etc.)
Ponts-et-Chaussées ou des Eaux-et-Forêts, peuvent donner − l’objet cartographié : le phénomène physique à l’origine
lieu à la réalisation de cartes à une échelle quasiment cadas- d’une catastrophe ou bien les conséquences humaines
trale. L’inondation du 23 juin 1875 constitue la catastrophe de ce phénomène.
de référence dans les Pyrénées centrales et sur leur piémont, − le pas de temps considéré : un instantané sur un événe-
avec un demi millier de victimes au total. Le Val d’Ariège ment précis ou bien la répétition d’événements sur une
fut sévèrement touché, le village de Verdun, bâti sur un période plus ou moins longue, de quelques décennies à
cône de déjection torrentiel, enregistrant à lui seul 81 morts. plusieurs siècles.
Quelques kilomètres à l’amont, un autre cône de déjection, Les valeurs prises par chacun de ces critères peuvent théo-
celui du Lagal à Perles-et-Castelet, fut également balayé par riquement se combiner de multiples façons, débouchant
une lave torrentielle, qui ne fit qu’une seule victime mais sur une grande variété de représentations cartographiques.
recouvrit largement l’emprise actuelle de la R.N. 20 et en- L’éventail des cartes envisageables s’avère dans la pratique
vahit une partie du village. L’extension des dépôts, estimés plus limité, pour trois raisons au moins. La réalisation du
à 98 000 m 3, a pu être cartographiée (figure 2.4 p. 17). Ce document peut s’inscrire dans un programme de recherche
type d’approche présente un intérêt évident dans la perspec- fondamentale, ce qui offre une certaine liberté de choix au
tive d’un zonage du risque à l’échelle communale (Antoine, chercheur ; elle vient aussi fréquemment en réponse à une
Desailly, Métailié, 1994). demande sociale, en l’occurrence, celle d’un service admi-
nistratif impliqué dans la gestion des risques naturels (DDE,
2.3.2 Réflexions pour une typologie des cartes DIREN...), qui définit alors un cahier des charges précis. Ces
historiques des phénomènes vecteurs de risques organismes tendent notamment à imposer des échelles de
naturels travail qui leur sont familières, habituellement comprises
L’ensemble de ces productions peut faire l’objet d’une clas- entre le 1/10 000 e et le 1/50 000 e.
sification selon plusieurs critères. On retiendra notamment Le choix est par ailleurs influencé par l’abondance et la na-
(la liste n’est pas limitative) : ture des sources historiques mobilisées. La règle, qui souffre
Jean-Marc Antoine, Bertrand Desailly et Philippe Valette 17

1889
1895
1897
2000

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1875 1886 160
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1879 1887

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1882 1897

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1895

1898

1875 2400

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1876
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1895 1880
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1875 G av
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1881
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1892

1890
Gavarnie
Fig. 2.4 Les laves torrentielles du 23 juin 1875 à Perles-et-
20
00 Castelet (Ariège) (manquante)
0 5 km

s’apparenter à un travail de bénédictin. La cartographie his-


1 ou 2 avalanches 1 ou 2 inondations torique des risques naturels est ainsi fréquemment le résultat
ou avalanche importante
3 à 5 inondations
plus de 5 avalanches ou inondation très forte
d’un compromis entre diverses contraintes.
ou avalanche exceptionnelle
plus de 5 inondations
ou inondation exceptionnelle

1890 date d’événement


mouvement de terrain
1895 date d’événement destructeur
2.4 La carte d’historicité des phénomènes
J.-M. Antoine, B. Desailly, J.-P. Métailié vecteurs de risques naturels dans les
GEODE UMR 5602 CNRS
Pyrénées
Fig. 2.3 Les catastrophes naturelles dans le haut bassin du
Gave de Pau. 1875-1899 (Antoine, Desailly, Métailié, 1994) Nous allons enfin présenter plus longuement la Carte d’his-
(manquante) toricité des phénomènes naturels vecteurs de risques dans les
Pyrénées, élément d’une opération plus vaste de cartographie
bien entendu des exceptions, est que ces sources gagnent informative des phénomènes naturels à risques dans les Pyré-
en précision au fur et à mesure que l’on se rapproche de la nées, initiée par la DIREN Midi-Pyrénées en 2002. La réalisa-
période récente. Pour les périodes les plus lointaines, on car- tion de cette carte a été confiée au laboratoire GEODE, pour
tographiera donc plutôt les conséquences humaines des phé- les deux départements de l’Ariège et de la Haute-Garonne.
nomènes, sans pouvoir atteindre une grande précision dans L’information provient de la base de données « événements »
les localisations. Des cartes représentant l’extension précise utilisée par le service RTM Pyrénées, actualisée par des re-
de phénomènes physiques (terrains recouverts par les eaux, cherches bibliographiques et archivistiques (Archives Natio-
dépôt torrentiel, trajectoire d’avalanche, etc.) sont en re- nales, Départementales, Communales).
vanche envisageables pour les périodes plus récentes (XIX e
et XX e siècles). Le chercheur se trouve cependant confronté 2.4.1 Présentation générale
au problème majeur de l’hétérogénéité géographique des La carte permet d’avoir une vision d’ensemble, sur un secteur
sources. Très abondantes en certains lieux, elles peuvent donné, de l’historicité des événements. Ce type de cartes
manquer presque totalement à quelques kilomètres de là. apporte l’essentiel de l’information historique, sous forme
En Roussillon par exemple, l’information historique sur les synthétique, de sorte qu’un non spécialiste de la question
crues de la Têt est beaucoup plus riche que celle relative aux est capable de l’utiliser facilement.
crues du Tech et de l’Agly (Desailly, 1990). Néanmoins, réaliser un tel document n’est pas aisé, plusieurs
Enfin, l’importance — et donc la durée — du travail de difficultés devant être surmontées. La première d’entre elles
traitement de l’information n’est pas la moindre contrainte. réside dans le fait que beaucoup d’événements ne sont pas
Certains plans précis établis par des ingénieurs à la fin du localisés ou plutôt sont localisés de manière imprécise. Autre
XIX e siècle peuvent ne nécessiter qu’une simple « remise au obstacle, certains événements, comme les avalanches par
goût du jour » ou un calage sur un fond topographique ac- exemple, peuvent être surreprésentés, ce qui d’une certaine
tuel. Cartographier à l’échelle communale les dommages manière brouille quelque peu l’information puisque ces évé-
causés par une crue du XIX e siècle, à partir de listes de pro- nements sont très bien renseignés, décrits et inventoriés
priétaires sinistrés et du plan cadastral napoléonien, peut depuis quelques décennies.
18 La cartographie historique des phénomènes vecteurs de risques naturels

Fig. 2.5 Carte d’historicité des phénomènes naturels vecteurs de risques dans les Pyrénées. Département de la Haute-
Garonne (extrait)

On peut rajouter un autre obstacle pour réaliser ce type vements de terrain par exemple. Bien évidemment, cette
de document, qui est lié aux sources historiques souvent exhaustivité est beaucoup moins nécessaire pour des évé-
incomplètes, problème déjà évoqué précédemment. D’où le nements pouvant se répéter chaque année sur un même
choix — guidé aussi par des questions de lisibilité — de site comme les avalanches par exemple. Si l’exhaustivité est
ne mentionner que les années des événements, et non les recherchée dans ce type de carte, on ne la retrouve plus
jours et les mois précis. De plus, les cartes indiquent par une dans trois cas bien précis : des événements trop difficiles à
étoile blanche les dommages matériels importants et une localiser, des événements trop répétitifs d’intensité réduite
étoile noire le nombre de victime pour les phénomènes les et des événements à caractère anecdotique.
plus importants. D’un point de vue technique, les cartes ont été réalisées avec
Enfin, la dernière difficulté est liée aux types de phénomènes le logiciel Corel Draw à partir des cartes topographiques
cartographiés (crue rapide ou torrentielle, crue lente, ravi- IGN au 1/50 000 e. Les cartes au 1/25 000 e n’ont pas été
nement, avalanche, chute de blocs, glissement de terrain) retenues en raison de l’imprécision relative de nombreuses
qui ne sont pas de même nature. La distinction se fait es- localisations d’événements). Les cadres des cartes ont été
sentiellement par la couleur : magenta pour les avalanches, fixés en fonction des limites d’impression (format A3), avec
gamme de bleus pour les crues, gamme de jaune brun pour le souci d’englober la totalité du territoire communal des
les mouvements de terrain, orange pour les ravinements. communes concernées.
En outre, un des principes de base des cartes d’historicité
est de tendre vers l’exhaustivité. Antérieurement à 1950, 2.4.2 Deux exemples (Haute vallée de la Pique et Val
les phénomènes naturels vecteurs de risques ont été assez d’Ariège)
bien répertoriés dans les archives car ils sortaient de l’ordi- Face à toutes les réflexions que nous venons d’énoncer, il est
naire et avaient des répercussions sur la vie locale. De plus, possible de prendre deux exemples : un en Haute-Garonne,
l’exhaustivité est à rechercher pour toutes les familles de l’autre en Ariège.
phénomènes où l’historicité est très faible comme les mou- Le premier exemple est situé dans le département de la
Jean-Marc Antoine, Bertrand Desailly et Philippe Valette 19

Fig. 2.6 Carte d’historicité des phénomènes naturels vecteurs de risques dans les Pyrénées. Département de l’Ariège (extrait)

Haute-Garonne. Il s’agit de la haute vallée de la Pique (fi- quatre types de phénomènes vecteurs de risques : les crues
gure 2.5 p. 18). La carte a été bâtie selon les lignes direc- lentes en fond de vallée (Ariège et Vicdessos), les crues ra-
trices signalées plus haut : pides liés aux torrents descendants les flancs de montagnes,
− Report des données sur le fond IGN au 1/50 000 e, qui les chutes de blocs et les glissements de terrain. Les chutes
permet une bonne lisibilité en dépit d’une forte densité de blocs sont bien représentées sur cet espace en raison de
d’événements et un repérage que l’on peut qualifier de la présence de nombreux escarpements calcaires. Quelques
correct. ravinements, mal localisés, sont également répertoriés.
− Recherche d’exhaustivité des phénomènes qui se maté- De plus, certains sites apparaissent de façon continue au
rialise pour la Pique à Bagnères-de-Luchon par 30 crues cours de l’histoire. Il s’agit de Tarascon-sur-Ariège, située
lentes par exemple, avec la mention des événements qui au niveau de la confluence entre l’Ariège et le Vicdessos,
ont causé des victimes ou des dégâts matériels (étoile Arnave, Verdun-sur-Ariège, Niaux et Capoulet.
blanche ou noire).
− Différenciation des phénomènes vecteurs de risques par
la couleur, ici essentiellement, crues lentes, crues rapides 2.5 Conclusion
et avalanches.
− Délimitation par des emprises symboliques, avec des Sans que cela soit une révélation, on sent bien que s’agissant
flèches dans la zone d’arrivée, se démarquant volontaire- de cartes et de l’usage auquel on les destine, l’échelle du
ment des emprises réelles au demeurant mal connues et document est fondamentale.
différentes d’un événement à l’autre. À grande échelle, les cartes de risque, documents réalisés par
Le second exemple correspond au petit bassin de Tarascon- et pour des experts, sont incontournables pour spatialiser les
sur-Ariège, au confluent de l’Ariège et du Vicdessos (fi- risques, qu’il s’agisse de représenter l’emprise des aléas, des
gure 2.6 p. 19). La carte nous montre essentiellement différentes composantes de la vulnérabilité, ou encore des
20 La cartographie historique des phénomènes vecteurs de risques naturels

niveaux de risque. La cartographie — tout comme l’informa- A NTOINE J.-M., D ESAILLY B. (1996) — Base de données histo-
tion -, historique, est dans ce cas un élément d’aide à la dé- riques sur les inondations de la Cèze, des Gardons, du
cision non négligeable. Il permet de conforter les expertises Vidourle et de l’Hérault dans le département du Gard
classiques (géologiques, hydrauliques, géomorphologiques, (XIII e siècle-XX e siècle) — Rapport, GEODE UMR-5602
trajectographiques...), voire de les affiner en signalant des CNRS, DDE du Gard, 244 p.
sites qu’elles auraient méconnus, mais également de pro- A NTOINE J.-M., D ESAILLY B., M ÉTAILIÉ J.-P. (1996) — Les
grammer les solutions de protection/prévention/prévision. grands aïgats du XVIII e siècle dans les Pyrénées — Les ca-
Mais la cartographie historique peut également devenir à tastrophes naturelles dans l’Europe médiévale et moderne,
cette échelle un remarquable outil de communication à des- Actes des XV es Journées Internationales d’Histoire de Fla-
tination des non-experts (décideurs, élus, particuliers...), ran, Toulouse : Presses Universitaires du Mirail, p. 243-
favorisant l’acceptation et l’appropriation locales des poli- 260.
tiques de réduction du risque. A NTOINE J.-M., D ESAILLY B. (2000) — Étude de faisabilité
À petite et moyenne échelle, les cartes retraçant l’historicité de bases de données historiques sur les inondations. Base
des phénomènes restent un outil d’aide à la décision mais nationale et bases départementales — Rapport, GEODE
surtout de choix des politiques de réduction des risques UMR-5602 CNRS, Ministère de l’Environnement et de
et de leur programmation au niveau décisionnel supérieur l’Aménagement du Territoire, CERTU Lyon, 41 p.
(département, région...). A NTOINE J.-M., D ESAILLY B. (2001) — Habitat, terroirs et
Par ailleurs, on peut regretter que la cartographie histo- cônes de déjection torrentiels dans les Pyrénées com-
rique, rendue obligatoire par plusieurs textes réglementaires, mingeoises — Villages pyrénéens — Morphogenèse d’un
n’ait pas fait l’objet, à l’instar de la cartographie des aléas habitat de montagne, M. Berthe et B. Cursente ed., Uni-
contemporains (méthode hydrogéomorphologique pour les versité de Toulouse-Le Mirail, p. 27-44.
crues, cartes CLPA du CEMAGREF pour les avalanches...), A NTOINE J.-M., D ESAILLY B., G AZELLE F., (2001) — Les
d’une réflexion méthodologique et d’une normalisation sé- crues meurtrières, du Roussillon aux Cévennes — An-
miologique. On notera par exemple que les documents car- nales de Géographie, n o 622, p. 597-623.
tographiques existants ne rendent pas obligatoirement, ou A NTOINE J.-M., D ESAILLY B. (2003) — Recherches historiques
mal, l’épaisseur du temps : entre autres anomalies, les évé- sur les phénomènes naturels vecteurs de risques dans les
nements historiques sont reportés sur des fonds cartogra- Pyrénées de la Haute-Garonne — Rapport, GEODE UMR
phiques modernes, parfois très éloignés de la réalité des or- 5602-CNRS, DIREN Midi-Pyrénées, 95 p. + cartes h.t.
ganisations spatiales du passé. L’intérêt de la connaissance A NTOINE J.-M., D ESAILLY B., VALETTE Ph. (2005) — Re-
historique des risques pour leur gestion actuelle peut ainsi cherches historiques sur les phénomènes naturels vecteurs
s’en trouver fortement altéré, voir conduire à des erreurs de risques dans les Pyrénées ariégeoises et sur leur pié-
d’interprétation et à des choix politiques inadaptés. mont — Rapport, GEODE UMR 5602-CNRS, DIREN Midi-
Pyrénées, 184 p. + cartes h.t.
B ARRUÉ -PASTOR M., M ÉTAILIÉ J.-P. dir. (1993) — La vallée
2.6 Bibliographie aux catastrophes. Déterminants physiques et représenta-
tions sociales des risques naturels en vallée de Barèges (can-
A NTOINE J.-M. (1989) — Torrentialité en Val d’Ariège : des ton de Luz, Hautes-Pyrénées) — Rapport, GEODE UMR
catastrophes passées aux risques présents — Revue Géo- 5602-CNRS, 198 p. + cartes h.t.
graphique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 60, fasci- B ARRUÉ -PASTOR M., B ARRUÉ M. (1998) — Mémoire des ca-
cule 4, p. 521-534. tastrophes, gestion des risques et architecture paysanne
A NTOINE J.-M. (1992) — Étude historique des phénomènes en montagne : l’exemple des vallées du haut Lavedan
naturels dans le Val d’Ariège — Étude de programma- dans les Pyrénées centrales françaises — Revue de Géo-
tion des actions RTM pour l’aménagement de la vallée de graphie Alpine, n o 3, 14 p.
l’Ariège, Foix : ONF, DDAF, Service de Restauration des D ESAILLY B. (1990) — Crues et inondations en Roussillon. Le
Terrains en Montagne de l’Ariège, 107 p. + cartes h.t. risque et l’aménagement. Fin du XVII e siècle — milieu du
A NTOINE J.-M. (à paraître) — Inondations et climat. XX e siècle — Thèse de doctorat de géographie, Université
L’exemple de la Garonne depuis le XIII e siècle — de Paris X — Nanterre, 352 p.
129 e Congrès des Sociétés Historiques et Scientifiques, Be- DIREN Midi-Pyrénées (2000) — Cartographie informative
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A NTOINE J.-M. (à paraître) — Crues torrentielles et climat G ARRY G. (1994) — Évolution et rôle de la cartographie
dans les Pyrénées — Séminaire ACI Anthropisation des dans la gestion des zones inondables en France — Map-
montagnes du sud, 22-23 avril 2004, Grenoble, publica- pemonde, 4, p. 10-16.
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A NTOINE J.-M., D ESAILLY B., M ÉTAILIÉ J.-P. (1994) — Car- lanches et risques. Regards croisés d’ingénieurs et d’his-
tographie des risques naturels dans les Pyrénées et sur toriens — Grenoble, CNRS — MSH Alpes, 180 p.
leur piémont — Mappemonde, n o 4, p. 27-30. N AULET R., (2002) — Utilisation de l’information des crues
Jean-Marc Antoine, Bertrand Desailly et Philippe Valette 21

historiques pour une meilleure prédétermination du risque Université Joseph Fourier Grenoble 1 et Université du
d’inondation. Application au bassin de l’Ardèche à Vallon Québec, Institut national de la recherche scientifique
Pont-d’Arc et St-Martin d’Ardèche — Thèse de doctorat, Eau-Terre-Environnement, 322 p.
3 Le SIG narratif, outil de territorialisation du risque : mise en perspective
géohistorique du risque fluvial en milieu urbain et périurbain

Claire Combe development in floodplain. In integrating the spatiotempo-


Institut de Recherche en Géographie, Laboratoire Rhodanien ral variability, the geographer brings a new reading key to
de Géographie de l’Environnement, Université Lyon 2, UMR flood risk, which is complementary to the engineering ap-
5600, 5 av. Pierre Mendès France, F-69976 Bron Cedex proach, and can be a good help in global management of
[Link]@[Link] phenomena.
Key-words. — historical GIS, territorialisation, flood risk,
Résumé. — Dans la région lyonnaise, le risque d’inon- spatio-temporal variability, management aid.
dation est le fruit d’interactions complexes entre la ville et
ses fleuves, et se caractérise par sa variété et sa variation
spatio-temporelles. L’approche développée, géohistorique 3.1 Introduction
et systémique, prend acte de cette complexité : par un jeu
d’emboîtement d’échelles spatio-temporelles, il s’agit d’ana- Cette communication présente les enjeux et les apports du
lyser le système du risque et ses composantes, qui sont Système d’Information Géohistorique « Y » lyonnais déve-
autant de sous-systèmes en interaction. La méthodologie loppé à l’UMR 5600 dans le cadre du programme de re-
mise en œuvre est basée sur la réalisation de cartes évolu- cherche CNRS Zone Atelier Bassin du Rhône (ZABR). Plus
tives, et passe par la construction d’un SIG historique pris particulièrement, nous présentons la mise en œuvre d’un
en tant qu’outil d’analyse des dynamiques et de leurs in- outil de territorialisation du risque fluvial dans la région
teractions. Le SIG permet de territorialiser le risque et de lyonnaise effectuée dans le cadre de notre thèse de doctorat,
spatialiser ses évolutions. Les cartes obtenues permettent menée à l’IRG sous la direction de Jean-Paul Bravard.
de comprendre le risque actuel à la lumière des interac- Un des premiers objectifs de la ZABR est l’aide à la décision
tions entre l’hydrosystème et l’aménagement de la plaine pour l’aménagement du territoire. À ce titre, l’IRG a colla-
suscité par l’urbanisation. En intégrant la variabilité spatio- boré avec les services gestionnaires, en particulier dans le
temporelle, le géographe apporte ainsi une clé de lecture cadre de l’instruction du PPRI amorcée en 2003 sur le terri-
nouvelle du risque, complémentaire de celle de l’ingénieur, toire du Grand Lyon, ainsi que dans le cadre d’une réflexion
et peut aider à une gestion globale des phénomènes. encadrée par la DIREN Rhône-Alpes pour réorienter la po-
Mots-clés. — SIG historique, territorialisation, risque flu- litique de gestion du risque à l’amont immédiat de Lyon,
vial, variabilité spatio-temporelle, aide à la gestion dans la plaine de Miribel-Jonage. En intégrant la variabilité
spatio-temporelle, le géographe apporte une clé de lecture
Title. — Narrative GIS, a tool for territorialisation of risk : nouvelle du risque, complémentaire de celle de l’ingénieur,
geohistorical perspective of flood risk in urban and subur- et peut aider à une gestion globale des phénomènes. Un des
ban areas apports majeurs concerne la reconstitution de la mémoire
Abstract. — In the Lyon’s area, flood risk is the result of du risque (interaction crue/urbanisation/aménagements).
complex interactions between the city and its rivers, and is La démarche peut aider à mieux adapter les politiques de
characterized by its spatiotemporal variety and variation. gestion à la réalité des territoires. L’enjeu est de comprendre
Our approach, which is geohistorical and geosystemic, takes le présent, et de permettre de mieux appréhender les évolu-
this complexity into consideration : in fitting spatiotempo- tions à venir, à la lumière des héritages du passé.
ral scales into each others, our goal is to analyse the risk Après avoir présenté les fondements théoriques et l’origi-
system and its components, which are as many interacting nalité de la démarche, nous aborderons la méthodologie
systems. The methodology implemented here is based on développée, c’est-à-dire la mise au point et l’exploitation
the making of on-going maps, and requires the development d’un SIGéohistorique, en insistant sur les potentialités de
of an historical GIS, used as a tool for analysis of dynamics l’outil pour territorialiser le risque, tout en pointant les dif-
and their interactions. The GIS makes it possible to terri- ficultés rencontrées et les réponses qui y ont été apportées.
toralise the risk and to spatialize its changes. The obtained Puis nous illustrerons les acquis de la démarche en analysant
maps make it possible to understand current flood risk in et expliquant l’évolution de l’aléa depuis 150 ans.
the light of interactions between hydrosystem and urban
24 Le SIG narratif, outil de territorialisation du risque

3.2 Variabilité spatio-temporelle du risque en des flux liquides et sédimentaires. Ces changements se font
milieu fluvial d’une part sous contrôle climatique, avec l’alternance de
phases de calme et de crises hydrologiques et sédimentaires,
La gestion du risque a longtemps été marquée par une vision et d’autre part par impact anthropique. Les actions humaines
relativement statique des phénomènes : on gère le risque à jouent aussi bien à l’échelle du bassin-versant, à travers l’évo-
un instant « T », sur des chenaux considérés comme stables. lution de l’occupation du sol et l’artificialisation du régime
Or, de plus en plus, les gestionnaires sont confrontés au par les barrages, que sur l’espace du risque proprement dit
problème de la prise en compte du temps et de l’espace : où il y peut y avoir des modifications directes et indirectes
seule celle-ci permet une approche globale de la complexité des conditions d’écoulement en lit mineur et en lit majeur.
du risque en milieu fluvial urbain et périurbain. L’enjeu Parallèlement, la vulnérabilité augmente elle aussi, surtout
est aujourd’hui celui d’une approche globale, transversale, lors les périodes où la contrainte fluviale est moins forte : on
voire systémique, pour montrer l’importance des interac- a un risque résiduel, et une vulnérabilisation qui modifie et
tions entre le milieu et la société. Depuis quelques années, fragilise « en sourdine » le système du risque. Cette fragilisa-
un éclairage nouveau est ainsi apporté par l’approche géo- tion est révélée par l’occurrence d’événements exceptionnels
historique du risque d’inondation : si le risque résulte du ou par le retour à une phase de crise hydrologique. Il y a
croisement entre aléa et vulnérabilité (Dauphiné, 2001), lieu de souligner l’importance du temps de la crise, en tant
aléa comme vulnérabilité évoluent, et cette évolution varie que phénomène déstabilisateur qui éprouve la résilience du
en fonction des échelles d’observation. milieu et des sociétés, et fait évoluer le risque d’inondation
L’approche présentée ici, géohistorique et systémique, prend dans ses manifestations physiques, dans sa perception et
acte de cette complexité : l’objectif est d’analyser, par un dans sa gestion.
jeu d’emboîtement d’échelles de temps et d’espace, le sys-
tème du risque et ses composantes, qui sont autant de sous-
systèmes en interaction.
L’analyse est menée à l’échelle de l’agglomération lyonnaise
au sens large, et plus particulièrement sur le corridor fluvial
du « Y » lyonnais (figure 3.1 p. 24). L’originalité du terrain
d’étude se fonde dans l’ancienneté des rapports entre la ville
et les fleuves, depuis l’Antiquité. La croissance de l’agglo-
mération entraîne le dépassement des sites primitifs des
collines de Fourvière et de la Croix-Rousse et l’occupation
progressive de l’espace alluvial. L’hypothèse est qu’il y a
alors très probablement interaction entre le système fluvial,
l’urbanisation et les aménagements générés par l’aggloméra-
tion en lit mineur et en lit majeur, et le risque.

Fig. 3.2 Variabilité spatio-temporelle du risque en milieu


fluvial (d’après Bravard, 2003, modifié)

3.3 Le SIGéohistorique « Y lyonnais »

3.3.1 Territorialisation du risque et de ses évolutions


La méthodologie mise en œuvre est basée sur la réalisa-
tion et l’analyse de cartes afin de spatialiser les différentes
dynamiques et voir comment elles évoluent dans le temps.
Cela passe par la mise au point d’un SIG historique, pris en
tant qu’outil d’analyse diachronique des dynamiques et des
interactions.
Un des intérêts des SIG est de permettre le traitement de
données tant qualitatives que quantitatives, en associant une
base de données, des objets géographiques et des images
Fig. 3.1 Le corridor fluvial du « Y lyonnais » raster géoréférencés. L’outil se prête à la gestion de données
complexes : il permet aussi bien de structurer et de spatiali-
Les deux dynamiques qui engendrent le risque d’inondation, ser des données existantes que de procéder à des analyses
l’aléa et la vulnérabilité, évoluent dans le temps et dans l’es- spatiales et à des traitements statistiques de ces données. Le
pace (figure 3.2 p. 24). L’aléa évolue du fait de la variation géoréférencement des données permet de superposer des
Claire Combe 25

cartes à différentes dates et d’analyser et représenter l’évo- qui le fondent, l’analyse porte essentiellement sur les deux
lution du risque dans le temps, à différentes échelles. En ce derniers siècles. En effet, la croissance de Lyon nécessite la
sens, cette approche se différencie de l’analyse historique conquête de nouveaux quartiers gagnés sur l’espace alluvial
classique, puisqu’il s’agit ici d’identifier et d’étudier les in- à partir de la fin du XVIII e siècle, qu’on cherchera ensuite
teractions spatiales des différentes composantes du risque à protéger contre les inondations. C’est à partir des années
sur un même territoire, à l’échelle locale et régionale (inter- 1830 que commence l’essor des grands travaux d’endigue-
actions entre les actions humaines, le système fluvial et le ment pour les besoins de la navigation et pour la protection
risque). contre les crues. On dispose donc à partir de cette époque
d’observations précises et d’une documentation abondante
concernant les grandes inondations et leur gestion.
L’espace couvert par le SIG est celui du risque proprement
dit. L’échelle du bassin versant est bien sûr intégrée dans
la démarche, mais elle n’est pas prise en charge par le SIG
historique (figure 3.2 p. 24). Le SIG est pensé selon deux
échelles spatiales emboîtées, de précisions différentes : le Y
lyonnais dans son ensemble, renseigné avec une précision
allant du 1/20 000 e au 1/80 000 e, et un zoom plus précis
sur le cœur urbain, au 1/10 000 e (figure 3.3 p. 25).

3.3.3 Deux corpus de données cartographiques


Une des premières étapes fut de dresser un inventaire systé-
matique des cartes et plans anciens couvrant l’espace du Y
Fig. 3.3 Les deux échelles spatiales du SIGéohistorique « Y lyonnais. C’est à partir de ce tour d’horizon qu’une stratégie
lyonnais » d’acquisition des données a pu être définie, avant de sélec-
tionner, acquérir, scanner et géoréférencer les documents
Par un jeu d’échelle, le SIG historique permet d’identifier pertinents.
des secteurs où le risque évolue, dans le sens d’une aggra- On a la chance de disposer sur Lyon et ses environs d’une
vation ou d’une réduction. Un des apports majeurs de la bonne série chronologique. Deux corpus de données ont été
spatialisation des dynamiques au moyen du SIG concerne constitués.
ainsi l’interprétation de la situation géographique du risque : − Trois séries de cartes topographiques anciennes, au
visuellement, on voit apparaître une structuration des phéno- 1/40 000 ou au 1/50 000, ont été scannées par l’IGN,
mènes, une territorialisation du risque qu’on avait imaginées puis recalées dans le système de coordonnées Lam-
jusque-là à partir de documents ponctuels. Bien entendu, la bert 2 par le CRENAM, à l’Université Jean Monnet de
capacité narrative et analytique du SIG historique s’insère St Etienne. On dispose ainsi d’un fond cartographique
dans la démarche globale du géographe. Cet outil ne se suffit géoréférencé pour quatre dates : l’actuel, avec le scan 25
pas à lui-même et doit être complété en amont et en aval par de l’IGN, sur lequel se superposent les cartes de 1836,
un travail d’enquête et de terrain ainsi que par un discours 1902 et 1949. Le travail de recalage n’a pas été chose
d’interprétation des cartes obtenues. On obtient finalement aisée, étant donné les caractéristiques variées des types
des cartes évolutives, accompagnées d’un discours explicatif, de levés, qu’on ne connaît pas toujours de façon détaillée.
comme les séquences successives d’un film, qui permettent La précision du recalage effectué permet approximative-
de représenter les évolutions spatio-temporelles afin de com- ment de superposer les différentes cartes au 1/30 000 e
prendre le risque actuel à la lumière des interactions entre (avec malgré tout, de fortes variations locales).
l’hydrosystème et l’aménagement de la plaine suscité par − En plus de ces fonds raster géoréférencés, le SIG histo-
l’urbanisation. rique est alimenté grâce à une base de cartes papier, à
Le SIG historique permet donc de combiner diverses sources une échelle plus fine allant du 1/10 000 au 1/25 000.
d’information, historique et contemporaine, sur un espace Ce corpus complète la série chronologique : l’espace est
donné. Les données rassemblées ont été collectées à partir ainsi couvert tous les vingt à cinquante ans de la fin des
du croisement de sources écrites, cartographiques et photo- années 1830 à l’actuel.
graphiques, complétées par des vérifications sur le terrain
ainsi que par des entretiens semi-directifs avec les acteurs L’interprétation des cartes anciennes nécessite un certain
de la gestion du risque. Les sources sont mentionnées et cri- nombre de précautions, car il est souvent difficile d’estimer
tiquées dans les métadonnées accompagnant chaque fichier. leur validité planimétrique et thématique. Certains docu-
ments sont des minutes de terrain parfois entachées d’une
3.3.2 Une approche multiscalaire erreur de localisation importante. De plus, les cartes éditées
Si la longue durée permet une mise en perspective néces- ont souvent fait l’objet de corrections successives, ce qui
saire pour mieux comprendre le risque et les interactions empêche de dater très précisément l’état de l’occupation du
26 Le SIG narratif, outil de territorialisation du risque

sol dont elles rendent compte. Par ailleurs, il importe de


mener une analyse critique des informations fournies : en 3.4 Le risque d’inondation dans la région
effet, la nomenclature n’est pas la même selon les époques, lyonnaise : héritages et réalités
et la même dénomination peut ainsi recouvrir des réalités contemporaines
différentes. Enfin, une autre difficulté à prendre en compte
tient au fait que les types d’occupation du sol inventoriés 3.4.1 Une tendance à la contraction des zones
varient au fil du temps, et que certains ne sont figurés qu’à inondables depuis 150 ans
quelques dates seulement. La première étape du travail a été d’étudier le système hy-
drologique actuel et les différentes grandes crues connues,
3.3.4 Objets spatio-temporels pris en compte et historiques et de référence, dans leurs différentes compo-
spatialisation des données santes pour comprendre quel est l’état actuel de l’aléa et
C’est à partir des fonds cartographiques que les objets géo- quelle a été son évolution.
graphiques nécessaires à l’étude ont pu être spatialisés. Les Si on compare les lits majeurs naturels au champ d’inon-
données pertinentes pour notre analyse peuvent être rassem- dation modélisé très récemment dans la situation actuelle
blées selon plusieurs groupes de critères : (figure 3.4 p. 27), on voit nettement qu’il y a eu contrac-
− ceux décrivant les phénomènes d’inondation ; tion du champ d’inondation, sauf en rive droite du canal
− ceux relatifs aux actions humaines en lit mineur et en lit de Miribel, à l’amont de Lyon, où l’aléa a plus que doublé
majeur, qui vont modifier l’aléa (digues, remblais, obs- (Combe, 2001 et 2004a). Nous avons ensuite démontré que
tacles à l’écoulement des crues, extractions, et les réac- cette évolution est la conséquence des actions humaines en
tions du milieu fluvial) ; lit mineur et en lit majeur. Cela confirme les hypothèses de
− ceux traitant de la dynamique de l’occupation des zones départ : il y a modification de l’aléa par impact direct des
inondables et des enjeux de l’inondation (bâti, réseau de endiguements réalisés pour la navigation et contre les crues,
transport) ; et des remblaiements de la plaine, et par impact indirect,
− les limites administratives ; c’est-à-dire ajustement du système fluvial aux actions hu-
− et enfin les documents réglementant le droit des sols. maines et perturbation de l’écoulement naturel des eaux de
débordement.
La digitalisation des objets spatio-temporels est réalisée à
partir du support graphique que fournissent les scans géoré- 3.4.2 L’impact direct du rempart de protection lyonnais
férencés. Deux difficultés majeures ont dues être levées lors Aujourd’hui, l’essentiel de l’agglomération est construite
de cette étape. La première est liée à la prise en compte du dans la plaine alluviale, à l’arrière d’un système de quais
temps dans l’analyse spatiale, et à la traduction de ces chan- et de digues qui soustrait une grande partie du lit majeur
gements dans le modèle conceptuel des données. Pour inté- naturel à la contrainte fluviale, bien qu’il demeure un risque
grer des objets qui évoluent dans le temps, le moyen le plus résiduel. Nous avons étudié le système de digues actuel et
simple est d’intégrer les dates-clé en tant qu’attributs dans reconstitué, grâce aux différentes archives, les étapes de sa
la base de données géographique (Sinton, 1999 et 2001). mise en place progressive (Combe, 2004b).
Les choses sont plus complexes lorsque les contours d’un La gestion du risque d’inondation et le rapport des lyonnais
même objet varient dans le temps (par exemple, les digues à leurs fleuves connaissent une rupture au milieu du XIX e,
qui sont prolongées, élargies ou exhaussées), ou lorsque les suite aux traumatismes successifs causés par les crues catas-
changements n’affectent que quelques éléments de la base trophiques de 1840 et 1856, qui dévastèrent une partie de la
de données. La solution apportée a consisté à définir des ville. En 1856, la rive gauche se pensait à l’abri des inonda-
entités homogènes auxquelles ont été associés des états suc- tions derrière une double ligne de digues en terre et, sur une
cessifs, comportant chacun une date de début et une date de partie du linéaire seulement, par des quais construits pour
fin. L’autre problème rencontré tient au géoréférencement, les besoins de la navigation (figure 5-a p. 28). Cet embryon
qui oblige à localiser précisément les objets, ou du moins de protection montra ses limites lors de la crue de 1856 :
donne l’illusion de la précision, alors même que la connais- les quais furent tous submergés et les digues rompirent tour
sance de leur localisation reste parfois vague. Le cas échéant, à tour, causant ainsi des dégâts considérables. La crue de
seules les métadonnées permettent de pointer l’incertitude 1856 marque donc une réelle césure à partir de laquelle on
voire de préciser la marge d’erreur. décide la protection définitive de Lyon contre les crues.
L’essentiel de la protection actuelle de Lyon est l’héritage du
plan de l’Ingénieur en Chef des Ponts-et-Chaussées Kleitz,
mis en œuvre de 1859 à 1866 dans le cadre de la loi de
mai 1858 relative à la protection des lieux habités contre les
inondations, auquel s’ajoute la digue de Vaulx-en-Velin à la
fin du XIX e (figure 5-b p. 28). Au XX e siècle, l’endiguement
est prolongé vers l’amont et vers l’aval à mesure que la ville
se développe, puis élargi, donc renforcé, par la réalisation
Claire Combe 27

Fig. 3.4 Évolution des zones inondables depuis 150 ans (sources : Ponts-et-Chaussées, Atlas du Cours du Rhône et de
la Saône 1857-1866 ; SNRS ; CNR, 1998 et 2003)

d’infrastructures routières sur les digues (figure 5-c p. 28). secteur va accueillir de nouvelles fonctions liées à la proxi-
À cela s’ajoutera également la mise hors d’eau des terrains mité de l’agglomération lyonnaise : on aménage la plaine,
par remblaiement, qui permet à la fois de s’affranchir des en particulier en réalisant des remblais considérables pour
inondations directes et indirectes. La cartographie des crues les infrastructures autoroutières, ferroviaires et de loisirs
centennales et millenales calculées dans la situation actuelle (figure 3.7 p. 29). À cela s’ajoutent des extractions massives
montre nettement l’impact direct de ces aménagements sur en lit mineur, dans le canal de Miribel. Il résulte de ces
le champ d’inondation. perturbations anthropiques une modification de l’enveloppe
physique de la crue (figure 3.8 p. 29) : on observe d’abord
3.4.3 Modification indirecte de l’enveloppe physique de le basculement du fond du lit suite à l’endiguement du canal
la crue à l’amont de Lyon de Miribel pour les besoins de la navigation, puis, du fait des
Mais il y a aussi évolution du risque d’inondation par im- extractions, on assiste à l’incision généralisée du canal. Les
pact indirect. Les résultats obtenus à l’amont de Lyon sont crues sont alors chenalisées : l’inondation s’étale de moins
significatifs (Combe, 2004a). En comparant les cartes des en moins en rive gauche, ce qui entraîne le comblement
crues centennales ces 150 dernières années, on constate des bras morts et la déconnexion progressive de la partie
que le champ d’inondation a beaucoup évolué (figure 3.6 amont de ce secteur. La rive gauche va s’auto-exhausser et
p. 28). Ce secteur de tressage, pourtant voué à la protection voir sa capacité d’écrêtement diminuer. Ces modifications
de Lyon contre les inondations depuis la loi de 1858, est indirectes se cumulent avec l’impact des emprises formées
marqué par une contraction du champ d’inondation en rive par les remblais, qui font obstacle à l’écoulement, et parti-
gauche du canal de Miribel, tandis qu’on observe une très cipent au report de l’onde de crue sur la rive droite du canal
forte aggravation de l’aléa en rive droite du même canal : de Miribel.
à Niévroz et Thil, l’aléa a plus que doublé par rapport à la
crue centennale de 1856.
Nous avons démontré que cela résulte de l’impact cumulé
de nombreux aménagements réalisés en lit majeur et en
lit mineur (idem). À partir de la fin des années 1960, ce
28 Le SIG narratif, outil de territorialisation du risque

Fig. 3.5 La protection de Lyon contre les crues depuis le xix e siècle — a : situation en 1856 ; b : situation en 1881 ; c :
situation actuelle (sources : Archives Départementales du Rhône, Archives Municipales de Lyon, SNRS, Atlas du Cours
du Rhône et de la Saône, Ponts-et-Chaussées, 1857-1866)

Fig. 3.6 Évolution du champ d’inondation à l’amont de Lyon depuis la crue de 1856 (sources : Service Navigation
Rhône-Saône ; Atlas du Cours du Rhône et de la Saône, Ponts-et-Chaussées, 1857-1866 ; CNR, 1998)
Claire Combe 29

Fig. 3.7 Modification de l’enveloppe physique de la crue dans la plaine de Miribel-Jonage : une vulnérabilisation par
les actions humaines — actions humaines ayant un impact indirect sur l’aléa ; (sources : SEGAPAL/SYMALIM et Bakes,
1995)

Fig. 3.8 Modification de l’enveloppe physique de la crue dans la plaine de Miribel-Jonage : une vulnérabilisation par
les actions humaines — modification de l’enveloppe physique de la crue (sources : SEGAPAL/SYMALIM et Bakes, 1995)

3.5 Conclusion tique de gestion du risque d’inondation dans la plaine de


Miribel-Jonage. Ces réflexions ouvrent également sur l’as-
Pour conclure, insistons encore sur l’importance du temps pect pédagogique du SIG historique, pris cette fois en tant
et de l’espace pour étudier les interactions entre le risque qu’outil de sensibilisation de la population urbaine et péri-
et l’urbanisation. L’approche géohistorique, qui s’appuie sur urbaine à l’histoire des terres du Rhône et de la Saône, qui
les capacités narratives et analytiques du SIG historique, per- peut ainsi contribuer à recréer et à promouvoir une certaine
met une analyse globale des phénomènes. En ce sens, elle culture du risque en milieu fluvial urbain et périurbain. En
est complémentaire de l’approche de l’ingénieur et peut ai- ce sens, l’équipe travaille actuellement sur la mise en ligne
der à la gestion du risque d’inondation. Les cartes obtenues d’une partie du SIG, à disposition des chercheurs et des
constituent un outil d’aide à la décision et à la gestion. Elles enseignants.
permettent de poser les bases objectives d’un débat entre les
différents acteurs du risque, pour mieux cibler les mesures
à mettre en œuvre. En plus de cela, par un effet d’échelle, 3.6 Bibliographie
une vision globale à l’échelle de la région lyonnaise peut
permettre des mesures plus localisées, mieux adaptées à la B AKES J. (1995) — Impact de la canalisation du Rhône et de
réalité du risque sur les territoires concernés. À l’amont de l’aménagement du parc de loisirs sur le fonctionnement en
Lyon par exemple, la DIREN s’est appuyée sur nos travaux crue de l’île de Miribel-Jonage — Mémoire de maîtrise de
pour amorcer une réflexion sur la réorientation de la poli- Géographie, Université Joseph Fourier, 107 p.
30 Le SIG narratif, outil de territorialisation du risque

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D AUPHINÉ A. (2001) — Risques et catastrophes, Observer- Remerciements
Spatialiser-Comprendre-Gérer — Armand Colin, 288 p. L’auteur tient à remercier le professeur Jean-Paul Bravard
J OLIVEAU T., B RAVARD J.-P., D UPUIS B., R EDMAN C. et M EA - pour ses conseils avisés, ainsi que l’équipe du CRENAM
GANC . (2003) — Mapping land use change in a « river pour son précieux soutien technique. Le projet « SIGéohis-
city ». An opportunity for designing a comparative interdis- torique Y Lyonnais » a bénéficié d’un financement de la Ré-
ciplinary approach and discussing a common conceptual gion Rhône-Alpes dans le cadre du programme de recherche
Emergence 2002.
Partie 2

La carte, produit du modèle


4 Cartographie de l’aléa inondation à Sommières (Gard, France)

Annick Tekatlian* et Bruno Ledoux** Ces inondations suscitent de la part des collectivités et des
* Centre d’Études Techniques du Ministère de l’Équipement riverains de nombreuses interrogations récurrentes, tant sur
Méditerranée (CETE) DHACE/Service Hydraulique, Pôle les causes des débordements (notamment le rôle éventuel-
d’activité des Milles, CS 704999, 13593 Aix-en-Provence lement aggravant des aménagements existants) que sur les
cedex 3 solutions envisageables pour limiter ces perturbations. Le
[Link]@[Link] Syndicat Interdépartemental d’Aménagement du Vidourle
* * Consultant — Directeur adjoint du Syndicat du Vidourle (SIAV), Établissement Public Territorial de Bassin, a confié
(2004-2006) au CETE Méditerranée une étude hydraulique sur cette com-
[Link]@[Link] mune, qu’il voulait à la fois opérationnelle et pédagogique.
Cette étude s’inscrit dans le Plan Vidourle, programme d’ac-
Résumé. — Les inondations catastrophiques de septembre tion de prévention du risque inondation, retenu comme
2002 sur le bassin du Vidourle ont tout particulièrement projet pilote national courant 2003 par le Ministère de l’Éco-
touché la commune de Sommières. La ville étant depuis logie et du Développement Durable (SIAV, site Internet).
longtemps soumise aux Vidourlades, diverses opinions cir- Elle répond aux objectifs suivants (Tekatlian, 2006) :
culent au sein de la population sur les causes des débor- − caractériser la crue de septembre 2002, désormais crue
dements et sur les façons de s’en protéger. Afin de disposer de référence ;
d’une analyse précise et accessible au grand public sur ces − apporter des réponses définitives aux questions récur-
questions, pour constituer dorénavant une référence incon- rentes sur le rôle des ouvrages présents dans le champ
tournable, le Syndicat du Vidourle a confié au CETE Médi- d’expansion des crues ;
terranée une étude hydraulique. La carte — déclinée selon − définir et dimensionner des aménagements destinés à ré-
diverses modalités — est au cœur du rendu de cette étude duire l’aléa inondation pour différents niveaux de crues ;
et constitue l’instrument privilégié de communication des − élaborer un volet communication prévoyant des supports
résultats vers les non spécialistes. et deux réunions publiques.
Mots-clés. — risques naturels, inondations, modélisation, Le contenu de l’étude se devait donc d’être pédagogique
cartographie, information des populations pour apporter une réponse claire aux uns comme aux autres.
Par exemple, les types de crues étudiés ont été définis à
Title. — Flood hazard mapping in Sommières (Gard, partir d’une « hauteur à l’échelle » de Sommières, référence
France) connue et ancienne pour les habitants, plutôt que par des
Abstract. — The Vidourle catastrophic floods of 2002 had valeurs de débits, qui font référence à un langage de spécia-
inundated large areas in Sommières. The town is very fre- listes. Mais l’étude se devait aussi de produire des résultats
quently flooded and people had many points of views about opérationnels, en particulier quantifier l’impact des ouvrages
the factors that cause floods and about flood control. So, it existants et des projets d’aménagement. Ces deux aspects
was important to have reliable information about these is- conduisent à élaborer des produits d’étude propices à une
sues. The CETE Méditerranée’s hydraulic study supplies visualisation synthétique des résultats, accessible pour des
information about different levels of flood and about flood non spécialistes, de manière à permettre la lecture directe
protection in Sommières. The outcomes are plotted on dif- des conclusions issues de ces résultats (le message) plutôt
ferent kinds of maps. Theses maps are widely used for pub- que la visualisation des objets qui composent le message.
lic information. Les représentations cartographiques sont alors des outils
Key-words. — natural hazards, floods, hydraulic model, privilégiés, d’autant plus utiles que les récents développe-
risk mapping, public information ments des Systèmes d’Information Géographique facilitent
la représentation synthétique d’éléments géoréférencés.
Dans ce document, seuls quelques aspects de l’étude sont
4.1 Contexte et objectifs présentés : les principaux types de cartes élaborées, les
contraintes et les cas spécifiques qui se posent aux échelles
La ville de Sommières, dans le Gard, est fréquemment gê- correspondantes. Les illustrations présentées sont souvent
née par les débordements du Vidourle qui traverse la ville. des extraits de cartes : les paramètres obligatoires des cartes,
34 Cartographie de l’aléa inondation à Sommières (Gard, France)

Fig. 4.2 Hauteur d’eau maximale atteinte au cours de la


crue de septembre 2002

de submersion au cours d’une crue, qui varie en plan, ou le


Fig. 4.1 modélisation de la limite de la zone inondée à chronodatage de cette submersion (au bout de combien de
Sommières lors de la crue de septembre 2002 temps, à partir du début de la crue telle route est inondée
et pendant combien de temps).
comme la légende, l’échelle, le nord ou les coordonnées, ... Ainsi, la cartographie systématique de l’ensemble des gran-
ne sont pas nécessairement présents ou lisibles, ou bien ont deurs hydrauliques les plus courantes aboutit rapidement
été modifiés, pour servir l’illustration (CERTU, 2001). à une surabondance de cartes, néfaste à la visualisation
claire des réponses aux questions. Il faut donc déterminer
les éléments à cartographier à partir des objectifs de l’étude
4.2 Détermination des éléments à cartographier hydraulique (Tekatlian, 2004).
Mais ceci ne suffit pas : il faut aussi considérer la culture
L’aléa inondation est une notion générique englobant plu- du lecteur potentiel de la carte, voire le format du support.
sieurs types de caractérisation de l’ampleur de la sollicita- Par exemple, pour apprécier le niveau de submersion, faut-il
tion hydraulique pour une crue donnée : hauteur d’eau, cote cartographier la cote d’eau ou la hauteur d’eau ? Dans le
d’eau, vitesse d’écoulement, ... en valeur maximale atteinte cas de l’étude de Sommières — où la population est très
au cours de la crue, ou bien en valeurs instantanées pendant sensibilisée au risque inondation —, les rendus s’adressent
une période de la crue. Globalement, les valeurs maximales principalement à des collectivités et à des riverains, c’est
sont utiles pour évaluer l’ampleur de l’aléa, qui conduit par à dire à des utilisateurs des cartes qui, connaissant bien
exemple à l’élaboration de réglementations comme les PPR, le terrain, son historique, voire la réglementation associée,
tandis que les valeurs instantanées permettent d’apprécier sont très familiers de la notion de hauteur d’eau, alors que la
le déroulement de la crue, ce qui est utile par exemple à notion de cote d’eau est plutôt familière aux hydrauliciens.
l’élaboration des plans de secours. La limite de la zone inon- C’est donc la destination de la carte qui définit les éléments
dable est aussi une quantification de l’aléa : cet élément est à cartographier : le contenu du message (la réponse à une
une donnée importante des PPR (MEDD & MELT, 1999). question qui matérialise un objectif de l’étude) et sa forme
D’autres valeurs, calculées à partir des valeurs brutes de (son adéquation à la culture de ses utilisateurs).
cotes d’eau et de vitesse d’écoulement, peuvent aussi carac- Dans le cas de Sommières, les principaux éléments cartogra-
tériser un aspect de l’aléa inondation. Par exemple, la durée phiés, pour diverses crues de projets, sont les suivants :
Annick Tekatlian et Bruno Ledoux 35

Fig. 4.4 Impact du pont de la RN 110 sur les hauteurs d’eau


maximales atteintes au cours de la crue de septembre 2002

ment maximale, c’est à dire la différence de ces valeurs


avec et sans l’ouvrage (figure 4.4 p. 35) : ces représen-
Fig. 4.3 Principales directions d’écoulement 6h40 après le tations tentent d’une part de répondre aux questions ré-
début de la crue de septembre 2002 currentes sur l’influence des ouvrages existants, d’autre
part d’évaluer l’efficacité de projets d’aménagements.
− La « limite de la zone inondable », terme qui correspond D’autres cartes, ne répondant pas directement aux objectifs
plutôt ici à la zone inondée calculée (figure 4.1 p. 34) : de l’étude, ont été élaborées, pour les besoins de présen-
cette information permet de comparer cette limite à celle tation de la démarche ou de validation de la modélisation
qui a été évaluée à partir de témoignages et photogra- numérique. Il s’agit par exemple de la représentation des
phies au lendemain de la crue pour en tirer la limite cotes d’eau maximales atteintes au cours de la crue de ré-
la plus appropriée à une réglementation. Pour certaines férence, calculées via le modèle numérique, et des cotes
zones, la carte permet de confirmer par le calcul l’inon- observées pour cette même crue, sur une même carte.
dation potentielle, tandis que pour d’autres zones, la Enfin, la cartographie de l’altimétrie du terrain est très utile
carte montre une différence entre calcul et constatations dans les études hydrauliques : c’est un outil pédagogique
historiques. qui permet de repérer les lieux des premiers débordements,
− La hauteur d’eau et la vitesse d’écoulement maximale les zones d’écoulement préférentiel des crues, ... via une in-
atteintes au cours de la crue (figure 4.2 p. 34) : la car- terprétation géomorphologique du terrain. Ce type de carte
tographie de ces grandeurs permet de repérer les zones permet aussi d’élaborer les premiers principes d’aménage-
de dégâts potentiels. Il faut remarquer que ces cartes ments, dont l’efficacité est ensuite quantifiée via des calculs
ne correspondent à aucun instant de la crue : les gran- d’impact. Par exemple, un projet de réalisation d’une zone
deurs maximales sont atteintes à des instants différents, de stockage, destinée aussi à piéger les embâcles, a été situé
correspondant au temps de propagation de l’onde de dans l’intrados du méandre au nord de la ville : la carte
crue. d’altimétrie montre un point bas en rive gauche, en amont
− Les directions principales de l’écoulement débordant au d’une zone assez étendue pour être susceptible de stocker
cours de la crue de référence (figure 4.3 p. 35) : ce re- un volume d’eau non négligeable (figure 4.5 p. 36).
pérage, composé de plusieurs cartes correspondant cha-
cune à un instant de la crue, est utile à l’élaboration des
plans de secours.
− L’impact d’ouvrages existants et de projets d’aménage-
ment, en terme de hauteurs d’eau et de vitesse d’écoule-
36 Cartographie de l’aléa inondation à Sommières (Gard, France)

0.5 m, ne permet pas l’ajout d’une information cartographiée


supplémentaire (figure 4.2 p. 34).
Un exemple de problème de lisibilité posé dans l’étude sur
Sommières est la représentation des directions d’écoulement
autour d’un remblai en rive gauche du Vidourle pour lequel
des projets d’aménagements ont été examinés. Pour des rai-
sons de sécurité, il est important de connaître la manière
dont l’ouvrage est sollicité au cours de la crue. Ainsi, sur
la carte des vecteurs vitesse avant surverse, où la crête du
remblai est délimitée par l’absence de couleur représentant
une hauteur d’eau non nulle, on remarque que l’ouvrage est
contourné par l’écoulement débordant qui remonte en ar-
rière du remblai (figure 4.6 p. 37). Puis, lorsque le remblai
est submergé, la direction locale de l’écoulement s’aligne sur
celle de l’écoulement en lit mineur. Ici, la densité nécessaire
des vecteurs vitesse qui constituent l’information est trop im-
portante pour permettre l’utilisation d’un fond de plan, qui
dégraderait la lisibilité de la carte. Dans ce cas particulier,
l’absence de fond de plan n’est cependant pas utile compte
tenu de la très grande échelle de la représentation.

4.4 Paramètres des cartes : échelle, légende, ...

L’importance de ces paramètres est principalement centrée


sur deux aspects :
− faciliter l’interprétation,
− consigner les caractéristiques de l’origine des éléments
représentés
Dans les études hydrauliques, le choix des classes de valeurs
est influencé par le compromis entre finesse de l’informa-
Fig. 4.5 Altimétrie de la zone d’étude tion et lisibilité. Ceci conduit souvent à définir des classes
extrêmes d’ampleur plus importantes que les classes cen-
4.3 Détermination des éléments par carte — trales. Par exemple, pour l’étude sur Sommières et la crue
Lisibilité de septembre 2002, les hauteurs d’eau ont été classées par
tranches de hauteurs de 0.5 m jusqu’à 5 m (10 couleurs),
La principale limitation dans le choix des informations à l’écart étant porté à un mètre dans l’intervalle de 5 à 8 m
porter sur chaque carte est sa lisibilité. (3 couleurs), une couleur étant encore à consacrer aux va-
Le fond de plan est le plus souvent nécessaire pour permettre leurs supérieures à 8 m.
le repérage de l’utilisateur à l’aide d’une représentation qui Lorsque c’est possible, il est utile de représenter des classes
lui est familière. C’est pourquoi, malgré sa précision plani- plus fines : c’est ce qui est souvent pratiqué dans les études
métrique grossière à l’échelle d’une commune, une image destinées à dimensionner les aménagements, pour lesquels
scannée du type des SCAN 25 de l’IGN est le plus souvent uti- des impacts inférieurs à la dizaine de centimètres ont sou-
lisée. Ce type de fond de plan permet aussi, s’il est dégradé vent une influence sensible sur le coût des travaux.
en niveau de gris assez clairs, de préserver la lisibilité des
cartes par rapport à des fonds de type orthophotographies.
Certains des éléments qui ont été définis pour l’étude de 4.5 Incertitudes
Sommières pourraient être groupés sur une même carte
sans pour autant dégrader sa lisibilité : par exemple la carte Les problèmes de cohérence planimétrique entre plusieurs
de la zone inondable calculée pourrait contenir la limite éléments représentés, surtout si ces éléments sont placés sur
de la zone observée suite à la crue de septembre 2002, la une même carte, peuvent conduire à des débats complexes,
position des repères de crue, ... (figure4.1 p. 34 1). compte tenu de l’importance d’enjeux comme la réglemen-
Mais la plupart des cartes élaborées sont trop chargées d’in- tation de l’occupation des sols.
formations pour contenir plus d’une grandeur hydraulique à Les principales sources d’incertitude sont les suivantes :
la fois. Par exemple, la richesse des informations de hauteur − précision altimétrique et planimétrique des données to-
d’eau maximale, cartographiée par tranche de hauteur de pographiques : quel que soit le type de modélisation hy-
Annick Tekatlian et Bruno Ledoux 37

Fig. 4.6 Directions locales d’écoulement autour du remblai en rive gauche avant et après surverse

Fig. 4.8 Extrait du film vidéo présentant le déroulement de


l’inondation modélisée au cours de la crue de septembre 2002.

moyennes et grandes échelles, ces dernières sont carac-


térisées par des précisions inférieures à 30 cm tandis que
les fonds de plans de type SCAN 25 correspondant à des
précisions planimétriques jusqu’à plusieurs dizaines de
Fig. 4.7 limite de la zone inondée : modélisation dans le mètres (Tekatlian, 2001).
centre ville de Sommières lors de la crue de septembre 2002 − précision des données hydrauliques : il s’agit par exemple
du débit caractérisant une crue historique ou théorique,
draulique, les résultats sont directement influencés par des coordonnées positionnant une « laisse de crue »
cette précision, puisque la dynamique des écoulements (point observé lors d’une crue historique, utile au ca-
est relative aux pentes et aux singularités géométriques lage des modèles), ... : l’incertitude correspondante est
du terrain. Le fond de plan est lui aussi réalisé à partir très difficile, voire impossible, à quantifier.
de données topographiques, dont la précision est sou- − type de modélisation : toute modélisation, en simplifiant
vent plus grossière que celle des données utilisées dans plus ou moins le terrain et la manière dont l’écoulement
les calculs. Dans le cas de modélisations hydrauliques à se propage, correspond à une erreur dite d’« idéalisa-
38 Cartographie de l’aléa inondation à Sommières (Gard, France)

tion ». Pour Sommières, la modélisation hydraulique uti- tions cartographiques lorsque l’objectif de l’étude est à la
lisée, dite « bidimensionnelle », schématise très finement fois opérationnel et pédagogique, avec une grande sensibi-
le terrain et la propagation de l’écoulement à l’intérieur lité des riverains au risque inondation.
de la zone d’étude. Mais seul l’écoulement issu du débor- Lors des deux réunions publiques, les réactions tant des élus
dement du Vidourle est pris en compte : la modélisation que des habitants laissent entendre que les représentations
du ruissellement pluvial, encore à l’état de recherche, graphiques des nombreux et différents résultats de l’étude
n’est pas encore utilisable dans le domaine opérationnel. ont été appréciées. La compréhension par le public d’expli-
− approximations effectuées dans le post-traitement des cations de phénomènes complexes et de résultats parfois op-
résultats : les résultats de calcul sont représentés par posés aux « croyances » locales est certainement à mettre en
classes de valeurs et positionnés sur une carte via une grande partie au bénéfice de la production cartographique
interpolation, souvent linéaire, d’un point à l’autre de de l’étude. Ce double volet « restitution cartographique —
calcul. Ceci revient à affecter aux points d’une carte des vocation pédagogique des cartes » était dès l’origine un des
valeurs approchées des résultats de calculs, dont l’incerti- attendus du cahier des charges.
tude est plus ou moins importante en fonction de la den- Pour finir sur une pratique de communication utilisant des
sité planimétrique de ces résultats. Pour Sommières, l’ap- cartographies, récente dans le domaine opérationnel et très
proximation des post-traitements cartographiques est re- appréciée, précisons que des vidéos numériques ont été éla-
lativement faible dans la mesure où le nombre de points borées pour l’étude sur Sommières. L’un des films réalisés
de calculs est élevé. simule la propagation de la crue de septembre 2002 avec
Ces différentes incertitudes influencent l’interprétation de une seule couleur dont la densité augmente avec la hauteur
résultats. d’eau. Cette visualisation « ludique » contient à elle seule
En effet, le premier réflexe des riverains et des collectivités des milliards d’informations hydrauliques (trois grandeurs
est de rechercher la situation planimétrique des informa- hydrauliques en 87 000 points pour environ 140 000 pas de
tions présentée par repérage sur le fond de plan. temps) et 93 cartes (figure 4.8 p. 37).
Un exemple concerne la limite de la zone inondable : le PPR
étant en cours de révision, les résultats de l’étude constituent
l’une des sources pour la définition de la zone inondable la 4.7 Bibliographie
plus réaliste servant de base à la réglementation. La carte de
la zone inondée modélisée a donc été à l’origine d’un débat. MEDD & MELT (Ministère de l’Écologie et du Développe-
En particulier, il a été nécessaire d’expliquer que la zone ment Durable & Ministère de l’Équipement, des Trans-
inondable modélisée représente mal la réalité dans le centre ports et du Logement) (1999) — Plan de prévention des
ville ancien, en rive gauche, à cause de l’incertitude des don- risques naturels (PPR) — Risque inondation — Guide mé-
nées topographiques et du fait que le modèle hydraulique thodologique — Éditions La documentation française, Pa-
ne prend pas en compte l’inondation locale par accumula- ris, 124 p.
tion de ruissellement pluvial. Ces mêmes incertitudes sont CERTU (Centre d’Études et de Recherche sur les Trans-
aussi à l’origine de la différence entre limite modélisée et ports Urbains) (2001) — Représentation cartographique
limitée observée au cours de la crue en rive droite, où la com- — Guide méthodologique — ed. CERTU, Lyon, 87 p.
mune envisage une extension de l’urbanisation (figure 4.7 T EKATLIAN A. (2001), Catalogue de techniques d’acquisition
p. 377). de données topométriques pour les études hydrauliques,
Lorsque les problèmes issus de décalages en plan des élé- 74 p., sous la direction du Cetmef, publié sur le site Inter-
ments superposés sur une carte sont assez importants pour net du Cetmef : [Link]
rendre la carte non utilisable, il est possible d’affiner les in- /projets/hydraulique/clubcourseau/publications
certitudes planimétriques. Outre une amélioration des post- T EKATLIAN A. (2004), Thème 8 — Représentation cartogra-
traitements, il est envisageable d’utiliser un fond de plan phique, 56 p., dans Collectif, sous la direction du Cet-
de précision planimétrique plus fine. Par exemple, les ortho- mef, Guide méthodologique pour le pilotage d’études hy-
photographies réalisées à l’occasion d’un survol photogram- drauliques, publié sur le site Internet du Cetmef : www.
métrique sont caractérisées par une précision planimétrique [Link]/projets/hydraulique
aussi fine que les données topographiques des plans. /clubcourseau/forum
T EKATLIAN A. (2006) — L’aléa inondation en voie de ré-
duction à Sommières — & E Recherche Équipement, n o 6,
4.6 Conclusion p. 36-37.
SIAV (site Internet) — Plan Vidourle : projet pilote national,
L’étude hydraulique élaborée sur la commune de Sommières fichier Plan_Vidourle.pdf téléchargeable sur le site du
est une illustration de l’importance du rôle des représenta- SIAV, [Link]
5 Modèles hydrologiques et décisions politiques

Bertrand Lemartinel the original features of each accident. Using selected exam-
Médi-Terra, Université de Perpignan Via Domitia, 52, avenue ples, we will demonstrate that it is necessary to concentrate
Paul Alduy 66860 Perpignan Cedex one’s effort on the social simulation of crisis as well as on
lemart@[Link] the physical modelling, and it’s better to integrate these
approaches rather than dealing with them separately.
Résumé. — Depuis une dizaine d’années, en raison des Key-words. — floods, rainfall and discharge modelling,
inondations récurrentes, les hydrologues, en particulier en hydrological scenarios, crisis management
Languedoc et en Roussillon, développent des modèles qui
visent à prédire l’importance des débits et donc l’impact du
flot à partir d’une évaluation des précipitations par image- 5.1 Introduction
rie radar. Sans vouloir minimiser l’utilité des remarquables
travaux menés en ce sens, nous souhaiterions montrer que Les progrès de l’instrumentation météorologique, des moyens
la prédiction — et son incertitude relative — comporte sa de calcul et des systèmes d’information géographique ont
part de danger. En effet, elle peut conduire à des décisions conduit au développement de modèles hydrologiques. Leur
guère plus appropriées que celles qui auraient été prises fonction est naturellement de faire progresser la connais-
de manière empirique. En outre, d’autres modèles qui per- sance du comportement des écoulements. Mais ces travaux
mettent, à l’aval, d’évaluer la submersion des plaines res- ont aussi des applications pratiques qui n’ont pas échappé
tent en fin de compte trop généralistes et laissent de côté aux décideurs puisqu’ils permettent, dans une certaine me-
les particularités dynamiques de chaque événement. Est-il sure, de prédire les conséquences des pluies torrentielles
logique, notamment, de prendre comme référence systé- qui régulièrement s’abattent sur les rives de la Méditerranée.
matique l’aïguat de 1940 pour l’élaboration des scénarios, En effet, l’anticipation est un atout politique qui autorise a
quand on voit la part d’originalité de chaque accident ? En priori une meilleure gestion des accidents. C’est pourquoi,
nous appuyant sur quelques exemples choisis, nous tente- non seulement les recherches en la matière sont financées,
rons de montrer qu’il serait sans doute intéressant de faire mais encore de lourds investissements sont aujourd’hui réa-
porter l’effort sur la simulation « sociale » des crises autant lisés, qui se fondent sur les grandes espérances suscitées
que sur leur modélisation physique, et de les intégrer plutôt par la modélisation, qu’elle ait pour fins l’analyse à court
que de les juxtaposer. terme ou l’évaluation prévisionnelle de l’aléa. Nous examine-
Mots-clés. — inondations, modélisation pluie-débit, mo- rons donc successivement les deux démarches, qui tendent
dèles hydrauliques de transfert, scénarios hydrauliques, à confondre le risque avec le fait de nature, pour essayer
gestion des crises d’en montrer quelles en sont les incertitudes et donc les
limites décisionnelles. Nous verrons enfin que le problème
Title. — Hydrological models and political decisions des interfaces entre nature et société, qu’il soit d’essence
Abstract. — About since ten years, because of the recur- technocratique ou sociale, est trop souvent négligé en Lan-
rent floods in Mediterranean area, hydrologists, especially guedoc et en Roussillon, alors qu’il mériterait au contraire
in Languedoc and Roussillon, have developed models to d’être mis en pleine lumière.
improve the prediction of river discharges by evaluation of
rainfalls from radar imaging and therefore the flood impact
on the banks. We don’t minimize this interesting research, 5.2 Un lourd investissement dans la modélisation
but we will demonstrate that prediction — and its relative de l’urgence hydrologique
uncertainty — involves itself hazards. In fact, it can lead
to decisions barely more appropriate than empiric choices. 5.2.1 Modèles de transformation pluies-débits et
Besides, other models, which evaluate the flood level on prévisions de crue
the plains downstream, seem non-specialized and forget Depuis une dizaine d’années, de très gros efforts à la fois fi-
the dynamic characteristics of events. Particularly, it’s not nanciers et théoriques sont fournis pour perfectionner le sys-
logical way to use systematically the « aïguat » of 1940 tème d’alerte des crues. La méthode mise en œuvre consiste
as reference to make flooding scenarios, when we observe à d’abord évaluer la quantité probable de précipitations à
40 Modèles hydrologiques et décisions politiques

partir d’une analyse de la masse nuageuse réalisée grâce valeurs injectées dans les mailles du modèle qui convertit
à des radars météorologiques. C’est ainsi que le radar tou- les pluies en débit. En outre, dans les Corbières et pour une
lousain a été complété en Languedoc et en Roussillon par même maille située dans une zone de crête — donc plus
ceux de Bollène, de Nîmes et d’Opoul, au coût affiché de arrosée — on a pu constater en 1999 d’étonnants contrastes
1,65 millions d’euros l’unité (Parent du Châtelet, 2003). Ils morphogéniques témoignant de l’hétérogénéité du champ
permettent d’anticiper de quelques heures les mesures plu- de pluie (Calvet M., Lemartinel B., 2002). Si, dans les grands
viométriques faites au sol. Le logiciel CALAMAR, développé bassins hydrographiques, ces phénomènes sont lissés par la
par la DDE du Gard, fournit ensuite des valeurs du champ de taille des zones de réception, dans les plus petits, et c’est le
pluie pour une grille régulière de maille kilométrique, donc cas en Languedoc et en Roussillon, ces incontrôlables varia-
plus dense que celle permise par l’appareillage traditionnel. tions ont des conséquences importantes et immédiates sur
Enfin, les observations permettent d’appréhender d’une ma- les écoulements.
nière satisfaisante l’hétérogénéité du champ de pluie à de Cet impact de la morphométrie ne se limite pas à celui qui
brefs pas de temps s’exerce sur les fonctions de transfert. Il concerne aussi des
Les valeurs obtenues sont immédiatement versées dans un lieux particuliers, quand il faut — pour déclencher à bon
modèle de transformation pluie-débit. On notera en particu- escient l’alerte aux crues — convertir le débit en hauteur
lier, pour nos régions, les intéressants travaux qui ont abouti d’eau. Les courbes de tarage, tout à fait efficientes pour les
à la réalisation du logiciel Alhtair (Alarme Hydrologique débits faibles et moyens représentent fort mal la réalité en
Territoriale Automatisée par Indicateur de Risque). Ce type cas de débits forts ou exceptionnels. En effet, les jaugeages
de logiciel utilise des fonctions de transformation de la pluie qui seraient nécessaires à leur réalisation sont à peu près
spatialisée en débit ruisselant, ainsi que des lois de propa- irréalisables durant des crues-éclair à la fois violentes et
gation de l’eau précipitée vers les concentrateurs constitués brèves. Cela est d’autant plus vrai que dans nos régions,
par les bassins-versants d’un Modèle Numérique de Terrain, la partie aval des fleuves s’écoule sur des plaines d’inonda-
simplifiés et réduits à leur dimension hortonienne ; il renvoie tion et que le niveau de base fluctuant modifie de manière
les débits et les temps de propagation à l’exutoire ou, tout au très sensible l’étalonnage d’une station : ainsi, en 1999, les
moins, vers une station prédéterminée, par exemple Corbès basses pressions et les vents d’Est, qui ont pu drosser un
ou Roucan sur les Gardons. Les simulations réalisées à partir navire, le Danube Voyager, sur la plage de Leucate, ont sensi-
de la crue de 1995 (DDE 30, 1999) montrent la validité de blement relevé le niveau de la mer. Au total, la modélisation
l’approche et l’intérêt de la méthode, puisque les débits cal- de l’urgence, malgré son coût fort élevé, repose sur des bases
culés et réels s’avèrent proches les uns des autres. Ensuite, théoriques relativement fragiles.
pour évaluer le risque d’inondation en chaque point, des
courbes de tarage, pour autant qu’elles existent, permettent 5.2.3 Les limites pratiques, entre accidents et urgence
en principe de prédire les hauteurs d’eau qui peuvent être « urgente »
attendues sur les segments à risque des cours d’eau. On ajoutera qu’au-delà des limites conceptuelles, dont on
peut imaginer qu’elles pourront être franchies grâce au pro-
5.2.2 Les limites conceptuelles de la modélisation de grès scientifique, existent des obstacles pratiques au fonc-
l’urgence tionnement opérationnel des modélisations prédictives. Il
Nous redisons ici tout l’intérêt scientifique de ces recherches. s’agit d’abord des éléments qui ne sauraient être aisément
Il faut aussi en signaler les limites conceptuelles qui ont intégrés au modèle, sauf à le corriger en permanence. Nous
évidemment un impact sur leur opérabilité. Le premier pro- pensons par exemple aux états de surface des sols, plus ou
blème est constitué par les différences mesurées entre l’éva- moins saturés, et donc plus ou moins imperméables au dé-
luation des précipitations par le radar et celles relevées sur part de l’événement, sans qu’il soit très aisé d’en évaluer
les pluviographes. Ainsi, lors des pluies cévenoles des 8 et la réalité tout au long d’un bassin-versant. D’autres aléas,
9 septembre 2002, les deux approches se sont caractérisées comme l’a été en 1940 et sur le Tech le barrage accidentel
par des écarts maximaux d’intensité horaire qui pouvaient de la Baillanouse, viennent perturber les écoulements. On
aller de 60 à 140 mm/h à Anduze, la valeur radar étant nous dira, et c’est vrai, que les prédictions s’approchent très
systématiquement minimisée ; on voit bien les répercussions correctement des observations. Mais ce qui n’est qu’une er-
que ce fait peut avoir en terme de prévision. Cette distorsion reur marginale au regard de critères scientifiques devient un
n’est pas seulement quantitative ; elle est aussi géographique. problème majeur d’incertitude lorsqu’il s’agit d’en faire des
A. Marchandise (2003) montre que les centres de gravité outils de décision sociale. En effet, lorsque le risque majeur
des pluies radar et pluviographiques étaient, toujours en sep- est avéré, point n’est besoin de connaissances très fines pour
tembre 2002 et dans le même secteur, distants d’une dizaine ordonner l’état d’alerte. La difficulté est surtout de le dé-
de kilomètres. Il n’est pas certain que la mesure physique clencher, alors que ses conséquences sociales et financières
faite au sol soit plus correcte que celle produite par télédé- sont importantes, dans les cas-limite. En effet, des hauteurs
tection, cette dernière s’avérant moins ponctuelle et donc d’eau très voisines, donc situées dans la marge de confiance
moins sujette à accident. Mais il n’en reste pas moins que les des modèles, peuvent avoir des effets très différents suivant
notables différences font planer de fortes incertitudes sur les qu’elles débordent ou non les digues...
Bertrand Lemartinel 41

Un autre problème est celui de la réponse qui peut être faite dont beaucoup ont été conçus dans une optique et/ou pour
à l’accident, fût-il parfaitement modélisé et anticipé par le une zone géographique particulières, avant que d’être utili-
calcul. Pierre Dartout, préfet des Pyrénées-Orientales durant sés de manière généraliste. L’utilisation conjointe, comme
l’événement des 12 et 13 novembre 1999, a remarquable- BRLi la pratique dans l’initiative Predict n’est pas nécessai-
ment défini la question lorsqu’il a dit que « Nous nous trou- rement porteuse de sens, et « croiser toutes les informations
vions pendant un jour férié, prolongé par un pont et les services géographiques d’un bassin-versant ou d’une commune avec
publics n’étaient pas organisés comme un jour normal ». Lors- tous les modèles hydrauliques et hydrologiques connus » re-
qu’on traduit cet élégant langage administratif dans notre lève plus de l’affirmation de l’obligation de moyens que de
langue quotidienne, on se rend compte que le haut fonc- la démarche scientifique. On ajoutera que la modélisation
tionnaire, bien qu’averti correctement par deux Bulletins des inondations urbaines relève autant de l’état de la ville,
Régionaux d’Alerte Météorologiques (BRAM) des services en particulier du stationnement automobile à une heure et
de Météo-France, et notamment par celui de 13 h 25, n’avait dans des lieux précis, de la situation des carrefours et des
pas à sa disposition immédiate les troupes nécessaires pour aménagements ponctuels, éminemment variables, que des
faire convenablement face au danger. Dans ces conditions, forces naturelles mises en branle. On l’a bien vu dans le
on doit réellement se demander si l’amélioration du traite- vieux centre de Nîmes en 1988 où l’écoulement a souvent
ment des urgences ne viendrait pas plus d’une meilleure pu être fonction des bouchons constitués par les empile-
gestion des services de garde que l’amélioration de la pré- ments de voitures compressées ... Enfin, les lieux inondables
vision à court terme, pour laquelle a cependant été investi ne le sont pas tous en fonction d’organismes fluviaux. Si
beaucoup d’argent. Cette gestion plus fine suppose aussi une les plaines du Languedoc et du Roussillon ne connaissent
meilleure connaissance des scénarios envisageables, en fonc- pas tout à fait les sheet-floods que nous avons pu observer
tion d’un événement d’ampleur déterminée. C’est pourquoi, en Arizona, il n’en demeure pas moins que des abats d’eau
et la journée Géo-risques du 7 février 2006 l’a bien montré, brutaux peuvent déclencher des écoulements en nappes en
se développent des stratégies qui se fondent de plus en plus dehors de tout drain établi. Le plateau de Torremila, au NW
sur des modélisations à long terme des aléas. de Perpignan, en fut en 1996 un très bel exemple.

5.3.2 Méconnaissance des acquis et occupation des sols


L’investissement actuel — y compris financier — dans la mo-
5.3 La modélisation prévisionnelle « long délisation « appliquée » a d’autant la faveur des élus qu’elle
terme » est une manière pour eux de signifier le manque d’informa-
tions dont ils souffrent ou estiment souffrir. Ainsi, le chef de
5.3.1 La modélisation des submersions projet Predict (BRL), Alix Roumagnac, se dit confronté à des
Le but est évidemment de calculer très à l’avance les hau- « élus qui se plaignent de ne pas avoir d’éléments pour prendre
teurs d’eau prévisibles en un point en fonction de précipita- des décisions » (L’indépendant, 5 janvier 2006). Certes, la
tions d’intensité déterminée. L’intérêt est évidemment de ne modélisation est une des voies d’amélioration de la chaîne
pas faire reposer les décisions sur un modèle hydrologique de décision. Mais il est sans doute excessif d’affirmer qu’il
unique, de comparer les résultats pour chacun d’entre eux n’existe pas des études antérieures, des méthodes d’analyse
et de mieux cerner l’aléa en le cartographiant sur la base et des expériences susceptibles de conduire à des choix en
des valeurs calculées. On essaie aussi d’appréhender les vi- cas de crise hydrologique. Il est donc un peu facile de s’exo-
tesses probables du flot en chaque point de la zone atteinte nérer ainsi de leur méconnaissance. Depuis au moins quinze
par la crue. Les travaux en cours, par exemple à Sommières ans (Desailly, 1990), les travaux se sont vraiment multipliés
ceux du CETE Méditerranée et du SMI du Vidourle, ou en en Languedoc et en Roussillon, notamment dans la sphère
Roussillon, ceux de la DDE 66, montrent la vogue actuelle universitaire. Qu’ils n’aient pas été connus des décideurs
de cet angle d’attaque des problèmes d’inondabilité. peut mettre en cause la médiocrité et la difficulté de leur dif-
Il n’en reste pas moins que l’approche n’est pas forcément fusion par leurs auteurs ; c’est un défaut assez commun de
féconde. Il existe en effet un très grand nombre de modèles, la recherche de ne point trop s’intéresser à la vulgarisation.
entre autres : Il n’en demeure pas moins qu’ils existent et documentent
les événements passés (Vinet, 2003), fort instructifs pour
• Cequeau (Morin, Paquet, Sochansky) réfléchir sur les avenirs possibles des aiguats.
• Hydram (Polytechnique de Lausanne) Naturellement, les obstacles opérationnels que nous avons
• Hydrotel (Fortin, Royer, Québec) décrits pour la modélisation se dressent aussi devant les
• Marthe (BRGM) expertises empiriques. En particulier, la rapide évolution de
• Mercedes (IRD) l’occupation des sols entre Nîmes et Argelès, depuis une ving-
• ModCou (École Nationale Supérieure des Mines de Paris) taine d’années, complique considérablement la prospective.
• ISBA-Modcou (Id.) Comment cerner correctement les conséquences hydrau-
• Topmodel (Beven and Kirkby) liques d’un accroissement de population qui peut atteindre,
comme à Lattes, 35 % entre 1990 et 1999 ? Dans l’aire ur-
42 Modèles hydrologiques et décisions politiques

baine de Perpignan, on compte chaque année 3 000 habi- déclarer que « la RN 9 bénéficie malgré tout d’un réseau de
tants de plus, essentiellement distribués dans des lotisse- substitution grâce à l’autoroute » quand l’accès à l’A9 est im-
ments qui imperméabilisent les sols et perturbent le passage possible et que les péages restent localement exigés pour des
des eaux dans des zones à très faible pente. À cet égard, les déplacements locaux. L’expertise en matière de circulation
modélisations des débordements tentées pour l’Agly mari- routière est pourtant un domaine dans lequel existent déjà
time, malgré leur valeur intrinsèque, restent extrêmement des bases de données, de solides moteurs d’inférences et des
théoriques (Paquier et Mignot, 2000) dans la mesure où modèles éprouvés. Par exemple, le centre de recherches en
elles sont très vite remises en cause par l’urbanisation galo- transports de l’Institut Polytechnique de Montréal (Canada)
pante et la création de routes-digues. Dans ces conditions, possède sur ces sujets une connaissance réelle, d’autant que
les simples constats de terrain, aisément renouvelables, ont les aléas climatiques pèsent lourdement sur la gestion de
une réelle valeur et méritent toute l’attention des décideurs, la circulation routière des grandes métropoles de ce pays.
ce qui n’est pas vraiment le cas. Comment ainsi comprendre Transports Québec, qui s’écarte quelque peu de l’approche
que la zone d’écoulements en nappe du plateau de Torre- séquentielle classique, préconise une modélisation « origine-
mila (cf. supra) bien connue par les travaux de Fourcade destination » qui essaie de définir le chemin optimum en
et Martinez (1997) soit maintenant une « zone UEb à vo- fonction des cas de figure qui se présentent. Il nous semble
cation médicale » et qu’une extension de même nature soit — même si nous ne sommes pas spécialiste de ce genre de
prévue dans le PLU de Saint-Estève (zone 6NA) ? On se de- problème — qu’il y a là une opportunité de gestion de crise :
mande vraiment quel sens, de l’arrivée ou de l’évacuation il n’y a pas que l’eau qui circule en cas de précipitations
de patients, sera privilégié en cas d’inondation majeure des intenses. On éviterait en tout cas de se trouver devant la
rez-de-chaussée... situation du dimanche (encore un dimanche !) 29 janvier
2006 à Perpignan, où les panneaux (entrée Ouest) indi-
5.3.3 Des déplacements plus utiles à modéliser quant les routes barrées se trouvaient à l’endroit même des
Il est clair que, dans l’ensemble, on modélise beaucoup l’aléa débordements, obligeant les automobilistes à de dangereux
et fort peu le risque, la coutume étant d’assimiler un peu demi-tours en pleine voie et créant un regrettable désordre.
facilement le dernier au premier, plus facile à cerner. La Mais pour l’administration concernée, il s’agissait moins,
journée Géorisques 2006, qui a motivé cette communication, sans doute, de gérer une crise que de s’exonérer d’une res-
l’a prouvé de façon assez nette. S’il est intellectuellement ponsabilité en cas d’accident. La question, au final, est donc
très satisfaisant de bien connaître l’aléa, ce n’est peut-être bien celle des interfaces décisionnelles et des modèles impli-
pas l’entrée la plus pertinente si l’on a pour ambition de cites d’intervention, plutôt que celle de la modélisation de
parer au danger. On tirerait au moins autant de profit de l’aléa, d’ailleurs prise pour celle du risque.
l’examen de la situation des personnes victimes des eaux
débordantes et de la position des biens inondés, d’autant
que les repères de crues de plus en plus nombreux, les dé- 5.4 Le problème des interfaces
clarations de sinistre et d’accidents peuvent permettre une
analyse assez fine des problèmes. On notera en particulier 5.4.1 Les défauts du modèle d’intervention technocratique
que « les récentes inondations ont montré qu’une grande partie « descendant »
des victimes étaient sur la route pendant les événements (de 30 Cette confusion, comme le choix de largement faire repo-
à 50 %). » (DRM 66, site Internet) ; ce n’est pas pour autant ser la décision sur la modélisation hydrologique, résulte
que l’on en tire vraiment les conséquences. « L’aïguat [de d’abord d’une conception très, trop technocratique de la ges-
1992] a provoqué 39 coupures de routes ou fermetures de gués. tion des crises. La tradition française est en effet celle de la
Ce recensement a permis de mettre en évidence la vulnérabilité « culture d’ingénieur », ce qui explique sans doute, et le choix
du réseau routier face aux crues du Réart et de ses affluents. de faire surtout reposer la prévision sur des bases mathé-
Les fermetures ont eu lieu entre 20 h, le 26 septembre et 3 h, matiques, et celui d’appuyer l’action des accidents sur une
le 27. Elles ont été réalisées de l’ouest vers l’est en suivant intervention hiérarchique descendante qui privilégie la com-
les intensités maximales des précipitations ». La question est pétence technique. En outre, et c’est aussi très français, les
de savoir si le comportement décisionnel doit s’ancrer sur ministres et les préfets, le plus souvent anciens élèves d’une
l’enregistrement des intensités maximales de précipitations grande école d’administration s’appuient sur de hauts fonc-
ou sur la connaissance des flux d’automobiles qui partent de tionnaires de l’Équipement, généralement anciens élèves
Perpignan pour gagner — d’Est en Ouest ! — en les zones des grandes écoles d’ingénieurs, et leur confient en retour
périurbaines de la vallée de la Têt, du Soler à Prades... l’organisation fonctionnelle des secours. Les organigrammes
Si l’on souhaite valoriser une démarche scientifique en descendants des plans d’intervention, dans lesquels la po-
vogue, qui veut modéliser pour limiter les dangers, n’est- pulation, considérée comme sujet plus que comme acteur,
il pas plus profitable, sur la base de ce constat et en fonction occupe une case en bas de tableau sont à cet égard significa-
des niveaux de crue répertoriés, de simuler les flux routiers tifs. Parfois, les communes prennent en main les procédures
plus que ceux des eaux, de façon à sécuriser — autant que d’alerte ; ainsi, Saleilles (Pyrénées-Orientales) a mis en place
faire se peut — les parcours automobiles ? Il ne suffit pas de un système d’alerte téléphonique informatisée couplée à un
Bertrand Lemartinel 43

système d’information géographique développée par la so- crue bi-centennale intervenue 1940 ne se reproduira qu’aux
ciété Médi@Sig. Mais cette démarche reste relativement alentours de 2040...
marginale et s’avère encore très caractéristique des de l’ha- Dans un autre sens, la tentation est visible de faire appel à la
bitude qui consiste à privilégier une solution technique : il mémoire récente, pour toucher au contraire les populations
n’est en effet pas certain que le « décroché » téléphonique nouvellement installées et annoncer aux électeurs que sont
soit réalisé par la personne à informer plutôt que par les entrepris des travaux qui les protègeront contre la crue et les
automates de réponse que multiplient les opérateurs de télé- plus fortes inondations des années passées, en pratique les
communications pour optimiser l’occupation et la rentabilité vingt dernières. Les statistiques montrent hélas qui se pro-
de leur réseau. téger contre la plus forte inondation connue des vingt der-
Nous ne nions pas ici, pas plus que nous n’avons récusé nières années conduit à avoir 18% de chances d’obtenir un
l’intérêt d’une approche hydrologique, l’utilité d’un État et dimensionnement supérieur à une crue plus que centennale
de d’administrations solides capables de mettre en route un (Gourbesville, 2005). Une digue elle-même conçue pour
appareil solidement structuré. Ils font la différence entre les contenir le flot d’une crue centennale n’a que 65 % d’être
catastrophes et les drames trop connus des pays pauvres. Il vaincue dans les cent années suivantes (Goutx, Mériaux et
est aussi patent que de considérables progrès ont été réali- Tourment, 2005). On comprend bien, dans cette perspec-
sés depuis 1988 : la catastrophe de Nîmes semble avoir été tive, que le lourd engagement financier que supposent ces
un révélateur des faiblesses nouvelles de notre région. Par défenses n’est guère optimisé par des choix qui seraient ou
exemple, le groupe électrogène de secours de la DDE 66, qui sont opérés sur la base d’un événement de référence.
dont le bâtiment est dans l’aire inondable du quartier du On peut naturellement imaginer que la sphère politique est
Vernet, a été assez récemment sécurisé. Les procédures de conseillée par la sphère technico-administrative que nous
gestion du transport scolaire en cas de crise ont été singuliè- avons évoquée plus haut, et qu’au final, les décisions po-
rement améliorées. L’évacuation des lotissements menacés litiques sont tempérées par la limitation des crédits d’une
vers des lieux d’accueil appropriés se fait avec bien plus part et l’expertise théorique et pratique des ingénieurs qui
d’efficacité. Mais les structures précitées ne suffisent sans les mettent en œuvre. Ce n’est pas toujours le cas.
doute pas, quand l’ensemble de la population n’a pas une
idée claire des conduites à tenir en cas de crise. Ni l’informa- 5.4.3 Le problème du suivisme technico-politique
tion, ni l’éducation aux risques n’ont atteint le niveau voulu. On constate en effet que les bureaux d’études suivent par-
Certes, il existe des missions académiques dévolues à cette fois le choix « politique » de l’événement de référence. Par
question ; mais elles touchent encore une fois les directeurs exemple, le 22 septembre 2004, l’Indépendant de Perpignan
d’école ou les enseignants, c’est à dire des fonctionnaires annonce que le CIEE de Montpellier exécute une commande
d’État, plus que la masse des gens. On est loin des systèmes départementale « portant sur la simulation d’une crue excep-
organisationnels observables aux États-Unis, et notamment tionnelle type aïguat de 1940 ». Il est clair que ces organismes,
en Californie, où les conduites à tenir, et pas seulement d’un qui vivent des commandes publiques ne peuvent adopter des
tremblement de terre, font l’objet d’un enseignement et de postures trop différentes de celles des donneurs d’ordre. On
rappels nombreux, jusque dans les annuaires téléphoniques. le voit aussi pour des administrations qui attendent des sub-
Pourquoi les pratiques éprouvées, en France même dans sides pour fonctionner et doivent une partie de leur activité
les départements d’Outre-mer, ne pourraient-elles pas être au commandes des élus, même si aucun subdivisionnaire ne
adaptées en métropole et bien évidemment en Languedoc et tient ouvertement des propos aussi subversifs. En la matière,
en Roussillon, où les précipitations sont proches des records la décentralisation n’a pas eu que des effets positifs. En met-
mondiaux enregistrés sous les Tropiques (Julian, 1993) ? tant un certain nombre de leviers financiers entre les mains
des collectivités locales, on a pu prendre des risques.
5.4.2 Le problème politique : la lutte contre l’événement Paradoxalement, le service RTM des Pyrénées-Orientales qui
de référence n’a pas une réputation de grande docilité à l’égard des élus,
Lorsqu’un effort de communication est fait en direction des s’est aussi engagé dans la voie du suivisme et de l’événement
citoyens, le plus souvent par les élus en quête de voix, un de référence. Ainsi, le même Indépendant du 27 septembre
autre travers apparaît : c’est la référence à un événement 2005 relatait une réunion publique dans laquelle « Éric Choj-
particulier, pris comme modèle, qui sert de base aux dé- naki, technicien des plans de prévention auprès du RTM infor-
cisions politiques. Ainsi, dans les Pyrénées-Orientales, on mait l’assistance sur la méthodologie de l’étude qui a conduit
renvoie toujours à l’aïguat pluri-centennal de 1940, qui n’est à fixer l’aléa de référence pour la détermination du plan de
sûrement pas le meilleur critère pour préparer une défense zonage... à savoir la dramatique crue torrentielle de 1940 ».
contre les eaux. Certes, il parle à l’importante masse des Mais en l’occurrence, il s’agissait plutôt de retourner une pra-
électeurs âgés d’un département vieillissant, mais il est aussi tique contre ses auteurs politiques pour se « couvrir » en cas
atypique, par son excès, des accidents récurrents contre les- de débordement du Tech ; cela n’a pas manqué de provoquer
quels on peut raisonnablement tenter de se prémunir. Enfin, le mécontentement d’Alexandre Reynal, maire d’Amélie-les-
si la plupart des édiles ont acquis depuis vingt ans une so- Bains-Palalda, conseiller général, pour qui s’avèrent inac-
lide culture hydrologique, il en reste pour penser qu’une ceptables et irrecevables les options maximalistes retenues,
44 Modèles hydrologiques et décisions politiques

« la modélisation du RTM [n’intégrant] pas les travaux consé- ristiques du bassin versant déterminant le fonctionnement
quents (digues, déroctages, etc.) réalisés depuis le 17 octobre hydrologique des cours d’eau : les cas du Vidourle, du Vistre
tragique ». Cela montre à quel point, derrière les modèles, et du Rhony, Rapport d’étude, 26 p.
sont les jeux d’acteurs. DRM 66 (DELEGATION AUX RISQUES MAJEURS 66) site
Au final, on retiendra que la mesure instantanée par radar internet : [Link]
des précipitations et la modélisation hydrologique qui s’y F OURCADE P., Martinez L. (1997) Les inondations par le ré-
attache peuvent sembler une voie scientifique de gestion des seau hydrographique local, Mémoire de Maîtrise, Perpi-
crises, parce qu’elle donnent à mieux connaître l’aléa : cela gnan
explique son prestige toujours grandissant. La démarche est G OURBESVILLE Ph. (2005), Gestion de l’eau et géographie :
bénéficiaire des formidables progrès du calcul informatique concepts, méthodes et hydro-informatique, Mémoire d’Ha-
et profite donc d’une image méritée de modernité — qui bilitation à Diriger des Recherches, volume « original ».
plaît aux élus — et d’objectivité, qui convient aux ingénieurs G OUTX D., M ÉRIAUX P., T OURMENT R. (2004) Conception
et administrateurs des grands corps de l’État. Mais cela se hydraulique des déversoirs et des endiguements de pro-
fait en partie au détriment de l’analyse des vulnérabilités tection contre les inondations Actes de Colloque « sécu-
et du risque proprement dits, qui sont bien plus qu’un pro- rité des digues fluviales et de navigation » CFGB ; MEDD,
blème hydrologique. D’autres modélisations, qui ne sont pas 25 et 26-11-2004, Orléans, p. 531-550
exclusivement fondées sur l’aléa comme celle, tout à fait G RELOT F. (2004) Gestion collective des inondations : peut-on
cruciale, des déplacements en temps d’inondation, sont réa- tenir compte de l’avis de la population dans la phase d’éva-
lisables. Elles peuvent aussi donner lieu à prévention et pas luation économique a priori ? Thèse de Doctorat École
seulement à une floraison de panneaux routiers indiquant nationale supérieure d’arts et métiers, Paris, 177 p.
dans l’instant les coupures du réseau... L’espace construit et J ULIAN M. (1993) Problème du temps de retour des crues
vécu, fait structurel, a en effet un fort impact sur l’accident catastrophiques ; temps de retour et prise en compte,
que représentent les pluies et les crues. On constate aussi in L’aiguat del 40 : les inondations catastrophiques et les
que les modèles choisis font aussi partie du jeu d’acteurs politiques de prévention en Méditerranée nord-occidentale,
qui organisent les territoires : il est prudent de ne pas leur Generalitat de Catalunya, Barcelone, 484 p.
conférer un statut particulier dans la chaîne décisionnelle. L EQUIEN A. (2003) Analyse et évaluation des crues extrêmes
Enfin, puisque jeux d’acteurs il y a, il convient de ne pas par modélisation hydrologique spatialisée. Cas du bassin
oublier la modélisation sociale. Quand on regarde les inter- versant du Vidourle, Mémoire de DEA, 61 p.
actions dans les processus organisationnels, on remarque M ARCHANDISE A. (2003) Analyse et modélisation hydrolo-
sans trop de mal la place mineure dans laquelle est tenue gique de l’événement exceptionnel des 8 et 9 septembre
dans nos régions la société civile, plutôt mal préparée à subir 2002 sur le bassin versant du Gardon d’Anduze, Mémoire
les problèmes que nous venons d’évoquer. La répétition des de DEA, 71 p.
drames que nous avons connue en Languedoc et en Rous- MEDD (2002) Inventaire cartographique des inondations
sillon devrait nous inciter à nous intéresser à ces questions, des 8 et 9 septembre 2002 ; analyse de la pluviométrie
comme commence à le faire l’initiative Predict de la BRLi : sur le bassin versant des Gardons
le soin d’une maladie suppose, en fin de compte, que l’on [Link].
oublie pas le malade. fr/risques/gard_2002/gardons/rapport/pluvio.
html
N EPPEL L. (2003) Analyse de l’épisode pluvieux du 08 et
5.5 Bibliographie 09 septembre 2002, Ministère de l’Écologie et du Dé-
veloppement Durable, Direction de la prévention des
BRLi, Cemagref (2002) Étude hydrologique de l’Agly, de Rive- pollutions et des risques, 27 p.
saltes à la mer, tome 1, hydrologie, hydraulique et scénarios PAQUIER A., M IGNOT E. (2000) Potentialités et limites de la
d’aménagement, Rapport d’étude pour la DDE 66. modélisation hydrodynamique bidimensionnelle pour la
C ALVET M., L EMARTINEL B. (2002) — Précipitations excep- détermination des zones inondables. Rapport MEDD et Ac-
tionnelles et crues éclair dans l’aire pyrénéo-méditerranéenne. tion Concertée Incitative « Prévention des Catastrophes
Géomorphologie, relief, processus, environnement, n o 1, Naturelles » soutenu par le MENRT. 6 p.
p. 35-50, Parent du Châtelet (2003) Aramis, le réseau français de
D ESAILLY B. (1990) Crues et inondations en Roussillon : le radars pour la surveillance des précipitations La Météoro-
risque et l’aménagement fin du XVI e siècle au milieu logie — n o 40, p. 44-52
du XX e siècle, Thèse NR, Géographie, Université Paris X Préfecture de l’Aude (2002) Inondations 1999 ; trois ans
Nanterre, 352 p. après, La lettre du Préfet, 4 p.
DDE 30 (1999) ALHTAIR, Rapport sur l’élaboration et l’état V INET F. (2003) Crues et inondations dans la France méditer-
d’avancement au sein du SAC 30, Direction Départemen- ranéenne. Les crues torrentielles des 12 et 13 novembre
tale de l’Équipement du Gard, 17 p. 1999, Nantes, Éditions du temps, 224 p.
DIREN (2004) Analyse et synthèse des principales caracté-
Bertrand Lemartinel 45

N.B. : Après la réalisation de cet article, s’est tenu, sous l’égide


de la Société Hydrotechnique de France, un colloque « Valeurs
Rares et Extrêmes de Précipitations et de Débits ; pour une
meilleure maîtrise des Risques » Lyon, 15-16 mars 2006, dont
les communications développent certains points de ce papier.
6 La vulnérabilité des réseaux routiers urbains face aux risques d’altération

Manuel Appert* et Laurent Chapelon** sentiellement à l’évolution des rythmes de vie qui induisent
* Maître de conférences, Université Lyon 2, UMR 5600 de nouvelles pratiques de déplacement (allongement des dis-
* * Professeur, Université Montpellier III, EA 3766 GESTER tances quotidiennes, déstructuration des horaires de travail,
17 rue Abbé de l’Épée, 34090 Montpellier multiplication des activités de loisirs...). Ces nouvelles pra-
[Link]@[Link] tiques ont été rendues possibles par l’adaptation des réseaux
et services de transport. Les réseaux routiers urbains oc-
Résumé. — Les réseaux routiers urbains assurent une des- cupent une place particulière dans l’organisation de la ville.
serte quasi continue par imbrication généralisée d’axes de Véritable appareil circulatoire, ils assurent une desserte fine
concentration et de voies capillaires. Cette organisation, en du territoire urbanisé. Les usagers profitent en effet d’une
partie à l’origine de l’attrait pour l’usage de l’automobile, desserte quasi continue par imbrication généralisée d’axes
expose aussi davantage les réseaux routiers interconnec- de concentration et de voies capillaires.
tés aux risques de paralysie. Cet article vise à montrer en Cette imbrication, en partie à l’origine de l’attrait pour
quoi la hiérarchisation/polarisation des réseaux peut ac- l’usage de l’automobile, expose aussi davantage les réseaux
croître leur vulnérabilité au regard de l’accessibilité des routiers interconnectés et interdépendants aux risques de
territoires desservis. En postulant que le réseau ne répond paralysie (phénomènes de saturation, accidents, sensibilité
pas de la même manière à l’apparition d’un risque selon aux événements climatiques comme de violents orages, glis-
qu’il survienne sur tel ou tel de ses liens, nous évaluerons sements de terrain...). Tant que les réseaux routiers urbains
pour chacun d’eux l’impact de leur paralysie. Nous inter- restaient homogènes, le risque était diffus, moins aigu. En
rogeons donc la structuration hiérarchique des réseaux en revanche, l’apparition des réseaux rapides s’est traduite par
nous demandant s’il existe des prédispositions à la vulné- une polarisation accrue. Or, la concentration des trafics sur
rabilité (morphologie), si elles sont amplifiées par la hiérar- une faible proportion du réseau peut s’avérer pénalisante.
chisation technique (qualité des infrastructures) et si elles Les blocages deviennent vite des paralysies coûteuses pour
sont influencées par le fonctionnement différencié des voies la collectivité. Ces situations sont d’autant plus graves que
(congestion). les réseaux présentent des prédispositions morphologiques,
Mots-clés. — vulnérabilité, réseaux, accessibilité, Mont- qualitatives et fonctionnelles à la vulnérabilité.
pellier, risque, indices, graphe Avec la pression circulatoire et l’évolution technique, la ville
s’est donc dotée d’infrastructures routières de plus grande ca-
Title. — Vulnerability of the urban highway networks pacité et plus rapides, qui viennent se superposer comme élé-
Abstract. — The urban road network provides spatial ac- ment primaire d’une nouvelle hiérarchie séparant les trafics
cess to the city through an overlapping hierarchy, ranging selon leur portée spatiale. Les voies rapides urbaines (VRU),
from highways to local access streets. This pattern of net- d’accès limité, prennent en charge le transit urbain alimenté
work organisation has led to an increased propensity to par les routes distributrices qui collectent les trafics locaux
vulnerability, exposing parts of the city to sharp decreases depuis les plus fins capillaires. L’usage des VRU permet une
in accessibility when traffic blockages occur on the main amélioration substantielle de la vitesse de déplacement au
links or at junctions. Our aim is to define road network vul- prix d’un allongement de la longueur de l’itinéraire polarisé
nerability and to measure the road network’s exposure to par quelques grands axes. De plus, les niveaux élevés de tra-
risk. We postulate that the network morphology, structure fic engendrés par ces modifications de l’offre sont devenus
and level of congestion can be influencing factors for overall difficilement gérables dès que la circulation sur le réseau
road network vulnerability. rapide se grippe. Il s’ensuit une réaffectation intolérable
Key-words. — vulnerability, networks, accessibility, Mont- sur des zones qui ne sont pas destinées au transit urbain
pellier, risk, indices, graph (insécurité, bruit, pollution conduisant à la dégradation de
la qualité de vie). Cela se traduit par une vulnérabilité ac-
crue du réseau et plus largement par une dégradation de
6.1 Introduction l’accessibilité des territoires desservis.
Cet article vise à montrer en quoi la hiérarchisation/
La ville subit actuellement de profondes mutations liées es- polarisation des réseaux peut accroître leur vulnérabilité
48 La vulnérabilité des réseaux routiers urbains face aux risques d’altération

au regard de l’accessibilité des territoires desservis. En pos- de blocage 2 » (Taylor, 1999), ce que la notion de fiabilité
tulant que le réseau ne répond pas de la même manière intègre (Berdica, 2002).
à l’apparition d’un risque (structurel ou accidentel) selon Dans la perspective d’identifier et de mesurer les altérations
qu’il survienne sur tel ou tel de ses liens, nous évaluerons de l’offre face aux risques, il est nécessaire de décrire la
pour chacun d’eux l’impact de leur paralysie. Nous interro- performance du réseau routier (infrastructures et niveau de
gerons donc la structuration hiérarchique des réseaux en service) du point de vue de l’accessibilité offerte aux usagers
nous demandant s’il existe des prédispositions à la vulnéra- (Berdica, 2002). La performance peut ainsi être définie de fa-
bilité (morphologie), si elles sont amplifiées par la hiérar- çon spécifique selon plusieurs critères : longueur des trajets
chisation technique (qualité des infrastructures) et si elles en kilomètres, temps de parcours, etc. La notion d’accessi-
sont influencées par le fonctionnement différencié des voies bilité est celle qui selon nous permet le mieux de couvrir
(congestion). cette dimension du service offert par la route. L’accessibilité
Pour cela, nous présenterons un indicateur de vulnérabilité est à la fois « la capacité fondamentale d’un système à vous
du réseau qui traduit la perte d’accessibilité globale subie transporter de votre lieu de départ vers votre lieu de des-
par le territoire suite à la suppression de chacun des liens ou tination, au moment où vous le souhaitez [...] et qui rend
des nœuds individuellement. Ainsi, plus l’écart par rapport à le déplacement réalisable et utile 3 » (Goodwin, 1992) et la
la situation de référence (réseau complet) sera grand, plus le plus ou moins grande facilité avec laquelle ce déplacement
lien ou le nœud jouera un rôle stratégique dans la desserte peut s’effectuer. Ainsi, « l’accessibilité ne renvoie pas unique-
du territoire et plus sa suppression accroîtra la vulnérabi- ment à la seule possibilité d’atteindre ou non un lieu donné,
lité du réseau. Pour le calcul de cet indice, trois mesures mais elle traduit la pénibilité du déplacement, la difficulté
d’accessibilité sont retenues afin d’évaluer globalement le de la mise en relation appréhendée le plus souvent par une
poids des trois facteurs explicatifs avancés précédemment : fonction décroissante des distances entre les lieux » (Bavoux
morphologie, qualité et congestion du réseau. et al., 2005).
Le réseau est modélisé par un graphe valué. Les calculs La vulnérabilité du réseau routier est alors « sa sensibilité
sont opérés par le logiciel NOD C (Chapelon, 1993-2007) et aux incidents, laquelle se traduit par une détérioration consi-
les résultats cartographiés sous forme d’arcs proportionnels dérable de l’accessibilité 4 ». Ces incidents (accident, travaux,
(logiciel MAP C , L’Hostis, 1993-2007). Les hypothèses et la inondation, glissement de terrain...) peuvent être plus ou
méthode d’évaluation seront testées sur le réseau routier de moins prévisibles, provoqués volontairement ou involon-
la ville de Montpellier (Hérault, France). tairement par l’homme ou la nature. La vulnérabilité est
déterminée par la gravité absolue d’un incident et par les
conséquences relatives de son occurrence sur une infrastruc-
6.2 Mesurer et cartographier la vulnérabilité ture ou un service. Quelle que soit la nature de l’incident, ce
des réseaux routiers sont les deux éléments constitutifs des réseaux techniques,
les liens et les nœuds, qui sont potentiellement source de
6.2.1 Une démarche centrée sur l’offre de transport et dysfonctionnements.
l’accessibilité Les recherches sur l’évaluation de la performance des ré-
La vulnérabilité a déjà été définie par certains chercheurs seaux de transport ont permis d’identifier plusieurs compo-
dans une perspective plus large, y compris à travers la ques- santes susceptibles d’influencer les niveaux d’accessibilité
tion de la sécurité. En nous concentrant sur la vulnérabi- (Chapelon, 2006, Appert & Chapelon, 2003). Il s’agit no-
lité du réseau du point de vue de sa capacité circulatoire, tamment de composantes liées à la morphologie du réseau
nous rejoignons les préoccupations et conclusions de Ber- (agencement, pente et sinuosité des voies), à sa qualité
dica (2000, 2001, 2002), Goodwin (1992), Taylor (1999), (nature des voies) et à son fonctionnement (conditions de
dans la mesure où « un besoin de caractérisation générale circulation) (figure 6.1 p. 49). Comme nous le verrons par
des réseaux routiers pour mieux connaître leur propension la suite, selon la valuation de la distance choisie et la façon
à dysfonctionner 1 » se fait sentir (Taylor, 1999). Notre objet de la calculer, les indices de vulnérabilité permettront de
n’est pas de quantifier les conséquences des risques sur un rendre compte de ces différentes composantes.
espace donné, mais d’évaluer l’offre de transport — les itiné-
raires possibles entre les nœuds sur un réseau — de façon 6.2.2 Modélisation des réseaux par les graphes
systématique par une approche théorique et quantitative de Les réseaux sont modélisés à l’aide de graphes valués décrits
la vulnérabilité. L’utilisation de la notion de vulnérabilité
semble plus adaptée que la notion de « fiabilité » (Taylor, 2 « related to the consequences of link failure, irrespective of the probability
1999) pour l’évaluation de l’offre de transport. En effet, la of failure ».
vulnérabilité est uniquement « relative aux conséquences du 3 « the basic ability of a system to deliver you from where you are, to where
blocage des liens et ne tient pas compte de la probabilité you want to be, at the time you want to travel [...] that makes the journey
worthwhile ».
4 « vulnerability in the road transportation system is a susceptibility to inci-
1 « there is a need for an overall characterisation of road networks, to gain dents that can result in considerable reductions in road network servicea-
insight into their propensity to malfunction ». bility ».
Manuel Appert et Laurent Chapelon 49

Accessibilité

Localisation Morphologie Règles de Type de Qualité des Conditions


géographique du réseau circulation véhicule infrastructures de circulation
des noeuds
Agencement, Code de la route Nombre, nature
Coordonnées pente et et largeur
sinuosité des voies
des voies

Fig. 6.1 Les composantes de l’accessibilité routière

en machine sous forme alphanumérique. Aux nœuds de ré- d’une aire urbaine ou d’une région métropolitaine. De cette
seaux correspondent les sommets du graphe et aux liens, façon, le biais lié à l’hétérogénéité de la couverture spatiale
les arcs. Lors de la conception du graphe, chaque arc est du réseau devrait être minimisé.
caractérisé par sa longueur en kilomètres (caractéristiques La description du réseau repose sur une classification com-
morphologiques), par la vitesse maximale de circulation plète et détaillée composée de neuf types de routes allant
automobile permise sur l’infrastructure qu’il représente (ro- des rues aux autoroutes (tableau 6.1 p. 50). Chaque classe
cade, boulevard, rue...) dans le respect du code de la route de route est caractérisée par une vitesse maximale d’utilisa-
(caractéristiques qualitatives) et par un coefficient de limita- tion dans le respect de la réglementation routière en vigueur
tion de vitesse en fonction du niveau d’utilisation des voies et par une capacité en fonction du profil en travers et de la
(caractéristiques fonctionnelles). Les indices de vulnérabilité nature des intersections.
s’appliqueront aux éléments constitutifs du graphe, les arcs Le graphe routier montpelliérain utilisé dans le cadre des
et les sommets. applications présentées par la suite est constitué de 302 som-
La phase de construction du graphe est déterminante dans mets et de 901 arcs (figure 6.2 p. 50).
le processus de modélisation car les choix effectués à ce
stade peuvent avoir des conséquences non négligeables sur 6.2.3 Modélisation des réseaux par les graphes
la précision des résultats obtenus.
Tout d’abord, le graphe doit rendre compte fidèlement de 6.2.4 Indice de vulnérabilité par destruction des liens du
la hiérarchie routière urbaine et donc distinguer les diffé- réseau
rents types de voies qui composent le réseau. Le graphe est L’indice développé traduit la perte d’accessibilité globale
orienté car à l’échelle mésoscopique à laquelle se place notre subie par les nœuds d’un réseau et donc par le territoire
analyse, les sens obligatoires de circulation influencent for- qu’ils irriguent, à la suite de la suppression de chacun des
tement les itinéraires des automobilistes et, par conséquent, liens individuellement. La suppression d’un arc du graphe
les niveaux d’accessibilité. permet de simuler une coupure accidentelle du lien de ré-
Ensuite, il convient de couvrir l’intégralité du territoire étu- seau qu’il représente. Dans certains cas, cette suppression
dié. Le choix des sommets est déterminant. Tous les carre- peut entraîner la perte de connexité du réseau, c’est-à-dire
fours et autres bifurcations doivent être retenus afin d’opti- l’impossibilité pour un automobiliste de se rendre en tel ou
miser la recherche d’itinéraires sur le réseau. De la même tel lieu. L’accessibilité globale est évaluée par la somme des
façon, tous les changements de caractéristiques techniques distances minimales de parcours entre tous les nœuds du ré-
des voies entre les jonctions doivent être pris en compte et seau (algorithme de Floyd). Il s’agit de l’indice de dispersion
donc être bornés par des sommets. Aucun critère d’ordre d’un réseau.
démographique ou socio-économique n’a été considéré pour La première étape consiste à calculer cette somme à réseau
la construction du graphe afin de rester strictement dans le complet afin d’obtenir une valeur de référence unique ser-
cadre d’un protocole de modélisation et d’analyse de réseau. vant de base de comparaison (figure 6.3 p. 51, étape 1).
Enfin, la modélisation des jonctions doit prendre en compte Lors de la deuxième étape, l’algorithme supprime automati-
les restrictions aux carrefours qui peuvent influencer les iti- quement le premier arc de la liste (figure 6.3 p. 51, étape 2).
néraires, en interdisant certains et en canalisant d’autres La somme des distances minimales de parcours est ainsi
(impossibilité de tourner dans certaines directions, échan- recalculée à réseau incomplet, c’est-à-dire à réseau altéré
geurs incomplets...). par un incident empêchant l’utilisation de cet arc. Cette
Le réseau routier montpelliérain couvre donc l’ensemble de somme est au mieux égale, mais généralement supérieure,
l’espace urbanisé. Le choix de l’agglomération comme péri- à la valeur de référence précédente. Elle est comparée, par
mètre permet de considérer, pour cette première recherche- soustraction, à cette dernière pour donner l’indice de vulné-
test, un réseau plus homogène correspondant à un milieu à rabilité. La valeur de cet indice est affectée à l’arc supprimé.
la densité plus régulière que celui compris dans les limites Plus la différence est élevée, plus la perte d’accessibilité glo-
50 La vulnérabilité des réseaux routiers urbains face aux risques d’altération

Tableau 6.1 Caractéristiques techniques des infrastructures bale occasionnée par la suppression du lien est forte et plus
routières ce dernier joue un rôle stratégique dans le fonctionnement
du réseau. Le même exercice de comparaison des valeurs
Vitesses d’accessibilité entre réseau complet et incomplet est ensuite
Caractéristiques techniques
Classe maximales
des infrastructures routières réalisé pour chacun des autres arcs du graphe individuelle-
(km/h)
R1 Autoroute 130 ment après avoir préalablement replacé dans le graphe l’arc
R2 Voie express interurbaine : double chaussée de type supprimé à l’étape précédente (figure 6.3 p. 51, étapes 3 et
autoroutier et route de liaison principale ou régionale 110 suivantes).
à chaussées séparées.
Cette démarche systématique se veut complémentaire des
R3 Voie rapide urbaine : autoroute ou double chaussée de
type autoroutier avec accotement réduit (< 60 cm).
80 approches classiques consistant à supprimer a posteriori
R4 Route de liaison principale ou régionale à 3 ou 4 voies tous les liens touchés par un incident (une inondation par
90
ou à 2 voies larges, largeur : ] 7 m-9 m ]. exemple) et à évaluer les conséquences sur l’accessibilité
R5 Route de liaison principale ou régionale à 2 voies
80 des territoires.
« standards », largeur : ] 5 m-7 m ].
R6 Route de liaison principale ou régionale et route de
desserte locale à 1 ou 2 voies étroites, largeur : 70 6.2.5 Indice de vulnérabilité par destruction des nœuds
6 5 m. du réseau
R7 Artère urbaine : pénétrante ou rocade structurante du Cet indice est basé sur le même principe que l’indice mesu-
50
réseau routier urbain. rant la vulnérabilité des liens du réseau. Il permet d’évaluer
R8 Boulevard urbain : voie de desserte urbaine principale. 35 la perte d’accessibilité globale résultant de la paralysie de
R9 Rue : voie de desserte urbaine locale. 35
chaque nœud individuellement et, par voie de conséquence,
de celle des arcs incidents à ce nœud. Sa finalité est ainsi
GRAPHE DU RESEAU ROUTIER DE MONTPELLIER
(302 sommets, 901 arcs)

D700

Hopitaux Castelnau
Facultés

La Paillade N113
mo des
ns
uli
Av

Millenaire

Centre
Rte Ville Av Mendes
Lod de France
eve

A9

N
Croix
13

d'argent
N1

Saint-Jean

0 2km
A9

Types de voies
Autoroute (R1) Voie rapide urbaine (R3)
Voie express interurbaine (R2)
Artère urbaine (R7)
Route principale (R4)
Boulevard urbain (R8)
Route secondaire (R5)
Route de desserte locale (R6) Rue (R9)

Manuel Appert, Laurent Chapelon, 2007

Fig. 6.2 Graphe du réseau routier de Montpellier


Manuel Appert et Laurent Chapelon 51

INDICE DE VULNERABILITE PAR DESTRUCTION DES LIENS

Etape 1 : calcul de la valeur de référence (graphe complet)


v1
n sommets (noeuds)
a1 a2 m arcs (liens)
v3
v2 n n

a4 α=Σ Σ d(i, j)
a6 i=1 j=1
a3
α : somme des distances minimales d(i, j) entre tous les
a5 v5
v4 sommets en kilomètres ou en minutes avec ou sans trafic

Etape 2 : calcul de l'importance stratégique de a1


v1 n sommets
a1 m-1 arcs (m-a1)
a2
n n
v3
v2 β(a1) = ΣΣ d(i, j)
i=1 j=1
a4 a6
a3 β(a1): somme des distances entre tous les sommets (m-1 arcs)
v5 Vulnérablité : a1 β(a1) - α
v4 a5 β(a1) - α: perte d'accessibilité due à la suppression de a1

Etape 3: calcul de l'importance stratégique de a2

v1 n sommets
a2
m-1 arcs (m-a2)
a1
n n
v3
v2 β(a2) = ΣΣ d(i, j)
i=1 j=1
a4 a6
a3 β(a2): somme des distances entre tous les sommets (m-1 arcs)
Vulnérablité : a2 β(a2) - α
a5 v5
v4 β(a2) - α : perte d'accessibilité due à la suppression de a2

Etape 4: calcul de l'importance stratégique de a3...

Manuel Appert, Laurent Chapelon, 2007

Fig. 6.3 Indice de vulnérabilité par destruction des liens

de hiérarchiser les nœuds selon leur importance stratégique et des arcs incidents (figure 6.4 p. 52, étape 2). La valeur
dans la structure et le fonctionnement du réseau. résultante est généralement plus grande que la valeur de
L’accessibilité est calculée de la même manière que pour référence. Elle ne peut en aucun cas être inférieure.
l’indice de vulnérabilité des liens, à partir de l’indice de L’indice de vulnérabilité associé au sommet v1 est obtenu
dispersion (somme des plus courts chemins de tout point à en soustrayant cette valeur à la valeur de référence. Plus la
tout autre). différence est grande, plus les détours occasionnés par la
Quelques différences doivent cependant être soulignées. Pre- paralysie de v1 sont importants, plus ce sommet joue un rôle
mièrement, la suppression d’un sommet du graphe à chaque stratégique dans la morphologie, la qualité ou le fonction-
étape exige que la somme des plus courts chemins porte nement du réseau. L’importance stratégique des sommets
sur les déplacements entre les autres sommets du graphe, y dépend de leur emplacement, central ou périphérique, du
compris pour le calcul de la valeur de référence. La compa- nombre et de la nature des arcs connectés.
raison des valeurs d’accessibilité entre les réseaux complet et On procède de la même manière pour chacun des autres
incomplet doit être faite en utilisant exactement les mêmes sommets du graphe après avoir préalablement replacé le
sommets. Ainsi, contrairement à l’indice de vulnérabilité sommet et les arcs supprimés à l’étape précédente (fi-
précédent, il y a autant de valeurs de référence que de som- gure 6.4 p. 52, étapes 3 et suivantes).
mets, puisque celles-ci sont recalculées chaque fois qu’un Ce second indice apparaît particulièrement approprié pour
sommet est supprimé (figure 6.4 p. 52, étapes 1 et 3). La mesurer la vulnérabilité de ce que la littérature scientifique
suppression d’un sommet conduit à la suppression de tous appelle « les réseaux invariants d’échelle » (Barabasi 2002,
les arcs incidents (figure 6.4 p. 52, étape 2), ce qui peut Barabasi & Bonabeau, 2003, Lagues & Lesne, 2003). Ce
altérer notablement l’accessibilité globale. sont des réseaux dans lesquels un petit nombre de nœuds
Techniquement, l’algorithme choisit le premier sommet dans possède un nombre très élevé de liens alors que la plupart
la liste (v1) et calcule l’indice de dispersion (valeur de ré- des autres nœuds n’en ont que quelques-uns. L’intérêt de
férence) entre tous les autres sommets (figure 6.4 p. 52, cette forme de réseau est d’une part d’accroître les possibi-
étape 1). À cette étape, les arcs incidents au sommet v1 lités relationnelles grâce aux multiples correspondances ou
peuvent être empruntés par les plus courts chemins. Ensuite, transbordements permis dans chacun des « supernœuds »
le même calcul est réalisé, mais après suppression de v1 et, d’autre part, d’obtenir une plus grande massification des

Manuel Appert, Laurent Chapelon, 2001, UMR ESPACE-6012 CNRS-UPV, Montpellier, France
52 La vulnérabilité des réseaux routiers urbains face aux risques d’altération
INDICE DE VULNERABILITE PAR DESTRUCTION DES NOEUDS

Graphe complet
v1
a1 a2
v3 n sommets (noeuds)
v2
m arcs (liens)
a4 a6
a3

a5 v5
v4
Etape 1 : calcul de la valeur de référence de v1
v1 n-1 sommets (n-v1)
m arcs
a1 a2 n-1 n-1
v3 α(v1) = ΣΣ d(i, j)
v2 i=1 j=1
a4 a6
a3 α(v1) : somme des distances minimales d(i, j) entre n-1
sommets en kilomètres ou en minutes avec ou sans trafic
a5 v5 (m arcs)
v4

Etape 2 : calcul de l'importance stratégique de v1


v1
n-1 sommets (n-v1)
a1 a2 p = arcs adjacents à v1
m-p arcs
n-1 n-1

v3
β(v1) = Σ Σ d(i, j)
i=1 j=1
v2
a4 β(v1): somme des distances min. entre n-1 sommets (m-p arcs)
a6
a3 Vulnerabilité : v1 β(v1) - α(v1)
β(v1) - α(v1) : perte d'accessibilité due à la suppression de v1
a5 v5
v4
Etape 3 : calcul de la valeur de référence de v2

v1 n-1 sommets (n-v2)


m arcs
a1 a2 n-1 n-1
v3 α(v2) = ΣΣ d(i, j)
v2 i=1 j=1
a4 a6 α(v2): somme des distances min. entre n-1 sommets (m arcs)
a3

a5 v5
v4

Etape 4 : calcul de l'importance startégique de v2 ...


Manuel Appert, Laurent Chapelon, 2007

Fig. 6.4 Indice de vulnérabilité par destruction des nœuds

flux. La logique d’organisation en hub and spokes mise en Vi


V (i) = × 100
place par le transport aérien en est un excellent exemple. Vmax
Les réseaux invariants d’échelle sont particulièrement ro-
bustes en cas d’incident touchant aléatoirement tel ou tel de Compte tenu de l’orientation du graphe, les résultats des
leurs nœuds. En revanche, ils sont extrêmement vulnérables indices de vulnérabilité diffèrent selon le sens de circulation.
à une attaque ciblée portant sur les « supernœuds » à cause Il convient donc d’adapter la cartographie des résultats en
de leur haut niveau de connectivité. L’indice présenté ici per- conséquence. Prenons l’exemple (figure 6.5 p. 53) d’une
met d’identifier ces nœuds stratégiques afin, le cas échéant, route à double sens de circulation (a1 et a2) bornée par
de les sécuriser. deux intersections (v1 et v2) à chaque extrémité.
Les applications présentées dans ce chapitre concerneront Afin de distinguer visuellement les sens de circulation, les
uniquement la vulnérabilité par destruction des liens du ré- arcs a1 et a2 sont séparés par un espace et décalés par
seau. La méthodologie relative aux nœuds est actuellement rapport au centre des cercles v1 et v2. Leur positionnement
en cours d’application au sein de l’équipe GESTER. relatif tient compte du fait que l’on roule à droite sur le
réseau. Ainsi, dans l’exemple précédent (figure 6.5 p. 53)
6.2.6 Cartographie des indices de vulnérabilité l’arc nord-sud relie la partie gauche de v1 à la partie gauche
Afin de rendre lisibles les représentations cartographiques, de v2 alors que l’arc sud-nord va de la partie droite de v2 à
la valeur absolue (Vi) de l’indice de vulnérabilité sur cha- la partie droite de v1.
cun des liens i est transformée en pourcentage de la valeur Les sens uniques sont représentés par un seul arc. Là aussi,
maximale (Vmax) obtenue : la position de l’arc par rapport aux extrémités est donnée
Manuel Appert et Laurent Chapelon 53

par le sens de circulation. Sur la figure 5, l’arc a3, décalé à − de rues étroites et sinueuses dans le centre historique
droite des cercles v2 et v5, correspond au sens de circulation compensées par des percées à plus grand gabarit et
sud-nord. complétées par des boulevards radiaux et circulaires
Après calcul de l’indice de vulnérabilité, les différentiels d’ac- (XIX e siècle).
cessibilité qu’il mesure sont représentés sur chaque arc sous − de routes à plus grand gabarit construites dans la se-
forme d’arcs rectilignes dont l’épaisseur est proportionnelle conde moitié du XX e siècle pour fluidifier et accélérer
à la valeur obtenue (figure 6.5 p. 53). Plus l’épaisseur est les déplacements entre les quartiers de la ville et vers
grande, plus l’accessibilité globale du territoire est altérée, les communes périphériques. Certains de ces axes ré-
plus la paralysie du lien considéré accroît la vulnérabilité du pondent aux caractéristiques des voies rapides urbaines
réseau. Cela reflète le caractère stratégique du lien. En re- (profil en travers et accès limité). Dans le cas de Mont-
vanche, un trait fin signifie que son blocage ne cause qu’une pellier, ces axes ne sont pas toujours continus et leur
perte d’accessibilité limitée et que les conséquences sur la couverture spatiale reste relativement modeste en raison
vulnérabilité du réseau sont réduites. de l’abandon, dans les années 1980, des plans routiers.
CARTOGRAPHIE DES INDICES DE VULNERABILITE C’est le cas de l’avenue Mendès-France ou de la route de
Lodève.
v1
Deus voies − de l’autoroute A9 qui borde l’agglomération au Sud. C’est
a1 Trafic sud-nord à droite
a10 Trafic nord-sud à gauche
un axe d’importance nationale et internationale autour
a9 a2 de la Méditerranée. L’autoroute est ici gratuite et do-
v2 Une voie tée de nombreux diffuseurs qui la connectent au réseau
v3 Trafic sud-nord routier montpelliérain.
a7 a3
a8 a6 6.3.2 Prédisposition morphologique à la vulnérabilité
Une voie
a5 Trafic nord-sud Nous évaluons tout d’abord l’impact de la morphologique
v4 v5
du réseau (agencement relatif des voies, pente, sinuosité)
a4
sur sa vulnérabilité (figure 6.6 p. 54). En d’autres termes, il
Epaisseur (a1) = f (vulnérabilité (a1))
Epaisseur (a2) = f (vulnerabilité (a2))... s’agit de mesurer la prédisposition morphologique du réseau
Trait épais = arc de grande importance stratégique (a7, a8) à la vulnérabilité. L’indice de vulnérabilité par destruction
Trait fin = arc de faible importance stratégique (a1, a6) des liens sera calculé à partir des distances kilométriques sur
Manuel Appert, Laurent Chapelon, 2007
le réseau (longueurs des plus courts chemins en kilomètres).
Fig. 6.5 Cartographie des indices de vulnérabilité On parle de prédisposition morphologique dans la mesure
où l’indice mesure uniquement l’allongement kilométrique
Compte tenu de la transformation en valeur relative de l’in- des trajets suite à la suppression de chaque lien individuel-
dice de vulnérabilité (voir ci-dessus), l’épaisseur du trait ne lement, sans tenir compte, pour l’instant, des vitesses maxi-
varie que de 0 à 100 %. Dix classes d’égale amplitude ont males et des conditions de circulation sur le réseau.
été retenues afin de permettre une meilleure comparaison La classe de couleur jaune (figure 6.6 p. 54) représente
des résultats. La représentation des valeurs absolues était les isthmes du réseau. Ces arcs sont très importants car
rendue impossible par les écarts très importants obtenus leur paralysie entraîne la perte de connexité du réseau. En
entre les valeurs. d’autres termes, certains nœuds ne seraient plus accessibles.
Les résultats des indices de vulnérabilité seront présentés Il s’agit de rues ou de boulevards successifs à sens unique.
sous forme de trois cartes qui traduisent l’impact de la mor- Ils incluent le tunnel de la Comédie, construit au milieu
phologie, de la qualité et du fonctionnement du réseau sur des années 1980 pour permettre la piétonisation de la prin-
sa vulnérabilité. cipale place de la ville. Ce tunnel assure le bouclage du
contournement de l’Écusson, cœur historique de la ville.
L’analyse des valeurs absolues montre que le réseau routier
6.3 La vulnérabilité du réseau routier urbain du centre-ville se caractérise par une prédisposition morpho-
montpelliérain logique à la vulnérabilité relativement importante. Même si
plusieurs itinéraires alternatifs sont possibles dans le centre,
6.3.1 Principales caractéristiques du réseau du fait de la densité du maillage, la concentration des che-
Le réseau routier de Montpellier (figure 6.2 p. 50) est carac- mins minimaux liée à l’agencement particulier des axes se
téristique de celui d’une agglomération française de taille traduit par une forte sensibilité aux incidents.
moyenne. Montpellier est au centre d’une agglomération La route nationale 113, boulevard urbain au tracé rectiligne
de près de 400 000 habitants. Le cœur de l’agglomération et au gabarit relativement important, obtient les scores les
se caractérise par une structure médiévale modifiée surtout plus élevés ce qui souligne son rôle stratégique dans la mor-
au XIX e siècle et par une forte densité urbaine. Cette der- phologie du réseau routier montpelliérain. La vulnérabilité
nière diminue classiquement et progressivement jusqu’en morphologique est étroitement liée à la taille des mailles du
périphérie. Le réseau routier se compose principalement : réseau et donc de la densité des infrastructures.
54 La vulnérabilité des réseaux routiers urbains face aux risques d’altération
VULNERABILITE MORPHOLOGIQUE DU RESEAU

Valuation : distance en kilomètres

3
N11

Av Périphérique intérieur
.
So Pè
ul re
as

Centre
Ville Av. Mendes
France

e
To . de
us
ulo
Av
3
N
11
N

A9 0 2km

Indice de vulnérabilité*
Isthme : perte de connexité * Calcul de l'indice de vulnérabilité :
0 - 10% 50 - 60%
10 - 20% 60 - 70% Vulnerabilité de l'arc
X 100
20 - 30% 70 - 80% Vulnerabilité max

30 - 40% 80 - 90%
Valeur maximale = 6 699
40 - 50% 90 - 100% Valeur minimale = 0.19

Manuel Appert, Laurent Chapelon, 2007,


Logiciels NOD et MAP, L. Chapelon, A. L'Hostis, Ph. Mathis, 1993-2007

Fig. 6.6 Vulnérabilité morphologique du réseau

La distribution des itinéraires minimaux est essentiellement Li


T (i) = × 60
radiale, convergeant vers le centre et le contournant par les Cmax j
boulevards les plus proches. Le rôle stratégique de ces der-
niers apparaît clairement. Quelques itinéraires traversent Une fois le graphe entièrement valué en distances-temps,
de part en part l’agglomération, comme ceux utilisant le l’indice de vulnérabilité peut être calculé. Il compare la lon-
périphérique intérieur, ce qui traduit une vulnérabilité mor- gueur des plus courts chemins en temps à réseau complet et
phologique principalement centrale et radiale. altéré.
Cet indice mesure la prédisposition qualitative du réseau à la
6.3.3 Prédisposition qualitative à la vulnérabilité vulnérabilité et par conséquent, l’impact de la classification
Comme nous avons pu le mentionner, un réseau peut être hiérarchique des routes sur cette vulnérabilité. Compte tenu
plus ou moins bien prédisposé à répondre à un incident de la valuation retenue (le temps optimal de parcours hors
survenant sur tel ou tel de ses liens. Outre la morphologie congestion) cette prédisposition qualitative englobe les fac-
(profil en long), la qualité des voies (profil en travers) in- teurs morphologiques précédents et de nouveaux facteurs
fluence grandement cette prédisposition. Afin de prendre en liés au profil en travers des infrastructures (largeur, exis-
compte ce critère supplémentaire dans les calculs de vulné- tence d’un séparateur central de chaussées, espacements
rabilité, nous utiliserons la vitesse maximale de circulation latéraux) et à la réglementation routière en vigueur (limi-
(Cmax). Il s’agit de la vitesse hors congestion, permise tech- tations de vitesse). Tous ces facteurs conditionnent en effet
niquement par chaque classe d’infrastructures dans la limite l’optimum temporel sur le réseau. Précisons que les valeurs
autorisée par le code de la route. Connaissant la longueur absolues ne sont pas directement comparables avec les ré-
Li de chaque arc i en kilomètres, la vitesse maximale permet sultats précédents (prédisposition morphologique) car la
de calculer les temps de parcours (T(i)) en fonction de la valuation est différente (longueurs en kilomètre/temps en
classe d’infrastructures j à laquelle l’arc appartient : minutes ici).
Manuel Appert et Laurent Chapelon 55

VULNERABILITE QUALITATIVE DU RESEAU


Valuation : Temps de parcours optimal sur le réseau (trafic fluide)

D
70
0

3
N11

Périphérique intérieur

Centre
Rte Ville
de

l
ne
Lod

n
eve

Tu
D132

A9

N
13
N1

0 2km

A9
Indice de vulnérabilité*
Isthme : perte de connexité * Calcul de l'indice de vulnérabilité :

0 - 10% 50 - 60%
Vulnerabilité de l'arc
10 - 20% 60 - 70% X 100
Vulnerabilité max
20 - 30% 70 - 80%
30 - 40% 80 - 90%
Valeur maximale = 9 758
40 - 50% 90 - 100% Valeur minimale = 1.06

Manuel Appert, Laurent Chapelon, 2007,


Logiciels NOD et MAP, L. Chapelon, A. L'Hostis, Ph. Mathis, 1993-2007

Fig. 6.7 Vulnérabilité qualitative du réseau

À Montpellier (figure 6.7 p. 55), la structure spatiale de la 6.3.4 Prédisposition fonctionnelle à la vulnérabilité
vulnérabilité change très nettement. De radiale elle devient Au-delà de la prédisposition qualitative qui traduit le fonc-
radioconcentrique. tionnement optimal du réseau, il convient d’intégrer à l’ana-
Les rocades se distinguent par des valeurs élevées. L’auto- lyse les conditions de circulation réelles qui en altèrent le
route A9 fait exception compte tenu de sa position périphé- fonctionnement. C’est ce que l’on appelle la prédisposition
rique dans l’espace d’étude (effet de bord). La hiérarchisa- fonctionnelle à la vulnérabilité. À la morphologie et à la qua-
tion du réseau ressort aussi clairement. Les infrastructures lité des infrastructures, s’ajoutent donc ici des facteurs liés
les plus stratégiques correspondent aux axes majeurs de cir- à la capacité du réseau à écouler correctement les flux, en
culation. Leur paralysie entraîne des pertes substantielles particulier lors des périodes de pointe. Il s’agit d’approcher
d’accessibilité. au plus près le fonctionnement réel de celui-ci.
C’est le cas notamment sur la D700, la N113, la route de Les temps de parcours utilisés pour la valuation du graphe
Lodève et le périphérique intérieur. sont obtenus à partir de la vitesse réelle de circulation sur
Les aménagements routiers passés avaient pour objectif de chacun des liens à l’heure de pointe du soir. La vitesse réelle
séparer spatialement les circulations, en les hiérarchisant, et tient compte de la capacité des liens et du volume de tra-
d’éviter aux flux de transit de se concentrer dans la partie fic observé (confrontation de l’offre et de la demande). La
centrale de l’agglomération. Cette hiérarchisation fonction- capacité est fonction des caractéristiques techniques des in-
nelle tend cependant à accroître la vulnérabilité du réseau frastructures. L’heure de pointe du soir (17 h-18 h) a été
dans la mesure où la faible qualité des infrastructures al- choisie afin d’illustrer la période de charge maximale du
ternatives secondaires contraint fortement les itinéraires réseau.
optimaux. La cartographie élaborée ici permet de localiser Une méthode spécifique de calcul de la vitesse réelle adaptée
les axes stratégiques, de quantifier les conséquences de leur à l’échelle « mésoscopique » a été développée. La figure 6.8
blocage et d’envisager des mesures pour les « protéger ». p. 56 synthétise les étapes du processus. Pour chaque lien,
plusieurs paramètres sont requis :
METHODE DE CALCUL DES TEMPS REELS DE PARCOURS EN FONCTION
56 La vulnérabilité des réseaux routiers urbains face
DES CONDITIONS aux risques
DE CIRCULATION d’altération
SUR LE RESEAU

Localisation Morphologie Règles de Type de Qualité des Conditions


géographique du réseau circulation véhicule infrastructures de circulation
des noeuds
Agencement, Code de la route Nombre, nature
Coordonnées pente et et largeur
sinuosité des voies
des voies

Typologie :
classe de
route

Capacité Débit

Nombre maximal Nombre de


de véhicules de véhicules de
chaque type en chaque type
UVP/h/voie en UVP/h/voie

Niveau de
service

débit/capacité

Vitesse Coefficient de
maximale réduction de
permise la vitesse
maximale
A

B dépend de A

Longueur du Vitesse réelle B


tronçon en km de circulation

Entrées du modèle
(données externes)
Temps de
parcours sur
1 tronçon = 1 arc du graphe
le tronçon

Fig. 6.8 Méthode de calcul des temps réels de parcours en fonction des conditions de circulation

− la vitesse maximale, du réseau. Les résultats sont directement comparables avec


− la capacité, les précédents (vulnérabilité qualitative) car la valuation
− le débit pendant le créneau 17 h-18 h affecté ici par le reste inchangée.
modèle de trafic EMME/2 (source : CETE Méditerranée). Pour cette recherche-test, nous avons focalisé notre atten-
La confrontation de l’offre et de la demande s’opère en di- tion sur l’analyse de l’offre sans tenir compte des modifica-
visant le débit par la capacité. Le résultat reflète le niveau tions de comportement des usagers confrontés à un blocage.
de service pour la tranche horaire considérée. La correspon- Un développement intéressant consisterait à réaffecter tout
dance entre le niveau de service et le rapport débit/capacité ou partie du trafic sur les tronçons adjacents au tronçon pa-
diffère selon la classe d’infrastructures à laquelle le tron- ralysé afin de calculer des temps de parcours plus proches de
çon appartient (Transport Research Board, 1998). À chaque la réalité. En effet, en cas de blocage, certains automobilistes
niveau de service et pour chaque classe d’infrastructures se reportent sur d’autres itinéraires, souvent de plus faible
correspond un coefficient de réduction de la vitesse maxi- capacité, et contribuent à leur saturation ce qui contraint
male compris entre 0 et 1. La vitesse réelle est obtenue en fortement les temps de parcours sur le réseau. La difficulté
multipliant ce coefficient par la vitesse maximale. Pour un de l’exercice est que cette réaffectation de trafic doit être
descriptif détaillé de la méthode, nous renvoyons le lecteur effectuée à chaque itération, c’est-à-dire autant de fois qu’il
à Appert & Chapelon (2007). y a d’arcs supprimés, ce qui rend les calculs particulièrement
Le temps de parcours de l’arc i est ensuite obtenu en divisant lourds. En outre, les reports de trafic devront tenir compte
sa longueur (Li) par la vitesse réelle (Créelle (i)). du fait que les automobilistes n’ont qu’une connaissance
partielle du réseau et de sa charge. Le choix de leur nouvel
Li itinéraire ne sera pas nécessairement optimal.
T (i) = × 60
Crelle (i) Les résultats sur Montpellier (figure 6.9 p. 57) montrent que
la valeur absolue de la vulnérabilité fonctionnelle globale du
Comme précédemment, l’indice de vulnérabilité est calculé réseau est deux fois plus élevée que dans le cas précédent
en soustrayant la somme des chemins minimaux en temps (circulation optimale). La valeur maximale passe de 9 758
à réseau complet et altéré. Plus l’indice est élevé, plus l’arc minutes à 21 454 minutes. Ceci s’explique par les conditions
supprimé joue un rôle stratégique dans le fonctionnement de circulation très dégradées en période de pointe et par
Manuel Appert et Laurent Chapelon 57

VULNERABILITE FONCTIONNELLE DU RESEAU


Valuation : Temps de parcours sur le réseau à l'heure de pointe du soir (17h-18h)*
*Temps de parcours calculés par une fonction débit/vitesse pour chaque type de voie. Débits issus du modèle de trafic EMME/2

D
70
0

Mo des
ns
uli
.
Av
Centre
Rte
Ville Av. Mendes
de
Lod France
eve e
.d e
Av us
o
ul
To

A9
N

0 2km
A9
2
D13

Indice de vulnérabilité**
Isthme : perte de connexité ** Calcul de l'indice de vulnérabilité :
0 - 10% 50 - 60%
Vulnerabilité de l'arc
10 - 20% 60 - 70% X 100
Vulnerabilité max
20 - 30% 70 - 80%
30 - 40% 80 - 90%
Valeur maximale = 21 454
40 - 50% 90 - 100% Valeur minimale = 1.63

Manuel Appert, Laurent Chapelon, 2007,


Logiciels NOD et MAP, L. Chapelon, A. L'Hostis, Ph. Mathis, 1993-2007

Fig. 6.9 Vulnérabilité fonctionnelle du réseau

la grande variabilité des vitesses de circulation d’un arc à porte grâce à l’imbrication des différents sous-réseaux et à
l’autre dans la mesure où la congestion ne touche pas les leur hiérarchisation. Cette imbrication est également respon-
axes avec la même intensité. sable d’un accroissement de la vulnérabilité du réseau face
On observe également que la hiérarchie routière est atté- au risque d’altération. Lorsque le réseau routier urbain était
nuée par la congestion. La distribution des liens vulnérables encore relativement homogène et peu polarisé, la distribu-
est plus diffuse sinon généralisée. Après blocage, les itiné- tion des itinéraires optimaux en temps était plus diffuse et
raires minimaux court-circuitent les artères principales et se l’exposition au risque plus limitée.
déploient sur des axes qui ne sont pas destinés à les suppor- L’apparition puis la multiplication des réseaux routiers pri-
ter. maires modernes (1970-1980), caractérisés par des vitesses
Les arcs les plus stratégiques sont localisés au sud-ouest du de circulation plus élevées, par une capacité plus importante
centre ville notamment sur la route de Lodève et l’avenue et par un accès sélectif dans l’espace, se sont traduites par
de Toulouse. L’autoroute A9 joue un rôle plus important que un accroissement de la polarisation et de la concentration
dans la simulation précédente en canalisant les itinéraires des itinéraires sur certains liens du réseau. En effet, avec la
de transit est-ouest. croissance du trafic routier et grâce aux innovations de l’in-
génierie routière, de très nombreuses villes ont opté pour la
construction d’infrastructures rapides, qu’il s’agisse de voies
6.4 Conclusion radiales ou orbitales. Ces infrastructures se sont superposées
à celles qui préexistaient et, séparant plus strictement cir-
Le réseau routier est essentiel dans le fonctionnement ur- culation locale inter-quartiers et circulation de transit, elles
bain. Véritable appareil circulatoire, il autorise un accès sont devenues les épines dorsales du réseau routier urbain.
direct, ou presque, à toutes les parties de la ville. Les auto- Lorsqu’un incident survient sur ce type d’infrastructure ra-
mobilistes bénéficient d’un service quasi continu de porte-à- pide, c’est une grande partie du réseau qui en subit les consé-
58 La vulnérabilité des réseaux routiers urbains face aux risques d’altération

quences. Le blocage incite les automobilistes à emprunter d’échelle, Pour la science, n o 314, p. 58-63.
des itinéraires de substitution à travers des espaces qui ne B ARABASI A.-L., 2002, Linked : The New Science of Net-
sont pas adaptés aux volumes de circulation induits. En ré- works, Perseus Publishing.
sultent insécurité routière, pollution et détérioration de la B AVOUX J.-J., B EAUCIRE F., C HAPELON L., Z EMBRI P., 2005,
qualité de vie. Le réseau routier urbain semble donc plus Géographie des transports, Paris, Armand-Colin, (Coll. U.)
vulnérable qu’avant au blocage et expose plus largement la B EOM J. K., C HANG N O Y., H OLME P., S EUNG K EE H., 2002,
ville à des baisses brutales d’accessibilité. Attack vulnerability of complex networks. Working pa-
Le degré de vulnérabilité ne sera pas identique d’un réseau per.
à l’autre car il est conditionné par la morphologie, la qua- B ERDICA K., 2002, An introduction to road vulnerability :
lité et le fonctionnement de chaque réseau. Nous avons pu what has been done, is done and should be done, Trans-
montrer que la vulnérabilité du réseau routier urbain est port Policy, vol. 9, n o 2, p. 117-127.
fonction de la hiérarchisation de ses liens. Il peut être sur- B ELL M. G. H., L IDA Y., 1997, Network reliability, Trans-
prenant de lire que le réseau routier urbain rapide puisse portation Network Analysis, Chichester, Wiley & Sons,
être à l’origine d’une aggravation de la vulnérabilité. Mais p. 179-192.
l’accroissement de la polarisation et la concentration des CERTU, 1990, Les études de prévision de trafic en milieu
itinéraires minimaux sur un nombre réduit de liens, censés urbain : guide technique, Lyon, CERTU
fluidifier et accélérer les déplacements automobiles dans la C HAPELON L., 2006, Politiques de transport et accessibilité :
ville, conduit à une élévation de l’exposition au risque. contribution à la conception de réseaux et de services de
En regardant de plus près, il semble que la distribution des transport, Habilitation à diriger des recherches, Dossier
portions de réseau les plus vulnérables a changé. Si la vulné- de synthèse, Montpellier : université Paul-Valéry.
rabilité historique du réseau de centre-ville de Montpellier C OHEN S., 1990, Ingénierie du trafic routier, Paris, Presses
diminue, elle augmente substantiellement en périphérie. La de l’ENPC.
diminution de la vitesse de déplacement à l’heure de pointe G LEYZE J. F., 2001, « Les dommages induits par les coupures
du soir sur les axes dits rapides se traduit par une redistribu- du réseau routier », communication au colloque Risque
tion des itinéraires sur d’autres axes, souvent moins adaptés, d’accidents et risques environnementaux dans les trans-
atténuant la gravité de la vulnérabilité à l’échelle locale mais ports routiers — Octobre 2001.
la diffusant plus largement dans l’espace. G LEYZE J. F., 2003, Fonctionnalité du réseau de métro pa-
Les indices de vulnérabilité des réseaux routiers que nous risien, communication aux 6 es rencontres Théoquant,
avons élaborés dans cette recherche ainsi que la façon de 20-21 Février 2003, Besançon.
les cartographier pourraient s’avérer utiles pour les aména- G OODWIN P. B., 1992, A quality margin in transport, Traffic
geurs car ils permettent d’évaluer les conséquences d’une Engineering and Control, vol. 33, n o 12, p. 661-665.
exposition à un risque, quelle que soit sa nature. Une ac- L AGUES M., L ESNE A ; 2003, Invariances d’échelle : des chan-
tion anticipatrice de mise en sécurité des tronçons les plus gements d’états à la turbulence, Paris, Belin.
stratégiques pourra ensuite être envisagée. Ces indicateurs L IDA Y., 1999, Basic concepts and future directions of road
montrent également l’importance grandissante de la théma- network reliability analysis, Journal of Advanced Trans-
tique du risque en géographie urbaine. Si dans nos sociétés portation, vol. 33, n o 2, p. 125-134.
du juste-à-temps, l’accès physique et la vitesse accrue sont M ILLER H. J., S HAW S. L., 2001, Transportation, Environ-
essentiels au fonctionnement des activités, ils ne sont plus ment and Hazards, Geographic Information Systems for
suffisants. La notion de fiabilité des temps de parcours prend Transportation, Oxford, Oxford University Press, p. 341-
une place importante que doivent intégrer les autorités res- 379.
ponsables de l’aménagement urbain et des transports. TAYLOR M.A.P., 1999, Dense network traffic models, travel
time reliability and traffic management. I : General in-
troduction, Journal of Advanced Transportation, vol. 33,
6.5 Bibliographie n o 2, p. 218-233.
TAYLOR M. A. P., 1999, Dense network traffic models, travel
A PPERT M., C HAPELON L., 2007, The Space-time variability time reliability and traffic management. II : application
of road base accessibility : application to London, Mathis to network reliability, Journal of Advanced Transporta-
Ph. (ed.), Graphs and networks : multilevel modeling, tion, vol. 33, n o 2, p. 235-251.
London, ISTE, p. 3-30. Transport Research Board, 1998, Highway Capacity Manual,
B ARABASI A.-L., B ONABEAU E., 2003, Réseaux invariants Washington, TRB, 3 e éd.
Partie 3

La carte, outil de régulation


7 La cartographie réglementaire des risques naturels en Suisse, en
Italie et en France

Anne Peltier Le zonage des risques naturels est l’un des principaux
Département de géographie/GEODE, UMR 5602 CNRS, moyens mis en œuvre par la France pour limiter l’accrois-
Université de Toulouse-le-Mirail, 5 allées Antonio Machado, sement de la vulnérabilité dans les zones dangereuses et,
31058 Toulouse cedex 9 de manière plus générale, pour « gérer » les risques. Depuis
peltier@[Link] plus de vingt ans que cette méthode existe, de nombreux
travaux de recherche se sont intéressés à ses impacts et aux
Résumé. — Le zonage réglementaire constitue l’une des facteurs de blocage (Bourrelier, 1997 ; Pigeon, 1998 ; Pottier,
méthodes privilégiées dans certains pays d’Europe de Veyret et al., 2004), si bien que les enjeux et les limites de
l’Ouest pour la réduction des risques naturels. Cependant, ce mode de gestion des risques naturels sont aujourd’hui
à partir d’un objectif commun, les pouvoirs publics qui ont bien connus. On sait moins que le zonage des risques a éga-
adopté ce type de méthode l’ont aménagée selon des mo- lement été adopté dans d’autres pays — encore qu’il soit
dalités assez variées, comme le démontre l’analyse de la loin de représenter une méthode universelle de gestion des
Suisse, de la France et de la Vallée d’Aoste (Italie). Sont risques.
examinés en détail le nombre de zones et les contraintes
qui leur sont associées, les critères de délimitation de L’analyse qui suit est fondée sur l’étude de trois pays, ou plus
ces zones, ainsi que les seuils distinguant chaque niveau exactement de trois régions 1, dans lesquelles les modalités
d’aléa. Il apparaît que les seuils utilisés varient fortement, du zonage du risque ont été examinées en détail : le Valais
la France présentant les conditions les plus restrictives tan- en Suisse, la Vallée d’Aoste en Italie et les Hautes-Pyrénées
dis que la Suisse permet un zonage beaucoup plus souple. en France. Le choix de l’échelon régional plutôt que national
D’autres facteurs de différenciation démontrent à la fois le s’explique par les très fortes disparités existant en Suisse et
caractère politique du zonage et la relation entre modalités en Italie entre les différentes régions. En Suisse, le fédéra-
de zonage et approche du risque spécifique à chaque pays. lisme se traduit en effet par des différences importantes dans
Mots-clés. — Risques naturels, politiques publiques, zo- la conduite des affaires des cantons, y compris dans le do-
nage réglementaire, Suisse, Italie, France maine des risques naturels. En Italie, si l’État central dispose
de prérogatives importantes, les régions, et en particulier
Title. — Lawful zoning of natural hazards in Switzerland, les régions autonomes, ont une importante capacité de dé-
Italy and France cision qui génère également des situations très contrastées.
Abstract. — Lawful hazard mapping is one of the favourite Quant à la France, des études manquent dans le domaine
methods of risk management in many western European des risques naturels sur d’éventuelles disparités régionales,
countries. This method is not used, however, in the same si bien que malgré une centralisation qui demeure très forte
way in each country, as shown by the analysis of the Swiss, dans la gestion des risques, il apparaît plus judicieux de
Italian and French cases. We examine precisely the number limiter l’analyse à un département.
of zones and their related constraints for land-use. The cri-
teria used to delimiter these areas are also studied, as well Le zonage des risques, en particulier lorsqu’il revêt une di-
as the thresholds between each area. This study shows that mension réglementaire, constitue en fait un cas relative-
the thresholds used are really different in each country : ment rare en Europe : au Royaume-Uni, en Allemagne, en
the French administration uses restrictive criteria, whereas Grèce, au Portugal, par exemple, le zonage, lorsqu’il existe,
hazard mapping, as it is practiced in Switzerland, is really n’est qu’informatif (Veyret, Garry, Meschinet de Richemond,
more flexible. Other factors differentiate the three cases, 2004). Cette pratique est donc loin d’être généralisée. Par
showing the political aspects of hazard mapping but also ailleurs, l’analyse détaillée des modalités du zonage met en
the relationship between the mapping methods and the spe-
cific approach of risk constitutive to each country or region.
1 Le terme « région » doit être compris dans cet article au sens d’échelle géo-
Key-words. — Natural hazards, public policies, lawful
graphique intermédiaire entre l’échelon national et l’échelon local. Il dé-
hazard mapping, Switzerland, Italy, France signe donc tout aussi bien le canton suisse, la région autonome italienne,
que le département français.
62 La cartographie réglementaire des risques naturels en Suisse, en Italie et en France

évidence ce paradoxe que le recours au zonage du risque, tion de la loi, et les premières cartes n’ont vu le jour qu’après
réalisé dans des objectifs similaires, peut obéir en fait à des la loi de 1998, qui précise les modalités d’élaboration des
logiques différentes. cartes des risques, et surtout après la crue d’octobre 2000,
à la suite de laquelle le gouvernement régional a donné
trois ans aux communes pour réaliser les cartes. Au total,
7.1 Des objectifs similaires pas moins de six lois ont été nécessaires, en vingt-cinq ans,
pour que ces cartes soient réellement mises en œuvre. En
Les objectifs recherchés par la pratique du zonage du risque Suisse comme en France, des adaptations ont également
sont similaires dans les trois régions étudiées : il s’agit essen- été nécessaires, ce qui traduit à la fois les difficultés liées
tiellement de limiter l’accroissement de la vulnérabilité. à l’élaboration de cet outil et les difficultés pour le faire
appliquer.
7.1.1 Un objectif ancien...
En Suisse comme en France et en Vallée d’Aoste, le zonage 7.1.2 ... identifier les zones à risque
du risque fait l’objet depuis longtemps d’une réflexion de Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de préciser l’objet
la part des pouvoirs publics, ce en quoi ces trois terrains de la cartographie : que l’on parle de carte des dangers
se distinguent de nombre de pays européens dans lesquels en Suisse, de carte des zones inconstructibles pour cause
cette approche est plus récente. de risques en vallée d’Aoste ou de Plan de prévention des
En Suisse, la première tentative dans ce sens est l’arrêté risques (PPR) en France, la cartographie est avant tout celle
fédéral de 1972 obligeant les cantons à prendre des mesures de l’aléa. C’est particulièrement clair en Suisse 1 et en Vallée
d’urgence en matière d’aménagement du territoire et en d’Aoste, mais la carte du PPR français, comme son nom ne
particulier à délimiter les zones menacées par des aléas. Par l’indique pas, est fondée avant tout sur la délimitation de
cet arrêté, la Confédération cherche à la fois à limiter la l’aléa 2.
construction dans les zones dangereuses et plus largement
à affirmer ses compétences dans le domaine de la gestion [Link] La réalisation de la cartographie
des risques, un domaine qui ne fait pas explicitement partie S’il existe une réelle convergence dans les objectifs généraux
de ses attributions aux termes de la Constitution. D’autres du zonage des risques ainsi que dans la chronologie de la
textes (les lois de 1979 et 1991, en particulier) complètent mise en place de ces zonages, on constate en revanche une
cette première ébauche pour créer la « carte des dangers » différence nette dans le choix des acteurs chargés de la
telle qu’elle existe aujourd’hui. cartographie.
En France, après la loi de 1935 instaurant le Plan des sur- En Valais, l’élaboration du zonage est à la charge de la com-
faces submersibles (PSS), la création de l’article R111.3 du mune, qui confie dans la pratique la cartographie à des
code de l’urbanisme en 1955 et la création du Plan des zones bureaux d’étude certifiés dont la liste est dressée par le
exposées à des risques naturels (PZERN) en 1974, autant canton. Chaque commune doit réaliser sa carte. Les aspects
de dispositifs qui n’ont été que peu appliqués, une nouvelle techniques et scientifiques de la cartographie sont ensuite vé-
impulsion est donnée au zonage des risques avec la loi de rifiés par les autorités cantonales, puis les services fédéraux
1982 créant les Plans d’exposition aux risques. La loi de se chargent de vérifier la légalité du zonage. Cette approche
1995 instituant les Plans de prévention des risques constitue est spécifique au Valais. Dans le canton de Fribourg ou au
le dernier avatar du zonage des risques naturels. Tessin, par exemple, la carte des dangers est réalisée par les
En Italie, il faut attendre plus longtemps une loi sur le zo- services cantonaux.
nage des risques. La première loi nationale sur le sujet est En Vallée d’Aoste, l’État n’est pas impliqué dans le processus,
celle du 18 mai 1989 sur la protection du sol (la difesa del qui est exclusivement régional. La cartographie des risques
suolo). Ce texte prévoit la réalisation de plans à l’échelle est réalisée sous la responsabilité de la commune par un
des bassins-versants, des plans ressemblant aux Schémas bureau d’étude. Cependant, celui-ci n’est pas certifié comme
directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) c’est le cas en Valais et chaque commune peut faire appel au
français mais avec une composante « risque » beaucoup plus professionnel de son choix. Comme en Valais, la cartogra-
marquée. Cependant, l’échelle de ces plans (1/25 000) et phie des risques est obligatoire dans chaque commune. La
leur caractère non opposable aux tiers en font un document validité scientifique et administrative de la carte est vérifiée
indicatif n’ayant pas la portée du PPR ou de la carte des par l’administration régionale.
dangers. En France, la logique de répartition des compétences est
En Vallée d’Aoste, le gouvernement régional n’a pas attendu
l’intervention de l’État central pour mettre au point une poli- 1 La cartographie du risque en Suisse résulte de décisions fédérales mais elle
tique de zonage des risques. Une circulaire de janvier 1976 est mise au point à l’échelle cantonale selon des modalités différentes, si
contraint ainsi les communes à réaliser des plans des zones bien que l’on est amené, selon les cas, à parler de la Suisse en général
pour les décisions fédérales ou du Valais en particulier pour les parties de
exposées aux avalanches, aux glissements de terrain, aux
l’analyse qui ne s’appliquent qu’à ce canton.
éboulements et aux inondations et à les rendre inconstruc- 2 Par commodité de langage, on continuera à parler de cartographie du
tibles. De nombreux autres textes ont suivi, faute d’applica- risque.
Anne Peltier 63

sensiblement différente puisque ce sont les services décon-


centrés de l’État qui se chargent de l’ensemble du processus 7.2 Les critères de délimitation des zones,
de réalisation des cartes. Le recours à des bureaux d’étude, révélateurs de choix politiques et
de plus en plus fréquent, se limite à des études techniques économiques différents
spécifiques (hydrologie, modélisation, etc.). Autre différence
avec le Valais et la Vallée d’Aoste : seules les communes re- On pourrait croire que la proximité géographique entre les
censées comme étant soumises à un risque sont dotées d’un trois terrains étudiés ainsi que la mise au point parallèle, de-
PPR. Pour simplifier, en Valais et en Vallée d’Aoste les com- puis les années 1970, du zonage du risque, se traduisent par
munes doivent prouver qu’elles ne sont pas exposées à un des procédures identiques. Or le choix des acteurs chargés
risque pour se dispenser de la réalisation du zonage, tandis de réaliser le zonage n’est pas le seul point de divergence
qu’en France il faut que l’existence d’un risque soit prou- entre les trois régions étudiées. Des éléments aussi divers
vée ou tout au moins fortement pressentie pour justifier la que le nombre de zones, les critères de délimitation des
réalisation d’un zonage. zones ou même les seuils entre les différentes zones font
l’objet d’approches différentes.
[Link] L’intégration du zonage dans les documents
d’urbanisme 7.2.1 Le nombre de zones
Le zonage définitif est réalisé sur une base cadastrale de Le nombre de zones de la carte définitive fait l’objet de
façon à pouvoir être intégré dans les plans locaux d’aména- choix différents d’une région à l’autre. En Suisse, les cartes
gement. En Valais, la carte des dangers n’est pas en tant que de danger distinguent quatre zones de danger : élevé (zone
telle opposable au tiers. Cependant, dans la mesure où les rouge, inconstructible), moyen (zone bleue, constructible
communes doivent tenir compte des risques naturels dans sous condition), faible (zone jaune, d’information) et rési-
l’aménagement local, elles intègrent les cartes des dangers duel (zone hachurée jaune et blanche). L’originalité de la
directement dans leurs Plans d’affectation de zones. En Val- Suisse tient à cette zone de danger (c’est-à-dire d’aléa) ré-
lée d’Aoste, la carte est intégrée, par la commune, dans le siduel, qui correspond à la part incompressible du risque,
Plan régulateur général communal. dans laquelle on prévoit des mesures d’alerte et d’évacuation
En France, la situation est légèrement différente dans la de la population.
mesure où le PPR lui-même est opposable au tiers. En théo- En Vallée d’Aoste, la carte des risques ne compte que trois
rie, donc, la carte des dangers valaisanne ou la carte des zones : aléa fort (zone rouge, inconstructible), aléa moyen
risques valdôtaine ne sont qu’indicatives et pourraient très (zone jaune, également inconstructible), aléa faible (zone
bien être modifiées par la commune avant d’être intégrées verte, constructible sous condition) 2. La spécificité de la Val-
dans les plans communaux d’aménagement, alors que le PPR lée d’Aoste tient à l’interdiction de construire également
a un caractère réglementaire avant même son intégration dans les zones d’aléa moyen. La réhabilitation de construc-
dans le Plan local d’urbanisme. Dans la pratique, cependant, tions anciennes y est en revanche autorisée. S’ajoute, dans
les communes reprennent la carte réalisée par les bureaux le cas des avalanches, une zone violette, dans laquelle le
d’étude sans la modifier, pour ne pas risquer d’être accusées risque n’est pas étudié de façon approfondie et qui n’est pas
de minorer le risque. destinée à être ouverte à l’urbanisation à brève échéance.
La cartographie réglementaire des risques naturels obéit Si la commune envisage d’autoriser la construction dans
donc dans les trois cas à des objectifs similaires : il s’agit de cette zone, elle devra mener des études complémentaires.
délimiter les zones exposées à un aléa de façon à réglemen- Cette zone violette représente en fait l’équivalent de la Carte
ter la construction dans ces zones 1. de localisation probable des avalanches réalisée en France ;
Cependant, ces objectifs convergents dissimulent des lo- elle permet de disposer d’informations en dehors des zones
giques sensiblement différentes. L’analyse des critères et des habitées.
seuils utilisés pour délimiter les différentes zones, facteur a En France, le PPR comporte à la base deux zones : une zone
priori objectif, montre en effet des approches distinctes d’un de risque fort (zone rouge, inconstructible) et une zone de
cas à l’autre. risque moyen (zone bleue, constructible sous condition).
Progressivement ont été créées de nouvelles zones, desti-
nées à mieux tenir compte de la spécificité des phénomènes.
Ainsi, pour les inondations, certains services distinguent-ils
désormais une zone spécifique pour le champ d’expansion
des crues. Par ailleurs, dans les zones fortement urbanisées a
1 Progressivement, en France, la réglementation s’est étendue à l’utilisation été créée une zone violette correspondant à une zone d’aléa
du sol au sens large et non plus seulement à la construction. Depuis la loi fort mais dans laquelle on ne peut pas envisager d’interdire
de 2003 en particulier, les PPR peuvent en effet réglementer les pratiques toute nouvelle construction. Toutefois, le guide méthodolo-
agricoles et concernent également les zones non exposées à des risques
mais dans lesquelles des modifications peuvent accentuer le risque (c’est
le cas en particulier de certains versants avalancheux sur lesquels le déboi- 2 Loi régionale n o 11 du 6 avril 1998 portant dispositions en matière d’urba-
sement pourrait accroître le risque). nisme et de planification territoriale en Vallée d’Aoste.
64 La cartographie réglementaire des risques naturels en Suisse, en Italie et en France

gique pour les PPR inondations ne mentionne que les zones bloc entre dans la zone, ce qui ajoute un critère par rap-
bleues et rouges (MATE, 1999). port à la carte des dangers suisse. En Vallée d’Aoste enfin,
Le guide méthodologique pour les PPR avalanches fait en re- il n’existe pas, dans des textes réglementaires pourtant très
vanche explicitement référence à une zone jaune, correspon- détaillés sur le sujet, de critère chiffré pour la délimitation
dant à l’avalanche maximale vraisemblable, dans laquelle des zones : les critères sont exclusivement géologiques et
sont interdits les établissements recevant du public et pour géomorphologiques (pente, traces d’éboulements antérieurs,
laquelle les pouvoirs publics peuvent prévoir des mesures etc.). Dans ce cas, comparer théoriquement les seuils de
d’évacuation. Cette zone rappelle fortement la zone de dan- délimitation des zones est impossible. Le seul mode de com-
ger faible ou résiduel que l’on trouve en Suisse. Pour les paraison envisageable consisterait à faire réaliser la carte
avalanches a également été créée une zone verte, non direc- des aléas d’un même lieu par des spécialistes des trois ré-
tement exposée au risque mais dans laquelle la construction gions, afin de confronter les résultats.
de nouveaux bâtiments pourrait accroître le risque ou en Pour certains aléas cependant, les critères utilisés sont iden-
provoquer de nouveaux (MEDD, 2004). tiques. C’est le cas pour les avalanches : en Suisse, en France
Le choix du nombre de zones n’est pas anodin. Plus le et en Vallée d’Aoste, le critère principal de délimitation des
nombre de zones est grand, plus le zonage permet de zones est la pression exercée par l’avalanche. Dans les trois
nuances dans les niveaux d’aléa. Ainsi en France, les deux cas, la limite entre aléa fort et aléa moyen est la même :
zones initiales conduisent-elles à une analyse assez schéma- une pression de 3 tonnes/m. Cette identité s’explique no-
tique : le risque est fort, moyen ou considéré comme nul. tamment par le fait que les travaux de l’Institut fédéral pour
Aussi, pour ne pas risquer de négliger une zone dans la- l’étude de la neige et des avalanches (ENA) de Davos, en
quelle l’aléa est faible mais non nul, les services chargés de Suisse, constituent une référence mondiale sur le sujet. En
la cartographie peuvent-ils être tentés de l’inclure dans la revanche, le seuil inférieur de l’aléa moyen diffère selon les
zone bleue, alors même que le niveau d’aléa ne justifie peut- cas. En Vallée d’Aoste, on parle d’aléa moyen à partir d’une
être pas des contraintes fortes. Inversement, en Suisse ou pression de 0,5t/m 2, alors que les seuils sont de 0,3t/m 2
en Vallée d’Aoste, l’existence d’une zone intermédiaire entre en Suisse et 0,1t/m 2 en France (figure 7.1 p. 64). Le PPR
l’aléa moyen et l’aléa nul permet-elle de limiter l’extension se révèle donc, dans le cas des avalanches, beaucoup plus
de la zone bleue. restrictif que la carte des risques valdôtaine ou la carte des
Ces remarques pourraient sembler reposer sur un fil bien dangers suisse, puisque pour une pression, par exemple,
ténu. En fait, elles sont largement corroborées par le choix de 0,2t/m 2, on sera en zone de risque moyen, avec des
des seuils utilisés pour la délimitation des différentes zones. contraintes de construction, en France, alors que le niveau
sera faible en Suisse et qu’il n’y aura pas de contrainte de
7.2.2 Les seuils de délimitation des zones construction, tout au plus l’organisation de l’évacuation.
Comparer les seuils utilisés pour délimiter les zones n’est pas
forcément aisé. Les administrations des trois pays ou régions
Aléa faible
n’évoquent en effet pas toujours exactement les mêmes aléas. VALLEE Aléa moyen Aléa fort
D’AOSTE
Ainsi, les textes officiels suisses distinguent-ils les inonda-
Aléa faible
tions statiques ou dynamiques, les érosions de berges et les SUISSE
Aléa moyen Aléa fort

laves torrentielles, tandis que la législation valdôtaine ne


Aléa moyen Aléa fort
parle que d’inondation au sens large et que les guides mé- FRANCE

thodologiques pour les PPR ne parlent de seuils que pour


les inondations et les inondations par ruissellement urbain 0 0,1 0,3 0,5 1 2 3 Pression
(T/m²)
(en zone rurale périurbaine ou en zone urbaine). Il est donc AVALANCHES

parfois difficile de savoir de quel type de phénomène il est


exactement question. Par ailleurs, même lorsque existent Fig. 7.1 Les seuils de délimitation des zones pour les ava-
des critères chiffrés, ils ne sont pas obligatoirement exclusifs lanches en Suisse, Vallée d’Aoste et France
d’autres critères de type géomorphologique, hydrologique
ou historique. L’intérêt de l’étude des seuils tient surtout à En ce qui concerne les inondations, on ne peut comparer
ce qu’ils permettent une comparaison précise et révèlent à que la Suisse et la France, la Vallée d’Aoste n’utilisant pas
ce titre des approches différentes du risque. de critères chiffrés. Les directives suisses et françaises re-
Les critères utilisés pour délimiter les zones sont également commandent d’utiliser des critères de hauteur et de vitesse
différents. Le cas des éboulements est significatif de ces dif- de l’eau, mais la combinaison entre ces critères varie d’un
ficultés. En Suisse, les directives fédérales imposent comme pays à l’autre, ce qui produit des résultats très différents.
type de critère l’énergie cinétique dégagée par l’éboulement. En France, une zone est classée « rouge » dès lors que la
En France, le guide méthodologique pour les PPR mouve- hauteur d’eau attendue est supérieure à 1 m et/ou la vitesse
ments de terrain impose aux services instructeurs de tenir supérieure à 0,5 m/s. La plage comprise dans la zone rouge
compte de l’énergie maximale des blocs pénétrant dans la est donc très importante. En Suisse en revanche, est consi-
zone (l’énergie cinétique) mais aussi de la probabilité qu’un déré comme soumis à un aléa fort tout terrain pour lequel le
Anne Peltier 65

Fig. 7.2 Les seuils de délimitation des zones pour les inondations en Suisse et en France

produit de la hauteur et de la vitesse est supérieur à 2 m 2/s. 7.3.1 Le cas français


pour les inondations dynamiques ou pour lequel la hauteur En France, la règle générale veut que le zonage des aléas ne
d’eau attendue est supérieure à 2 m pour les inondations sta- tienne pas compte des ouvrages de protection. Le principe
tiques. Lorsque l’on représente ces plages sur un graphique, énoncé par le législateur est que les ouvrages de protec-
on constate que les prescriptions françaises conduisent à tion ne sont jamais infaillibles et qu’il faut tenir compte
considérer comme zone d’aléa fort des surfaces beaucoup de leurs limites. Pour les PPR avalanches, le Guide métho-
plus importantes que les prescriptions suisses, en particulier dologique précise ainsi : « en règle générale l’efficacité des
pour les faibles hauteurs d’eau (figure 7.2 p. 65). ouvrages, même les mieux conçus et réalisés, ne peut être entiè-
La comparaison met donc en évidence la dimension éminem- rement garantie à long terme, notamment si leur maintenance
ment politique et économique de la cartographie des risques. et leur gestion ne sont pas assurées par un maître d’ouvrage
Une dimension politique, dans la mesure où le choix d’un clairement identifié. La qualification de l’aléa doit, par consé-
seuil plus ou moins élevé influence la superficie soumise à quent, être établie sans tenir compte des éventuels ouvrages
des contraintes et donc l’acceptabilité du zonage par la po- de protection qui ne suppriment pas l’aléa ni ne réduisent son
pulation concernée. Une dimension économique, parce que importance » (MEDD, 2004, p. 68). À la rigueur, il est admis
le choix d’un seuil permet de délimiter la zone menacée par que le zonage réglementaire intègre les travaux de protec-
un aléa et contribue donc à déterminer le coût des mesures tion si ces travaux offrent une garantie d’entretien et de
de protection nécessaires. fiabilité quasiment absolue. Ainsi le PPR avalanches permet-
il de construire dans les zones d’aléa fort protégées si trois
conditions sont réunies : absence d’autre site d’implantation
7.3 Un problème de fond : la prise en compte possible à proximité ; les ouvrages présentent une sécurité
des travaux de protection et une fiabilité garanties avec un maître d’ouvrage identifié
et un financement pérenne ; les avantages attendus de cette
La prise en compte des travaux de protection constitue l’un implantation sont supérieurs au coût des ouvrages et de leur
des points d’achoppement de la politique de zonage des entretien (id.). Ce type de dérogation doit cependant rester
risques naturels en France. Élus locaux et habitants s’in- exceptionnel.
dignent en effet fréquemment de ce que l’on réalise de coû-
teux travaux de protection — qu’ils financent d’ailleurs par- 7.3.2 Le cas valdôtain
fois — sans que cela permette de limiter la superficie des En Vallée d’Aoste, les pratiques des bureaux d’étude sont un
zones inconstructibles. Là encore, la situation française est peu moins clairement définies. L’administration régionale
assez originale. indique que la cartographie de l’aléa n’est pas supposée te-
nir compte des ouvrages de protection existants, mais elle
admet également que l’on peut tenir compte des effets des
66 La cartographie réglementaire des risques naturels en Suisse, en Italie et en France

Fig. 7.3 Carte des dangers actuels et futurs liés à la Sionne dans la commune de Sion

ouvrages si ceux-ci présentent de bonnes garanties de du- de travaux de protection.


rabilité. Dans les faits, en Vallée d’Aoste, la cartographie La figure 7.3 p. 66 présente les cartes des dangers actuels
de l’aléa tient donc compte des ouvrages de protection, en et futurs de Sion. La ville de Sion, principale ville du Valais,
particulier lorsqu’il s’agit de grands travaux de terrassement est située sur le cône de déjection de la Sionne, dont elle a
pouvant assurer une protection sur une assez longue durée. subi à plusieurs reprises les crues torrentielles dévastatrices.
Ce type d’approche pose évidemment la question de l’entre- Le risque torrentiel est largement accentué par le fait que
tien des ouvrages. Si en France les Guides méthodologiques la Sionne emprunte dans la ville deux passages souterrains
PPR subordonnent la prise en compte des travaux de protec- qui ne permettent pas l’écoulement de crues à forte charge
tion à des garanties d’entretien, aucun texte ne fixe ce type solide. Les crues de 1944 1 et 1992, en particulier, ont causé
de réglementation en Vallée d’Aoste. des dégâts importants dans la ville (Pache, Moriggi, 1996).
La carte des dangers actuels reproduite ici classe une bonne
7.3.3 Le cas suisse partie de l’agglomération en zone jaune d’aléa faible, avec
En Suisse, la législation permet de tenir compte des ouvrages des zones bleues et rouges au niveau des points de déborde-
de protection dans la cartographie de l’aléa. Cependant, à ment. En l’état actuel, les contraintes à l’aménagement sont
la différence de la Vallée d’Aoste, cette prise en compte est donc déjà faibles. La carte des dangers futurs, évaluant les
encadrée par la réglementation. Concrètement, la possibilité aléas après la réalisation de travaux 2, présente une situation
de tenir compte des ouvrages de protection se traduit par encore plus favorable pour l’aménagement, puisque le dan-
l’existence de deux types de cartes. ger faible est devenu résiduel et que la plupart des zones
La procédure de cartographie du risque débouche dans un rouges ou bleues ont disparu.
premier temps sur une carte dite des dangers actuels, qui La possibilité de modifier le zonage constitue sans aucun
délimite l’emprise spatiale des phénomènes en l’état actuel. doute un argument de poids pour l’acceptation par la popu-
Mais le processus ne s’arrête pas là. Il se poursuit par la
réalisation d’une carte des dangers futurs, qui représente 1 Archives municipales de Sion, [Link].5
l’aléa après la réalisation de travaux de protection. En ce 2 Les travaux envisagés, et dont certains ont déjà été réalisés, consistent
notamment dans l’élargissement et la modification du lit de la Sionne au
sens, la carte des dangers actuels constitue non seulement
niveau de la place des Tanneries, au cœur de la ville. Un barrage filtrant
une base pour la réglementation de l’occupation du sol mais et une plage de dépôt ont été construits en amont de la ville après la crue
également un document essentiel pour la programmation de 1992.
Anne Peltier 67

lation des contraintes apportées par le zonage, puisqu’il est tifs recherchés. Elle ne peut non plus s’exonérer de la prise
admis que le zonage est évolutif et qu’il sera corrigé si des en compte du contexte socio-politique local, tant le zonage
travaux sont réalisés. relève de logiques différentes, traduisant une approche du
Le zonage réglementaire des risques naturels obéit donc, risque propre à chaque pays.
dans les trois cas étudiés, à un même objectif : réglementer
la construction dans les zones à risque pour ne pas accroître
la vulnérabilité. S’ajoutent parfois, selon les cas, d’autres 7.4 Bibliographie
objectifs, comme la planification de mesures de protection.
Mais l’analyse des modalités de réalisation des cartes dé- B OURRELIER P.-H. (dir.) (1997) — La prévention des risques
montre que les approches de la cartographie sont différentes naturels. Rapport d’évaluation — Comité interministé-
d’un pays à l’autre. La Suisse développe, de manière gé- riel de l’évaluation des politiques publiques, Premier mi-
nérale, une approche plus souple : les seuils de délimita- nistre, Commissariat général du Plan, Paris : La Docu-
tion des zones sont moins contraignants qu’en France, et mentation française, 702 p.
la Suisse assume pleinement et encadre la prise en compte L OAT R., Z IMMERMANN M. (2004) — « La gestion des risques
des ouvrages de protection dans le zonage. Une démarche en Suisse » — in Veyret Y., Garry G., Meschinet de Ri-
est engagée dans chaque commune en vue de la réalisa- chemond N., Risques naturels et aménagement en Europe,
tion d’une carte des dangers. L’approche française est plus Paris : Armand Colin, p. 108-120.
contraignante, les seuils utilisés sont beaucoup plus stricts, MATE, METL (1999) — Plans de prévention des risques natu-
ce qui doit être mis en relation avec le faible nombre de rels (PPR). Risques d’inondation — Guide méthodologique,
zones du zonage définitif. En revanche, toutes les communes Paris : La Documentation Française, 123 p.
ne sont pas dotées d’un PPR. Par ailleurs le PPR n’est que MEDD (2004) — Guide méthodologique, Plans de prévention
peu évolutif par rapport à la carte des dangers suisse. des risques d’avalanches — non publié, [en ligne], dispo-
L’influence de ces modalités sur l’acceptation du zonage nible sur [Link], consulté en mars
par la population concernée mériterait une étude approfon- 2004, 106 p.
die. Cependant, les enquêtes menées auprès des élus locaux PACHE L., Moriggi J. (1996) — Le bassin-versant de la Sionne.
dans les trois régions (Peltier, 2005) laissent d’ores et déjà Géomorphologie et aménagements — Mémoire de licence
apparaître des différences sensibles dans le regard porté par (dir. J. Winistörfer) : Université de Lausanne, Institut de
les élus et les habitants sur les contraintes des cartes des géographie, 121 p.
risques : la carte des dangers est nettement moins critiquée P ELTIER A. (2005) — La gestion des risques naturels dans
par les élus locaux valaisans que le PPR par les maires des les montagnes d’Europe occidentale. Étude comparative du
Hautes-Pyrénées. Valais (Suisse), de la Vallée d’Aoste (Italie) et des Hautes-
En Vallée d’Aoste, la situation est un peu différente. La Ré- Pyrénées (France) — Thèse de doctorat en géographie,
gion a emprunté aux pays voisins certaines de leurs mé- Université de Toulouse-le Mirail, 2 t., 741 p.
thodes, sans toujours inscrire cette démarche dans une lo- P IGEON P. (1998) — « Représentation cartographique du
gique très précise. Aussi certains aspects (la prise en compte risque et vulnérabilité liée à la pression touristique (Ta-
des ouvrages de protection, par exemple), ne sont-ils pas connaz, Les Houches et Vers-le-Nant, Chamonix) » —
toujours clairement définis. Par ailleurs, le choix de critères Revue de Géographie Alpine, t. 86, n o 2, p. 101-117.
qualitatifs plutôt que quantitatifs ne facilite pas la comparai- P OTTIER N., V EYRET Y., M ESCHINET DE R ICHEMOND N.,
son avec la Suisse et la France. H UBERT G., R ELIANT C., D UBOIS -M AURY J. (2004) —
En ce qui concerne ces deux derniers cas, il n’est pas ques- « Évaluation de la politique publique de prévention des
tion ici de juger si l’un des deux systèmes est meilleur que risques naturels » — in Veyret Y., Garry G., Meschinet
l’autre. En revanche, il faut remarquer que le zonage réalisé de Richemond N., Risques naturels et aménagement en
dans chacun des pays révèle des logiques différentes. Aussi Europe, p. 46-67.
toute tentative pour appliquer ici les mesures adoptées là V EYRET Y., G ARRY G., M ESCHINET DE R ICHEMOND N. (2004)
ne peut-elle faire l’économie d’une réflexion sur la logique — Risques naturels et aménagement en Europe — Paris :
d’ensemble du zonage dans chaque pays, et sur les objec- Armand Colin, 254 p.
8 Les plans de prévention des risques : le point après 10 ans

Liliane Besson vers les années 1960 1 avec les périmètres de risques définis
Géologue expert, Administrateur de l’Institut des risques ma- par l’article R.111-3 du code de l’urbanisme (CU), suivis par
jeurs (IRMa), Grenoble. Ancien chef de la mission inter- les Plans d’Exposition aux Risques naturels (PER) en 1982,
services des risques naturels de l’Isère (MIRNat) institués par la loi d’indemnisation des victimes de catas-
[Link]@[Link] trophes naturelles.

Résumé. — Cet article dresse un bilan critique de la pro- 8.1 Pourquoi une troisième procédure ?
cédure PPR. Il montre les évolutions apportées notamment
en matière d’extension du champ d’application et d’affi- Des difficultés majeures ont conduit le législateur à recher-
chage du risque. Cependant l’expérience, de plus de 10 ans, cher de meilleures dispositions. En effet, les périmètres de
montre que si cette procédure offre une forte garantie sur risques, servitudes d’urbanisme, se limitaient à subordonner
le plan juridique elle n’en demeure pas moins très lourde. uniquement l’acte de construire à des conditions spéciales.
Les principaux freins résident dans la diversité des règles Tandis que les PER, qui élargissaient le champ d’application
prescrites, notamment enmatière de construction, dans les (tout type d’aménagement existant et futur), imposaient une
difficultés de leur mise en œuvre et de leur contrôle. Mais mise en conformité pour l’existant.
l’obstacle majeur demeure dans la définition de la respon- Si cet élargissement constituait déjà un avantage indéniable
sabilité et du domaine de compétence de chacun des parte- pour une meilleure maîtrise des risques, l’obligation de
naires concernés. Malgré ces contraintes et son coût élevé, conformité faite aux propriétaires a suscité une désapproba-
le PPR peut être considéré comme un bon outil de préven- tion de leur part et de celle des responsables des collectivités
tion des risques s’il est utilisé et appliqué avec discerne- locales. Outre l’aspect pécuniaire (conformité à la charge des
ment. propriétaires), une difficulté technique de mise en œuvre
Mots-clés. — PPR, risques, prévention, bilan, cartogra- (non disponibilité du foncier pour l’implantation de travaux
phie, contraintes, responsabilités de protection, aggravation du risque chez le voisin, etc.) a
nui à l’application de la procédure PER. Cette mise en confor-
Title. — Risks Prevention Plans : the point after 10 years mité, certes délicate, répondait pourtant à la nécessité de
Abstract. — This paper draws up a critical assessment of réduire la vulnérabilité des biens exposés.
the PPR procedure. It shows the evolutions brought in par- Devant ce que l’on peut appeler un échec, le législateur,
ticular as regards extension of application field and risk puisant dans l’expérience des deux procédures précédentes,
display. The ten years experiment of PPR shows that this a été amené, en écartant leurs difficultés d’application, à
procedure offers a strong guarantee on the legal level but retenir et à rassembler leurs points positifs. Ainsi est née la
remains very heavy. The main constraints reside in the di- loi de 1995 instituant les Plans de Prévention des Risques
versity of the prescribed rules, in particular as regards con- naturels prévisibles (PPR).
struction, in the difficulties of their implementation and their
control. But the major hurdle remains in the definition of
the responsibility and the field of competence of each part- 8.2 Un outil plus performant mais lourd
ner concerned. In spite of these constraints and its high
cost, PPR can be regarded as a good tool of risk prevention La loi support du PPR n’est plus une loi d’assurance, comme
if it is used and applied with understanding. l’était la loi de 1982, mais une loi de sécurité civile, qui a
Key-words. — PPR, risk, prevention, assessment, cartogra- donc élargi le champ économique initial.
phy, constraints, responsibilities Le PPR est un outil qui vise à limiter les conséquences hu-
maines et économiques des catastrophes naturelles, dans

La procédure PPR, mise en place en 1995 par la loi BARNIER, 1 Les plans de surface submersibles issus des décrets de 1935 et 1937 ne sont
est aujourd’hui la plus récente d’une série qui a commencé pas cités car ils étaient destinés à faciliter le libre écoulement des eaux, et
non à protéger des enjeux comme le prévoient les textes ultérieurs.
70 Les plans de prévention des risques : le point après 10 ans

une perspective de développement durable. Il a pour objec- compte dans l’élaboration des documents d’urbanisme. C’est
tif, d’une part d’améliorer la sécurité des personnes, d’autre pourquoi, désormais, sur la base d’une réflexion menée pour
part d’arrêter la croissance de la vulnérabilité des biens et hiérarchiser les besoins des communes en documents régle-
activités dans les zones exposées, et si possible de la réduire, mentaires et/ou informatifs, les préfets peuvent arrêter tout
afin de limiter, en cas de sinistre, les indemnisations dont le d’abord un programme prioritaire de PPR puis, par exemple,
montant est largement supporté par la collectivité. un programme de cartographies des aléas transcrites direc-
Le champ d’application (inondations, mouvements de ter- tement dans les documents d’urbanisme sans passer par la
rain, avalanches et séismes communs aux anciens PER) procédure PPR ; les informations affichées par ces cartes,
s’étend aux incendies de forêts, aux éruptions volcaniques, rappelons-le non opposables, le deviennent dès l’approba-
aux tempêtes et cyclones. Le PPR est doté de possibilités d’in- tion des documents d’urbanisme.
tervention extrêmement larges pour réglementer le dévelop- Les cas d’affichage des risques pouvant être traités de cette
pement des zones concernées, y compris dans les secteurs façon correspondent en général soit à des communes à
non directement exposés. Il dispose de moyens d’action plus faibles enjeux (les 22 000 communes exposées, répertoriées
souples, depuis les prescriptions de toute nature (limitation en France, ne nécessitent pas toutes l’élaboration d’un PPR
des activités, des accès pour la sécurité des personnes, etc.) pour répondre à l’obligation de tenir compte des risques
jusqu’à l’interdiction totale. Ces prescriptions peuvent no- dans l’aménagement de leur territoire), soit à des com-
tamment comprendre la réalisation d’études, pourvu qu’elles munes à plus forts enjeux qui entretiennent des relations de
aient pour objet celui défini par la loi, mais aussi de définir confiance réciproque avec les Services de l’État.
les conditions de réalisation, d’utilisation ou d’exploitation Compte tenu des moyens limités des Services, qui ne
des projets concernés. peuvent répondre aussi vite qu’il serait souhaitable à la né-
La loi, qui essaie de couvrir le maximum de situations, offre cessité d’afficher les aléas, et pour éviter que des aménageurs
à la lecture des textes assez complexes, mais qui doivent ne créent des situations difficiles à gérer ultérieurement et
cependant être considérés comme une boîte à outils, dans au pire nécessitant le recours... aux articles L.561-1 à 5
laquelle on puise les moyens de mettre en œuvre les objectifs du code de l’Environnement (expropriation), l’urgence est
de la prévention des risques. de faire connaître l’aléa ! En conséquence, le pragmatisme
Cependant l’expérience, de plus de 10 ans aujourd’hui, conduit à ne pas être prisonnier du « tout-PPR », puisque
montre que si cette procédure offre une forte garantie sur le d’autres outils existent pour répondre à cette nécessité. Il
plan juridique puisqu’elle possède son propre agrément, elle convient de choisir l’outil adapté au cas à traiter.
n’en demeure pas moins très lourde : il peut s’écouler jusqu’à
deux ou trois ans, dans le meilleur des cas, entre le début
des études techniques (ou la prescription) et l’approbation. 8.3 Quelques difficultés d’application des
Pendant ce long délai, seul le recours à l’article R.111-2 nombreuses règles ?
du CU permet de rendre opposables aux tiers les informa-
tions progressivement recueillies au cours de l’élaboration Le règlement des PPR édicte de nombreux types de règles
technique du dossier. que tout aménageur doit respecter : des règles d’urbanisme
L’objectif de la prévention est bien d’afficher l’information (implantation, volume, emprise au sol et densité des pro-
« risque » le plus tôt possible dans les documents d’aména- jets, ...), des règles de construction (études, fondations, drai-
gement du territoire, en particulier les plans d’occupation nages, murs renforcés, ...), des règles de gestion de l’espace,
des sols (POS) et les plans locaux d’urbanisme (PLU), afin comme le stationnement de véhicules, ou d’autres règles
d’éviter le développement d’une vulnérabilité par manque comme le stockage de matériaux polluants ou le contrôle de
d’information. Le PPR est la solution idéale quand on peut l’étanchéité des réseaux, etc.
disposer d’un nombre suffisant d’agents pour élaborer au-
tant de PPR et au même rythme que les POS/PLU. C’est loin Dans le dossier de permis de construire (PC), seul le respect
d’être le cas : en effet, même en sous-traitant toute la par- des règles d’urbanisme est vérifié par le service instructeur
tie technique du dossier, le nombre est limité par le goulot (service municipal, établissement public de coopération in-
d’étranglement constitué par le nombre de fonctionnaires tercommunale, service de l’État). En effet depuis 1967, les
devant piloter la procédure d’approbation (réunions en mai- règles de construction sont régies par le code de la construc-
rie au cours de l’élaboration, suivi de l’enquête publique, tion et de l’habitation 1 et leur respect relève uniquement de
retour d’enquête, etc.). Il convient donc de rechercher la
bonne adéquation : information risque disponible/économie
1 La loi d’orientation foncière du 31-12-1967 a exclu le contrôle des règles
de moyens. La circulaire interministérielle (Écologie — Équi- de construction du champ d’application du permis de construire. Depuis
pement) du 21 janvier 2004 propose aux préfets de ne pas la parution de ce texte, le respect de ces règles est seulement assuré par
poursuivre la procédure PPR, si elle n’apparaît plus utile au l’engagement du constructeur, qui devient ainsi responsable de l’applica-
tion de la réglementation dans ce domaine. Cet engagement figure dans le
regard des résultats des études engagées, et leur demande
dossier de permis de construire.
de porter les résultats de ces études à la connaissance des De plus, l’article 11 du décret d’application de la loi du 2-2-1995 com-
communes et de leurs groupements, pour qu’il en soit tenu plète le code de la construction par l’adjonction d’un article R.126-1, qui
Liliane Besson 71

la responsabilité du maître d’ouvrage ; ce qui soulève une vérifier son contenu, qui reste de la responsabilité du bu-
difficulté : celle de fournir au pétitionnaire d’un permis, les reau d’études.
règles de construction (études ou autres) spécifiques à son
projet et dont il devra tenir compte.
Certes, ce dernier est censé être informé de ses obligations, 8.4 Autres difficultés d’application
d’une part lors de l’enquête publique du PPR, à laquelle tout
administré est convié par voie de presse, d’autre part lors La mise en œuvre des mesures prescrites par les PPR, notam-
de l’établissement de sa demande, en remplissant l’imprimé ment multirisques, soulève également un certain nombre
dans lequel il est écrit, page 2, qu’il s’engage à respecter de difficultés. Compte tenu de la multiplicité des situations
les règles de construction, sous peine de... De plus, le PC imposant par exemple une adaptation au terrain, les pres-
ne vaut pas garantie de sols (cf. jugement du Conseil d’État criptions des PPR ne peuvent avoir qu’une portée générale.
du 13 mars 1989, affaire Bousquet). Enfin, l’article L.421-3 Si, d’une façon générale, les règles d’urbanisme figurent cor-
du CU dispose que le permis de construire ne peut être rectement dans les permis de construire et sont mises en
accordé que si les constructions projetées sont conformes œuvre, comme nous l’avons vu ci-avant, le résultat semble
aux dispositions législatives et réglementaires concernant plus aléatoire en matière de dispositions constructives. En
leur destination, leur nature, ..., leur assainissement, et si effet, il n’existe que très peu de « règles de l’art ».
le demandeur s’engage à respecter les règles générales de La rédaction et la mise à disposition de guide, tel que celui
construction prises en application du code de la construction intitulé « construire en montagne : la prise en compte du
et de l’habitation. risque avalanche », constituerait une aide précieuse pour
Mais l’expérience montre que, dans la majorité des cas, ces les maîtres d’œuvre et les constructeurs individuels, notam-
éléments échappent au pétitionnaire, car il ne cherche pas ment pour les glissements de terrain et le risque torren-
à aller au devant de l’information ! C’est donc aux Services tiel. L’Agence pour la prévention des désordres et l’amé-
qu’il revient de la lui porter. Dans ce but, certains départe- lioration de la qualité de la construction édite des guides ;
ments ont élaboré des fiches-conseils de règles de construc- le guide technique de la construction individuelle, édition
tion : il s’agit par exemple de petits cahiers des charges très 1989, donne déjà les conseils élémentaires sur la nature des
sommaires, qui expliquent aux demandeurs la manière de terrains, les reconnaissances de sol, les types de fondations,
se prémunir contre tel ou tel phénomène, en attirant son l’évacuation des eaux de ruissellement et de remontée de
attention sur des points particuliers et, dans certains cas, en nappe, la réalisation des drainages etc., et les documents
préconisant la réalisation d’une étude spécifique et ce que (DTU) de référence. Ces premiers guides techniques pour-
l’on en attend. Elles sont remises dès que possible au maître raient constituer une bonne base à développer et à complé-
d’ouvrage. ter à l’intention des constructeurs et des pétitionnaires de
Une fois l’information parvenue au destinataire, est-elle permis de construire. Quant aux normes, elles n’existent que
prise en compte ? dans le domaine sismique.
Le cas le plus fréquent d’absence de prise en compte des Enfin, les contrôles par les services techniques des collecti-
règles de construction est l’ignorance des conclusions des vités sont aujourd’hui quasi inexistants, y compris dans le
études spécifiques (rappel : elles permettent d’adapter un domaine de l’assainissement où des obligations existent. De
projet de construction au terrain), et parmi celles-ci, les plus, des questions pratiques se posent, notamment :
études géotechniques qui définissent, en particulier, le prin- − puisque l’on ne dispose pas d’études techniques préa-
cipe de la maîtrise des rejets d’eaux dans les secteurs sen- lables, comment prescrire des mesures sur l’existant per-
sibles aux glissements de terrain. Dans de tels terrains, le mettant de définir les modalités de réalisation, tout en
rôle potentiellement dommageable des rejets non contrôlés les rendant compatibles avec d’autres réglementations
dont les eaux pluviales, est bien connu. telle la défense contre les incendies ?
Si l’on considère l’obligation de maîtriser ces rejets comme − un PPR ne pouvant contenir des données nominatives,
une règle d’urbanisme, il s’agit alors de vérifier que le prin- comment afficher le fait que seul un immeuble ou une
cipe du rejet, en particulier celui des eaux pluviales, pré- parcelle est concerné par une prescription et quelle auto-
senté dans le dossier n’est pas en contradiction avec les rité sera chargée de répertorier les propriétaires (voire
conclusions de l’étude. On comprend toute la difficulté de locataires) pour les informer du contenu du PPR ?
vérifier une règle d’urbanisme définie par une règle de − quelles sont les responsabilités de l’État s’il ne s’assure
construction ! pas d’abord de la bonne information des administrés,
Cette solution implique bien entendu la lecture de l’étude puis si les mesures prescrites ne sont pas exécutées dans
spécifique par les Services, elle peut présenter, en outre et les cinq ans ? À supposer qu’il connaisse ces administrés,
le cas échéant, l’avantage d’apporter des précisions quan- est-ce à lui ou au maire de les mettre en demeure de se
titatives locales à la carte d’aléa. Mais il ne s’agit pas de conformer au règlement du PPR ? Quel rôle auront les
sociétés d’assurance face à ce manque ?
fait obligation aux constructeurs de respecter les règles de construction − quelles sont les modalités pratiques de réalisation des
définies dans le règlement d’un PPR (§ 3-5). mesures aux frais des intéressés ?
72 Les plans de prévention des risques : le point après 10 ans

Enfin, l’article L.2212-2 5 o du code général des collectivités


territoriales (ainsi que la jurisprudence) met à la charge de État d’avancement et coûts des PPR
la collectivité, dans la mesure de ses ressources, les travaux Au 19 avril 2006, le MEDD a recensé 5 129 PPR
réalisés à des fins de protection sur des immeubles ou dans approuvés, 317 PPR appliqués par anticipation et
des propriétés privés : comment concilier ce principe avec 6 214 prescrits ([Link]/citoyen/definition
la règle des 10 % s’appliquant à l’existant pour réaliser un _risque_majeur/[Link]).
ouvrage collectif dans un secteur menacé ? Le coût moyen d’un PPR multirisques (ex. : mouve-
D’un façon générale, comment faire participer des pro- ments de terrain, crues des torrents et avalanches) en
priétaires à un ouvrage collectif dans la mesure où l’ar- Isère est de 25 000 ¤. Ce montant comprend, outre
ticle L.151-37 du code rural (déclaration d’intérêt général) les études techniques qui représentent environ 85 %
ne prévoit cette possibilité, en matière de « risque mon- des dépenses, les frais de procédure telles que les frais
tagne », que pour les travaux présentant « du point de vue d’enquête publique et de duplication des dossiers. Ce
agricole ou forestier » un caractère d’intérêt général ou d’ur- coût moyen peut être largement dépassé dans certains
gence ; même article ayant aussi été modifié par la loi sur cas (ex. : le coût du PPR de Chamonix (mouvements
l’eau (art. L.211-7 du CE) pour permettre de prendre en de terrain, crues des torrents et avalanches) compre-
compte les « aménagements hydrauliques concourant à la nant son actuelle révision s’élève à près de 150 000 ¤
sécurité civile » ? (financement conjoint MEDD, commune de Chamo-
nix).
Si, dans la majorité des cas, le PPR multirisque
8.5 Conclusion concerne une seule commune, le PPR inondation in-
téresse toute une vallée donc a fortiori plusieurs com-
Malgré son coût élevé (cf. encadré), le PPR peut être consi- munes. Le coût d’un PPR inondation établi « à dire
déré comme un bon outil de prévention des risques s’il est d’expert » ne comprenant que des études hydrolo-
utilisé et appliqué avec discernement. La loi du 30 juillet giques qualitatives (archives et terrain), approche celui
2003 relative à la prévention des risques technologiques d’un PPR multirisque. En revanche, les études hydrau-
et naturels et à la réparation des dommages, a complété liques complétées par des modélisations numériques
et précisé le domaine d’intervention en modifiant le type augmentent ce coût de façon importante (ex. : le bud-
d’enquête et en élargissant la consultation des élus mais get du PPR inondation de la Bourbre, Isère — une
aussi en apportant des dispositions nouvelles à prendre en dizaine de communes — s’élève à près de 103 000 ¤
compte dans les PPR, telles que les mesures de limitation sans compter les nombreuses études existantes depuis
de l’érosion des sols et l’utilisation du fonds Barnier pour 10 ans et dont il a fallu faire la synthèse).
diminuer la vulnérabilité des biens existants. La démarche d’expert, qui n’est pas une science exacte,
Quoi qu’il en soit, les difficultés d’application des contraintes comporte des incertitudes qui sont soit acceptées soit
liées à l’existence de phénomènes naturels résultent d’un sujettes à discussion : une contre expertise est alors de-
problème de fond toujours d’actualité : celui de la définition mandée. Il est vraisemblable que l’obligation d’infor-
de la responsabilité et du domaine de compétence de chacun mer de l’existence de risques les acquéreurs ou les lo-
des partenaires (État, collectivités territoriales, particuliers) cataires de biens immobiliers dans les zones couvertes
vis-à-vis de ces questions. En effet, tant que ces domaines par un PPR (art. L.125-5 du code de l’environnement)
ainsi que leurs limites ne seront pas nettement établis, il ne conduise à une augmentation du nombre de contres
pourra pas y avoir de doctrine claire. expertises et partant de là, le coût de tout type de PPR.
Partie 4

La carte, instrument de communication


9 Visualisation 3D de feux de forêts sur des modèles numériques de
terrains de l’IGN

Sébastien Thon, Gilles Gesquière et tion is a 3D visualization of a fire spread model combined
Romain Raffin with a Geographic Information System.
Laboratoire LSIS (UMR CNRS 6168), équipe LXAO IUT de Key-words. — Forest fires, brush clearing, Geographic
Provence — Site d’Arles Rue Raoul Follereau — Route de Information System, simulation, virtual reality.
Crau — 13200 ARLES
[Link]@[Link]
[Link]@[Link] 9.1 Introduction
[Link]@[Link]
Chaque année, en particulier pendant la saison estivale, plu-
Résumé. — Chaque année, des millions d’hectares de forêt sieurs millions d’hectares de forêts sont détruits par le feu
sont détruits dans le monde. Afin de réduire un tel désastre dans le monde. Ces feux peuvent parfois prendre des pro-
écologique et financier, il est important de mettre en place portions catastrophiques. Ainsi, le Portugal a perdu 25 %
une politique d’entretien des forêts. Ceci est particulière- de ses forêts en 5 ans (dont 424,000 hectares en 2003).
ment important dans les zones d’interface entre l’habitat et En France, la zone sensible aux incendies de forêt couvre
la forêt qui sont les plus en danger. Cependant, bien que environ 5 millions d’hectares. En 2003, pour les 15 dépar-
la loi impose ces opérations de débroussaillement, elle est tements du sud-est, il est possible de dénombrer au total
en pratique peu respectée en partie à cause d’un manque 61507 hectares de forêts détruites grâce à la banque de don-
d’information. Dans cet article, nous proposons un logiciel née des incendies de forêts en région méditerranéenne (Pro-
d’aide à la sensibilisation et à la décision pour démontrer methée, 2006). Afin de prévenir ces désastres écologiques,
les effets de la pratique du débroussaillement. Notre appli- humains et financiers, il est important de mettre en place
cation permet de simuler et de visualiser la propagation du une politique de prévention des feux de forêts. En s’assurant
feu sur des terrains réels selon différents scénarios de dé- de l’entretien et du nettoyage d’une importante surface de
broussaillement définis graphiquement par l’utilisateur. Le nos forêts, les forestiers sapeurs participent à la diminution
cœur de notre application consiste en une représentation du nombre d’éclosions des feux et au ralentissement de la
en trois dimensions d’une simulation de propagation de feu propagation des incendies. Ces interventions primordiales
combinée avec un Système d’Information Géographique. contribuent à la préservation des espaces naturels et à la sé-
Mots-clés. — Feux de forêt, débroussaillement, Système curité des moyens de secours durant leurs interventions. Par
d’Information Géographique, simulation, réalité virtuelle. leur présence toute l’année sur les sites naturels du dépar-
tement, les forestiers sapeurs ont une connaissance parfaite
du terrain et de sa topographie. Ils peuvent ainsi apporter
Title. — 3D visualization of forest fires on Digital Eleva- de précieux renseignements aux populations sur les risques
tion Models from the « Institut Géographique National » encourus et les gestes à éviter. Ils peuvent aussi rappeler que
Abstract. — Millions of hectares of forest are destroyed by le débroussaillement est régi par la loi (article 32 de la loi
fire worldwide each year. In order to prevent this ecological d’orientation sur la forêt de 2001). Malheureusement, ce tra-
and economic disaster, the efficiency of brush-clearing oper- vail de sensibilisation ne permet pas toujours de convaincre
ations has been proven. It is especially important around ou de toucher toutes les communes ou tous les propriétaires.
urban areas where human life and property are at risk. Dans cette problématique, un outil informatique d’aide à
However, even if such operations are imposed by the law, la sensibilisation et à la décision est intéressant. L’objec-
it is not always followed in practice especially because of tif est de sensibiliser des élus, des décideurs ainsi que les
a lack of information. In this paper, we propose a tool de- particuliers à l’intérêt d’entretenir les zones forestières par
signed for pedagogical and decision making purposes to une pratique du débroussaillement, en montrant les effets
demonstrate the benefits of brush clearing operations. Our induits lors de feux de forêt. L’aspect pédagogique de l’appli-
application allows simulating and visualizing a fire spread cation est important. Pour cela, il est important de simuler
on real areas under different brush-clearing conditions la propagation du feu sur un terrain réel, de permettre une
graphically defined by the user. The core of our applica- interactivité avec l’application afin de simuler différents scé-
76 Visualisation 3D de feux de forêts sur des modèles numériques de terrains de l’IGN

narios de débroussaillement, et de mettre l’accent sur le géographique et de visualiser le tout en trois dimensions.
réalisme de la visualisation par l’utilisation de la 3D. L’objectif de cette application est de permettre même à un
Dans le cadre de leurs interventions les sapeurs pompiers uti- non spécialiste en feux de forêts ou en informatique de
lisent des outils de gestion de situations tactiques orientées faire ses propres essais de débroussaillement afin de mieux
« métiers ». On peut par exemple citer le logiciel Firetactic comprendre l’importance d’entretenir la forêt en particulier
qui permet à l’aide d’une cartographie 2D de positionner des dans les zones interfaces entre l’habitat et la forêt (Cema-
moyens au cours d’une intervention et de simuler la propaga- gref, 2006). Via des outils très intuitifs, l’utilisateur peut
tion du feu de façon interactive (Picard, 2004). D’autres logi- éditer directement la carte de la végétation à la manière
ciels tels que CartoHub viennent en complément de ce type d’un calque sur une carte IGN, la modifier et tester le ré-
d’application et permettent d’obtenir une visualisation 3D sultat grâce à une nouvelle simulation. L’utilisateur peut
simplifiée de cette situation au sol (CartoHub, 2006). Dans ainsi simuler le débroussaillement et constater son influence
une application similaire nommée EVE qui sert à l’entraîne- en ayant fait lui-même ses propres tests. La visualisation
ment des sapeurs pompiers, la propagation du feu est alors réaliste en trois dimensions permet d’intéresser l’utilisateur,
simulée par un instructeur. Cependant, de telles applications de mieux lui faire appréhender le terrain avec la possibilité
dédiées à la gestion de situations tactiques ne pourraient de le voir sous n’importe quel angle, de mieux l’immerger
être utilisées dans notre optique de logiciel pédagogique dans la simulation et par conséquent de renforcer l’impact
car elles sont trop complexes dans leurs fonctionnalités qui pédagogique.
s’adressent à des spécialistes du feu de forêt.
Il n’existe par conséquent pas de logiciel qui corresponde au
besoin pédagogique que nous avons décrit plus haut. Une 9.2 Le débroussaillement
composante importante de ce logiciel étant sa capacité à
simuler la propagation de l’incendie, il faudra donc y inclure Le Code Forestier impose le débroussaillement de la totalité
un modèle de propagation de feu. Le principal objectif des des terrains situés en zone urbaine ou dans les lotissements,
modèles de propagation de feu est de prévoir la valeur de qu’ils soient bâtis ou pas. Chaque propriétaire d’habitation
propagation locale du front de feu, en fonction de données doit débroussailler jusqu’à 50 mètres de celle-ci (parfois plus
comme par exemple la végétation, la météorologie ou le selon les communes) et jusqu’à 10 mètres de part et d’autre
terrain. Ces modèles de propagation sont nombreux mais des voies privées y donnant accès, y compris sur les proprié-
se caractérisent souvent par une complexité que seuls maî- tés voisines si nécessaire. L’article 32 de la loi d’orientation
trisent des spécialistes, ainsi que par des temps de calcul sur la forêt de 2001 définit le débroussaillement comme
importants nécessitant parfois des serveurs de calcul très l’ensemble des « opérations dont l’objectif est de diminuer
puissants et coûteux. Dans notre cas, le modèle doit pou- l’intensité et de limiter la propagation des incendies par la
voir être réglé intuitivement avec peu de paramètres, et réduction des combustibles végétaux, en garantissant une
d’autre part nous avons une contrainte de réactivité temps rupture de la continuité du couvert végétal et en procédant
réel. Nous cherchons donc à appuyer notre application sur à l’élagage des sujets maintenus et à l’élimination des réma-
un modèle simple dans lequel il est possible de régler à mi- nents de coupes ». Le Préfet dans chaque département arrête
nima le type de végétaux au sol, la vitesse et la direction du les modalités d’application de cet article en tenant compte
vent, ainsi que les points de départs de feu. Les modèles de des particularités de chaque massif. Sur le terrain, il s’agit
propagation de feu peuvent être classés en deux types (Eu- de couper à ras du sol les plantes herbacées, les arbrisseaux,
fireLab, 2002a). La première approche, empirique, se base les arbustes et certains arbres. Les grands végétaux restants
sur une prédiction de la propagation basée sur les connais- doivent être répartis de manière à ce que la propagation
sances accumulées obtenues à partir de données issues de d’un incendie ne puisse se faire de l’un à l’autre ou encore
laboratoires ou de feux extérieurs expérimentaux (EufireLab, d’un arbre à l’habitation. Certaines communes, possèdent
2002b). La deuxième approche consiste à baser la propaga- un Plan de Prévention des Risques (PPR), dans lequel le dé-
tion sur des lois de conservation physiques (masse, énergie, broussaillement peut faire l’objet de mesures particulières.
moment, ...) qui permettent de gouverner l’évolution du Malheureusement, une étude du Ministère de l’Aménage-
système formé par les flammes et son environnement. La ment du Territoire et de l’Environnement a montré que cette
deuxième approche étant trop coûteuse en temps de calcul obligation de débroussailler est généralement peu respectée
et en mémoire et nécessitant un paramétrage trop complexe, par les propriétaires qui y sont soumis, ce faible taux d’appli-
nous avons préféré la première approche en choisissant le cation étant en partie imputable à un défaut d’information
modèle Behave (Andrews, 1986). Malgré sa simplicité, ce (Agence MTDA, 2001).
modèle permet d’obtenir de bonnes indications de propaga-
tion en fonction du vent, de la pente du terrain et du type
de végétation. 9.3 Un outil pédagogique d’information sur le
L’application que nous proposons et que nous présentons débroussaillement
dans cet article permet de coupler un modèle de simula-
tion de propagation de feu avec un système d’information Par conséquent, il est besoin de moyens d’information pour
Sébastien Thon, Gilles Gesquière et Romain Raffin 77

démontrer l’importance et l’efficacité du débroussaillement feu de forêt dans différentes conditions de débroussaille-
auprès des élus et des riverains. Partant de ce constat, nous ment, il est nécessaire de reproduire le plus fidèlement pos-
avons développé un outil pédagogique d’information en col- sible le comportement d’un véritable feu de forêt.
laboration avec le Service Départemental d’Incendie et de Pour cela, nous utilisons une simulation de feu de forêt
Secours du département des Bouches du Rhône (SDIS 13). basée sur le modèle BEHAVE (Andrews, 1986) utilisant les
Cet outil permet de visualiser avec un grand réalisme les ef- équations de Rothermel (Rothermel, 1972). Cette méthode
fets d’un feu de forêt dans différentes conditions de débrous- repose sur un principe de différences finies. Le terrain est
saillement, en effectuant une simulation sur des données discrétisé de manière uniforme en un ensemble de cellules
réelles de terrain fournies par l’IGN. L’impact pédagogique caractérisées par différents paramètres physiques comme le
est d’autant plus fort que nous pouvons ainsi montrer au pu- type de combustible, la pente du terrain, etc. Au cours de la
blic l’intérêt du débroussaillement en prenant pour exemple simulation, on calcule la propagation du feu de cellules en
leur propre région, voir leurs propres habitations. cellules voisines en fonction de la vitesse et de la direction
Notre application est basée sur quatre grandes parties. Tout du vent, du relief du terrain, du combustible de chaque
d’abord un Système d’Information Géographique intégré cellule et du temps écoulé depuis la mise à feu.
pour stocker l’information relative au terrain et aux habita- Notre application étant destinée à être utilisée comme un
tions, ensuite un modèle de simulation de propagation de outil pédagogique grand public, il était important que le
feu de forêt, puis une visualisation réaliste en trois dimen- contrôle de la simulation d’incendie soit très simple et ne né-
sions, et enfin une interface homme-machine qui permet de cessite aucune connaissance scientifique. Il est au contraire
simuler de manière très intuitive le débroussaillement. très intuitif car l’utilisateur doit uniquement définir la direc-
tion et la vitesse du vent et définir l’emplacement de départs
9.3.1 Système d’Information Géographique de feu. Il ne reste plus alors qu’à lancer la simulation et à en
Afin de pouvoir visualiser en trois dimensions des données visualiser les résultats au bout d’un temps voulu.
réelles de terrain, nous avons intégré à notre application un
système d’information géographique simplifié permettant 9.3.3 Visualisation réaliste en trois dimensions
d’utiliser différentes bases de données de l’IGN : Notre application bénéficie d’un affichage en trois dimen-
− la BD ALTI, modèle numérique de terrain couvrant tout sions permettant une visualisation très réaliste du terrain
le territoire français avec une finesse d’échantillonnage et de l’incendie. Divers algorithmes d’optimisation de l’affi-
d’un point tous les 50 mètres ; chage ont été mis au point afin de permettre un affichage
− la BD ORTHO, photographies aériennes ortho-rectifiées temps réel, garantissant une interaction avec l’utilisateur qui
couvrant tout le territoire français avec une finesse peut observer la scène sous l’angle de vue qu’il souhaite.
d’échantillonnage d’un pixel pour 50 centimètres ;
− la BD CARTO, décrivant de manière vectorielle l’empla- [Link] Affichage du terrain
cement, la nature et le nom d’éléments au sol, tels que La BD ALTI de l’IGN nous permet de connaître les élévations
les routes, les habitations, les cours d’eau, etc. du territoire français avec un échantillonnage d’un point
tous les 50 mètres. Nous utilisons ces informations pour
reconstruire en 3D la surface du terrain au moyen d’un
ensemble de triangles. Pour plus de réalisme, nous plaquons
ensuite sur cette surface les orthophotos aériennes de la BD
ORTHO de l’IGN en guise de textures (figure 9.1 p. 77).
Nous utilisons également des données provenant de SIG,
plus particulièrement de la BD CARTO de l’IGN, pour enri-
chir la scène 3D. Ainsi, la description de l’emplacement des
bâtiments au sol est utilisée pour les reconstruire en 3D par
Fig. 9.1 Création de terrain 3D à partir de la BD ALTI et extrusion de ces contours 2D.
de la BD ORTHO de l’IGN De plus, nous utilisons les indications de noms de lieux
de la BD CARTO pour faciliter l’orientation des utilisateurs
Dans notre application, nous combinons ces différentes en disposant automatiquement des légendes pour désigner
bases de données de manière à offrir la possibilité de visua- certains points clés du terrain (lieux, bâtiments particuliers,
liser en trois dimensions tout le département des Bouches réservoirs, etc.). Ces légendes sont des liens hypertextes qui
du Rhône. Différentes fonctionnalités permettent de se dé- peuvent faire apparaître des informations complémentaires.
placer sur cette carte virtuelle, de zoomer. L’utilisateur peut
alors sélectionner la zone sur laquelle il souhaite effectuer [Link] Affichage de flammes et de fumée
la simulation de feu de forêt et de débroussaillement. Lors de la simulation d’incendie, nous affichons des flammes
et de la fumée dans les zones déterminées comme étant en
9.3.2 Simulation de propagation de feu de forêt feu. Nous utilisons pour cela un « système de particules »
Étant donné que nous souhaitons visualiser les effets d’un consistant à représenter les flammes et la fumée par des
78 Visualisation 3D de feux de forêts sur des modèles numériques de terrains de l’IGN

éléments de surface indépendant les uns des autres pouvant simple d’utilisation qui permet de visualiser en trois dimen-
facilement être animés au cours du temps. Ces éléments sions tout le département des Bouches du Rhône et d’y sé-
de surface sont des quadrilatères sur lesquels sont plaquées lectionner une zone sur laquelle sera effectuée la simulation
avec effet de transparence des vidéos de flammes et fumées de feu de forêt.
réelles (figure 9.2 p. 78). Une palette d’outil permet à l’utilisateur de définir de ma-
nière très intuitive la nature des combustibles au sol utilisés
lors de la simulation, et ce à la manière d’un logiciel de
dessin. En effet, il suffit de sélectionner le type de combus-
tible dans une liste et de littéralement dessiner à la souris
directement sur le terrain 3D au moyen d’un pinceau dont
la taille est réglable. Pour simuler un débroussaillement, il
suffit donc de dessiner dans la zone voulue du terrain avec
le type de combustible « pas de combustible » ou « herbe
courte ».
Fig. 9.2 Vidéo de flamme réelle utilisée comme texture Une autre palette d’outils permet à l’utilisateur de définir
les paramètres de la simulation. Ainsi, il est possible de
Nous prenons en compte les données calculées par la simu- positionner un nombre quelconque de foyers de départ de
lation pour déterminer la hauteur des flammes à afficher feu. On peut ensuite lancer la simulation d’incendie, la faire
en ajustant la taille de leurs quadrilatères. La direction des évoluer au cours du temps par incrément d’une minute, de
flammes et de la fumée est calculée en fonction de la direc- dix minutes ou d’une heure, l’arrêter ou la relancer. On peut
tion du vent. à tout moment faire évoluer les conditions météorologiques
en modifiant la direction et la vitesse du vent. D’autres effets
9.3.4 Interface homme-machine tels que la pluie ne sont cependant pas pris en compte.
Notre application est dotée d’une interface graphique très

Fig. 9.3 Effets d’un feu de forêt sans débroussaillement (en haut), puis avec (en bas)
Sébastien Thon, Gilles Gesquière et Romain Raffin 79

9.4 Résultats dèle de propagation de feu qui prenne mieux en compte les
essences méditerranéennes, par exemple en nous appuyant
Sur la figure 9.3 p. 78, nous montrons un exemple de dé- sur les travaux que mène le Cemagref dans ce domaine.
broussaillement virtuel. Sur les figures de gauche, nous mon-
trons la carte de combustibles telle que peut l’éditer l’utili-
sateur à la manière d’un logiciel de dessin, avec la vision Remerciements
du terrain en transparence pour le guider. Sur les figures de
droite, nous montrons le résultat de l’évolution de l’incendie Nous remercions le commandant Beccari du SDIS 26 et le
en fonction de ces dispositions de combustibles. capitaine Frerson du SDIS 13 pour l’aide précieuse qu’ils
Pour tester l’influence du débroussaillement, nous effec- nous apportent dans nos recherches. Nous remercions égale-
tuons une simulation d’incendie sans et avec débroussaille- ment le Centre Régional de l’Information Géographique de
ment. Les conditions sont les mêmes, avec une vitesse de la Région PACA pour l’accès aux données de l’IGN.
vent de 20 m/s et le même emplacement de foyer (en bas à
gauche de l’image). Nous visualisons les résultats après un
temps simulé d’une heure. 9.6 Bibliographie
Sur les figures du haut, la simulation est effectuée dans les
conditions réelles d’emplacement et de nature de végétation. Agence MTDA (Ministère de l’Aménagement du Territoire
On peut constater que l’incendie atteint les habitations. Sur et de l’Environnement) (2001) — Propositions d’amélio-
les figures du bas, l’utilisateur modifie la nature des com- ration de la mise en application de la législation sur le
bustibles au sol en simulant un débroussaillement dans un débroussaillement en fonction de l’analyse d’expériences en
périmètre de 50 mètres autour des habitations, respectant retour — 77 p.
ainsi la loi du code forestier. Dans ce cas, on peut constater A NDREWS P.L. (1986) — BEHAVE : fire behavior prediction
que les habitations sont préservées, le feu privé de combus- and fuel modeling system — BURN Subsystem, part 1 —
tible à leur abord étant obligé de les contourner. General Technical Report INT-194. Ogden, UT : U.S. De-
partment of Agriculture, Forest Service, Intermountain
Research Station, 130 p.
9.5 Conclusion CartoHub (2006) — [Link]/documents
/PM_EMI_E_20050825.pdf
Nous avons présenté un logiciel de sensibilisation et d’aide Cemagref (2006) — [Link]/htmlpub
à la décision dans le cadre d’une politique de débroussaille- /divisions/Afax/[Link]
ment pour lutter contre les feux de forêt. Il permet de visua- EufireLab (2002a) — Eufirelab : Euro-Mediterranean Wid-
liser en trois dimensions n’importe quelle partie du dépar- land Fire Fire Laboratory, a « wall-less » — Labora-
tement des Bouches du Rhône et d’y simuler des incendies. tory for Widland Fire Science and Technologies un the
Des outils très intuitifs permettent de modifier virtuellement Euro-Mediterranean Region ; Deliverable D-03-01 ; www.
la végétation du terrain afin d’en visualiser l’impact sur un [Link]
feu de forêt et de simuler ainsi un débroussaillement ou la EufireLab (2002b) — Eufirelab : Euro-Mediterranean Wid-
plantation de nouvelles essences. land Fire Fire Laboratory, a « wall-less » — Labora-
L’apport de la 3D dans notre application est très impor- tory for Widland Fire Science and Technologies un the
tant. C’est tout d’abord un élément indispensable en ce qui Euro-Mediterranean Region ; Deliverable D-03-03 ; www.
concerne les calculs de la simulation car la propagation du [Link]
feu dépend du relief du terrain. En effet, un feu ascendant P ICARD C., G IROUD F., C HARREL B., R AFFALLI N. (2004) —
brûle d’autant plus rapidement que la pente est forte, alors La simulation feu de forêts : FIRETACTIC — Centre d’Es-
qu’un feu descendant est ralenti. sais et de Recherche de l’Entente, Entente Interdéparte-
De plus, la visualisation du terrain en trois dimensions per- mentale, Sécurité Civile, 13120 Gardanne, Actes de la
met une meilleure compréhension de la carte, avec la pos- 4 e conférence Environnement et identité en méditerra-
sibilité de l’orienter à volonté sous n’importe quel angle de née.
vue. Cela permet une meilleure lecture du terrain, notam- Prométhée (2003) — banque de donnée des incendies de
ment pour se rendre compte de sa difficulté d’accès pour forêts en région méditerranéenne ; Bilan 2003 — www.
des moyens de secours, ce qui est difficilement possible sur [Link]
une carte classique en deux dimensions. R OTHERMEL R. C. (1972) — A mathematical model for pre-
Enfin, le soin apporté au réalisme visuel de la 3D joue un dicting fire spread in wildland fuels — Research Paper
rôle très important dans l’impact psychologique nécessité INT-115. Ogden, UT : U.S. Department of Agriculture,
par notre application qui se veut un outil pédagogique. Forest Service, Intermountain Forest and Range Experi-
Dans la suite de nos travaux, nous souhaitons utiliser un mo- ment Station ; 40 p.
10 Architecture d’un portail Spatial OLAP pour l’analyse des données
sur les aléas naturels

Julien Iris, Aldo Napoli, Franck Guarnieri exposure themes. In order to navigate through all this infor-
Pôle Cindyniques, École des Mines de Paris Rue Claude mation, a flexible structure must be implemented to store all
Daunesse, B.P. 207, 06904 Sophia-Antipolis Cedex the pre-calculated indicators and to make it easily accessi-
[Link]@[Link] ble for reporting (graphics, charts, maps, tables).
[Link]@[Link] Dimensional modelling can help in the decision making
[Link]@[Link] process by exploiting urban data and risk data. This paper
gives an overview of the evaluation of dimensional model-
Résumé. — La gestion des risques naturels oblige le sec- ling to support decision makers to get better insight on the
teur public et le secteur privé à se tenir informé sur l’état natural hazards data in France. An application has been
d’avancement des lots de données sur les aléas naturels. developed with Spatial OLAP.
La construction d’indicateurs pertinents combinant diffé- Key-words. — geographical information, cartography, de-
rentes sources de données peut s’avérer utile : données cision, indicators, OLAP, reporting, web, natural disasters,
descriptives, valeurs numériques, données spatialisées. De prevention.
manière à visualiser l’état d’avancement des lots de don-
nées l’exploration de ces indicateurs au travers des critères
géographiques (ex : national, régional, départemental, com- 10.1 Introduction
munal, cadastral), temporels (ex : périodes, années, mois)
ou thématiques (ex : prévention, dommages) est pertinente. L’utilisation des technologies de l’information pour la ges-
Pour naviguer dans cet ensemble, une structure de données tion des risques naturels est un point essentiel pour toute
flexible doit permettre de stocker les valeurs précalculées organisation ayant besoin d’analyser et d’explorer les don-
des indicateurs et de les rendre accessibles pour éditer dif- nées et connaissances disponibles sur le sujet. Un ouvrage
férentes vues (cartes thématiques, graphiques, tableaux). sur ce thème a été publié en 2003 donnant un panorama
Cet article montre comment la modélisation multidimension- des expériences et outils opérationnels contribuant à une
nelle peut être un support pour l’aide à la décision sur les meilleure compréhension et à une meilleure prévention des
risques naturels en offrant une architecture de base de don- risques naturels (Guarnieri et al., 2003). Trois axes princi-
nées dédiée à l’exploration et à l’analyse des données. La paux ont été mis en avant : la formalisation des données et
démonstration s’appuie sur la technologie Spatial OLAP. des connaissances pour normaliser le dialogue entre les ac-
Mots-clés. — information géographique, cartographie, dé- teurs ; l’utilisation de technologies de l’information dédiées
cisionnel, indicateurs, OLAP, reporting, web, risques natu- aux systèmes de gestion de bases de données environne-
rels, prévention. mentales, aux représentations spatialisées des modélisations
et/ou statistiques de simulation ; le partage et l’accessibilité
Title. — Design and development of a spatial multidimen- à l’information selon les besoins de chacun. Par ailleurs, en
sional portal for natural hazards data monitoring 2005, l’Association Française pour la Prévention des Catas-
Abstract. — Management of natural hazards leads the trophes Naturelles (AFPCN, 2005) publie un livre blanc dont
public and the private sector to be aware of the status of l’objectif est de mettre en avant une série de propositions
all the information at different levels and to build pertinent sur les bien fondés de l’utilisation de l’information géogra-
indicators for the decision making process. The indicators phique pour mieux gérer les risques naturels en France et en
can be built by combining different types of data : descrip- Europe. Les principaux thèmes sont : accessibilité, transpa-
tive data, numerical data and geographical data. In order rence, confidentialité et subsidiarité. Le travail décrit dans
to have an overview of the system the exploration of the ce papier s’inscrit dans l’esprit des deux ouvrages précédem-
indicators through various levels would be interesting : vi- ment cités en présentant la formalisation et la conception
sualisation through geographical levels : national, provin- d’un prototype pour l’analyse des données sur les risques
cial, departmental, communal and cadastral ; visualisation naturels en France. La première partie présente le contexte
through temporal levels : analyzed periods ; visualisation français de gestion des risques naturels ainsi que les don-
through thematic levels : prevention themes, hazard themes, nées disponibles sur les aléas naturels. La seconde partie
82 Architecture d’un portail Spatial OLAP pour l’analyse des données sur les aléas naturels

décrit le concept Spatial OLAP (du Centre de Recherche en les sources de données spatialisées pour chacun des trois
Géomatique sous la direction du Professeur Yvan Bédard axes.
(Bédard, 1997) s’appuyant sur la modélisation multidimen-
sionnelle et présente un cas d’étude avec la conception d’un [Link] Les données spatialisées sur les aléas naturels
prototype à l’échelle du département des Alpes Maritimes. Les cartes d’aléas sont réalisées localement à l’échelle d’un
La conclusion présentera les limites et les potentiels de cette bassin de risque (ex : à l’échelle d’un bassin versant pour
approche technologique. l’inondation). À l’échelle de la commune, elles acquièrent
une valeur juridique dès lors qu’elles sont mobilisées pour
réaliser le zonage réglementaire du PPR. Les cartes d’aléa
10.2 Contexte et données disponibles sur les sont stockées dans les préfectures, les mairies et les services
aléas naturels de l’état mais l’accessibilité reste difficile pour des raisons
organisationnelles. Cependant, des institutions publiques ou
10.2.1 Le contexte des risques naturels en France semi-publiques spécialisées dans l’analyse de certains phé-
Le principe de protection face aux risques naturels s’est nomènes naturels publient des lots de données sur les aléas
construit sur un partenariat public-privé entre l’État et les so- au format vectoriel directement exploitables pour des traite-
ciétés d’assurance avec le régime d’indemnisation des catas- ments d’information géographique. Concernant les inonda-
trophes naturelles confiant aux assureurs la gestion courante tions les DIREN (Directions Régionales de l’Environnement)
de la relation avec les assurés (réalisation des expertises et et les DDE (Directions Départementales de l’Équipement)
des remboursements) et à l’État la gestion globale du régime publient les Atlas des Zones Inondables (AZI) représentant
(ajustement du taux de la surprime et publication des arrê- la couverture géographique de la crue de référence ou la
tés déclenchant l’indemnisation des assurés). Depuis 1995, crue centennale. Concernant les mouvements de terrain, le
un nouvel outil a été créé afin de mieux contrôler l’urba- Bureau de Recherche en Géologie Minière (BRGM) tient à
nisme des zones exposées à des aléas naturels : le Plan de jour des bases de données référençant notamment les ca-
Prévention des Risques (PPR). Le PPR permet d’annexer des vités souterraines, les glissements de terrain et les zones
recommandations et des obligations au Plan Local d’Urba- argileuses exposées à l’aléa retrait et gonflement. Les lots de
nisme sur les zones exposées fortement et modérément dans données sont directement téléchargeables depuis les bases
les communes identifiées à risque. de données spécifiques : BD CAVITE, BD MVT, BD ARGILES.
Concernant les séismes le BRGM, EDF et le Ministère de
Une commune est vulnérable aux risques naturels lorsque l’Environnement et du Développement durable (MEDD) pu-
des enjeux humains et/ou des infrastructures sont incluses blient la base de données SISFRANCE contenant la locali-
totalement ou partiellement dans des zones d’aléa fort et/ou sation des épicentres. Concernant les avalanches le service
modéré ou bien lorsque la commune a déjà connue des catas- de Restauration de Terrain de Montagne (RTM) publie les
trophes naturelles ou bien lorsque la commune a du retard Cartes Locales de Prévention des Avalanches (CLPA).
concernant la mise en œuvre ou l’application du PRR. Près
d’une commune sur deux est exposée à au moins un aléa na- [Link] Les données spatialisées sur les enjeux
turel soit 20 000 communes : 11 500 aux inondations, 5 500 Les enjeux sont les biens humains, économiques ou envi-
aux séismes, 4 500 à la sécheresse et 600 aux avalanche ronnementaux exposés à un aléa. Les données spatialisées
(Sanson, 2001). Dans ce contexte, le besoin de classification pertinentes sont géoréférencées et qualifiant l’occupation
des communes parait pertinent pour étudier l’évolution de du sol comme les types de bâtiments, les types d’activité,
la situation des communes face à ces risques. Ces indicateurs le nombre d’habitants par zone. Diverses bases de données
doivent prendre en compte à la fois la distribution spatiale d’informations géographiques produites par l’IGN (Institut
des enjeux (ex : la population, les logements) et celle des Géographique Nationale) comme la BDTopo délimitant les
aléas (ex : les enveloppes de crues, les zones de subsidence). contours et la hauteur des bâtiments ainsi que leur fonction
Afin d’obtenir ce type de vue, il semble important d’identifier avec la BDCartho donnant des informations complémen-
les sources de données disponibles permettant d’effectuer taires sur la fonction de chaque ensemble (zone industrielle,
des combinaisons. zone commerciale, zone agricole). Les DDE fournissent des
informations sur les infrastructures publiques. Concernant la
10.2.2 Les données disponibles pour l’analyse des population, les principales sources de données proviennent
risques naturels de l’INSEE (Institut National des Statistiques et des Études
De façon à réduire le degré d’incertitude et pour analyser Économiques) : des séries d’indicateurs démographiques et
les données sur les risques naturels, trois axes d’exploration sur l’habitat sont attachées à des îlots (unités géographiques
ont été identifiés : les données sur les aléas ; les données pour la diffusion de statistiques et de données sur le recen-
sur les enjeux qualifiant les objets exposés aux aléas ; les sement).
données sur les conséquences qualifiant les dommages et
les pertes résultant des catastrophes. La distribution spatiale
étant au cœur de l’analyse cette partie se limitera à décrire
Julien Iris, Aldo Napoli et Franck Guarnieri 83

[Link] Les données sur les conséquences des permettent de visualiser les mesures pour des ensembles de
catastrophes membres et des niveaux de granularité sélectionnés par
Il existe très peu de données centralisées concernant la quan- l’utilisateur (Tchounikine et al., 2005).
tification et la prévision des dommages résultant de phéno-
mènes naturels extrêmes. Ces informations sont habituelle- 10.3.2 Les concepts de SOLAP
ment utilisées en interne par les entreprises d’assurance et Le couplage des fonctionnalités des technologies OLAP et
de réassurance dans le cadre d’évaluation de leurs provisions des Systèmes d’Information Géographique (SIG) a ouvert la
techniques (calcul des Sinistres Maximum Possibles). Néan- voie à l’émergence d’une nouvelle catégorie d’outils d’aide à
moins, la base de données GASPAR (Gestion Assistée des la décision semble t’il plus adaptée à l’exploration et à l’ana-
Procédures Administratives relatives aux Risques Naturels) lyse spatio-temporelles de ces données. Ces outils ont été
du MEDD (Prim, 2005) contient les arrêtés catastrophes regroupés sous la terminologie SOLAP (Spatial On-Line Ana-
naturelles classés par commune et par aléa depuis 1982. lytical Processing) (Bédard, 1997). Par l’association de la re-
présentation cartographique et de la navigation OLAP, L’uti-
10.2.3 L’utilité de combiner les données hétérogènes lisateur se déplace dans la structure multidimensionnelle
Il est bien connu que l’évaluation du risque est l’évaluation et obtient des représentations des données via un affichage
des conséquences du croisement des aléas et des enjeux. cartographique, tabulaire ou en diagramme statistique qui
Ainsi, il est nécessaire de réaliser des combinaisons entre sont fonction des dimensions, des mesures et des niveaux de
les sources de données spatialisées sur les trois axes explici- hiérarchie sélectionnés (Bédard et al, 2001). L’intégration de
tés précédemment. L’hétérogénéité des sources de données la donnée spatialisée peut s’effectuer au niveau des dimen-
spatialisées et non spatialisées pousse à l’utilisation d’outils sions, les problématiques posées sont alors souvent centrées
permettant d’explorer les indicateurs sur différents niveaux autour de la définition des hiérarchies spatialisées. Pour se
d’agrégations géographiques (national, régional, départe- faire, trois types de dimensions spatialisées sont définies :
mental, communal), différents niveaux d’agrégations tempo- non géométriques (textuelles), géométriques et mixtes. Les
rels, différentes thématiques (niveau de prévention, degré deux dernières permettent la représentation, la visualisa-
d’aléa, qualification de l’exposition). La partie suivante pré- tion et la requête cartographique. Concernant les mesures,
sente le concept de Spatial OLAP (SOLAP) qui pourrait être deux types existent : les mesures conventionnelles classi-
une solution technologique permettant d’explorer les don- quement utilisées dans OLAP et les mesures spatialisées.
nées selon ces caractéristiques. Actuellement, l’utilisation de mesures spatialisées reste au
stade expérimental : le Centre de Recherche en Géomatique
travaille sur l’implémentation d’opérateurs topologiques et
10.3 Modélisation multidimensionnelle et métriques spécifiques pour les hypercubes.
SOLAP
10.3.3 Conception d’un prototype SOLAP pour l’analyse
10.3.1 La modélisation multidimensionnelle des données sur les risques naturels
La modélisation multidimensionnelle et les technologies Dans le cadre de l’évaluation de technologies dites de « web
OLAP (On-Line Analytical Processing) permettent de réa- mapping », différents prototypes de portails Internet pour la
liser une analyse rapide, plutôt intuitive et facile sur de diffusion de données sur les risques naturels ont été dévelop-
grands volumes de données. Ces données sont modélisées pés par le Pôle Cindyniques notamment pour les besoins de
sous la forme de cube de données (Agrawal et al, 1995) dans la Mission Risques Naturels (MRN, 2006). Après l’évaluation
lesquels les dimensions constituent des axes d’analyse indé- de MapServer (Chaze, 2004 et Guion, 2005), l’évaluation
pendants, et les sujets d’analyse, ou faits, sont caractérisés du potentiel de la technologie SOLAP a été entreprise. Un
par des mesures qui sont pré-calculées à l’aide de fonctions premier prototype d’un portail SOLAP a été développé au
d’agrégations selon les différentes granularités définies par Québec par Chaze et Napoli (Chaze, 2005) avec la collabo-
le schéma hiérarchique de chaque dimension. Le cube de ration du CRG. Dans la continuité, une seconde version du
données offre une abstraction très proche de la façon dont prototype intégrant des sources de données hétérogènes et
l’analyste voit et interroge les données. Il organise les don- un nombre plus conséquent de dimensions a été mise au
nées en une ou plusieurs dimensions qui déterminent une point. Cette partie détaille la conception de ce prototype
mesure d’intérêt. Une dimension spécifie la manière dont on exploitant la base de données GASPAR et les Atlas de Zones
regarde les données pour les analyser, alors qu’une mesure Inondables (AZI) à l’échelle du département des Alpes Mari-
est un objet d’analyse. Chaque dimension est formée par times.
un ensemble d’attributs et chaque attribut peut prendre dif- À partir de la liste des sources de données spatialisées et
férentes valeurs. Les dimensions possèdent en général des non spatialisées disponibles sur le territoire, certaines ont
hiérarchies associées qui organisent les attributs à différents été retenues pour réaliser le prototype. La base de données
niveaux pour observer les données à différentes granulari- GASPAR stocke par commune : les arrêtés de catastrophes
tés. naturelles ; l’avancement des procédures concernant la mise
Les opérateurs OLAP (Roll-up, Drill-down, Slice, Rotate etc.) en œuvre des PPR ; l’avancement de l’information préven-
84 Architecture d’un portail Spatial OLAP pour l’analyse des données sur les aléas naturels

Fig. 10.1 Liste des dimensions

tive avec les Documents Communaux Synthétiques (DCS) et pas de PPR ou équivalent prescrit non incluses dans une
les Dossiers d’Information Communaux sur les Risques Ma- AZI et sans information préventive ; nombre de PPR ou équi-
jeurs (DICRIM). Aucun document n’est stocké dans la base valent approuvés dans les communes n’ayant pas d’arrêté
de données ; uniquement certaines métadonnées (essentiel- de catastrophe naturelle avec de l’information préventive.
lement des dates). La seconde source de données utilisée Chaque mesure est calculée pour une combinaison de di-
sont les AZI fournies par les DIREN et les DDE. Ces cartes mensions possible et agrégée pour chaque niveau hiérar-
sont généralement réalisées à l’échelle 1/50 000. Le format chique des dimensions sélectionnées. Une valeur d’une me-
disponible est le format vectoriel en ce qui concerne les sure constitue une cellule du cube à l’intersection des di-
Alpes-Maritimes. mensions. La valeur d’une mesure est nécessairement numé-

Fig. 10.2 Modèle de données multidimensionnel ou hypercube

La liste des indicateurs sert à définir les caractéristiques de rique. Les mesures identifiées sont le nombre de communes,
la base de données multidimensionnelle. Chaque indicateur le nombre de plans de prévention, le nombre d’arrêtés catas-
doit être décrit avec précision afin d’identifier les dimensions trophes naturelles.
et afin de localiser quelles parties des données sources servi- Les dimensions sont divisées en trois catégories : dimen-
ront pour les calculs. Les indicateurs requis sont de la forme sions spatialisées (ou géométrique) et les dimensions non
suivante : nombre de communes incluses dans une AZI avec géométriques (figure 10.1 p. 84). Dans cette application,
de l’information préventive avec des arrêtés catastrophes il a été décidé de décomposer les dimensions non géomé-
naturelles et sans PPR ou équivalent approuvé ; nombre d’ar- triques en deux sous catégories : les dimensions temporelles
rêtés de catastrophes naturelles dans les communes n’ayant et les dimensions descriptives.
Julien Iris, Aldo Napoli et Franck Guarnieri 85

Fig. 10.3 Exemples de vues obtenues dans SOLAP à partir de l’hypercube. A : vue graphique « histogramme », B : vue
« cartographie »

La construction de l’architecture SOLAP repose sur la concep- table de faits et autour les tables des dimensions (figure 10.2
tion de la base de données multidimensionnelle. Dans le p. 84). La table des faits contient toutes les clés étrangères
cadre de ce travail, la base de données multidimensionnelle des tables de dimension et les mesures.
a été créée dans un environnement relationnel (fait réfé- Avant d’être intégrées dans un modèle multidimensionnel,
rence à du ROLAP qui est un mode de stockage relationnel les données brutes subissent un certain nombre de transfor-
du multidimensionnel) (Kimball et Ross, 2002). Le modèle mations. Elles sont nettoyées afin d’éliminer les erreurs de
de données a une architecture en étoile avec au centre une codage puis recodées en fonction des nouvelles classifica-
86 Architecture d’un portail Spatial OLAP pour l’analyse des données sur les aléas naturels

tions définies par les niveaux hiérarchiques. La dimension 10.5 Bibliographie


« Limite Administrative » est représentée géométriquement
à l’aide de la BDGEOFLA de l’IGN contenant les polygones AFPCN (2005) — S’informer pour réduire les risques naturels
des régions, des départements et des communes. SOLAP — Livre blanc, Les publications de l’AFPCN.
fonctionnant à l’heure actuelle avec un environnement re- A GRAWAL R., G UPTA A., S ARAWAGI A. (1995) — Modeling
lationnel dit ROLAP à la différence d’un environnement Multidimensional Databases — IBM Research Report, Sep-
purement OLAP, la base de données multidimensionnelle a tember 1995.
été réalisée sous MYSQL 4.0. B ÉDARD Y. (1997) — Spatial OLAP — Vidéoconférence.
2 e Forum annuel sur la R-D, Géomatique VI : Un monde
accessible, 13-14 novembre, Montréal.
10.4 Conclusion B ÉDARD Y., M ERRETT T. & H AN J. (2001) — Fundamen-
tals of spatial data warehousing for geographic knowledge
La modélisation multidimensionnelle offre la possibilité aux discovery — Geographic Data Mining and Knowledge
utilisateurs d’explorer avec plus de flexibilité des données Discovery.
précalculées. Les valeurs ont été calculées pour toutes les C HAZE X. (2004) — Conception et développement d’un por-
combinaisons possibles entre les sept dimensions du cube tail Internet sur les risques naturels en France à l’aide de
pour les Alpes Maritimes (figure 10.3 p. 85). La table des la technologie MapServer — Rapport de stage ENSG en
faits devient rapidement volumineuse du fait du nombre de partenariat avec Pôle Cindyniques., 80 p.
niveaux hiérarchiques pour chaque dimension. Il convient C HAZE X. (2005) — Conception et développement d’un portail
en l’état de l’outil de se limiter au strict nécessaire concer- Internet sur les risques naturels en France à l’aide de la
nant le nombre de dimensions et le nombre de niveaux. technologie SOLAP — Rapport de stage ENSG en parte-
Les temps de chargement du cube sont par conséquent très nariat avec Pôle Cindyniques et le CRG.
importants. En toute logique, le CRG est en train de tra- Collectif sous la direction de Guarnieri F. (2003) — Systèmes
vailler sur l’agrégation à la volée qui diminuerait le volume d’information et risques naturels — Les presses de l’École
de la table des faits. L’absence d’opérateur topologique li- des Mines de Paris, 239 p.
mite le degré d’analyse spatiale. Le CRG travaille sur ces G UION N. (2005) — Conception et développement d’un portail
questions (Marchand et al., 2001). SOLAP présente des ca- Internet sur les risques naturels en France à l’aide de la
ractéristiques intéressantes pour l’utilisateur qui souhaite technologie CartoWeb 3 — Rapport de stage ENSG en
prendre du recul face aux données sur les risques en lui lais- partenariat avec Pôle Cindyniques, 80 p.
sant la possibilité de visualiser les résultats sous différents K IMBALL R., R OSS M. (2002) — The Data Warehouse Toolkit
angles. La navigation du niveau détaillé au niveau agrégé — 2nd edition, Eyrolles editions.
(aussi bien sur les dimensions concernant les aléas que les M ARCHAND P., B ÉDARD Y., E DWARDS G. (2001) — A hyper
dimensions concernant les enjeux) permet de donner plus cube-based method for spatio-temporal exploration and
de support pour la décision. Potentiellement il serait intéres- analysis — Geolnfomatica.
sant de combiner d’autres sources de données spatialisées MRN (2006) — [Link] Mission Risques Natu-
et non spatialisées sur les aléas, sur les enjeux et sur les rels.
conséquences afin d’étudier de manière plus fine la vulnéra- Prim (2005) — [Link] site sur la prévention des
bilité ; combiner les cartes d’aléas sur les inondations, sur la risques majeurs, MEDD.
sécheresse, sur les mouvements de terrain avec les contours S ANSON G. (2001) — Évaluation des dispositifs de secours
des îlots IRIS de l’INSEE ou avec les permis de construire et d’intervention mis en œuvre à l’occasion des tempêtes
géolocalisés afin d’évaluer la vulnérabilité à l’échelle infra- des 26 et 28 décembre 1999 — Rapport complémentaire
communale. de la mission interministérielle, remis au Premier mi-
nistre, 91 p.
Remerciements T CHOUNIKINE A., M ARYVONNE M., R OBERT L., TAHER A.
Ce travail est basé sur une collaboration avec le Centre (2005) — Panorama de travaux autour de l’intégration de
de Recherche en Géomatique ([Link]) et données spatio-temporelles dans les hypercubes — Revue
l’entreprise Kheops Technology ([Link]) des Nouvelles Technologies de l’Information (RNTI) —
en charge de la commercialisation de SOLAP. [Link]
11 Le citoyen a droit à l’information sur les risques qu’il encourt en
certains points du territoire et sur les mesures de sauvegarde pour
s’en protéger

Martine Tabeaud et Xavier Browaeys nérabilité des personnes et des biens. Pour réduire cette vul-
Université Paris Panthéon Sorbonne, Institut de géographie, nérabilité, les experts de l’aménagement, les universitaires,
191 rue saint jacques, 75005 Paris les urbanistes... ne peuvent se contenter de produire des
tabeaud@[Link] informations incompréhensibles par le grand public mais
doivent aussi communiquer sur les risques. La transmission
des informations doit se faire communication et permettre
Résumé. — La législation française a renforcé le droit des l’appropriation par les citoyens des risques qu’ils encourent.
citoyens à l’information sur les risques qu’ils encourent.
Les outils d’information actuels utilisent l’écrit ou la carte
dans des documents officiels de type DDRM (dossier dépar- 11.1 L’information sur les risques : un droit
temental des risques majeurs) ou DCS (dossier communal
synthétique). Les auteurs posent la question de leur effi- 11.1.1 Une législation
cacité et de leur dimension interactive souvent limitée. Ils En France, l’article 12 de la loi du 22 juillet 1987
proposent le développement d’outils vidéo pour favoriser la (loi n o 87.565) stipule que « le citoyen a le droit à l’informa-
connaissance et l’appropriation des risques par les popula- tion sur les risques qu’il encourt en certains points du territoire
tions concernées. et sur les mesures de sauvegarde pour s’en protéger ». Son but
Mots-clés. — risques naturels, inondations, information du est de sensibiliser la population aux risques existants, de
public, conscience du risque, communication, video l’informer des mesures à prendre et de la conduite à tenir en
cas d’accident. Un décret en date du 11 octobre 1990 précise
Title. — Information of citizens on natural hazards le contenu et la forme des informations auxquelles doivent
Abstract. — French laws protect and inform citizens avoir accès les personnes susceptibles d’être exposées à des
from natural hazards, notably with official documents as risques majeurs ainsi que les modalités selon lesquelles ces
DDRM (dossier départemental des risques majeurs) or DCS informations sont portées à leur connaissance.
(dossier communal synthétique). However, such information
tools used by public authorities are not efficient enough. 11.1.2 Les documents réglementaires
Authors propose to develop tools based on video to increase L’information préventive doit s’appuyer sur plusieurs docu-
the awareness and disaster preparedness of flood-prone ments faisant l’inventaire des « facteurs exogènes aléatoires
populations. des risques majeurs (naturels et technologiques) » !
Key-words. — natural hazards, floods, public information, Pour réaliser l’inventaire des risques majeurs, une Cellule
awareness of risks, communication, video. d’Analyse des Risques et d’Information Préventive (CARIP)
a été constituée dans chaque département ; elle est placée
En matière de maîtrise des risques, lorsqu’une commune sous l’autorité du Préfet. Elle regroupe les principaux ac-
élabore un projet puis un plan d’action, elle doit s’intéresser teurs départementaux du risque majeur et de la sécurité
aux réglementations et aux solutions techniques mais sur- civile (pompiers, DDE, ...). Elle établit le Dossier Départe-
tout faire en sorte que le citoyen s’approprie les problèmes mental des Risques Majeurs (DDRM), document « non op-
liés aux risques. C’est la condition indispensable à la « dura- posable aux tiers », donc simple document de sensibilisation
bilité » des politiques, qui, seulement ainsi, feront partie de destiné aux responsables et acteurs du risque majeur du dé-
la culture, du bien commun de tous les habitants et usagers partement (novembre 1994). Au DDRM, s’ajoute le Dossier
d’un territoire. Communal Synthétique (DCS), qui est établi conjointement
par l’État et la commune à partir du DDRM. Les Préfets ont
Donc recenser les risques, les archiver, les mettre en cartes, ensuite établi la liste des communes à risques et défini un
en SIG est une condition nécessaire mais pas suffisante, loin calendrier pour que tout citoyen soit informé dans un délai
de là. Aujourd’hui, la question essentielle est celle de la vul- de cinq ans (circulaire du 25 février 1993).
88 Le citoyen a droit à l’information sur les risques qu’il encourt

À partir de ces documents, les maires doivent développer, aussi du niveau culturel d’appréhension de la problématique
dans leurs communes, une campagne d’information sur les des risques et plus généralement de la culture, des usages,
risques majeurs. Cette information préventive est obligatoire des pratiques et des représentations locales. C’est un travail
dans les communes où ont été identifiés des enjeux humains, de maturation collective lent mais incontournable. Des dis-
c’est à dire un risque de victimes. positions prises autoritairement dans l’urgence ne peuvent
Pour mettre en œuvre cette obligation, le maire est chargé avoir un impact réel à moyen et long termes. Par ailleurs,
de : l’appropriation partagée est le seul moyen de développer
− l’établissement du Dossier d’Information Communal sur la confiance réciproque nécessaire pour s’adapter aux si-
les Risques Majeurs (DICRIM), tuations de risques car ceux-ci sont toujours circonstanciés
− l’affichage réglementaire, (l’aléa et les vulnérabilités ont pu être modifiés d’une situa-
− la transmission à la population « sous des formes appro- tion spatio-temporelle à une autre). C’est aussi une manière
priées » et à son initiative. d’engendrer des comportements solidaires.

11.2.3 Être mémorisé ?


11.2 La sensibilisation sur les risques : des La mémoire est primordiale pour s’approprier les risques
formes appropriées mais, il ne s’agit pas d’accumuler des informations mal as-
similées. Pour garder durablement la mémoire d’un événe-
11.2.1 Être accessible ? ment, elle doit être fréquemment sollicitée et périodique-
Dans la plupart des cas, le DICRIM et le DCS sont seulement ment stimulée, pour améliorer les vigilances et diminuer
consultables aux services de l’urbanisme des Mairies. Au l’anxiété (loi Bachelot sur les risques inondations avec mar-
mieux, des textes, des cartes, le plus souvent uniquement queurs de crues qui sont vus tous les jours). Le processus de
pour le risque inondation, et des consignes de comporte- mémorisation en matière de risque est d’autant plus difficile
ment, sont mis en ligne sur le site internet de la commune. que pour ceux qui ne l’ont pas vécu, le risque est « virtuel » et
Avoir accès à ces informations suppose une démarche volon- que pour ceux qui l’ont vécu, la mémoire tend à l’effacement
tariste. Il faut se déplacer vers des lieux spécifiques et à des à cause des émotions désagréables qui lui sont liées.
moments spécifiques, ce qui dissuade nombre de personnes. La forme du message informatif est donc très importante
Et même les experts de tel environnement local, au cours pour faciliter une mémorisation durable et efficiente. Il ne
de leurs déplacements de travail ou de loisirs deviennent suffit pas d’informer, il faut communiquer : c’est-à-dire se
usagers temporaires de territoires qu’ils connaissent mal. De préoccuper du passage entre le message et celui qui le reçoit.
plus, les modalités de consultation sur place ou à distance Comme la mémoire varie selon les cultures individuelles, il
reposent sur un savoir-faire non-partagé par tous (dossier y a bien des manières de faire mémoriser.
complexe, maniement d’ordinateur). Or, ceux qui sont ex-
clus de ces connaissances sont probablement les personnes
les plus « à risques ». 11.3 La communication sur les risques : l’image
Par ailleurs, l’information ainsi transmise est peu compré- « pièce à conviction »
hensible soit par l’échelle du document (difficile d’identifier
sa rue, sa maison), soit par la légende (des cartes de zonage 11.3.1 Avec des images
réglementaire du risque inondation où la zone à fort aléa L’une des manières de toucher le plus efficacement un large
en rouge ne se superpose jamais aux zones fortement urba- public c’est de faire en sorte que le message soit pour l’essen-
nisées), soit par des consignes générales de comportement tiel transmis sous forme visuelle et audiovisuelle : photogra-
qui font fi des réactions immédiates habituelles. phies, diaporamas sur cd rom, film documentaire et/ou d’ani-
mation. L’image est compréhensible par tous. Elle dit plus
11.2.2 Être partagé ? vite et elle marque profondément. Si elle est bien composée,
Or, pour anticiper, c’est-à-dire évaluer des dégâts potentiels elle reste en mémoire. Projetée dans de bonnes conditions,
comme c’est le cas des risques, il est nécessaire d’associer elle peut susciter un large débat en sollicitant le spectateur.
au diagnostic des aléas, les subjectivités des individus, des La meilleure façon de développer une culture des risques
groupes sociaux, des collectivités et des associations. C’est- consiste à exposer leur matérialité sur un territoire que la
à-dire de les intégrer à la réflexion commune. L’évaluation population connaît bien parce qu’elle y vit. C’est à proximité
du risque ne peut être issue que d’un travail collectif dans de chez soi que l’on appréhende le mieux le risque. L’intérêt
lequel sont pris en compte les facteurs objectifs mais aussi de l’image c’est qu’elle montre des lieux que les habitants re-
leurs « échelles de valeur ». Les mesures de prévention et connaissent. Ils identifient des territoires vulnérables, parce
le principe de précaution ne seront assimilés que s’ils re- que familiers, et comprennent les enjeux des politiques de
posent sur une logique de responsabilité, c’est-à-dire une prévention et de protection.
participation active des citoyens.
La progression vers l’appropriation citoyenne de la maîtrise 11.3.2 En images
des risques dépend certes du type de risque encouru mais La condition pour que l’image soit efficace suppose de
Martine Tabeaud et Xavier Browaeys 89

ne pas dissocier le travail des experts de la réalisation très grand intérêt dans bien d’autres domaines que celui des
des documents de communication. Il s’agit de tenir tous risques.
les maillons de la chaîne : de l’enquête de terrain à la
production d’images, afin d’éviter les contresens des non-
spécialistes ou les facilités du spectaculaire médiatique. Com- 11.4 Bibliographie
muniquer sur les risques c’est donner la parole à ceux qui
sont engagés dans la prévention (les équipes municipales) B AILLY A. (1996) — Risques naturels, risques de société —
et aussi à ceux qui sont en charge de la protection (les Édition Economica, 103 p.
pompiers, etc.). Si on est particulièrement allergique au ma- D E VANSSAY B. (2003) — Quand les sciences humaines
niement des appareils de prises de vue ou d’un logiciel de éclairent l’analyse des risques — Pouvoirs locaux, n o 56,
montage, il conviendra de suivre de très près, d’accompa- p. 53-57.
gner le travail des professionnels de l’audiovisuel, en par- G ILBERT C. (2003) — Limites et ambiguïtés de la territoria-
ticulier lors de l’écriture du scénario et lors de la phase de lisation des risques, Pouvoirs locaux — n o 56, p. 48-52.
montage. O GÉ F. (2003) — Le projet de loi « Prévention des risques
Ces images peuvent être utilisées bien entendu pour ré- technologiques », Combat nature — n o 14, p. 69-71.
pondre à l’injonction légale faite au maire : « le citoyen a P ROPECK-Z IMMERMANN E. et S AINT G ÉRAND T. (2003) —
droit à l’information sur les risques qu’il encourt... ». Elles Pour une culture territoriale de la gestion des risques —
peuvent être également l’occasion d’une prise de conscience Pouvoirs locaux, n o 56, p. 44-52.
collective de problèmes qui se posent à tous. Elles suscitent T HEYS J. et FABIANI J. L. (1987) — La société vulnérable :
un savoir vivre ensemble, une sociabilité de voisinage de évaluer et maîtriser les risques — Presses de l’ENS, 659 p.
Cet ouvrage a été mis en pages par les
P RESSES UNIVERSITAIRES DE LA M ÉDITERRANÉE ,
université Paul-Valéry, Montpellier 3
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Dépôt légal : 4 e trimestre 2008

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