(PR fait soudain une « remarque sur les frères de Jésus » : il n’a pas besoin de plus
d’une page pour prouver que les « frères » de Jésus dont il est question ici et là dans l’évan-
gile ne sont que sa famille élargie, mais en aucun cas d’autres fils de la Vierge Marie.)
Chapitre II – Les évangiles avant nos évangiles
PR veut ensuite prouver les documents hypothétiques de sa solution et leur localisation
par la comparaison des textes actuels des synoptiques.
1. La double-tradition. PR commence par distinguer la ~triple tradition (Mt // Mc // Lc)
de la double tradition (Mt // Lc). La comparaison entre les ordres des péricopes fait apparaître
une source commune à Mt et Lc : Q. Par ailleurs, l’observation des thèmes la double tra-
dition « oriente vers un milieu d’origine païenne » [44] ; et PR relève de nombreux points
communs entre cette double tradition et 1–2 P (dont PR entend prouver l’authenticité au cha-
pitre III). « Tous ces indices nous conduisent à identifier cette communauté avec l’Église pa-
gano-chrétienne de Césarée, évangélisée et catéchisée par Pierre lui-même » [46].
2. La tradition pré-marcienne. PR examine ensuite des péricopes communes à Mt et
Mc. Selon lui, lorsque Mc explique les pratiques juives, il s’agit clairement d’ajouts par rap-
port à Mt. Dans ces cas-là, c’est Mt qui est primitif, et non Mc. PR aboutit à la même conclu-
sion à partir d’une comparaison entre Mc et Lc : « nous voyons bien que Mt et Lc ne
s’inspirent pas du texte actuel de Mc » [48]. PR évoque alors l’ampleur des travaux qu’il a
menés sur ce sujet [49], et prend l’exemple de l’épisode de l’enfant épileptique, pour lequel il
propose même une reconstitution des sources propres à Mt et Lc [53-54].
PR pointe alors l’existence de différences si légères entre Mt et Lc pour des textes qu’ils
ont en commun avec Mc qu’« ils apparaissent souvent comme deux traductions indé-
pendantes d’un même récit rédigé dans une autre langue » [56].
3. Pré-Lc ou l’évangile paulinien. PR s’intéresse ensuite aux spécificités de Lc qui re-
monteraient au Pré-Lc, et notamment les récits d’expulsions de démons. PR relie cet inté-
rêt pour les exorcismes à leur pratique par Paul dans Ac, dont les récits ne sont pas sans
liens avec Lc. PR parle d’« ambiance paulinienne » [62]. Il complète cette conclusion par
des considérations techniques sur le vocabulaire rare commun à Mc et Lc et attestés dans les
épisodes de Ac à propos de Paul.
4. Pré-Mt ou l’évangile pétrinien. PR applique la même méthode au Pré-Mt. Dans les
passages communs à Mc et Mt, mais absents de Lc, PR identifie « l’influence des Sept (Ac 6,
3) » [66]. Or, une analyse du vocabulaire de ces passages conduit à en trouver de nombreuses
attestations soit dans les épîtres de Pierre, soit dans les épisodes de Ac dont Pierre était té-
moin. PR en conclut que Pierre était le « garant » [69] du Pré-Mt.
L’origine et la date des évangiles (P. Rolland) • Fiche de lecture • Clément Ryder 6 / 15
5. Mt Hébreu ou l’évangile des Douze. PR termine sa justification par le repérage des
caractéristiques du Mt hébreu, dont on trouve logiquement la trace dans les textes com-
muns aux trois Synoptiques, notamment : la présentation de Jésus « dans le cadre le plus
strict du monde religieux juif » [69] et un « radicalisme évangélique, qui a une saveur très
archaïque » [70]. Ces indices témoignent de la « très haute antiquité des matériaux de la
triple tradition » [73], tradition que PR relie finalement aux Douze eux-mêmes.
PR conclut ce chapitre en insistant sur l’idée principale de sa solution : Mt et Lc ne
peuvent pas dépendre du Mc actuel, idée illustrée par une anecdote [73].
Dans un premier « excursus », PR ouvre quelques pistes de réflexion, pour creuser
la question du Mt primitif : était-il plutôt hébreu ou araméen ? Tout en renvoyant cette
question aux spécialistes, PR exprime son penchant pour l’hébreu.
Chapitre III – Le témoignage de Pierre
PR veut démontrer, contre « l’opinion commune » [83], l’authenticité non seule-
ment de 1 P, mais aussi de 2 P.
Il commence par exposer cette opinion commune : 1 P serait tardive (~70-80) et de la main
de Silvain. Par ailleurs, les passages de Ac mettant Pierre en scène ne dépendraient pas du
témoignage de Pierre lui-même, mais seraient de pures compositions littéraires de Luc. PR
oppose déjà l’hypothèse « que Luc, lorsqu’il a séjourné à Rome en compagnie de Paul
prisonnier, en 61-63, ait pu rencontrer Pierre et recueillir ses souvenirs. » [84]
PR explique ensuite comment, admettant lui-même cela autrefois, il en est venu à changer
d’avis : un élève lui a fait remarquer que l’auteur de 2 P, qui « condamne vigoureusement
le mensonge » [85], affirme en même temps « être témoin oculaire de la Transfigu-
ration, et avoir déjà écrit une première lettre » [85]. Il s’est alors attaqué aux arguments
en faveur de la pseudonymie de 2 P, par exemple une prétendue faible correspondance de
vocabulaire entre 1 P et 2 P, à nuancer en réalité. Enfin, avec humour, il balaie l’argument de
la disparité stylistique entre 1 P et 2 P en citant deux textes d’un même auteur mais aux styles
fort différents. [89] (Il étend cette remarque à la diversité des lettres de Paul.)
PR aborde ensuite la question de l’authenticité de 1 P, qu’il défend avec trois argu-
ments : a) (contre une datation tardive) il est impossible que l’auteur ait pu prescrire la
soumission à l’autorité civile (cf. 1 P 2, 13-14) au temps de la persécution de Dormitien ;
b) d’après les travaux d’Albert Vanhoye, il est tout à fait probable que Pierre ait connu le
grec grâce à la Septante, et ait donc été en mesure de rédiger lui-même ses épîtres ; c) « 1 P
expose une théologie extrêmement pétrinienne » [90]. PR conclut en datant 1 P « aux
environs de l’an 60 » [91].
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